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FRAGMENTS de LETTRES

 

John N. Darby

Les titres des fragments de lettres ont été ajoutés par Bibliquest

Série des fragments de lettres n° 20 à 29 ; 4 autres séries couvrent les fragments de lettres n° 1 à 19 et 30 à 59. Accès à l’ensemble des lettres via l’index par auteurs à « Darby », ou via l’index par ouvrages à « lettres ».

 

Table des matières :

20      [Le chrétien et la guerre ; le patriotisme]

21      [Paix du croyant dans les ébranlements du monde]

22      [1 Timothée 5:24-25 et 2 Timothée 2:19-22]

23      [Résumé de l’épître aux Romains    Souffrances de Christ dans les Psaumes et les Évangiles]

24      [Le chrétien : une lumière manifestant la gloire de Christ    2 Cor. 3:7 à 4:10]

25      [Le ministère chrétien, c’est faire connaître Christ]

26      [1 Jean 1 : le croyant ne péchant pas]

27      [1 Jean 1 : Communion et purification]

28      [Amour et vérité]

29      [1 Cor. 7:14 : les enfants du chrétien sont saints]

 

 

20 [Le chrétien et la guerre ; le patriotisme]

1870

... Il est clair, pour moi, qu’un chrétien, libre de faire ce qu’il veut, ne pourrait jamais être soldat, à moins qu’il ne soit au plus bas de l’échelle et ignorant de la position chrétienne. C’est autre chose quand on est forcé. Ici la question est celle-ci : La conscience est-elle si fortement engagée dans le côté négatif de la question, qu’on ne pourrait être soldat sans violer ce qui est pour la conscience la règle — la parole de Dieu ? Dans ce cas, on subit les conséquences ; il faut être fidèle.

Ce qui me fait de la peine, c’est la manière dont l’idée de la «patrie» s’est emparée du coeur de quelques frères. Je comprends très bien que le sentiment de la patrie soit fort dans le coeur d’un homme. Je ne crois pas que le coeur soit capable d’une affection à l’égard du monde tout entier. Au fond, les affections humaines doivent avoir un centre qui est moi. Je peux dire : «ma patrie», et elle n’est pas celle d’un étranger. Je dis : «mes enfants, mon ami» ; ce n’est pas un moi purement égoïste. On ferait le sacrifice de sa vie, de tout (pas de soi, de son honneur), pour sa patrie, pour son ami. Je ne peux dire : «mon monde» ; il n’y a pas d’appropriation. On approprie quelque chose à soi pour que ce ne soit pas soi-même.

Mais Dieu nous délivre du moi : il fait de Dieu et de Dieu en Christ le centre de tout, et le chrétien, s’il est conséquent, déclare hautement qu’il cherche une patrie, une meilleure ; c’est-à-dire une patrie céleste. Ses affections, ses liens, son droit de bourgeoisie, sont en haut. Il se retire dans l’ombre, dans ce monde, comme en dehors du tourbillon qui y tournoie pour tout envahir, tout emporter. Le Seigneur est un sanctuaire.

Qu’un chrétien hésite s’il doit obéir ou non, je le comprends ; je respecte sa conscience ; mais qu’il se laisse emporter par ce qu’on appelle le patriotisme, voilà ce qui n’est pas du ciel. Mon royaume, dit Jésus, n’est pas de ce monde ; autrement mes serviteurs se battraient.

C’est l’esprit du monde sous une forme honorable et attrayante, mais les guerres viennent des convoitises qui combattent dans nos membres.

Comme homme, je me serais battu obstinément pour la patrie et ne me serais jamais soumis, — Dieu le sait, — mais, comme chrétien, je me crois et je me sens en dehors de tout. Ces choses ne me remuent plus. La main de Dieu y est ; je la reconnais ; il a tout ordonné d’avance. Je courbe la tête devant cette volonté. Si l’Angleterre était envahie demain, je me confierais en Lui. Ce serait un châtiment sur ce peuple qui n’a jamais vu la guerre, mais je me plierais devant Sa volonté.

Beaucoup de chrétiens travaillent sur le théâtre de la guerre. On leur a envoyé de grandes sommes d’argent. Tout cela ne m’attire pas. Dieu soit béni de ce que ces pauvres amis sont soulagés ; mais j’aimerais mieux voir des frères pénétrer dans les ruelles de la City et chercher les pauvres, là où ils se trouvent tous les jours. Il y a beaucoup plus d’abnégation de soi-même, plus de service caché, dans un pareil travail. Nous ne sommes pas de ce monde, mais nous sommes les représentants de Christ au milieu du monde. Que Dieu daigne garder les siens.

