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Méditations  de  J. N. Darby

 

 

1     Méditations de J. N. Darby    1  Rois 13 ;  Éphésiens  3

2     Méditations de J. N. Darby    1  Rois  13

3     Méditations de J. N. Darby    1  Rois  17

4     Méditations de J. N. Darby    1  Rois  19:1-18    Le Prophète découragé

 

1            Méditations de J. N. Darby    1  Rois 13 ;  Éphésiens  3

n°79 : ME 1895 p. 292

Je n’ai pas d’autre but en lisant le premier de ces passages que de faire ressortir l’importance pour nous de l’obéissance toute simple, obéissance qui ne se détourne ni à droite, ni à gauche, même à la voix d’un prophète, quand la volonté de Dieu nous est déjà connue.

Le second passage (Éph. 3) nous montre l’importance immense que la parole de Dieu attache à l’Église. Christ lui-même est le centre de tous les conseils de Dieu, mais rien ne lui est plus précieux que l’Église. C’est par elle qu’il fait connaître sa sagesse aux principautés dans les lieux célestes. Paul fut particulièrement le ministre de cette révélation, car si le Saint-Esprit a enseigné les mêmes vérités à tous les apôtres et prophètes, il a donné à chacun d’eux la révélation de quelque partie des richesses du Christ. Pierre, par exempte, insiste davantage sur la gloire personnelle du Seigneur ; Paul sur l’union de l’Église avec lui. Jean fait ressortir le principe que Dieu est amour. Pierre présente Jésus comme la pierre vivante, en vertu de sa résurrection et de sa gloire ; il montre que nous participons à cette gloire. Paul, comme nous l’avons dit, parle de l’union actuelle de l’Église avec Christ. Tous les apôtres avaient accompagné Jésus comme homme ici-bas. Paul seul, arrêté par lui sur le chemin de Damas, apprend à le connaître dans la gloire, et c’est désormais le point de départ de toutes ses pensées, tandis que cette même gloire est au contraire le terme des pensées des autres apôtres.

L’union absolue, l’unité des disciples persécutés avec Jésus, devient le moyen de la conversion de Paul. C’est surtout dans l’épître aux Éphésiens qu’il développe cette unité. Quand il parle de notre position, il la montre en Christ : nous sommes élus en lui avant la fondation du monde, et nos bénédictions sont actuellement dans les lieux célestes en lui. Le monde est le théâtre sur lequel ces choses sont manifestées, mais il n’y entre pour rien. Même les miracles qui s’y accomplissent sont les «puissances du siècle à venir». Cette union est un mystère qui n’avait pas été révélé auparavant, car dans l’Ancien Testament on ne trouve que Christ, et non pas l’Église. Tel est, par exemple, le passage d’Ésaïe 50:7-9, qui concerne Christ et qui, en Rom. 8:33, 34, est appliqué par le Saint-Esprit à l’Église. Dans l’Ancien Testament, le peuple d’Israël voit la manifestation de la gloire de Christ, mais le mystère, l’union de Christ et de l’Église, ne lui est pas révélé. Jésus-Christ a été serviteur de la circoncision, est-il dit en Rom. 15:8.

Avant la mort de Christ, l’Église n’avait point été révélée comme assise dans les lieux célestes, mais quand, après son ascension, il envoie le Saint-Esprit, celui-ci, par la puissance qui agit en nous avec efficace, sépare un peuple élu hors du monde. Unis par lui à Christ, nous sommes un seul Esprit avec lui. C’est la présence du Saint-Esprit qui distingue l’Église de Dieu : Celle-ci manifeste d’une part, au milieu du monde actuel, la présence du Saint-Esprit par des fruits que l’égoïsme même du monde est capable de comprendre. D’autre part, elle manifeste aux principautés et aux puissances dans les lieux célestes, la sagesse de Dieu infiniment variée. Les anges étaient les administrateurs du gouvernement de Dieu sur Israël, et c’était là ce que signifiait l’échelle de Jacob. Mais dans l’Église, on voit Dieu, unissant à lui, dans la personne de son Fils, des êtres qui autrefois n’étaient que de pauvres pécheurs, et les plaçant au-dessus de toutes les principautés et de toutes les puissances dans les lieux célestes.

