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LETTRES À M. LE PROFESSEUR THOLUCK

 

ET AU RÉDACTEUR DU « FRANÇAIS »

 

par J. N. D.

 

Table des matières :

1     Lettre à Mr le Professeur Tholuck

2     Lettre au Rédacteur du « Français »

 

Résumé de ces lettres par Bibliquest :

La lettre à Mr le Professeur Tholuck relate brièvement ce que J.N.Darby a vécu et les vérités qu’il a été amené à découvrir et l’œuvre qui s’est développée à la suite.

La lettre au Rédacteur du journal catholique « Le Français », résume les vérités fondamentales auxquelles J.N.Darby croit, son cheminement spirituel, ce qu’il a compris de l’église selon la Parole de Dieu, de son état actuel, de son avenir, de sa responsabilité ; le mouvement des frères qui se base sur l’autorité de la Parole de Dieu.

 

1                    Lettre à Mr le Professeur Tholuck

185.. — Letters vol.3 p. 297

Note : Cette lettre, trouvée dans les papiers de J.N.D., n’avait pas été envoyée à son correspondant. Il y a lieu de supposer que l’auteur, reculant après réflexion devant la pensée d’avoir l’air de parler de lui et de son œuvre, avait renoncé à expédier ces pages.

 

Cher Monsieur et frère en Christ,

Depuis que je vous ai vu, j’ai été presque toujours en course, en sorte qu’il m’aurait été difficile de vous envoyer le récit dont vous m’avez parlé. La meilleure chose que j’aie à faire ici, c’est de vous communiquer en toute simplicité, comment, dans mon cas, les choses se sont passées, au commencement de cette œuvre de Dieu, au moment où elle a pris naissance. Vous comprendrez facilement que beaucoup d’autres y ont travaillé, et plusieurs avec bien plus de dévouement que moi — même avec un résultat beaucoup plus marqué, pour ce qui regarde la bénédiction des âmes — mais c’est de l’œuvre de Dieu, et non de notre travail, que je dois vous entretenir, puis vous tirerez de mon récit ce qui vous conviendra pour votre dessein.

J’étais avocat. Sentant que, si le Fils de Dieu s’était donné pour moi, je me devais tout entier à Lui, et que le monde qui se disait chrétien était d’une ingratitude insupportable envers Lui, je soupirais après un dévouement complet à l’œuvre du Seigneur. J’avais la pensée de circuler parmi les pauvres catholiques en Irlande. On m’engagea à me faire consacrer. Je ne me sentais pas attiré à prendre un poste régulier, mais, jeune dans la foi (n’étant pas même affranchi, j’étais plutôt gouverné par le sentiment de mon obligation envers Christ, que rempli de la conscience qu’il avait tout fait et que j’étais racheté et sauvé), je suivis les conseils de ceux qui avaient une position plus avancée que la mienne dans le monde chrétien.

Je fus consacré, et je me rendis au milieu des pauvres montagnards irlandais, dans un pays inculte et rude, où je demeurai deux ans et trois mois, travaillant de mon mieux. Je sentais cependant que tout cela ne correspondait pas à ce que je lisais dans la Bible, touchant l’Église et le christianisme, ni aux effets de l’action de l’Esprit de Dieu. Mon esprit travaillait sur toutes ces choses au point de vue biblique et pratique ; toutefois, je remplissais assidûment les devoirs du ministère dont j’étais chargé, travaillant jour et nuit au milieu de cette population, presque aussi sauvage que les montagnes qu’elle habitait. Un accident qui m’arriva (mon cheval s’était effrayé et m’avait jeté contre le montant d’une porte), me mit de côté pour un temps, et ces pensées se développèrent. À la suite d’un grand exercice d’âme, la parole de Dieu prit sur moi une autorité absolue. Je l’avais toujours reconnue comme étant la parole de Dieu.