21 [Paix du croyant dans les ébranlements du monde]

5 février 1874

Bien cher frère,

 

C’est une grande grâce, en effet, de se trouver tranquille au milieu de l’agitation qui règne. Il y a prés de cinquante ans, j’ai fait remarquer qu’en parlant d’ébranler les cieux et la terre (Hébr. 12:26), Dieu dit : «J’ai promis». Moi, conservateur de naissance, d’éducation, d’esprit, protestant en Irlande par-dessus le marché, j’avais été remué jusqu’au fond de l’âme en voyant que tout allait être ébranlé. Le témoignage de Dieu me faisait voir et sentir que tout devait être ébranlé, mais.. que nous avons un royaume inébranlable. Seulement il faut de cette spiritualité qui détache du monde et attache aux choses invisibles, pour être quitte de la peine que nous donne la pensée que tout l’entourage de notre vie habituelle, dans toutes ses associations d’idées, va être renversé.

Si je vis dans le ciel, si c’est là mon entourage, ma bourgeoisie, si j’attends le Seigneur ; au lieu que tout s’ébranle pour moi, tout ne peut que se perfectionner dans la gloire ; mais, en tant qu’on se rattache à ce qui est terrestre, la secousse, le déracinement de ce qui est une seconde nature, est pénible. Un arbre vit de ses racines. Combien j’ai vu de vos anciens Genevois bouleversés, lorsqu’on détruisit les fortifications élevées pour repousser les attaques de l’évêque et du duc de Savoie ! Ce n’était plus leur vieux Genève ; la ville s’était embellie et agrandie, sans doute, mais ce n’était pas leur Genève. Mais les fortifications, la muraille de la cité céleste ne s’enlèvent pas. C’est une grande consolation ; mais, comme je l’ai déjà dit, cela suppose que le coeur s’y trouve. Pour ma part, je suis parfaitement tranquille.

Maintenant on livre l’assaut à toutes les institutions, si elles ne sont pas déjà par terre, et la grande prostituée, sans force si la bête ne lui en donne, proclame hautement son intention de monter sur la bête. Ici, autant qu’ailleurs, ces messieurs le proclament hautement. C’est un complot, bien machiné à Rome, et poursuivi régulièrement. Mais, si les flots s’élèvent, le Seigneur est au-dessus des flots, plus puissant que la plus bruyante voix des grandes eaux. Ils s’élèvent et complotent à leur ruine, même dans ce monde, car le jugement va arriver. Mais notre royaume n’est nullement touché. Il est au delà de tout, et le Seigneur que nous servons est au-dessus de tout. Au reste, quelle paix ne trouvons-nous pas dans la communion du Père et du Fils !

On ne voit pas assez que les choses qui ne se voient pas nous sont révélées. Ce que l’oeil n’a pas vu, et que l’oreille n’a pas ouï, et qui n’est pas monté au coeur de l’homme, les choses que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment ; — mais Dieu nous les a révélées par son Esprit ; communiquées par des paroles que le Saint Esprit a enseignées, et enfin ces choses sont discernées par l’Esprit. Ce sont les trois pas dans la connaissance des choses divines. Puis, aussi, celui qui a vu Jésus a vu le Père.

 

22 [1 Timothée 5:24-25 et 2 Timothée 2:19-22]

Les fragments qui suivent sont adressés à une autre personne.

Bien-aimé frère,

 

J’ai reçu votre petite lettre, heureux d’avoir de vos nouvelles. Quant à 1 Timothée, les versets 24 et 25 du chapitre 5 se rapportent au verset 22. Timothée ne devait pas imposer les mains avec précipitation. Dans le cas où l’imposé aurait mal marché par la suite, Timothée aurait, bien qu’involontairement, pris part au mal, en plaçant cet homme dans une position qui avait sa sanction.

Cette exhortation donne lieu à l’Apôtre d’ajouter : «Les péchés de quelques hommes sont manifestes d’avance, et vont devant pour le jugement». Manifestes à tout le monde, ils proclament d’avance, comme des hérauts, le jugement qui attend ceux qui les commettent. Les péchés d’autres hommes étaient plus cachés, mais viendraient tout de même au grand jour. Il en est de même des bonnes oeuvres.

Or le fait que les péchés pouvaient être cachés devait rendre Timothée prudent, en imposant les mains aux personnes qui se présentaient à lui dans ce but.

