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De la présence et de l’action du Saint Esprit dans l’Église

 

En réponse à l’écrit de M. PH. WOLFF, intitulé : Le ministère en opposition au hiérarchisme et principalement au radicalisme religieux.

 

J. N. Darby

Ed. Genève, Georges Kaufmann, Libraire, 50, Allemands-Dessous & Valence, J.Marc Aurel, Imprimeur-Libraire, rue de l’université 8 — 1844. Traduit en anglais dans C.W. 3 p. 206-313

Les sous-titres et titres sont de l’auteur, sauf ce qui est entre crochets

 

1     Avant-propos [gravité de l’enjeu]

2     Introduction [objectif réel de M.Wolff]

2.1     Différence fondamentale entre le système de Calvin et celui de M. Wolff

2.2     Jugement de M. Wolff sur le système Rochat

2.3     Exemple du même esprit au sujet des Évangélistes

2.4     Autre exemple au sujet des Docteurs

2.5     Sur la liaison prétendue des idées politiques et religieuses

3     Chapitre 1 [les dons et le ministère]

3.1     Introduction du livre

3.2     Du premier chapitre de M. Wolff, intitulé : Sacerdoce et Ministère

4     Chapitre 2 [vocation au ministère]

4.1     Observations sur le chapitre second de M. Wolff, où il parle de la vocation au ministère

4.2     Encore une remarque sur ce chapitre

5     Chapitre 3 [les noms d’évêque, ancien, pasteur]

6     Chapitre 4 [place de l’évêque / pasteur dans trois sortes de systèmes]

7     Chapitre 5 [l’évêque / pasteur établi de Dieu ?]

8     Chapitre 6

9     Chapitre 7 [élection de l’évêque par le troupeau]

10      Chapitre 8 [imposition des mains et consécration]

10.1      De la consécration de l’évangéliste

10.2      De la consécration de l’évêque

11      Chapitre 9 [une double vocation de l’évêque]

12      Chapitre 10 [évangélistes]

13      Chapitre 11 [docteurs]

14      Chapitre 12 [classification des ministères]

15      Chapitre 13 [perpétuité du ministère]

16      Chapitre 14 [apostasie de l’Église ?]

16.1      Le mot apostasie a trait à l’économie [dispensation]

16.2      Rom. 16:22, concerne l’économie [la dispensation]

16.3      L’état actuel de l’église montre une ruine

16.4      La notion d’église visible est scripturaire

16.5      De quelques objections au mot ruine

17      Chapitre 15 [le ministère est-il l’exercice d’un don ?]

18      Chapitre 16 [Le Saint Esprit, sa fonction, ses dons]

19      Chapitre 17 [administration de sacrements]

20      Chapitre 18 [capacité de prêcher]

21      Chapitre 19 [envoi de missionnaires]

22      Chapitre 20 [usurpation cléricale]

23      Chapitre 21 [faire des études pour être ministre]

24      Chapitre 22 [histoire des sectes qui ont altéré le ministère]

25      Conclusion

 

1                    Avant-propos [gravité de l’enjeu]

Cette réponse à la brochure de M. Wolff sur le Ministère, a été écrite aussitôt après la publication de son ouvrage. L’auteur de la réponse ayant été absent du pays pendant onze mois, le manuscrit est resté jusqu’à son retour dans les mains d’un ami. Puis des travaux d’évangélisation, et d’autres occupations plus importantes encore que la controverse, ont retardé la préparation du manuscrit pour l’impression à laquelle il est enfin livré.

Dans cet intervalle, la Société évangélique de Genève et la Société laïque du canton de Vaud, ont recommandé, dans leurs rapports, la brochure de M. Wolff, de sorte que l’approbation que l’on donne à cette brochure, déjà démontrée assez clairement par les faits, est maintenant avouée ouvertement. Ceci rend ma tâche plus pénible, mais moins difficile ; car je peux traiter l’écrit auquel je réponds, non pas comme celui d’un jeune étudiant qui fait, pour ainsi dire, ses premières armes, et que l’on désirerait épargner, mais comme un ouvrage sanctionné par des hommes graves, qui ont dû peser les choses, et qui ont dû sentir leur propre responsabilité envers l’Église de Dieu lorsqu’ils ont recommandé publiquement un ouvrage sur un sujet aussi sérieux que celui du Ministère. Il faut supposer qu’ils ont examiné les raisonnements et les preuves avancées comme ayant été tirées de la Parole de Dieu ; et, en recommandant cet ouvrage à toute l’église, ils se sont rendus responsables de son contenu.

La Société laïque, à la vérité, se garde de prendre la responsabilité de tout le contenu de l’ouvrage, mais, désireuse de la réfutation du système qu’elle appelle « le Plymouthisme », elle indique la brochure de M. Wolff comme répondant à ce but (séance du Comité du 9 juin 1843, Bulletin numéro 5, p. 155, 156).

Le rapport de la Société évangélique de Genève ne fait aucune réserve semblable ; en voici les paroles : (p. 35) « D’autres ont combattu celui-ci (le Plymouthisme) avec avantage ; en particulier, un élève de notre école de théologie, dans un écrit dont les arguments scripturaires ne peuvent être ébranlés ».

L’on trouvera dans le corps de cette réponse, des inconséquences dans les sentiments que j’ai exprimés au sujet de cet ouvrage. Quelquefois mon cœur a parlé en faveur de l’auteur ; quelquefois je n’ai pas pu entièrement contenir l’indignation que j’ai éprouvée au vu de la manière dont la Parole de notre Dieu y a été traitée.

J’ai laissées telles quelles ces inconséquences, parce que c’était la véritable expression de ce que j’ai éprouvé. Mais maintenant que cet ouvrage doit être regardé comme l’exposé des sentiments de la Société évangélique de Genève, ou au moins de ses conducteurs, et qu’ils ont mis leur approbation sur ces arguments en les qualifiant de scripturaires, la retenue qu’imposaient les circonstances d’un jeune homme n’a plus lieu d’être. Envisagé comme sortant des mains d’hommes instruits, graves, pieux, d’hommes dans une position de responsabilité, d’hommes que, sous d’autres rapports, j’estime et j’aime, — cet ouvrage sortant, dis-je, de leurs mains, demande d’être mis dans son vrai jour. De ma vie (et j’ai été dans des controverses pénibles) je n’ai jamais vu une brochure pareille. Qu’est-ce que ces Messieurs approuvent ? c’est une témérité qui biffe d’un trait de plume tout ce qui a été écrit sur le Ministère depuis le temps de Chrysostôme jusqu’à nos jours ; ce sont des contradictions des plus grossières avec soi même, pourvu que, dans les deux cas, ces sentiments opposés servent à établir, coûte que coûte, un système que l’on aime ; c’est une incrédulité profonde sur la présence et les opérations du Saint Esprit ; c’est un mépris de la Parole dont je n’ai vu le pareil dans aucune controverse ; ce sont des assertions hardiment faites, quant au contenu de la Parole et quant à l’emploi des mots pour faire prévaloir les vues de l’auteur, qui, lorsque l’on examine les passages où le mot se trouve, ne sont pas soutenues par un seul exemple, et qui doivent faire foi pour ceux qui ne savent pas le grec et qui ne supposeront pas (Dieu en soit béni !) que l’on affirme les choses en dépit de toute vérité, et de toute bonne foi.

Tout est nivelé au système actuel dans le seul désir de dire : nous sommes riches. Le Ministère n’est pas l’exercice d’un don, il n’existe aucun don ; néanmoins, l’Église jouit de toutes ses bénédictions. — Et pourquoi toute cette incrédulité et ce manque, que dirai-je, de conscience ? C’est que, ayant trop de lumières pour cheminer à l’aise avec la mort et les erreurs qu’ils reconnaissent dans les systèmes qui les entourent, ils ont trop peu de foi pour s’affranchir d’un joug sous lequel ils gémissent dans l’œuvre qu’ils font. Ils ont pris leur parti de flatter la chair ainsi que les formes des systèmes qui les gênent, afin que ces systèmes leur prêtent la liberté de poursuivre l’œuvre qu’ils n’osent pas faire sans cela.

Quant à la brochure qui nous occupe (chacun en jugera quand il aura lu les pages qui suivent), je ne puis y voir que l’exposé public de l’incrédulité de l’Église professante de ces derniers jours — qu’un mépris de la Parole de Dieu qui mérite d’être flétri d’une manière beaucoup plus puissante que je ne saurais le faire — que les assertions les plus fausses qu’il est impossible d’attribuer à l’ignorance de ceux qui recommandent cet ouvrage et qui (s’il faut attribuer un tel emploi de la Parole à l’entraînement d’un esprit de parti) est un emploi qui signale d’une manière effrayante quelle est l’estime que l’on fait de la Parole quand il s’agit des intérêts d’un parti ! Ces expressions sont fortes. Je ne m’en serais pas servi s’il ne s’agissait que d’une opinion sur le Ministère, ni si ce n’étaient pas des chrétiens qui s’en fussent rendus responsables ; mais il s’agit de toute la base des espérances et de l’activité de l’Église de Dieu, et de l’autorité de sa Parole, qui sont sacrifiées sans hésitation aux intérêts et à l’orgueil d’un parti irrité. L’ennui de la controverse a presque arrêté ma plume. J’ai pensé que des pleurs conviendraient mieux qu’une réponse. Mais il y a des âmes qui ont droit aux éclaircissements nécessaires pour exposer de quelle valeur sont les assertions hardies qui caractérisent la brochure patronisée par le bureau de la Société évangélique de Genève, et de quel poids est l’autorité de ceux qui peuvent la patroniser ; et j’ai senti profondément que celui qui se sert de la Parole en se cachant sous le grec d’une manière semblable, ne mérite pas d’être ménagé, lorsqu’il nous est présenté par des hommes bien capables d’en apprécier l’emploi et les conséquences. Plus ils sont estimés et, sous bien des rapports ils méritent de l’être, plus il est nécessaire d’exposer les racines d’amertume qu’ils veulent sanctionner. Si c’était un Pierre qui se rendît coupable de ce qui entraîne les autres dans une voie de dissimulation, il importerait d’autant plus de lui résister en face.

 

2                    Introduction [objectif réel de M.Wolff]

Je ne m’attends pas à voir ceux qui n’ont pas de foi pour les suivre, adopter des principes qui sont de la foi. Je ne crois pas non plus que, dans ce moment, ce soit la controverse qui pousse les âmes à entrer dans le chemin de la foi. C’est le moment d’y marcher par la grâce de Dieu et non pas d’en parler. Les circonstances qui nous entourent et les progrès du mal demandent ce que Dieu seul peut donner, une marche ferme et active dans le chemin où la foi seule trouvera le moyen de subsister ; car les événements nous serrent tous les jours de plus près.

