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AVONS-NOUS UNE RÉVÉLATION

 

 

DE LA PART DE DIEU ?

 

[Autrement dit : La Bible est-elle une révélation de Dieu, ou non ?]

 

Les oracles de Dieu leur ont été confiés... — Rom. 3:2

 

J. N. Darby

 

Note : Cet article répond à l’article «La Bible» du Pr Smith paru dans la 9° édition de l’Encyclopedia Britannica.

Ce texte en français a paru en 1879, traduction de CW vol. 29 p. 60-136. Un texte abrégé a paru en 1905

Les titres et sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest

 

 

Table des matières :

1     Besoin d’un révélation de Dieu

1.1      Importance d’avoir une révélation de Dieu authentique

1.2      Pas de révélation de Dieu parmi les hommes — paganisme, philosophes, Islam, chrétienté

1.3      La révélation de Dieu trouvée dans Sa Parole (La Bible)

2     Attaques contre la Bible

2.1      La Parole de Dieu démolie par les savants

2.2      La Parole de Dieu rejetée par le clergé au profit des spéculations incrédules

3     La Parole de Dieu dans la Bible : une évidence pour les simples

3.1      Comment l’Ancien Testament a été formé

3.2      Ce que la Bible affirme sur elle-même : une imposture n’est pas croyable

3.3      Christ affirmant la vérité et l’autorité de l’Écriture

3.4      Les apôtres confirment partout l’authenticité de l’AT

3.4.1             Épîtres de Paul

3.4.2             Écrits de Jean

3.4.3             Discours et épîtres de Pierre

3.4.4             Évangile de Matthieu

3.4.5             Ce qui ressort des écrivains du NT : authenticité des écrits et des écrivains

3.5      L’AT : De grands desseins de Dieu en rapport avec l’homme, ou la petite histoire d’un petit peuple

3.6      La loi et les ordonnances n’ont pas fait l’objet d’un développement graduel

3.6.1             De Josué à Samuel

3.6.2             Ce qui croit, c’est la lumière prophétique

3.6.3             Pas de prophètes réformateurs

3.6.4             Des ordonnances élaborées dès le début

3.6.5             Le Deutéronome : son but et ses particularités

3.6.6             Le temple d’Ézéchiel

3.6.7             Le livre de la loi au temps de Josias

3.6.8             Une lumière croissante, mais non pas un développement de la loi

4     Les noms de Dieu : la théorie des sources élohistes et jéhovistes

4.1      Cette théorie ignore les noms de Dieu pour une relation particulière

4.2      Les divers noms de Dieu en rapport avec les diverses relations

4.3      Dieu comme Père pour les chrétiens

4.4      Le Très Haut

4.5      Les noms de Dieu dans le Ps. 91

4.6      Le nom de Jéhovah = l’Éternel – Dieu d’Abraham

4.7      Le nom de Élohim

4.8      Différents noms de Dieu dans le NT

4.9      Différents noms de Dieu dans les écrits de Jean

4.10      Noms de Dieu dans les Psaumes

4.11      Noms de Dieu dans Job, les Proverbes et l’Ecclésiaste

4.12      Noms de Dieu dans la Genèse

4.13      Les rationalistes contestent tout miracle, y compris l’inspiration divine

4.14      Ou bien l’AT est inspiré de Dieu, ou bien c’est une imposture (pas de milieu)

4.15      L’AT forme un tout dont la perfection est saisie quand Dieu ouvre l’intelligence

5     Être chrétien et douter de la Bible comme donnée de Dieu : est-ce cohérent ?

6     La révélation donnée de Dieu, est aussi communiquée de Dieu

7     Unité de l’Écriture

7.1      Unité de pensée entre AT et NT : un seul et même plan directeur

7.2      Le dessein de Dieu à la base de l’unité de la Bible

7.3      Un plan de Dieu unique et complet vu dans les principes moraux et le développement historique de la Bible

7.3.1             L’homme responsable et l’Homme en qui les promesses de Dieu s’accomplissent (Genèse et NT)

7.3.2             Promesses inconditionnelles, puis des conditions introduites avec la loi

7.3.3             Accomplissement des promesses en Christ sur le fondement de la pure grâce (laquelle s’étend aux Gentils)

7.3.4             Place de la loi dans le plan de Dieu  — La justification par la foi

7.4      Unité de dessein et de pensées divines dans divers sujets de l’Écriture

7.4.1             Christ le Fils de l’homme

7.4.1.1             Les souffrances qui devaient être la part de Christ et les gloires qui suivraient — Christ, et les croyants attendant la gloire, dans un monde ennemi

7.4.1.2             Souffrances et gloire de Christ selon les Ps. 2 et 8 et les citations du NT

7.4.1.3             Souffrances et gloires de Christ, selon Daniel et Ps. 80

7.4.1.4             Souffrances et gloires du Fils de l’hmme selon les Évangiles

7.4.1.4.1          Matthieu, Marc et Luc

7.4.1.4.2          Jean

7.4.1.4.3          Vérités manifestées par ces souffrances et ces gloires de Christ

7.4.1.5             Souffrances et gloire de Christ selon Actes 7 et Apocalypse

7.4.2             Unité de dessein et de pensées divines dans divers sujets de l’Écriture : les fêtes d’Israel

7.4.2.1             La Pâque

7.4.2.2             La Pentecôte

7.4.2.3             La fête des Tabernacles

7.4.3             Unité de dessein et de pensées divines dans les sacrifices et les types

7.4.4             Unité de dessein et de pensées divines dans l’histoire du peuple

7.4.5             Encore les sacrifices

7.5      Unité de dessein et de pensées divines dans des parties de l’Écriture à plusieurs auteurs

7.5.1             Les Évangiles : origine, auteurs, inspiration, effets sur le coeur et la conscience

7.5.1.1             Matthieu : Messie, Emmanuel, Jéhovah, Fils de Dieu, présenté à Israël avec tous les principes qu’il apportait, et rejeté pour faire place à des conseils plus profonds et à un salut plus excellent

7.5.1.2             Marc

7.5.1.3             Luc : la grâce qui atteint au delà des promesses à Israël ; le Fils de l’homme en qui cette grâce est venue

7.5.1.4             Jean

7.5.1.5             Scène finale de la vie du Seigneur dans les évangiles

7.5.2             Unité de dessein et de pensées divines dans les Psaumes

7.5.3             Enseignements de Pierre, Paul et Jean : leurs spécificités, mais le même évangile

7.6      Témoignages extérieurs sur l’unité de l’Ancien Testament

8     Conclusion

 

1                    Besoin d’un révélation de Dieu

1.1   Importance d’avoir une révélation de Dieu authentique

Voici évidemment une question de toute importance : Avons-nous une révélation de la part de Dieu ; une communication de ses pensées sur laquelle nous puissions nous appuyer avec sécurité ? Existe-t-il quelque chose de positif, qui soit connu avec certitude et qui me permette de dire : J’ai la vérité de Dieu ? Ai-je de la part de Dieu une révélation de sa pensée, authentique et revêtue d’autorité, une révélation par laquelle Dieu lui-même me dise ce qu’Il est ?

 

1.2   Pas de révélation de Dieu parmi les hommes — paganisme, philosophes, Islam, chrétienté

Je ne puis avoir de confiance en l’homme. L’homme qui n’a pas eu une telle révélation, est plongé, dans la dégradation la plus complète et la plus profonde. Je ne puis me fier à l’église ou aux docteurs. Église et docteurs ont leur histoire, et l’on sait ce qu’elle est. De nos jours, ils sont comme un roseau qui se brise en perçant la main qui s’y appuie. De quel côté donc me tourner pour trouver la vérité que je puisse aimer, sur laquelle je puisse me reposer et dont je puisse dire : Voilà ce que Dieu m’a donné et qui me vient de lui-même ? Pour cela deux choses sont nécessaires : d’abord une révélation de la part de Dieu, car si tout homme est menteur, là sera la vérité. Ensuite il faut que cette révélation soit communiquée d’une manière authentique, afin que je puisse compter sur elle.

C’est un fait que, sans une révélation, les hommes n’ont connu ni Dieu, ni son caractère.

Le paganisme universel, civilisé ou non, en est la preuve. Les hommes n’ont pas aimé garder la connaissance de Dieu, quand il leur a été révélé. On ne saurait prétendre que le culte de Lingam et de Yoni, des chats, des singes et des fétiches, soit une vraie connaissance de Dieu. Toutes ces religions diverses prouvent que l’homme a besoin d’un Dieu, et qu’il ne peut s’en passer ; mais, en même temps, elles sont la démonstration qu’il lui est impossible de trouver Dieu, ou qu’il ne veut pas le recevoir.

Voici donc comment la question se présente : Je regarde autour de moi pour trouver Dieu et sa vérité. Le paganisme ne peut me conduire à Lui ; il déifie les passions de l’homme et le pousse à la dernière dégradation. Je ne vois parmi les païens aucun homme qui ne soit dépourvu de sens moral.

On objectera peut-être Platon et ce qu’il dit de Dieu. Qu’enseigne-t-il donc en réalité ? Le communisme le plus grossier. Ce qu’il veut, c’est la communauté des femmes et de tout ; pour lui, hommes et femmes ne sont destinés qu’à procréer des citoyens pour la république. Le Dieu suprême, suivant lui, ne peut entrer en communication directe avec la créature ; c’est par l’intermédiaire des démons, ou médiatement peut-être par le Logos. Chose étrange à dire, Platon a été, avec les rabbins, l’inventeur du purgatoire, et la dernière forme de sa doctrine a donné naissance à l’arianisme.

Trouverai-je la vérité parmi les mahométans avec leur paradis de houris là-haut et le glaive ici-bas ? Le Koran, même pour l’observateur le plus superficiel, n’est qu’une misérable imposture, un amas de prétendues révélations inventées suivant l’occasion qui les faisait naître. Le Koran ou «l’épée» n’est pas une révélation de Dieu, si ce n’est comme plaie judiciaire infligée à la chrétienté.

Les Juifs ne peuvent me parler de Dieu, rejetés de Lui comme ils le sont, suivant leurs propres Écritures. Apprendrai-je à le connaître chez les jésuites, dont les intrigues troublent toutes les nations sous le ciel ? Sera-ce auprès du pape, dont l’infaillibilité n’est crue que par ses partisans les plus grossièrement ignorants, et à laquelle l’histoire donne le démenti le plus éclatant ? Irai-je me prosterner devant les idoles d’or qui représentent la mère de Dieu, comme l’on dit, et qui sont érigées en public partout où il y a possibilité de le faire ? Est-ce là que mon âme trouvera son lieu de repos ?

Me tournerai-je vers les protestants ? Mais le plus grand nombre de leurs docteurs, sur la plupart des points, ne suivent que leur raison. Du puseyisme au libéralisme, j’ai le choix, parmi eux, entre les opinions et les hérésies sans nombre qui se contredisent et se détruisent l’une l’autre. Me dira-t-on qu’il y a un accord réel entre les diverses professions de foi évangéliques des grands corps protestants ? Je ne l’admets pas entièrement ; Luther ne le pensait pas. Elles s’accordent presque toutes sur un point : la régénération baptismale. Mais quand je demande si les docteurs croient aux formulaires qu’ils signent, il n’y en a pas un ; ce sont pour eux des choses surannées.

 

1.3   La révélation de Dieu trouvée dans Sa Parole (La Bible)

Que dois-je faire ? Dire avec Pilate : Qu’est-ce que la vérité ? puis me laver les mains en désespoir de cause et abandonner Christ à ses ennemis ? Non ; nous avons la Parole de Dieu sur laquelle nous pouvons nous appuyer.

 

2                    Attaques contre la Bible

2.1   La Parole de Dieu démolie par les savants

Ah ! enfin j’ai trouvé quelque chose : Dieu révélé d’une manière digne de Lui ! Mais voici le coup le plus cruel ; — ce n’est pas, me dit-on, la parole de Dieu. C’est une compilation de diverses traditions et documents faite quelque sept ou huit siècles après le temps où elle prétend avoir été écrite ; documents et traditions tirés Dieu sait d’où (mais ne venant pas de Lui), et composés Dieu sait par qui. Ce livre, affirme-t-on, se compose en partie d’une loi mise au jour sept ou huit cents ans après l’époque où l’on dit qu’elle fut écrite, quelques-uns de ses documents étant reconnus comme existant peut-être déjà à cette date ; en partie de prétendues prophéties rassemblées par quelque compilateur et mises fréquemment sous le nom de quelqu’un auquel elles n’appartiennent pas. Un long conflit, dit-on, a subsisté entre l’élément moral et l’élément cérémoniel ou sacerdotal, mais le premier a triomphé au temps d’Esdras, et seulement alors, bien que, selon ce qu’on affirme, les Israélites n’eussent jamais eu la loi telle qu’elle est, avant le règne de Josias. Et cependant, chose étrange à dire, le parti qui remporte la victoire ne s’en sert que pour fixer la nation dans le cérémonialisme et sous l’autorité d’une tradition sacerdotale, comme elle ne l’avait jamais été auparavant ! De plus, outre les deux principaux documents d’après lesquels l’histoire des premiers temps aurait été compilée, et les autres fragments qui y auraient été adaptés par le compilateur, on prétend avoir découvert un autre auteur dont les écrits s’entremêlent avec ceux des deux principaux, et dont l’objet est de relever l’importance des ancêtres de l’Israël du nord. Les prophètes, ajoute-t-on, prétendent bien à une vue intuitive venant de Dieu ; mais leur grand objet n’était pas les événements à venir.

Telles sont les Écritures, si nous en croyons ces savants. Elles ne sont pas la parole de Dieu, mais une compilation incertaine, fruit des progrès de l’histoire d’Israël ; provenant en partie des sacrificateurs, sous lesquels la loi parvint à sa maturité, sans être jamais complète jusqu’à Esdras ; en partie des prophètes luttant contre les principes sacerdotaux (non pas, remarquez-le contre leurs péchés envers Dieu, ou contre leurs infractions à la loi qui alors n’était pas encore formulée) ; en partie enfin de la vie laïque au sein du peuple. Tels sont les facteurs (c’est l’expression consacrée) de l’Ancien Testament. Quant au Nouveau, on consent à admettre que quatre épîtres soient de Paul ; elles sont dit-on, l’expression la plus élevée de la vie spirituelle chez le chrétien ; le reste est falsifié ou douteux, et en grande partie une tentative comparativement moderne, ayant pour but de concilier les factions de Paul et de Pierre dans l’Église, ou bien un fruit tardif de la philosophie et des rêveries alexandrines, ou du symbolisme juif.

 

2.2   La Parole de Dieu rejetée par le clergé au profit des spéculations incrédules

Il ne faut pas s’étonner qu’une très grande partie du clergé protestant en France ait déclaré ne vouloir rien signer, ni le symbole des apôtres, ni aucune confession de foi, admettant bien, sans doute, qu’il faut croire quelque chose, mais ne sachant pas encore quoi ; tandis que les pauvres laïques, moins savants, mais plus simples, s’écrient : «Pourtant, si nous sommes des chrétiens, il nous faut un Christ quel qu’il soit». Voilà où nous a conduits ce que l’on nomme l’Église. Il n’y a pas maintenant «des cérémonies et des traditions sacerdotales combattues et corrigées par des prophètes prétendant à une intuition divine», mais nous voyons des cérémonies et des traditions sacerdotales et ecclésiastiques, qui apportent à l’âme le dégoût et l’ennui, quand elles ne la poussent pas à chercher dans le papisme un libre refuge ; ou bien qui aboutissent à une incrédulité froide et sans profondeur, se nourrissant de spéculations revêtues d’une fausse apparence historique, sans que ceux qui s’y livrent aient jamais pénétré au-dessous de la surface et saisi le moins du monde, d’une manière spirituelle, la substance de ce qui est à leur porte et devant leur coeur. Ces raisonnements, ces théories et hypothèses, qui se succèdent sans cesse et se remplacent les unes les autres, peuvent faire grand bruit et produire un certain effet, mais ceux qui les inventent et les soutiennent ne sont pas enseignés de Dieu. À un dogmatisme sans vie, ils n’ont pas substitué un système fondé sur la certitude, mais l’ont changé en une incrédulité et un scepticisme spéculatifs.

 

3                    La Parole de Dieu dans la Bible : une évidence pour les simples

Où est donc la parole de Dieu ? Là où elle a toujours été, comme la lumière dans le soleil. L’homme a pu observer dans cet astre des taches et des focules, ou espaces plus lumineux que le reste du disque ; on découvrira, peut-être, que les taches ont un rapport quelconque avec les aurores boréales et les perturbations magnétiques, mais ceux qui ont des yeux marchent, comme ils l’ont toujours fait, à cette pleine et brillante lumière du jour que Dieu nous a donnée. La parole de Dieu brille aussi comme toujours, et l’entrée de cette parole illumine et donne de l’intelligence aux simples. Ceux-là ont une nature qui peut estimer, dans la parole de Dieu, le vrai caractère qu’il lui a donné, nature que ces savants n’ont pas, car il a caché ces choses aux sages et aux intelligents et les a révélées aux petits enfants (Matt. 11:25). «Ils seront tous enseignés de Dieu» (Jean 6:45), telle est la déclaration du Seigneur et du prophète pour ceux qui sont capables d’entendre.

 

3.1   Comment l’Ancien Testament a été formé

Personne ne peut contester que le recueil des écritures de l’Ancien Testament n’existât sous la forme qu’il a actuellement, un certain temps avant que le Seigneur fût sur la terre. En effet, Christ reconnaît la division qui existe maintenant. Ce travail de collection a été attribué au grand sanhédrin ou à Esdras, mais, quoiqu’il en soit, le recueil a été formé. L’historien Josèphe est très explicite sur ce point. Il n’y a pas chez nous, dit-il, une multitude de livres ; nous n’en avons que vingt-deux (*). Il ajoute qu’il y a eu des histoires et des écrits composés depuis le temps d’Artaxerxès, mais qu’ils n’avaient pas la même autorité, parce qu’il n’y avait point alors de prophètes. Nous pouvons rendre grâces à Dieu de ce que le recueil des Écritures a été formé. Que l’histoire de Ruth ait été réunie au livre des Juges ou les Lamentations à Jérémie, ou bien que ces deux livres aient été ensuite relégués parmi les Kétubim, ou écrits non prophétiques, cela n’a aucune importance. Leur place dans l’histoire est claire pour tout lecteur même superficiel. Pour le croyant, il n’importe pas de savoir qui a écrit Ruth. Il reçoit tous ces livres comme la parole de Dieu ; c’est Dieu qui en est l’auteur. C’est, comme l’exprime Matthieu : upo Kurion dia profhton «dit par le Seigneur par le moyen du prophète» [Matt. 1:22 : afin que fut accompli ce que le Seigneur a dit par le prophète]. Il est vrai aussi qu’en rassemblant ces livres, on peut y avoir ajouté de courtes notes, telles que : «Elles y sont demeurées jusqu’à ce jour» (Josué 4:9), ou autres semblables. Il y en a, et elles ont leur intérêt dans une histoire donnée de Dieu, mais elles n’affectent en rien la révélation. Le livre montre clairement que, comme ensemble, il est inspiré et ordonné dans sa structure par Dieu lui-même, et quand les diverses parties en ont été réunies pour faire cet ensemble, l’ordre divin établi par la main et la sagesse de Dieu peut se trouver aussi bien dans ces notes que partout ailleurs. La question est celle-ci : Ce livre nous est-il donné de Dieu, comme une révélation ? A-t-il été donné tel que nous l’avons maintenant ? Ce qu’il contient est-il révélé de Dieu, ou bien sont-ce les pensées de l’homme ?

(*) Les Juifs, à l’époque du Seigneur, partageaient l’Ancien Testament en vingt-deux livres, de la manière suivante : 1° Les cinq livres de Moïse ou la Loi ; 2° treize livres des prophètes, savoir : Josué, les Juges et Ruth ; les deux livres de Samuel, les Rois et les Chroniques ; Ésaïe, Jérémie et les Lamentations, Ézéchiel, Daniel, les douze petits prophètes ; Job, Esdras, Néhémie, Esther ; 3° les Hagiographes ou écrits saints, savoir les Psaumes, les Proverbes, l’Ecclésiaste et le Cantique. Ces quatre derniers portaient le nom général de Psaumes. En disant la loi, les prophètes et les psaumes (Luc 24:44), on disait toute l’Écriture.

 

3.2   Ce que la Bible affirme sur elle-même : une imposture n’est pas croyable

La Bible professe nous donner le récit de toutes les voies de Dieu depuis la création (et même, en conseil, dès avant la création), jusqu’à ce que le Seigneur vienne ; oui, jusqu’à la fin des temps, lorsque Dieu pourra dire : Gegone, c’est fait. Je suis l’Alpha et l’Oméga, le commencement et la fin» (Apoc. 21:6). Elle professe de plus nous donner une révélation du Père dans le Fils. Une entreprise aussi immense est-elle une révélation de Dieu, ou bien ne serait-ce que le résultat du développement de la vie nationale chez un petit peuple insignifiant, ainsi que le prétendent ces critiques qui ne savent pas y voir davantage. «Personne n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître» (Jean 1:18). Cela est-il une révélation de Dieu ou non ? C’est-à-dire les écrits qui me le rapportent, sont-ils de Dieu, et les possédé-je tels que Dieu nous les a donnés ? car autrement ce n’est une révélation ni pour moi, ni pour personne.

Ce sont là des questions sérieuses. L’entreprise elle-même démontre quel est son auteur. Si elle venait de l’homme, qu’aurions-nous ? Pour répondre, nous n’avons qu’à considérer ce qui existe en dehors de ce livre merveilleux. Et cependant, d’après les théories dont j’ai parlé, il n’est qu’une imposture, car quel autre nom donner à des récits composés des centaines d’années après la date qu’on leur assigne, comme s’ils avaient été écrits par inspiration à cette date ? Et cela viendrait de cette nation même qui était constamment emportée dans le courant de l’idolâtrie et que ces livres condamnent ! De plus, (combien la race de ces savants n’est-elle pas crédule !) ceux que l’on prétend avoir forgé ces livres auraient persuadé au peuple juif que la loi qui le condamnait, il l’avait toujours eue comme loi venant de Dieu lui-même ; tandis que, s’il faut en croire nos modernes docteurs, et leurs allégations relatives à Josias (*), les Israélites n’auraient jamais eu la loi avant cette époque. C’était, suivant eux, une chose toute nouvelle, ou tout au plus arrangée pour l’occasion, d’après quelques vieilles traditions tirées de divers antiques documents. Remarquez ensuite, car il faut bien le dire, que Christ et ses apôtres, envoyés de Dieu, confirmaient volontairement cette supercherie ou trompaient à dessein le peuple et tous ceux qu’ils enseignaient. Enfin, par-dessus tout, est-il croyable qu’une imposture soit la plus sainte production qui ait jamais apparu dans le monde, portant, pour tous ceux qui ont quelque sens moral, une empreinte divine que nul autre écrit ne possède ? Comme le dit Rousseau, inventer une vie telle que celle de Christ serait un plus grand miracle que d’être Christ.

(*) De Wette conclut du fait qui est rapporté en 2 Chroniques 34:14, que le livre de la loi pourrait bien avoir été fabriqué par le parti sacerdotal.

 

3.3   Christ affirmant la vérité et l’autorité de l’Écriture

Je toucherai à quelques-unes des raisons que l’on allègue pour établir ces théories, mais d’abord je m’occuperai du livre lui-même. En tout premier lieu, il faut remarquer que Christ et ses apôtres le regardent comme formant un tout, ayant un caractère bien connu et qui lui est propre. «L’Écriture ne peut être anéantie» (Jean 10:35). «Il leur ouvrit l’intelligence pour entendre les Écritures» (Luc 24:4, 5). «Sondez les Écritures» (Jean 5:39). C’était donc un recueil, dont l’autorité était reconnue, et du Seigneur lui-même et de ceux auxquels il s’adressait. Et, pour parler avec plus de précision encore, il le reconnaissait, tel que nous l’avons maintenant, et tel que les Juifs l’avaient alors. «Il fallait», dit-il, «que toutes les choses qui sont écrites de moi dans la loi de Moïse, et dans les prophètes, et dans les Psaumes, fussent accomplies» (Luc 24:44). Ici nous avons la Torah (la loi), les Nebaim (les prophètes), les Kétubim (les hagiographes), — ces trois divisions distinguées par les Juifs.

Christ reconnaissait donc ce que nous nommons l’Ancien Testament, tel que nous l’avons et tel que les Juifs le possèdent aussi. Mais il va plus loin, il le reconnaît dans son caractère actuel et dans ses auteurs. «Moïse ne vous a-t-il pas donné la loi, et nul d’entre vous n’observe la loi ?» (Jean 7:19). «C’est pourquoi Moïse vous a donné la circoncision (non qu’elle soit de Moïse, mais elle est des pères)» (v. 22). «Il y en a un qui vous accuse, Moïse, en qui vous espérez ; car si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, car lui a écrit de moi. Mais si vous ne croyez pas ses écrits, comment croirez-vous mes paroles ?» (Jean 5:45-47). Et encore : «Abraham lui dit : Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent. Et il dit : Non, père Abraham, mais si quelqu’un va des morts vers eux, ils se repentiront. Et il lui dit : S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne seront pas non plus persuadés si quelqu’un ressuscitait d’entre les morts » (Luc 16:29-31). Combien cela a été vrai des pauvres Juifs et combien ce l’est aussi des malheureux incrédules ! Le christianisme et la résurrection du Seigneur ne servent de rien si l’on ne croit pas Moïse et les prophètes, c’est-à-dire leurs écrits, car les Juifs les avaient certainement. «Il a écrit de moi. Mais si vous ne croyez pas ses écrits, comment croirez vous mes paroles ?» (Jean 5:46, 47).

Et remarquez encore ici que tout ce dont on fait aujourd’hui une difficulté : la version des Septante (*), les additions du «compilateur» (**), tout cela existait alors. C’était la même collection, telle que nous l’avons, dont Christ reconnaît l’autorité, sur laquelle il insiste, et qui pour lui sont les écrits de Moïse.

(*) La version des Septante, traduction grecque du texte hébreu, souvent citée par le Seigneur et les apôtres inspirés. On fait une difficulté de ce qu’elle ne rend pas toujours littéralement le texte hébreu.

(**) Le «compilateur», c’est l’auteur inconnu qui, suivant les rationalistes, aurait rassemblé et fondu divers documents pour en former le Pentateuque, en y ajoutant ce qui lui semblait nécessaire, puis faisant passer le tout pour écrits de Moïse.

Mais de plus, après sa résurrection, non plus lorsqu’il avait affaire avec les Juifs qui reconnaissaient ces Écritures, mais parlant de lui-même à ses disciples, le Seigneur, «commençant par Moïse et tous les prophètes, leur exposait dans toutes les Écritures les choses qui le concernaient» (Luc 24:27). Pouvez-vous vous représenter le Christ ressuscité expliquant à ses disciples une collection de vieux documents mal compilés et contradictoires, que l’on prétendait faussement être Moïse et les prophètes ? Ce n’est pas tout. On dira peut-être (car jusqu’où la folie de l’incrédulité savante ne va-t-elle point ?) qu’il ne leur expliquait que les choses qui le concernaient. «Ce sont ici», dit-il, «les paroles que je vous disais quand j’étais encore avec vous, qu’il fallait que toutes les choses qui sont écrites de moi dans la loi de Moïse, et dans les prophètes, et dans les psaumes, fussent accomplies. Alors il leur ouvrit l’intelligence pour entendre les Écritures. Et il leur dit : Il est ainsi écrit» (Luc 24:44-46). Ah ! la parole écrite, voilà ce à quoi il attachait de la valeur. Est-il possible de s’imaginer le Seigneur ressuscité, ouvrant avec une puissance divine l’esprit des disciples, afin qu’ils comprissent une compilation faussement attribuée à Moïse et à d’autres ! Qu’il ouvre l’esprit afin que nous puissions comprendre la parole divine, on le conçoit aisément, et, si nous sommes enseignés de Dieu, nous savons combien cela nous est nécessaire ; mais le faire pour une imposture, pour des écrits qui prétendent être ce qu’ils ne sont pas, c’est ce qui ne peut être admis que par un rationalisme qui se nourrit de vaines spéculations. Mais «l’injuste ne connaît pas la honte» (Sophonie 3:5).

Comme nous l’avons vu, le Seigneur reconnaît les prophètes : bien plus, il nomme spécialement celui qui, de tous, est le plus mis en question : Daniel. «L’abomination de la désolation dont il a été parlé par Daniel le prophète» (Matth. 24:15). Ces mots sont contestés dans Marc, mais non pas dans Matthieu, et la variante de Marc confirme l’authenticité du texte de Matthieu. En outre, le Seigneur affirme que les commandements donnés par Moïse ont été prononcés par Dieu : «Car Dieu a commandé, disant : Honore ton père et ta mère» (Matth. 15:4). Il cite aussi Ésaïe : «Ésaïe a bien prophétisé de vous, disant : Ce peuple m’honore des lèvres» (v. 7). Ces paroles se trouvent dans la première partie de la prophétie, mais le Seigneur cite aussi la seconde partie, celle du «grand inconnu», comme disent ces critiques (*). «On lui donna le livre du prophète Ésaïe ; et, ayant déployé le livre, il trouva le passage où il est écrit : L’esprit du Seigneur est sur moi... Et il se mit à leur dire : Aujourd’hui cette écriture est accomplie, vous l’entendant». Il accepte ce livre comme étant Ésaïe, et affirme, ce qui est de beaucoup plus grande importance, ce qui, en réalité, est seul important, que ce livre est de Dieu lui-même (Luc 4:17-21). Dans le même chapitre, nous voyons le Seigneur reconnaître comme authentique le livre des Rois et l’histoire d’Élie et d’Élisée. Plus loin, il met de nouveau directement son sceau sur l’authenticité de la dernière partie d’Ésaïe, en citait la prophétie relative à Jean le baptiseur (Luc 7:27 ; Ésaïe 40:3). J’ai à peine besoin d’appeler l’attention sur d’autres passages.

(*) Ils prétendent que les derniers chapitres à partir du ch. 40 ne sont pas d’Ésaïe, mais d’un auteur inconnu.