On voit très clairement, en comparant ensemble les deux épîtres à Timothée, la différence entre l’ordre de la maison de Dieu, tel qu’il a été établi par l’Apôtre, et la marche enseignée par l’Esprit de Dieu, lorsque le désordre y était entré après le décès de Paul. La première épître nous présente l’ordre établi ; la seconde, la marche voulue dans le désordre, alors que le Seigneur seul connaît ceux qui sont siens, état de choses tout autre que celui où le Seigneur ajoutait chaque jour à l’assemblée ceux qui devaient être sauvés. Alors, la puissante action de l’Esprit de Dieu manifestait ses enfants et les mettait à leur place dans l’Église. Mais, dans les temps dont parle la deuxième épître à Timothée, le Seigneur connaît ceux qui sont siens ; il peut y en avoir qui soient cachés dans des systèmes non voulus de Lui. Ensuite la responsabilité pèse sur l’individu. Il doit s’éloigner de l’iniquité, se purifier des vases à déshonneur et s’associer avec ceux qui invoquent le nom du Seigneur d’un coeur pur. C’est là que nous sommes placés , en nous souvenant seulement de l’unité du corps et en cherchant à la réaliser. Nous avons le caractère d’un résidu dans ces derniers jours, mais d’un résidu qui se rappelle les premiers principes sur lesquels l’Église a été fondée au commencement ; chemin simple et heureux, mais qui exige la foi et la fermeté que donne la foi obéissante. Que Dieu nous donne, dans sa grâce, d’y marcher d’un pas ferme, paisible, mais décidé. Si l’on regarde à Lui, tout est simple ; on voit clairement son chemin, et l’on a des motifs qui ne laissent pas l’âme en proie à l’incertitude. C’est l’homme double de coeur qui est incertain dans toutes ses voies.

Puis, ce qui est éternel devient toujours plus réel pour nous, plus rapproché. C’est ce qui donne la force, et écarte tous les motifs, toutes les influences qui pourraient nous fourvoyer. Qu’on est heureux d’être sous la conduite du Seigneur, d’avoir le coeur rempli de Celui dont les pensées sont éternelles et qui est amour, qui nous a tant aimés et qui s’est donné lui-même pour nous ; qui s’est donné à Dieu, quant à sa propre perfection, mais toutefois pour nous posséder, son nom en soit béni, et nous avoir auprès de Lui pour toujours ! Il est doux de sentir qu’il nourrit l’Église et l’entretient...

 

23 [Résumé de l’épître aux Romains    Souffrances de Christ dans les Psaumes et les Évangiles]

Boston, 17 février 1867

... Je ne sais si, dans mes «Études», j’ai fait suffisamment remarquer la structure de l’épître aux Romains. En tout cas, ce point s’est beaucoup développé dans mon esprit. Au chapitre 1, je termine l’introduction avec le verset 17. Le verset 18 commence le raisonnement qui démontre la nécessité de l’évangile, par les péchés soit des Juifs, soit des gentils.

Depuis le chap. 3, vers. 21, nous avons la réponse de la grâce, dans le sang de Christ, aux péchés commis, explication de la patience de Dieu à l’égard des péchés passés, et le fondement d’une justice révélée dans le temps présent. Ensuite, au chapitre 4, la résurrection comme fait accompli est ajoutée.

Au chap. 5, vers. 1-11, il fait voir toutes les bénédictions qui découlent de ce qui précède : paix, faveur, gloire pour l’avenir, joie dans les tribulations, joie en Dieu lui-même. Ceci fait ressortir la grâce souveraine et l’amour de Dieu , amour qu’Il a répandu dans nos coeurs par son Esprit qu’il nous a donné.

Une division principale de l’épître se trouve à la fin du vers. 11 du chap. 5. Jusqu’à la fin de ce verset, l’Apôtre a parlé des péchés, puis de la grâce. Maintenant il commence à parler du péché. Auparavant c’étaient nos offenses ; maintenant c’est la désobéissance d’un seul. C’est Adam (chacun, sans doute, y ayant ajouté sa part) et Christ. Ce n’est plus, par conséquent, Christ mort pour nos péchés, mais c’est nous morts en Christ, ce qui met fin à la nature et à la position que nous avions par Adam.

Voilà aussi pourquoi l’Apôtre parle de notre mort et ne va guère plus loin. S’il avait parlé de notre résurrection avec Christ, il aurait empiété sur la doctrine des Colossiens et des Éphésiens, et aurait dû en venir à l’union avec Christ, ce qui n’est pas son sujet ici. Son sujet, c’est : Comment moi, pécheur, individu, suis-je justifié auprès de Dieu ? La réponse : Christ est mort pour nos offenses — voilà les fruits du vieil homme effacés ; puis : Vous êtes morts avec Christ — voilà votre vieil homme loin (pour la foi).