Si je réponds aux thèses de M. Wolff sur le Ministère, c’est que le sujet est des plus importants et qu’il fournira l’occasion de développer les vérités actuellement les plus précieuses à l’Église.

Si la brochure de M. Wolff sur le ministère n’était que la production de l’étudiant dont le nom y est attaché, je n’en aurais probablement rien dit. Rendons justice à l’auteur ; c’est un travail qui démontre assez de diligence et fait voir une application dont les fruits, à un tel âge, font, selon l’homme, honneur à l’auteur, et sont dignes d’une période plus avancée de la vie. Si quelque chose çà et là trahit la jeunesse, ce ne sera pas un sujet de reproche de ma part. Que l’activité d’un jeune esprit ait produit, comme il le dit, un système nouveau, cela ne m’étonne pas ; qu’aux yeux de son auteur, ce soit un système devant lequel tout ce qui a été dit sur le ministère, dans tous les siècles de l’Église, passe comme une ombre ; que l’auteur manifeste une certaine confiance en lui-même, cela peut être naturel à l’ardeur de la jeunesse : je ne m’y arrêterai pas ; qu’il dispose en douze lignes de tout ce qui a été écrit sur le Ministère depuis Chrysostôme jusqu’à M. Rochat, avouant que « les moyens de s’éclairer lui manquaient, n’ayant rien pu baser sur les travaux de ses prédécesseurs », et qu’il en use ainsi pour introduire un système dont « l’ensemble systématique est tout de lui », je ne lui en veux pas pour cela. Je ne le rappelle qu’à cause de l’importance que prend ce fait, lorsqu’on réfléchit qu’un tel jugement a l’approbation du parti dont l’auteur est pour ainsi dire ressortissant. Du moins est-il clair, d’après cela, que tout système de Ministère reconnu jusqu’ici, tous les principes sur lesquels on a voulu baser le Ministère, ont dû tomber devant la lumière qui est entrée par le moyen de la discussion qui a eu lieu sur ce sujet. Pour s’attaquer à ce qui a été mis en avant, il a fallu se débarrasser de tout ce qui a été dit sur le Ministère par tous les théologiens, tant par ceux des temps primitifs que par ceux de la réforme et des temps modernes.

Toutefois, je reconnais que le traité de M. Wolff est le plus habile et le plus sérieux qui ait paru dans la controverse engagée sur ce sujet.

Cet écrit, paraissant au moment d’une telle controverse, est évidemment plus qu’une thèse d’étudiant. Fruit de ses travaux, il est l’expression de beaucoup plus que cela. Vanté dans les journaux de son parti, imprimé avec l’encouragement et le concours de personnes de ce parti qui cherchent à profiter de sa publication et répandu par leurs amis et leurs agents, cet opuscule doit être considéré, pour le fond, comme l’expression de ceux qui le propagent ; car on ne doit pas leur attribuer la tactique déshonnête d’un christianisme corrompu qui voudrait profiter autant que possible d’un écrit, sauf le renier ensuite, si l’on se voyait en danger d’être compromis par son moyen.

Mon intention est de tirer au clair, pour les âmes droites, le principe de cette brochure et de signaler la force de certains raisonnements qui ont prise sur la chair et peuvent agir sur elle et qui sont propres à troubler les cœurs simples.

Le but évident et avoué même de cet écrit, est d’attaquer ce que je me permettrai d’appeler, la lumière nouvelle que Dieu a envoyée, et de soutenir tel quel tout ce qui existe. Pour cela, il emprunte tout ce qu’il peut de cette lumière, de sorte qu’à plusieurs égards je me trouve d’accord avec l’auteur. C’est, du reste, le chemin que plusieurs suivent maintenant. Ils empruntent toute la lumière qu’ils peuvent, sans s’inquiéter de marcher dans le sentier de la foi que cette lumière a révélé.

Pour soutenir coûte que coûte les choses qui existent, on a dû sacrifier tous les principes du ministère établis par la réforme. Il ne faut pas s’y méprendre ; quand l’auteur dit, du système de Calvin sur le Ministère : « bon comme théorie basée sur l’expérience de l’Église », cela dit tacitement que ce système n’est pas basé sur l’Écriture, — car il renverse, sans en avertir ses lecteurs, tout le système de Calvin dans le corps de son ouvrage.

Assez jeune seulement pour être énamouré de ses propres idées, il n’a pu se taire là-dessus, comme on peut le voir dans son avant-propos. Tout son système est de lui. Il n’a pas pu baser essentiellement son travail sur les travaux de ses prédécesseurs. Les pensées de Calvin étaient en effet basées en grande partie sur la Bible ; mais, comme le dit M. Wolff, sa théorie ou plutôt sa pratique était basée sur l’expérience de l’Église. Homme assez intègre de cœur par la grâce pour honorer profondément la Parole, assez énergique pour créer un système, Calvin reconnaissait, à bien des égards en théorie, la vérité sur le Ministère. En pratique, il se formait un système adapté aux circonstances et à son propre caractère. Il est entré plus de lumière, la Parole a été sondée. L’énergie du Saint Esprit agit, et ce qu’il a créé comme système ne répond plus ni à l’énergie créatrice de son auteur, ni aux besoins que produit le Saint Esprit. Ceux qui, poussés par le Saint Esprit, ont sondé la Parole, se sont trouvés, en suivant la Parole et les principes et les vérités que Calvin lui-même y a trouvés, en dehors de son système sur plusieurs points. Ils ont suivi la Parole et non le système.

Dès lors, force guerre leur a été faite. C’était des innovateurs, etc.

En attendant, il s’est formé une classe de personnes ; le parti auquel M. Wolff est lié, parti qui veut s’attacher au système ecclésiastique de Calvin et en profiter autant que possible, parce que cela n’exige pas la foi (car un socinien le fait aussi bien qu’eux), et en même temps introduire une activité spirituelle subordonnée à ce système.

M. Wolff est partisan de ce système nouveau ; mais il a été conséquent. Il a senti qu’en adoptant les principes que Calvin a tirés de la Parole, il serait impossible de maintenir son système. Il nie donc ces principes ; son but est de justifier à tout prix ce qui se fait. J’en donnerai de tristes preuves tout à l’heure.

Constatons premièrement ce fait important, que, pour combattre ceux qui suivent la Parole, il s’est senti forcé de mettre de côté tous les principes des réformateurs sur le Ministère. Il a senti qu’une fois admis ce qu’ils avaient tiré de la Parole, il faudrait aller plus loin et abandonner leur système pratique ; mais cela demande de la foi.

 

 

2.1   Différence fondamentale entre le système de Calvin et celui de M. Wolff

La théorie de Calvin est basée sur l’existence des dons ; la théorie approuvée par le parti représenté par M. Wolff, est basée sur ce que les dons ont absolument cessé. Il est évident qu’un système qui se base sur les dons et un autre qui se fonde sur leur absence et qui fait de cette absence son principe fondamental, sont deux systèmes complètement opposés l’un à l’autre. On peut, pour épargner la chair, suivre en pratique les mêmes formes, mais les principes sont complètement opposés.

Calvin distingue les dons ordinaires et les dons extraordinaires, comme base de la différence entre l’état actuel et l’état apostolique du ministère. M. Wolff affirme que tous les dons étaient extraordinaires, et que tout le système de Calvin est faux à cet égard et que le Ministère n’a subi aucune modification. Le système de Calvin est fondé sur la différence des charges et des dons ; il distingue par conséquent l’évêque et le pasteur. Tout le système de M. Wolff est basé sur l’identité de l’évêque et du pasteur. Si évêque et pasteur ne sont pas une même chose, tout son système s’écroule à la fois, parce que, dans ce cas, le pasteur est un don donné de Dieu, et qu’il n’a besoin ni de l’imposition des mains ni d’être établi de la part des hommes. Si l’auteur peut au contraire les identifier, dans ce cas il appliquera tout ce qui est dit de l’évêque dans l’épître à Timothée, au pasteur aussi bien qu’à l’évêque.

Je n’entre pas dans le détail des différences, car le système Wolff change tout le système Calvin ; je ne fais remarquer que les grands principes, ou plutôt le grand principe par lequel ils divergent. Calvin admet que pour le Ministère il faut des dons ; M. Wolff nie absolument toute relation entre ces deux choses. Le Ministère, dit-il, s’exerce sans don. Il est conséquent ; il a senti qu’il est impossible de concilier l’existence des dons avec le système de son parti et le système ecclésiastique de Calvin. Calvin admettait les choses qu’il trouvait dans la Parole, puis ajoutait des traditions et des habitudes. Il créait un système que la lumière d’alors supportait. Le parti qui s’oppose maintenant à la lumière est plus hardi ; sentant qu’il ne peut les concilier, et déterminé à s’attacher aux choses qui existent, il avoue sur ce point son incrédulité, et met de côté tout à la fois, les dons, le Saint Esprit et la Parole qui en parle.

Le Ministère, selon eux, n’a aucun rapport avec les dons du Saint Esprit. Il est bon du moins d’être au clair sur les véritables bases du système qui s’oppose aux frères. Il ne s’agit que de dons purement naturels, le Saint Esprit n’y entre pour rien, absolument pour rien. Ce n’est pas (faites-y bien attention) une conclusion que je tire, c’est la base avouée de tout le système. Un homme doit être régénéré du Saint Esprit pour être ministre comme il faut l’être pour être chrétien ; mais, pour son ministère même, le Saint Esprit n’y entre pour rien. Voici les propres paroles de M. Wolff, page 68 : Ce n’est que parce que leur ministère n’est pas un don du Saint Esprit, que les ministres sont ambassadeurs de Christ.

J’admets pleinement qu’il est parfaitement conséquent. À la fin de l’économie juive, les formes (telles que la sacrificature, etc.) et la puissance (Christ qui était sans forme) sont trouvées en opposition. Il en est de même maintenant ; la foi choisit la puissance et les choses éternelles ; l’incrédulité s’attache toujours aux formes. La réforme, précieuse sous tant de rapports, mêlait ensemble des choses qui étaient de Dieu et d’autres qui étaient de l’homme ; la manifestation de l’énergie du Saint Esprit les démêle. Ceux qui n’ont pas la foi pour s’appuyer sur Dieu tout seul, se jettent maintenant hardiment du côté des formes, et applaudissent à l’aveu que produit la franchise de la jeunesse, ou une certaine complaisance envers soi-même ; et, cet aveu, c’est que la puissance n’entre pas dans leur plan ; ils sont ministres, ou plutôt leurs ministres sont ambassadeurs de Christ, parce que leur Ministère n’est pas un don du Saint Esprit !

