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Les souffrances de Christ

 

J.N. Darby

 

 

Réimpression d’articles publiés en 1858-1859

 

Traduit de l’anglais sur la seconde édition, augmentée d’une introduction et de notes

 

 

Table des matières :

0     Préface de la première réimpression

1     Note

2     Introduction

3     Les souffrances de Christ

4     Exposé de quelques vues antérieures sur les souffrances de Christ

4.1     I.

4.2     II.

5     Note sur le pardon des péchés par le baptême

 

 

 

0         Préface de la première réimpression

 

 

Les numéros du «Bible Treasury», qui renferment les articles sur les «Souffrances de Christ», ayant été fort demandés, l’édition en est épuisée. La doctrine, exposée dans ces articles et dans d’autres que je mentionnerai bientôt, a été l’objet de récentes attaques, dont je ne crois pas devoir tenir le moindre compte. Il m’a semblé que la meilleure réponse à ces attaques était de réimprimer les articles incriminés. Le lecteur les trouvera ici, tels qu’ils furent publiés d’abord, sauf quelques fautes d’impression que j’ai corrigées. J’aurais pu, je l’avoue, rendre maint passage plus clair ; mais vu l’état des choses au moment de la publication, il ne me restait rien autre à faire que de les présenter au lecteur sous leur forme primitive. Tels quels, j’ose l’espérer, ces articles paraîtront suffisamment clairs à tout esprit sincère. Je ne suis pas assez insensé pour m’imaginer que toutes les expressions qu’ils renferment soient les meilleures qu’on puisse employer, ou qu’elles soient absolument exactes et justes, comme si j’étais inspiré. Mais ce que j’ai dit, assez clairement, je pense, pour quiconque désire s’instruire, est, à mon avis, la vérité ; je l’affirme et je le maintiens comme tel.

J’expliquerais volontiers ma pensée au plus humble et au plus faible des saints de Dieu ; je me sentirais même tenu de le faire ; mais ici une telle explication ne serait pas à sa place. Je me borne à prier mes lecteurs de ne tirer ma doctrine que de mes propres écrits.

Les attaques dont j’ai parlé ont rapport à deux sujets principaux : les souffrances de Christ en Gethsémané, et Christ laissant sa vie. Relativement à l’un et à l’autre, je maintiens pleinement la doctrine que j’ai exposée dans ces articles et je regarde ce que l’on y oppose, comme de l’ignorance ou une fatale erreur. Quant au premier sujet, la connexité des souffrances de Christ avec l’état du résidu d’Israël dans les derniers jours, je ne m’attends point à ce que ceux qui ne sont pas versés dans les Écritures, en pénètrent la portée. J’ajouterai que, quoique ce sujet soit un peu développé dans une note additionnelle, à cause des questions qui m’avaient été adressées, je n’ai pas le moindre désir de détourner l’esprit d’aucun de mes lecteurs de la valeur intrinsèque et infiniment précieuse des souffrances de Christ en Gethsémané, pour le porter sur leur application à ce point particulier ; c’est ce que montrait, je crois, l’article original. Il a été développé, parce qu’on me l’a demandé ; toutefois, je pense que les Psaumes ne seront jamais bien compris, aussi longtemps que ce point restera obscur.

Quant au second sujet, non seulement j’estime que la doctrine exposée dans le «Girdle of Truth» est saine ; mais je la regarde comme une des vérités les plus importantes dans le temps actuel ; une vérité qui, dans l’état de confusion de la chrétienté, est à la racine de la bénédiction, et je suis heureux de ce que les attaques qui ont eu lieu contribuent à la répandre de plus en plus. Je réimprime donc l’article du «Girdle of Truth», qui a donné lieu à l’attaque.

Je n’ai pas réimprimé l’article tiré du «Present Testimony», parce qu’on n’en citait qu’une seule phrase que je vais reproduire. L’article en question est une partie de la «Synopsis» des livres de la Bible, traduite du français, qui se rapporte à la première épître de Pierre. Dans un exposé étendu de toute l’épître, ces mots se trouvent dans une explication détaillée du chap. 3, vers. 18 et suivants : «[Christ] mis à mort quant à sa vie dans la chair, mais vivifié selon la puissance de l’Esprit divin» (*). Je n’ai, en vérité, aucune remarque à faire là-dessus, cette phrase me paraissant très juste. Quant à quoi Christ a-t-Il été mis à mort, si ce n’est quant à sa vie dans la chair ? Je crois que c’est exactement ce que dit le texte. Je n’ai pas pensé que, pour cette seule phrase, il valût la peine de réimprimer l’article tout entier avec les autres. Que mes pires ennemis, — pour l’amour d’eux, je suis affligé d’en avoir, — en fassent ce qu’ils voudront.

(*) Voir Études sur la Parole de Dieu. N.T. Partie 7, tout en bas de la page 66.

 

Je dois ajouter que, tout en convenant que je puis me tromper sur ce point, je maintiens la traduction d’Actes 20:28 : «L’assemblée de Dieu, laquelle il a acquise par le sang de son propre». Plus je pèse cette traduction, plus je suis convaincu qu’elle est exacte. Cela dit, je n’ai plus de remarques à faire, mon but n’étant pas de discuter. Jusqu’ici, dans mes réponses aux questions de doctrine, quoique jugeant sévèrement quelques assertions, parce que j’estimais que l’honneur de Christ y était intéressé, j’ai agi vis-à-vis de mes adversaires avec calme et courtoisie. Mais derrière ce qui se passe maintenant, je vois une autre main et un autre esprit ; cette brochure en est une preuve évidente. En tant qu’elle m’attaque personnellement, je suis heureux de n’avoir pas à y répondre ; mais si je suis appelé à reprendre mes adversaires parce qu’ils poursuivent leur hostilité, et que Satan se sert d’eux pour faire du mal, je déclare que je ne les épargnerai point et qu’avec le secours de Dieu, je n’hésiterai pas à exposer clairement les principes et les doctrines qui sont au fond de ces attaques. Quant à ce qui me concerne, le seul désir de mon cœur, c’est que le Seigneur soit glorifié. S’il l’est, c’est ma seule joie maintenant, et ce sera plus tard ma bénédiction éternelle. S’il y a, dans ces pages, la moindre chose qui Le déshonore, je ne tenterai aucune explication pour me défendre ; à Dieu ne plaise ! Qu’on les jette au feu. Il sera aisé de recueillir tout ce qu’elles peuvent contenir de bon, en allant à la seule source du bien. Je serai le premier à les détruire. Nous vivons dans des temps, où la gloire de Dieu et la vérité doivent être sauvegardées à tout prix. S’il y a, dans mes articles, je le répète, quoi que ce soit de contraire à cette gloire et à cette vérité de Dieu, je serai le premier à les brûler. Comme je l’ai déjà dit, il peut sans doute se rencontrer ici des expressions moins exactes qu’elles ne devraient l’être (*). Supposer qu’il pût en être autrement dans les écrits d’un auteur non inspiré, serait tout simplement de la folie.

(*) Quelques expressions qui ont donné lieu à de l’incertitude au sujet de la portée des assertions relatives à la participation, en esprit, du Seigneur aux souffrances du résidu, ont été expliquées dans les articles originaux qui sont réimprimés ici.

 

Quoi qu’il en soit, cher lecteur, vous avez ici mes écrits, tels qu’ils ont déjà été publiés. S’ils sont l’objet de nouvelles attaques, de la part des ennemis et de l’ennemi, parce qu’ils renferment, comme je le crois, la vérité, et que, par conséquent, je sois obligé de reprendre la plume, alors je traiterai l’attaque comme telle. Quant aux expressions, s’il y a lieu d’en corriger, j’attendrai une autre occasion pour le faire. Tels quels, ces articles suffisent pour traiter de la vérité qui est en débat. Quoiqu’ils roulent, en partie, sur des points controversés, je les ai écrits pour l’édification, non dans le but de faire de la controverse et nullement préoccupé alors des fausses interprétations qu’elle pourrait susciter. Je ne sais rien y voir qui, à le prendre comme je l’ai dit, exige beaucoup de remarques. Si je dois avoir à combattre, je ne crains pas le combat.

J.N.D.

 

1         Note

 

Depuis la publication du traité contenant les articles sur les «Souffrances de Christ» et de celui qui est tiré du «Girdle of Truth», on m’a accusé d’avoir supprimé l’article sur Hébreux 5. Mon attention ayant été attirée sur ceux du «Bible Treasury» de 1858 et sur celui du «Girdle of Truth», que signale expressément la brochure qui a donné lieu à leur réimpression, j’avais demandé à l’imprimeur et à l’éditeur des deux journaux de réimprimer le tout ensemble. Je n’avais pas remarqué qu’une des citations provenait d’un autre article du «Girdle of Truth», lequel ne fait point partie de la série sur les souffrances de Christ, mais traite un sujet entièrement différent : le chapitre 5 aux Hébreux ; aussi n’écrivis-je pas à l’éditeur de le publier. Le fait est que je n’ai point écrit cet article, et que, par conséquent, ce n’est pas moi qui l’ai envoyé au «Bible Treasury». Il se peut qu’on l’ait soumis à mon examen avant l’impression, c’est ce que je saurais dire ; mais je n’ai aucun souvenir de l’avoir jamais lu, et certainement je ne l’ai pas lu après l’impression. Il contient des notes, recueillies par un assistant, d’une méditation prêchée à Bridgewater. Le lecteur n’y trouvera rien de nouveau sur la question actuelle, il ne contient rien de plus que ce qui a été déjà donné dans la brochure accusatrice (l’article, que son style et son contenu seuls me firent reconnaître comme étant de moi, traite un tout autre sujet) : par conséquent, rien du tout n’a été supprimé. La vérité attaquée y est, à quelques égards, plus clairement établie qu’ailleurs. J’ai la confiance que le traité lui-même peut être utile par rapport au sujet dont il s’occupe, aussi l’ai-je fait publier à part, tout en rappelant ici que le lecteur n’y trouvera rien de nouveau sur le point qui est attaqué. Il contient une ou deux expressions plus ou moins contestables, quoique la doctrine en soit saine. Mais ces expressions n’ayant pas rapport au point qui est en litige, je ne les relève pas. Dans cette accusation, qui vient de parvenir à ma connaissance, je ne vois qu’une raison de plus pour ne faire absolument aucune attention à ce qui a nécessité la publication de ces articles sous forme de brochure ; seulement j’ôte l’occasion à ceux qui cherchent l’occasion.

J’ajouterai enfin qu’un examen plus approfondi d’Actes 20:28 m’a, plus que jamais, convaincu que ma traduction est juste et la seule juste. Je rejette entièrement la traduction ordinaire.

L’article sur Héb. 5 («La Parole de Dieu et la Sacrificature de Christ») a été publié à part comme brochure (*).

(*) Il a aussi été traduit en français et publié dans le Messager évangélique, tome 1, p. 55 (Trad.).

 

2         Introduction

 

Une nouvelle édition du traité sur les Souffrances de Christ étant devenue nécessaire, je saisis cette occasion pour présenter quelques observations que les circonstances exigent. Si, dans ma pauvre et faible mesure, j’ai dû souffrir d’une épreuve, que mon adorable Maître a traversée entièrement, je ne viens parler ici ni de cette épreuve, ni de ceux qui en ont été les instruments, et cela pour deux raisons : lorsque la gloire de Christ est en question, il vaut mieux s’effacer soi-même, Lui seul doit être considéré ; puis, je craindrais de laisser échapper quelque expression qui, si Dieu donne la repentance à mes accusateurs, pourrait être un obstacle à leur changement de dispositions. La seule chose que j’aie à demander à mon lecteur, comme je l’ai déjà fait lorsque je fus attaqué, il y a huit ans, sur les mêmes articles, c’est qu’il reçoive de moi-même l’exposition de ma doctrine. On l’a présentée de manière à donner juste le contraire de ce que j’ai expressément établi. Des phrases entre guillemets, ayant la prétention d’être tirées de mes écrits, ne se trouvent pas dans l’article qui les a soi-disant fournies, et l’interprétation que mes accusateurs font de ma doctrine m’est attribuée dans quelque passage subséquent, comme si elle venait de moi. Je dois aux frères qui cherchent la vérité, de déclarer sur quel terrain je me trouve dans cette affaire. Tout en admettant que mes expressions se ressentent de l’imperfection inhérente à notre pauvre nature humaine (*), et que je n’avais pas mûri, examiné et pesé ces vérités, comme je l’ai fait depuis les dernières attaques, tout en admettant cela, je déclare maintenir pleinement, et sous tous ses rapports, la doctrine que je voulais enseigner dans ces articles. Si on les avait étudiés avec un esprit bienveillant, je crois qu’on y aurait trouvé une vraie édification et du profit. Quant à moi, j’ai éprouvé une profonde et douce jouissance dans ce que ces écrits cherchent si imparfaitement à exposer. Je ne suis point effrayé par mes adversaires, ni ne recule devant les conséquences de ce que j’enseigne. Je connais bien des frères pour lesquels cette exposition des souffrances de Christ a été grandement bénie. Je puis dire de mes frères qu’ils sont dans mon cœur pour vivre avec eux, si cela est possible, pourvu que je puisse maintenir la vérité enseignée dans ces pages. Je me réjouis, sans réserve, dans la communion avec des frères qui peuvent me recevoir en admettant et en maintenant cette vérité. Quant à moi, je la maintiens, je la confesse, je ne l’abandonne pas et, avec la grâce de Dieu, je ne l’abandonnerai jamais. Je n’insiste pas pour que mes frères la reçoivent. Il se peut qu’ils ne l’aient pas saisie. Cette vérité n’est pas de celles sur lesquelles repose la communion et le témoignage des frères, comme témoins pour Dieu ; mais il n’en résulte pas moins de l’instruction et du profit pour ceux qui sont en communion. Je n’exige nullement qu’on l’accepte ; je n’en fais point une condition de communion. Le témoignage de l’Église de Dieu doit être maintenu indépendamment de cette vérité. Je ne rejette personne parce qu’il la rejette. Le saint le plus fidèle peut ignorer ce qui édifie. Je ne voudrais troubler la paix de qui que ce fût, mais je maintiendrai ce que je crois être la vérité, et je laisserai au Seigneur à en décider les conséquences. Je ne crois pas qu’il s’agisse ici d’une vérité fondamentale, quoique je pense qu’on y pourra trouver une profonde et avantageuse instruction quant aux souffrances de Christ. Je n’aurais donc jamais songé à soulever la question. Je serais affligé si quelqu’un, estimant que j’ai raison, cherchait à la soulever ou à la mêler avec une question de communion. Je désire sincèrement que les saints cherchent avec calme à profiter de cette vérité, et non à en faire un sujet de dispute, car des débats sur un tel sujet font du mal. Mais la question ayant été publiquement soulevée, mon rôle, comme violemment accusé, est d’être franc et clair. Je maintiens, en substance, quelles que soient les imperfections du style, ce que j’ai enseigné dans le traité que je publie, corrigeant volontiers toutes les expressions ambiguës, mais ne changeant rien à l’enseignement lui-même. Je ne me suis pas pressé d’écrire ; j’ai refusé et je refuse encore de me défendre personnellement, préférant m’en remettre entièrement au Seigneur. En outre, une pareille défense m’eût été trop pénible, à cause de ceux auxquels j’aurais dû m’adresser. Je désirais peser le sujet, mes articles qui le traitent, les Écritures et les objections de mes adversaires. Je désirais que d’autres sondassent les Écritures et y missent du temps, car je n’ignorais pas que ce sujet exige du discernement spirituel et l’examen des Écritures ; sans quoi, il serait impossible à plusieurs d’en juger certaines parties. Je n’étais donc pas pressé et je pouvais m’attendre au Seigneur. À la fois accusé et poussé à l’action, j’étais résolu à poursuivre mon propre chemin, bien que les instances de mes amis m’affligeassent. Les censures et les attaques me touchaient peu ; on y est habitué ; cependant je répondais à tous ceux qui, de bonne foi, me demandaient des renseignements ou des explications ; j’étais tenu de le faire. Je commençai une correspondance avec MM. Hall et Dorman ; mais depuis l’assemblée de Portsmouth, je ne reçus jamais, de qui que ce fût, aucune objection, ni même un mot sur ce sujet, jusqu’à ce que je prisse moi-même la plume. Les partisans de Béthesda inondèrent le pays de toute espèce de publications, pour prouver que ma doctrine était la même que celle de M. Newton : voilà le terrain sur lequel mes accusateurs actuels se sont ouvertement placés. Mais je n’ai jamais prêté la moindre attention à ces tentatives, parfaitement convaincu que tout cela, du commencement à la fin, est un effort de l’ennemi ; or quand cet effort consiste en attaques personnelles, la meilleure chose à faire, si l’on a la conscience d’avoir raison, c’est de laisser la chose au Seigneur, comme un homme qui n’entend point et qui n’a point de réplique en sa bouche. Voilà ce que j’ai fait, et voilà ce que je suis, relativement à ceux qui ont adopté ce terrain d’une manière avouée. C’est pourquoi, sur ce dernier point aussi, je m’expliquerai ouvertement : je rejette Béthesda comme une iniquité, ainsi que je l’ai toujours fait ; par la même raison, je rejette le principe, répandu bien au delà de cette chapelle, et sur lequel elle est basée. L’expérience que j’ai faite de ce principe en Amérique, en connexité, il est vrai, avec d’autres doctrines, mais dans lesquelles ceux que l’on appelle Neutres sont tombés aussi et dont ils ont accepté la communion, m’a confirmé dans la conviction, que la communion acceptée avec ceux qui soutiennent quelque doctrine funeste est une infidélité envers Christ, un mal profond, une œuvre de l’ennemi. L’Église est la colonne et l’appui de la vérité. Ce qui n’est pas cela, en principe, n’est pas l’Église du tout, pas même dans ses éléments ; ce n’est pas assembler avec Christ, mais disperser. Quand la doctrine blasphématoire de M. Newton (pour la personne duquel je n’éprouve qu’un sentiment bienveillant, et pour lequel mon cœur, quoique affligé, ressent une profonde pitié) fut publiquement émise, Béthesda l’appuya et l’accrédita délibérément. Je rompis avec Béthesda, et je la rejette encore. Qu’elle soit une église baptiste ou tout ce qu’on voudra, peu m’importe : elle a été infidèle à Christ et, avec le secours de Dieu, aucune considération ne m’amènera jamais à faire un seul pas pour m’en rapprocher. Je rejette, ainsi que je l’ai toujours fait, la doctrine de M. Newton, comme étant un blasphème. La tentative faite pour rapprocher ma doctrine de la sienne est une folie ou pis encore : un effort de l’ennemi pour pallier et pour couvrir son œuvre. Je ne trouve pas à redire à ceux qui me rejettent, quand ils croient que je soutiens une doctrine semblable, mais que puis-je penser de ceux qui me rejettent pour excuser ce qui est associé avec cette doctrine ? Il faut, pour le moment, les laisser à leurs propres consciences.

(*) Cependant les explications que l’on trouvera à la fin ne laissent réellement que peu ou rien à désirer.

 

J’ajoute que je rejette entièrement le principe, sur lequel M. Hall se fonde. Comme je le lui ai dit, ce principe est la racine et la base du système de M. Newton, savoir, qu’une personne doit être dans l’état ou dans la relation qui attire des afflictions sur quelqu’un qui a transgressé, pour qu’elle puisse prendre part à ses afflictions. M. Hall m’a fourni une comparaison qui présente parfaitement cette vue, bien qu’elle n’embrasse pas la question tout entière. Dans le cas d’une mère qui va en prison avec son fils (si même elle n’y allait pas, cela ne ferait que rendre la chose d’autant plus claire), M. Hall dit : «Elle ne pourrait point partager les deux peines, ni entrer dans l’une ni dans l’autre, savoir, d’abord dans la pénalité, puis dans le sentiment intérieur douloureux d’avoir péché et mérité la pénalité». Or moi, j’affirme qu’elle le pourrait (*) ; c’est une fatale négation des souffrances de Christ que de nier qu’Il l’ait fait. Plus la mère serait spirituelle, et plus elle sentirait dans sa propre âme (et cela en connexion avec l’amour qu’elle a pour son fils), plus elle sentirait, dis-je, la terreur de cet état, et elle apprendrait ce qu’est un mal qu’elle n’avait jamais connu par expérience. Christ n’était pas là pénalement (sauf par substitution, sur la croix), mais il prit part à l’état des pécheurs. C’est là une face importante de la question. Je tiens la doctrine qui affirme que Christ ne put pas entrer dans nos souffrances, comme pernicieusement fausse et comme altérant le vrai caractère de l’affliction de Christ. Mais poursuivons notre sujet, afin de pouvoir mieux nous initier à cette douleur : A-t-on voulu dire que Christ ne goûta pas la mort, non pas en sympathie (**), ni en expiation, mais la mort en elle-même, quand Il dit : «Mon âme est de toute part saisie de tristesse jusqu’à la mort» ? M. Hall admet deux causes de souffrance en Christ : l’expiation et la sympathie. Si la souffrance ne vient pas de l’une de ces deux causes, elle doit, nous dit-il, provenir de sa relation propre avec Dieu. C’est ce que je repousse comme un funeste enseignement, une négation de la vérité des souffrances de Christ, un raisonnement purement humain, jeté à la face des Écritures. Je ne puis rien concevoir de plus destructif des affections chrétiennes. Christ a fait l’œuvre de l’expiation ; Il a sympathisé et Il sympathise encore d’une manière bénie ; mais exclure ses propres et réelles douleurs en tant qu’homme, lorsqu’Il dit, par exemple : «L’opprobre m’a rompu le cœur et je suis languissant» (Ps. 69:20), exclure l’abandon, la trahison et mille autres sources des afflictions du Christ, voilà ce qui est des plus pernicieux et des plus répugnants au cœur du chrétien. Cependant tout cela n’était ni expiation, ni sympathie. Or «Christ a souffert lui-même, afin qu’Il fût à même de sympathiser».

(*) Je ne veux pas dire qu’elle aurait l’expérience du péché ; mais je parle de la douleur et de la détresse, de la juste crainte de la mort, et du sentiment de ce qui la produit.

(**) Est-ce que Gethsémané était la même chose que la veuve de Naïn ?

 

On voit quelle est la base du système de M. Hall ; aussi ne fait-il autre chose que de placer Christ, nécessairement, dans l’état ou dans la relation qui donne lieu à la souffrance, exactement ce qu’a fait M. Newton. Mais Christ a senti les vraies souffrances d’un cœur humain, comme jamais il n’y en eut de pareilles, souffrances qui ne sont ni expiation, ni sympathie. Je rejette donc entièrement et de tout mon cœur, comme chrétien, le système que m’a présenté M. Hall. Je ne l’accuse pas des erreurs de M. Newton ni des conséquences de la doctrine de celui-ci. Je crois qu’il ne s’aperçoit pas du tout qu’il se trouve sur le même terrain, mais il y est, à son insu. Mon seul but, ici, est de déterminer clairement le terrain sur lequel je suis, sans entrer dans aucune discussion formelle. La chose importante, c’est le grand principe. Il me semble que tout chrétien, ne fût-il conduit que par l’instinct même de la vie chrétienne, et en tant qu’enseigné par la Parole, doit absolument repousser le système proposé par M. Hall. Christ a pris part aux souffrances des autres, sans être dans l’état où ils étaient ; Il a enduré de profondes souffrances, à lui particulières, lesquelles n’étaient ni expiatoires, ni purement sympathiques.

J’en viens maintenant à l’exposition plus complète de mes vues sur ces points.

Je crois et je maintiens pleinement et simplement la doctrine de l’expiation, comme tout vrai chrétien la comprend : — le Seigneur s’offrant lui-même, sans tache à Dieu, et étant obéissant jusqu’à la mort ; étant fait péché pour nous, portant nos péchés, en son corps, sur le bois, glorifiant Dieu par le sacrifice de lui-même, se substituant à nous et buvant la coupe de la colère. Quoique personne ne puisse sonder, jusqu’au fond, ces mystères d’amour, je crois que ce que j’ai affirmé et enseigné et ce que j’enseigne encore tend à rendre l’expiation plus claire. Je veux parler de l’importance de ne pas confondre les souffrances de Christ, qui ne viennent pas de la colère divine, avec le fait unique de boire la coupe, quand Il fut abandonné de Dieu. C’est ce que je vois soigneusement exprimé au Psaume 22. Au milieu des cruelles souffrances, dont le Seigneur, en Esprit, y parle prophétiquement, Il dit, par deux fois : «Toi donc, Éternel, ne t’éloigne pas de moi». Cependant (et c’est ici la profondeur insondable du psaume), dans les souffrances de son âme, Il était abandonné de Dieu. Aucune autre souffrance, quelque profonde et réelle qu’elle fût, ne peut être comparée à celle-là. Mais le Saint Esprit fait ici une distinction, afin de faire ressortir, de la manière la plus claire, ce qu’est cette coupe merveilleuse, seule au milieu de tout le reste. Cela donne aux autres souffrances plus de vérité et de réalité pour le cœur, et la coupe bue (ce par quoi les nouveaux cieux et la nouvelle terre subsistent, dans une immuable justice, devant Dieu, et par quoi nous sommes rendus agréables dans le Bien-aimé) a ainsi une vérité et une réalité que rien autre ne peut lui donner. Mêler avec cette coupe, quant à leur caractère, les autres souffrances qui l’accompagnaient, c’est affaiblir et détruire la nature de l’une et des autres. Nous venons à l’expiation avec le sentiment de nos péchés et le besoin du pardon ; une fois réconciliés avec Dieu, nous voyons toute la gloire de Dieu manifestée en elle, pour toujours. J’ajoute que, quant à ce qui concerne la relation de Christ avec Dieu, je n’ai d’autres vues que celles que je suppose être la foi commune à tous les chrétiens, savoir qu’Il est son Fils bien-aimé, en qui Dieu a pris tout son bon plaisir, que, comme homme vivant ici-bas, toute l’affection de Dieu reposait sur Lui. Quoique jamais plus agréable, dans son obéissance, que sur la croix, là il fut agréable comme supportant l’abandon de Dieu, pour la gloire de Dieu ; c’était, naturellement, un cas tout spécial.

Mais on a élevé deux objections sur ce que j’ai enseigné là-dessus et je vais m’en occuper. L’une a trait à un certain changement qui eut lieu, à un moment donné, dans la position de notre Seigneur, quand il fut livré de la part de Dieu et qu’Il se livra Lui-même entre les mains des hommes, pour accomplir les conseils et la gloire de Dieu et faire propitiation pour nos péchés. Là-dessus le Nouveau Testament est aussi clair que possible. Nous lisons : «Personne ne mit la main sur lui, parce que son heure n’était pas encore venue» (Jean 7:30). Jésus dit lui-même à sa mère : «Qu’y a-t-il entre moi et toi, femme ? Mon heure n’est pas encore venue» (Jean 2:4). Il annonça à ses disciples qu’il fallait que le Fils de l’homme souffrît beaucoup et qu’il fût rejeté des anciens, des principaux sacrificateurs, et des scribes… et qu’il fût livré entre les mains des hommes (Marc 8:31 ; 9:31). Tant que son heure n’était pas venue, quelle que fût l’inimitié des méchants, cela ne pouvait pas arriver. Aussi dit-il à ses disciples : «Quand je vous ai envoyés sans bourse, sans sac et sans sandales, avez-vous manqué de quelque chose ? Et ils dirent : De rien. Alors il leur dit : Mais maintenant, que celui qui a une bourse la prenne… car je vous dis, qu’il faut encore que ceci, qui est écrit, soit accompli en moi : Et il a été compté parmi les iniques : car les choses qui me concernent vont avoir leur fin» (Luc 22:35-37). Et encore : «Lorsque j’étais tous les jours avec vous, dans le temple, vous n’avez pas étendu votre main contre moi pour me saisir, mais c’est ici votre heure et le pouvoir des ténèbres» (Luc 22:53). Or, bien que servant à amener l’œuvre de l’expiation, le fait, que le Fils de l’homme fut livré entre les mains des hommes, n’était pas l’expiation. L’heure des sacrificateurs et des scribes était l’heure de la puissance des ténèbres. Avant cela, lorsque les gens de Nazareth voulurent le précipiter du bord escarpé de la montagne, Jésus Christ, passant au milieu d’eux, se retira (Luc 4:29). Sans aucun doute, Il se livra lui-même. C’est cette face du merveilleux tableau que Jean nous présente, lorsqu’il nous montre toute la compagnie qui venait pour saisir Jésus, reculant et tombant par terre, et qu’il nous rapporte ces paroles ineffablement précieuses du Seigneur : «Si c’est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci» (Jean 18:6, 8). Mais jusqu’à ce moment, il y avait, dans l’accomplissement des conseils de Dieu, une main qui retenait la volonté ou la force du peuple. Maintenant, le Fils de l’homme devait être livré entre les mains des hommes. Ce n’était pas le moment même de l’expiation, quoique ce fût le chemin qui y conduisait ; mais c’était l’heure des hommes méchants et la puissance des ténèbres. Y avait-il de la sympathie ? Pour qui ? Nier un changement dans la position du Seigneur et dans les voies de Dieu avec Lui, comme homme sur la terre, — je ne dis pas et ne pense pas : dans ses relations avec Dieu, — c’est mépriser et braver l’Écriture. Il ne s’agissait pas d’expiation, il ne s’agissait pas de sympathie, mais de souffrance, pour le Fils béni de Dieu, lorsqu’Il allait être livré entre les mains des hommes, dont c’était alors l’heure, comme instruments de la puissance des ténèbres, et dont ce n’était pas l’heure auparavant. Mais il y avait là une complication de douleurs. Le Christ allait à la rencontre de l’indignation et de la colère. Il ne buvait pas encore la coupe. Il n’était pas encore frappé, mais Il marchait vers tout cela, abandonné à ce qui en était l’instrument, pressé que ce fût bientôt accompli (Luc 12:50) ; Il était dans l’heure qui signifiait tout cela et qui signifiait tout cela pour son âme. Cette heure avait ses douleurs propres, et l’âme du Seigneur était troublée ; Il prie d’abord, demandant d’être délivré de cette heure prochaine, toutefois Il s’y soumet, comme à l’heure pour laquelle Il était venu dans ce monde (Jean 12:27) ; puis Il désire, avec ardeur, que la chose arrive promptement ; ensuite son âme est saisie de tristesse jusqu’à la mort, parce que, sur le point d’être livré entre les mains des hommes, Il allait au-devant de l’indignation et de la colère. Ce qui, dans ce moment, rendait ses souffrances si profondes, c’est qu’Il savait qu’Il allait rencontrer l’indignation et la colère. La méchanceté de l’homme était sans cœur et sans conscience, mais elle conduisait, pas à pas, à la croix, à la coupe qu’Il devait boire. Comme Fils de l’homme, Il était alors livré, ou sur le point d’être livré entre les mains des hommes, rejeté des anciens, des principaux sacrificateurs et des scribes, les conducteurs d’Israël. L’ombre de mort, projetée par la croix, était non seulement vue d’avance, dans les rayons de la faveur et du service de Dieu, mais elle passait sur son âme, quoiqu’Il ne bût pas encore la coupe. C’est ce qu’Il nous dit lui-même. En cela Il ne sympathisait pas avec d’autres. Il attendait de la sympathie de la part des autres, et demandait à ses disciples de veiller avec lui. Il ne buvait pas alors la coupe, mais, je le répète, Il allait à la rencontre de la colère et de l’indignation. C’est ce qui donnait au fait d’être livré entre les mains des hommes sa force et sa tristesse de mort. Il apprit l’obéissance par les choses qu’il souffrit et, dans les jours de sa chair, il offrit, avec de grands cris et avec larmes, des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort (Héb. 5:7, 8).

Il est deux points accessoires sur lesquels j’ai insisté : la connexion du Seigneur avec Israël, et la manière, pleinement satisfaisante, dont il a résolu la question du bien et du mal, en sorte que la délivrance fût absolue et éternelle. Je ne sais si, dans le traité, ces deux points sont entremêlés de façon à pouvoir produire quelque confusion dans l’esprit du lecteur. Le dernier est beaucoup plus profond et demande plus d’intelligence spirituelle que le premier, qui se rattache, non pas à ce qui est absolu et essentiel, ou bien éternel et parfait, et à l’abolition du mal, pleinement jugé dans les voies et dans l’œuvre de Christ, mais au gouvernement de Dieu sur la terre, dont Israël est le centre. C’est Dieu qui a fait d’Israël ce centre, comme Deut. 32 le dit formellement ; et quoiqu’Il ait appelé l’Église à être le témoin de la grâce souveraine qui l’associe à Christ dans la gloire céleste, cependant, dès l’instant où Il fit d’Israël son peuple, Il n’a jamais changé ses conseils ni ses décrets à l’égard de ce peuple. Ennemis par rapport à l’Evangile, les Israélites sont toujours bien-aimés à cause des pères ; car les dons et la vocation de Dieu sont sans repentir. Mais Dieu a toujours, d’abord, placé les hommes sous une responsabilité, puis, après qu’ils y ont manqué, Il accomplit, ou plutôt Il accomplira ses conseils en grâce. Relativement aux Israélites, l’épreuve a été double (comme au reste, pour tous, dans un certain sens) : leur fidélité à Jéhovah, et leur réception du Messie, de Celui qui venait au nom de Jéhovah, et qui est Jéhovah lui-même, mais Jéhovah venu en grâce. La première épreuve était la controverse, relative aux idoles, développée dans Ésaïe 40 à 48, où des consolations, avec Christ lui-même, leur sont promises, mais où le sujet est l’idolâtrie, Babylone et Cyrus, tout en annonçant une délivrance finale pour les justes. Je n’insiste pas davantage sur ce point. L’autre épreuve était la venue du Messie, de Jéhovah lui-même en grâce, comme pierre de touche : c’est là le sujet des chapitres 49 à 57 ; il s’étend jusqu’à la délivrance finale des justes, se relie avec le rejet de Christ et introduit l’expiation, ici spécialement pour la nation, quoiqu’elle embrasse tout croyant. Cette question, je n’ai pas besoin de le dire, a trouvé sa solution dans l’histoire du Christ, les résultats futurs pour Israël restant encore un sujet d’espérance et de prophétie, — de la prophétie de Christ lui-même, en Matt. 23 et 24. Christ est mort pour cette nation qui, sans cela, eût été frustrée de sa bénédiction future. Or, il importe de remarquer que ce qui est promis à Israël ne s’accomplit que pour le résidu. Les espérances sont les espérances d’Israël. C’est la bénédiction d’Israël ; mais si Dieu n’eût pas laissé un très petit reste, Israël eût été comme Sodome (És. 1:9). Ce résidu — la troisième partie — passera par le feu, par la terrible tribulation, telle qu’il n’y en a jamais eu de pareille, quoiqu’il doive, dans une grande mesure, être caché et protégé par Jéhovah. Toutefois, il passera par le feu (Zach. 13:9 ; Mal. 3:2, 3 ; És. 26:20, 21 avec ce qui précède). De nombreux passages pourraient encore être cités sur ce point. Le Nouveau Testament le confirme dans l’Apocalypse et dans la prophétie du Seigneur en Matthieu ; il est encore soigneusement exposé dans Rom. 9-11, pour concilier la certitude des promesses avec la doctrine de l’apôtre : «il n’y a point de différence». Quelle part le Christ a-t-il prise à ces souffrances, en esprit ? Que le péché qu’ils ont commis en rejetant Jésus Christ ait été la cause immédiate de leur propre rejet, c’est ce qui est évident (És. 50 ; Zach. 13 et 14, et la propre prophétie du Seigneur en Matt. 23 ; Luc 19:42-44). Qu’il soit mort pour la nation, Jean (11:51, 52) l’affirme, comme l’avait déjà fait Ésaïe (53). Qu’il ait pleuré sur Jérusalem, lui, le vrai Jéhovah qui, souvent, aurait voulu rassembler ses enfants ; c’est ce que nous savons aussi (Luc 13:33-35 ; 19:41). Que ce soit en Israël que Dieu doive être glorifié sur la terre, c’est ce que déclare très explicitement Ésaïe 49, tout en montrant que le Christ a senti péniblement cette conséquence de son rejet, en disant : «J’ai travaillé en vain ; j’ai usé ma force pour néant et sans fruit» ; quoique, en réponse à ses plaintes, Il doive nécessairement recevoir une beaucoup plus grande gloire, comme résultat de son œuvre qu’Il savait être parfaite.