En outre le chapitre 6 répond à l’objection : «Pécherons-nous, etc. ?» Comment, dit l’Apôtre, vivrons-nous dans le péché, si nous sommes morts ? Vous avez part à la mort — certes, ce n’est pas vivre. L’union n’existe pas du tout dans cet argument ; seulement, si nous sommes morts, il nous faut vivre par un moyen quelconque. Or c’est pour Dieu par Jésus-Christ. Cela suffisait pour montrer la portée pratique de cette doctrine. L’union se rapporte à nos privilèges. Nous sommes parfaits en Christ, membres de son corps. Le fait que nous sommes en Christ est supposé au chap. 8, vers. 1, et affirmé d’une manière pratique au verset 9 du même chapitre ; mais là il se rapporte à la délivrance. Mais le but de l’Apôtre, dans ses raisonnements, c’est de montrer que nous en avons fini avec la chair et, par conséquent, avec le péché, et que nous tirons notre vie d’ailleurs, en sorte que la justification est une doctrine de délivrance du péché et non pas de la liberté de pécher.

Au chapitre 7 la mort s’applique à nos relations avec la loi. La fin du chapitre nous présente l’expérience d’une âme renouvelée, mais (quant à la conscience de sa position) encore dans la chair de laquelle la loi est la juste règle — la loi qui, lorsque nous sommes renouvelés, est comprise dans sa spiritualité.

La conséquence de tout ceci est développée au chapitre 8, qui nous fait voir notre position avec Dieu, l’effet de ce que nous nous trouvons en Christ, comme le chap. 5, vers. 1-11, montre ce que Dieu a été pour nous, pécheurs, et ce que, par conséquent, nous avons appris qu’Il est en lui-même. La fin du chapitre 8 résume en triomphe la conséquence de ces vérités.

Quant à votre question sur les Psaumes, il ne vous faut pas croire ce qu’on vous dit. De l’aveu de M. Newton (jamais du mien), ses vues se trouvaient dans les Psaumes et non dans les évangiles. Ma doctrine est exactement l’opposé de celle de M. Newton. Lui enseignait que Christ était né dans un état de distance de Dieu, et ne pouvait se rencontrer avec Dieu que sur la croix ; seulement, par sa piété, il se soustrayait à bien des conséquences de sa position native. Par contre, je crois qu’il est né et a vécu jusqu’à la croix dans la parfaite faveur de Dieu, et qu’en grâce il est entré en esprit dans les peines et les douleurs de son peuple, et particulièrement à la fin, lorsque son heure est venue. À la croix, il a, de fait, bu la coupe. Mais je n’ai aucune idée qu’il ne soit question de ses souffrances que dans les Psaumes ; examen fait, je crois même qu’un bien plus petit nombre de Psaumes s’applique directement à Christ, qu’on ne le pense généralement. Les Psaumes, envisagés dans leur sens prophétique, dépeignent les circonstances et les peines du résidu d’Israël. Que Christ ait pris part, en esprit, à ces douleurs de son peuple, je n’en doute pas ; mais je dis que très peu de Psaumes sont des prophéties directes de ce qui lui est arrivé ; quelques-uns le sont, cela va sans dire. Mais je crois que le Nouveau Testament nous montre très clairement les relations de Christ avec ce peuple. Sans doute le Nouveau Testament ne s’occupe pas du résidu, comme les Psaumes, ni de l’avenir d’Israël, comme les prophéties, parce qu’il s’agit, en général, de vérités plus profondes, plus importantes et d’un autre caractère ; mais il met très clairement ces choses a leur place historiquement, et cite les prophéties qui s’y rapportent. Nous voyons Jésus pleurer sur Jérusalem, annoncer ce qui arriverait, soit aux disciples au milieu du peuple, soit au peuple même. L’Ancien Testament nous donne des détails quant à Israël et parle davantage du résultat, parce que c’est le sujet qu’il traite ; mais le Nouveau Testament nous fait voir exactement la place de ces choses vis-à-vis du christianisme, qui est son sujet, et il reprend, autant que cela est nécessaire, le sujet de l’Ancien. Quant aux souffrances de Christ, il nous fournit historiquement, et en citant les passages, ce dont l’Ancien Testament a parlé ; il nous présente bien des fois les sentiments de Christ plus intimement que les Psaumes, et d’autres fois cite ces derniers comme expliquant l’histoire de ce qui s’est passé. Pour ma part, je prends ce que je trouve dans l’Ancien Testament, comme ayant la même autorité que le Nouveau. Si l’Ancien Testament dit : «Dans toutes leurs angoisses il a été en angoisse», le Nouveau nous fait entendre Jésus, qui dit lui-même en pleurant : «Que de fois j’aurais voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu !»

