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Méditations  de  J. N. Darby

 

 

 

1     Méditations de J. N. Darby    Galates  3    Les Promesses, la Loi et Christ

2     Méditations de J. N. Darby    Galates  5

3     Méditations de J. N. Darby    Galates  6:14

 

 

1            Méditations de J. N. Darby    Galates  3    Les Promesses, la Loi et Christ

Lausanne, le 12 septembre 1850    n°224 : ME 1923 p. 357

Ce qui est à craindre dans l’usage de la loi, ce n’est pas tant qu’on la considère comme l’unique moyen de justification, mais qu’on la mélange, en quelque manière, avec la grâce. L’homme inconverti veut ajouter un peu de grâce à la loi : il compte sur la bonté de Dieu pour suppléer à ce qui lui manque. Inversement, beaucoup de chrétiens sincères, tout en proclamant la valeur de la grâce, veulent ensuite y ajouter la loi. Ils portent en cela une atteinte plus grave à la vérité de Dieu, car au fond il est plus raisonnable d’ajouter la grâce à la loi que la loi à la grâce. «Êtes-vous si insensés ?» dit l’apôtre aux Galates dont c’était précisément l’erreur. «Ayant commencé par l’Esprit, achèveriez-vous maintenant par la chair ?» Une fois le fondement de la grâce posé, on veut introduire ensuite la loi. Les Galates ne prétendaient pas que la loi seule pût suffire pour s’approcher de Dieu ; mais leurs docteurs plaçaient devant eux la loi des Juifs comme nécessaire pour les rendre parfaits. C’est là ce que l’Esprit de Dieu dans cette épître dénonce comme venant de l’ennemi, et Il nous révèle de la façon la plus claire quelle est à cet égard la volonté de Dieu en Christ. Pour cela, Il met ici en contraste la doctrine de la promesse et celle de la loi.

On voit la promesse intervenir dès que l’homme est tombé. Avec la chute d’Adam, l’innocence est à tout jamais perdue dans ce monde. Mais la grâce de Dieu fait une promesse. Sa fidélité exigera que cette promesse soit accomplie. Il faut qu’elle le soit, puisqu’il y aura désormais dans ce monde des êtres qui accepteront, croiront cette promesse, et qui attendront de Dieu sa réalisation. Or l’effet de la promesse sur l’âme et le coeur de ceux qui seront ainsi mis en rapport spirituellement et d’une manière intelligente, avec son accomplissement, sera de produire une marche selon Dieu. C’est là ce qui fait l’harmonie de l’Écriture. Puissent nos âmes être vraiment intelligentes, pour que nous comprenions dans leur ensemble les voies de Dieu. Nous sommes mis ainsi en rapport avec ce que Dieu est ; et pour le connaître, Lui, le Dieu saint, il faut que le coeur soit renouvelé par la puissance du Saint Esprit. Autrement dit, il faut que le coeur soit amené à la connaissance du péché pour apprécier Dieu dans toutes ses voies.

Aussi la loi est-elle ensuite introduite, d’une façon occasionnelle pour ainsi dire, entre le péché et la promesse, comme par-dessus les voies de Dieu. Cette loi est d’une perfection telle que l’homme est entièrement incapable de l’accomplir, parce qu’il est pécheur, loin de Dieu, adonné à de mauvaises convoitises, alors que la loi demanderait pour être accomplie qu’il fût sans péché.

Ainsi viennent d’abord les promesses, puis la loi, qui ne donne pas la vie ; enfin vient l’accomplissement de la promesse, en Christ. L’ordre de ces révélations est merveilleux : la promesse est donnée avant la loi, pour qu’en tout temps la foi ait un appui ; la loi vient ensuite, pour que l’homme comprenne que seule sa volonté mauvaise l’empêche de profiter de la promesse ; l’accomplissement vient enfin montrer, malgré la transgression de l’homme, la parfaite fidélité de Dieu.