Cela nous amène directement à cette vérité-ci, savoir, que le Seigneur a profondément senti l’effet de son rejet, relativement à la nation. La loi avait été enfreinte, mais l’idolâtrie avait été abandonnée, et Jéhovah était venu au milieu de son peuple, portant, dans son cœur et dans ses mains, des délivrances et des bénédictions ; il était venu, sans doute, afin de se donner lui-même en expiation pour eux ; mais il commença par se présenter à eux, comme le véritable héritier et le vase des promesses, le ministre et la couronne de toute bénédiction, le ministre de la circoncision pour la vérité de Dieu (Rom. 15:8). Mais il fut le rejeté du peuple et, pour ce qui regarde ce peuple, il travailla en vain ; aussi (quoique le résidu ait acquis de beaucoup meilleures choses, et que la gloire propre de Christ en ait été grandement rehaussée) le résidu ne put-il pas alors obtenir les bénédictions et la gloire promises dans le Messie et avec le Messie : ils durent prendre leur croix et le suivre. Jéhovah, anticipant la grande délivrance finale, envoya cet Elie en esprit, qui devait préparer la voie devant Lui, et venir avant le jour grand et terrible de l’Éternel (Mal. 3:1 ; 4:5). Ils lui firent tout ce qu’ils voulurent, et le Fils de l’homme dut souffrir. Le Nouveau Testament, comme l’Ancien, relie, quant à Israël, la présence du Christ avec les derniers jours : «Vous n’aurez pas achevé de parcourir les villes d’Israël, que le Fils de l’homme ne soit venu» (Matt. 10:23). «Désormais vous ne me verrez plus, jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur» (Matt. 23:39), dit Jésus, en citant ainsi le Psaume 118, qu’il avait déjà cité (21:42) relativement à la pierre rejetée. En même temps, le corps de la nation, maintenant apostat, criait : «Nous n’avons pas d’autre roi que César» (Jean 19:15), rejetant ainsi, formellement, leur Messie et, en Lui, Jéhovah venu en grâce pour assaisonner la parole à celui qui est accablé de maux (És. 50:4). Le Seigneur était-il indifférent à tout cela ? Parce qu’Il allait accomplir, pour l’expiation, une œuvre plus grande, était-il indifférent au rejet du peuple bien-aimé de Dieu, au remplacement, pour un temps, de toutes les promesses relatives à eux, par le jugement et par une longue période, pendant laquelle ils seraient rejetés ? — indifférent à «la colère sur eux venant au dernier terme», à l’entière suspension des promesses, attendues et envisagées comme reposant sur la réception du Messie venu en chair ? — indifférent à son propre travail pour néant et sans fruit, à son retranchement comme Messie n’ayant rien, et à l’apostasie du peuple qui se joignait aux Gentils contre l’Éternel et contre son Oint, en sorte que la colère et le jugement devaient fondre sur eux ? Je le demande encore, était-il indifférent à tout cela ? ou bien sentait-il tout cela ? La sympathie avec ses disciples, nous pouvons la comprendre. Mais n’y avait-il pas, dans toutes ces choses, aucune source de souffrance pour le Seigneur ? Il ne pouvait pas sympathiser avec l’apostasie. Il ne fut jamais dans ce cas, mais il fut fidèle jusqu’à la fin, parfait avec Dieu, au milieu de l’apostasie. Mais n’était-ce rien, n’était-ce pas une douleur pour Lui, que le peuple de Dieu fût ainsi retranché, qu’Il fût retranché Lui-même, instrumentalement, par cette même apostasie, en sorte que l’espérance qu’avait alors Israël finissait avec Lui, comme Ésaïe 50 le déclare positivement ? Il ne pouvait pas séparer son propre retranchement de celui d’Israël qui en était la conséquence, comme Dan. 9:26, et Ésaïe l’attestent clairement.

Voyons comment l’Esprit du Seigneur agit, à cet endroit, en ses serviteurs. Les Lamentations de Jérémie en sont la profonde et merveilleuse expression : non seulement ce qui avait été si beau aux yeux de Dieu, ses Nazariens, autrefois plus purs que la neige et plus blancs que le lait (4:7), avaient été mis de côté, parce qu’ils étaient devenus plus noirs que les ténèbres ; mais Dieu avait rejeté, au loin, son autel et détruit son sanctuaire (2:7). Ésaïe (63 et 64) voudrait que l’Éternel fendît les cieux et descendît. De même Daniel, dans sa belle intercession du chap. 9. Est-ce que le christianisme a détruit et fait disparaître ce sentiment ? Il y eut un chrétien qui avait une grande tristesse et une douleur continuelle dans son cœur, au sujet de ses frères, ses parents selon la chair, les Israélites, auxquels sont l’adoption, et la gloire, et les alliances, et le don de la loi, le service de Dieu et les promesses, desquels, selon la chair, est descendu le Christ, qui est Dieu, sur toutes choses, béni éternellement (Rom. 9:2-5). C’est ainsi que Paul ne voulait plus connaître Christ ; il Le connaissait dans les glorieux et célestes résultats de l’expiation ; mais son cœur gémissait sur Israël comme peuple de Dieu, auquel appartenaient les promesses et Christ en la chair. Il avait pu souhaiter d’être, par anathème, séparé du Christ, pour eux, de même que Moïse avait pu dire à l’Éternel : «Maintenant, pardonne-leur leur péché, sinon efface-moi de ton livre» (Ex. 32:32), l’un et l’autre par amour pour Israël selon la chair, mais peuple de Dieu selon la chair, et dont, selon la chair, le Christ faisait partie. Israël était responsable de Le recevoir, Lui qui était envoyé aux brebis perdues de la maison d’Israël. Est-ce que l’Esprit de Christ a pu produire ces sentiments dans ses témoins, avant et après sa venue et son rejet, tandis que Lui-même serait demeuré indifférent à son peuple qu’Il avait préconnu ? Il n’en fut certes pas ainsi. L’indignation et la colère allaient tomber sur les Juifs, et Christ le sentait. Le jugement était bien près d’être exécuté au temps de Paul et, par l’Esprit de Christ, l’apôtre le sentait, quoique son cœur eût connu Christ dans la gloire et ne voulût plus le connaître autrement. Voici le langage des Écritures : «L’Éternel fut touché en son cœur de l’affliction d’Israël» (Jug. 10:16). «Dans toute leur angoisse, Il a été en angoisse» (És. 63:9).

Le même Jéhovah est venu ici-bas comme un homme. Est-ce que son humanité a tari l’intérêt qu’il prenait à Israël et à ses brebis perdues ? Le même Jéhovah pouvait alors pleurer sur la ville élue et bien-aimée, et dire : «Oh ! si tu eusses connu, toi aussi, au moins en cette tienne journée, les choses qui appartiennent à ta paix ; mais maintenant elles sont cachées devant tes yeux» (Luc 19:42) ! Il n’était pas seulement Jéhovah, mais Il prenait la place de Messie en Israël, non pas assurément dans l’apostasie de celui-ci, mais avec le résidu pieux qui, quant aux promesses terrestres, ne put, de même que le Messie Lui-même, rien avoir alors. Le Berger fut frappé et les brebis furent dispersées. Il était le Chef et le porteur des promesses. Son retranchement amena la mise de côté de toutes les espérances et de toutes les promesses d’Israël, telles qu’elles étaient alors présentées ; comme Messie, Il dut être retranché et, en conséquence de ce retranchement, le jugement, l’indignation et la colère devaient tomber sur Israël. L’indignation est, on peut le dire, le mot technique employé pour les temps de trouble, dans les derniers jours. Paul dit que «la colère était venue sur les Juifs» (1 Thess. 2:16). Je crois que le Christ a pris part à cela, qu’il a senti tout cela en connexion avec son propre retranchement. Sans doute, Il a été infiniment plus loin. Il a fait l’expiation pour les Israélites. Mais il a vivement senti son rejet par le peuple, Il l’a porté sur son cœur ; Il leur a dit de ne pas pleurer sur Lui, mais sur eux-mêmes, parce que le jugement allait venir sur eux. Il était le bois vert, et si ces choses lui étaient faites, que serait-il fait au bois sec, à Israël sans vie ?

Ceci me conduit au retranchement du Christ et au Christ frappé. Non seulement le jugement d’Israël est lié au retranchement du Christ et au Christ frappé, comme nous l’avons vu ; mais à cela se rattache aussi la condition du résidu d’Israël dans les derniers jours, et celle des justes, comme résidu d’Israël dès les jours du Messie. C’est ce que l’on voit en Dan. 9. Les semaines, pour mettre fin aux désolations de Jérusalem et aux guerres, ne sont pas encore écoulées. Elle est encore à venir, la dernière terrible demi-semaine, dont le Seigneur nous parle en Matt. 24, en rappelant Dan. 12. Et pourquoi tout cela ? Le Messie devait être retranché et il n’aurait rien (c’est, de l’aveu général, le vrai sens de la première phrase de Dan. 9:26). Il n’est pas question ici de gloire obtenue par l’expiation, mais d’un retranchement du Messie, tel qu’Il n’a rien de la gloire, ni de la royauté en Israël ; Israël, au contraire, allait à la rencontre du jugement et d’un désolateur. Zacharie nous enseigne les mêmes choses. L’Être béni, qui avait été la possession [l’esclave] de l’homme, dès sa jeunesse (*), avait été blessé dans la maison de ses amis. Ses proches lui avaient fait ces blessures. Or il y a plus que cela dans sa mort ; l’épée doit se réveiller contre le Pasteur de Jéhovah — «contre l’homme qui est mon compagnon», dit l’Éternel des armées : «Frappe le Pasteur, et les brebis seront dispersées». Ses brebis, en tant que liées à Lui, en Israël, furent dispersées ; puis le prophète parle du sort d’Israël et du résidu dans les derniers jours : «deux tiers seront retranchés, et le restant passera par le feu». Nous avons déjà vu que, en Matt. 10:23, le Seigneur rapproche les mêmes périodes et que, dans le dernier cas, Il les rattache à son rejet. Les Juifs tombèrent sur la pierre et en furent brisés ; si elle tombe sur eux, elle les broiera (Matt. 21:44). Si je trouve, dans les Psaumes, des détails et des sentiments (**) plus développés, je trouve, en revanche, dans les évangiles, l’enseignement et l’histoire de ce qui amène tout cela. Or, je reconnais pleinement que c’est sur la croix que le Christ a été frappé, ce qui est formellement établi dans les articles que je publie de nouveau. Mais j’affirme que c’est lorsqu’il se mit en chemin pour aller à la croix, que le Christ entra dans toutes ces douleurs et ces souffrances et cela, tout particulièrement, comme s’attendant à être retranché, quand son heure serait venue et qu’il ne devait plus être garanti des machinations des Juifs, devenus ses ennemis, mais, au contraire, être livré par eux aux hommes.

(*) Lisez, en effet, ainsi, Zach. 13:5 : «Je ne suis pas prophète, mais un homme qui sert à la terre ; car l’homme [Adam] m’a possédé [comme esclave] dès ma jeunesse».

(**) Quoiqu’il en soit bien peu, où les souffrances propres du Christ soient considérées autrement que comme du dehors.

 

En outre, les accusations qu’on a portées m’ont conduit à sonder les Écritures sur ce sujet, et je n’y vois pas que le mot «frapper» y soit jamais employé en rapport avec l’expiation (quoique l’expiation s’accomplît aussi lorsque le Christ fut frappé), mais en rapport avec le retranchement du Messie en relation avec les Juifs. L’abandon de son Dieu est ce qui, dans l’Écriture, exprime cette œuvre qui se présente complètement à part. Quelques passages peuvent m’avoir échappé, mais j’ai soigneusement étudié le sujet. Je ne suis ni surpris, ni troublé, que cela soit mal compris, parce qu’il est certain que, quand le Christ fut frappé, l’expiation fut opérée. Mais je préfère les Écritures aux paroles des hommes et, tant qu’on ne me produira pas quelque passage contraire, je croirai que le terme «frapper» se rapporte au fait du retranchement du Messie, et non à l’œuvre de l’expiation, à laquelle rien ne peut être comparé. Les mots «frapper» ou «retrancher», s’appliquant au Messie, sont employés dans l’Écriture, relativement à un autre sujet, quoiqu’Il fût alors froissé pour les iniquités du peuple et que, par sa meurtrissure, ils dussent avoir la guérison. Le retranchement et l’acte de frapper ont rapport à la mise de côté de précédentes espérances en la chair, non pas à la garantie de futures espérances promises, bien que, béni soit Dieu, cette œuvre se fît aussi alors. Ce n’est pas que le Christ fût sous le poids de la colère pour un état ou une relation quelconque, dans lequel Il eût été, en dehors de l’expiation. Je crois que le Christ n’a jamais été dans un état ou une relation qui dût amener la colère sur Lui, mais qu’il a pris part, en esprit, à toutes les souffrances d’Israël, qu’Il les a traversées, dans son âme, qu’Il a ressenti d’avance ce qui serait fait au bois sec, bien qu’Il fût le bois vert.

Ce que je viens de dire me conduit à une autre difficulté, qui a été soulevée, savoir : que la colère gouvernementale, sans l’expiation, serait nécessairement la condamnation. C’est ce que j’affirme expressément. Israël était la scène du juste jugement de Dieu et, par cela même, l’indignation et la colère venaient sur lui. C’est là le témoignage positif des Écritures : ces deux mots sont réunis, dans les Lamentations de Jérémie (2:6) ; l’indignation, comme je l’ai dit, est, en Ésaïe et Daniel (*), un des termes techniques pour désigner l’époque de la grande épreuve d’Israël ; le mot «colère» est employé par Paul (1 Thess. 2:16), avec plus de force qu’aucun terme équivalent dans les Lamentations. Or, si Christ n’avait pas accompli l’expiation, il n’aurait pas pu y avoir indignation et colère, comme châtiment et comme enseignement, pour ramener au bien ; il n’aurait pu y avoir que condamnation. La Parole n’aurait pas pu dire : «C’est pourquoi l’expiation de l’iniquité de Jacob sera faite par ce moyen» (És. 27:9), en faisant allusion aux derniers jours. Elle n’aurait pas pu dire de Jérusalem, «qu’elle a reçu, de la main de l’Éternel, le double pour tous ses péchés» (És. 40:2). Le Seigneur, non plus, n’aurait pu dire, qu’elle ne sortira pas de là, jusqu’à ce qu’elle ait payé le dernier quadrain (Matt. 5:26), si l’expiation n’eût pas été faite. Dieu pouvait, en gouvernement, exercer le jugement à cause de l’expiation. Il pouvait se montrer juste, en supportant les péchés précédents, sous l’ancienne alliance, à cause de l’effusion du sang de Jésus Christ. Dans ce gouvernement, Il était pitoyable, miséricordieux, tardif à colère, abondant en grâce et en vérité, tout en ne voulant absolument pas tenir le coupable pour innocent (Ex. 34:6, 7). La croix a posé le fondement de cette grâce. Elle a posé le fondement de la gloire céleste, mais elle a aussi posé le fondement, sur lequel Dieu peut tenir le coupable pour innocent. Aussi le Christ, voyant et sentant toute la souffrance d’Israël et toute l’indignation contre Israël, y entra de la manière la plus complète ; Il alla même au delà, afin qu’il n’y eût pas de condamnation, et Il fit l’expiation. Dans son cas, l’indignation et la colère n’étaient pas simplement gouvernementales, mais elles étaient la plénitude des voies de Dieu envers le péché, ce qui est l’expiation. Ces deux choses m’apparaissent clairement révélées dans l’Écriture ; car j’ai fait voir que Christ, en esprit, prit part aux souffrances d’Israël, liées à son propre retranchement. «Frapper» (nakah (**) en hébreu, πάτάσσω (***) en grec), est employé pour le retranchement du Berger d’Israël. Mais lorsqu’il fut frappé, Il était abandonné de Dieu, et il faisait expiation pour le péché : il était brisé pour les iniquités d’Israël et pour les nôtres.

(*) Voir, par exemple, És. 10:5, 25 ; 13:5 ; 26:20 ; 30:30 ; 54:8 ; Dan. 8:19 ; 11:36.

(**) Employé, relativement à Christ, dans Ps. 69:26 ; És. 53:4 ; Zach. 13:7.

(***) Matt. 26:31.

 

J’en viens maintenant à une autre objection qui m’a été présentée dans une lettre, savoir : la solution, par le Christ, de toute la question du bien et du mal. C’est le fondement unique et complet de la bénédiction. Sur ce point on a fait le même grossier malentendu, que sur tous les autres. Christ a dû, allègue-t-on, connaître le mal dans son cœur, pour pouvoir traverser le mal. Il est difficile de discuter une obscurité de conception aussi totale. Quoi ! Dieu connaît parfaitement le bien et le mal ; aurait-il donc pour cela (que le Seigneur pardonne même cette question !) quelque mal dans son cœur ? Mais il y avait plus que cela pour Christ. Il dut apprendre à connaître le mal, en passant par toute espèce de tentations, à cause du mal ; Il dut apprendre à en connaître l’amertume par la pression de ce mal sur son âme, bien qu’il n’y eût aucun mal en Lui. Il était le Prince de la vie ; ne connut-Il pas ce qu’était la mort ? Il était amour ; ignora-t-Il ce qu’était la haine ? Précisément parce qu’Il était amour, et selon qu’Il était amour, toutes les horreurs de la haine furent connues de Lui, même en détail. L’amour, avec lequel Il cherchait les pauvres du troupeau, lui faisait sentir ce qu’était l’esprit qui s’efforçait de les empêcher d’aller à Lui. Quand il prononçait des «Malheur à vous !» aux scribes et aux docteurs de la Loi, ne sentait-Il pas le mal dont ils étaient coupables ? La vérité est qu’une âme sainte peut seule connaître ce qu’est réellement le mal ; seulement ce fut comme épreuve que Christ passa à travers tout le mal. Son horreur de la corruption et de l’hypocrisie n’avait-elle pas pour mesure sa sainteté et sa vérité ? Sa confiance parfaite et absolue en Dieu n’était-elle pas douloureusement éprouvée par la défiance et l’incrédulité qu’Il rencontrait même chez ses disciples ? Les délices qu’Il goûtait dans l’amour de son Père n’étaient-elles pas — je ne puis dire la mesure, car cela ne pouvait être mesuré — mais, si j’osais m’exprimer ainsi, la jauge du sentiment qu’Il avait de la colère ? Tout ce qu’il y avait d’affreux dans les paroles de Satan, quand il Lui demandait de l’adorer, Christ ne le ressentait-il pas par son propre dévouement à son Dieu ? Ne fut-il pas mis à l’épreuve et tenté, à part le péché au dedans, par tout ce qui pouvait éprouver une âme et, si c’eût été possible, le détourner et l’éloigner de Dieu ? Le péché ne Lui était-il pas connu par les assauts de la tentation et par la sainteté de son âme ? N’apprit-Il pas l’obéissance, en ce qu’elle Lui coûtait tout ce qu’il était possible que lui infligeassent Satan, l’homme et Dieu ? Il connut le mal, pour le repousser absolument, pour le sentir absolument aussi, par la perfection du bien mise à l’épreuve, perfection qui seule pouvait sentir parfaitement ce qu’était le mal, porter Jésus à se sacrifier et à mourir, plutôt que de manquer de dévouement à la volonté de son Père et à une sainte obéissance, enfin à être fait péché pour nous, de manière à abolir le péché par le sacrifice de lui-même. Il mourut pour le péché ; mais «en ce qu’Il est mort, Il est mort une fois pour toutes au péché ; en ce qu’Il vit, Il vit à Dieu» (Rom. 6:10). Il n’a plus rien à faire avec le péché, sauf à juger, un jour, le pécheur. La gloire tout entière de Dieu, en tant que compromise par le péché dans l’univers, a été manifestée, magnifiée, exaltée par l’épreuve la plus complète, par tout ce qui pouvait éprouver la sainteté et l’amour. Aussi le temps viendra, où, dans les cieux et sur la terre, et pour toujours, la justice sera établie, le péché inconnu, et Dieu parfaitement glorifié.

Je ne sache pas qu’il me reste à traiter un autre point qui puisse être un sujet de difficulté pour une âme qui cherche la vérité et l’édification. Je n’ai qu’à prier de nouveau tout lecteur équitable de ne puiser que dans mes écrits l’exposition de mes vues. Dans les lettres que M. Hall m’a adressées, presque tout, pour ne pas dire absolument tout, a été dénaturé par son manque d’intelligence de la vérité et aussi par ses notions préconçues. Christ a donc pleinement senti la différence entre le bien et le mal, en ayant, devant ses yeux, le jugement de Dieu contre le péché ; il l’a sentie pendant toute sa vie, relativement au mal, avec lequel il avait chaque jour affaire, mais surtout à la fin, alors que tout le mal était accumulé contre Lui et que le jugement de Dieu contre le péché était immédiatement devant Lui ; car, je le répète, c’est cette rencontre de l’indignation et de la colère qui donna alors toute leur intensité aux souffrances que son âme eut à traverser. J’avais presque oublié une observation qui m’a été faite par lettre ; on alléguait que j’avais affirmé, en répondant à M. Newton, qu’il ne pouvait y avoir aucune autre souffrance que les deux premières mentionnées dans le traité. J’ai répondu, dans le temps, à cette observation ; aussi je me borne à rappeler ici la substance de ma réponse. Une telle assertion est un excellent prétexte pour qui ne chercher qu’à m’attaquer, mais elle n’a aucun fondement réel. Dans ma réponse à M. Newton, la troisième espèce de souffrance, dont je viens de parler, est pleinement exposée comme une vérité collatérale aux deux autres, bien qu’elle ne soit pas formellement appelée une troisième espèce de souffrance. Sauf erreur de mémoire (je n’ai pas le traité sous les yeux), le développement de ce point occupe un tiers ou la moitié du traité. Cela paraissait assez orthodoxe alors.

Une autre observation qui m’a été faite, c’est que j’aurais dit que Christ a été retranché sous l’indignation et la colère non expiatoire. Je n’ai point connaissance d’une affirmation pareille qui serait en contradiction directe avec toute la manière dont je conçois le sujet. Il fut retranché comme Messie et il entra, de cœur, dans l’indignation et la colère qui pesaient sur Israël ; mais ceci est tout autre chose. Je trouve, dans les Études sur le Psaume 102, auxquelles on me renvoie, la phrase suivante : «Ce n’est pas non plus de son œuvre expiatoire qu’il est question, quoique nous trouvions ici ce qui l’opérait, l’indignation et la colère», ce qui est bien différent. En disant cela, j’affirmais donc que ces choses étaient une œuvre expiatoire. Mais j’ai déjà expliqué mes propres pensées sur ce point et je préfère cela à discuter davantage ou à reprendre la controverse avec mes accusateurs ; car on n’en finirait pas, si l’on voulait relever toutes les fausses interprétations de ce que j’ai dit. Je ne puis que renouveler ma demande de ne croire à aucune exposition de ma doctrine, qui ne vienne pas de moi. Je ne vois pas comment il est possible, à un esprit impartial, de prétendre que, parce que Christ passa à travers les trois espèces de souffrances, il en résulte qu’il fut, d’une manière quelconque, retranché sous l’indignation et la colère non expiatoire. L’une parle d’un pécheur condamné ; l’autre d’un saint par grâce ; la troisième enfin est entourée de toutes les réserves possibles, parce qu’elle est plus obscure. Mes accusateurs croient-ils que passer par la souffrance, comme le fait un saint par grâce, signifie que Christ fut un saint par grâce ? Sinon, pourquoi alors voudrait-on que la troisième espèce supposât Christ dans la condition à laquelle il est fait allusion, puisque là j’avais très soigneusement évité de donner lieu à cette supposition, et que, de fait, j’avais dit qu’il n’en était pas ainsi ?

Je serais parfaitement libre de modifier certaines expressions de mon traité ; mais, vu l’usage qu’en ont fait mes ennemis, je pense que plusieurs personnes désireraient de le voir tel qu’il a paru d’abord. Je me suis donc borné à corriger quelques fautes et à rendre une ou deux phrases plus claires ; mais j’ai laissé les passages incriminés, comme ils étaient, en indiquant, dans des notes, tous les changements nécessaires à la clarté du sens. Je laissai telle quelle la première édition, réimprimée du «Bible Treasury», parce que je la donnais pour une simple réimpression. Aujourd’hui, je change ce que je trouve bon de changer. Au reste, ces changements ne portent que sur un petit nombre de passages de quelque importance.

Je veux ajouter ici ce qui peut expliquer comment, malgré les circonstances qui l’entouraient, Christ put entrer dans les souffrances du résidu et, par analogie, dans les nôtres, lorsque nous sommes convertis, mais que nous craignons encore la colère. Cela expliquera pourquoi j’ai dit qu’Il est entré dans les souffrances et qu’Il a passé à travers les souffrances, sans qu’elles concernassent, en aucune façon, sa réalisation (*) ou son état. Dans les derniers jours, le résidu fidèle sera opprimé par les Gentils (la Bête romaine), rejeté et persécuté par les Juifs apostats qui reconnaîtront César et, quoique regardant à Dieu avec une foi réelle, il aura peur de la colère de ses ennemis. Or tout cela a été vrai de Christ. Il l’a senti comme étant venu apporter, à Israël, la bénédiction que celui-ci rejetait, ne connaissant pas le temps de sa visitation. Il fut persécuté par les Juifs apostats qui se joignaient aux Gentils, et cruellement opprimé par la puissance des Romains. Il a senti cela comme étant la ruine et le péché d’Israël ; et le résidu le sentira de même, à la fin. Il craignait la colère, et le résidu la craindra aussi, avec cette différence que Christ en a réellement bu la coupe, non qu’Il eût attiré cette colère sur Lui-même, comme la nation l’avait fait, mais Il passa à travers la souffrance de la colère, afin d’être capable de secourir ceux qui sont tentés et de savoir assaisonner la parole à celui qui est accablé de maux. L’analogie entre lui et une âme droite, craignant le jugement, c’est qu’elle est droite, que cependant la crainte du jugement est sur elle et que, peut-être même, elle sera persécutée. Christ peut entrer dans les souffrances d’une telle âme. Dans le cas d’Israël, le caractère de la souffrance correspond parfaitement : «Cet affligé a crié, et l’Éternel l’a entendu» ; ces mots sont mis, par l’Esprit, dans la bouche d’Israël, mais ces souffrances de Christ sont distinctes de l’expiation. Ce n’est pas que les sentiments de Christ ne fussent bien plus parfaits, mais Il traversa personnellement la souffrance qui l’a rendu capable d’entrer dans les souffrances d’Israël.

(*) Relation avec Dieu, voir plus loin (Traducteur).

Je voudrais demander sérieusement à mon lecteur s’il pense que les versets 27 et 28 du Psaume 69 expriment le résultat de l’expiation, et si c’est de l’expiation qu’il s’agit ?

J’ajouterai une remarque générale qui s’est présentée à moi et qui sera utile à tout esprit bien disposé. On objecte que j’ai dit que Christ a été frappé et qu’Il aurait rencontré l’indignation et la colère, avant la croix. Ce sont mes accusateurs qui se trompent, non pas moi. S’ils avaient vécu dans l’esprit de l’Écriture et dans ses habitudes de penser, ils auraient trouvé que je n’ai fait que parler comme elle. Lorsqu’ils prétendent que j’avance des assertions contradictoires qui produisent de la confusion, cela provient également de leur peu de connaissance des Écritures. Il se peut bien que j’aie suivi la manière de parler de la Bible, sans toujours m’en rendre compte ; mais lorsqu’on me met en cause, je m’en rends compte exactement. Mon intention n’est point d’abandonner une manière scripturaire de penser et de parler, parce que mes accusateurs la trouvent fausse ; j’estime que l’Écriture a plus raison qu’eux. Elle parle de l’ensemble des dernières heures de la vie de Christ, jusqu’à sa mort inclusivement, comme d’une seule période et les caractérise comme un seul événement qui se distingue par le rejet et le frappement de Christ. En parler ainsi est donc juste. Cependant il est juste aussi de parler de l’expiation, à part, comme ayant été effectuée dans l’heure où Il fut abandonné de Dieu. Le frappement, l’indignation et la colère, l’ensemble de son rejet et ce qui y appartient se rattachent, dans le langage de l’Écriture, à toute cette période. Cependant Christ ne buvait pas réellement la coupe, Il n’était pas réellement frappé, du commencement à la fin. Dans l’Evangile de Jean, qui présente le côté divin de ces vérités, l’époque même de l’ascension est comprise dans cette période, et aussi en Luc, comme un effet béni. Précisément la même contradiction qu’on me reproche peut être imputée à l’Écriture ; il est dit en Luc 9, à propos du dernier voyage de Christ à Jérusalem : «Or il arriva, comme les jours de son assomption s’accomplissaient» ; nous trouvons la même chose dans l’expression : «son heure» : «mon heure n’est pas encore venue» ; et encore : «frappe le Berger et le troupeau sera dispersé». Or ceci est appliqué, sans contredit, par le Saint Esprit, à ce qui précédait la croix ; toutefois le frappement ne fut pas accompli avant la croix, quoique son effet et toute la scène qu’il caractérisait existassent déjà. Lorsqu’il est dit : «Jésus sachant que son heure était venue, pour passer de ce monde au Père… sachant que le Père lui avait donné toutes choses entre les mains»… ; l’heure était-elle venue, oui ou non ? — Elle ne pouvait pas être venue avant que l’expiation eût eu lieu ; cependant, selon le langage de l’Écriture, elle était venue. On trouve encore la même chose quant à son œuvre sur la croix : «Lors donc qu’il fut sorti, Jésus dit : Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui (c’est-à-dire sur la croix, moralement) ; si Dieu est glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en Lui-même». Or, ici, le Fils de l’homme était-il déjà glorifié sur la croix ? Quand il est dit : «Maintenant est le jugement de ce monde, maintenant le prince de ce monde est jeté dehors», ce fait est traité comme appartenant à une seule période déjà accomplie. Telle est la manière scripturaire d’en parler comme d’un maintenant en contraste avec l’état de choses précédent. Ainsi en parlera quiconque est familier avec le langage et les pensées de l’Écriture. Mais l’Écriture va plus loin ; elle se contredit, sur ce même point, de la même manière que mes adversaires m’accusent de me contredire. En Jean 17, le Seigneur dit : «Je t’ai glorifié sur la terre, j’ai achevé l’œuvre que tu m’as donné à faire». L’avait-Il achevée ? Il contemplait la scène tout entière comme présente devant Lui. Plus tard, sur la croix, après avoir bu le vinaigre, Il dit : «c’est accompli» et «Il remit son esprit». Parler du frappement comme accompli, et du Seigneur comme rencontrant l’indignation et la colère (*), est donc scripturaire et la manière de s’exprimer selon l’Écriture. On doit considérer, également, la vraie œuvre expiatoire et l’accomplissement du frappement, comme ayant eu lieu sur la croix. Là, et seulement là, Christ fut abandonné de Dieu. Quoique, naturellement, j’admette de l’imperfection humaine dans mes paroles, les chicanes de mes adversaires sont des chicanes contre l’Écriture. J’ai parlé comme elle parle ; la contradiction ou la confusion dont on m’accuse retombe sur elle. Un rationaliste accuserait l’Écriture tout comme j’ai été accusé.

(*) Avant la croix, en s’occupant de la période entière, comme d’un tout (Traducteur).

 

En y réfléchissant, je me sens pressé, quant à la doctrine de M. Hall, de déclarer sérieusement, sans le moindre sentiment d’aigreur, que je la rejette comme fatale et destructive de l’amour (*) chrétien. Il peut y avoir de meilleures pensées dans son esprit, et je suis sûr qu’il y en a ; mais ce qu’il a avancé contre moi est une négation fatale des vraies souffrances de Christ. Pour lui (**), elles se trouvent dans l’expiation, dans la sympathie, ou dans la propre relation de Christ avec Dieu. Or la sympathie ne constitue point les souffrances propres d’un homme ; donc Christ, selon M. Hall, n’a jamais souffert que dans l’expiation. Je lis : «Il était convenable pour lui, à cause de qui sont toutes choses, et par qui sont toutes choses que, amenant plusieurs enfants à la gloire, il consommât le chef de leur salut par les souffrances» ; «il fut un homme de douleurs et sachant ce que c’est que la langueur». Christ commença, à la crèche, la carrière qu’Il fournit jusqu’à la croix, mais qui n’était pas l’expiation, ni seulement de la sympathie, quoiqu’elle le rendît capable d’exercer la sympathie et de secourir ceux qui sont tentés.

(*) Anglais : affection.

(**) voir ci-dessus pages 9, 10 et 26.

 

Je ne doute pas que M. Hall n’ait de meilleures pensées, mais toutes ses accusations contre mon enseignement proviennent de cette erreur fatale et pernicieuse. C’est un fait singulier qu’une personne qui m’est très hostile, à l’étranger, en cherchant à se servir du traité de M. Ryan contre moi, soit tombée dans la même doctrine pernicieuse que M. Hall. Les saints ne sauraient pas être mis en garde trop sérieusement contre cette erreur. Enfin, je ne crois pas possible qu’un esprit non prévenu eût pu trouver, dans mon traité, les choses qu’on lui impute. Je comprends, et même je ne regrette point le zèle qu’ont éveillé des blasphèmes antérieurs ; mais ceux qui m’ont énergiquement accusé ont pris la voie opposée — phénomène significatif. Je ne suis ni surpris, ni troublé de l’ignorance à l’égard de ce que l’Écriture enseigne sur le résidu juif.

Comme je l’ai déjà dit, sauf des fautes d’impression, et un mot ajouté ici et là, pour la clarté, j’ai laissé le traité tel qu’il était, notant, pour autant que je les ai connus, les passages incriminés. J’ai traité suffisamment, dans l’introduction, la question générale et les objections faites à d’autres de mes ouvrages. Je sens que, dans l’état des choses, quoique ne cherchant qu’à exposer la vérité, je dois paraître insensé en employant tant de paroles, pour ce que d’autres estimeront n’être qu’une apologie personnelle. Naturellement, j’ai relevé les choses qu’on m’a imputées par correspondance. Au moment où j’allais écrire ceci, le Seigneur m’a fourni l’occasion de parcourir les Psaumes et les écrits en question, avec des frères qui avaient connu, par la lecture des traités de mes accusateurs, toutes les difficultés que ces traités pouvaient susciter dans leur esprit. Cependant mon but, en prenant note de toutes les objections, est d’exposer le sujet en faveur de ceux qui étudient. Je ne suis entré en controverse par aucune réponse aux attaques de mes accusateurs. J’espère n’être jamais appelé à le faire. Leur correspondance avec moi, et d’autres lettres, m’ont fourni la substance de toutes les objections, et pourvu que l’Écriture soit exposée clairement, les accusations et les reproches ne me peinent que pour leurs auteurs.

Quant à la relation de Christ avec Dieu, je n’ai pas de vues particulières, mais j’ai la foi commune aux saints. On a essayé de prouver que des vues fausses, sur ce point, étaient une conséquence de ma doctrine. Mais ces preuves sont fondées sur une erreur fatale dans l’enseignement de celui qui entreprend de les donner. On a affirmé, de bouche et par écrit, que j’attribue au Seigneur Jésus les exercices d’une âme pécheresse, ou les expériences d’un saint en chute ; mais je n’ai pu trouver, dans mes écrits, une seule phrase parlant des expériences de Christ ; cette expression est tout à fait étrangère à mon esprit et à mon cœur. Le passage auquel l’un de mes adversaires et tous, je pense, font allusion, se trouve dans une page de mon traité, où je parle de la troisième espèce de souffrances, mais il n’y est point question des expériences de Christ, et j’y établis le contraire de ce qu’on m’attribue : il y est dit que l’homme est enseigné en tant que pécheur, et que Christ traverse la souffrance comme un être parfait, l’apprenant pour d’autres. Traverser la souffrance comme un être parfait est l’opposé d’être enseigné comme pécheur. J’ai signalé la phrase dans les notes du traité ; la manière la plus simple de la rendre claire eût été, peut-être, d’ajouter «de cela» ; et de dire : «Christ a traversé la souffrance de cela, dans le dernier cas, comme un être parfait». Quoi qu’il en soit, j’ai établi précisément le contraire de ce qu’on m’attribue.

J’ai essayé de donner des explications, comme plusieurs l’ont désiré ; mais je n’ai pas encore exprimé mes propres sentiments sur la doctrine en question. On me permettra de les exposer maintenant, comme le résultat des recherches que j’ai dû faire : La négation de la vérité des souffrances de Christ, contenue dans ce qu’on a opposé à mon travail intitulé «les Souffrances de Christ», m’inspire une profonde horreur. On déclare qu’il n’y a point de souffrances de Christ, en dehors de celles pour l’expiation et en sympathie ; ou en dehors des souffrances expiatoires pour le péché, de la part de Dieu, et de celles pour la justice, de la part des hommes. Il y a tout un abîme de souffrances de Christ, de souffrances intérieures, qui ne se trouvent pas dans cette déclaration. Lorsqu’il est dit : «Qui, durant les jours de sa chair, ayant offert, avec de grands cris et avec larmes, des prières et des supplications à Celui qui pouvait le sauver de la mort, et ayant été exaucé à cause de sa piété», il n’est point question de l’expiation ; car si même cela se rapportait aux souffrances expiatoires sur la croix (quoique, peut-être, on ne puisse pas affirmer que cela s’y rapporte exclusivement), toutefois Christ ne les subissait pas alors ; mais, avant qu’elles vinssent, Il priait pour être délivré de la mort. Il ne s’agissait pas non plus simplement de persécution de la part de l’homme ; c’est ce qui ressort des expressions mêmes de ce passage de l’Écriture. Voyez Gethsémané, où la chose eut surtout son accomplissement ; évidemment, cela n’est pas l’expiation (*). L’homme persécuteur n’était pas là ; Christ était seul et priait ses disciples de veiller avec Lui. Il sua des grumeaux de sang. Souffrait-Il là pour la justice ou pour l’expiation ? Mais j’entends le ricanement du triomphe : «ce sont vos propres expressions, me crie-t-on, que Christ souffrit seulement, de la part de Dieu, en expiation pour le péché, et de la part de l’homme, pour la justice». Sans doute ; lorsqu’il s’agissait des souffrances infligées directement à Christ, par rapport à l’état ou à la relation dans laquelle Il se trouvait (telle était la question avec M. Newton), cela était parfaitement vrai. Christ souffrit, de la part de Dieu, en expiation pour le péché et, de la part de l’homme, pour la justice. Laissons de côté, pour le moment, cette dernière souffrance que tout le monde admet. M. Newton pense que la pesante main de Dieu était sur le Christ, en sa qualité de Juif et d’enfant d’Adam (sa relation) et qu’il avait à s’en dégager. Voilà ce que j’ai nié et ce que je nie encore. Les souffrances, infligées à Christ pour l’état ou pour la relation dans laquelle Il se trouvait, n’étaient que pour le péché, de la part de Dieu, et pour la justice, de la part de l’homme. Mais il y avait une vaste scène d’agonies pour l’âme de Christ ; agonies qui n’étaient ni infligées de la part de Dieu, à cause de ce qu’Il était fait (2 Cor. 5:21), ni de la part de l’homme, à cause de ce qu’Il était (c’est-à-dire juste). C’étaient les agonies de son âme sainte dans ce monde ; ses propres souffrances, au milieu desquelles Il regardait toujours à Dieu, s’en rapportant à sa volonté ; souffrances liées, en partie, à la ruine d’Israël et à son propre retranchement comme Messie, ainsi que je l’ai déjà expliqué. Selon les voies de Dieu, ce retranchement devait avoir lieu ; mais il n’était, sous aucun rapport, une souffrance infligée à Christ, à cause de la relation dans laquelle Il était, ou comme s’Il avait eu, pour Lui-même, le sentiment d’avoir péché ; ce retranchement était l’effet des péchés d’Israël. Néanmoins Christ pouvait dire qu’Il avait travaillé en vain et dépensé sa force pour néant ; ceci n’était toutefois, en aucune manière, la partie la plus profonde de son agonie. Je ne puis m’empêcher de croire que, si mes accusateurs avaient pensé, non à moi, mais à Christ, ils ne seraient pas tombés dans cet affreux précipice. Je suis porté à présumer que, n’étant pas en communion avec Christ à ce sujet, ils ont été trompés par Satan, au moyen du sens ambigu du mot souffrances, qui signifie à la fois : une peine infligée réellement, et une affliction intérieure du cœur sans que rien soit fait à la personne. S’ils avaient simplement cherché la vérité et l’édification, ils n’auraient pas été trompés de cette manière. Il est fort possible que, comme je n’écrivais point pour la controverse critique, mais pour l’instruction et l’édification, ce double sens du mot ne puisse pas se discerner dans mes ouvrages. S’il en est ainsi, avec plus de grâce dans leur cœur, cela n’aurait pas été un piège pour ceux qui m’ont accusé. Mais, lors même que le rejet total des vues qu’on m’oppose, et ma croyance dans les souffrances de Christ, en dehors de l’expiation et de la persécution de la part des hommes, devraient m’exclure de la communion avec mes frères, en Angleterre, et avec tout autre chrétien, je maintiens ma croyance en ces souffrances. Cependant je ne voudrais pas, pour rien au monde, causer un schisme pour un tel sujet. Je les retrouverai tous, devant sa face bénie et dans sa gloire, lorsque je Le verrai. Ici-bas, je demeurerai seul avec Lui, déplorant que Satan ait réussi à tromper ceux que j’aime, mais consolé par la pensée que Christ ne les abandonnera pas.