Je comprends facilement que beaucoup de chrétiens ne saisissent pas bien ce qui concerne le résidu d’Israël ainsi que l’intérêt que le Seigneur lui porte, et cela ne me trouble pas ; mais, quand on explique les Psaumes, il faut les expliquer selon leur vrai sens, et j’estime que cela donne un sentiment beaucoup plus profond de la grâce patiente de Jésus. Toutefois, je crois qu’il est important que cela demeure un moyen d’édification et non pas un sujet de contestation ; sans cela, le Christ lui-même perd sa saveur pour le coeur, ou tout au moins le coeur perd la bonne odeur de sa grâce. Si l’on dit que ces souffrances (ce que je n’admets pas) ne se trouvent pas dans le Nouveau Testament, mais dans l’Ancien, il est clair alors qu’en expliquant l’Ancien, il faut en parler. Mais le Seigneur parle de sa position telle que Zacharie 13 la dépeint, et, par conséquent, de l’état du résidu.

Le Nouveau Testament n’a pas, en général, pour sujet le résidu, mais le Christ Sauveur et le christianisme ; mais il traite aussi le premier de ces deux sujets en son lieu. Les chapitres 1 et 2 de Luc sont presque entièrement occupés du résidu historiquement et prophétiquement. Le chapitre 10 de Matthieu ne s’applique qu’à ce sujet et comprend tout le temps jusqu’à la fin, à l’exclusion des gentils et des Samaritains. Il en est de même, sous une autre forme, au chapitre 11.

On dit que Christ n’a souffert qu’en expiation ou par sympathie. Pensez-vous qu’il n’ait rien souffert, lorsqu’il tançait les scribes qui empêchaient les pauvres âmes de le recevoir ? Lisez le chapitre 23 de Matthieu : son coeur n’a-t-il pas souffert ?

«Il a souffert étant tenté», est une vérité capitale de la Parole. Lorsqu’il a demandé à ses disciples de veiller auprès de lui, il ne buvait pas encore la coupe, mais il suait comme des grumeaux de sang. Ce n’était pas sympathie ; il la cherchait, mais ne la trouvait pas. C’est une chose très sérieuse que de nier les souffrances du Fils de l’homme. Il y avait sympathie à la tombe de Lazare ; mais en approchant de la mort, et toujours plus ou moins, il souffrait, Lui, par amour, par grâce, sans doute, mais réellement ; non pas assurément à cause de ce qui était en Lui, ou de ses propres relations avec le Père, mais il convenait à Celui pour qui sont toutes choses et par qui sont toutes choses, consommer le chef de notre salut par les souffrances.

Je vous engage instamment à ne pas faire de ces choses un sujet de controverse ; il s’agit plutôt d’adoration ; contester sur ces points, gâte et tend à détruire toutes les saintes affections. Quand je vois Paul s’exprimer comme il l’a fait au commencement du chapitre 9 de l’épître aux Romains, dirai-je que Christ, dont l’Esprit poussait l’Apôtre à ces sentiments, était resté lui-même indifférent à l’incrédulité du peuple bien-aimé ? Il est mort pour la nation ; il est clair que cela était expiatoire, mais c’est une preuve qu’il l’aimait comme nation. Les souffrances de Christ sont un point capital, et le Nouveau Testament, aussi bien que l’Ancien, montre qu’Israël était d’une manière particulière l’objet de ses affections qui l’a fait souffrir. Or sa sympathie était avec la douleur de l’humanité, mais il a senti, et il l’a exprimé, l’iniquité qui a mis fin (sauf la grâce souveraine de Dieu) à toutes les espérances d’Israël et à la jouissance, par le peuple bien-aimé, de toutes les promesses. Quand il dit : «Il ne se peut qu’un prophète périsse hors de Jérusalem», et qu’il l’appelle «la ville qui tue les prophètes et qui lapide ceux qui lui sont envoyés», le dit-il avec une dure indifférence ? Cela n’était pas expiatoire et il ne pouvait avoir de la sympathie avec l’iniquité qui faisait cela. Ces mots ne font que reproduire, avec une affection plus touchante et un coeur dont tout égoïsme et intérêt propre étaient absents, l’expression du Psaume : «Tes serviteurs sont affectionnés à ses pierres». Sans doute, on peut mal présenter ces choses. Les affections du Sauveur sont un sujet trop délicat, pour qu’on les manie rudement sans les fausser ou, pour ainsi dire, les froisser ; mais qu’on les nie, cela est désolant pour moi.