Suivons de plus près les voies de Dieu. La désobéissance d’Adam ayant tout gâté, Dieu donne une promesse. Il révèle un événement futur, résultat de sa grâce, par lequel doit être détruit le mal que l’homme a fait : le jugement est prononcé sur Satan. Mais la promesse n’est pas faite à Adam : la victoire qui sera le moyen de rétablissement est promise à la semence de la femme. Adam, comme chef de sa race, est totalement exclu : il n’est en aucune manière la postérité de la femme. C’est de Christ qu’il s’agit, Christ, seul centre où aboutissent toutes les voies de Dieu depuis la chute.

Une fois le Libérateur promis, l’homme est d’abord laissé à lui-même, sans loi, sans rien même de semblable au commandement qu’il avait reçu en Éden et qu’il n’avait pas su garder. Il tombe dans l’idolâtrie. C’est du sein de cette idolâtrie que Dieu appelle Abraham, et aussitôt Il lui donne des promesses ; mais ces promesses, elles aussi, dépassent Abraham, elles vont à sa semence, c’est-à-dire à Christ (v. 16). Isaac, en qui est appelée la semence, est enfant de promesse. Plus tard, David à son tour reçoit des promesses, pour lui et pour sa famille, et c’est encore Christ qui est l’héritier. Ainsi, toutes les fois que je retrouve les promesses, j’ai Christ devant moi, et Il est présenté de façon toujours plus précise à mesure que l’homme poursuit son histoire et que le péché envahit tout. La sphère de la révélation se rétrécit sans cesse, pour conduire à Christ : avec Adam, la promesse est faite à la semence de la femme, avec Abraham, à sa semence, enfin c’est la famille de David qui en devient dépositaire. Dieu n’a pas renoncé à ses intentions en grâce, mais, quant à l’administration des promesses l’homme a tellement manqué que Dieu a dû restreindre la sphère de la bénédiction.

Les promesses sont faites sans conditions à Abraham, c’est le fruit de la grâce de Dieu, du coeur même de Dieu, dans un monde où le péché est entré ; elles sont «la bonne nouvelle» du pardon de Dieu, embrassant d’avance tous les croyants (v. 8). Celles faites au peuple d’Israël ont un autre caractère : Dieu amène un peuple dans sa présence, après l’avoir racheté et lui avoir montré sa puissance, et Il lui donne une loi, de l’observation de laquelle dépend la bénédiction. Mais comment donc, dans ces conditions, l’homme obtiendrait-il celle-ci ? Il est perdu d’avance, dès qu’il y a une responsabilité. Aussi, il a beau avoir été délivré d’Égypte, avoir vu couler l’eau du rocher pour se désaltérer, la manne descendre pour le nourrir, du moment qu’il est placé vis-à-vis de Dieu dans une alliance dépendant de la fidélité de l’homme aussi bien que de celle de Dieu, Israël faillit : Moïse n’était pas descendu de la montagne que le peuple avait fait le veau d’or ! La loi sous laquelle il est placé entraînera toujours pour lui la condamnation et la mort.

Quel est donc le but de la loi ? Ôter les promesses ? En aucune manière. Mais, en provoquant les transgressions, faire éclater le péché, le montrer «excessivement pécheur» ; donc montrer l’homme indigne des promesses. La loi n’a pas été donnée pour sauver, ni pour fournir une force quelconque à l’homme ; elle ne donne pas la vie, elle ne pardonne rien. Elle manifeste ce qu’est l’homme devant Dieu. Si je commets un acte mauvais alors qu’il est défendu, j’ai montré et la convoitise qui est dans mon coeur et ma volonté, assez forte pour m’entraîner malgré la défense ; celle-ci n’a fait que forcer cette volonté à se dévoiler. Mettez une barrière devant un enfant, il s’acharnera dessus, il essaiera de prouver qu’il est assez fort pour la renverser. Il faut que le coeur soit entièrement mis à nu devant Dieu, que l’âme sente la force du péché sur elle. La loi montre que le péché est là, et cette volonté mauvaise qui veut passer outre à ce que veut la loi. Et sur ces choses elle prononce la malédiction et la mort.

