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Lettres sur le Libre Arbitre :

L’homme est-il libre de choisir?

 

par J.N. Darby

 

Bien cher frère,

Le grand nombre de mes occupations m’a fait perdre un peu de vue un sujet important de votre lettre. La doctrine du libre arbitre, mise de nouveau en avant, équivaut à prétendre que l’homme n’est pas absolument perdu. Tous ceux qui n’ont jamais été profondément convaincus de péché, ou ceux chez lesquels cette conviction n’est basée que sur des péchés grossiers et manifestes, admettent plus ou moins le libre arbitre. C’est la doctrine de tous les raisonneurs, de tous les philosophes; or cette doctrine change complètement l’idée du christianisme et le pervertit entièrement.

Si Christ est venu pour sauver ce qui est perdu, le libre arbitre n’a pas de raison d’être. Ce n’est pas que Dieu empêche l’homme de recevoir Christ; loin de là. Mais lors même que Dieu présente tous les motifs possibles, et emploie tout ce qui est capable d’agir sur le cœur de l’homme, cela ne sert qu’à démontrer que l’homme ne veut pas de Christ, que son cœur est si corrompu, et sa volonté si déterminée à ne pas se soumettre à Dieu (sans parler du fait que le diable l’encourage à pécher), que rien ne peut le porter à recevoir le Seigneur et à abandonner le péché. Si par ce terme: «Liberté de l’homme», on entend que personne ne peut le forcer à rejeter le Seigneur, cette liberté existe en plein. Mais si l’on admet qu’à cause de la domination du péché dont il est l’esclave, et cela volontairement, il ne peut pas échapper à son état et choisir le bien — même en reconnaissant que c’est le bien et en l’approuvant, — alors il n’a aucune liberté. Il ne se soumet pas à la loi de Dieu, et aussi il ne le peut pas, de sorte que ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu (Romains 8:8).

Or c’est ici que nous touchons de plus près au fond de la question. Est-ce le vieil homme qui est changé, instruit et sanctifié, ou bien faut-il, pour être sauvés, que nous recevions une nouvelle nature? Le caractère général de l’incrédulité de nos jours n’est pas de nier formellement le christianisme, comme c’était le cas autrefois; on ne rejette pas ouvertement Christ, on le reçoit comme une personne, qu’on dit même divine, inspirée (mais à un certain degré), et qui rétablit l’homme dans sa position d’enfant de Dieu. Les Wesleyens, pour autant qu’ils sont enseignés de Dieu, ne disent pas cela; la foi leur fait sentir que sans Christ, ils sont perdus, et que c’est une question de salut. Seulement leur répugnance à l’égard de la grâce toute pure, leur désir de gagner les hommes, un mélange de charité et de l’esprit de l’homme; en un mot, la confiance en leur propre force, jette la confusion dans leur enseignement et les amène, comme les autres, à ne pas reconnaître la chute totale de l’homme.

Quant à moi, je vois dans l’Écriture, et je reconnais en moi-même, que l’homme est totalement ruiné. Je vois que la croix est la fin de tous les moyens que Dieu a employés pour gagner le cœur de l’homme; elle démontre que la chose était impossible. Dieu a épuisé toutes ses ressources; l’homme a prouvé qu’il est irrémédiablement méchant ; la croix de Christ le condamne, condamne le péché dans la chair. Mais cette condamnation a été manifestée en ce qu’un autre l’a subie, et c’est le salut parfait de ceux qui croient; car la condamnation, le jugement du péché, est derrière nous; la vie en est l’issue dans la résurrection. Nous sommes morts au péché et vivants à Dieu dans le Christ Jésus notre Seigneur. La Rédemption, le mot même, perd sa force lorsqu’on conserve à l’égard du vieil homme les idées dont j’ai parlé plus haut. La Rédemption devient une amélioration, une délivrance pratique d’un état moral, et elle n’est plus le rachat accompli par l’œuvre d’un autre. Le christianisme enseigne la mort du vieil homme et sa juste condamnation, puis la Rédemption accomplie par Christ, et une nouvelle vie, la vie éternelle descendue du ciel dans sa Personne, et qui nous est communiquée quand Christ entre en nous par la Parole. L’Arminianisme, ou plutôt le Pélagianisme, prétend que l’homme peut choisir, et qu’ainsi le vieil homme est amélioré par la chose qu’il a acceptée. Le premier pas est fait sans la grâce, et c’est en réalité, dans ce cas, le premier pas qui coûte.