Je compris alors que j’étais uni à Christ dans le ciel et que, par conséquent, ma position devant Dieu était la sienne ; qu’il ne s’agissait plus, devant Dieu, de ce misérable moi qui m’avait fatigué pendant six ou sept années, en présence de la loi. Je compris alors que l’Église de Dieu, dans sa réalité, se composait de ceux qui étaient ainsi unis à Christ, et que la chrétienté du dehors n’était pas l’Église (sauf à l’égard de la responsabilité de la position dont elle prétendait jouir, vérité très importante à sa place), mais, qu’en réalité elle était le monde. Je vis d’autre part, que le chrétien, ayant une place en Christ dans le ciel, n’a d’autre chose à attendre que la venue du Sauveur, pour être placé de fait dans la gloire qui lui est déjà acquise en Jésus.

La lecture des Actes me fournit un tableau de l’état pratique de l’Église primitive, qui me rendit profondément sensible à l’état actuel de l’Église bien-aimée de Dieu. Je marchais en ce temps-là avec des béquilles, en sorte que je n’avais pas encore l’occasion de montrer mes convictions ou mes pensées en face du monde, et ma santé ne me permettant pas de me rendre au culte, j’étais forcé de m’en abstenir. J’y vois la bonne main de Dieu qui venait à mon aide, en cachant mon impuissance spirituelle sous mon impuissance physique. En attendant, se développait dans mon cœur la pensée que tout ce que le christianisme avait fait dans le monde ne répondait nullement aux besoins d’une âme qui sentait ce que le gouvernement de Dieu devait produire. Dans ma retraite, le chapitre 32 d’Ésaïe m’enseignait clairement, de la part de Dieu, qu’il y avait encore une économie à venir et tout un ordre de choses qui n’est pas encore établi. La conscience de mon union avec Christ m’avait donné la partie céleste de la gloire ; ce chapitre m’en faisait connaître la partie terrestre. Je ne pouvais encore les placer, les coordonner, comme je le puis maintenant, mais les vérités en étaient révélées de Dieu, par l’action de son Esprit, dans la lecture de sa Parole.

Que faire ? Je voyais dans cette Parole la venue de Christ pour prendre l’Église à Lui, dans la gloire. J’y voyais la croix, fondement du salut, devant imprimer son propre caractère sur le chrétien et sur l’Église jusqu’à la venue du Seigneur ; j’y voyais, qu’en attendant, le Saint Esprit était donné pour être la source de l’unité de l’Église, la source de l’activité et de toute l’énergie chrétienne.

Quant à l’Évangile, la différence n’était pas dans les dogmes. Les trois personnes en un seul Dieu, la divinité de Jésus, son œuvre d’expiation sur la croix, sa résurrection, sa séance à la droite de Dieu, étaient des vérités qui, apprises comme doctrines orthodoxes, avaient une réalité vivante pour mon âme ; elles étaient les conditions connues, senties, actuelles, de mes relations avec Dieu. Non seulement c’étaient des vérités, mais je connaissais personnellement Dieu de cette manière ; je n’avais pas d’autre Dieu que Celui qui s’était ainsi révélé, et j’avais Celui-là. C’était le Dieu de ma vie et de mon culte, le Dieu de ma paix, le seul vrai Dieu.

La différence pratique de ma prédication, lorsque je recommençai à prêcher était celle-ci : j’avais prêché (dans mon rôle ecclésiastique) que le péché avait creusé un abîme entre nous et Dieu, et que Christ seul pouvait le combler — maintenant, je prêchais qu’il avait tout accompli. La régénération qui était toujours une partie de mon enseignement, se rattachait davantage à Christ, second Adam, et je comprenais mieux que c’était une vie réelle, toute nouvelle, communiquée par la puissance du Saint Esprit ; mais, comme je l’ai dit, plus en rapport avec la personne de Christ et la puissance de sa résurrection, qui réunit en même temps la puissance de la vie (victorieuse sur la mort), et une toute nouvelle position de l’homme devant Dieu. C’est l’affranchissement. Le sang de Jésus a effacé dans le croyant toute tache, toute trace de péché, selon la pureté de Dieu lui-même. En vertu de son aspersion, seule propitiation, on peut inviter tout homme à venir à un Dieu d’amour qui, dans ce but, a donné son Fils. La présence du Saint Esprit, envoyé du ciel pour demeurer dans le croyant comme onction, sceau et arrhes de l’héritage — et dans l’Église, comme puissance qui l’unit en un seul corps et distribue aux membres des dons selon sa volonté, prit un grand développement et une grande importance à mes yeux. À cette dernière vérité se rattachait la question du ministère. D’où venait-il ce ministère ? D’après la Bible, clairement de Dieu, par l’action libre et puissante du Saint Esprit.