Dans ces conditions, quel recours reste-t-il à l’homme ? L’intervention de Dieu seule, en grâce pour le sauver. Elle a eu lieu en Celui qui est l’accomplissement de la promesse, Christ. Il est venu dans ce monde pour l’accomplir. Qu’y a-t-il trouvé ? On lui a craché au visage et on l’a crucifié ; l’homme n’a pas voulu de l’accomplissement des promesses, il a entièrement méconnu celles-ci. Christ était là, ayant dans sa main toutes les promesses, on n’a pas voulu les recevoir. Le peuple voulait être digne des bénédictions divines, et c’est au nom de la loi que les violateurs de la loi rejettent les promesses. L’homme sera-t-il donc privé de celles-ci ? Non, avant de les accomplir en Christ, Dieu fait une, autre chose. Christ est placé sous le péché où l’homme se trouvait, et, né d’une femme, né sous la loi, il a porté la malédiction de la loi avant de prendre les promesses pour Lui. De même qu’Isaac, qui a dû être présenté en sacrifice sur Morijah pour hériter des promesses, Christ les reçoit comme homme ressuscité. Dieu avait dit à Abraham : «Parce que tu as fait cette chose-là, et que tu n’as pas refusé ton fils, ton unique... toutes les nations de la terre se béniront en ta semence, parce que tu as écouté ma voix» (Gen. 22:16-18). Et la bénédiction d’Abraham nous parvient dans un Christ mort et ressuscité (Galates 3:14).

Ainsi Jésus, rejeté comme l’accomplissement des promesses dans ce monde, se place sous l’effet de la violation de la loi pour expier le péché même de ceux qui l’avaient rejeté. Mais après la résurrection d’un tel Rédempteur qui a satisfait aux exigences de la loi, étant devenu malédiction pour nous, nous entrons dans la jouissance des promesses qui lui appartiennent. «Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi» (v. 13). Par la foi à l’oeuvre de Christ, nous recevons l’Esprit promis et nous sommes rachetés pour entrer dans la jouissance de tout ce dont Christ est héritier.

Remarquez que cette nécessité absolue de la grâce s’applique à tous, même à ceux qui estiment ne pas avoir violé la loi. Car quiconque se place sur le terrain des oeuvres de la loi est toujours condamné ; il faut les accomplir toutes («maudit est quiconque ne persévère pas dans toutes les choses qui sont écrites dans le livre de la loi pour les faire») et l’homme, pécheur, en est incapable. Vous ne pouvez pas être justifiés par la loi. Mais, dites-vous, si je ne puis être justifié par la loi, du moins, après avoir été objet de grâce, je veux accomplir la loi pour arriver à la perfection ; je prendrai la loi non pour ma Justification, mais pour ma sanctification. Ce n’est pas à vous de choisir ce qu’il vous faut prendre. Dieu seul en décide, or son témoignage est formel : «Maudit est quiconque ne persévère pas…». Dieu vous veut parfait. Si vous n’êtes pas ce que la loi exige, elle ne vous changera pas, mais elle vous demandera impitoyablement la justice. Si donc vous voulez être observateur de la loi, vous vous placez sous la malédiction. Et si, ayant connu la grâce, vous prenez ensuite la loi, vous êtes déchus de la grâce (v. 4). «Si la justice est par la loi, Christ est mort pour rien».

Au contraire, si j’ai saisi que tout ce qui était entre moi et Dieu, le péché, est ôté pour l’éternité par la mort de Christ, je suis entièrement délivré de la loi. Ma part est de jouir des promesses qui appartiennent à Christ, et à Lui seul. «Autant il y a de promesses de Dieu, en Lui est le oui et en lui l’amen». Il y en avait pour les Juifs, mais ils y ont manqué ; quant à nous, nous étions gentils, étrangers. Mais «si je suis de Christ, je suis la semence d’Abraham, héritier selon la promesse» (v. 29). Toute la bénédiction de Dieu, selon son dessein envers son Fils, tout ce par quoi Dieu veut glorifier son Fils, voilà ce dont je suis héritier.