Les discours, la vie et tout ce qui était l’expression de l’âme du Seigneur, va nécessairement bien au delà de ces écritures, et montre que ce qui appartenait à l’ancienne alliance devait être mis de côté pour l’accomplissement, de conseils infiniment plus glorieux : Lui-même nous dit que la loi et les prophètes ont été jusqu’à Jean, et que, dès lors, le royaume de Dieu était annoncé ; mais, en lisant les évangiles avec simplicité, on trouvera que tous les discours et la vie entière de Jésus sont imprégnés de la vérité que présentent la loi et les prophètes, comme nous les avons dans les Bibles ordinaires, rendant ainsi témoignage à leur authenticité, tels qu’ils sont actuellement, tellement qu’il faudrait en arracher toute la révélation de Christ pour ébranler l’autorité de la loi et des prophètes. Il n’était pas venu, dit-il, pour les abolir, mais pour les accomplir. Pour accomplir quoi ? Une misérable compilation du temps d’Esdras, ou des documents fragmentaires réunis par un homme et ayant acquis graduellement l’autorité d’une loi inconnue au commencement ? ou bien est-ce pour accomplir la parole de Dieu, donnée par inspiration à Moïse et à ceux que Jéhovah avait envoyés ? Jésus naquit à Bethléem, parce que, par la volonté de Dieu, le prophète l’avait ainsi annoncé. Il est mort, parce que sans cela, comment auraient été accomplies les Écritures qui disent qu’il en devait être ainsi ? Jusqu’à ce que le ciel et la terre passent, un seul iota ou un seul trait de lettre ne passera point de la loi que tout ne soit accompli.

 

3.4   Les apôtres confirment partout l’authenticité de l’AT

Examinons maintenant ce que disent les serviteurs de Christ après qu’il eut été rejeté, je veux dire les apôtres et les écrivains du Nouveau Testament. Les apôtres, ceux qui avaient été revêtus d’autorité et envoyés par Lui pour annoncer la vérité chrétienne, et qui, pour ce service, étaient inspirés par le Saint-Esprit, les apôtres et les autres écrivains inspirés du Nouveau Testament affirment, ou, ce qui dans un certain sens est plus fort, supposent partout que l’Ancien Testament — tel que nous l’avons, en commun avec les Juifs, ennemis du christianisme, mais, en cela, témoins avec lui — est un livre inspiré, écrit par ceux auxquels il est attribué, et donné de Dieu.

 

3.4.1       Épîtres de Paul

Je prendrai d’abord les grandes épîtres de Paul, comme on les nomme, celles que l’un des principaux chefs du rationalisme moderne admet comme le sûr fondement du christianisme historique, et je commencerai par l’épître aux Romains, quoique, dans l’ordre chronologique, elle soit la dernière des quatre. L’apôtre Paul, comme il nous le dit lui-même, avait été mis à part pour l’Évangile de Dieu, lequel il avait auparavant promis par ses prophètes dans de saintes Écritures, touchant son Fils, Jésus-Christ, notre Seigneur, né de la semence de David selon la chair (Rom. 1:1-4). Ici, de saintes Écritures, de saints écrits sont reconnus ; les prophètes sont des prophètes de Dieu, et tout le système annoncé par eux relativement à la promesse faite à la semence de David, et qui se déroule à travers les écrits prophétiques et les Psaumes, depuis Samuel, et dans tous les prophètes, ce système entier, dis-je, est pleinement et clairement admis. Paul fonde sur ces écrits son propre enseignement, en ajoutant nécessairement le fait de la résurrection. «Quel est donc l’avantage du Juif ?» demande Paul. «Grand de toute manière», répond-il. Et en quoi principalement ? — «D’abord, en ce que les oracles de Dieu leur ont été confiés» (Rom. 3:1-2). Tels étaient ces saints écrits. La bénédiction spéciale des Juifs, c’est qu’ils possédaient les oracles de Dieu. — Pauvre Paul ! être ignorant à ce point ; c’est qu’il n’avait pas, comme j’ai entendu quelques-uns dire, «les lumières de la science moderne». Mais quelle était la portée de cette déclaration relative aux Juifs ? C’est que l’incrédulité de l’homme ne peut pas anéantir la fidélité de Dieu. Ces oracles étaient si entièrement de Lui, que sa fidélité se trouvait engagée dans leur accomplissement. Ensuite, Paul montre que Juifs et gentils sont tous sous le péché. Comment le fait-il ? «Il est écrit», lisons-nous (3:10). Les Psaumes et Ésaïe sont cités pour prouver cette assertion, et, quant au dernier, le passage est tiré précisément de la partie qu’on nie être de ce prophète, pour l’attribuer au «grand inconnu» (Ésaïe 59). Il peut sembler fastidieux de citer tant de textes ; je le fais pour montrer qu’il ne s’agit pas simplement d’une citation destinée à soutenir une thèse, mais que les apôtres vivaient dans ce que les rationalistes modernes nient être la parole inspirée de Dieu, et qu’ils en faisaient la base de leur enseignement.

«Que dit l’Écriture ?» (Rom. 4). «Et Abraham crut Dieu et cela lui fut compté à justice». Ici, la Genèse est reconnue comme étant l’Écriture, la parole de Dieu. Ensuite, Paul montre David exprimant la béatitude de l’homme à qui Dieu compte la justice sans les oeuvres, et ainsi il reconnaît l’authenticité des Psaumes. Au v. 17, c’est de nouveau la Genèse qui est citée avec les mots «il est écrit». Prenons le ch. 5, depuis le v. 13 : «Jusqu’à la loi le péché était dans le monde... mais la mort régna depuis Adam jusqu’à Moïse», c’est-à-dire jusqu’à la loi. Nous voyons donc ici toute l’histoire de la Genèse, relative à la chute d’Adam, placé sous une loi (celle qui lui défendait de manger du fruit de l’arbre), puis le temps qui s’écoula jusqu’à Moïse, durant lequel il n’y avait pas de loi exprimée, mais où la mort a régné par le péché d’Adam ; ensuite, la loi donnée par Moïse changeant le terrain sur lequel l’homme se trouvait, non quant au péché et à la mort, mais quant à la transgression, alors qu’il y eut une loi formelle (cela eut donc lieu dans les deux cas d’Adam et de Moïse) ; nous voyons, dis-je, toute cette histoire envisagée non pas comme une compilation de documents élohistes et jéhovistes, mais comme l’exposé fait par Dieu même de l’état moral tout entier de l’homme devant Lui, jusqu’à ce que la grâce eût été rejetée ; grâce annoncée en effet dans l’évangile, et qui, maintenant, enseignée par l’apôtre, dans cette épître, répond effectivement aux besoins de l’homme. Quelque précieux qu’il soit, je n’ai pas à m’occuper ici de ce sujet.

Je passe par-dessus quelques passages qui confirment cet emploi de l’Ancien Testament, et je m’arrêterai un moment sur le ch. 9. Paul y déclare combien les Israélites lui sont chers, comme ayant la loi et les promesses, et même Christ selon la chair. Mais où voit-on qu’il en est ainsi, tandis qu’ils sont un peuple rejeté ? «Ce n’est pas cependant comme si la parole de Dieu avait été sans effet», dit Paul ; et il cite toute l’histoire de la Genèse, montrant ainsi que pour lui elle est la parole de Dieu ; puis il cite l’Exode, premièrement en déclarant que Dieu parla à Moïse, et ensuite dans ce qui se rapporte à Pharaon. Dans ce dernier cas, Paul emploie ces paroles : «L’Écriture dit au Pharaon : C’est pour cela même que je t’ai suscité» ; pour Paul, ce que disait l’Écriture était ce que Dieu prononçait. Plus loin, c’est Dieu qui parle en Osée : «Il dit en Osée». Puis c’est Ésaïe, dont il emprunte les paroles, qui ont pour lui la même autorité que celles que Dieu prononce en Osée. Partout nous trouvons cette même autorité attribuée à l’Écriture. Si Paul parle de la loi (ch. 10), c’est Moïse qui «décrit la justice qui vient de la loi» ; et remarquez que les paroles citées sont tirées du Deutéronome, que l’apôtre regarde donc comme écrit par Moïse. Pour nos critiques modernes, au contraire, ce livre est la loi deutéronomique, reconnue pour la première fois par Jérémie, au temps de Josias ; peut-être même, si l’on en croit d’autres, provient-elle de la dernière main de toutes celles qui ont écrit ce recueil. Pour l’apôtre Paul, le Deutéronome était de Moïse, de même que le «grand inconnu», qu’il cite plus loin, était aussi pour lui Ésaïe même. «Car Ésaïe dit : Seigneur, qui est-ce qui a cru à ce qu’il a entendu de nous ?» (Rom. 10:26 ; Ésaïe 53:1). Puis il revient encore au Deutéronome (v. 19) et à la seconde partie d’Ésaïe (v. 20), qu’il nomme de nouveau. Au ch. 11, c’est le livre des Rois dont Paul reconnaît l’authenticité. «Dieu n’a point rejeté son peuple, dit-il. Comment saurai-je que c’est bien la pensée de Dieu ? «Ne savez-vous pas», répond l’apôtre, «ce que l’Écriture dit dans l’histoire d’Élie ?... Mais que lui dit la réponse divine ?» Je puis donc compter sur l’Écriture comme me donnant la pensée et le dessein de Dieu. Si Israël a été aveuglé pour un temps (11:8), c’est, dit Paul, «selon qu’il est écrit», et il cite Ésaïe 29. Puis il ajoute : «Et David dit» ; les Psaumes étaient donc un vrai témoignage de Dieu relativement aux choses qui allaient arriver. Au ch. 15, le Deutéronome est encore cité comme la parole de Dieu, avec la formule : «Il dit» ; il en est de même des Psaumes et d’Ésaïe.

Les citations sont moins nombreuses dans les épîtres aux Corinthiens, qui traitent les questions de détail relatives à la marche de l’Église, mais l’Ancien Testament y est aussi tenu pour un livre divin. La loi est la loi de Moïse (9:9), et ce qui y est dit exprime la pensée de Dieu : «Dieu s’occupe-t-il des boeufs ?» Ce que Moïse enseignait était de Dieu. L’histoire rapportée dans l’Exode et celle du désert, sont le récit que Dieu donne de ses voies envers son peuple pour servir à notre instruction (1 Cor. 10:1-14). Au chapitre suivant, v. 9, la création d’Adam et d’Ève (Gen. 2) est rappelée comme un récit divin, propre à servir de base à des devoirs moraux. Le ch. 15:54, 55, emploie les paroles d’Ésaïe et celles d’un autre prophète, en rapport avec la résurrection. En 2 Cor. 3, le fait de Moïse voilant sa face est tiré de l’Exode, pour montrer le vrai caractère de la loi et l’état d’Israël.

Nous trouvons la même chose dans l’épître aux Galates. Prenez le ch. 3 ; l’apôtre en appelle au Pentateuque, comme à un témoignage sûr et certain pour la foi, et l’Écriture est présentée comme la parole même de Dieu. «L’Écriture, prévoyant que Dieu justifierait les nations sur le principe de la foi, a d’avance annoncé la bonne nouvelle à Abraham : En toi toutes les nations seront bénies». L’Écriture a parlé ; rien ne peut être plus fort pour l’apôtre inspiré. Et ce n’est pas tout. Ce qu’enseigne la Genèse, ainsi que les promesses qui y sont faites et confirmées (Gen. 12, 22), puis l’histoire de ce qui s’est passé au mont Sinaï, toutes ces choses sont prises dans leur ordre chronologique comme la base des voies de Dieu. Une promesse faite sans conditions ne peut être annulée ni modifiée par aucune addition, telle que la loi, donnée 430 ans plus tard. Après avoir posé ce principe, Paul fait voir que tout ce qui a été dit à ce sujet a été accompli en Christ au temps convenable. La place que la loi tient dans les voies de Dieu et les diverses époques de ces voies, sont prises par l’apôtre pour base de son argumentation et du vrai caractère du christianisme. La promesse fut donnée de Dieu, et Christ en est l’accomplissement ; la loi vint entre deux, 430 ans après la promesse, et fut ajoutée à cause des transgressions, jusqu’à ce que fût venue la semence à qui la promesse avait été faite. Ce qui pour un rationaliste n’est qu’une compilation incertaine de fragments sans authenticité, et un résultat du développement de la vie nationale chez les Hébreux, est pour l’apôtre inspiré la révélation régulière et méthodique des voies de Dieu, telle que nous l’avons actuellement dans nos Bibles ; c’est la propre révélation que Dieu donne lui-même historiquement de ses voies, de manière à en former la base, sur laquelle repose le vrai caractère du christianisme qui était en question chez les Galates. Paul considère aussi les récits relatifs à Agar et à Sara, comme un sûr fondement pour appuyer son argumentation. Il n’a jamais une autre pensée. S’il fait son apologie devant le roi Agrippa, il déclare ne dire rien d’autre que ce que les prophètes et Moïse ont annoncé devoir arriver (Actes 26:22). Enfin, dans 2 Timothée 3, nous trouvons un témoignage formel rendu aux saintes Écritures, pour le temps où l’Église aurait bien encore la forme de la piété, mais en aurait renié la puissance, et l’apôtre y ajoute la déclaration positive que toute Écriture a été donnée par l’inspiration de Dieu.

 

3.4.2       Écrits de Jean

Jean affirme d’une manière formelle que la loi a été donnée par Moïse. Il rapporte la déclaration que fit Jean Baptiste à ceux qui avaient été envoyés de Jérusalem, et dans laquelle celui-ci cite (Jean 1:23) un passage de la dernière partie d’Ésaïe, comme étant bien de ce prophète, et comme accompli en Lui. C’est pour lui une prophétie certaine venant de Dieu. Ce qu’ont écrit Moïse dans la loi, de même que les paroles des prophètes, est tenu dans l’évangile de Jean pour une vérité connue et reçue ; il en est de même des Psaumes. Au ch. 2, nous lisons : «Le zèle de ta maison me dévore» (Ps. 69:9) ; au ch. 3, c’est Moïse qui éleva le serpent dans le désert, conformément à ce qui est rapporté dans les Nombres (ch. 21). La manne donnée par Moïse n’était pas le vrai pain du ciel (Jean 6) ; en prononçant ces paroles, le Seigneur reconnaît à la fois comme authentiques l’Exode et les Psaumes (Ex. 16 ; Ps. 78). Pour Jésus lui-même, «il est écrit dans les prophètes» (Jean 6:45) est une parole suffisante pour décider souverainement. «Pas un de ses os n’a été cassé», afin que l’Écriture fût accomplie (Jean 19:36) ; son côté a été percé pour la même raison : «Et encore une autre écriture dit : Ils regarderont vers celui qu’ils ont percé» (Zach. 12 — Jean 19:37).

 

3.4.3       Discours et épîtres de Pierre

Pierre, dans le discours qu’il prononça le jour de la Pentecôte (Actes 2), s’appuie sur l’autorité de Joël (ch. 2) et de David, dans le Psaume 16. Moïse est celui qui avait promis un prophète tel que lui (Actes 3, Deut. 18), et même Samuel et tous les prophètes avaient parlé de ces jours. Pierre montre les saints prophètes de tout temps, déclarant la bénédiction qui était encore à venir, les cieux ayant reçu Jésus jusqu’à ce moment. Le Psaume 2 s’accomplissait (Actes 4:25). Dans sa première épître, Pierre déclare d’une manière formelle que l’Esprit de Christ était dans les prophètes, qui étudiaient leurs propres prophéties pour savoir ce que Dieu voulait dire par elles (1 Pier. 1:11), et il cite Ésaïe, ce «qu’on trouve dans l’Écriture», comme une autorité sûre, attestant ce qui avait lieu alors (1 Pier. 2 :6). Le même apôtre confirme le récit du déluge au temps de Noé (1 Pier. 3:20).

 

3.4.4       Évangile de Matthieu

L’évangile de Matthieu, qui présente spécialement Christ comme le Messie des promesses, Emmanuel, et, quand il a été rejeté, la substitution en sa place du royaume en mystère (ch. 13), de l’Église (ch. 16), et du royaume en gloire (ch. 17), cet évangile base tout ce qu’il avance, sur le témoignage des anciens prophètes. Christ y est fils de David, fils d’Abraham. Les citations sont si nombreuses que je dois me borner à en mentionner le caractère formel, et une ou deux en particulier. Ce caractère est indiqué par l’expression upo (par) le Seigneur, dia (au moyen du) prophète, ce qui affirme d’une manière claire et définie la vraie portée des citations. Quelques unes présentent les événements qui arrivaient ; nous trouvons alors ina, afin que la prophétie fût accomplie ; d’autres fois c’est wste, — de sorte que fut accomplie ; ou encore tote, — alors fut accompli, quand il y a seulement une application de la prophétie. Dans Matthieu, la dernière partie d’Ésaïe est «Ésaïe le prophète» (3:3 ; 8:17 ; 12:17-21).

 

3.4.5       Ce qui ressort des écrivains du NT : authenticité des écrits et des écrivains

Je n’ai pas besoin de multiplier davantage les citations des écrivains du Nouveau Testament, outre une multitude d’allusions qui se trouvent dans ceux dont j’ai parlé, pour montrer que Christ et les apôtres acceptaient la Bible telle que nous l’avons (je veux dire la collection des livres de l’Ancien Testament dans son ensemble), et qu’ils l’acceptaient comme revêtue d’une autorité divine, comme la parole de Dieu, inspirée, et ayant pour eux une autorité absolue. C’est par elle que le Seigneur vainquit Satan ; c’est à elle que Satan eut recours pour couvrir sa ruse. L’homme devait vivre «de toute parole qui sort de la bouche de Dieu» (*). Telle est l’Écriture pour le croyant, par sa propre autorité intrinsèque. Les paroles de Christ et des apôtres portent avec elles une évidence que toutes les subtilités des rationalistes ne sauraient ébranler, quoiqu’ils se disent eux-mêmes chrétiens. L’autorité de Christ et des apôtres a plus de poids que les spéculations des hommes, basées par chacun sur quelque nouvelle imagination de son propre esprit, et qui, bien que servant en passant aux progrès de l’incrédulité, et ainsi à la ruine des espérances de l’homme, s’évanouissent avec l’influence de l’énergie intellectuelle qui les a créées.

(*) Toutes les répliques du Seigneur à Satan, sont tirées du Deutéronome, cité comme la parole de Dieu, — paroles sortant de sa bouche, suffisantes pour le Seigneur, suffisantes aussi pour réduire Satan au silence.

Pour résumer, je prierai seulement le lecteur de remarquer que ces citations prouvent en même temps l’authenticité des écrits et celle des écrivains ; elles montrent que les écrits sont bien de l’écrivain dont ils portent le nom ; que les vérités qu’ils renferment sont données de Dieu, et enfin, que la démonstration de ce que j’avance repose sur l’autorité de Christ et de ses apôtres. S’il nous fallait accepter le système des rationalistes, nous n’aurions absolument point de certitude relativement à aucune vérité de Dieu. Ceux qui objectent ont subtilement parlé d’autorité, mais il s’agit de certitude ; et, si les affirmations du Seigneur Jésus et des apôtres ne nous en donnent aucune, si elles sont incertaines et sans autorité, nous sommes donc abandonnés aux sombres brouillards de l’incrédulité, et un monde que l’histoire nous montre méchant et aveugle est laissé sans aucune communication certaine venant de Dieu.

 

3.5   L’AT : De grands desseins de Dieu en rapport avec l’homme, ou la petite histoire d’un petit peuple

Avant de passer aux preuves plus intéressantes et plus instructives qui établissent l’unité de l’Ancien Testament, et qui se tirent de sa structure interne, il est bon de s’arrêter un instant sur quelques-unes des assertions que l’on présente. On perd de vue le but que Dieu s’est proposé en donnant l’Ancien Testament, et on veut tout ramener au développement d’un petit peuple, avec un Dieu national et plus ou moins de superstitions sacerdotales. Dans la Genèse, nous avons l’histoire du monde, depuis la création jusqu’à la mort d’Israël en Égypte où il était descendu, et tous les grands principes qui se rapportent aux relations de Dieu avec l’homme, excepté ce qui est proprement dispensationnel. On n’y voit ni la loi, ni l’Église, ces deux grands objets des voies de Dieu introduits plus tard pour le ciel et sur la terre. Mais, à part cela, nous avons dans la Genèse tous les grands principes fondamentaux relatifs à l’état de l’homme et à sa relation avec Dieu, et dans la promesse, le berceau de toutes ses espérances. Dans les systèmes sans âme que nous propose la science de l’homme, nous ne devons pas nous attendre à trouver trace de ces choses. La Genèse, pour eux, n’est qu’un composé de fragments élohistes et jéhovistes, entrelacés l’un dans l’autre par un compilateur ; les uns se rapportant au parti sacerdotal en Israël, et non pas les autres. Pourquoi les compilateurs les ont-ils réunis ? c’est ce que l’on ne nous dit pas ; mais quant à l’état et aux intérêts de l’homme, ou quant à la gloire et aux desseins de Dieu, — quoique ces deux choses, comme nous l’avons vu, soient pleinement exposées dans le Nouveau Testament, comme la base de l’éternelle vérité, — il n’y en a nulle indication, nulle trace dans ces systèmes. L’homme déchu, un monde jugé (ce à quoi Christ met son sceau), Christ promis, le fondement des espérances d’Israël posé, l’apostasie de ce peuple, sa délivrance prédite comme devant être opérée par Dieu, tout cela n’est rien pour eux. La grâce et le jugement, et toutes les voies de Dieu ; Christ promis et venu, révélant ces voies, comme le firent aussi les apôtres, dans toute l’importance et la grandeur de leur portée, tout doit céder le pas à des spéculations qui montrent seulement que ceux qui les conçoivent, ne savent rien voir là où Dieu a placé en germe ce qui jette la lumière sur un monde ruiné (car c’est ce qu’il est), et sur ses voies de grâce envers lui.

 

3.6   La loi et les ordonnances n’ont pas fait l’objet d’un développement graduel

3.6.1       De Josué à Samuel

On prétend qu’il y a eu un développement graduel de la loi. De Josué à Samuel, le sentiment national était beaucoup plus faible que la jalousie mutuelle des tribus. Qu’il y ait eu une dissolution générale causée par l’idolâtrie et le fait que chacun cherchait son propre intérêt, c’est vrai ; Éphraïm prétendait à une position que les autres avaient de la peine à reconnaître. Mais cela se manifesta plus tard d’une manière beaucoup plus fâcheuse, même au temps de David, et c’est ce qui, après la mort de Salomon, amena la division du royaume.

Pendant le temps des Juges, nous dit-on, le sanctuaire avec l’arche et la sacrificature étaient le principal centre du monothéisme. Mais ce fut de tout temps, et il n’était pas possible qu’il en fût autrement. Là seulement il y avait un propitiatoire, sans lequel il ne pouvait pas y avoir de jour des expiations. Samuel, ajoute-t-on, était sacrificateur par son éducation. Mais c’est comme prophète et non comme sacrificateur qu’il accomplit son oeuvre ; d’ailleurs il ne fut jamais sacrificateur ; il était simplement Lévite, et ne pouvait remplir aucune fonction sacerdotale. Ensuite, pour nous montrer le progrès, et prouver que le Deutéronome est d’une autre date, on dit que Samuel sanctionna pleinement Exode 20:24, mais qu’il n’agit pas d’après Deutéronome 33:19. Tout cela indique une négligence complète de la lettre et de l’esprit des Écritures. Durant le temps de l’activité de Samuel, il n’y eut point du tout de sanctuaire. Un terrible jugement était tombé sur Israël. Jérémie (ch. 7:12-14) y fait allusion comme pronostic de ce qui allait arriver à Jérusalem. Il y a, ainsi qu’on l’a souvent dit, trois fonctions par le moyen desquelles Dieu agit envers son peuple : — celles de prophète, de sacrificateur et de roi. La sacrificature, établie pour guider même Josué, avait entièrement manqué. Éli était mort le coeur brisé, ses deux fils avaient été tués, et les Philistins avaient pris l’arche de Dieu. Elle ne fut pas replacée en son lieu avant l’établissement de la royauté, bien que Dieu eût soin de maintenir sa propre gloire. Le lien du peuple avec Dieu sur la base de sa propre responsabilité, et au moyen de la médiation sacerdotale, était complètement rompu ; il n’y avait plus de jour des expiations, il ne pouvait y en avoir. I-cabod était écrit sur tout. Dieu avait «livré sa gloire en captivité ; sa force entre les mains de l’ennemi» (Ps. 78:61). Mais un prophète est une intervention souveraine, que Dieu pouvait employer, et dans ce but il avait préparé Samuel comme autrefois Moïse. Samuel maintint le culte de Jéhovah comme prophète et juge reconnu. Le peuple manqua encore ici, et ayant demandé un roi, Dieu lui donna un roi dans sa colère et le lui ôta dans sa fureur (Osée 13:11). Alors Samuel, par l’ordre de Dieu, appela David qui, devenu roi, ramena l’arche à Sion, et non au tabernacle. Ce dernier n’était plus à Silo ; il avait été transporté à Gabaon, où il se trouvait sans arche ni propitiatoire, et n’était pas reconnu de David. C’est là que Salomon offrait des holocaustes, mais David, guidé et enseigné de Dieu, avait placé auprès de l’arche des chantres pour proclamer que «sa bonté demeure à toujours» (1 Chron. 16).

En dépit de tous les péchés des enfants d’Israël, la puissance de Dieu se manifestant en grâce, avait opéré une restauration. Nous retrouvons le récit de la même fidélité de Dieu, en Néhémie, et dans les derniers Psaumes. Ceux-ci annoncent la bénédiction future d’Israël et sont préparés d’avance pour être chantés, rendant un témoignage plus grand que jamais à la vérité de cette fidélité, après qu’Israël aura reçu de la main de l’Éternel le double pour tous ses péchés (Ésaïe 40:2), quand Christ revêtu de sa puissance royale régnera en grâce. C’est pourquoi, dans l’épître aux Hébreux (ch. 12), Sion est mise en contraste avec Sinaï où fut donnée la loi, et où fut établie l’ancienne alliance. Tel est l’exposé scripturaire du sujet ; mais l’objection à l’antiquité du Deutéronome, basée sur la différence entre ce que fit Samuel, et ce qui est prescrit dans le Deutéronome (comp. Ex. 20 et Deut. 33), cette objection ne tient nullement compte de l’histoire et de l’état réel d’Israël à cette époque. Samuel agissait dans son autorité de prophète alors que l’arche n’était point dans le sanctuaire, et que tout l’ordre sacerdotal était judiciairement mis de côté. Les prophètes faisaient fréquemment allusion à l’état moral du peuple, et annonçaient un Messie à venir, la grâce pour Israël et une nouvelle alliance. Mais Dieu ne reconnaissait aucune alliance, si ce n’est l’ancienne, qu’il avait traitée avec Israël lorsqu’il l’eut fait sortir d’Égypte. C’est à quoi le peuple est expressément ramené.

 

3.6.2       Ce qui croit, c’est la lumière prophétique

Il n’y a rien qui indique un développement d’ordonnances religieuses, partant d’un état relativement grossier et imparfait. Les prophètes rappelaient Israël à un système bien connu, seulement on peut voir qu’en Juda, où l’on reconnaissait encore le temple et Jéhovah, les bénédictions et les jugements dépendaient invariablement de la conduite du roi sous lequel les Juifs étaient placés. En même temps qu’il y avait d’un côté une lumière prophétique progressive et croissante, d’un autre, les rois ordonnaient les détails du service sacerdotal, comme le fit David, et comme il fut inspiré pour le faire (1 Chron. 28). En effet, comme système, la souveraine sacrificature avait perdu sa suprématie à Silo, bien qu’elle conservât le service qui appartenait à elle seule.

 

3.6.3       Pas de prophètes réformateurs

On nous dit encore que, lorsque les prophètes eurent échoué dans leur tentative de réformation immédiate, ils commencèrent, depuis le huitième siècle avant Christ, sinon plus tôt, à confier leurs oracles à l’écriture. La réformation de quelles choses ? Qui étaient ces prophètes ? Le huitième siècle comprend le règne d’Ézéchias, environ 400 ans après Samuel. Il y avait eu de temps à autre des prophètes qui avertissaient le peuple, mais quelle réformation ont-ils tentée ? David inaugura le nouveau système, et Salomon «bâtit une maison» à l’Éternel. Dix tribus se séparèrent à cause de la folie du roi ; elles n’eurent point de vrais sacrificateurs, et plus tard deux des prophètes les plus remarquables exercèrent leur ministère au milieu d’elles, opérant des miracles pour justifier leur mission. Les prophètes de Juda n’en faisaient pas, parce que là Jéhovah était publiquement reconnu, et que tout le système auquel ils rappelaient Israël était fixé depuis longtemps, et reconnu aussi par le peuple. L’idée de prophètes réformateurs depuis Samuel jusqu’au huitième siècle, est une pure imagination. Les premiers prophètes nous donnent, dans les livres de Samuel et des Rois, l’histoire d’Israël, et c’était ce que Dieu entendait qu’ils fissent. Qu’ils aient été les écrivains de ces récits, cela est souvent répété, et il est facile de le prouver.

 

3.6.4       Des ordonnances élaborées dès le début

Mais revenons à l’examen des preuves que l’on allègue pour établir qu’il y a, dans l’Ancien Testament, un développement successif d’ordonnances d’abord informes. En lisant l’Exode et le Lévitique, je puis trouver sages ou non les ordonnances que ces livres renferment, mais elles ne sont nullement informes. Au contraire, elles sont élaborées avec soin dans tous les détails, et données, si elles sont vraies, d’après le modèle montré sur la montagne. Si elles n’ont pas été établies par Moïse, toute l’histoire n’est qu’une fable, entièrement fausse du commencement à la fin, car les paroles «l’Éternel dit à Moïse» sont là pour affirmer constamment l’autorité d’après laquelle les choses se font. Il n’y a que quelques paroles adressées à Aaron, relativement au service spécial dans lequel il avait été établi (Nomb. 18:8). Je le demande, le modèle montré sur la montagne était-il une chose grossière et primitive, destinée à être développée par Moïse ? Mais où sont les preuves que l’on avance ? — Il est commandé d’élever un autel de terre ou de pierres non taillées, si l’on en élevait un (Ex. 20), et c’est ce que fit Samuel, quand il n’y avait pas de service sacerdotal et que Silo était jugé ; c’est aussi ce que fit Élie, quand Israël avait abandonné le temple. Ainsi l’on était gardé contre l’idolâtrie des images. Mais, en même temps, il nous est rappelé que Dieu mettrait son nom en un certain lieu, selon ce qui est dit dans le Deutéronome, et c’est ce qu’il fit. Les rois fidèles s’appliquaient sans cesse à détruire les hauts lieux (planter des ashères était aussi défendu) et par là ils estimaient ramener l’ancien ordre de choses, et non faire des progrès, ni développer. En Exode 20, Dieu parle d’un lieu où il mettrait la mémoire de son nom, disant qu’il viendrait là vers son peuple, — promesse bénie ! Mais ce que nous rencontrons aussitôt après dans le même livre, c’est l’histoire du tabernacle, devant lequel, dans le désert, les Israélites étaient tenus, sous peine de mort, d’amener tout animal qu’ils avaient à tuer dans le camp ou hors du camp ; et, dans le même récit jéhoviste (*), s’il vous plait de le nommer ainsi, nous lisons qu’ils devaient se présenter devant Jéhovah aux trois grandes fêtes. Parler de développement devant de tels faits est un véritable non sens ; l’autel de terre est la première ordonnance donnée, — est-ce un développement de la grossière ébauche du tabernacle donnée plus loin ? De là nos critiques passent à Samuel, que l’on allègue, en rapport avec Exode 20, pour établir que le Deutéronome n’est pas de Moïse.