Le Messie a été retranché, et toutes les espérances du peuple bien-aimé sont perdues avec lui — pour être reprises, sans doute ; or je ne crois pas que Christ n’en ait pas souffert...

 

24 [Le chrétien : une lumière manifestant la gloire de Christ    2 Cor. 3:7 à 4:10]

25 mars 1871

Cher frère,

 

On ne connaît guère l’histoire de ce qu’on appelle l’Église, de ce qui est l’Église quant à sa responsabilité, ni la marche du clergé et même de tout le monde. On est heureux de n’avoir que la Parole à suivre et de savoir que c’est la parole de Dieu. Quelle immense grâce que d’avoir sa Parole, la révélation de sa grâce envers nous, la personne parfaite de Jésus, et les conseils de Dieu, ce que Dieu a ordonné pour notre gloire. C’est dans sa bonté envers nous qu’Il montrera dans les siècles à venir les immenses richesses de sa grâce.

Dès le commencement, se fiant à l’ennemi plutôt qu’à Dieu, l’homme s’est éloigné de Lui, et les deux questions : Où es-tu ? Qu’as-tu fait ? montraient où en était l’homme. La responsabilité complètement mise à l’épreuve jusqu’au rejet de Christ ; puis Dieu glorifié en justice, son amour et les conseils de sa grâce avant la fondation du monde, ont été mis en évidence. Cela place l’évangile dans une position toute particulière, puis montre la relation de la responsabilité et de la grâce souveraine avec une grande clarté.

De plus, sur la gloire de Dieu il n’y a plus de voile. Dès lors sa colère révélée du ciel ; — mais aussi la gloire de Dieu révélée dans la face de Jésus-Christ, témoignage que tous les péchés de ceux qui la voient ne sont plus devant Dieu ; — puis tout ce que Dieu est moralement, pleinement révélé et constaté. Nous le connaissons selon cette gloire, et nos relations avec Dieu, notre position devant Dieu, sont fondées sur elle. Nous sommes transformés de gloire en gloire selon cette image, car nous pouvons y regarder : c’est la preuve de notre rédemption et que nos péchés ne subsistent plus devant Dieu. Nous sommes renouvelés aussi en connaissance selon l’image de Celui qui nous a créés ; nous sommes créés selon Dieu en justice et vraie sainteté ; car, selon cette gloire, Il a lui dans nos coeurs pour faire ressortir cette gloire de Christ dans le monde. Nous sommes comme une lanterne : la lumière est dedans, mais pour resplendir au dehors ; mais des vitres ternies (la chair si elle s’en mêle) empêcheront la lumière d’éclairer comme il faut. — Ainsi ce qui nous est donné devient un exercice intérieur ; le trésor est dans un vase d’argile, et il faut que celui-ci ne soit que vase, que nous soyons morts, afin que la vie — de Jésus se manifeste dans notre chair mortelle.

Ce n’est pas seulement une communication de ce qui est en Christ comme connaissance, mais si c’est réel, nous buvons de ce qui fait la rivière. C’est une communication qui exerce l’âme, la fait croître et juge la chair en toutes choses, afin que nous ne gâtions pas le témoignage qui nous est ainsi confié. En Christ lui-même la vie était la lumière des hommes, et il faut que la lumière que nous recevons devienne vie en nous, la formation de Christ en nous, et que la chair soit assujettie à la mort. La mort agit en nous, dit Paul, la vie en vous.

Voilà l’histoire du ministère, du vrai ministère. Ce que nous communiquons est nôtre ; Il nous éclaire, mais il agit en nous moralement ; la gloire de Christ se réalise en nous et tout ce qui ne lui convient pas est jugé ; or la chair ne lui convient jamais.

La mort de Christ mettait fin à tout ce qui était Paul, ainsi la vie de Christ agissait de sa part dans les autres, et rien que cela. C’est beaucoup dire. Ainsi, à cet égard, il peut y avoir progrès. Pour ma position devant Dieu, je fais mon compte que je suis mort ; pour vivre, la mort agit en moi. Il y a le vase, mais il faut que ce ne soit que vase, et la vie de Christ agit en lui et par lui. Si le vase agit, il gâte tout. De fait nous vivons, mais il faut toujours porter la mort, afin que la gloire de Christ, image de Dieu, luise pour les autres. — Mais toute la gloire de Dieu est révélée ; il n’y a plus de voile sur elle du côté de Dieu ; si elle est voilée, le voile est sur le coeur de l’homme par l’incrédulité. Vérité de toute importance !