J’ai même beaucoup plus que des promesses, je bénéficie de leur réalisation en Christ. Je me tiens pour la semence d’Abraham, je puis parler de choses accomplies. Je puis venir à tout pécheur ce soir et lui dire : «Es-tu sous le péché ? Eh bien, tu seras sauvé par le sang de Christ. Ce sang a tout expié». J’annonce l’efficace de ce sang. Il ne s’agit plus seulement de promesses, mais de réalités. Dieu n’a pas fait une simple promesse de salut, mais Il a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique.

S’il s’agit de l’affranchissement, de la paix, je ne compte plus sur les promesses, mais je me fonde sur l’oeuvre accomplie ; la paix est faite par le sang de la croix. Dieu ne m’impute plus rien, Il tient compte du sang qui a été versé. Les promesses que j’ai, c’est d’être aidé tout le long du chemin ; dans ce sens, il y en a une foule. Mais je possède la paix, parce qu’elle a été faite par le Seigneur Jésus Lui-même.

S’il s’agit de la marche, «je suis crucifié avec Christ, et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi». On ne peut plus me replacer sous le joug d’une loi que je ne saurais garder, mais dont Christ a porté la malédiction. C’est Christ Lui-même qui est notre modèle. Lui a accompli la loi, Il a aimé Dieu, aimé son prochain. Ma part maintenant c’est de montrer la vie de Jésus manifestée dans mon corps mortel, et, comme Lui, d’aimer Dieu de tout mon coeur, et mon prochain comme moi-même. Mais la chair n’y a aucune part, elle est condamnée. Je suis crucifié au monde ; au lieu de penser à être condamné par les choses du monde, je les condamne. «Je suis crucifié avec Christ, et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi». Cette vie est dans la puissance du Saint Esprit, et c’est là quelque chose d’infiniment plus précieux que la loi. C’est la force pour marcher dans la réalisation de la perfection de l’oeuvre rédemptrice accomplie par Christ.

Nous devrions, chacun de nous, manifester ainsi constamment Christ, agir en toute circonstance de la vie comme Il aurait agi. Pour cela, que Dieu nous donne de comprendre les merveilles de son oeuvre de grâce envers nous. Retenons bien que la loi est seulement une phase des voies de Dieu, où Dieu a montré la condamnation et la mort appliquées au péché qui est en nous. Délivrés maintenant par Christ, gardons-nous de tout mélange entre la grâce qu’il nous a apportée et la loi. Christ est notre force, notre vie, et le modèle d’après lequel nous devons marcher.

 

 

2            Méditations de J. N. Darby    Galates  5

n°40 : ME 1892 p. 97

L’homme aura toujours de la difficulté à comprendre la bonté de Dieu à son égard. Le point extrême de cette difficulté, c’est l’incrédulité qui ne sort pas du domaine du coeur de l’homme et prend son expérience pour les limites du possible. — Pour porter remède à cet état, Dieu agit d’une manière digne de lui ; il nous donne son Esprit pour que nous comprenions ce que le coeur de l’homme ne saurait comprendre ; or, dès que nous recevons les pensées de Dieu, nos pensées s’élargissent et acquièrent une immense étendue (Éphés. 3:18-20). Par son Esprit, nous sondons même les choses profondes de Dieu. Tandis que la plupart des autres vérités de l’évangile sont des objets de foi, cette vérité-ci se réalise en nous. Le Saint-Esprit demeure en nous, agit en nous. Tout ce qu’il y a de bien en nous, la vie que nous possédons comme chrétiens, viennent de lui. C’est une chose nouvelle qui n’existait pas naturellement, qui n’était pas auparavant dans le coeur.