Je crois que nous devons nous en tenir à l’Écriture, mais au point de vue philosophique et moral, le libre arbitre est une théorie fausse et absurde. Le libre arbitre est un état de péché. L’homme ne devrait pas avoir à choisir comme étant en dehors du bien. Pourquoi est-il dans cet état? Il ne devrait pas avoir de volonté, ni de choix à faire; il devrait obéir et jouir en paix. S’il doit choisir le bien, c’est donc qu’il ne l’a pas encore. En tout cas, n’ayant pas pris sa décision, il est privé en lui-même de ce qui est le bien. Mais, de fait, l’homme est disposé à suivre le mal. Quelle cruauté de proposer un devoir à quelqu’un qui s’est déjà tourné vers le mal! En outre, philosophiquement parlant, pour choisir, il faut que l’homme soit indifférent, autrement il a déjà choisi quant à sa volonté — il doit donc être absolument indifférent. Or, s’il est absolument indifférent, qu’est-ce qui décidera son choix? Une créature doit avoir un motif, mais il n’en a pas puisqu’il est indifférent; et s’il ne l’est pas, c’est qu’il a choisi.

En fin de compte, il n’en est pas du tout ainsi. L’homme a une conscience, mais il a aussi une volonté et des convoitises, et elles le conduisent. L’homme était libre dans le paradis, mais alors il jouissait du bien. Il choisit librement, et la conséquence fut qu’il est un pécheur. Le laisser à son libre choix, maintenant qu’il est disposé à faire le mal, serait une cruauté. Dans la loi, Dieu lui a présenté le choix, mais cela a été pour convaincre sa conscience du fait que dans aucun cas l’homme ne veut ni le bien, ni Dieu.

Je pense que vous m’aurez compris. Croire que Dieu aime le monde est tout à fait juste; mais ne pas croire que l’homme est en lui-même irrémédiablement méchant (et qu’il l’est malgré le remède), cela est très mauvais. Ceux qui pensent ainsi ne se connaissent pas eux-mêmes et ne connaissent pas Dieu. Le Seigneur vient, cher frère; le temps laissé au monde passe… Que Dieu nous trouve veillant et pensant à une seule chose — celui qui occupe les pensées de Dieu, — à Jésus, notre précieux Sauveur.

 

Cher frère,

Je viens de recevoir votre lettre et vous écris quelques lignes en réponse. Nous employons souvent les mots d’une manière si inexacte qu’il est nécessaire de les définir si nous ne voulons pas avoir des discussions sans fin.