(*) Ce n’était pas non plus la sympathie.

 

 

3         Les souffrances de Christ

 

 

À l’éditeur du Bible Treasury

 

 

Certaines idées qui ont cours aujourd’hui, relativement aux souffrances de Christ, m’engagent à attirer l’attention des chrétiens sur ce sujet, et sur quelques distinctions simples, mais importantes, qu’il y a lieu de faire quant au caractère et à la nature de ces souffrances. Les sympathies de Christ sont si précieuses à l’âme de celui qui croit ; il est à la fois si encourageant et si consolant pour nous que Jésus soit entré dans nos douleurs ici-bas, en ce monde de misère morale, que nous ne saurions trop chercher à réaliser ces sympathies dans nos cœurs, ni trop nous garder, non plus, de tout ce qui tient de l’erreur sous ce rapport ; et cela d’autant plus que le caractère des souffrances du Sauveur se lie, plus ou moins, à sa personne même et à sa nature.

Avant tout, il faut distinguer les souffrances que Christ a endurées de la part des hommes, et celles qu’il a endurées de la part de Dieu : leurs causes et leurs résultats sont également différents.

Christ, nous le savons, a souffert de la part des hommes. Il fut méprisé et rejeté par les hommes, un homme de douleurs, sachant ce que c’est que la langueur ; le monde le poursuivit de sa haine avant que de haïr ses disciples ; le monde le haït, parce qu’il portait témoignage contre lui que ses œuvres étaient mauvaises. Il était lumière, et celui qui fait des choses mauvaises hait la lumière, et ne vient point à la lumière, parce que ses œuvres sont mauvaises. Christ, en un mot, a souffert pour la justice. Il en a été ainsi de tous temps et, dans ce sens, l’histoire d’Abel a été un type de celle de Jésus. Caïn s’éleva contre Abel et le tua, parce que ses œuvres étaient mauvaises et que celles de son frère étaient justes. L’amour qui porta le Seigneur à servir les hommes, dans le monde, et à rendre témoignage à leur état de péché, ne fit qu’attirer plus de douleurs sur lui ; en échange de son amour, il trouva la haine, une haine qui ne faiblit pas jusqu’à la croix, alors que, dans la folie du triomphe de l’homme, ceux qui passaient s’écriaient : «ha ! ha !». La justice et l’amour, et ce qui fut, dans le fait, la manifestation de la nature et des voies de Dieu sur la terre, firent paraître au dehors la haine implacable du cœur et de la volonté de l’homme. Christ souffrit, de la part de l’homme, pour la justice.

Mais Christ souffrit aussi de la part de Dieu sur la croix. Il plut à Jéhovah de le froisser, il l’a mis en langueur. Quand il aura mis son âme en offrande pour le péché, il se verra de la postérité ; Il a été fait péché pour nous, lui qui ne connut point de péché, et alors il a été blessé pour nos forfaits et froissé pour nos iniquités ; le châtiment qui nous apporte la paix a été sur lui ; alors il souffrit, lui juste, pour les injustes ; il souffrit, non pas parce qu’il était juste, mais parce que nous étions pécheurs et qu’il portait nos péchés en son corps sur le bois. Quand Dieu l’abandonna, il a pu dire : «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?» car en lui même il n’y avait rien qui motivât cet abandon ; mais nous, nous pouvons répondre à cette question solennelle et dire : en grâce, Christ a souffert, lui juste, pour les injustes ; il a été fait péché pour nous.

Ainsi, je le répète, Jésus, comme un homme vivant, souffrit pour la justice, de la part des hommes ; comme un Sauveur mourant, il souffrit, de la part de Dieu, pour le péché. Les Psaumes vont nous présenter le résultat de ces deux genres de souffrances.

Dans les Ps. 20 et 21, le Messie est considéré prophétiquement comme souffrant, sur la terre, de la part des hommes : c’est «le jour de la détresse» ; ses ennemis ont machiné une entreprise dont ils ne pourront venir à bout. Mais il demande la vie, et elle lui est donnée : un prolongement de jours pour toujours et à perpétuité, et il est revêtu de gloire et d’une grande majesté. Quelle est la conséquence de ce que Christ est ainsi glorifié par Jéhovah, en face du mépris et de la violence des iniques ? — C’est le jugement, car sa main trouvera tous ses ennemis ; il les rendra comme un four de feu au jour de son courroux, selon ce qu’il a dit : «Ceux-ci, mes ennemis, qui n’ont pas voulu que je régnasse sur eux, amenez-les-moi, et tuez-les devant moi». Les mêmes choses se retrouvent également au Ps. 69:1-24. L’effet des souffrances de Christ de la part des méchants, c’est le jugement de ces derniers.

Dans le Ps. 22, nous trouvons, à côté de toutes ces souffrances de la part des hommes et lorsqu’elles ont atteint leur point culminant (vers. 1-21), les souffrances de Christ de la part de Dieu, lorsque, sous le poids des premières, Dieu, son unique ressource, l’abandonne. Quel en est le résultat ? Ici Christ porte le péché, ou, tout au moins, il est sous les conséquences du fait qu’il le porte : c’est le jugement, si je puis m’exprimer ainsi ; c’est la colère que nous avions méritée. Mais il vint pour abolir le péché par le sacrifice de lui-même ; à cause de cela, le résultat de ses souffrances n’est que grâce, grâce sans mélange et parfaite. Qui est-ce qui doit être puni, parce que Jésus a bu la coupe que le Père lui a donnée à boire ? Il est exaucé, et Dieu prend le nouveau caractère de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts et qui lui a donné gloire, parce que Jésus l’a parfaitement glorifié au sujet du péché. Jésus est ressuscité d’entre les morts, par la gloire du Père ; et ce nom de Dieu, son Dieu et son Père, il le déclare immédiatement à ses frères : «Je déclarerai ton nom à mes frères». «Ne me touche pas (*), dit-il à Marie, après qu’il est ressuscité, car je ne suis pas encore monté vers mon Père ; mais va vers mes frères, et dis-leur : je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu». Le témoignage, dès lors, est grâce, et Jésus dirige les louanges de ses rachetés. Ensuite tout Israël aussi, la grande assemblée, loue Jéhovah ; puis tous les bouts de la terre se joignent à ces louanges ; les gras de la terre mangent et adorent, tous ceux qui descendent vers le tombeau ; et la génération qui naîtra, lorsque ce temps de paix sera venu, elle aussi entendra le merveilleux récit de ce que Christ a fait, de ces choses dans lesquelles les anges désirent voir jusqu’au fond. C’est un fleuve pur de grâce et de bénédiction, qui s’élargit jusqu’aux bouts de la terre et qui descend le cours des temps jusqu’à la génération qui naîtra. Tels sont les effets de la croix : aucune parole de jugement ne suit les choses qu’elle raconte : les souffrances qu’elle a vues, c’était le jugement sur le péché, mais c’était aussi l’abolition du péché. Le jugement a été porté, mais il a passé avec son exécution sur la victime qui, en grâce, s’était substituée elle-même aux vrais coupables : et si, comme cela est vrai, nous avons à être manifestés devant le tribunal de Christ, Celui, devant qui nous apparaîtrons, a lui-même ôté nos péchés ; nous paraîtrons devant lui, parce que lui-même sera venu nous chercher, afin que là où il est, nous y soyons avec lui. En un mot, Christ, sur la croix, a souffert de la part de Dieu ; et souffrir de la part de Dieu, c’est souffrir pour le péché (**), non pas pour la justice. L’effet de ces souffrances-là n’est que grâce, une grâce qui déborde maintenant librement. Christ a été baptisé du baptême dont il avait à être baptisé, et il n’est plus désormais gêné et resserré dans l’exercice et la proclamation de l’amour. Lorsque Christ souffrit de la part des hommes, au travers de tout son témoignage au milieu d’eux, jusqu’à la mort même, il souffrait pour la justice, car lui, dans sa personne, n’avait point de péché pour lequel il eût à souffrir. Il n’était point, aux yeux des hommes, une victime substituée, et ce qu’il a ainsi souffert, de la part de la puissance de l’homme, amène le jugement, un jugement qui sera accompli lors de son retour, qui l’a été providentiellement déjà, lors de la destruction de Jérusalem, mais qui le sera pleinement quand Christ reviendra. À ceci se rattache un autre contraste bien important pour nous : Christ a souffert pour le péché, afin que nous, nous ne souffrions jamais pour le péché. Nous avons été guéris par ses meurtrissures, nous ne les avons pas souffertes. La colère que Christ a soufferte, dans l’abandon de Dieu, il la porta lui seul, et précisément, afin que nous n’eussions jamais à goûter de cette coupe d’amertume et d’épouvantement que nous ne pourrions supporter ; si nous la buvions, ce serait comme des pécheurs condamnés. Mais dans les souffrances de Christ pour la justice, dans ce qu’il eut à souffrir, pendant le cours de son œuvre d’amour, nous avons notre part, quelque faible et misérable que soit notre foi. Il nous est donné, non seulement de croire en lui, mais aussi de souffrir pour son nom ; si nous souffrons avec lui, nous régnerons aussi avec lui ; si nous souffrons pour la justice, nous sommes bienheureux, et plus bénis encore, si nous souffrons pour son nom ; l’Esprit de gloire et de Dieu repose sur nous. Nous pouvons nous réjouir de ce que nous participons aux souffrances de Christ, car lorsque sa gloire sera révélée, nous nous réjouirons d’une joie inexprimable. J’ajouterai, en passant, que ces souffrances pour la justice et pour Christ sont distinguées les unes d’avec les autres par le Seigneur lui-même (Matt. 5:10-11) et par Pierre (1 Pier. 2:20 ; 3:17 ; 4:14).

(*) Car il ne venait pas alors pour être présent corporellement dans le royaume.

(**) Ce passage a été employé contre moi, non pas pour ce qu’il contient, mais comme montrant que j’ai tort dans d’autres passages. Le principe qu’il énonce est parfaitement juste. Les souffrances positives et directes, de la part de Dieu sont pour le péché ; de la part des hommes, pour la justice. Cela, toutefois, n’annule, en aucune manière, les souffrances du cœur de Christ à cause du rejet d’Israël, ni son retranchement comme Messie ; cela ne veut point dire que Christ n’ait pas senti ce qu’était la mort, et qu’il ne fût pas convenable pour Dieu de consommer, par les souffrances, le chef de notre salut. Mais ce n’est pas là, dans le sens vrai du mot, souffrir de la part de Dieu, avec le sentiment de la colère, dont parle le Ps. 22. Ce que je dis, dans le passage ci-dessus, est juste. Tout ce qu’on peut me reprocher, c’est de n’avoir pas mentionné une vérité collatérale, comme je l’ai fait dans ma réponse à M. Newton, où je disais qu’il n’y avait que ces deux sortes de souffrances. Proprement et d’une manière directe, cela est vrai. Mes accusateurs peuvent ajouter la vérité collatérale, s’il leur plaît. De plus, Christ attribuait pieusement toutes ces souffrances à Dieu, comme venant de la volonté et du conseil de Dieu, même lorsque les hommes en étaient les instruments. Le lecteur trouvera ci-après les autres souffrances mentionnées. Je les traite au long dans les dernières pages de cet écrit.

 

Le principe de ces deux derniers genres de souffrances est le même, en tant que mis en contraste avec les souffrances pour le péché ou le mal ; ce contraste entre souffrir pour le bien, et souffrir pour le mal, est présenté, par Pierre, d’une manière évidente, en même temps que les souffrances pour le bien et celles pour le mal sont également attribuées à Christ, et que nous, nous sommes exhortés à éviter les dernières. Pierre, dans sa première épître (chap. 2:19-23), présente Christ souffrant, comme un exemple ; dans le verset 23, il fait allusion aux outrages et à la violence des hommes ; au verset 24, il ajoute que «Lui-même a porté nos péchés», montrant que Christ a ainsi souffert, afin que nous fussions morts au péché et que nous ne souffrions pas pour le péché. Mais, comme je viens de le dire, ces choses sont présentées d’une manière évidente au chapitre 3 de la même épître de Pierre, dans les versets 17-18 que j’interprète ainsi : l’apôtre avait parlé au verset 14 de souffrir pour la justice, puis il ajoute qu’il est meilleur, si telle est la volonté de Dieu, que nous soufrions pour avoir bien fait que pour avoir mal fait ; car Christ, dit-il, a souffert une fois pour les péchés ; c’est-à-dire, ce n’est pas là votre part aux souffrances, Lui a souffert ainsi une fois pour toutes ; vous, vous pourrez être jugés dignes de souffrir pour la justice ; mais souffrir pour le péché est, pour ce qui concerne le chrétien, la part de Christ seul.

J’ai à signaler maintenant deux autres caractères des souffrances de notre Seigneur. D’abord son cœur qui était amour a dû grandement souffrir de l’incrédulité de l’homme dans sa misère, puis de son propre rejet par le peuple juif. La Parole fait mention de ses soupirs, quand il ouvre les oreilles du sourd et qu’il délie la langue du muet (Marc 7:34) ; elle parle de ses soupirs profonds, lorsque les Pharisiens demandent un signe (Marc 8:12). Ainsi encore, à la tombe de Lazare (Jean 11), nous voyons Jésus pleurer et frémir en lui-même, à la vue de la puissance de la mort sur les esprits des hommes, et de leur incapacité à se délivrer eux-mêmes. Il a pleuré aussi sur Jérusalem, quand il a vu la cité bien-aimée sur le point de le rejeter, au temps même de sa visitation (Luc 19:41). Tout cela, c’était la souffrance d’un amour parfait, traversant une scène de misère et de ruine, au milieu de laquelle la volonté propre et l’insensibilité des cœurs s’élevaient, de toute part, contre cet amour et son ardent travail. Avec des heures bénies, où l’âme du Sauveur, heureuse dans l’exercice même de son amour, contemplait, pour un moment, les campagnes blanches pour la moisson, il y avait là une source constante de douleurs ; ces douleurs, et cette joie qui les éclaire, Dieu en soit béni, il nous est donné, dans notre petite mesure, de les partager. Ce sont les souffrances de l’amour lui-même.

Un fardeau d’un caractère différent s’appesantissait souvent, je n’en doute point, sur l’âme du Seigneur pendant son séjour ici-bas ; il a dû en être ainsi, bien que, là encore, tout ne soit que perfection dans une soumission bénie à la volonté divine. Le fardeau, dont je veux parler, c’était l’anticipation, par le Sauveur, quand le moment en fut venu, de ses souffrances sur la croix, avec le poids oppressant de leur caractère réel. Combien souvent nous-mêmes ne sommes-nous pas oppressés par la pensée de souffrances à supporter, et quelles petites souffrances en comparaison de celles-là ! Dans le chemin de la vie, Christ devait rencontrer la mort. Il ne pouvait pas s’associer aux excellents de la terre, et les introduire dans une vraie et éternelle béatitude, sans passer par la mort, la mort comme le salaire du péché, car ils étaient des pécheurs. Si le grain de froment, tombant en terre, ne mourait point, il demeurait seul. Mais, dans ce chemin, personne ne pouvait entrer avec Lui, ses disciples pas plus que les Juifs, comme il le leur dit lui-même. Pour Jésus, la mort, c’était la mort, la complète faiblesse de l’homme, l’apogée de la puissance de Satan, la juste vengeance de Dieu, et, au milieu de tout cela, Lui, seul, sans personne qui sympathisât avec lui, abandonné de ceux qu’il avait aimés, ayant tous les autres pour ennemis ! Messie livré aux gentils, il est «jeté par terre» (Ps. 102:10) ; tandis que le juge se lave les mains en condamnant l’innocent et que les sacrificateurs intercèdent contre l’innocent, au lieu d’intercéder pour le coupable. Tout est obscurité, pas un seul rayon de lumière, même de la part de Dieu. La parfaite obéissance était nécessaire ici et, béni soit Dieu, elle fut trouvée ; mais nous pouvons comprendre ce que la perspective de cette souffrance a dû être pour une âme qui la considérait avec les sentiments d’un homme rendu parfait en pensée et en intelligence, par la lumière divine qui était en lui. La Parole nous présente deux exemples remarquables de ces angoisses de l’âme du Sauveur, au chapitre 12 de l’évangile de Jean, et dans la scène de Gethsémané. Bien qu’aucun autre se soit pareil au dernier, ces exemples n’excluent pas la pensée que le Sauveur ait aussi passé par d’autres heures d’angoisse, ni ne donnent une pleine lumière sur ce qu’Il a pu éprouver, lorsque, dans un calme parfait, il entretenait ses disciples de ses souffrances à venir. La venue des gentils, qui étaient montés pour adorer, avait ouvert devant Lui cette scène solennelle, où le Christ rejeté entre dans la gloire plus excellente et plus étendue du Fils de l’homme ; mais, pour cela, il fallait que le grain de froment tombât en terre et mourût. La mort, le vrai chemin vrai et nécessaire de sa gloire, est présente à l’esprit de Jésus, avec toute sa valeur et ses conséquences pour son âme, et il cherche la délivrance. «Maintenant mon âme est troublée ; et que dirai-je ? Père, délivre-moi de cette heure !». Il ne pouvait pas désirer et il ne pouvait que craindre l’abandon de Dieu et la coupe de la mort qu’il avait à boire. «Il a été exaucé en ce qu’il craignait» (Héb. 5). C’était là la vérité et la vraie piété, en présence du chemin ouvert devant son âme. Plus tard, à Gethsémané, ce caractère de la souffrance et de l’épreuve, ou de la tentation, atteignit sa plénitude, alors que la mort était plus proche et que le prince de ce monde venait : l’âme du Sauveur était de toute part saisie de tristesse jusqu’à la mort, la coupe était, pour ainsi dire, approchée de ses lèvres, bien qu’il ne l’eût pas encore saisie, car il ne voulait la recevoir que de la main de son Père ; or la volonté du Père était qu’il bût la coupe, parce qu’il n’était pas possible qu’elle passât loin de lui, si le conseil et la volonté de Dieu devaient être accomplis. Le tentateur qui, à l’entrée du service public du Seigneur et pour l’en détourner, avait tenté Jésus dans le désert et sur le faîte du temple, par les choses agréables à la chair ; le tentateur qui avait été confondu et lié et, pendant la vie du Seigneur, dépouillé de ses biens, revient maintenant pour éprouver Jésus, par toutes les choses qui devaient effrayer une âme d’homme et par-dessus tout le Seigneur, s’il persévérait, jusqu’à la fin, dans son obéissance et dans son œuvre. Une puissance avait été manifestée, capable de délivrer l’homme de toute la domination de l’Ennemi ; mais, vérité affreuse et terrible, l’homme n’avait pas voulu du Libérateur. Ainsi, si le Seigneur devait persévérer dans son intérêt pour une race vile et misérable, il fallait qu’il fût, non pas un puissant et vivant Libérateur, mais un Rédempteur mourant. C’était là le chemin de l’obéissance et de l’amour. «Le prince de ce monde vient, et il n’a rien en moi ; mais afin que le monde sache que j’aime le Père ; et selon que le Père m’a commandé, ainsi je fais» (Jean 14).

Le lecteur remarquera que, dans les deux derniers cas que nous venons de considérer, savoir les souffrances qui avaient leur source dans l’amour de Jésus, et celles que produisait en lui l’anticipation de la coupe qu’il devait boire, nous trouvons le Sauveur toujours avec son Père, quoique occupé avec Lui de la coupe qu’il avait à boire ; son obéissance brillait dans toute sa perfection. Jésus n’est pas encore abandonné de Dieu, quoiqu’il ait affaire avec son Père, au sujet de cette coupe, caractérisée par le fait qu’il est abandonné de Dieu. «Père, délivre-moi de cette heure ; mais c’est pour cela que je suis venu à cette heure. Père, glorifie ton nom» (Jean 12). À son obéissance jusqu’à la mort, en jugement, Jésus reçoit ici la réponse d’une victoire réelle et complète, ainsi que de l’éclatante révélation de l’amour, bien que le monde, en même temps, y trouve son jugement. Mais, à Gethsémané, tout s’obscurcit ; c’est la puissance des ténèbres et l’agonie plus profonde du Seigneur, proclamée dans ses quelques paroles si puissantes et dans cette sueur, qui était comme des grumeaux de sang découlant en terre (Luc 22:41-44). L’obéissance toutefois est parfaite. Le tentateur est entièrement vaincu et le nom de Jésus suffit pour faire reculer et pour renverser tous ses adversaires (Jean 18:6). En tant qu’il s’agit de ceux-ci et de l’étendue de la puissance de Satan, Jésus est libre. Mais le Père lui avait donné la coupe à boire : Jésus s’offre lui-même volontairement pour la boire, montrant la même puissance que toujours, afin qu’il ne perdît aucun de ceux que le Père lui avait donnés. Scène merveilleuse d’obéissance et d’amour ! Quelles que fussent ses souffrances (et qui saurait les décrire ?), ce qui avait amené là le Sauveur, c’était le libre mouvement d’un cœur d’homme en grâce, mais d’un homme parfait en obéissance envers Dieu. «La coupe que le Père m’a donnée à boire, ne la boirai-je pas ?» (Jean 18:11). Comme les instruments malheureux de la puissance du mal disparaissent ici complètement devant l’offrande de Christ par Lui-même, en obéissance et en amour ! La puissance de la mort, en tant qu’elle était la puissance de l’Ennemi, il la traverse avec son Père ; elle est passée et Lui, dans une obéissance bénie et volontaire, il prend maintenant la coupe fatale elle-même de la main de son Père. Jamais nous ne pourrons trop méditer sur le chemin que Christ a suivi ici. Nous pouvons nous arrêter à le considérer, et apprendre ainsi ce qu’aucun autre moment, ni aucune autre scène ne peuvent nous dire : une perfection qui s’apprend de Lui, et de Lui seul. Mais je dois passer à d’autres parties des souffrances de Christ, car je puis ici qu’indiquer brièvement les causes et le caractère de ces souffrances.

Le péché lui-même a dû être, pour le Seigneur, une source continuelle de douleur. Si Lot affligeait son âme juste à cause de tout le mal qu’il voyait et entendait, lui si éloigné de Dieu par sa marche, que n’a pas dû souffrir le Seigneur, en passant au travers de ce monde ! Je ne doute pas qu’étant toujours parfaitement à la place où Dieu voulait qu’il fût, le Sauveur n’ait été, non pas dans une certaine mesure seulement, mais par la nature même de ses sentiments, plus calme que l’homme juste de Sodome : néanmoins il était angoissé par le péché. «Il les regarda tout à l’entour avec colère, étant attristé de l’endurcissement de leur cœur» (Marc 3:5). Son amour parfait était ici, sans doute, un soulagement pour lui, mais cet amour n’ôtait pas la souffrance qu’il soulageait. Si à ces mots : «O génération incrédule et perverse, jusques à quand vous supporterai-je ?» il ajoute : «Amène ici ton fils» (Luc 9:41), l’incrédulité n’en était pas moins sentie par lui. Il était dans une terre aride, altérée et sans eau, et il en avait le sentiment, alors même que son âme était remplie aussi comme de moelle et de graisse. Plus il était saint et plus il aimait, plus le péché était affreux pour lui ; le péché dans lequel son peuple marchait «comme des brebis sans pasteur».

Les douleurs des hommes, également, étaient, par le cœur, celles de Jésus. «Il a porté leurs langueurs et leurs maladies». Pas une affliction, pas une douleur qu’Il ait rencontrée dans son chemin, sans la porter, comme sienne, sur son cœur : «dans toutes leurs angoisses, il a été en angoisse». Ce n’était pas à la légère que, même comme un homme vivant, il appliquait le remède. Il portait, en amour, dans son âme, ce qu’il ôtait par sa puissance (car tout, dans l’homme, était le fruit du péché). Il porta aussi le péché lui-même, mais ceci, nous l’avons vu, eut lieu sur la croix ; ce fut l’obéissance, et non la sympathie ; Dieu le fit être péché pour nous, lui qui ne connut pas de péché. Tout le reste, c’étaient les sympathies de l’amour, bien que ce fût la souffrance. L’amour a amené Jésus à la croix, nous le savons ; mais, dans ses souffrances sur la croix, il n’eut pas la joie présente d’un service d’amour. Sur la croix, il n’avait pas affaire avec l’homme ; mais, en obéissance, il souffrait à sa place, et pour lui, de la part de Dieu. La souffrance était donc sans mélange, sans adoucissement : la croix n’était pas, pour Jésus, l’activité de sa bonté, mais l’abandon de Dieu. Mais toutes ses souffrances, dans ses voies envers les hommes, ont été le fruit direct de l’amour qui agissait d’une manière sensible sur son âme ; il sentait pour d’autres, et à leur sujet ; dans un monde de péché, ce sentiment se traduisait pour lui constamment en souffrance, mais ce sentiment, c’était l’amour. Puissent nos âmes en goûter la douceur ! En échange de son amour, le Sauveur a pu être haï ; mais l’exercice actuel et présent de l’amour a une douceur et un caractère qui lui sont propres et qu’aucune forme des souffrances, dont il peut être la source, ne lui ôte jamais : en Jésus cet exercice a été parfait. Je ne nie pas certes qu’une juste indignation ne remplît son âme dans l’occasion ; nous savons le contraire ; ni que cette sainte colère n’éclatât en malédictions, telles que l’amour parfait seul peut en prononcer. Que dut-il éprouver, en effet, pour ceux qui enlevaient la clef de la connaissance et qui, non seulement n’entraient pas eux-mêmes, mais encore s’opposaient à ce que d’autres entrassent. Une juste indignation n’est pas de la souffrance ; mais l’amour qui en est la source, — là où elle est juste — lui a donné son empreinte.

Une autre source de douleur — (car à quelle coupe d’amertume Christ n’a-t-il pas bu ?) — était peut-être plus humaine, mais non moins réelle : je veux parler de cette violation de toute délicatesse, que ne pouvait pas ne pas sentir une âme dans laquelle tout était harmonie. «Ils me regardent et repaissent leurs regards» (Ps. 22:17). Insultes, mépris, tromperies, efforts incessants de le surprendre dans ses paroles, brutalité et cruelle moquerie… tout cela ne s’appesantissait pas sur une âme insensible, bien qu’elle fût divinement patiente. Je ne dis rien de l’abandon, de la trahison, du reniement : «il a cherché quelqu’un qui eût compassion de lui, mais il n’y en a point eu, et des consolateurs, mais il n’en a point trouvé» (Ps. 69:20) ; je parle ici seulement de ce qui a pesé, de tout son poids, sur les sentiments délicats de la nature de Jésus comme homme. L’opprobre brisa son cœur ; il fut le sujet des chansons des ivrognes ; sans doute Jéhovah connaissait son opprobre et sa honte, et son ignominie ; «tous mes ennemis sont devant toi» ; mais Christ traversa tout cela. Aucune perfection divine ne le sauva de la souffrance, mais il traversa toutes les douleurs dans sa perfection divine et par elle. Je ne pense pas qu’il y ait eu un seul sentiment humain — or en Lui existaient tous les sentiments délicats d’une âme parfaite — qui, en Christ, n’ait pas été violé et foulé aux pieds. Tout cela n’était rien, sans doute, au prix de la colère de Dieu : sous le poids de cette colère, les hommes et leurs voies étaient oubliés ; mais les souffrances n’en étaient pas moins réelles alors ; même lorsque, anticipant la coupe de la colère, il désire, du moins, avoir auprès de lui ses disciples trop confiants en eux-mêmes, afin qu’ils veillent avec lui, il ne put que les trouver endormis à son retour. Tout était douleur, mais l’exercice de l’amour ; et celui-ci, à la fin, dut faire place à l’obéissance dans la mort, où la colère de Dieu couvrit et effaça la haine et l’iniquité de l’homme. Tel fut Christ. Toutes les douleurs furent concentrées dans sa mort, où ni les consolations d’un amour actif, ni la communion avec son Père ne pouvaient apporter aucun soulagement, ni être, pour un moment, entremêlées avec cette terrible coupe de colère ; là, promesses, droits à la gloire royale, tout fut abandonné par Jésus, afin qu’il les reçût de nouveau, infailliblement, en gloire, de la main du Père, avec une gloire plus élevée et plus excellente qu’il avait, en réalité, toujours possédée, et dans laquelle maintenant il allait entrer comme homme.

 

 

Les souffrances de notre bien-aimé Sauveur sont quelque chose de trop solennel pour qu’on soit tenté d’en faire un sujet de controverse, quand on sait qu’on leur doit tout. Je désire éviter cela, mais non pas de manière à me laisser dominer par une erreur désastreuse et fatale. Je désire également que le «Bible Treasury» ne devienne pas un journal de controverse, mais qu’il s’occupe de l’exposition directe des vérités dont l’Église de Dieu a besoin, vérités qui l’édifient et l’éclairent. Le mouvement inaccoutumé des esprits, les besoins intellectuels inassouvis et ce qui accompagne toujours un pareil mouvement, l’incertitude d’une foule d’âmes sur tant de questions importantes, soulevées de nos jours, donnent au serviteur de Christ, dans une publication comme celle-ci, une tâche des plus utiles et des plus nécessaires. Elle consiste à fournir de la nourriture aux âmes et à leur présenter la vérité, pour satisfaire d’une manière durable les besoins éveillés en elles et les garder en paix, en sorte qu’elles ne flottent pas à tout vent de doctrine. Tout en retenant ferme la vérité fondamentale, une telle publication doit offrir, de la pensée divine qui nous est révélée dans la Parole, ce qui peut, à la fois, affermir l’âme et la transporter réellement au delà de l’essor aventureux et dangereux de l’intelligence humaine. Le chrétien peut espérer d’y parvenir par la grâce, parce qu’il ne tire rien de son propre fonds, mais puise tout dans la Parole de Dieu, source divine de la vérité. Quoique vivant, heureusement, hors de la portée des luttes religieuses qui ont lieu en Angleterre, je n’ignore pas qu’on a attaqué, sans les nommer, des personnes désignées comme nourrissant certaines vues sur les souffrances de Christ, et qu’on a déclarées être des demi-sociniens. Je ne pense pas qu’une pareille attaque mérite de réponse ; dans tous les cas elle me touche peu, et je ne me sens pas disposé à mêler des questions relatives aux souffrances de Christ, avec une chose aussi peu importante qu’une attaque personnelle de ce genre. Les Wesleyens, quelle que soit la justesse de leur vue sur d’autres points, seraient étonnés d’être appelés demi-sociniens, pour une phrase comme celle-ci (sermon de Bunting sur la justification par la foi) : «C’est seulement comme Agneau égorgé qu’Il ôte nos péchés». En réalité les erreurs soi-disant renouvelées, et signalées comme funestes dans le passage cité par l’accusateur sont blâmées parce qu’elles divisent les orthodoxes. Les demi-sociniens comptent-ils donc parmi les orthodoxes ? Mais j’en ai déjà trop dit là-dessus.

Une quantité de saints, tout en ayant peut-être des notions vagues sur l’application à leur âme des souffrances de notre bien-aimé Sauveur, considèrent cependant toutes les souffrances de Christ avec le sentiment d’adoration qui convient à leur valeur infinie. Ils croient qu’elles sont toutes pour eux, qu’elles ont été subies pour l’amour d’eux et qu’elles sont le moyen de leur bénédiction. Je ne puis que prier Dieu qu’eux et moi, nous éprouvions ce sentiment d’une manière plus profonde. Je ne crois pas qu’une seule affliction ait manqué à Christ ; je ne doute pas un instant qu’un seul de ses soupirs n’ait une valeur infinie, qu’il ne soit précieux pour moi, et qu’il ne fasse, grâces à Dieu, partie de ma bénédiction. Il s’est donné lui-même pour nous et ces soupirs, ces afflictions ont fait partie de ce don ; ils en étaient le fruit. Nous ne saurions sentir cette vérité trop profondément. Mais la vraie question est en dehors de tout cela ; l’attaque à laquelle j’ai fait allusion n’y touche même pas ; raison de plus pour ne pas répondre à cette attaque. Ce que je blâme, ce que je juge mauvais, dans ce qui a cours parmi des chrétiens, ce n’est pas même la doctrine que les souffrances de Christ, pendant sa vie, étaient substitutives : si je vois la vérité exposée d’une manière inexacte, je puis chercher à l’élucider ; mais je doute que j’eusse jamais l’idée de traiter cette doctrine comme hérétique. Au contraire, la doctrine que je signale comme mauvaise, et qui a été soigneusement développée et justifiée (l’écrivain de l’article auquel je fais allusion tient en haute estime l’auteur de ces vues), cette doctrine enseigne péremptoirement que les souffrances du Seigneur, pendant sa vie, n’étaient point substitutives, qu’il est faux et erroné de les considérer comme telles. Elle enseigne que les souffrances de Christ sont la conséquence de son association, par sa naissance, avec l’homme et avec Israël, et que Christ eut toutes les expériences qu’un homme inconverti doit avoir. Elle enseigne que Christ a été flétri et desséché par la colère de Jéhovah, non pas d’une manière substitutive, mais en raison de la position dans laquelle il se trouvait. Voilà la doctrine que j’abhorre. Or je ne vois pas que les personnes, si zélées contre le demi-socinianisme, soient provoquées à jalousie par ces doctrines, ou par d’autres presque aussi pernicieuses, quand elles se rencontrent chez ceux qu’elles applaudissent ou qu’elles citent. Cette doctrine abominable sur la personne de Christ a fait bien du chemin. On a publié des traités, dans lesquels les ténèbres de l’incrédulité en nous et l’incapacité de prier sont représentées comme la participation aux souffrances de Christ ; et quand un chrétien doute de son salut, cela aussi, nous dit-on, est la communion des souffrances de Christ.

Voici ce que je lis : «Il y eut des moments où Jésus craignait pour sa délivrance finale et son salut… Il suppliait du moins qu’un chemin lui fût laissé pour s’échapper ; qu’il ne fût pas enfermé dans un désespoir sans issue. Oh ! dans quelles profondeurs sans nom, nous pouvons être introduits par notre propre prière, pour connaître la «communion de ses souffrances», et cependant celui qui se souvient de ce qu’implique le fait d’être cohéritier avec Christ, peut-il espérer ou même désirer d’être entièrement exempté de ces souffrances… ?». Cela revient à dire, qu’en désirant avoir part aux souffrances de Christ, nous pouvons tomber dans le désespoir, ou tout comme. Ce doute, quant à sa propre délivrance, était-il substitutif en Christ ? Et qu’est-il en ceux qui y entrent, après que Christ a accompli une rédemption parfaite ? Mais ce n’est pas tout ; voici ce que je lis encore : «Jésus savait ce que c’était que d’être réellement arrêté dans sa marche, comme l’exprime, d’une manière si frappante, la figure d’un bourbier fangeux : «Je suis enfoncé dans un bourbier profond (bourbier de l’abîme), dans lequel il n’y a point où prendre pied». «Délivre-moi du bourbier, fais que je n’y enfonce point». «Il m’a fait remonter hors d’un puits bruyant et d’un bourbier fangeux». Ce n’était certes pas une chose légère qui forçait Jésus à s’exprimer de la sorte ; il savait, par une pénible expérience, ce que c’était que de se trouver dans une pareille position ; il dit au Ps. 38:16-17 : «Quand mon pied glisse (et qui ne connaît pas la difficulté de marcher dans un bourbier fangeux sans glisser ?) ils s’élèvent contre moi, quand je suis prêt à clocher». Il eût reculé, s’il avait pu le faire en restant d’accord avec la volonté de son Père : «S’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ; toutefois non point ce que je veux, mais ce que tu veux». Quel encouragement pour les croyants quand ils sont près de broncher !».

Que répondre à ce langage ? Je ne sais pas avec certitude à qui l’attribuer. J’ai entendu dire qu’il provient d’une personne défunte, dont la vie et la correspondance me sont inconnues. S’il en est ainsi, la sagesse aurait pu corriger et redresser ces allégations, du vivant de cette personne ; mais elles ont été publiées, sous forme de traité d’édification, par ceux qui les ont approuvées, et j’ai par conséquent le droit d’en parler comme si elles provenaient d’eux.