Mais malgré cela, le coeur même du chrétien cherche à se remettre sous la loi pour sa conduite, pour sa communion. Or une telle chose ne peut se faire, car il n’est plus question pour nous d’être justifiés par la loi. Il est dit au v. 5 : «Car nous, par l’Esprit, sur le principe de la foi, nous attendons l’espérance de la justice». Nous attendons la gloire, l’espérance de tout ce qui appartient à celui qui a la justice de la foi, qui est juste en Christ. Le Saint-Esprit, habitant en moi, me fait comprendre que la justice est accomplie, et j’attends l’espérance de cette justice, tout ce qui appartient à celui que Christ a justifié et qui participe à tout ce que Christ possède. La chair demeure étrangère à ces choses ; elle n’y entre pas ; car elle est une autre nature qui ne peut rien comprendre des choses dans lesquelles le Saint-Esprit nous a introduits, et ne peut que lutter contre ce dernier (v. 17).

L’exhortation qui nous est donnée ici, n’est pas de lutter, mais de marcher par l’Esprit (v. 16, comp. Rom. 8:1-16). Je ne suis pas débiteur à la chair, car je puis la considérer comme une chose morte ; mais j’ai une expérience à faire, c’est de marcher selon l’Esprit, afin de jouir de mon état de justification. Cette expérience est celle de la présence et de la puissance du Saint Esprit en nous. Nous ne la faisons pas pour savoir si nous sommes justifiés, mais parce que nous le sommes.

Notre coeur n’est pas toujours rempli de la joie d’être justifié, sauvé ou affranchi ; il se relâche facilement et s’occupe alors de choses dont l’Esprit ne peut s’occuper. Ce dernier est contristé, ne peut développer sa puissance, et la chair qui est toujours là, trouve son agrément aux choses mauvaises. Pour jouir des choses de Dieu, il faut une conscience exercée selon Dieu. On trouve parmi les hommes beaucoup de joie sans racines, mais quand la joie est enracinée, il faut que tout ce qui, en nous contriste l’Esprit Saint soit jugé. Par ce moyen, tout devient vrai dans le coeur. Le Saint-Esprit agissant en nous, ramène l’âme au sentiment de l’amour de Dieu et à la puissance des choses divines. Ce travail du Saint-Esprit ne nous ramène pas à ce que nous étions auparavant, mais nous fait faire de Christ une expérience nouvelle, et quoique ce soit par un chemin humiliant pour nous, Christ nous en devient plus cher.

Ce n’est pas en luttant, que nous trouvons la force ; c’est en marchant selon l’Esprit. L’Esprit ne peut s’occuper des choses que la chair convoite. Aussi, quand la convoitise agit, ce n’est pas en s’occupant d’elle pour la repousser, qu’on est fort, mais en étant rempli de l’Esprit et en s’occupant des choses de Christ. Si la chair n’est pas habituellement mortifiée, Dieu nous fait faire l’expérience de ce qu’elle est (Rom. 8:12-13 ; Éph. 5:17-20).

L’action de l’Esprit est comparée, pour son effet, à l’ivresse qui nous fait sortir de nous-mêmes. Le monde se débarrasse de ses pensées par le vin ; les enfants de Dieu se débarrassent des choses qui les troublent, en s’entretenant selon l’Esprit par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels. La liberté de l’âme et du coeur consiste à n’être occupé que d’une seule chose.

 

 

 

3            Méditations de J. N. Darby    Galates  6:14

n°164 : ME 1908 p. 210

«Mais qu’il ne m’arrive pas à moi de me glorifier, sinon en la croix de notre Seigneur Jésus Christ, par laquelle le monde m’est crucifié, et moi au monde».

