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Méditations  de  J. N. Darby

 

 

 

1     Méditations de J. N. Darby    Marc  4:1-29    La Vérité dans le Coeur

2     Méditations de J. N. Darby    Philippiens  3   comparé avec   Marc  10

3     Méditations de J. N. Darby    Marc  10:17-40     Phil. 3:4-11

4     Méditations de J. N. Darby    Marc  10:17-45    Gagner Christ

 

 

 

1            Méditations de J. N. Darby    Marc  4:1-29    La Vérité dans le Coeur

Lausanne, 9 septembre 1852    n°232 : ME 1926 p. 69

L’Esprit de Dieu emploie les paraboles de ce chapitre dans un tout autre but que dans le chapitre 13 de Matthieu. On sait que l’objet spécial de l’évangile de Marc est le service du Seigneur Jésus dans son témoignage, son service comme prophète, alors que dans Matthieu c’est le Messie accomplissant la loi et les prophètes. C’est ici la réalisation de Ps. 40:9 : il annonce la justice dans la grande congrégation, comme un prophète fidèle pour dire tout ce que l’Éternel lui a confié. En Matthieu 13, ces paraboles ont pour point de départ la mise de côté de l’ancienne économie ; Jésus annonce les mystères du royaume et remplace ainsi le système juif. Ici il a en vue purement et simplement le témoignage divin. L’effet de la parole dans le coeur, voilà ce qui est présenté dans ce chapitre.

Il est particulièrement instructif de considérer à ce point de vue ce qui, dans cet évangile seulement, est ajouté après la parabole du semeur (versets 21-29).

«La lampe vient-elle pour être mise sous le boisseau ou sous le lit ? N’est-ce pas pour être mise sur le pied de lampe ?» Si Dieu a allumé dans le monde la lumière de la vérité, ce n’est pas pour la cacher. Celui qui possède cette lumière en jouit, mais il s’agit ici de la responsabilité qui en découle pour lui. Un homme sera sauvé par la vérité, mais elle lui est donnée pour luire dans le monde ; la manière dont il agit doit montrer qu’il possède cette vérité, et qu’il est vraiment lumière par la lumière qu’il a reçue. «Prenez garde à ce que vous entendez», pour que ce soit une lumière brillant par vous. Vous êtes responsables de tout ce que vous avez entendu. Dieu vous confie la vérité comme quelque chose par quoi Il doit être glorifié Lui-même dans ce monde. Jésus a réalisé cela en perfection. La vérité lui a été confiée, il ne l’a pas cachée. Cela lui a tout coûté ; il a tout supporté, tout subi, Il a manqué de tout, pour que toutes ses brebis entendissent sa voix. Aussi lui a-t-il été mesuré selon sa fidélité comme prophète. Il n’a manqué en rien au témoignage qu’il avait à rendre vis-à-vis des âmes et Il a mérité d’être glorifié. C’est là notre modèle. La vérité est allumée non seulement pour que nous en jouissions, mais pour que tous ceux qui entrent dans la maison voient. Nous sommes responsables de tout ce que Dieu nous a confié en fait de vérité. Toute la vérité a été confiée à Christ, et Il ne l’a pas altérée, Il l’a donnée à tout homme comme Il l’a reçue. Maintenant Dieu a lui dans nos coeurs pour qu’ainsi nous répandions à notre tour la vérité. Pour cela, il faut la vivre. Quand Dieu lui-même est précieux au coeur, il y a la force pour communiquer cette vérité dans nos paroles, dans nos voies, dans toute notre vie. Si l’on réalise ce dont le Seigneur parle ici, c’est de Christ qu’on jouit en jouissant de la vérité, car c’est Lui qu’elle nous révèle, et on en jouit comme d’un Christ qui vit en nous, qui devient un motif, une énergie, une force. S’il n’en est pas ainsi, toute jouissance de la vérité est ôtée, et elle devient même une occasion de jugement ; on demande davantage à celui à qui on a beaucoup confié. Un Christ vivant dans le coeur est une force réelle dans le coeur pour traverser toute contradiction ; Lui-même l’a fait, et nous avons à le faire par sa vie. La vérité dont nous jouissons nous dirige vers Lui, nous met en rapport avec Lui, devient force et joie pour notre propre coeur, anime toute notre vie : «Rien de secret qui ne soit révélé». D’autre part, «de la mesure dont vous mesurerez, il vous sera mesuré» : si vous devenez lumière, vous en profiterez dans la mesure où vous le deviendrez, et vous aurez la bénédiction de Dieu dans cette mesure-là. C’est en ayant Christ dans mon coeur par la vérité que je suis fortifié, il y a croissance, car mon coeur se nourrit de viande. Si vous ne voyez dans la vérité qu’une jouissance égoïste, vous n’en aurez pas davantage, mais si c’est Christ dont vous jouissez, alors vous serez capable d’en connaître davantage. Cette croissance est un trait caractéristique du royaume de Dieu. «Il sera ajouté». Il y a là un côté particulier du service de Christ, sur lequel insistent les versets 26-29.

Quand Christ s’en est allé de ce monde, Il a cessé d’être personnellement la lumière du monde, Il a mis la lumière dans l’Église. C’est un homme qui a semé, et qui quitte tout cela. On ne voit pas maintenant qu’Il plante, sème et arrose. Il ne s’en mêle pas jusqu’au moment où le blé sera mûr ; alors Christ apparaîtra de nouveau. Il était là pour semer, il sera là pour moissonner ; mais en attendant tout continue pour ainsi dire comme s’il n’y avait point de Christ. En un sens la terre produit d’elle-même, la semence croît d’elle-même. Sans doute, rien ne croît sans soleil ni sans pluie, mais le travail de la croissance est tout intérieur. Nous avons là l’oeuvre de Dieu dans le coeur par la vérité. Si c’est vrai pour le royaume dans son ensemble, cela ne l’est pas moins pour chacun individuellement. Chez celui qui réalise ce qu’il a reçu, l’oeuvre progresse, la vérité germée dans le coeur croît, mûrit, autrement dit on reçoit toujours davantage de Christ : «il est ajouté». Mais si ce n’est qu’une vérité qui flotte dans la pensée, on n’en profite pas, et on en est responsable.

