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FRAGMENTS de LETTRES

 

John N. Darby

Les titres des fragments de lettres ont été ajoutés par Bibliquest

 

Table des matières :

1     [Vie chrétienne — suivre Christ]

2     [Mysticisme]

3     [Une vie bien nourrie de Christ est une vie bien remplie]

4     [Inspiration de l’Écriture]

5     [Paix et joie et volonté de Dieu]

6     [Mal tourné en bien]

7     [Conducteurs, autorité et Clergé]

8     [L’Église manifestant la gloire de Dieu au monde]

9     [Discipline — Dieu : le Père et le Fils]

10      [La mort pour le chrétien]

11      [Genèse 18]

12      [Ce que nous sommes]

13      [Le christianisme au milieu du mal de ce monde]

14      [La vie du chrétien]

15      [Le chrétien dans le ciel et sa fidélité à Christ]

16      [Valeur de la Parole révélant Dieu en Christ]

17      [Le Saint Esprit dans l’Église  — Jean 3:34]

18      [Immortalité de l’âme]

19      [Peines éternelles]

20      [Le chrétien et la guerre ; le patriotisme]

21      [Paix du croyant dans les ébranlements du monde]

22      [1 Timothée 5:24-25 et 2 Timothée 2:19-22]

23      [Résumé de l’épître aux Romains    Souffrances de Christ dans les Psaumes et les Évangiles]

24      [Le chrétien : une lumière manifestant la gloire de Christ    2 Cor. 3:7 à 4:10]

25      [Le ministère chrétien, c’est faire connaître Christ]

26      [1 Jean 1 : le croyant ne péchant pas]

27      [1 Jean 1 : Communion et purification]

28      [Amour et vérité]

29      [1 Cor. 7:14 : les enfants du chrétien sont saints]

30      [Caractères du chrétien pour le temps actuel]

31      [Nécessité du dévouement]

32      [Justification et résurrection]

33      [Justification, expiation et obéissance de Christ]

34      [La loi et le chrétien]

35      [Nombres 15 et 17 ; épître aux Philippiens]

36      [Souffrances de Christ à Gethsémané]

37      [Tribunal de Christ    Genèse 15 et 17]

38      [Vie chrétienne et mort de Christ selon les Philippiens]

39      [Marche selon l’Esprit    Jean 21:18]

40      [Vivre c’est Christ — Phil. 1:21]

41      [Pardon et justice par la foi]

42      [Libre arbitre et perdition de l’homme]

43      [Incrédulité quant à la Parole de Dieu]

44      [Lumière et amour]

45      [Valeur de la Parole de Dieu]

46      [Aperçu des Romains    Essence de Dieu : lumière et amour]

47      [Relations de famille, affections humaines]

48      [Place de la femme]

49      [Témoignage chrétien : communion et humilité]

50      [Manifester Christ]

51      [Simplicité de la vérité  — Apprécier Christ]

52      [Discipline dans l’Assemblée : comment elle s’exerce]

53      [Exercice de la discipline : rôle des frères et des soeurs]

54      [La trompette selon 1 Cor. 15:52 et 1 Thes. 4:16]

55      [Église corps de Christ et pratique chrétienne]

56      [Daniel 9:27    le désolateur]

57      [Restauration d’un croyant]

58      [Humanité et divinité du Seigneur]

59      [Position et état ; dévouement et sainteté]

 

 

1                    [Vie chrétienne — suivre Christ]

1° Octobre 1851

Bien cher frère,

 

Vous commencez un peu, je le pense, cette période d’activité qui fait de la vie de réflexion une vie bien plus cachée qu’auparavant. C’est un progrès très réel dans la vie chrétienne. J’aimais la philosophie divine ; elle est toujours de mon goût. Aussi longtemps que la vie extérieure se compose de cela, on a l’apparence d’être beaucoup plus spirituel et plus profond. C’est ainsi que la vapeur qui sort de la machine a l’air d’avoir beaucoup plus de force que ce qui trame le lourd convoi ; en apparence celui-ci ne fait qu’opposer de la résistance au mouvement qu’on veut lui imprimer ; mais c’est lorsqu’elle est cachée pour le grand nombre, que la force agit réellement ; de cette manière sa réalité est aussi mise à l’épreuve.

Et pourquoi dis-je que c’est un progrès réel ? C’est qu’elle a moins d’apparence devant les hommes, qu’elle est plus entièrement devant Dieu, de l’approbation duquel il faut se contenter. Il faut se contenter de posséder la chose avec Lui ; que dis-je ? de la trouver en Lui ; mais c’est la posséder réellement. C’est le principe de la perfection morale, de jouir des choses au lieu de s’en accréditer aux yeux d’autrui. La vie active chrétienne est une vie vulgaire de service, en contact avec les passions, les fautes, les faiblesses humaines ; en un mot, en contact avec la chair. Mais pour y agir, pour y introduire Dieu, et c’est ce que Christ était, il faut la puissance ; il faut vraiment, dans la communion avec Lui, en participant ainsi à cette nature que rien n’entame et qui brille de sa propre perfection au milieu de tout, être au-dessus de tout ce qu’on rencontre.

La philosophie divine, en la supposant réelle, et ne rencontrant point d’opposition lorsqu’on l’étale devant les autres, est une jouissance facile ; et, comme je l’ai dit, on s’en revêt, on en fait montre aux yeux de ceux qui l’admirent. Pour marcher dans la vie chrétienne, il faut être ce qu’on admire ; c’est une autre affaire. Il faut être divin dans le sens de la communion de Sa nature. Voilà aussi pourquoi Jésus était le plus isolé des hommes, et en même temps le plus accessible, le plus affable ; — le plus isolé, parce qu’il vivait dans une communion absolue avec son Père, et qu’il ne trouvait aucun écho, aucune sympathie avec l’amour parfait qui était en Lui ; — le plus accessible, le plus affable, parce qu’il était cet amour pour les autres. En parlant de l’oeuvre ineffable qui frayait un chemin à cet amour à travers tout ce péché, il dit : «J’ai à être baptisé d’un baptême ; et combien suis-je à l’étroit jusqu’à ce qu’il soit accompli». Ce baptême d’amertume et de mort qui en finissait avec le péché, même dans sa dernière forteresse et dans ses derniers droits de ruine, par la justice de Dieu contre nous, laissait libre cours à cet amour dans ses desseins infinis de grâce, car l’amour est d’une invention infinie pour le bonheur de ce qui est aimé, et l’amour de Dieu se propose ce qui dépasse toutes nos pensées. C’est le ressort des pensées du Dieu infini. Et encore, lorsque vers la fin de sa carrière l’occasion s’en présente, au moment où l’incrédulité des siens lui fait dire : «Jusques à quand serai-je avec vous, et vous supporterai-je ?» (car — et c’est là ce qu’il attend de nous dans ce pauvre monde — il n’y avait pas même chez les siens la foi, la capacité d’employer les ressources de grâce et de puissance qui étaient en lui) il ajoute, sans même un instant d’intervalle : «Amène ici ton fils» (Luc 9:41). La conscience d’être isolé dans son amour, en sorte que les autres ne comprenaient pas même comment en profiter, n’arrête pas un instant son énergie et son activité. La même phrase qui contient le «jusques à quand», dit aussi : «Amène ici ton fils».

Quelle était donc la vie de ce Jésus, homme de douleurs et sachant bien ce que c’est que la langueur ? Une vie d’activité dans l’obscurité, faisant pénétrer l’amour de Dieu dans les coins les plus reculés de la société, là où il y avait le plus de besoins, au milieu de personnes que l’orgueil humain repoussait afin de maintenir sa propre réputation, mais que l’amour de Dieu cherchait, parce qu’il n’avait pas besoin de se faire une réputation ou de la garder. Il était toujours le même, et plus il se compromettait en apparence, plus il se manifestait dans une perfection qui ne se démentait jamais. L’amour de Dieu n’avait pas besoin, comme la société humaine, de se garantir de ce qui le mettait trop à nu. Il était toujours lui-même. La vie laborieuse de Jésus se passait à la recherche des âmes, dans toutes les circonstances. Elle traversait tout ce qui pouvait la mettre à l’épreuve ; mais on y voit une réalité divine qui ne faisait jamais défaut, puis, — devant la propre justice et l’orgueil, et la hardiesse tyrannique de la contradiction des pécheurs, ou aussi en faveur de quelque pauvre âme brisée, ou enfin, pour justifier les voies de Dieu en leur faveur, — on y découvre de temps en temps un fonds divin, des pensées touchantes, exquises, une profondeur de vérité qui trahissait sa perfection par sa simplicité, faisant voir une âme toujours nourrie de la communion la plus intime avec l’amour infini et avec la sainteté parfaite. Il était celui qui pouvait dire : «Nous disons ce que nous savons et nous témoignons de ce que nous avons vu», celui qui pesait le mal par la perfection du bien qui était en lui, et trouvait dans les découvertes affreuses (si l’on peut parler de découvertes là où tout était à nu) que faisait la sainteté de son âme, les occasions de manifester l’amour infini ! Ou plutôt c’était l’amour d’un être saint qui faisait ces découvertes, amour qui revêtait la forme d’une grâce, qui, par sa propre humiliation, se mettait à la portée de tous les besoins du coeur, et qui, en même temps, devant l’orgueil de l’homme, se montrait à la hauteur de la dignité, de la majesté de Dieu.

Qu’il est beau de voir cette personne, ces qualités divines, percer à travers l’humiliation qui les mettait à la portée de ceux que le monde méprisait ! Fatigué de son voyage, redevable d’un verre d’eau à une femme qui n’osait guère se montrer avec d’autres, il trouve de la viande à manger, dont le monde, dont même ses disciples ne savaient. rien ; et cette nourriture, c’est la délivrance d’un pauvre coeur, écrasé par le poids d’une mauvaise conscience et le mépris de ses semblables, auquel il avait rendu (donné plutôt) le ressort de vie et de joie. Quelle perspective ! combien cela ouvrait à son âme de bénédiction pour les pécheurs, car il ne dédaignait pas de pareilles consolations au milieu d’un monde qui le chassait de son sein. L’amour se console ainsi ; le coeur qui aime le pécheur en a besoin dans un tel monde. Et où est-ce que cela se trouve ? dans l’obscurité, dans les travaux d’une vie qui avait affaire aux besoins ordinaires des âmes, mais en demeurant dans la vérité, car cette vie ne s’abritait pas de la misère du monde pour se promener au milieu de ce qui n’a que l’apparence, mais elle y introduisait, précieuse grâce, l’amour de Dieu. Il était ce dont les autres pouvaient écrire. Que de besoins cachés dans les âmes même les plus dégradées, qui se confesseraient, se feraient jour, si un amour, une bonté qui leur inspirerait la confiance, leur étaient présentés ; mais pour cela il faut se contenter de se trouver souvent au milieu de cette dégradation, n’en étant garanti que par ce qui est intérieur, et c’était la vie du Seigneur. Que d’âmes qui s’étourdissent dans les plaisirs, pour faire taire des chagrins moraux qui les rongent. L’amour divin ne répond pas seulement aux besoins, il les fait parler. Il est délicieux de voir une âme s’ouvrir et de voir entrer en même temps l’intelligence spirituelle. On ne recherchera pas précisément la dégradation dont je parle, mais on trouve le monde, sachant que telle est la vérité de ce qui s’y trouve, et ses formes extérieures ne rebutent pas l’âme. Mais c’est une vie de peine, de patience et de bonheur dont on ne trouve pas la pareille. Christ pouvait dire à travers tout : «Qu’ils aient ma joie accomplie en eux-mêmes». Sans doute il y a diversité de dons, mais lors même que Dieu nous ouvre dans sa grâce ce chemin, combien nous sommes lents pour marcher sur les traces de Celui qui nous y attire.

Courage, cher frère ; la grâce est là sur le chemin qu’il nous a ouvert ; on la trouve chaque jour en cheminant ; et quelle gloire, lorsque tous les principes qui ont été formés dans le coeur par la foi, viennent à éclore dans le ciel, et se reproduisent dans la plénitude de leur résultat selon le coeur de Dieu. Il faut attendre en marchant par la foi. Mais je m’arrête .....

 

2                    [Mysticisme]

Montpellier, 29 mai 1849

Cher frère,

 

J’ai lu, en voyage, votre «Vie de Madame de Krudener» et je peux vous dire qu’elle m’a fait du bien. Une occupation sans relâche tend, si l’on n’est pas bien près du Seigneur, à ce que les affections les plus intimes se rouillent, et, lorsque les détails de l’oeuvre constituent la plus grande partie de cette occupation, ils tendent à rétrécir le coeur. Il n’en est pas ainsi dès qu’on est près de Lui ; alors, au contraire, ces détails exercent les meilleures affections, et l’on se retrempe d’autant plus en lui. Il en était ainsi de Christ, parce que sa vie de détails découlait du fait qu’il vivait de son Père, et qu’elle n’était que la manifestation parfaite dans l’homme de ce qu’était le Père, le produit d’un coeur rempli d’un amour parfait, l’expression d’un amour infini.

La vie de Mme de Krudener, qui s’est passée en dehors de l’étroitesse des questions secondaires, m’a rappelé cet amour, car elle avait certainement un coeur qui aimait spirituellement le Seigneur, et, pour ma part, je juge sans difficulté les choses qui doivent être condamnées dans sa marche, en sorte que je n’ai pas besoin de m’y arrêter. Celui qui est constamment abeille ouvrière dans la ruche est libre de ne recueillir que du miel, lorsqu’il aborde les fleurs en plein air, quelles qu’elles soient. Mais je vous dirai aussi un mot de ce qui me frappe, quand je pense au mysticisme, tel qu’on le trouve sous ses plus belles formes chez Mme de Krudener et d’autres.

Le désir et l’amour se distinguent très nettement. Le désir suppose la capacité de goûter la chose qu’on désire, c’est-à-dire les affections spirituelles qui, quant au fond de la nature, ont Dieu pour objet ; il suppose qu’on est né de Lui, quoique Satan imite souvent, d’une manière étonnante, ce genre de sentiments ; mais cet état suppose aussi qu’on ne possède pas ce qu’on désire.

L’amour suppose qu’on possède pleinement l’objet de nos désirs. Ce n’est plus un besoin pour soi, mais c’est la jouissance, l’appréciation, en en faisant ses délices, de l’objet même.

Or le mysticisme, en se vantant beaucoup de ses sentiments, ne dépasse jamais le désir, tandis que le simple christianisme, en donnant la connaissance du salut, nous met en pleine possession de l’amour de Dieu. Je sais qu’il m’aime comme il aime Christ ; cet amour m’a sauvé ; c’est Lui qui m’a désiré. En amour, il avait besoin de moi, et cet amour est sa perfection en Christ. En paix je contemple cet amour et je l’adore en Christ ; je demeure en lui et lui en moi.

Je n’ai jamais vu un mystique, dont l’idée de l’amour ne fût pas entièrement fautive dans sa nature même. C’était quelque chose dans l’homme qui avait besoin d’être satisfait, au lieu d’être quelque chose en Dieu, qui satisfaisait profondément, infiniment, parfaitement le coeur. De là des efforts inouïs pour s’abaisser, se dénigrer et dire du mal de soi, comme si un sauvé pouvait être quelque chose devant un Sauveur, au lieu d’être nul et de s’oublier en la présence et dans la jouissance de tant d’amour. Est-ce, lorsqu’on est vraiment ravi dans la présence de Dieu et qu’on contemple «sa beauté ravissante dans son temple», qu’on est occupé des hideuses figures qui se cachent dans le coeur de l’homme ? Je ne le pense pas. On pense à lui ; il nous en a donné le droit par une grâce qui a réellement mis de côté tout ce que nous étions comme vivant hors de Christ, comme dans la chair.

Est-ce donc qu’on ne fait pas une expérience humiliante de soi ? Je ne le dis pas. Oui, il y a des moments où Dieu nous révèle les secrets épouvantables de ce coeur où il n’existe point de bien ; mais on ne se vante pas, on n’en parle pas beaucoup, si l’on a vraiment vu Dieu. Si l’on veut trouver dans l’homme, dans son amour pour Dieu, quelque chose d’aussi bon que l’amour de Dieu pour nous, alors on en parle et on pense s’abaisser. Ce n’est que la vanité du coeur qui ne connaît pas Dieu et ne se connaît pas non plus ; c’est le vrai caractère du mysticisme.

Mais cette vue de Dieu ne produit-elle pas une connaissance humiliante de soi ? — Oui, lorsque nous n’avons pas connu ce que nous sommes, ni l’évangile qui nous donne le droit de dire : «Ce n’est plus moi qui vis». C’était le cas de Job et de tant d’autres. Il avait pensé à lui-même, à la grâce en lui : alors il a dû faire connaissance de lui-même en présence de Dieu. Mais l’évangile est la réponse à toutes ces convulsions dans l’âme, par la révélation de ce que Dieu est, et de ce que Dieu a fait pour celui qu’il connaissait à fond, tel qu’il était, et qui a appris dans la croix de Jésus quel est l’amour de Dieu, lorsqu’il n’y avait que du péché, et le péché vu de Dieu comme nous ne saurions le voir, mais vu pour être l’occasion d’une oeuvre parfaite d’amour.

Dieu, sa sainteté, sa majesté, sa justice, son amour a trouvé son repos dans l’oeuvre et la personne de Christ ; j’y ai trouvé le mien. Le mystique ne l’a jamais, parce qu’il cherche vainement dans l’homme ce qu’il devait chercher en Dieu, qui avait tout accompli avant qu’il y pensât. C’est pourquoi ils cherchent un amour désintéressé ; mais où ? Dans l’homme ! Pauvres adorateurs de l’homme, déifié dans l’imagination ; de l’homme qui ne se trouvera jamais ! Ici, le péché est en lui ; dans le ciel, il ne pensera qu’à Dieu. C’est pourquoi l’imagination joue un si grand rôle dans le mysticisme ; et Satan peut y tromper si souvent, parce que l’imagination et le coeur de l’homme sont en jeu. Je ne dis pas que des affections spirituelles n’y soient jamais : loin de là ; — ni que Dieu ne se révèle jamais à ces affections. Je ne doute pas qu’il le fasse et qu’il rende la personne heureuse ainsi, mais vous la trouverez, après tout, occupée de ces affections et non pas de Lui.

C’est là le défaut capital du mysticisme. En un mot, j’y vois un effort du coeur humain, cherchant à produire en soi-même quelque chose d’assez fort en fait d’affection, pour satisfaire un coeur réveillé par l’excellence de l’objet : car je suppose maintenant le vrai réveil du coeur.

Je vois en Christ un coeur divin qui reflète la parfaite certitude d’un amour dont la perfection n’est nullement en question. C’est la paix. Or il nous dit : «Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix». Quelle paix s’exprime dans ces mots : «Je sais que tu m’entends toujours, mais je l’ai dit à cause de la foule qui est autour de moi !» Cette paix est nôtre (1 Jean 5:14-15). Quelle paix, même dans ces paroles : «Je sais en qui j’ai cru», ainsi qu’en tant d’autres passages.

N’y a-t-il donc pas ces travaux du désir de l’âme devant Dieu ? — Oui ; mais ceci fait ressortir encore une différence capitale. Avant d’avoir compris la rédemption par la croix et notre portion en Christ qui en est la suite, l’âme réveillée est exercée ; elle cherche souvent dans un progrès spirituel, dans un amour pour Dieu, jamais trouvé, la paix et le repos : mais l’effet de tout ce travail sous la grâce est de mettre en jeu la conscience, et de produire la conviction que c’est inutile ; qu’en nous, c’est-à-dire dans la chair, il n’existe point de bien. La conscience prend pleine connaissance de ce qui se passe dans le coeur et de ce que nous sommes, de manière qu’on est amené à renoncer à chercher la paix dans l’état de son âme. On a besoin d’être pardonné, sauvé ; on se place au pied de la croix, mais non pour avoir des affections immuables. On a reconnu qu’on ne les a pas, et ce n’est pas seulement le coeur qui en est peiné, quoique cela ait lieu, mais la conscience sait qu’on est perdu, mort sous la condamnation. On voit les choses telles qu’elles sont en la présence de Dieu ; on a besoin d’être sauvé. On ne cherche plus le bien en soi-même, sous la forme des affections divines, mais on le trouve en Dieu, dans sa bonté envers nous par Jésus-Christ ; on a la paix.

Est-ce que les affections profondes que m’inspirait la croix ont cessé, parce que ce n’est plus un besoin qui m’écrase ? Non, la conscience est intervenue et m’a mis à ma place. Ce que Dieu a fait, ce qu’il est, m’a donné la paix ; et maintenant j’ai un loisir divin (parce que rien n’est incertain dans mes relations), pour contempler ce qu’il y a de parfait dans l’objet de mes affections, sans m’occuper de moi-même.

Le mystique s’humilie, parce qu’il espère encore trouver du bien en soi, ou qu’il s’en occupe comme s’il pouvait y en avoir, et ne trouve que du mal. Le chrétien est humble (et c’est bien autre chose), parce qu’il a renoncé à chercher du bien en soi, pour adorer Celui en qui il n’y a rien d’autre. Or ce n’est pas qu’il se trompe, mais que l’intervention de la conscience par la lumière de l’Esprit et de la vérité, l’a mis à sa place. Je crois, par exemple, que Mme de Krudener n’a trouvé pleinement cette position que dans sa dernière maladie. C’est ce qui arrive souvent. Les Moraves, tout en jouissant doucement de Christ, souvent en restent toujours là. Elle était sous l’obligation de l’amour, chose vraie, mais elle ne le connaissait pas. Elle savait que Dieu était amour, mais elle a voulu l’être aussi, et cela tient de près à l’orgueil du coeur, jusqu’à ce que nous ayons pris notre place, comme morts dans nos fautes et dans nos péchés, et que nous ayons compris l’amour envers nous, en ce que Christ est mort, et que nous sommes morts et ressuscités en lui.

Voici ce qui est vrai : les combats restent parce que la chair est en nous, et le Saint Esprit a besoin de nous occuper quelquefois de nous-mêmes et de nous humilier. Dieu étant infini et son oeuvre parfaite, il y a toujours en lui, lors même que notre paix est parfaite, ce qui réveille toute l’énergie d’une affection qui ne peut pas se contenter, quoique parfaitement assurée de l’amour de Celui qu’elle regarde. Cela convient aux relations d’une créature avec Dieu, et c’est un bonheur pour nous, et cela ne déroge pas à notre paix. C’est tout autre chose que ce besoin mystique d’aimer, qui est vrai, mais qui se rapporte au moi, parce qu’il ne connaît ni Dieu, ni soi-même. Cependant je trouve mon coeur si froid, que cela me fait quelquefois du bien, parce que je connais assez que j’étais perdu et que je suis sauvé, pour que cela ne se mêle pas avec ma connaissance d’un salut gratuit, accompli sans moi, et qui glorifie pleinement Dieu, et Dieu seul. Mais cela fait souvent du mal aux âmes qui n’ont pas été vidées devant Dieu, l’oeuvre ayant été transportée du coeur dans la conscience, en la présence de Dieu.