La différence entre le nouvel homme et le vieil homme, c’est que le premier se glorifie en la croix de Jésus-Christ. Cette croix a deux faces : le côté de l’homme, celui de la chair, et là, tout est noir et fait honte au vieil homme ; le côté de Dieu, et c’est la chose la plus glorieuse qui existe. Le nouvel homme peut se glorifier dans les afflictions, et s’il ne le peut pas, c’est que sa nouvelle nature n’est pas en activité. La nouvelle créature a un grand domaine d’action ; il y a tout un monde qui appartient au nouvel homme, monde dont Jésus est le centre, dont le nouvel homme s’occupe avec joie, mais auquel l’ancien monde et le vieil homme ne comprennent rien. Ce dernier ne peut comprendre que le chrétien renonce à tout, aux affections les plus chères, à toutes les choses agréables d’ici-bas ; mais c’est parce que son coeur est plein d’autres objets, car le Saint-Esprit prend les choses de Christ et les lui révèle. Sa nouvelle vie possède une activité et une énergie nourries par le Saint-Esprit. Tout ce qui est de l’ancienne création n’a de valeur que comme obstacle à la vie nouvelle.

S’il en est ainsi, il est évident que, pour la chair, toute l’activité de la vie de Christ en nous doit aboutir à la croix. Cette vie, dans son activité, froisse la chair, le vieil homme et tout ce qui tient à ce monde. Si mon coeur donne son temps aux choses de ce monde, il ne le donne pas à Dieu, Le nouvel homme dit : C’est du temps perdu. Même quand, de cette manière, il gagnerait tout, ce gain serait une perte, comme nous dit l’apôtre.

La première chose qui caractérise la vie chrétienne, c’est que la croix de Christ devient un sujet de se glorifier. Qu’est-ce que la croix représente pour nous ? Un ami qui nous abandonne, un Judas qui nous trahit, les autorités civiles qui nous persécutent, la famille qui se tourne contre nous, etc. Il n’y avait pour Jésus que peine et affliction dans un monde de péché, aussi y était-il à l’étroit ; tout ce qui est du monde devait être rompu pour lui, même le lien entre le Messie et son peuple, entre Abraham et sa semence, Christ, à qui appartenait la promesse. En principe, c’est la croix, et le Seigneur a dû s’en charger et la porter. Au milieu de ses parents et de ses amis, Jésus n’a vécu que pour Dieu. À mesure qu’il avançait dans sa carrière, la croix devenait plus sombre, mais il manifestait ainsi la perfection de son obéissance d’une manière toujours plus admirable, jusqu’à ce qu’enfin, la croix étant chose accomplie, sa parfaite obéissance fut pleinement consommée.

Souvenons-nous toujours qu’il y a quelque chose de plus que la question du péché, pour faire de la croix un gain ; il s’agit de liens à rompre pour pouvoir achever notre course vers le ciel ; et cette rupture fait de la croix une chose douloureuse et pénible. Mais quand je considère Jésus sur la croix, c’est autre chose. Elle est un instrument dans la main de Dieu, qui agit comme un orage dans l’atmosphère ; elle a tout détruit, tout dissipé, et éclairci le ciel entre Dieu et moi. Sa grâce, son amour, sa sainteté, sa justice, l’amour du Fils, tout brille sur la croix. Christ y est fait péché pour moi, afin que je devienne justice de Dieu en Lui. Quand je considère ainsi la croix, j’adore, j’admire, j’y vois la perfection de tout ce que Dieu est, de tout ce qu’est le Fils de l’homme. Là, le Seigneur est glorifié, et Dieu est glorifié en lui ; là, je vois achevée l’oeuvre que Dieu lui avait donnée à faire. Avant même qu’elle s’applique à moi, elle a déjà toute sa perfection ; elle brille de toute la gloire de l’amour de Dieu et de Christ, fait homme. Pour la rédemption, oeuvre bien plus glorieuse que la création, il a fallu la croix qui manifeste le Dieu d’amour dans toute sa plénitude.