Au moment où j’étais occupé de ces choses, celui avec lequel j’étais localement, comme ministre, en relation chrétienne, était un excellent chrétien, digne de respect, auquel j’ai toujours gardé une grande affection. Je ne sais s’il vit encore ; on l’a nommé archidiacre depuis. C’étaient les principes, et non les personnes, qui agissaient sur ma conscience ; car j’avais déjà renoncé, pour l’amour du Seigneur, à tout ce que le monde pouvait donner. Je me disais : « Si l’apôtre Paul venait ici, il ne lui serait pas, selon le système, permis de prêcher. Il n’a pas été légalement consacré. Si un ouvrier de Satan, qui renie le Sauveur par sa doctrine, arrive, il peut prêcher, et mon ami chrétien doit le reconnaître comme co-ouvrier — tandis qu’il ne peut pas, s’il n’a pas été consacré selon ce système, reconnaître le plus puissant instrument de l’Esprit de Dieu, le plus béni, dans son œuvre, pour amener une multitude d’âmes au Seigneur ». Tout ceci, me dis-je, est faux. Ce ne sont pas des abus, il peut y en avoir partout : c’est le principe du système. Le ministère est de l’Esprit. Il y en a, parmi le clergé, qui sont ministres de par l’Esprit, mais le système est fondé sur un principe opposé.

Dès lors, je ne pouvais plus en être. Je voyais dans la Parole des dons formant le ministère, au lieu de voir un clergé fondé sur un autre principe. Le salut, l’Église, le ministère, tout se liait, et tout se rattachait à Christ, chef de l’Église dans le ciel, à Christ qui avait accompli un salut parfait, et à la présence de l’Esprit sur la terre, unissant les membres à la Tête et entre eux, pour en faire un seul corps, et agissant en eux selon sa volonté.

En pratique, la croix de Christ et Son retour, devaient caractériser l’Église et chacun de ses membres. Que faire ? Où était cette unité, ce corps ? Où la puissance de l’Esprit était-elle reconnue ? Où le Seigneur réellement attendu ? Le nationalisme était uni avec le monde ; quelques croyants y étaient perdus dans le monde dont Jésus les avait séparés ; ils étaient, en outre, séparés les uns des autres, tandis que Jésus les avait unis. La Cène, symbole divin de l’unité du corps, était devenue un symbole de l’union de celui-ci avec le monde, c’est-à-dire précisément du contraire de ce que Christ avait établi. La dissidence me présentait des enfants de Dieu, peut-être, mais unis sur d’autres principes que l’unité du corps de Christ. Si je m’unissais avec ceux-ci, je me séparais partout des autres. C’était la désunion du corps de Christ, non son unité. — Que faire ? Telle était la question qui se présentait à moi, sans nulle autre idée que de satisfaire ma conscience, selon la lumière de la parole de Dieu. La parole de Matthieu 18 fournit la réponse à ma question : « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux ». C’était ce qu’il me fallait : la présence de Jésus était assurée à notre culte ; c’est là qu’il a placé son nom, comme il l’avait fait autrefois dans le temple de Jérusalem pour qu’on s’y rendît.

Quatre personnes qui étaient à peu près dans le même état que moi, s’étant réunies dans mon appartement, nous en parlâmes, et je leur proposai de rompre le pain le dimanche suivant, ce qui eut lieu. D’autres sont venus ensuite. Je quittai bientôt Dublin, mais l’œuvre prit immédiatement pied à Limerick, ville d’Irlande, et ensuite en d’autres endroits.

Deux ans plus tard (1830), je me rendis à Cambridge et Oxford. Dans ce dernier endroit, quelques personnes qui sont encore à l’œuvre ont partagé mes convictions, et senti que l’Église devait être à Christ comme une Épouse fidèle.