Il est étonnant de combien d’erreurs cela délivre sans mot dire. Mes affections humaines peuvent s’attacher à la Vierge, mais la conscience... ? Y a-t-il du sang répandu là ? La Vierge est nulle pour cela, comme le plus misérable pécheur ; c’est une créature devant Dieu. Le purgatoire, la prétendue répétition du sacrifice, l’absolution, l’onction et tant d’autres choses, disparaissent sans controverse, comme des ombres, comme des frayeurs des ténèbres en face de la lumière, devant une conscience qui s’est déjà trouvée telle quelle dans la présence de Dieu et y a été parfaitement purifiée par la connaissance de son oeuvre en Christ.

Les besoins de la conscience peuvent jeter une âme sincère dans ces pratiques superstitieuses, mais, pour une conscience purifiée qui connaît Dieu, ce sont des nullités. C’est ce qui me donne tant d’horreur pour ce système, qui trafique avec les frayeurs de la conscience pour cacher l’amour de Dieu ; oeuvre manifeste de l’ennemi.

Mais voyez, pour n’en plus rien dire, dans l’épître de Jean, qui touche les bords du mysticisme, mais avec le doigt de Dieu, de quelle manière, à côté de l’élévation la plus haute de la communion avec lui, il replace toujours l’âme sur le terrain simple du salut, par la foi objective. Voilà ce qui corrige le coeur de l’homme avec ses ailes d’Icare (1 Jean 4:7-10, et même tout le chapitre).

Maintenant, quelques mots sur votre ouvrage. Vous avez la conscience qu’il est un peu fait pour le monde, de sorte qu’il faut le considérer sous ce rapport. Une vie de Mme de Krudener nous transporte au milieu d’empereurs, de reines et de «de quelque chose». J’en prends mon parti. On aime à voir la grâce partout, cette grâce qui ne méprise ni les grands ni les petits. Les voies de Dieu sont autres, cependant, lorsqu’il agit dans la puissance qui lui est propre. Alors le monde est laissé à sa vraie place, et son Fils, et ses apôtres et ses serviteurs, sont traduits devant les grands siégeant en tribunal, et cela tourne en témoignage. C’est ainsi que Dieu fait pénétrer sa voix dans les endroits les plus éloignés de lui, en conservant dans sa perfection le caractère des siens et de ce qui lui appartient. J’admire sa grâce qui daigne agir autrement, mais j’admire sa perfection telle qu’il me l’a présentée lui-même.

J’ai dit que je prends, comme étant donnée, la forme mondaine du livre et qu’ainsi vous avez laissé à chacun le soin de se former un jugement sur la vie mondaine de Mme de Krudener (la grâce qui a tout pardonné étant le vrai contraste avec le mal), en passant légèrement et sans faire une remarque sur ses égarements. Il me semble, cependant, qu’en admettant le principe que c’est une vie et non pas un sermon, le fait d’avoir quitté son mari une seconde fois, après sa grande indulgence envers elle, d’avoir eu des liaisons, comme on les appelle à Paris (et j’insisterais même encore plus sur le premier pas), était un manque de conscience, de ressort moral, que le monde même aurait pu, aurait dû sentir. Il est vrai que son mari n’était pas un mari, quant aux liens intérieurs de son être moral, mais cette bonté qui la replaçait de nouveau dans une position morale, aurait dû en réveiller le sentiment, si elle en avait eu. Je crois que ceci s’est reproduit et se retrouve dans ses égarements spirituels, car les voies de Dieu sont justes.

J’ai encore une objection à vous faire : il me semble que votre désir de gagner le monde vous a trahi par une faute : l’introduction de la lettre de M. de Frégeville. Je n’admets pas que le monde même appelle ces choses «un hommage pur». Après ces remarques, que je fais en toute liberté, je vais considérer sa vie après sa conversion.

Son dévouement m’a inspiré le plus vif intérêt. Il est rafraîchissant, dans ce monde égoïste et esclave d’une cérémonie qui lui sert à se cacher, parce qu’on est trop laid pour se faire voir, et à conserver son égoïsme aussi intact que possible sans l’avouer, — monde sans indépendance, parce qu’il est sans coeur, — il est rafraîchissant, dis-je, de trouver quelque chose qui en franchit les barrières, et agit par des motifs qui montrent du coeur et de l’amour, — cet amour qui est la seule vraie liberté.

Ainsi le dévouement de Mme de Krudener m’a beaucoup intéressé, et aussi humilié. Le peu que j’en ai eu dans ma vie me fait goûter le sien, et il a été si peu, qu’il me fait admirer ce que je vois en elle. Mais ici aussi je retrouve les voies de Dieu. Lorsque le dévouement partait directement de Lui, et se manifestait dans ses voies, l’énergie qui s’y trouvait se réalisait dans un résultat qui était tout de Lui et était garanti des égarements de l’ennemi. Or Dieu ne peut jamais abandonner ses voies. Si l’homme les abandonne, même en se dévouant, le complément est de l’ennemi, sous une forme ou sous une autre. On s’étonne quelquefois qu’une bonne partie de la vie d’une personne dévouée et spirituelle se passe en erreurs et en égarements ; on se demande comment la présence de l’Esprit de Dieu, nécessaire pour produire cette vie, comporte ces erreurs. Je dis, au contraire, que, pour le gouvernement de Dieu, c’est une conséquence nécessaire.

Est-ce que Dieu peut poser son imprimatur sur ce qui est contraire à ses pensées ? Est-ce qu’il refusera de la bénédiction, comme réponse au dévouement réel, parce qu’il y a de l’erreur ? Il ne peut sanctionner le premier, ni se refuser au dernier. Quelle en est la conséquence ? La bénédiction s’y trouve, ainsi que ses tendres soins. Il garde le fond, mène à travers les égarements, mais il abandonne à leurs conséquences naturelles le mal et la fausse confiance qui l’accompagnent ; sans cela il justifierait le mal.

Si l’oeuvre de Mme de Krudener avait eu le caractère de celle de Paul, le sceau de Dieu aurait été sur ce qui était contraire à sa volonté. La miséricorde de Dieu ne permet pas cela. Une femme ardente, emportée, pleine d’imagination, agissant sous des impressions et des influences, subissant l’excitation des circonstances, voilà Mme de Krudener. Le principe, au fond, étant divin, cela se retrouve dans l’oeuvre. Satan s’en mêle ; il se sert toujours de la chair quand on la laisse agir. C’est l’histoire de tous ces cas.

Si le monde se jugeait sainement, s’il était dans le vrai devant Dieu, il n’y aurait pas de difficulté à les démêler. Or Dieu n’explique pas ces choses à ceux qui ne les ont pas ; ce serait encore sanctionner le mal, quoiqu’il puisse nous faire sortir de cet état par la grâce, et qu’il soit fidèle, pour ne pas permettre que nous soyons tentés au delà de nos forces. Si l’on s’attend à lui, il n’y a pas de danger. Si l’on se précipite, il faut qu’il en fasse voir les conséquences. Si le fond spirituel existe, il se retrouvera dans l’éternel bonheur ; mais, dans le gouvernement de Dieu, chaque chose entraîne ses conséquences. Il peut se servir en grâce et en honorant l’instrument, d’une femme repentante et dévouée ; il l’a fait dans sa grâce ; mais une femme excitée, et, me semble-t-il, peu sensible à ce qu’elle avait été, n’est pas l’instrument parfait, selon les voies de Dieu, pour une oeuvre. On en voit les conséquences, afin que la perfection des voies de Dieu soit connue. Je crois même qu’un certain état de choses dans le royaume de Dieu, dans les chrétiens, ne comporte pas un instrument et une action parfaits selon les pensées de Dieu. Ce serait hors de place, cela ne ferait même pas son oeuvre. La chose peut paraître extraordinaire, mais je ne sais ce que ferait l’apôtre Paul (ou plutôt, Paul ne saurait que faire), dans l’état actuel des choses. Dieu sait toujours que faire, parce qu’il est au-dessus de tout. Il jugera à la fin ; il fera éclater sa grâce en transportant dans la gloire ceux qui sont fidèles dans la confusion, mais les énergies créatrices d’un ordre parfait ne sont pas propres à la confusion et à la culpabilité morale qui résulte d’avoir gâté cet ordre. Ce serait déshonorer cette fraîche lumière d’une affection nouvelle, dont Christ est le centre et l’objet. Christ lui-même commence par : «Bienheureux, bienheureux» ; il était naturel que cela sortît du coeur de Celui qui venait du ciel ; mais il termine par : «Malheur à vous, malheur à vous». Sa grâce a-t-elle été diminuée ? Non, certes, mais elle a été éprouvée, approuvée, plus glorieuse, sa fidélité immanquable plus assurée que jamais pour nos coeurs. Mais il ne pouvait pas être à la fin ce qu’il était au commencement. Il en est de même de l’oeuvre. Mais l’amour et le bonheur de celui qui comprend cette grâce sont plus grands qu’auparavant. Paul, dans l’épître aux Philippiens, est plus mûr, se connaît plus profondément en Christ, que dans toutes les énergies par lesquelles il confondait ses adversaires. Son expérience de Christ est plus complète et son coeur ainsi plus parfait dans ses sentiments. Élie peut se comparer à Moïse, car ils étaient ensemble les compagnons glorieux du Sauveur sur la montagne ; mais Élie, en présence des veaux d’or, ne pouvait pas faire un tabernacle comme Moïse. Il était, par là même, un témoin plus frappant encore de la grâce de Dieu.

Encore une remarque sur Mme de Krudener, moins importante, sans doute, mais que je crois vraie. Il y avait chez elle manque d’originalité spirituelle, pas de sincérité ; ce grave défaut se trahit aussi dans Son oeuvre, et, entre autres choses, lui a donné son caractère. Elle recevait des impressions de Jung Stilling, d’Oberlin, de Tersteegen, de Maria Kummrin. Peut-être était-ce naturel à une femme, mais voilà pourquoi une femme ne peut être un agent principal dans l’oeuvre. C’est hors des voies de Dieu. Beaucoup aider, oui, mais non pas être agent principal ; faire des choses que l’homme ne peut faire, mais non pas faire ce qu’il fait. Cela est vrai à un point de vue plus important. Elle ne pouvait pas recevoir directement de Christ des impulsions pour une position qu’il ne lui donnait pas. L’amour de Christ était là, l’impulsion provenait d’ailleurs. Or, lorsque c’est Christ lui-même qui met le coeur en mouvement, il agit sur l’homme nouveau, comme aussi il produit en nous cet homme nouveau que le malin ne touche pas. Sa présence agit sur la conscience, fait taire la chair, anéantit l’homme, sa vanité, son amour-propre et sa bonne opinion de lui-même ; tout l’homme est jugé dans sa présence, et l’oeuvre produite est de Christ lui-même, quel que soit le vase. S’il y a danger qu’il en soit autrement, une écharde dans la chair est envoyée.

Lorsqu’on reçoit ses impressions, ses impulsions de seconde main, la chair et le coeur ne sont pas jugés du tout, quoique l’amour de Christ soit en nous. La chair et le coeur se produisent de nouveau, et l’agent est exposé, par le fait même de son activité, à toutes sortes de piéges de l’ennemi, qui, de leur côté aussi, se reproduisent dans l’oeuvre. C’était le cas de Mme de Krudener ; mais elle ne perdra certainement pas le fruit de son dévouement, dont je ne mets nullement, pour ma part, la sincérité en doute. Mais il y avait trop de l’homme chez elle, et l’homme est toujours faux. La chose est si vraie (il est important de le remarquer), que, tout en goûtant l’amour de Christ, elle n’a jamais connu vraiment l’évangile que dans sa dernière maladie, comme étant elle-même en la présence de Dieu. Aussi a-t-elle alors reconnu tout de suite qu’elle avait pris souvent son imagination pour la voix de Dieu ; car c’est là seulement que l’homme meurt, et que Dieu se fait voir seul, tel qu’il est. Or, tant que l’homme n’est pas mort, Satan peut toujours se servir de lui et le discernement spirituel manque. Le fait de l’accomplissement des visions ne prouve rien dans ces choses. Tout cela accompagne aussi la puissance de l’ennemi ; mais l’homme spirituel étant humble, juge facilement ces choses lorsque Dieu le place devant elles, et qu’il prend la parole de Dieu comme guide absolu de son jugement.

Voilà, me direz-vous, des remarques sur Mme de Krudener et non pas sur mon ouvrage. Sauf quelques mots de blâme, vous n’en avez rien dit ; c’est un pauvre compliment. Vous vous trompez. De compliments, il est vrai, je n’en fais point ; mais, la meilleure, la vraie louange d’un travail, c’est qu’il produit des pensées en celui qui le lit, et tel a été l’effet de votre ouvrage. Je vous ai fait remarquer le défaut qui m’a paru le gâter un peu ; puis, au point de vue de l’écrit même, je le crois incorrigible, sauf la lettre de M. de Frégeville, car je ne crois pas que dans ce moment vous pourriez vous placer en présence de Christ pour raconter les choses et les présenter au point de vue où vous l’avez fait dans cet ouvrage. Chaque position morale a son temps dans notre état d’imperfection, où, au lieu de partir, tout frais, de la perfection et des richesses de Christ, on agit ordinairement en s’épurant, et l’on se reproduit, hélas ! dans son oeuvre, tout en croyant juger de tout.

Dans la vie de Mme de Krudener, il serait important de connaître ce qui faisait sa lecture habituelle. Cela se trahit quelquefois. Oberlin est connu. C’était un homme dévoué, mais à imagination effrénée, et un fameux hérétique, dont les écarts portent leurs fruits maintenant, quand ce que l’homme et même l’Église admirent est perdu et oublié, car le jugement de Dieu n’est pas celui de l’homme. Tersteegen aussi est connu. Je ne sais si l’on pourrait en retrouver davantage, mais ce serait un élément de ce qui formait le caractère public de Mme de Krudener. Il est bon, pour ne pas alimenter la vaine curiosité du public, que vos volumes contiennent si peu de ces vues qui ont si puissamment agi sur sa vie ; mais, pour en juger sainement, il faudrait en savoir un peu plus...

 

3                    [Une vie bien nourrie de Christ est une vie bien remplie]

5 avril 1852

Bien-aimé frère,

... Je ne doute pas que l’argent ne se trouve, non pas pour qu’il n’y ait plus de besoins, mais pour démontrer cette fidélité de Dieu qui pense à ceux qu’il envoie. Il ne veut pas nous sortir d’une position humble, ni détruire l’occasion, la nécessité (et que ce soit une nécessité pour le coeur !) de dépendre de lui. Je ne saurais désirer qu’il en fût autrement, mais il répondra à la foi sans nous sortir d’une position qui exige cette foi.

Je trouve que c’est une bonté de Dieu d’avoir retiré notre chère soeur G... Je tremblais toujours pour elle, et avec Jésus elle sera bien en sûreté et en bonheur aussi. Si nous portons sur nos coeurs bien des âmes, Lui sait les porter non-seulement sur son coeur, mais aussi dans ses bras. Qu’on est heureux d’être l’objet de ses soins ! Combien ils sont tendres et fidèles, et quelle sagesse ! Il nous garde ici pour notre bonheur et notre joie ; il nous prend auprès de lui pour une joie plus grande encore, lorsque ce monde ne convient pas pour nous. Puissions-nous seulement savoir vivre pour lui, entièrement pour lui ; et de lui, afin que nous sachions vivre pour lui. C’est précisément quand on veut vivre pour lui, que l’on sent qu’on n’en a pas le pouvoir sans lui. Mais alors, comme il entretient la vie ! de quelle manière précieuse nous apprenons sa fidélité ! et combien même un peu de nourriture nous mène loin, parce que Christ nous y est offert d’une manière si large et si pleine. Oui, notre affaire c’est d’être avec lui et que notre vie soit lui. Les sources de la vie de l’âme sont alors profondes — profondes comme Dieu lui-même. Elle est nourrie de ce qui est pur, de ce qui la lie si directement à lui-même que tout acquiert une force qu’il est impossible d’avoir autrement. Une vie bien nourrie devient ainsi une vie bien remplie.

 

4                    [Inspiration de l’Écriture]

16 juin 1852

... Dernièrement j’ai souvent insisté sur le fait que toute sorte de choses sont rapportées dans l’Écriture : les malices de Satan, les méprises et les mauvaises pensées des hommes, leurs péchés, du mal tout pur, un mélange de bien et de mal, des choses et des paroles où l’influence du Saint Esprit dans le coeur se fait jour à travers les préjugés et les pensées des hommes. Mais toutes ces choses nous sont données dans la Parole par inspiration, afin que nous connaissions l’homme et les voies de Dieu. En même temps nous sont aussi communiquées les propres pensées de Dieu, afin de nous rendre capables de juger de tout cela selon son jugement. Ainsi nous comprenons d’une manière beaucoup plus vraie l’état de l’homme et tout ce qui tient à ses rapports avec Dieu.

Ce que je cherche dans un livre inspiré, c’est la communication parfaite des pensées de Dieu, telles qu’il daigne me les communiquer, et une histoire parfaite de l’homme, une histoire telle que, possédant les pensées de Dieu, je puisse juger parfaitement de ce qu’est l’homme, comme Dieu, le Dieu de vérité, me le montrerait : or, pour cela, il faut que je connaisse ses fautes, ses pensées, ce qu’il est sans loi, sous la loi, sous l’influence des affections que produit le Saint Esprit, soit que la chair soit entièrement mortifiée, soit qu’elle colore, dans ce qui sort du coeur, les affections produites, en leur prêtant la forme de l’état d’esprit de l’individu.

Dans ce dernier cas, lorsqu’il s’agit de ce mélange, je ne prends pas le résultat comme l’expression propre des pensées de Dieu, ni comme des affections absolument approuvées de lui, telles au moins qu’elles sont exprimées. Mais j’accepte ce qui est dit comme une révélation de la part de Dieu, qui me fait connaître l’homme dans cette phase-là. Car l’effet de l’oeuvre de Dieu dans l’homme ne sera parfait que lorsque, dans la gloire, nous refléterons ce qu’Il est, selon le modèle de Jésus, à l’image duquel nous serons conformes. Du moment qu’il s’agit des pensées de Dieu révélées directement, c’est autre chose ; mais l’homme dépeint par Dieu, l’oeuvre de Satan, l’effet de l’oeuvre de Dieu dans l’homme, ne sont jamais cela. Il n’y a de difficulté que dans ce dernier cas, à cause du mélange. Pour ma part, je ne doute pas qu’un puissant effet de l’Esprit de Dieu ne soit souvent produit, là où la forme morale dont est revêtu ce qui produit, participe, avec un extrême mélange, à toutes les pensées de la classe d’individus qui en est le vase et le canal. Le Saint Esprit produit des affections, du zèle ; la forme est souvent celle de l’éducation religieuse de l’individu ou même du peuple.

 

5                    [Paix et joie et volonté de Dieu]

Octobre 1852

... Là où est Sa volonté, là est le bonheur et je suis entièrement heureux ici. Christ est mon bonheur, bien-aimé frère, mais c’est dans le chemin de sa volonté qu’on trouve la jouissance de son amour. En effet, tout faible que je sois, je trouve en lui une source de joie profonde et ineffable. Cette joie a un caractère de paix qui se lie à la révélation de lui-même à l’âme, et, lorsqu’il s’agit de lui, cela ne laisse pas lieu à l’idée de quelque chose qui change ; non pas que l’on raisonne là-dessus, mais on sait en qui l’on a cru, et il gardera ce que nous lui avons confié jusqu’à ce jour-là. Au reste, notre trésor c’est lui-même. Paix vous soit, bien-aimé frère. Que Dieu nous garde près de lui. Ce n’est presque pas une conviction de foi qui me fait savoir que le bonheur, le seul bonheur est là. Quand on a trouvé, à travers tant d’imperfections, son amour toujours fidèle depuis de longues années, et qu’on jouit présentement de son amour, sans doute c’est la foi dans un sens, mais c’est plus que cela : on demeure en lui, quelle que soit notre faiblesse, et il demeure en nous, et on trouve son repos en lui-même. Tout le reste n’est qu’une folie qui passe avec le souffle de la vie qui s’en occupe (et souvent bien avant), et n’est que vanité pendant qu’on le possède. Dieu veut que nous marchions par la foi, mais celle-ci tourne en connaissance par la communion journalière.

 

6                    [Mal tourné en bien]

29 mars 1853

... J’ai été frappé, ces temps-ci, en lisant les Actes, comment, quand la puissance de Dieu est là, tous les maux qui surgissent font que cette puissance se déploie, les tournant en bien — en un bien positif de témoignage et de développement. Ainsi en fut-il de l’opposition des sacrificateurs, du péché d’Ananias et de Sapphira, et des murmures des Hellénistes ; tout cela donnant lieu à un développement de puissance spirituelle en dehors des apôtres, et frayant le chemin pour transporter le témoignage, selon la puissante liberté de l’Esprit, en dehors des Juifs. Mais il faut la puissance pour cela. Les frères y ont manqué, je n’en doute point ; mais notre Dieu ne se fatigue pas.

 

7                    [Conducteurs, autorité et Clergé]

27 mai 1854

Le principe de Hébr. 13:17, auquel j’ajouterai 1 Thess. 5:12-13 ; 1 Cor. 16:15-16, est plus important de nos jours que jamais, parce qu’une autorité régulière, établie par l’Apôtre et munie de sa sanction, n’existe plus. Il n’y a qu’une chose qui en modifie l’application, c’est que les soins dont il est question dans ces versets sont si étendus en général dans la pratique, qu’ils n’ont pas la même prise sur la conscience ; puis, d’un autre côté, Dieu permet la jalousie du clergé, cette peste par excellence de l’Église, la grande barrière au progrès des âmes. Il s’oppose à un progrès nécessaire pour qu’elles soient délivrées des influences de ce présent siècle, et des principes qui entraînent l’église extérieure dans la voie de la perdition qui s’accomplira aux derniers jours. En quelque cas que ce soit, examinez l’effet d’une position cléricale, et vous trouverez les âmes rabougries, presque point de développement spirituel, ni d’intelligence des voies de Dieu.

Je crois, quant à l’état moral des individus, qu’il consiste, en bien des cas, dans le mépris de l’influence que Dieu accorde aux services rendus à son Église par la puissance de l’Esprit. Mais aussitôt qu’on place cette influence entre l’action de la conscience et Dieu, le principe clérical est établi et la déchéance morale commence.