Dès que nous rabaissons dans nos coeurs la notion de l’Église, nous manquons au but que Dieu se propose, et Dieu ne nous communique sa force que pour accomplir ce qui est selon sa pensée. Comment aussi pourrons-nous jouir de la bonté et de la miséricorde de Dieu, si nous manquons à ce qu’il se propose ? En serons-nous réduits à nous appuyer sur notre sagesse et nos forces pour accomplir des choses qui ne sont pas selon les pensées de Dieu manifestées dans sa Parole ?

Cherchons donc humblement, dans le sentiment de notre responsabilité, à répondre dans toute notre marche, au but et aux pensées de Dieu, avec la certitude heureuse que Dieu est avec nous dans ce chemin.

 

 

 

2            Méditations de J. N. Darby    1  Rois  13

n°84 : ME 1895 p. 375

Ce chapitre nous enseigne, d’une manière bien frappante, la simplicité d’obéissance à la volonté de Dieu, du moment que cette volonté nous est connue. C’est pour y avoir manqué, que le jugement est tombé sur le prophète infidèle. Aujourd’hui, Dieu n’agit plus publiquement, comme il le faisait alors parmi les Juifs. Le gouvernement de Dieu en Israël était un gouvernement public, et l’Éternel devait punir son peuple publiquement, toutes les fois qu’il péchait, car il était, extérieurement, un peuple au milieu du monde. C’était par lui que Dieu donnait au monde un échantillon de son gouvernement. Il faut toujours se souvenir de cela, pour comprendre l’histoire d’Israël.

Dès le moment où l’idolâtrie est entrée dans le monde, Dieu a appelé Abraham. Avant le déluge, Énoch avait rendu témoignage, mais il n’y avait pas encore un peuple élu. Lorsque Satan a réussi à se faire adorer en introduisant l’idolâtrie, Dieu appelle Abraham et se choisit un peuple. On voit en Jos. 24:23, que la famille d’Abraham servait d’autres dieux. Ce n’était pas seulement l’iniquité, comme avant le déluge, c’était servir, les démons au lieu de Dieu (1 Cor. 10:20).

Mais Dieu n’exécute pas le jugement avant que l’iniquité soit arrivée à son comble, parce qu’il est plein de support et de patience ; il prononce ses jugements longtemps avant leur exécution, afin d’avertir les pécheurs. Ce n’est que lorsque l’iniquité des Amorrhéens arrive à son comble, qu’Israël, introduit dans le pays de Canaan, frappe ses habitants comme ennemis de Dieu. Il en est de même dans notre chapitre (v. 2).

Dieu établit les limites des peuples selon le nombre des fils d’Israël (Deut. 32:8), mais ce peuple est aussi, aux yeux de tous les peuples, un échantillon de la manière dont Dieu s’y prend pour éprouver le coeur de l’homme. L’épreuve nous fait voir que l’homme, sous la loi de Dieu, essayé par lui, ne vaut absolument rien. Ce gouvernement manifeste Dieu non moins que le coeur de l’homme. Son caractère à lui, est glorifié, tandis que l’homme, arbre et sève, est reconnu entièrement mauvais.

C’est quand tout est perdu, que la souveraineté de Dieu en grâce commence à se manifester. Au lieu de détruire les hommes qui avaient rejeté son Fils unique, Dieu leur offre la grâce. Il nous importe de nous souvenir que nous sommes sous la grâce et non sous la loi. En nous replaçant sous la loi, nous rentrons dans une condition qui a manifesté que nous sommes perdus.