La souffrance est-elle substitutive, quand c’est notre privilège de la traverser, et de douter de notre délivrance finale, comme Jésus lui-même semble avoir craint pour la sienne ? Le Seigneur a-t-il glissé d’une manière substitutive ? Non, cher lecteur ; mais voilà les fruits du système que je signale, et des docteurs le recommandent dans leurs écrits, comme une piété. Ce système est très répandu. Que les théologiens l’exposent avec certaines restrictions, ou qu’il soit exprimé plus crûment par une femme, après s’être emparé de son sentiment, cette doctrine, sa racine, son principe n’en appartiennent pas moins à toute une école particulière (*). Je n’accuse pas l’école tout entière d’accepter les fruits que j’ai signalés, dans leur extrême développement, en ces termes : Christ a glissé, «et qui ne connaît pas la difficulté de marcher dans un bourbier fangeux sans glisser ?» mais j’accuse les principes et la doctrine de cette école comme étant la racine qui porte de tels fruits. Si je suis bien informé, quelques-uns de ceux qui publièrent les traités et la biographie mentionnés plus haut, doivent avoir été amenés, par l’habitude qu’ils ont de cette doctrine et par leur ignorance en appliquant à Christ certains Psaumes, ainsi que d’autres parties de l’Écriture, à ne trouver que de l’édification quand on leur disait que le pied de Christ avait glissé, parce qu’il n’avait pas réussi à se tenir ferme ; et à dire que c’est là un grand encouragement pour les croyants, quand ils sont arrêtés dans le bourbier (apparemment aussi quand ils glissent, il est permis de le supposer) ; et voilà, disent-ils, la communion de ses souffrances. Des temps de ténèbres spirituelles sont donc la réponse à la prière de connaître Christ, ainsi que la communion de ses souffrances ; «et jamais, peut-être», ajoute-t-on, «l’expérience chrétienne ne saurait être montrée d’une façon plus entière et plus précise, comme une participation réelle aux souffrances de Jésus Christ, la tête de son corps». J’avoue que cette justification des ténèbres de l’incrédulité dépasse tout ce que j’aurais pu m’imaginer de la perversion d’un esprit égaré ; car il ne s’agit pas ici du travail d’amour, en affliction, pour les autres, quoique les deux choses soient confondues, mais bien des ténèbres et presque du désespoir de soi-même, considérés comme la communion des souffrances de Christ. Si ces choses étaient substitutives en Christ, je suppose que ces docteurs doivent les considérer comme telles chez le chrétien maintenant, puisqu’elles sont le fruit de ses prières pour la participation aux souffrances de Christ. Ce n’est point là, nous disent-ils, de l’incrédulité, mais un privilège ; non pas un exercice nécessaire du cœur, mais un don ; non pas un exercice, dont la bénédiction soit nécessaire à l’âme qui le traverse, ayant pour résultat son humiliation ou sa discipline. Pour qui ces choses sont-elles donc subies ?

(*) Un livre populaire d’édification intitulé : «Une nuit de larmes» est infecté de cette doctrine d’une manière évidente.

 

Il est dit, dans le même traité, en faisait spécialement allusion à Gethsémané et à la croix, que Christ jouira du travail de son âme, et c’est ainsi, ajoute-t-on, que des ministres sont en travail d’enfantement pour leurs petits enfants, jusqu’à ce que Christ soit formé en eux ! Et de telles choses, on se les passe de main en main comme des doctrines d’une piété admirable ! J’ose à peine exprimer ce que je ressens. Un conducteur de cette école a dit, en parlant de Christ, qu’on ne doit pas être surpris de voir glisser une personne, qui fait l’ascension d’une montagne de glace, avec une lourde charge sur ses épaules. Une femme s’empare de cette pensée, sa sensibilité la mûrit et elle déclare que Christ a glissé, — conclusion qui doit être nécessairement tirée de cet abus des Psaumes, suivi jusque dans ces dernières conséquences. Mais les prédicateurs de cette école font un pas de plus, ils encouragent et consolent les croyants par la pensée que Christ a réellement glissé, parce que son chemin était si difficile.

Je le répète, tout cela n’est que le fruit nécessaire et naturel d’une doctrine qu’admirent beaucoup de personnes réellement chrétiennes. On connaît l’arbre à ses fruits.

Il est infiniment précieux de savoir que Christ a souffert toutes les afflictions qui peuvent fondre sur l’homme, comme résultat du péché (sauf, cela va sans dire, la condamnation finale) et que toutes ses afflictions ont été, d’une manière ou de l’autre (car elles furent diverses), la conséquence et le fruit du péché, mais aussi de son propre amour. Je trouve une valeur infinie dans le fait que Christ sympathise, soit avec moi, soit pour moi, dans toutes mes afflictions, mes tentations et mes épreuves, lors même qu’elles sont le produit de mes fautes et de mes infirmités. Mais faire des infirmités de ma foi, de mes heures de ténèbres, de mes craintes incrédules quant à mon salut final, — faire de ces choses, dis-je, la communion des souffrances de Christ, faire du fait qu’il aurait glissé, un encouragement pour mon âme, c’est le comble de l’orgueil spirituel et de la folie.

Le principe qui a produit ce fruit se rattache, d’un côté, à la question de la vie substitutive de Christ ; au moins à l’opinion qu’en professe l’école dont je parle ; parce qu’elle a perdu de vue le vrai caractère de la colère contre le péché et de l’expiation. C’est à ce dernier point que je désirerais donner maintenant sa vraie place, sans m’occuper beaucoup de la controverse qui s’y rattache, quoique j’en réfère, ci-après, aussi à l’opinion d’anciens écrivains.

Nous ne saurions avoir un sentiment trop vif de la profondeur des souffrances du Seigneur, dans son œuvre expiatoire. Aucune parole humaine n’est capable d’exprimer ce que ce fut, pour le Seigneur, de boire la coupe de la colère divine (car, en langage humain, nous n’exprimons que nos propres sentiments). Avec cette souffrance-là, impossible d’en comparer ni d’en mêler aucune autre. C’est un fait unique que la colère divine contre le péché, ressentie, dans toute sa vérité et sa réalité, au dedans de l’âme de Celui qui, par sa sainteté parfaite, par son amour pour Dieu, par la connaissance de la valeur infinie de l’amour de Dieu, pouvait savoir ce qu’était la colère divine, savoir ce que c’était que d’être fait péché devant Dieu, et qui, en vertu de sa personne, était seul capable de soutenir cette colère ; ce fait, je le répète, est unique au monde. Quelque terrible que doive avoir été l’anticipation de ces choses, et elle fut certainement terrible, toutefois l’anticipation n’était pas l’accomplissement même du fait en question. La mort seule, tout horrible qu’elle fût pour le Prince de la vie, encore moins une souffrance humaine quelconque, ne peut être mise au niveau de la colère divine ; et cependant quelle entière réalité dans les souffrances de Christ ! Pas un regard de pitié pour Lui, pas un cœur pour compatir avec Lui !

Voilà pourquoi, au Psaume 22, le Seigneur seul, Lui-même, exprime cela. Il fait allusion, d’un côté, à la violence et à la perversité de l’homme, de l’autre, au sentiment de sa propre faiblesse ; puis il met en contraste avec ces choses le fait que Dieu se tient loin de Lui, comme le point qui distingue ce conflit de tous les autres. Enfin Il déclare ouvertement que, dans toutes les angoisses où d’autres avaient trouvé la délivrance, Dieu l’avait abandonné. Le résultat qui en découle est, comme nous l’avons dit plus haut, une grâce sans mélange, rien que la grâce et la bénédiction, parce que ces afflictions étaient la colère et la souffrance de la part de Dieu, pour le péché. Les afflictions de la part de l’homme peuvent et doivent amener le jugement, si nous les considérons comme le résultat de son inimitié. Mais l’abandon de Dieu, quand Christ est fait péché — qui devra subir le jugement pour cela ? Non, cette circonstance-là reste absolument unique et isolée, Christ s’y trouve tout seul. Elle produit l’expiation ; quelque autre que Christ pourrait-il jamais souffrir ce qui l’a effectuée ? Voilà pourquoi Christ se présente tout seul dans le Ps. 22, en contraste avec d’autres qui sont des croyants. Eux, ils se sont confiés en Dieu et ont été délivrés ; Lui, Il a été abandonné. On peut passer par les souffrances les plus profondes et les plus poignantes, par la détresse et l’angoisse, même quant au péché ; on peut souffrir, même jusqu’à la mort, avec toute la puissance de la mort sur le cœur de l’home ; ces souffrances peuvent s’élever jusqu’au point même où l’on rencontre la colère ; mais ici elles s’arrêtent, elles ont atteint leur limite ; ce qui manque entièrement à leur nature, c’est la colère et l’abandon de Dieu. Quelque extrêmes qu’elles soient, elles rentrent toutes, par leur caractère, dans le cercle des affections humaines ; mais elles disparaissent toutes devant cet autre ordre de souffrances : la colère de Dieu. Qui pourrait sentir l’affliction, quoique présente, quand la colère est là, la colère de Dieu contre le péché, non point seulement les conséquences amères du péché, pour le pécheur, même jusqu’à la mort (tout cela est vrai et Christ a aussi suivi ce chemin), mais, je le répète, la colère de Dieu, elle-même, contre le péché ? Souffrance unique ; malheur à celui qui ne la distingue pas ! Aussi voyons-nous qu’au Psaume 69, qui pénètre bien avant dans les afflictions et les souffrances de Christ, et cela en rapport même avec des péchés connus de Dieu, malgré l’angoisse inouïe de Christ, malgré ses cris prolongés, cependant l’Esprit peut introduire des hommes dans cette même position. Certes, je ne dis pas qu’ils souffrent autant, ni si profondément ; mais ils peuvent souffrir de la même manière, en conséquence de la position dans laquelle les ont placés leurs propres péchés. «Car ils persécutent celui que tu avais frappé et font leurs contes de la douleur de ceux que tu avais blessés» (vers. 26) ; c’est pourquoi le jugement est réclamé sur eux (vers. 27, 28). Ceci n’est pas l’expiation, car les souffrances, de la part de l’homme, produisent la visitation de l’homme, en jugement. Au Ps. 22, nous ne trouvons pas trace de l’acte d’en associer d’autres, ni du fait que d’autres soient associés avec le Seigneur dans son affliction. Ici, comme nous l’avons déjà vu, tous les saints qui souffrent sont mis en contraste avec Lui. Lorsque, par ces souffrances, la rédemption est accomplie, lorsque Christ a été retiré d’entre les cornes des licornes, alors, en effet, il associe se frères avec Lui ; mais c’est dans la délivrance, dans la joie et dans la paix. Quel autre que Lui seul pouvait faire l’expiation, ou porter la colère pour l’accomplir ? Mais dès qu’il s’agit d’autres afflictions, nous pouvons aussi y avoir notre part. Cette différence entre les Psaumes 22 et 69 est si marquée, que, dans le 69, tandis que le Psalmiste s’arrête sur les souffrances qui vinrent sur Christ, à l’approche de la mort, et qu’il prend pour thèse le cri de détresse profonde poussé par Christ, à cause de sa position et de ses circonstances, loin de nous présenter l’abandon de Dieu quand Christ crie à lui, il ajoute au contraire : «Mais pour moi, ma requête s’adresse à Toi, ô Éternel ! il y a un temps de ton bon plaisir ; ô Dieu ! selon la grandeur de ta gratuité, réponds-moi, selon la vérité de ta délivrance» (vers. 13). Ici donc, même dans l’expression de l’angoisse et de l’affliction de Christ, toute profonde qu’elle fût, nous ne trouvons pas cette parole du Psaume 22 : «mais tu ne réponds point». Or il est impossible qu’une intelligence spirituelle qui connaît, en quelque mesure, ce que vaut la faveur divine, et qui est capable de regarder à Lui, puisse, quelque profonde et intime que soit sa détresse, lors même qu’elle serait le résultat de péchés et de chutes — puisse, dis-je, ne pas comprendre la différence immense et absolue de ces deux états. Il est, à la vérité, également impossible, et quelle bénédiction pour nous ! de sonder la profondeur de ce qu’exprime le Psaume 22.

Or il est de la dernière importance de maintenir d’une manière ferme et précise, de conserver, comme un fondement inébranlable de la vérité éternelle, la vraie signification du fait que Christ a porté effectivement la colère directe de Dieu, lorsqu’il a été fait péché ; qu’il l’a soufferte, en étant réellement abandonné de Dieu, quant à son âme, à cause du péché ; de sorte que cette colère nécessaire et méritée, quoique par d’autres que par Christ, Il l’a subie effectivement et réellement. Quant à cette vérité même, aucune personne divinement enseignée, quelque obscure que lui soit, du reste, la doctrine touchant la nature propre et le caractère des souffrances de Christ, pendant sa vie, et quoiqu’elle puisse, par sentiment, augmenter la profondeur des afflictions de Christ de leur mélange avec son œuvre expiatoire, — aucune personne divinement enseignée ne peut manquer, je le répète, dès qu’il s’agit de la vérité positive, de distinguer, de toute autre affliction, le fait que l’âme du Seigneur a porté réellement et souffert, en grâce, la colère directe et l’abandon de Dieu ; elle saura distinguer cette souffrance-là de toute autre affliction ou souffrance quelconque, même profonde, dans laquelle Christ pouvait dire, par exemple : «Mais pour moi, ma prière s’adresse à toi, Éternel ! au temps favorable» (Ps. 69:13) et dans laquelle il ne dit pas : «mais tu ne réponds point». On peut trouver maint passage difficile à interpréter, on peut être embarrassé par les raisonnements d’autrui, on peut, quant au sentiment, confondre l’anticipation de la coupe de la colère avec le fait de la boire. De telles choses nous sont arrivées à tous, plus ou moins. Mais quand l’âme et la conscience se trouvent en présence du fait que Christ a réellement porté la colère de Dieu, — la colère de Dieu contre le péché, — chacun se prosternera devant cette œuvre solennelle, sachant que Christ s’y est trouvé seul ; jamais, on ne confondra, un seul instant, cette souffrance de Christ avec des afflictions, même profondes, que d’autres pouvaient partager. Dans toutes les afflictions qui résultent d’un amour actif, dans toutes celles que le gouvernement de Dieu nous inflige à cause du péché, l’homme peut avoir sa part (comme, par exemple, le Résidu juif et, en principe, les pécheurs sous la loi), en acceptant les unes avec reconnaissance, ou en s’humiliant des autres. L’opprobre peut briser le cœur de l’homme : il peut être isolé et abandonné de tous ; il peut crier de l’abîme profond où l’ont plongé ses péchés — mais porter la colère divine, voilà ce qu’il se sent incapable de faire ; et il adore Celui qui l’a fait à sa place.

Ces choses demandent d’être exposées avec ordre. Les souffrances dans lesquelles Christ est entré, en dehors de son œuvre expiatoire, et que d’autres sont capables d’éprouver, ont un double caractère. Ce sont d’abord les souffrances qui découlent d’un amour actif dans ce monde, puis celles qui résultent des châtiments à cause du péché, ces dernières jointes au poids de la puissance de Satan sur l’âme et à la frayeur de la colère anticipée de Dieu.

Dans les premières, c’est notre privilège de souffrir avec Christ ; dans les dernières, nous souffrons à cause de notre légèreté, et sous la main de Dieu ; mais Christ est aussi entré dans ces dernières souffrances (*) ; Il sympathise avec nous. Mais tout cela est bien distinct des souffrances que Christ a endurées à notre place, afin de nous les épargner, portant la colère de Dieu, afin que nous n’eussions pas à la porter nous-mêmes. Dans l’expiation, Il souffre pour nous ; dans le service, nous souffrons avec Lui ; dans nos détresses, nos agonies morales à cause du péché, Il a senti avec nous. Nous allons voir que le Seigneur Lui-même et les enseignements des évangiles distinguent clairement les souffrances de Christ, pendant son ministère ici-bas, des souffrances de la fin de sa vie ; et ces dernières, à leur tour, de son œuvre expiatoire (quoiqu’elles eussent lieu à la même époque). Dès que le Seigneur eût été baptisé par Jean, le Saint Esprit descendit sur Lui, et Il entra dans son ministère public. Mais ce ministère fut introduit par la tentation dans le désert ; Christ y fut poussé par l’Esprit, afin d’être tenté par le diable. Il remporta la victoire, l’homme fort fut lié, et Il commença à piller ses biens : il passa de lieu en lieu en faisant du bien, et guérissant tous ceux que le diable avait asservis à sa puissance (Act. 10:38), car Dieu était avec Lui. Possession, maladie, mort, — tout fruit quelconque de la puissance de l’Ennemi s’évanouissait devant sa parole. Il passa par l’affliction ; Il fut l’opprobre des hommes ; Il porta leurs fardeaux sur ses épaules. Je suis persuadé que Christ n’a jamais guéri de malade, sans porter, en son esprit et en son cœur, le fardeau de la maladie, comme étant le fruit et la puissance du mal. Or tout cela, c’était l’activité de son amour. Lui-même, il a porté nos infirmités et s’est chargé de nos maladies. Remarquez bien que cela est dit, lorsqu’Il les guérissait. Or, porter nos afflictions et nos douleurs et nous en délivrer par sa puissance, ce n’est pas porter notre péché même, sous le poids de la colère divine.

(*) Ayant expliqué cela, en détail, dans l’Introduction, je ne change ni n’ajoute rien ici.

 

En outre, Satan n’était pas avec Christ, pour le tenter d’une manière directe, pendant le cours de son ministère. Nous lisons en Luc : «Et ayant accompli toute tentation, le diable se retira d’avec Lui pour un temps» (4:13). Mais à la fin de sa vie, Christ put dire : «Désormais je ne parlerai plus beaucoup avec vous, car le chef du monde vient ; et il n’a rien en moi». Ici nous trouvons, de nouveau, un changement distinct dans la position du Seigneur par rapport à la présence de Satan. Aussi put-il dire, après cela, à ceux qui arrivèrent de la part des principaux sacrificateurs : «Mais c’est ici votre heure et le pouvoir des ténèbres». Auparavant, Il avait été assis, tous les jours, avec eux dans le temple et ils n’avaient point étendu leurs mains contre lui pour le saisir. Mais ceci (parole terrible pour ces malheureux !) était leur heure et le pouvoir des ténèbres. Celui qui avait la puissance de la mort était alors à l’œuvre contre le Seigneur, et le Seigneur ne se retira point de l’épreuve. Son âme fut saisie de tristesse jusqu’à la mort ; celui qui avait la puissance des ténèbres la faisait peser tout entière sur son âme. Mais, même alors, Christ pouvait attendre que ses disciples veillassent avec Lui ; ils pouvaient être criblés comme le blé (Luc 22:32), quoique leur seule ressource, lorsque cette heure s’approcha avec une puissance réelle, fût de s’enfuir pour ne pas entrer dans la tentation ; leur seule ressource, alors qu’ils ne connaissaient pas la puissance du Saint Esprit opérant en eux ; car ils devaient suivre Christ plus tard, comme il le dit ensuite à Pierre.

Ce changement, qui avait lieu dans sa propre position, le Seigneur le leur donne clairement à entendre : «Quand je vous ai envoyés sans bourse, sans sac et sans sandales, avez-vous manqué de quelque chose ? Et ils disent : De rien. Il leur dit donc : Mais maintenant, que celui qui a une bourse la prenne, et de même celui qui a un sac, et que celui qui n’a pas d’épée vende sa robe et achète une épée. Car je vous dit qu’il faut encore que ceci qui est écrit soit accompli en moi : «Et il a été compté parmi les iniques». Car les choses qui me concernent vont avoir leur fin» (Luc 22:35, etc.). Tout était changé. Autrefois, Il les avait protégés par sa puissance divine, par laquelle il agissait et opérait dans le monde. Maintenant, quoique sa personne divine fût éternellement la même, et sa puissance, comme telle, immuable, Christ devait être rejeté et souffrir. La gloire devait arriver, mais, auparavant, il fallait que Christ souffrît beaucoup et qu’il fût rejeté par cette génération-là. Il enseigna cela spécialement à ses disciples, depuis le moment où Pierre confessa qu’Il était le Fils du Dieu vivant, à partir de la transfiguration, et dans son dernier voyage de la Galilée à Jérusalem. Non que Christ souffrît ces choses alors ; son heure n’était pas encore venue (Jean 7:30) ; mais Il leur donnait à entendre qu’Il aurait à les souffrir (voyez Matt. 16:21 ; 17:12, «va souffrir» — μέλλει πάσχειν — et vers. 22 ; Marc 8:31 ; Luc 9:22). La chose est d’autant plus remarquable qu’alors Il enjoint à ses disciples de ne dire à personne qu’Il est le Christ, ajoutant : «Il faut que le Fils de l’homme souffre». Il abandonnait, en pratique, son ministère de la circoncision pour la vérité de Dieu, le témoignage de Jéhovah Messie (*), et allait entrer dans un autre témoignage : les souffrances du Fils de l’homme. Remarquez que c’est aussi lorsque ce titre est suggéré à son esprit, par l’arrivée des Grecs (Jean 12:20-25), que sa mort et sa croix se lèvent tout à coup devant son âme (comp. Ps. 2 et l’usage que fait du Ps. 8 l’apôtre en Héb. 2).

(*) Ce ministère fut toutefois continué, en patience, jusqu’à l’entrée de Christ à Jérusalem, monté sur un ânon, lorsqu’Il annonce que la vigne sera ôtée aux Juifs.

 

Mais je reviens à mon sujet. Christ dit à ses disciples qu’Il va souffrir. Nous avons vu que le prince de ce monde devait venir. Satan entra en Judas, et ce fut l’heure de ses ennemis et la puissance des ténèbres. Christ s’exprima ainsi, lorsqu’Il rencontra, à Gethsémané, la foule de ceux qui étaient envoyés de la part des principaux sacrificateurs. Le Seigneur déclarait distinctement et ouvertement le changement qui avait lieu dans le caractère de son ministère et de ses souffrances, c’est-à-dire, dans sa position. Ce n’est pas ici son ministère, comme Prince de la vie (quoiqu’Il le fût toujours, et qu’Il le prouvât en pillant les biens de son ennemi vaincu) : «Le prince de ce monde vient» ; c’est la puissance des ténèbres, et Christ la subissant, dans l’angoisse du combat, pour l’amour de nous ; son âme attristée jusqu’à la mort ; la puissance de l’ennemi — de celui qui a le pouvoir de la mort — pesant, de tout son poids, sur l’âme de Christ. Toutefois Il subissait ces choses, en communion avec le Père et en le suppliant à leur égard, et le Père l’exauça. Or, ici, nous avons, de sa propre bouche, la révélation très distincte et précise qu’Il ne buvait point encore, à cette heure, la coupe que son Père Lui avait donné à boire. Il demande instamment de n’être pas obligé de la boire ; que, si cela est possible, cette coupe passe loin de Lui ; mais s’il Lui faut la boire, sa soumission à la volonté de son Père est parfaite. Ici, sans doute, son âme entre, aussi profondément que possible, dans ce qui est représenté par la coupe qu’Il avait à boire ; elle est triste jusqu’à la mort ; mais dans l’angoisse du combat, Il prie plus instamment. Il fut exaucé. Christ n’a pris la coupe, ni de la main des hommes, ni de la main de Satan, quoique l’homme et Satan fussent là pour l’accabler, et qu’il sentît toute sa faiblesse, comme homme. Mais Il traverse la pensée de tout cela et la mort même, avec Celui qui exauce sa supplication et qui est capable de le sauver ; Il prend la coupe de la main de son Père, dans une paix parfaite à l’égard de l’homme et du pouvoir des ténèbres ; Il s’offre Lui-même volontairement, afin qu’Il ne perde aucun de ceux que le Père lui a donnés (Jean 17). Le Père Lui avait donné la coupe à boire. Il ne s’en détourne pas ; mais s’offre Lui-même volontairement pour nous. Christ n’eût-il pas fait cela dans son obéissance bénie, Il était libre de passer au milieu de ses ennemis atterrés ou de demander des légions d’anges pour le délivrer de leurs mains. Mais alors comment les Écritures eussent-elles été accomplies ? Sur la croix tout est terminé. Dieu l’abandonne, et toute la colère de Dieu se répand sur Celui qui ne connut pas le péché, mais qui fut fait péché pour nous, — Celui qui, dans sa vie mise tout entière à l’épreuve, n’a pas connu le péché. S’il y avait eu quelques péchés, s’ils avaient été possibles dans la vie de Christ, c’eût été le moment d’en avoir la conscience ; car c’est alors que toutes les épreuves qui auraient pu manifester le péché (si la conscience du péché eût pu se trouver là), avaient atteint leur suprême degré. Mais il n’y eut là que la victime sans tache et qui n’avait jamais porté le joug, Celui qui s’offrit Lui-même, sans tache, à Dieu, qui fut fait péché pour nous, afin que nous devinssions justice de Dieu en Lui. Il offrit son âme en oblation pour le péché, ainsi que cela est dit dans le passage d’Ésaïe, auquel le Seigneur fait Lui-même allusion (Luc 22:37), comme à une chose qui devait être encore accomplie : «Il a livré son âme à la mort, Il a été mis au rang des transgresseurs, et Lui-même a porté les péchés de plusieurs» (És. 53:12).

Maintenant, je le demande, avant d’aller plus loin, la mort de Christ n’est-elle pas présentée dans l’Écriture, comme l’acte par lequel la rédemption fut opérée ? Son sang précieux n’est-il pas présenté comme le moyen efficace de la rédemption ? N’avons-nous pas la rédemption par son sang, la rémission des péchés ? N’est-ce point par le précieux sang de Christ, comme d’un agneau sans défaut et sans tache ? N’est-il pas déclaré que, sans effusion de sang, il n’y a pas de rémission ? Qu’on prenne le chap. 9 de l’épître aux Hébreux, que je me permettrai de citer ici depuis le vers. 11. Ces paroles valent bien toute l’autorité humaine, quelque ancienne qu’elle soit : «Mais Christ étant venu, souverain sacrificateur des biens à venir, par le tabernacle plus grand et plus parfait qui n’est pas fait de main, c’est-à-dire qui n’est pas de cette création, et non avec le sang des veaux et des boucs, mais avec son propre sang, est entré, une fois pour toutes, dans les lieux saints, ayant obtenu une rédemption éternelle. Car si le sang des taureaux et des boucs et les cendres d’une génisse, avec lesquelles on fait aspersion sur ceux qui sont souillés — sanctifie pour la pureté de la chair, combien plus le sang du Christ qui, par l’Esprit éternel, s’est offert lui-même à Dieu sans tache, purifiera-t-il votre conscience des œuvres mortes, pour servir le Dieu vivant ! Et c’est pourquoi il est médiateur d’une nouvelle alliance, de sorte que la mort intervenant pour la rançon des transgressions qui étaient sous la première alliance, ceux qui sont appelés reçoivent la promesse de l’héritage éternel (car là où il y a un testament, il est nécessaire que la mort du testateur intervienne ; car un testament est valide lorsque la mort est intervenue, puisqu’il n’a pas de force aussi longtemps que le testateur vit). C’est pourquoi la première alliance n’a pas été consacrée sans du sang. Car chaque commandement selon la loi ayant été proclamé par Moïse à tout le peuple, il prit le sang des veaux et des boucs, avec de l’eau et de la laine teinte en pourpre, et de l’hysope, et en fit aspersion sur le livre et sur tout le peuple, en disant : «C’est ici le sang de l’alliance que Dieu vous a ordonnée». Et, de la même manière, il fit aspersion du sang sur le tabernacle et sur tous les vaisseaux du service. Et presque toutes choses sont purifiées, selon la loi, par du sang ; et, sans effusion de sang, il n’y a pas de rémission. Il était nécessaire donc que les images des choses qui sont aux cieux fussent purifiées par de telles choses, mais que les choses célestes elles-mêmes le soient par de meilleurs sacrifices que ceux-là. Car le Christ n’est pas entré dans les lieux saints faits de main, copies des vrais, mais dans le ciel même, afin de paraître maintenant pour nous, devant la face de Dieu ; ni, non plus, afin de s’offrir, lui-même, plusieurs fois, ainsi que le souverain sacrificateur entre dans les lieux saints, chaque année, avec un autre sang (puisque [dans ce cas] il aurait fallu qu’il souffrît plusieurs fois depuis la fondation du monde) ; mais maintenant, en la consommation des siècles, Il a été manifesté une fois, pour l’abolition du péché, par le sacrifice de lui-même. Et comme il est réservé aux hommes de mourir une fois, et après cela, d’être jugés, ainsi le Christ, ayant été offert, une fois, pour porter les péchés de plusieurs, apparaîtra, une seconde fois, sans péché, à salut à ceux qui l’attendent».

Qu’on veuille bien remarquer que «sans effusion de sang il n’y a point de rémission», puis la déclaration que Christ aurait dû souffrir plusieurs fois, comme le souverain sacrificateur offrait du sang étranger ; mais qu’Il a été manifesté, une fois, en la consommation des siècles, pour l’abolition du péché par le sacrifice de Lui-même : «Christ a été offert, une fois, pour porter les péchés de plusieurs». Au chap. 10, nous voyons, qu’en contraste avec les sacrificateurs qui se tenaient debout chaque jour, pour faire le service, «celui-ci, ayant offert un seul sacrifice pour les péchés, s’est assis à perpétuité à la droite de Dieu» (vers. 11, 12). Il n’y avait qu’un moyen pour que l’entrée du lieu très saint fût ouverte ; c’était le voile déchiré en deux, c’est-à-dire sa chair. Lorsque nous examinons la valeur de la mort de Christ, que trouvons-nous rattaché à cette mort, dans l’Écriture ?

Ai-je besoin de rédemption ? Nous avons la rédemption par le moyen de son sang, une rédemption éternelle ; car, «non pas avec le sang des veaux et des boucs, mais avec son propre sang, il est entré, une fois pour toutes, dans les lieux saints, ayant obtenu une rédemption éternelle».

Ai-je besoin de pardon ? Cette rédemption que j’ai par le moyen de son sang est le pardon des péchés — sans effusion de sang, il n’y a pas de rémission.

Ai-je besoin de paix ? C’est Lui qui a fait la paix par le sang de sa croix.

Ai-je besoin de réconciliation avec Dieu ? Quoique nous fussions des pécheurs, «toutefois maintenant Il nous a réconciliés, par le corps de sa chair, par le moyen de la mort, afin de nous présenter saints, irréprochables et irrépréhensibles devant Dieu» (Col. 1:22). «Lorsque nous étions ennemis, nous avons été réconciliés à Dieu par la mort de son Fils» (Rom. 5:10).

Voudrais-je être mort au péché et que ma chair soir crucifiée avec ses passions et ses convoitises ? «Je suis crucifié avec Christ». «Sachant ceci, que notre vieil homme a été crucifié avec Lui, afin que le corps du péché soit annulé» ; «car en ce qu’Il est mort, il est mort, une fois pour toutes, au péché ; mais en ce qu’Il vit, Il vit à Dieu» (Rom. 6:6, 10). C’est là aussi que je trouve ma délivrance du poids et du joug de la loi qui a autorité sur l’homme, aussi longtemps qu’il vit.

Ai-je besoin d’une propitiation ? Christ est présenté comme propitiatoire, par la foi en son sang. Ai-je besoin de justification ? Je suis justifié par son sang. Voudrais-je avoir part avec Christ ? Il fallait qu’Il mourût ; car à moins que le grain de froment ne tombe en terre et ne meure, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit (Jean 12:24).

Ainsi donc, pour quoi suis-je baptisé, comme l’expression publique de ma foi ? «Nous tous qui avons été baptisés pour le Christ Jésus, nous avons été baptisés pour sa mort» (Rom. 6:3). Car qu’est-ce qui a réellement détruit le mur mitoyen de clôture et fait entrer les Gentils, abolissant l’inimitié et réconciliant Juifs et Gentils, en un corps, à Dieu (Éph. 2:14, etc.) ? C’est la croix. Comment avons-nous pleine liberté pour entrer dans les lieux saints ? Par le sang de Jésus, chemin nouveau et vivant qu’Il nous a consacré à travers le voile, c’est-à-dire sa chair ; car jusqu’à ce que le voile fût déchiré, l’Esprit Saint indiquait ceci : que le chemin des lieux saints n’était pas encore manifesté (Héb. 9:8).

C’est par conséquent un Christ élevé qui est devenu le point d’attraction pour tous. «Quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi» (Jean 12:32).

Dans la puissance de quoi, le grand Pasteur des brebis a-t-il été ramené d’entre les morts ? Dans la puissance du sang de l’alliance éternelle. Comment la malédiction de la loi a-t-elle été ôtée de dessus ceux qui la subissaient ? Par le fait que Christ est devenu malédiction pour eux ; car il est écrit : «Maudit est quiconque est pendu au bois».

Comment sommes nous lavés de nos péchés ? Il nous a aimés et nous a lavés de nos péchés dans son sang ; car son sang purifie de tout péché (Apoc. 1:6 ; 1 Jean 1:7).

Si je désire être délivré du monde, c’est par la croix que je le suis, «par laquelle le monde m’est crucifié et moi au monde» (Gal. 6:14). Si, connaissant combien le Seigneur doit être craint, l’amour du Christ m’étreint à l’égard des hommes, d’où cela vient-il ? «Parce que j’ai jugé ceci, que si un est mort pour tous, tous aussi sont morts, et qu’il est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux» (2 Cor. 5:14). Ainsi l’apôtre ne connaissait désormais personne selon la chair, non pas même Christ. Tout était une nouvelle création. Si je veux vivre avec la puissance divine, c’est en portant, dans mon corps, les marques du Seigneur Jésus, afin que la vie de Jésus soit manifestée dans mon corps mortel.

Lorsque Jésus voulut instituer un mémorial particulier, afin de rappeler son souvenir, ce fut un corps rompu et un sang versé. C’est un Agneau comme immolé que l’on voit au milieu du trône (Apoc. 5:6). Tout a été amour de sa part, cela va sans dire. Mais si je désire l’apprendre, voici la réponse : «Par ceci nous avons connu l’amour, c’est que lui a laissé sa vie pour nous», et cela de la part de Dieu, «en ce que Lui nous aima et qu’il envoya son Fils, pour être la propitiation pour nos péchés» (1 Jean 3:16 ; 4:19).

Nous sommes sanctifiés pour l’aspersion de ce précieux sang de Christ, et pour l’obéissance ; et étant sanctifiés et rendus parfaits à perpétuité, par l’offrande du corps de Jésus Christ faite une seule fois (en contraste avec les sacrifices, toujours renouvelés, des Juifs), il n’y a plus d’offrande pour le péché, car Christ ayant offert un seul sacrifice pour les péchés, il s’est assis pour toujours à la droite de Dieu (*). Car Il n’a pas dû «s’offrir Lui-même plusieurs fois, ainsi que le souverain sacrificateur entre dans les lieux saints, chaque année, avec un autre sang (puisque, dans ce cas, il aurait fallu qu’il souffrît, plusieurs fois, depuis la fondation du monde) ; mais maintenant, en la consommation des siècles, il a été manifesté une fois, pour l’abolition du péché, par le sacrifice de Lui-même. Et, comme il est réservé aux hommes de mourir une fois, et après cela d’être jugés, ainsi le Christ, ayant été offert une fois, pour porter les péchés de plusieurs, apparaîtra une seconde fois, sans péché, à salut à ceux qui l’attendent».

(*) Je rejette entièrement, comme absolument vide de sens, la leçon devenue, pour ainsi dire, à la mode : «un sacrifice pour toujours». Au reste, cette remarque ne touche pas le sujet qui nous occupe maintenant.

 

Ai-je donc besoin que ma conscience soit purifiée ? Elle l’est, par le moyen du sang de Christ qui, par l’Esprit éternel, s’est offert Lui-même à Dieu, sans tache (*) (Héb. 9:14) ; car c’est par le moyen de la mort qu’a lieu la rançon des transgressions qui étaient sous la première alliance ; et c’est en vue de cela, que Christ est devenu Médiateur. En effet, un testament n’a pas de force aussi longtemps que le testateur vit.

(*) Remarquez ce passage, ainsi que tous les autres ; car ils montrent ce que signifie : Christ s’offrant Lui-même à Dieu.

 

Me faut-il la destruction de la puissance de Satan ? Je trouve que c’est par la mort, que Christ a rendu impuissant celui qui avait la puissance de la mort (Héb. 2:15).

Quel est le but central de la venue de Christ, le fondement de sa gloire comme homme ? Nous voyons Jésus, qui a été fait un peu moindre que les anges, à cause de la passion de la mort, couronné de gloire et d’honneur, de sorte que, par la grâce de Dieu, il goûtât la mort pour tous (Héb. 2:9) ; et même la purification et la réconciliation de toutes choses, dans le ciel et sur la terre, en dépendent (Héb. 9:23 ; Col. 1:20).

Christ veut-il se sanctifier, ne fût-ce que le peuple juif, pour Lui-même ? Il faut que son sang soit versé ; il faut qu’Il souffre, qu’Il soit rejeté hors de la porte. Pour nous, point de rémission, point de privilège de la nouvelle alliance sans le sang ; sans lui, pas de nouvelle alliance établie avec ses privilèges. Sans le sang, point de rédemption. Le pécheur vivant ne peut, comme tel, être présenté à Dieu ; un Christ vivant ne peut pas non plus offrir ce qui est nécessaire pour que le pécheur puisse s’approcher de Dieu. Le voile reste intact ; la conscience souillée ; la propitiation n’est point accomplie. Dieu a usé de support avec les saints de l’ancienne alliance ; et Il a montré sa justice en faisant cela, — justice montrée dans le temps présent, en ce que ce propitiatoire est présenté par le moyen de la foi au sang de Christ (Rom. 3:24-26).

On allègue, il est vrai, que Christ est venu pour faire la volonté de Dieu, en prenant la place des sacrifices, et que son obéissance durant sa vie est utile à l’expiation ; mais il est écrit : «C’est par cette volonté que nous avons été sanctifiés, par l’offrande du corps de Jésus Christ, faite une fois pour toutes» (Héb. 10:10). On allègue encore que l’obéissance de Christ, pendant sa vie, a eu le même caractère légal que sa mort. Obéir à la loi d’un cœur intègre, de manière à être parfaitement agréable à Dieu personnellement, serait donc la même chose que de porter, pour d’autres, la malédiction de la loi, sous la colère et le jugement de Dieu ? Est-il possible que des chrétiens qui savent ce dont ils ont besoin, comme pécheurs, emploient de pareils raisonnements ?