Quand nous parlons ainsi de notre responsabilité, cela est sérieux, mais n’oublions pas qu’elle accompagne une immense grâce. Si Dieu suscite un apôtre, quelle immense grâce de manifester Christ sur la terre ! mais il y a responsabilité dans cette proportion-là. Or c’est ainsi qu’Il nous envoie tous. Il nous place dans ce monde de ténèbres pour nous confier la gloire de son Fils, pour qu’il y ait de la lumière dans ce monde. Dans sa grâce souveraine, au lieu d’envoyer pour cela un ange, il confie cette mission à des pécheurs qui sont les objets de cette grâce et qui peuvent en parler mieux qu’un ange à qui Dieu n’a pas dû faire grâce. Moi pécheur, sauvé, uni à Christ, je puis en parler. Avez-vous assez de confiance dans cette grâce pour oser accepter la responsabilité qui en découle, savoir de réaliser Christ ? Dieu nous a fait la grâce infinie de nous communiquer Christ, la lumière. Si nous sommes dépendants de cette grâce, c’est sans effort, en un sens, qu’elle produira en nous la lumière, comme le visage de Moïse rayonnait de lui-même après que Moïse eut conversé avec Dieu sur la montagne. Ce n’est pas un effort, cela coule de source. De sorte que si nous voulons croître dans la connaissance de Christ, il faut réaliser Christ selon la connaissance que nous avons. Et si cela devient comme une partie de nous-mêmes, nous serons rendus capables de recevoir toujours davantage. Cela ira ainsi jusqu’à ce que la moisson soit bien mûre. Que Dieu nous donne de réaliser tout ce qu’il y a de précieux en Christ pour nous-mêmes, et qu’il y ait ainsi vie et bénédiction dans ce monde où Il nous laisse pour être la lumière.

 

 

 

2            Méditations de J. N. Darby    Philippiens  3   comparé avec   Marc  10

n°287 : ME 1929 p. 180

Nous avons dans ce chapitre un exemple frappant de l’effet que produit le Saint-Esprit dans l’âme de celui en qui il habite. Quelle clarté il lui donne quant à la marche ! quelle fermeté devant Dieu ! quelle vraie liberté ! Car cet Esprit lui révèle Christ, et l’âme le voit si clairement, que tout ce qui n’est pas de lui est rejeté comme lui étant contraire.

Je voudrais vous faire remarquer quel contraste il y a entre une telle âme et un homme qui n’est pas ainsi rempli de l’Esprit de Dieu, et cela lors même qu’il serait ou paraîtrait fortement attiré à Jésus, ou lors même qu’il serait converti comme les disciples. Nous verrons successivement ce contraste relativement à l’appréciation de la justice, de la croix et de la gloire et cela en comparant Philip. 3:4-11, avec Marc 10:17-40.

Dans l’histoire que nous donne Marc 10:17-27, nous voyons un homme dont la position fait contraste avec celle de l’apôtre Paul dans Phil. 3, qui montre d’une manière frappante l’effet produit par le Saint Esprit. L’apôtre avait tout abandonné en vue de Christ. Il avait tous les avantages dont un Juif pouvait se glorifier, plus même que le jeune homme de Marc 10. Il avait été élevé aux pieds de Gamaliel, le plus fameux des Rabbins ; il était aussi citoyen de Tarse, ville célèbre, et il avait été instruit dans toutes les connaissances de son siècle. Par dessus tout cela, il possédait le privilège d’avoir une vie sans reproche, comme il le dit, v. 6. Tout cela est fort précieux pour l’homme, tant qu’il n’a pas vu Christ. Tout ce dont un homme peut se glorifier, Paul en a joui : «Si quelque autre s’imagine pouvoir se confier en la chair, moi davantage». Mais Christ dans sa gloire s’était présenté à Paul, et alors il a pu dire : «Mais les choses qui pour moi étaient un gain, je les ai regardées, à cause du Christ, comme une perte. Et je regarde même aussi toutes choses comme étant une perte, à cause de l’excellence de la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur, à cause duquel j’ai fait la perte de toutes et je les estime comme des ordures, afin que je gagne Christ.

Tel était l’état de l’âme de Paul. Il faut que je gagne Christ ; voilà toute mon affaire, tout ce qui me préoccupe ; toute autre chose qui se présente sur mon chemin est une perte. Tel est l’effet que produit l’Esprit de Dieu dans l’âme qui le possède. L’apôtre n’est pas troublé du tout par ce qui se trouve sur son chemin ; il voit clair comme le jour que tout ce qui n’est pas Christ est une perte. Il voit Christ à travers toutes les circonstances. Si c’est de la souffrance, eh bien ! tant mieux, il y trouve quelque chose de plus de Christ. C’est Christ qui est devant lui ; il le voit par la puissance de Dieu. Or en comparant cela avec Marc 10, nous trouvons le contraste que présente celui qui n’a pas l’Esprit. Envisagé d’après la chair, il a pourtant un caractère qui est tout ce qu’il y a de plus aimable, mais Christ n’est pas son but, et tout le reste ne vaut rien.

Cependant son caractère était tel qu’il peut être dit de lui : «et Jésus l’aima» (v. 21). Comme l’apôtre Paul, il était sans reproche quant à la loi ; il était Juif, et jugeait pouvoir obtenir la vie éternelle par la loi. Sa pensée au sujet de Jésus était : Voilà un homme qui saura me dire ce qu’il faut que je fasse pour hériter de la vie éternelle. Le caractère pur, transcendant et parfait du Seigneur l’avait convaincu que la connaissance du plus excellent commandement devait se trouver en Jésus, et il accourut à lui. Il était ardent dans son désir de savoir ce qu’il fallait faire, et il s’approcha de Jésus avec tout le respect possible : «Bon maître !» (Jésus ne reçoit pas cette louange, parce que celui qui la lui donnait ne voyait en Lui qu’un homme). Et il s’agenouille même devant le Seigneur. Il y avait quelque chose de très beau dans le caractère de celui qui peut dire (et le Seigneur l’accepte comme la vérité) : «J’ai gardé toutes ces choses dès ma jeunesse». Mais le Seigneur met le coeur à l’épreuve, afin de manifester les motifs qui le gouvernent, et cela par la croix, en lui disant : «Va, vends tout ce que tu as, ... et viens, suis-moi, ayant chargé la croix». Tout aimable et estimable que pouvait paraître ce jeune homme, il ne prend pas la croix. Quand il s’agit de l’état de son coeur, il ne veut rien de Christ. Il cherchait la justice de la loi, et Christ devant lui ne réussit pas à l’engager à chercher autre chose. Il ne disait pas comme Paul : «Je fais la perte de toutes choses et je les estime comme des ordures, afin que je gagne Christ, et que je sois trouvé en lui, ayant, non point ma justice qui est de la loi, mais celle qui est par la foi en Christ ; la justice qui est de Dieu, moyennant la foi». C’était ce que produisait le Saint Esprit en Paul, en lui communiquant un Christ glorieux. Paul voit Christ et dit : Voilà ma justice, je ne fais aucun cas de la mienne. Il ne veut pas celle de l’homme, mais celle de Dieu. Si Dieu me donne sa justice, ce n’est pas la mienne que je lui présente.