La relation de la conscience individuelle avec Dieu est le grand principe vrai du protestantisme, sans doute bien enseveli maintenant dans ce qui lui est arrivé. Ce n’est pas le droit de juger pour soi-même, ainsi qu’on le dit, mais la relation directe de la conscience avec Dieu. «Il faut obéir à Dieu plutôt qu’à l’homme».

L’homme n’a pas le droit de juger, mais il n’a pas non plus le droit d’intervenir entre Dieu et l’homme, de manière à intercepter l’action directe de Dieu sur la conscience. L’interprétation ordinaire de ce principe du protestantisme est la racine du rationalisme ; la dénégation de ce même principe, en le prenant dans son vrai sens, c’est le papisme. Des rapports réels entre Dieu et l’âme garantissent le chrétien de chacun de ces égarements, Lorsqu’il n’y a que l’homme, il n’y a place que pour l’une ou pour l’autre de ces deux choses, parce qu’il ne s’agit que de l’homme. Si Dieu entre en scène, il ne peut y avoir ni l’une ni l’autre, parce que Dieu est là. Mais, pour qu’il en soit ainsi en pratique, il faut qu’on se tienne devant lui.

Quand la conscience est devant Dieu, on est individuellement humble et, par là même, l’on reconnaît Dieu dans les autres. Quand la volonté agit, on rejette Dieu, en personne aussi bien que chez les autres, et c’est là ce qui est mauvais ; c’est aussi ce que l’Apôtre avait en vue dans les exhortations ci-dessus. Quand l’influence du vrai ministère s’exerce (et elle est d’un grand prix), elle est douce comme la relation d’une nourrice avec son enfant, ainsi que le dit Paul ; d’autant plus que la puissance spirituelle, agissant dans le dévouement personnel, n’est guère manifestée maintenant comme dans les cas indiqués par l’Apôtre. Aussi suppose-t-elle un ouvrier «manifesté à Dieu», et, par conséquent, manifesté aux consciences de ceux au milieu desquels il agit. Je n’ai jamais vu que, lorsqu’une telle personne agit et que son action découle de beaucoup de communion avec Dieu, cette influence, cette autorité morale n’aient pas été reconnues. De plus, un tel ouvrier n’est pas poussé dans ce cas-là au delà de ce qu’il a reçu de Dieu, de sorte que son ministère se trouve légitimé dans les coeurs sans aucune pression.

Il y a toutefois des cas où les choses vont mal et où l’ouvrier est mis à l’épreuve. En pareil cas, il doit se tenir devant Dieu et agir uniquement pour Lui : il doit être au service de Christ et lui remettre le résultat à lui seul. Le Seigneur gardera toujours la haute main, et, en définitive, si la patience a son oeuvre parfaite, la sagesse et la justesse du jugement de la personne qui a agi se fera jour. Sans qu’elle l’ait cherché, son autorité en sera même beaucoup augmentée, quoiqu’elle l’ait peut-être perdue toute entière en apparence. Mais pour cela il faut savoir agir avec Dieu. Je parle de ce qui arrive et des principes qui se rattachent à cette question.

Je trouve que, dans ces temps-ci, le principe de nos passages les rend d’un grand prix, parce qu’il s’agit d’un genre d’autorité qu’aucun état de l’Église ne peut affaiblir. Toute autre autorité serait perdue, celle-ci n’en brillera que davantage. Elle s’exerce par l’action directe de l’Esprit de Dieu dans le service. Au reste, celui qui cherche cette autorité ne l’aura pas, tandis que celui qui, de coeur et par l’amour du Christ agissant en lui, se fait le serviteur de tous, comme Christ l’a fait, l’obtiendra. Être serviteur de tous, c’est ce que Christ est essentiellement en grâce, c’est ce que l’amour est toujours.

Il y a un autre genre d’autorité. Christ élevé en haut peut établir des apôtres pour le représenter officiellement ; ceux-ci peuvent établir d’autres serviteurs pour exercer une autorité déléguée et subordonnée — chacun dans sa sphère. Cela a eu lieu. Dans les passages dont nous nous occupons, l’Apôtre parle d’un autre genre d’autorité. Il ne parle pas de celle qui représente Christ élevé sur le trône, réglant l’ordre officiel de sa maison, mais de celle qui représente Christ, serviteur en amour. Que ce soit ma portion !

Or, dans l’état actuel de ruine et de dispersion de l’Église, cette dernière autorité qui s’acquiert par le service dans l’amour, est d’un grand prix ; mais il est évident qu’elle s’exerce dans des conditions de service dévoué, d’humilité, et d’une proximité de Christ, telle qu’elle exclut toutes les autres influences et nous fait agir uniquement de sa part. Quant à la mesure de la confiance accordée, il s’agit, comme en tout autre cas, de spiritualité. Par paresse la chair se confie en la chair. L’âme n’est point alors devant Dieu. Marchant selon l’Esprit, je suis devant Dieu, et j’ai la conscience qu’il y a plus de spiritualité, plus de l’action de Dieu chez un autre, et je reconnais ces choses. Cela n’étouffe jamais la spiritualité en moi et ne peut l’étouffer, car c’est le même Esprit qui produit la spiritualité chez l’ouvrier et chez moi ; seulement il augmente ma capacité spirituelle, quant au fait qui se réalise, et l’élève à la hauteur de celui qui en a davantage. Un degré inférieur d’intelligence et d’affection spirituelles chez un chrétien peut discerner ce qui est plus excellent chez un autre et l’accepter, là où la volonté n’agit pas, quoiqu’il n’eùt pas pu faire lui-même la découverte de telle ou telle marche, proposée par une spiritualité plus grande et un amour plus grand que les siens. Comme je l’ai dit dans le temps à Genève : Les routiers connaissent si une route est bonne et bien tracée, et ils savent s’en servir ; mais les ingénieurs seuls ont pu la tracer et l’établir. Or la présence de Dieu, dans l’Église, vient en aide et règle tout lorsque la difficulté ne s’aplanit pas sans cela. Dieu y est pour cela et Il suffit pour le faire. Si l’assemblée est trop peu spirituelle, si la volonté agit avec une force telle qu’on ne puisse suivre ce que l’on sait, par l’intelligence divine, être la volonté de Dieu, on n’a qu’à remettre la chose à Dieu et à attendre qu’il manifeste sa volonté ou qu’il se manifeste lui-même pour mettre les autres dans la bonne voie.

Je ne parle pas de ce qui exige une séparation absolue. Lorsqu’une assemblée accepte positivement un mal que l’Esprit de Dieu ne saurait souffrir, Dieu fera valoir ses droits en faveur de ce qu’il a donné. Il faut s’en remettre à lui pour cela ; je crois que la confiance d’une âme simple et sa soumission par conscience, non pas à l’homme comme homme, mais à la manifestation de Dieu dans l’homme, est une des choses les plus douces et les plus utiles possible.

La différence entre l’influence du vrai ministère et celle du clergé qui en a emprunté le nom, est aussi claire et simple que possible. Le ministère présente Dieu à l’âme et la place dans Sa présence. Il désire le faire, cherche à le faire, en s’effaçant lui-même pour y réussir. Le clergé se place entre Dieu et l’âme et cherche à garder sa position vis-à-vis des âmes. Toute âme spirituelle discernera clairement sa place. Elle trouve Dieu dans l’un des cas. Dans l’autre, elle le voit méprisé et renvoyé à distance pour que l’influence usurpée de l’homme puisse s’exercer.

 

8                    [L’Église manifestant la gloire de Dieu au monde]

10 février 1855

... Le temps à venir est le temps de la gloire et de la perfection de l’Église ; le temps présent, celui de la fidélité et de la foi, mais d’une foi qui compte sur Dieu, pour que l’Église, par Sa puissance, manifeste Sa gloire dans ce monde même, par sa commune supériorité à tout ce qui le gouverne et à tout ce qui exerce une influence sur lui. L’Église est le siège de la force de Dieu dans le monde. Qu’en avons-nous fait ? (voyez Éph. 3:20-21). L’épître aux Éphésiens présente la perfection de la position de l’Église devant Dieu, celle aux Thessaloniciens nous donne, de la manière la plus intéressante et qui m’a édifié au plus haut degré, la perfection de la position du chrétien individuellement.

 

9                    [Discipline — Dieu : le Père et le Fils]

13 décembre 1855

Bien-aimé frère,

 

Je vous remercie de vos lettres qui m’intéressent toujours. Dieu est si fidèle envers les siens, que, s’il y a quelque disposition à l’élévation, Dieu les humilie, témoin l’assemblée de X... Il ne veut pas que nous soyons hors de la place de sûreté et de bénédiction. La discipline est plus difficile qu’on ne le pense, parce qu’on n’est pas assez humilié à la pensée du péché dans un frère. On ne sent pas assez ce qu’on est soi-même, ni l’amour, par conséquent, pour les autres.

J’ai été profondément intéressé et touché par la réciprocité d’intérêt entre le Père et le Fils dans leur amour pour nous (Jean 17). Ils communiquent entre eux, ou, au moins, par la bouche du Fils qui s’adresse au Père, et j’apprends de quelle manière ils partagent cet amour. Le Père nous a donnés au Fils ; le Fils nous a manifesté le nom du Père. Il a gardé les disciples au nom du Père ; maintenant le Père doit les garder. Le Père doit les bénir parce qu’ils sont siens, mais aussi parce que le Fils est glorifié en eux. Le Fils nous a aussi donné toutes les paroles que le Père lui a données pour sa propre joie. Quelle pensée, que le Père et le Fils pensent à nous ainsi !

En général, en Jean, c’est l’amour du Père et du Fils qui caractérise la grâce. Dieu est lumière, mais la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne la comprennent pas ; mais, si personne n’a jamais vu Dieu, le Fils unique qui est dans le sein du Père, lui, l’a révélé. Ainsi, au chapitre 8, c’est sa parole ; c’est : «Je suis». Aux chapitres 9 et 10, c’est la grâce, et : «Moi et le Père nous sommes un». Ils croiront rendre service à Dieu ; c’est parce qu’ils n’ont connu ni le Père, ni moi.

 

10               [La mort pour le chrétien]

Elberfeld

... Il est bon, cher frère, que nous soyons amenés à penser à la mort. La venue du Seigneur est notre espérance ; nous désirons que ce qui est mortel soit absorbé par la vie ; mais il nous est bon de sentir que la mort est entrée dans cette scène-ci, que tout est passager, qu’avec notre dernier soupir tout est loin, sauf la responsabilité qui nous a accompagnés tout du long. Grâces à Dieu, quant à l’imputation du péché, la croix est la parfaite réponse à cette responsabilité ; mais, à l’égard de cette dernière, il est bon que le coeur soit exercé, que tout soit en règle dans la présence de Dieu. C’est ainsi que l’Apôtre se servait du jugement même, non pour avoir peur en pensant à la responsabilité — il était poussé à persuader les autres — mais pour sa marche. Je suis, dit-il, manifesté à Dieu. Il s’appliquait, par la foi, ce qui arrivera quand le jour sera là.

 

11               [Genèse 18]

12 février 1857

... J’ai extrêmement joui, ces temps-ci, du commencement de la Genèse. Rien de plus beau que les communications de Dieu avec Abraham. Celui-ci connaît le Seigneur quand il le visite à Mamré, mais, en présence de tout le monde, tout en lui témoignant un respect particulier, il le laisse dans son incognito. Une fois les deux anges partis, et Abraham seul avec le Seigneur, il s’ouvre avec une parfaite intimité et avec une entière confiance. Tout ce chapitre est d’une beauté parfaite. L’homme spirituel doit garder les convenances. Il s’épanche, dans une confiance bénie, lorsqu’il est seul avec Dieu.

Je me suis occupé, dans les quelques moments que j’ai eus, de l’ordre selon lequel les événements se trouvent racontés dans les trois premiers évangiles et de la raison pour laquelle ils sont transposés. J’ai fait le tableau des trois et je me suis occupé de ce qu’il y a de particulier dans l’ordre de Matthieu. Cela jette aussi du jour sur le but de l’évangile et sur la manière dont il poursuit ce but.

 

12               [Ce que nous sommes]

Rotterdam, 7 septembre 1857

... La chose importante et qui manque souvent, c’est que Christ soit tout ; c’est de savoir que nous sommes de la nouvelle création qui est en lui, et même, que nous sommes les prémices de ses créatures ; que nous avons à vivre, comme étant de la nouvelle, dans ce monde qui n’est pas la nouvelle, mais la vieille création, longtemps mise à l’épreuve et jugée. Et quel bonheur que d’être de la nouvelle, où tout est de Dieu, où tout est parfait, et dans l’inaltérable fraîcheur de la pureté de sa source. C’est un infini bonheur, et le nôtre selon notre nature même ; seulement il nous faut des objets. Plus je vais en avant, plus la délivrance des âmes de cette vieille création, de ce monde qui passe, est le désir de mon coeur — et que le dévouement de l’amour de Christ gouverne le coeur des frères.

... Quelques-uns n’ont pas craint de dire : «Nous sommes l’Église», et vraiment, on se donne de tels airs et les faits y répondent si pitoyablement, qu’il n’y a rien de plus nuisible. On prétend recommencer l’Église ab ovo ; on ne le fait pas. On sort d’un immense système de chute et de corruption pour retrouver ce qu’on peut, et, quand on prétend tout avoir, c’est que la conscience méconnaît notre véritable état. Dès lors il ne peut y avoir bénédiction solide et durable. Les fausses prétentions ne sont pas le chemin de la bénédiction.

 

13               [Le christianisme au milieu du mal de ce monde]

15 mars 1858

... Personnellement, je suis heureux d’apprendre que ce cher ami D... a trouvé, je l’espère, un port. J’espère que notre bon Dieu et Père lui donnera de la tranquillité d’esprit. Il a de très belles qualités, s’il savait s’en servir dans cet esprit-là. Mais combien, chez nous tous, le «moi-même» du fond, se fait jour à travers certains côtés de notre caractère. Si c’est d’un côté désagréable ou ennuyeux, nous sommes tels pour les autres ; si c’est d’un côté aimable, nous sommes aimables pour les autres ; mais il n’y a pas de différence réellement ; et l’on a de la peine à juger ce «moi» quand il se présente avec de certains caractères, sous de certains traits. En regardant à Christ, tout est en ordre, parce que le fond est atteint.

 

Que le christianisme est beau, beau en soi, beau dans sa parfaite adaptation à tout ce que nous sommes et dans un Christ qui a participé à tout, sauf le péché qui aurait tout gâté. Quel spectacle pour les anges, que de voir Dieu, un enfant dans une crèche, et pas de place pour lui dans l’auberge !

J’admire cet embrouillement inextricable, ces exercices du coeur de l’homme au milieu du bien et du mal, ne sachant ce qui est bon et ce qui est mauvais ; le bien corrompu ou corrompant ; le mal, le moyen du bien ; le monde dans le coeur, pour savoir ce qu’il y a de bon sous le soleil ! Qu’est-ce que la vérité, la fin de ces recherches ? Une ardeur qui sonderait tout, lâchée dans l’infini sans pouvoir le comprendre ; un être d’autant plus misérable, qu’il connaît le bien davantage ; ses meilleures affections la source de ses peines ; le coeur gonflé contre Dieu et contre l’homme, égoïste, se jugeant et toutefois se haïssant ; ni moyen d’en sortir, ni moyen d’y rester ; une volonté qui monterait jusqu’à Dieu et qui est l’esclave du diable et du péché !

Le bien parfait parait : il parait sur la scène, dans les circonstances, dans la nature (mais sans péché) où cette lutte s’engage — où tous les éléments moraux d’une créature qui connaît le bien et le mal, sans être Dieu et loin de Dieu, se livrent le combat sans chef et sans centre ! Aussitôt tout est lumière. Le mal se manifeste comme mal, parce que le bien est là. La volonté ? Elle est mise à découvert, à nu ; c’est le mal volontaire. S’agit-il de misère, de lutte ? Réponse parfaite à tout : le bien dans cette misère, et d’autant plus le bien, qu’il est là ; le bien en soi, mais la réponse parfaite à tout besoin, à toute misère, ce qui nous en fait sortir en nous donnant un bien parfait et en nous liant de coeur à Dieu.

Oui, plus la confusion est absolue et infinie, plus le Christ est Christ. Quelle puissance infinie que celle qui, à l’instant, met tout à sa place, parce qu’il est le bien en soi et parfait. Il est la vérité ; il dit tout de tout. Tout est connu, trouve sa place selon la vérité de ce qu’il est. Dieu soit béni, c’est la grâce — sans cela, même Dieu étant amour, ce ne pourrait être la vérité. Mais je me laisse entraîner.

Ce pauvre N... !  Il est des moments où il faut que tout trouve son niveau. Ce sont des moments, à mon avis, pénibles, nécessaires, mais pas des moments de puissance. La puissance, l’énergie de l’Esprit, élève à un point où l’on ne se trouve pas réellement par la foi personnelle. Un moment arrive où chacun marche par la foi qui lui est propre, où les Lot (je ne veux pas dire que ce cher frère soit tel) s’en iront dans la plaine bien arrosée, dans ces scènes où l’apparence extérieure de la bénédiction, autant que la chair en peut juger, cache les éléments qui se préparent pour le jugement. La puissance de la grâce avait amené Lot avec Abraham. La plaine du Jourdain reçoit celui qui n’a pas, pour lui-même, saisi l’appel d’Abraham. C’était une âme juste. Je doute que notre cher frère N... puisse maintenant être heureux où il est allé. Il affligera son âme. Que Dieu lui donne de revenir par sa propre foi !

Regardez les chefs dissidents tout autour de vous. Où en reste-t-il un seul ? Mais ce n’est pas une preuve de puissance, d’une puissance qui rassemble, et qui, dans une abondance d’eau, cache les bas-fonds où le courant de la rivière de Dieu n’a pas sa course propre. Mais Dieu est plein de grâce. Sont-ce de nouvelles lumières qui les ont détachés des frères ? Y a-t-il plus d’énergie, plus de grâce personnelle ? Qu’est-ce qui a fait cela ?...

 

14               [La vie du chrétien]

18..

... La vie toute nouvelle du chrétien (1 Jean), la communion fondée sur des relations connues dans lesquelles on se trouve avec Dieu , la supériorité absolue du chrétien sur tout ce qu’il rencontre (expérience de l’épître aux Philippiens), toutes ces choses m’ont beaucoup occupé ces temps-ci. Quelle position que la nôtre ! Quelles relations connues avec Dieu, dans lesquelles on marche selon la vie nouvelle dans laquelle on est accepté en Christ ; — vie qui jouit, — Christ, mesure de notre acceptation et de nos relations ; — Lui aussi la vie. Heureux partout (selon la volonté de Dieu), parce qu’on est partout en Lui, et, dans ce sens, toujours soi-même. Toutefois la tranquillité où l’on peut jouir de Lui est bien douce. Quel tableau que celui d’Étienne devant le sanhédrin ! Calme parfait — le ciel ouvert — histoire de l’homme qui résiste toujours au Saint Esprit et se fie en un temple vide de Dieu — l’homme rempli du Saint Esprit, lui-même le temple, rendant le témoignage auquel on résiste. — Le voilà, pendant qu’on le tue, qui s’agenouille tranquillement afin de prier pour eux ; reflet parfait de Jésus ici-bas, tandis qu’il le voyait là-haut. Tout le jugement de l’homme tourne sur le témoignage de ce chapitre — et toute sa position en Christ y est dépeinte.

 

15               [Le chrétien dans le ciel et sa fidélité à Christ]

18..

... J’ai eu beaucoup de joie dans la pensée que nos noms sont écrits dans les cieux. Quel repos ! Dieu ne se trompe pas ; il sait qui il veut placer là, et ce sera convenable ; nous ne serons pas impropres pour un tel lieu. Quelle joie ! Et, s’il faut attendre, nous avons ce que le ciel ne donnera pas : travailler pour le Seigneur, là où il est rejeté ; le servir bien. «Ses serviteurs le serviront», est-il dit, mais ce service-là sera soit un service joyeux et de bonté où nous serons supérieurs à ceux qui en profitent, soit un service où nous glorifierons Dieu directement. Mais ce ne sera pas porter l’opprobre de Christ, là où nous avons la gloire de participer à ses souffrances, même dans une bien faible mesure. Qu’il nous donne d’être fidèles jusqu’à ce qu’il vienne.

 

16               [Valeur de la Parole révélant Dieu en Christ]

18..

... Le prix de la révélation – de la Parole, augmente pour moi journellement d’une manière que je ne saurais exprimer. Quelle chose précieuse, que d’avoir Dieu révélé en Christ ! Comme la personne de Christ ressort sur le fond du tableau de ce monde, seule, pour attirer nos regards et nous associer de coeur avec Dieu ! Sous ce rapport, le commencement de l’évangile de Jean m’a fait un grand bien ces temps-ci. Christ y est dévoilé d’une manière si complète ! Il rassemble autour de lui ; il doit être Dieu — sinon il nous détournerait de Lui. Il dit : «Suis-moi» ; il est l’homme qui fait le chemin, le seul chemin à travers le désert ; car, pour l’homme, il n’y en a pas, puisqu’il est séparé de Dieu. Sur Christ homme le ciel est ouvert ; il est, en tant qu’homme, l’objet du ciel et du service des anges de Dieu.

Jean (un bel exemple de l’absence de tout égoïsme et de tout amour-propre) reçoit un témoignage d’en haut, mais il parle de ce qui est terrestre. Or ce n’est qu’un témoignage ; mais Celui qui est venu d’en haut rend témoignage de ce qu’il a vu, et en lui-même il révèle le ciel. Il donne — il est — la vie éternelle, afin que nous en jouissions. Quelle chose à dire, que le ciel, sa nature, ses joies, ce qu’il est, nous soit révélé par la parole et par la présence de Celui qui l’habite, qui en est le centre et la gloire ! Maintenant, sans doute, l’homme est entré dans le ciel, mais il n’en est pas moins précieux que Dieu soit venu sur la terre. L’homme admis dans le ciel, c’est le sujet de Paul ; Dieu et la vie manifestée sur la terre, celui de Jean. L’un est céleste quant à l’homme, l’autre divin. C’est pourquoi Jean a un tel attrait pour le coeur. Il n’y a rien comme Lui.

... Il y a deux classes de mouvements religieux dans ce moment. La première prend la Parole, voit l’homme, enfant d’Adam, mort par le péché, et ne veut que Christ, sa mort, sa résurrection, un état céleste. La seconde classe tient au monde, garde les relations mondaines comme système accepté, et ne considère pas le monde comme un système à traverser par des motifs qui sont en dehors du système. On veut avoir part au mouvement ; il y a du zèle, mais on veut rester soi, non pas devenir Christ.

