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LES OPÉRATIONS DE L’ESPRIT DE DIEU

 

 

par J. N. Darby

 

Traduit de l’anglais. 1ère édition en français 1850. Texte revu selon l’édition de 1900. Réédition à l’identique en 1973, mais avec ajout de sous-titres

1ère édition en anglais 1837. Collected Writings, vol. 3 p.73-146

 

Table des matières

1     Grands caractères de l’œuvre de l’Esprit de Dieu dans les croyants

1.1      Danger de confondre l’œuvre de Christ pour nous, et l’œuvre de l’Esprit de Dieu en nous

1.1.1      Ce que produit l’œuvre de l’Esprit en nous

1.1.2      Dieu ne cache pas sa face de nous. L’Esprit, tout en jugeant le péché en nous, nous montre Christ ayant porté nos péchés

1.1.3      Discipline du Père, discipline de l’Église

1.1.4      Christ et son œuvre, seul vrai fondement de la paix, et non les effets de l’Esprit en nous

1.1.5      La vraie mesure de la sainteté est atteinte en regardant, hors de nous-mêmes, Christ dans la gloire

1.2      L’autre grand danger : Séparer Christ de l’opération de l’Esprit de Dieu en nous

1.2.1      Ce danger

1.2.2      L’opération de l’Esprit en nous nous amène, au contraire, en association vivante avec Christ

1.3      L’Esprit vivifiant et ses effets

1.3.1      Vivification par l’Esprit. La nouvelle naissance

Jean 3

1.3.2      La régénération et la justification sont liées ensemble — Lien entre Jean 4 et 7 et 5

1.3.3      L’Esprit Saint, don de Christ, demeurant en nous, est l’énergie de vie intérieure, et une source d’eau vive ou de communion avec Dieu — Jean 4:14

1.3.4      La communion dans l’épreuve. L’exemple de Jésus

2     Le Saint Esprit habitant personnellement dans les croyants

2.1      Personnalité de l’Esprit Saint

2.1.1      Une Personne, non pas simplement une influence

2.2      L’habitation de l’Esprit dans les croyants, ses effets et conséquences

2.2.1      Elle est distinguée des dons

2.2.1.1    La distinction

2.2.1.2    L’Esprit comme portion de l’héritier — Gal. 4:6

2.2.1.3    Autres passages

2.2.2      Examen de 2 Cor. 1:20, 21

2.3      Les fleuves d’eau vive, conséquence de la glorification de Christ

Analyse détaillée de Jean 7:38, 39. L’Esprit Saint, source d’eau vive, coule dans les croyants et découle d’eux dans le désert, en conséquence de la gloire de Christ qui en est la source. Il rafraîchit et féconde, faisant porter les fruits dans lesquels Christ prend plaisir.

2.4      La possession de l’Esprit, caractère des saints de la dispensation actuelle

2.4.1      Elle est le résultat de la glorification de Christ

2.4.2      La relation filiale du croyant avec le Père et l’union avec Christ glorifié caractérisent la demeure de l’Esprit dans le croyant

2.4.3      Exercices du cœur à l’égard de ces choses en traversant le désert

2.4.4      Nécessité du désert. Ce que l’on y apprend

2.4.5      Jésus l’a traversé

3     Le Saint Esprit et Son œuvre collective dans l’Église

3.1      Récapitulation des enseignements de Jean 3 à 7 sur le Saint Esprit

3.2      Les opérations distinctives de l’Esprit en relation avec le Corps de Christ

3.2.1      Distinction entre l’action de l’Esprit dans l’individu et dans le corps, fondée sur la relation de Christ avec le Père, comme Fils, et avec Dieu, comme Chef (ou Tête) de l’Église

3.2.2      L’Esprit Saint témoin sur la terre dans les fidèles, de ce que Christ est en haut

3.3      Coup d’œil sur la promesse de l’envoi de l’Esprit Saint. Examen de Jean 14-17 et 20

3.4      Témoignage rendu par l’Esprit Saint à Christ comme Chef (ou Tête) de l’Église et à Christ comme Seigneur

3.4.1      Conséquences dans la formation de l’Église

3.4.2      Conversion de Saul. Nouveau principe : unité de l’Église et son union avec Christ

3.4.3      Privilèges du corps de Christ comme vase de l’Esprit Saint

3.5      Opérations de l’Esprit en rapport avec l’unité du Corps et l’union avec Christ

3.5.1      Dons divers de l’Esprit. Examen de 1 Corinthiens 12 et 14

3.5.2      Les dons et la seigneurie de Christ. Liberté d’exercice d’un ministère et responsabilité envers Dieu

3.5.3      Puissance, pensée de Christ et responsabilité

3.5.4      « Ne pas éteindre l’Esprit », « ne pas mépriser les prophéties », lors même qu’il plairait à Dieu de se servir du plus humble et du plus simple dans l’Église quant aux circonstances extérieures, forme une partie de notre responsabilité vis-à-vis du Chef de l’Église

3.5.5      Distinction entre les dons signes pour le monde, et les dons pour l’édification de l’Église

3.5.6      Les évangélistes, par lesquels l’Esprit forme l’Église

3.5.7      Différence entre Éphésiens 4:10-15 et 1 Corinthiens 12

3.5.8      Dons pour l’Église : 1° apôtres et prophètes. Ils peuvent, en un sens, exister encore maintenant

3.5.9      Dons pour l’Église : 2° évangélistes, pasteurs et docteurs — dons permanents

3.5.10     Quelques mots sur Apocalypse 1 à 3, et 22

4     Conclusion

5     Appendice : Remarques sur la présence de l’Esprit Saint dans le chrétien

 

 

1                    Grands caractères de l’œuvre de l’Esprit de Dieu dans les croyants

Je désire appeler l’attention des chrétiens sur les opérations de l’Esprit de Dieu ; sur la connexion de son œuvre en nous avec Christ, et aussi sur la distinction à faire entre l’opération de l’Esprit en nous, et l’œuvre parfaite de Christ déjà accomplie pour nous (*).

 

(*) Je n’ai nullement la prétention de donner une idée complète des opérations de l’Esprit, car « qui est suffisant pour ces choses » ? Je vois assez, en effet, combien est pauvre et obscur ce qui en est apparu à mon esprit, comparé avec la gloire de ce qui reste encore.

Béni soit Dieu de ce qu’il en est ainsi — qu’il soit béni éternellement ! Je dirai cependant ce qui me parait clairement enseigné dans l’Écriture sur ce sujet. Si d’autres en ont appris davantage, ils pourront être conduits à le communiquer ; ceux qui en savent moins ne regretteront pas mon travail. Ce que j’en espère, c’est qu’il conduira à approfondir davantage ces choses et à en réaliser toujours plus la puissance.

 

1.1   Danger de confondre l’œuvre de Christ pour nous, et l’œuvre de l’Esprit de Dieu en nous

Bien que cette assertion puisse sembler étrange, je ne doute pas que des chrétiens, même des plus réels, ne soient que trop portés à séparer et en même temps à confondre Christ et l’Esprit ; c’est-à-dire qu’ils séparent trop Christ et l’Esprit dans l’opération qui se fait en nous, et qu’ils confondent trop l’œuvre de Christ pour nous avec l’action de l’Esprit. Dans les deux cas, la conséquence est l’incertitude, la pauvreté de jugement et les doutes.

 

1.1.1       Ce que produit l’œuvre de l’Esprit en nous

L’œuvre de l’Esprit de Dieu en moi, dans la puissance de vie, produit des luttes, du travail, des découvertes de péché, et le besoin de mortifier mes membres qui sont sur la terre. Et plus ce « qu’est Christ » est révélé à mon âme, plus je le compare avec ce que je suis, plus je trouve sujet de m’humilier ; plus aussi je comprends, par le contraste de Christ marchant ici-bas dans la chair, sans péché, que Dieu condamne cette mauvaise racine de péché dans la chair qui est en moi. Et bien plus encore : en découvrant ce qu’est mon précieux Seigneur dans la gloire, je vois par l’Esprit combien je suis loin d’avoir « atteint le but », quoique je puisse être progressivement « transformé en la même image, de gloire en gloire » (2 Cor. 3:18). C’est pourquoi, bien qu’ayant la paix et une espérance, peut-être même une espérance qui relève le cœur, et une joie qui parfois remplit l’âme, il y a cependant un pénible exercice de jugement de soi-même et de la douleur de cœur, lorsqu’on découvre combien chaque sentiment envers Dieu, et combien tout objet connu spirituellement sont loin de produire leurs justes effets. C’est pourquoi aussi, dans le cas où l’on se serait laissé aller à caresser ou à se permettre quelque mal positif, on ressent une profonde humiliation et l’on a horreur de soi-même. Si, dans cet état, on ignore la plénitude et la perfection de notre acceptation devant Dieu en Christ, l’anxiété, l’abattement spirituel et les doutes surgissent et aboutissent quelquefois à un retour mal entendu et fâcheux à la loi — sorte de consécration du principe d’incrédulité qui place l’âme, lorsqu’elle a découvert par l’Esprit l’opération du péché en elle, sous la loi et sa condamnation, et non « dans la liberté où Christ nous a placés en nous affranchissant » (Gal. 5:1).

On entend dire : « Dieu cache sa face de moi ». La foi ne se servira jamais de cette expression et d’autres semblables, car la foi sait que Dieu regarde toujours son Oint et ne cache jamais sa face. Si de telles pensées vous viennent, il faut les considérer comme de l’incrédulité toute pure, et les traiter en conséquence. Tout fidèle, s’il croit à la pleine et parfaite acceptation des saints dans le Christ, reconnaîtra qu’il n’est pas vrai que Dieu cache sa face ; l’admettre comme vrai, serait un mensonge de son cœur et de l’incrédulité.

 

1.1.2       Dieu ne cache pas sa face de nous. L’Esprit, tout en jugeant le péché en nous, nous montre Christ ayant porté nos péchés

L’Esprit de Dieu juge le péché en moi ; mais il me fait connaître que moi je ne suis pas jugé à cause de ce péché, parce que Christ en a subi le jugement pour moi. Cela n’est point un manteau pour couvrir la licence ; la chair voudrait toujours, il est vrai, en faire cet usage ; elle voudrait tout pervertir. Mais la vérité est que l’Esprit Saint qui nous montre le Seigneur assis à la droite de Dieu, après avoir porté nos péchés et en avoir fait par Lui-même la purification, me donnant ainsi une pleine assurance que ces péchés sont ôtés, et que je suis, en Christ, infiniment agréable à Dieu, est le même Esprit qui, en vertu de son caractère, juge en moi le péché comme vu dans la lumière de cette même gloire où est Christ.

 

1.1.3       Discipline du Père, discipline de l’Église

Si ce jugement n’a pas lieu, le Père — entre les mains duquel le Fils a remis ceux que le Père lui a donnés à garder — discipline et châtie comme un Père saint, et, comme un cultivateur, il nettoie les sarments. Ici, de plus, intervient la discipline de l’Église de Dieu, comme ayant l’Esprit ; discipline dont l’abandon et la négligence ont beaucoup contribué à faire perdre au croyant la confiance de sa pleine et heureuse assurance. En effet, l’Église comme corps (et c’est sa part selon la Parole) doit nécessairement, comme un peuple saint, manifesté tel, et par l’Esprit habitant en elle, prendre sur elle d’exercer tout ce que comporte une discipline, et, selon Dieu, une discipline de grâce pour le maintien de la sainteté manifestée de ce peuple saint. L’Église est l’habitation de l’Esprit. L’Esprit révèle la position de l’Église en Christ, et celle en Christ aussi des individus qui la composent, comme dit le Seigneur : En ce jour vous connaîtrez que « je suis en mon Père, et vous en moi, et moi en vous » ; et l’Esprit produit, maintient et garde dans l’Église le caractère de Christ en grâce et en sainteté : « Vous êtes la lettre de Christ écrite par l’Esprit du Dieu vivant ».