Sous la loi, l’homme ne pouvait pas entrer ; Dieu ne sortait pas. Maintenant il est sorti, mais en s’anéantissant pour apporter la grâce. Puis, l’oeuvre de la rédemption accomplie, Il est entré, et il n’y a plus de voile sur la gloire.

 

25 [Le ministère chrétien, c’est faire connaître Christ]

New-York, 23 avril 1867

... Le Seigneur est venu du Père pour nous le faire connaître comme il l’a connu ; nous venons de Christ pour le faire connaître comme nous le connaissons ; voilà le vrai ministère , chose heureuse et bénie, mais sérieuse dans son caractère : «Paix vous soit», dit le Seigneur ; «comme mon Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie». Quelle mission ! quand même nous ne sommes pas apôtres.

 

26 [1 Jean 1 : le croyant ne péchant pas]

Septembre 1871

Cher frère,

 

Ce qui constitue la difficulté du premier chapitre de l’épître de Jean, et même de toute l’épître, c’est que la doctrine y est présentée d’une manière abstraite. Mais, en somme, je crois que la pensée de l’Esprit est celle-ci : Dieu n’est plus caché ; nous avons communion avec lui dans la pleine révélation de sa grâce, — avec le Père et avec son Fils Jésus Christ. Sous la loi, Dieu ne sortait pas ; l’homme n’entrait pas dans Sa présence. Maintenant le Père s’est révélé dans le Fils et nous a donné une vie dans laquelle nous jouissons de sa communion. Mais alors c’est avec Dieu lui-même — plus de voile — et Dieu est lumière ; il est parfaitement pur et révèle tout. Or puisqu’il n’y a plus de voile et que Dieu s’est révélé, il faut marcher dans la lumière, comme lui-même est dans la lumière. Mais, dans cette position, on est parfaitement nettoyé par le sang de Jésus ; puis nous jouissons de la communion les uns avec les autres.

C’est cette pleine révélation de Dieu qui est de l’essence du christianisme : plénitude de grâce, nous introduisant dans la communion, et le Père connu dans le Fils ; mais c’est avec Dieu, si la chose est vraie, et Dieu est lumière. La communion est avec Dieu, selon sa nature et sans voile. Mais, si nous venons à lui, c’est lavés dans le sang de Jésus Christ, son Fils, et nous sommes devant lui sans voile, blancs comme la neige. Or le chrétien marche clans la conscience de cela, ayant une nature qui s’y rapporte : nous sommes lumière dans le Seigneur. Mais il faut que ce soit dans la lumière, comme Dieu lui-même est dans la lumière ; tout est jugé selon la révélation de Dieu qui juge toutes choses. On est dans la lumière comme Dieu est dans la lumière.

Ces choses sont écrites afin que nous ne péchions pas. Si quelqu’un pèche, le remède est dans les premiers versets du chapitre 2. Mais les versets dont vous parlez nous enseignent que nous sommes dans la lumière comme Dieu est dans la lumière. Or si nous parlons de communion quand nous n’y sommes pas, nous mentons, car il est cette lumière.

 

27 [1 Jean 1 : Communion et purification]

Londres, 1871

Je ne doute nullement que l’Apôtre, lorsqu’il dit (1 Jean 1) : «Nous avons communion les uns avec les autres», ne parle de la communion des saints entre eux. Il y a trois éléments de la vie chrétienne : Le premier, c’est d’être dans la lumière comme Dieu est dans la lumière... — point de voile. Il faut se trouver dans la présence de Dieu pleinement révélé. Si l’on ne peut se tenir là, on ne peut être en relation avec lui.

Le second, c’est qu’étant ainsi dans sa présence, ce n’est pas chez nous l’égoïsme de l’individu, mais la communion des saints par le Saint Esprit, dans la jouissance de la pleine révélation de Dieu lui-même.

Le troisième, c’est que nous sommes blancs comme la neige, de sorte que nous pouvons nous trouver avec joie dans cette lumière, qui ne fait que manifester que nous sommes tout ce que les yeux et le coeur de Dieu désirent sous ce rapport ; — ce que notre coeur désire aussi devant lui.