Supposons même que j’aie accompli toute la loi, et que je sois sans défaut, eh bien ! cette justice ne serait pas celle de Dieu, mais celle de l’homme. La loi de Dieu exige que l’homme aime Dieu et son prochain, et c’est ce que l’homme ne fait pas ; aurais-je même accompli cette loi dans toute son étendue, je n’aurais cependant qu’une justice humaine, tandis que j’en ai une bien meilleure en Christ ; j’ai la justice de Dieu même. Est-ce que la loi de Dieu exige que je donne ma vie pour glorifier Dieu, et cela en faveur d’indignes pécheurs ? (c’est du reste ce que je ne saurais pas faire) ; mais Christ l’a fait ; Il a pu dire : «Je t’ai glorifié sur la terre, j’ai achevé l’oeuvre», et Il s’est dévoué jusqu’à la mort. La manière dont Christ s’est donné sur la croix dépasse de beaucoup tout ce que nous aurions pu faire, en supposant que nous eussions été capables d’accomplir la loi. Christ comme homme a glorifié Dieu et a été glorifié auprès de Dieu. C’est ainsi que Paul l’a vu ; alors il a dit : Ah ! voilà la justice qu’il me faut ! De quelle merveilleuse manière l’amour de Dieu n’a-t-il pas été manifesté en Jésus Christ ! Je le vois sur la croix et je me dis : Je ne voudrais pas me passer de cette oeuvre glorieuse : c’est la justice de Christ.

Paul, en voyant Christ, a eu cette pensée : Je vois celui qui, dans le ciel, m’a communiqué une justice divine ; et son langage est nécessairement : «Que je sois trouvé en lui, n’ayant pas ma justice, qui est de la loi, mais celle qui est par la foi en Christ, la justice qui est de Dieu».

Aussi longtemps qu’on cherche celle de l’homme, on ne connaît pas celle qui est de Dieu. Paul ayant vu la gloire ne s’arrête pas avant d’avoir dit : Je serai où Christ a le droit d’être. Il est entré au ciel par la justice de Dieu ; eh bien ! voilà ma place ; tout le reste n’est qu’ordure, qu’obstacle, que perte. Je regarde toutes choses comme étant une perte...

Si Christ est ainsi devant mes yeux, tout ce qui n’est pas Christ m’embarrasse : il faut que je gagne Christ. La foi ayant trouvé la justice de Dieu ne veut plus la justice de l’homme ; il faut qu’elle marche maintenant dans un chemin plus excellent. Les richesses qu’estimait le jeune homme n’ont plus aucun prix pour le coeur de Paul ; il a vu Christ, sa justice, son but et le prix de sa céleste vocation.

Dans Marc 10:25, Jésus dit : «Il est plus facile qu’un chameau passe par un trou d’aiguille, qu’un riche n’entre dans le royaume de Dieu». Et ils s’en étonnèrent excessivement, disant entre eux : «Et qui peut être sauvé ?» Jésus ne leur cache pas ce qui en est : «Pour les hommes, cela est impossible, mais non pas pour Dieu ; car toutes choses sont possibles pour Dieu». Quant à l’homme cela est impossible, quelles que soient ses prétentions ; il aime l’argent, il est ambitieux ; c’est ce que Jésus Christ lui-même déclare. Mais supposons encore qu’on ait tout quitté, comme Pierre le dit : «Voici, nous avons tout quitté et nous t’avons suivi». — Et en effet ils avaient suivi Jésus par la grâce de Dieu. Le coeur des disciples était vraiment attaché à Jésus, leurs affections pour lui étaient vraiment réveillées, ils avaient fait par la grâce ce que le jeune homme n’a pas pu se résoudre à faire ; aussi le Seigneur leur répond : «En vérité, je vous dis : il n’y a personne qui ait quitté maison, ou frères ou soeurs, ou père ou mère, etc., pour l’amour de moi et pour l’amour de l’évangile, qui n’en reçoive maintenant en ce temps-ci cent fois autant... avec des persécutions, et, dans le siècle qui vient la vie éternelle». Vous avez dû rompre ici-bas des liens pour moi, eh bien ! vous les retrouverez beaucoup plus forts et plus parfaits dans la famille de Dieu, déjà ici-bas, et ensuite, la vie éternelle.

Il y a des âmes qui ont compris ces choses et qui se sont mises en chemin avec Jésus et sincèrement ; mais sur ce chemin nous avons à suivre Jésus et Jésus a passé par la croix : nous rencontrons donc ce qui nous met pleinement à l’épreuve. «Et ils étaient en chemin, montant à Jérusalem, et Jésus allait devant eux ; et ils étaient stupéfiés et craignaient en le suivant» (v. 32). Nous, nous disons peut-être : Qu’on serait heureux d’avoir Jésus devant soi ! Mais les disciples étaient épouvantés : on veut bien être dans le chemin avec Christ et le suivre, mais on ne sait pas ce que cela coûte ; on y marchait, et voilà la difficulté qui se présente : si Jésus allait à Jérusalem, c’était pour y être mis à mort. Les Juifs devaient le crucifier, néanmoins Il voulait y aller. Mais les disciples craignaient en le suivant, parce qu’ils n’avaient pas le Saint Esprit ; toutefois ils n’abandonnèrent pas encore leur Maître, mais ils étaient stupéfiés et troublés.

Jésus est le Bon Berger ; il mène ses brebis dehors, puis il marche devant elles et les brebis le suivent. Les disciples étaient effrayés en suivant Jésus, parce que Jésus les conduisait à la croix. La croix est sur le chemin qui mène à la gloire. Eh bien ! c’est ce que Paul désirait. Les disciples sont épouvantés. Ce que nous voyons en Paul dans Philip. 3 est bien différent : ... «pour le connaître, Lui, dit-il, et la puissance de sa résurrection et la communion de ses souffrances, étant rendu conforme à sa mort». Au lieu d’être épouvanté, Paul pensait : J’aurai part aux souffrances de Christ ; j’aurai donc beaucoup plus de Lui, je mourrai au péché, je mourrai au monde, je serai beaucoup plus conforme à Christ, et tout ce qui détruit la chair détruit ce qui nous voile Christ. Paul n’avait pas devant lui un danger imaginaire : on allait faire son procès, il s’agissait pour lui d’une question de vie ou de mort ; il avait la mort devant lui, mais il voyait que c’était le moyen d’avoir plus de Christ, aussi il dit : Je veux tout cela, parce que c’est Christ. Ce n’était pas des souffrances qu’il voulait, mais la communion de ses souffrances, être rendu conforme à sa mort.

La croix pour nous est légère comparativement à ce que Paul a dû souffrir. Quoi qu’il en soit, c’est la croix qui nous ôte tout ce qui nous empêche de réaliser Christ dans la gloire. Eh bien ! quel contraste ne trouvons-nous pas entre les disciples qui sont épouvantés et craintifs, quand il s’agit d’aller trouver la croix à Jérusalem, et l’apôtre Paul qui se glorifiait de tout ce qui pouvait lui communiquer quelque chose de Christ. Il savait qu’en passant par la mort il mourrait à la mort. Quand Christ est mort, il n’est pas mort quant à la communion avec la gloire du Père ! Non, il en a seulement fini avec le péché qui pesait sur lui à cause de nous, et avec ce monde qui était une terre déserte, altérée et sans eau. Mourir, pour lui, c’était aller jouir auprès de son Père des délices éternelles ; pour nous, la mort n’est pas autre chose.