 

1.1.4       Christ et son œuvre, seul vrai fondement de la paix, et non les effets de l’Esprit en nous

Si mon âme se repose entièrement sur l’œuvre de Christ, et sur le fait qu’il est Lui-même agréé de Dieu et qu’il paraît devant Dieu pour moi, elle se repose sur une œuvre accomplie et sur une acceptation parfaite et infinie : « Comme il est, lui, nous sommes, nous aussi, dans ce monde », en sorte qu’en « ceci est consommé l’amour avec nous, afin que nous ayons toute assurance au jour du jugement » (1 Jean 4). Or, ce que l’on substitue à cela, c’est l’examen des effets de l’Esprit en moi. Au lieu de la rédemption, ce sont les effets de la régénération qui sont pris pour fondement du repos. De là vient que parfois on espère quand on aperçoit ces effets, et que d’autres fois, on est découragé en voyant l’action de la chair. Ayant mis l’œuvre de l’Esprit à la place de celle de Christ, la confiance qu’il nous est recommandé de retenir ferme jusqu’au bout, n’existe jamais de fait, et l’on en vient même à douter si l’on est du tout dans la foi. Tout cela résulte de ce que l’on met l’œuvre de l’Esprit de Dieu en soi, à la place de l’œuvre, de la victoire, de la résurrection et de l’ascension de Christ, effectivement accomplies, et qui constituent pour la foi (parce que l’œuvre est parfaite) un sûr lieu de repos, qui jamais ne s’altère, jamais ne varie, et est toujours le même devant Dieu.

Si l’on dit : « Oui, mais je ne le vois pas clairement, à cause de la chair et de l’incrédulité », cela ne change en rien la vérité. Et à quelque degré qu’aille ce manque de clarté, traitez-le comme étant de l’incrédulité et du péché, et non comme l’état vrai d’un chrétien, ou comme si Dieu cachait sa face. La découverte du péché en vous, tout détestable et haïssable qu’il soit, n’est pas une raison de douter, parce que c’est à cause du péché même, pour en faire l’expiation, et parce que vous êtes un pécheur, que Christ est mort ; et de plus, Christ est ressuscité, ce qui coupe court à cette question.

Mais on dira encore : « Je crois pleinement que Christ est le vrai Fils de Dieu, un avec le Père ; je crois à toute son œuvre et à toute sa grâce ; mais j’ignore si j’ai une part avec Lui. C’est là la question, et une question toute différente ». Nullement ; c’est une ruse de Satan et le résultat d’un mauvais enseignement, qui tendent à vous éloigner de Christ. Dieu, pour notre consolation, a identifié les deux choses — la foi et la part que nous avons au salut. Il a posé ce principe que « par lui (Christ) » quiconque croit est justifié de tout (Actes 13:38, 39). En un mot, dire : « Je crois, mais je ne sais pas si j’ai une part avec Christ », est une illusion du diable, car Dieu dit que ce sont ceux qui croient qui ont cette part — c’est ainsi que Dieu procède. Je n’ai pas plus de droits à me croire un pécheur tel que Dieu me voit, qu’à croire que je suis juste en Christ. Le même témoignage déclare qu’il n’y a pas un seul juste, et que les croyants sont justifiés.

Je puis avoir, enseigné par l’Esprit, une conscience naturelle du péché, et une conscience du péché et de ce qu’il est. Si je m’en tiens là, point de paix possible ; mais dans l’œuvre de Christ au sujet du péché, je trouve une paix parfaite. Mais, dira-t-on, ne dois-je pas m’examiner moi-même pour voir si je suis dans la foi ? Nullement. Que veut donc dire l’apôtre, en 2 Cor. 13:5 : « Examinez-vous vous-mêmes, et voyez si vous êtes dans la foi » ? Il veut dire simplement que si les Corinthiens cherchaient une preuve que Christ parlait en Paul, ils n’avaient qu’à s’examiner eux-mêmes ; et, par la certitude de leur christianisme, dont ils ne doutaient pas, être assurés de l’apostolat de Paul. Le raisonnement de l’apôtre n’avait de valeur qu’autant qu’il était fondé sur la certitude positive qu’ils étaient chrétiens. Je me suis arrêté sur ce point plus longtemps que je n’en avais l’intention, mais la consolation des âmes le demandait. Il se lie d’ailleurs à la recherche que fait quelqu’un pour trouver dans l’œuvre de l’Esprit de Dieu en lui, ce qu’on ne peut attendre que de l’œuvre de Christ.

 

1.1.5       La vraie mesure de la sainteté est atteinte en regardant, hors de nous-mêmes, Christ dans la gloire

Si mon assurance, ma consolation ou mon espérance, reposent sur l’expérience de ce qui se passe en moi — bien que cette expérience puisse être constatée pour répondre à des difficultés, comme on le voit dans la 1ère épître de Jean — je ne m’appuie pas sur la justice de Dieu par la foi, car l’expérience de ce qui se passe dans mon âme n’est pas la foi. Je le répète, c’est en regardant à l’œuvre de Christ que la mesure de la sainteté atteint sa véritable élévation, parce qu’au lieu de regarder l’image pleine de taches de Christ dans mon âme, je le contemple Lui-même par l’Esprit dans la perfection de cette gloire, à la communion de laquelle je suis appelé, et, par conséquent, appelé aussi à marcher d’une manière digne de Dieu (*) qui m’appelle « à son propre royaume et à sa propre gloire » (1 Thess. 2:12). J’oublie les choses qui sont derrière, et, tendant avec effort vers les choses qui sont devant, je cours droit au but pour le prix de l’appel céleste de Dieu dans le Christ Jésus. Alors l’examen de moi-même n’a plus pour but de rechercher misérablement si je suis ou non dans la foi, ce qui n’honore jamais Dieu en qui je dois avoir pleine confiance après tout ce qu’il a fait, mais de voir si ma marche est digne de quelqu’un qui est appelé de Dieu à son royaume et à sa gloire.

 

(*) Lorsqu’il n’en est pas ainsi, nous risquons de voir la mesure de la sainteté s’abaisser au point de nous contenter d’avoir les fruits de l’Esprit tout juste nécessaires pour nous assurer que nous sommes chrétiens ; puis, examen fait, nous continuons notre course comme auparavant, satisfaits d’avoir acquis cette assurance.

 

1.2   L’autre grand danger : Séparer Christ de l’opération de l’Esprit de Dieu en nous

1.2.1       Ce danger

Mais séparer Christ des opérations de l’Esprit est aussi un mal, et tend au même résultat, bien que l’application n’en soit pas si directe.

Dans l’enseignement évangélique ordinaire, on dit qu’il faut être « né de l’Esprit » ; on en prouve la nécessité d’après ce que nous sommes par nature, puis on montre le fruit de cette nouvelle naissance, et ensuite vient la question : « Êtes-vous né de nouveau ? Si vous l’êtes, vous irez au ciel ». Il y a en cela une mesure de vérité ; mais est-ce bien ainsi que l’Écriture nous présente la chose ? Non ; je la trouve continuellement et pleinement rattachée à Christ, impliquant le fait que nous sommes en ce précieux Sauveur, et Lui en nous. Par conséquent, il ne s’agit pas simplement d’une preuve fournie par des fruits, que je suis né de l’Esprit de Dieu, mais d’une participation à tout ce dont Christ est héritier comme homme ressuscité (héritier est son titre assuré comme Fils de Dieu), moi-même étant vivifié avec Lui. C’est une union de vie et d’héritage, dont l’Esprit Saint est la puissance et le témoin.

C’est ce qui est exprimé de la manière suivante dans l’épître aux Éphésiens : « Et quelle est l’excellente grandeur de sa puissance envers nous qui croyons, selon l’opération de la puissance de sa force, qu’il a opérée dans le Christ, en le ressuscitant d’entre les morts, et il l’a fait asseoir à sa droite dans les lieux célestes... Et nous, alors même que nous étions morts dans nos fautes, il nous a vivifiés ensemble avec le Christ... et nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus » (Éph. 1:19, 20 ; 2:5, 6). De même dans les Colossiens : « Il vous a vivifiés ensemble avec lui, nous ayant pardonné toutes nos fautes » ; et : « Si donc vous avez été ressuscités avec le Christ » (chap. 2:13 ; 3:1).

 

1.2.2       L’opération de l’Esprit en nous nous amène, au contraire, en association vivante avec Christ

L’opération de l’Esprit de Dieu agissant en puissance divine, a pour effet de nous amener à l’association vivante avec le Christ. Tout ce qui, dans le Christ, le dernier Adam, l’homme ressuscité, a été réalisé en fait de vie, d’office et de gloire, l’Esprit, par son opération, le réalise en nous, nous y unit, nous le révèle, et nous amène dans la puissance de ces choses, selon ce qui est écrit : « Celui qui est uni au Seigneur est un seul esprit avec lui » (1 Cor. 6:17). Nous sommes « héritiers avec lui, nous souffrons avec lui, afin que nous soyons aussi glorifiés avec lui », et ainsi finalement rendus « conformes à (ayant une même forme avec) l’image » du Fils de Dieu, en qui Dieu nous a vivifiés ensemble, ressuscités ensemble et fait asseoir ensemble dans les lieux célestes (Éph. 2:5, 6 ; Rom. 8:17, 29). L’Esprit de Dieu opère ainsi en nous, en vie, et en service, et en souffrance, et finalement en gloire, et aussi dans la résurrection de nos corps.

 

1.3   L’Esprit vivifiant et ses effets

1.3.1       Vivification par l’Esprit. La nouvelle naissance

Je désire retracer brièvement et par ordre, le témoignage que l’Écriture rend de ces choses. On peut le considérer soit dans les individus, soit dans l’Église comme corps. Il est d’abord parlé de l’Esprit vivifiant les individus, puis habitant en eux. Nous sommes nés de l’Esprit, et ceux qu’il a ainsi vivifiés, il les associe par son habitation en eux à la gloire de Christ en versant aussi l’amour de Dieu dans leur cœur, et il les associe à la puissance de la vie de Christ comme ayant part à la vie éternelle — vie qu’il a en Lui-même comme Fils de Dieu. Et quant à sa gloire comme Fils de l’homme, l’Esprit la leur révèle et fait d’eux, selon son bon plaisir, des instruments pour la révélation de cette gloire. Ces privilèges sont une conséquence de l’ascension de Christ, de même que la vie de Dieu en nous est déclarée et démontrée par la résurrection.

L’objet spécial dont l’Esprit Saint rend témoignage dans l’Église comme corps, et qui la constitue actuellement le fidèle témoin, est que Jésus Christ est Seigneur, et cela se lie directement à la gloire, ainsi qu’il est dit : « que Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père » (Phil. 2:11).