Ayant ainsi exposé, d’après l’Écriture, la valeur bénie de la mort de Christ, et jugeant que les passages dont je me suis servi ont assez de force par eux-mêmes pour me dispenser de tout commentaire, je désire pénétrer un peu plus avant dans les éléments et dans le caractère des souffrances de Christ, sous le rapport de leur utilité pour nous, afin que nous puissions d’autant plus apprécier sa grâce. On peut envisager l’homme, au point de vue moral, dans trois conditions différentes : premièrement, comme un pécheur sous la condamnation ; secondement, comme un saint par grâce, participant de la nature divine et du Saint Esprit comme sa force ; enfin, il se peut que, quoique réveillé, vivifié et droit quant à ses intentions, il souffre, dans les exercices de son âme, en apprenant, comme pécheur, la différence du bien et du mal, sous le gouvernement divin, dans la présence de Dieu qu’il ne connaît pas entièrement en grâce et en rédemption ; il a devant les yeux le jugement de Dieu à l’égard du péché, il est exposé à subir tous les effets des avantages que Satan possède sur un homme dans cet état ; il passe par les souffrances dont l’histoire de Job nous offre un exemple.

Christ a passé par toutes ces sortes de souffrances ; sauf, naturellement, qu’étant Lui-même un être parfait, Il a passé par la dernière, afin de l’apprendre pour d’autres (*). Inutile de dire qu’Il a été parfait dans toutes. Ce qui se rattachait à la première des conditions que j’ai nommées plus haut, celle d’un pécheur sous la condamnation, Christ l’a subi jusqu’au bout, comme portant réellement le péché, endurant ainsi la colère pour d’autres, d’une manière substitutive, afin qu’ils n’eussent jamais à l’endurer eux-mêmes. Quant à la seconde de ces conditions, Il y était véritablement conformément à sa propre nature, ou plutôt comme Lui-même, comme notre conducteur dans cette voie. À la première de ces conditions, c’est-à-dire au fait que nous étions sous le jugement et la condamnation à cause du péché, la réponse divine, en expiation, a été la mort de Christ sur la croix. Tout ce que Dieu était dans sa nature, Il l’était nécessairement contre le péché ; car quoiqu’Il fût amour, l’amour ne trouve pas de place dans la colère contre le péché ; et la perte du sentiment de cet amour, la conscience, dans l’âme, d’être privé de Dieu, est la plus terrible de toutes les souffrances, une horreur indicible pour celui qui connaît cet amour ; or Christ le connaissait dans toute sa perfection. Mais la majesté de Dieu, sa sainteté, sa justice, sa vérité, tous ces caractères de Dieu, dans leur nature même, étaient dirigés contre Christ fait péché pour nous. Tout ce qu’est Dieu était contre le péché, et Christ a été fait péché ; nulle consolation d’amour n’a atténué la colère. Jamais le Christ obéissant n’a été aussi précieux qu’alors ; mais son âme devait être mise en oblation pour le péché, afin de porter judiciairement le péché devant Dieu. Voilà ce qui, après les trois heures de ténèbres, a été exprimé par le Seigneur dans ces paroles du Psaume 22 : «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?». J’ai déjà dit que le résultat de cette souffrance ne cessera jamais, que c’est une éternité de grâce sans mélange pour nous. J’y reviens maintenant, en y rattachant quelques faits remarquables, tirés des expressions du Seigneur Lui-même. Ici Il a souffert, en sorte que pas une seule goutte de la coupe qu’il buvait ne nous restât à boire. Pour nous, c’eût été une perdition et une ruine éternelles ; — la perfection divine de Christ, en amour, a passé par cette souffrance, sans un seul rayon de consolation de la part de Dieu, ni des hommes. Toutes ses autres afflictions le poussèrent, avec une force croissante, vers cette souffrance suprême, et se confondirent avec elle dans ces ténèbres qui cachaient tout, sauf la colère qu’Il endurait de la part de Dieu. Des juges iniques et sans cœur se lavent les mains à l’égard d’un tel homme et de ce qui le concerne ; les principaux sacrificateurs, qui auraient dû intercéder pour lui, appellent une mort cruelle sur l’innocent ; les amis, sur lesquels son cœur aurait dû pouvoir compter, l’abandonnent et le renient ; il cherche des consolateurs (Ps. 69:20, 21) ; il désirerait que les plus favorisés d’entre ses amis veillassent avec Lui. Or l’infidélité d’un ami est plus poignante que la haine d’un ennemi. Mais tout cela prouva la puissance de celui qui exerçait un empire illimité sur le péché et par le péché (illimité, sauf en tant que la grâce est intervenue en délivrance), et qui possédait le pouvoir de la mort sur ceux que le Seigneur venait délivrer ; c’était son heure et la puissance des ténèbres. Satan fit tout ce qu’il pouvait faire ; mais cela n’aboutit qu’à mener le Seigneur à travers une lutte dont je vais parler, en s’offrant volontairement lui-même et laissant les siens aller leur chemin, qu’à le mener, dis-je, à cette scène suprême où, privé de toute consolation humaine, Il devait accomplir l’œuvre de la propitiation, seul avec Dieu qui jugeait le péché ; scène unique, que nul œil ne peut approfondir, sauf l’œil de Celui qui connaît la colère divine contre le péché comme Dieu seul la connaît (quoique, Dieu en soit béni, nous en connaissions véritablement le sens et la valeur). Des taureaux de Basan étaient là, des chiens sans cœur et sans honte, mais seulement afin de pousser Celui qui souffrait à chercher du secours là où Il devait apprendre, pour nous, dans toute sa profondeur, ce que c’était que d’être abandonné de Dieu. Cette heure, passée pour toujours, a eu pour fruit une gloire divine et éternelle. Cette heure et cette œuvre avaient une valeur si infinie et si réellement divine, que Lui-même a pu dire : «C’est pour cela que mon Père m’aime, parce que je laisse ma vie, afin de la reprendre».

 

(*) Malgré la restriction contenue dans les mots qui précèdent, ce que j’affirme ici a été tout particulièrement employé contre moi par M. T. Ryan et tous ses partisans, comme si je plaçais Christ dans une position fausse. Mais il est impossible qu’un esprit impartial puisse comprendre cette phrase comme indiquant l’état dans lequel Christ se trouvait. Elle se rapporte clairement aux souffrances que Christ eut à subir, parce que d’autres étaient dans cet état ; sans cela, Christ aurait été un pécheur sous la condamnation ; un saint par grâce ; et Il aurait appris, comme pécheur, la différence du bien et du mal. Je n’ai ajouté de restrictions, en parlant de la dernière espèce de souffrances, que parce qu’il eût été possible qu’on me comprît mal. On a confondu le fait que Christ a passé, dans son âme, par les souffrances, avec le fait qu’Il aurait été dans l’état, ou dans la relation avec Dieu, qui les occasionnait. Il a passé, en effet, dans son esprit, par les souffrances dont j’ai parlé ; mais c’est parce qu’elles appartenaient à d’autres personnes, qui se trouvaient dans l’état même qui causait ces souffrances ; et c’est parce que Christ y a passé, qu’Il peut entrer dans ces souffrances, y participer. C’est ainsi qu’Il était droit, qu’Il craignait la mort et la colère, et qu’Il criait à Dieu, en les ayant devant Lui. Ce dont il est question, c’est de l’espèce des souffrances, et de l’esprit de Jésus, qui les réalisait. Si l’on préfère lire : «Jésus a réalisé ces souffrances dans son âme», au lieu de : «Jésus a passé par ces souffrances», je n’ai rien à objecter ; mais il ne faut pas oublier que le Messie a été réellement retranché. Voilà donc quelle était ma pensée, en disant que Christ a passé par ces souffrances ; il est évident que la phrase n’exprime pas autre chose. Cette matière est exposée au long dans l’Introduction, et j’ai déjà fait allusion à l’objet de cette note, ci-dessus.

 

Mais je quitte ce sujet béni et solennel, sur lequel je m’étendrais volontiers, pour diriger nos regards sur un autre caractère des souffrances du Seigneur, moins sombre pour lui, mais humiliant pour nous ; je veux parler des souffrances qu’Il endura comme l’Être saint qui glorifiait Dieu, lorsque les outrages de ceux qui outrageaient Dieu, tombaient sur Lui. Ces souffrances-là se prolongent jusqu’à sa mort ; elles résultent de ce qu’Il annonçait la justice dans la grande assemblée (Ps. 40:9), de ce que, au milieu des hommes qui n’aimaient pas la lumière, Il manifestait Dieu d’une manière parfaite ; en sorte que, pour son amour, Il moissonna la haine. Je ne m’étends pas sur ce sujet, parce qu’il ne peut offrir aucune difficulté à mes lecteurs. Dans notre mesure faible et imparfaite, nous avons part à cette espèce de souffrances ; c’est notre privilège, comme saints : «Il vous a été gratuitement donné… non seulement de croire en lui, mais aussi de souffrir pour lui» (Phil. 1:29). «Si nous souffrons avec lui, nous régnerons aussi avec lui» (2 Tim. 2:11, 12). «Si, en faisant bien, vous souffrez, et que vous l’enduriez patiemment, cela est digne de louange devant Dieu» (1 Pier. 2:20). On pourrait citer une foule de passages, pour montrer que nous sommes appelés ainsi à souffrir comme Christ a souffert ; Paul s’exprime de la même manière, en disant : «Ce qui manque aux afflictions du Christ, je l’accomplis pour ma part, dans ma chair, pour son corps qui est l’assemblée» (Col. 1:24, 25). Nous souffrirons comme Christ a souffert, dans la mesure en laquelle, par notre marche et notre témoignage, nous le manifesterons comme Il manifestait son Père, et ses consolations abonderont ; c’est une nourriture à manger que la chair ne connaît pas. Christ pouvait rendre grâces au Père dans les occasions où Il avait les plus douloureuses et les plus justes accusations à adresser au monde.

J’arrive maintenant à la troisième espèce d’épreuve, dans laquelle l’homme peut se trouver ; elle exige un peu plus d’attention. Ce n’est pas celle qui est le résultat d’un saint témoignage au milieu du monde (quoique pouvant en quelque manière l’accompagner), ni celle qui consiste à endurer la colère de Dieu en condamnation, ce qui serait pour nous un malheur éternel. Mais cette troisième espèce d’épreuve est le fruit du péché, sous le gouvernement de Dieu ici-bas, et elle est en rapport avec le pouvoir de Satan dans le monde. Cette épreuve est un moyen dont Dieu se sert, afin de nous enseigner la différence du bien et du mal, soit par la frayeur, avant que nous connaissions la rédemption ; soit par divers exercices, dans un état d’âme bien différent, après que nous avons connu la rédemption. Dieu continue, même dans ce dernier cas, à nous instruire par son gouvernement, fondé sur la manière immuable dont Il juge le bien et le mal. D’une part, cette épreuve, sous le gouvernement de Dieu, dans le chemin de la frayeur, place la justice devant nous, mais non pas sans espérance ; d’autre part, après que la rédemption est connue et que la justice divine est devenue notre état, elle nous procure la sainteté pratique de la vie et du jugement, selon la nature divine dont nous avons été faits participants. (*) Ceci sera rendu plus clair par l’exemple du résidu juif dans les derniers jours, quoique des milliers d’âmes droites, sous la loi, se trouvent, en principe, dans le même cas et que, depuis la chute de l’homme, Dieu ait agi sur ce principe. La sentence de mort et celle qui annonçait les souffrances de la femme, furent des jugements prononcés sur le péché, et faisant partie du déploiement du gouvernement de Dieu en ce monde ; ces sentences ne signifiaient pas, en elles-mêmes, une condamnation éternelle et une séparation éternelle d’avec Dieu, en raison de la sainteté de sa nature. Satan tient en main cette puissance de la mort et de ses terreurs sur l’esprit de l’homme (Héb. 2:14) ; alors la pensée du juste jugement de Dieu contre le péché, les douleurs de la mort et la puissance de Satan se réunissent pour peser sur l’âme. Ainsi, quand une âme est convaincue de péché et qu’elle se trouve, en pratique, sous la loi (expression de ce que la justice de Dieu exige de l’homme pendant sa vie), elle craint le jugement de Dieu, et peut-être que les frayeurs du Tout-Puissant se dressent en bataille contre elle (Job 6:4). Dieu enseigne ainsi à l’homme ce qu’il est, ce qu’il vaut, dans cette question solennelle entre Dieu et Satan, entre la puissance du bien et celle du mal. Voyez l’histoire de Job ! Dieu soutient l’homme dans la grâce et dans le sentiment de l’intégrité, de sorte qu’il s’attache à Lui, dans la dépendance, quoi qu’il arrive ; toutefois il craint le jugement ; la sainteté et la justice de Dieu pèsent sur son âme courbée sous le sentiment du péché ; la puissance de la mort est devant lui, comme le terme de tout espoir naturel et l’entrée du jugement ; Satan se sert de cela pour produire le désespoir, pour détruire la foi et arracher l’esprit de l’homme à la dépendance de Dieu et à la confiance en son amour.

(*) Ce passage et les suivants ont été attaqués ; ayant touché ce sujet dans l’Introduction, j’exprime ici le désir qu’on veuille bien en étudier sérieusement la force (chose très importante pour l’âme) ; distinguant, autant qu’il est nécessaire, la question abstraite du mal dans chaque âme, des circonstances particulières du Résidu d’Israël. Cette distinction ne change rien, mais rend la chose plus claire.

 

Sans l’expiation, il ne pourrait y avoir aucune réponse en grâce à cet état, parce que nous avons mérité la condamnation ; la nouvelle vie est là qui s’attache à Dieu, et cependant cette vie même donne le sentiment de la sainteté de Dieu qui amène le jugement sur toute âme qui a conscience de péché. L’œuvre complète de la grâce en rédemption, une fois apprise, l’âme en acquiert une paix d’autant plus solide ; et, de fait, cette paix n’est vraiment solide que si l’âme a vraiment passé par ces exercices qui donnent la connaissance du péché. Dans ces exercices, Dieu opère pour nous convaincre, en plaçant, devant l’âme, son jugement à l’égard du péché. Les efforts de Satan s’y emploient en vain ; ils n’aboutissent qu’à nous faire trouver la réponse contenue dans l’expiation, de sorte que sa puissance sur nous est à jamais abolie et détruite. Nous venons de le voir ; la réponse à l’état que j’ai décrit, et ce qui nous en délivre, c’est la rédemption pleine et parfaite, opérée par Christ. Par elle nous sommes entièrement retirés hors de notre état antérieur d’accusés exposés au jugement, pour être placés désormais dans la position du second Adam devant Dieu, de Celui qui est monté vers son Père et notre Père, vers son Dieu et notre Dieu. Néanmoins, nous trouvons une grâce immédiate et positive dans cet exercice même. Car, outre la délivrance et le salut, par lesquels Dieu a pourvu à notre état de misère, nous y apprenons réellement la différence du bien et du mal devant Dieu. J’admets qu’on l’apprend d’une manière plus bénie, quand on connaît la rédemption et qu’on est en possession du bien absolu, dans la grâce, de sorte que le mal est jugé et que nous sommes délivrés de ses déceptions. Mais nous l’apprenons néanmoins, d’une manière profitable, par la connaissance de notre état de misère, de notre culpabilité, de notre péché, de notre impuissance contre le mal, alors même que nous voudrions faire le bien, et par la question solennelle impliquée dans le salut de l’âme ; car ici, d’une part, les prétentions et le pouvoir de Satan par le péché dans lequel nous l’avons écouté et nous sommes devenus ses esclaves ; d’autre part, la nature juste et le droit de Dieu entrent en lutte dans une âme qui est, à la fois, sujette au péché et vivifiée de manière à reconnaître le droit de Dieu, à prendre son plaisir en la nature de Dieu et à juger ainsi le mal qui est en elle, en présence du juste jugement de Dieu. Or, avant qu’elle ait obtenu la paix, acquise par la connaissance de la rédemption, Christ soutient, encourage, relève à propos l’âme qui est dans cet état, mais non point de façon à l’empêcher de recevoir ce profond et solennel enseignement qui porte du fruit pour l’éternité, ni de trouver son unique ressource dans la rédemption qu’Il a accomplie.

Quant au résidu juif des derniers jours, nous le voyons passer par ces exercices de cœur et d’esprit, au milieu de circonstances où le gouvernement de Dieu se déploie historiquement, à l’égard d’un peuple pécheur sous la loi, mais renouvelé et vivifié par Dieu, de sorte qu’il a les désirs et la conscience de l’intégrité. Ces circonstances sont, avec un développement plus complet, la continuation de celles où les Juifs se trouvaient, au temps de Jésus Christ ; mais l’antichrist est manifesté, le corps de la nation est en proie à l’incrédulité et à l’influence effrénée de Satan ; sept démons, pires que l’ancien esprit d’idolâtrie et de concert avec lui, sont entrés en eux. En un mot, c’est l’époque de la puissance de Satan, de la puissance des ténèbres, de la domination tyrannique des Gentils, et de la bête romaine ressuscitée. Au milieu de ces événements, le résidu a, d’une part, conscience de la culpabilité de la nation juive sous la loi, et du fait qu’elle a comblé la mesure de ses péchés, en sorte que la colère, la juste vengeance de Dieu est venue sur eux. Mais, s’il en a conscience, c’est, d’autre part, parce qu’il est renouvelé et vivifié ; Jéhovah, contre lequel il a péché, est son unique espérance.

Toutefois, quelle chose difficile que de se confier dans le secours de Dieu, au milieu d’afflictions où nous nous sentons sous sa main, parce que nous avons péché contre Lui ! Sans expiation, il serait impossible que Dieu agît avec eux en grâce. Le bouc expiatoire ayant été offert, Dieu peur agir avec eux à l’égard de leurs péchés, pour leur bien ; soutenir leur foi, tout en leur faisant cependant sentir le poids de leurs péchés et les ténèbres dans lesquelles ils se sont plongés ; en même temps, il peut leur dire : «Qui est celui d’entre vous qui craigne l’Éternel et qui écoute la voix de son serviteur ? Que celui qui a marché dans les ténèbres, et qui n’avait point de clarté, ait confiance au nom de l’Éternel et qu’il s’appuie sur son Dieu» (És. 50:10). Mais le vrai Aaron n’a pas encore paru, et les péchés d’Israël doivent être, en application administrative, envoyés, sur la tête du bouc hazazel, dans une terre inhabitable.

Le jugement de Dieu contre les Juifs, le sentiment de leur culpabilité sous une loi qu’ils ont enfreinte, et de leur infidélité comme nation ; la puissance complète de Satan et les ténèbres qui l’accompagnent, — tout cela pèse sur l’esprit du résidu aux derniers jours. Cependant, quoique «froissés parmi des dragons», il y a en eux de l’intégrité de cœur, une recherche sincère de la loi, de Dieu lui-même et de son culte ; ils se confient en lui comme en leur unique ressource. Ainsi le jugement complet du mal est opéré en leurs cœurs, dans l’espoir de la gratuité et de la miséricorde révélées prophétiquement. Qui pourra leur fournir les pensées, les sentiments, une espérance, propres à être agréés et à servir de soutien à la foi, jusqu’à ce qu’ils regardent vers Celui qu’ils ont percé et qu’ils trouvent la paix ? La réponse à cette question, aussi bien que le fondement de l’expiation, se trouve en Christ. Christ est entré dans tous ces exercices du résidu, de manière à pouvoir le secourir : «Cet affligé a crié, et l’Éternel l’a exaucé — Dieu n’a pas méprisé ni dédaigné l’affliction de l’affligé» (Ps. 34:6 ; 22:24) ; et cela (*) lorsqu’il avait été réellement abandonné de Dieu ; c’est le fondement réel de l’espérance du peuple. Lorsque Christ était sur la terre, il y trouva la puissance de la méchanceté des Gentils, qui n’avaient pas la crainte de Dieu devant leurs yeux ; la méchanceté apostate des conducteurs spirituels du peuple d’Israël, qui ne voulaient d’autre roi que César, et qui demandaient que le sang de leur Roi fût sur eux et sur leurs enfants ; Il y trouva la puissance de Satan et des ténèbres. Le jugement de Dieu, inébranlable dans toute sa vérité et sa frayeur, pas un seul juste de reste, la coulpe d’Israël sous une loi enfreinte, et sous un Jéhovah-Roi rejeté — car ce qu’ils ont fait au Seigneur, ils l’ont aussi fait à son Oint — tout cela pesait sur l’esprit des saints intelligents, s’il y en avait alors, comme cela pèsera sur l’esprit des saints, aux derniers jours.

(*) Cette phrase est peut-être obscure, à cause de sa brièveté ; en voici le sens : cette réponse arriva, comme preuve qu’il n’était pas méprisé, ni dédaigné, alors même qu’il etc.

 

Ce n’était point alors, dans ces dernières scènes de la vie de Christ, la manifestation du Seigneur, en grâce, à Israël ; la révélation du nom du Père au petit nombre de ceux qui avaient été donnés à Jésus hors du monde ; mais c’était Christ endurant la propre position d’Israël (*), sous le gouvernement de Jéhovah, comme peuple coupable et rejetant ses propres bénédictions ; Il l’endurait avec le sentiment qu’une âme sainte, enveloppée dans les bénédictions d’Israël, devait avoir d’un tel état, en présence du jugement de Dieu ; n’ayant pas encore été fait malédiction, et ne buvant pas encore la coupe, mais avec le sentiment de cela, sous le gouvernement de Dieu et sous la puissance de Satan. Là le Seigneur pénétra et éprouva entièrement le bien et le mal, c’est-à-dire qu’il Lui fallut (**) subir toute la puissance du mal, non pas en jugement, mais comme épreuve. La mort était-elle entre les mains de Satan, comme ténèbres, affliction et terreur ? Le jugement de Dieu en sanctionnait-il le poids sur l’âme ? Les hommes, amis ou ennemis, servaient-ils seulement d’instruments pour ajouter à l’affliction ? Est-ce que le péché d’Israël, son rejet du bien, étaient parvenus à leur comble ? Tout cela était-il employé par Satan contre l’âme de Christ, pour l’arrêter dans sa route ? Allait-Il entrer dans la tentation qui le serrait de toutes parts, et succomber ? Ou, se confiant en Dieu, persisterait-Il à marcher dans le sentier de l’obéissance, et boirait-Il la coupe elle-même dans l’obéissance à Dieu, son Père ? Dans les Evangiles synoptiques, nous trouvons l’épreuve ; dans celui de Jean, la réponse entière et bénie. Christ passe par l’épreuve avec Dieu ; ce que la mort signifie, Il ne le prend pas des mains de Satan, pour m’exprimer ainsi ; Il ne s’arrête pas dans le chemin ; mais, tout en traversant, d’une manière parfaite, ces choses qu’Il sait être la puissance des ténèbres, Il reçoit la coupe des mains de son Père, au lieu de la boire sous l’épouvantement de Satan ; Il se livre volontairement, dans l’amour et l’obéissance, afin d’expier le péché, sous la main de Dieu et sous sa colère, dont Satan s’était vainement emparé, pour en détourner Christ. La puissance du mal, comme épreuve, fut entièrement brisée, et la puissance des ténèbres, apanage de Satan, fut annulée pour nous. Il se pourrait que l’homme eût à passer par cette épreuve, sous le gouvernement de Dieu, afin d’apprendre ce qu’il est, ce qu’est le péché et l’empire du mal dans lequel il gisait ; mais la sympathie et la grâce tutélaire de Christ peuvent le soutenir à travers ce chemin, lui suggérer les pensées et les sentiments convenables et devenir pour lui une ressource dans chaque angoisse, quelque douloureuse qu’elle soit, afin que sa foi ne défaille point. Pour cela, l’expiation était nécessaire ; mais ce qui soutiendra et encouragera le cœur du Résidu, à travers ses épreuves variées, jusque dans les dernières profondeurs de l’affliction, ce sera la sympathie et les consolations d’un Christ éprouvé Lui-même. Mais comment le Résidu, n’ayant ni connaissance immédiate de Christ, ni foi en Lui, pourra-t-il profiter de la sympathie et des consolations de Christ ? La réponse à cette question est contenue, avec des détails admirables, dans les Psaumes, où chaque partie des afflictions extérieures et de l’angoisse intérieure du Résidu est exprimée et approfondie.

(*) Si cette phrase présente quelque difficulté, on peut la modifier ainsi : «C’était Christ traversant, dans son cœur et son esprit, et endurant l’affliction de la propre position d’Israël, endurant aussi l’affliction qui résultait de ce qu’Il était, Lui-même, la promesse par excellence, faite à ce peuple, et de ce qu’Il devait être maintenant retranché et n’avoir rien. La position d’Israël, c’était d’être sous le gouvernement de Jéhovah, comme etc.

(**) On peut changer cette phrase de la manière suivante : «Mais, en outre, quoique n’ayant pas encore été fait malédiction, et n’ayant pas encore bu la coupe, avec le sentiment de cela, sous le gouvernement de Dieu et sous la puissance de Satan. Là le Seigneur pénétra et éprouva entièrement le bien et le mal, étant Lui-même parfait dans le bien et éprouvé d’une manière parfaite par le mal et par sa connaissance du mal ; je veux dire qu’il lui fallut» etc. Je ne crois pas que, pour un esprit bien disposé, ces corrections et ces additions ajoutent la moindre chose à l’instruction contenue dans la phrase primitive. Elles ne font que la rendre plus lourde et mal aisée ; mais je les donne, puisqu’elles paraissent nécessaires.

 

Le poids terrible d’une loi enfreinte, la puissance d’ennemis qui n’ont pas de conscience, la tentation et la pression de l’adversaire, les pensées et les sentiments de détresse ou de foi — tout cela y trouve son expression, par la grâce divine. De plus, nous trouvons le témoignage que Celui qui, dans toutes leurs angoisses, a été en angoisse, que l’ange dont la présence les a secourus, ne les a point oubliés dans leur détresse la plus profonde (*). Il a passé pour eux, à travers cette détresse, comme étant l’affligé (Ps. 34:6), Il peut les y secourir. Il met son approbation sur les saints désirs qu’Il a éveillés en eux, avec la certitude d’une réponse divine, au moyen du Fils de l’homme, de cette branche que Dieu a fortifiée pour Lui-même (Ps. 80:15, 17).

(*) Je n’ai rien changé ici ; le sens est le même partout, parce que j’estime que nier que Christ ait passé par l’affliction et la détresse d’Israël, est une négation fatale de la vérité de ses souffrances. La puissance de la méchanceté des Gentils, de l’apostasie des Juifs, l’abandon des hommes, la puissance de Satan, furent réellement senties par Christ, comme jamais aucun résidu ne les sentira ; Il a senti l’ajournement de toutes les promesses de Dieu, quant à leur accomplissement, à cette époque, dans le Christ venu en chair ; Il a senti que cela avait lieu parce qu’Il était lui-même retranché.

 

C’est ainsi que ces psaumes, en dehors de la piété personnelle qui s’y trouve exprimée, ont été la consolation de bien des âmes en détresse, qui étaient sous la loi et ne connaissaient pas encore la plénitude de la rédemption ; car tel sera l’état du Résidu. C’est pourquoi aussi nous trouvons, dans ces psaumes, le désir que les ennemis soient jugés, et que la vengeance soit exécutée ; car, en effet, c’est uniquement par ce jugement que le résidu du peuple sera délivré ; enfin, c’est pour cela que des psaumes, qui entrent en détail dans les souffrances de Christ, contiennent l’assurance que le Seigneur rebâtira Sion et que le résidu de son peuple l’habitera.

Les Psaumes nous offrent une histoire complète et parfaite du résidu juif et du résidu d’Israël, toutes les phases extérieures et morales de sa route et, comme résultat, sa bénédiction avec le Messie ; ils nous montrent, en même temps, comment Christ est entré dans tout cela. Les psaumes qui s’occupent de ce dernier point se rapportent prophétiquement à Christ en personne, quoiqu’il soit aussi question du Résidu dans plusieurs d’entre eux ; tandis que les psaumes, dans leur ensemble, sont l’expression de l’esprit de Christ. Leur sujet, leur pensée dominante, c’est le résidu pieux. La sympathie de Christ les accompagne. Le premier psaume nous présente le résidu pieux, comme le sujet du gouvernement de Dieu ; le second nous présente le Messie, roi dans Sion, objet du conseil et du décret de Dieu ; après cela, nous avons toutes les expériences diverses qui résultent de son rejet, jusqu’à la gloire finale.

J’ai déjà montré que l’époque où Christ passa par la détresse et par l’affliction, dans lesquelles le Résidu tombera à cause de ses péchés, ne fut pas celle de ce ministère public, dans lequel Il était la lumière du monde, et révélait à d’autres le nom de son Père, mais celle où Il fut soumis à l’exercice d’âme le plus complet, sous la puissance des ténèbres, dans l’heure de ses persécuteurs rebelles qui purent triompher de son rejet apparent.

Alors, tout différait du temps où il était assis, chaque jour, dans le temple, et où personne ne mettait la main sur Lui : le prince de ce monde était venu. C’est dans ce but que Jésus remonta à Jérusalem, rendant son visage semblable à un caillou, ne le cachant point en arrière des opprobres ni des crachats, son rejet étant la cause du divorce d’Israël (És. 50:6, 7).

C’est relativement en petit nombre que les psaumes s’appliquent entièrement et exclusivement à Christ. Leur presque totalité exprime l’opération de son Esprit dans le cœur des siens, au milieu de l’épreuve. Même lorsque la souffrance en fait le sujet, la différence est très évidente entre les psaumes qui ne sont pas exclusivement applicables à Christ, et ceux qui le sont. Il existe en outre une différence marquée entre les souffrances de Christ, de la main de Dieu, et celles qui Lui venaient de la main des hommes, même lorsqu’elles avaient lieu sous les visitations de Dieu et sous la puissance de l’ennemi. Il vaut la peine d’établir clairement ces différences : Le psaume 2 se rapporte à Christ personnellement, comme Messie, Fils de Dieu, né dans ce monde. Le 8, à Christ, comme Fils de l’homme. Au psaume 16, nous le voyons prenant formellement sa place au milieu du résidu pieux, marchant dans le sentier de la vie, à travers la mort, jusqu’à la plénitude de la joie dans la résurrection. Les psaumes 20 et 21 ont aussi, dans un certain sens, Christ seul pour sujet ; le 22 évidemment. Avant le 25, les péchés ne sont pas confessés ; mais l’intégrité du cœur du Résidu, ou Christ Lui-même, est présentée. Le 40 s’occupe surtout de Christ, mais non pas d’une manière exclusive (voir vers. 5). Dans le 45, Il est célébré clairement. Le 69 parle aussi principalement de Lui, mais non pas exclusivement (voir vers. 26). Dans le 72, c’est de nouveau Christ comme Salomon. Les 101 et 102 traitent aussi de Christ, comme roi en Israël et, quoique retranché, comme Jéhovah créateur. Dans le 110, Il est exalté à la droite de Jéhovah, pour être sacrificateur selon l’ordre de Melchisédec. D’autres psaumes parlent de Christ, sans qu’il en soit le sujet personnel. Je ne sais s’il en est encore dont Il soit le sujet exclusif ou principal ; peut-être m’en est-il échappé ; mon but est plutôt de produire quelques exemples distincts que de les énumérer tous. Quant aux psaumes qui traitent des souffrances de Christ, ceux qui parlent de ses souffrances de la part des hommes et ceux qui expriment ses souffrances sous la main de Dieu sont distingués par des signes clairs et décisifs. Dans les psaumes 20 et 21, Christ souffre de la main des hommes ; par conséquent le 21 annonce le jugement de l’homme. On trouve la même chose au 69, quoique ce psaume contienne encore d’autres éléments ; il parle du nombre de ceux qui haïssent le Seigneur sans cause ; qui lui donnent du fiel à manger et, dans sa soif, lui font boire du vinaigre. Ce psaume exprime le désir que leur table soit devant eux un piège, que leurs yeux s’obscurcissent, et que Dieu verse son indignation sur eux. Même le psaume 31, quoique moins caractérisé sous ce rapport, se distingue toutefois par ce trait-ci, qu’il appelle le jugement sur les méchants (vers. 17, 18).

J’ai déjà fait remarquer que dans les afflictions de Christ, comme persécuté par les hommes, pour le bien, ses saints peuvent avoir une part. La pression de ces afflictions en relation avec les péchés, et le désir de la vengeance ou du jugement, trouvent leur accomplissement dans le résidu juif, aux derniers jours (*). Dans le psaume 102, où, malgré la mention faite des ennemis, l’affliction du Messie est rapportée à l’indignation et à la colère de Dieu, qui l’a élevé comme Messie et qui l’a précipité jusque dans la poussière de la mort, on ne trouve pas le désir du jugement, mais, comme résultat, la bénédiction et la grâce. C’est aussi le cas, d’une manière frappante, dans le 22 qui a pour sujet distinctif et particulier l’œuvre expiatoire sur la croix. Dès que le Seigneur est exaucé et retiré d’entre les cornes des licornes (vers. 21), sa première pensée (elle le fut, en effet, historiquement) est de raconter à ses frères toute la bénédiction du nom de son Dieu et de son Père, dans laquelle Il se trouve maintenant en justice et dans un bonheur parfait. Il célèbre ce nom au milieu de l’Église, puis au milieu de la grande assemblée de tout Israël dans les derniers jours ; ensuite la bénédiction parvient aux bouts de la terre, en miséricordes millénaires ; enfin elle atteint le peuple qui sera né. La parole adressée à tous, c’est qu’Il a fait ces choses (verset 31). Nulle trace de jugement, ni de la part de Celui qui a porté le péché et la colère à notre place, ni de la part de Celui qui a fait subir cette colère à Christ, pour nous, selon les conseils d’une grâce ineffable. Or, au ps. 69, nous trouvons aussi la croix — non point seulement la méchanceté de l’homme, quoiqu’elle y soit abondamment mentionnée — mais la confiance en Dieu et la détresse sous le sentiment des péchés. Comment distinguer cela de l’œuvre expiatoire de Christ ? Ici la difficulté se présente tout entière ; mais si nous nous attendons patiemment au Seigneur, toutes les difficultés de l’Écriture donnent entrée à la lumière et à la bénédiction. Le signe dont j’ai parlé plus haut, comme indiquant les souffrances de la part des hommes, et d’autres signes distinctifs sont clairement contenus dans ce psaume. Le jugement y est appelé sur les ennemis ; distinction absolue et concluante dans la nature même des souffrances ; il s’y ajoute encore un trait caractéristique, déjà mentionné, mais qui vient ici à propos ; nous lisons au vers. 26 : «Ils persécutent celui que, toi, tu as frappé et se plaisent à raconter les douleurs de ceux que tu as percés». Evidemment, il s’agit ici de quelque chose de plus que de la persécution des hommes ; ceux-ci prennent avantage de ce que la main de Dieu s’est appesantie sur l’Affligé, pour ajouter à son fardeau et à sa douleur. Ce n’est point ici l’expiation (**), mais Christ affligé et frappé de la part de Dieu. Aussi trouvons-nous, dans ce psaume, le sentiment des péchés (vers. 5), quoique, cela va sans dire, pour ce qui concerne Christ, ces péchés ne soient point les siens propres, mais ceux de la nation (les nôtres aussi, pouvons-nous ajouter, dans un certain sens, mais plus spécialement le péché de la nation). Or, nous avons la preuve évidente que ces souffrances ne sont pas expiatoires (***) ; puisque, loin que le Seigneur souffre ici à la place d’autres, afin qu’ils n’aient pas à boire une seule goutte de la coupe de la colère, eux, au contraire, sont associés à lui dans les souffrances : «Ils persécutent celui que toi, tu as frappé et se plaisent à raconter les douleurs de ceux que tu as percés». Quand les hommes sont aussi percés, et que Christ, au lieu d’être leur substitut, se trouve être leur compagnon de souffrances, il est évident qu’il ne s’agit pas là d’accomplir l’œuvre de l’expiation, ni d’endurer la colère de la condamnation. Cependant Dieu l’a frappé et l’a blessé ; ce n’est pas l’homme seulement qui est la cause de la souffrance ; mais il l’augmente par sa malice. Nous avons donc ici, comme sujet spécial du psaume, les souffrances de la part des hommes, à l’époque de la crucifixion, souffrances qui amènent le jugement sur eux ; mais nous avons, de plus, le troisième caractère des souffrances de Christ, la souffrance (****) sous le gouvernement de Dieu (*****), à l’époque de ses afflictions finales, dans lesquelles le Résidu aura sa part et où Christ est entré pour eux, étant en angoisse dans toutes leurs angoisses. C’est pourquoi aussi, quoique dans un gouffre sans fond, submergé, s’épuisant à crier, Christ n’est pas abandonné ; sa prière s’adresse à Dieu, au temps favorable (vers. 1, 2, 13). Toutefois cette profonde détresse est, dans son caractère, en absolu contraste avec l’expiation ; cependant il ne s’agit pas là du ministère de Jésus en bénédiction, dans la jouissance de la lumière de la face de son Père ; mais c’est la lutte, l’agonie de son âme, pendant que la puissance des ténèbres est à l’œuvre.

(*) Le fait que, dans l’Apocalypse, nous voyons de la joie au sujet du jugement de Babylone, et que les âmes sous l’autel désirent la vengeance, est une des choses qui caractérisent aussi ce livre, comme étant distinct, dans sa partie prophétique, d’une adresse à l’Église sur le terrain des bénédictions qui lui sont propres, et comme revêtant, non pas un caractère évangélique, mais un caractère particulièrement prophétique.

(**) Cela conduit à la chose, dans laquelle, à un autre point de vue, l’expiation a été opérée (comme je l’ai exposé avant, et dans des remarques sur les Psaumes ; je m’en occupe longuement ci-après). Confondre la mort en elle-même, ou le simple retranchement, avec l’expiation, est une chose pernicieuse, à moins qu’on n’envisage la mort comme l’expression de la colère de Dieu. C’est une négation secrète ou involontaire de ce qu’est le péché et de ce qu’il mérite ; c’est s’arrêter à la surface et, dans le fond, c’est de l’incrédulité.

(***) On peut changer cette phrase et lire ainsi : «que les souffrances de Christ ne sont pas envisagées ici comme des souffrances expiatoires».