 

17               [Le Saint Esprit dans l’Église  — Jean 3:34]

10 février 1860

Bien-aimé frère,

 

Je crois que la demande du Saint Esprit est une preuve que l’église professante se renie, et, plus que jamais maintenant que Dieu a manifesté d’une manière remarquable la présence du Saint Esprit sur la terre. Il a agi d’une manière extraordinaire, s’est montré presque à l’oeil, pour ainsi dire. Je comprends parfaitement que nous sommes appelés à supporter des expressions qui trahissent l’ignorance, quand le désir du coeur est bon et selon Dieu, et que Dieu peut exaucer ces prières ignorantes selon sa propre sagesse. Je ne me formalise pas individuellement lorsqu’un chrétien demande que Dieu répande son Esprit sur l’Église, mais si l’église professante présente cette requête, c’est dire : Nous sommes incrédules à l’égard de la présence du Saint Esprit, de ce qui a fait de nous l’Église. Or, maintenant que Dieu a manifesté sa présence par une action de son Esprit telle qu’on n’en a pas vu la pareille depuis le jour de Pentecôte, on ne reconnaît pas plus qu’auparavant qu’il est présent par son Esprit. On demande qu’il l’envoie, qu’il le répande, mais on ne croit pas à sa présence dans l’Église. Déjà, en Irlande, le clergé presbytérien cherche à mettre fin aux prédications laïques, c’est-à-dire à cette liberté qui fut l’effet de la puissante action de l’Esprit de Dieu. On voit ces jeunes âmes placées sous la direction de soi-disant ministres non-convertis, et sinon, sous la direction de ceux qui résistent à l’assurance du salut.

Je crois que l’on peut très bien demander que l’Esprit agisse plus puissamment en nous et dans l’Église. C’est une chose qui est bien à désirer. On peut demander pour soi-même d’être rempli du Saint Esprit, et il convient toujours de chercher à prendre autant que possible du bon côté ce que dit le coeur d’un chrétien. Mais il n’en est pas moins vrai que la demande d’une plus grande mesure du Saint Esprit découle de ce qu’on ne croit pas à sa présence personnelle dans l’Église ; et les fruits de cette incrédulité se retrouveront.

... Je crois qu’il faut prendre le passage que vous citez, avec son contexte : «Celui que Dieu envoie, parle les paroles de Dieu» (mauvais français, mais exact), «car Dieu ne donne pas son Esprit par mesure». L’application directe en est à Christ. Je crois le principe absolu. Quand Dieu donne son Esprit, il ne le donne pas par mesure. Il l’a donné maintenant en vertu de l’ascension du Christ, et, l’ayant donné, son Esprit est ici. Il ne s’agit pas de mesure, mais de la présence d’une personne qui distribue, qui unit, qui conduit, qui rend témoignage, etc., et celui qui dit : «une mesure de l’Esprit», nie sa présence et son action personnelle ; et c’est une très grave et sérieuse forme d’incrédulité pratique dans l’Église. Je supporterais l’ignorance, mais, si l’on repoussait formellement la vérité de la présence de l’Esprit envoyé sur la terre, j’aurais de la peine à m’associer avec cela.

 

18               [Immortalité de l’âme]

New-York, 18..

 

Bien-aimé frère,

 

Je n’ai pas vu les écrits qui circulent en Suisse, mais ici l’immortalité de l’âme, c’est-à-dire de l’âme qui n’a pas reçu Christ, est niée par toutes les personnes qui ont adopté ces idées. On trouve parmi eux deux classes de gens : ceux qui font périr finalement l’âme avec le corps, et ceux qui disent que, bien que la mort soit la fin de l’âme comme du corps, l’homme sera ressuscité pour être jugé, puis brûlé peu à peu comme un sarment. L’immortalité naturelle de l’âme, par la volonté de Dieu en création, est niée par les deux classes. Ils citent le passage : «Dieu seul a l’immortalité», oubliant que les anges ne meurent pas et que celui qui l’a écrit avait lui-même l’immortalité, selon leur système. Que Dieu puisse détruire, j’en conviens ; comme il a pu créer. Il s’agit de savoir ce qu’il dit.

Dans leur système, l’homme est une «âme vivante» et la bête aussi. Or il est de toute évidence que si une bête recevait la vie éternelle, elle ne pourrait pas se tenir pour coupable à l’égard de ce qu’elle a fait comme bête ; c’est-à-dire que ce système renverse la nature de l’homme. Nous sommes la race de Dieu (genoV) ; Adam était, dans ce sens, fils de Dieu. Faits pour jouir de lui, nous sommes parfaitement malheureux sans lui. Combien cela est vrai !

Or je dis que, dans ce système, l’expiation est nulle, puisqu’elle a lieu pour les choses faites par la chair, qui n’est autre qu’une bête.

Je doute que l’on trouve un seul passage qui montre que «détruire, destruction», signifient cessation absolue d’existence. Ils admettent, il est vrai, que rien n’est annihilé, mais ils disent que l’âme perd, par le feu, sa personnalité et son individualité et se dissout dans ses éléments. Comme un morceau de charbon ? leur ai-je répondu.

Dans le détail les conséquences de leur doctrine sont infinies. Le jugement est après la mort... mais, comment juger ce qui a cessé d’exister ? ou bien (lorsqu’il s’agit de la seconde classe), comment ressusciter ce qui a cessé d’existé ?

Leurs chicanes et leur mauvaise foi ont du reste bientôt donné la preuve de la source de leur doctrine. L’âme de l’enfant rendu à la vie par Élie, est revenue et rentrée dans son corps.

Quant à leurs belles théories sur la bonté de Dieu, qui insistent sur la destruction absolue ou sur la restauration, il faut comprendre qu’il ne s’agit pas de l’homme seulement, mais de Satan et de ses anges. Autrement elles ne seraient que l’amour de l’homme pour sa propre race, et ce serait une fraude de parler de Dieu, comme s’il s’agissait de sa gloire à Lui. Je dis cela, non pour raisonner là-dessus, mais pour montrer qu’il s’agit de l’esprit et des prétentions de ceux qui maintiennent ces doctrines. On trouve toujours chez eux l’esprit de mensonge.

 

19               [Peines éternelles]

Mars 1867

Bien cher frère,

 

... J’ai eu beaucoup à faire avec la doctrine du pauvre B..., soit à New-York, soit à Boston et dans l’Ouest. J’ai eu quatre séances régulières sur la question, avec des personnes qui enseignaient cette doctrine, et d’autres séances pendant ma visite actuelle. Grâce à Dieu, la Parole, car c’était simplement elle, les a tous réduits au silence. Ici et à Boston, plus d’une âme a été délivrée de ce piège. Je n’avais nulle idée à quel point cette doctrine venait de l’ennemi, jusqu’à ce que je l’eusse discutée. Je ne l’avais jamais reçue, mais je n’en savais pas toute la portée.

Quant au passage dont vous me parliez, l’explication fait voir que l’idée n’est pas la distinction, qui n’est qu’une conséquence tirée de l’effet du feu sur les mauvaises herbes. L’effet du feu, comme des ténèbres de dehors, ce sont les pleurs et les grincements de dents. De sorte que l’effet indiqué n’est pas une cessation d’existence, ainsi qu’ils le prétendent, mais les peines — peines appelées éternelles (Matth. 25:46) — en contraste avec la vie éternelle. Le feu est une figure, figure habituelle du jugement : Nous serons tous «salés de feu» ; le jour sera «révélé en feu» ; etc. Ils seront tourmentés «aux siècles des siècles» ; mots employés pour la durée de l’existence de Dieu.

Quant au mot aiwnioV, il est certain que le sens régulier du mot, quand il est employé d’une manière absolue par rapport à la durée, est : «éternel», «ce qui ne cessera point». Ainsi : l’Esprit éternel, la rédemption éternelle, le Dieu éternel, l’héritage éternel, et ce passage : «Les choses qui se voient ne sont que pour un temps ; celles qui ne se voient pas sont éternelles». Ces dernières expressions précisent la signification du mot d’une manière incontestable. Aristote le dérive de aei wn, et Philon, du temps des apôtres, dit que le mot signifie, non pas un passé, ni un avenir, mais «subsistance présente, perpétuelle». J’ai trouvé d’autres passages, mais je n’ai pas mes carnets ici pour les reproduire.

Mais ce qui donne, à mon avis, tant de portée à cette doctrine, c’est qu’il n’y a pas d’immortalité d’âme, pas de responsabilité, pas réellement d’expiation. La mort, pour eux, c’est la cessation d’existence, sinon tout leur système croule. Ils font ressusciter ce qui n’existe pas du tout, et cela a poussé quelques-uns (ici un grand nombre) à nier toute existence après la mort. Mais alors le jugement après la mort (Hébr. 9:27) n’a pas de sens, et ressusciter ce qui n’existe pas, n’en a pas davantage. Or si l’âme humaine est comme celle d’une bête qui d’elle-même cesse d’exister avec le corps, la responsabilité tombe ; Christ est mort pour ce qui n’est rien.

Toutefois, tout fidèle sait bien que, lorsqu’il a été converti, il a tenu compte, comme responsable, de tout ce qu’il a fait précédemment, et il croit que Christ est mort pour cela. Or si l’on n’avait qu’une âme vivante, comme une bête, cela ne se pourrait pas. Ils disent que les gages du péché, c’est la mort, mais si je meurs avant que le Seigneur revienne, je payerai les gages moi-même.

Et, de fait, je n’ai jamais trouvé parmi eux une seule personne qui n’eût pas perdu la doctrine de l’expiation. Ceux qui avaient été chrétiens ne l’auraient pas niée, quand on les aurait interrogés ; mais ils l’avaient perdue. Christ, disaient-ils, est mort pour obtenir la vie éternelle pour nous, jamais pour ce que nous avions fait, n’ayant pas une âme immortelle. En effet, ce serait un non-sens. Une bête qui recevrait la vie éternelle ne pourrait se tenir pour responsable de sa vie précédente. Dès lors tous les appels, ce qui est dit à Caïn, tous les raisonnements, toutes les voies, toutes les invitations de Dieu, ainsi que sa loi, deviennent un grand mouvement divin plus qu’en pure perte, une déception. Or si l’âme est immortelle, la question est résolue.

Ils citent ce passage : «Dieu seul possède l’immortalité», preuve évidente qu’ils ne sont pas droits, car ils sont forcés de confesser que les anges ne meurent pas, et, de plus, Paul lui-même, à leur point de vue, avait l’immortalité quand il a écrit cela. Mais «mortel» n’est appliqué qu’au corps : «dans ce corps mortel», «ce mortel revêtira l’immortalité», etc. Aussi est-il dit en Luc : «Car pour lui tous vivent» (20:38), et : «Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui, après cela, ne peuvent rien faire de plus» (Luc 12:4).

Ils n’acceptent pas l’annihilation ; rien, disent-ils, ne périt ; mais, pour eux, l’âme est dissoute, perd son individualité comme un sarment [qui brûle]. Or Dieu a soufflé dans nos narines l’esprit de vie. Nous sommes la race de Dieu, fils d’Adam, fils de Dieu. La menace de mort, adressée à Adam, s’il mangeait du fruit de l’arbre, n’était qu’un «beatum fulmen», s’il devait mourir quand même.

Ils se fondent beaucoup sur l’Ancien Testament ; ainsi : «L’âme qui péchera, mourra» (Ézéch. 18:4, 20). Mais, quand on examine ces passages, on trouve qu’il s’agit toujours d’un jugement qui arrive sur cette terre. La mort ne signifie jamais cesser d’exister ; jamais ; — pas même la seconde mort, car celle-ci est l’étang de feu. Puis, le tableau de Lazare et du mauvais riche le montre d’une manière irréfragable.

Mais ce qui, pour moi, rend la chose si importante, ce qui, pour un chrétien, est même une démonstration morale, c’est que toutes les voies de Dieu à l’égard des pécheurs ne sont que mensonge, si nous n’avons pas une âme immortelle, et l’expiation n’est pas plus vraie pour nous que pour ceux qui périssent. Si je n’ai que l’âme d’une bête (peu importe la mesure d’intelligence), Christ n’a pas pu réellement mourir pour mes péchés, ni dire qu’il était propitiation pour le monde entier.

Si vous voyiez l’effet pratique de cette doctrine, ce serait pour vous une confirmation frappante de la vérité. Nous avons eu trois séances à Boston. L’opposant était honnête homme ; il n’a pu répondre à la Parole. Il l’a avoué ; mais sa femme qui, à ce qu’il parait, le gouverne, n’en voulait rien, et, à la troisième séance, il a entrepris de justifier la doctrine ; ses tergiversations et sa mauvaise foi (ce qui n’était nullement son caractère) ont fait, tout pénible que cela fût, davantage que les deux premières séances. Grâces à Dieu, ceux qui n’y étaient pas de volonté propre, ont été délivrés, ce dont j’ai béni Dieu de tout mon coeur.

Lisez seulement le deuxième chapitre de la Genèse. Le sixième jour Dieu créa les mammifères, puis Dieu vit que cela était bon, la Création, comme telle, était terminée ; alors vient une consultation solennelle et l’homme est créé à l’image de Dieu. Dire que l’homme n’est qu’une espèce supérieure de mammifère, c’est nier toute la solennité de ces versets. L’homme est l’image et la gloire de Dieu, est-il dit (1 Cor. 11:7). Comment cela, s’il n’a pas mieux que l’âme d’une bête, quand même ses facultés surpasseraient celles des autres animaux, comme les facultés d’un éléphant surpassent celles d’un ver ? Il peut haïr Dieu, hélas ! il peut être en rapport avec Dieu ; il est appelé à l’aimer ; — et la bête ?

«Destruction» ne signifie pas cesser d’exister, mais la ruine quant à l’état dans lequel on subsistait. On trouve le même mot dans des passages comme ceux-ci : «Les brebis perdues de la maison d’Israël». «Maître, nous périssons». «On t’a perdu, ô Israël ! mais en moi est ton secours». «Le monde a péri par le déluge». «Ne détruis pas par ta viande»...». «Ils subiront le châtiment d’une destruction éternelle de devant la présence du Seigneur». Que veut dire : «puni d’une destruction éternelle ?» Toute destruction est éternelle si la chose détruite cesse d’exister, et le cas est d’autant plus frappant que, d’après eux, ce passage traitant du jugement au commencement du millénium, la destruction qui y est mentionnée n’est pas éternelle dans le sens qu’ils donnent au mot, car ceux qui sont punis subsistent après.

Je cite de mémoire, mais une Concordance vous fournira beaucoup d’autres passages.

Je ne parle ici que des quelques mots dont ils abusent et des points qui rendent cette question capitale pour moi. Ici ces doctrines sont très courantes , mais je crois que Dieu élève une digue contre elles. Les personnes qui les enseignaient, croyaient à la venue du Seigneur — mal — mais elles y croyaient et avaient beaucoup plus de lumières que les orthodoxes. Cela attirait les âmes qui cherchaient la lumière, et en même temps que des vérités elles absorbaient le venin. Maintenant, ceux que j’ai rencontrés n’ont pu résister à la Parole, et ce qui avait la gloriole de posséder la lumière est repoussé comme une abominable hérésie par ceux qui sont certainement plus éclairés sur les autres vérités qu’eux-mêmes.

Devant Dieu, lorsque Satan est traité comme Satan, la moitié de l’oeuvre est faite, et davantage, car alors Dieu agit, bien qu’il exerce la foi.

... Le fait que le jugement vient après la mort, montre la folie de l’idée que la mort est les gages du péché dans le sens d’une punition complète.

 

20               [Le chrétien et la guerre ; le patriotisme]

1870

... Il est clair, pour moi, qu’un chrétien, libre de faire ce qu’il veut, ne pourrait jamais être soldat, à moins qu’il ne soit au plus bas de l’échelle et ignorant de la position chrétienne. C’est autre chose quand on est forcé. Ici la question est celle-ci : La conscience est-elle si fortement engagée dans le côté négatif de la question, qu’on ne pourrait être soldat sans violer ce qui est pour la conscience la règle — la parole de Dieu ? Dans ce cas, on subit les conséquences ; il faut être fidèle.

Ce qui me fait de la peine, c’est la manière dont l’idée de la «patrie» s’est emparée du coeur de quelques frères. Je comprends très bien que le sentiment de la patrie soit fort dans le coeur d’un homme. Je ne crois pas que le coeur soit capable d’une affection à l’égard du monde tout entier. Au fond, les affections humaines doivent avoir un centre qui est moi. Je peux dire : «ma patrie», et elle n’est pas celle d’un étranger. Je dis : «mes enfants, mon ami» ; ce n’est pas un moi purement égoïste. On ferait le sacrifice de sa vie, de tout (pas de soi, de son honneur), pour sa patrie, pour son ami. Je ne peux dire : «mon monde» ; il n’y a pas d’appropriation. On approprie quelque chose à soi pour que ce ne soit pas soi-même.

Mais Dieu nous délivre du moi : il fait de Dieu et de Dieu en Christ le centre de tout, et le chrétien, s’il est conséquent, déclare hautement qu’il cherche une patrie, une meilleure ; c’est-à-dire une patrie céleste. Ses affections, ses liens, son droit de bourgeoisie, sont en haut. Il se retire dans l’ombre, dans ce monde, comme en dehors du tourbillon qui y tournoie pour tout envahir, tout emporter. Le Seigneur est un sanctuaire.

Qu’un chrétien hésite s’il doit obéir ou non, je le comprends ; je respecte sa conscience ; mais qu’il se laisse emporter par ce qu’on appelle le patriotisme, voilà ce qui n’est pas du ciel. Mon royaume, dit Jésus, n’est pas de ce monde ; autrement mes serviteurs se battraient.

C’est l’esprit du monde sous une forme honorable et attrayante, mais les guerres viennent des convoitises qui combattent dans nos membres.

Comme homme, je me serais battu obstinément pour la patrie et ne me serais jamais soumis, — Dieu le sait, — mais, comme chrétien, je me crois et je me sens en dehors de tout. Ces choses ne me remuent plus. La main de Dieu y est ; je la reconnais ; il a tout ordonné d’avance. Je courbe la tête devant cette volonté. Si l’Angleterre était envahie demain, je me confierais en Lui. Ce serait un châtiment sur ce peuple qui n’a jamais vu la guerre, mais je me plierais devant Sa volonté.

Beaucoup de chrétiens travaillent sur le théâtre de la guerre. On leur a envoyé de grandes sommes d’argent. Tout cela ne m’attire pas. Dieu soit béni de ce que ces pauvres amis sont soulagés ; mais j’aimerais mieux voir des frères pénétrer dans les ruelles de la City et chercher les pauvres, là où ils se trouvent tous les jours. Il y a beaucoup plus d’abnégation de soi-même, plus de service caché, dans un pareil travail. Nous ne sommes pas de ce monde, mais nous sommes les représentants de Christ au milieu du monde. Que Dieu daigne garder les siens.

21               [Paix du croyant dans les ébranlements du monde]

5 février 1874

Bien cher frère,

 

C’est une grande grâce, en effet, de se trouver tranquille au milieu de l’agitation qui règne. Il y a prés de cinquante ans, j’ai fait remarquer qu’en parlant d’ébranler les cieux et la terre (Hébr. 12:26), Dieu dit : «J’ai promis». Moi, conservateur de naissance, d’éducation, d’esprit, protestant en Irlande par-dessus le marché, j’avais été remué jusqu’au fond de l’âme en voyant que tout allait être ébranlé. Le témoignage de Dieu me faisait voir et sentir que tout devait être ébranlé, mais.. que nous avons un royaume inébranlable. Seulement il faut de cette spiritualité qui détache du monde et attache aux choses invisibles, pour être quitte de la peine que nous donne la pensée que tout l’entourage de notre vie habituelle, dans toutes ses associations d’idées, va être renversé.

Si je vis dans le ciel, si c’est là mon entourage, ma bourgeoisie, si j’attends le Seigneur ; au lieu que tout s’ébranle pour moi, tout ne peut que se perfectionner dans la gloire ; mais, en tant qu’on se rattache à ce qui est terrestre, la secousse, le déracinement de ce qui est une seconde nature, est pénible. Un arbre vit de ses racines. Combien j’ai vu de vos anciens Genevois bouleversés, lorsqu’on détruisit les fortifications élevées pour repousser les attaques de l’évêque et du duc de Savoie ! Ce n’était plus leur vieux Genève ; la ville s’était embellie et agrandie, sans doute, mais ce n’était pas leur Genève. Mais les fortifications, la muraille de la cité céleste ne s’enlèvent pas. C’est une grande consolation ; mais, comme je l’ai déjà dit, cela suppose que le coeur s’y trouve. Pour ma part, je suis parfaitement tranquille.

Maintenant on livre l’assaut à toutes les institutions, si elles ne sont pas déjà par terre, et la grande prostituée, sans force si la bête ne lui en donne, proclame hautement son intention de monter sur la bête. Ici, autant qu’ailleurs, ces messieurs le proclament hautement. C’est un complot, bien machiné à Rome, et poursuivi régulièrement. Mais, si les flots s’élèvent, le Seigneur est au-dessus des flots, plus puissant que la plus bruyante voix des grandes eaux. Ils s’élèvent et complotent à leur ruine, même dans ce monde, car le jugement va arriver. Mais notre royaume n’est nullement touché. Il est au delà de tout, et le Seigneur que nous servons est au-dessus de tout. Au reste, quelle paix ne trouvons-nous pas dans la communion du Père et du Fils !

On ne voit pas assez que les choses qui ne se voient pas nous sont révélées. Ce que l’oeil n’a pas vu, et que l’oreille n’a pas ouï, et qui n’est pas monté au coeur de l’homme, les choses que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment ; — mais Dieu nous les a révélées par son Esprit ; communiquées par des paroles que le Saint Esprit a enseignées, et enfin ces choses sont discernées par l’Esprit. Ce sont les trois pas dans la connaissance des choses divines. Puis, aussi, celui qui a vu Jésus a vu le Père.

 

22               [1 Timothée 5:24-25 et 2 Timothée 2:19-22]

Les fragments qui suivent sont adressés à une autre personne.

Bien-aimé frère,

 

J’ai reçu votre petite lettre, heureux d’avoir de vos nouvelles. Quant à 1 Timothée, les versets 24 et 25 du chapitre 5 se rapportent au verset 22. Timothée ne devait pas imposer les mains avec précipitation. Dans le cas où l’imposé aurait mal marché par la suite, Timothée aurait, bien qu’involontairement, pris part au mal, en plaçant cet homme dans une position qui avait sa sanction.

Cette exhortation donne lieu à l’Apôtre d’ajouter : «Les péchés de quelques hommes sont manifestes d’avance, et vont devant pour le jugement». Manifestes à tout le monde, ils proclament d’avance, comme des hérauts, le jugement qui attend ceux qui les commettent. Les péchés d’autres hommes étaient plus cachés, mais viendraient tout de même au grand jour. Il en est de même des bonnes oeuvres.