 

Jean 3

Le chap. 3 de Jean est le premier qui place devant nous le sujet des opérations de l’Esprit. « Il vous faut être nés de nouveau » [Jean 3:7], y est-il dit ; nés « d’eau et de l’Esprit ». En général, on entend simplement par-là qu’il faut être régénéré pour être sauvé, mais le passage va beaucoup plus loin. Si quelqu’un n’est pas né de nouveau, dit le Seigneur, il ne peut ni voir le royaume de Dieu, ni y entrer [Jean 3:3]. Ce royaume renferme des choses terrestres et des choses célestes [Jean 3:12], et un Juif, bien que se flattant d’être un enfant du royaume, doit être né de nouveau pour y avoir part, même s’il s’agit des choses terrestres. C’est ce que Nicodème, comme docteur d’Israël, aurait dû savoir [Jean 3:10], d’après Ézéch. 36:24-28. Quant aux choses célestes, le Seigneur ne pouvait pas encore diriger leurs pensées vers elles, sauf qu’il en montrait l’entrée, c’est-à-dire la croix [Jean 3:14-15], par laquelle on était introduit dans des choses meilleures et plus élevées. En vue de la croix, le Seigneur déclarait que Dieu avait aimé le monde [Jean 3:16] et non les Juifs seulement, tout comme par rapport à l’œuvre de l’Esprit agissant en puissance souveraine, il est dit : « Il en est ainsi de tout homme né de l’Esprit » [Jean 3:8], de sorte que les gentils pouvaient y avoir part ; car l’Esprit ne trouvait pas, mais rendait les hommes tels qu’il voulait qu’ils fussent.

Dans ce passage donc, nous n’avons pas seulement l’individu renouvelé et rendu propre pour le ciel, mais aussi l’estimation que Dieu fait du Juif, et la révélation d’un royaume qui embrasse des choses terrestres et des choses célestes, royaume que les régénérés seuls voient [Jean 3:3, 5], où seuls ils peuvent entrer. Quant aux choses célestes, la croix [Jean 3:14, 15], aussi inintelligible alors que les choses célestes elles-mêmes, en était l’unique entrée, et là [Jean 3:14] on voyait le Fils de l’homme élevé de la terre, et [Jean 3:16] le Fils de Dieu donné au monde par l’amour de Dieu. « Dans la régénération », dont l’opération vivifiante de l’Esprit dans le cœur était les prémices, de même que sa présence dans le croyant est les arrhes de la portion céleste de celui-ci, « dans la régénération (*), le Fils de l’homme se sera assis sur le trône de sa gloire » (Matt. 19:28).

 

(*) Le rétablissement de toutes choses (Traducteur)

 

Le principe donc sur lequel on insiste, c’est-à-dire qu’il faut « être né de nouveau », est vrai ; mais ce que révèle Jean 3, est beaucoup plus étendu et plus défini qu’on ne le suppose. Ce n’est pas seulement que l’homme est changé ou sauvé, mais il voit un royaume, et il entre dans un royaume dont le monde ne connaît rien, jusqu’à ce que ce royaume vienne en puissance. En outre, cet homme reçoit une vie aussi vraie et réelle, et surtout bien plus importante et précieuse qu’aucune vie naturelle dans la chair. Il ne s’agit pas simplement ici du changement d’un homme par une action opérée sur ses facultés, mais du don d’une vie qui peut agir vraiment maintenant, par le moyen de ces facultés, sur des objets bien au-delà de leur portée naturelle, de même que l’ancienne vie corrompue le fait sur des objets qui rentrent dans son cercle et celui de ces facultés. Et, de plus, dans cette vie nouvelle, il est fait participant de la nature divine (2 Pierre 1:4), et là, non seulement les facultés de son âme ont de nouveaux objets, mais il est associé au dernier Adam qui est « un esprit vivifiant » », de même que, dans sa vie naturelle, il était associé au premier Adam, « devenu une âme vivante » (1 Cor. 15:45). Et j’ajouterai que l’Église, afin qu’elle soit assimilée à Christ en cela, est faite participante de cette vie ensuite de la résurrection du Seigneur. Elle est donc participante de la vie selon la puissance déployée dans cette résurrection, et elle existe en conséquence de ce dont elle est aussi le témoin, savoir que — béni soit Dieu — le jugement de tous ses péchés est chose passée. En effet, Christ les a tous laissés ensevelis, pour ainsi dire, dans le tombeau d’où il est sorti, et l’Église vit en conséquence de son association avec Lui en résurrection. Elle existe, mais uniquement à cause du fait que le jugement pour elle est chose absolument accomplie et passée.

 

1.3.2       La régénération et la justification sont liées ensemble — Lien entre Jean 4 et 7 et 5

Tel est donc le vrai caractère de la régénération qui donne entrée dans le royaume, où il n’y a plus, et ne peut plus y avoir d’accusation de péché pesant sur nous, puisque nous y avons été introduits par la puissance de ce en quoi tout le péché a été ôté. La vie de l’Église est identifiée avec la résurrection de Christ, et par conséquent il y a pardon sans réserve de toute l’œuvre de la chair, Christ s’en étant chargé, et l’ayant ôtée. La justification de l’Église est identifiée avec la grâce vivante, car elle possède cette justification comme étant vivifiée avec Lui qui est sorti du tombeau, où il a enseveli tous ses péchés. La régénération et la justification sont donc nécessairement liées ensemble, et l’opération de l’Esprit n’est pas une simple action sur les facultés, une œuvre entièrement séparée de Christ et qui doit être connue par ses fruits, tandis que la mort de Christ serait un autre sujet sur lequel on raisonne à part ; mais c’est une vivification avec Christ qui me tire hors de mes fautes et de mes péchés. Moi, je me trouvais là, à la vérité, moralement mort, mais je le trouve là aussi, Lui, judiciairement mort pour moi, qui, étant ainsi vivifié, suis nécessairement pardonné et justifié. La résurrection de Christ prouve qu’il y aura un jugement, dit l’apôtre (Actes 17:31) ; mais elle prouve aussi qu’il n’y en aura point pour moi, dit l’Esprit par le même apôtre : car Christ a été ressuscité pour ma justification (Rom. 4:25). Il était mort sous le poids de mes péchés ; Dieu l’a ressuscité, et ces péchés, où sont-ils maintenant ? L’Église est vivifiée, sortant avec Jésus du tombeau où les péchés ont été laissés.

Ensuite, quant à la puissance de cette vie et aux autres opérations de l’Esprit, je trouve, dans ce que le Seigneur dit de son propre témoignage, l’exposé de deux choses, savoir, la communion [Jean 4] et la gloire manifestée [Jean 7] : « Nous disons ce que nous connaissons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu ». Jésus rendait témoignage de ce qu’il connaissait dans son unité avec le Père, et de ce qu’il avait vu dans « la gloire qu’il avait auprès du Père avant que le monde fût » [Jean 17:5].

Les opérations de l’Esprit, en nous donnant la vie dans le Fils, et en révélant la gloire qui, par conséquent, est aussi la nôtre, gloire dans laquelle Christ a introduit son humanité, gloire qui, par suite, est révélée dans cette dernière, ces opérations, dis-je, répondent exactement à ce que le Seigneur affirme de lui-même dans les paroles que nous avons citées. Notre communion — communion vivante avec Lui et le Père — ainsi que l’intelligence que nous avons de la gloire qui est sienne, et la manifestation de cette gloire, sont les deux sujets dont parlent les chap. 4 et 7 de l’évangile de Jean. Il faut remarquer que ces chapitres et d’autres portions des Écritures, ne nous instruisent pas relativement à l’action de l’Esprit sur nous, mais ont trait à sa demeure en nous. L’Esprit de Dieu agit sur l’homme, soit par un simple témoignage, de la réception duquel nous sommes responsables ; tel était le cas des gouverneurs des Juifs auxquels Etienne dit : « Vous résistez toujours à l’Esprit Saint ; comme vos Pères, vous aussi » [Actes 7:51] ; sujet sur lequel je n’ai pas à m’étendre maintenant ; ou bien l’Esprit agit sur l’homme en le convainquant, en le renouvelant et en le vivifiant. Cette œuvre s’accomplissant par le moyen de la Parole, c’est par la foi en elle, c’est-à-dire par sa réception dans le cœur, que nous sommes vivifiés, que Christ nous est révélé. « Vous êtes tous fils de Dieu par la foi dans le Christ Jésus ». — « De sa propre volonté, il nous a engendrés par la parole de la vérité, pour que nous soyons une sorte de prémices de ses créatures » (Gal. 3:26 ; Jacq. 1:18). Ces passages suffisent pour montrer la manière dont s’effectue l’opération ; comment, en tant qu’elle est un témoignage, l’homme naturel le rejette, coupable en cela, car c’est le témoignage de Dieu ; et comment l’opération est effective par la puissance vivifiante de l’Esprit. Mais c’est par la foi, à cause de l’instrument employé, c’est-à-dire la Parole. J’ai déjà parlé de sa puissance, d’où nous voyons que, tandis que ceux qui ne croient pas font Dieu menteur [1 Jean 5:10], ceux qui croient ont le témoignage en eux-mêmes, car, dans la communion de l’Esprit, ils sont faits participants d’une manière vivante de ce qu’ils croient.

Mais l’œuvre, en vertu de laquelle ils sont ainsi rendus participants de la vie et sont en communion avec Dieu, étant une œuvre parfaite, l’Esprit qui fait sa demeure dans le croyant, est un esprit de paix et de joie, un esprit qui témoigne de tout ce que Christ est, et de tout ce qu’il a fait, et, devons-nous ajouter, il témoigne de la parfaite acceptation par le Père, de Christ et du croyant.

Que l’homme naturel ne reçoive point ces choses, mais les rejette, nous le verrons ; mais la conscience étant réveillée et la paix étant faite, l’Esprit est le témoin de ces choses dans l’âme renouvelée.

Or, dans le chap. 5 de Jean, nous avons l’opération de l’Esprit quant à son caractère, en ceci que « les morts entendront la voix du Fils de Dieu », et que ceux qui l’auront entendue vivront. Bien que ce soit par l’Esprit, c’est cependant le Fils qui parle du ciel, comme autrefois il le fit sur la terre, en Sinaï, par le moyen des anges, et non par l’Esprit.

Quant à la forme et au caractère du témoignage, j’en dirai davantage lorsque j’arriverai au chap. 7 de Jean, où il est parlé de l’Esprit comme témoin de la gloire du Fils de l’homme, et comme étant donné ainsi aux croyants et présent au milieu d’eux.