Est-il besoin d’en écrire davantage pour les âmes simples qui marchent dans la foi ? Non ; mais il ne manque malheureusement pas de gens qui cherchent à embrouiller les autres, ni de personnes qui s’attachant un peu à la lumière, un peu à leurs aises selon la chair, sont prêtes à tomber dans les pièges que des raisonnements d’homme peuvent leur tendre.

Je désire seulement que l’on fasse bien attention à ce qui en est. Dieu a permis que la chose soit dite hautement ; on ne peut plus s’y tromper. M. Wolff a parfaitement raison ; il faut nier l’existence et l’opération du Saint Esprit dans le Ministre, ou abandonner tout le système. Les choses se dessinent tous les jours davantage. Un aveu tel que celui dont il vient d’être question a été plus que je n’aurais osé espérer pour mettre les âmes au clair, et faire comprendre que, pour chacune d’elles, la vraie question est celle-ci : Est-ce que je crois que le Saint Esprit agit dans le Ministère, ou non ? Telle est la question qui s’élève entre nos frères et leurs adversaires, telle est la question qui agite la chrétienté. Nous verrons quelles sont les conséquences graves de cette question ; mais il est très évident que la position prise par ceux qui embrassent le système Wolff, c’est de nier l’opération du Saint Esprit dans le Ministère et de résister à son énergie là où il agit, et c’est ce que j’ai vu se dessiner toujours plus nettement.

 

2.2   Jugement de M. Wolff sur le système Rochat

J’ai dit que la brochure Wolff a pour but de maintenir ce qui existe et de s’opposer à nos frères. Il dit de M. Rochat : « Système scripturaire ». Cela est bon, parce que M. Rochat s’oppose aux frères et maintient plus ou moins un clergé, nommé par les hommes. Peu importe qui le nomme, comme le dit ailleurs M. Wolff, pourvu que ce soit les hommes et qu’il n’y ait pas de don.

Mais en même temps, quoiqu’il soit commode d’établir une unité d’opposition à nos frères pour maintenir un clergé nommé par les hommes, de quelque manière que ce soit, il faut, en un autre endroit de la brochure, détruire tout cela pour maintenir exactement le système du parti. Voici en quels termes M. Wolff, après avoir appelé le système de M. Rochat scripturaire (page 9), s’exprime au sujet de ce même système, page 37 de son ouvrage : « Il faut que j’ajoute ici qu’une élection d’Église telle que l’entend M. Rochat, ne peut s’accorder avec une vocation divine de l’évêque ». Et plus bas : « Si une Église, lorsqu’elle a besoin d’un pasteur, fait une votation ensuite de laquelle celui de ses membres qui a le plus de suffrages se trouve être évêque, cet évêque n’a reçu aucune vocation de Dieu ; il est établi au nom des hommes et par les hommes seuls. Ce résultat est inévitable ». Je dois donc, d’après M. Wolff, supposer très scripturaire, que celui qui est évêque sur le troupeau de Dieu, soit établi sans aucune vocation de Dieu. Peu importe. Il y a 37 pages entre ces deux phrases, et à chaque endroit ces sentiments contradictoires soutiennent ce qui existe dans son parti.

 

2.3   Exemple du même esprit au sujet des Évangélistes

Après avoir, pour soutenir le principe du clergé, assuré la distinction d’un évangéliste officiel, M. Wolff loue beaucoup (page 43) l’emploi de ceux qui n’ont pas cette charge par l’imposition des mains ; mais pourquoi ? C’est que « on les emploie aujourd’hui ». On ne devrait pas les appeler évangélistes, parce que « il faut distinguer soigneusement entre ce qui est une charge du Ministère et ce qui n’est qu’un témoignage rendu à l’Évangile prêché volontairement par un chrétien zélé et capable » (Page 13). Mais, hélas ! on les appelle ainsi. On peut donc toujours conserver ce titre, pourvu qu’on l’explique et que l’on évite une « confusion dangereuse pour l’Église », entre ceux qui font l’œuvre et ceux qui sont chargés par les hommes de la faire. Je dis : ceux qui font l’œuvre ; car il faut supposer que ces évangéliseurs ainsi approuvés sont envoyés de Dieu ! Aussi, de nos jours, en voyons-nous plusieurs envoyés par les hommes, mais « ils n’ont pas reçu d’imposition ». Toute l’affaire est donc de distinguer le clergé.

 

2.4   Autre exemple au sujet des Docteurs

De la page 45 à la 48ième, M. Wolff nie absolument l’existence de la charge de docteur dans l’Église. Mais il se réforme fort à propos (p. 49) en ajoutant ces mots : « Ce qui vient d’être dit sur le docteur, doit être considéré comme ne touchant en rien au grade de docteur en théologie que confèrent les universités ». On aurait de la peine à comprendre comment cela n’y touche pas. Si j’ai bien compris, ce docteur est une espèce de pasteur qui, par le moyen des étudiants, étend ses fonctions à une plus large portion du troupeau de Christ. — Mais c’en est assez de cette adulation de tout ce qui soutient les intérêts d’une classe, d’un parti, aux dépens de la foi, de l’action de l’Esprit, de la Parole et de la vérité

 

2.5   Sur la liaison prétendue des idées politiques et religieuses

La pensée de l’influence des idées politiques sur les idées religieuses est banale, quoique très propre à exercer une influence sur ceux qui sont, au fond, gouvernés par des motifs politiques d’une classe spéciale ; mais elle n’aura aucune prise sur ceux qui sont dirigés par le Saint Esprit et qui cherchent son enseignement dans la Parole.

L’idée, du reste, est très superficielle ; j’en prends note, parce que l’esprit de soumission et d’obéissance caractérise tellement le vrai chrétien, que des âmes sincères pourraient en être troublées ; et voici comment Satan cherche à profiter de l’esprit d’obéissance, afin de porter le chrétien à obéir à l’homme. Il n’y a personne qui ait un peu lu l’histoire, qui ne sache qu’il n’existe aucune accusation portée contre le mouvement religieux de nos jours qui n’ait été portée contre la réforme, et que tout mouvement de l’Esprit de Dieu, agissant, comme il le fait, sur la masse inerte qui le rend nécessaire, est traité par ceux qui aiment à dormir, ou du moins à rester sur leur lit, d’esprit d’innovation et de radicalisme. Tout homme qui affirme les droits de Dieu en présence de ceux qui sont en possession d’une autorité qui méprise ces droits, sera nécessairement à leurs yeux un despote et un radical.

C’est une vieille accusation et qui part toujours du mauvais côté. Quand Ponce-Pilate ne pouvait trouver aucune faute en Jésus, les sacrificateurs et les principaux insistaient d’autant plus, en disant : Il émeut le peuple, enseignant par toute la Judée, ayant commencé depuis la Galilée jusqu’ici. Que dit-on, à Philippes, contre Paul et Silas ? « Ces hommes, qui sont Juifs, troublent notre ville » (Act. 16:20). Et à Thessalonique ? « Ces gens, qui ont bouleversé toute la terre, sont aussi venus ici » (Act. 17:6).

J’engage les simples à ne s’inquiéter ni d’un principe politique ni d’aucun autre, mais à suivre en paix et avec fermeté le chemin où le Saint Esprit les conduit, marchant par la foi, se souvenant que ces accusations (de quelle manière précieuse la Parole pourvoit à tous les besoins des enfants de Dieu !) que ces accusations, dis-je, se trouvent toujours dans la Bible du côté des adversaires de la vérité.

D’ailleurs cette apparence de discernement et de profondeur philosophique n’est que l’esprit superficiel de l’incrédulité. Dieu a préparé dans tous les temps les circonstances convenables pour l’impulsion que donnerait son Esprit. Les circonstances étaient toutes préparées pour la réforme. Elles étaient également toutes préparées pour le christianisme. L’aveuglement de la philosophie ne voit que ces circonstances et ne discerne pas la puissance de Dieu qui agit en elles.

L’incrédulité est toujours la même ; mais ceux qui agissent par la foi savent très bien qu’ils sont conduits par toute autre chose que par les circonstances, et souvent, dans leur simplicité, ils ne savent pas que les circonstances les favorisent sauf par la promesse que toutes choses contribueront au bien de ceux qui aiment Dieu et qui sont appelés selon son propos arrêté, et ce ne sont pas là les plus faibles. S’il faut parler selon l’homme, je dis que, l’homme d’une idée fait ordinairement plus que celui qui sait philosopher sur tout. L’énergie de l’un et l’abstraction de l’autre qui juge de tout se rencontrent rarement.

Du reste l’application du principe assez ordinaire et assez vrai, que les chrétiens subissent en général plus ou moins hélas ! l’influence de ce qui les entoure, est assez mal faite. Quant aux frères que l’auteur attaque, il se trompe singulièrement ; car, en Angleterre, on les accuse au contraire d’être tous des aristocrates, et l’on accuse le système d’être fait pour des aristocrates mécontents du nationalisme. Ils sont considérés, par des philosophes, comme une réaction contre l’extrême démocratie des dissidents Anglais (*).

 

(*) En voici un spécimen : « Ce système a de grandes attractions naturelles ; il s’y trouve une atmosphère aristocratique, une espèce de climat de Madère qui convient aux poumons délicats de la bonne société, des Messieurs, des Dames, etc. »

 

Peu importe, pourvu que l’Esprit agisse, Dieu produit des effets de sa grâce et le monde les juge, passe outre et périt dans sa sagesse. Quelques chrétiens peut-être subissent aussi l’influence philosophique et systématisante du siècle. J’espère que nos frères l’éviteront comme ils évitent la politique. Les raisonnements scientifiques sur ce qui se passe ne sauvent pas les âmes et ne relèvent pas les chrétiens tombés. Nous sommes les serviteurs de Dieu, Dieu préparera et Dieu dirigera toutes les circonstances ; nous n’avons même pas besoin de nous en occuper, sauf pour y admirer la bonne main de notre Dieu. Notre part est de suivre l’impulsion du Saint Esprit et de nous guider par la Parole.

Le fait est que le principe démocratique et radical, c’est-à-dire la volonté de l’homme se trouvent dans le presbytérianisme et la dissidence (*). Le Saint Esprit, quand il agit, sait toucher à toutes les cordes de l’esprit humain et s’adapter à elles en grâce, en réservant à Dieu tous ses droits et toute sa souveraineté ; mais c’est Dieu seul qui sait faire cela. Il faut de la puissance.