(****) Pour plus de clarté, on peut lire, si l’on veut : «Christ entrant pleinement dans les choses qui arrivent à Israël, en conséquence du gouvernement de Dieu». Ces paroles expriment le caractère des souffrances ; Christ les endura en réalité. On s’est aussi servi de ce passage comme signifiant que Christ aurait été dans l’état auquel ces souffrances appartenaient. Pour tromper mes accusateurs, la ruse de Satan a employé le sophisme suivant : Christ ne peut être entré dans l’affliction et la souffrance qu’en se trouvant lui-même dans l’état ou dans la relation avec Dieu, qui les occasionnait.

(*****) Après le mot «Dieu», on peut ajouter : «Il a passé par ce jugement, avec le sentiment complet de ce qu’il signifiait et Il a eu part à l’effet du mauvais état d’Israël, en étant retranché comme Messie».

 

Un fait distinctif, parmi ceux auxquels j’ai fait allusion plus haut, caractérise le chemin de notre Seigneur bien-aimé. Il est très frappant. Le voici : Pendant tout le cours de sa vie, comme serviteur, du commencement à la fin de son ministère, Gethsémané inclusivement, Christ ne s’adresse jamais à Dieu, en le nommant ainsi ; Il l’invoque toujours comme «Père». Sur la croix, au contraire, nous savons qu’Il a dit : «Mon Dieu, mon Dieu !». Durant sa vie, ce titre eût été déplacé, non point assurément qu’il n’appartînt pas à Celui que Christ invoquait, mais parce qu’il n’exprimait pas la relation sans nuage, la bénédiction dont notre Seigneur avait la conscience comme Fils, et dans laquelle il a toujours été. Sur la croix, Dieu agissait avec Lui à l’égard du péché et, par conséquent, comme Dieu, selon sa nature, sa majesté, sa justice et sa vérité. Là, Dieu avait à s’occuper du péché comme tel ; et le Seigneur exprimait, selon la vérité, la position dans laquelle son âme sainte était placée. C’est une grâce merveilleuse et infinie pour nous, de pouvoir le contempler dans une telle position. Mais les termes que le Seigneur emploie indiquent, d’une manière évidente et solennelle, la différence des deux positions dans lesquelles Il se trouvait relativement placé (*).

(*) L’auteur d’un article, auquel j’ai fait allusion au commencement de cet écrit, attaque une brochure intitulée «La Croix» et publiée à Dublin. L’éditeur des Traités de Dublin est seul responsable des expressions qui s’y trouvent, parce qu’il les modifie afin de les distribuer parmi le peuple et, dans ce but, il cherche à les rendre clairs et simples. Mais la remarque du critique est des plus malheureuses. Ce traité affirme que Dieu était avec Christ, dans la communion d’un plaisir parfait, jusqu’au temps où les péchés de son peuple furent transférés sur Lui à la croix ; mais qu’alors tout fut changé. Là-dessus le critique s’écrie : «Quoi ! le plaisir du Père en son Fils a été changé !». Une préoccupation aussi singulière nécessite à peine une réponse ; chacun en conviendra. Le traité dit qu’il y eut, jusqu’alors, la communion d’un plaisir parfait. La remarque dit : «Quoi ! le plaisir a été changé !». Or, je crois que le plaisir du Père en son Fils n’a jamais été plus grand que dans ce moment solennel ; mais cela n’est point la communion du plaisir de Dieu. «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?» n’exprime pas la jouissance de la communion. Le sujet même m’empêche de faire aucune remarque sur un malentendu aussi étrange.

Jusqu’à la croix, le Seigneur a marché dans la jouissance de la relation d’un Fils vis-à-vis de son Père, de sa relation de Fils unique qui savait que le Père l’exauçait toujours. Sur la croix, comme nous venons de le voir, Christ, fait péché, a dû rencontrer, sentir et endurer tout ce que Dieu était contre le péché ; mais, une fois la rédemption accomplie, et étant rentré dans la pleine joie de tout ce que son Dieu et Père était en justice, Il introduit ses disciples dans la jouissance et dans la joie de ces deux titres : «Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu».

Quand je parle de trois caractères des souffrances de Christ, cela n’exclut pas le fait qu’Il ait souffert, en détail, de mille autres manières : on peut dire que chaque chose a été une souffrance pour Lui ; Il a montré sa perfection et son amour en les supportant. Mais je parle ici seulement de trois positions distinctes, ou de trois principes distincts, selon lesquels il a souffert. En rapport avec cela, surgissent deux autres questions : l’une concerne l’obéissance active et passive de Christ, comme on l’appelle. La justice de Christ, comme obéissant sous la loi, nous est-elle imputée ? L’autre question concerne la sacrificature de Christ. Je les réserve, toutes deux, pour un autre traité, si le Seigneur le permet ; j’aurai alors le temps de considérer les opinions humaines. Une chose est certaine, c’est que, sans effusion de sang, il n’y a pas de rémission ; on, ce serait une expiation et une œuvre substitutive bien étrange que celle qui n’aurait pas cet effet. On nous dit qu’il y eut là «une vie portant le péché», que les souffrances de Christ, pendant sa vie, furent satisfactoires, toutefois qu’elles n’obtiennent pas de rémission, parce que, sans effusion de sang, il n’y a pas de rémission.

Ce n’est pas cependant contre cette affirmation que je dirige mon objection principale ; c’est contre une doctrine qui déclare, au contraire, que ces souffrances furent, non pas substitutives, mais l’effet de ce que Christ était né homme et Juif, et que, par conséquent, c’est notre privilège de participer à ces souffrances, sous la colère. Néanmoins, ceux qui insistent sur le fait que les souffrances de Christ, pendant sa vie, furent satisfactoires, et que toutes ses souffrances ont opéré l’œuvre de la rédemption, devraient nous expliquer comment il se fait que la rémission dépend d’une chose toute différente.

Finalement, j’affirme que celui qui prétend que Christ, lorsqu’il dit : «Je crie de jour et tu ne réponds point» (Ps. 22:2), et lorsqu’il dit : «Je sais que tu m’exauces toujours» ; lorsqu’il dit : «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?» et lorsqu’il dit enfin : «Celui qui m’a envoyé est avec moi ; le Père ne m’a pas laissé seul, parce que moi je fais toujours les choses qui lui plaisent» (Jean 8:29), j’affirme, dis-je, que celui qui prétend que Christ, en disant ces choses, était dans une seule et même position, qu’il accomplissait une seule et même œuvre devant Dieu, ne connaît ni le sens de la vie de Christ, ni la vraie puissance de sa mort, comme il devrait le faire devant Dieu. Agréable, Christ l’a toujours été ; mais porter la colère, sans que Dieu lui répondît, et jouir de la faveur divine, en sachant qu’Il était toujours exaucé, sont deux choses différentes ; celui qui les considère autrement ne sait point encore ce que ses péchés ont coûté au Seigneur.

Qu’on me permette encore d’ajouter que la racine principale (*) de cette erreur est un emploi abusif du langage de l’Écriture, qu’on s’est permis, si je ne me trompe, dans le «Night of weeping» (Nuit des larmes), où il est dit que Christ a été fait os de nos os et chair de notre chair. Ces paroles ne sont jamais appliquées ni employées ainsi dans l’Écriture ; elles ne s’y trouvent même pas. Nous, l’Église, «nous sommes membres de son corps, de sa chair et de ses os», maintenant qu’Il est glorifié et que les saints sont unis à Lui qui est dans les lieux célestes. Cette pensée est bien différente de l’autre, et ne se rapporte point à l’incarnation de Christ, mais à notre union avec Lui, depuis qu’Il a été glorifié. Comme être incarné, Christ a été seul. Ceci me mènerait trop loin, pour le moment ; j’y reviendrai, Dieu voulant, dans un autre écrit.

(*) Elle prévaut évidemment en Ecosse ; et aussi ailleurs, je le crains ; elle est à la base même de l’Irvingisme et du semi-Irvingisme.

 

Je termine ici cet exposé, déjà trop long, mais que justifiait l’importance du sujet, en établissant les différentes périodes caractéristiques de la vie de Christ, telle que l’Écriture nous la présente.

Avant l’âge de trente ans environ, Christ est resté dans l’obscurité d’une vie patiente et parfaite, attendant l’appel de Dieu ; sauf qu’il monta, à l’âge de douze ans, à Jérusalem, où Il discuta avec les docteurs d’Israël, pour révéler, sans doute, une partie de ce qu’Il était dans sa personne et dans sa grâce, et afin de montrer que sa relation avec le Père ne dépendait point de quelque onction extraordinaire du Saint Esprit qui n’initiât à son Ministère.

Après cela, Christ s’associe Lui-même publiquement au Résidu ; il est baptisé par Jean, reconnu du Père, scellé et oint du Saint Esprit. Ensuite, avant d’entrer dans son ministère public, Il va au désert pour y être tenté par le diable ; Il en est vainqueur et lie l’homme fort ; Satan s’éloigne de Lui pour un temps. Puis Il va et vient, faisant du bien et guérissant tous ceux qui sont tourmentés par le démon, car Dieu est avec Lui ; Il fait toujours les choses qui plaisent à Dieu, et Il sait qu’Il est toujours exaucé par Lui.

Puis Satan revient, comme Prince de ce monde ayant le pouvoir de la mort. Au commencement, il avait tenté Christ avec toutes les choses par lesquelles il pouvait espérer de l’amorcer : physiquement, spirituellement et par la gloire du monde. Christ, ayant remporté la victoire, avait déployé la puissance qui pouvait délivrer l’homme de tous les effets de celle de Satan. Maintenant l’inimitié de l’homme est mise en évidence, et Satan montre à Christ, par la puissance de la mort et les conséquences terribles de ce qu’était l’homme sous le jugement, par où Il sera obligé de passer Lui-même, s’Il veut prendre sur soi la cause de l’homme et devenir tel, à sa place. Ces choses eurent lieu lors de la dernière visite du Seigneur à Jérusalem. Enfin Il boit la coupe qu’Il avait prise, volontairement et avec soumission, de la main de son Père, et Il opère, sur la croix, la rédemption pour ceux qui croient en Lui.

 

4         Exposé de quelques vues antérieures sur les souffrances de Christ

 

 

J’ai dit que je comptais examiner quelques passages, tirés d’anciens auteurs, touchant la vie substitutive de Christ et ses souffrances durant sa vie. Je crois avoir prouvé, dans les pages précédentes, que bien des opinions sur les souffrances de Christ, quoique témoignant d’une vraie piété, manquent non seulement de clarté, mais encore sont en elles-mêmes très superficielles. J’avoue toutefois que la piété m’est plus précieuse que la clarté, mais ce défaut que je signale est une perte réelle ; car, loin de nuire à la piété et aux saintes affections qui doivent accompagner toute réflexion sur les souffrances de Christ, la connaissance de ce qu’elles furent, plus solidement fondée sur l’Écriture, donne davantage de sérieux à notre esprit et plus de relief à Christ dans nos pensées, en nous dépouillant de nous-mêmes. Nous devons tendre à ce que toutes les choses qui occupent notre esprit soient remplies de Christ, ou, mieux encore, à ce que la plénitude de la vérité de Christ soit l’objet qui occupe notre esprit. De cette manière, toutes les autres choses sont jugées : ou nous les acceptons comme appartenant à Christ, ou nous en sommes débarrassés. Quand c’est Lui qui remplit ainsi toutes choses, l’esprit est élargi et sanctifié ; nous nous oublions nous-mêmes en Lui, et le cœur est réellement élargi. Si nous avons la paix et un œil simple, l’Écriture devient la nourriture de l’âme ; elle ouvre devant elle une scène qui embrasse toutes choses selon le point de vue divin ; elle donne, sur toutes choses, une vue étendue et divine, en contraste avec la vue étroite et charnelle qu’elle exclut, vue qui se concentre toujours, plus ou moins, sur les intérêts personnels, les pensées mondaines, et leurs conceptions limitées. De plus, l’Écriture, étant la Parole de Dieu, donne à l’esprit de la soumission et de la certitude ; elle éclaire le jugement du chrétien pour le diriger dans sa marche.

J’avoue, tout d’abord, qu’il m’est impossible de me considérer comme lié aux anciens, ni de reconnaître leur autorité en aucune façon. Je puis apprendre d’eux, je me laisserais enseigner, avec joie, par chacun d’entre eux, et je suis prêt à reconnaître, avec gratitude, ce qui leur a été donné de Dieu. En Luther, je vois une énergie de foi, pour laquelle des millions d’âmes devraient être reconnaissantes envers Dieu, comme je le suis moi-même. En Calvin, je découvre une clarté de vue et une soumission à l’autorité de l’Écriture, qui l’ont délivré, lui et ses disciples, plus encore que Luther, des corruptions et des superstitions qui avaient envahi la chrétienté et, par celle-ci, l’esprit de la plupart des saints eux-mêmes. Mais dès qu’on me les présente comme une règle de la vérité, je les rejette avec indignation. Inspirés, ils ne l’étaient nullement, et leurs enseignements ne sont pas la Parole de Dieu. Ce point, je le maintiens de toutes mes forces ; je le considère comme la sauvegarde et le guide de l’Église et des saints sous la grâce, en tous temps, mais particulièrement de nos jours. Les hommes doués de Dieu, que je respecte quand on me les donne pour tels, me seraient en horreur dès qu’on voudrait, en quelque manière, les substituer à la Parole de Dieu, ou leur attribuer une compétence analogue à la sienne.

Je ne m’étonne point que ces éminents serviteurs de Dieu, n’étant pas des vases d’inspiration, n’aient pas rompu, d’un seul coup, tous les filets dans lesquels la chrétienté se trouvait prise, sauf un petit nombre d’individus qui furent presque tous exterminés par la persécution, mais précieux aux yeux de Dieu. Je rends grâces au Seigneur, du fond de mon cœur, pour la lumière et le courage qu’il leur donna. Mais qui oserait prétendre qu’ils aient été délivrés de tout l’alliage dont on avait surchargé la vérité. Il me paraît que ces hommes étaient moins débarrassés des vues humaines et des choses qui dirigent le jugement humain selon le train de ce monde, lorsqu’ils élaboraient des systèmes pour leur pays, que lorsqu’ils élevaient le flambeau de la vérité pour délivrer les âmes de l’erreur. Je n’ai aucune envie de m’arrêter sur le mal qui s’est mêlé à tant de bien, et dont l’homme était responsable : cela ne servirait pas à l’édification ; mais je ne veux pas non plus fermer les yeux devant des faits historiques, sur lesquels il est impossible que ma conscience se taise. Aujourd’hui je puis écrire paisiblement et sans crainte, parce que Dieu nous a délivrés par le moyen de ces hommes-là, dont quelques-uns ont laissé leurs vies pour l’Evangile, pour l’amour de Christ et des âmes. Je n’ai nulle envie de les déprécier eux ou l’œuvre à laquelle ils ont travaillé ; je voudrais avoir la foi de plusieurs d’entre eux. Mais qu’on ne vienne pas m’imposer ces docteurs et leurs systèmes comme une autorité ; agir ainsi, c’est empiéter sur celle de la Parole de Dieu. Veut-on que je croie à la consubstantiation, ou à la régénération baptismale ? Cependant impossible de nier que ce dernier point ne fût, généralement parlant, la croyance réformée, ou du moins la croyance des réformateurs, et que c’est par le baptême qu’on croyait obtenir le pardon des péchés (*). Mais, me dira-t-on, ces hommes prêchaient la justification par la foi ; ainsi cela ne peut pas être. Il est bien vrai qu’ils ont prêché la justification par la foi, pour la délivrance des âmes ; mais, en établissant un système, ils ont aussi enseigné la régénération baptismale et se sont donnés une peine inouïe pour concilier ces deux points de vue. Parmi les Réformés, le parti Evangélique, plus libéral au point de vue des règles ecclésiastiques, a rejeté aujourd’hui la doctrine de la régénération baptismale. Les stricts Luthériens, au moins les Confessionnistes, s’efforcent, jusqu’à cette heure, de concilier les deux choses. Personne n’ignore à quoi nous en sommes en Angleterre.

 

(*) voir note à la fin.

 

Je reviens à mon sujet principal. Je commence par faire remarquer que l’expression justice de Dieu ne se trouve point dans le Nouveau Testament de Luther, qui est bien la traduction la plus infidèle que je connaisse. Il dit partout : la justice valable devant Dieu (die Gerechtigkeit die vor Gott gilt). On cite Calvin comme une autorité, afin de prouver que les souffrances de Christ, durant sa vie, servirent à accomplir la justice par l’expiation ; que sa vie, aussi bien que sa mort, était nécessaire pour achever notre justice. Or, si j’admets la doctrine de Calvin, impossible de m’arrêter là ; je dois croire, en outre, qu’il a été nécessaire que Christ souffrît les tourments de l’enfer (affreuse pensée !) (*). Voici, en effet, ce qu’il dit : «La descente de Jésus Christ aux enfers ne doit pas être ici oubliée, vu qu’elle n’est pas de peu d’importance pour l’effet de notre rédemption… Rien n’eût été fait, si Jésus Christ n’eût souffert que la mort corporelle, puisqu’il était nécessaire qu’il ressentît en même temps la sévérité du châtiment divin… C’est aussi la raison pour laquelle il a fallu qu’Il en vînt aux mains avec les puissances de l’enfer et les horreurs de la mort éternelle. Nous avons allégué ci-dessus le passage du prophète où il est dit que l’amende de notre paix a été mise sur Lui, et qu’Il a été battu par le Père pour nos forfaits et froissé pour nos iniquités. En quoi il signifie qu’Il s’est mis à la place des pécheurs ; et comme s’Il eût été coupable lui-même, il s’est constitué leur pleige et leur répondant, afin de souffrir en sa personne les peines qui leur étaient dues, et de les en acquitter par ce moyen».

(*) On m’a fait remarquer que, quoique se servant à tort de cette expression dans la Confession de foi, Calvin avait simplement l’intention de distinguer la souffrance de la colère divine, d’avec l’acte physique de la mort, comme je l’ai fait moi-même. Il établit clairement cette distinction dans le passage cité ici ; et avec raison, je n’en doute pas. La seule différence, c’est que j’ai évité l’application erronée de la Confession de foi, où l’enfer ne signifie pas même l’enfer des damnés.

 

Maintenant dois-je adopter l’opinion de Calvin, que les souffrances de Christ, pendant sa vie, ont opéré la justification du croyant, ou est-il vrai que, par une seule offrande, Il a rendu parfaits à perpétuité ceux qui sont sanctifiés (Héb. 10:14) ? On me déclare que je dois la recevoir. Or, voici ce que dit Calvin : «De plus, comme une malédiction, à cause du péché, nous attendait au tribunal céleste de Dieu, la condamnation devant Ponce Pilate, intendant de la Judée, nous est aussi mise devant les yeux, afin de nous apprendre que la peine dont nous étions redevables a été infligée au juste. Ne nous étant pas possible d’éviter l’horrible jugement de Dieu, Jésus Christ, pour nous en garantir, a souffert d’être condamné par un homme mortel et par un homme méchant et profane. Ainsi le nom de ce juge romain n’est pas seulement mentionné pour la certitude de l’histoire, mais afin de nous faire comprendre ce qu’enseigne Ésaïe, que «l’amende de notre paix a été mise sur Lui» et que «par ses meurtrissures nous avons la guérison».». Or, nous avons vu plus haut, que d’après Calvin, Ésaïe 53:5 aurait été accompli par les souffrances de Christ dans l’enfer, et qu’en outre le même auteur l’applique, dans le passage que nous venons de citer, à sa condamnation devant un juge inique. Laquelle de ces deux interprétations est la bonne ? J’avoue que la pensée que Christ aurait, en quelque façon, subi la colère de Dieu contre nous, en portant la condamnation prononcée par un juge humain, est bien loin d’opérer le moindre effet moral sur mon esprit. Une pareille condamnation humaine correspond-elle donc à la colère de Dieu contre le péché, s’en rapproche-t-elle en aucune manière ? Lorsqu’il est dit que nous avons été guéris par ses meurtrissures, aucune personne enseignée de Dieu peut-elle supposer, un seul instant, que ces paroles du prophète se rapportent au moment où Christ a été battu de verges par les soldats de Pilate, quelque important du reste que ce détail puisse être à nos yeux ? De peur d’employer une expression irrévérente à propos d’un sujet pareil, je dirai seulement qu’une interprétation comme celle de Calvin me révolte au plus haut degré, et qu’elle doit révolter, j’en suis sûr, toute âme enseignée selon la vérité, que nous pensions au caractère véritable des souffrances de Christ, ou aux châtiments réels que mérite le péché.

L’interprétation de Witsius est plus simple et moins choquante ; mais il l’érige en doctrine plus expressément que Calvin : «Ésaïe 53:5 et 1 Pierre 2:24 affirment encore plus directement que notre guérison est due à la flagellation de Christ, comme faisant partie de ses souffrances, lorsqu’ils disent : par ses meurtrissures, nous avons été guéris. Car au moyen de cette affreuse flagellation, jointe à d’autres souffrances, et par laquelle tout le corps de notre Seigneur Jésus a été défiguré, comme par une seule plaie, Il nous a mérité d’être délivrés des coups de Satan et de la verge du courroux ardent de Dieu». Et plus loin : «Outre la guérison montrée dans cet exemple, nous trouvons dans la flagellation de Christ une démonstration de la justice divine».

Voilà, lecteur, les arguments qu’on avance pour prouver que les souffrances de Christ, pendant sa vie, furent substitutives et expiatoires. La preuve tirée de Calvin et de Witsius, c’est que les paroles, «par ses meurtrissures nous avons été guéris», se rapportent à la flagellation de Christ devant Ponce Pilate ; et qu’il a été jugé par un tribunal humain, afin d’éviter que nous ne fussions cités comme coupables, devant Dieu. Je ne pense pas que cet argument ait besoin d’être réfuté pour un chrétien de sens rassis. Le mot meurtrissures ne signifie même pas flagellation, mais les marques laissées par des coups. Un enseignement de cette espèce est tout simplement déplorable. On fait allusion à un passage d’Ésaïe : «Il a porté nos langueurs et il a chargé nos douleurs», cite en Matt. 8, 17 : «Et il chassa les esprits par une parole et guérit tous ceux qui se portaient mal ; en sorte que fut accompli ce qui a été dit par Ésaïe le prophète, disant : Il a pris nos langueurs et a porté nos maladies». Or je suis convaincu que, dans l’exercice sympathique de sa puissance, en amour, Christ n’a jamais guéri un mal quelconque, sans le porter aussi sur son cœur. Mais cela n’est pas l’expiation. Je puis bien comprendre que l’expiation ait été nécessaire, selon la justice, afin que Christ pût sympathiser avec des pécheurs, relativement aux choses qui étaient le fruit du péché ; mais porter sur son cœur les souffrances des autres, en sympathie, est tout autre chose que l’expiation. Appliquer ici le principe de l’expiation, c’est une véritable absurdité. Christ a-t-il donc été malade à notre place, lorsqu’il fit l’expiation sur la croix ? Il a souffert la colère et a porté nos péchés, de façon à s’exposer lui-même à cette colère. Mais dans toutes les guérisons qu’Il opéra, il exerçait sa puissance. À la vérité, il ne guérissait pas d’une manière indifférente ; mais il entrait dans nos maux en les soulageant. À ce point de vue, le passage, cité plus haut, est précieux et intelligible ; il ne se rapporte qu’aux guérisons opérées par la puissance de Christ. Qu’auraient-elles expié, ces guérisons ? Etaient-elles substitutives parce que nous ne pouvions pas nous guérir nous-mêmes, ou, comme on pourrait le dire, à cause de notre manque de santé ? Dans ce cas, Christ eût dû lui-même en supporter les conséquences. Je le répète, qu’est-ce que les guérisons devaient expier ? En vérité, ni les infirmités, ni les maladies n’avaient besoin d’être expiées, mais elles avaient besoin d’être guéries, et le Seigneur, dans sa compassion, les a guéries. Dire que ces guérisons, en montrant qu’il a porté nos langueurs, signifient qu’il a guéri d’une manière substitutive, n’a aucun sens. De plus, le terme grec du passage de Matthieu est différent de celui qui est employé pour exprimer que Christ a porté le péché comme un fardeau qui lui était imputé ; et la traduction des Septante : άμαρτίας φέρει (És. 53:4) — «il porte nos péchés», n’est point selon l’Esprit. La même pensée est exprimée en Rom. 15:1 : «Or nous, les forts, nous devons supporter les infirmités des faibles, et non pas nous plaire à nous-mêmes». Il ne s’agit pas là d’expiation. Citer les passages de cette manière prouve une bien pauvre intelligence de l’Écriture ; on doit la supporter quand elle se manifeste avant qu’une lumière plus ample n’ait brillé, ou quand on la rencontre chez des personnes d’une piété systématique et traditionnelle ; mais lorsque de pareilles interprétations sont prônées comme le soutien dogmatique de la vérité, elles paraissent tout aussi misérables que mal fondées.

Une phrase telle que celle-ci : «Les miracles eux-mêmes étaient la manifestation de l’œuvre et du caractère de Christ comme portant le péché» ne laisse aucun doute sur le sens des déclarations mentionnées ci-dessus et donne encore plus de force à mes paroles. Quand le péché est porté devant Dieu, l’homme doit souffrir ; mais lorsqu’il exerçait sa puissance, en amour, Christ ne portait pas le péché. L’explication, contenue dans le passage de Matthieu, ne dit pas qu’il portât nos péchés, mais qu’il prit nos langueurs, ce qui n’est pas le péché, et porta nos maladies. Du moment que Christ porte le péché, la colère de Dieu tombe sur lui ; or guérir les maladies n’est pas souffrir la colère de Dieu. Le passage de Matthieu est, je le pense, une preuve que Christ est entré, de la manière la plus complète, dans les afflictions de ceux qu’il guérissait. C’est ce que je crois tout à fait. Mais la doctrine contraire détruit toutes les sympathies de Christ, en amour et en miséricorde ; au lieu de cela, elle ne nous montre que Christ portant lui-même la colère. Le chapitre 53 d’Ésaïe montre les Juifs convertis qui, dans les derniers jours, auront les yeux ouverts sur la manière dont ils ont traité le Christ. Il va sans dire que nous anticipons le sentiment qu’ils éprouveront alors ; mais ce chapitre s’applique littéralement aux Juifs. Il suit tout le cours de la vie de Christ, son apparition en chair, ses afflictions et la manière dont les Juifs l’ont accueilli. Il a été méprisé et ils ne l’ont rien estimé. Il a porté les langueurs d’Israël et s’est chargé de leurs douleurs ; mais, plus que cela, il a été navré pour leurs forfaits, froissé pour leurs iniquités ; c’était autre chose que de guérir les malades ! L’Éternel a fait venir sur lui l’iniquité d’eux tous ; «c’est pourquoi il a été retranché de la terre des vivants et la plaie lui a été faite pour le forfait de mon peuple». Cette remarque est en liaison avec sa mort : «l’Éternel, l’ayant voulu froisser, l’a mis en langueur. Après qu’il aura mis son âme en oblation pour le péché, il se verra de la postérité», «parce qu’il aura livré son âme à la mort, qu’il aura été mis au rang des transgresseurs et que lui-même aura porté les péchés de plusieurs». Ce chapitre parle des afflictions de Christ ; il les suit jusqu’à leur dernière limite, parle du retranchement de Christ à cause du péché et relie sa mort, d’une manière explicite, avec le fait qu’il a porté le péché. Mais cela ne signifie pas que toutes ses afflictions provinssent de ce qu’il portait le péché, qu’elles eussent lieu sous le poids du péché dont il s’est chargé. Affirmer qu’en guérissant les malades, Christ était lui-même froissé pour nos iniquités, c’est introduire la confusion dans la vérité et amoindrir la valeur de sa mort. Il est dit au verset 6 : «L’Éternel a fait venir sur lui l’iniquité de nous tous», sur lui, Christ, le serviteur de Jéhovah. Mais il était le Christ, avant que l’iniquité ne fût mise sur Lui. Nous lisons au vers. 10 : «Après qu’Il aura mis son âme en oblation pour le péché». Pourquoi le mot après, si cela eût toujours été le cas ? Enfin qui est-ce qui s’est offert, lui-même, à Dieu, sans tache, par l’Esprit éternel ? Christ, comme personne divine dans le ciel ? Non, assurément. Si Christ eût toujours porté les péchés, alors il ne se serait pas offert lui-même à Dieu, par l’Esprit éternel ; il eût été, au contraire, perpétuellement sous le péché, en conséquence de sa position. Ainsi l’amour spontané de Christ-homme, en s’offrant lui-même, est entièrement perdu de vue ; or c’est là un point d’une immense importance. Le chap. 53 d’Ésaïe offre un tableau général des afflictions de Christ, bien différent du jugement qu’en portait la nation rebelle et incrédule ; il suit ces afflictions jusqu’à leur extrémité, en établissant cette vérité importante, qu’il a été mis au rang des transgresseurs et qu’il a porté les péchés de plusieurs.

Quant à la déclaration qu’on attribue au Dr Owen, elle repose sur un malentendu. On prétend qu’il affirme que les prières et les supplications offertes par Christ, avec de grands cris et avec larmes, durant les jours de sa chair (Héb. 5:7), furent en concomitance [ou simultanées] avec son sacrifice. Dans son Exposition de l’Epître aux Hébreux, il développe, dit-on, cette pensée, montrant que l’expression : «les jours de sa chair» signifie sa vie terrestre, quoiqu’elle se rapporte particulièrement à Gethsémané ; il nomme ces supplications de Christ, pendant sa vie, des prières sacerdotales ; il cite les psaumes 22 et 69 à l’appui de son opinion et montre enfin que cet état de Christ a duré «non seulement quelques jours, ou pendant une seule période, mais durant le cours tout entier de sa vie ici-bas». Je ne suis pas d’accord avec le Dr Owen sur bien des détails relatifs à ce sujet ; mais on affirme qu’il nomme les prières de Christ, pendant sa vie, des prières sacerdotales, et qu’il en fut ainsi durant tout le cours de sa vie terrestre. Or, voici ce que le Dr Owen déclare : «Il n’y eut pas un instant, pendant lequel Christ n’était pas, quant à sa nature humaine, le roi, le sacrificateur et le prophète de son église… mais quant à son office de sacrificateur, il ne pouvait pas entrer dans l’exercice et dans les fonctions de la sacrificature, et il n’y est pas entré non plus, avant la fin de son ministère prophétique». Ce même auteur parle de l’onction dans l’incarnation et de l’onction déclarative dans le baptême : il y ajoute, en troisième lieu, comme ayant succédé à ces deux sortes d’onction, une consécration spéciale pour l’accomplissement actuel des devoirs de cet office, et ceci était son acte personnel, pour lequel il avait puissance de la part de Dieu. «C’est ce qu’Il exprime lui-même, dit M. Owen (Jean 17:19)… c’est pourquoi je place, dans cette prière de notre Sauveur (Jean 17), le commencement et l’entrée de l’exercice de son office sacerdotal». Il y a plus : Lorsque le Dr Owen déclare que, du berceau à la tombe, Christ porta sur Lui toutes les infirmités de notre nature, etc. ; il ajoute, touchant ses prières sacerdotales : «Toutefois elles ne concernent pas cet espace de temps tout entier». Ainsi l’auteur déclare exactement le contraire de ce qu’on lui fait dire. Il n’y a qu’à lire l’Exercice trente-unième, pour se convaincre facilement que la doctrine tout entière de M. Owen est le contraire de ce qu’on prétend qu’elle affirme. «Son oblation eut lieu en même temps que son sang fut versé et dans cet acte même» ; l’entrée de Christ dans les lieux saints «fut la conséquence de cette offrande de lui-même, par laquelle il fit expiation pour nous». «C’est par le sacrifice de lui-même, dans sa mort, qu’il a obtenu pour nous une rédemption éternelle ; car la rédemption a eu lieu au moyen d’un prix et d’un échange ; or le Seigneur n’a pas payé d’autre prix que son propre sang pour le péché et pour les pécheurs» (1 Pierre 1:18, 19).

Quant à 1 Pierre 2:24, on prétend que le sens véritable de ce passage, c’est que Christ porta nos péchés jusqu’au bois, mais non pas sur le bois. Il a porté nos péchés pendant tout le cours de son humiliation. Cette interprétation résulte de ce qu’on ne connaît pas l’usage de l’expression employée par Pierre ; et le passage cité me prouve, une fois de plus, ce que je sens être, dans ce débat, d’une si grande importance pour nos âmes. Άναφέρειν έπί τό est une expression employée pour les sacrifices et signifie : l’offrande même de la victime sur l’autel. Ici Pierre compare Christ à une victime placée sur l’autel, comme notre sacrifice pour le péché, avec nos péchés sur elle. En comparant Gen. 8:20, ou Lév. 3:5, 11, 16 ; 4:10, 19, 26, 31, on verra que la formule άναφέρειν έπί τό y est employée, exactement comme dans Pierre, pour les mots hala et katar en hébreu, signifiant l’acte même d’offrir un sacrifice sur l’autel, de le faire monter vers Dieu, ou de le brûler. Ces paroles n’ont point du tout le sens qu’on leur prête. La croix fut comme l’autel où la victime était consumée par le feu de l’épreuve du juste jugement de Dieu à l’égard du péché, et où tout était en bonne odeur, quoique, en même temps, pour le péché.

De tout cet exposé, il résulte que la doctrine d’une vie expiatoire, portant le péché, n’est point fondée sur l’Écriture (je parlerai plus loin de la justice). Elle met de côté la déclaration que, sans effusion de sang, il n’y a pas de rémission ; elle nie une des plus vitales vérités, savoir que Christ s’est offert lui-même, comme homme, en sacrifice ; car, suivant cette doctrine, il a été offert toute sa vie en sacrifice. Elle tord, de la façon la plus choquante, des passages comme celui-ci : «Par sa meurtrissure, nous avons la guérison» ; elle met dans l’ombre, en les confondant ensemble, les souffrances de Christ sous la colère divine, comme gages du péché, et ses sympathies pendant sa carrière terrestre ; car elle considère la mort et l’effusion du sang comme essentielles à ces souffrances, et elle convertit les sympathies en souffrances pour le péché, sous la main de Dieu. Cette doctrine aboutit à ceci : «Si Paul pouvait dire : je meurs chaque jour ; combien plus le Christ ? Sa vie était une mort journalière ; il était toujours livré à la mort». Paul, en mourant ainsi, souffrait-il pour le péché et cela d’une manière expiatoire ? Quelle confusion ! On nous affirme qu’une vie tout entière, du commencement à la fin, est notre expiation ; la vie une expiation ! Je demande si une déclaration pareille ne contredit pas le témoignage universel de la Parole de Dieu : «Car l’âme de la chair est dans le sang ; c’est pourquoi je vous ai ordonné qu’il soit mis sur l’autel, afin de faire propitiation pour vos âmes, car c’est le sang qui fera propitiation pour l’âme» (Lév. 17:11). De sorte que : «sans effusion de sang, il n’y a pas de rémission». Cette doctrine sépare la rédemption de l’expiation ou admet une rédemption sans du sang ; aucun sacrifice n’est donc nécessaire pour l’expiation. Et lorsque la mort arrive, qu’est-elle, sinon l’achèvement d’une vie parfaitement semblable à elle dans son caractère légal ? Il est né «sous la loi» ; il a vécu «sous la loi» ; il est mort «sous la loi». Est-ce donc la même chose de garder la loi pendant qu’on vit, de manière à jouir de la perfection de la faveur divine, ou d’être sous la malédiction de la loi, parce qu’elle a été enfreinte ? On me répondra : «Mais nous disons que Christ a été sous cette malédiction durant tout le cours de sa vie». Bien ; mais l’Écriture dit précisément le contraire. Elle déclare que «Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, en étant devenu malédiction pour nous, car il est écrit : Maudit quiconque est pendu au bois» (Gal. 3:13). J’admets pleinement l’obéissance de Christ pendant sa vie, obéissance toujours parfaite et jusqu’à la mort où elle fut consommée ; j’admets que Christ a été, dans la mort, parfaitement agréable au Père. Mais la question gît ici : Qu’est-ce qui expie le péché ? La colère, la malédiction, la coupe que le Seigneur dut boire sur la croix, étaient-elles la même chose que sa vie ?

Lecteur, l’Écriture déclare que le salaire du péché, c’est la mort (Rom. 6:23), et que Christ est mort pour l’abolition du péché par le sacrifice de lui-même (Héb. 9:26). Si le grain de froment n’était pas tombé en terre et qu’il ne fût pas mort, il serait demeuré seul (Jean 12:24). Christ a été offert une seule fois pour porter les péchés de plusieurs (Héb. 9:28). Nous sommes rachetés par le précieux sang de Christ (1 Pierre 1:19).Où serions-nous, sans rédemption ? Or, c’est le pardon. Où seriez-vous sans cela ? Christ a souffert une fois pour les péchés, ayant été mis à mort en chair (1 Pierre 3:18). Si la mort n’est pas inscrite sur le vieil homme, il faut que vous soyez jugés pour ses œuvres. Mais c’est par la mort seule de Christ que cela a eu lieu. «Maintenant, en la consommation des siècles, il a été manifesté une fois, pour l’abolition du péché, par le sacrifice de lui-même» (Héb. 9:26).

Je désire encore appeler l’attention sur un passage. Il est dit que Dieu «a fait celui qui n’a pas connu le péché, être péché pour nous» (2 Cor. 5:21). Qui est-ce qui ne connaissait pas le péché ? Est-il question ici du Fils éternel, avant son incarnation ? Non, évidemment ; cela n’aurait aucun sens. Mais il s’agit ici de Christ incarné, dans ce monde. C’est après que, par sa course à travers ce monde, dans laquelle sa pureté parfaite fut mise à l’épreuve, il eut été démontré qu’il ne connaissait pas le péché ; c’est alors qu’Il fut fait péché. Dieu n’a pas fait être péché le Fils éternel, en tant qu’il devenait homme, et que la Parole était faite chair. Je ne sais trop ce qui serait pire, l’absurdité ou l’iniquité d’une pareille assertion. Ainsi donc, c’est après que Christ eut été pleinement mis à l’épreuve, et que le résultat de cette épreuve eut démontré que Christ ne connaissait pas le péché, c’est seulement alors qu’il a été fait péché. On prétend qu’il «a été fait péché pour nous durant sa vie». À quelle époque ? Or, remarquons que «être fait péché» ne peut se rapporter qu’à un sacrifice.