 

1.3.3       L’Esprit Saint, don de Christ, demeurant en nous, est l’énergie de vie intérieure, et une source d’eau vive ou de communion avec Dieu — Jean 4:14

À présent, j’aborderai l’enseignement que nous donne le chap. 4 de Jean, où l’Esprit est comparé à une source d’eau vive. La stupidité de la chair et son incapacité à recevoir les choses de l’Esprit, se font voir immédiatement dans les réponses réitérées de la femme aux déclarations du Seigneur, qu’on aurait supposé devoir réveiller en elle quelque chose qui dépassât ses pensées habituelles. Mais je ne m’occuperai pas ici de l’incapacité de la chair à recevoir les choses de l’Esprit ; je parlerai de ce que le Seigneur nous révèle touchant l’Esprit. Jésus ne le présente pas ici comme agent vivifiant, mais comme un don, et un don fait par lui-même. Remarquons-le bien, c’est Christ qui est le donateur, et non pas le don : « Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai, moi », dit le Seigneur ; puis il parle de l’Esprit comme demeurant dans celui qui reçoit ce don : « L’eau que je lui donnerai, sera en lui une fontaine d’eau jaillissant en vie éternelle » (4:14). Il est donné comme énergie de la vie intérieure ; il est donné divinement — c’est le don de Dieu — mais c’est Jésus qui le fait : « Que je lui donnerai », dit le Seigneur, et cette eau jaillit en vie éternelle. C’est la vie divine qui vient du Fils et dont on jouit par la puissance de l’Esprit Saint demeurant en nous, non comme Esprit de Dieu révélant la gloire de Christ, mais comme puissance de vie, d’une vie qui a sa communion et sa fin dans la source éternelle d’où elle découle. Que Jésus fût dans l’humiliation ou qu’il fût glorifié, cette puissance était en Lui, et bien que l’expression en pût être différente, cependant c’était toujours la même puissance. Comme Fils de Dieu, il avait la vie en lui-même. Il pouvait ressusciter en rappelant les morts à la vie naturelle, ou bien il pouvait ressusciter en donnant la vie de résurrection, et de là la différence dans l’expression de cette puissance ; car maintenant c’est sous la dernière forme qu’elle se montre, forme qui est, en dessein final, celle en laquelle se trouve la puissance de rendre conforme à Lui-même, afin qu’il soit premier-né entre plusieurs frères. C’est la vie en abondance, même si l’on avait déjà la vie auparavant.

C’est en même temps avec cette nouvelle vie que l’Esprit demeure et rend témoignage. La vie pouvait être communiquée alors que Jésus était sur la terre, mais ce ne pouvait pas être la vie selon la révélation ou le caractère de Christ comme Homme ressuscité, ou comme Chef ou Tête du corps. C’est cette grande vérité qui, dans tous les discours du Seigneur à ses disciples, perçait et cherchait à se faire jour à travers les nuages qui obscurcissaient leur intelligence. D’un autre côté, non seulement il présentait cette vérité à la nation vers laquelle il venait, mais il leur donnait les preuves les plus complètes de l’accomplissement des prophéties, et démontrait par ses actes l’exercice de la puissance. Les Juifs étaient ainsi sans excuse s’ils ne le recevaient pas, soit quant à son caractère, soit quant à sa Personne. C’est par cette opération de l’Esprit demeurant dans le nouvel homme, que nous avons d’une manière spéciale la connaissance de Dieu, et que nous jouissons de Lui. Mais comme c’est l’Esprit du Fils, en qui nous sommes vivifiés, nous jouissons de Dieu et l’adorons comme Père (Gal. 4:6, 7). Tel est le grand résultat de la révélation du Fils, et de notre vie en Lui et par Lui. Et en cela est la vie éternelle (Jean 17:2). Dieu était connu en quelque mesure de tout Juif pieux ; mais s’il le cherchait dans une relation spéciale, c’était comme Jéhovah qu’il l’invoquait. Pour nous, notre relation particulière avec Dieu est exprimée dans ces paroles du Seigneur : « Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu » [Jean 20:17].

Nous le connaissons comme fils, mais c’est Dieu que nous connaissons ainsi, et duquel nous jouissons. En Jean 4, le Seigneur suppose cette relation filiale entre Dieu et les adorateurs [Jean 4:23], car il dit : « Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité » [Jean 4:24] ; mais auparavant il avait déclaré : « Les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car aussi le Père en cherche de tels qui l’adorent ». Cette connaissance de Dieu et cette communion avec lui sont pour l’âme un sujet d’extrême joie : je parle de le connaître et de jouir de Lui comme Dieu. Il est difficile de comparer les choses qui se rapportent à un pareil sujet, mais, étant goûtée dans la paix et la communion qui résultent de ce que toute question de péché est réglée, cette joie a une profondeur qui dépasse toute autre de nos pensées. Elle subsiste pendant que nous jouissons comme enfants de Dieu des bénédictions attachées à l’économie actuelle, et elle s’élève au-dessus de ces bénédictions.

 

1.3.4       La communion dans l’épreuve. L’exemple de Jésus

Des châtiments dont nous avons besoin peuvent nous priver de la jouissance de ces bénédictions : « Étant affligés », dit l’apôtre, « par diverses tentations, si cela est nécessaire » [1 Pierre 1:6]. Mais bien que la joie soit ainsi affaiblie, la source d’une juste confiance en Dieu est toujours là, et nous sommes rejetés sur Lui d’une manière plus complète et plus absolue. Nous devrions en tout temps nous réjouir en Dieu, mais nous sommes enclins à regarder trop aux bénédictions qui nous sont conférées, et à oublier en quelque mesure le Bienfaiteur (voir Ps. 63). C’est pour cette raison que nous en sommes privés, afin que nous nous souvenions de Lui.

À proprement parler, cette source d’eau vive jaillissant en vie éternelle [Jean 4:14] est la participation à la nature divine dans laquelle — « ayant échappé aux souillures du monde » (2 Pierre 2:20) — nous réjouissant en Dieu, nous nous reposons en Lui, trouvons nos délices en Lui, sommes remplis jusqu’à toute sa plénitude, et le connaissons en vérité dans la félicité d’une révélation effective de Lui-même. Mais c’est encore selon son nom de Dieu et comme Dieu, que nous est donnée la puissance de cette communion. « Étant fondés et enracinés dans l’amour » [Éph. 3:18], connaissant Dieu et étant connus de Lui, elle suppose tout le reste de la vérité, et se trouve en Christ, selon ce qui est écrit : « Il nous a donné une intelligence afin que nous connaissions le Véritable ; et nous sommes dans le Véritable ; savoir dans son Fils Jésus Christ : lui est le Dieu véritable et la vie éternelle » (1 Jean 5:20).

Nous avons en Jésus la parfaite manifestation de cette communion, subsistant en dépit de toutes les épreuves par lesquelles il eut à passer. En effet, comment l’Esprit qui demeurait dans toute sa plénitude en Lui, même comme homme, aurait-il pu être attristé par sa perfection divine ? « Notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ » (1 Jean 1:3), est-il dit. Le Seigneur, présentant la même idée en sens inverse, et montrant ainsi la puissance qui produit cette communion, dit : « Afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et moi en eux » (Jean 17:26) ; puis, quant à la forme de la communion, telle qu’elle est avec nous, il dit encore : « En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père, et vous en moi, et moi en vous » (Jean 14:20). Mais maintenant nous en parlons comme connaissant Dieu d’une manière spéciale.

Si l’on étudie les Psaumes, on apprendra à cet égard, et d’une manière profonde, par où l’Esprit de Christ a passé et ce qu’il nous enseigne ; seulement il faut se rappeler que, pour les Juifs, lorsqu’il s’agit des bénédictions de l’alliance, le nom que Dieu prend est Jéhovah, tandis que pour nous, c’est celui de « Père », dans un sens spécial. Mais sans nous arrêter ici sur cette distinction, en rapprochant, comparant et étudiant les Psaumes et les parties des Psaumes où sont employés d’un côté le nom de Jéhovah, et de l’autre celui de Dieu, il en découlera une profonde instruction pratique relativement à la puissance de communion de la part de l’Esprit de Christ lui-même. Seulement il faut nous rappeler que, pour nous, elle est fondée sur une œuvre accomplie, et que ce par quoi Christ a passé pour l’accomplir, est quant à nous la communion de ses souffrances ou bien une discipline en amour. Les Ps. 42 et 43 nous en fournissent un exemple.

Mais de plus, dans l’histoire personnelle de notre Seigneur, remarquons la différence entre ses paroles en Gethsémané : « Père, si tu voulais faire passer cette coupe loin de moi ! Toutefois, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui soit faite » [Luc 22:42], et celles qu’il prononce sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » [Matt. 27:46]. Ici, nous voyons Christ entrer dans un autre caractère de communion plus profond, où toute la puissance et le caractère de Dieu sont mis en évidence. Ce caractère de communion est manifesté par Jésus, notre Chef glorieux et béni, afin que tout ce que Dieu est, soit pour nous une source de joie infinie et éternelle. Et cela nous appartient à tous comme fils, et nous en jouissons par l’Esprit Saint, le don de Dieu qu’il nous a fait en vertu de la résurrection de Christ. Telle est la puissance de la vie éternelle en nous, comme conséquence de la mort de Christ.

Oh ! que l’Église entrât plus entièrement dans ces choses, et y marchât davantage dans la puissance d’une communion intime et secrète avec Dieu ! Puissions-nous la désirer pour nous-mêmes et pour l’Église, prier pour que nous la possédions toujours plus, et pour que nous goûtions tout le bonheur que l’on y trouve !

 

2                    Le Saint Esprit habitant personnellement dans les croyants

Dans ce qui précède, j’ai parlé d’abord de la puissance vivifiante de l’Esprit de Dieu nous introduisant dans le Royaume ; ensuite, de son habitation dans l’individu, comme la puissance de vie éternelle, par laquelle sa communion avec Dieu est entretenue ; communion qui existe nécessairement là où est la vie selon le Christ Jésus.

Il reste à parcourir un vaste champ, où je redoute presque d’entrer ; non que je doute qu’il y ait une joie infinie à étudier le sujet, à le réaliser dans sa propre âme, et à y pénétrer, mais parce qu’il est infini, et que je sens profondément mon incapacité à le traiter convenablement, même à la pleine satisfaction de mon esprit. J’ajouterai que je le sens d’autant plus, en considérant la responsabilité que l’on assume, lorsqu’on veut communiquer et enseigner ces choses à d’autres. L’intérêt profond qui se rattache à ce sujet et son importance seront mon excuse.

 

2.1   Personnalité de l’Esprit Saint

Il y a une chose importante que je désire faire remarquer avant de poursuivre mon sujet.

 

2.1.1       Une Personne, non pas simplement une influence

Bien que l’Esprit soit vie, et que celui qui est uni au Seigneur soit un seul esprit avec Lui, et bien que Christ, comme esprit vivifiant, soit notre vie, cependant il est aussi parlé de l’Esprit Saint comme étant une Personne, et ainsi comme agissant personnellement en puissance dans nos âmes — agissant en bénédiction, car il est Dieu. Et quoique nous soyons faits participants de la nature divine, et que nous ayons la vie de Dieu en nous comme étant nés de Lui, toutefois cette vie n’est pas le Saint Esprit, car l’Esprit Saint est une Personne divine. C’est pourquoi il est écrit : « L’Esprit lui-même rend témoignage avec notre esprit, que nous sommes enfants de Dieu ; et si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers » ; c’est pourquoi encore l’Écriture parle de l’homme intérieur comme fortifié et renouvelé par l’Esprit, ainsi que nous lisons : « Fortifiés en puissance par son Esprit quant à l’homme intérieur » ; autre part : « Si même notre homme extérieur dépérit, toutefois l’homme intérieur est renouvelé de jour en jour » ; et encore : Il nous a sauvés... « par le lavage de la régénération et le renouvellement de l’Esprit Saint, qu’il a répandu richement sur nous par Jésus Christ, notre Sauveur ». L’Esprit n’est donc pas simplement une influence, mais une Personne.