Ainsi que Christ l’a dit : «Père, entre tes mains je remets mon esprit» ; Étienne peut dire aussi : «Seigneur Jésus, reçois mon esprit». Si la mort nous rend plus conformes à Christ, nous n’avons pas à nous arrêter aux souffrances de la chair ; nous en profitons, parce que c’est la mort à tout ce qui n’est pas Christ, et nous en jouissons, parce que cela nous rend conformes à Christ. La croix est-elle devant moi, j’aurai plus de Christ ; l’énergie de l’Esprit me fait dire : «...Si en quelque manière que ce soit je puis parvenir à la résurrection d’entre les morts». Je vois Christ dans la gloire, je veux être comme lui et avec lui, je veux le posséder tel que je le vois, et si pour cela il faut passer par la mort, mourir est un gain. Où il y a l’énergie de l’Esprit, il y a la lumière et un oeil simple qui nous font juger que Christ vaut tout, et le reste rien, et cela purifie le coeur des saints.

Dans Marc 10:35, nous voyons Jacques et Jean demander à Jésus de les faire asseoir, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Ils voulaient avoir une bonne place dans le royaume. Jacques et Jean avaient la foi ; malgré les dangers qu’ils prévoyaient dans ce voyage à Jérusalem, ils croient que Jésus aura la gloire et le royaume et ils disent : Au moins, donne-nous une bonne place. Mais à qui pensaient-ils ? À Jacques et à Jean. Alors Jésus leur parle de boire la coupe, et met de nouveau la croix devant leurs yeux, en les soumettant à la volonté de son Père, ainsi qu’il s’y soumettait. Ici, nous faisons un pas de plus : il s’agit de la gloire ; mais le Saint Esprit n’a aucune communion avec le moi. Or le coeur n’est délivré que quand le Saint Esprit a dirigé nos regards sur Jésus. C’est le cas de Paul, en qui nous voyons tout autre chose que le moi : il ne pense pas à bien travailler pour avoir une bonne place ; c’est de Christ plutôt que de lui-même que Paul est occupé : «afin que je gagne Christ». Voilà ce que le Saint Esprit lui fait dire. La puissance de l’Esprit a tellement dirigé son regard sur Jésus, que Paul est comme entièrement absorbé par Jésus. L’efficace de l’Esprit crucifie l’égoïsme et fait que nous ne pensons pas à nous-mêmes dans le chemin ; elle ne nous occupe que de Jésus ; être conformes au modèle et regarder à lui, c’est là notre tout, et cela purifie le coeur. Paul a travaillé plus qu’eux tous, et dans ce sens, à vue humaine, il a droit à la plus excellente place ; il n’avait pas pour but de l’obtenir, mais il recherchait Christ seulement. S’il gagne Christ, voilà la justice ; s’il y a souffrance dans le chemin, c’est de la conformité avec Christ ; s’il y la mort, c’est un gain : car nous attendons le Sauveur, le Seigneur Jésus Christ qui transformera le corps de notre abaissement en la conformité du corps de sa gloire.

Paul ne pense pas à lui ; l’Esprit le remplit de la personne de Christ, et tout ce qui lui cache Christ et sa valeur est rejeté. L’Esprit donne la clarté de vue et le repos au coeur par la connaissance de la justice de Dieu. Alors on veut avoir Christ, on veut le posséder, et on suit le chemin pour y arriver. Il faut aller à Jérusalem, il y a la croix, peu importe. C’est la croix de Christ, et Christ sur la croix, et Christ avec la croix, ce n’est rien moins que la justice divine que nous possédons en lui.

Dans Marc, nous avons le jeune homme qui ne veut pas abandonner ses richesses et prendre la croix pour avoir le ciel ; puis nous voyons les disciples suivant Jésus en craignant, mais toutefois le suivant. Enfin dans Phil. 3, nous voyons Paul suivant le Seigneur sans effroi et avec joie, quoi qu’il en dût souffrir, parce qu’il aimait Christ pour Christ. Il s’agit pour chacun de nous d’avoir Christ lui-même, ce qui rend le coeur pur et l’oeil simple. Il faut que Christ soit tellement notre tout que tout notre désir soit de le posséder, et qu’en vue de la rédemption qui est en Jésus Christ, nous estimions toutes choses comme des ordures, et la mort comme un gain. Acceptés de lui, et remplis de lui, nous pouvons être en paix selon la justice que Dieu lui-même nous donne.

 

 

3            Méditations de J. N. Darby    Marc  10:17-40     Phil. 3:4-11

Lausanne, 5 septembre 1852    n°195 : ME 1913 p. 232

Ces deux passages offrent un contraste absolu entre deux états d’âme. D’un côté, Paul nous présente (Phil. 3) une âme affranchie par la puissance du Saint-Esprit, chez laquelle nous trouvons la liberté, l’énergie, la paix, l’intelligence spirituelle, la confiance au milieu des difficultés. Cette âme a trouvé Christ.

En opposition avec elle, nous rencontrons (Marc 10) la nature aimable, telle qu’on peut la voir parfois chez les hommes. Le jeune homme, dont il est ici question, était véridique, pur dans sa conduite, respectueux envers ses parents. Il se jette à genoux devant Jésus, saisi par l’attrait qui émane de lui. Jésus le regarde et l’aime, au lieu de le rejeter. On peut rencontrer, en effet, de belles qualités chez les hommes qui ne connaissent pas Dieu. Le jeune homme dit : «Bon maître, que ferai-je, afin que j’hérite de la vie éternelle ?» Il ne parle pas d’être sauvé ; c’est un Juif, à la recherche de quelque commandement jusqu’ici ignoré de lui, qui puisse lui faire acquérir la vie éternelle ; ce n’est pas une âme qui sent son péché. Jésus est pour lui l’homme, l’excellent rabbin, qui saura lui dire ce qu’il faut faire, et non le Fils de Dieu. Aussi Jésus lui dit : «Pourquoi m’appelles-tu bon ? Tu sais les commandements». Le jeune homme est convaincu de les avoir gardés.

Mais le Seigneur met tout cela de côté ; il va droit au mobile de toute la vie de ce jeune homme, à ce qui se trouve au fond de son coeur, et lui montre qu’il ne veut ni le salut, ni le Sauveur. Les richesses s’étaient placées entre le Seigneur et lui, et quand il voit qu’il faut les quitter, il s’en va.