(*) Suivant les docteurs rationalistes, les livres de Moïse se composeraient essentiellement de deux documents juxtaposés ; l’un où se trouve le nom d’Élohim ou Dieu, c’est le document élohiste ; l’autre où se trouve le nom de Jéhovah, l’Éternel, c’est le document jéhoviste.

 

3.6.5       Le Deutéronome : son but et ses particularités

Le passage de Deutéronome 33:19, se trouve dans la bénédiction de Moïse, homme de Dieu. C’est une prophétie relative à Israël aux derniers jours. «Ils appelleront les peuples (*) en la montagne, et ils offriront là des sacrifices de justice». Quelle montagne ? Pourquoi ne serait-ce pas la montagne de la maison de l’Éternel, affermie au sommet des montagnes ? (És. 2). Ce chapitre d’Ésaïe est aussi une prophétie pour les derniers jours. Nous avons également, dans le livre du Deutéronome, l’indication des trois grandes fêtes, et l’obligation imposée au peuple de monter au lieu désigné ; en même temps nous y trouvons la défense de faire des images et des ashères ; — tout cela jéhoviste. Toutes les directions relatives au lieu où Dieu aurait mis son nom et où les Israélites auraient à se rendre, sont données au chapitre 12 du Deutéronome : ce devait être quand l’Éternel leur aurait donné du repos. Là se trouve aussi l’indication de ce qu’ils pouvaient ou non manger dans leurs demeures. Mais les règles relatives à ces prescriptions étaient plus strictes dans le camp, parce que, dans le pays, les distances pouvaient être trop grandes ; cependant dans le même livre et au même endroit, nous voyons la mention de l’autel d’airain fait selon le modèle montré sur la montagne.

(*) Ou «les tribus». La version anglaise porte «le peuple».

 

Le Deutéronome est un livre particulier, écrit évidemment en vue de la confusion qui pouvait s’introduire en Israël quand le peuple serait dispersé dans le pays. Les Lévites et le peuple y tiennent une place très considérable. Les Lévites n’y sont pas sacrificateurs, comme on l’a dit, mais les sacrificateurs y sont très rarement mentionnés, et les directions données dans ce livre ont pour but de pourvoir à l’état de choses qui pouvait se produire. Toutefois ce que l’on y trouve est tout autre chose qu’un développement d’ordonnances. C’est, je le répète, un livre écrit entièrement en vue du pays ; tandis que l’Exode et le Lévitique, sauf de rares exceptions, sont exclusivement pour le désert. Il est probable, d’après ce que disent Amos (5:25-27) et Étienne (Actes 7:42, 43), qu’aucun sacrifice ne fut jamais offert dans le désert, excepté les sacrifices réguliers de chaque jour. Toutes les ordonnances prescrites à ce sujet, quoique obligeant sans doute le peuple alors, sont des types, et «ont été écrites pour notre instruction, à nous que les fins des siècles ont atteint» ; et, bien que ces paroles s’appliquent à l’histoire des Israélites, il n’en est pas moins vrai que les sacrifices et les autres parties du service lévitique sont précieux comme types, à chacun de ceux qui connaissent Christ. Le chrétien sait que notre Pâque, Christ, a été sacrifiée pour nous ; il sait ce que la Pentecôte préfigurait, et, s’il est intelligent dans les choses de Dieu, il sait aussi ce que préfigure la fête des Tabernacles, qui n’est pas encore accomplie : mais je reviendrai sur ces choses. Dieu merci, elles étaient parfaites dès le commencement, et à proprement parler seulement alors. Tout fut fait selon le modèle montré à Moïse sur la montagne. Les rationalistes peuvent mépriser aussi le Nouveau Testament, et faire peu de cas de l’épître aux Hébreux, qu’ils traitent d’alexandrine, mais nous n’avons pas encore appris que le plus merveilleux déploiement de grâce, de sainteté et de sagesse, façonné en un tout que personne ne peut déchirer, ne soit qu’une imposture.

 

3.6.6       Le temple d’Ézéchiel

Quelles autres preuves nous donne-t-on de ce prétendu développement ? Le temple d’Ézéchiel. Mais c’est une instruction pour le temps de la restauration d’Israël ; ce n’est pas une description historique. À l’époque où écrivait ce prophète, il n’y avait pas lieu de dire de Jérusalem «Jéhovah-Shammah» (l’Éternel est là) ; il n’était pas question du prince ; au contraire, les enfants d’Israël étaient de misérables captifs des rois, que Dieu avait fait dominer sur eux dans sa colère, ainsi que l’exprime Néhémie. Les derniers chapitres d’Ézéchiel, depuis le ch. 40, sont une prophétie pour le temps qui suivra la destruction de Gog, temps auquel les nations sauront que l’Éternel est le Dieu d’Israël, qui les avait fait aller en captivité, et qui les ramènera, les rassemblant en leur terre, sans en laisser un seul de reste (Ézéch. 39:28). Car ces jours arriveront, quoi que puissent penser les rationalistes. La vision du temple dans Ézéchiel est une prophétie, ce n’est en rien une preuve historique d’un développement quelconque qui aurait eu lieu après l’Exode. Quand Esdras fixa, comme l’on dit, l’état légal d’Israël, le temple d’Ézéchiel n’y était pas compris.

 

3.6.7       Le livre de la loi au temps de Josias

Mais il reste une autre affirmation, «le livre de Josias», c’est-à-dire celui que l’on avait trouvé dans le temple, et qu’on lut devant ce prince. Ce qui est indiqué de la législation contenue dans ce livre, dit-on, ne correspond pas à l’ancienne loi consignée dans l’Exode, mais bien au livre du Deutéronome. Si, en parlant ainsi, on fait allusion au fait qu’il n’y avait qu’un seul lieu de culte, il n’y a qu’à remarquer que cela était plus strictement établi dans l’Exode, quand le tabernacle fut dressé, c’est-à-dire au commencement, que dans le Deutéronome. Seulement ce dernier concernait le pays, l’Exode était pour le désert. Mais d’ailleurs, dans les Rois, il n’est pas dit un mot du contenu du livre trouvé par Hilkija. Quand Josias parle de «ce livre», le livre de la loi, je ne vois pas pourquoi on en exclurait plutôt le Deutéronome que l’Exode ou le Lévitique ; d’autant plus que c’est ce dernier qui renferme les plus terribles menaces de toutes (voyez ch. 26). Josias entendit les paroles du livre de la loi et son coeur fut touché ; mais il n’eut pas l’idée que ce fût un livre nouveau ou une loi nouvelle. C’est le livre de la loi qui fut trouvé. Sous le long règne de Manassé, il avait été absolument négligé, mais Josias n’en parle pas comme d’une chose nouvelle. «La colère de l’Éternel qui s’est allumée contre nous est grande, parce que nos pères n’ont point obéi aux paroles de ce livre».

 

3.6.8       Une lumière croissante, mais non pas un développement de la loi

J’ai maintenant achevé de passer en revue les preuves que l’on avance, pour établir qu’il y a eu un développement des ordonnances primitives et encore informes sous la loi. Rébellion, idolâtrie, abandon de Jéhovah, voies de grâce de sa part, et avertissements donnés par les prophètes, on trouve tout cela, et quant au Messie, une lumière croissante ; relativement au chant et au service du temple, un ordre nouveau, dont les détails sont donnés par inspiration par le moyen de David ; dans le Deutéronome, il est pourvu à ce qui concerne la marche du peuple dans le pays et au cas où il viendrait à être infidèle, mais quant à un développement du modèle montré sur la montagne, il n’y en a pas trace.

J’ajouterai un mot pour ceux qui prétendent voir une contradiction entre 2 Sam. 8:7, et Deut. 17 : Dieu irrité, parce qu’il a été rejeté, abandonne le peuple à ses propres voies en lui annonçant ce qui en résulterait ; d’un autre côté, dans le Deutéronome, Dieu connaissant d’avance ce qui arriverait, donne pour ce moment-là des directions. Y a-t-il là rien qui se contredise ? (*)

(*) On prétend encore qu’il y a six lois relatives à la pâque, qui, si elles ne sont pas réellement en désaccord, diffèrent au moins tellement l’une de l’autre, qu’elles ne peuvent être dues au même écrivain. Cela n’a pas l’ombre d’un fondement. En premier lieu, ces prescriptions ne se rapportent pas toutes à la pâque, mais quelques-unes à la fête des pains sans levain, qui, bien que liée à la pâque, est une fête distincte, dont la différence morale est importante, et qui dans les deux cas, a un rapport intime et spécial avec la consécration des premiers-nés. Quant au reste, nous avons le récit historique dans l’Exode, et il y est référé quand il est particulièrement question des trois grandes fêtes. Il est difficile, sinon impossible, de voir en quoi ces récits diffèrent. En Exode 13, il y a une direction spéciale relative aux premiers-nés et à la fête des pains sans levain, mais aucune loi qui se rapporte à la pâque. Il en est de même au ch. 34:18. De plus, tous ces récits sont jéhovistes, de sorte que la tentative de les attribuer à des auteurs ou à des documents différents, tombe à néant.

 

4                    Les noms de Dieu : la théorie des sources élohistes et jéhovistes

4.1   Cette théorie ignore les noms de Dieu pour une relation particulière

J’en viens maintenant à la théorie d’Astruc (*) et de ses partisans ; celle des documents élohistes et jéhovistes (= yahwistes). Selon l’un de ces docteurs, on peut les séparer dans le récit par un moyen mécanique, une paire de ciseaux, par exemple. En cela, je tombe d’accord avec lui ; il n’y a en effet aucun autre moyen de les séparer. Mais ces savants hommes sont-ils donc incapables de voir la différence qu’il y a entre Dieu, se révélant d’une manière abstraite comme l’Être suprême existant par Lui-même (c’est ce que comporte le nom d’Élohim), et Dieu prenant un nom de relation (Jéhovah), sous lequel il se fait connaître aux hommes quand il entre avec eux dans une relation spéciale. Mon père est un homme ; mais, outre cela, il est mon père sans cesser d’être un homme. On serait tout aussi fondé à dire que le Nouveau Testament doit se composer de deux documents, que l’on pourrait séparer l’un de l’autre avec des ciseaux, parce que Dieu y est appelé tantôt Dieu et tantôt Père. Or Père est un nom de relation dans le Nouveau Testament, tout comme Jéhovah dans l’Ancien.

(*) Astruc, médecin français, qui vivait au milieu du 18° siècle, est le premier qui ait imaginé que la Genèse soit un amalgame de deux documents, distingués en ce que l’un emploie le mot : Élohim (Dieu), et l’autre celui de Jéhovah (ou Yahweh ; l’Éternel).

 

4.2   Les divers noms de Dieu en rapport avec les diverses relations

Voyons maintenant comment l’Écriture présente le sujet. Dieu est Dieu, mais il est entré en relation avec l’homme. Cette relation est quadruple, selon l’Écriture, et les noms qui l’expriment se rapportent toujours à Dieu, pris abstraitement comme tel : El Shaddaï (Dieu Tout-Puissant) ; Jéhovah (l’Éternel) ; Père, nom qui, sauf comme emploi figuré, appartient entièrement au Nouveau Testament, et Élion (Très-Haut ou Souverain), qui, bien que révélé dans les promesses, est le nom de Dieu dans la période millénaire, quand il sera reconnu comme possesseur des cieux et de la terre, toute puissance ennemie ou qui s’oppose étant mise de côté. Et ces noms sont clairement manifestés ainsi dans l’Écriture, le dernier avec moins d’évidence comme étant encore à venir.

Les deux premiers sont expressément distingués. Ainsi, dans Exode 6:2, 3, nous lisons : «Et Élohim (Dieu) dit à Moïse : Je suis Jéhovah (l’Éternel), et je suis apparu à Abraham et à Isaac et à Jacob, comme El Shaddaï (Dieu Tout-Puissant), mais je n’ai point été connu d’eux par mon nom de Jéhovah». Non qu’il ne fût point Jéhovah, mais il ne prenait pas ce nom dans ses voies avec eux (voyez Gen. 17, 28 et 32). Avec Israël il était donc Jéhovah, comme nous le voyons quand la grande question de savoir qui était Dieu fut réglée sur le mont Carmel : «C’est Jéhovah qui est Élohim» (1 Rois 18:39).

 

4.3   Dieu comme Père pour les chrétiens

À l’égard des chrétiens, le Fils lui-même étant venu, le Père est révélé, ainsi que le dit le Seigneur Jésus en Jean 17 : «J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu m’as donnés du monde... Père saint, garde-les en ton nom... Et je leur ai fait connaître ton nom, et je le leur ferai connaître, afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et moi en eux». Paul dit aussi «Quand l’accomplissement du temps est venu, Dieu a envoyé son Fils, né de femme, né sous la loi, afin qu’il rachetât ceux qui étaient sous la loi et que nous reçussions l’adoption. Et, parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos coeurs criant : Abba, Père» (Gal. 4). Privilège précieux ! particulier à ceux auxquels par la foi en Jésus, il a donné le droit de prendre la place de fils, car nous sommes tous fils de Dieu par la foi dans le Christ Jésus.

 

4.4   Le Très Haut

Nous rencontrons pour la première fois le nom de Très-Haut, dans l’entrevue de Melchisédec avec Abraham. Ce n’est pas que Dieu n’ait toujours été le Très Haut, mais il n’avait pas voulu se révéler sous ce nom à son peuple terrestre. Au ch. 14 de la Genèse, apparaît quelqu’un qui est plus grand qu’Abraham, et qui le bénit après qu’Abraham a remporté sur ses ennemis une complète victoire. Et Dieu prend ce titre, non en relation avec Abraham (pour lui il était El Shaddaï, bien qu’il le reconnût aussi comme Jéhovah et Élion), mais en relation avec ce mystérieux personnage qui préfigure clairement Christ, comme le montre le Psaume 110, et ainsi que cela est développé dans l’épître aux Hébreux ; — Christ, roi de justice, roi de paix, maintenant assis à la droite du Père, sur le trône du Père (Apoc. 3:21), non pas encore sur le sien ; sacrificateur selon la ressemblance d’Aaron, actuellement, sans être de l’ordre d’Aaron. C’est Lui qui sera manifesté quand sonnera la septième trompette, et que Jéhovah-Élohim-Shaddaï prendra sa grande puissance et entrera dans son règne (Apoc. 11) ; Lui, l’Ancien des jours, qui est assis sur le trône, mais en même temps, l’Ancien des jours qui vient (Dan. 7:9, 13, 22) ; Lui, dont l’apparition sera montrée au temps propre par le bienheureux et seul Souverain, le Roi de ceux qui règnent, et le Seigneur de ceux qui dominent (1 Tim. 6), et qui Lui-même est Roi des rois et Seigneur des seigneurs (Apoc. 19:16). Il apparaîtra quand, après la dernière confédération contre Israël (Ps. 83), les hommes connaîtront, par le jugement des ennemis confédérés, que Celui qui seul a nom Jéhovah, est le Très-Haut, Élion, sur toute la terre, et que le châtiment dans les lieux élevés de l’armée des lieux élevés le montrera là aussi comme le Très-Haut (És. 24:21), Lui, Fils de Dieu et Fils de l’homme, à qui tout jugement est donné. Ainsi, après que Dieu eut ôté son trône de Jérusalem, et qu’il eut établi la puissance des Gentils, quand Nébucadnetsar, châtié pour son orgueil, eut recouvré son sens, il écrit : «Moi, Nébucadnetsar, j’élevai mes yeux vers les cieux, et mon sens me revint, et je bénis le Très-Haut ; je louai et j’honorai Celui qui vit éternellement, duquel la puissance est une puissance éternelle, et le règne de génération en génération» (Dan. 4:31). Je ne cite pas Daniel 7, pour le nom de Très-Haut, sauf le v. 25, parce que le mot est au pluriel et signifie, je n’en doute pas, «les lieux très hauts», ou «les lieux célestes». Mais, au v. 25, la bête profère des paroles contre Élion et attire ainsi sur elle le jugement. Après cela, le royaume du Fils de l’homme est établi. La petite pierre, frappant les pieds et les orteils de la statue, l’aura réduite en pièces, et deviendra alors une grande montagne qui remplira toute la terre (Dan. 2).

 

4.5   Les noms de Dieu dans le Ps. 91

Qui donc est ce Très Haut ? C’est la question si magnifiquement discutée dans le dialogue poétique du Psaume 91. Outre ce qui concerne la réconciliation personnelle de l’homme avec Dieu, il y a deux grands sujets dans l’Écriture. La souveraine grâce, place de pauvres pécheurs dans la même gloire que le Fils de Dieu, afin qu’il soit premier-né entre plusieurs frères ; nous en avons la manifestation dans la transfiguration, mais ce n’est pas ce dont nous nous occupons maintenant (*). L’autre sujet est le gouvernement de ce monde (voyez Deut. 32:8, 9), dont les Juifs sont le centre, de même que l’Église est celui de la gloire céleste sous Christ. Notre sujet actuel est l’Ancien Testament, la gloire terrestre. Ici donc il s’agit de Jéhovah, le nom juif d’Élohim. Qui est le Très-Haut ? Celui qui a ce secret sera béni. «Celui qui habite dans la retraite secrète du Très-Haut, est logé à l’ombre du Tout-Puissant», du Dieu d’Abraham. Qui dira où doit être trouvé le Très-Haut ? Le Messie dit : Je prendrai le Dieu d’Israël (Jéhovah ou l’Éternel) pour le Très-Haut : «Je dirai à l’Éternel : Tu es ma retraite». Les v. 3 à 8 sont la réponse. Alors Israël dit (v. 9) : «Parce que tu as pris l’Éternel (Jéhovah) qui est mon refuge, savoir le Très-Haut pour ton habitation, aucun mal ne te rencontrera, et aucune plaie n’approchera de ta tente». Les versets suivants, qui continuent ceci, sont les paroles par lesquelles Satan cherche à tenter le Seigneur Jésus, en l’engageant à éprouver si Jéhovah tiendrait sa parole, et à agir selon sa propre volonté en sortant du sentier de l’obéissance, efforts qui sont réduits à néant devant l’autorité de cette parole que les rationalistes nient, mais en qui le Seigneur se confie, et dont il confirme l’authenticité comme parole sortant de la bouche de Dieu. Du v. 14 à la fin, Jéhovah, terminant d’une manière grandiose le dialogue, déclare sa pensée, et met son sceau sur la confiance que le Messie avait eue en Lui, le Messie sur lequel il avait placé son affection comme ayant pris la forme de serviteur. Ici nous est montré que Jéhovah, le Dieu d’Israël, est le Tout-Puissant et le Très-Haut, et, sous ce dernier caractère, il apporte la bénédiction à la terre. Jéhovah, «mon Dieu», savoir le Très-Haut, a la bénédiction promise à Abraham. Le nom de «Père» est naturellement laissé en dehors ; c’est le nom de Dieu pour la famille céleste, quand les Juifs sont rejetés pour n’avoir pas voulu recevoir Jésus ; c’est l’état de choses qui existe entre la fin de la soixante-neuvième et la dernière moitié de la soixante-dixième semaine de Daniel, «le temps du trouble de Jacob» (Jérém. 30:7 ; voir Dan. 9).

(*) Les deux parties, céleste et terrestre, sont révélées en Luc 9

 

4.6   Le nom de Jéhovah = l’Éternel – Dieu d’Abraham

C’est pourquoi, dans les Écritures de l’Ancien Testament, Jéhovah [Yahweh] est le nom régulièrement employé par l’écrivain, dont l’appel tout entier reposait sur la révélation de ce nom (Ex. 6), et par tous les prophètes de la nation dont Jéhovah était le Dieu. Mais il était de toute importance pour eux qu’il fût le Dieu qui dit de lui-même : «Je suis celui qui suis» ; Dieu existant toujours, subsistant par lui-même, et ayant créé tout ce qui existe. Et c’est là une grande vérité dont je vois la traduction dans l’Apocalypse, quand l’Esprit Saint nomme Dieu, non pas «celui qui était, et qui est, et qui est à venir», mais «celui qui est» (o wn) ; «celui qui était», le Dieu connu d’ancienneté, qui en même temps avait fait les promesses ; et «celui qui vient» (o ercomenos), quand il sera l’Ancien des jours, et le Très-Haut, possesseur des cieux et de la terre ; quand son nom (savoir celui de Jéhovah, et Jéhovah seul est tel) sera connu sur toute la terre.

Voilà pourquoi aussi il était de la plus haute importance que ce même Jéhovah fût connu comme étant le Dieu d’Abraham qui le premier (sauf Christ prophétiquement), avait reçu la promesse inconditionnelle (voyez en Jos. 24, la base historique de tout ce qui vient d’être dit). La race de Sem elle-même et la propre famille d’Abraham étaient tombées dans l’idolâtrie, dont nous ne trouvons aucune trace avant le déluge. Alors Dieu appelle Abraham à sortir hors de l’ordre et des relations que Lui-même avait formés ; il doit quitter son pays, sa famille, et la maison de son père, pour être à Dieu, et doit aller dans le pays que Dieu lui montrerait. La souveraine grâce qui choisit Abraham, l’appel de Dieu et les promesses, furent les grands principes mis en lumière, quand le monde était non seulement méchant devant Dieu, mais encore avait mis des démons à Sa place. La révélation de l’Église n’eut lieu qu’après la Pentecôte, mais Abraham est la racine et le point de départ de la race bénie. Adam était le chef d’une race déchue ; depuis Abel nous trouvons des saints comme individus ; puis, dans le déluge, nous voyons le jugement de la méchanceté, et ensuite, dans ce qui est confié à Noé, le gouvernement établi pour réprimer le mal ; mais Abraham, le premier, est le chef d’une race qui appartient à Dieu sur la terre, que ce soit selon la chair ou selon l’Esprit ; il est la racine de l’olivier de Dieu (Rom. 11).

Nombreuses sont les importantes leçons qui se rattachent à cela, mais je ne puis m’y arrêter maintenant. Jéhovah, le Dieu d’Israël, était le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. C’était son nom éternellement, son mémorial dans toutes les générations (Ex. 3:15). Dieu comme Dieu, l’Être qui est, non pas une créature qui commence (esti, non ginetai), mais Celui qui existe par lui-même, — le Tout-Puissant qui a appelé sans condition le vase de la promesse ; enfin Jéhovah, le Dieu d’Israël, sous lequel les Juifs prirent les promesses avec la condition d’obéissance (*), sont identiquement le même Dieu. C’est pourquoi, en même temps qu’il était de toute importance de garder à Dieu le nom essentiel de Dieu, Dieu existant par lui-même, en contraste avec toute créature, et de conserver devant l’esprit des Juifs ce caractère essentiel, il l’était aussi de montrer que Jéhovah était ce même Dieu, et non pas un simple dieu national, comme ceux des païens. Cela, joint à la différence de la promesse conditionnelle et de la promesse inconditionnelle, se retrouve à travers tout l’Ancien Testament, depuis le Pentateuque jusqu’à Néhémie (**), et cette distinction est la base des raisonnements de Paul dans le Nouveau Testament.

 

(*) Toute la doctrine des «quatre grandes épîtres» de Paul, et en particulier de celle aux Galates, est fondée sur la différence qui existe entre Abraham et Sinaï relativement à Christ, l’héritier de la promesse.

(**) Ainsi, dans Exode 32:13, Moïse en appelle à la promesse que Dieu fit sans condition à Abraham, Isaac et Jacob. Salomon, lorsqu’il s’agit du temple et de la bénédiction d’Israël en rapport avec le temple, ne va pas au delà de Moïse et de l’Exode (1 Rois 8) ; c’est d’après cela que le jugement fut prononcé quand le Seigneur maudit le figuier, et de fait, tout fut finalement perdu sous cette alliance-là. Au ch. 26 du Lévitique, où l’on trouve Jéhovah gouvernant son peuple à travers tous les jugements jusqu’à la fin, Dieu remonte non pas seulement à Moïse, mais aux promesses originelles faites sans condition à Jacob, Isaac et Abraham. Les Juifs auront les bénédictions des promesses faites sous Moïse, mais parce que Dieu se souvient de son alliance inconditionnelle venue en premier lieu. Néhémie fait seulement allusion à Abraham quant à l’alliance, bien qu’il parle de leur délivrance opérée par le moyen de Moïse, car c’était une délivrance par grâce. Il n’y a qu’à lire Esdras et Néhémie, pour voir combien est absurde la théorie des documents élohistes et jéhovistes ; car je suppose qu’ils n’ont pas compilé leur propre histoire en la tirant de semblables documents. Le lecteur peut encore remarquer un autre titre de Dieu, celui de «Dieu des cieux», qu’il prend quand il n’est plus assis à Jérusalem entre les chérubins, distinction qui pourra aider à comprendre le livre de l’Apocalypse (Apoc. 11:4, 13).

 

4.7   Le nom de Élohim

Lorsqu’il s’agit de ce que Dieu, comme Dieu, était ou faisait, il est nommé Dieu, Élohim ; si le récit est donné par ceux qui connaissaient Jéhovah, ils parlent de Dieu sous ce nom ; et, quand la solennité du nom de Dieu comme tel doit être ajoutée à Dieu connu comme étant en relation avec l’homme, on a Jéhovah Élohim ; enfin, quand c’est en rapport spécial avec Israël, on trouve Jéhovah ton Dieu ou notre Dieu. Il en est constamment ainsi dans le Deutéronome, où Moïse s’adresse personnellement à Israël. Toute personne douée d’intelligence spirituelle sentira toujours la différence entre les deux noms. Quelquefois c’est le simple état des sentiments qui est ainsi exprimé ; d’autres fois, c’est d’une importance réelle, quand la gloire de Dieu, comme tel, y est intéressée.

 

4.8   Différents noms de Dieu dans le NT

On peut voir une différence analogue dans le Nouveau Testament. Non seulement il est dit : Sortez du monde, et vous serez mes fils et mes filles, dit Jéhovah Shaddaï (2 Cor. 6:17, 18) ; mais dans l’épître aux Hébreux, où est traitée la question de savoir comment l’homme peut approcher de Dieu comme tel, nous ne trouvons jamais le nom de «Père», mais toujours «Dieu». Nous ne le rencontrons pas non plus dans l’Apocalypse, sauf au ch. 14, où son nom (celui de l’Agneau) et le nom de son Père sont écrits sur le front d’un résidu spécial qui s’y trouve mentionné, mais c’est le nom de «son Père» (voyez aussi 1:6). C’est du trône du gouvernement du monde qu’il est question dans ce livre, aussi Dieu y est-il nommé Jéhovah, Élohim, Shaddaï, — le Seigneur, Dieu, Tout-Puissant, comme nous le voyons aux ch. 4, 11, 15.

 

4.9   Différents noms de Dieu dans les écrits de Jean

Dans les écrits de Jean, quand il s’agit de ce qui tient à la nature de Dieu, c’est le mot «Dieu» qui est employé, comme «Dieu a tant aimé», «Dieu est amour», «Dieu est lumière», et il en est de même pour ce qui regarde notre responsabilité relativement à Dieu dans sa nature ; mais du moment qu’il est question de l’action divine en grâce, nous trouvons le nom de «Père». Ainsi, au ch. 4 de l’évangile, quand nous lisons, «Dieu est esprit», c’est sa nature, «et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité», mais plus loin, le Seigneur dit : «Car aussi le Père en cherche de tels qui l’adorent» : c’est l’action de la grâce. C’est ce qui ressort aussi d’une manière frappante, en comparant les quatre premiers versets du  chapitre 1 de la première épître de Jean, avec le reste du chapitre. On voit la même chose dans l’évangile 1:28, et on le retrouverait dans tout ce que cet apôtre a écrit. Si je disais : Jean a composé ses écrits d’après deux documents, l’un patristique, l’autre théistique, que je puis séparer l’un de l’autre avec des ciseaux, qu’est-ce que cela prouverait, sinon mon incapacité morale et mon éloignement de Dieu ? C’est exactement le même principe pour l’Ancien Testament.

 

4.10                   Noms de Dieu dans les Psaumes

La différence entre Jéhovah et Élohim est très marquée dans les Psaumes. Dans le premier livre (1 à 41) nous trouvons constamment Jéhovah ; le résidu est dans Jérusalem, et les bénédictions de l’alliance ne sont pas perdues. Au Ps. 42, qui commence le second livre, nous voyons évidemment que le résidu est hors de Jérusalem ; il se souvient avec larmes du culte rendu dans le temple. Là, c’est Dieu et non Jéhovah. La même chose se retrouve au Ps. 63 ; le psalmiste est au désert ; c’est Dieu lui-même à qui il s’adresse. Au Ps. 84, au contraire, nous trouvons les tabernacles de Jéhovah ; quoique naturellement ce soit encore Dieu. Dans le second livre, quand le Messie a été introduit au Ps. 45, on passe de Dieu à Jéhovah et au Dieu de Jacob. Puis, Dieu lui-même étant intervenu en faveur du résidu, et la délivrance étant arrivée (Ps. 46), il est Jéhovah Élion (le Très-Haut ou Souverain), un grand Roi sur toute la terre (Ps. 47), quoiqu’il règne en Sion (Ps. 48).

Parcourons ainsi tout le livre des Psaumes, et nous verrons que partout les noms de Dieu sont constamment employés d’une manière appropriée au sujet. Là se trouve pleinement développée la vérité que Dieu lui-même est leur Dieu (le Dieu d’Israël), le Très-Haut, Jéhovah. Mais du Ps. 1 au Ps. 150, nous ne rencontrerons pas l’expression «leur Père», ni l’Esprit d’adoption qui appelle Dieu de ce nom. C’est le gouvernement du monde qui nous y est présenté, et c’est l’Éternel qui règne, grand en Sion, Dieu lui-même, leur Dieu (le Dieu d’Israël). Ces exemples doivent suffire. Le lecteur attentif qui s’attend au Seigneur, saisira aisément, en lisant les Psaumes, la force des expressions. Prétendre que l’emploi des deux noms Élohim, Jéhovah, suppose nécessairement deux écrivains, est simplement absurde.

On nous dit que, dans une grande partie des Psaumes, une main plus récente a systématiquement substitué Élohim à Jéhovah ; mais quelle preuve en a-t-on ? Il n’y en a aucune. Une telle assertion montre seulement l’entière incapacité où l’on est de saisir le côté divin de ces divins écrits. La structure du livre se voit clairement dans son contenu, ainsi que les différents sujets des cinq livres ou divisions qui s’y trouvent. Il suffit, pour les distinguer, d’une étude même superficielle, et la main de Dieu se montre réellement dans la manière dont cette collection est faite. Mais ce sujet est trop vaste pour que je puisse l’aborder ici.