Avant de passer à son caractère et à son opération, je voudrais appeler l’attention sur le fait de l’habitation spéciale de l’Esprit Saint dans les croyants individuellement. Je ne parle pas de cela comme d’une chose nouvelle pour la plupart de ceux qui lisent ces lignes, mais parce que j’ai vu constamment qu’elle est nouvelle pour un grand nombre de ceux qui cherchent la vérité, et qu’elle place le sujet dans une lumière tout à fait différente de ce qu’ils en pensaient. Nous allons voir que cette habitation de l’Esprit Saint dans les croyants se rattache à la résurrection et à la glorification de Christ, et qu’elle en est la conséquence. Mais il faut nous rappeler que, tandis que d’une part, l’Esprit Saint descendu du ciel est le témoin de l’ascension de Christ dans la gloire et de la justice divine qui l’a placé là, et que la part que nous avons en cela est la conséquence, selon le cours nécessaire de l’administration des conseils divins, de l’entrée de Christ dans la gloire ; d’autre part, l’Esprit Saint est en même temps en nous la puissance par laquelle nous réalisons toutes les choses du ciel d’où il vient, qui nous y introduit et nous y associe. C’est ce que nous verrons dans les passages que je citerai, et dont le premier sera celui qui nous fait entrer plus spécialement dans notre sujet actuel.

 

2.2   L’habitation de l’Esprit dans les croyants, ses effets et conséquences

« Auquel aussi (lisons-nous en Éph. 1:13, 14) ayant cru, vous avez été scellés du Saint Esprit de la promesse, qui est les arrhes de notre héritage, pour la rédemption de la possession acquise ». Je sais qu’on a voulu appliquer ces paroles seulement aux dons spirituels, sujet que j’espère traiter avant de terminer ces pages.

 

2.2.1       Elle est distinguée des dons

2.2.1.1              La distinction

Mais il est évident que ce passage ne peut être limité à ces dons, quelle que puisse être par eux la manifestation de l’Esprit. En effet, s’il en était ainsi, là où il n’y aurait point de dons, il n’y aurait point d’arrhes de l’héritage ; or le Consolateur lui-même devait être « éternellement » avec eux, les disciples. De plus, dans notre passage, il n’est point parlé de dons, mais de l’Esprit comme arrhes : confondre l’Esprit avec les dons, c’est confondre le Donateur avec ce qu’il donne ; car l’Esprit « distribue les dons à chacun en particulier comme il lui plaît » (1 Cor. 12:11) ; et les dons sont « la manifestation de l’Esprit en vue de l’utilité ». Confondre l’un avec les autres, c’est, inconsciemment peut-être, tendre à détruire la personnalité et la déité de l’Esprit Saint, et ne pas distinguer entre la puissance de rendre témoignage aux autres (puissance qui peut exister sans pouvoir vital et sanctifiant), et l’heureuse et sanctifiante communion avec les choses que nous espérons, qui sont renfermées en Christ comme étant nôtres, dont nous anticipons la jouissance et qui seront manifestées en leur jour. En un mot, l’Esprit qui distribue le don, n’est pas le don qu’il distribue, bien qu’il soit manifesté dans le don. Et les choses dans lesquelles la puissance donnée est manifestée, ne sont pas nécessairement les arrhes de l’héritage. De cela nous avons un exemple dans le cas de Balaam, et Paul parle de la possibilité d’être réprouvé après avoir prêché à d’autres. Et bien que le caractère des dons porte en certaines occasions l’indice de la dispensation dans laquelle ils se sont produits, et qu’il y ait une différence dans leur nombre et les circonstances où ils se manifestaient, cependant l’existence de puissances et d’actes extraordinaires n’était pas en elle-même une preuve caractéristique de l’habitation de l’Esprit et des arrhes de l’héritage, chez ceux en qui ces choses se montraient. Plusieurs miracles remarquables ont été opérés, et une grande puissance a été déployée dans le service, avant que le Fils de l’homme eût été glorifié et que l’Esprit Saint eût été donné. Mais ces choses ne constituaient pas la demeure de l’Esprit dans l’Église, qui n’existait pas encore, ni dans l’individu comme arrhes de l’héritage, car elles pouvaient se trouver chez un homme tel que Balaam, ainsi que nous l’avons dit, sans que l’individu fût un héritier. L’Esprit de Christ qui était dans les prophètes pouvait s’enquérir touchant ce qu’ils annonçaient, et leur faire connaître que les choses qu’ils administraient n’étaient pas pour eux. Je reviendrai sur ce sujet, mais poursuivons maintenant celui dont nous avons à nous occuper.

 

2.2.1.2              L’Esprit comme portion de l’héritier — Gal. 4:6

En écrivant aux Galates, l’apôtre, ayant montré qu’ils n’étaient plus des esclaves, mais qu’ils étaient fils de Dieu, par la foi dans le Christ Jésus, ajoute : « Et, parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans vos cœurs, criant : Abba, Père ! » (Gal. 4:6). Il distingue clairement la puissance régénératrice de l’habitation de l’Esprit Saint dans le cœur, et montre l’une comme étant la conséquence de l’autre : l’Esprit vient habiter dans l’individu qui était, et parce qu’il était, fils de Dieu. Nous voyons aussi l’Esprit comme étant différent d’un don, car il est envoyé dans le cœur pour crier : Abba, Père ! De plus, en cela, l’Esprit appartient à la dispensation et la caractérise. Car il n’était pas la portion de l’héritier quand celui-ci était en bas âge, et comme un esclave, sous des tuteurs et des curateurs. C’est la condition où ils étaient auparavant ; bien qu’héritiers, ils n’étaient pas en communion directe et personnelle avec le Père. Ils n’avaient pas l’intelligence nécessaire pour cela, n’ayant pas l’Esprit qui la donne. Mais lorsqu’ils prennent leur position de fils, qui est la leur dans la dispensation actuelle, l’Esprit Saint est leur portion ; et bien qu’ils ne soient pas encore entrés en possession de l’héritage, cependant « ils sont renouvelés en connaissance dans l’esprit de leur entendement » (Éph. 4:23) quant à ce qui concerne l’héritage, et entrent pleinement dans tout ce qui intéresse la maison du Père.

 

2.2.1.3              Autres passages

Pierre, devant le sanhédrin, dit aussi : « Nous lui sommes témoins de ces choses, ainsi que l’Esprit Saint que Dieu a donné à tous ceux qui lui obéissent » (Actes 5:32). Nous trouvons dans un langage analogue : « Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, celui-là n’est pas de lui » (Rom. 8:9), et en Éphésiens : « Qu’il vous donne d’être fortifiés en puissance par son Esprit, quant à l’homme intérieur, de sorte que le Christ habite par la foi dans vos cœurs » (Éph. 3:16-17). Ces passages ont rapport à la communion, et la signalent comme une chose individuelle dans laquelle le cœur a sa portion par la foi.

Nous avons aussi des passages où la relation entre les choses que l’on espère, et la puissance de la communion dans laquelle on en jouit dans la certitude de l’amour de Dieu, sont présentées ensemble. Ainsi Paul dit : « L’espérance ne rend point honteux, parce que l’amour de Dieu est versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rom. 5:5) ; et encore : « Autant il y a de promesses de Dieu, en lui est le oui et en lui l’amen, à la gloire de Dieu par nous » [2 Cor. 1:20].

 

2.2.2       Examen de 2 Cor. 1:20, 21

« Or celui qui nous lie fermement avec vous à Christ et qui nous a oints, c’est Dieu, qui aussi nous a scellés, et nous a donné les arrhes de l’Esprit dans nos cœurs » (2 Cor. 1:20-22) ; passage bien riche et précieux ! Nous y voyons Dieu, le grand Auteur de toutes nos bénédictions et la puissance par laquelle il les opère, nous liant fermement à Christ, notre Chef glorieux et béni, dans la communion d’une même gloire avec Lui ; dans la communion de ce en quoi Dieu est glorifié, par l’accomplissement en Christ lui-même de toutes les promesses dans leur merveilleuse étendue de bénédiction. Et étant admis à avoir en grâce notre part avec Christ, nous sommes directement les objets mêmes de la bénédiction, comme associés à Lui, de sorte que nous jouissons de toutes les conséquences des promesses. C’est notre portion, les promesses étant en Christ, à la gloire de Dieu par nous.

C’est Dieu qui nous établit dans cette portion. Mais comment le savons-nous ? Quelle en est la marque ? Comment en jouit-on, comment possédons-nous les arrhes, alors que nous n’avons pas l’héritage, et que la gloire n’est pas encore venue ? Voici la réponse : Dieu nous a établis en Christ — telle est l’assurance et la sécurité de notre position. Il nous a oints de l’onction de la part du Saint, c’est-à-dire venant de lui-même, onction par laquelle nous connaissons toutes choses (1 Jean 2:20 ; comp. avec 1 Cor. 2, du v. 7 à la fin du chapitre, où tout est clairement expliqué) ; mais alors la possession de l’Esprit est le sceau ou la marque qui indique d’une manière significative que nous appartenons à Dieu, que nous sommes ses héritiers : « Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, celui-là n’est pas de lui ». Nous ayant été donné pour demeurer en nous, nous avons, étant héritiers, l’Esprit comme arrhes dans nos cœurs. Nous abondons « en espérance par la puissance de l’Esprit Saint » (Rom. 15:13). Sachant que nous sommes fils, nous trouvons nos délices dans la pensée de l’héritage, et dans celle d’être semblables à Celui qui est « premier-né entre plusieurs frères ». Et dans cette joie de l’Esprit Saint, nous sommes remplis (au milieu même de beaucoup d’afflictions) « de toute joie et paix en croyant », l’âme entrant, comme associée avec Christ, dans toute la gloire qui accomplit en Lui toutes les promesses de Dieu. Esprit. Être ainsi associé à Christ dans ces choses forme la meilleure partie de la joie, la partie la plus précieuse et la plus intime, bien que ce ne soit pas toute la joie. Je dis : pas toute la joie, parce que (de quelles richesses ne sommes-nous pas comblés ! elles dépassent toute expression) il n’est pas dit seulement : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés », bénédiction connue comme étant notre portion, dans la communion de laquelle l’Esprit nous garde, et qui aura sa manifestation dans la gloire où nous en jouirons avec Christ. Mais le Seigneur a dit aussi : « Et que le monde connaisse... que tu les as aimés comme tu m’as aimé ». Par conséquent, nous ne sommes pas seulement les compagnons du Fils de l’homme dans la gloire, mais étant fils de Dieu par adoption, nous y sommes comme frères, introduits dans toute la joie du royaume du Père, ou plus exactement de la maison du Père, où la place nous est préparée par le Premier-né. Ainsi l’amour du Fils, riche et sans jalousie, parce qu’il est divin, nous donne une place dans la gloire qui Lui a été donnée, et nous manifestera dans cette gloire ; et ce sera pour le monde la démonstration que le Père nous a aimés comme il a aimé Jésus. Y a-t-il rien de semblable à cet amour ? N’avons-nous pas la preuve, rien qu’en y pensant, qu’il est tout à fait divin ? Nul, si ce n’est Dieu, ne peut opérer, agir et connaître ainsi. La possession même de ces choses dans nos cœurs témoigne que Dieu est là, si elles sont connues dans l’amour, dans un saint amour, car « celui qui demeure dans l’amour, demeure en Dieu et Dieu en lui ». Et ces choses nous les avons maintenant, non que nous soyons déjà entrés en possession de l’héritage, mais l’Esprit nous en donne et nous en fait goûter les arrhes, comme le même Esprit nous le dit par l’apôtre : « Nous vous écrivons ces choses, afin que votre joie soit accomplie » (1 Jean 1:4) ; « afin que vous aussi vous ayez communion avec nous ; or notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ » (v. 3).