Son coeur est mis à l’épreuve. Parmi toutes ses bonnes qualités, aucune ne mettait au jour le mobile qui le gouvernait. Ce qui constitue l’homme moralement, c’est l’objet qui gouverne son coeur. Les richesses étaient l’objet de ce jeune homme ; il était aussi loin que possible du royaume de Dieu. On peut être et paraître très aimable, tant que le motif qui nous gouverne n’est pas atteint ; mais, du moment qu’il l’est, tout est renversé et il ne reste rien pour Dieu !

Le cas de Saul de Tarse, en Phil. 3, était très semblable à celui-ci. Saul pouvait avoir confiance en la chair ; il était sans reproche quant à la justice qui est par la loi ; il possédait tous les avantages qu’un Juif pouvait avoir ; mais, lors de sa conversion, il reconnaît que toutes ces choses étaient nuisibles, car elles se plaçaient entre son âme et Christ. Dès que le Saint-Esprit lui eut révélé l’excellence de la connaissance de Christ, il estima tout le reste comme des ordures, afin de gagner ce nouvel objet qui lui était présenté. Il ne s’agit pas chez lui d’un mouvement d’homme énergique, d’un accès de fanatisme, mais d’un jugement calme et motivé. Il connaît la valeur de Celui qui possède son âme et ses affections, et lorsque Christ s’est ainsi emparé de son coeur, tout le reste est considéré comme une perte.

Est-il mauvais de garder les commandements ? C’est ainsi que la chair raisonne. Saul et le jeune homme ne les avaient-ils pas gardés ? Et pourtant ce dernier préfère l’argent au Seigneur, à la gloire, au ciel, et il abandonne, pour cette basse convoitise, tout ce que Dieu peut lui offrir. Avec une conduite irréprochable, son coeur est entièrement dégradé. Quant à Saul, il a vu, dans la gloire, sur le chemin de Damas, ce Jésus qu’il persécutait. Dieu avait mis son sceau sur l’oeuvre de la croix en plaçant là son Fils bien-aimé. Telle est la justice de Dieu, mais cette justice devenait, par la foi, celle de Paul. En vertu de l’oeuvre accomplie pour lui, il appartenait désormais au ciel ; il avait droit à la gloire. C’était la justice de Dieu, non pas celle de l’homme. Si vous observiez en tout point la justice légale, et que vous n’eussiez même jamais convoité, ce ne serait encore que la justice de l’homme ; une justice à laquelle vous travailleriez, et non une justice donnée à la foi. En Christ, j’ai la justice de Dieu, mille fois supérieure à tout ce que j’aurais fait si j’avais observé la loi, aussi bien qu’un ange. Christ n’a-t-il fait qu’accomplir la loi ? Cette dernière demande-t-elle que je me donne pour les péchés d’autrui, que j’aille jusqu’à la mort pour accomplir cette oeuvre ? Elle n’y pense pas même. La justice de Dieu et son oeuvre ont été manifestées et glorifiées dans la mort de Jésus ; et, quand nous ne pouvions apporter à Dieu la justice de l’homme, lui, nous apporte sa propre justice, accomplie pour l’homme pécheur.

Ayant vu, élevé dans la gloire, le Christ qui avait été obéissant jusqu’à la mort, Paul dit : Christ m’a été révélé ; c’est lui que je veux. Observer la loi ne me donne pas le droit d’être où Christ se trouve, en vertu de la justice divine, qui n’est pas ma justice. La justice de Dieu a placé Christ dans la gloire, et c’est là ce qu’il me faut. Je ne veux pas être trouvé en Lui ayant ma propre justice. La justice de Dieu qui justifie un pécheur ne peut s’accorder avec la justice de l’homme qui va rencontrer un juge. Ces deux choses ne peuvent se mélanger, ni s’ajouter l’une à l’autre. Je veux être trouvé en Lui, n’ayant pas ma justice qui est de la loi, mais celle qui est par la foi en Christ. J’ai la justice de Dieu, Dieu en a fini avec tout ce qui était entre mon âme et Lui ; il m’a paré, couvert de la justice. Je veux cela ; tout le reste n’est qu’empêchement, des fardeaux qui m’entravent, des ordures. Si je trouvais que c’est de ma part un grand sacrifice de quitter les choses du monde, cela prouverait que j’estime encore le monde, car il n’y a pas de grand sacrifice à quitter des ordures. Les quitter, c’est la liberté. La connaissance de la justice manifestée dans la gloire de Jésus à la droite de Dieu, délivre le coeur de tout obstacle.

Aussitôt que Dieu sonde votre coeur, fussiez-vous sans reproche, vous y trouverez quelque chose qui n’est pas Christ ; bien plus, qui le chasse, qui vous empêche de l’aimer et de le suivre, qui possède votre coeur, le péché, en un mot, qui montre que, de fait, vous n’aimez pas Christ du tout. Le jeune homme aimait sa fortune. Certes, il n’est pas le seul.

Que faut-il donc faire ? Simplement reconnaître cette vérité. Mais, puisque vous n’avez pas de justice pour Dieu, Lui en a une pour vous, et Christ est venu vous l’acquérir. Il vous donne le droit de vous trouver là où Dieu l’a placé lui-même. Vous ne pouvez mélanger ces deux choses ; il vous faut l’une ou l’autre. S’il s’agit de la justice de Dieu en Christ, tout le reste est des ordures. On ne se justifie pas avec des ordures. Quand on a saisi cette vérité, l’âme est en paix devant Dieu.

Pierre dit au Seigneur : «Voici, nous avons tout quitté et nous t’avons suivi» (10:28). Nous avons fait ce que tu viens d’exiger de ce jeune homme. Pierre était converti, mais n’était pas encore affranchi par le Saint-Esprit ; et de même les autres disciples. Ils étaient en chemin pour suivre le Seigneur, mais «ils étaient stupéfiés et craignaient en le suivant» (v. 32). Pourquoi ? Parce qu’il y avait la croix sur le chemin, et Pierre oubliait que c’était précisément ce que Jésus avait dit au jeune homme : «Suis-moi, ayant chargé la croix» (v. 21). Jésus allait monter au ciel, bien plus haut que Jérusalem, mais à Jérusalem la croix l’attendait, et il lui fallait passer par là pour monter au ciel. Les disciples n’étaient pas les seuls à devoir suivre ce chemin ; il faut que nous y passions tous. La croix épouvante l’âme qui a vu la gloire, et trouve que c’est le seul chemin pour obtenir la justice de Dieu. Mais quand on est, comme Paul, sous la puissance du Saint-Esprit, on ne veut connaître que Lui, et la puissance de sa résurrection. La croix est passée ; la mort n’est plus le roi des épouvantements. On en a fini avec la mort, avec le péché, avec une vie où l’homme ne peut être béni ; on commence une vie nouvelle, une vie avec Christ et avec le Père. C’est la pensée de l’apôtre, dans le chap. 3 des Philippiens : Il faut, dit-il, que je possède Christ. Jésus est sur la croix ; il faut que j’y passe, étant rendu conforme à sa mort. Au lieu d’être, comme les disciples, effrayé et stupéfié sur le chemin, Paul désire cela par la puissance du Saint-Esprit. Ayant vu la gloire de Jésus, il veut être avec Lui, là où il se trouve. Le Saint-Esprit lui fait comprendre quel est le chemin de Celui qu’il aime, qu’il poursuit, qu’il voit dans la gloire, lui, l’homme présenté à Dieu sans tache, sans peine, dans toute la beauté et la perfection d’une vie nouvelle où le péché n’entre pas, et il veut le connaître, étant rendu conforme à sa mort. La croix est moralement pour lui une partie de Jésus, et il veut la posséder, posséder Jésus tout entier.