On demande enfin dans quel sens et pour quel but Christ est né sous la loi, si, dès le moment de sa naissance, il n’a pas été le substitut sur lequel nos péchés ont été placés. L’Écriture répond : «Dieu a envoyé son Fils, né de femme, né sous la loi, afin qu’il rachetât ceux qui étaient sous la loi, afin que nous reçussions l’adoption» (Gal. 4:4). De plus, Christ a magnifié la Loi et l’a rendue honorable, chose qui n’est pas sans importance morale. Il importait que la Loi fût honorée, comme étant la mesure des exigences de Dieu vis-à-vis de sa créature, au moment même où Il allait retirer l’homme de dessous son joug et l’en délivrer pour toujours. Ce dernier point se rapporte à un autre sujet, la justice, que je réserve pour plus tard.

 

 

4.1       I.

 

Je vous remercie de m’avoir envoyé la question concernant mon traité sur les souffrances de Christ. Je désirais vous adresser quelques mots, afin de signaler un danger auquel les saints pourraient être exposés par le débat qui s’est élevé à ce sujet. La question de votre correspondant C. m’en offre aujourd’hui l’occasion. L’omission des mots : «à suivre», peu importante en elle-même, est cause que ce traité a paru être terminé sans signature, comme si l’auteur n’avait pas voulu prendre sur soi la responsabilité des opinions qui y sont énoncées.

Le danger dont je veux parler se présente sous deux faces différentes. D’un côté, il se pourrait que la doctrine répandue touchant les souffrances de Christ, alarmât les chrétiens à tel point, qu’ils en vinssent presque à craindre de s’arrêter sur ce sujet et de considérer les souffrances de Christ dans leur pleine réalité humaine, de peur de porter atteinte à la perfection de sa personne et de sa position devant Dieu. La crainte d’un extrême porte facilement l’esprit humain à se jeter dans l’autre extrême ; et l’ennemi remporterait une victoire de toute importance pour lui, s’il réussissait à empêcher les saints de contempler la profondeur des souffrances de Christ, parce qu’en traitant ce sujet, des hommes sans cœur ont mêlé le blasphème à leurs enseignements. Or il n’y a pas de sujet plus profitable et plus rempli de bénédiction que l’humanité véritable et les souffrances réelles de Christ, pourvu seulement qu’on maintienne en entier sa nature et sa perfection divines. L’humanité et les souffrances réelles de notre Sauveur sont l’expression et comme le canal de son amour envers nous ; c’est là que nous rencontrons cet amour aussi près que possible de nos cœurs. Dès que ce point-là est affaibli pour l’âme (et des personnes orthodoxes y ont travaillé), le lien entre nos cœurs et Christ est sérieusement relâché. Je me souviens que lorsque M. Irving répandait ses erreurs sur la personne de Christ, un journal religieux prétendait que le passage : «Il a appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes» (Héb. 5:8), signifie que Christ avait enseigné l’obéissance. Mais cette interprétation, donnée dans le but honorable de combattre une erreur fatale, sacrifiait une vérité précieuse et faisait violence à la Parole de Dieu, chose dont on ne saurait trop se garder. C’est ainsi qu’une juste indignation contre les expressions blasphématoires, employées en parlant du Seigneur, risque de nous faire perdre le sentiment pratique de la réalité de ses souffrances humaines.

Voici l’autre face du danger auquel on est exposé en s’occupant des souffrances de Christ. Il est évident que la valeur particulière de ce côté émouvant de l’histoire du Seigneur consiste à toucher le cœur perverti et insensible de l’homme, à occuper ses affections de Christ d’une manière sanctifiante, en les élevant à ce qui est divin ; à faire que l’âme s’attache à Lui ; à éveiller en elle une sympathie respectueuse pour tout ce qu’Il a enduré, et à transporter le cœur avec Christ, dans ces scènes meilleures où ses souffrances l’ont conduit.

Or si, d’une part, il importe de maintenir la vérité, d’autre part, à force de disséquer minutieusement toutes ces choses que nous devrions plutôt sentir, nous sommes en danger d’en perdre entièrement le sentiment. La puissance des souffrances de Christ risque de s’affaiblir, à mesure qu’on s’efforce de les préciser et de garder intacte la doctrine concernant sa personne et son œuvre. Dans ce cas, la faute principale retombe sur les hommes qui ont répandu les enseignements abominables, à cause desquels on a été obligé d’entourer la vérité de tant de précautions. Mais la sagesse de ceux qui révèrent le Seigneur consiste à s’occuper de ce sujet de manière à conserver, dans toute sa vie et sa fraîcheur native, le sentiment des souffrances de Christ et la simplicité d’une affection sainte et respectueuse avec laquelle ils les ont d’abord considérées. J’exprime ce désir pour moi comme pour mes frères. Il est juste et important de maintenir clairement la vérité et de la préserver avec une sainte vigilance, surtout quand il s’agit de Christ ; mais il est nécessaire aussi que le cœur conserve sa liberté et sa fraîcheur. «En ce qu’il a souffert lui-même, étant tenté, il est à même de secourir ceux qui sont tentés» (Héb. 2:18). N’oublions jamais cela. Il a posé sa main sur le lépreux ; tout autre eût été souillé par cet acte ; Lui ne l’a pas fait pour en être infecté lui-même, mais pour ôter la souillure de dessus celui qui en était couvert. Sa sainteté, toujours la même, le rendit capable de s’approcher, en amour, du péché, et d’entrer dans toutes les misères et toutes les afflictions des hommes pécheurs ; sa sainteté seule put agir ainsi, car elle était immuable ; en cela même consiste la bénédiction et la perfection divine de son œuvre, pendant qu’il vécut sur la terre. Dieu a été révélé dans cette œuvre ; nul autre que Dieu ne pouvait agir ainsi, en grâce, pour les pécheurs.

Je suis heureux de voir le zèle de votre correspondant à repousser tout ce qui pourrait avoir la moindre affinité avec la doctrine qui a été répandue et que l’on répand encore sur les souffrances de Christ ; mais il se trompe en confondant les afflictions avec leur cause. Sa première question : «Christ a-t-il été Lui-même châtié à cause du péché ?» mérite à peine une réponse, puisque Christ n’avait en soi aucun péché pour lequel il eût dû être châtié. Il n’a pas été châtié à cause du péché, et la colère ne s’est pas adressée à Lui personnellement à cause du péché. Nous devons éviter de confondre la sympathie volontaire de Christ pour les afflictions des pécheurs et le fait qu’il y est entré en amour, avec l’idée qu’il aurait subi ces afflictions en vertu de sa position personnelle. S’il eût été sous le châtiment Lui-même, impossible alors qu’il y fût entré volontairement, par son amour, comme un homme vivant sur la terre, puisque Lui-même s’y serait déjà trouvé.

Le danger qu’on court, c’est de nier qu’Il soit entré dans ces afflictions, par crainte de la funeste assertion qui les lui fait subir par nécessité. Or, c’est précisément cette doctrine, d’après laquelle Christ aurait été nécessairement, comme homme, par suite de sa naissance, sous les afflictions et les châtiments mérités par le péché, c’est cette doctrine, dis-je, qui exclut la vérité que Christ est entré, volontairement et en amour, dans ces afflictions, vérité qui seule donne aux souffrances de Christ toute leur valeur. Je le répète donc une fois pour toutes : comme homme sur la terre, Christ n’aurait pu entrer en sympathie, par sa grâce et sa miséricorde envers nous, dans des afflictions qu’il aurait été obligé de subir, personnellement comme conséquence de son humanité, et même à un plus haut degré que le reste des hommes. Mais chacun peut entrer pleinement dans les souffrances subies par autrui ; on peut y participer volontairement et par compassion, même en ne méritant en aucune manière de les subir personnellement, et l’on peut aussi à chaque instant s’y soustraire à son gré. Une mère entrera en prison avec son enfant, elle en supportera tous les désagréments et toutes les misères, par amour pour lui, pour le ramener au bien, et cependant elle ne subit pas pour elle-même le châtiment d’une faute, et peut à chaque instant sortir de prison si elle veut. Elle peut entrer dans toutes les circonstances de son fils, souffrir toutes les peines, tous les ennuis de la prison, et sentir que tout cela est pour lui une punition de ses fautes, sans avoir, en aucune façon, le sentiment qu’elle subit ces peines à cause de sa propre culpabilité. Tout est amour et compassion, de sa part, car ce n’est pas elle qui est coupable. Cependant cette mère endure, de fait, toutes les souffrances de son fils, et elle les ressent beaucoup plus que lui, par la raison même que ses sentiments naturels et moraux sont beaucoup plus délicats ; elle ressent toute la honte et la misère du châtiment, comme étant celui de son fils, quoiqu’elle ne l’ait point mérité. Bien plus, si la loi lui avait imposé la peine de l’emprisonnement, comme étant la mère du coupable, impossible qu’elle pût ainsi sentir pour son fils. Dès que nous subissons un châtiment mérité par nos fautes, impossible de pouvoir sympathiser, d’un amour simple et véritable, avec ceux qui le subissent aussi. La souffrance d’un châtiment ne peut éveiller en nous une sympathie réelle pour ceux qui sont dans le même cas, que lorsque nous ne le subissons pas moralement ; il faut être soi-même moralement hors du mal, pour pouvoir compatir librement avec ceux qui s’y trouvent.

Les souffrances quant aux faits étaient réellement les souffrances propres du Seigneur, et il est entré, en esprit et en pensée, pour son peuple, dans les causes de ces souffrances ; or, le Seigneur a fait cela, il a pu le faire, précisément parce que les causes des souffrances ne s’appliquaient en aucune façon à sa personne (*). Il a enduré l’opprobre de la part des Gentils, il a été rejeté par eux. Le résidu d’Israël souffrira les mêmes choses ; mais avec cette différence, qu’il les a méritées ; quoique, à cette époque-là, le Résidu ait un cœur repentant et qu’il se soit détourné de l’iniquité. La frayeur du jugement de Dieu était devant Christ, en Gethsémané ; elle sera aussi devant le Résidu aux derniers jours ; mais le Résidu échappera, tandis que Christ a subi cette colère, afin de nous sauver. Être l’opprobre des Juifs, être rejeté par eux, telle a été la portion de Christ ; et telle sera aussi la portion du Résidu : trahison, abandon, mépris, toutes ces souffrances auront le même caractère pour le Résidu qu’elles ont eu pour Christ.

(*) Voyez la note, où il est déjà fait allusion à la pernicieuse erreur que l’on combat ici)

 

Or, tout cela est bien différent de l’expiation où la colère de Dieu est endurée ; cette colère, le Résidu, quoique l’ayant méritée comme nous, ne la subira jamais. Les souffrances dont je viens de parler formeront l’état moral du Résidu ; il les subira comme punition et il aura le sentiment d’être châtié, comme il doit l’avoir. Elles seront le fruit des fautes et des péchés du Résidu, quoique, en même temps aussi, de son intégrité, comme on le voit dans les Psaumes. Pour Christ, ces souffrances furent le fruit de son intégrité, non point de ses fautes, et Dieu ne le traite pas non plus, sous ce rapport, comme coupable ; bien au contraire. C’est en grâce que Christ entre volontairement dans toutes ces souffrances. Mais, dira-t-on, comment Christ peut-il entrer de cette manière dans le sentiment de la colère ? Rien de plus simple. Israël sera sous le sentiment de la colère, parce qu’il l’a méritée, et quoique encouragé et en quelque façon consolé par espérance, toutefois ne connaissant pas encore la plénitude de la rédemption en Christ, il criera du fond de l’abîme, sous le sentiment du péché, et la main de Dieu, appesantie sur Israël, lui inspirera le sentiment et la frayeur de la colère à cause du péché. Christ a éprouvé les mêmes choses, non point qu’il les eût méritées en aucune manière, ou qu’il dût nécessairement les éprouver, à cause de sa naissance au milieu de ceux qui les avaient méritées ; comme s’il eût eu besoin de miséricorde et de moyens d’y échapper ; bien au contraire, puisque, étant les délices du Père, Il s’est présenté volontairement et en grâce, afin de tout prendre sur Lui. Mais cela n’empêche pas qu’Il ne sentît, par anticipation, les souffrances qu’Il allait réellement subir, et qu’Il ne criât à Celui qui avait le pouvoir de le sauver de la mort. Israël gémira sous la frayeur de la même colère que toutefois il n’aura finalement point à subir ; quoiqu’il doive, selon la justice et pour son propre bien, apprendre la réalité de cette colère, afin que la vérité pénètre dans son cœur. Je ne parle pas du degré ni de l’esprit des souffrances de Christ ; car, ici encore, malgré la grâce qui agira dans le Résidu, la différence sera bien grande. En vérité, la sympathie est si différente du fait de se trouver dans l’état de ceux avec lesquels on compatit, que les sympathies de Christ s’exercent quand il ne se trouve dans aucune souffrance quelconque. Il possède une nature qui a connu les mêmes afflictions qu’eux et qui, partant, est capable d’y entrer ; mais l’esprit et la pensée avec lesquels il y entre peuvent différer autant que possible des leurs.

L’Esprit de Christ opérera dans le Résidu, en vue des choses que sa propre main va accomplir, c’est-à-dire en vue du jugement. Il sent leurs afflictions et Il y prend part, parce qu’Il a passé par elles. Ses sentiments, quand Il était au milieu des afflictions, n’étaient que pure grâce. Quand le Résidu souffrira, Christ sera sur le point d’exécuter son jugement, et son Esprit opérera en eux le désir de ce jugement. L’Église seule a des pensées qui, selon leur nature, sont réellement et complètement les mêmes que celles de Jésus Christ. Sous ce rapport aussi le privilège de l’Église est grand ; nous ne saurions l’évaluer trop haut.

 

 

4.2       II.

 

Depuis ma réponse à quelques questions suggérées par le traité des Souffrances de Christ, on vient de m’en adresser deux nouvelles. Après les explications qui précèdent, je puis me dispenser d’y répondre longuement. On demande quelle est la différence entre la doctrine de mon traité et celle de M. Newton. Cela prouve qu’il est nécessaire d’élucider ce point pour ceux qui s’en sont occupés. La réponse est fort simple. La doctrine contenue dans mon traité est absolument l’inverse de celle qu’enseigne M. Newton. Ce dernier affirme que Christ, en tant que né homme et Israélite, était à la même distance de Dieu que l’homme et qu’Israël ; qu’étant des leurs, Il était exposé aux conséquences de cet état, et qu’Il passa par les expériences par lesquelles un homme inconverti, mais élu, doit passer, quoique, par la prière, l’obéissance, la piété, il ait échappé à bien des choses auxquelles Il était exposé par suite de sa position ; cependant, ajoute M. Newton, l’ardent courroux de Dieu était sur Christ comme appartenant par sa naissance au peuple d’Israël ; aussi écouta-t-Il avec joie l’évangile de Jean-Baptiste, et Il passa alors, en quelque sorte, pour Lui-même, de la loi à l’Evangile. Une grande partie de cette terrible angoisse qu’Il éprouvait, comme enfant d’Adam et né d’entre les Juifs, eut lieu avant son baptême par Jean. Voilà ce que prétend M. Newton. Je crois, au contraire, que quoique ayant eu à souffrir de la part des hommes, quoiqu’Il sympathisât avec toutes les souffrances de l’homme et d’Israël et que l’affliction, provenant de son amour, pesât sans cesse sur son cœur, je crois, dis-je, malgré tout cela, que la lumière de la faveur de Dieu brillait sur lui, et qu’elle était le sujet constant de sa joie. Ainsi aucun nuage de la défaveur divine ne passa sur cet Être saint, et son corps n’a point dépéri sous l’angoisse de cette défaveur. J’abhorre l’idée que je combats, comme une fausseté abominable. Mais je crois qu’à la fin de sa carrière, lorsque l’œuvre de sa vie, présentée à Israël, selon la promesse et selon son ministère en grâce vis-à-vis de l’homme, vint à son terme, je crois qu’alors, Christ, l’objet de la faveur divine, entra, en grâce, dans les afflictions de son peuple.

Votre correspondant fait la parenthèse suivante : «(sinon par anticipation)» ; mais je demande quelles seront les afflictions d’Israël aux derniers jours, sinon par anticipation ? En définitive, Israël ne subira pas la colère. Christ l’a sentie, par anticipation, en Gethsémané, parce qu’Il était sur le point de la subir ; mais il l’a sentie par anticipation, c’est-à-dire qu’il a senti, quoique bien plus profondément, ce qu’Israël sentira dans les derniers jours, et Il l’a senti, en grâce, parce qu’Il n’était pas, personnellement, sous la colère ; tandis qu’Israël y sera personnellement en vertu de sa position ; si Christ y avait été personnellement, par sa naissance et comme Juif, Il n’aurait jamais pu y entrer en grâce. Si, dans l’exemple que j’ai cité auparavant, toute la famille du fils encourt la pénalité de haute trahison et que sa mère soit ainsi obligée d’être en prison, même sans être personnellement coupable, impossible à elle d’y entrer, pour participer, en amour, à l’affliction de son fils, par la simple raison qu’elle s’y trouve déjà nécessairement pour son propre compte. N’étant pas entrée volontairement dans la prison, elle ne peut point non plus en sortir à son gré. Christ aurait pu demander douze légions d’anges pour le délivrer. M. Newton prétend que Christ est né sous la colère, qu’il chercha et qu’il réussit, en partie, à y échapper, au moyen de la prière, de l’obéissance et de la piété. Moi, je dis que Christ n’est point du tout né sous la colère et qu’au lieu d’avoir eu besoin de s’y soustraire, Il y est entré, au contraire, dans le sentiment douloureux de cette colère, par amour et par grâce, en délivrance pour d’autres. Voilà la différence ; l’une de ces affirmations est précisément le contraire de l’autre.

La question : «Jusques à quand ?» est de peu d’importance quant au point qui nous occupe, mais le fait que Christ, comme homme né dans ce monde, était entièrement libre, que sa position était précisément le contraire de ce que prétend M. Newton, et que c’est par grâce qu’Il entra dans cette position ; — voilà ce qui établit la différence entre un Christ vrai, lequel, parfaitement libre quant à lui-même, pouvait s’occuper des autres, et un faux Christ, lequel, exposé personnellement à la colère, devait penser à lui-même, sans pouvoir penser aux autres en amour.

 

 

Je ne crois pas devoir répondre à de simples attaques contre mes assertions, parce que je n’y vois, au point de vue chrétien, aucun profit quelconque. Ces attaques qui proviennent de la volonté humaine, je les remets à Celui qui est au-dessus de la volonté humaine ; j’ai toujours fait l’expérience que c’est là le meilleur chemin, celui où l’on est réellement protégé contre toutes les agressions de l’homme : «Tu les caches dans l’asile de ta face, loin des trames de l’homme ; tu les tiens à couvert dans une loge, loin des attaques des langues» (Ps. 31:20). Je suis très reconnaissant envers Dieu que mes articles sur les «Souffrances de Christ» aient éveillé une si ardente discussion, car je suis persuadé qu’elle était nécessaire, une fois la question soulevée ; mais je regretterais de l’avoir soulevée, parce qu’en s’occupant d’un sujet aussi solennel, on risque de ne pas le traiter avec les saintes affections et le respect qui lui sont dus. Personne n’ignore qu’avant que j’exposasse mes vues sur cette question, un fort grand nombre de personnes, dans l’Église libre d’Ecosse et ailleurs, en ont été plus ou moins préoccupées. Cette question touchant les souffrances de Christ remonte, en Angleterre et en Ecosse, aux doctrines perverses et mortelles de l’Irvingisme. C’est en essayant de prévenir ces doctrines, en Angleterre, par un exposé méthodique, qu’on en est venu à établir les vues que je combats. En Ecosse, ces mêmes vues résultent plus directement de l’Irvingisme mitigé. Lorsque la doctrine irvingienne, en Angleterre, eut été frappée d’opprobre, sous la forme qu’elle avait revêtue dans ce pays, et qu’elle eut abandonné, extérieurement du moins, ses blasphèmes révoltants, elle chercha à se fondre avec les restes pieux et adoucis de l’Irvingisme ou du semi-Irvingisme écossais. Telle est la phase actuelle de cette doctrine et de son influence. Elle a cherché à s’appuyer sur d’anciennes opinions, et à se servir de phrases employées d’une manière vague et générale, alors que cette question n’était point encore soulevée, et que l’auteur de ces phrases n’avait pas la moindre intention de soutenir un système de doctrine auquel il n’avait jamais songé. Mais la racine et la nature de cette doctrine est un enseignement particulier et faux touchant la relation de Christ avec Dieu, enseignement qui n’est pas lui-même l’Irvingisme, mais qui attaque la personne et l’œuvre de Christ par des vues qui découlent de l’Irvingisme ou qui résultent de ce qu’on a essayé de le combattre sans l’Esprit de Dieu.

Mon but, du reste, n’est pas de m’appesantir là-dessus, — mais de déclarer aux saints que si quelqu’un d’entre eux, même le plus humble, est réellement exercé sur ce sujet, ou troublé par des affirmations qui lui paraissent obscures, j’estime qu’il est de mon devoir de lui expliquer la vérité ou le sens de mes phrases, aussi clairement que possible. Je pense que les réponses, que j’ai adressées à votre correspondant C. et à un autre de Manchester, peuvent être considérées comme résolvant d’une manière générale toutes les difficultés qui pourraient se présenter à l’esprit. Mais comme on m’a dès lors adressé des questions assez nombreuses, je désire répondre à quelques-unes en détail et expliquer différentes choses que j’ai énoncées peut-être d’une manière obscure dans mon exposé «des Souffrances de Christ». C’est surtout le rapport entre les Psaumes et le sujet que j’ai traité, qui paraît être obscur à un grand nombre de lecteurs. Cela ne m’étonne pas ; le sujet lui-même est nouveau pour la plupart, et la portée de quelques Psaumes, ou de certaines portions d’entre eux m’apparaissait à moi-même, en plus d’une occasion, sous un jour tout nouveau. Quoique m’étant exprimé clairement, je le crois, sur les choses que je rejette et sur celles que je maintiens, il n’est donc pas surprenant que mes lecteurs m’aient trouvé obscur sur plusieurs points. Il y a ainsi évidemment de ma faute ; mais j’estime que la nouveauté du sujet est aussi cause, en grande partie, de la difficulté qu’on trouve à le comprendre.

Quelqu’un prétend que mes expressions tendent à établir que Christ souffrit de la part de Dieu, en dehors de l’expiation. Etonné d’une pareille confusion, j’ouvris un des articles incriminés et j’y lus les phrases suivantes : «Du moment où Christ souffre de la part de Dieu à cause de l’expiation pour le péché, c’est précisément le contraire» ; plus loin : «Christ seul a bu cette coupe, parce qu’Il souffrait de la part de Dieu, séparé et entièrement isolé». Mes traités ont pour but, de montrer, entre autres, que les souffrances de Christ, de la part de Dieu, étaient très distinctes de ses souffrances de la part des hommes, même lorsque ces deux espèces de souffrances avaient lieu en même temps ; que les premières ont eu pour effet d’apporter à l’homme la grâce et la rédemption, tandis que les autres ont amené des jugements sur lui ; et enfin que cette distinction était soigneusement établie dans les Psaumes. J’ai dit, il est vrai, en un endroit, que Christ a été frappé de Dieu ; cette remarque est en rapport avec le Psaume 69 qui s’exprime ainsi ; reste à savoir à quel degré ces mots peuvent s’appliquer, d’une part, à Christ, de l’autre, au Résidu. Mais aucun chrétien ne doute, je pense, que ce Psaume s’applique à Christ d’une manière générale. À quel degré s’applique-t-il à Christ ? le concerne-t-il exclusivement ? voilà ce que l’Esprit divin seul peut nous enseigner ; et il en est ainsi de toute l’Écriture.

Ce qu’ils connaissent avec certitude de la vérité de Dieu préserve les chrétiens simples d’être égarés par des passages qui leur sont obscurs ; nous pouvons rester dans l’ignorance à l’égard de mainte vérité, jusqu’à ce que Dieu, dans sa grâce, fasse avancer l’âme dans la lumière et lui augmente l’intelligence spirituelle. L’on se trompe fort, à mon avis, en supposant (comme je crois l’avoir lu dans l’ouvrage de Horne sur les Psaumes) que dès qu’une expression s’applique à Christ, ou qu’Il s’en sert, le Psaume qui la contient s’applique à Lui, tout entier.

L’Esprit de Christ parle dans tous les Psaumes, du commencement à la fin, et généralement en rapport avec la vie d’un Juif pieux ; mais Christ pouvait se servir de telle expression qui était propre à exprimer sa piété parfaite ou ses afflictions, sans qu’on puisse, en aucune façon, Lui appliquer tout le Psaume où cette expression se trouve. C’est là un principe qu’il importe extrêmement de ne pas oublier. Quelques Psaumes sont, à coup sûr, des prophéties qui se rapportent à Christ personnellement ; impossible d’en douter.

Ainsi, dans le 69, quoique l’Esprit de Dieu ne parle pas exclusivement de Christ, toutefois il dépeint ses souffrances extérieures sur la croix d’une manière trop frappante, pour qu’il soit possible à un chrétien de s’y tromper. Les observations que j’ai faites sur ce Psaume, dans mes articles sur les «Souffrances de Christ», ont paru obscures à quelques personnes pieuses, et ont fait surgir des doutes dans leur esprit. Je respecte ces doutes, et je me réjouis de leur zèle à repousser la moindre chose qui leur paraît toucher à la perfection divine du Seigneur Jésus et à sa relation avec Dieu son Père. Je rétracte sur-le-champ toute expression quelconque qui a pu ou qui pourrait jeter la moindre ombre sur cette perfection divine et sur cette relation de Christ ; mais je suis certain que ma doctrine ne fait pas cela. Je considère, comme une vérité essentielle, la relation, sans nuage, de Christ avec Dieu, sauf dans l’acte expiatoire ; c’est afin d’exposer clairement cette vérité, que je distinguai les souffrances de Christ, de la part des hommes, lesquelles ont amené le jugement sur eux, des souffrances de Christ, de la part de Dieu, souffrances expiatoires qui ont apporté le pardon et la paix. Voilà ce qui distingue clairement une vie de communion d’avec l’abandon et la colère sur la croix, et ce qui nie aussi péremptoirement que possible, en tout et en partie, la doctrine selon laquelle Christ, en tant que né homme et Israélite, aurait été l’objet du déplaisir de Dieu. J’affirme qu’Il a toujours été ses délices. Christ n’a pas été sujet, par sa naissance, à des choses auxquelles Il aurait tâché d’échapper, et qu’Il aurait évitées, en partie, au moyen de la prière, de l’obéissance ou de toute autre qualité. Qu’on parle ici de substitution ou qu’on n’en parle pas, tout cela revient au même ; c’est entièrement faux, c’est faire un faux Christ — le vrai Christ est absolument laissé de côté. Parler de substitution ! quelle absurdité si Christ encourait le déplaisir de Dieu comme conséquence nécessaire de sa naissance et de sa position, puisqu’Il subissait le déplaisir de Dieu, non pas pour les autres (qu’Il les ait délivrés, ou non), mais à cause de Lui-même ! Qu’il s’agisse ou non de substitution, la chose est fausse ; elle nie, dès l’abord, avant même que la question de substitution puisse être posée, le véritable état, et la relation véritable de Christ avec Dieu, qui seuls ont rendu possible son œuvre de grâce en faveur des autres.

Mais maintenant surgit une autre question. Cette distinction entre les souffrances de Christ, de la part des hommes, et ses souffrances de la part de Dieu, explique-t-elle ou plutôt exprime-t-elle tout ce que les Psaumes renferment touchant les souffrances de Christ ? Je réponds que cette distinction contient tout ce qui peut s’appliquer aux chrétiens ; aussi beaucoup d’entre eux éprouvent-ils une grande difficulté à pénétrer au delà. Il est vrai qu’une âme sous la loi peut, en quelque manière, s’appliquer indirectement les consolations contenues dans les Psaumes. Je me souviens du temps où le seul passage de l’Écriture qui me consolât était le Psaume 88, parce qu’il ne contient pas un rayon d’espérance ; j’étais persuadé qu’il exprimait les pensées d’un saint et que je pouvais en être un, quoique dans la même angoisse ; cette application n’est pas absolument fausse ; mais il est inutile de s’y arrêter plus longtemps, tandis qu’il est très important de donner à l’Écriture toute sa valeur, sans chercher aucunement à éviter ou à détourner la force des expressions et des pensées qu’elle contient. Dieu a toujours raison. Jamais un chrétien ne s’égarera, s’il tient ferme la vérité que Dieu lui enseigne et, lorsque un passage lui paraît obscur, s’il attend humblement que Dieu lui fournisse la lumière pour le comprendre. Mais quand il s’agit de repousser efficacement une hérésie qui prétend s’appuyer sur l’Écriture, nous sommes obligés de faire ressortir particulièrement toute la valeur des passages dont l’hérésie se prévaut.

C’est la seule manière d’éclairer et de délivrer des personnes qui, respectant l’Écriture, sont troublées parce qu’elles ne peuvent recevoir des paroles contredisant des vérités bien connues, et qui semblent toutefois se fonder sur des passages encore obscurs jusque-là. On trouvera toujours que les hérésies se basent, soit sur un passage obscur et difficile, par l’explication prétendue duquel il est aisé d’imposer aux esprits, soit sur quelque vérité négligée par l’Église. En oubliant, dans la pratique, l’humanité réelle du Seigneur, la présence du Saint Esprit, la venue de Christ, l’Église s’est laissé envahir par les prétentions insensées, et par les doctrines abominables de l’Irvingisme. Par la même raison, en perdant de vue l’intérêt réel du Seigneur pour Israël, comme peuple de Dieu, et en appliquant les souffrances de Christ au salut seul et à l’Église, on a livré les passages de l’Écriture qui concernent les rapports de Christ avec Israël, à toutes les interprétations possibles.

Christ n’est pas mort seulement pour la nation juive, mais aussi pour rassembler en un les enfants de Dieu dispersés (Jean 11:52). Toutefois Il est mort pour cette nation comme telle. Ce que Dieu déployait au milieu d’elle, c’était son gouvernement, quoiqu’aucune bénédiction ne puisse exister sans expiation ; mais ce n’était là ni la place, ni la portion de l’Église. Le gouvernement de Dieu et la portion de l’Église, tels sont, outre le salut individuel et la relation individuelle avec Dieu, les deux sujets principaux de l’Écriture : sa partie terrestre et sa partie céleste. Dans le ciel : le déploiement de la grâce infinie, au milieu de l’Église ; sur la terre : le gouvernement de Dieu et, comme résultat final, le déploiement de la bénédiction, sous le gouvernement immédiat du Seigneur, en contraste avec la mauvaise administration de l’homme et la puissance de Satan. L’Église, unie avec Christ, est le centre des bénédictions célestes et elle règne avec Lui. Les Juifs forment le centre des bénédictions terrestres ; ils sont la nation royale, au milieu de laquelle Christ gouverne. Dans toutes ces choses : — le salut individuel, l’Église, le renouvellement de la terre par la plénitude d’Israël, — Christ doit avoir la prééminence. Mais pour l’avoir, l’homme étant pécheur, Il a dû souffrir (Héb. 2:10) et glorifier Dieu, là où l’homme l’avait déshonoré (Jean 17). La base de tout, c’est l’expiation, la glorification parfaite et infinie de Dieu, par rapport au bien et au mal, l’expiation qui nous sauve et dans laquelle les anges désirent regarder jusqu’au fond. Telle est la base morale et, par conséquent, le centre des bénédictions ; elle les rend sûres et immuables. Les bénédictions ne sont plus fondées sur la responsabilité de la créature, comme pour les anges, pour Adam et pour Israël sous la loi ; elles le sont désormais sur la glorification parfaite de Dieu, par rapport à toutes les questions morales qui peuvent être soulevées ; cette glorification a été faite par Christ, pour toujours. En vertu de cette œuvre, l’homme, dans la personne de Christ, est ressuscité et placé à la droite de Dieu, en puissance, ressuscité d’entre les morts par la gloire du Père, et établi sur toutes les œuvres de ses mains. Il a fallu, pour cela, que Christ glorifiât Dieu selon toutes les exigences de sa divine majesté, et sous tous les rapports sous lesquels Christ devait Lui-même ensuite prendre place dans la gloire. Or, dans sa vie, ce n’est pas en étant angoissé sous le poids de son déplaisir que Christ a glorifié Dieu. Cela n’aurait glorifié personne ; au contraire : Celui qui n’avait pas de péché aurait été ainsi assujetti sans cause, dans son âme, aux conséquences de la puissance du mal et du jugement de Dieu ; le jugement divin du bien et du mal ainsi effacé, ces deux choses auraient été confondues (*). Bien au contraire, Christ connaissait, avec une intelligence divinement spirituelle et parfaite, au milieu du mal, tout ce qui était dû à Dieu et Il l’a réalisé dans sa marche, sans broncher une seule fois. Si, malgré cela, Dieu avait fait éprouver à Christ son déplaisir, c’eût été, de la part de Dieu, précisément le contraire du déploiement de ses voies touchant le bien et le mal.

(*) Quoique notre nature pécheresse dérive d’Adam et, qu’en lui, nous soyons perdus, la parole divine a soin d’ajouter : «et ainsi la mort est venue sur tous les hommes, parce que tous ont péché» (έφ’ ω), ce qui n’exprime pas la cause première de la mort, mais ce à quoi elle est nécessairement attachée.

 

Christ a glorifié Dieu dans sa vie, par une communion incessante avec son Père, malgré les tentations, les épreuves et les afflictions de tout genre, toujours parfait devant Dieu, dans toutes les circonstances de sa vie, et toujours obéissant à la volonté de Dieu.

En retour de cette communion et de cette obéissance parfaites, Dieu n’a point fait éprouver à Christ son déplaisir et sa colère. De cette manière, comme je l’ai dit, le bien et le mal eussent été absolument confondus. Mais Jésus dit : «Or moi, je savais que tu m’entends toujours» (Jean 11:42). Les anges et les hommes avaient abandonné leur état primitif : la créature était tombée sans avoir été tentée, tout comme après avoir été tentée au milieu de la bénédiction. Christ, au contraire, a conservé, comme homme, son état primitif, en dépit des efforts de l’ennemi. Il s’est maintenu dans sa place de communion et d’obéissance, quoique dans l’affliction et l’isolement. Il a vaincu l’homme fort, Il l’a dépouillé, en marchant sans péché, dans la communion avec son Père. L’essence de la position de Christ, comme homme vivant, c’est qu’Il s’est réellement maintenu dans son état primitif et qu’Il est toujours resté l’Être saint. La dépendance, la confiance, la communion, l’obéissance selon l’Esprit de sainteté, voilà ce qui caractérisa, ici-bas, la vie de Christ devant Dieu. De même qu’Il connaissait ses brebis, et que ses brebis le connaissaient, de même aussi le Père le connaissait et Lui connaissait le Père. L’essence de sa position, en contraste avec le premier Adam, c’est qu’Il était avec Dieu, qu’Il ne se sépara jamais de Dieu et qu’Il jouit, sans cesse, de sa relation avec Dieu. Ainsi la question du bien et du mal a été résolue dans le monde, par la puissance d’une vie selon Dieu, par la puissance d’une marche victorieuse au milieu du mal, au travers de toutes les tentations, et par une sainte dépendance de Dieu. Mais le péché, le mal, existait dans le monde ; et pour que l’on pût être sauvé hors de la race perverse, il fallait que Dieu s’occupât du mal ; il fallait que le jugement véritable du bien et du mal fût maintenu selon la nature de Dieu. Cette œuvre merveilleuse a été opérée sur la croix, où l’amour parfait de Dieu pour le pécheur s’est déployé à côté de son jugement du péché. Ici, par conséquent, la communion a fait place à l’abandon de Dieu. Le Seigneur Jésus a bu, sur la croix, cette coupe affreuse ; Il a fait ainsi l’expiation pour le péché et Il a obtenu, pour l’homme, dans les conseils de la grâce, une place glorieusement révélée dans l’union de l’Église avec Christ ; le salut, en lui-même, et la moindre bénédiction dépendent de cette œuvre expiatoire. Une relation intime avec Dieu, une jouissance entière de la faveur de Dieu, pendant sa vie ; puis, à sa mort, l’abandon, rendu d’autant plus terrible par le contraste : telles furent les deux conditions caractéristiques de notre Seigneur bien-aimé vis-à-vis de son Dieu et Père. La fidélité de Christ ne s’est pas démentie un seul instant, malgré tous les obstacles, malgré toute la puissance du mal dans l’homme et en Satan. Ainsi son œuvre a été entière et parfaite.

Mais le service de Christ se présente sous un double aspect. Il n’a pas seulement glorifié Dieu dans sa vie et dans sa mort ; Il s’est aussi intéressé à son peuple. Cette autre face du service de Christ, son intérêt pour son peuple spirituel et pour son peuple temporel, pour ses brebis et pour Israël, va maintenant nous occuper.