L’Éternel est le Dieu des Juifs (Ex. 6:3), mais, pour nous, Dieu est le Père. S’il y a du mal dans ses enfants, il ne le permet pas ; il les châtie, mais sans qu’ils cessent pour cela d’être ses enfants. C’est comme tels, qu’il a mis dans nos coeurs son Esprit, par lequel nous crions : Abba, Père ! Cet Esprit nous reprend quand nous tombons en quelque mal. Dieu dit à Israël, en Amos : «Je vous ai connus, vous seuls, de toutes les familles de la terre ; c’est pourquoi je visiterai sur vous toutes vos iniquités» (Amos 3:2).

Dans l’Église, la discipline est bien plus cachée, plus intérieure, parce que nous ne sommes pas un peuple extérieur, mais un peuple destiné à manifester la sagesse de Dieu infiniment variée, aux principautés et aux puissances dans les lieux célestes. En Israël, Salomon étant tombé dans l’idolâtrie, Dieu lui ôte une partie de son royaume. Jéroboam, agissant selon la sagesse de l’homme, fait des veaux d’or, sous prétexte de trouver l’Éternel à Dan et à Béthel, mais en réalité afin d’empêcher le peuple de retourner à Jérusalem. Il façonne la religion selon ses plans et ses convenances ; et c’est ainsi que, de nos jours, la sagesse de l’homme arrange extérieurement même le christianisme.

Jéroboam sacrifiait lui-même, alors que les sacrificateurs avaient seuls le droit de le faire. L’ordre donné au prophète de Juda était très positif, très clair : «Tu ne mangeras pas de pain, et tu ne boiras pas d’eau, et tu ne t’en retourneras pas par le chemin par lequel tu es allé» (v. 9). Il devait manifester par là que l’Éternel ne veut point avoir de communion quelconque avec les méchants. Le prophète remplit fidèlement son message ; le roi veut le faire saisir, mais Dieu est avec lui et le délivre. Puis il intercède pour son adversaire, nouvelle preuve que Dieu est avec lui. Alors le roi l’invite : «Viens avec moi à la maison, et rafraîchis-toi, et je te donnerai un présent» (v. 7). C’est ce que fait le monde, quand il reconnaît la présence et la puissance de Dieu avec son peuple ; il voudrait bien alors que le peuple de Dieu vînt au milieu de lui, afin de sanctionner son état par sa présence ; mais son coeur n’est point changé pour cela (v. 33). Le prophète est fidèle, refuse l’invitation, et semble en s’éloignant s’être éloigné du danger.

Mais le danger vient d’un autre prophète qui habitait Béthel, et qui n’avait pas senti l’état d’iniquité de Jéroboam, car il restait au milieu du mal. C’est lui, maintenant, qui désire la présence du prophète fidèle, afin qu’elle sanctionne son état. Il voudrait que le vrai prophète le reconnût, là où il se trouve. Il en est de même des chrétiens infidèles, alliés au monde ; ils recherchent la sanction de ceux qui sont fidèles, quand ils les voient bénis de Dieu. Sans doute, on ne voit pas le vieux prophète sacrifier sur l’autel ou sanctionner activement l’iniquité. Mais il demeurait au milieu de cette iniquité, et il voulait y avoir la communion du prophète fidèle. Ce dernier s’en retourne et vient en effet sanctionner par cet acte la position d’infidélité du vieux prophète. Bien plus, il désobéit à la parole positive de l’Éternel. Il accepte le mensonge du vieux prophète, à cause de sa qualité de prophète, à cause du bien qui était en lui. Plus il y a de bien dans un homme, plus il est distingué comme serviteur de Dieu, plus aussi son infidélité, même légère, peut faire de mal. Il en fut ainsi de Pierre, en Gal. 2, quand il refusa de manger avec les chrétiens d’entre les gentils. La mondanité d’un chrétien fait plus de mal que celle d’un mondain. Elle autorise la mondanité chez les saints, elle sanctionne la mondanité du monde. À table, le vieux prophète est chargé d’annoncer lui-même à l’homme de Dieu le jugement de l’Éternel sur sa désobéissance !