La puissance et la grâce du Saint Esprit, voilà ce qu’il faut chercher, et n’être ni démocrate ni aristocrate, ni despote ; mais il faut être divin, et marcher selon le principe de la grâce de Christ en qui la souveraineté de Dieu et le cœur de l’homme s’unissent et sont en paix. Dieu ne veut pas que les choses marchent sans cela ; car elles marcheraient sans lui.

Examinons le contenu de la brochure.

 

(*) La chose est évidente ; le principe de la démocratie, c’est que l’homme a le droit de choisir ses magistrats, le peuple étant la source du pouvoir, quoiqu’il les choisisse selon certaines qualités dont il est le juge. C’est le principe du Ministère parmi les presbytériens et les dissidents. Ils ajoutent, d’une manière ou d’une autre, une certaine investiture pour l’exercice des fonctions. Celui qui insiste sur les dons de Dieu, est évidemment sur un tout autre terrain ; il n’est pas question de politique dans les dons qui viennent du ciel.

 

3                    Chapitre 1 [les dons et le ministère]

Résumé du chapitre : Où il affirme, tout en niant la continuation des dons, vouloir défendre le ministère contre les coups qu’on lui a portés, et contre les modifications de tout genre qu’on lui a voulu faire subir.

 

3.1   Introduction du livre

Dans l’introduction, l’auteur déclare que son objet est de défendre l’état primitif du ministère contre les modifications de tout genre qu’on a voulu lui faire subir. Souvenons-nous qu’en même temps l’auteur affirme que tous les dons ont absolument cessé d’exister. Voilà déjà ce qui est un peu fort.

Le ministère existe absolument sans modification ; mais tous les dons ont cessé d’exister. Comment donc le ministère put-il subsister sans modification ? Au temps des apôtres aussi bien qu’à présent les dons n’entraient pour rien dans le ministère.

Prenons la liste de dons préférée par M. Wolff lui-même, celle qui est donnée dans le chapitre 12 v. 28 de la première Épître aux Corinthiens. « Dieu a placé dans l’Église, premièrement des apôtres, secondement des prophètes, en troisième lieu des docteurs, ensuite des actes de puissance ; puis des grâces de guérisons, des secours, des administrations, diverses sortes de langues ».

Cette liste nomme des apôtres, des prophètes, des docteurs, des gouverneurs. Voilà évidemment des dons (χαρισματα), tout cela donc n’entrait pas du tout dans le ministère. Le prophète pouvait édifier, consoler, exhorter ; mais ce n’était pas un ministère. Que nous dit la parole de Dieu ? Nous y voyons que Dieu avait établi Paul dans le Ministère, 1 Tim. 1:12 ; et Paul dit de lui-même. Qui donc est Paul ? « sinon ministre » 1 Cor. 3:5. Il se rendait recommandable à Dieu en toute chose comme ministre, 2 Cor. 6:4. S’il a été fait, ministre de l’Évangile, selon le don, dit-il, de la grâce de Dieu qui m’a été donnée suivant l’efficace de sa puissance, Éph. 3:7, malgré tout cela, selon ce système, Paul, comme apôtre, n’était pas ministre de la parole. Au contraire « c’est, dit M. Wolff, p. 68, parce que son ministère n’était pas un don du Saint Esprit qu’il était ambassadeur de Christ ».

Que son ministère fût l’exercice de son don en responsabilité à Christ et non pas le don lui-même, c’est ce qui se comprend ; mais on aura, je pense, quelque peine à croire qu’en tout ce que l’apôtre dit de son ministère dans les passages cités, et en tant d’autres encore, il ne parle jamais de son apostolat et que celui-ci soit une chose tout à fait distincte ; il parlait de son ministère et non pas de son œuvre comme apôtre. Comprenez-vous cela, lecteurs ? Il n’y avait aucun rapport entre son ministère et son apostolat ; tellement que l’apostolat étant un don du Saint Esprit ne pouvait pas être un ministère. Que les ministres de Satan soient de faux apôtres (2 Cor. 11:13, 15), c’est égal, les vrais apôtres ne sont pas ministres de Christ ; il n’existe aucun rapport entre l’apostolat et le ministère.

L’auteur insiste, p. 67, sur le mot, don, déclare impossible qu’il soit uni à l’idée du Ministère, et base ses raisonnements là-dessus. Dans le passage cité ci-dessus, il y a grâce (χαρις) et non pas don (χαρισμα), mot sur lequel l’auteur insiste, p.70. Mais en 1 Pierre 4:10, nous lisons : « Que chacun selon le don (χαρισμα) qu’il a reçu, l’emploie pour le service des autres », littéralement : qu’il exerce son ministère (διακονουτες) comme bon dispensateur de la grâce variée (χαρις) de Dieu. Dans l’épître aux Romains, chap. 12, le ministère (διακονια), quand même on alléguerait que ce fut celui des tables, est appelé un don (χαρισμα), selon la grâce (χαρις) donnée.

Dans la seconde aux Corinthiens 3:7, il est si loin d’être vrai que la parole sépare le ministère, comme étant de Christ, des dons, comme étant du Saint Esprit, que le ministère de l’Évangile y est appelé : le ministère du Saint Esprit. Dans les Actes 1:17, l’apostolat est appelé : « ce Ministère ». Il en est de même au verset 25, où il est dit : « pour prendre part à ce ministère et apostolat ».

On objectera ici que le don d’apôtre n’était pas encore donné : c’est vrai ; le don était nécessaire pour l’accomplissement du Ministère. Mais l’apostolat qui est appelé Ministère ici, est appelé don (χαρισμα), 1 Cor. 12 ; de sorte que la distinction de don et de Ministère est complètement fausse ; à moins que l’auteur ne veuille que les apôtres exerçassent leur apostolat ou ministère sans don, en présence des paroles du Seigneur, qui leur a dit de rester à Jérusalem jusqu’à ce qu’ils fussent revêtus de la puissance d’en haut, c’est-à-dire, des dons pour ce ministère. Voyez aussi Actes 6:2, 4. ; 20:24 ; 21:19, etc. Rom. 11:13, où Paul dit : « Je parle à vous, Gentils, je rends honorable mon ministère ». Voyez 2 Cor. 4 ; 5 ; 6, et 1 Cor. 4.

Après ces citations, on n’a qu’à laisser à la confusion qu’elle mérite, la théorie qui pour justifier un ministère sans don a voulu affirmer que le ministère n’a subi aucune modification et nier tout rapport entre les dons et le Ministère du temps même des apôtres. Dans le cas des apôtres eux-mêmes, nous avons vu que cela est complètement faux, et qu’au lieu qu’il soit vrai que le ministre ne pouvait pas être ambassadeur de Christ si son ministère était un don du Saint Esprit, et que le Ministère s’exerçait sans don, la parole affirme au contraire que l’apostolat était un don (χαρισμα) et un Ministère (*) ; et que les apôtres ne pouvaient pas être ambassadeurs de Christ, c’est à dire, exercer leur ministère jusqu’à ce qu’ils fussent doués de la puissance d’en haut, c’est-à-dire qu’ils eussent reçu le Saint Esprit, le jour de la Pentecôte, ce que M. Wolff appelle lui-même d’une manière distinctive : les dons. Nous avons vu en même temps que saint Pierre étend ce principe à tout don quelconque, et que chacun, selon le don qu’il a reçu, doit exercer son ministère. M. Wolff applique ce passage à ce qui était proprement appelé don (p. 73).

 

(*) Oui, l’apostolat était un don et un ministère, et cela, faut-il le dire, selon M. Wolff lui-même (car ses contradictions sont un peu humiliantes). M. Wolff donne le passage 1 Cor. 12 comme une liste de dons qui exclut le Ministre, et l’apôtre et le prophète se trouvent dans celle liste. Il donne Éph. 4 comme une liste de ministères, et l’apôtre et le prophète s’y trouvent aussi (Brochure Wolff, p. 14 et 58 ; p. 71, no 5).

 

Nous avons un peu anticipé, mais c’est au fond le sujet tout entier. Nous avons été conduit à ce point par l’introduction elle-même. L’auteur y déclare que sa tâche est de montrer que le ministère n’a subi aucune modification ; et son système, pour le démontrer, est que le ministère s’exerce sans don et qu’il n’y a aucun rapport entre les dons et le ministère.

 

3.2   Du premier chapitre de M. Wolff, intitulé : Sacerdoce et Ministère

Je dirai peu de chose sur ce chapitre. Il n’est pas vrai que dans l’une et l’autre alliance le titre de sacrificateur soit donné à tous les fidèles. Il est singulier que l’opposition à la lumière se montre toujours unie au désir de rabaisser les privilèges distinctifs du christianisme. La nation d’Israël était appelée un royaume de sacrificateurs à cause de sa proximité de Dieu comme nation, mais sans distinguer les fidèles et les infidèles ; tandis que dans l’alliance actuelle les fidèles sont appelés sacrificateurs, à cause d’une proximité de Dieu dans les lieux célestes, proximité infiniment au-dessus de ce qui appartenait aux juifs et même de ce qui leur appartiendra pendant le millénium.

Quant au mot ministère, (διακονια) ce que M. Wolff en dit est entièrement inexact, c’est un échantillon de la manière dont on se sert de la Parole dans cette brochure.

Premièrement, quand il dit que ce mot se trouve employé en deux sens distincts : d’une manière générale pour tout ce qui est ministère extérieur administration, etc. ; puis d’une manière spéciale pour désigner un service spécial ; et lorsqu’il dit ensuite que « quand ce terme se trouve employé d’une manière absolue, il désigne toujours le ministère de la parole » ; (διακονια του λογου) tout cela est faux quoique commode pour le but qu’il se propose. Que veut-il dire par là : d’une manière spéciale et absolue en même temps ? Et si ce n’est pas son intention de placer l’emploi absolu sous la catégorie de spécial ; alors absolu et général deviennent la même chose ; et la contradiction est flagrante. Car comment se peut-il, comme le dit M. Wolff, que, quand il est employé d’une manière spéciale, il soit appelé ministère de la parole ; si toutes les fois qu’il est employé d’une manière absolue il signifie ministère de la parole ? Il est évident que l’une de ces phrases contredit l’autre ; l’une dit que, dans ce sens spécial, il est appelé ministère de la parole ; l’autre qu’il a ce sens quand il n’est pas appelé ainsi ; le fait est que : ministère de la parole (διακονια του λογου) ne se trouve qu’une seule fois. Et que, dans ce cas là, il est mis en contraste avec l’emploi absolu du mot dans le sens du service des tables, Actes 6:1-5. Tout ceci prouve que M. Wolff ne pense qu’à son système et pas du tout à l’emploi du mot dans la Bible, sauf pour en cueillir ce qui peut lui aller si l’on ne prend pas la peine d’examiner les choses pour soi-même.