Dans le sentier de la vie, ce peuple rencontre des tentations et des épreuves, différentes pour les brebis et pour Israël. Les brebis de Christ passent par la tentation, la persécution, l’affliction, la haine du monde ; elles sont soutenues au moyen de la communion avec Dieu, se trouvant, par grâce, dans la même relation avec Dieu que Christ lorsqu’il était sur la terre. Cette position des brebis est exposée au chap. 17 de Jean et, en partie, au 14. Christ a traversé les mêmes choses. Il est, d’un côté, leur exemple dans ce sentier ; et, de l’autre, Il a la langue des sages pour savoir assaisonner la parole à celui qui est accablé de maux (Ésaïe 50:4). Nous avons ses sympathies aussi bien que son exemple. Ces choses sont familières au cœur des saints, et ils les saisissent avec plus ou moins de clarté. En général, les points dont j’ai parlé jusqu’ici se rattachent au salut et à l’Église, plutôt qu’au gouvernement de Dieu, quoique ce dernier entre bien aussi pour quelque chose dans nos afflictions et nos tentations. Or, c’est Israël qui est le centre de ce gouvernement ; et, là aussi, il faut que Christ ait la prééminence, qu’il maintienne la gloire de Dieu et console son peuple par ses sympathies. L’expiation est la base de cette œuvre, comme de toute bénédiction quelconque. Elle garde son caractère invariable. Christ est mort pour la nation ; Il a fait cela, vis-à-vis de Dieu, pour Israël ; mais ses sympathies avec le peuple sont une chose différente, dont il faut encore nous occuper. C’est ce dernier point qui a préoccupé quelques personnes ; on s’est demandé comment Christ a pu entrer dans les afflictions du peuple, quand ce dernier était frappé de Dieu. J’ai déjà fait observer la différence qu’il y a entre considérer Christ comme assujetti Lui-même à ces afflictions, à cause de sa naissance comme Juif, ou à le considérer comme y entrant en grâce. Ces deux points de vue s’excluent et se détruisent mutuellement ; inutile de s’y arrêter plus longtemps. Mais comment Christ est-il entré dans les afflictions d’Israël ? comment, dans toutes leurs afflictions, a-t-il été affligé d’une manière plus complète et plus personnelle que cela n’avait été dit de Lui autrefois comme Jéhovah ? Voilà ce que je voudrais expliquer. Si Israël doit être accepté, s’il doit être renouvelé dans son cœur et si, en même temps, il doit craindre la colère de Dieu qu’il a méritée, voir devant lui la mort et, autour de lui, la haine de ses oppresseurs ; si Israël doit se confier en Dieu, tout en craignant la puissance de Satan déchaînée contre lui, la mort et le jugement qui pèsent sur son esprit ; si Israël doit sentir tout cela de la main de Dieu, quoique Dieu se serve des hommes comme instruments — il faut nécessairement que Christ, afin de sympathiser avec ce peuple et de lui suggérer, par son Esprit, les sentiments convenables à sa position, passe Lui-même par toutes ses afflictions ; cela ne signifie pas que ces afflictions pèsent sur Lui en conséquence de sa position personnelle ; loin de là ; mais c’est parce qu’elles pèsent sur Israël, que Christ y entre volontairement, en sympathie. Ainsi Il put dire : «Ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants — car si ces choses sont faites (*) au bois vert, que sera-t-il fait au bois sec ?» (Luc 23:28 etc.). Christ avait-Il besoin de repentance, y avait-il la moindre chose en Lui dont Il dût se repentir, lorsqu’Il fut baptisé du baptême de la repentance, dans le but de marcher, avec le vrai résidu d’Israël, dans le sentier qui lui était prescrit ? Non, certes ; Il accomplissait la justice, pendant qu’eux confessaient leurs péchés ; mais Il était venu pour être baptisé de cette manière, et cela même faisait partie de son obéissance parfaite. Christ prenait cette place avec le Résidu d’Israël ; Il la prenait, parce qu’Il ne s’y trouvait pas. Tel était le vrai caractère de cette position : position de grâce et de bénédiction, consistant en ceci, qu’elle répondait à l’appel de Dieu : ce qui donnait une place et un nom au Résidu. Il est entré dans la position du résidu, mais par un tout autre motif et par un chemin exactement opposé au leur : le Résidu venait confesser ses péchés, Christ pour accomplir la justice. Ayant le droit d’avoir une volonté à Lui, Christ est venu du ciel pour entrer dans l’obéissance ; mais nous, nous sommes venus du péché et avec une volonté à nous, sans aucun droit d’en avoir une. Mais Christ est venu dans le sentier de l’obéissance, dans lequel son peuple avait à marcher, et Il y a marché Lui-même ; lorsque son peuple dut être baptisé par Jean, Christ voulut être avec eux, quoiqu’Il n’eût aucun péché à confesser.

(*) Je sais que l’original dit littéralement : «s’ils font ces choses» (ωοιόυσιν). Mais Luc emploie très souvent la troisième personne du pluriel du verbe actif, pour exprimer simplement qu’une chose a lieu. Les instruments dont Dieu se sert sont bien des hommes et, en particulier, Israël, cela va sans dire ; mais je suis persuadé que ce n’est pas le sens propre de ce passage. Au reste si quelqu’un préfère l’autre version, je n’ai pas d’objection à faire.

 

Dans cette partie du sentier de Christ, Il pouvait marcher avec son peuple ; l’autre partie, dont je vais parler, avait un caractère tout différent : Il y marcha seul ; mais plus tard le peuple pourra se consoler avec ces paroles : «Cet affligé a crié, et l’Éternel l’a exaucé et l’a délivré de toutes ses détresses» (Ps. 34:6). Ils ont montré leur piété en considérant toutes choses comme venant de la main de Dieu, quel qu’en soit l’instrument ; de même, Christ, entrant dans les afflictions du peuple, avait à recevoir toutes choses de la main de Dieu, et à les considérer comme venant de Lui, quoique, dans son âme, Il fût complètement libre vis-à-vis de Dieu. Il porta les afflictions de son peuple, quoiqu’Il ne méritât nullement de les porter pour Lui-même, puisqu’eux seuls en étaient la cause. Christ considérait ces afflictions comme venant, de la part de Dieu, sur son peuple, dont Il ne voulait pas se séparer avant d’avoir tout accompli pour eux.

(*) Or il y avait là, de la part de Christ, autre chose encore que de la sympathie. Quoique le gouvernement de Dieu par rapport au péché et l’expiation pour le péché soient deux choses distinctes ; toutefois, si l’expiation n’avait pas été déjà faite, le gouvernement de Dieu et le poids de sa colère, supporté pour expier le péché, devraient nécessairement se réunir ; car que peut être finalement le gouvernement de Dieu, par rapport au pécheur et à ses péchés ? Jusqu’à ce que Christ eût opéré l’expiation, la séparation entre le gouvernement de Dieu et sa colère resta inaccomplie quant à l’œuvre qui la produisit. Ce qui fait que l’affliction n’est qu’une discipline pour le Résidu, aussi longtemps qu’il n’a pas encore le sentiment de la faveur divine, a été, pour Christ, l’attente réelle de la colère et de la main de Dieu appesantie en courroux (ceci, nous allons le voir, n’est toutefois qu’une partie de la vérité sur ce point). Ce que le Résidu craindra vaguement, avant d’être délivré, Christ l’a subi au suprême degré et dans toute sa portée. Le Résidu a un cœur nouveau, Il se confie en Jéhovah ; cependant il crie du fond de l’abîme et sent la main de Jéhovah appesantie sur lui. Christ, toujours parfait, se confiait en son Père ; mais Il criait du fond de l’abîme et voyait devant lui la colère comme une coupe que son Père lui avait donnée à boire. Ce que je dis ici se rapporte spécialement à Israël. Si la nation devait être épargnée et rétablie, il fallait que la force de Christ fût abattue en chemin et que ses jours fussent abrégés, et cela de la main de Dieu (Ps. 102:23). Quoique espérant en Dieu, le Résidu n’est pas encore délivré du sentiment de sa colère ; Christ anticipait la colère qu’Il allait réellement subir. Pour lui le gouvernement de Dieu devint la colère, car Il allait faire l’expiation, Il allait subir ce qui était nécessaire pour la délivrance de la nation, et avant d’accomplir ces choses, Christ les anticipait. Aussi dit-Il à Pierre qui frappe l’un de ceux qui étaient venus pour le prendre : «La coupe que mon Père m’a donnée, ne la boirai-je pas ?» (Jean 18:11). Il put dire cela en paix, parce qu’Il venait de traverser, en perfection, avec Dieu, toute l’agonie et qu’Il ne recevait rien de la main de l’homme, quoique sensible à sa haine. Lorsqu’Israël pense à la colère comme venant de Dieu, n’ayant pas encore la paix, il mélange, tout ensemble, pour ainsi dire, la colère avec ses ennemis ; le courroux de Dieu lui apparaît dans ses afflictions humaines. Christ, tout au contraire, s’occupe de la pensée de la colère entièrement avec Dieu. Pour lui, c’est Dieu qui le frappe et, en effet, quant à Christ, les coups que Dieu lui inflige ne sont point séparés de l’expiation. Prenant la mort des mains de Dieu, comme Il devait le faire, Christ put dire : «Ils persécutent celui que tu as frappé» (Ps. 69:26) et, en effet, s’étant livré lui-même pour l’œuvre de la croix avant d’être crucifié, Il allait comme une brebis muette devant celui qui la tond. Il se considérait déjà comme étant frappé de Dieu ; pour sa foi, la coupe lui avait déjà été donnée à boire, et Il pouvait dire : «ce que tu fais, fais-le promptement» (Jean 13:27). Jésus s’étant soumis d’avance, les hommes en profitèrent pour le fouler aux pieds. Tant que son heure n’était pas venue, passant au milieu d’eux, Il s’en allait ; mais son heure venue, quoique ne buvant pas la coupe, Il était comme en position pour la boire ; Il la tenait, pour ainsi dire, dans sa main ; dès lors Il ne s’attend pas à l’intervention de Dieu, s’étant déjà occupé de cette coupe avec Dieu et sachant qu’Il doit la boire ; c’est pourquoi aussi Il ne répond plus à ceux qui l’interrogent. Les hommes n’avaient eu de puissance contre Christ qu’autant qu’elle leur avait été donnée de Dieu ; mais l’heure était venue où Il devait souffrir. Ce n’est pas alors le moment où le divin portier ouvre le bercail et délivre malgré tout ; c’est celui où le bon Berger laisse sa vie pour ses brebis. L’Éternel allait frapper le Berger qui s’était livré pour cela (**).

(*) Le passage suivant est un de ceux que l’on a attaqués ; je ne saurais que prier le lecteur de vouloir bien le lire avec attention.

(**) Les mots du Psaume 69 : «Ils persécutent celui que tu as frappé» ne s’appliquent littéralement à Christ que sur la croix (vers. 20, 21). Néanmoins, en esprit, tout ce qui eut lieu depuis Gethsémané, ou depuis le moment où Christ s’est livré lui-même aux souffrances de la mort et de son rejet par les Juifs, a le même caractère. J’ajouterai que le Psaume 69 nous présente tout le cours des souffrances de Christ pendant sa vie, aboutissant au moment solennel où Il se courbe sous la mort, plongé au fond du gouffre. Le zèle de la maison de Dieu l’a dévoré. C’est pour l’amour du Dieu d’Israël, qu’il a souffert l’opprobre et qu’il est devenu un homme du dehors aux enfants de sa mère. Son affliction et ses pleurs l’ont exposé aux chansons des ivrognes. Le vers. 14 introduit le sujet principal de ce Psaume, la souffrance suprême. Les douleurs de la croix sont mentionnées en détail ; c’est là, nous le savons, que Dieu a réellement frappé Christ, car il est écrit : «frappe le pasteur et les brebis seront dispersées» (Zach. 13:7). Mais du moment qu’en Gethsémané, Christ s’était livré et soumis à cette souffrance suprême, elle imprimait son caractère à toutes choses, quoiqu’il ne fût pas encore, de fait, frappé par Dieu. Quant à l’acte extérieur, les hommes en furent les instruments ; mais nous savons tous quelle bouche prononça cet ordre : «frappe le pasteur» et à qui s’attendait Christ en vertu de sa perfection (voy. Matt. 26:31 ; Marc 14:7 ; És. 53:4, 5, 10). Je montrerai, plus loin, que, pour Christ, les souffrances de la mort ne résidèrent par toutes dans l’œuvre de l’expiation. Il ne faut pas que le lecteur perde de vue que le sujet auquel s’appliquent les Psaumes 69 et 102, c’est la bénédiction de Sion et le rétablissement d’Israël (Ps. 69:35, 36 ; 102:13-22). [Cette note fait partie du traité primitif].

 

Mais les hommes et Satan ne profiteront-ils pas de ce que Dieu n’intervient plus, lorsque Jésus se tient là devant eux, ayant pris la coupe dans sa main, mais rempli de paix et de puissance, de sorte que lorsqu’Il dit : «C’est moi», ils reculent et tombent en arrière ?

Voici la différence entre Christ et le Résidu, aux derniers jours, quant à l’anticipation des souffrances : Son heure venue, Christ s’en occupe directement avec le Père et d’une manière parfaite. L’horreur d’être frappé par Dieu, l’horreur de cette coupe qu’Il doit boire, Il l’éprouve avec son Père, en agonie, dans la prière. La volonté de l’homme et de Satan disparaissent ; dans cette coupe, Christ ne voit que la volonté de Dieu. Il n’entre dans aucune tentation ; Il est libre et puissant ; ses ennemis reculent et tombent en arrière. Alors Il s’offre lui-même de plein gré, disant : «laissez aller ceux-ci», en sorte que pas une des brebis n’est touchée, mais qu’elles sont dispersées, tandis que le Berger est frappé. Christ laissa dès lors tout pouvoir aux hommes de lui faire ce qu’ils voudraient, et ces derniers ont prouvé ce qu’est l’homme abandonné à lui-même. Ainsi donc, pour Christ personnellement, l’anticipation même de la colère de Dieu et la persécution des hommes étaient très distinctes l’une de l’autre. Après avoir éprouvé et traversé, en esprit, avec Dieu, toute la souffrance de la colère, Il s’est alors abandonné volontairement entre les mains des hommes, afin d’accomplir la volonté de son Père. Il n’en sera pas ainsi pour Israël ; ils n’auront pas la paix avec Dieu. Etant renouvelés dans leurs cœurs, ils comprendront qu’ils sont frappés par Dieu, mais ils mêleront à l’idée de ces châtiments la persécution par leurs ennemis du dehors et l’oppression du transgresseur au dedans ; ils auront le sentiment légal du péché pour lequel ils seront frappés, et le sentiment ainsi que la frayeur de la colère divine. Toutefois, par la grâce, ils tourneront leur espérance vers Dieu, étant enseignés divinement touchant la miséricorde de l’Éternel, quoique n’ayant pas encore la connaissance entière d’une paix faite au moyen de l’expiation. C’est pourquoi ils peuvent s’écrier, en s’appliquant à eux-mêmes les paroles du Psaume : «Ils persécutent celui que tu as frappé et se plaisent à raconter les douleurs de ceux que tu as percés». Dans les derniers jours, Dieu les frappe ; mais, grâce à l’expiation, ce sera pour leur bien «jusqu’à ce que la fosse ait été creusée pour l’injuste» ; car, est-il dit ensuite, «heureux l’homme que tu châties, ô Éternel, et que tu enseignes par le moyen de ta loi» (Ps. 94:12, 13). C’est ainsi que nous trouvons, dans les Psaumes, l’assurance de l’intégrité, souvent répétée, puis, dès le 25, la confession du péché, des péchés précédents d’Israël, leur propre confiance en Jéhovah et néanmoins presque des accents de désespoir, sous le sentiment légal du péché, le désir d’être considérés à part des pécheurs et d’une nation pécheresse, mêlé à un intérêt profond pour l’histoire et les espérances d’Israël. L’expiation ayant été opérée, ils ont les sympathies de Christ, lequel est entré dans leurs afflictions, quoiqu’Il les ait éprouvées personnellement d’une manière différente, comme nous venons de le voir. L’état d’une âme sous la loi offre quelque analogie avec le leur. Mais cette partie de l’histoire de Christ n’est pas celle où Il a appris la sympathie pour nous et nous a servi de modèle, sauf en supportant le mal avec patience. Pourquoi ? C’est que nous connaissons toute la portée de l’expiation ; nous sommes assis dans les lieux célestes en Christ ; la faveur de Dieu tout entière repose sur nous, comme ses enfants.

Or la jouissance de la plénitude de cette faveur de Dieu, Christ l’a eue, comme Fils, pendant tous les moments de sa vie, jusqu’à ce que son heure fut venue. La faveur divine reposait sur lui et sur la moindre de ses actions ; ses persécutions et ses épreuves furent les mêmes, en principe, que celles qui peuvent nous arriver. Impossible que, sur le terrain réel du christianisme, nous ayons devant nos yeux la colère de Dieu, comme si la frayeur de cette colère existait encore ; impossible que nous criions comme au fond de l’abîme, puisque Christ nous en a délivrés. Mais le résidu d’Israël ne pourra, en aucune façon, se trouver dans la position de Christ prenant son plaisir en Jéhovah pendant sa vie et se reposant dans sa faveur, envers et contre tout, parce qu’il ne sera point encore assuré de cette faveur comme d’une relation actuelle, quoiqu’il espère cependant en la miséricorde divine. Néanmoins la détresse la plus affreuse du Résidu n’atteindra jamais celle de Christ à Gethsémané, même lorsqu’Il ne buvait pas encore de fait la coupe de la colère. Toutes les circonstances du Résidu correspondent à celles où Christ se trouva vers la fin de sa carrière, par rapport à l’état du peuple et à l’oppression de la part des païens. Mais Christ, jouissant de la faveur entière de Dieu, parfait dans ses voies et ses pensées, pouvait distinguer, comme Il l’a fait, entre l’anticipation de la colère et la malice des hommes, et se livrer lui-même entre leurs mains, pour accomplir les desseins de Dieu. Toutefois, ayant fait l’expérience de cette coupe que Dieu lui donnait à boire, en conséquence de laquelle le Berger fut frappé, et ayant connu la haine des hommes qui profitèrent de cette position, Christ put entrer pleinement dans les afflictions de ceux qui les avaient amenées sur eux ; chose que Christ n’a jamais faite, sauf en s’offrant Lui-même. Ainsi Christ peut sympathiser avec le Résidu et lui fournir les pensées et les sentiments convenables à son état, quoique ces sentiments et ces pensées soient différents de ce que Christ éprouva en traversant sa propre affliction.

Lorsque, après le souper, il entra dans le sentier des afflictions, qui aboutit à l’œuvre expiatoire, où il devait être absolument seul, — dans ce sentier, et même à sa mort, comme étant rejeté par les hommes et crucifié par des mains iniques, Christ put, au milieu de ses souffrances, entrer dans celles d’Israël sous le gouvernement de Dieu, aux derniers jours, quand leur sang sera répandu comme de l’eau tout autour de Jérusalem (Ps. 79:3). Cette parole : «Qu’il y ait donc en vous cette pensée qui a été dans le Christ Jésus», ne peut pas être adressée à Israël, comme elle l’est à nous, parce qu’il ne sera pas dans notre position d’union avec Christ et de liberté. Mais, comme je l’ai dit, Christ a pu entrer dans les afflictions qu’Israël devra subir ; Il a eu, vis-à-vis de ses ennemis, d’autres sentiments que ceux qu’Israël aura vis-à-vis des siens, parce qu’Il était non seulement parfait, mais que, jouissant de la faveur divine, Il est entré, quoique à travers l’agonie, dans la pensée de Dieu ; toutefois Il participera aux afflictions du Résidu et leur fournira, par son Esprit (comme cela a lieu dans les Psaumes), les sentiments convenables, comme ayant passé Lui-même par toutes les souffrances et les afflictions que le Résidu devra subir. S’Il n’avait pas fait cela, qui pourrait les secourir ?

Mais l’expiation ne constitue pas l’aspect tout entier de la mort de Christ, envisagé dans ses souffrances. Et, en vérité, les Psaumes qui ne sont pas une partie de l’Écriture ayant directement la doctrine en vue, mais qui s’occupent du Messie et d’Israël, considèrent à peine la mort de Christ sous ce rapport, quoiqu’ils prophétisent tous les faits au moyen desquels l’expiation a été opérée. Toutes les espérances terrestres d’Israël (comme au fond toute bonne espérance terrestre de l’homme), ainsi que l’accomplissement de toutes les promesses, se rattachaient au Messie. Si Israël l’avait reçu, Il aurait été le couronnement de leurs bénédictions. Mais toutes ces espérances durent être abandonnées ; Christ dut être livré entre les mains même des Gentils et mis à mort. Le Seigneur n’aurait-il pas senti cela en rapport avec son peuple bien-aimé ? N’a-t-il pas exprimé sa sympathie en pleurant sur Jérusalem ? Lui, Jéhovah, eût voulu les rassembler sous ses ailes ; mais tout en étant Jéhovah, Il a reçu tout cela de la main de Jéhovah, comme homme obéissant. Ce sujet est traité explicitement au chap. 50 d’Ésaïe. Le Seigneur l’Éternel Lui a donné la langue des savants. Livré à la souffrance, Il a subi la haine et l’opprobre des hommes, comme venant de la part de Dieu, mais sans perdre un seul instant sa confiance en Dieu, sans penser, un instant, que sa part fût incertaine, comme on a osé l’affirmer en le blasphémant. «Celui qui me justifie est près», telles sont ses paroles au milieu de la souffrance. Ainsi, au Psaume 22, Christ reconnaît la main de Dieu dans ses souffrances : «Tu me fais descendre dans la poussière de la mort». Il dit, de même, au Ps. 102 : «Tu m’as élevé» (comme homme dans la place du Messie et de la gloire) «et tu m’as précipité. Il a brisé ma force dans le chemin, il a abrégé mes jours. Je dis : Mon Dieu ! ne m’enlève pas à la moitié de mes jours». Or ces passages nous enseignent une autre vérité d’un profond intérêt. Christ a senti tout cela, non seulement relativement à la ruine d’Israël son bien-aimé ; mais Il l’a senti pour lui-même, et Il a pris ces souffrances de la main de Jéhovah. Toute joie annulée, toute espérance présente abandonnée, l’accomplissement de toutes les promesses renvoyé, ce dont Abraham, sacrifiant Isaac, a été le type, et, par-dessus tout, la mort, non pas en figure, mais en réalité. — L’âme de Christ a senti tout cela et son obéissance a aussi été éprouvée sous ce rapport, son dévouement à la volonté de son Père, sa soumission, en renonçant entièrement à tout, dans la mort. N’était-ce rien pour Lui dont toute bénédiction, toute promesse était la portion naturelle ; — n’était-ce rien, de trouver la mort, au lieu de cela et de devoir tout abandonner ?

Assurément Christ retrouvera tout cela d’une manière plus glorieuse et bénie, comme conséquence indubitable de sa mort et de sa résurrection — «les miséricordes assurées de David». Mais il a dû les abandonner et sa piété consistait à regarder, dans tout cela, à la main de Dieu. Lorsque le Berger fut frappé, l’expiation des péchés eut lieu sans doute ; mais, outre l’accomplissement de l’expiation, le fait qu’Il fut frappé était en soi un fait grand et solennel ; le Berger de Dieu était ainsi frappé au lieu de paître son troupeau chéri. De plus, le Seigneur a senti tout ce qu’était la mort en elle-même, lui «qui, durant les jours de sa chair, ayant offert, avec de grands cris et avec larmes, des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, fut exaucé à cause de sa piété» (Héb. 5:7). Ce n’était pas peu de chose, pour Christ homme, d’avoir la mort pour portion au lieu de la vie, — Lui qui savait ce qu’était la vie comme vraie essence de Dieu.

Mais tout ce que je viens de dire ne signifie, en aucune façon, que Christ ait été sujet aux souffrances et à la mort, comme né ici-bas. Tout au contraire, la marche de Christ a été le témoignage constant d’une vie sainte, dans le bon plaisir de Dieu, au travers de toutes les tentations qui peuvent avoir prise sur nous ; vie dans laquelle Il a déployé, comme Messie, la plénitude de la puissance, disposant de tous les cœurs, de sorte que ses disciples ne manquèrent de rien lorsqu’Il les envoya au loin. Mais du moment que, dans le sentier qu’Il avait à suivre, l’exercice actif de sa puissance, en amour, dut faire place au support patient de la volonté de Dieu, alors Il dit à ses disciples : «Mais, maintenant que celui qui a une bourse la prenne, et de même celui qui a un sac, et que celui qui n’a pas d’épée vende sa robe et achète une épée. Car je vous dis qu’il faut encore que ceci qui est écrit soit accompli en moi : «Et il a été compté parmi les iniques». Car les choses qui me concernent vont avoir leur fin» (Luc 22:36, 37). Ce n’est pas qu’Il eût perdu sa puissance, comme le prouve la guérison de Malchus ; mais Il était arrivé au point de sa route, où d’autres choses qui avaient été écrites de lui devaient être accomplies. Son heure était venue. Comme un homme qui a la mort devant lui, et comme le Messie d’Israël, voyant la perte de toutes les choses auxquelles il avait droit, vu qu’Il «était retranché et n’avait rien», Christ est entré dans l’affliction qui lui était destinée, mais qui n’était pas le sentier primitif dans lequel il a servi Dieu. Toutes ces choses, Christ les a senties comme venant de la part de Dieu, et en cela Il a montré sa piété et sa perfection ; Il a été exaucé au sujet de ce qu’Il craignait.

Toutefois, avant qu’Il fût abandonné de Dieu, l’accomplissement de l’œuvre expiatoire, — la colère, qui produisit cette œuvre dans l’abandon de son âme, n’avaient pas encore lieu. Jusque-là, Christ était en communion avec son Père, lui adressait ses supplications et était exaucé ; cependant le fait, qu’Il devait être frappé de Dieu était présent à son âme ; car quoique les hommes en fussent les instruments extérieurs, et que la puissance des ténèbres fût à l’œuvre, Christ ne s’arrêtait pas aux causes secondaires et Il ne prenait la coupe que des mains de son Père ; Il ne dit pas : des mains de Dieu. Son Père présentant la coupe, et Lui la recevant dans la joie parfaite de l’obéissance, telle était, quoiqu’Il passât à travers la lutte, la portion de son âme. Dans l’expiation elle-même, cela ne pouvait avoir lieu ; mais la différence que je signale est évidente : Christ n’a jamais demandé qu’aucune autre coupe passât loin de lui. Les hommes avaient souvent montré leur méchanceté et cherché à faire mourir celui qui avait fait beaucoup de bonnes œuvres parmi eux. Sans doute, le cœur de Christ en avait été souvent attristé ; mais Dieu ne l’avait pas alors livré entre leurs mains, de sorte que son âme regardât en cela à la main de Dieu. C’est ce qu’Il fait, au contraire, une fois livré. C’était selon les conseils divins que cette parole avait été prononcée : «Epée, réveille-toi sur mon pasteur et sur l’homme qui est mon compagnon, dit l’Éternel des armées» (Zach. 13:7), quoique les blessures en ses mains lui eussent été faites dans la maison de ses amis (vers. 6). Tout cela, le Seigneur l’a senti aussi bien que, le moment venu, Il a senti la souffrance devant laquelle tout le reste disparaissait, — la coupe de l’abandon de son Dieu.

 

 

 

Note sur le pardon des péchés par le baptême

 

On pourrait me répondre que ce n’est pas le cas en Ecosse. Mais la confession de foi écossaise est de cent trente ans plus jeune que la Réforme ; et du reste cette doctrine s’y trouve enseignée quant aux élus : «La grâce et le salut ne sont pas liés d’une manière si inséparable, que tous ceux qui sont baptisés soient, en même temps aussi, véritablement régénérés». Cette déclaration a pour but de maintenir l’élection ; mais je lis ensuite : «L’efficace du baptême n’est pas liée au moment même où il est administré ; toutefois par l’usage convenable de cette ordonnance, la grâce promise est non seulement offerte, mais réellement manifestée et conférée par le Saint Esprit à ceux auxquels cette grâce appartient, selon les conseils de la volonté de Dieu, au temps marqué par Lui, n’importe qu’ils soient des enfants ou des adultes». Ainsi donc, suivant cette doctrine, par l’usage convenable du baptême, la grâce promise est conférée par le Saint Esprit, à l’heure marquée par Dieu ; c’est conséquemment aussi l’efficace du baptême. La grâce promise n’est pas conférée dans le baptême ; toutefois, par l’usage convenable de cette ordonnance, dans laquelle elle n’est pas conférée, elle se trouve l’être plus tard par le Saint Esprit ; c’est donc l’efficace du baptême. Efforts singuliers pour concilier la vérité, quant à la participation vitale à la nature divine, avec la tradition, quant aux ordonnances !

Voici, sur ce sujet, ce que dit le catéchisme de Calvin : «Le baptême nous est comme une entrée en l’Église de Dieu. Car il nous testifie que Dieu, au lieu que nous estions aliénez de Lui, nous reçoit pour ses domestiques. La signification du baptême a deux parties. Car le Seigneur nous y représente la rémission de nos péchés, et puis notre régénération, ou renouvellement spirituel. Non pas que l’eau soit le lavement de nos âmes, car cela appartient au sang de Jésus Christ seulement, mais par le sacrement cela nous est certifié. L’eau est tellement une figure que la vérité est conjointe avec. Car Dieu ne nous promet rien en vain. C’est pourquoi il est certain qu’au baptême, la rémission des péchés nous est offerte et nous la recevons. Cette grâce n’est pas accomplie indifféremment en tous, car plusieurs l’anéantissent par leur perversité. Néanmoins le sacrement ne laisse pas d’avoir une telle nature, bien qu’il n’y ait que les fidèles qui en sentent l’efficace. Cette grâce nous est appliquée au baptême en tant que nous y sommes vestus de Jésus Christ, et y recevons son Esprit ; moyennent que nous ne nous rendions pas indignes des promesses qui nous y sont données». J’avoue que cette explication, quoique heureusement moins précise que la doctrine écossaise, m’est également inintelligible. Nous recevons donc l’Esprit de Christ, pourvu que nous ne nous rendions pas indignes des promesses qui nous sont données dans le baptême ! Quand nous en rendons-nous indignes ? Recevons-nous alors son Esprit ou non ?

Le catéchisme de Heidelberg, généralement en usage parmi les réformateurs, contient les demandes et les réponses suivantes : «Pourquoi le Saint Esprit appelle-t-il le baptême le lavage de la régénération et le nettoiement des péchés ? — Non seulement afin de nous enseigner que, comme la saleté du corps est nettoyée par l’eau, ainsi nos péchés sont effacés par le sang et par l’Esprit de Christ ; mais bien plus encore afin de nous assurer, par ce signe et par ce témoignage divins, que nous ne sommes pas moins nettoyés intérieurement de nos péchés, que nous sommes lavés extérieurement par cette eau visible».

Il est à peine nécessaire de citer des témoignages moins importants à l’appui de ce que j’ai avancé ci-dessus.

Le petit catéchisme de Luther ne dit pas autre chose : «Qu’est-ce que le baptême présente (praestat) ou confère ? — Il opère le pardon des péchés, délivre de la mort et du diable : il donne la bénédiction éternelle à tous ceux, sans exception, qui croient aux choses que promettent les paroles et les promesses divines».

Comment l’eau peut-elle opérer d’aussi grandes choses ? — L’eau assurément n’opère pas d’aussi grandes choses ; mais bien la Parole de Dieu, qui est dans l’eau et avec l’eau, et la foi qui croit en la Parole de Dieu ajoutée à l’eau ; car l’eau, sans la Parole de Dieu, est simplement de l’eau et n’est pas le baptême ; mais la Parole de Dieu étant ajoutée, elle devient le baptême, c’est-à-dire l’eau salutaire de la grâce et de la vie et le lavage de la régénération dans le Saint Esprit, comme Paul le dit dans l’épître à Tite, chap. 3:5 (cité) (*). Pour montrer ce qu’est cette foi, dont il est parlé ici, je cite un passage du grand Catéchisme, où Luther défend ses vues avec violence : «Ces conducteurs d’aveugles (qui disent que la foi seule sauve et que les choses extérieures ne servent de rien) ne veulent pas voir que la foi doit nécessairement avoir quelque chose à croire, c’est-à-dire sur quoi elle repose, et qui la soutienne pour qu’elle persiste. Or donc la foi s’attache à l’eau (aquae adhaeret) et croit que c’est dans le baptême, que se trouve la bénédiction parfaite et la vie, non par la vertu de l’eau (comme cela a été amplement affirmé), mais par le fait que le baptême est uni avec la Parole et l’ordonnance divine et confirmé par elles, ennobli par Son nom». Luther fonde tout cela sur ces paroles : «Celui qui croit et qui est baptisé sera sauvé» (Marc 16:16).

(*) Ce passage est ainsi traduit dans la Bible, dite révision, Lausanne, 1822 : «Non à cause des œuvres de justice que nous eussions faites, mais selon sa miséricorde, par la régénération que donne le baptême, et par le renouvellement que produit le Saint Esprit» (Editeur).

 

La liturgie hollandaise enseigne la doctrine de la régénération par le baptême, aussi clairement que possible. (Voy. le second point de l’adresse, au commencement du formulaire, et l’action de grâces à la fin. Cette doctrine y est affirmée sans restriction aucune.)

Calvin est bien moins positif dans ses Institutions, avec beaucoup d’idées confuses et, à mon avis, erronées, touchant l’identité du baptême et du ministère de Jean avec ceux des apôtres. Il affirme que la connaissance et la certitude de la purification et de la régénération sont données dans le baptême. La purification, dit-il, est promise par le baptême, mais celle-là seule qui a lieu par le sang de Christ, figuré par l’eau, parce qu’elle a la propriété de nettoyer. Mais quant aux péchés commis depuis le baptême, il nous faut regarder en arrière à la certitude qui nous a été donnée dans le baptême, et qui ne se rapporte pas seulement aux péchés antérieurs, car c’est la pureté de Christ qui nous est offerte ; or celle-ci ne se flétrit jamais, elle n’est attaquée (opprimitur) par aucune tache. Calvin ajoute : «Par conséquent il faut juger ainsi, savoir que : en quelque temps que nous soyons baptisés, nous sommes une fois lavés et purifiés pour tout le temps de notre vie». C’est pourquoi, si nous péchons, il nous faut recourir à notre baptême.

Nous savons tous avec quelle ardeur Luther a prêché la justification par la foi, comment Calvin l’a enseignée, combien de martyrs, en Angleterre, ont livré leurs vies pour cette doctrine ; et malgré cela, tous ces hommes enseignent dans leurs Catéchismes que le pardon est reçu par le baptême, de sorte qu’il faut recourir au baptême quand on a péché dans la suite. J’avais souvent été frappé de la différence qui existe entre les deux points de vue adoptés par la Réforme en Angleterre ; de sorte que j’avais peine à comprendre comment il était possible qu’une même personne les acceptât et les signât tous les deux. Si l’on croit les articles, me disais-je, on nie le Prayer book (la liturgie) qu’il est coutume de signer (c’est le point de vue évangélique) ; si l’on croit le Prayer-book, on nie les articles ; ou on les signe avec une réserve mentale, en les expliquant à sa guise, comme on explique, dans l’autre cas, le Catéchisme et la liturgie du Baptême. Je fais ici cette remarque, parce qu’elle s’applique à la Réforme entière. Les prédicateurs de la vérité proclament la justification par la foi ; mais lorsque ces mêmes hommes élaborent le système du Christianisme national, ils enseignent que la justification par la foi est identique avec des ordonnances. Ce phénomène, comme je l’ai dit, apparaît sur tous les points de la Réformation. Plus ils s’attachent au côté formel, plus aussi ils se rapprochent de Rome, en attribuant la vie et le salut à des ordonnances ; mais plus ils cherchent à amener des âmes par la grâce, et plus ils s’en éloignent de nouveau. Je suis persuadé que ces contrastes proviennent, en grande partie, de ce que l’on a confondu l’Église, corps de Christ, avec la maison formée sur la terre et partageant la responsabilité de l’Église de Dieu, mais ayant un caractère bien différent de celui qui distingue le corps de Christ. Ainsi le baptême fut considéré comme moyen d’être incorporé dans le corps de Christ, chose dont l’Écriture ne parle jamais ; car elle déclare, au contraire, que c’est d’un seul Esprit que nous avons été baptisés pour être un seul corps (1 Cor. 12:13), ce qui n’est jamais, nulle part dans l’Écriture, confondu avec le baptême d’eau. Il est donc évident que, sur ce point, les Réformateurs ne sauraient invoquer le témoignage de l’Écriture à leur appui. Ils ne sont pas seuls dans ce cas. Le Service baptismal et le Catéchisme anglican s’expriment dans le même sens ; impossible de s’y tromper : «Nous te remercions du fond de nos cœurs, Père miséricordieux, de ce qu’Il t’a plu de régénérer cet enfant par ton Saint Esprit, de l’adopter comme ton propre enfant, et de l’incorporer dans ta sainte Église». «Nous t’invoquons au sujet de cet enfant, afin que, venant à ton baptême, il puisse recevoir la rémission de son péché par la régénération spirituelle». Je lis dans le Catéchisme : «Mes parrains et marraines à mon baptême, dans lequel j’ai été fait membre de Christ, enfant de Dieu et héritier du royaume des Cieux». Dans le service pour la confirmation : «Tu as promis de régénérer ceux-ci, tes serviteurs, par l’eau et par le Saint Esprit, et tu leur as donné le pardon de tous leurs péchés». Touchant ce dernier point, je veux citer un passage des Homélies, afin de montrer quelle est la doctrine précise, selon laquelle les réformateurs anglais envisagèrent la question du sacrement : «Quant à leur nombre (des sacrements), si l’on veut les envisager suivant la signification exacte du mot sacrement, c’est-à-dire comme le signe visible expressément ordonné dans le Nouveau Testament, auquel se rattache la promesse du pardon gratuit de nos péchés, celle de notre sainteté et de notre union en Christ, il n’y en a que deux, savoir : le baptême et la cène du Seigneur». «Car quoique l’absolution ait la promesse du pardon des péchés, toutefois, selon la parole expresse du Nouveau Testament, cette promesse n’est point liée et rattachée au signe visible de l’absolution, c’est-à-dire à l’imposition des mains. Et quoique l’ordination des ministres ait son signe et sa promesse visibles, cependant il lui manque celle de la rémission des péchés» etc. Voilà qui est assez précis. Il n’y a donc de sacrements réels que ceux aux signes visibles desquels se rattache la rémission des péchés. Je ne fais point toutes ces citations dans un but de controverse, mais afin d’exposer clairement la doctrine des réformateurs touchant les sacrements et le baptême en particulier. Ces erreurs n’atténuent pas, à mes yeux, la valeur de leur œuvre ; mais elles portent atteinte à leur autorité absolue sous le rapport de la doctrine.