Ordinairement, lorsqu’on parle de liberté et de pouvoir, c’est à dire d’absence de contrainte sur nous et de la présence du pouvoir en nous, on confond les deux choses. Si je dis: «Chacun peut venir à la réunion», cela signifie qu’elle est ouverte, que l’accès en est libre à chacun. Mais quelqu’un me dit que ce n’est pas vrai, parce qu’un tel s’est cassé la jambe et ne peut pas venir. Je prends un exemple simple pour faire comprendre ce que je veux dire. Ainsi lorsque le Seigneur dit: «Nul ne peut venir à moi, à moins que le Père qui m’a envoyé ne le tire», ce n’est pas que Dieu empêche quelqu’un ou défende à quelqu’un de venir; mais l’homme est si mauvais dans sa volonté, et il est si corrompu, qu’à moins qu’une puissance en dehors de lui n’agisse sur lui, il ne peut pas venir, il n’est jamais moralement disposé à venir. Pour ce qui concerne Dieu, l’homme est parfaitement libre de venir, bien plus, il est invité à venir et même supplié de le faire; le sang précieux de Christ est sur le propitiatoire, de sorte que la difficulté morale est ôtée par la grâce de Dieu quant à la réception du pécheur par Celui qui est Saint. Dans ce sens, l’homme est libre de venir. Mais il y a un autre côté, c’est l’état de la volonté de l’homme. Il n’y a en lui aucune volonté de venir, bien plutôt le contraire. La vie était en Christ, mais il dit: «Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie». — «Venez, car déjà tout est prêt», est-il dit aux conviés dans la parabole, mais «tous unanimement commencèrent à s’excuser». L’homme ne désire pas être avec Dieu. «Il n’y a personne qui ait de l’intelligence», est-il dit encore, «il n’y a personne qui recherche Dieu». «Pourquoi suis-je venu, et il n’y a eu personne?» dit le Seigneur à Ésaïe, «pourquoi ai-je appelé, et il n’y a eu personne qui répondît?» «La pensée de la chair est inimitié contre Dieu», voilà la réponse. La crucifixion du Seigneur est la preuve que l’homme n’a pas voulu Dieu lorsqu’Il est venu en miséricorde, et pour soulager toutes les misères. «Ils m’ont rendu la haine pour mon amour;» — «ils m’ont haï sans cause;» — «ils ont, et vu, et haï, et moi et mon Père.» Telles sont les déclarations du Seigneur. Et il en donne la raison. Quel que fût l’amour, et il est parfait et infini, Dieu est lumière aussi bien qu’amour, et «les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière.» Ils rejettent un amour qui humilie leur orgueil, et ils détestent une lumière qui réveille leur conscience. C’est pour cela qu’il est écrit: «Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il leur a donné le droit d’être enfants de Dieu, savoir à ceux qui croient en son nom; lesquels sont nés, non pas de sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu.» C’est simplement un non-sens de parler de liberté quand on applique ce mot à la condition actuelle de l’homme, déjà tourné vers le mal. Admettant qu’il est tout à fait libre de venir, invité et supplié de toutes les manières possibles, parce que tout est prêt, on a la preuve qu’il ne veut pas, et qu’aucun motif ne peut l’engager à venir. «J’ai encore un Fils», dit Dieu dans la parabole; le Fils a été envoyé, mais l’homme n’a pas voulu de lui. Dire que l’homme n’est pas enclin au mal, c’est nier toute l’Écriture et tous les faits. Pour qu’il soit libre de choisir, il faut qu’il soit indifférent, indifférent au bien et au mal, c’est à dire sans préférence pour l’un ni pour l’autre. Or, il n’est pas vrai qu’il le soit, car les mauvaises convoitises et la propre volonté, ces deux grands éléments de péché, sont en lui; et s’il était vrai qu’il fut indifférent, ce serait horrible.

Mais il y a plus; quand il veut le bien, le mal est avec lui; comment accomplir le bien? Il ne le trouve pas. Il y a dans ses membres une loi qui le rend captif de la loi du péché qui existe dans ses membres. Nul doute, grâces à Dieu, qu’il y ait une délivrance, mais une délivrance par et dans un autre. Or, délivrance n’est pas liberté; c’est ce qui est accordé et effectué par un autre et ce dont on a besoin, parce que l’on a appris par l’expérience et par l’enseignement divin que l’on n’est pas libre et que l’on ne peut pas se rendre libre soi-même. C’est pourquoi, en Romains 6, où cette question est traitée à fond, on trouve la liberté dans la mort, la nature adamique étant crucifiée avec Christ. Alors, mais pas avant, l’apôtre peut dire: «Livrez-vous vous-mêmes», principe vrai et précieux lorsque je me tiens pour mort au péché et vivant à Dieu — non en Adam, — mais dans le Christ Jésus. Nous trouvons ce sujet résumé dans les versets 2 et 3 du chapitre 8: «la loi de l’Esprit de vie qui est dans le Christ Jésus, m’a affranchi de la loi du péché et de la mort,» ce qui prouve que je n’étais pas libre avant de posséder Christ. L’apôtre ajoute: «car ce qui était impossible à la loi, en ce qu’elle était faible par la chair, Dieu ayant envoyé son propre Fils en ressemblance de chair de péché et pour le péché, a condamné le péché dans la chair».