Le mot διακονος est assez simple : c’est un domestique, un serviteur quelconque qui n’était pas proprement esclave ; διακονια un service quelconque. Il était naturel d’employer ce mot en parlant du service évangélique : mais le mot est employé dans le Nouveau Testament comme ailleurs, pour signifier service ; ce service pouvait être le ministère ou service de la parole, des tables, des anges, ou tout autre quelconque. Le mot est employé d’une manière absolue au sujet du service des anges, Héb. 1:14. En 2 Tim. 4:11, Marc m’est fort utile pour le ministère ; il ne paraît pas qu’il s’agisse simplement du ministère de la parole ; nous voyons l’emploi de ce mot διακονος par rapport à Marc ; lorsque Paul et Barnabas sont partis d’Antioche, ils avaient Marc pour ministre ; ce n’était pas pour leur prêcher, je pense. Peut-être avait-il acquis plus tard un bon degré dans le Ministère, un service plus honorable dans la famille. Quand Paul dit, 2 Cor. 11:8, qu’il a pris un salaire des autres églises pour leur service, il est évident que c’est dans un sens figuré tout absolu qu’il soit, et non pas ministère de la parole, comme tel. Il avait été serviteur des Corinthiens et d’autres avaient payé son salaire. En Rom. 12:7, nous avons le mot employé d’une manière absolue à côté et comme distingué de divers Ministères de la Parole ; en 1 Cor. 12:6, il est employé pour tous les services quelconques rendus à Christ. La seule fois qu’il est employé avec l’expression : la Parole, il a sa signification ordinaire modifiée par le mot Parole comme par tout autre. « Ce service s’occupait de cela » en contraste avec un service des tables. Mais le service des tables était autant un service spécial que celui de la Parole ; seulement évidemment moins élevé dans l’administration de la famille ; et le fait est que la seule fois que cette expression ministère de la Parole se trouve, le mot Ministère est employé d’une manière absolue (Act. 6:1) pour signifier service des tables ; et il est ainsi expliqué, vers. 2, puis au vers. 4 le ministère de la Parole est mis en contraste ; mais, il est ajouté, de la Parole, et ainsi ce mot n’est pas employé d’une manière absolue par rapport à la Parole, mais bien par rapport aux tables.

Il me paraît que c’est limiter la chose comme la Parole ne la limite pas, que de vouloir borner l’œuvre du ministère au ministère de la Parole ; par exemple, Éph. 4:12. Au reste c’est affirmer ce qu’il faudrait démontrer. Dans tous les cas, dans la plupart des passages, il n’en est pas ainsi, comme nous venons de le voir. Les anges n’ont pas le ministère de la Parole ; et le Ministère est mis en contraste avec celui de la Parole : Act. 6:1-5. Le fait est que ce que M. Wolff dit là-dessus est absolument faux et contraire à l’emploi ordinaire et connu de ce mot dans la parole et hors de la parole ; si nous faisons attention à l’emploi du mot διακονος, ministre, celui qui fait la διακονια, service, cela ressortira avec plus d’évidence encore. Pour le mot διακονος employé d’une manière absolue, l’on peut consulter Jean 2:5, 9, Matth. 22:13, 20:26, 23:11, et les passages parallèles, Jean 12:26. Cette idée de serviteur se modifie naturellement, (comme le mot de service διακονια ; voyez 2 Cor. 3) selon la personne dont on est le serviteur ou le service que l’on accomplit, l’on peut être ministre de Dieu, 2 Cor. 6:4, de l’évangile, Éph. 3:7, Col. 1:23, et de l’Église v. 25, etc. Le mot pris dans son emploi général prend son acception générale de serviteur, Rom. 16, (et ainsi Phil. 1:1), 1 Tim. 3:8, 12 ; en résumé le mot διακονια a le sens général de service et se modifie dans son application par des mots que l’on y ajoute : de la parole, Act. 6, de la mort, de la justice, de l’esprit, 2 Cor. 3. Il n’y a pas un passage qui montre que le sens absolu veuille dire ministère de la Parole, bien au contraire.

 

4                    Chapitre 2 [vocation au ministère]

4.1   Observations sur le chapitre second de M. Wolff, où il parle de la vocation au ministère

Il est vrai que le substantif vocation est appliqué à l’appel effectif de Dieu dans un sens général : (*) mais appelé (comme adjectif) est appliqué dans le même sens aux chrétiens et au Ministère. Dans le premier chapitre de l’épître aux Romains, on voit au verset premier que Paul apôtre, était appelé : et au verset 7 que les saints à Rome étaient appelés. Le même terme est appliqué à la vocation, à l’apostolat, et à la vocation au salut.

 

(*) Je dis dans un sens général, parce que la seule application dans ce sens est relative aux Juifs ; et il est tout à fait faux de dire que vocation κλησις signifie l’appel effectif. Ce mot signifie, comme en français, un appel, une vocation. Sans doute, Dieu appelle les élus (Rom. 8) ; mais il est si peu vrai que ce mot signifie l’appel effectif que Dieu adresse à tous ses élus, qu’il ne se trouve qu’une seule fois employé dans ce sens et neuf fois dans un sens plus général. Comme en français, le sens ordinaire de ce mot en grec exprime le caractère ou la condition que l’on est appelé à soutenir ou à embrasser, c’est à dire, la vocation. Les élus ont une vocation céleste ; les chrétiens doivent rester dans la vocation dans laquelle ils sont appelés. — Et, pour montrer avec quelle légèreté on use ici de la Parole, la seule fois que le mot est employé dans le sens d’appel selon les conseils immuables de Dieu, il s’applique à la nation juive ; c’est dans ce passage : « Les dons et la vocation de Dieu sont sans repentance ». C’est un principe général quant à l’appel de Dieu ; mais, dans la Parole, ce mot n’est jamais appliqué à un appel intérieur et efficace dans le cœur. En général, quant au christianisme, ce mot est, comme verbe, mis en contraste avec l’élection ; ainsi, dans ce passage : « Il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus », les élus sont appelés. — Voici, du reste, les passages ou ce mot se trouve : Rom. 11:29 ; — 1 Cor. 7:20 ; — Éph. 1:18 ; 4:1, 4 ; — Phil. 3:14 ; — Héb. 3:1 ; — 2 Tim. 1:9 ; — 1 Cor. 1:26 ; — 2 Thess. 1:11 ; — 2 Pierre 1:10.

 

Ce chapitre de M. Wolff nous présente tout ce qu’il y a de faux et de ridicule dans le principe de la brochure. Le Ministère s’exerce sans don ; telle est la thèse principale de M. Wolff. Ces deux choses, Ministère et don, sont entièrement distinctes : le Ministère, dit-il, tient au Seigneur Jésus, le don au Saint Esprit.

Cependant M. Wolff parle ici du Ministère du prophète, qui s’exerçait, il faut donc le supposer, sans don. C’était un singulier Ministère que celui de prophète sans don ; Ministère dont la vocation n’était que de Dieu seul. De sorte que, dans ce cas, on ne peut pas parler d’une vocation extérieure. On aurait bien de la peine à concevoir quel était le Ministère qu’un prophète exerçait sans don (*). Le cas est plus frappant que celui d’apôtre, parce que la prophétie n’était pas une charge variée comme celle d’apôtre ; le prophète ne faisait que prophétiser. De deux choses l’une ; selon le système Wolff : ou bien ils prophétisaient sans don, ou bien, exerçant un don, ce n’était plus un Ministère.

 

(*) Et il faut se souvenir que le Ministère en est « essentiellement différent (savoir des dons) par sa nature, son origine et son but » (Wolff page 66).

 

On aurait peut-être trouvé moyen d’échapper à cette contradiction, en se disant, comme j’ai voulu me le dire moi-même pour en trouver une explication : peut-être que les prophètes exerçaient leur ministère quand ils parlaient en consolation et en édification, et que c’était un don quand ils révélaient l’avenir. Mais non. Tout était don et don miraculeux ; car ce qui est dit dans le chapitre 14 de la première épître aux Corinthiens, sur l’édification par la prophétie, est cité par M. Wolff comme une preuve que la prophétie était un don miraculeux, dont les signes, lors de leur exercice, démontrent que toute prétention à sa possession maintenant n’est qu’une illusion (page 73, numéro 12). De sorte que, dans le cas d’un prophète, l’on était appelé à un ministère par Dieu seul ; mais alors, dans tous les cas, c’était un pur don et l’exercice de ce don n’est pas un Ministère du tout.

Tout ce que l’on peut dire sur une telle confusion, c’est que le but étant d’affermir ce qui existe, sans une vraie crainte de Dieu, les conséquences paraissent nécessairement si l’on consulte la Parole. Dieu n’a pas permis qu’il en fût autrement. Ici la contradiction est ridicule.

La division de la vocation au Ministère que M. Wolff établit n’est pas même exacte. Comme instrument, on pourrait recevoir sa vocation par le moyen d’un ange, aussi bien que par le moyen des hommes. Sous l’Ancien Testament c’était beaucoup plus le cas. Il y a quelque chose de semblable dans l’Apocalypse 1:1 : « Révélation de Jésus-Christ, que Dieu a donnée... en l’envoyant par son ange à Jean son serviteur ».

Nous avons donc à remarquer, sur ce chapitre, que la prophétie, qui était un pur don dans toutes ses parties, est reconnue être un ministère ; et que par conséquent le ministère était l’exercice d’un don, parce que le prophète exerçait son don lorsqu’il prophétisait ; et si ce n’était pas là son ministère, on a bien de la peine à savoir quel était son ministère comme prophète ; c’est une contradiction positive du chap. 15 (*).

 

(*) En un mot, selon M. Wolff, le prophète exerce un ministère qu’il a reçu immédiatement de Dieu, p. 14 et 50 ; — la prophétie est un don p. 71, mais le Ministère n’est pas l’exercice d’un don.