 

4.11                   Noms de Dieu dans Job, les Proverbes et l’Ecclésiaste

Je passe maintenant à Job. J’y suis conduit par l’opinion inqualifiable de ceux qui prétendent que le discours d’Élihu ne peut être authentique, sous prétexte que sa réponse à Job prouverait qu’il ne l’a pas compris. Loin de là ; Élihu entre en scène de la manière la plus parfaite. Quand les amis de Job veulent affirmer que ce monde est une preuve complète du gouvernement moral de Dieu, — ce que Job nie avec raison, bien que son coeur s’élève aussi contre Dieu, — alors Élihu, comme l’interprète, un seul entre mille (Job 33:23), montre qu’il y a une discipline du juste ; s’il blâme les amis, il fait voir en même temps que Job avait aussi tort. Il est là dans un caractère médiatorial, comme une espèce d’arbitre, pour expliquer les voies de Dieu, avant que Jéhovah ne soit introduit dans sa majesté. Remarquez que dans l’introduction du livre et le récit qui le termine, l’écrivain se sert du nom de Jéhovah, mais que dans tous les entretiens de Job avec ses amis, comme dans le discours d’Élihu, nous ne trouvons que Dieu et le Tout-Puissant. Séparera-t-on ici les deux prétendus documents ? Voudra-t-on perdre avec la fin et le commencement, la clef et la conclusion de toute l’histoire ?

Prenons un autre exemple. Dans les Proverbes nous avons toujours Jéhovah (l’Éternel), sauf une seule exception. Ce livre donne les directions de la sagesse pratique pour ceux qui avaient Jéhovah pour leur Dieu. Dans l’Ecclésiaste, au contraire, c’est toujours Dieu, parce que là se trouve décrite la vanité du sentier et des efforts de l’homme ici-bas pour arriver au bonheur, en contraste avec ce que Dieu est comme Dieu. L’homme n’y est pas vu dans des relations d’alliance, mais simplement comme homme, et voilà pourquoi l’on ne trouve pas dans ce livre le nom de Jéhovah.

 

4.12                   Noms de Dieu dans la Genèse

Relativement à ce même sujet, retournons à la Genèse. Dans le ch. 1 et les trois premiers versets du ch. 2, se trouve établi ce grand fait : Dieu créateur. C’est simplement cette vérité que n’avaient pas connue les païens, et dont nous avons connaissance par la foi (Héb. 11). Aussi n’avons-nous pas Jéhovah, Dieu connu sous un nom particulier qui implique une relation, mais nous avons ce Dieu qui a créé l’univers, les êtres qui s’y trouvent et l’homme, et qui s’est reposé le septième jour. L’exposé de cette vérité d’une importance si capitale étant terminé, un nouveau sujet est introduit (2:4) ; mais ce n’est pas un nouveau récit de la création. Il y a là une simple et très brève allusion à la création en rapport avec le temps où il n’y avait point encore d’homme sur la terre ; ensuite se trouvent exposées avec plus de détails la condition, la nature et la position morale de l’homme ; nous voyons où Dieu le met et sous quelles conditions, puis quelle est la place des animaux, et enfin la création de la femme. Nous n’avons donc pas ici Dieu qui crée, mais la condition et l’état de l’homme devant Jéhovah Élohim. Ce Dieu, qui était le seul vrai Dieu avec lequel l’homme avait affaire, s’était révélé comme Jéhovah à celui qui raconte l’histoire de toutes ses voies depuis la chute, en montrant l’homme sans loi, le monde jugé, le frein imposé à l’homme, puis la promesse et la loi, en un mot toute la condition de l’homme par rapport à Dieu, jusqu’à ce que la grâce vint et que le Père eût envoyé le Fils pour être Sauveur. Naturellement les détails historiques qui précèdent la loi sont donnés plus tard, lorsque Dieu eut mis à part un peuple par la rédemption de façon à éprouver l’homme. Tous les principes relatifs à l’histoire entière de l’homme nous sont donnés dans la Genèse, mais seulement sur la base de la promesse — et non de la loi, de la rédemption et de la présence de Dieu sur la terre, choses qui se trouvent dans l’Exode et les livres suivants. Mais celui qui le premier a appris à connaître ce plan, rattache le nom de Jéhovah, — un Dieu de jugement, — avec l’origine de tout. L’Élohim du ch. 1 de la Genèse est le Jéhovah du ch. 6 de l’Exode, et le récit de Jéhovah rapporte toute l’histoire, jusqu’à la loi, du vrai Élohim qui, dans l’Exode, se révèle comme mettant l’homme à l’épreuve sous la loi. Dire qu’il y a deux récits de la création est complètement inexact ; il n’y a rien de ce genre, pas une trace de cela, mais, dans le ch. 2 de la Genèse, un exposé spécial de l’état et de la condition de l’homme relativement à Dieu et à toute la création qui l’entourait ; s’il y a deux récits, qu’on le fasse voir.

Dans le premier verset du ch. 3, l’écrivain emploie l’expression Jéhovah Élohim ; c’est la grande vérité qui apparaît ; mais dans la même phrase Satan dit à Ève : «Quoi Dieu a dit ?» parce qu’il ne s’agit en aucune manière de relation révélée ; c’est Dieu le Créateur qui avait parlé, aussi Satan continue-t-il : «Dieu sait, etc». Mais l’écrivain, continuant son récit, dit qu’ils entendirent la voix de l’Éternel Dieu (Jéhovah Élohim), et il se sert du même nom dans tout ce qui suit. Prétendre voir dans le premier verset deux documents distincts est tout simplement absurde. Au ch. 4, Ève, s’emparant d’une promesse, dit, quoique par méprise : «J’ai acquis un homme de par l’Éternel». Ici nous avons toujours Jéhovah, au lieu du Jéhovah Élohim ; c’est une simple histoire, et non pas le récit solennel de la ruine de l’homme dans sa relation avec Dieu. Faut-il voir là un troisième document ? Au v. 25, Ève dit : «Dieu m’a donné un autre fils». Il s’agit simplement de ce qu’a fait pour elle Celui qui opère toutes choses. Au ch. 5, nous avons de nouveau Dieu comme tel. On ne pourrait pas dire que l’homme fut fait à la ressemblance de Jéhovah, parce que Jéhovah est un nom de relation, révélé d’une manière spéciale quant à Dieu, et que ce n’est pas celui du Créateur, de l’Être divin. Ainsi Hénoc marche avec Dieu. La terre, nous est-il dit au ch. 6, était corrompue devant Dieu ; c’est Dieu comme tel. Mais quand l’écrivain parle des voies de Dieu, il emploie toujours le nom de Jéhovah (voyez les v. 3, 6, 7). Et, dans ces voies, il agit à l’égard de la terre qui s’était ainsi corrompue. Ensuite nous lisons que Noé fit selon tout ce que «Dieu (et non Jéhovah) lui avait commandé». Puis, au ch. 7, c’est Jéhovah qui dit à Noé, et Noé fit selon tout ce que l’Éternel lui avait commandé ; nous retrouvons ensuite comme Dieu lui avait commandé» ; mais, au v. 16, après «Dieu lui avait commandé», il y a dans la même phrase, «et l’Éternel ferma l’arche sur lui». Si l’on coupe le verset en deux, selon l’hypothèse des «documents», la dernière partie ne se rapporte et ne se rattache à rien, car Élohim est le mot employé quand il entre dans l’arche.

Au ch. 4 du Deutéronome, v. 32-34, où le mot Élohim est employé dans toute la force propre de sa signification, nous lisons : «Informe-toi... depuis le jour que Dieu a créé l’homme, s’il a été rien entendu de semblable, que Dieu ait fait une telle épreuve que de venir prendre à soi une nation... par des choses grandes et terribles, selon tout ce que l’Éternel, notre Dieu, a fait pour vous». Nous voyons la force et la portée des deux expressions, mais il n’y a pas là deux récits. Dans le ch. 24 de Josué, le peuple se présente devant Dieu comme tel, et Josué dit : «Ainsi a dit l’Éternel, le Dieu d’Israël». Ainsi, non seulement il y a des cas où la théorie des documents ne peut s’appliquer, mais l’emploi de l’un ou l’autre des mots Élohim et Jéhovah, se justifie constamment.

On a prétendu voir dans l’histoire de Joseph un troisième auteur. On nous dit qu’il s’accorde avec l’auteur élohiste, en employant dans une grande partie de son récit le nom d’Élohim, mais qu’il en diffère grandement sous d’autres rapports. C’est tout simplement glisser sur les faits pour couvrir ce qui détruit la théorie. La première partie du récit est jéhoviste, c’est-à-dire que l’écrivain, dans ce qu’il raconte de Joseph, se sert du mot Jéhovah. Il dit : «L’Éternel était avec Joseph». C’est que Moïse connaissait le Dieu fidèle qui portait ce nom de Jéhovah dans ses relations avec Israël. C’est ainsi qu’après avoir dit que Noé, suivant l’ordre de Dieu, était entré dans l’arche, il ajoute : «Et l’Éternel ferma la porte sur lui». Quand Moïse raconte ce qui se passe entre Joseph et les serviteurs de Pharaon qui ont eu des songes, ou bien entre Joseph et Pharaon lui-même, il se sert naturellement du mot Dieu. En effet, Pharaon et ses serviteurs n’avaient rien à faire avec Jéhovah ; ils ne se trouvaient avec lui dans aucune relation. Dans le reste du récit des faits, l’auteur se sert du mot Élohim. Dire qu’il y a deux narrations, c’est sortir de la question ; ce sont deux parties du même récit. Qu’est-ce qui y introduit en même temps Jéhovah et Dieu ? Est-ce un troisième auteur ? Jacob, dans son épreuve, se tourne vers le Dieu de la promesse et le nomme «El Shaddaï» (le Tout-Puissant) (Gen. 43:14) ; mais, dans le discours de Joseph à ses frères, c’est clairement Dieu comme tel, mis en contraste avec les actions de ses frères, des actions d’hommes. Quand Jacob bénit Éphraïm et Manassé, tout en faisant allusion au Dieu tout-puissant, il demande naturellement pour eux les bénédictions de Dieu, et non celles de l’alliance de la part de Jéhovah. Ainsi, là encore, nous trouvons une raison et une convenance parfaites dans l’emploi des différents noms.

 

4.13                   Les rationalistes contestent tout miracle, y compris l’inspiration divine

Il est bon de se rappeler que ces écrivains rationalistes (ceux de l’Allemagne surtout) partent de cette assertion qu’aucun récit qui rapporte des miracles ne peut être historique. C’est-à-dire qu’ils commencent par supposer ce qui est en question. L’inspiration elle-même est un miracle. La création est le plus grand des miracles : c’est l’intervention de la volonté et de la puissance de Dieu pour produire ce qui, sans cela, n’aurait pas existé. Je sais ce que l’on dit sur les lois générales ; mais, après tout, elles ne sont autre chose que la constante opération de la volonté de Dieu et, par conséquent, ne peuvent exclure son action. Rappelons-nous aussi que la négation absolue de l’action de Dieu indépendante des lois générales, ne va à rien moins qu’à renverser complètement le christianisme, car la résurrection n’est ni une loi générale, ni une conséquence naturelle. La mort n’est pas la cause de la résurrection. Or, si Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine, et, comme nous le dit Paul, les témoins du christianisme sont de faux témoins. Si le miracle ne peut pas être historique, Christ n’est pas ressuscité, et alors le christianisme n’est pas vrai.

 

4.14                   Ou bien l’AT est inspiré de Dieu, ou bien c’est une imposture (pas de milieu)

Mais ceci concerne le Nouveau Testament, et nous nous occupons maintenant de l’Ancien. Or, pour y revenir, l’Ancien Testament, dans son ensemble, ne serait qu’une imposture, si la théorie que je combats était vraie ; je veux dire, si la loi n’est pas un système établi de Dieu par le moyen de Moïse, comme nous le lisons, mais une compilation, faite beaucoup plus tard, de matériaux informes ajustés ensemble, et un système issu du développement de la vie nationale des Hébreux. Pour autant qu’il s’agit de la loi, elle affirme que toutes les paroles qu’elle adresse à l’homme viennent de Dieu par la bouche de Moïse. Quoique la Genèse ait nécessairement un autre caractère, elle ne demande pas moins une inspiration directe ; en effet, qui d’entre les hommes peut donner un récit de la création et de l’histoire du monde, histoire sur laquelle sont fondées dans leurs principes toutes les voies de Dieu envers l’homme (sauf l’Église et la loi, comme je l’ai dit), et sur laquelle aussi, comme nous l’avons vu, le Nouveau Testament est basé ? Le commencement de l’Exode ne peut pas non plus se séparer de la fin de la Genèse. Je n’ai pas besoin de citer des textes pour prouver que l’expression : «Jéhovah dit à Moïse», est le langage constant de la loi, et qu’il nous est ainsi montré de quelle manière Dieu communiquait sa volonté aux enfants d’Israël. Telle qu’elle est, ou bien c’est une révélation claire et positive des paroles et de la volonté de Dieu par Moïse, ou bien c’est une imposture. Dans le Deutéronome, Moïse la repasse tout entière, et parle au peuple en insistant sur l’obéissance, et en rappelant tout ce qui s’était passé, afin de renforcer à leurs yeux cette loi et de les garder de l’idolâtrie. Il y ajoute des détails touchant le gouvernement civil, pour le moment où ils seraient établis dans le pays. Des documents peuvent ou non avoir été employés ; mais le contenu tout entier est, ou bien une histoire et l’établissement originel de la loi de Dieu pour le peuple, avec les plus profondes instructions typiques pour nous, le tout donné de Dieu par Moïse, ou bien ce n’est qu’une imposture.

Je n’ai pas besoin de dire que les prophètes affirment clairement leur inspiration. «La parole de l’Éternel me fut adressée» ; «ainsi a dit l’Éternel» ; voilà comment ils commencent leurs oracles. Dans l’histoire, comme celle des Rois, par exemple, il est nettement établi qu’ils employaient les chroniques royales, mais ils les employaient et en faisaient des extraits, comme nous en avons un exemple dans Ésaïe, de manière à nous montrer, que c’est bien la parole de Dieu. Si Dieu n’est pas mentionné dans le livre d’Esther, c’est tout à fait à propos, pour faire voir la providence secrète de Dieu, gardant son peuple alors qu’il était dispersé, et n’était plus reconnu de Lui comme nation.

 

4.15                   L’AT forme un tout dont la perfection est saisie quand Dieu ouvre l’intelligence

Ainsi, non seulement le Seigneur et les apôtres ont reconnu l’Ancien Testament, tel que nous le possédons, comme étant la parole inspirée de Dieu, mais ce livre se présente lui-même, quant à la loi, comme le produit direct des communications de Moïse avec Dieu, donné originellement d’une manière complète et dans tous ses détails ; quant aux prophètes, comme la communication directe de la pensée et des paroles de Dieu, venant de lui-même ; et l’ensemble, — histoire, psaumes, etc., — comme un tout organique, reconnu par le Seigneur lui-même, et dont la perfection sera saisie et comprise par ceux dont il a ouvert l’intelligence et qui apprennent là à connaître tout le plan de Dieu.

 

5                    Être chrétien et douter de la Bible comme donnée de Dieu : est-ce cohérent ?

Avant de passer, de la discussion des points particuliers et des objections, à une recherche directe de l’évidence plus positive et essentielle qui ressort du contenu même de l’Écriture, je placerai de nouveau devant le coeur de chaque lecteur la question telle qu’elle se présente à nous : Y a-t-il une révélation de la part de Dieu ?

L’homme est séparé de Dieu. Dieu a-t-il donné une révélation par laquelle, aussi loin que va cette révélation de Lui-même, l’homme peut le connaître ? Nous savons ce que l’homme est devenu sans elle. Sommes-nous laissés comme les païens desquels Paul disait : Ils cherchent Dieu, pour voir s’ils pourraient en quelque sorte le toucher en tâtonnant, et le trouver ?» Ou bien y a-t-il réellement une loi donnée par Moïse, et la grâce et la vérité sont-elles venues par Jésus-Christ ? Nous avons vu le Seigneur déclarer que les écrits reçus par les Juifs sont bien les écrits de Moïse, et il le dit non seulement aux Juifs, mais aussi à ses disciples, dont il ouvre l’intelligence pour qu’ils les comprennent. Les apôtres, à l’exemple du Seigneur, basent leurs enseignements sur la vérité de ces écrits et leur contenu, et en tirent leurs arguments. Pour quelqu’un qui n’est pas foncièrement incrédule, cela est suffisant.

Pour ceux qui affirment qu’une narration qui rapporte des miracles ne peut être historique, que Dieu ne peut ou ne veut plus agir, maintenant qu’il a établi une fois pour toutes l’ordre de la nature, pour ceux qui ont ainsi décidé la question avant de l’avoir examinée, il est évident que les affirmations de Christ et des apôtres n’ont point de valeur. Mais, dans ce cas, c’est ne montrer aucune pudeur que de prendre le nom de chrétiens ; c’est manquer d’une manière flagrante à la loyauté que de se prévaloir d’un titre, quand on rejette tout ce que ce titre suppose. Tout ce que nous pouvons faire, c’est de désirer sérieusement la conversion de telles gens. Ils se donnent de la peine pour ce qu’ils estiment être une imposture, ils professent en être les sectateurs ; et ils voudraient nous faire croire que la communication de la connaissance de Dieu la plus sainte, la plus remplie de grâce, la plus profonde, et en même temps la plus vraie et la plus complète, n’est que le produit d’une imposture. On a peine à se l’imaginer ; c’est pourtant à cela que nous avons affaire.

 

6                    La révélation donnée de Dieu, est aussi communiquée de Dieu

Il en est d’autres qui croient bien qu’il y a une révélation, mais non pas une communication divinement inspirée de cette révélation, pour être retransmise à d’autres. Quelques-uns allèguent que la Bible n’a pas même la prétention d’être cela. Or voyez comme cela est rationnel. Dieu aurait trouvé bon de donner tout au long une révélation de ce qu’il est, de sa vérité, de sa grâce ; de la donner aux hommes pour leur bien ; mais il l’aurait fait de telle manière que, dans sa perfection, cette révélation ne peut pas aller plus loin que la personne qui la reçoit. Elle est donnée pour le bien de tous, donnée d’une manière parfaite ; mais cela s’arrête à la première personne à qui elle est communiquée et qui la reçoit. Quant aux autres, elle ne leur parvient que dans l’imperfection où l’homme l’a saisie et la communique. Il y aurait donc une communication divine pour les hommes, mais, par un arrangement divin, elle serait communiquée de manière à ne jamais arriver aux hommes comme telle. Rien ne leur serait communiqué en quoi ils pussent se confier comme étant divin. Peut-on concevoir quelque chose de plus absurde ?

Mais voici ce que dit Paul : «Quand il plut à Dieu, qui m’a mis à part dès le ventre de ma mère et qui m’a appelé par sa grâce, de révéler son Fils en moi, afin que je l’annonçasse parmi les nations» (Gal. 1:15, 16). Dieu lui avait donc fait une révélation pour qu’il annonçât son Fils, mais, suivant la théorie dont je parle, Paul ne le pouvait pas ; quoique cette révélation fût pour d’autres, elle ne leur parvenait pas ; elle était positivement donnée pour eux, mais de telle manière qu’ils ne pouvaient en profiter. Ce n’est pas ce que dit l’apôtre. Il ne falsifiait pas la parole de Dieu — remarquez bien comment il l’appelle — il ne frelatait pas le vin pur ; mais, par la manifestation de la vérité, il se recommandait à toute conscience d’homme devant Dieu (2 Cor. 4:2). C’est ainsi que les Thessaloniciens la recevaient, non comme la parole de l’homme, mais (ainsi qu’elle l’est véritablement) comme la parole de Dieu (1 Thess. 2:13) ; de sorte que si son évangile était voilé, il l’était en ceux qui périssent (2 Cor. 4), et dont les pensées étaient aveuglées par le dieu de ce siècle. En 1 Cor. 2, il établit d’une façon positive la vérité quant à la manière dont les choses révélées sont communiquées : «Desquelles choses aussi nous parlons», dit-il, «non point en paroles enseignées de sagesse humaine, mais en paroles enseignées de l’Esprit... Or l’homme animal ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu, — elles se discernent spirituellement». Elles sont révélées par l’Esprit (v. 10, 12) ; communiquées en paroles que le Saint-Esprit enseigne, afin que les autres puissent les avoir telles que Dieu les avait révélées à Paul (v. 13), et, enfin, elles sont discernées par l’Esprit (v. 14, comp. v. 4, 5). Et c’est là ce que Paul affirme partout. Les choses qu’il écrivait devaient être reçues, et l’étaient, en effet, comme «les commandements du Seigneur» (1 Cor. 14:37). Les prophètes de l’Ancien Testament et Moïse déclarent que ce qu’ils communiquaient, était les paroles de Jéhovah ; l’apôtre ne fait pas autrement.

Ainsi, non seulement la Bible est une révélation venant de Dieu, mais la communication de cette révélation est aussi son oeuvre. «Ainsi a dit l’Éternel», «l’Éternel dit», voilà ce que nous trouvons dans l’Ancien Testament ; et, dans le Nouveau, ce sont des paroles que le Saint-Esprit enseigne, de sorte que ce que nous possédons est la parole de Dieu. C’est «dit par le Seigneur par le moyen des prophètes» (Matt. 1:22), ou «en paroles enseignées de l’Esprit» (1 Cor. 2:13), Dieu ne nous a pas laissés flottant çà et là dans l’incertitude. Mais quand cette parole est présentée, elle se discerne spirituellement ; ou, si elle est rejetée, elle est voilée en ceux qui périssent (2 Cor. 4:3). Et, pour ce qui concerne la partie historique, nous voyons d’une part, qu’elle est rédigée par les prophètes, et d’un autre côté, qu’elle est sanctionnée par le Seigneur et par les apôtres.

On dira qu’il y a des erreurs ; on objectera que nous n’avons que des traductions. Je reconnais que cette Parole a été confiée à la responsabilité de l’homme, précisément de la même manière que le salut personnel de l’homme, dans un certain sens. Cependant l’homme est gardé par la puissance de Dieu, et la Parole l’est aussi, exposée toutefois aux effets de l’infirmité humaine. Elle est citée, affirmée et reconnue authentique par le Seigneur et par les apôtres, et il est constamment fait allusion à la loi dans les plus anciens écrits des prophètes. Pour ce qui est des traductions, personne n’en donne aucune comme un critère de la vérité ; elles sont un moyen de la communiquer, et le critère reste tel qu’il était, providentiellement préservé par Dieu. L’authenticité du Nouveau Testament, comme on l’admet généralement, étant complètement établie, l’authenticité de l’Ancien Testament se trouve prouvée, comme ne l’est celle d’aucun livre dans le monde, par le Nouveau Testament, c’est-à-dire par le Seigneur et ses apôtres. On allègue qu’il y a des citations tirées de la Version grecque dite des Septante. C’est une traduction, il est vrai ; et, si elle est citée, c’est parce qu’elle était très répandue et d’un usage général ; mais elle ne l’est pas quand les écrivains du Nouveau Testament, enseignés de Dieu, avaient une raison de faire autrement. Ils établissent seulement, l’authenticité des portions qu’ils citent.

 

7                    Unité de l’Écriture

7.1   Unité de pensée entre AT et NT : un seul et même plan directeur

J’en viens maintenant à l’unité de pensée qui se trouve dans l’Ancien et le Nouveau Testament. Quelque controverse que l’on puisse soulever quant aux dates, on ne met pas en question que la Bible ne se compose de livres écrits à des époques différentes et séparées par des intervalles de temps considérables. Les incrédules même ne le contestent pas. À certains égards, la littérature juive a commencé avec Moïse. On peut prétendre que l’on a compilé des documents élohistes et jéhovistes, mais en tout cas, ces documents existaient. Il y eut des prophètes plusieurs siècles avant Christ ; des psaumes furent composés par David, l’auteur des doux cantiques d’Israël, ainsi que par d’autres qui furent ses contemporains ou qui vécurent plus tard, comme il y en eut assurément plusieurs. Les auteurs sont différents, de même que leur style et l’époque où ils écrivirent. La grammaire même a subi quelques changements dans la suite des âges. En un mot, divers auteurs et divers styles se sont succédé durant une période d’environ quinze cents années. Dans le Nouveau Testament, se trouve un développement de la vérité et des conseils divins, dont une partie, comme cela est déclaré, n’avait jamais été révélée auparavant, et qui, selon la nature des choses, n’aurait pu l’être : je veux dire le mystère dont Paul, et Paul seul, parle — l’union des Juifs et des gentils, sans distinction, en un seul corps, pour les lieux célestes. C’était une chose impossible à révéler aussi longtemps que le judaïsme subsistait, parce qu’en soi, cela le mettait absolument de côté. Le judaïsme avait élevé le mur de séparation que le christianisme détruisait.

Or si, avec tous ces auteurs d’époques diverses (le système qui existait auparavant étant mis de côté dans la dernière période, bien que pleinement sanctionné comme divin), auteurs vivant en divers lieux et en divers temps, — si, à travers le jugement, la promesse, la loi, l’Évangile et la révélation de l’Église complétant la parole de Dieu, je trouve un plan unique, une même pensée dans tout l’ensemble, de qui cela vient-il ? Inconscients de la part qu’ils avaient dans l’ensemble, chacun étant occupé de la portée morale actuelle de ce qui lui était confié, ignorant en grande mesure ce que d’autres pouvaient avoir à dire, ou même employés à mettre de côté ce qui avait existé et ce dont d’autres avaient été occupés, je les vois cependant tous concourant à l’exécution d’un seul et même plan. J’ai ainsi la preuve la plus forte et la plus claire qu’une pensée unique, une unique puissance d’inspiration, qui connaissait la fin depuis le commencement, et qui avait ce plan devant elle, est le véritable auteur de ce que nous nommons la Bible. J’insiste sur le fait qu’elle se compose d’un grand nombre de livres de différentes époques et de caractères divers ; que l’on se soit servi de documents élohistes ou jéhovistes, si l’on veut, quoique pour moi je ne l’accepte nullement. Prophétie, histoire, poésies, leçons morales ; l’homme avant la loi, et l’homme sous la loi ; un système étroit pour conserver la vraie unité de la divinité quand l’idolâtrie régnait partout ailleurs, puis un système large embrassant toute créature sous le ciel, système qui, tout en maintenant l’autorité de la loi, la mettait de côté comme moyen de relation avec Dieu ; mais, à travers toutes ces choses si diverses, un seul et même dessein divin qui fait servir chaque partie à sa place à la construction de l’ensemble, et forme de soixante livres (ou quarante-neuf, suivant la manière de compter des Juifs) un tout unique, un seul et même livre, — LA BIBLE !

 

7.2   Le dessein de Dieu à la base de l’unité de la Bible

Pour démontrer cette unité de la Bible, qu’il suffise ici d’établir d’après l’Écriture quel est le dessein de Dieu, en indiquant seulement ce qu’il y a de plus important ; que ce n’est pas simplement le dessein d’exposer les faits accomplis, mais que ceux-ci forment la base morale tout entière des relations de l’homme avec Dieu. Nous y voyons l’état d’innocence de l’homme, la perte de cette innocence, la responsabilité morale, la loi donnée avec une autorité divine comme mesure parfaite de la responsabilité, l’homme doublement coupable en violant la loi, le moyen d’y porter remède dans le témoignage des prophètes et dans la venue du Fils de Dieu lui-même, mais tout cela en vain et se terminant par le jugement du monde. Toute bouche étant alors fermée et tout le monde reconnu coupable devant Dieu, un salut parfait est annoncé par grâce de la part de Dieu, salut selon Sa propre nature et Sa gloire, saisi dans la promesse à travers tous les siècles et enfin pleinement révélé ; puis finalement la gloire céleste et une terre restaurée sous la première et la nouvelle alliance, et ensuite l’éternité. À cela, je puis ajouter la place spéciale de l’Église au milieu de tout ce que je viens de mentionner, place tout à fait particulière. Tout est ainsi rendu manifeste et déroulé successivement, à mesure que se développe le dessein de Dieu, et se termine dans la plénitude de la gloire divine, et dans l’infinie et éternelle bénédiction de ceux qui croient.

Le dessein de Dieu, tel que l’établit l’Écriture (Éph. 1), est celui-ci : «Pour l’administration de la plénitude des temps, Dieu s’est proposé de réunir en un (*) toutes choses dans le Christ (Fils de Dieu et Fils de l’homme), les choses qui sont dans les cieux et les choses qui sont sur la terre ; en Christ, en qui nous avons été faits héritiers». Ceci nous présente deux grandes scènes, les cieux et la terre, et, en rapport avec l’une et l’autre, deux grands objets nous sont révélés comme étant placés sous l’autorité de Christ : l’Église et les saints glorifiés dans les lieux célestes, et les Juifs sur la terre ; l’Église régnant avec Christ, les Juifs, ainsi que le monde entier, gouvernés par Lui comme Fils de l’homme, ressuscité et glorifié ; à côté de cela la maison du Père, où il est allé, et qui est notre demeure. L’une de ces scènes, présente la souveraine grâce qui nous a placés dans la même gloire que le Fils de Dieu ; l’autre, le gouvernement de ce monde. Voyez Éph. 1:22, 23 et 9-11 ; puis Deut. 32:8, 9, où nous trouvons un court exposé de la partie juive de la scène terrestre (v. 8, 43). Tous sont sous le Fils de l’homme ou unis à Lui.

(*) anakefalaiwsasqai

 

Je laisserai de côté, pour le moment, cette dernière partie comme appartenant spécialement à l’Église.

 

7.3   Un plan de Dieu unique et complet vu dans les principes moraux et le développement historique de la Bible

7.3.1       L’homme responsable et l’Homme en qui les promesses de Dieu s’accomplissent (Genèse et NT)

Dieu, on le comprend, ne commença pas avec le second Adam, mais avec le premier ; non avec l’homme de son conseil, mais avec l’homme responsable. Nous voyons l’homme placé sous cette responsabilité lorsqu’il est dans l’innocence ; nous le retrouvons dans cette position quand il est déchu et sans loi, puis sous la loi (en passant par la promesse qui était par grâce et fut manifestée en Abraham) ; et enfin, lorsque Christ fut envoyé, Dieu, après les patients avertissements et les encouragements donnés par les prophètes, ayant dit : «Ils auront du respect pour mon Fils». Mais ils le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. L’épreuve de l’homme ayant été ainsi pleinement achevée, il est traité comme perdu ; mais un salut parfait lui a été préparé dans l’oeuvre du Seigneur Jésus-Christ, en qui, second Adam et Fils de l’homme, toutes les promesses et les desseins de Dieu devaient être accomplis. Il est l’Homme du conseil de Dieu ; «autant il y a de promesses de Dieu, en Lui est le oui et en Lui l’amen» ; il prend l’héritage de toutes choses, lequel l’homme devait posséder selon le dessein de Dieu, et il le prend en vertu de la rédemption, dans laquelle Dieu avait été parfaitement glorifié à tous égards. À travers tout ce développement, le grand adversaire est révélé dans la mesure nécessaire, afin que nous connaissions clairement la position de ceux qui y sont intéressés, mais pas davantage.