Quand Dieu nous a montré sa volonté, nous devons nous y tenir en simplicité et en obéissance ; sinon, nous avons des châtiments, et la triste conviction d’avoir été infidèles. Le pire serait que Dieu nous laissât dans notre mauvais train. En suivant la volonté de Dieu, nous trouverons toujours la bénédiction. Pour discerner cette volonté, il faut être en communion avec lui. Que le Seigneur nous donne d’être fidèles !

 

 

 

3            Méditations de J. N. Darby    1  Rois  17

n°150 : ME 1903 p. 455

Remarquez comment la parole de Dieu introduit la personne d’Élie au milieu des misères d’Israël. Le chapitre précédent ne contient que des choses affreuses. Le jugement de Dieu est sur le pays, car le dernier roi agit plus mal que tous les autres ; il épouse la fille du roi de Sidon, et introduit en Israël l’idolâtrie des Cananéens, idolâtrie plus abominable que celle du veau d’or. C’est alors que, le peuple étant réduit à cet état, Élie le Thisbite paraît tout à coup sur la scène. Ainsi Dieu suscite toujours un témoignage au milieu de son peuple, témoignage d’autant plus puissant, que l’iniquité est plus grande.

Élie se tenait en la présence de l’Éternel et c’était sa force. Je désire vous montrer comment Dieu le fortifie et le rend capable de marcher en avant. Élie n’avait pas toujours pour occupation de rendre témoignage et d’accomplir des actes de puissance devant le peuple. Sa position habituelle était de se tenir en présence de l’Éternel, en sorte que, lorsque survenaient des circonstances difficiles, il était préparé à tout. Autre remarque : pendant trois ans et demi, Élie dispose à son gré de la Providence du pays. On aurait pu y voir une manifestation extraordinaire de la puissance du prophète, mais Jacques nous dit : «Élie était un homme ayant les mêmes passions que nous, et il pria, avec instance qu’il ne plût pas, et il ne tomba pas de pluie sur la terre pendant trois ans et six mois» (Jacq. 5:17). Cela provenait de ce qu’il se tenait en présence de Dieu, trouvant la puissance divine dans sa communion. Il priait et disposait ainsi de tout. Élie était angoissé de l’état d’iniquité du peuple, et devient l’instrument du châtiment, mais en participant lui-même à ce châtiment. Dieu lui dit de se cacher au torrent du Kerith, parce qu’Achab le cherchait partout pour le détruire (18:10). Dieu le soutient là, tout en mettant sa foi à l’épreuve dans l’état de famine du peuple ; mais le torrent finit par se dessécher. Dieu nous accorde des secours qui viennent à nous manquer. Notre foi est ainsi éprouvée de nouveau pour que nous ne nous appuyions pas sur les ressources que Dieu donne.

La mission d’Élie à Sarepta nous présente plusieurs points remarquables. C’était le dernier endroit où l’on eût pu soupçonner que Dieu enverrait son prophète. Sarepta était en Sidon, le pays de Jézabel qui cherchait Élie pour le détruire. Mais c’est là que se manifeste la grâce souveraine de Dieu. Il dit : «Lève-toi, va-t’en à Sarepta qui appartient à Sidon». Jésus dit : «Il y avait plusieurs veuves en Israël, aux jours d’Élie, lorsque le ciel fut fermé trois ans et six mois, de sorte qu’il y eut une grande famine dans tout le pays ; et Élie ne fut envoyé vers aucune d’elles» (Luc 4:25). Dieu laisse de côté les veuves d’Israël, et sa grâce souveraine envoie le prophète vers une veuve sidonienne qui meurt de faim. Certes les hommes ne l’auraient pas envoyé pour y être nourri, chez une veuve étrangère qui ne possédait rien ; c’était le contraire de toute prudence humaine, comme de toute idée juive. Dans les circonstances les plus pénibles, nous ne sommes pas plus loin de Dieu que dans les circonstances les plus favorables ; bien plus, les premières sont pour Dieu l’occasion de se manifester.