 

4.2   Encore une remarque sur ce chapitre

Quiconque est un peu familier avec la Parole de Dieu, aurait supposé qu’après avoir parlé d’apôtres et de prophètes, en venant à des évangélistes et à des docteurs, l’on aurait retrouvé la liste d’Éphésiens 4, ou du moins quelque autre tirée de la Parole de Dieu ; mais point du tout. Toutes sont abandonnées, parce que ce qui existe maintenant est le seul but que l’on ait ici en vue, et le train d’idées de la Parole est peu important. Ainsi, après les apôtres et les prophètes, nous avons les évêques, les évangélistes et les docteurs parce qu’il en existe, mais une telle énumération n’existe nulle part dans la Parole ; et l’évêque n’entre en aucune liste quelconque de toutes celles contenues dans la Parole de Dieu (*). Ceci déjà donne quelque chose de louche. Il faut abandonner la manière de penser et d’enseigner du Saint Esprit pour venir à bout de ce qu’on se propose, savoir, de faire entrer dans la liste ce qui ne s’y trouve jamais dans la Parole de Dieu, ce que la Parole n’y met jamais, et faire pour soi-même une liste tout autre que quelque liste que ce soit qui s’y trouve.

Je le répète, quand, pour soutenir un système, il faut ainsi abandonner la Parole de Dieu, cela seul est une chose fâcheuse.

 

(*) C’est une invention de M. Wolff pour appuyer son système et glissée furtivement ici pour qu’on la reçoive et s’y habitue sans y faire attention.

 

5                    Chapitre 3 [les noms d’évêque, ancien, pasteur]

Du troisième chapitre de M. Wolff sur les noms d’évêques, d’ancien et de pasteur

 

M. Wolff suppose premièrement qu’il y a un ministère d’évêque proprement dit ; mais il ne dit pas si c’est une administration générale ou un ministère de la Parole. Cependant, comme l’auteur emploie ici ce terme d’une manière absolue, et comme dans ce cas le mot « Ministère désigne toujours, selon lui (p. 13), le ministère de la Parole », il me semble que c’est dans ce dernier sens qu’on doit prendre ce qu’il appelle le ministère de l’évêque (*). Mais il pose tout ceci sans aucune preuve à la base de son système. M. Wolff termine son chapitre 2, en disant : « Nous traiterons d’abord de l’évêque », sans même dire où il trouve que, selon la Parole, ce soit un ministère. Dans ce cas, cette base fausse étant admise, il ne s’agit plus que de démontrer l’identité du mot évêque avec d’autres termes ; ceci parait simple, et l’on aurait de la peine à savoir pourquoi on met si vite ce point en avant. Mais effectivement, tout dans le système Wolff dépend de cette base.

 

(*) Je ne crois pas en effet que le ministère de l’évêque se borne au ministère de la Parole.

 

L’Apôtre avait dit : « Christ a donné les uns pour être apôtres, les autres pour être prophètes, les autres pour être évangélistes, les autres pour être pasteurs et docteurs ». Selon M. Wolff lui-même (p. 50), c’est une classification du Ministère, et il la donne avec d’autres à l’endroit cité. Mais l’évêque ne se trouve ni dans l’une ni dans l’autre de ces classifications, et, pour le système, la classification de Dieu ne suffit pas, il faut faire une classification exprès, omettre le pasteur de la liste de la Parole et y intercaler l’évêque, et puis, ce qui en est la conséquence, démontrer que pasteur et évêque est une même chose. Et pourquoi tout cela ? parce que en Éph. 4, les Ministères sont des dons donnés d’en haut, et qu’il faut se débarrasser du pasteur en tant que don donné d’en haut (*). Le pasteur est donc mis de côté et caché derrière l’évêque dont il n’est, dit M. Wolff, qu’un autre nom, une attribution, et l’évêque qui n’est pas dans la liste, l’évêque qui selon la Parole n’est pas un don, mais une charge, est soigneusement mis devant les yeux avec grand effort, pour démontrer que le pasteur n’est pas autre chose que l’évêque.

 

(*) La liste d’Éph. 4, est traitée comme une pure classification du Ministère. Page 50.

 

Pourquoi tant d’efforts pour changer ce qui est simple ? Christ est monté en haut et a donné des dons aux hommes : apôtres, prophètes, évangélistes, pasteurs et docteurs. Pourquoi éviter si soigneusement le témoignage simple de la Parole ? C’est un mauvais signe, c’est plus qu’un mauvais signe. La Révélation de Dieu est d’autorité ; elle est parfaite, et l’on ne peut la changer sans introduire de l’erreur. Le pasteur est donné par le Saint Esprit dans la liste des dons (*). On ne peut pas faire d’Éph. 4:11, une classification de ministères, à l’exclusion des dons, en rayer le pasteur et y substituer l’évêque, sans trahir que l’on soutient une cause mauvaise basée sur autre chose que sur la Parole, une cause que ne peut pas supporter le témoignage de la Parole telle qu’elle nous est donnée de Dieu. On me dira : mais il n’est pas fait allusion à Éph. 4:11 ; on a fait une liste pour soi-même. D’abord, cela n’est pas vrai, c’est la liste d’Éph. 4:11, en y substituant l’évêque au pasteur. Et, lors même que ce serait une liste faite pour l’occasion, comment arrive-t-il que les listes et classifications que Dieu a données ne conviennent pas à nos adversaires, et qu’il leur en faille de nouvelles ? La raison en est simple, c’est que leur système n’est pas tiré de la Parole de Dieu (**). Ils voulaient en finir avec les dons, et le pasteur est un don donné d’en haut. Et pourquoi en finir avec les dons ? parce que, « prétendre à l’existence actuelle de ces dons, c’est établir à côté du ministère un pouvoir rival qui l’entrave » (Wolff, p. 69).

 

(*) Je sais très bien que le mot traduit par « dons » en Éph. 4, diffère de celui traduit par « dons » en 1 Cor. 12. Dans le traité sur le Ministère j’en ai montré la vraie différence. J’en parlerai plus tard dans celui-ci ; mais cela ne fait rien quant au changement introduit ici par M. Wolff.

 

(**) Il y a encore une autre confusion au sujet de cette liste : M. Wolff dit, page 47, numéro 5 et 11, que le nom de docteur ne désigne pas une charge particulière, mais une attribution des évangélistes et des évêques, et que (numéro 5) le terme de docteur comprend les deux charges d’évangéliste et d’évêque. Ainsi, selon le système Wolff, la liste que Dieu nous a donnée, Éph. 4, est toute erronée ; évêque remplace pasteur, ce mot n’étant, selon M. Wolff, p. 13, que l’expression idéale de ce que doit être un bon évêque, et le mot docteur embrassant tous les deux, évangéliste et évêque, p. 47, numéro 6. — Il est honteux de traiter ainsi la Parole de Dieu !

 

Voilà, selon ce système, un triste rôle que jouent les dons du Saint Esprit.

Mais on pourrait se dire : au temps des apôtres, il y avait, selon votre système (p. 77), des dons, et à côté de ces dons, un ministère entièrement distinct, il est vrai, mais qui subsistait en même temps (p. 69), qui n’était ni tué par leur moyen, ni « forcé à se jeter dans le despotisme clérical pour maintenir son rang et sa dignité ».

C’est une difficulté évidente. Voici comment on cherche à la lever : il y avait parmi ces dons (p. 77) « le don du discernement des esprits qui jugeait de ces dons et qui leur assignait leur importance et leur place ». Où tout cela se trouve-t-il dans la Parole ? « Le prophète devait y être soumis » ; et l’on ajoute (p. 74) : « à combien plus forte raison les autres dons ! » Tout cela est une invention de l’imagination de l’auteur.

L’Apôtre réglant l’ordre du service, dit : « que deux ou trois parlent », savoir, des prophètes « et que les autres jugent ». Pas un mot de celui qui discernait les esprits. L’Apôtre en donnait la règle comme pour tout l’arrangement de l’Église, et ceux qui parlaient agissaient selon ces directions.

L’idée de l’auteur est subversive de l’autorité apostolique. Celui qui discernait les esprits faisait ce qu’expriment ces mots mêmes, il jugeait si c’était par un démon ou par l’Esprit de vérité que quelqu’un parlait.

Ayant assis son système sur un principe faux, les conséquences et les erreurs qui en découlent sont sans fin.

L’auteur nous dit encore que la seule fois que ce mot de pasteur se trouve dans le Nouveau Testament, il se présente comme l’expression idéale de ce que doit être un bon évêque. Mais elle est bien embarrassante, cette « seule fois », c’est le passage que nous avons cité. Christ monté en haut a donné des apôtres, des prophètes, des évangélistes, des pasteurs et des docteurs. Voilà ce que Christ a donné. Dire comment ce mot de pasteur est l’expression idéale de ce que doit être un bon évêque, on ne le saurait ; mais l’auteur ne peut pas nier que le pastorat allié au doctorat ne soit un Ministère, à moins qu’un passage de la parole de Dieu ne doive pas faire foi. Comme « dans cette énumération des charges du Ministère, il n’est question ni de l’ancien ni de l’évêque, rien n’empêcherait d’attribuer cette dénomination à l’évêque » (p. 15). Quelle manière de raisonner ! Parce que Dieu n’a pas nommé une charge dans une liste de dons, un de ces dons doit être cette charge-là !

Le grand argument par lequel M. Wolff veut assimiler et confondre le pasteur donné d’en haut, Éph. 4:11, avec la charge d’évêque, charge à laquelle l’apôtre ou son délégué peut nommer, c’est qu’il est dit aux évêques d’Éphèse (Act. 20:17) : prenez « garde à vous-même et à tout ce troupeau sur lequel l’Esprit Saint vous a établis évêques, en paissant l’église de Dieu ».

Que l’évêque soit engagé à paître, je ne le nie pas ; mais de ce que un tel don est utile dans la charge d’évêque, il ne s’ensuit pas que tous ceux qui le possédaient fussent dans cette charge, et encore moins que la charge fût la même chose que le don. Je puis engager mon commis à bien écrire et à bien compter et il faut qu’il sache faire ces choses pour être commis ; mais il ne s’ensuit pas que tout écrivain et teneur de livre soit commis. Cette charge suppose une confiance qui s’étend à bien d’autres choses ; au maniement de l’argent et des marchandises, aux relations avec des acheteurs, etc. Ainsi un homme peut-être pasteur et manquer de bien des choses nécessaires à un évêque et ne jamais avoir été revêtu de cette charge. Un homme peut manquer d’autorité pour gouverner, de discernement pour surveiller, de gravité pour imposer aux esprits légers dans les détails de la vie ; de la connaissance personnelle des âmes, et en même temps être en état de paître avec un grand succès sans être revêtu de la charge d’évêque. Ce don là, celui de paître, peut, entre autres qualités, le rendre propre à la charge d’évêque ; mais une charge dont on est revêtu n’est pas un don donné par Christ monté en haut.