Mais cela ne change en rien, ni le monde, ni les principes de la chair. Si l’apôtre a commencé, par la croix, comme lien entre son âme et Dieu, il ajoute : «Qu’il ne m’arrive pas à moi de me glorifier, sinon en la croix de notre Seigneur Jésus Christ, par laquelle le monde m’est crucifié, et moi au monde». La croix me fait estimer les choses de Dieu comme seules précieuses ; dès lors, je suis un fou pour le monde. Entre le monde et Dieu, il n’y a pas un principe commun, et s’il y en a un seul en nous, chrétiens, la croix ne nous est pas précieuse en cela. Si vous aimez l’argent, la gaîté du monde, ces choses ne peuvent s’allier avec la croix. Le monde sait cela mieux que les chrétiens, et seule la folie de ces derniers voudrait concilier les deux choses. On n’aime pas à soulever les animosités, à encourir des reproches, à négliger ses affaires, à mépriser une bonne place, etc. Voir faire cela à un autre nous est indifférent, mais un père s’irrite quand c’est son fils qui le fait, et c’est là que nous rencontrons la croix sous son côté pénible, car elle entre en conflit avec nos affections. Si cela était pénible, même pour Christ, combien plus pour nous qui n’avons pas fait comme lui, sacrifice de tout.

Bien souvent, la croix arrive et revient toujours de nouveau. Il n’est pas mauvais que nous le sentions, mais il y a en nous mille choses charnelles qui la rendent nécessaire pour nos âmes, comme instrument de délivrance. Si j’ai senti que la gloire de Christ, au delà de la croix, est ma portion, je bénirai Dieu quand la croix arrivera ; elle s’appliquera à ce qu’il y a de charnel en moi et viendra me froisser, là où mon coeur commençait à germer du côté du monde pour m’empêcher de jouir de Dieu. Dieu m’applique la croix à l’endroit même où j’étais en danger ; elle devient un instrument de délivrance entre ses mains.

Chez plusieurs d’entre vous, le nouvel homme n’a pas toute sa liberté ; vous n’êtes pas, en toutes choses, hors de l’influence du monde, de vos amis.

Vous y perdez beaucoup ; vous ne jouissez pas des choses dont le nouvel homme jouit. Dans la pratique, la croix est pénible pour la chair, mais elle met le nouvel homme en liberté, pour qu’il puisse prendre son essor. Alors nous pouvons comprendre les choses comme Dieu les comprend, en voir toute la beauté morale et toute la perfection et en jouir. Comme un homme est fier de sa patrie, je suis fier de la croix, en présence du monde entier. Plusieurs d’entre vous doivent avouer que des motifs étrangers au nouvel homme agissent sur leur âme, qu’en bien des occasions, ils ne jouissent pas des choses célestes. C’est qu’en pratique le vieil homme n’est pas crucifié. Nous avons le droit de prendre la croix comme envoyée par la main de Dieu, et de dire : Je ne veux rien que Christ, rien que la croix ! Le nouveau-né en Christ le dit, et combien il est triste de penser qu’il cesse ensuite de le dire. C’est alors que la fidélité de Dieu nous applique la croix.

On se juge alors soi-même ; l’intelligence spirituelle augmente, et l’on évite les choses qui nécessitent cette application. Un coup terrible peut survenir ; mais voyez plus tard la personne qui a été frappée ; vous trouvez un coeur attendri, des affections en rapport avec Dieu, le fruit paisible de la justice produit, et une marche devant Dieu selon la «loi de la liberté». Des jugements très pénibles peuvent nous atteindre, mais toujours en bénédiction, et l’homme spirituel en comprend la portée.

Nous pouvons adopter la croix, mais si nous ne le faisons pas, Dieu nous l’adapte, afin de nous mettre en liberté, hors du joug et de l’influence de la chair. Si vos âmes ont à se dire : «Je ne suis pas affranchi de ceci ou de cela», c’est qu’il y a quelque chose en vous qui tient la nouvelle nature enchaînée et sous le joug. Si nous prenons Christ et sa croix comme notre part et notre gloire, nous serons heureux, tout en traversant les afflictions.