Dans ce chap. 10 de Marc, lorsque Jésus a dit à ses disciples qu’après trois jours il ressuscitera (v. 34), Jacques et Jean (v. 35-40) demandent au Seigneur qu’il leur donne la meilleure place dans sa gloire. Ce n’est pas la chair aimable du jeune homme, ni celle d’hommes convertis, qui reculent devant la croix ; c’est la chair qui, sur le chemin même où l’on suit Jésus, montre son égoïsme et veut avoir la meilleure place. Le Seigneur leur dit : «Pouvez-vous boire la coupe que moi je bois ?» Oui, répondent-ils. — Eh bien ! vous la boirez, mais les places dans la gloire sont préparées, et ce n’est pas à moi de les donner.

Combien est différente la pensée de l’apôtre Paul ! Il ne veut ni la meilleure place, ni la moindre. C’est Christ qu’il veut gagner. Il le voit sur la croix ; il le veut à la croix ; il le voit dans la gloire, il le veut dans la gloire. Si la couronne de justice lui est réservée, ce n’est pas à elle que son coeur s’attache. Ce qui le fait travailler plus que tous les autres apôtres, c’est le Christ auprès duquel il va se trouver ; il a vu en Lui un objet si parfait, si unique, qu’il ne peut rien y ajouter, pas même la meilleure justice de l’homme, pas même la justice d’un ange, car tout mélange le lui gâterait. C’est par la puissance du Saint-Esprit que l’apôtre peut réaliser ces choses. Le Saint-Esprit nous délivre, non des luttes, mais des affections qui nous tenaient en esclavage, et nous donne la liberté dans le coeur et dans la conscience. Par la connaissance de Christ, il nous communique l’énergie, la paix, la joie, la pureté d’affections exemptes de tout égoïsme.

Chers amis, avez-vous cette paix, cette joie, cette liberté ? Le Saint-Esprit vous a-t-il tellement révélé Christ, que vous ayez compris ce que c’est que la justice de Dieu, et que vous ayez abandonné la vôtre ? Ne faites-vous qu’une chose ? Est-ce que vous dites : C’est Christ que je veux gagner ? Le but de votre vie est-il Christ seul ou bien pensez-vous, comme Jacques et Jean, a la place que vous occuperez dans la gloire ? Une situation brillante acquise à une femme par son mariage, est-elle la même chose pour elle que la possession de son mari ?

Qu’il vous soit donné de comprendre que Christ est la seule raison d’être de votre existence ici-bas. «Pour moi», disait l’apôtre, «vivre c’est Christ !»

 

 

 

4            Méditations de J. N. Darby    Marc  10:17-45    Gagner Christ

Lausanne, le 5 septembre 1852    n°225 : ME 1924 p. 87

Le rapprochement de ces versets avec Philippiens 3 nous montrera la différence entre l’état d’une âme que la puissance du Saint Esprit a affranchie, et celui d’une âme, convertie ou non, qui n’est pas encore affranchie. Chez Paul, nous verrons la liberté, l’énergie, la paix, l’intelligence d’une âme où le Saint Esprit agit, la confiance qui l’anime à travers les difficultés de la vie, parce qu’elle ne voit rien que la puissance de l’Esprit.

En contraste avec cela, nous trouvons ici, en premier lieu, une très aimable nature, mais pas autre chose. Une aimable nature, cela se trouve chez les hommes ; on peut avoir un bon voisin sympathique, agréable. Jésus aima le jeune homme riche. Mais le Seigneur va droit au mobile de toute la vie, au fond du coeur et montre que ce dernier ne veut ni le salut ni le Seigneur. Ses richesses se placent entre le Seigneur et lui.

Il se met à genoux devant Jésus, attiré par ce qui est effectivement si attrayant en Lui, sa bonté, son affabilité, son enseignement. Il dit : Maître qui es bon, que ferai-je pour mériter la vie éternelle ? Il ne parle pas d’être sauvé ; c’est un Juif à la recherche d’un certain commandement donnant la vie éternelle. Ce n’est pas une âme qui sent son péché ; Jésus est pour lui l’homme qui saura lui dire ce qu’il faut faire. Il regarde Jésus comme un rabbi, et non comme le Fils de Dieu. «Pourquoi m’appelles-tu bon ?» lui demande Jésus ; tout s’efface en la présence de Dieu, c’est Lui, non un homme, qu’il faut reconnaître. Puis : «Tu sais les commandements». Il les a gardés. Voilà donc un homme aimable, irréprochable, faisant le bien, respectant Jésus. Il n’est pas de plus bel extérieur. Jésus, loin de rejeter cela, l’aime ; il y a des choses belles même dans les créatures qui ne connaissent pas Dieu.

Mais tout de suite, son coeur est mis à l’épreuve. Rien, dans ses bonnes qualités, ne mettait au jour le mobile qui le gouvernait. Ce qui fait l’homme moralement, c’est la chose qui gouverne son coeur. Or les richesses gouvernaient le jeune homme et il est aussi loin que possible du royaume de Dieu. On peut être très aimable tant que le motif profond du coeur n’est pas touché, et quand il l’est, tout est renversé : il n’y a rien pour Dieu.

Le cas de l’apôtre Paul présentait une grande ressemblance avec celui-là (Phil. 3:4-7). Il pouvait avoir confiance dans la chair, plus que quiconque ; quant à la justice qui est par la loi, il était sans reproche. Mais toutes ces choses qui étaient un gain pour lui, il les a trouvées nuisibles pour l’amour de Christ. Voilà la puissance du Saint Esprit. Il avait tous les avantages possibles d’un Juif, et cela est une perte pour lui. Il a vu Christ, mais toutes ces choses se placent entre son âme et Christ pour le lui voiler ; c’est pour l’amour de Christ qu’il les a estimées toutes comme des ordures, «afin, dit-il, que je gagne Christ», et rien que cela. Le Saint Esprit lui a révélé la valeur de l’excellence de la connaissance de Christ. Ce n’est pas là un mouvement d’énergie propre, de fanatisme, mais c’est un jugement calme ; il connaît la valeur de Christ et ne veut que cela. Christ possède son âme, il est l’objet de ses affections. Et lorsque Christ possède ainsi le coeur, tout le reste est considéré comme des entraves à cette possession.