Or le fait que les péchés pouvaient être cachés devait rendre Timothée prudent, en imposant les mains aux personnes qui se présentaient à lui dans ce but.

On voit très clairement, en comparant ensemble les deux épîtres à Timothée, la différence entre l’ordre de la maison de Dieu, tel qu’il a été établi par l’Apôtre, et la marche enseignée par l’Esprit de Dieu, lorsque le désordre y était entré après le décès de Paul. La première épître nous présente l’ordre établi ; la seconde, la marche voulue dans le désordre, alors que le Seigneur seul connaît ceux qui sont siens, état de choses tout autre que celui où le Seigneur ajoutait chaque jour à l’assemblée ceux qui devaient être sauvés. Alors, la puissante action de l’Esprit de Dieu manifestait ses enfants et les mettait à leur place dans l’Église. Mais, dans les temps dont parle la deuxième épître à Timothée, le Seigneur connaît ceux qui sont siens ; il peut y en avoir qui soient cachés dans des systèmes non voulus de Lui. Ensuite la responsabilité pèse sur l’individu. Il doit s’éloigner de l’iniquité, se purifier des vases à déshonneur et s’associer avec ceux qui invoquent le nom du Seigneur d’un coeur pur. C’est là que nous sommes placés , en nous souvenant seulement de l’unité du corps et en cherchant à la réaliser. Nous avons le caractère d’un résidu dans ces derniers jours, mais d’un résidu qui se rappelle les premiers principes sur lesquels l’Église a été fondée au commencement ; chemin simple et heureux, mais qui exige la foi et la fermeté que donne la foi obéissante. Que Dieu nous donne, dans sa grâce, d’y marcher d’un pas ferme, paisible, mais décidé. Si l’on regarde à Lui, tout est simple ; on voit clairement son chemin, et l’on a des motifs qui ne laissent pas l’âme en proie à l’incertitude. C’est l’homme double de coeur qui est incertain dans toutes ses voies.

Puis, ce qui est éternel devient toujours plus réel pour nous, plus rapproché. C’est ce qui donne la force, et écarte tous les motifs, toutes les influences qui pourraient nous fourvoyer. Qu’on est heureux d’être sous la conduite du Seigneur, d’avoir le coeur rempli de Celui dont les pensées sont éternelles et qui est amour, qui nous a tant aimés et qui s’est donné lui-même pour nous ; qui s’est donné à Dieu, quant à sa propre perfection, mais toutefois pour nous posséder, son nom en soit béni, et nous avoir auprès de Lui pour toujours ! Il est doux de sentir qu’il nourrit l’Église et l’entretient...

 

23               [Résumé de l’épître aux Romains    Souffrances de Christ dans les Psaumes et les Évangiles]

Boston, 17 février 1867

... Je ne sais si, dans mes «Études», j’ai fait suffisamment remarquer la structure de l’épître aux Romains. En tout cas, ce point s’est beaucoup développé dans mon esprit. Au chapitre 1, je termine l’introduction avec le verset 17. Le verset 18 commence le raisonnement qui démontre la nécessité de l’évangile, par les péchés soit des Juifs, soit des gentils.

Depuis le chap. 3, vers. 21, nous avons la réponse de la grâce, dans le sang de Christ, aux péchés commis, explication de la patience de Dieu à l’égard des péchés passés, et le fondement d’une justice révélée dans le temps présent. Ensuite, au chapitre 4, la résurrection comme fait accompli est ajoutée.

Au chap. 5, vers. 1-11, il fait voir toutes les bénédictions qui découlent de ce qui précède : paix, faveur, gloire pour l’avenir, joie dans les tribulations, joie en Dieu lui-même. Ceci fait ressortir la grâce souveraine et l’amour de Dieu , amour qu’Il a répandu dans nos coeurs par son Esprit qu’il nous a donné.

Une division principale de l’épître se trouve à la fin du vers. 11 du chap. 5. Jusqu’à la fin de ce verset, l’Apôtre a parlé des péchés, puis de la grâce. Maintenant il commence à parler du péché. Auparavant c’étaient nos offenses ; maintenant c’est la désobéissance d’un seul. C’est Adam (chacun, sans doute, y ayant ajouté sa part) et Christ. Ce n’est plus, par conséquent, Christ mort pour nos péchés, mais c’est nous morts en Christ, ce qui met fin à la nature et à la position que nous avions par Adam.

Voilà aussi pourquoi l’Apôtre parle de notre mort et ne va guère plus loin. S’il avait parlé de notre résurrection avec Christ, il aurait empiété sur la doctrine des Colossiens et des Éphésiens, et aurait dû en venir à l’union avec Christ, ce qui n’est pas son sujet ici. Son sujet, c’est : Comment moi, pécheur, individu, suis-je justifié auprès de Dieu ? La réponse : Christ est mort pour nos offenses — voilà les fruits du vieil homme effacés ; puis : Vous êtes morts avec Christ — voilà votre vieil homme loin (pour la foi).

En outre le chapitre 6 répond à l’objection : «Pécherons-nous, etc. ?» Comment, dit l’Apôtre, vivrons-nous dans le péché, si nous sommes morts ? Vous avez part à la mort — certes, ce n’est pas vivre. L’union n’existe pas du tout dans cet argument ; seulement, si nous sommes morts, il nous faut vivre par un moyen quelconque. Or c’est pour Dieu par Jésus-Christ. Cela suffisait pour montrer la portée pratique de cette doctrine. L’union se rapporte à nos privilèges. Nous sommes parfaits en Christ, membres de son corps. Le fait que nous sommes en Christ est supposé au chap. 8, vers. 1, et affirmé d’une manière pratique au verset 9 du même chapitre ; mais là il se rapporte à la délivrance. Mais le but de l’Apôtre, dans ses raisonnements, c’est de montrer que nous en avons fini avec la chair et, par conséquent, avec le péché, et que nous tirons notre vie d’ailleurs, en sorte que la justification est une doctrine de délivrance du péché et non pas de la liberté de pécher.

Au chapitre 7 la mort s’applique à nos relations avec la loi. La fin du chapitre nous présente l’expérience d’une âme renouvelée, mais (quant à la conscience de sa position) encore dans la chair de laquelle la loi est la juste règle — la loi qui, lorsque nous sommes renouvelés, est comprise dans sa spiritualité.

La conséquence de tout ceci est développée au chapitre 8, qui nous fait voir notre position avec Dieu, l’effet de ce que nous nous trouvons en Christ, comme le chap. 5, vers. 1-11, montre ce que Dieu a été pour nous, pécheurs, et ce que, par conséquent, nous avons appris qu’Il est en lui-même. La fin du chapitre 8 résume en triomphe la conséquence de ces vérités.

Quant à votre question sur les Psaumes, il ne vous faut pas croire ce qu’on vous dit. De l’aveu de M. Newton (jamais du mien), ses vues se trouvaient dans les Psaumes et non dans les évangiles. Ma doctrine est exactement l’opposé de celle de M. Newton. Lui enseignait que Christ était né dans un état de distance de Dieu, et ne pouvait se rencontrer avec Dieu que sur la croix ; seulement, par sa piété, il se soustrayait à bien des conséquences de sa position native. Par contre, je crois qu’il est né et a vécu jusqu’à la croix dans la parfaite faveur de Dieu, et qu’en grâce il est entré en esprit dans les peines et les douleurs de son peuple, et particulièrement à la fin, lorsque son heure est venue. À la croix, il a, de fait, bu la coupe. Mais je n’ai aucune idée qu’il ne soit question de ses souffrances que dans les Psaumes ; examen fait, je crois même qu’un bien plus petit nombre de Psaumes s’applique directement à Christ, qu’on ne le pense généralement. Les Psaumes, envisagés dans leur sens prophétique, dépeignent les circonstances et les peines du résidu d’Israël. Que Christ ait pris part, en esprit, à ces douleurs de son peuple, je n’en doute pas ; mais je dis que très peu de Psaumes sont des prophéties directes de ce qui lui est arrivé ; quelques-uns le sont, cela va sans dire. Mais je crois que le Nouveau Testament nous montre très clairement les relations de Christ avec ce peuple. Sans doute le Nouveau Testament ne s’occupe pas du résidu, comme les Psaumes, ni de l’avenir d’Israël, comme les prophéties, parce qu’il s’agit, en général, de vérités plus profondes, plus importantes et d’un autre caractère ; mais il met très clairement ces choses a leur place historiquement, et cite les prophéties qui s’y rapportent. Nous voyons Jésus pleurer sur Jérusalem, annoncer ce qui arriverait, soit aux disciples au milieu du peuple, soit au peuple même. L’Ancien Testament nous donne des détails quant à Israël et parle davantage du résultat, parce que c’est le sujet qu’il traite ; mais le Nouveau Testament nous fait voir exactement la place de ces choses vis-à-vis du christianisme, qui est son sujet, et il reprend, autant que cela est nécessaire, le sujet de l’Ancien. Quant aux souffrances de Christ, il nous fournit historiquement, et en citant les passages, ce dont l’Ancien Testament a parlé ; il nous présente bien des fois les sentiments de Christ plus intimement que les Psaumes, et d’autres fois cite ces derniers comme expliquant l’histoire de ce qui s’est passé. Pour ma part, je prends ce que je trouve dans l’Ancien Testament, comme ayant la même autorité que le Nouveau. Si l’Ancien Testament dit : «Dans toutes leurs angoisses il a été en angoisse», le Nouveau nous fait entendre Jésus, qui dit lui-même en pleurant : «Que de fois j’aurais voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu !»

Je comprends facilement que beaucoup de chrétiens ne saisissent pas bien ce qui concerne le résidu d’Israël ainsi que l’intérêt que le Seigneur lui porte, et cela ne me trouble pas ; mais, quand on explique les Psaumes, il faut les expliquer selon leur vrai sens, et j’estime que cela donne un sentiment beaucoup plus profond de la grâce patiente de Jésus. Toutefois, je crois qu’il est important que cela demeure un moyen d’édification et non pas un sujet de contestation ; sans cela, le Christ lui-même perd sa saveur pour le coeur, ou tout au moins le coeur perd la bonne odeur de sa grâce. Si l’on dit que ces souffrances (ce que je n’admets pas) ne se trouvent pas dans le Nouveau Testament, mais dans l’Ancien, il est clair alors qu’en expliquant l’Ancien, il faut en parler. Mais le Seigneur parle de sa position telle que Zacharie 13 la dépeint, et, par conséquent, de l’état du résidu.

Le Nouveau Testament n’a pas, en général, pour sujet le résidu, mais le Christ Sauveur et le christianisme ; mais il traite aussi le premier de ces deux sujets en son lieu. Les chapitres 1 et 2 de Luc sont presque entièrement occupés du résidu historiquement et prophétiquement. Le chapitre 10 de Matthieu ne s’applique qu’à ce sujet et comprend tout le temps jusqu’à la fin, à l’exclusion des gentils et des Samaritains. Il en est de même, sous une autre forme, au chapitre 11.

On dit que Christ n’a souffert qu’en expiation ou par sympathie. Pensez-vous qu’il n’ait rien souffert, lorsqu’il tançait les scribes qui empêchaient les pauvres âmes de le recevoir ? Lisez le chapitre 23 de Matthieu : son coeur n’a-t-il pas souffert ?

«Il a souffert étant tenté», est une vérité capitale de la Parole. Lorsqu’il a demandé à ses disciples de veiller auprès de lui, il ne buvait pas encore la coupe, mais il suait comme des grumeaux de sang. Ce n’était pas sympathie ; il la cherchait, mais ne la trouvait pas. C’est une chose très sérieuse que de nier les souffrances du Fils de l’homme. Il y avait sympathie à la tombe de Lazare ; mais en approchant de la mort, et toujours plus ou moins, il souffrait, Lui, par amour, par grâce, sans doute, mais réellement ; non pas assurément à cause de ce qui était en Lui, ou de ses propres relations avec le Père, mais il convenait à Celui pour qui sont toutes choses et par qui sont toutes choses, consommer le chef de notre salut par les souffrances.

Je vous engage instamment à ne pas faire de ces choses un sujet de controverse ; il s’agit plutôt d’adoration ; contester sur ces points, gâte et tend à détruire toutes les saintes affections. Quand je vois Paul s’exprimer comme il l’a fait au commencement du chapitre 9 de l’épître aux Romains, dirai-je que Christ, dont l’Esprit poussait l’Apôtre à ces sentiments, était resté lui-même indifférent à l’incrédulité du peuple bien-aimé ? Il est mort pour la nation ; il est clair que cela était expiatoire, mais c’est une preuve qu’il l’aimait comme nation. Les souffrances de Christ sont un point capital, et le Nouveau Testament, aussi bien que l’Ancien, montre qu’Israël était d’une manière particulière l’objet de ses affections qui l’a fait souffrir. Or sa sympathie était avec la douleur de l’humanité, mais il a senti, et il l’a exprimé, l’iniquité qui a mis fin (sauf la grâce souveraine de Dieu) à toutes les espérances d’Israël et à la jouissance, par le peuple bien-aimé, de toutes les promesses. Quand il dit : «Il ne se peut qu’un prophète périsse hors de Jérusalem», et qu’il l’appelle «la ville qui tue les prophètes et qui lapide ceux qui lui sont envoyés», le dit-il avec une dure indifférence ? Cela n’était pas expiatoire et il ne pouvait avoir de la sympathie avec l’iniquité qui faisait cela. Ces mots ne font que reproduire, avec une affection plus touchante et un coeur dont tout égoïsme et intérêt propre étaient absents, l’expression du Psaume : «Tes serviteurs sont affectionnés à ses pierres». Sans doute, on peut mal présenter ces choses. Les affections du Sauveur sont un sujet trop délicat, pour qu’on les manie rudement sans les fausser ou, pour ainsi dire, les froisser ; mais qu’on les nie, cela est désolant pour moi.

Le Messie a été retranché, et toutes les espérances du peuple bien-aimé sont perdues avec lui — pour être reprises, sans doute ; or je ne crois pas que Christ n’en ait pas souffert...

 

24               [Le chrétien : une lumière manifestant la gloire de Christ    2 Cor. 3:7 à 4:10]

25 mars 1871

Cher frère,

 

On ne connaît guère l’histoire de ce qu’on appelle l’Église, de ce qui est l’Église quant à sa responsabilité, ni la marche du clergé et même de tout le monde. On est heureux de n’avoir que la Parole à suivre et de savoir que c’est la parole de Dieu. Quelle immense grâce que d’avoir sa Parole, la révélation de sa grâce envers nous, la personne parfaite de Jésus, et les conseils de Dieu, ce que Dieu a ordonné pour notre gloire. C’est dans sa bonté envers nous qu’Il montrera dans les siècles à venir les immenses richesses de sa grâce.

Dès le commencement, se fiant à l’ennemi plutôt qu’à Dieu, l’homme s’est éloigné de Lui, et les deux questions : Où es-tu ? Qu’as-tu fait ? montraient où en était l’homme. La responsabilité complètement mise à l’épreuve jusqu’au rejet de Christ ; puis Dieu glorifié en justice, son amour et les conseils de sa grâce avant la fondation du monde, ont été mis en évidence. Cela place l’évangile dans une position toute particulière, puis montre la relation de la responsabilité et de la grâce souveraine avec une grande clarté.

De plus, sur la gloire de Dieu il n’y a plus de voile. Dès lors sa colère révélée du ciel ; — mais aussi la gloire de Dieu révélée dans la face de Jésus-Christ, témoignage que tous les péchés de ceux qui la voient ne sont plus devant Dieu ; — puis tout ce que Dieu est moralement, pleinement révélé et constaté. Nous le connaissons selon cette gloire, et nos relations avec Dieu, notre position devant Dieu, sont fondées sur elle. Nous sommes transformés de gloire en gloire selon cette image, car nous pouvons y regarder : c’est la preuve de notre rédemption et que nos péchés ne subsistent plus devant Dieu. Nous sommes renouvelés aussi en connaissance selon l’image de Celui qui nous a créés ; nous sommes créés selon Dieu en justice et vraie sainteté ; car, selon cette gloire, Il a lui dans nos coeurs pour faire ressortir cette gloire de Christ dans le monde. Nous sommes comme une lanterne : la lumière est dedans, mais pour resplendir au dehors ; mais des vitres ternies (la chair si elle s’en mêle) empêcheront la lumière d’éclairer comme il faut. — Ainsi ce qui nous est donné devient un exercice intérieur ; le trésor est dans un vase d’argile, et il faut que celui-ci ne soit que vase, que nous soyons morts, afin que la vie — de Jésus se manifeste dans notre chair mortelle.

Ce n’est pas seulement une communication de ce qui est en Christ comme connaissance, mais si c’est réel, nous buvons de ce qui fait la rivière. C’est une communication qui exerce l’âme, la fait croître et juge la chair en toutes choses, afin que nous ne gâtions pas le témoignage qui nous est ainsi confié. En Christ lui-même la vie était la lumière des hommes, et il faut que la lumière que nous recevons devienne vie en nous, la formation de Christ en nous, et que la chair soit assujettie à la mort. La mort agit en nous, dit Paul, la vie en vous.

Voilà l’histoire du ministère, du vrai ministère. Ce que nous communiquons est nôtre ; Il nous éclaire, mais il agit en nous moralement ; la gloire de Christ se réalise en nous et tout ce qui ne lui convient pas est jugé ; or la chair ne lui convient jamais.

La mort de Christ mettait fin à tout ce qui était Paul, ainsi la vie de Christ agissait de sa part dans les autres, et rien que cela. C’est beaucoup dire. Ainsi, à cet égard, il peut y avoir progrès. Pour ma position devant Dieu, je fais mon compte que je suis mort ; pour vivre, la mort agit en moi. Il y a le vase, mais il faut que ce ne soit que vase, et la vie de Christ agit en lui et par lui. Si le vase agit, il gâte tout. De fait nous vivons, mais il faut toujours porter la mort, afin que la gloire de Christ, image de Dieu, luise pour les autres. — Mais toute la gloire de Dieu est révélée ; il n’y a plus de voile sur elle du côté de Dieu ; si elle est voilée, le voile est sur le coeur de l’homme par l’incrédulité. Vérité de toute importance !

Sous la loi, l’homme ne pouvait pas entrer ; Dieu ne sortait pas. Maintenant il est sorti, mais en s’anéantissant pour apporter la grâce. Puis, l’oeuvre de la rédemption accomplie, Il est entré, et il n’y a plus de voile sur la gloire.

 

25               [Le ministère chrétien, c’est faire connaître Christ]

New-York, 23 avril 1867

... Le Seigneur est venu du Père pour nous le faire connaître comme il l’a connu ; nous venons de Christ pour le faire connaître comme nous le connaissons ; voilà le vrai ministère , chose heureuse et bénie, mais sérieuse dans son caractère : «Paix vous soit», dit le Seigneur ; «comme mon Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie». Quelle mission ! quand même nous ne sommes pas apôtres.

 

26               [1 Jean 1 : le croyant ne péchant pas]

Septembre 1871

Cher frère,

 

Ce qui constitue la difficulté du premier chapitre de l’épître de Jean, et même de toute l’épître, c’est que la doctrine y est présentée d’une manière abstraite. Mais, en somme, je crois que la pensée de l’Esprit est celle-ci : Dieu n’est plus caché ; nous avons communion avec lui dans la pleine révélation de sa grâce, — avec le Père et avec son Fils Jésus Christ. Sous la loi, Dieu ne sortait pas ; l’homme n’entrait pas dans Sa présence. Maintenant le Père s’est révélé dans le Fils et nous a donné une vie dans laquelle nous jouissons de sa communion. Mais alors c’est avec Dieu lui-même — plus de voile — et Dieu est lumière ; il est parfaitement pur et révèle tout. Or puisqu’il n’y a plus de voile et que Dieu s’est révélé, il faut marcher dans la lumière, comme lui-même est dans la lumière. Mais, dans cette position, on est parfaitement nettoyé par le sang de Jésus ; puis nous jouissons de la communion les uns avec les autres.

C’est cette pleine révélation de Dieu qui est de l’essence du christianisme : plénitude de grâce, nous introduisant dans la communion, et le Père connu dans le Fils ; mais c’est avec Dieu, si la chose est vraie, et Dieu est lumière. La communion est avec Dieu, selon sa nature et sans voile. Mais, si nous venons à lui, c’est lavés dans le sang de Jésus Christ, son Fils, et nous sommes devant lui sans voile, blancs comme la neige. Or le chrétien marche clans la conscience de cela, ayant une nature qui s’y rapporte : nous sommes lumière dans le Seigneur. Mais il faut que ce soit dans la lumière, comme Dieu lui-même est dans la lumière ; tout est jugé selon la révélation de Dieu qui juge toutes choses. On est dans la lumière comme Dieu est dans la lumière.

Ces choses sont écrites afin que nous ne péchions pas. Si quelqu’un pèche, le remède est dans les premiers versets du chapitre 2. Mais les versets dont vous parlez nous enseignent que nous sommes dans la lumière comme Dieu est dans la lumière. Or si nous parlons de communion quand nous n’y sommes pas, nous mentons, car il est cette lumière.

 

27               [1 Jean 1 : Communion et purification]

Londres, 1871

Je ne doute nullement que l’Apôtre, lorsqu’il dit (1 Jean 1) : «Nous avons communion les uns avec les autres», ne parle de la communion des saints entre eux. Il y a trois éléments de la vie chrétienne : Le premier, c’est d’être dans la lumière comme Dieu est dans la lumière... — point de voile. Il faut se trouver dans la présence de Dieu pleinement révélé. Si l’on ne peut se tenir là, on ne peut être en relation avec lui.

Le second, c’est qu’étant ainsi dans sa présence, ce n’est pas chez nous l’égoïsme de l’individu, mais la communion des saints par le Saint Esprit, dans la jouissance de la pleine révélation de Dieu lui-même.

Le troisième, c’est que nous sommes blancs comme la neige, de sorte que nous pouvons nous trouver avec joie dans cette lumière, qui ne fait que manifester que nous sommes tout ce que les yeux et le coeur de Dieu désirent sous ce rapport ; — ce que notre coeur désire aussi devant lui.

L’idée est abstraite et absolue ; c’est la valeur et l’efficace du sang. Ce n’est pas seulement le relèvement. C’est une efficace, du reste, qui ne se perd pas. Mon âme une fois lavée, je suis toujours devant Dieu selon l’efficace de ce sang. Le relèvement est plutôt par l’eau, quoique en vertu de ce sang (voyez Jean 13 et la «génisse rousse»). Mais ici c’est la valeur du sang en soi ; et, remarquez-le bien : si nous sommes dans la lumière comme Dieu est dans la lumière. C’est bien un état réel ; mais l’Apôtre ne dit pas : «Selon la lumière». C’est notre position maintenant que la croix a révélé Dieu sans voile. Comme on interprète généralement ce passage, on devrait lire : «Si nous ne marchons pas selon la lumière, le sang nous purifie» ; mais il n’est pas question de cela. C’est au commencement du chapitre 2 que l’on trouve la provision faite — ce qui est nécessaire — en cas de chute.