La femme est pleine de bonne volonté (v. 11) et Élie lui expose ses besoins. Ici, Dieu savait quelque chose que le prophète ignorait. Cette femme connaissait l’Éternel, le Dieu d’Israël (v. 12), et Dieu la connaissait bien ; il envoie cette visite à la pauvre veuve. Comme Rahab, elle reconnaît la puissance de Dieu avec son peuple ; le lien est ainsi formé de suite. Élie lui annonce que Dieu pourvoira à tout ; elle a une foi entière en sa parole et reconnaît la parole de Dieu dans la bouche de son prophète.

Nous trouvons ici une leçon touchante de la grâce de Dieu. Cette pauvre femme ne s’attendait pas à la venue d’Élie et ne savait pas que Dieu pensât à elle. Sa foi est mise à l’épreuve, mais Dieu la visite exactement au moment opportun. Elle n’a plus qu’une dernière poignée de farine, mais Dieu est là pour s’occuper de cette veuve, étrangère à l’alliance d’Israël. Quand la grâce de Dieu agit pour visiter quelqu’un, elle trouve la foi en la parole de Dieu ; et Dieu répond à cette foi. Cette femme apprend ainsi à devenir beaucoup plus familière avec les voies de Dieu.

Mais la présence de Dieu par la Parole tend toujours à «mettre en mémoire notre iniquité» (v. 18). Elle fait venir sur nous des châtiments, afin que nous apprenions à la connaître et à lui obéir. Quand Dieu agit puissamment par son Esprit, il émonde les sarments, afin de leur faire porter plus de fruit. Le fils de la veuve tombe malade et meurt. Lorsque les châtiments de Dieu se manifestent au milieu des siens, c’est le signe qu’il veut les bénir. On voit, en Hébr. 4, que la parole de Dieu est vivante et opérante, jugeant des pensées et des intentions du coeur, et que toutes choses sont nues aux yeux de Celui à qui nous avons affaire. La Parole sonde tout et, tout étant jugé, la sacrificature de Christ est là, qui vivifie, restaure et bénit. Dieu ne nous bénit qu’en nous sondant. Sa présence rencontre le mal et le fait ressortir, mais ce travail est accompagné de hardiesse pour s’approcher du trône de la grâce. La présence de Satan détruit la confiance ; la Parole nous approche de Dieu et produit la confiance. Cette femme n’avait pas pleine confiance, tout en ayant conscience de ce qu’elle était. Élie intercède et devient comme l’instrument, la source de vie pour son enfant. La femme connaît maintenant que Dieu, ayant répondu en grâce, sa Parole est bien la parole de Dieu, et elle a la certitude pratique de la puissance et de la vérité de cette Parole pour le bonheur, la vie et la restauration (v. 24).

N’évitons pas l’effet de la Parole, agissant sur notre conscience et remettant tout en mémoire, car si Dieu le fait, s’il nous sonde, c’est pour nous bénir. La pleine grâce introduit la Parole qui juge, mais qui est inséparable de la grâce.

Ayons confiance. Si le torrent nous manque, nous trouverons une veuve à Sarepta. Qui donc, à la cour d’Achab, aurait pensé à chercher Élie à Sarepta, dans le pays de Jésabel ? La grâce souveraine nous garde et déploie toutes ses ressources pour nous bénir. Que Dieu nous enseigne à compter par la foi sur sa grâce souveraine !