Quand le jeune homme voit qu’il faut quitter ses richesses, il s’en va. Est-il donc mauvais de garder les commandements ? c’est ainsi que raisonne la chair. La foi voit autrement. Saul de Tarse, aussi bien que le jeune homme riche, avait gardé les commandements, mais Saul a vu Christ, et a vu en lui une tout autre justice. Le jeune homme préfère l’argent au chemin de Jésus, à la gloire, au ciel, et il abandonne, pour cette convoitise dégradante, tout ce que Dieu peut offrir avec une conduite irréprochable, c’est un coeur entièrement dégradé. Il convoite à ce point les richesses qu’il ne veut les lâcher ni pour le ciel, ni pour le Seigneur. Saul, voyant Jésus, voit en Lui celui que Dieu a placé dans la gloire, mettant ainsi son sceau sur sa vie et sur sa mort. Voilà la justice qui est de Dieu par la foi, la justice de celui qui a part au ciel, la justice de Dieu, et non de l’homme. Supposons que vous ayez observé la loi en tout point, que vous n’ayez même pas convoité, ce ne serait pas encore la justice de Dieu, mais celle de l’homme, et il n’y aurait là aucun objet pour la foi, rien à croire. C’est en Christ que je trouve la justice de Dieu lui-même, bien supérieure à tout ce que j’aurais si même j’avais observé la loi aussi parfaitement qu’un ange. Christ a-t-il simplement accompli la loi ? La loi demande-t-elle que je me dévoue pour les péchés d’autrui ? La loi prévoit-elle que le Fils de Dieu se livre à la mort pour accomplir la volonté de son Père ; comporte-t-elle un dévouement comme celui de la croix ? Non, si j’étais sans reproche quant à la loi, ce ne serait pas la justice de Dieu. La justice de Dieu, comme son amour, a été manifestée et glorifiée dans la mort de Jésus : «maintenant le Fils de l’homme est glorifié et Dieu est glorifié en Lui». Dieu a fait ce qui est digne de Lui. Il ne nous a pas revêtus de la justice de l’homme, l’homme n’en a point ; mais lorsque nous n’avions aucune justice à lui apporter, il nous a apporté, Lui, la justice même de Dieu. Il nous la présente dans la mort de Jésus, subie pour l’homme pécheur.

Paul a vu Christ, celui qui, ayant été obéissant jusqu’à la mort de la croix, a été haut élevé ; maintenant il peut dire : Christ m’a été révélé, voilà ce que je veux, et rien d’autre. L’obéissance à la loi ne me donne pas le droit d’être où Christ est par la justice divine. Ce qu’il me faut, ce n’est pas ma justice à moi, c’est la justice qui a placé Christ dans la gloire. Je ne veux pas être «trouvé en lui ayant ma justice qui est de la loi». La justice de Dieu envers un pécheur ne peut se concilier avec la justice que l’homme voudrait offrir à son juge. L’une ne peut se mêler à l’autre, ni s’y ajouter. De mon côté, je ne puis voir que le péché, les convoitises, les richesses qui m’éloignaient de Dieu ; du côté de Dieu, je trouve une justice de laquelle je profite, mais où je ne suis pour rien, et la gloire qui en découle. C’est seulement une question de foi, c’est la justice «qui est par la foi en Christ, la justice de Dieu, moyennant la foi». Il n’y a plus aucune question entre mon âme et Dieu, j’ai la justice de Dieu, il en a fini avec tout ce qui me séparait de Lui, il m’a paré, couvert de la justice. Désormais, je ne veux que cela. Tout le reste est empêchement. Pour courir, on jette les poids qui alourdissent ; tout ce qui m’occupait est entrave et perte pour moi. Il ne vaut pas la peine de m’y arrêter, ce sont des ordures. Si, ayant quitté les choses du monde, je pense que j’ai fait un grand sacrifice, cela prouve que j’estime encore le monde, tandis que je ne puis trouver qu’il y ait un sacrifice quelconque à quitter des ordures. Au contraire, je suis débarrassé ; c’est la liberté. Ce qui me possède, c’est l’amour de la justice, c’est la contemplation de la gloire de Jésus à la droite de Dieu. Cela délivre le coeur de toute entrave.

Aussitôt que Dieu sonde le coeur, fussiez-vous sans reproche, vous trouverez quelque chose qui n’est pas Christ, qui chasse Christ, qui empêche d’aimer Christ, de suivre Christ, quelque chose qui possède votre coeur. Ce quelque chose, c’est le péché, qui fait que vous n’aimez pas Christ du tout. Et, trouvant une telle plaie dans votre coeur, pourriez-vous donc dire que vous aimez Dieu de tout votre coeur ? Hélas ! Le jeune homme riche aimait sa fortune. Il n’est pas le seul.

Que faire donc, après une telle découverte ? Il faut en reconnaître toute la vérité, et, puisque vous n’avez pas de justice à offrir à Dieu, accepter celle qu’Il vous offre, reconnaître que Christ est venu pour cela, et que Dieu, par lui, veut vous donner le droit d’être dans le lieu même où il a placé Christ. Encore une fois, vous ne pouvez mêler vos prétentions à une propre justice avec la justice de Dieu en Christ. Tout ce qui n’est pas cette dernière n’est qu’ordures, et on ne se justifie pas avec des ordures. Quand on a saisi cela, on jouit de la vraie justice et de la paix devant Dieu.

Désormais, c’est une vie nouvelle. Lorsque, par la grâce de Dieu, j’ai dit : Voilà ma justice, tout le reste ne vaut rien, je veux cela et seulement cela, — avec la justice j’ai l’énergie quant à cette vie nouvelle, l’énergie même du Saint Esprit. Il s’agit, en effet, de suivre maintenant Christ. «Suis-moi, ayant chargé la croix».

Pierre dit au Seigneur (v. 28) : «Voici, nous avons tout quitté, et nous t’avons suivi», nous avons fait ce que tu as demandé à ce jeune homme ! Ils le suivaient en effet, «ils étaient en chemin» avec lui (v. 32), mais «ils étaient stupéfiés, et craignaient en le suivant». C’est qu’il y a la croix sur le chemin. Il montait vers le ciel, mais le ciel était plus loin que Jérusalem, et à Jérusalem la croix l’attendait. Ils craignaient en le suivant. Ils ne sont pas les seuls non plus. Jésus a dû passer par la croix pour aller dans le ciel, et il faut que nous y passions aussi ; cela effraie. Avoir vu la gloire, puis voir la croix, et trouver que c’est le seul chemin de la justice de Dieu, — voilà l’âme épouvantée, même l’âme qui a été saisie, convertie, comme Pierre et les disciples.