Je ne doute pas que la lumière nous sonde, mais ici Dieu ne voit pas le mal ; il voit l’homme nettoyé par le sang de Jésus.

Au verset 8 commence la considération du péché reconnu. Sans doute, le sang nous purifie de tout ; mais, quand nous pensons à l’existence du péché en nous, tout en sachant que le sang nous purifie de tout, nous sommes amenés à une autre vérité évangélique, c’est que nous sommes morts avec Christ (Rom. 6 ; Col. 2 et 3 ; Gal. 2). C’est pour la pratique, et cela est dirigé contre le mouvement de ce péché dans la chair. Si le péché a agi, nous sommes amenés à confesser, non pas le péché dans la chair, mais ce qu’il a produit (1 Jean 1:9). Alors nous sommes pardonnés et nettoyés. Ceci est vrai au commencement, mais vrai aussi dans les détails de la vie.

... Les caractères que Christ prend, en rapport avec ces derniers jours, sont ceux-ci : «Le saint, le véritable». Oui, voilà le caractère qu’il prend ; ce qu’il veut dans les siens, dans leur marche, quand il va venir bientôt. Nous avons à veiller sur nous-mêmes et sur nos frères, afin qu’il en soit ainsi. Je sens, pour ma part, que nous avons, dans ces jours-ci, à veiller tout particulièrement sur cette sainteté, bien qu’elle soit toujours une chose essentielle pour les enfants de Dieu.

... Le mal est dans le monde, mais nous sommes entre les mains de Dieu. Christ est entré après le mal et a remporté une victoire complète sur celui qui en était le chef ; grâce lui en soit rendue. Il tient entre ses mains les clefs du hadès et de la mort ; mais le temps n’est pas encore venu pour ôter le mal de dessus la terre. Dieu s’en sert pour notre bien, mais le mal est là.

28               [Amour et vérité]

Canada

... La vérité est éternelle et l’amour dure à jamais ; l’un et l’autre sont dans le précieux Sauveur ; tenons-les fermes par la grâce. Dans ces derniers jours tout s’éclaire davantage, comme l’aube du jour qui avance ; je puis dire que la vérité des choses éternelles a une réalité qu’elle n’a jamais eue. Christ est davantage tout ; les choses qui périssent n’ont que l’apparence. Nous avons toujours à combattre, mais ce qui ne se voit pas est éternel et est à nous par la grâce. Que Christ demeure dans nos coeurs par la foi...

 

29               [1 Cor. 7:14 : les enfants du chrétien sont saints]

... L’objection faite à l’emploi de 1 Cor. 7:14, n’a aucune force. Parmi les Juifs, si l’on épousait une gentile ou vice versa, le Juif n’était pas profane, mais il s’était profané ; les enfants étaient profanes, et le Juif devait renvoyer et la femme et les enfants. Le mari ne cessait pas d’être Juif, tout en étant Juif profané, mais ses enfants étaient profanes et dès lors ne pouvaient pas même être profanés, car ce qui est déjà profane ne le peut pas.

Maintenant, la grâce étant arrivée, c’était l’inverse qui avait lieu. Le mari incrédule ne cessait pas d’être incrédule, mais il était relativement sanctifié (pas saint), puis l’enfant était saint, non pas intérieurement dans son âme, mais il avait droit aux privilèges qui appartenaient au peuple de Dieu sur la terre, privilèges dont l’enfant d’un mariage mixte parmi les Juifs était privé, parce qu’il était profane. Il n’était pas plus pécheur qu’un autre, mais il était exclu du milieu où se trouvaient les bénédictions accordées de Dieu à son peuple, et il y en avait de grandes, comme l’Apôtre le dit.

 

30               [Caractères du chrétien pour le temps actuel]

... Nous sommes dans les derniers temps, et évidemment Dieu agit en grâce pour retirer son peuple de devant le mal et les jugements ; mais il faut plus de dévouement, plus de séparation. Que Dieu, dans sa bonté, agisse ; il y a encore à faire en appelant les âmes et en les consolidant dans la vérité, afin qu’elles ne soient pas emportées par tout vent de doctrine. Il y a tant d’incrédulité, et l’esprit humain est tellement actif, que les âmes sont exposées à des dangers de toute espèce. Dieu les garde, et les siens sont, après tout, toujours en sûreté ; seulement le piège n’est plus le formalisme, mais le rejet de tout, ou la substitution d’opinions à la vérité divine. Toutefois je crois que c’est un beau moment pour celui qui est décidé. Il faut être chrétien tout de bon et accepter la folie de Dieu comme plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu comme plus forte que les hommes. Une marche humble, dans une entière dépendance de Dieu, en regardant à Jésus-Christ, est singulièrement bénie dans ces jours-ci, et bientôt viendra le repos.

 

31               [Nécessité du dévouement]

Je ne sais pas ce que nous avons à faire de plus ici-bas, que de mieux connaître Dieu et de le servir ; mais ce que je cherche surtout chez les frères, maintenant, c’est le dévouement. Je ne doute pas que leur place ne soit justement le témoignage de Dieu, non d’après aucune sagesse à nous, mais par la souveraine bonté de Dieu et par plus ou moins de connaissance. Mais le témoignage n’est pas complet, ni réalisé, s’il n’y a pas le dévouement. Ce n’est pas que je regarde la doctrine comme sans importance. Plus j’avance, plus je vois que le corps évangélique s’est perdu, qu’il n’a jamais eu la doctrine de Paul et qu’il y résiste, non-seulement quant à l’Église (il y a longtemps que cela est clair), mais même quant à notre position tout entière comme chrétiens. Je suis journellement plus explicite dans mon témoignage à ce sujet, quand l’occasion le requiert. Il peut être inutile de contester, mais je crois que la clarté dans le témoignage est utile, ainsi que de rendre ce témoignage sans crainte ; — les temps sont trop sérieux ; — seulement il faut savoir ce que l’on fait, ce dont il s’agit en réalité. Mais la controverse à l’égard de la justice, et ainsi à l’égard de la loi, a manifesté la chose. Sommes-nous dans le premier ou dans le second Adam ? Excepté l’utile et pénétrante épître de Jacques, il n’y a parmi les écrits du Nouveau Testament que ceux de Paul qui traitent de la justification. Jean s’occupe du principe qui y est renfermé, mais non sous cette forme. Sans doute, il renferme la doctrine comme celle de l’Esprit, mais être ressuscité avec Christ et ainsi présenté devant Dieu, c’est la doctrine de Paul. Seulement, si nous sommes occupés de cette doctrine, il faut veiller à ce que ce caractère divin soit pleinement développé, — dans notre propre esprit et notre propre foi, veux-je dire. C’est là ce que Paul fait pleinement, de la manière sans doute qui lui est propre, je veux dire dans cette ligne de vérité dans laquelle il fut conduit par le Saint Esprit, et il est merveilleux de voir de quelle manière c’est en dehors de la loi, et, en dehors de la loi, ces légalistes sont méprisables quant à leur doctrine. Nous devons être les imitateurs de Dieu, Christ étant notre modèle, et faire voir la vie divine en nous par l’entier sacrifice de nous-mêmes, et cela envers Dieu ; afin que le principe soit parfait. J’ai été occupé de cela dernièrement et j’ai la pensée d’envoyer un article sur ce sujet à ***. Je crois que Dieu a été dernièrement quelque peu en aide aux frères dans leurs publications, et c’est une miséricorde de sa part. Mais nous avons à remplir un bien plus grand cadre de témoignage que nous ne le faisons. Les ouvriers doivent avoir la foi pour tout ce qu’ils ont à faire. Souvent les plaintes et les questions, quant à l’état des frères, viennent en grande partie d’un manque de foi chez ceux qui les expriment ; toutefois je crains le monde pour eux ; quelquefois des assertions téméraires ont lieu ; ici le mal est moindre ; mais le dévouement, la séparation d’avec le monde, l’absence de conformité au monde, voilà ce que je cherche …

… Le Seigneur est partout le même, et il en est de même de l’homme moralement.

 

32               [Justification et résurrection]

11 septembre 1841

La justification est un point, avec deux choses qui s’y réunissent : premièrement que le sang nous a lavés de nos péchés, et c’est peut-être la justification proprement dite. Mais, de fait, on peut y ajouter notre acceptation dans le Bien-aimé : Si quelqu’un pratique la justice, il est juste comme Jésus-Christ est juste ; car pratiquer la justice, découle de la vie de Christ en nous ; mais, par cette vie, nous sommes unis à Christ. et jouissons de sa justice devant Dieu, étant rendus agréables dans le Bien-aimé ; la résurrection en est le pivot, car c’est la preuve de l’expiation ; elle introduit Christ, selon la puissance de cette vie éternelle (à laquelle nous participons) dans la présence de Dieu. C’est autour de la personne de Christ envisagé comme ressuscité, que roulent toutes les vérités qui se trouvent dans la Parole. L’union de l’Église avec Lui en est le complément. La résurrection laisse derrière elle, dans le tombeau, tout ce qui pouvait nous condamner, et introduit le Seigneur dans ce nouveau monde dont il est la perfection, le Chef et la gloire. Or nous sommes unis à Lui.

 

(*) Voyez la note de la page 62.

 

33               [Justification, expiation et obéissance de Christ]

7 octobre 1841

... Je n’aime pas proprement cette expression : «Christ a obtenu de Dieu la justification», parce qu’elle présente Dieu comme involontaire et opposé même à la chose, tandis que c’est la volonté et le coeur de Dieu qui nous a préparé le sacrifice et tout. Il est vrai que la justice de Dieu exigeait l’expiation et le sacrifice de Christ. Toutefois, c’est lui dont l’amour a pourvu à nos besoins à cet égard. Aussi est-il Celui qui justifie (comp. Zach. 3). L’épître aux Hébreux parle plutôt de notre acceptation sous la forme de notre présentation à Lui, de la sanctification dans le sens extérieur : «Afin qu’il sanctifiât le peuple par son sang». Aussi les a-t-il perfectionnés ; ils peuvent se tenir dans sa présence, comme étant à lui, selon la perfection du sanctuaire, sans reproche, sans tache. Justification est une idée de tribunal, de juge pour ainsi dire. L’épître aux Hébreux par le du sanctuaire et de nous présenter là. Le fond est toujours le même ; seulement nous pouvons l’envisager de plusieurs manières, et chacune nous donne plus de lumière sur la perfection de l’oeuvre de Christ et sur les effets de cette oeuvre dont nous jouissons. — 1 Pierre 1:19, parle plutôt dans le sens de rachat, d’être tiré par une rançon d’entre les mains de l’ennemi. — L’obéissance de Christ pendant sa vie tendait à la perfection du sacrifice ; elle n’était pas expiatoire, mais parfaitement agréable. Il s’agissait de l’agrément de sa personne comme nécessaire à son oeuvre, mais cette obéissance n’était pas expiatoire. Il serait resté seul si le grain de froment n’était pas tombé en terre ; mais son obéissance tout entière l’a rendu parfaitement agréable à Dieu, comme aussi elle l’a été (voyez Phil. 2).

Sous la forme de la justification, c’est l’épître aux Romains qui traite le plus formellement le sujet de notre acceptation. Ce que j’ai voulu dire, en me servant de l’expression «Christ a obtenu notre justification», se comprendra en comparant la manière dont cette épître s’exprime (3:24) : «Ayant été justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est dans le Christ Jésus». Vous voyez de quelle manière elle est présentée, comme découlant de la gratuité de Dieu. Ceci est important pour l’état de l’âme et pour que la grâce soit clairement comprise.

 

34               [La loi et le chrétien]

Janvier 1842

Bien saisir la place de la loi est chose difficile, parce qu’il faut être pleinement conduits par le Saint Esprit, pour ne pas être nous-mêmes en quelque manière sous la loi, quant à nos sentiments du moins. Il faut avoir bien saisi la puissance de l’oeuvre et de la résurrection de Jésus ; sans cela on serait sans loi, si l’on n’était pas sous la loi. Nous ne sommes nullement sous la loi. La grâce ne reconnaît aucune participation de la loi à nos coeurs ; mais comment cela, si nous reconnaissons la loi comme bonne ? Parce que Christ l’a épuisée dans sa mort. Il était sous la loi jusqu’à sa mort et dans sa mort ; mais évidemment il ne l’est pas maintenant. Il peut employer la loi pour juger ceux qui ont été sous la loi ; mais nous sommes unis à Lui. Comme Adam ne fut chef de l’ancienne famille qu’après sa chute, ainsi le Christ n’est chef de la nouvelle famille que comme ressuscité d’entre les morts. Il les place dans sa propre position, comme homme ressuscité ; ils commencent avec Christ là. Ils reconnaissent bien la force de la loi, mais en ce qu’elle a mis à mort Jésus, là où elle a perdu toute sa puissance et sa domination sur l’âme. Nous sommes à un autre.

Nous pouvons employer la loi, s’il en est besoin, contre les injustes, parce qu’ayant la nature divine, nous pouvons manier la loi, et elle ne peut pas faire cette plaie mortelle à la nature divine dont elle est sortie. Nous pouvons faire voir où l’homme en est, s’il est sous la loi, pour faire ressortir par là la perfection de la rédemption ; c’est ce que l’Apôtre fait dans les Romains et dans les Galates, pour faire comprendre que nous ne sommes plus sous la loi, parce que nous sommes morts avec Christ. Par la loi nous sommes morts à la loi ; nous sommes crucifiés avec Christ. Un gentil n’était jamais vraiment sous la loi. En devenant chrétien, il prend Christ à un point où il en a fini avec la loi ; mais, ayant reçu l’Esprit de Christ, il n’a plus besoin de la loi pour discerner la perfection de la rédemption : il a l’intelligence pour comprendre les choses accomplies dans l’histoire du Messie — son oeuvre parfaite. Mais la chose est loin d’être nette dans l’esprit des chrétiens, car, de fait, la plupart d’entre eux ont fait du christianisme une loi, et se sont placés sous la loi. Il faut qu’ils sortent de là pour jouir de la paix, mais pour eux la discussion de ce que c’est que la loi est une chose très importante et très opportune à cause de cela. Au reste le coeur humain se place si naturellement sous la loi, qu’il est très important que toute âme soit bien éclairée là-dessus. La loi, souvenons-nous-en toujours, ne nous révèle rien de Dieu, sauf que la loi implique un juge. Elle donne la mesure de notre responsabilité : «Tu aimeras l’Éternel ton Dieu et ton prochain» ; voilà la loi. On peut dire que l’Évangile donne de nouveaux motifs pour que nous accomplissions la loi ; mais ces motifs se puisent dans un fait qui donne à Christ, sur nos coeurs, tout le droit auquel la loi pouvait prétendre, et met, par la mort, un terme à la puissance de cette dernière, car nous sommes morts et ressuscités avec Christ. Nous ferons ou éviterons bien des choses qui se trouvent dans la loi, et le sommaire qui nous en a été donné, reste le principe ou le fruit de la vie de Christ en nous. Il est accompli dans tout ce qui découle de cette vie, mais nous ne sommes nullement sous la loi, car nous sommes un avec Christ, et Christ n’est pas sous la loi. La loi ne condamne pas seulement la conduite, mais les hommes. La loi ne dit pas seulement : «Maudite est toute chose», mais : «Maudit est quiconque ne persévère pas». Ainsi l’on doit être sous la malédiction, si l’on est sous la loi. Mais c’est parce que nous ne sommes pas sous la loi que nous pouvons l’employer s’il en est besoin. Les Juifs ont voulu l’employer contre la femme adultère, mais ils étaient sous la loi, dans la chair. La loi leur a percé le coeur jusqu’à la mort et à la condamnation. Christ l’a employée ou du moins lui a laissé son efficace, parce que, quoiqu’il fût né sous la loi, celle-ci ne pouvait pas l’atteindre pour la condamnation, la vie de Dieu en lui étant parfaite. Unis à lui dans la résurrection, nous pouvons l’employer parce que nous sommes en dehors de son atteinte par la mort et la résurrection de Christ, jouissant de sa vie dans nos âmes. C’est pourquoi on est toujours plus ou moins sous la loi, jusqu’à ce qu’on ait compris la résurrection de Christ, et aussi toutes les fois que la chair obscurcit la puissance de notre rédemption. J’espère que vous pourrez comprendre ces quelques remarques.

Quant à l’épître aux Philippiens, elle offre un autre trait très intéressant : la désolation et l’expérience personnelle de l’Apôtre. Il envisage l’Église comme privée de ses soins ; et lui-même est opprimé, pour le moment, par la puissance de Satan. Ainsi il entre d’une manière très touchante et très puissante dans tout ce qui concerne le combat de l’Église, et dans tout ce qui est important pour elle pendant la période de son délaissement : aussi présente-t-il les grâces qui l’empêcheraient de tomber dans les misères qui surgissaient à la suite de l’absence de l’Apôtre. De là, la grande utilité de cette épître pour le temps actuel. On commençait à prêcher Christ avec un esprit de dispute, à ne pas être d’un même sentiment, à murmurer. Il montre en quoi consistent les richesses et les grâces de Christ, particulièrement nécessaires pour un tel état de choses, état, hélas ; bien mûri depuis lors. Pourquoi dirais-je : hélas ! car tout cela tournera à salut, et fait voir que la venue de Jésus est plus proche.

 

35               [Nombres 15 et 17 ; épître aux Philippiens]

19 avril 1845

J’ai lu dernièrement les Nombres et l’épître aux Philippiens avec de l’édification. L’établissement de la verge d’Aaron, sacrificateur en grâce, tout en étant d’autorité, après tous les murmures de l’assemblée ; son emploi, quoique ce fût par Moïse ; son manque d’emploi, lors des nouvelles plaintes de l’assemblée ; tout cela m’a singulièrement instruit. En même temps, lorsque Dieu avait jugé et discipliné le peuple, la manière dont, immédiatement, Il parle (chap. 15) de toutes ses promesses et de la terre comme étant la leur, comme leur ayant été donnée par Lui, m’a beaucoup touché. Sa promesse et ses pensées pour son peuple sont aussi fermes que si rien n’était arrivé. La responsabilité et la nourriture des sacrificateurs comme tels, et de leurs familles comme familles, et les points de différence, m’ont aussi beaucoup édifié.

Ce qui m’a frappé dans l’épître aux Philippiens, c’est comment l’Apôtre a continuellement sa mort devant ses yeux ; ensuite, que les épreuves qu’il avait endurées avaient agi comme une bonne discipline, en faisant que Christ était tout pour lui, lui-même n’étant que néant. Et quelle paix cela donne ! Il ne sait pas s’il doit être condamné. Pour lui-même, les dispositions des magistrats n’entrent pas dans sa pensée ; pour lui-même, il ne sait pas que choisir ; mais il est bon qu’il reste pour l’Église ; donc c’est décidé. Il juge son procès par la seule considération qu’une telle décision sera pour le bien de l’Église ; et ainsi Christ la fera prononcer. Est-ce ainsi que nous nous fions à lui, cher frère ? Hélas ! non ; au moins trop souvent nous ne sommes pas assez dépouillés de nous-mêmes ; nous ne pouvons pas dire avec l’Apôtre : «J’ai appris». C’est ce qu’il faut apprendre. Eh bien ! c’est la vie de cet homme si fidèle, si dévoué et si doué de Dieu, la vie de l’apôtre Paul, instruit et discipliné de cette manière, et le calme parfait dont il jouit à la suite de cette discipline, qui m’a été dernièrement en édification en lisant cette épitre.

 

36               [Souffrances de Christ à Gethsémané]

Novembre 1849

J’ai pensé dernièrement que les souffrances de Christ en Gethsémané, tout en anticipant la croix, étaient beaucoup plus des souffrances de la part de Satan qui, l’empire de la mort dans sa main, cherchait à l’accabler par les ténèbres, pour que la crainte fût telle qu’il ne s’offrit pas lui-même. Comme homme, il avait vaincu l’ennemi auparavant, de manière à pouvoir introduire la bénédiction ici-bas ; mais l’homme n’en était pas capable. Il a dû établir cette bénédiction par la mort, dans une autre sphère. Satan se jette au-devant de lui pour obstruer le chemin, mais il n’a pas pu réussir à l’empêcher de trouver Dieu ; étant dans l’angoisse du combat, il priait plus instamment. Pour lui, la coupe venait de la part de son Père. Une fois entièrement sorti de tout cela, il s’offre. Lorsque la chose arrive, il peut en parler, n’y étant plus : «C’est votre heure et la puissance des ténèbres». Puis il passe outre, et va subir une autre chose : la colère immédiate de Dieu. Il a bu cette coupe terrible pour nous, cher frère, mais il en est aussi sorti complètement, et a remis lui-même son âme en paix à Dieu, son Père, ayant compris que tout était accompli. La mort est maintenant le droit d’aller vers lui dans cette sphère nouvelle, où il a laissé pour toujours en arrière toute la puissance de l’ennemi, et où il n’y a que bénédiction loin de la puissance de celui qui l’a employée contre Christ.

37               [Tribunal de Christ    Genèse 15 et 17]

Novembre 1855

Sans avoir des choses bien nouvelles, j’ai beaucoup joui, et, je l’espère, profité de la Parole. Les Psaumes ont fait le sujet de nos entretiens, et une quantité de passages, par ci, par là, ont pris plus de force et de clarté dans mon esprit. J’ai été assez frappé de l’effet du tribunal de Christ sur Paul. Il en voit toute la terreur, mais le seul effet est de l’engager à persuader les autres. Le Christ, devant lequel il comparaîtrait, était sa justice, et jugeait selon cette justice ; ainsi il n’y avait pas de question possible. Ce qui jugeait et ce qui était devant le jugement étaient identifiés : c’était un côté de la vérité de la nature de Dieu. L’autre côté, c’est l’amour. Or c’est celui-ci seul qui se met, par conséquent, en activité : il persuade les autres à cause de cette terreur. Je sais peu de passages qui démontrent avec plus de force quelle est la puissance de l’Évangile et la perfection de la justification. Mais il y a une opération précieuse de ce tribunal : l’Apôtre réalisait la comparution devant Lui ; il ne craignait pas d’être manifesté à l’avenir ; il était, de fait, manifesté à Dieu ; la conscience, parfaitement purifiée relativement à Dieu, prenait tout son empire, et, en se tenant dans la présence de Dieu, tout ce qui n’était pas selon cette présence était, de fait, manifesté dans la lumière. C’était nécessaire, et par la grâce il avait la lumière de Dieu pour montrer, pour avoir la conscience qu’il n’y avait rien. Il est bien important d’y être : bien des choses s’y jugent qui, souvent, ne se jugent pas dans une vie chrétienne assez régulière ; et lorsque la conscience est devant Dieu et nette, l’amour est libre. On sait aussi de cette manière ce que c’est que de porter toujours dans son corps la mort du Seigneur Jésus, afin que la vie de Jésus se manifeste dans nos corps mortels, ou plutôt, en marchant ainsi, on est à même d’être, on est pleinement en sa présence.