 

 

4            Méditations de J. N. Darby    1  Rois  19:1-18    Le Prophète découragé

Genève, 10 novembre 1848    n°226 : ME 1924 p. 141

On voit constamment combien il est difficile à l’homme de se tenir à la hauteur de la bonté de Dieu. Élie était effectivement seul en face de toute la haine de Jézabel, et il perd de vue la grâce de l’Éternel. Nous pouvons, à un moment donné de notre course, regarder en arrière, et nous constatons la fidélité de Dieu. Mais pour l’avenir il faut aller jour après jour, et le jour présent cache celui qui n’est pas encore. De loin ou voit bien que Dieu est là. Mais poursuivre le chemin et voir alors que Dieu est là, c’est autre chose. Pour Élie, Dieu a en apparence abandonné la terre. Le mal triomphe, et la foi manque au prophète, qui estime stérile sa mission, ne pense qu’à lui-même et s’enfuit.

Le chemin de la foi est toujours difficile, il l’est d’autant plus qu’on est placé plus en vue, parce qu’il faut supporter, outre l’opposition du monde, le manque de foi chez les enfants de Dieu, et cela est encore plus difficile. La faiblesse de la foi chez les autres ôte le courage à celui qui est en avant. Tant que Jonathan était en avant du peuple, il ne sentait pas les conséquences de l’incrédulité de Saül. Dans ce chemin de la foi on ne rencontre pas seulement son incrédulité à soi, et c’est une peine de plus. Paul dit : «tous m’ont abandonné» ; ils n’avaient pas la foi pour se maintenir à la hauteur où celle de Paul le plaçait ; devant Néron, il n’a pas l’appui de la foi des autres.

Élie est l’un des deux hommes qui étaient avec ?? Jésus à la transfiguration. Or on voit que ces deux avaient manqué de la même manière : l’un et l’autre n’avaient pu (l’homme ne l’a jamais pu !) s’élever à la hauteur de cette grâce qui soutient ceux qui sont à l’épreuve et qui a compassion de ceux qui manquent. Elle seule rend capable de ne pas s’aigrir. Moïse s’est aigri contre le peuple. «Rebelles !» dit-il (Nomb. 20:10). Il a parlé légèrement de ses lèvres. Devant de tels exemples, on peut dire qu’il est inutile que Dieu nous bénisse si notre coeur ne se tient pas près de Lui ; il reste étranger à sa grâce. D’un mot, Moïse avait fait s’ouvrir la terre, et, peu après, devant la disette d’eau, sa foi manque.

Il en est ainsi d’Élie à ce moment de son histoire. Il avait vu d’une manière remarquable la réponse de Dieu à sa foi. Parce qu’il avait prié, durant trois ans et demi, il n’y avait pas eu de pluie. Il avait ensuite défait par la foi les sacrificateurs de Baal. Un témoignage saisissant avait été rendu, par cette victoire éclatante, à la puissance de Dieu, et au fait que cette puissance était avec Élie. On aurait pu dire : Voilà Élie bien fortifié, l’Éternel s’est déclaré pour lui.

Non. L’effet d’une victoire remportée par la foi, c’est de nous placer en présence de l’irritation et de tous les efforts de Satan. Si l’on compte sur Dieu, et non sur la victoire précédente, on va à une nouvelle victoire. Toutes les fois que Satan suscite quelque nouvelle attaque contre le peuple de Dieu, c’est l’occasion d’une nouvelle victoire. Mais ce qui nous prive souvent de la victoire, c’est justement d’en avoir remporté une : on s’élève, et on est battu.

C’est ce qui est arrivé à Élie. «Je ne suis pas meilleur que mes pères ; que je meure !» Il y a là une leçon profonde pour nous, afin que nous apprenions à nous tenir dans le chemin de la foi près de Dieu, avec le sentiment de notre faiblesse.