La fausseté et la futilité de ce raisonnement qui tend à justifier le changement que l’on a introduit dans la liste que Dieu nous a donnée sont démontrés par un passage semblable. C’est en Jean 21:15, 17, où il est dit à Pierre : « pais mes brebis, pais mes agneaux ». Veut-on dire qu’à cause de cette exhortation du Seigneur à saint Pierre, apôtre et évêque étaient la même chose. On a beau dire qu’il s’appela ancien. Il le fait bien comme touchant témoignage d’affection et d’humilité ; mais veut-on dire qu’apôtre et évêque sont la même chose ? Eh bien ! si la conséquence est évidemment fausse dans ce cas, elle l’est aussi dans l’autre qui est parfaitement semblable. Voy. aussi 1 Cor. 9:7, où saint Paul s’applique le mot paître. Il n’est jamais appelé ancien.

M. Wolff est d’ailleurs à cet égard en contradiction avec lui-même. Il dit (p. 14), « que les noms d’évêque, d’ancien et de pasteur se rapportent à une seule et même charge », et il dit au contraire (p. 15, point 4), que « la fonction de pasteur se rattache surtout à l’épiscopat », et il en donne pour preuve qu’un apôtre qui n’était pas évêque s’appelle co-ancien. C’est une très petite base pour nier qu’une chose appelée don par le Saint Esprit ne soit autre chose qu’une charge, dont il n’est pas question dans le passage. La dernière preuve que donne l’auteur, pour établir l’identité de pasteur et d’évêque, consiste à nier qu’il y ait un ministère particulier « de pasteur » (p. 16), mais seulement un ministère de quelqu’un qui était à la fois, pasteur et docteur ; et il en conclut que « le nom de pasteur n’est ici qu’une fonction entre plusieurs, attribuée à un seul et même ministère ».

Il faut toujours se souvenir qu’il n’est pas dit un mot de tout cela dans le passage qui nous présente une liste de dons et non pas de charges, de l’aveu même de M. Wolff, quoiqu’il se contredise. Je dis : de l’aveu de M. Wolff, parce qu’il admet que la vocation extérieure manquait au prophète qui par conséquent n’avait ni n’était une charge. Voici ce que j’admets : c’est que le grec suppose ici Éph. 4:11, le doctorat et le pastorat réunis ; mais voilà absolument tout ; et sans qu’il soit dit un seul mot d’attribution d’une charge. Je dis que doctorat et pastorat sont ici réunis, parce que une telle phraséologie ne suppose nullement la réunion de ces choses dans tous les cas ; elle montre seulement qu’elles sont réunies ensemble dans ce cas-ci. On en a une preuve des plus fortes dans l’expression, « Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ ». La forme grecque est exactement la même ; mais si ces choses ne peuvent jamais être attachées qu’à la même personne, le Fils alors n’est plus Dieu. Cette remarque renverse tout le raisonnement que M. Wolff fait ici de même que celui de la p. 47 de sa brochure. En voici encore un autre exemple qui s’applique directement au point en question. La même forme grecque se trouve en Éph. 2:20, où il est dit : « édifiés ensemble sur le fondement des apôtres et prophètes ». La forme est absolument la même et je peux lui appliquer la phrase de l’auteur (p. 47). « Ce n’est que par erreur ou par ignorance de la langue qu’on a pu voir dans apôtre et prophète deux ministres différents ». Mais chacun sait très bien qu’ils étaient différents, quoique réunis dans certains cas. De sorte que le raisonnement de l’auteur quant aux pasteurs et docteurs est faux, et selon son expression (p. 47) « Ce n’est que par erreur ou par ignorance de la langue qu’il a pu dire tout ce qu’il a dit ». Il a trouvé établie par les grammairiens grecs une règle que j’admets comme principe général, règle appliquée d’une manière très étendue par Middleton et un autre auteur anglais Veysey, mais particulièrement dans le fameux ouvrage de Middleton ; mais un peu de science dit-on est une chose dangereuse. M. Wolff n’a pas eu la patience de sonder pour lui-même l’application de la règle, et il l’a appliquée tout à fait à faux.

Le fait est que le système Wolff ne peut pas tenir devant Éph. 4. Ce chapitre, pour son système, est une classification des ministères ; mais pour cela il faut introduire l’évêque. De l’autre côté pour ne pas parler des apôtres, les prophètes qui s’y trouvent mentionnés sont pour lui un don, et un don extraordinaire ; de sorte qu’il faut élaguer les prophètes et puis rayer les pasteurs de cette classification des ministères pour les remplacer par des évêques ; après avoir fait cela, il reste des docteurs encore qui ne sont pas un ministère ; de sorte que ce titre aussi doit être éliminé et considéré comme une qualification des pasteurs et des évangélistes. Voici le procédé : il dispose facilement des apôtres et des prophètes ; ce sont des ministères établis de Dieu seul. C’est vite dit : mais des dons, ils ne peuvent pas l’être ; ce sont des ministères ; mais enfin il ne veut pas les considérer ; en effet ce serait un peu incommode puisqu’il est forcé d’en faire des dons ailleurs ; pour les pasteurs cela est facile ; les évêques sont employés à paître, donc pasteur et évêque sont la même chose, on mettra évêque au lieu de pasteur ; et nous avons maintenant deux parties du système de nos jours : des évangélistes et des évêques ou pasteurs ; mais il reste encore des docteurs sur la liste ; et ce n’est pas là un titre ministériel aujourd’hui. Eh bien ! il faut couper le nœud gordien ; ce ne sera ni don, ni ministère, mais une qualification de l’évangéliste et du pasteur. Et voilà la révélation de Dieu réduite à la mesure de la volonté et du péché de l’homme, et l’homme en sera content.

En définitive, évêque selon M. Wolff, était une charge et non pas un don, et ce sont selon lui deux choses essentiellement différentes : un don ne peut pas même être une charge et la charge peut exister sans don (p. 67) ; mais il est très certain que pasteur est un don ; dans le passage, Éph. 4:11, l’apôtre nous parle de dons (δοματα) que Christ a donnés quand il est monté en haut. C’est évidemment une manière de placer les dons sous le point de vue le plus important. Christ, pour le bien de son Église et pour le perfectionnement de ses saints, a donné ces dons quand il est monté dans la gloire auprès de son Père. Il n’est question ici d’aucune intervention d’homme pour conférer une charge, ce sont des choses d’en haut qui doivent être exercées pour le bien de l’Église. Il s’agit du corps de Christ et des jointures dans ce corps ; jointures dont l’une peut être plus importante que l’autre, mais qui toutes sont envisagées sous un même point de vue. « À chacun est donné grâce ». Il s’agit ici non d’une charge conférée par les hommes, mais d’une grâce donnée selon la mesure du don gratuit de Christ.

Est-il possible d’être plus simple ou plus clair sur la nature de ce que c’est ?

Maintenant M. Wolff admet que pour les uns il n’y a en effet aucune vocation extérieure ; il ne peut le nier ; mais n’aperçoit-il pas que tous sont absolument ici dans la même catégorie et compris dans la même définition ? Et c’est pour ce seul cas qu’il veut substituer une charge ; mais le passage les donne tous comme étant de la même nature et dans le même cas et le même ordre moral. C’est tordre la Parole pour soustraire un de ces « dons » pour lui attacher un autre caractère et en changer la nature. La réponse est : αυτος εδιωκε, il donna : c’est un don. Pourquoi faire violence pour en faire une charge sous un autre nom ? De plus, ces dons, pasteurs et autres, sont placés dans le corps comme jointures selon le don de Christ à chacun. Cela n’est jamais dit de l’évêque, qui effectivement était une charge et non pas un don comme M. Wolff les distingue.

Les évêques et non pas un évêque, car il y en avait toujours plusieurs, étaient des charges locales qui n’agissaient que dans l’enceinte de l’Église particulière où elles se trouvaient. L’évêque n’était pas un don ni une jointure dans le corps selon la mesure du don de Christ, mais une charge locale pour laquelle la capacité de paître était convenable entre plusieurs autres.

Le pasteur était un don (δομα), une grâce (χαρις) ; il était donné d’en haut comme jointure dans ce corps, il devait agir selon la mesure du don gratuit de Christ, qui lui avait été départi.

Le pasteur n’est jamais présenté comme une charge établie par les hommes, quoique les évêques qui étaient selon Dieu établis par les hommes, dans un but spécial de surveillance locale, aient pu jouir de ce don et en user dans leur localité. Ces choses se lient par un bout, comme l’autorité conférée aux apôtres par Christ se liait à ce qui leur avait été donné ; et le don les rendait capables d’exercer cette autorité. Car l’apôtre, quoique directement de Dieu, était aussi une charge, et cela, on peut le dire, de la part de Christ homme, agissant avec autorité dans le gouvernement de l’Église ; et les charges d’autorité découlaient de cela.

Le pasteur est un don dans le corps, l’évêque une charge dans une Église particulière.

Si l’on demande pourquoi je crois cela, je le répète, parce que Dieu le dit en tout autant de termes dans la Parole, et cela de la manière la plus simple et la plus claire. De sorte qu’il faut changer les listes que Dieu nous donne, supprimer le fait que le passage Éph. 4:11 est une liste de dons, et tomber dans les contradictions (*) les plus grossières entre ministres, charges et dons pour pouvoir en sortir.

 

(*) M.Wolff appelle les fonctions qui se trouvent dans Éph. 4:11, « des ministères », entre autres la prophétie ; et il dit que le Ministère s’exerce sans dons. Il affirme, p 70, que la prophétie est un don et qu’elle n’existe plus parce que c’est un don. Nous avons vu que cette contradiction est cachée très adroitement par l’avertissement que les apôtres et les prophètes étant reconnus pour être de Dieu seul, il n’en dira rien.

 

L’apôtre applique par comparaison le mot paître à son propre ministère, ainsi 1 Cor. 9:7.

Selon Dieu, donc, l’évêque est une charge locale établie par les hommes (selon la direction de Dieu par le Saint Esprit sans doute), Actes 13:23, Tite 1:5, et l’évêque doit posséder diverses qualités énumérées dans la Parole ; il y en avait plusieurs en chaque Église.

Le pasteur au contraire est un don (δομα, χαρις) donné par Christ quand il est monté en haut. Le pasteur est placé comme jointure dans le corps de Christ, il est par conséquent responsable de l’exercice de cette fonction comme d’un talent qui lui a été confié, Éph. 4:11 : malheur au pasteur qui ne paît pas.

L’évêque peut-être appelé à paître et à enseigner aussi comme qualité de sa charge. Je ne doute pas historiquement que comme l’homme a toujours plus éclipsé l’action de l’Esprit de Dieu dans l’Église, le don se soit peu à peu perdu dans la charge, mais cela ne change rien à la Parole ; et nous vivons dans des temps où il faut en venir à la Parole ou au papisme.