Voilà un lieu vraiment saint pour y habiter, une demeure qui convient à des saints, que le sang de Jésus pouvait seul nous acquérir, où nul autre que Dieu ne pouvait nous introduire, nous présentant devant Lui sans tache en vertu de l’œuvre merveilleuse qu’il a accomplie par Christ. Mais c’est là notre place, telle est notre portion. Que sa grâce en soit bénie ! Qu’elle le soit d’autant plus que cette portion est sainte, que nous en jouissons, parce que nous avons l’Esprit Saint qui la révèle et nous donne avec elle une communion spirituelle et divine, nous scellant comme héritiers de tout ce qu’elle renferme, et étant la puissance de la joie que nous avons en elle. Ô mon âme ! demeure dans cette joie, la joie en Christ !

Remarquons que l’apôtre dit : « Avec son Fils Jésus Christ », ce qui n’est pas seulement l’expression de la foi en sa Personne, mais une parole qui nous présente le Seigneur dans ce caractère de Sauveur et d’homme oint, caractère dans lequel il nous a amenés en communion, et nous a associés avec Lui dans cette relation de fils, et nous a de plus fait avoir communion avec le Père comme fils ; nous-mêmes étant fils, mais par Lui.

Cette relation des croyants avec le Père nous est confirmée par ces paroles du Seigneur : « Je ne vous dis pas que moi je ferai des demandes au Père pour vous (comme si le Père lui-même ne vous aimait pas) ; car le Père lui-même vous aime, parce que vous m’avez aimé, et que vous avez cru que moi je suis sorti d’auprès de Dieu ». Ils avaient cru cela, mais ne connaissaient pas encore pleinement, ce qui est connu ainsi seulement par l’Esprit Saint (l’Esprit d’adoption qui fut donné), savoir que Jésus était sorti d’auprès du Père. À cet égard leur esprit était borné, et c’est cependant la vie des saints. C’est pour cela que la notion que Christ n’est entré dans sa relation filiale que lors de son incarnation, tend tellement à détruire même la joie élémentaire de l’Église, et répugne à ceux qui ont communion par l’Esprit avec la vérité.

 

2.3   Les fleuves d’eau vive, conséquence de la glorification de Christ

Mais la joie et le bonheur dont je parle, me conduisent directement à la déclaration contenue dans ces paroles : « Celui qui croit en moi, selon ce qu’a dit l’Écriture, des fleuves d’eau vive couleront de son ventre » (Jean 7:38). Ici encore vous remarquerez que c’est quelque chose d’individuel ; c’est la portion du croyant, de quelque manière que ce soit administré. Voici ce qui suit : « Or il disait cela de l’Esprit qu’allaient recevoir ceux qui croyaient en lui ; car l’Esprit n’était pas encore [donné], parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié ». Or cette déclaration, nous le verrons, est d’une extrême importance. Elle se rattache au caractère et à l’état tout entiers de la dispensation actuelle, comme étant celle des bénédictions de Dieu qui est au-dessus de toute dispensation, vu qu’elle nous amène en communion avec Dieu lui-même. Il faut en excepter le fait du don de l’Esprit Saint comme puissance de vie et adoration.

Jean 4, dont j’ai déjà parlé, bien que renfermant l’idée de dispensation, ne repose pas sur elle. Il montre, en disant qu’on n’adorera plus sur « cette montagne », ni même à Jérusalem, que ce qui prendrait place serait la puissance vivante de communion avec le Père, avec Dieu qui est Esprit, et cela en quelque endroit que ce fût. C’est pourquoi c’était une puissance vivifiante, manifestée aussi bien dans l’humiliation que dans la gloire ; oui, selon le don de l’amour qui avait sa preuve dans l’humiliation du Seigneur. Et, en effet, l’heure était alors là, aussi bien qu’elle était à venir.

Il n’en est pas ainsi des chap. 3 et 7, bien qu’ils renferment ces choses. Le chap. 3, comme nous l’avons vu, parle du royaume, et montre ce qu’il fallait à un Juif pour entrer dans la partie terrestre de ce royaume. Il devait être vivifié : cela seul pouvait y amener même ceux qui nominalement en étaient les enfants, parce que c’était le royaume de Dieu.

 

Analyse détaillée de Jean 7:38, 39. L’Esprit Saint, source d’eau vive, coule dans les croyants et découle d’eux dans le désert, en conséquence de la gloire de Christ qui en est la source. Il rafraîchit et féconde, faisant porter les fruits dans lesquels Christ prend plaisir.

Mais dans le chap. 7, il est question du don de l’Esprit comme conséquence de l’ascension de Jésus et de son entrée dans le ciel comme Homme glorifié. Ses frères, représentant les Juifs incrédules, avaient engagé Jésus à venir à la fête des tabernacles, afin de se montrer lui-même au monde. Jésus répondit que leur temps à eux était toujours prêt, mais que le sien n’était pas encore venu. Le huitième jour de la fête, jour qui était particulier à cette fête (le jour de la résurrection, fête d’une nouvelle semaine et commencement d’une nouvelle scène), ce jour-là, la grande journée de la fête, Jésus se tint là, et cria : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive ». Les Juifs venaient célébrer la fête des tabernacles comme étant en repos dans le pays ; et de même qu’autrefois l’eau du rocher (et le rocher était Christ) avait suivi et désaltéré les fils d’Israël dans le désert, Jésus voulait abreuver ceux qui viendraient à Lui, et bien plus, les siens étant unis à leur Chef glorifié, il devait les remplir tellement de l’Esprit, que non seulement de Lui vers eux, mais que d’eux-mêmes vers d’autres, découleraient des fleuves d’eau vive, savoir l’Esprit que devaient recevoir les croyants. Il est dit : de leur « ventre ». Cette expression est pour moi très précieuse. Elle est d’un usage familier dans les Écritures pour désigner les pensées, les sentiments, la condition de l’homme intérieur. Tout repose sur cette bénédiction particulière. Elle nous fait voir la différence essentielle entre l’action de l’Esprit Saint aujourd’hui, et celle opérée autrefois par l’Esprit sur les prophètes. La possession de l’Esprit Saint maintenant, repose sur le fait de notre union avec Christ ; par conséquent, c’est une chose constante, et un gage, pour la personne en qui il habite, de la part qu’elle a aux choses qu’il révèle. Comme uni au Chef, Christ, le croyant a été amené en communion avec Lui, dans tout ce en quoi le Chef est révélé. Le croyant possède l’Esprit en vertu de cette union ; l’Esprit est donc nécessairement en lui le témoin de sa participation à ces choses révélées. Et comme l’union du croyant avec Christ se rattache à la nature divine qui lui a été communiquée, l’esprit, les pensées, les sentiments, les joies, les douleurs, les intérêts, les consolations, les craintes, les espérances, les fleuves d’amour, toutes les choses dans lesquelles entre cette nature, sont maintenant la portion du saint. Cela a lieu, en même temps, selon la puissance de l’énergie de l’Esprit, qui, bien que demeurant en nous, agit cependant d’une manière indépendante (c’est-à-dire par rapport à nous), quoique ce soit selon l’ordre et les révélations de la dispensation dont il est la puissance : « Il dira tout ce qu’il aura entendu » (Jean 16:13).

Je ne parle pas maintenant du combat avec la chair et avec le monde (car les deux sont la conséquence de la même chose), combat qui subsiste encore, malgré la présence de l’Esprit, et même à cause de sa présence. Je parle de la chose elle-même, c’est-à-dire de l’énergie de l’Esprit. L’Esprit, comme arrhes, est en rapport avec la gloire de Jésus, et par conséquent, remplit le cœur de joie triomphante et d’espérance. L’Esprit Saint, par sa présence, est le témoin que Christ, comme Homme, est dans la gloire ; de plus, il demeure en ceux qui, n’étant pas encore glorifiés, sont sanctifiés pour Dieu, et de là résultent deux choses précieuses. D’abord l’Esprit, comme arrhes, est le témoin complet de « la certitude d’intelligence » la plus entière, parce que Jésus, qui est maintenant sur le trône, a passé par tout le combat ; de plus, l’Esprit est le témoin de l’acceptation de Jésus par le Père selon la justice divine. En second lieu, l’Esprit est entré dans toutes les circonstances par lesquelles l’Homme juste a passé, donnant ainsi, en Celui qui a reçu « la langue des savants pour soutenir celui qui est las », le modèle et la forme de connaissance dont les saints ont besoin dans toutes les épreuves par lesquelles, conduits par l’Esprit, ils passent et doivent passer.

L’Esprit devient ainsi un Esprit de sympathie parfaite, la sympathie de l’Esprit de Christ, connaissant la gloire et, par conséquent, sensible selon Dieu, à l’extrême misère, à la douleur, à la dégradation, au milieu desquelles, quant aux circonstances, se trouvent plongés ceux en qui il demeure comme témoin de Jésus ; et sachant ce que sont leurs épreuves dans la voie de la gloire et dans le sentier de patience qui y conduit. En même temps, il est aussi le témoin de l’amour du Père manifesté dans la gloire. Et ainsi, l’Esprit affluant dans leurs cœurs, car ils sont par lui unis à Jésus, d’eux découle comme un fleuve de rafraîchissement divin dans le désert, pour rafraîchir tous ceux qu’atteignent ces eaux célestes et bénies, afin que s’en abreuvant comme une terre déserte et altérée, ceux-ci produisent cette verdure et ces fruits, en qui le grand Chef de l’Église trouve sa joie et ses délices, tandis que leur joie à eux est accomplie à cause de leur communion avec la source d’où découlent les eaux vives. De chaque âme où le fleuve est reçu, le fleuve découle aussi pour rafraîchir d’autres âmes.

Jésus ne pouvait pas alors se montrer au monde comme prenant place au milieu des Juifs, ses frères selon la chair ; mais tout individu d’entre eux qui croyait en Lui, avait part à la bénédiction promise et présentée par le Seigneur, et qui était substituée à celle d’Israël. Mais, étant un objet de foi, elle s’adressait à « celui qui a soif » ; elle appartenait donc à quiconque croyait. Nous avons maintenant à nous enquérir d’où venait ce fleuve d’eau vive, de quoi il dépendait. L’Esprit saint a été envoyé de la part du Père par Jésus glorifié, et est devenu le témoin de l’acceptation parfaite de Christ que déclare sa glorification à lui, l’Homme qui a pris sur soi la responsabilité de nos péchés ; et il est aussi le témoin de la gloire qui Lui a été conférée, et de tout ce qui est mis en évidence dans sa Personne, comme assis dans les lieux célestes. Cette gloire est notre espérance, car nous le verrons comme il est et nous Lui serons semblables. De plus, l’Esprit est le témoin de notre communion avec Lui — non selon cette gloire dans laquelle il apparaîtra à la terre, car je ne sache pas que cela nécessite l’Esprit Saint, bien que la communion vitale avec Lui d’une manière quelconque, le rende nécessaire, comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent — mais l’Esprit est le témoin de notre communion avec Lui, selon la gloire dans laquelle il est assis sur le trône du Père, gloire dans laquelle, nous qui sommes fils, nous le connaîtrons « en ce jour-là », celle dans laquelle l’Église le connaît comme assis actuellement sur le trône du Père.