Satan est toujours là pour nous tenter, et plus les circonstances sont importantes, plus nous nous trouvons, comme Josué, en présence des ennemis. Si je puis compter sur Dieu, je reste dans la tranquillité. Mais si les circonstances sont au-dessus de notre portée et qu’il n’y ait pas chez nous la proximité de Dieu, nous nous aigrissons contre ceux qui nous font du mal. C’est là ce que Moïse a fait vis-à-vis d’Israël, le peuple de Dieu. En un sens, il avait raison ; mais il n’était pas assez près de Dieu pour comprendre l’étendue et la puissance de sa grâce. Élie se croit seul, et pourtant Dieu s’est réservé sept mille hommes. Aurait-il pu y avoir au temps de Jésus sept mille hommes qu’il n’eût pas trouvés ? Non. Sa grâce se mettait au niveau de toutes les âmes, même des plus cachées, son amour les rencontrait, et trouvait tout ce qui avait des oreilles pour écouter. Quand la foi est en activité, il y a toujours des âmes dont on fait la découverte, mais elles restent cachées quand la foi manque pour les rencontrer.

Au lieu d’avoir conscience de la puissance et de la grâce de Dieu, Élie a conscience de sa fidélité propre devant l’incrédulité et devant Dieu. Il n’a que ce triste mot à dire : J’ai fait tout cela, et on veut me tuer ! Élie n’était pas assez ferme pour se maintenir avec foi dans le sentiment de la grâce de Dieu.

Plus on se laisse aller à cet esprit, plus on dit : Je voudrais mourir ! C’est le désir d’éviter le combat de la foi. Or pour dire «mourir m’est un gain», il faut pouvoir dire «pour moi, vivre c’est Christ». La vie qui jouit de Christ dans le ciel, c’est celle qui s’appuie sur Christ sur la terre.

D’un autre côté, Élie perd le sentiment de la position dans laquelle Dieu pouvait le bénir. Il y a telle position où Dieu nous place et où nous devons rester. Si Paul avait cessé d’être un apôtre, il n’aurait été qu’un homme dont la vocation était manquée, — un savant peut-être. C’est ce qui est arrivé à Barnabas. Hors de notre position, nous ne sommes rien, sinon une source de misère : pour nous-mêmes, et pour les autres aussi.

C’était pourtant un grand témoignage que celui d’Élie, au milieu d’Israël coupable. Dans toute cette histoire, il est peu parlé des rois de Juda : Dieu dans sa bonté avait gardé une lampe à David ; mais l’histoire d’Israël est celle de l’apostasie du peuple de Dieu. Par Élie, Dieu s’était ménagé un témoignage remarquable au sein du mal, témoignage unique, mais qui dépendait entièrement de Dieu et que Dieu sanctionnait par les miracles qui l’accompagnaient. Maintenant, Dieu ramène Élie à l’endroit d’où la loi était partie ; sa foi manquant, il lui faut revenir à Horeb, il faut que ce témoignage de Dieu au milieu du mal soit retiré. C’en est fini. Ainsi le témoignage de Jésus prend fin non par la méchanceté du monde, mais par l’incrédulité des disciples : «Ô génération incrédule et perverse, jusqu’à quand serai-je avec vous, et jusqu’à quand vous supporterai-je ?»

Élie, oubliant totalement sa position et sa mission, se retourne contre Israël. «Ils ont démoli tes autels, ils ont tué tes prophètes par l’épée…». Terrible témoignage ! La question de l’Éternel : «Que fais-tu ici, Élie ?» met à nu le coeur du prophète. Et quand il s’agit de faire ouvrir le coeur de l’homme (au lieu de faire ouvrir le coeur de Dieu, comme Élie eût dû le faire), il s’y trouve toujours de l’incrédulité et du péché.