Si l’on veut savoir l’histoire des pasteurs locaux, la voici : au commencement (et cela même jusqu’à des temps assez modernes dans certaines contrées) les prêtres ou anciens, car c’est le même mot, de la ville centrale où ils se trouvaient, allaient visiter les villages d’alentour, y faire le service et édifier les fidèles. Peu à peu les villageois désiraient que l’un d’entre ces prêtres s’établît auprès d’eux, cela avait lieu et c’était une paroisse. De la même source est sortie l’origine du patronage, ou droit de nomination au moyen-âge. Le seigneur de l’endroit s’engageait à doter le prêtre s’il s’établissait auprès de lui dans son village. Le droit de choisir le prêtre était alors accordé au seigneur, et, à l’imitation des juifs, des dîmes étaient accordées. Ceux qui ont suivi la marche d’un troupeau séparé dans une grande ville, comprendront sans difficulté comment les villages étaient desservis et le progrès naturel de l’établissement des paroisses, le troupeau de village désirant avoir dans son sein un ministre établi. Les lois ecclésiastiques, les lois féodales et d’autres circonstances modifiaient sans doute beaucoup tout cela ; mais historiquement la marche en est très évidente. Cela ne change en rien pour nous la vérité qui se trouve dans la Parole, ni ne modifie nullement le devoir de reconnaître ce qui s’y trouve, les voies de Dieu qui y sont déclarées, et d’abandonner, si Dieu nous donne la lumière, la tradition des hommes. La corruption croissante de ce qui s’attache à ces traditions demande impérieusement que les fidèles soient décidés sous ce rapport, s’ils veulent être sauvés ou au moins ne pas être sauvés comme à travers le feu. C’est une triste préoccupation que de s’attacher au foin et au chaume que l’on a bâti sur le fondement qui est Christ.

 

6                    Chapitre 4 [place de l’évêque / pasteur dans trois sortes de systèmes]

Du chapitre 4 de M. Wolff touchant les différents systèmes sur la vocation de l’évêque

 

Dans tout le reste de la brochure il faut s’attendre à trouver l’évêque et le pasteur confondus, ce qui produira beaucoup de difficultés ; mais essayons de nous tirer d’affaire.

« L’évêque, dit M. Wolff, ne peut évidemment recevoir sa vocation que de Dieu, ou de l’homme, ou des deux ensemble. De là trois systèmes différents ».

 

Dans le premier système, dit M. Wolff, le pasteur tient son ministère de Dieu seul, « les hommes ne doivent intervenir en aucune manière ; c’est le système des Quakers, des Irvingiens et des frères dits de Plymouth ».

Tout ici est faux,

(1) les Quakers ont des anciens qui forment une classe à part et qui s’adjoignent telle autre personne grave pour être ancien avec eux, moyennant le consentement de l’assemblée. Ceux qui parlent et paissent peuvent être ou n’être pas anciens. Les ministres mêmes (car les Quakers aussi distinguent les anciens et les ministres) sont reconnus par les anciens après un certain temps d’épreuve de leurs dons, et ils restent toujours assujettis au jugement des anciens.

(2) Les Irvingiens ont un ange, espèce de pasteur en chef et six anciens de plus quand ils sont en règle. Tous sont établis par les hommes, savoir par leurs apôtres et ils tiennent à cela comme les papistes.

(3) Les frères que l’auteur nomme de Plymouth (autant que j’ose prononcer pour eux) croient que l’évêque ayant été établi par les apôtres, ne peut pas être établi aujourd’hui avec la même autorité formelle. Ils laissent le pasteur où Dieu l’a placé, c’est à dire comme un don donné par Christ quand il est monté en haut et qu’il a reçu des dons pour les hommes.

 

Dans le deuxième système, dit M. Wolff, l’évêque tient son ministère des hommes seuls, et il attribue ce système à Limborgh et à Néander. Quant à Limborgh, je ne le connais pas. Quant à Néander, sauf la nomination directe par les hommes, il est tout de bon ce que l’on appelle un Plymouthien ; c’est pourquoi M. Wolff dit de lui, p. 9 : « théorie neuve, originale, tout à fait dénuée de preuves ».

 

Dans le troisième système, que M. Wolff appelle mixte, « l’évêque reçoit sa charge par une double vocation de Dieu et des hommes ».

Quant à ce point ou à ce système, il faut toujours se souvenir que le système ecclésiastique de l’Église Réformée de France, etc., distingue l’évêque ou surveillant et le pasteur, de sorte que, ce que dit l’auteur n’est pas du tout le système de Calvin ; système basé sur ce que le don ordinaire de pasteur qui est distinct de l’évêque subsiste encore : Selon Calvin pour que l’Église existe, il est absolument nécessaire qu’il y ait aujourd’hui des dons. Et M. Wolff dit au contraire p. 78 : « S’il y a des dons aujourd’hui, qu’ils ne soient pas au complet, le Ministère ne peut plus se soutenir dans l’Église ».

Il va plus loin encore : cette doctrine de Calvin, (*) dit-il, « est une des principales plaies de l’Église, toute Église où elle sera admise ne sera qu’un volcan, p. 70 ». Si un Ministre croit aux dons, M. Wolff lui conseille d’abdiquer sa charge. « Il n’est, dit-il, p. 77, plus permis aujourd’hui à un Ministre de rester dans le vague à cet égard ».

 

(*) Nous disons : cette doctrine de Calvin (savoir, qu’il doit y avoir des dons), parce que, dans le système de Calvin il y a des dons reconnus ; mais M. Wolff, sans nommer Calvin, juge le système de ce serviteur de Dieu en ces mots : « Vouloir établir les dons sans le miracle, c’est les parodier ». Page 69.

 

Enfin après avoir détruit toutes les bases scripturaires du système de Calvin dans le désir de confondre ceux qui dans leur faiblesse s’appuient sur Dieu et la Parole, l’auteur procède à établir ce dernier système, qui est le sien. Mais quel acharnement d’opposition cette brochure ne manifeste-t-elle pas ? Pour se débarrasser de l’activité des frères, leurs adversaires trouvent à propos même de miner toute leur propre maison. Aussi aveugle que Samson, sans en avoir la force, ils font crouler la maison sur leurs propres têtes sans toucher ceux qu’ils voudraient détruire. Ceux-ci, instruits par la Parole de la ruine qui doit arriver, en sont déjà sortis.

 

7                    Chapitre 5 [l’évêque / pasteur établi de Dieu ?]

Du chapitre 5 de M. Wolff, où l’auteur montre que l’évêque est établi de Dieu

 

En général je suis d’accord avec l’auteur que l’évêque était établi de Dieu.

Mais nous avons à faire remarquer la confusion entre pasteur et évêque, confusion ensuite de laquelle la plupart des passages qu’il allègue sont mal cités. Le passage Hébr. 13:17 : « Obéissez à vos conducteurs », ne parle pas en particulier des pasteurs, mais en général des conducteurs, mot qui du reste ne démontre pas qu’il y ait eu une charge. Aussi n’est-il nullement dit qu’ils doivent rendre compte à Dieu des âmes qu’ils paissent, Dieu les leur ayant confiées. Ils veillent sur les âmes comme ceux qui doivent rendre compte. L’on a souvent remarqué que « qui doivent en rendre compte » n’est pas une traduction fidèle.

Nous avons déjà considéré le passage Éph. 4:11, l’évêque n’y est pas nommé.

Actes 20:28 : Ce passage est très clair pour démontrer que les évêques à Éphèse, et par conséquent ailleurs étaient établis de Dieu ; mais de même ici il y a une confusion dont l’importance est assez grande.

L’auteur veut que, parce que le mot (εθετο), établi, est employé en Actes 20 et 1 Cor. 12, l’établissement soit le même dans les deux cas. Mais il ne s’est pas aperçu que, dans le premier de ces passages, il est question d’établir certaines personnes dans une charge, et, dans le second, d’établir la charge, la fonction elle-même. Autre chose est d’établir un professorat dans une université et de le doter, autre chose de placer ou d’établir un individu dans la fonction de recteur dans la même académie. Dans le passage, Actes 20, Dieu avait établi ou placé certaines personnes dans la charge d’évêque, et, dans 1 Cor. 12, Dieu avait établi dans l’Église certains dons, certaines jointures ou membres du corps. Il a fait le corps ainsi. De sorte qu’il n’y a aucune analogie entre le sens des deux passages.

Aussi l’auteur n’a cité aucun passage qui parle d’un appel immédiat ou intérieur ; il y a de la part de Dieu, nomination de certaines personnes ; mais cela n’est pas un appel intérieur. Ce que l’auteur nous donne, ce ne sont que des raisonnements qui n’aboutissent pas à grand chose. Un seul passage affirme que le Saint Esprit avait placé certaines personnes dans la charge de surveillant, ce que j’admets pleinement ; mais il n’est pas dit qu’il y eut appel intérieur ; et j’observe qu’il n’est pas même dit que Dieu ait établi des évêques dans son Église cela n’est dit nulle part. Nulle part il n’est dit non plus, que Dieu, selon cette puissance qui crée et qui ordonne, ait mis une telle fonction dans le corps. Cela est dit des dons en les comparant à l’œil, à l’oreille, etc., que Dieu a mis dans le corps naturel. Quand il a placé certains individus dans une telle charge, c’était, dans ce cas là, sanctionner l’existence de cette charge ; mais la Parole de Dieu ne va pas jusqu’au point de dire que Dieu avait établi la charge elle-même ; une charge n’est pas de la nature d’une fonction dans le corps. Le fait est que l’évêque était un gouvernement local ; ce n’était pas une impulsion du Saint Esprit qui agissait en don ; c’était une charge à laquelle on était nommé. Le Saint Esprit avait établi certaines personnes dans cette charge. Et voici l’importance de cette remarque, ce n’était pas une chose qui existât dans l’individu qui agissait de telle ou telle manière ; c’était une charge extérieure à soi que l’on pouvait désirer et pour laquelle certaine qualité était nécessaire ; ainsi, on pouvait être nommé pour cette charge, et la vocation de Dieu n’était pas dans ce cas-ci, sa puissance agissant en don ; puissance qu’il avait distribuée, que le Saint Esprit avait distribuée ; mais cette vocation était uniquement la nomination de la part de Dieu d’un individu à la charge en question et son établissement dans cette charge. Ainsi, quand il s’agit d’une charge, nous avons la seule vraie vocation de Dieu : savoir sa nomination de l’individu. Le Saint Esprit établissait dans cette place, dans cette fonction&nb