Le principe général, ainsi que le résultat de tout ce que nous venons de voir, a déjà sa manifestation en Éden ; non pas qu’il y ait une promesse faite au premier homme, — il n’y en a aucune ; mais on voit le dessein de Dieu, quand le premier homme, placé sous la responsabilité, et tenté par l’adversaire, a failli et est tombé. L’Éternel Dieu prononce la sentence de jugement contre la femme, pour avoir écouté le serpent, mais il révèle le second Homme, le dernier Adam. Lui, la semence de la femme, devait briser la tête du serpent et le serpent lui briser le talon ; ce dernier fait a eu lieu sur la croix, le premier s’accomplira quand le Fils de l’homme viendra en puissance. Aucune promesse n’est faite au premier homme, quoique par la foi il puisse s’emparer de ce que Dieu a dit, mais il y a une révélation du second Homme. Adam assurément n’était pas la semence de la femme. Quant à l’histoire d’Adam et d’Ève, Paul la rappelle comme étant d’une vérité incontestable (1 Tim. 2:9-15), et en fait le fondement d’exhortations relatives à la femme. Le récit de la chute devient pour lui la base de la plus profonde doctrine (Rom. 5:12-21), quand il fait voir que c’est par là que le péché a existé avant la loi, et quand il n’y en avait aucune : il fait allusion à ce qui est dit dans le prophète Osée (6:7) (*), montrant qu’Adam était sous une loi (celle de ne pas manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal), mais que, depuis lui jusqu’à Moïse, l’homme a été sans loi, ce qui est confirmé par le caractère du jugement (Rom. 2:12) : ceux qui ont péché sans loi (anomos) étant distingués de ceux qui ont péché sous la loi. C’est aussi au récit de Gen. 3, que Paul ramène les Corinthiens pour les exhorter à la vigilance (2 Cor. 11:3). Ainsi encore la structure et l’ordre tout entier du plan de Dieu en Christ, se rattachant à la ruine de l’homme dans le premier Adam, sont développés au ch. 15 de la première épître aux Corinthiens, surtout aux v. 20-28, 45-49, et, comme on le voit, en rapport avec la résurrection. L’accomplissement de ce plan relativement aux Juifs, aux Gentils et aux saints ressuscités, est fondé sur És. 25:6-8.

(*) Il faut lire : «mais eux, comme Adam, transgressent l’alliance».

 

7.3.2       Promesses inconditionnelles, puis des conditions introduites avec la loi

Mais, il y avait d’autres promesses spéciales faites à la semence d’Abraham selon la chair ; promesses renouvelées à David et limitées à Israël, bien que la miséricorde dût s’étendre aux Gentils quand Israël aurait failli. Ces promesses remplissent le livre de la Genèse, et la condition d’Israël sous la promesse et dans son état de chute est le sujet tout entier des psaumes, outre l’introduction de la personne de Christ, comme étant en relation avec Israël (voyez Gen. 15:17). Ces promesses, données sans condition à Abraham, furent acceptées conditionnellement par les Israélites à Sinaï, en sorte que, bien que les promesses demeurassent, la loi fut introduite sous Moïse ; et ainsi, sous l’ancienne alliance, l’accomplissement des promesses dépendait autant de la fidélité d’Israël que de celle de Dieu. Dieu avait dit : «Si vous obéissez à ma voix», et Israël avait répondu : «Nous ferons tout ce que Jéhovah a dit».

 

7.3.3       Accomplissement des promesses en Christ sur le fondement de la pure grâce (laquelle s’étend aux Gentils)

Ainsi, non seulement Israël était placé de fait sur le terrain de l’ancienne alliance, mais un principe d’une portée considérable était établi, et une question non moins importante était soulevée, savoir : «La justice de l’homme est-elle le fondement sur lequel l’homme peut subsister devant Dieu ; ou bien, la justice de Dieu est-elle celle d’après laquelle un pécheur peut être accepté ?» Israël se trouvait donc placé, sur un double terrain, celui des promesses faites à Abraham et celui de la justice sous la loi ; et cependant la grâce, si Dieu n’était pas seulement le Dieu des Juifs, devait s’étendre aux Gentils. Cela aura lieu en Christ, lorsque, ainsi que nous l’avons vu, il prendra sa puissance comme Fils de l’homme, et sera chef au-dessus de toutes choses. Pendant que subsistait encore le mur mitoyen de séparation, la bénédiction des Gentils existait en espérance, mais elle était laissée, comme eux-mêmes, dans l’obscurité et les ténèbres. Cela était nécessaire pour maintenir la connaissance d’un seul vrai Dieu, alors que le monde était plongé dans l’idolâtrie, et telle est la perversité du coeur de l’homme, que cette connaissance n’était maintenue qu’avec la plus grande difficulté. Mais la bénédiction des Gentils est révélée aussi clairement que possible dans les promesses faites à Abraham, au ch. 12 de la Genèse, et confirmées à sa semence, après qu’Isaac eut été offert en figure, et ainsi reçu de nouveau comme ressuscité d’entre les morts (comp. Gen. 22, Gal. 3, Héb. 11). Toutes les nations devaient être bénies en Christ.

Moïse et la loi étant intervenus, ce fut seulement après le jugement d’Israël que cette bénédiction fut manifestée, et cela par Christ (voyez Rom. 11). Ainsi, au ch. 32 du Deutéronome, Dieu insiste solennellement sur le jugement et des Juifs et des Gentils, comme sur une chose qui a lieu d’abord ; toutefois un résidu est épargné en Israël ; il est reconnu au v. 43 comme le peuple de l’Éternel, et les nations sont invitées à se réjouir avec lui. Nous les avons déjà vus tous deux, Israël et les nations, au ch. 25 d’Ésaïe, quand il est aussi question de la résurrection, et tout se rattache au règne de Christ ainsi que le montre Paul en citant Ésaïe (1 Cor. 15:54).

Dans les épîtres aux Romains et aux Galates, Paul discute d’une manière complète le contraste entre la loi et l’évangile, puis les promesses sans condition, et enfin la loi avec les promesses et l’évangile. Au ch. 3 des Galates, il insiste sur la promesse sans condition, et sur le fait que la loi donnée 430 ans plus tard, ne pouvait ni être ajoutée à une promesse inconditionnelle confirmée à la semence d’Abraham, ni non plus annuler cette promesse. La loi fut enfreinte, et ce qui la concerne fut aisément réglé, parce que, sous l’ancienne alliance, la bénédiction d’Israël dépendait de son obéissance. Mais les promesses ? Elles devaient être accomplies par le moyen de la semence promise, le Messie. Ce fait devenait de plus en plus clair, à mesure que la désobéissance d’Israël croissait et était rendue plus manifeste ; il est pleinement établi dans la promesse faite à David, mais alors ce devait être en brisant la tête du serpent et par conséquent cela s’étendait au delà d’Israël. Quand la chute d’Israël eut été clairement manifestée sous la sacrificature en Éli, sous le prophétisme en Samuel, et ainsi sous le gouvernement direct de Dieu par ces moyens, Dieu suscita le roi selon son coeur, le bien-aimé ; et cette double bénédiction d’Israël et des Gentils, ainsi que la gloire de l’homme en Christ, fut mise en lumière ; c’est la grâce agissant en puissance, bien que finalement un résidu en Israël dût seul en profiter.

Mais ici se présentait la difficulté des promesses inconditionnelles, et des promesses faites à la semence en qui elles devaient être accomplies. La loi, comme je l’ai dit, avait été enfreinte d’une manière manifeste depuis l’érection du veau d’or ; mais les promesses devaient avoir leur accomplissement dans la semence, dans le Fils de David. Israël le rejeta et perdit ainsi tout droit aux promesses, quelles qu’elles fussent. Dieu avait ôté son trône de Jérusalem quand les Juifs furent emmenés captifs à Babylone. Les chérubins et la gloire qui résidaient dans le temple, jugèrent la cité et la quittèrent. Mais les promesses, que devenaient-elles ? Un résidu fut préservé et ramené, privé de sa gloire comme peuple de Dieu, mais possédant cependant ces promesses ; alors vint le Messie, Celui qui avait été promis, serviteur de la circoncision pour la vérité de Dieu (Rom. 15:8), afin de confirmer les promesses faites aux pères. Les Juifs le rejetèrent, et Dieu opéra un salut efficace pour l’homme. Celui qui est le salut de l’Éternel jusqu’au bout de la terre (És. 49:6) accomplira cependant ses promesses envers Israël, mais seulement sur le fondement de la pure grâce, tandis qu’il prend ceux qui l’ont reconnu alors qu’il était rejeté, pour être ses compagnons dans la gloire céleste et pour régner avec Lui. C’est là ce qui donne lieu à l’apôtre de s’écrier : «Ô profondeur des richesses… !» (Rom. 11:33).

Or de même que Paul, dans les Galates, ch. 3, dans l’épître aux Romains ch. 2, 3, 4 et 7, mais dans ce dernier chapitre d’une manière plus expérimentale, discute la portée morale de la loi, de la grâce et de la promesse, pour chacun individuellement, de même dans les ch. 9-11 des Romains, il traite le sujet au point de vue des dispensations de Dieu envers les Juifs et les Gentils. Au ch. 9, Paul établit la souveraineté de Dieu, sans laquelle les Ismaélites et les Édomites devraient être introduits dans les bénédictions, et tout Israël mis dehors sauf Moïse. Ensuite la souveraineté de Dieu se montre aussi par l’introduction des Gentils. La réjection d’Israël et sa chute contre la pierre d’achoppement, tout avait été prédit, et Dieu est reconnu être aussi le Dieu des Gentils (ch. 10). Mais ce n’était pas pour Israël une réjection finale. Paul était Juif, il y avait donc un résidu (Deut. 32). L’introduction des Gentils a pour but d’exciter Israël à la jalousie, mais à la fin, selon une promesse infaillible, le Libérateur viendrait de Sion (Rom. 11).

 

7.3.4       Place de la loi dans le plan de Dieu  — La justification par la foi

Ainsi la loi n’est pas seulement une dispensation de Dieu envers Israël, mais elle soulève pour toute âme la grande question de la justice de l’homme devant Dieu. La loi n’était pas une règle arbitraire, mais la règle parfaite donnée de Dieu pour l’homme dans toutes les relations où il se trouvait maintenant comme homme déchu ; relations avec Dieu même et avec les autres hommes, Dieu demandant à l’homme d’agir suivant cette règle afin qu’il vécût. Mais la chair, l’homme dans sa nature adamique, ne se soumet pas à la loi de Dieu, et aussi elle ne le peut, de sorte que ceux qui sont dans la chair ne peuvent pas plaire à Dieu, c’est-à-dire pas un de ceux qui sont dans la position d’Adam. Non seulement la justice de l’homme n’existe pas en fait, mais en principe elle est mise de côté. Comme nous l’avons vu, sans loi, l’homme était inique ; sous la loi, transgresseur ; et quand Dieu fut manifesté dans la personne de son Fils, le Seigneur dut dire : «Maintenant ils ont, et vu, et haï et moi et mon Père». Voilà pourquoi nous lisons aussi : «Maintenant est le jugement de ce monde», mais grâces à Dieu, « maintenant le chef de ce monde est jeté dehors». «Et moi, ajoute le Seigneur, si je suis élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi» (Jean 12:31, 32). «Maintenant», est-il dit encore, «en la consommation des siècles, il a été manifesté une fois pour l’abolition du péché par le sacrifice de Lui-même» (Héb. 9:26). Celui qui est la semence de la femme a eu son talon brisé, mais l’oeuvre qu’il a accomplie, lui a donné le droit en justice, selon Dieu, de briser la tête du serpent. Par sa mort, la puissance de l’ennemi a été annulée moralement (ina katarghsh) et sera entièrement mise de côté dans le ciel et sur la terre, quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire ; tous les ennemis, il est vrai, ne seront pas assujettis à la fois, mais Lui aura pris sa grande puissance pour régner, et il régnera.

Non seulement les Gentils avaient été laissés dans l’obscurité durant la période de l’épreuve de l’homme sous la loi, et les promesses étaient restées limitées, dans leur application effective, à un peuple particulier, mais la vie et l’incorruptibilité n’avaient pas été mises en lumière ; elles ne le furent que sous l’évangile, et c’est alors aussi seulement que l’accès auprès de Dieu fut ouvert. Le voile et les barrières qui défendaient l’approche de Dieu, marquent l’état de l’homme sous la loi ; mais maintenant le lieu très-saint est ouvert, la justice de Dieu sur le principe de la foi est pour le Gentil aussi bien que pour le Juif, et toutes les gloires les plus élevées sont révélées en rapport avec la résurrection. Il y a un nouvel état de l’homme et une nouvelle création, dont Christ ressuscité et glorifié est les prémices et le chef, Lui «le second homme venu du ciel» (o deuteros anqrwpos ex ouranou), et qui y est retourné comme homme.

 

7.4   Unité de dessein et de pensées divines dans divers sujets de l’Écriture

Le lecteur à qui les Écritures sont familières, verra que, dans tout ce que je viens de dire, je n’ai fait que donner un exposé rapide des enseignements qu’elles nous présentent, et que je les ai réunis de manière à faire ressortir qu’il y a un plan de Dieu unique et complet, dont les principes moraux et le développement historique, quoique distincts, ne peuvent être séparés. Voyons maintenant si nous ne pourrions pas suivre ce plan à travers les Écritures, en nous attachant à quelques points principaux, que nous étudierons plus en détail et que nous montrerons reliés entre eux par l’unité d’une même pensée.

 

7.4.1       Christ le Fils de l’homme

De fait, ce plan existait avant la création du monde dans les pensées de Dieu, mais il ne nous a été révélé par grâce, que lorsque l’évangile fut venu, et après que le premier homme eut été pleinement mis à l’épreuve dans sa responsabilité, de manière à montrer ce qu’il était. Ainsi nous lisons en Prov. 8, où la sagesse parle (or Christ est la sagesse de Dieu et la puissance de Dieu) : «J’étais (avant la création qui est décrite poétiquement) ses délices de tous les jours, et toujours j’étais en joie en sa présence. Je me réjouissais en la partie habitable de sa terre (la terre de Jéhovah), et mes plaisirs étaient avec les enfants des hommes» ; c’est-à-dire dans la nature et le principe de sa position, le Fils de l’homme.

C’est pourquoi, à la naissance de Christ, nous voyons les anges célébrant ce grand fait en disant : «Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ; et sur la terre, paix, et bon plaisir dans les hommes» (et non pas : bonne volonté envers les hommes, comme on le traduit souvent). Comme il est écrit : «Il n’a pas pris les anges, mais il a pris la semence d’Abraham» la restreignant ici à la grâce et à la promesse, et en conséquence la rattachant en même temps à l’histoire de l’Ancien Testament. Ainsi nous lisons en 2 Tim. 1:9 : «Qui nous a sauvés, et nous a appelés d’un saint appel, non selon nos oeuvres, mais selon son propre dessein et sa propre grâce, qui nous a été donnée dans le Christ Jésus avant les temps des siècles, mais qui a été manifestée maintenant par l’apparition de notre Seigneur Jésus-Christ». De même en Tite 1 : «Dans l’espérance de la vie éternelle que Dieu, qui ne peut mentir, a promise avant les temps des siècles..., mais il a manifesté au temps propre sa parole». Ainsi encore dans la première épître aux Corinthiens, ch. 2, Paul dit : «Nous parlons la sagesse de Dieu en mystère, la sagesse cachée, laquelle Dieu avait préordonnée avant les siècles pour notre gloire». Or, jusqu’à ce que Christ eût été rejeté, ces conseils de la grâce de Dieu n’avaient pas été manifestés comme ils le sont dans les passages cités, parce que le premier homme et la possibilité de son relèvement étaient encore à l’essai, bien que Dieu, qui savait ce qu’était l’homme, eût vivifié des âmes dès le commencement. Cependant nous allons trouver des traces distinctes de tout ce qui concerne l’histoire de Christ et sa réjection, ainsi que les gloires à venir, ou, comme l’exprime Pierre, les souffrances qui devaient être la part de Christ et les gloires qui suivraient.

 

7.4.1.1              Les souffrances qui devaient être la part de Christ et les gloires qui suivraient — Christ, et les croyants attendant la gloire, dans un monde ennemi

Prenons le Messie, Fils de l’homme, et la relation de ces titres avec Israël et la gloire future de Christ. Dans le Ps. 1, nous voyons le résidu soigneusement distingué des méchants ; Ésaïe nous montre ce résidu quand il dit : «Si l’Éternel des armées ne nous eût laissé un bien petit résidu, nous eussions été comme Sodome, nous eussions été semblables à Gomorrhe». Mais il sera bon de remarquer, avant de présenter la suite et l’enchaînement des textes, que le Seigneur nous dit expressément que la paix sur la terre ne devait pas être établie par sa première venue. «Pensez-vous, dit-il, que je sois venu donner la paix sur la terre ? Non, vous dis-je, mais plutôt la division. Car désormais ils seront cinq dans une maison, divisés, trois seront divisés contre deux, et deux contre trois» (Luc 12:51, 52). C’est une citation tirée de Michée (ch. 7), où cet état de choses est présenté comme le comble du mal, mal qui, en fait, s’est produit sous sa pire forme, devant la manifestation parfaite du bien, de Dieu lui-même, et qui s’est montré dans la mort de Christ et la haine contre ceux qui lui sont fidèles : car tous ceux qui veulent vivre pieusement dans le Christ Jésus, seront persécutés.

Mais quant à Christ, il devait souffrir et faire l’expiation, puis s’asseoir, non pas encore sur son propre trône, mais sur le trône du Père, à la droite de Dieu, attendant jusqu’à ce que ses ennemis soient mis pour marchepied de ses pieds. C’est là qu’il est maintenant, après avoir accompli entièrement l’oeuvre qui a parfaitement glorifié Dieu, qui nous donne une conscience parfaite, qui détruit en droit toute la puissance de Satan et qui est le sûr fondement de l’éternelle bénédiction, des nouveaux cieux et de la nouvelle terre.

Mais, en traversant la terre, nous sommes appelés à prendre notre croix et à souffrir, nous qui devons posséder l’héritage céleste et être semblables à Lui dans la gloire ; tandis qu’il attend lui-même, nous devons attendre maintenant avec lui ici-bas, jouissant de la sympathie de notre grand souverain sacrificateur ; ou bien, absents du corps, nos esprits attendent avec lui, si nous sommes retirés de la scène terrestre avant qu’il vienne. Si lui a été crucifié, nous devons souffrir et non régner jusqu’à ce qu’il prenne sa grande puissance et qu’il règne ; jusqu’à ce moment, Satan, n’étant pas précipité du ciel, est encore le dieu et le prince de ce monde.

Dès le commencement, l’homme, sous son influence, a gâté ce que Dieu avait fait bon ; c’est là toujours ce qui arrive d’abord. Ainsi a fait Adam lui-même, ainsi Noé qui s’enivra ; ainsi Israël qui éleva le veau d’or ; plus tard Nadab et Abihu offrent un feu étranger et le lieu très saint est fermé à Aaron sauf en un jour spécial ; à cause de Salomon le royaume d’Israël est divisé, et sous Nébucadnetsar, la puissance Gentile devient une bête. Ainsi en a-t-il toujours été, et nous voyons l’apostasie s’introduire dans l’église avant même que les yeux de l’apôtre se soient fermés.

Mais Satan sera chassé du ciel (Apoc. 12) où il est maintenant l’accusateur des frères. Alors, comme nous le lisons dans l’évangile de Luc, il y aura «paix au ciel, gloire dans les lieux très hauts» et l’on dira «Béni soit le Roi qui vient au nom du Seigneur», ici-bas (Luc 19:32). En ce jour là c’était la bouche des petits enfants et de ceux qui tètent, qui proclamait sa louange pour faire taire l’ennemi et le vengeur, et s’ils ne l’eussent pas fait, les pierres mêmes auraient crié. C’est quand il reviendra que le mal sera réprimé.

 

7.4.1.2              Souffrances et gloire de Christ selon les Ps. 2 et 8 et les citations du NT

Mais venons-en aux citations des passages de l’Écriture. Après avoir vu dans le Ps. 1 le caractère du résidu, nous trouvons au Ps. 2 la détermination prise par Jéhovah d’établir, sur la sainte montagne de Sion, son Roi, l’homme oint, le Fils de Dieu comme né dans ce monde, qui en outre doit demander la domination sur les nations qu’il gouvernera avec une verge de fer et qu’il brisera en pièces comme un vase de potier (comp. Apoc. 2:26, 27). Mais pour le présent, il est rejeté. Les rois de la terre et les gouverneurs consultent ensemble contre l’Éternel et contre son oint (le Christ ou Messie). Le Seigneur (Adonaï), assis dans les cieux, se rira d’eux. Le Saint Esprit (Actes 4:26, 27) applique cela expressément à la réjection et à la mort de Christ.

Les Ps. 3 à 7 présentent, comme conséquence, les tribulations et les douleurs du résidu, sujet dans lequel je n’entrerai pas. Mais le Ps. 8 célèbre Christ sous un autre caractère, celui qu’il aura quand les Juifs pourront louer le nom de l’Éternel comme magnifique par toute la terre, comme ayant placé sa gloire au-dessus des cieux et comme étant leur Seigneur (Adonaï) ; état de choses qui n’est pas encore accompli en fait, quoique le Seigneur emploie le second verset (Matth. 21:16), comme le témoignage sur lequel Dieu insistait, pour ainsi dire, quand le Sauveur était rejeté ici-bas. C’est ainsi que Jésus cite aussi, dans le passage de Luc rapporté plus haut, le Ps. 118 qui a trait également à ce temps à venir où Christ reviendra en puissance. J’indique ceci pour montrer que ce retour s’identifie avec l’établissement de l’homme sur les oeuvres des mains de Dieu. Le Fils de l’homme», nom que le Seigneur applique constamment à Lui-même (*), venant spécialement en vue, ce passage lui est appliqué dans toute sa portée comme héritant de tous les desseins de Dieu relativement à l’homme. Ces mêmes paroles du Psaume sont aussi employées plus d’une fois par l’apôtre Paul, pour définir la position tout entière dans les résultats de l’administration divine ; par exemple dans ce verset : «Et il a assujetti toutes choses sous ses pieds, et l’a donné pour être chef sur toutes choses à l’assemblée qui est son corps» (Éph. 1:22 ; comp. avec Col. 1:15-18). Et encore en 1 Cor. 15:20-28, quand toutes choses doivent être mises sous les pieds de l’homme ressuscité (le second Homme), excepté Celui qui lui a assujetti toutes choses. Ici le plan tout entier est déroulé. Dans l’épître aux Hébreux aussi (ch. 2), il est dit que nous ne voyons pas encore que toutes choses lui soient assujetties, mais nous voyons Jésus, fait un peu moindre que les anges à cause de la passion de la mort, couronné de gloire et d’honneur. Rien ne peut être plus précis que ces passages quant au dessein de Dieu et à la mesure dans lequel il a été accompli.

(*) Il ne se nomme jamais le Christ, sauf en parlant à la femme de Samarie (Jean 4), après qu’il eut quitté la Judée.

 

7.4.1.3              Souffrances et gloires de Christ, selon Daniel et Ps. 80

Le fait général nous est encore présenté dans une toute autre portion des Écritures, en contraste avec la puissance terrestre du mal. C’est dans le septième chapitre de Daniel. Les divisions du chapitre sont indiquées par les mots : «Je vis dans les visions de la nuit» ; la première s’étend du v. 1 au v. 6 ; la seconde, v. 7-12, montre plus spécialement la dernière bête, la principale ; puis viennent les v. 13 et 14, sur lesquels je reviendrai. Depuis le v. 15 jusqu’à la fin, nous avons les demandes de Daniel et l’explication dans laquelle se trouvent introduits en même temps, et les saints tués par la bête (ceux-là sont au ciel, comme cela est confirmé par Apoc. 20), et Israël. Je cite les v. 13 et 14 : «Je regardais encore dans les visions de la nuit, et voici comme le Fils de l’homme qui venait avec les nuées des cieux, et il vint jusqu’à l’Ancien des jours, et se tint devant lui, etc.». Ceci eut lieu quand les trônes eurent été placés pour le jugement. Mais ensuite nous trouvons que c’est l’Ancien des jours qui vient, quand le jugement est donné aux saints des hauts lieux (*). De même dans Ps. 80, où non seulement les Juifs mais Israël tout entier implorent de l’Éternel leur délivrance finale, nous lisons (v. 17) : «Que ta main soit sur l’homme de ta droite, sur le Fils de l’homme que tu t’es fortifié». Ainsi le Messie rejeté, retranché, et qui n’avait rien pris du royaume et de la gloire, est Celui qui est chef sur toutes choses comme Fils de l’homme selon le dessein de Dieu.

(*) Du souverain ou du Très-Haut, dans les versions ordinaires ; des hauts lieux, suivant la note marginale de la version anglaise.

 

7.4.1.4              Souffrances et gloires du Fils de l’hmme selon les Évangiles

Cette vérité se retrouve partout dans les Évangiles, sans qu’il y ait peut-être un seul passage qui soit cité directement. Nathanaël reconnaît Jésus pour le Christ selon le Ps. 2 : «Tu es le Fils de Dieu, le Roi d’Israël». «Tu verras de plus grandes choses que celles-ci», dit le Seigneur. «Désormais vous verrez les anges de Dieu montant et descendant sur le Fils de l’homme». Il prend sa place comme Fils de l’homme, en contraste avec celle qui lui est donnée dans le Ps. 2, et allant au-delà. Dans l’évangile de Jean, dès le premier chapitre (v. 10, 11), les Juifs sont traités comme rejetés et réprouvés, un résidu, né de nouveau et croyant, étant seul reconnu, parce que Jésus est Dieu, et que l’homme n’a jamais reçu Dieu, mais a toujours été inimitié contre Lui.

 

7.4.1.4.1        Matthieu, Marc et Luc

Matthieu présente Jésus comme le Messie, Emmanuel, Jéhovah, le Sauveur ; Marc, comme le prophète serviteur, et Luc, après les deux premiers chapitres, gracieuse peinture du résidu en Israël, nous le montre comme le Fils de l’homme venu en grâce. C’est pourquoi, dans le premier de ces évangiles, la généalogie descend d’Abraham et de David, tandis que, dans Luc, elle remonte jusqu’à Adam (*). Quand les Juifs, à la fin de Matthieu 12, sont complètement rejetés, le Seigneur ne cherche plus de fruits dans sa vigne et sur son figuier (v. 46-50). Il sort pour semer ; mais Celui qui sème la bonne semence, c’est le Fils de l’homme. Le royaume en mystère, c’est-à-dire sans que le roi soit présent (ch. 13), l’Église (ch. 16), le royaume en gloire (ch. 17), sont substitués à Israël sous l’ancienne alliance ; mais au ch. 16 v. 20, il défend aux disciples de dire à personne qu’il est le Christ : le Fils de l’homme doit souffrir de la part des hommes. Nous voyons ce contraste établi d’une manière plus frappante en Luc, où se termine l’histoire du Seigneur quant à l’ordre chronologique. Après que Pierre (v. 20, 21, etc.), enseigné de Dieu, l’a reconnu comme le Christ : «S’adressant à eux avec force, il leur commanda de ne dire ceci de Lui à personne, disant : Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup... et qu’il soit ressuscité le troisième jour», et alors il leur montre la gloire du royaume : le Fils de l’homme doit venir dans sa propre gloire, dans celle du Père et des saints anges ; il doit venir comme Fils de l’homme, comme Fils du Père et comme Jéhovah. Mais cela appartenait à une autre scène (Matth. 17:9), et à l’homme comme une nouvelle création Les disciples ne devaient dire cela à personne jusqu’à ce que le Fils de l’homme fût ressuscité d’entre les morts ; et (Luc 9:36) ils se turent, s’entre demandant ce que signifiait ressusciter d’entre les morts (**) (Marc 9:10). Dès ce jour, il commença à leur montrer que le Fils de l’homme devait souffrir (Matt. 16:21 ; Marc 9:31 ; Luc 9:44).

(*) Je pense qu’il faut lire Luc 3:23, de la manière suivante : «Étant, comme on l’estimait, fils de Joseph), d’Héli» etc. ; tou Hli se rattache à Jésus, et non à Joseph.

(**) Tous comme les Pharisiens croyaient à la résurrection des morts.

 

7.4.1.4.2        Jean

Dans l’Évangile de Jean, ceci nous est présenté sous une autre forme, savoir celle d’un témoignage complet que Dieu rend à Jésus, comme Fils de Dieu, Fils de David et Fils de l’homme, après qu’Israël l’a rejeté. Le premier témoignage est la résurrection de Lazare (11:4). «Cette maladie n’est pas à la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle» (*). Il est la résurrection et la vie. Ensuite (12:13), une grande foule sort au-devant de Lui, criant, selon le Ps. 118 : «Hosanna ! (sauve maintenant, je te prie) béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur ; le roi d’Israël !» Enfin les Grecs (Ellhnes) étant venus pour voir Jésus, la scène plus vaste des Gentils s’ouvre, et le Seigneur dit : «L’heure est venue pour que le Fils de l’homme soit glorifié. En vérité, en vérité, je vous dis : à moins que le grain de blé, tombant en terre, ne meure, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit», et plus loin : «Moi, si je suis élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi-même». C’est ainsi qu’étant rejeté, lorsque le souverain sacrificateur l’adjure ; il confesse qu’il est Celui dont il est parlé dans le Ps. 2, le Christ, le Fils de Dieu, mais il ajoute : «Dorénavant, vous verrez le Fils de l’homme assis à la droite de la puissance, et venant sur les nuées du ciel».

(*) L’aveuglement des rationalistes ne leur permet pas de voir pourquoi ce miracle est introduit ici.

 

7.4.1.4.3        Vérités manifestées par ces souffrances et ces gloires de Christ

Ainsi la chose même qui, dans les voies des dispensations de Dieu, mettait de côté les Juifs sous l’ancienne alliance et annulait leur droit sous les promesses, cette chose manifestait des vérités beaucoup plus profondes, savoir :

·       l’inimitié du coeur de l’homme contre Dieu se présentant à lui en bonté parfaite, suivant ce que dit le Seigneur Jésus : «Ils ont, et vu, et haï et moi et mon Père» ;

·       l’accomplissement de cette oeuvre glorieuse dans laquelle il était pourvu au salut des Gentils aussi bien que des Juifs, et où Dieu était parfaitement glorifié en tout ce qu’il est ;

·       le Christ rejeté, le Messie retranché, ainsi que Daniel l’a déclaré, mais cela comme Fils de l’homme, ne prenant pas maintenant la gloire, mais souffrant et cependant justifié par Dieu comme tel ;

·       tout ce que renferment les Ps. 2 et 8, Adam l’image de Celui qui était à venir (Dan. 9:7), mis en lumière et accompli, non dans des citations de passages, mais par des faits réalisant ce qui était annoncé ;

·       puis, quand le Saint Esprit eut été donné, les passages expliqués et appliqués comme en Actes 4, Éphésiens 1, 1 Corinthiens 15, Hébreux 2, sans qu’il y eût apparence ni trace d’arrangement de la part de ceux qui énonçaient ces choses, mais montrant en tout un même esprit, une même pensée et un même plan, en un mot faisant voir que tout est là parole et le conseil de Dieu.