Élie pense à lui-même (v. 10). Ce malheureux moi est là. Élie intercède, contre Israël, non pas pour Israël. Il présente ce peuple à Dieu avec le coeur aigri, il exhale tout son mécontentement contre lui. Ce n’est pas là la puissance de la foi. Celle-ci présente au peuple les ressources qui sont en Dieu, et non pas à Dieu la malice du peuple.

v. 11-13. — Mais voici le témoignage de la présence de Dieu. Élie aurait été content de voir la puissance de Dieu intervenir et justifier son incrédulité en accablant le peuple. Il aurait aimé que l’Éternel fût dans le tremblement de terre, si ce tremblement avait frappé Israël ; dans le feu, s’il l’eût consumé ; dans le vent, s’il l’eût emporté. Mais Dieu est dans la voix douce et subtile. Il est pour ceux qui ont des oreilles pour écouter sa voix. Sans doute, Dieu peut par les choses terribles qui arrivent sur la terre attirer l’attention des hommes, mais il n’est pas dans ces choses, ce n’est pas ainsi qu’il se fait connaître. Il parle doucement à ceux qui savent l’entendre. Élie est saisi, mais sans retour sur lui-même. Il répète ce qu’il a dit de lui et du peuple. Alors l’Éternel met expressément son ministère de côté. L’Éternel a de grandes choses à faire, il veut effectivement châtier le mal. Mais ce n’est pas par Élie. Le témoignage de celui-ci au milieu du mal est fini. Il aura maintenant le triste devoir de consacrer les instruments de la vengeance. C’est Hazaël qui doit châtier Israël, puis Jéhu, enfin un autre prophète. Dieu introduit avec Élisée un témoignage plus grand que celui d’Élie, mis de côté.

Élie cependant se trompait quant à Israël. Dieu peut exercer le jugement quand cela lui est convenable, et le prophète apprend ici qu’il fera exécuter ses jugements sur Israël parce que la foi ne continue pas à rendre témoignage au milieu du mal (révélation affligeante pour Élie ! ), mais il lui déclare aussi : Quand tu n’as su trouver en Israël que toi-même et ton pauvre coeur, quand l’oeil de ta foi est fermé, moi, j’ai encore mes sept mille ! Dieu a les siens. Combien ce dut être humiliant pour Élie, qui affirmait : Je suis resté seul ! Et parce qu’Élie est un serviteur de Dieu remarquable entre tous, c’est là quelque chose de plus humiliant encore.

Ainsi nous voyons, avec toute la clarté que l’éclat brillant de la vie d’Élie y projette, l’effet du manque de foi dans nos âmes. Lorsqu’on dit : Je n’en puis plus ! c’est dire que l’on a perdu de vue la plénitude de la grâce et de la bonté de Dieu. Dieu ne peut-il plus ? Heureusement Dieu reste ce qu’il est. Quand les disciples montrent leur faiblesse, Jésus dit au père qui le supplie : «Amène ton fils ici». Et si Moïse ne prend pas, pour faire jaillir l’eau, la verge d’Aaron comme il lui était commandé, l’Éternel donne l’eau tout de même. Sa grâce ne manque jamais. Il faut être assez près de lui pour traverser toutes les circonstances avec cette précieuse assurance : «Ma grâce te suffit». Les victoires passées ne suffisent pas du tout, mais bien le sentiment de la faiblesse qui s’appuie sur Dieu et sur sa grâce entière. Sinon Satan peut toujours nous renverser, dès que nous ne restons pas dans la dépendance du Seigneur.

Que Dieu nous trouve dans la conscience de cette paix qui est la sienne, laquelle surpasse toute intelligence, qu’il nous mette «à couvert dans sa loge, loin des contestations des langues» (Ps. 31:20). Ce n’est pas à Horeb que l’on trouve cela. Notre affaire, c’est de voir Dieu par la foi dans les difficultés. Si Dieu était à mes côtés, et que je le voie de mes yeux, que me ferait le monde entier ? Je n’éprouverais pour ce dernier que de la compassion et je rendrais un témoignage plus fervent, présentant à ces pauvres âmes la bonté et la force de Celui qui les supporte et les attire à Lui. Qu’Il nous garde dans le sentiment de sa puissance et de sa bonté, et à la hauteur de sa grâce !