La liberté est le fruit de la délivrance par Christ. En premier lieu, dans Sa mort, le vieil homme, le péché dans la chair, est mort pour la foi; nous sommes crucifiés avec Christ, et nous avons la vie dans la puissance de l’Esprit en Christ; alors nous sommes libres. Mais les faits qui démontrent l’état de l’homme, et son histoire donnée par l’Écriture quand il est placé sous sa responsabilité, nous introduisent sur un terrain tout à fait différent. Et d’abord nous avons cette histoire qui manifeste plus clairement ce qui résulte de son état. Le conseil de Dieu a eu pour objet le dernier Adam, et non le premier. La première promesse fut faite à la semence de la femme, et non à Adam qui n’était pas sa semence. Adam avait succombé à la puissance de Satan, et la semence de la femme devait la détruire. Toutes les promesses sont faites à Christ, à Israël comme peuple choisi, ou à Abraham et à sa semence — aucune ne fut faite à l’homme comme tel. Dieu commença avec la responsabilité de l’homme, d’abord avec le premier Adam, mais sans qu’il y eût un dessein ou une promesse le concernant. Cette responsabilité de l’homme en Adam fut mise pleinement à l’épreuve et de toutes manières — je veux dire après la chute — d’abord sans loi, puis sous la loi et, après les prophètes, par la venue de Christ en grâce, selon la Parole: «Ayant donc encore un unique Fils bien-aimé, il le leur envoya, lui aussi, le dernier». Ainsi l’homme responsable fut entièrement mis à l’épreuve, et le Seigneur en montre la fin quand il dit: «Maintenant est le jugement de ce monde». Étienne résume le tout par ces paroles (Actes 7): «Vous avez reçu la loi par la disposition des anges, et vous ne l’avez pas gardée. Lequel des prophètes vos pères n’ont-ils pas persécuté? Ils ont tué ceux qui ont prédit la venue du Juste, lequel maintenant vous, vous avez mis à mort. Vous résistez toujours à l’Esprit Saint; comme vos pères, vous aussi». Et ainsi rempli de l’Esprit Saint, Étienne va au ciel, et l’histoire de la terre est close.

On dira: «Oui, mais la mort de Christ a posé un nouveau fondement de responsabilité». C’est vrai; mais en plaçant l’homme sur cette base qu’il est déjà perdu et que, quand nous étions sans force, Christ est mort pour des impies. Personne ne veut venir, personne n’a d’intelligence, personne n’est là pour répondre. Nous ne pouvons nous-mêmes nous donner la vie, ni nous engendrer nous-mêmes pour Dieu.

Je ne mets pas en doute que la porte soit librement ouverte et que le sang soit sur le propitiatoire, mais c’est ce qui prouve, en dernier ressort, que l’homme ne veut pas venir alors qu’il le peut en ce qui regarde Dieu : Dieu a ainsi démontré qu’aucun motif n’est suffisant pour engager l’homme à venir. Il faut qu’il soit entièrement né de nouveau. L’Écriture nous donne l’histoire de tous les moyens que Dieu a employés envers l’homme, de tous les motifs qu’il lui a présentés, et le résultat final a été le rejet du Fils de Dieu et le jugement.

Le cas d’Adam était un peu différent, parce qu’il n’y avait encore en lui ni convoitise, ni volonté propre. L’homme n’était pas alors captif d’une loi de péché dans ses membres, le péché n’était pas en lui, il n’y avait pas besoin de délivrance, l’homme dans l’innocence était avec Dieu. Il est clair que Dieu n’exerçait sur lui aucune contrainte pour l’empêcher de l’abandonner et de Lui désobéir. Son obéissance était mise à l’épreuve. Il n’était pas question, comme maintenant, de venir à Dieu, étant déjà méchant; la défense était simplement l’épreuve de l’obéissance; si la défense n’eût été faite, l’acte défendu était innocent. L’homme n’avait pas comme à présent une conscience dans le sens de connaître pour soi-même le bien et le mal; il n’avait qu’à rester dans l’état où il était, et à ne pas désobéir. Il n’y avait rien en lui, ni en Dieu — je n’ai pas besoin de le dire — qui l’en empêchât: en cela, il était libre. Sa chute a prouvé, non que la créature fut mauvaise, mais que, laissée à elle-même, elle ne pouvait rester debout. Mais dans cet état d’innocence, bien loin que le choix ou la liberté de choisir fût ce qu’il avait à faire pour marcher droitement, du moment qu’il y eut choix et volonté, il y eut péché. Obéir simplement était sa place, et dès que la question se pose s’il doit obéir, le péché est là. Du moment qu’il se sentait libre de choisir, il avait quitté la position de simple obéissance. Représentez-vous un enfant qui prétendrait être libre de choisir s’il doit obéir, même s’il choisissait bien!