Voyons maintenant une âme sous la puissance du Saint Esprit. «Pour le connaître, lui, dit Paul, et la puissance de sa résurrection...». Ah ! voilà la croix passée. La mort n’est plus le roi des épouvantements. Christ a remis son esprit au Père, il est mort à la mort, au péché, en a fini avec une vie où l’homme ne peut être béni, pour commencer, comme homme, une nouvelle vie avec son Père. Et il dit au brigand : «Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis». La pensée de l’apôtre est celle-ci : Il faut que je possède Christ. Christ est mort sur la croix ? il faut que j’y passe : «étant rendu conforme à sa mort». Il veut Christ, et la croix de Christ. Au lieu d’être effrayé et stupéfié sur le chemin, il veut, il désire y suivre Christ, dans la puissance du saint Esprit. Le chemin mène à la gloire où est Jésus ; mais où qu’il passe, c’est être avec Jésus que de le suivre, et c’est ce que Paul veut. Il veut connaître «la communion de ses souffrances, étant rendu conforme à sa mort». C’est là ce que le Saint Esprit nous fait comprendre du chemin de Jésus. Le Christ que nous aimons, que nous poursuivons, se trouve là, et c’est là que nous sommes avec lui. On trouve ainsi chez Paul à la fois l’intelligence du Saint Esprit et la puissance du Saint Esprit. Il a été saisi par Christ ; l’homme glorifié lui a été présenté sans tache, sans douleur, sans chagrin, dans toute la beauté, la perfection d’une nouvelle vie où le péché n’entre pas, et il poursuit, cherchant à le saisir. Il veut connaître Jésus, étant rendu conforme à sa mort. La croix est moralement une partie de Jésus, et il veut la posséder, posséder entièrement Jésus. Nous voyons là toute l’efficace morale de la croix de Jésus : Jésus est là et je veux le connaître, et le posséder là comme ailleurs.

Jacques et Jean, eux (v. 35-37) veulent la gloire, après avoir entendu Jésus dire : «je ressusciterai le troisième jour». Leurs pensées sont à la gloire seule. Ce n’est là ni la chair aimable, ni l’homme converti qui craint la croix, c’est l’égoïsme qui veut la première place, c’est la chair qui est occupée de la meilleure place sur le chemin même où l’on marche avec Jésus. Jésus répond par une demande destinée à sonder le coeur : «Pouvez-vous boire la coupe que moi je bois ? — Nous le pouvons». Il s’en tient là : Vous la boirez.

Voyons encore une fois ce que produit, en contraste avec cet égoïsme, l’action du Saint Esprit dans le coeur. «J’estime toutes choses comme des ordures, afin que je gagne Christ», dit Paul. Il ne veut ni la meilleure place, ni la moindre, mais Christ. Il voit Christ sur la croix, il le veut à la croix, il le voit glorifié, il le veut dans la gloire. Il sait que la couronne de justice lui est réservée, mais son coeur n’y est pas, ce qui le fait poursuivre, c’est la pensée de Christ, qu’il trouvera quand il sera arrivé au but. Telle est la puissance de l’Esprit de Dieu. Il prend les choses de Christ et les révèle, et il fait que Christ soit tout pour l’âme, à l’exclusion de toute autre chose. Il faut que Christ soit ainsi le tout du coeur, sinon on s’éloigne, et c’est l’asservissement à ses propres convoitises.

Ce n’est pas pour nous-mêmes que nous aurons jamais ni cette justice, ni cette vie. Il faut laisser tout ce qu’on possède ou qu’on croit posséder. Un riche ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Les apôtres s’étonnent : Qui entrera ? — Personne sur ce pied-là. L’homme n’y sera pas comme homme. À Dieu rien n’est impossible, mais, justement parce que l’oeuvre est de Dieu, tout ce qui appartient à l’homme est mis de côté. Le jeune homme riche a montré, avec le caractère le plus aimable, qu’il ne peut entrer dans le ciel. Paul, lui, déclare : Je ne veux pas ma justice ; j’étais sans reproche, mais j’en ai une meilleure ; j’ai vu Christ, Christ a entièrement chassé toute autre justice. Je connais quelque chose de parfait, d’unique, tel que rien ne peut s’y mêler, et je gâterai tout en essayant de mettre la justice de l’homme auprès de la justice de Dieu. Je connais Jésus, et je ne veux que cela. En lui j’ai vu la gloire de la justice de Dieu, et je ne veux rien y mêler. Comment parler de l’état de votre coeur ? Vous ne comprenez pas, vous qui le faites, ce que c’est que la justice de Dieu ! Vous auriez la justice d’un ange, serait-ce la justice de Dieu ? Un ange n’est pas Dieu ? Oui, pour le coeur saisi par la puissance du Saint Esprit, il n’est qu’un objet : Christ. Toute autre chose, tout ce qui est mien, n’est qu’ordure, entrave, difficulté. Une difficulté n’est pas un objet. Je veux aller dans un endroit, il y a en route une montée, c’est une difficulté du chemin, ce n’est pas le but du voyage. La chair ne peut être un objet, mais un obstacle, et je veux m’en débarrasser. Elle cherche à se prévaloir. Mais quand on pense au ciel, ce qui occupe, ce n’est pas le bonheur dont on jouira ou la bonne place qu’on pourra y occuper. Travaillez-vous une heure par jour seulement pour cela ? Ce ne serait pas la gloire. Au ciel je vois Christ, j’y veux Christ. C’est là la liberté et l’énergie du Saint Esprit. L’homme perd entièrement sa valeur : il n’y a qu’un seul bon, c’est Dieu. Le Saint Esprit me délivre non des luttes, mais des affections qui me tenaient en esclavage, et met mon coeur en liberté, comme ma conscience, en m’occupant de Christ. Ainsi mes affections seront purifiées de tout égoïsme, si Christ est mon seul objet, mon seul gain.

La liberté, l’énergie, la joie, la pureté dans les affections, voilà donc ce qui découle de la connaissance de Christ. Avez-vous cette paix, cette joie, cette liberté ? Le Saint Esprit a-t-il révélé Christ à votre âme de telle manière que, comprenant ce que c’est que la justice de Dieu, vous ayez abandonné la vôtre ? Ne faites-vous, comme l’apôtre, qu’une chose ? Alors vous connaîtrez la vraie liberté. C’est Christ que je veux gagner, combien cela vaut mieux que d’être moi-même dans la gloire ! Trouver une belle position dans son mariage, est-ce la même chose pour une femme que de posséder son mari ? Le but de votre vie est-il Christ seul ? que Dieu vous fasse au moins comprendre que là où est le Saint Esprit, là est la liberté. Que nos coeurs reconnaissent la gloire en Jésus et en son amour parfait !