 

7.4.1.5              Souffrances et gloire de Christ selon Actes 7 et Apocalypse

Je pourrais multiplier les passages relatifs à l’expression Fils de l’homme ; je me suis borné à ceux qui font voir la portée des Ps. 2 et 8. La mort de Christ ferme la partie historique des Écritures pour ce qui concerne la terre, jusqu’à ce que le Fils de l’homme vienne dans sa gloire. C’est pourquoi Étienne, résumant cette histoire depuis Abraham, c’est-à-dire depuis le commencement des promesses, montre ensuite la loi transgressée, les prophètes tués, le juste trahi et mis à mort, et les Juifs résistant au Saint Esprit ; ensuite il voit le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. Il avait pris sa place céleste, quoiqu’il n’y fût pas encore assis. Maintenant il s’est assis à la droite de Dieu (*), attendant que ses ennemis soient mis pour marchepied de ses pieds, ayant, par une seule offrande, rendu parfaits à perpétuité (eis to dihnekes) ceux qui sont sanctifiés. C’est le temps de l’Église, le corps de Christ, l’habitation de Dieu par l’Esprit. Aussi n’est-il plus parlé du Fils de l’homme, si ce n’est pour le montrer dans la place que Dieu lui a donnée en haut (Héb. 2:6). Mais aussitôt que nous en venons à l’Apocalypse, le ch. 14 nous montre prophétiquement le Fils de l’homme, venant comme Juge pour la moisson mûre de la terre et pour la vendange de la colère de Dieu, et c’est ce que Christ avait déclaré devant le souverain sacrificateur, ce qui a été vu partiellement par Étienne, et ce qui est enseigné dans le deuxième chapitre aux Hébreux, l’accomplissement de la dernière partie du Ps. 110. Au ch. 1 de l’Apocalypse nous trouvons Christ comme Fils de l’homme jugeant l’Église responsable sur la terre ; mais depuis Actes 7 jusqu’à l’endroit que je viens de mentionner, il n’est jamais parlé du Fils de l’homme excepté en Hébreux 2 où le Ps. 8 est cité pour montrer où nous sommes placés dans cette histoire. Mais même alors, il n’est pas nommé ainsi.

(*) Christ avait intercédé pour les Juifs sur la croix ; on voit au ch. 3 des Actes la réponse à sa prière ; mais Christ glorifié ayant été aussi rejeté, toute l’histoire de l’homme se termine à Étienne, et Christ s’assied jusqu’à ce que ses ennemis soient mis pour son marchepied.

 

7.4.2       Unité de dessein et de pensées divines dans divers sujets de l’Écriture : les fêtes d’Israel

 

Je passerai rapidement en revue quelques autres points où se trouve développée cette unité de pensée ; d’abord les trois grandes fêtes d’Israël, ordonnances qui montrent les grands principes et la puissance du rassemblement du peuple de Dieu. Il y avait d’autres fêtes telles que le sabbat, signe de l’alliance que l’Éternel avait traitée avec Israël, et rappelant en même temps qu’au temps marqué son peuple doit entrer dans le repos de Dieu ; ici le repos de la première création ; pour nous, comme ressuscités, celui de la nouvelle : les nouvelles lunes, signe, je n’en doute pas, de la restauration d’Israël, de même que le dixième jour du septième mois est celui de leur repentance future et de leur entrée dans la puissance libératrice de l’expiation ; mais je ne m’occuperai pas de ces fêtes. Aux trois autres, la Pâque (avec la fête des pains sans levain), la Pentecôte et les Tabernacles, tout Israël devait monter au lieu où Dieu aurait mis son nom. Pleines d’intérêt en elles-mêmes, je me bornerai cependant à les présenter ici comme formant une chaîne reliant toute l’histoire et manifestant son unité.

 

7.4.2.1              La Pâque

LA PÂQUE a sans contredit un caractère historique. C’était la nuit qui devait «être soigneusement observée» ; la nuit où, protégés contre le jugement par le sang de l’Agneau pascal, les enfants d’Israël mangèrent en hâte les pains sans levain, se préparant à partir d’Égypte. Rien, à ma connaissance, ne prouve que cette fête ait été célébrée après Sinaï (Nomb. 9), avant l’entrée d’Israël en Canaan. Ceux qui naquirent dans le désert ne pouvaient pas participer à cette fête, n’ayant pas été circoncis. Quand, après le passage du Jourdain sous Josué, ils l’eurent été, ils mangèrent la Pâque. Il y a là une figure pleine d’instruction, mais qui va un peu au-delà de ce que je me propose maintenant. Je me contenterai d’ajouter que c’est seulement quand nous sommes morts et ressuscités avec Christ, que nous sommes circoncis, sachant ce que c’est, et que «l’opprobre d’Égypte» est enlevé de dessus nous. La patience et l’épreuve dans le désert n’appartiennent pas à cet ordre de choses. Je reviens maintenant à la Pâque. Ézéchias et Josias la célébrèrent comme elle ne l’avait pas été durant de longues années. Cette criminelle négligence d’Israël est constamment employée par les théologiens rationalistes allemands comme preuve que la loi n’avait pas été donnée.

Nous voyons clairement que cette fête fut établie pour rappeler que Dieu épargna le peuple, quand il exerça le jugement contre l’Égypte et Pharaon, et qu’il délivra Israël de la servitude où il se trouvait. Voilà pourquoi elle devait être observée, et toutes les fois qu’elle l’a été, ce fut dans cette pensée. Au ch. 16 du Deutéronome, nous la trouvons avec un caractère particulier, car, dans ce livre, il est parlé des trois grandes fêtes en rapport avec l’état de l’âme sous l’effet de ce qu’elles représentent. Ainsi dans la Pâque, les pains sans levain, type de la sainteté et de l’absence de péché, sont les pains d’affliction, et les enfants d’Israël devaient s’en retourner le matin et s’en aller dans leurs tentes, bien que la fête durât sept jours. Il n’y a point là de joie en commun comme dans la Pentecôte et la fête des Tabernacles, quoique dans ces dernières la joie fût dans des mesures différentes. Quand l’on est placé en présence du jugement, lors même que l’on est épargné, la sainteté est le pain d’affliction, l’esprit de repentance est la forme de la pureté et cela est nécessairement solennel et individuel. Mais la grande idée d’être à l’abri du jugement de Dieu était là, dans le sang de l’agneau pascal ; plus tard, naturellement, ce n’en était que le mémorial. Tout chrétien sait que Christ était la vraie Pâque. Les principaux sacrificateurs cherchaient à empêcher qu’il ne fut pris le jour de la fête, mais le dessein de Dieu ne tenait pas compte de leur décision, et, le jour même de la Pâque, il fut sacrifié comme le véritable agneau pascal : «l’Agneau de Dieu» qui ôte le péché. Comme il était à table avec ses disciples (*), le Seigneur lui-même nous donne cette instruction : «J’ai fort désiré de manger cette pâque avec vous avant que je souffre ; car je vous dis que je n’en mangerai plus jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le royaume de Dieu» (Luc 22:15, 16) : de sorte que nous avons un exemple clair de l’intention de Dieu, dans une institution qu’il a formellement établie lui-même par le moyen de Moïse, institution destinée à célébrer la manière dont les Israélites avaient échappé au jugement en Égypte, mais qui avait pour but précis de préfigurer une délivrance meilleure et plus durable, celle de l’esclavage du péché et de Satan, et, plus directement, du jugement de Dieu et de ses conséquences, sous lesquels nous nous trouvions placés. «Notre Pâque, Christ, a été sacrifiée pour nous». Quand Dieu voit ce sang, il passe par dessus, là où la foi a saisi la parole.

(*) Pour les Juifs, c’était le même jour, quoique non pas pour nous, à cause de notre manière de compter ; en même temps c’était le jour où le levain était ôté pour la fête.

 

7.4.2.2              La Pentecôte

LA PENTECÔTE, nous le savons, se rattache à la descente du Saint Esprit. C’était, non la fête des prémices, c’est-à-dire de la gerbe tournoyée devant l’Éternel, le lendemain du sabbat, figure de Christ ressuscité le premier jour de la semaine. C’était la fête des premiers fruits, après que la moisson était faite. Il devait y avoir du levain dans les deux gâteaux offerts en cette solennité ; car le péché que figure le levain, se trouve toujours dans l’homme, même si l’offrande est faite à Dieu dans la puissance du Saint Esprit. En même temps, à cause même de cette défectuosité, on devait offrir un sacrifice pour le péché, ce qui n’avait pas lieu dans le cas de la gerbe tournoyée ; et de plus ces gâteaux ne pouvaient pas être brûlés en bonne odeur à l’Éternel. Ensuite, comme cette fête est en rapport avec le Saint Esprit, nous voyons, au ch. 16 du Deutéronome, les Israélites invités à se réjouir ensemble, et à apporter une offrande volontaire en se souvenant de la délivrance que Dieu leur avait accordée. Tout cela demeure dans sa vraie force — le sens en ayant été accompli le jour de la Pentecôte, et les effets de cet accomplissement subsistant jusqu’à ce jour. L’homme avait-il arrangé cette institution pour l’avenir ? ou bien l’antitype qui l’accomplissait, la descente du Saint Esprit envoyé du ciel, a-t-il été arrangé par l’homme dans ce jour de la Pentecôte ? Nous avons cette fête dans le Lévitique ; nous la retrouvons avec d’autres détails dans le Deutéronome ; dans le premier de ces livres (Lévitique 23), c’est l’histoire de tout le temps qui s’écoule depuis l’Égypte jusqu’au retour du Seigneur à la fête des Tabernacles ; dans le second (Deut. 16), nous avons les détails caractéristiques de ce qui donne la portée morale de ces observances. Si cela n’est pas arrangé par l’homme, c’est un témoignage rendu à ce dessein de Dieu qui fait l’unité de la Bible tout entière dans la révélation de sa pensée.

 

7.4.2.3              La fête des Tabernacles

Il reste encore la fête des TABERNACLES, mais sans aucun antitype, ce qui la rend d’autant plus remarquable. Elle était pour le pays seulement. Durant cette fête, les enfants d’Israël devaient habiter sous des tentes, en témoignage qu’ils avaient été voyageurs au désert, mais que maintenant les promesses étaient accomplies, et qu’ils étaient en paix dans leur terre pour ne plus jamais en être arrachés comme le dit Amos (9:15), et, ainsi que nous le lisons en Ézéchiel (37:21), rassemblés de tous les lieux où ils avaient été dispersés. La fête des Tabernacles devait être célébrée après la moisson et la vendange, c’est-à-dire quand le bon grain est recueilli et que le jugement est accompli. Nous avons vu, dans le ch. 14 de l’Apocalypse, le Fils de l’homme coupant la moisson de la terre, et foulant la cuve de la colère de Dieu. C’est dans ce caractère qu’il est présenté au ch. 19, et qu’Ésaïe (ch. 63) le montre venant de Botsra avec ses vêtements teints en rouge, quand le jour de la vengeance est dans son coeur et qu’il foule les peuples en sa colère. Comparez avec les passages Ésaïe 34, 26:9, et Sophonie 3:8 ; et remarquez que, dans chacun, après le jugement suivent les promesses à Israël.

Comment le Seigneur aurait-il pu célébrer cette fête ? Ce n’était pas possible. Il apparaîtra et se montrera assez ouvertement au monde, quand il exécutera le jugement sur les vivants ! C’est pourquoi nous lisons : «Si tu fais ces choses, montre-toi au monde toi-même» ; c’est ce que lui disaient ses frères incrédules. Alors Jésus leur répond : «Mon temps n’est pas encore venu, mais votre temps est toujours prêt. Vous, montez à cette fête ; pour moi je ne monte pas (*) à cette fête, car mon temps n’est pas encore accompli» (Jean 7:4-8).

(*) Le mot «encore» du Texte Reçu doit être rejeté.

Mais il y avait une autre chose dans cette fête : un huitième jour ; un jour spécialement solennel ; au delà des sept jours qui complétaient la semaine de ce monde, la fête s’étendait jusqu’au premier jour d’une autre semaine. En ce jour, «la grande journée de la fête, Jésus se tint là, et cria, disant : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive. Celui qui croit en moi, selon ce qu’a dit l’Écriture, des fleuves d’eau vive couleront de son ventre. (Or il disait cela de l’Esprit qu’allaient recevoir ceux qui croyaient en lui ; car l’Esprit n’était pas encore, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié)» (Jean 7). Il ne pouvait prendre part avec Israël à cette fête, mais il pouvait leur dire, en ce jour spécial qui allait au delà de l’ordre de ce monde, que le Saint Esprit serait donné en conséquence de la place céleste et glorieuse qu’il devait prendre comme homme, et à laquelle le Saint Esprit nous associe. Avec le repos d’Israël sur la terre, se trouve introduit ce qui est maintenant une espérance pour nous aussi, savoir l’association avec Christ dans la gloire céleste, qui nous est montrée dans sa manifestation dans le royaume, sur la montagne de la transfiguration, ce dont nous avons le gage dans le Saint Esprit qui nous est donné pendant que Christ, entré dans le ciel comme notre précurseur, attend jusqu’à ce que ses ennemis soient mis comme marchepied de ses pieds. Alors en Lui seront réunies en un toutes choses dans le ciel et sur la terre ; alors sera accomplie en Israël, et d’une manière bien plus excellente pour nous, la déclaration de Deutéronome 16:14, 15 : «Et tu te réjouiras... quand l’Éternel, ton Dieu, t’aura béni dans toute ta récolte, et dans tout l’ouvrage de tes mains, et tu seras dans la joie». La fête des Tabernacles ne fut guère célébrée dans toute la durée de l’histoire des Israélites, et il n’y a pas lieu de s’en étonner. Elle le fut au temps de Salomon, lors de la dédicace du temple, mais comme perdue dans la joie générale ; elle le fut aussi aux jours de Néhémie (8:14), lorsque les Juifs eurent appris, bien que rudement frappés, à chanter encore le cantique de David : «Sa bonté demeure à toujours». Ce que nous trouvons ainsi dans le Lévitique, le Deutéronome, comme aussi dans la conduite et les paroles remarquables du Seigneur, telles qu’elles sont rapportées dans l’évangile de Jean, tout cela est-il sans dessein et sans ordre ?

Tout le témoignage des jugements du Seigneur, tout ce qui se rapporte au repos du coeur, passages beaucoup trop nombreux pour être cités ici, en confirment la vérité et conduisent à chanter le plein résultat de cette parole si précieuse, tant de fois répétée à la fin des Psaumes : «Sa miséricorde demeure à toujours» ; tandis que pour nous, nous avons une part meilleure avec Christ, là où il est allé ; toutes choses étant réunies en un sous son autorité «pour l’administration de la plénitude des temps» (Éph. 1:40).

 

7.4.3       Unité de dessein et de pensées divines dans les sacrifices et les types

Les SACRIFICES et les autres TYPES de l’Ancien Testament relient évidemment en un tout la Bible entière, depuis Abel jusqu’à Christ. Moïse fit le tabernacle suivant le modèle qui lui avait été montré sur la montagne. Il y avait donc là un dessein et un but. Christ a traversé les cieux (*), de même qu’Aaron entrait dans le lieu très saint. L’histoire du tabernacle et de Moïse est reprise, non seulement dans l’épître aux Hébreux qui entre dans les détails de l’ensemble, mais dans le ch. 3 de la seconde épître aux Corinthiens. Et remarquez que, dans le premier de ces écrits, ce n’est pas un partisan du cérémonial juif qui vient le confirmer ; c’est quelqu’un qui, tout en le traitant comme étant de Dieu, le met entièrement de côté, le plaçant en contraste avec le christianisme, c’est-à-dire avec ce qui est céleste. Le système tout entier est jugé, «ombre», il est vrai, «des biens à venir», et toutefois pleinement reconnu. Notez aussi que l’on n’y parle pas du temple que les Juifs avaient alors sous les yeux, et auquel sans doute les hommes auraient pensé : — il n’y est jamais fait allusion dans les Hébreux ; c’est le tabernacle dans le désert qui est mentionné, car le chrétien est dans le désert, bien que son appel soit céleste. Le tabernacle a pour nous sa pleine signification morale et spirituelle ; cependant tout était contraste : il y avait un voile qui fermait l’entrée du sanctuaire, et non un voile déchiré qui en ouvrait l’accès ; des sacrificateurs debout chaque jour, faisant le service et offrant souvent les mêmes sacrifices qui ne peuvent jamais ôter les péchés, et non un sacrificateur assis, parce que toute l’oeuvre expiatoire est accomplie.

(*) Et non «est entré dans les cieux», comme le portent les versions de Martin et d’Osterwald (Héb. 4).

Toute l’histoire du désert, je puis le dire, est rapportée dans le ch. 10 de la première épître aux Corinthiens, et est appliquée au christianisme. Nous retrouvons l’arche dans le livre de Josué, sous Éli et David ; l’histoire de la verge d’Aaron et de la manne est confirmée dans la description du temple de Salomon, par une simple allusion faite comme à une chose bien connue, ce qui est la plus forte confirmation possible. Leur absence avait d’ailleurs une portée morale ; elle indiquait que, le repos étant arrivé, ce qui avait servi dans le désert n’avait plus de raison d’être (2 Chron. 5:10). L’ordre du service du temple, substitué au tabernacle par David et Salomon, se trouve, quoique négligé, et bien que le temple ait été souillé, partout dans les livres des Rois. Or, bien que quinze siècles séparent l’établissement des deux systèmes (judaïsme et christianisme), le premier a une signification et une portée beaucoup plus grandes maintenant pour ceux qui le comprennent, qu’il ne l’avait pour ceux en faveur desquels il fut établi. C’était l’ombre des biens à venir, mais le corps est du Christ (Col. 2:17). Ceci s’applique à chaque partie de l’ordre du tabernacle, toutefois sous forme de contraste, comme je l’ai dit, puisqu’alors les sacrificateurs seuls pouvaient entrer, et non les autres, tandis que maintenant le voile est déchiré, et que le lieu saint est devenu une même chose, pour ainsi dire, avec le lieu très saint. Ce que signifie l’autel, ce que veut dire la cuve (à laquelle il est fait allusion, je n’en doute pas, en Jean 13), tout cela a sa vraie portée actuellement. L’esprit qui donnait à Moïse le modèle sur la montagne, avait alors en vue le christianisme, et celui-ci, en mettant de côté les ombres, faisait plus : il les accomplissait.

 

7.4.4       Unité de dessein et de pensées divines dans l’histoire du peuple

Si dans L’HISTOIRE, la chose est moins évidente, elle n’en existe pas moins. «Toutes ces choses leur arrivèrent comme types, et elles ont été écrites pour nous servir d’avertissement, à nous que les fins des siècles ont atteints» (1 Cor. 10:11). C’est pourquoi ces faits, tels qu’ils se trouvent dans le Pentateuque, sont constamment liés étroitement avec les instructions du Nouveau Testament, et leur convenance est vue par tout chrétien intelligent. En réalité toute l’histoire tire sa valeur de son application présente à la vie de chaque jour, avec l’exactitude la plus absolue et la plus instructive. Historiquement, il est fait allusion aux récits du Pentateuque et ils sont employés pour juger et instruire Israël, comme on le voit dans les Psaumes, à quelques dates qu’ils puissent avoir été écrits ; qu’on lise par exemple les Psaumes 18, 114, 78, 99, 105, 106, 81. De même l’histoire des Juges dans le Ps. 83. La délicatesse de l’allusion, dans le Ps. 80, montre mieux qu’aucune citation combien les esprits étaient remplis de l’histoire du passé, Dieu l’employant par son Esprit. Dieu y est montré comme le pasteur d’Israël, conduisant Joseph comme un troupeau, faisant reluire sa splendeur d’entre les chérubins, et il est ajouté : «au-devant d’Éphraïm, de Benjamin et de Manassé». Pourquoi ces tribus sont-elles nommées ? C’est qu’elles venaient immédiatement après l’arche derrière le tabernacle (voyez Nomb. 2). Les allusions sont innombrables. L’esprit du peuple, depuis David jusqu’à la captivité, était rempli, saturé, de l’histoire du Pentateuque, de Samuel et des Juges. La négligence envers Jéhovah était grande, les jugements nombreux, mais les souvenirs et les désirs des enfants d’Israël vivaient dans l’histoire (voy. Juges 6:13) que nous lisons dans l’Ancien Testament, et dans ce que leurs prophètes leur disaient de l’avenir. C’était ce qui leur faisait connaître Dieu.

 

7.4.5       Encore les sacrifices

Si nous revenons aux SACRIFICES, nous trouverons de la part des Israélites la même négligence que dans le reste, mais toute l’intention ainsi que l’unité d’intention sont évidentes et clairement établies. Depuis Abel, on voit que les sacrifices sont le seul vrai terrain pour approcher de Dieu. «Sans effusion de sang il n’y a pas de rémission». «C’est le sang qui fera propitiation pour l’âme» (Lév. 17:11). Les sacrifices étaient offerts à Dieu, mais pour les hommes le culte était en relation avec un autel, principe profond et important que nous retrouvons dans l’histoire de Caïn et d’Abel, et dans celle des patriarches. Dans le service du tabernacle, aucun feu étranger ne pouvait être employé pour brûler l’encens ; Nadab et Abihu payèrent de leur vie leur négligence à cet égard, et à cause de cela l’entrée du lieu très-saint fut fermée à Aaron, sauf au grand jour des expiations. Le péché et la mort étaient entrés, la mort et la confession du péché sont nécessaires pour que l’homme puisse approcher de Dieu ; et, lorsque tout eut été ordonné de Dieu, c’est une victime pure et sans tache qui devait être offerte. De telles offrandes se rencontrent dans la vie des hommes pieux et caractérisent leur carrière, comme nous le voyons, par exemple, pour Abraham, dont la vie sur la terre était une tente, et la vie divine un autel (*), et elles sont répétées trop souvent pour que j’aie besoin d’en parler plus longuement. Quand tout eut été arrangé par rapport au tabernacle, tous les détails relatifs aux sacrifices furent donnés. Il y avait l’holocauste, offert sur le principe que le péché était là et que l’expiation était faite (non pour des transgressions particulières) ; dans ce cas tout était brûlé, c’était un sacrifice d’agréable odeur à Dieu. Ensuite venait l’offrande du gâteau, dans laquelle n’entrait point le levain, figure du péché, mais où tout était pétri avec de l’huile et oint d’huile dans toutes ses parties ; on y ajoutait beaucoup d’encens qui était brûlé entièrement, pleinement mis à l’épreuve par le saint jugement et en agréable odeur à Dieu. Puis il y avait des sacrifices de prospérité ; ceux qui les offraient participaient à la chair des victimes, ainsi que le sacrificateur qui officiait et les autres sacrificateurs ; Dieu y avait aussi sa part réservée, car l’ordonnance touchant le sang et la graisse était toujours maintenue. Enfin, quand il y avait eu des péchés commis, on présentait des victimes sur la tête desquelles on confessait les péchés, et si le sang avait été porté dans le sanctuaire, le corps était brûlé hors du camp. Si l’efficacité du sang expiatoire allait dans le ciel, la victime était rejetée hors du camp ; une religion terrestre (relation d’un peuple avec Dieu sur la terre) cessait ; elle devenait impossible. C’était spécialement au grand jour des expiations que le sang était porté dans le lieu très saint, en la présence de Dieu, selon ce qu’il était, et non seulement selon la responsabilité de l’homme à laquelle se rapportait ce qui était fait sur l’autel des holocaustes au dehors. En outre, il y avait un sacrifice en rapport avec la traversée du désert, pour toute souillure qui pouvait s’y contracter et qui aurait empêché de rendre culte à Dieu, celui qui, sans cela, en avait le droit. Ceci se faisait non en versant le sang ou en en faisant aspersion, mais en aspergeant avec de l’eau vive, à laquelle les cendres de la génisse rousse avaient été mêlées. Quant au sang, il en avait été fait aspersion sept fois dans l’endroit où Dieu rencontrait le peuple. Toutes ces choses avaient un dessein et une signification. Les prophètes et les Psaumes y font allusion comme ayant été continuées historiquement avec plus ou moins d’ordre. Ils proclament insuffisant le fait de s’appuyer sur une simple offrande extérieure sans que le coeur soit brisé. Mais de plus, dans Ésaïe 53, nous est présenté Celui qui, frappé pour les transgressions du peuple de Dieu, a mis son âme en oblation pour le péché, offert à Dieu parce que le péché était là, complet holocauste d’une parfaite bonne odeur, Dieu étant glorifié en Lui. Antitype de l’offrande du gâteau, il était parfaitement pur comme homme conçu du Saint Esprit, oint du Saint Esprit, et, dans tout ce qu’il faisait, agissant par l’Esprit, tout en Lui étant une bonne odeur de grâce qui montait en haut vers Dieu, se rapportant entièrement à Dieu, quoique les sacrificateurs en pussent sentir le parfum, pleinement éprouvé aussi par le feu du jugement de Dieu. Il n’y avait là aucun levain ; tout était en agréable odeur à Dieu. Nous nous nourrissons de ce sacrifice, comme du sacrifice de prospérité, quoique la vie et toutes ses énergies aient été offertes à Dieu ; nous nous en nourrissons comme du pain descendu du ciel, et comme d’un sacrifice dans la mort ; seulement cette mort est devenue pour nous la certitude de la vie, et ce qui auparavant était ruine absolue est maintenant rédemption et vie, et nous buvons aussi le sang. Non seulement l’expiation est faite pour nos péchés, et notre culpabilité est enlevée quand nous croyons, mais Dieu a été parfaitement glorifié dans sa nature et sa justice intrinsèque, mesurées par ce qu’il est et non pas simplement par ce que nous lui devons ; et tous nos péchés sont ôtés et transportés là où ils ne seront plus jamais trouvés. Telle était l’offrande spéciale du grand jour des expiations.

(*) Il n’en eut point en Égypte, ni jusqu’à ce qu’il fût retourné à Béthel.

 

Pour le croyant, il n’y a plus conscience de péchés ; il est parfait à perpétuité quant à sa conscience (Héb. 10). En même temps, il a été pourvu au rétablissement de la communion avec Dieu quand nous nous sommes souillés. Le Saint Esprit, par la Parole, restaure l’âme qui se juge elle-même, en vertu de ce qui montre que les péchés sont ôtés pour toujours. «En la consommation des siècles, Christ a été manifesté une fois pour l’abolition du péché par le sacrifice de Lui-même», ce qui sera parfaitement accompli quant au résultat, sous les nouveaux cieux et sur la nouvelle terre ; «et comme il est réservé aux hommes de mourir une fois, et après cela le jugement, ainsi la Christ aussi, a été offert une fois pour porter les péchés de plusieurs». Dieu a été parfaitement glorifié dans sa nature par la rédemption, et les péchés du croyant sont ôtés pour toujours, de sorte qu’il a pleine liberté pour entrer dans les lieux saints. Je ne puis pas m’étendre ici sur ce sujet si vaste des sacrifices, quelque profond intérêt qu’il présente. Ce que j’ai voulu montrer, c’est que la parole de Dieu nous présente depuis le temps d’Abel, une ligne de pensée distincte, développée en détail dans la loi de Moïse et prophétiquement appliquée dans Ésaïe au serviteur de Dieu qui devait venir. Il en est parlé dans les Psaumes, en expressions dont se sert le Seigneur lui-même sur la croix ; les Évangiles le nomment clairement «l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde», le Fils de l’homme venu pour donner sa vie en rançon pour plusieurs ; et les épîtres montrent Christ, qui est mort pour nos péchés selon les Écritures, le juste pour les injustes, un Agneau sans défaut et sans tache. L’agneau de la foi d’Abel est l’Agneau au milieu du trône, dont l’épouse est la Jérusalem céleste, Lui-même en étant la lumière et la gloire, «un agneau qui se tenait là, comme immolé».

La même pensée divine se poursuit à travers toute l’Écriture, depuis le commencement de la Genèse jusqu’à la fin de l’Apocalypse : cette pensée divine, préfigurée en Abel, dans l’Exode et les sacrifices du tabernacle, chantée en saints accents dans les Psaumes, annoncée par les prophètes de Dieu qui nous prédisent jusqu’au prix auquel Christ devait être vendu, accomplie dans la Parole devenue chair, et développée dans les enseignements du Saint Esprit : — tout se rapporte au précieux Agneau de Dieu, dont le sang nous purifie de tout péché. Est-ce un compilateur de documents fragmentaires du temps d’Esdras, ou bien est-ce Dieu qui nous a enseigné tout cela : cette immense vérité morale, depuis Abel jusqu’à la consommation de toutes choses, le fondement stable sur lequel reposent les nouveaux cieux et la nouvelle terre, qui fait que la grâce devient justice, — la justice de Dieu, et qui place l’homme dans la gloire à la droite de Dieu, nous ouvrant le ciel maintenant, et quand le temps sera venu, nous y plaçant nous-mêmes ? C’était la pensée de Dieu, l’oeuvre d’amour de Dieu, et la révélation de Dieu, jamais perdue de vue, et qui ne le sera jamais, même quand Christ aura remis le royaume à Dieu le Père, afin que Dieu soit tout en tous.

 

7.5   Unité de dessein et de pensées divines dans des parties de l’Écriture à plusieurs auteurs

Ce qui précède suffira pour montrer comment une même pensée divine, révélant un même dessein, coule comme un courant continu à travers la Bible considérée dans son ensemble. J’insiste sur le fait qu’il y a plusieurs livres, composés par différents auteurs, rassemblés, nul ne peut dire par qui, mais dont la divine inspiration est démontrée, qu’on les prenne séparément ou collectivement, par l’unité divine qui règne dans tout leur contenu, preuve d’autant plus puissante, que plusieurs de ces auteurs vivaient dans les siècles les plus reculés. Mais je prendrai maintenant deux parties spéciales de cette grande collection, car de quelque manière qu’elle ait été faite, chacun admet que c’est une collection, le Seigneur lui-même y ayant mis son sceau. Ces deux portions sont les évangiles et les Psaumes, dans lesquels je désire montrer la pensée divine.