Je nie que la moralité dépende de la liberté de choisir. L’homme fut créé dans une certaine relation avec Dieu; la moralité consistait à marcher selon cette relation. Or cette relation était celle d’obéissance. Il aurait pu, en ne se plaçant pas comme libre à l’égard de Dieu, demeurer simple et heureux. C’est ce que Christ a fait. Il vint pour faire la volonté de Dieu et prit la forme de serviteur. Dans la tentation au désert, Satan chercha à Lui faire abandonner cette position pour être libre et faire sa volonté, ne fût-ce qu’en mangeant lorsqu’il avait faim. Quel mal y avait-il en cela? C’était se donner comme libre et faire sa propre volonté. La réponse du Seigneur est que l’homme vivra de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Il n’y avait dans son cœur ou dans sa volonté aucun mouvement qui ne procédât de la volonté de Dieu, ou qui ne fût pas cette volonté, et c’est la perfection. Ce n’est pas une règle mettant un frein à la propre volonté, ce dont, hélas! nous avons souvent besoin, mais c’est la volonté de Dieu comme motif de notre action, de l’action de notre volonté. C’est ce que l’Écriture nomme l’obéissance de Christ pour laquelle nous sommes sanctifiés (1 Pierre 1:2). Dans un sens, l’homme s’est rendu libre, mais libre à l’égard de Dieu, et il est tombé ainsi dans l’apostasie morale et dans l’esclavage du péché. C’est de cela que Christ nous délivre pleinement, et Il nous sanctifie pour l’obéissance, ayant subi la peine due aux fruits de notre volonté. Comment en suis-je venu à devoir choisir? Si je dois choisir, je ne possède pas le bien, et qui me fera choisir le bien?

On confond aussi la conscience du bien et du mal avec la volonté. L’homme a acquis la conscience par la chute; elle est ainsi en exercice dans l’inconverti qui se trouve dans un état d’éloignement à l’égard de Dieu: la volonté est une chose distincte. Dans la chair, il y a l’inimitié contre Dieu, la convoitise et l’iniquité, et si la loi intervient, il y a la transgression. Si même j’ai l’Esprit de Dieu, la chair convoite contre lui. Cet état est exprimé par un païen dans ces paroles: «Je vois le bien et je l’approuve, et je pratique le mal». La conscience agit d’un côté, et de l’autre se trouve la convoitise qui gouverne la volonté. L’homme avait donc parfaite liberté quant à ce qu’il devait faire étant mis à l’épreuve, mais l’exercice de la volonté ou le choix était précisément le péché, l’obéissance pure et simple étant sa place devant Dieu. Il fut créé bon, et n’avait pas à choisir le bien; maintenant il aime le péché et sa propre volonté, et il a besoin d’être délivré de cet état.

 