Entre autres choses, j’ai été frappé aussi des chapitres 15 et 17 de la Genèse : Il me semble que le désintéressement d’Abraham, à la fin du chapitre 14, a été la raison pour laquelle Dieu en grâce lui a dit : «Je suis ton bouclier et ta grande récompense». De prime-abord, on aurait pensé qu’Abraham n’aurait à faire qu’à se réjouir d’une joie ineffable, en pensant que Dieu lui-même était sa récompense ; mais il dit : «Que me donneras-tu ?» Dieu condescend en grâce quand il s’agit d’un vrai besoin fondé sur une promesse. Mais il y a un élément qui imprime son caractère sur cette grâce : «Je suis ton bouclier et ta grande récompense» ; la bénédiction ne dépasse pas les besoins ou les privilèges personnels d’Abraham. Tout naturellement son coeur y entre, et c’est le développement du besoin du coeur selon son propre état. C’est une immense grâce, mais une grâce qui, dans un certain sens, se mesure par les besoins de la créature. Au chapitre 17, Dieu dit : «Je suis le Dieu tout-puissant». Il ne dit pas : «Je suis ton»... C’est ce qu’il est en Lui-même. — Marche devant moi et sois parfait, intègre. Abram se prosterne, et Dieu parle avec Abraham. Il lui promet le fils, et ensuite lui révèle comme à un ami ce qu’il va faire. Alors Abraham, au lieu de demander pour lui-même, intercède pour les autres. Aussi peut-on remarquer que le chapitre 15 ne dépasse pas les promesses juives ; au chapitre 17, il est père de plusieurs nations. C’est la différence entre la bonté de Dieu, qui se lie en grâce à nous et à nos besoins, et la communion avec lui-même.

 

38               [Vie chrétienne et mort de Christ selon les Philippiens]

14 août 1858

J’ai été extrêmement frappé, à la dernière conférence, du caractère de l’épître aux Philippiens. Elle ne suppose pas l’existence de la chair dans le sens pratique, c’est-à-dire du combat avec elle : Vivre, c’est Christ ; — rien d’autre. Paul peut tout par Christ, qui le fortifie. Il n’a jamais eu honte, n’en aura jamais de lui-même comme chrétien ; mais Christ sera toujours, comme par le passé, glorifié en lui. Voilà la vie normale du chrétien : la chair est tenue pour morte, ne l’embarrasse pas — comme il dit ailleurs : «Portant toujours dans mon corps la mort du Seigneur Jésus, afin que la vie de Jésus se manifeste dans mon corps mortel». La supériorité de la vie chrétienne, comme n’étant pas atteinte par le mal ou par l’ennemi, est très frappante ; cette vérité a produit une assez profonde impression sur moi et m’a réjoui. Je savais bien qu’un chrétien devrait marcher ainsi ; mais en voici un qui l’a fait, et qui sait ce que c’est que cette vie. C’est encourageant quel que soit le moyen pour produire cela, que ce soit un messager de Satan, s’il le faut, ou autre chose, tel est le résultat. On est associé, à travers tout, avec Christ, qui peut et fait tout, et il est en nous ; en sorte que c’est plus intime qu’aucune circonstance quelconque. Quelle force, quelle bénédiction de vie cela donne : — en soi, car on jouit de Christ, — pour les difficultés, car on se confie en lui, et on se réjouit, quand même, — dans les soucis, car cette vie, qui a Christ pour son objet, nous en délivre, — dans les vraies épreuves, car la paix de Dieu garde le coeur.

 

39               [Marche selon l’Esprit    Jean 21:18]

10 novembre 1858

Quant à l’épître aux Philippiens (en la lisant, vous pourrez en juger), la vie chrétienne ne reconnaît rien que le fruit de la résurrection, parce qu’on doit marcher selon l’Esprit, et jamais selon la chair. Dieu est fidèle, pour ne pas nous permettre d’être tentés au delà de notre force. Le chrétien est censé marcher toujours selon l’Esprit, se tenir pour mort au péché mais vivant à Dieu. Ensuite, il y a : «Ma grâce te suffit ; ma force s’accomplit dans l’infirmité». Si l’on prétend à l’absence de la chair, ou qu’on ne veuille pas en tenir compte, ou si l’on prétend ne pas avoir à se juger intérieurement, on se trompe, et lors même qu’on est sincère, il reste une masse de choses subtiles, non jugées, et l’état général de l’âme est au-dessous du véritable effet de la lumière de Dieu. Mais il y a la force de Dieu avec nous, pour nous faire marcher dans sa communion.

Quant au passage de Jean 21:18, je ne crois pas que le Seigneur signale chez Pierre une mauvaise volonté. Il avait voulu, c’est-à-dire par sa volonté, accompagner le Seigneur. Il a dû apprendre son impuissance, parce qu’il y avait chez lui de la volonté, de la force de l’homme ; mais à la fin de sa vie il n’en serait pas ainsi : un autre le ceindrait, et il irait où il ne voudrait pas. Il n’est pas question ici d’une mauvaise volonté, mais ce ne serait pas sa volonté qui le ceindrait ou le ferait mourir. Il a pu, sans doute, en bénir Dieu ; mais il ne cherchait pas à souffrir. Je suis d’autant plus convaincu que c’est là le sens, que le Seigneur ajoute : «Il disait cela, signifiant par quelle mort il glorifierait Dieu». Ce que Pierre a dû apprendre dans ce moment, et ce que le Seigneur enseignait, c’était que la volonté de l’homme ne pouvait rien dans le chemin de la vie à travers la mort, et c’est là le seul chemin de vie.

 

40               [Vivre c’est Christ — Phil. 1:21]

23 juin 1859

L’épître aux Philippiens m’a passablement préoccupé ces derniers temps. Ce qui m’a frappé particulièrement dans cette épître, c’est que l’Apôtre se place tellement dans la vie de Christ, qu’il n’exprime aucune conscience de l’existence de la chair. Il avait une écharde dans la chair, de sorte qu’il ne s’agit pas de la doctrine seulement ; c’est un état dans lequel la chair n’agit pas et ne peut égarer les pensées ; ce qui paraît un succès de Satan tournera au salut de Paul. — Christ sera glorifié dans son corps, soit par la vie, soit par la mort, comme il l’a toujours été. Vivre, c’est Christ ; rien d’autre ; — mourir, un gain ; car il jouira de Christ sans entrave. Il décide son propre procès, sans avoir égard à lui-même, car il ne sait que choisir ; mais, pour l’Église, il convient qu’il reste ; donc il restera. Il n’est en souci de rien. Il connaît cette paix de Dieu qui surpasse toute intelligence (lui à qui on allait faire son procès devant Néron). Il sait comment être abaissé, comment abonder. Il peut tout par Christ, qui le fortifie. Il est, par ce qui appartient à la vie de Christ, au-dessus de tout. Il n’a pas, sans doute, atteint le but, savoir la résurrection d’entre les morts, mais il ne fait qu’une chose ; — l’activité de la vie de Christ ne laisse aucune place pour autre chose. Plus vous examinez l’épître, plus vous trouvez que, pendant la vie dans laquelle il n’a pas atteint le but, il ne connaît autre chose que : «Vivre, c’est Christ».

 

41               [Pardon et justice par la foi]

19 juin 1861

Il est remarquable que, dans le Nouveau Testament, personne ne parle de la justice par la foi, sauf Paul. J’ai trouvé beaucoup d’âmes qui comprennent le pardon, mais qui ne savent rien de la justice de Dieu, et pour lesquelles la présentation du jour du jugement est souvent bonne comme pierre de touche, afin de voir si elles sont vraiment sur le pied de la justice divine dans leurs relations avec notre Dieu bon et fidèle.

 

42               [Libre arbitre et perdition de l’homme]

Elberfeld, 23 octobre 1861

Bien cher frère,

 

J’avais un peu perdu de vue, par la multitude de mes occupations, un sujet important de votre avant-dernière lettre. Cette recrudescence de la doctrine du libre arbitre sert la doctrine de la prétention de l’homme naturel à ne pas être entièrement déchu, car c’est là ce qu’est cette doctrine. Tous les hommes qui n’ont jamais été profondément convaincus de péché, toutes les personnes chez lesquelles cette conviction se base sur des péchés grossiers et extérieurs, croient plus ou moins au libre arbitre. Vous savez que c’est le dogme des Wesleyens, de tous les raisonneurs, de tous les philosophes. Mais cette doctrine change complètement toute l’idée du christianisme, et le dénature entièrement.

Si Christ est venu sauver ce qui est perdu, le libre arbitre n’a plus de place. Non pas que Dieu empêche l’homme de recevoir le Christ ; loin de là. Mais lors même que Dieu emploie tous les motifs possibles, tout ce qui est capable d’influer sur le coeur de l’homme, cela ne sert qu’à démontrer que l’homme n’en veut rien, que son coeur est tellement corrompu et sa volonté si décidée à ne pas se soumettre à Dieu (quoi qu’il en soit du diable qui l’encourage dans le péché), que rien ne peut l’engager à recevoir le Seigneur et à abandonner le péché. Si, par ces mots : liberté de l’homme, on veut dire que personne ne le force à rejeter le Seigneur, cette liberté existe en plein. Mais si l’on dit que — à cause de la domination du péché, dont il est l’esclave, et volontairement l’esclave, il ne peut échapper à son état et choisir le bien — tout en reconnaissant que c’est le bien, et en l’approuvant — alors il n’a aucune liberté quelconque. Il n’est pas assujetti à la loi et même il ne peut pas l’être ; de sorte que ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu.

Et voici où nous touchons de plus près au fond de la question. Est-ce le vieil homme qui est changé, enseigné et sanctifié, ou recevons-nous pour être sauvés une nouvelle nature ? Le caractère universel de l’incrédulité de ces temps-ci est celui-ci : — non pas de nier le christianisme formellement, comme autrefois, ou de rejeter le Christ ouvertement, mais de le recevoir comme une personne, on dira même divine, inspirée (mais comme une affaire de degré), qui rétablit l’homme dans sa position d’enfant de Dieu. Les Wesleyens, en tant qu’enseignés de Dieu, ne disent pas cela ; la foi leur fait sentir que sans Christ ils sont perdus, et qu’il s’agit du salut. Seulement leur frayeur à l’égard de la pure grâce, leur désir de gagner les hommes, mélange de charité et de l’esprit de l’homme ; en un mot, leur confiance dans leurs propres forces, fait qu’ils ont un enseignement embrouillé et ne reconnaissent pas la chute totale de l’homme.

Pour moi, je vois dans la Parole et je reconnais en moi-même la ruine totale de l’homme. Je vois que la croix est la fin de tous les moyens que Dieu avait employés pour gagner le coeur de l’homme, et, partant, qu’elle démontre que la chose était impossible. Dieu a épuisé toutes ses ressources ; l’homme a montré qu’il était méchant, sans remède ; la croix de Christ condamne l’homme — le péché dans la chair. Mais cette condamnation ayant été manifestée en ce qu’un autre l’a subie, elle est le salut absolu de ceux qui croient, car la condamnation, le jugement du péché est derrière nous ; la vie en est sortie dans la résurrection. Nous sommes morts au péché et vivants à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur. La rédemption, le mot lui-même, perd sa force quand on entretient ces idées du vieil homme. Elle devient une amélioration, une délivrance pratique d’un état moral, non un rachat par l’oeuvre accomplie d’une autre personne. Le christianisme enseigne la mort du vieil homme et sa juste condamnation, puis la rédemption accomplie par Christ, et une nouvelle vie, la vie éternelle, descendue du ciel dans sa personne, et qui nous est communiquée lorsque Christ entre en nous par la Parole. L’arminianisme, ou plutôt le pélagianisme, prétend que l’homme peut choisir, et qu’ainsi le vieil homme s’améliore par la chose qu’il a acceptée. — Le premier pas est fait sans la grâce, et c’est le premier pas qui coûte vraiment dans ce cas.

Je crois que nous devons nous tenir à la Parole ; mais, philosophiquement et moralement parlant, le libre arbitre est une théorie fausse et absurde. Le libre arbitre est un état de péché. L’homme ne devrait pas avoir à choisir, comme étant en dehors du bien. Pourquoi est-il dans cet état ? Il devait ne pas avoir une volonté, un choix quelconque à faire. Il devait obéir et jouir en paix. S’il doit choisir le bien, il ne l’a donc pas encore. Il est sans ce qui est bon en soi, de toute manière, puisqu’il ne s’est pas décidé. Mais, de fait, l’homme est disposé à suivre ce qui est mauvais. Quelle cruauté de proposer un devoir à l’homme qui est déjà tourné vers le mal ! De plus, philosophiquement parlant, pour choisir, il doit être indifférent, autrement il a déjà choisi quant à sa volonté — il doit être donc absolument indifférent. Or, s’il est absolument indifférent, qu’est-ce qui décidera son choix ? Une créature doit avoir un motif, mais il n’en a point, puisqu’il est indifférent ; s’il ne l’est pas, il a choisi. Au reste, il n’en est point ainsi : l’homme a une conscience ; mais il a une volonté et des convoitises, et elles le mènent. L’homme était libre dans le paradis, mais alors il jouissait de ce qui est bon. Il s’est servi de son libre arbitre, et, partant, il est pécheur. Le laisser à son libre arbitre, maintenant qu’il est disposé à faire le mal, serait une cruauté. Dieu lui a présenté le choix ; mais c’était pour convaincre la conscience du fait qu’en aucun cas l’homme ne voulait ni le bien, ni Dieu. J’ai été un peu appesanti de sommeil en vous écrivant, mais je pense que vous me comprendrez.

Qu’on croie que Dieu aime le monde, c’est très bien ; mais qu’on ne croie pas que l’homme soit en lui-même méchant, sans remède (et nonobstant le remède), c’est très mauvais. On ne se connaît pas et on ne connaît pas Dieu.

... Le Seigneur vient, cher frère ; le temps pour le monde s’en va. Quel bonheur ! Que Dieu nous trouve veillant et ne pensant qu’à une chose — à Celui auquel Dieu pense, à Jésus notre précieux Sauveur.

 

43               [Incrédulité quant à la Parole de Dieu]

Londres, 23 décembre 1861

... La conviction que le même esprit qui est à l’oeuvre ici travaille en France pour populariser l’incrédulité allemande, et que, par conséquent, c’est une oeuvre formulée de l’ennemi, m’a engagé à répondre à la publication anglaise qui sert de drapeau au parti incrédule. Je m’en occupe dans ce moment. Le résultat de mon examen a été non-seulement que la Bible a gagné encore du prix à mes yeux, mais que je suis pleinement convaincu de l’esprit superficiel et de la fausseté des défenseurs de l’incrédulité. Leur savoir n’est autre chose qu’un rassemblement de toutes les objections qu’on élève sur des suppositions et des raisonnements qui manquent de fondement. Il y a un manque de recherche consciencieuse qui frappe, quand on en fait. Il n’y a rien d’historique dans leur histoire. C’est une confiance illimitée dans le pouvoir de l’esprit humain, dans ces jours-ci (car, jusqu’à présent, on s’est toujours trompé), qui est vraiment ridicule. On croit pouvoir dire qu’il faut que telle ou telle chose soit ainsi, qu’une telle période ait telle durée, etc. Cela doit être ou ne peut être, — jamais cela est. Tout le système de Bunsen, leur coryphée, n’est qu’une reproduction de Philon, le juif platoniste, avec le nom de Christ, qu’on y a plus ou moins rattaché pour la façon. Ils comptent les longues listes de Manéthon, les dynasties et le grand nombre de rois qui ont gouverné l’Égypte, et les donnent comme une preuve évidente que le monde a duré ou doit avoir duré vingt mille ans au moins. On examine les monuments, on trouve deux, quatre, huit de ces rois sur un seul monument, régnant ensemble, les uns souvent subordonnés à un autre. Puis le fait d’être affranchis des ornières de la vieille théologie, sans avoir la foi, les rend incrédules. Ils ne connaissaient que cette routine ; la glace est brisée ; et n’ayant eu que cela, il ne reste rien du tout. La vérité n’existe pas. Ils ont vu que ces vieilles formes ne sont pas soutenables, et il ne leur reste rien. J’accepte qu’on sorte des vieilles formes, mais on doit bénir Dieu de ce qu’à la place des formes, sa grâce nous ait donné la vérité ; beaucoup à apprendre, sans doute, davantage à réaliser ; mais une certitude divine à l’égard de ce qu’on possède. Quelle douce et paisible pensée ! .... Ils ont découvert ce que les frères ont découvert, par la grâce, avant eux, que les choses vieilles s’en vont ; — ils notent la différence des caractères des écrivains sacrés, mais ils ne touchent que l’écorce ; et tout ce qui est de Dieu, tout ce qui a trait à sa sagesse, à sa grâce, à sa bonté, ils l’ignorent et manquent entièrement d’yeux pour voir.

 

44               [Lumière et amour]

11 janvier 1865

Pourquoi est-il dit que nous sommes lumière, et non pas amour ? Ce sont les deux noms que Dieu se donne. J’en ai quelque idée : qu’en dites-vous ? Voyez comment, au chapitre 5 de l’épître aux Éphésiens, les deux noms de Dieu sont les modèles qui nous sont donnés à suivre, c’est-à-dire Dieu sous ces deux noms qui révèlent sa nature, et dans les deux cas Christ en est l’expression dans l’homme. Quel privilège ! Quelle vocation dans le monde ! Eh ! que nous sommes pauvres ! Quand l’amour nous conduit, les hommes sont bien les personnes pour lesquelles on se donne ; mais Dieu, Celui à qui l’on s’offre (chap. 5, vers. 2). C’est ce qui le rend parfait. Peut-être cela aide à comprendre pourquoi l’on est lumière, et qu’on n’est pas amour.

 

45               [Valeur de la Parole de Dieu]

30 mars 1865

La Parole est toujours plus riche et plus précieuse pour moi. Je crois qu’elle s’est ouverte à mon âme, à ma foi, dans ces derniers temps, comme elle ne l’a jamais fait. Les conseils de Dieu et combien nous appartenons au ciel, deviennent tous les jours plus réels, et la place de la loi me paraît plus évidente, à la fois dans ce qui tient à la justice de Dieu et dans ce qui regarde la pratique. Le caractère céleste et divin, nécessaire pour juger de toutes choses, est pour moi plus clair, plus réel : aime-t-on son prochain comme soi-même ? Non, et c’est l’état normal de la nature ; mais on se donne pour les autres, animé d’un dévouement divin, tel qu’il s’est montré en Christ. Sans doute ainsi, on ne manquera pas à l’amour du prochain, mais quelle bénédiction, quel privilège ! Voyez Éph. 4-5, où vous avez la nouvelle nature et le Saint Esprit, — puis Dieu amour et lumière, et Christ le modèle dans ces deux caractères comme éléments de la vie chrétienne. On sent combien l’on est petit quand on y pense ; toutefois cela réjouit le coeur. La doctrine de la justice divine m’est aussi devenue plus claire. Remarquez encore comment l’épître aux Romains se partage en deux au vers. 11 du chap. 5 : les péchés d’abord, le péché ensuite ; chacune de ces deux parties complète.

 

46               [Aperçu des Romains    Essence de Dieu : lumière et amour]

10 octobre 1865

Est-ce que je vous ai parlé de la division de l’épître aux Romains, qui m’a préoccupé ces derniers temps ? Au vers. 11 du chap. 5 se termine la première partie de l’épître où l’Apôtre s’occupe des péchés ; chapitre 3, le sang ; chapitre 4, la résurrection pour nous. Au vers. 12 du chap. 5, il s’agit d’Adam et de Christ, et dès lors du péché : non-seulement Christ est mort pour nous, mais nous sommes morts ; vers. 1-11 du chap. 5, le résultat en joie de l’une de ces vérités ; chapitre 8, de l’autre. Au chapitre 8, notre position plus excellente ; mais au chapitre 5, me semble-t-il, Dieu connu davantage en grâce, ou plutôt connu davantage en Lui-même ; mais le grand point, c’est : les péchés et le péché.

Voici une autre chose qui m’a été en grande bénédiction, en pensant à l’épître aux Éphésiens : La responsabilité dépend de la révélation que Dieu fait de lui-même : Créateur, «bon Dieu» avec Adam ; Législateur en Sinaï ; maintenant parfaitement révélé en Christ. En Éphés. 4, nouvel homme, Saint Esprit — subjectivement. En Éph. 5, imitateurs de Dieu en amour ; marcher en amour, comme Christ nous a aimés, s’est donné lui-même pour nous à Dieu, — non pas aimer comme on s’aime soi-même, mais se donner soi-même absolument pour, mais (afin que le mobile soit parfait) à Dieu. Nous agissons en imitateurs de Dieu, comme ses chers enfants. L’un des deux noms de ce que Dieu est, est : amour ; seulement nous ne sommes pas amour, car Dieu est souverain et absolu en amour ; Il est Dieu. L’autre nom est lumière : nous sommes lumière dans le Seigneur. Christ est la mesure dans les deux cas : «Comme Christ nous a aimés» ; «Christ vous éclairera». Quelle position pratique en grâce ! Qu’on est malheureux, si l’on n’est pas chrétien ! Tout dépend du fait que nous sommes morts et ressuscités, et cela en tant que recevant Christ, qui l’est. Dans sa mort, il a fait face à toutes nos responsabilités en tant qu’enfants d’Adam responsables dans ce monde ; mais il nous a acquis une place selon les conseils de Dieu avant que le monde fût. Comparez 2 Tim. 1 et Tite 1, où il ne s’agit pas de notre responsabilité, mais du dessein de Dieu. Seulement, en tant que nous sommes un peuple acquis, nous voyons que c’est par la valeur de l’acte du Christ que nous le sommes, par son sacrifice sur la croix qui a pleinement glorifié Dieu.