 

7.5.1       Les Évangiles : origine, auteurs, inspiration, effets sur le coeur et la conscience

Je n’attache aucune importance aux traditions suivant lesquelles l’évangile de Marc aurait été composé à Rome, et aurait pour source le témoignage de Pierre, non plus qu’à celles qui représentent l’évangile de Luc, comme composé plus ou moins sous les auspices de Paul. Il m’est tout à fait indifférent de savoir si une tradition de seconde main (ni l’une ni l’autre très anciennes) est vraie ou fausse ; s’il est exact ou non que ces deux évangiles aient une première origine apostolique. La question est de savoir s’ils sont de Dieu, et, dans ce cas, l’instrument humain n’a aucune importance. Marc était probablement lié intimement avec Pierre, et Luc très certainement avec Paul, mais ce dernier ne peut avoir rendu lui-même aucun témoignage d’après une connaissance personnelle des faits, et Luc l’attribue à une autre source. Ce qui est vrai, c’est que le ton et la portée de l’évangile de Luc s’accordent plus avec le ministère de grâce de Paul envers tous ; mais toute la prédication dans les Actes est basée sur la commission donnée aux disciples dans Luc, car elle n’est pas la même dans les différents évangiles.

Il est très douteux que les auteurs des épîtres de Jude et de Jacques fussent des apôtres. Ce n’est pas non, plus la vraie question. Pour tout chrétien, il est évident que les apôtres, soit les douze, soit Paul (car ce dernier doit être distingué des autres), avaient une mission spéciale. Mais si d’autres qu’eux étaient inspirés Dieu, leur parole était tout aussi certaine, et si un apôtre ne parlait ou n’écrivait pas par l’inspiration de l’Esprit, ce n’était pas la parole de Dieu. Ceux qui croient à l’inspiration se sont appuyés, précisément comme ceux qui font de la critique historique à propos des Écritures, sur des circonstances ou preuves traditionnelles, ou sur des évidences humaines, fortes à la vérité pour l’authenticité et la lettre des Écritures, mais qui laissent intacte la vraie question : «Les auteurs sont-ils inspirés de Dieu ?»

La preuve de l’Écriture, sous ce rapport, est dans l’Écriture elle-même, dans la puissance de la Parole maniée par le Saint Esprit. Quand, dans cette puissance, elle atteint le coeur et la conscience, on connaît son caractère, son caractère divin, non seulement quant au point particulier qui a été touché, mais quant à la vraie puissance et au caractère de ce qui a agi ainsi. La femme de Samarie, lorsqu’elle a été atteinte, ne dit pas : «Ce que tu dis est vrai» ; mais : «Seigneur, je vois que tu es un prophète». Ce qu’il disait venait de Dieu, c’est là ce qu’elle avait saisi ; elle connaissait le caractère et la parole de Celui qui était devant elle. Il en est ainsi de la Bible pour quiconque est enseigné de Dieu. Elle est reconnue comme étant la parole de Dieu, de même que Christ était reconnu par ceux dont les yeux étaient ouverts pour voir ce qui était divin. Le témoignage humain peut démontrer la folie du doute humain, et ainsi avoir son utilité, mais c’est tout ; l’opération de Dieu donne seule une foi divine : «Il m’a ouvert les yeux», disait l’aveugle-né. Quand certains hommes croyaient en Lui uniquement à cause de preuves données à l’homme, Jésus ne se fiait pas à eux (Jean 2), parce qu’il savait ce qui était dans l’homme. C’était le jugement que l’homme portait sur Lui, très justement formé sans doute, mais ce n’était que le jugement de l’homme, et non la révélation du Fils de Dieu à l’âme : cela n’a lieu que par la Parole, par l’opération de Dieu ; alors on est né de Dieu et l’on voit. Mais poursuivons notre sujet.

Quant aux évangiles donc, ils portent avec eux leur propre témoignage. Les hommes peuvent faire des harmonies des évangiles ou y chercher des contradictions ; ils peuvent nous donner les traditions que rapporte Eusèbe, ou si nous devons croire Eusèbe, le récit que faisait le vieux Papias, homme pieux sans doute, mais peu sensé, du plaisir qu’il éprouvait en écoutant les légendes qui racontaient ce que Christ avait dit ; mais qu’on lise seulement les évangiles apocryphes, et l’on verra quelle créance ils méritent, quels non sens ils renferment. Au contraire, chacun des évangiles canoniques porte son caractère distinctif, se prouvant lui-même et complétant les autres. Car, tandis que chacun d’eux est suffisant pour nous montrer ce qu’a été la vie du Seigneur, cependant sans les autres le récit ne serait pas complet selon la pensée divine. En premier lieu, il y a une différence caractéristique entre l’évangile de Jean et les trois autres ou synoptiques. Ceux-ci présentent Christ comme Fils de David, Fils de l’homme, et aussi comme le Messie et le prophète serviteur, et dans tous il est rejeté : L’évangile de Jean, en le montrant comme Dieu et le Fils manifesté dans le monde, nous donne ainsi la vraie cause de sa réjection. Aussi dès le premier chapitre, nous lisons que le monde ne l’a pas connu et que les siens ne l’ont point reçu. Dans tout le cours de cet évangile, les Juifs sont envisagés comme réprouvés ; partout Christ est présenté comme venu dans le monde, et la grâce souveraine et vivifiante conduit seule à sa réception. Ce que Jésus est dans sa personne et la venue du Saint Esprit s’y trouvent pleinement traités.

Examinons brièvement ces différents caractères des évangiles, de manière à montrer, en quelque mesure, la divine plénitude de l’ensemble ; or ici on ne prétend pas qu’il y ait un habile compilateur de l’ensemble. Je ne puis toucher qu’à quelques-uns des points principaux.

 

7.5.1.1              Matthieu : Messie, Emmanuel, Jéhovah, Fils de Dieu, présenté à Israël avec tous les principes qu’il apportait, et rejeté pour faire place à des conseils plus profonds et à un salut plus excellent

Dans l’évangile de Matthieu, le Seigneur vient vers son peuple comme Messie, Emmanuel, Jéhovah, et s’il est le Messie, il est naturellement Fils de David. C’est pourquoi sa généalogie remonte à Abraham et David, ces deux grands vases de la promesse pour les Juifs, quant à la semence. Il était Emmanuel, Jésus, c’est-à-dire Jah Hoshea, Jéhovah le Sauveur, car c’est Lui, dit l’ange, qui sauvera son peuple de leurs péchés. Né à Bethléem selon la prophétie, l’anti-roi veut le faire périr et il fuit en Égypte, d’où il est rappelé pour être ici-bas le vrai Fils de Dieu. Alors Jean le baptiseur accomplit sa mission. Ici, comme pour les mages, bien que les Juifs soient l’objet immédiat, cependant moralement un résidu seul est reconnu en Israël ; le jugement est à la porte, et la grâce peut des pierres mêmes susciter des enfants à Abraham ; dans les mages, les Gentils sont reçus, mais c’est en relation avec le roi des Juifs qui venait de naître.

Christ prend donc sa place au milieu de ce résidu ; aussitôt le ciel s’ouvre, il est oint du Saint Esprit et le Père le reconnaît comme son Fils. Toute la Trinité est pour la première fois pleinement révélée, et la place de l’homme (pour nous, c’est par la rédemption), selon les conseils de Dieu, justifiée en Lui quand il prend sa place parmi eux, lui, le Fils de Dieu. Reconnu comme tel, il va, conduit par l’Esprit, pour rencontrer Satan ; pour nous, il refuse, quoique Fils, de quitter la position d’obéissance qu’il a prise comme Serviteur, et il vainc Satan pour nous, en s’attendant parfaitement à la volonté de Dieu pour agir ; il surmonte les ruses de l’adversaire et le repousse loin de lui ; puis il se rend en Galilée vers les pauvres du troupeau, appelle des disciples, et ensuite toute l’histoire de son service dans l’évangile de Matthieu nous est donnée succinctement au v. 23 du ch. 4.

Le Seigneur décrit ensuite le caractère de ceux qui auraient part au royaume, mais sans parler de la rédemption. Israël était en chemin avec Dieu, et allait vers le jugement (comp. avec Luc 12:49-59), et s’il ne s’accordait pas avec sa partie adverse, il devait être jeté en prison, pour n’en point sortir avant d’avoir payé le dernier quadrant. Et c’est là qu’ils sont jusqu’à aujourd’hui.

Au ch. 8, il est Jéhovah, et de nouveau les Gentils sont mentionnés. Au ch. 9, nous avons le caractère de son ministère, qui est le pardon et la puissance s’exerçant en grâce, selon le Psaume 103. Il est caractérisé par la grâce. Le ch. 10 renferme la commission donnée aux apôtres. Elle est pour Israël exclusivement ; d’abord, jusqu’au v. 15, pendant que le Seigneur est encore là ; puis, à partir du v. 16, après qu’il a quitté la terre, jusqu’à la fin, quand le Fils de l’homme viendra. Le ch. 11 nous montre le ministère de Jean-Baptiste et celui du Seigneur, tous deux rejetés par Israël, et Jésus prend le caractère de Fils de Dieu, inconnu quant à sa personne, seul capable de révéler le Père pour le soulagement de ceux qui sont travaillés et chargés, et, comme homme obéissant, leur montrant le joug qu’ils doivent porter pour trouver le repos. Au ch. 12, les Juifs sont formellement jugés et le Seigneur répudie toute relation sur la terre, excepté celle qui est produite par la Parole. Au ch. 13, il ne cherche plus de fruit dans sa vigne, mais, comme Fils de l’homme, il répand la semence qui devait produire du fruit ; mais le champ, c’est le monde, et nous avons la description du royaume des cieux, c’est-à-dire du royaume de Dieu quand le Roi est dans le ciel, au lieu d’être présent sur la terre. Il viendra comme Fils de l’homme pour exercer le jugement, et les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père.

Le Seigneur, au ch. 14, continue encore son ministère de grâce, mais, au ch. 15, Israël et l’homme sont jugés, et la grâce est accordée à ceux qui, selon la dispensation juive, étaient les plus éloignés de Dieu et n’avaient aucune promesse en Christ. Au ch. 16, nous trouvons l’Église que Christ édifie, fondée sur son titre de «Fils du Dieu vivant», ainsi qu’il a été démontré par sa résurrection ; l’Église remplace Israël, de même qu’au ch. 13, c’est le royaume en mystère, et au ch. 17, le royaume en gloire. Il défend aux disciples de dire désormais qu’il est le Christ, car le Fils de l’homme doit souffrir. Du ch. 18 au ch. 20 v. 28, nous avons les principes qui devaient guider les disciples et caractériser leur marche quand lui serait loin : l’humilité, sa présence au milieu d’eux, le pardon, l’homme jugé d’après ce qu’il y a dans son coeur et non d’après l’observation extérieure de la loi, et d’autres grands principes de conduite et de service.

Dans tous les synoptiques, le récit des derniers événements, autre chapitre de l’histoire du Seigneur, qui traite de sa mort et non de sa vie, commence par la guérison de l’aveugle de Jéricho. Là, il prend de nouveau le caractère de Fils de David et c’est comme tel qu’il se présente à Jérusalem. Alors les Juifs, leurs sectes diverses viennent l’une après l’autre devant lui et sont jugées. Le témoignage de Dieu en Juda jusqu’à ce que le Seigneur vienne, occupe les 31 premiers versets du ch. 24, puis suivent des exhortations jusqu’au v. 44 ; le jugement de la chrétienté va du v. 45 au v. 31 du ch. 25, et du v. 32 à la fin de ce chapitre nous avons le jugement des nations auxquelles le message du royaume aura été envoyé dans les derniers jours. Les ch. 26 et 27 renferment les dernières scènes ; nous y voyons Jésus essentiellement comme victime, conduit à la boucherie et muet comme un agneau devant celui qui le tond ; toute consolation humaine lui est refusée, à lui le Christ, le Fils de Dieu, dorénavant le Fils de l’homme dans la gloire, et enfin le voile est déchiré. Ensuite vient sa résurrection ; il rejoint encore les pauvres du troupeau en Galilée, mais nous n’avons pas ici son ascension. Les douze sont envoyés pour faire disciples toutes les nations et les baptiser, commission venant de Jésus ressuscité, mais de l’accomplissement de laquelle nous ne trouvons aucun récit dans l’Écriture. La mission parmi les Gentils est abandonnée à Paul, comme cela nous est rapporté en Galates 2.

Les citations constantes, les allusions continuelles à l’Ancien Testament, sont évidentes pour le lecteur le moins attentif. On remarquera que dans ses citations, l’écrivain emploie ina  (afin que) quand le fait est l’objet du passage cité ; opws (de sorte que) quand c’en est un accomplissement ; tote (alors) quand c’est seulement un exemple de la chose. Nécessairement je n’ai pu qu’indiquer ici ce qui montre un cours d’enseignement parfait et systématique, basé tout entier sur le caractère essentiel de cet évangile. Les événements ne sont pas donnés selon leur ordre historique dans la vie du Seigneur, quoiqu’en général ils le suivent ; ce sont des sujets qui sont traités à leur place. Toute l’histoire de la vie et du ministère de Christ se trouve dans un seul verset ; ensuite vient ce qui les caractérise, — la pensée de Dieu qui y est renfermée. Les rationalistes peuvent se demander à quelles légendes imparfaites cet évangile doit son origine et comment elles ont été rassemblées ; ils peuvent conjecturer ou raisonner pour savoir si 1’original a été écrit en hébreu ou non, ou s’il l’a été d’après un évangile des Nazaréniens. Le chrétien enseigné de Dieu y voit avec une certitude parfaite le caractère du Seigneur comme Messie, Emmanuel, Jéhovah, un homme parmi les hommes, mais Fils de Dieu, présenté à Israël avec tous les principes qu’il apportait comme tel, et rejeté par Israël pour faire place à des conseils plus profonds et à un salut plus excellent ; donnant à la vérité une place céleste à ceux qui seraient rejetés à cause de Lui, mais continuant le témoignage, non comme homme dans le ciel, mais comme homme ressuscité.

 

7.5.1.2              Marc

Il n’est pas nécessaire que je m’arrête sur l’évangile de MARC. Il présente le ministère de Christ et suit plus exactement l’ordre chronologique, le même que nous trouvons dans Luc quand celui-ci donne les faits dans cet ordre ; mais l’évangile de Marc n’exige pas de remarque spéciale se rapportant au but que je poursuis, en parlant des évangiles. Le lecteur peut voir que, dans Marc aussi, le récit de la vie du Seigneur s’arrête en Galilée, au moins pour autant qu’il s’agit des paroles du Seigneur. Les v. 9-20 du chapitre 1 sont un court sommaire de ce qui est rapporté dans les évangiles de Luc et de Jean.

 

7.5.1.3              Luc : la grâce qui atteint au delà des promesses à Israël ; le Fils de l’homme en qui cette grâce est venue

J’en viens à l’évangile de LUC, mais seulement pour faire quelques courtes remarques, concernant l’objet spécial que j’ai en vue. Il commence par un gracieux tableau du résidu pieux en Juda, parmi lequel se trouve l’esprit prophétique, qui est caché au milieu de l’iniquité qui abondait. Là, comme autrefois dans la caverne d’Adullam, il y avait un sacrificateur pieux, le vrai roi, et l’Esprit de prophétie. Mais les Juifs sont sous la domination de la «bête» romaine, et c’est de son règne que sont datés les événements. Ensuite vient une généalogie de Christ qui remonte jusqu’à Adam (*). Il est le Fils de l’homme venu en grâce, et non l’héritier des promesses faites à Abraham et à David. Dès le début, au ch. 4, le Seigneur montre la bonté de Dieu s’étendant aux Gentils, de sorte que les Juifs veulent le tuer. Ensuite nous voyons sa puissance sur les démons et sur les maladies ; il nettoie le lépreux, il pardonne les péchés sur la terre, il est venu pour ceux qui se portent mal. Ses disciples ne pouvaient jeûner alors, l’époux étant avec eux ; le vin nouveau ne devait pas être mis dans de vieux vaisseaux : les vérités de la grâce et le don de l’Esprit, ne pouvaient être associés aux ordonnances juives. On voit constamment dans Luc, Jésus priant comme Fils de l’homme, et faisant peu de cas des pensées des Juifs touchant le sabbat dont, comme Fils de l’homme, il était le Seigneur : le sabbat, rappelons-le, était le signe de l’alliance de Dieu avec Israël (Ézéch. 20).

(*) Luc 3:23, doit, je n’en doute pas, être lu ainsi : «(Étant, comme on l’estimait, fils de Joseph) [le fils] d’Héli», c’est-à-dire que «fils d’Héli» se rapporte à Jésus, et non à Joseph ; en grec il n’y a pas «qui était». Les Talmudistes disent que Marie, fille d’Héli, doit être tourmentée dans l’autre monde. La vision d’Ésaïe (A. D. 68), dit-on, fait descendre Marie de la famille de David. Tertullien le dit aussi. Je ne mentionne cela qu’en passant.

 

Le Seigneur donne ensuite un sommaire des bénédictions et des malédictions (les mots : «Vous, pauvres», désignent les disciples), mais nous n’avons pas là les principes selon lesquels on entre dans le royaume. Il trouve plus de foi chez un Gentil qu’en Israël, puis il ressuscite un mort. La multitude pauvre et les publicains justifiaient Dieu ; les pharisiens au contraire, qui repoussaient son conseil, sont rejetés. Mais la sagesse est justifiée par tous ses enfants, et nous voyons un de ces enfants de la sagesse dans la personne d’une pauvre femme de la ville, une pécheresse, et non dans le pharisien qui, ayant Dieu dans sa maison, décidait, comme le font les rationalistes, qu’évidemment il ne pouvait être un prophète. Mais le pardon, le salut et la paix, sont la part de la pauvre femme, au coeur et à la conscience de laquelle Dieu s’était révélé lui-même en Christ, comme lumière et amour.

Le ch. 8 nous montre ensuite le semeur semant la parole, mais il n’est pas question des mystères du royaume des cieux. Cet évangile ne s’occupe pas des diverses dispensations ; mais le Seigneur répudie sa relation selon la chair avec Israël. Nous avons plus loin un récit de l’expulsion d’une légion de démons à Gadara, et, comme il arrive souvent dans Luc, des détails moraux sur l’homme qui était possédé. Il voulait quitter sa maison dans ce monde pour aller avec Christ, mais il y est renvoyé pour rendre témoignage de ce que Dieu lui avait fait. Le monde se débarrasse de Jésus, et, pour moi, je ne doute pas que le troupeau de pourceaux se précipitant dans les eaux, ne représente ce qui est arrivé à Israël quand le Seigneur eut quitté cette terre, mais c’est une simple figure, et je laisse à chacun d’en juger. Jésus va pour guérir la fille de Jaïrus, mais elle meurt et il la ressuscite. En chemin, quiconque le touche seulement avec foi, est guéri.

Après avoir nourri la foule qui le suivait, il est transfiguré ; dans l’évangile de Luc seul, nous avons le fait que, dans cette circonstance, il parle de sa mort, et cet autre, que les disciples entrent dans la nuée, partie céleste du royaume, élément très important. Puis l’égoïsme des siens est dévoilé, depuis la forme la plus grossière jusqu’à la plus raffinée : Christ doit être tout pour qui le suit. Ainsi se termine, quant à l’ordre chronologique, la partie historique de Luc. Le temps auquel Christ devait être reçu en haut s’accomplissait, et il dresse résolument sa face pour aller à Jérusalem. Au commencement du ch. 9, il avait envoyé, par les apôtres, son dernier témoignage à Israël ; seulement, dans Luc, il ne leur est pas dit de s’informer de qui était digne (Matth. 10) ; ensuite vient le royaume en gloire et l’entrée dans la demeure du Père, la gloire excellente, et enfin la défense formelle de dire à personne qu’il fût le Christ. Dans cet évangile, il n’est pas fait mention de la commission donnée aux apôtres de parcourir les villes d’Israël jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit venu ; ni de la défense d’aller vers les Samaritains et les Gentils : l’histoire est donnée au point de vue moral et non dispensationnel. Ici aussi nous voyons Christ, priant quand il fut transfiguré. Il ne remplace pas Israël, qui n’a pas voulu recevoir le Messie, par l’Église fondée sur le titre de Fils de Dieu, mais il montre la gloire céleste et la gloire terrestre après que le Christ a été rejeté ; et la croix que doivent prendre ceux qui le suivraient. Il insiste de nouveau là-dessus quand les multitudes s’étonnent de la puissance qu’il déploie. Il envoie ses messagers devant sa face, quand il monte à Jérusalem ; c’est le témoignage final adressé à Israël ; les disciples avaient à se réjouir, non de ce que les démons leur étaient assujettis, mais de ce que leurs noms étaient écrits dans le ciel. Dans la parabole de l’homme tombé entre les mains des voleurs, il nous montre la grâce s’exerçant indépendamment du judaïsme. Ensuite, nous avons le bonheur de celui qui écoute sa parole, puis la prière. C’était la pierre de touche de chaque âme. Quand il parle du retour de l’esprit impur dans un homme, il n’ajoute pas : «Il en sera ainsi de cette génération méchante» (Matth. 12). Cependant la nation est jugée moralement.

Il montre la folie du monde dans ses désirs ; les disciples ne doivent pas craindre l’homme, mais avoir en Dieu une entière confiance. En même temps nous voyons dépeinte, avec une exquise beauté, la position céleste de ceux qui veillent, tandis que le gouvernement est confié, au retour de Christ, à ceux qui l’auront fidèlement servi. L’effet de sa première venue, qui est de mettre la division entre les plus proches, nous est indiqué, et la nécessité de se réconcilier avec sa partie adverse pendant que l’on est en chemin, est clairement appliquée à ceux que cela concernait. Le jugement était sur toute la nation ; le sabbat est mis de côté par l’oeuvre de la grâce ; le royaume dans sa forme extérieure est très brièvement annoncé, mais en relation avec l’exhortation d’entrer par la porte étroite. Souvent Lui qui était Jéhovah, il aurait voulu rassembler Jérusalem, mais maintenant le jour de grâce était passé pour cette malheureuse cité. L’observation du sabbat doit de nouveau faire place à l’exercice du bien ; puis vient l’invitation au grand souper et ses résultats, seulement, à ceux qui entrent et dont parle Matthieu, sont ajoutés dans Luc les malades et les pauvres du troupeau. Nous avons ensuite (ch. 15) ce qui ne se trouve que dans cet évangile : la grâce qui cherche le pécheur, la grâce quand il est reçu par le Père, et la joie de Dieu dans le salut d’un pécheur ; puis ce que l’homme, économe renvoyé de sa place, doit faire des biens de son Maître en vue des demeures éternelles ; puis, le voile qui cache l’autre monde étant tiré, les bénédictions terrestres en ce monde-ci, promises à Israël, sont mises à leur vraie place. Ceci substitue moralement le christianisme au judaïsme.

Après quelques principes moraux, au commencement du ch. 17, Jésus est substitué au temple et au judaïsme dans le cas du Samaritain guéri ; le royaume était là présent. Il insiste sur la nécessité de la prière ; mais, à la venue du Fils de l’homme, où y aurait-il de la foi ? Le jugement de soi-même est mis au-dessus de la propre justice, et, au lieu de l’observation extérieure des commandements, il faut que le coeur soit mis à nu. Nul n’est bon que Dieu seul. Le salut est uniquement de lui. Jésus approche de Jéricho ; aux faits rapportés par Marc et Matthieu, est ajoutée l’histoire de Zachée ; c’est la pleine grâce envers un publicain. Mais ensuite nous trouvons la responsabilité quand Christ serait loin, et la récompense accordée selon le travail. Comme Jésus entrait dans Jérusalem monté sur un âne, nous entendons de la bouche des disciples la remarquable expression : «Paix au ciel». Jusqu’à ce que Satan en fût expulsé, il ne pouvait y avoir de repos sur la terre. Jésus, en grâce, pleure sur Jérusalem.

Dans son discours prophétique à ses disciples (ch. 21), il n’est pas parlé de l’abomination de la désolation, mais du siège de Jérusalem par Titus, qui n’est pas mentionné dans Matthieu. Le vrai secret de la chute de Pierre est mis au jour, de même que l’entier changement dans la position de Christ : il n’est plus là comme Emmanuel, roi en Israël, ainsi qu’il avait été (Luc 22:35-38), mais comme un malfaiteur sur la croix. En Gethsémané, nous le voyons, plus que dans aucun autre évangile, sous le poids d’une plus profonde douleur humaine ; sur la croix, il n’y en a aucune. Il est l’homme parfait, et non pas ici la victime devant Dieu, bien que cela reste toujours vrai. Il passait à travers la douleur avec son Père, et le calme même était là, quoique la douleur y fût réellement aussi. Nous avons le récit du brigand converti et l’assurance d’un état intermédiaire bienheureux, avant que lui, Christ, vienne dans son royaume : récit plein d’instruction et très important. J’aurais dû dire qu’en instituant la cène, Jésus ne parle pas de boire nouveau le fruit de la vigne dans le royaume, mais il parle de la chose présente, de ce qui allait être accompli dans le royaume de Dieu. Ensuite vient l’histoire touchante du voyage des disciples à Emmaüs, et, passant rapidement sur la circonstance de la résurrection, nous ne voyons pas Jésus aller en Galilée, mais à Béthanie ; l’ascension est rapportée, ainsi que la bénédiction des disciples en rapport avec son élévation dans le ciel. C’est Lui-même, le même Jésus qui est ressuscité : pour le montrer, il mange avec eux. Il leur ouvre l’intelligence pour comprendre les Écritures ; la repentance et la rémission des péchés doivent être prêchées en son nom, mais il faut que les disciples attendent à Jérusalem la promesse du Père, c’est-à-dire la venue du Saint Esprit, pour être revêtus de puissance. C’est en vertu de cette commission, ainsi que je l’ai dit, qu’a lieu la prédication de l’évangile, telle que la rapporte l’Écriture.

Tout l’évangile de Luc nous donne le changement moral, et introduit l’état de choses présent et céleste ; il ne s’occupe pas des dispensations, quoique naturellement on y trouve la mise de côté du judaïsme. C’est le Fils de l’homme, venu en grâce divine, qu’il nous présente. Il est difficile de donner dans un sommaire le caractère de l’évangile de Luc, à cause des nombreux traits de détail qui constituent ce caractère : la grâce dans le Fils de l’homme. Cependant les chapitres qui forment l’introduction du livre, la place et le dessein de la généalogie, les paraboles des ch. 14, 15 et 16, le fait de l’entrée dans la nuée lors de la transfiguration, l’ascension, le brigand sur la croix, la femme pécheresse, la fréquente mention des prières de Christ, l’introduction des Gentils, tout marque la grâce qui atteint au delà des promesses faites à Israël ; tout montre le Fils de l’homme en qui cette grâce est venue.

 

7.5.1.4              Jean

L’évangile de JEAN, au contraire, trace en très larges lignes les vérités touchant la personne de Christ et la venue du Saint Esprit. Son caractère est tout à fait distinct de celui des trois autres. Ce n’est pas une histoire ayant pour but de montrer ce que Christ fut ici-bas, sa réjection et sa mort, mais un exposé de tout ce qu’il était en lui-même. Dès le début les Juifs, et en fait l’homme lui-même, sont mis de côté, mais, dans le premier chapitre, nous trouvons déjà tout ce qu’est Christ, sauf ses caractères de relation, et dans le troisième, ce qui était révélé et nécessaire pour Israël et pour l’homme, afin d’avoir part aux bénédictions terrestres et célestes. Nous n’avons qu’à suivre le contenu de cet évangile pour en voir la portée. La souveraine opération de la grâce dont l’homme a besoin, se trouve aussi dès le commencement. Ce qui est présenté dans les trois premiers évangiles comme résultats et comme expériences, est enseigné comme vérité dans celui de Jean.

Le premier chapitre commence avant la Genèse, parce qu’il traite de ce qui était, et non de ce qui a été fait. Christ est Dieu, dans sa nature une personne distincte auprès de Dieu, qui n’est pas devenue telle par l’incarnation, mais qui, au commencement, était auprès de Dieu. Il était, quand tout a commencé. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; mais la lumière a lui dans les ténèbres, c’est-à-dire parmi les hommes, et les ténèbres ne l’ont pas comprise. Dieu, dans son patient amour, a envoyé un témoin pour attirer sur cette lumière l’attention des hommes. — Au v. 14, nous lisons : «La Parole devint chair». Elle devint (egeneto) et non comme auparavant, «elle était» (hn). Elle devint chair, et elle, la Parole, était comme homme parmi les hommes, était un, Fils avec son propre Père, habitant au milieu des hommes pleine de grâce et de vérité. Les chrétiens ont tous reçu de sa plénitude, et grâce sur grâce. La grâce et la vérité vinrent (egeneto) par Lui ; elles étaient là, dans sa personne. La loi fut donnée par Moïse.

Ensuite vient son oeuvre : Il est l’Agneau de Dieu, celui qui ôte le péché (non les péchés) du monde, et en même temps celui qui baptise du Saint Esprit, dont il avait été oint et scellé lui-même. Puis, lorsque Jean lui a ainsi rendu témoignage comme à l’Agneau de Dieu, les disciples se rassemblent autour de Lui. Il est le Fils de Dieu et le roi d’Israël. Bien plus : désormais on devait voir le ciel ouvert, et les anges de Dieu montant et descendant sur le Fils de l’homme. Dans ce chapitre, il n’est pas présenté comme le Christ pour Israël, ni comme sacrificateur dans le ciel, ni comme la tête de l’Église. Jean ne reconnaît pas les Juifs et ne s’occupe point de l’Église ; tout est individuel. Ce ne sont pas les conseils de Dieu que nous trouvons ici, mais Dieu révélé dans le Fils faisant connaître son Père, et la vie éternelle descendue ici-bas pour être communiquée à l’homme : la Parole devenue chair.

Le résultat de ce qui précède se trouve dans le second chapitre : c’est la fin de l’histoire du résidu, c’est-à-dire la joie des noces, l’eau de purification changée en vin, et le temple nettoyé de tout ce qui le profanait. Ainsi se clôt l’introduction quant à tout ce qui concerne Christ.