Il y a une gloire que Jésus revêtira d’une manière visible à tous, sa propre gloire comme Seigneur et Fils de l’homme, et dans laquelle « tout œil le verra ». Mais il y a une gloire révélée maintenant par l’Esprit, dans laquelle l’Église le connaît, dans laquelle, bien que Fils de l’homme, il est un avec le Père. C’est une gloire dans laquelle il est entré comme Homme, une gloire auprès du Père, qu’en elle-même il avait auprès du Père avant que le monde fût, mais qu’il a prise maintenant comme Homme. L’Esprit nous la fait connaître, à nous qui « sommes membres de son corps, de sa chair et de ses os », et nous met en communion avec elle ; et elle est pour nos cœurs la puissance et l’objet de l’espérance. C’est ainsi qu’il est écrit : « Par l’Esprit, sur le principe de la foi, nous attendons l’espérance de la justice ». Cette justice est établie pour nous en Christ assis sur le trône, car Celui qui a porté nos péchés est allé auprès du Père dans la gloire qui est le résultat et la récompense de cette justice. Par-là, nous voyons que la gloire est notre part en espérance, car la justice est nôtre. Et comme nous sommes en Christ, la gloire est aussi à nous. Bien que son unité avec le Père, qui Lui donne sa place où se trouve maintenant la gloire, appartienne à Lui seul, cela n’est point sans porter avec soi une bénédiction pour nous, car l’Église connaît cette unité en Lui, et ainsi la pleine et divine source de la gloire lui est manifestée. De même que maintenant Christ est dans le Père, et nous en lui, et lui en nous, ainsi, au jour de son apparition, ce sera Christ en nous, et le Père en Lui, afin que nous soyons « consommés en un » (Jean 14:20 ; 17:23).

Nous avons vu que la source abondante de ces fleuves d’eau vive est la gloire du Fils de l’homme sur le trône du Père ; mais nous n’avons pas dit tout ce qui en découle. La fête des tabernacles avait lieu, dans le pays, après l’accomplissement des promesses faites au peuple d’Israël, et comme Salomon, à l’occasion d’une grande célébration de cette fête (type du règne à venir de Christ), disait : « L’Éternel parla de sa bouche à David, mon père, et de sa main il a accompli sa parole » ; de même, c’est à Christ que toutes les promesses ont été faites, comme héritier de toutes choses, Fils de Dieu, Fils de l’homme, Fils de David. « Autant il y a de promesses de Dieu, en lui est le oui et en lui l’amen, à la gloire de Dieu par nous ». Or, tout ce dont nous venons de parler est pour la gloire de Dieu manifestée en Christ, mais puisque c’est à la gloire de Dieu par nous, Christ prend les promesses comme homme, afin qu’ayant purifié et sanctifié les enfants par son sang, il puisse les introduire comme ses cohéritiers dans la jouissance de ces promesses, en témoignage de l’amour du Père envers eux. Ainsi, quant à eux aussi, tout ce dont il est héritier comme homme glorifié — et en droit comme Fils de Dieu — fait partie de ces fleuves d’eau vive, dont ils jouissent dans la connaissance et la communion par l’Esprit. Et c’est pour cela qu’au passage que nous avons cité, l’apôtre ajoute : « Celui qui nous lie fermement avec vous à Christ et qui nous a oints, c’est Dieu, qui aussi nous a scellés, et nous a donné les arrhes de l’Esprit dans nos cœurs » (2 Cor. 1:21, 22).

Non seulement l’Esprit révèle la gloire de Jésus, assis maintenant comme homme sur le trône de Dieu, mais aussi ce qu’il prendra lorsqu’il apparaîtra en gloire, et que tout sera bénédiction. Nous sommes appelés à hériter de la bénédiction ; par conséquent, du moment que la terre est bénie, cette bénédiction devient une partie de notre héritage en Christ. Ce sera au temps où s’accomplira la prophétie d’Osée : « En ce jour-là, dit l’Éternel, j’exaucerai les cieux, et eux exauceront la terre, etc. » (Osée 2:21). Tout ce qui est promis à Christ comme semence d’Abraham et grand objet des desseins de Dieu (voyez Gal. 3), toutes les choses dans lesquelles se déploie la gloire de Dieu, qui ornent, reflètent et manifestent cette gloire par Christ (et toutes choses sont pour Lui), sont à la gloire de Dieu par nous. L’Esprit nous fait jouir en espérance de cette bénédiction dans toute son étendue et sa plénitude de bonheur, en Christ, le dernier Adam, et en même temps le Seigneur venu du ciel, le témoin en bénédiction (le mal étant vaincu) de tout l’amour du Père déployé envers et dans la créature introduite dans l’héritage. Les promesses sont à nous en Christ, et nous le voyons, quoique toutes choses ne soient pas encore mises sous ses pieds, couronné de gloire et d’honneur, rendant toutes choses sûres, car il est Celui qui les soutient, le Premier-né de toute la création, aussi bien que le Premier-né d’entre les morts, et le Chef de l’Église. Ainsi, parce que nous sommes en Christ et participants de l’Esprit, nous possédons ces choses et abondons en espérance, car elles sont le témoignage de l’amour et de la bénédiction du Père, apportant leur tribut à ces fleuves d’eaux vives, c’est-à-dire à la connaissance de la gloire de Christ en elles. On en jouit intérieurement par l’Esprit, et là où est cette jouissance, ces eaux débordent, car nul cœur humain qui en jouit ne peut les garder pour lui-même.

Pensée assurément bien réjouissante — car il nous faut prendre maintenant les promesses dans leur sens le plus étendu — toutes choses dans les cieux et sur la terre sont à Christ comme héritier. En effet, il les a toutes créées, et toutes doivent être réconciliées par Lui ; et si elles sont réconciliées avec Dieu, combien complète et abondante sera la bénédiction ! C’est pendant qu’Israël traverse le désert que coule le fleuve, car le désert n’en sera plus un, lorsque Israël sera reconnu de Dieu. En fait, les ruisseaux d’eau n’appartenaient pas au désert, mais ils y jaillissaient pour le premier-né, Israël (voir Ex. 4:22), lorsque le premier-né était là. Beau tableau de la faveur divine et de l’espérance triomphante ! « Le désert et la terre aride se réjouiront ; le lieu stérile sera dans l’allégresse et fleurira comme la rose », lorsque, par la faveur divine, Israël entrera dans son héritage. Ainsi, quand Israël traverse le désert — quoique le désert reste toujours ce qu’il est — le fleuve, qui un jour le renouvellera et le réjouira, coule pour rafraîchir Israël d’une manière bénie dans le lieu aride. Ainsi, Moise et les fils d’Israël, lorsqu’ils sont sortis de la mer Rouge, proclament, dans leur magnifique cantique, qu’ils veulent préparer à l’Éternel, leur Dieu, une habitation, et l’exaltent comme le Dieu de leur père ; puis ils ajoutent : « Tu as conduit par ta bonté ce peuple que tu as racheté ; tu l’as guidé par ta force jusqu’à la demeure de ta sainteté ». Israël avait déjà été amené à Dieu, et nous le sommes aussi. Ensuite, le cantique continue : « Tu les introduiras et tu les planteras sur la montagne de ton héritage, le lieu que tu as préparé pour ton habitation, ô Éternel ! le sanctuaire, ô Seigneur ! que tes mains ont établi. L’Éternel régnera à toujours et à perpétuité ». Le lieu destiné à Israël, le pays que les tribus rachetées avaient en espérance, était Canaan, et Canaan strictement au-delà du Jourdain. Nous voyons, en effet, que Moïse discuta avec les deux tribus et demie, lorsqu’elles demandèrent de rester en deçà, et que, dans cette occasion, les autres sont seules nommées les fils d’Israël (Nomb. 32:6, 7). Il en est de même de l’Église qui a sa vraie place dans le ciel. Mais, dans les promesses faites à Abraham, les limites d’Israël s’étendaient depuis le fleuve d’Égypte jusqu’au grand fleuve, l’Euphrate, et le désert y était compris. Or, le jour devait venir où le désert et le lieu aride se réjouiraient, où le lieu stérile fleurirait comme la rose, et verrait la gloire de l’Éternel et la magnificence du Dieu d’Israël ; mais le sanctuaire que Dieu avait préparé pour sa demeure était le lieu où Israël devait être introduit. Portion bénie de son peuple ! Il en est ainsi pour les saints maintenant. Ils ont leur place dans le ciel, et ils la connaissent maintenant en esprit et en espérance ; ils la connaissent comme étant à eux, bien que, pour un peu de temps, il faille lutter là contre « la puissance de méchanceté qui est dans les lieux célestes », et qui s’y maintient jusqu’au jour du grand combat qui les en exclura pour toujours. Ainsi les saints ont leur place, leur siège dans les lieux célestes, au-delà du Jourdain ; héritage précieux, où Christ a placé pour eux la gloire — la gloire du Père et la sienne !

Bien que le monde soit un désert à travers lequel les saints passent comme étrangers, le monde, ainsi que toutes choses, est à eux. Du moment qu’ils sont rachetés, encore qu’ils ne jouissent plus du repos d’Égypte, et qu’ils n’aient plus les aulx et les concombres, les oignons et l’esclavage, et bien que le monde soit pour eux un désert, « une terre aride et altérée, sans eau », ils sont appelés à le traverser comme étant à eux — à eux pendant qu’il n’est qu’un désert — mais ils sont appelés à s’y trouver après être sortis d’Égypte, pour y célébrer une fête à l’Éternel. Et si, de même que les Israélites pendant que Moïse était sur la montagne pour recevoir la loi, il en est qui célèbrent une fête au veau d’or, cela ne change en rien ce qu’est le désert pour le cœur fidèle. Les croyants ont été conduits hors d’Égypte, et non seulement ils savent en esprit qu’ils ont été amenés à Dieu, pour être aussi en esprit dans les lieux célestes, mais là ils trouvent Jésus, et c’est parce qu’ils le trouvent là, qu’ils y sont eux-mêmes. En trouvant Jésus, ils apprennent que toutes choses sont à eux, même dans le désert. Et là ils ne peuvent être nourris que du pain du ciel, guidés seulement par ce qui est céleste, abreuvés uniquement par l’eau du rocher, ou plutôt par le fleuve de Dieu qui coule en eux ; mais s’ils sont dans le désert, ils savent en Jésus quel est leur héritage. « Toutes choses sont à vous », dit l’apôtre, « et vous à Christ, et Christ à Dieu ».