 

47               [Relations de famille, affections humaines]

Les fragments qui suivent sont adressés à une autre personne. — 1851

... Les affections et le devoir envers les parents sont une chose précieuse et aimable à sa place ; mais le rachat de Jésus nous a placés dans une nouvelle création, et s’il nous appelle, selon ses droits souverains comme Rédempteur, à travailler pour lui, il nous faut y être tout entiers. Personne ne peut servir deux maîtres. Ce n’est pas méconnaître les droits paternels ; au contraire, c’est les reconnaître. Si je me place dans cette relation, je dois la reconnaître de la part de Dieu lui-même ; mais alors je ne peux pas être entièrement au service de Jésus. Appelé par lui, je suis dans une autre sphère où la relation de famille n’entre pas. Si elle subsiste, elle est obligatoire. C’est ce qui a été manifesté en Jésus. Il était soumis jusqu’à ce qu’il commençât son ministère. Dès lors il n’a pas connu sa mère. Lorsque son oeuvre finit, il la reconnaît bien, et avec la plus exquise tendresse, tout en souffrant sur la croix. Ce n’est pas la destruction des affections, mais la puissance de l’Esprit, qui nous porte dans un monde dont les intérêts nous absorbent. «Ne saluez personne», dit le Seigneur. «Je ne connais personne selon la chair», dit l’Apôtre. Pour ma part, tout en désirant user de toute courtoisie (car la charité le demande), je suis malheureux toutes les fois que je me trouve sur le terrain des relations humaines, quelque aimables qu’elles soient : ce n’est pas mon Maître. Nous avons appris que le miel ne va pas avec le sacrifice. Plus tard, nous aurons, pleinement développées et d’une manière meilleure, toutes les affections les plus douces ; et même nous les avons déjà dans l’Église. C’est ce que veut dire Marc 10:30. Encore un peu de temps, et les affections pures du coeur auront tout leur essor sans aucune action de l’égoïsme.

 

48               [Place de la femme]

1851

... La parole de Dieu enseigne très clairement que la femme doit se taire dans les assemblées. Ne s’agit-il que d’une conversation, d’une réunion d’amis, d’une soirée, la femme, sauf la modestie qui convient à son sexe, est libre comme un autre. Elle peut exercer ses dons (car il y avait des prophétesses) librement, selon la parole de Dieu, mais dans tout ce qui prend réellement le caractère d’assemblée, c’est-à-dire d’âmes réunies en corps au nom de Jésus, la femme doit se taire. Soit qu’on prenne la cène, soit qu’on ne la prenne pas, elle doit se taire dans l’assemblée.

 

Notre chère soeur ** a des connaissances et de la facilité pour les communiquer, et elle peut les utiliser sans doute en particulier, car on voit, dans les épîtres, beaucoup de femmes qui ont travaillé à l’oeuvre et qui ont aidé l’apôtre Paul lui-même, en sorte qu’il fait mention d’elles dans ses lettres, ou plutôt que l’Esprit de Dieu les a honorées de cette manière. Que Dieu nous garde de ne pas en tenir compte aujourd’hui, mais l’ordre de la maison de Dieu est toujours le chemin de la bénédiction, et aucun expédient, pour combler les lacunes qui s’y trouvent de fait, ne peut être béni à la longue, quoiqu’il puisse sembler utile pour le moment.

Les directions que donne l’Apôtre pour la tenue d’une femme, qui prie ou prophétise, ne changent en rien la direction : «Que vos femmes se taisent dans les assemblées». En 1 Cor. 11, ce n’est qu’au verset 17 que commencent les directions pour l’assemblée. Le cas des filles de Philippe montre que ces dons s’exerçaient ailleurs que dans l’assemblée.

 

49               [Témoignage chrétien : communion et humilité]

Septembre 1851

... Travaillons bien, cher frère, pendant qu’il fait jour ; c’est toute notre affaire dans ce monde, et, en même temps, veillons bien à ce que la vie intérieure, la communion avec notre précieux Sauveur, soit la vraie source de nos travaux. Que nous soyons fidèles à la volonté de Dieu dans notre marche et larges dans nos coeurs envers tous ses enfants. Je désire ardemment conserver le vrai caractère de l’oeuvre des frères, tout pauvres qu’ils soient, et nous le sommes, et quand nous en avons perdu le sentiment, Dieu nous a châtiés. Je crois que Dieu nous a confié un témoignage, et même le témoignage nécessaire dans ce moment à son Église. Quelle responsabilité ! Et, chez nous, quelle incapacité de garder ce bon dépôt, si nous ne sommes pas gardés de Lui et près de Lui ! Loin de lui, de sa présence réalisée d’une manière sensible, ce ne serait, hélas ! qu’une bonne chose de plus qui serait gâtée, tandis que celui auquel elle avait été confiée s’enflerait là même où il a été infidèle. Que Dieu nous garde près de lui et dans l’humilité. Oh ! que nous soyons de vrais et fidèles témoins de sa grâce et des ouvriers de sa part ; — et qui suffit à ces choses ?

 

50               [Manifester Christ]

1852

... Que Dieu vous garde, bien-aimé frère, dans la patience de son oeuvre, mortifiant la chair et rempli de Lui-même, combattant réellement le bon combat.

 

La seule chose qui puisse vraiment être en bénédiction à nos frères, si précieux parce qu’ils lui appartiennent, c’est ce que nous reproduisons de Lui. Qu’il daigne bénir son Église. C’est là la seule chose sur la terre, y compris le rassemblement de ceux qui doivent la former ; et qu’elle manifeste Christ dans toutes ses voies. Qu’il la remplisse de sa grâce !...

 

51               [Simplicité de la vérité  — Apprécier Christ]

1852

... Plus je m’occupe de l’incrédulité, plus (par la grâce) je m’attache et me colle à la vérité simple ; plus je l’aime dans sa simplicité ; plus j’apprécie la révélation comme révélation, la bonté de Dieu qui nous l’a donnée ; mais j’apprécie, plus encore que tout moyen de recevoir la vérité, le précieux Sauveur qui en est le sujet, et cela dans toute sa simplicité, en le recevant comme un petit enfant ; plus je désire d’être un petit enfant, et je vois toujours davantage qu’il faut l’être si Dieu parle. C’est ma joie d’être un petit enfant et de l’entendre parler. Je puis ajouter que la perfection de la Parole, sa divinité, se développent toujours davantage à mon coeur et à mon intelligence.

 

52               [Discipline dans l’Assemblée : comment elle s’exerce]

1877

... Dans les réunions convoquées pour examiner les cas de discipline, j’insisterais formellement pour que les soeurs fussent exclues. Si elles s’y trouvaient, je n’y irais pas même. C’est tout à fait contre la parole de Dieu , et aussi inconvenant qu’antiscripturaire. Comment examiner un cas de corruption et de licence avec de jeunes soeurs présentes ? Ce serait une honte pour elles de le désirer. Au reste, la Parole est claire... Pour moi, il n’est même pas tant à désirer que tous les frères s’y trouvent. S’il y a quelques frères sages qui s’occupent habituellement du bien des âmes, véritables anciens de la part de Dieu, et que ce ne soit pas d’office, mais selon 1 Cor. 16:15-16, cela vaut mieux que tous les frères ; il est ainsi plus évident que ce n’est pas l’assemblée, ce qui n’est pas aussi manifeste lorsque tous les frères sont là ; et le danger d’une assemblée de frères, c’est qu’ils se croient être l’assemblée pour décider.

Mais toute une assemblée ne peut pas s’informer des faits et du caractère des faits : il faut que deux ou trois le fassent. Quand tous les renseignements sont pris et qu’on a pesé la chose devant Dieu, on communique le résultat auquel on est arrivé, et c’est l’assemblée qui décide ; si personne ne dit rien, la chose est décidée. Si un frère grave faisait une objection, ou avait quelque chose à communiquer, ou qu’il eût connaissance de quelque circonstance propre à éclaircir l’affaire, on peut attendre ou examiner la chose à fond. Si ce n’est qu’une opposition légère, l’assemblée en fait facilement justice ; j’ai vu un tel cas. Si c’est quelqu’un qui soutient le mal jugé, il devient lui-même l’objet du jugement (2 Cor. 10:6).

Deux choses rendent l’action de l’assemblée nécessaire : premièrement c’est que Christ y est ; secondement, que c’est l’assemblée qui se purifie (1 Cor. 5 ; 2 Cor. 7:11). Il est assez frappant que cette question ait surgi en bien des endroits : dans la Nouvelle-Zélande et à l’autre bout du monde ; — pas en Angleterre, que je sache.

 

53               [Exercice de la discipline : rôle des frères et des soeurs]

Les fragments qui suivent sont adressés à une autre personne. — Octobre 1877

... Je tiens beaucoup à maintenir la responsabilité des assemblées, principe, selon moi, très important. On peut leur aider, sans doute ; mais il faut que la conscience de l’assemblée agisse. Dans le cas dont vous parlez, on a compliqué inutilement l’exercice de la discipline ; mais la chose a été faite, si l’assemblée des frères, ayant décidé ce qu’il fallait faire, a présenté le résultat à l’assemblée réunie comme telle, en sorte que l’occasion fût offerte pour une remarque quelconque. Mais l’assemblée doit se purifier et la réunion des frères n’est pas l’assemblée... Je ne désire pas le moins du monde que les soeurs parlent ; je n’ai jamais vu une femme se mêler des affaires d’église, sans qu’elle ait fait du mal. Elles sont bénies et très utiles à leur place, mais cette place-là ne leur appartient pas.

Une décision prise par quelques frères pour l’assemblée peut devenir une tyrannie terrible, et ne purifie pas la conscience de l’assemblée. Que tous les frères se réunissent pour une affaire de discipline, soit ; mais, après tout, l’investigation, s’il en faut une, est faite par quelques-uns. Seulement quelques-uns ne peuvent pas exercer la discipline ni prononcer le retranchement ; ce ne serait pas 1 Cor. 5:13, ni 2 Cor. 7:11. Le but de l’Apôtre était de réveiller la conscience de l’assemblée. La meilleure chose est que quelques frères graves se renseignent en s’assurant l’assentiment des frères les plus sérieux de l’assemblée, et qu’alors, l’affaire étant mûre soit portée devant celle-ci ; seulement, qu’il y ait pleine liberté pour tous les frères, s’il y a lieu, de faire leurs observations. Si rien n’est dit, la chose est terminée ; si quelque frère grave a des difficultés, on attend ; si ce n’est que de la mauvaise humeur, l’assemblée le juge et l’on passe outre ; si elle ne le peut pas, c’est alors l’état de l’assemblée dont il y a lieu de s’occuper... Lorsque les frères, renseignés sur les faits, ont jugé le retranchement nécessaire, il n’y a qu’à présenter à l’assemblée la conclusion à laquelle on est arrivé, et si rien n’est dit, la chose est faite.

L’expérience m’a fait craindre la domination des individus autant que la jalousie d’un esprit radical ; il faut que la conscience de tous soit exercée, et l’affaire de l’individu, c’est de la réveiller, comme le fut celle des Corinthiens par la première épître de Paul.

 

54               [La trompette selon 1 Cor. 15:52 et 1 Thes. 4:16]

1877

... La dernière trompette n’est qu’une allusion militaire, ni plus ni moins. Il y avait trois trompettes pour lever le camp parmi les Romains. À la première on pliait les bagages, à la seconde on se mettait en rang, à la troisième on se mettait ensemble en route. La trompette de 1 Cor. 15:52, est simplement celle de la résurrection des morts [non pas de la transmutation des vivants]. 1 Thess. 4 confirme l’explication ci-dessus : keleusma, cri de commandement, est le mot militaire pour rappeler les dispersés (il s’appliquait primitivement à ceux qui ramaient dans les galères) ; l’Archange passe le mot d’ordre, puis la trompette sonne et chacun est à sa place.

La venue et la prochaine arrivée du Sauveur est de toute importance, et l’ennemi cherche naturellement à en détourner les âmes ; mais cela y attirera l’attention de ceux qui sont enseignés de Dieu. L’attente présente du Seigneur se lie à tous les sentiments, à tous les devoirs, à toutes les relations chrétiennes.

 

55               [Église corps de Christ et pratique chrétienne]

Le fragment suivant est adressé à une autre personne. — Juillet 1855

... Les frères ne reconnaissent pas d’autre corps que celui de Christ, c’est-à-dire l’Église des premiers-nés tout entière ; ainsi ils reçoivent tout chrétien, (puisqu’il en est membre) qui marche dans la vérité et dans la sainteté. Leur espérance du salut est fondée sur l’oeuvre expiatoire du Sauveur ; ils attendent son retour selon sa parole. Ils croient à l’union des saints à lui, comme le corps dont il est la tête. Ils s’attendent à l’accomplissement de sa promesse, qu’il viendra les prendre à lui dans la maison du Père, afin que là où il est, ils y soient aussi. En attendant, ils ont à charger sa croix et à souffrir avec lui, séparés d’un monde qui l’a rejeté. Sa personne est l’objet de leur foi ; sa vie, l’exemple qu’ils ont à suivre dans leur conduite ; sa parole, savoir les Écritures inspirées de Dieu, la Bible, est l’autorité qui forme leur foi et en est le fondement, et ce qu’ils reconnaissent comme devant gouverner leur conduite. Le Saint Esprit seul peut la rendre efficace pour la vie et pour la pratique...

 

56               [Daniel 9:27    le désolateur]

Les fragments qui suivent sont adressés à une autre personne. — Montréal, 3 avril 1868

Bien-aimé frère,

 

Je réponds à vos questions sur le prophète Daniel. Le «désolateur» n’est pas nommé au chapitre 9, mais je ne crois pas que le désolateur soit l’Antichrist, ni celui qui ôte le sacrifice perpétuel. La méchanceté qui travaille au dedans n’est pas la désolation qui vient du dehors. Elle en est la cause.

 

Premièrement, je vous ferai remarquer certains points dans la traduction, qui changent considérablement le sens des phrases : Au chap. 8, vers. 11, le genre est différent. Ce n’est plus comme au verset 10 : «Elle (la petite corne) s’agrandit» ; mais : «Et il s’agrandit». Ce verset 11 ne se rapporte donc plus directement à la petite corne. Ensuite, dans ce même verset, il n’est pas dit : «Le sacrifice continuel fut ôté par lui» ; mais : «On lui ôta (au prince de l’armée, à Christ Jéhova) le sacrifice continuel». Cela change le rôle de celui qui est nommé au verset 4, ou plutôt cela lui ôte ce rôle.

Je crois que ce qui se rapporte à la corne au verset 10 et ce qui suit au verset 12, a été accompli du temps des Séleucides (Antiochus Épiphane), et je traduis verset 12 : «Et un temps de détresse (mot que l’on retrouve dans Job avec le même sens) fut ordonné pour le sacrifice perpétuel». Tout ceci se rapporte à la corne, ainsi que les deux mille trois cents soirs et matins du verset 14, à, l’oppression d’Antiochus, et non pas aux derniers jours. À la fin du chapitre, cette période est distinguée de la vision du soir et du matin (vers. 26). Le roi fourbe, à la fin, s’élève contre le Seigneur des seigneurs, c’est-à-dire qu’il se trouvera sur la scène, lorsque Christ sera là. Il s’élève de l’Orient et non de l’Occident. Ainsi, en tout cas, nous trouvons ici la description d’un désolateur.

Au chap. 9, vers. 27, au lieu de : «Par le moyen des ailes abominables qui causeront la désolation», je lis : «À cause de la protection des idoles, il y aura un désolateur». Il n’est pas dit qui. Le sacrifice perpétuel sera ôté par celui qui avait fait l’alliance pour une semaine. Dans ce même verset, la «consomption déterminée» veut dire : «l’accomplissement déterminé du jugement» ; c’est un terme technique qui signifie les derniers jugements sur Jérusalem et les Juifs. Je crois que le dernier mot de ce verset signifie désolée et non pas désolateur  (*).

(*) La traduction de Dan. 9:27, sera donc : «Et il confirmera une alliance au grand nombre pour une semaine. Et à la moitié de la semaine il fera cesser le sacrifice et l’oblation, et à cause de la protection des abominations [idoles] il y aura un désolateur, et jusqu’à [la consomption déterminée ou] l’accomplissement déterminé du jugement [il] sera répandu sur la désolée» (Éd).

Il me semble clair, d’après És. 10:22-23 et suiv., que la consomption déterminée tombe sur Juda et Jérusalem, par le moyen de l’Assyrien, qui est la verge de l’indignation de Dieu. Or l’Assyrien est géographiquement du territoire des Séleucides. Ceci est d’autant plus clair, que le même prophète (És. 28:22) nous montre cette consomption atteignant la terre d’Israël, quand les meneurs du peuple à Jérusalem ont fait alliance avec la mort et avec le Schéol (És. 28:14-15) et se sont réfugiés dans le mensonge. Au chap. 9, vers. 27, de Daniel, cette même consomption vient sur Jérusalem. Le chef de la bête fait alliance avec eux pour une semaine ; il y a des idoles, on s’y fie, et Dieu envoie un désolateur. L’Assyrien sera le grand désolateur ; d’autres s’allieront avec lui (Ps. 83). Gog sera la dernière forme de l’Assyrien. Cela explique, me semble-t-il, ce qui est dit au chap. 38, vers. 17, d’Ézéchiel : «N’est-ce pas de toi (Gog) que j’ai parlé autrefois par le ministère de mes serviteurs, les prophètes d’Israël ?» Jérusalem est prise une première fois ; la seconde fois, l’ennemi y trouve le Seigneur. Zacharie 14 est général : la ville sera prise et le Seigneur sortira contre les nations.

C’est «le conducteur qui viendra» qui ôtera le sacrifice en rompant l’alliance ; et le peuple, s’adonnant en même temps aux idoles, il y aura un désolateur jusqu’à ce que le châtiment sur Jérusalem soit complet et que la présence du Seigneur mette fin à la puissance du mal et du malin...

L’empereur romain est le chef de la bête et l’Antichrist n’est que le chef de la seconde bête, au chapitre 13 de l’Apocalypse. Il fait adorer la première bête et exerce sa puissance, étant le faux Christ, ou roi et prophète, pour les Juifs en Judée. Mais c’est bien le «conducteur» qui ôtera le sacrifice au commencement de la dernière demi-semaine ; la royauté de la seconde bête semble disparaître par la puissance de ce conducteur en Orient.

Le roi du Nord est toujours celui qui domine sur le territoire qu’occupait Antiochus ; mais, à la fin, la Russie possédera ce territoire, ou y dominera de manière à être l’Assyrien. La Russie est Gog, sans contredit.

 

57               [Restauration d’un croyant]

Londres, 31 décembre 1870

Bien-aimé frère,

 

Je ne crois pas que «relèvement» signifie : retrouver la paix, à moins que ce ne soit la paix dans le sentiment de la faveur de Dieu, dont on jouit de nouveau dans l’âme, le rétablissement de la liberté du coeur avec Dieu.

On rencontre des cas où un chrétien est en chute, tout en ne doutant nullement de son salut, de l’efficace du sang de Christ ; mais le coeur s’est éloigné de Dieu, n’a pas le sentiment de ce qu’est le péché, comme la présence de Dieu le donne toujours.

Or, pour être vraiment relevé, il faut que le chrétien reconnaisse le point de départ où son âme a quitté la communion de Dieu et cherché sa volonté propre. Il en fut ainsi de Pierre. Le Seigneur ne lui reprocha pas sa faute, mais il lui dit : «M’aimes-tu plus que ne font ceux-ci ?» C’était là le point où son âme avait dévié du bon chemin, où le «moi» s’était montré, la confiance en lui-même. Le Seigneur sonde le coeur de Pierre et lui fait connaître le fond d’orgueil et de fausse confiance qui s’y trouvait. Jusqu’à ce moment-là Pierre n’était pas relevé, quoique en bon chemin. Lorsqu’un frère en communion a fait une chute, et a reconnu sincèrement sa faute comme un mal, alors même qu’il serait réintégré, il est toujours en danger de retomber s’il n’en a pas jugé la racine. C’est qu’il s’est éloigné de Dieu. La communion avec Dieu n’est pas foncièrement rétablie, le moi et sa volonté ne sont pas foncièrement brisés, aussi longtemps que le chrétien n’a pas retrouvé le point où son coeur a commencé à perdre sa sensibilité spirituelle ; car la présence de Dieu fait sentir cela. Je ne parle pas d’une affaire de mémoire, mais de l’état de l’âme...

On rencontre des cas (dans lesquels probablement le véritable affranchissement ne s’était jamais réalisé), comme celui du cher X..., où le désespoir prend possession d’une âme en chute. Il s’agit là de trouver la paix par le sang de Jésus, ou au moins de pouvoir relever le bouclier de la foi, de la confiance en Dieu.

Une âme est relevée, quand elle jouit de la faveur de Dieu, non pas simplement comme certitude du salut, mais quand l’Esprit, au lieu d’accuser, fait jouir de la bonté de Dieu. Le relèvement n’est complet que par la jouissance de la communion des frères. Je me rappelle avoir vu que l’horreur du péché contre la grâce et du déshonneur fait au nom de Christ, était le premier effet de la puissance renouvelée de la Parole dans le coeur ; puis venait le sentiment que la grâce a triomphé de tout ; béni soit Dieu !

 

58               [Humanité et divinité du Seigneur]

New-York, 10 décembre 1874

Bien-aimé frère,

 

Il faut bien prendre garde de ne pas prétendre pouvoir connaître tout ce qui concerne la liaison entre l’humanité et la divinité dans la personne du Seigneur. Cette liaison est inscrutable. Personne ne connaît le Fils, sinon le Père. Jésus a crû en sagesse. Ce qui a fait tomber certains chrétiens dans de si graves erreurs, c’est précisément qu’ils ont voulu distinguer et expliquer l’état de Christ homme. Nous savons qu’il a été et qu’il est Dieu ; nous savons qu’il est devenu homme, et le témoignage à sa vraie divinité est maintenu, dans cet état d’humiliation, par l’inscrutabilité de l’union. On peut montrer que de certaines vues dérogent à sa  gloire et à la vérité de sa personne ; mais je désire ardemment que les frères ne se mettent pas à dogmatiser sur sa personne ; ils tomberaient sûrement en quelque erreur. Je n’ai jamais vu personne le faire sans tomber dans quelque hérésie involontaire. Montrer qu’une explication est fausse, afin de garantir les âmes des mauvaises conséquences de l’erreur, et prétendre expliquer la personne du Seigneur, ce sont deux choses .....

 

59               [Position et état ; dévouement et sainteté]

New-York, 27 février 1875

... La plupart des chrétiens ont besoin d’être mis au clair quant au salut, à leur position en Christ. Ils confondent leur position et leur état. Il y en a bien peu qui comprennent les premiers versets de Hébr. 10. Pour ma part, j’enseigne, mais j’apprends toujours.

Si les frères sont dévoués et saints dans leur marche, leur témoignage sera toujours reconnu de Dieu, sinon ils ne feront pas grand’chose. Le Seigneur qui nous parle maintenant est «Celui qui est saint, Celui qui est véritable». Il faut ces deux choses, ainsi que la grâce et la patience pour les faire valoir. Il faut la vérité et le Seigneur nous la communique, mais il faut la sainteté, autrement la vérité même tombera en discrédit. C’est la chose importante pour les frères, puis le dévouement.