Nous avons maintenant ce qui concerne les hommes. Mais l’incarnation est l’introduction, dans la puissance de vie dans un homme et sur la scène de toutes choses, de ce qui était avant le commencement de toutes choses pour être la vie éternelle, qui de fait était de toute éternité dans sa personne ; mais une chose entièrement nouvelle par le moyen d’un véritable Homme parmi les hommes ; — c’était un nouveau commencement. Or la simple conviction produite par l’évidence dans l’esprit de l’homme n’était rien : on ne pouvait s’y fier (2:23-25). L’homme doit être né de nouveau (anoqen) ; entièrement de nouveau. Nicodème, comme docteur d’Israël, aurait dû le savoir. Les prophètes (Ézéch. 36) le montraient clairement ; même pour qu’Israël pût jouir de l’effet des promesses pour la terre, une nouvelle naissance était nécessaire, combien plus pour avoir part aux choses célestes, que Jésus, venant du ciel, faisait connaître. Nul autre n’avait pu le faire comme lui, le Fils de l’homme, qui même alors, quant à sa nature divine, était dans le ciel. Mais le Fils de l’homme devait être élevé, afin qu’un peuple, séparé par la foi, pût avoir une part dans ces choses célestes. Le besoin se trouvait là, du côté de l’homme, et le Fils de l’homme venait rencontrer ce besoin. Du côté de Dieu se montrait l’amour ; il donnait son Fils unique, mais c’était pour le monde, et non pour Israël. La condamnation, maintenant, provenait de ce que la lumière étant venue dans le monde, et que l’homme l’avait haïe et n’était pas venu à elle. Dans le reste du chapitre, Jean-Baptiste développe ce qu’il est, et le témoignage est clos par l’évangéliste lui-même, qui montre l’amour du Père pour le Fils entre les mains duquel il a remis toutes choses : celui qui croit au Fils a la vie éternelle. L’homme, Dieu en grâce, Israël, le monde, le Fils de Dieu venu en grâce et révélant le Père, apportant la vie éternelle, la grâce et la vérité, tout trouve ici sa place ; nous y voyons ce que Christ est, la vérité quant à l’homme, la nouvelle naissance, et l’expiation sur la croix.

Ceci termine l’introduction. Elle comprend le temps qui précède l’emprisonnement de Jean, fait après lequel Christ commence son ministère public.

Au quatrième chapitre, le Seigneur quitte la Judée, sa patrie, comme étant venu parmi les Juifs, et nous trouvons la grâce s’exerçant envers une Samaritaine, la miséricorde qui s’élève au-dessus des prérogatives de la relation juive et qui se rattache à sa personne et à son humiliation, mais dont l’homme n’a pas l’intelligence ; il ne l’acquiert que lorsque la conscience a été mise en exercice. L’adoration doit être en esprit et en vérité, car Dieu est esprit, et le Père (c’est le nom de Dieu révélé en grâce dans le Fils) cherche de tels adorateurs.

Le ch. 5 nous montre que la jouissance des bénédictions sous la loi dépend de la puissance que possède celui qui doit en profiter, mais il n’y a aucune puissance ; la maladie qu’il faut guérir a ôté la force par laquelle on pourrait se servir du remède : Christ, comme Fils de Dieu, apporte la puissance avec lui. Comme le Père ressuscite les morts et les vivifie, de même aussi le Fils vivifie ceux qu’il veut, et celui qui croit a la vie éternelle. Ensuite vient la responsabilité de l’homme : la vie était venue dans sa Personne, et il avait le quadruple témoignage de Jean Baptiste, de ses propres oeuvres, du Père, et de leurs propres Écritures, mais ils ne voulaient point venir à lui pour avoir la vie.

Au ch. 6, nous voyons Christ comme Fils de l’homme, reconnu prophète, refusant d’être roi ; il monte sur la montagne pour accomplir le service sacerdotal, et les disciples s’en vont seuls. Il les rejoint, et aussitôt ils se trouvent au lieu où ils allaient. Notre nourriture, en attendant ce moment, est Christ dans l’humiliation, le pain descendu du ciel ; et sa chair et son sang ; mais si l’on ne se nourrit pas de ces derniers, c’est-à-dire de sa mort, l’on n’a pas la vie. La portion de ceux qui mangent sa chair et boivent son sang, c’est la résurrection au dernier jour, dans un état où l’homme, même innocent, ne fut jamais.

Au ch. 7, le Saint Esprit, comme nous l’avons vu, prend la place de la fête des Tabernacles de laquelle l’antitype n’existe pas encore ; au ch. 8, la parole de Christ est rejetée ; au ch. 9, c’est son oeuvre. Le ch. 10 nous montre qu’en tout cas il aura ses brebis, amenées hors d’Israël, et aussi d’entre les Gentils. Les ch. 11 et 12 présentent, ainsi que nous l’avons dit plus haut, le témoignage que Dieu, quand Christ est rejeté, lui rend comme Fils de Dieu,. Fils de David et Fils de l’homme ; mais alors il doit mourir.

Ceci termine son histoire. Alors, depuis le ch. 13, on le voit s’en allant vers son Père. Il faut qu’il quitte ses disciples, mais s’il ne peut rester avec eux, il veut les avoir avec lui, là où il est allé maintenant, auprès de Dieu. Pour cela il demeure serviteur et leur lave les pieds ; car si l’on est lavé (converti), cela est fait une fois pour toutes. La marche des disciples doit aussi manifester ce qu’ils sont. En outre, Dieu est parfaitement glorifié dans sa mort, de sorte que l’homme entre dans la gloire de Dieu. Au ch. 14, Christ va préparer aux siens une place en haut, et il reviendra pour les prendre auprès de lui. Ils savaient où il allait, car c’était au Père, et eux avaient vu le Père en lui, et ainsi, ils en connaissaient aussi le chemin. De plus, quand le Consolateur serait venu, ils sauraient non seulement que Jésus était dans le Père, mais qu’ils étaient en lui, et lui en eux. Le ch. 15 nous fait voir qu’Israël n’était pas le vrai cep, quoiqu’il fût un cep transporté d’Égypte. Lui, le Seigneur Jésus, était le vrai cep, et eux en étaient les sarments sur la terre. Ensuite l’oeuvre du Consolateur est pleinement développée dans le ch. 16 ; il est envoyé par le Père en son nom, au ch. 14 ; d’auprès du Père par lui, l’homme glorifié, aux ch. 15 et 16. Puis, au ch. 17, parlant à son Père, — grâce merveilleuse que nous soyons appelés à l’entendre, — Jésus place les disciples sur le même terrain que lui-même à l’égard du Père et du monde, en fondant cette position sur son oeuvre, sur le fait qu’il a glorifié Dieu, et sur la révélation du Père en lui-même.

Ensuite nous avons Gethsémané et la croix, puis, au ch. 20, la révélation qu’il donne de lui-même à Marie de Magdala et aux disciples (v. 17), et c’est ce qui caractérise toute la période de la bénédiction chrétienne. Le résidu juif qui l’aimait, ne pouvait plus l’avoir comme auparavant dans sa présence corporelle, mais ils étaient ses frères : il allait vers son Père et leur Père, vers son Dieu et leur Dieu. Il est au milieu d’eux, leur communique la vie en résurrection dans la puissance du Saint Esprit, de même que Dieu, au commencement, avait soufflé la vie en Adam, et il leur commet l’administration du pardon des péchés sur la terre. Thomas représente le résidu aux derniers jours.

Au ch. 21, le résidu est de nouveau en Galilée ; nous apprenons là quel sera le service de Pierre, restauré par grâce d’une manière bénie, et celui de Jean : le premier, comme apôtre de la circoncision, doit trouver que son travail en Israël vient à rien quant à la nation, et est martyr comme Christ ; Jean, quant à son ministère, doit demeurer jusqu’à ce qu’il vienne, en passant par-dessus la condition de l’Église. Toutes ces choses sont à dessein présentées d’une manière mystérieuse, et, en partie, se rapportent aux derniers jours. Le filet rempli de poissons représente ce qui aura lieu dans le temps millénaire ; il ne se rompt pas comme le filet de l’évangile (Luc 5). (Du ministère de Paul, nous n’avons rien ici : il subsiste par lui-même ; c’est une dispensation qui lui est confiée). Il n’est pas parlé de l’ascension dans l’évangile de Jean. On remarquera que, d’un bout à l’autre, ce qui y est traité, c’est le côté divin et le dessein de Dieu quant à Christ ; de plus, nous y avons le Saint Esprit qui prend la place de Christ sur la terre.

 

7.5.1.5              Scène finale de la vie du Seigneur dans les évangiles

Je voudrais encore faire ressortir la différence que présentent les évangiles relativement à la scène finale de la vie du Seigneur. En Matthieu, Christ est la victime parfaite dans son calme et sa patience ; sans un rayon de lumière pour le consoler, sans un coeur pour sympathiser avec lui. Il est conduit comme un agneau à la boucherie ; la méchanceté de l’homme se manifeste d’une manière effrayante ; mais il est une victime de propitiation parfaite, ainsi que le disent sur la croix ces paroles solennelles : «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?» Au milieu des machinations des sacrificateurs et des vacillations de Pilate, le dessein de Dieu s’accomplit dans la vraie Pâque, et Christ, devant le sanhédrin comme devant le gouverneur romain, est condamné sur son propre témoignage à la vérité.

Dans l’évangile de Luc, on voit en Gethsémané une lutte humaine plus profonde, quoique dans la perfection aussi : étant en agonie, il priait plus instamment. Sur la croix, les souffrances n’apparaissent pas ; il les traverse comme homme avec son Père, et le résultat parfait est une plénitude de paix. Ici aussi, comme homme, il remet son esprit à son Père.

En Jean, nous avons le côté divin : point de souffrances en Gethsémané, aucune sur la croix. En Gethsémané, ceux qui viennent pour le saisir, reculent et tombent par terre. Il se livre lui-même, disant : «Si vous me cherchez, laissez aller ceux-ci». Sur la croix, il confie sa mère, aux soins de Jean, et remet son esprit quand tout est accompli dans l’oeuvre qu’il avait à faire. Pour connaître l’ensemble, nous avons à étudier les détails séparément dans les diverses parties. Jean était plus près de Christ dans son agonie que ne l’était Matthieu, et cependant c’est ce dernier qui nous la rapporte. Matthieu a vu les gens reculer et tomber, mais il n’en dit pas un mot. Le Saint Esprit donne, par chacun, ce qui convient à la teneur entière et au sujet de l’évangile qu’il écrit. Mais nos modernes savants, comme Baur et autres, ne voudraient voir en tout cela que des accommodements pour ramener la paix parmi les disputeurs chrétiens de la fin du second siècle. Quelle pauvreté ! quelle complète obscurité morale !

 

7.5.2       Unité de dessein et de pensées divines dans les Psaumes

J’ai fait allusion aux Psaumes, comme présentant un autre exemple d’unité de dessein et de pensée dans une collection d’écrits. C’est une chose bien connue que les Psaumes comprennent cinq livres distincts, dont chacun se termine par une formule de louange à l’Éternel. En voici la division : 1 à 40 ; 41 à 72 ; 73 à 89 ; 90 à 106 ; 107 à 150. Chaque livre a son objet propre et son caractère spécial. Les deux premiers Psaumes, cependant, sont une introduction et donnent la clef du tout. Dans le premier, un résidu est distingué des impies de la nation. Le Ps. 2 donne les conseils de Jéhovah pour établir Christ (l’oint), comme Roi sur la sainte montagne de Sion, bien que les Juifs et les Gentils l’aient rejeté ; Christ étant son Fils aussi, comme né dans le monde, et devant finalement soumettre les nations avec une verge de fer.

J’indiquerai un principe d’ordre qui aide à comprendre la relation qui existe entre une suite de psaumes. Un ou plusieurs psaumes donnent l’idée fondamentale sur laquelle sont basés les pensées et les sentiments exprimés dans les psaumes suivants (*).

(*) On retrouve ce principe dans des psaumes pris isolément : le premier ou les deux premiers versets, donnant le thème, et le reste, ce qui y a conduit.

Mais occupons-nous d’abord des caractères de chacun des cinq livres. Dans le premier, le résidu est encore dans Jérusalem, et partout nous y trouvons employé le nom de Jéhovah, bien que dans deux psaumes, le nom d’Élohim soit introduit. Nous avons dans ce livre le plus grand nombre d’allusions prophétiques à Christ, mais à Christ rejeté.

Dans le second livre, le résidu est hors de Jérusalem, et sa condition, tandis qu’il est ainsi rejeté, se continue jusqu’à ce que l’autorité du Fils de David soit établie. Le nom d’Élohim se trouve dans les premiers psaumes de ce livre, mais après le Ps. 45, quand le Roi est introduit en puissance, nous trouvons Jéhovah et le triomphe. Ensuite la culpabilité à cause du sang versé est reconnue (Ps. 51), les souffrances et les afflictions du peuple sous l’oppression et la puissance de l’ennemi sont racontées, et le nom d’Élohim est généralement, quelquefois exclusivement employé, en contraste avec l’homme puissant en méchanceté. Cependant le jugement est attendu par la foi, et la vraie repentance se trouve en Israël ; mais dans tout le livre le résidu est rejeté, quoiqu’il soit prêt à faire entendre la louange quand il sera restauré. Le Ps. 69 montre Christ s’associant à Israël, se chargeant des péchés du peuple, portant leurs douleurs dans son coeur, bien que rejeté par eux, et ici nous retrouvons de nouveau le nom de Jéhovah. Comme nous l’avons déjà dit, cette série se termine par l’établissement de la gloire et de la puissance du Fils de David.

Le troisième livre ne s’occupe pas seulement des Juifs, il embrasse tout Israël. Ils doivent être reçus après la gloire, et quoique la foi introduise Jéhovah aux Ps. 73:28 ; 78:21 ; 80:24 ; 81:10, cependant c’est à Élohim que s’adresse constamment leur cri : ils ne sont pas encore restaurés par la gloire. Mais cette restauration est annoncée prophétiquement, et tous les exercices de coeur, de foi et d’espérance qui s’y rapportent, sont fournis au peuple par inspiration. Ici aussi, toutes les anciennes associations d’Israël comme formant un tout, sont placées beaucoup plus complètement devant nous. Dans le Ps. 83, nous retrouvons le nom de Jéhovah à l’occasion du jugement exécuté contre la dernière confédération des nations, et ce nom est même employé dans le Ps. 88, qui exprime la profondeur de l’humiliation du peuple, sa culpabilité sous l’ancienne alliance. Le Psaume suivant rappelle les miséricordes de l’Éternel, et Christ est introduit. Aussi le nom de Jéhovah est-il employé. Ce psaume termine le livre.

Le quatrième livre est l’introduction du premier-né dans le monde. Jéhovah a toujours été la demeure d’Israël. J’ai déjà parlé du Ps. 91, où Jéhovah est identifié avec le Très-Haut (ou Souverain) dans l’accomplissement des promesses faites à Abraham. C’est ce que la foi célèbre dans le Psaume suivant. Ensuite, le Ps. 93 servant de préface, nous avons une série de psaumes qui présentent l’introduction dans le monde de Jéhovah, le Messie, depuis l’invocation du résidu souffrant qui demande si Jéhovah peut régner conjointement avec la puissance du mal (94:20), jusqu’à l’appel adressé aux Gentils, dans le Ps. 100, pour qu’ils viennent adorer à Jérusalem, où la présence et la gloire de Jéhovah sont pleinement établis. Au Ps. 101, nous avons les principes du royaume sur la terre, et dans le Ps. 102, nous voyons comment Christ, qui avait été retranché, pouvait cependant être là. Il était Jéhovah éternel (Atta Hou) dans sa nature, et ses années aussi, comme homme, ne devaient jamais finir (voyez Héb. 1). Le Ps. 103 célèbre Christ comme Jéhovah au milieu d’Israël (voyez Matth. 9) ; dans le 104, le Dieu de la création est loué ; dans le 105, c’est le Dieu d’Israël d’autrefois, qui envoie ses jugements sur toute la terre. Le 106 montre la fidélité de Jéhovah en dépit de tous les manquements du peuple.

Le cinquième livre, qui comprend le reste des Psaumes depuis le 107, est plus général. Nous y voyons d’abord les Israélites rassemblés de tous les pays, puis la grande révélation que le Messie, sacrificateur selon l’ordre de Melchisédec, devait s’asseoir à la droite de Jéhovah jusqu’à ce que ses ennemis fussent mis pour marchepied de ses pieds, et qu’ensuite la puissance sortirait de Sion. Dans ce livre se trouve pleinement célébré, que «la miséricorde de l’Éternel demeure éternellement». Les circonstances de la délivrance sont rappelées dans les cantiques de Mahaloth ; le Ps. 119 montre la loi écrite dans le coeur d’Israël, qui avait été égaré comme la brebis perdue, et finalement nous avons le grand Alléluia de la délivrance maintenant accomplie. Les Ps. 72 et 145 seuls, pour autant que je me le rappelle, décrivent l’état millénaire ; le premier en rapport avec Christ, le second dans l’association de Christ avec le peuple. Le 118 est la description complète du retour du coeur d’Israël vers Jéhovah : Israël reconnaissant les voies de l’Éternel et sa propre culpabilité. Ce Psaume est constamment cité par le Seigneur dans les évangiles ; la puissance de Dieu le met dans la bouche des foules lors de la dernière entrée de Jésus à Jérusalem, et il est aussi cité dans les Actes.

Je reviens en arrière pour indiquer quelques détails ; basés sur le principe auquel j’ai fait allusion au commencement. Les Ps. 1 et 2 sont la préface et la clef du livre, ainsi que je l’ai dit ; ensuite, du 3 au 7, nous avons les pensées et les sentiments auxquels le rejet de Christ donne naissance dans le résidu ; puis Christ est présenté dans son caractère de Fils de l’homme, au Ps. 8. J’en ai parlé précédemment. Les Ps. 9 et 10 expriment les douleurs des Juifs sous l’oppression du méchant et mentionnent les jugements de Dieu par lesquels ils seront délivrés ; du 11 au 17, ce sont leurs pensées et leurs sentiments, la résurrection de Christ, puis la confiance et la justice, et le tout se termine par le Ps. 18, où les souffrances de Christ deviennent la clef de l’histoire d’Israël, depuis l’Égypte jusqu’à l’établissement du royaume en puissance. Les Ps. 19-22 sont profondément intéressants, comme présentant le témoignage de la création et celui de la loi, le témoignage d’un Christ souffrant de la part de l’homme, mais exalté dans la gloire et châtiant tous ses ennemis ; d’un Christ souffrant à la vérité de la part de l’homme, mais de plus criant à Dieu et abandonné de Lui ; parfait cependant et accomplissant l’expiation. De là découlent des bénédictions de plus en plus grandes pour le résidu qui devient l’Église (ce que nous voyons littéralement accompli en Jean 20:17), pour tout Israël, pour le monde, et pour ceux qui naîtront dans le millénium. «Ils publieront sa justice au peuple qui naîtra, parce qu’il aura fait ces choses».

Le Ps. 23 est un autre point de départ. On y voit Jéhovah, le berger, qui prend soin des siens dans l’épreuve ; au Ps. 24 Christ-Jéhovah entre en triomphe dans les portes de justice sur la terre. Les exercices qui se rapportent à ceci vont jusqu’au Ps. 39. Ensuite nous avons l’accomplissement des conseils de Dieu par un Christ obéissant et souffrant, — c’est la clef de tout ; puis vient la bénédiction prononcée sur celui qui s’intéresse au pauvre (41), comme Christ lui-même a dit : «Bienheureux les pauvres en esprit» et «bienheureux, vous pauvres» ; et nous, nous pouvons dire : «Cet affligé a crié et l’Éternel l’a exaucé».

Il n’est pas nécessaire d’aller plus loin pour éclaircir les principes généraux ; les indiquer est tout ce que je pouvais essayer maintenant. La suite qui se trouve dans les psaumes et l’unité divine de pensée qui les relie sont évidentes. Cependant ce sont sans contredit des chants isolés, composés à des époques différentes, bien que, pour la plupart, ils soient de David ; c’est une collection, mais à travers laquelle se montrent la pensée de Dieu, ses desseins relativement à Christ et à Israël, quand Jéhovah sera reconnu comme Souverain sur toute la terre, un résidu souffrant et un Messie qui est entré dans ses douleurs. Naturellement le nom du Père et l’Esprit d’adoption ne s’y trouvent pas et ne sauraient s’y trouver. Une chose profondément intéressante, c’est que, tandis qu’au Ps. 20, les souffrances de Christ comme homme sont mises devant nous par le psalmiste, ses souffrances expiatoires ne peuvent être exprimées que par sa propre bouche (Ps. 22).

 

7.5.3       Enseignements de Pierre, Paul et Jean : leurs spécificités, mais le même évangile

Je voudrais encore dire un mot sur les différences qui se trouvent dans l’enseignement de Pierre et de Paul, chose sur laquelle insistent beaucoup les théologiens allemands. Telle qu’ils la traitent dans leurs spéculations, c’est une folie ; mais c’est un sujet d’un grand intérêt, quand on le considère avec justesse. Il est notoire que les Juifs avaient contre les Gentils les plus forts préjugés, et les chrétiens juifs n’en étaient pas exempts, comme le prouve une lecture même superficielle du Nouveau Testament. Dans les Actes, le cas de Corneille le montre clairement à l’égard de Pierre lui-même et de ceux de Jérusalem. Ce qui eut lieu entre Pierre et Paul (Gal. 2) nous dit la même chose et fait connaître, ainsi que d’autres passages, l’effort tenté pour obliger les Gentils à se faire circoncire. Il en fut décidé autrement, sous l’approbation de Dieu, par le concile tenu à Jérusalem même, ce qui était le point important (Actes 15). Mais quelque claire qu’eut été la décision chrétienne, les préjugés demeurèrent derrière les décisions auxquelles on avait acquiescé. Les mots «quelques-uns venus d’auprès de Jacques» (Gal. 2:12) le montrent avec évidence ; ce n’est que dans l’épître aux Hébreux (13:10-13), qu’ils sont sommés d’abandonner le judaïsme.

Mais il y avait beaucoup plus que cela. Les écrits de Paul contiennent une doctrine inconnue à toutes les autres parties des Écritures : l’Église, comme corps de Christ. Elle n’est mentionnée par aucun autre écrivain du Nouveau Testament. Le mot n’est pas employé. Outre l’évangile, c’était une dispensation confiée à Paul pour compléter la parole de Dieu. Il était le sage architecte qui pose le fondement. C’était un mystère qui avait été caché dès les siècles et les générations, ainsi que le prouvent les passages suivants : Romains 16:26 (où il faut lire «des écrits prophétiques», et non «les écritures des prophètes»), Éphésiens 3:1-40, Colossiens 1:24-26.

Jean n’avait pas à s’occuper de cette question : elle n’était pas l’objet de son ministère. C’était la révélation de la vie éternelle, et du Père dans le Fils, et la vie du Fils devenant la nôtre ; le ministère de Jean se rapporte toujours aux individus. S’il dit que les enfants de Dieu devaient être rassemblés en un par la mort de Christ, c’est individuellement comme une famille, non comme le corps de Christ. Et, dans la fin mystérieuse de son évangile, Jean, après avoir montré Pierre terminant sa vie et son ministère comme Christ, passe de là jusqu’à la venue du Seigneur : en tant qu’il s’agit de son ministère, cela est accompli dans l’Apocalypse. La place de Paul ne se trouve point du tout dans ce dernier chapitre de Jean. Jean ne parle que quatre fois de Christ et de nous, comme allant au ciel (ch. 6, 14, 16, 17) ; son ministère avait pour objet le déploiement ici-bas de ce qui est divin : de là vient l’attrait qu’il a pour les âmes.

Paul montre que nous sommes en Christ devant Dieu, et ceci conduit à l’union avec Christ comme son corps. Le ministère de Pierre, après avoir présenté la grâce, la rédemption et la régénération, par la semence incorruptible de la parole de Dieu, et après avoir parlé de Christ portant nos péchés, insiste très clairement, comme étant sa spécialité, sur le gouvernement de Dieu, par rapport aux saints, dans la première épître ; par rapport aux impies, dans la seconde. Dans ce que je viens de dire, j’ai eu en vue ce qui caractérise ces différents ministères. Mais aucun ne touche jamais à ce qui constitue le ministère spécial de Paul. Je puis ajouter que, cependant, Jean parle de prédicateurs qui étaient sortis sans rien recevoir des nations ; il dit aussi que Christ est mort, non pour nos péchés seulement, mais pour le monde entier. Il mentionne clairement notre position en Christ (1 Jean 4:17) ; mais c’est encore individuel (*).

(*) Le soi-disant platonisme de Jean est une erreur ; ses révélations sont tout au contraire antiplatoniques. La notion même de discussions entre les chrétiens judaïsants et les autres, après la destruction de Jérusalem, ne me semble reposer sur aucun fondement historique. Sauf quelques Nazaréens et Ébionites en Palestine, bientôt réduits à rien, le judaïsme proprement dit tomba bientôt dans l’oubli. La corruption alexandrine du christianisme qui aboutit à l’arianisme, vint plus tard et se rattache au néoplatonisme. Justin martyr (A. D. 140) en était infecté, ainsi que d’autres de son temps, sortis de la même école. Mais c’était une autre chose que les disputes avec les judaïsants. Ce qui est vrai, c’est que la pleine doctrine de la rédemption, telle qu’elle est enseignée par Paul, ne prit jamais racine dans l’Église. L’Église elle-même judaïsa, et elle est restée dans cet état jusqu’à ce jour. Le retour à l’enseignement de Paul et partiellement à celui de Jean est, dans ces jours-ci, ce qui trouble son sommeil.

 

Ce qu’il y a de spécial dans la doctrine de Paul, c’est que, par la descente du Saint Esprit, les croyants, parfaitement sauvés, sont unis en un seul corps à Christ, Juifs ou Gentils, et que la plénitude de la rédemption, dans une nouvelle création, est manifestée par le fait que Christ, comme homme, est glorifié en haut. C’est à cela que se rattache là conversion de Paul. Il n’a jamais connu Christ sur la terre, — il était un Juif strictement attaché à la loi. Christ lui fut révélé dans la gloire, et, dans cette révélation sur le chemin de Damas, Christ parle des chrétiens comme étant lui-même. Paul fut retiré du milieu du peuple et des Gentils et envoyé à ces derniers, mais son ministère est en relation avec un Christ glorifié, tous les disciples étant un avec Lui ; et les apôtres à Jérusalem remettent entre ses mains leur mission auprès des Gentils (Gal. 2). Cela donne naturellement un caractère spécial à sa mission, quoique l’évangile, base du salut personnel, reste le même. C’était une dispensation qui lui était confiée, un mystère tenu caché depuis le commencement du monde.

Telle est la vraie différence entre l’enseignement de Pierre et celui de Paul, et c’est assez important. Mais on perdit cela trop tôt, et la doctrine de Paul sur la rédemption et l’Église, fut trop vite ensevelie sous des formes et une organisation extérieures, pour avoir servi de fondement à aucune grande controverse, comme on a prétendu qu’il y en eut. Personne ne retenait la doctrine de Paul, et le pape prétend être le successeur de Pierre, non de Paul. Dans l’enseignement de celui-ci, il y a une vérité d’une importance intrinsèque très grande et qui ne se trouve pas ailleurs, mais il n’y a pas un autre évangile ; c’est seulement une révélation beaucoup plus étendue des conseils de Dieu.

 

7.6   Témoignages extérieurs sur l’unité de l’Ancien Testament

Quant à l’Ancien Testament, voici le jugement du rationaliste Eichhorn : «(1) Personne, si ce n’est des docteurs ignorants et irréfléchis, ne peut supposer que l’Ancien Testament ait été fabriqué par un imposteur, (2) Les écrits de l’Ancien Testament ne sont pas l’oeuvre de plusieurs imposteurs... Comment auraient-ils pu inventer d’une manière aussi entièrement conforme aux progrès de l’intelligence humaine ; et était-il possible dans des temps postérieurs de créer le langage de Moïse ?» Il continue en disant : «Comment une nation tout entière aurait-elle pu si souvent et en différentes périodes de son existence, être déçue et trompée par des imposteurs, et par ce qui la rendait elle-même méprisable ?... Tous les écrivains citent, dit-il encore, ce qui avait été écrit auparavant, ou y font allusion».

L’histoire profane présente Moïse comme le législateur d’Israël. Ce serait une sérieuse difficulté, s’il y en avait pour des gens qui se nourrissent de théories, que d’expliquer comment ou pourquoi on aurait donné le récit de tout le système si minutieusement élaboré de l’arrangement, du tabernacle, présenté comme venant directement de Dieu, alors que le peuple d’Israël en avait un entièrement différent sous les yeux. Il n’y a personne qui, lisant l’Ancien Testament sans préjugés, n’y doive voir une succession claire et ordonnée d’événements historiques, — quoiqu’il y ait beaucoup plus que cela. Il se compose d’écrits réunis plus tard en un seul volume, sans doute, mais l’effort fait pour l’invalider est plus absurde qu’aucune autre théorie. Il forme historiquement un faisceau beaucoup trop serré. Tout y est faux, si l’ensemble n’est pas substantiellement vrai tel qu’il est, car tout s’y tient et partout une des parties suppose l’autre. Mais la foi dans l’âme dépend d’autre chose que de ces preuves externes. On peut aisément faire naître des doutes, mais ces raisonneurs nous ont-ils jamais présenté une seule vérité certaine et solide ?

 

8                    Conclusion

Attaquer l’inspiration de la Bible, telle que nous l’avons, c’est répandre l’incrédulité. Fausser la vraie origine des livres, c’est dire que Christ et ses apôtres ont mis leur sanction sur une imposture.

La question est donc : Les âmes ont-elles avec évidence la parole de Dieu, ce «qui sort de la bouche de Dieu», cité comme tel par le Seigneur et ses apôtres ? Ont-elles le christianisme communiqué en paroles enseignées de l’Esprit ? Ou bien, est-ce ce qu’ont imaginé les Astruc, les Baur, etc., sans qu’il y ait aucune réelle communication de la part de Dieu lui-même ? Sur quoi mon âme s’appuiera-t-elle ?

Heureusement que, lorsqu’eut lieu le grand combat entre l’homme, dans le second Adam, et Satan, les paroles sorties de la bouche de Dieu suffirent au Seigneur pour réduire l’adversaire ; et il en sera toujours ainsi. De même, à l’heure de sa profonde agonie, quand il expiait les péchés, c’était par ces paroles qu’il exprimait ce qui était dans son coeur, ce que nul autre coeur ne pourra jamais sonder ni exprimer. S’il y a au monde une bénédiction, outre celle d’avoir le Seigneur lui-même en grâce, c’est de posséder la parole de Dieu comme lui-même nous l’a donnée, semblable au Seigneur lui-même ; c’est-à-dire ce qui est divin et céleste, mais ce qui, en même temps, convient et est parfaitement adapté à l’homme, dans le coeur de l’homme : l’Ancien Testament étant comme un canal qui l’apporte, et où puisaient, mais en partie seulement, ceux qui le transmettaient (1 Pier. 1:11) ; dans le Nouveau Testament, le coeur lui-même, c’est-à-dire le vase de la communication, étanchant d’abord sa propre soif (Jean 4:14), puis l’eau découlant de l’homme intérieur (Jean 7:38). «Quand il plut à Dieu, qui m’a mis à part dès le ventre de ma mère, et qui m’a appelé par sa grâce», dit Paul, «de révéler son Fils en moi, afin que je l’annonçasse parmi les nations» (Gal. 1:15, 16). Tout dans l’Écriture est cette parole de Dieu qui agit efficacement en ceux qui croient.

«Si ce que vous avez entendu dès le commencement demeure en vous, vous aussi vous demeurerez dans le Fils et dans le Père» (1 Jean 2:24).