Le désert n’est maintenant pour les croyants qu’un lieu de passage ; il n’y a rien là pour eux, et cependant toutes choses leur appartiennent. Mais de même qu’Israël dans le désert, quand l’Église passe ainsi à travers le monde qui est son héritage, le fleuve d’eau vive est là, jaillissant dans le cœur des saints, et ils chantent : « Tu as conduit par ta bonté ce peuple que tu as racheté ; tu l’as guidé par ta force jusqu’à la demeure de ta sainteté », car en droit l’œuvre de la rédemption est complète, bien que n’étant pas encore accomplie en puissance quant à la création. La réconciliation de toutes choses sur la terre et dans les cieux aura lieu, en vertu du sang de la croix, mais nous sommes maintenant réconciliés. Quand l’eau vive arrosera et fera revivre le désert, quand le Fils de l’homme prendra de fait le monde comme son héritage, et que l’Esprit sera de nouveau répandu (Es. 32:15), le désert ne se réjouira-t-il pas, ne s’égaiera-t-il pas, et ne fleurira-t-il pas ? Eh bien, le fleuve d’eau vive remplit déjà le cœur de celui qui appartient à Dieu, de celui qui croit en Jésus, maintenant, et cela parce qu’il est dans le désert ; ainsi ne se réjouira-t-il pas et ne fleurira-t-il point ? Oui, certainement ; « des fleuves d’eau vive couleront de son ventre », et quoique coulant souvent sur des cœurs semblables à des sables arides, qui les absorbent sans rien rendre en retour, et restent comme auparavant secs et stériles, cependant partout où ils rencontrent la terre que la main de Dieu cultive et les semences qu’il y répand, celles-ci seront aussi rafraîchies et pousseront leur jet.

Il est très important de remarquer ici le caractère individuel de ce dont nous venons de parler, et que j’ai déjà mentionné précédemment, parce que c’est le principe de salut au milieu de la désolation et du mal, quelque bien général que d’ailleurs ce principe puisse produire. Il n’est pas dit des croyants : Ils boiront du fleuve qui sort du rocher, ou ils boivent en commun du même fleuve, mais : « Des fleuves d’eau vive couleront de son ventre ». C’est la possession personnelle de l’Esprit Saint, sa demeure en nous individuellement. Et c’est ainsi que la chose est présentée constamment dans l’évangile de Jean, qui traite de ce qui est essentiel aux saints et de ce qui les unit, et non des conséquences qui en résultent.

 

2.4   La possession de l’Esprit, caractère des saints de la dispensation actuelle

2.4.1       Elle est le résultat de la glorification de Christ

Sous un autre point de vue, la demeure du Saint Esprit en nous présente un trait particulier à la dispensation actuelle, un caractère qui lui est spécial et qui résulte de l’exaltation de Christ dans la gloire. La place qu’il occupe est le témoignage que toutes choses sont accomplies ; Lui-même est personnellement en possession du résultat de cet accomplissement, et nous sommes unis à lui pour en jouir, Lui étant là continuellement. Par conséquent, ce témoignage est totalement différent de tout autre qui l’a précédé et qui était relatif aux choses à venir, si précieux d’ailleurs qu’il soit. En réalité, le mystère (l’union des Juifs et des gentils en un seul corps) n’était pas révélé, et, comme je l’ai déjà fait remarquer, le témoignage qui était alors rendu n’était aucunement lié avec la jouissance des choses qui en faisaient l’objet, non pas même quand les témoins étaient des saints, comme le montre 1 Pierre 1:10, 12.

Ce témoignage différait aussi, autant que possible, de toute opération de l’Esprit produisant des fruits, bien qu’il fût l’œuvre de l’Esprit vivant de Christ (toujours efficace pour sauver). La raison en est que l’on ne rendait pas et que l’on ne pouvait pas rendre témoignage à un Christ vivant, Homme glorifié dans le ciel, avec lequel on était uni, qui avait accompli toutes les choses dont on avait à jouir, qui donnait un droit à y participer et un fondement à la jouissance de ces choses. Cela ne pouvait exister que lorsque Jésus aurait accompli toute l’œuvre que Dieu Lui avait donnée à faire, qu’il serait dans la gloire, et de là aurait envoyé l’Esprit Saint, puissance de communion pour ceux qui sont unis à Lui. La chose n’existait pas, l’œuvre n’était pas accomplie, et Jésus, comme Homme, n’était pas dans la gloire. C’est pourquoi il est dit : « L’Esprit n’était pas encore, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié ».

Le fait est que l’union de l’Église avec Christ en un seul corps, n’était pas même encore révélée. C’était un mystère caché en Dieu comme Christ l’est maintenant, et qui, par conséquent, ne pouvait être connu et dont on ne peut jouir que par l’Esprit Saint donné à ceux qui croient. Ce n’est pas qu’il y ait une autre œuvre par laquelle l’homme soit sauvé (le croyant sait que cela est impossible), ni non plus un autre Esprit, car il y a « un seul Esprit ». Mais l’Esprit ne pouvait alors rendre témoignage à ceux en qui il agissait, que le croyant était, comme chose actuelle, uni à Jésus ressuscité, à l’Homme glorifié, comme il le fait maintenant à l’âme des fidèles ; car ces choses n’existaient pas.

Si l’on dit : « Cela était vrai pour la foi », je réponds, non, cela ne pouvait être vrai pour la foi qu’ils fussent alors unis à Jésus et le connussent comme glorifié, car Jésus ne l’était pas encore, et l’Esprit Saint n’était pas venu, sur le pied de cette union, faire sa demeure dans le cœur du croyant. « L’Esprit n’était pas encore », dans le sens de demeurer comme témoin de l’Homme glorifié en ceux qui, par l’Esprit, étaient unis à Christ.

C’est toute la différence qui existe entre quelqu’un qui est libre et quelqu’un qui espère l’être sur la parole d’un homme véridique, qui n’a jamais menti, et qui est capable d’accomplir ce qu’il a promis. Tous deux ont une certitude, mais elle n’est pas la même. « Si le Fils vous affranchit », vous serez véritablement libres ; c’était là « ce quelque chose de meilleur » que Dieu avait en vue pour nous (Héb. 11:40), « afin qu’ils ne parvinssent pas à la perfection sans nous ». C’est ce qui fait que « le moindre dans le royaume de Dieu est plus grand » que même le plus grand de ceux qui sont nés de femme, comme Jean le Baptiseur, le plus grand des prophètes (Luc 7:28). C’est cette présence de l’Esprit Saint avec et dans les croyants (Jean 14:17), résultat de l’accomplissement de l’œuvre de Christ et témoignage de notre union avec Lui, qui fait la différence entre « l’assemblée des premiers-nés écrits dans les cieux », et « les esprits des justes consommés » (Héb. 12:23). Les fils d’Israël en Égypte pouvaient croire et croyaient à la promesse de l’Éternel relativement à Canaan, comme on le voit par l’exemple de Jacob, et celui de Joseph, qui « donna un ordre touchant ses os » (Gen. 50:25 ; Héb. 11:22) ; mais quelle que fût la fermeté de leur foi, ils ne pouvaient pas dire : « Tu as conduit par ta bonté ce peuple que tu as racheté ; tu l’as guidé par ta force jusqu’à la demeure de ta sainteté », parce que l’œuvre de leur rédemption n’était pas accomplie. C’est là ce qu’ils pouvaient chanter après avoir été tirés d’Égypte et avoir traversé la mer Rouge, bien qu’ils ne fussent encore amenés que dans le désert où il n’y avait ni chemin, ni pain, ni eau ; ils pouvaient chanter ainsi, parce qu’alors ils étaient rachetés. Je considère ici l’ensemble des choses et non aucun type en particulier.

J’insiste sur ce point, parce qu’un grand nombre de personnes trouvent difficile de comprendre qu’il y ait un même moyen de salut, et que cependant il y ait une différence dans l’état de ceux qui sont sauvés. Mais nous lisons : « Aussi longtemps que l’héritier est en bas âge, il ne diffère en rien d’un esclave, quoiqu’il soit seigneur de tout ; mais il est sous des tuteurs et des curateurs », n’ayant aucun rapport libre et immédiat avec la pensée du père, ni l’intelligence des intérêts de celui-ci.

 

2.4.2       La relation filiale du croyant avec le Père et l’union avec Christ glorifié caractérisent la demeure de l’Esprit dans le croyant

La connaissance de sa relation filiale avec le Père et de son union avec Christ, en voyant quels sont les droits de Christ, tels sont les traits caractéristiques de la demeure de l’Esprit Saint dans le chrétien. Quoique nous ne voyions pas encore que toutes choses Lui soient assujetties, nous voyons cependant « Jésus couronné de gloire et d’honneur », de sorte que nous nous réjouissons dans la perspective de ce qui nous est réservé selon le droit que nous y avons en Lui, « puisqu’il n’a pas honte de nous appeler ses frères ».

Ainsi, en Rom. 8, où la présence de l’Esprit Saint dans le croyant est présentée comme étant le caractère même de la dispensation actuelle, l’apôtre, après avoir montré les opérations morales de l’Esprit (c’est-à-dire comme vie dans l’âme) et la vivification du corps par son action, parle de Lui comme demeurant personnellement en nous, et y étant témoin avec nous : « L’Esprit lui-même rend témoignage avec notre esprit, que nous sommes enfants de Dieu », et par conséquent héritiers ; « héritiers de Dieu, cohéritiers de Christ ; si du moins nous souffrons avec lui, afin que nous soyons aussi glorifiés avec lui ». Nous avons ici la chose dans son ensemble — les enfants de Dieu, c’est-à-dire l’assemblée des premiers-nés, placés dans le désert, comme l’était Israël, duquel Dieu a dit : « Israël est mon premier-né ». Ensuite Canaan, figurant le ciel, est placé devant nous qui sommes héritiers de Dieu, car Canaan était sa terre, et son droit en Israël s’étendait d’un fleuve à l’autre. Pour Israël, cela comprenait Canaan et le désert ; pour nous, le ciel et la terre. Nous sommes « cohéritiers de Christ », comme les Israélites l’étaient du « pays d’Emmanuel », et il est ajouté : « Si du moins nous souffrons avec lui », car nous passons à travers le monde comme à travers un désert.

L’Esprit Saint nous présente toutes ces choses dans leurs deux grands caractères, la gloire et les souffrances. La gloire nous appartient comme enfants et cohéritiers, et nous l’avons en espérance. Lorsque la perspective de la gloire est obscurcie en nous, nous y devenons indifférents, et profanes dans nos pensées. Si, au contraire, elle brille dans nos cœurs, nous n’avons besoin ici-bas que de la manne (Christ), de l’eau (l’Esprit) et de la patience pour le désert, soupirant après le repos, mais soumis, à cet égard, à la volonté de Dieu. Lorsque, par l’Esprit, nous demeurons réellement dans la gloire, lorsque nous nous rassasions vraiment des grappes d’Escol, nous devenons morts à tout, sauf à la saveur et à la gloire de l’espérance. Ce qui est céleste l’est réellement pour nous, parce que nos pensées sont tournées vers le ciel ; nous contemplons la gloire du Seigneur, et c’est dans le lieu sur lequel Dieu a « continuellement ses yeux », pays qu’on n’arrose pas « avec le pied », mais arrosé par des fleuves qui coulent entre les montagnes et dans les vallées, et qui « boit l’eau de la pluie des cieux », le domicile du royaume du Père. L’Esprit, en révélant Dieu dans nos cœurs (car il est Dieu), nous fait demeurer dans la plénitude de Dieu, et par là nous fait apprécier l’héritage, notre communion avec Christ dans la possession de cet héritage, et la gloire. Nous demeurons dans cette plénitude, jouissant de la précieuse saveur des délices que Dieu prend en Jésus qui remplit toutes choses, qui les remplira de fait un jour, et qui, par l’Esprit, nous est maintenant révélé sous ce caractère. Sa présence, lorsqu’il prendra effectivement cette place, remplira et réjouira les cieux et la terre, en en bannissant le mal.