Mon cher frère,

J’aime beaucoup votre article sur le libre arbitre; je ne trouve pas qu’il y ait beaucoup à y ajouter. Tout dépend de la profondeur de conviction que nous avons de notre condition de péché; notre sécurité et notre joie en dépendent aussi. «Perdus» et «sauvés» répondent l’un à l’autre; notre condition dans le vieil homme et notre condition en Christ. Mais le raisonnement des Arminiens contient un principe entièrement faux; c’est celui-ci, que notre responsabilité dépend de notre pouvoir. Si j’ai prêté 100 000 francs à quelqu’un et qu’il ait tout dissipé, il n’a certainement pas le pouvoir de payer, mais sa responsabilité a-t-elle cessé d’exister, parce qu’il ne peut pas payer? Certainement non. La responsabilité dépend du droit de la personne qui lui a prêté la somme, et non de la capacité de celui qui a mal dépensé l’argent. Si l’homme peut faire usage de son libre arbitre, ce sera ou en gardant la loi, ou en recevant Christ. Le salut n’est pas par la loi, Christ serait mort en vain. Mais il est dit expressément que la chair ne se soumet pas à la loi de Dieu et qu’aussi elle ne le peut pas. La conscience, il est vrai, reconnaît que la loi est juste et bonne, mais s’y soumettre et la garder est une toute autre chose. Même si le vouloir est là, l’homme est esclave, et le faire n’en est pas la conséquence. Mais la volonté n’est pas là. L’approbation donnée au bien par la conscience existe, mais non la volonté; celle-ci désire être indépendante de Dieu. La loi accepte-t-elle une telle disposition? Libre, oui; on l’est du côté de Dieu qui n’empêche pas l’homme de choisir le bien, mais l’homme désire être libre, c’est à dire pouvoir faire sa propre volonté. Or, cela n’est pas l’obéissance. La loi l’exige, mais «la pensée de la chair est inimitié contre Dieu». Un païen même pouvait dire: «Video meliora proboque; deteriora sequor» (Je vois le bien et je l’approuve; je suis le mal). Tous les hommes ont une conscience depuis la chute, c’est à dire la connaissance du bien et du mal; ils savent en faire la distinction, mais cela ne dit rien quant à la volonté, de sorte que, puisque la loi demande l’obéissance et que la chair ne peut se soumettre, recevoir la loi est, de fait, une impossibilité. Non pas que Dieu empêche l’homme, comme je l’ai déjà dit, mais que l’homme ne le désire pas. De plus, la loi défend la convoitise, mais l’homme déchu a la convoitise dans sa chair, et c’est par la convoitise que l’apôtre dit avoir connu le péché. L’homme doit perdre sa nature avant d’être disposé à obéir à la loi, et c’est pourquoi il faut «naître de nouveau». L’homme ne peut pas se donner à lui-même une vie divine et éternelle. Pourquoi donc la loi, dira-t-on? Afin que la faute abondât, est la réponse. Par la loi, le péché est devenu excessivement pécheur. La loi produit la juste colère de Dieu contre nous, et non la crainte de Dieu en nous. Elle ne donne pas une nouvelle vie, et la vie que nous avons est inimitié contre Dieu. L’homme dans la chair ne peut pas recevoir la loi de Dieu dans son cœur.

Est-il donc vrai qu’il peut recevoir Christ? Ici, tout est grâce. Nous avons déjà cité les passages: «A tous ceux qui l’ont reçu… qui sont nés, non de la volonté de l’homme, mais de Dieu». Si la pensée de la chair est inimitié contre Dieu, alors plus Dieu sera manifesté, plus l’inimitié sera grande. C’est ce que la présence de Dieu en Christ a rendu évident: «Ils ont, et vu, et haï, et moi, et mon Père», dit le Seigneur. Il est venu, et il n’y a eu personne pour le recevoir; il a rendu témoignage, et personne n’a reçu son témoignage. L’homme dans la chair ne peut voir aucune beauté en Christ, pas plus qu’il ne peut garder la loi. La chair peut-elle recevoir Christ? Peut-elle trouver son plaisir dans le Fils de Dieu? Alors elle n’est plus la chair; elle a la pensée du Père Lui-même. S’il y a en lui quelque chose d’autre que la chair, alors l’homme est déjà né de Dieu, puisque ce qui est né de la chair est chair. Si la chair peut prendre son plaisir en Christ, alors elle possède la chose la plus excellente qui se puisse trouver, non seulement sur la terre, mais dans le ciel même. Elle trouve son plaisir là où le Père trouve le sien: il ne serait donc pas nécessaire d’être né de Dieu. La chose la plus excellente que l’homme possède maintenant, par grâce, comme chrétien, il la possédait donc déjà avant de recevoir la vie en recevant Christ! Avec une semblable pensée, la certitude du salut est détruite: si le salut est le fruit de ma volonté, il dépend d’elle; s’il peut être ainsi aisément produit, il ne peut être dit: «Parce que je vis, vous aussi vous vivrez». On dit que la foi n’est que la main qui reçoit le salut, mais qui est-ce qui nous dispose à tendre la main? La grâce qui opère en nous.

 

«Tout ce que l’Éternel a dit, nous le ferons et nous écouterons» (Exode 24:7).

Israël avait «d’une seule voix» répondu ces mots lorsque Moïse lui eut fait lecture du livre de l’alliance. En parlant ainsi, le peuple faisait une confusion complète entre la responsabilité et la puissance, deux principes très distincts que l’homme a continuellement confondus et méconnus depuis la chute d’Adam. L’homme est responsable de garder parfaitement la loi, mais par la chute il a perdu la puissance. Le cœur naturel ne peut comprendre cela. Un homme niera sa responsabilité, un autre affirmera sa puissance; la grâce seule met l’homme au clair sur ces deux points.