L’idée est abstraite et absolue ; c’est la valeur et l’efficace du sang. Ce n’est pas seulement le relèvement. C’est une efficace, du reste, qui ne se perd pas. Mon âme une fois lavée, je suis toujours devant Dieu selon l’efficace de ce sang. Le relèvement est plutôt par l’eau, quoique en vertu de ce sang (voyez Jean 13 et la «génisse rousse»). Mais ici c’est la valeur du sang en soi ; et, remarquez-le bien : si nous sommes dans la lumière comme Dieu est dans la lumière. C’est bien un état réel ; mais l’Apôtre ne dit pas : «Selon la lumière». C’est notre position maintenant que la croix a révélé Dieu sans voile. Comme on interprète généralement ce passage, on devrait lire : «Si nous ne marchons pas selon la lumière, le sang nous purifie» ; mais il n’est pas question de cela. C’est au commencement du chapitre 2 que l’on trouve la provision faite — ce qui est nécessaire — en cas de chute.

Je ne doute pas que la lumière nous sonde, mais ici Dieu ne voit pas le mal ; il voit l’homme nettoyé par le sang de Jésus.

Au verset 8 commence la considération du péché reconnu. Sans doute, le sang nous purifie de tout ; mais, quand nous pensons à l’existence du péché en nous, tout en sachant que le sang nous purifie de tout, nous sommes amenés à une autre vérité évangélique, c’est que nous sommes morts avec Christ (Rom. 6 ; Col. 2 et 3 ; Gal. 2). C’est pour la pratique, et cela est dirigé contre le mouvement de ce péché dans la chair. Si le péché a agi, nous sommes amenés à confesser, non pas le péché dans la chair, mais ce qu’il a produit (1 Jean 1:9). Alors nous sommes pardonnés et nettoyés. Ceci est vrai au commencement, mais vrai aussi dans les détails de la vie.

... Les caractères que Christ prend, en rapport avec ces derniers jours, sont ceux-ci : «Le saint, le véritable». Oui, voilà le caractère qu’il prend ; ce qu’il veut dans les siens, dans leur marche, quand il va venir bientôt. Nous avons à veiller sur nous-mêmes et sur nos frères, afin qu’il en soit ainsi. Je sens, pour ma part, que nous avons, dans ces jours-ci, à veiller tout particulièrement sur cette sainteté, bien qu’elle soit toujours une chose essentielle pour les enfants de Dieu.

... Le mal est dans le monde, mais nous sommes entre les mains de Dieu. Christ est entré après le mal et a remporté une victoire complète sur celui qui en était le chef ; grâce lui en soit rendue. Il tient entre ses mains les clefs du hadès et de la mort ; mais le temps n’est pas encore venu pour ôter le mal de dessus la terre. Dieu s’en sert pour notre bien, mais le mal est là.

28 [Amour et vérité]

Canada

... La vérité est éternelle et l’amour dure à jamais ; l’un et l’autre sont dans le précieux Sauveur ; tenons-les fermes par la grâce. Dans ces derniers jours tout s’éclaire davantage, comme l’aube du jour qui avance ; je puis dire que la vérité des choses éternelles a une réalité qu’elle n’a jamais eue. Christ est davantage tout ; les choses qui périssent n’ont que l’apparence. Nous avons toujours à combattre, mais ce qui ne se voit pas est éternel et est à nous par la grâce. Que Christ demeure dans nos coeurs par la foi...

 

29 [1 Cor. 7:14 : les enfants du chrétien sont saints]

... L’objection faite à l’emploi de 1 Cor. 7:14, n’a aucune force. Parmi les Juifs, si l’on épousait une gentile ou vice versa, le Juif n’était pas profane, mais il s’était profané ; les enfants étaient profanes, et le Juif devait renvoyer et la femme et les enfants. Le mari ne cessait pas d’être Juif, tout en étant Juif profané, mais ses enfants étaient profanes et dès lors ne pouvaient pas même être profanés, car ce qui est déjà profane ne le peut pas.

Maintenant, la grâce étant arrivée, c’était l’inverse qui avait lieu. Le mari incrédule ne cessait pas d’être incrédule, mais il était relativement sanctifié (pas saint), puis l’enfant était saint, non pas intérieurement dans son âme, mais il avait droit aux privilèges qui appartenaient au peuple de Dieu sur la terre, privilèges dont l’enfant d’un mariage mixte parmi les Juifs était privé, parce qu’il était profane. Il n’était pas plus pécheur qu’un autre, mais il était exclu du milieu où se trouvaient les bénédictions accordées de Dieu à son peuple, et il y en avait de grandes, comme l’Apôtre le dit.