Je fus invité à me rendre à Plymouth pour y prêcher, ce que je fis. Je prêchais où l’on voulait, soit dans les temples, soit dans les locaux particuliers. Plus d’une fois, même avec des ministres nationaux, nous avons rompu le pain le lundi soir, après des réunions d’édification chrétienne où chacun était libre de lire, de parler, de prier, ou d’indiquer un cantique. Quelques mois après, nous commençâmes à le faire le dimanche matin, usant de la même liberté, mais ajoutant seulement la Cène que nous eûmes et avons l’habitude de prendre tous les dimanches (parfois on l’a même prise plus souvent). À peu près vers cette époque, on commença à faire de même à Londres.

L’unité de l’Église, corps de Christ, la venue du Seigneur, la présence du Saint Esprit ici-bas, dans l’individu et dans l’Église ; un développement assidu de la Parole ; la prédication de l’Évangile comme affaire de pure grâce ; celle d’une œuvre accomplie, donnant par conséquent, reçue dans le cœur par le Saint Esprit, l’assurance du salut ; la séparation pratique du monde ; le dévouement à Christ, comme à Celui qui a racheté l’Église ; une marche n’ayant que Lui pour motif et pour règle ; enfin, d’autres sujets en rapport avec ceux-ci ; — tout cela a été traité dans des publications séparées et des écrits périodiques, et ces vérités ont été largement répandues.

Un bon nombre de ministres nationaux quittèrent le nationalisme pour marcher selon ces principes, et l’Angleterre se remplit peu à peu de réunions plus ou moins nombreuses.

Plymouth étant l’endroit où la plupart des publications virent le jour, le nom de « frères de Plymouth » devint l’appellation usuelle de ces réunions.

En 1837, je visitai la Suisse, et ces vérités commencèrent à s’y faire jour. J’y retournai plus d’une fois. La seconde fois, je séjournai assez longtemps à Lausanne où Dieu opéra des conversions et rassembla un bon nombre d’enfants de Dieu en dehors du monde. Il y avait déjà des dissidents en Suisse, lesquels avaient souffert fidèlement pour le Seigneur une vingtaine d’années auparavant. Mais il n’y avait plus beaucoup d’activité parmi eux, et ce réveil était plutôt en voie de s’éteindre. L’œuvre des frères a passablement, par la bonté de Dieu, rempli le pays, les conversions ayant été nombreuses. L’œuvre a beaucoup moins d’étendue dans la Suisse allemande. Pendant deux séjours que j’ai faits à Lausanne, de jeunes frères qui désiraient se vouer à l’évangélisation ont passé près d’une année auprès de moi pour lire la Bible. Nous prenions aussi tous les jours la Cène ensemble.

En même temps, tout à fait indépendamment de ce qui se passait en Suisse, un frère travaillait à l’œuvre en France et avait réveillé l’attention d’un district considérable, où l’on était en général plongé dans l’incrédulité et dans les ténèbres. Quelques-uns des jeunes frères dont j’ai parlé et deux ou trois autres dont j’avais fait la connaissance, mais qui n’ont pas séjourné avec moi, sont allés travailler en France. D’autres ouvriers des Sociétés, sentant qu’ils seraient plus heureux de travailler, sous la direction immédiate du Seigneur et non assujettis à des comités (inconnus de fait et en principe à la Parole, et dont l’existence attribuait à la possession de l’argent le droit de diriger l’œuvre du Seigneur), ont renoncé à leur salaire et se sont mis à l’œuvre, en se confiant aux soins fidèles du Seigneur. Dieu en a suscité d’autres, bien qu’il reste toujours vrai que la moisson est grande et les ouvriers en petit nombre. Dieu a béni ces ouvriers par des conversions, grâce à Dieu nombreuses, au midi de la France. Dès le commencement, j’ai visité ces contrées et partagé avec joie les peines et les fatigues de ces frères, mais ce sont eux qui ont essentiellement travaillé à l’œuvre. En quelques endroits, j’ai eu les premières peines ; en d’autres, je n’ai fait que visiter, prendre part et aider, quand l’œuvre était, grâce à Dieu, déjà fondée. Il nous a donné d’être un cœur et une âme pour nous entraider les uns les autres et chercher le bien de tous, en reconnaissant notre faiblesse.

À peu près vers le même temps, à l’est de la France, une œuvre pareille a commencé, indépendamment de celle-ci. On l’a visitée, et elle a pris de l’extension, à l’heure qu’il est, depuis Bâle jusqu’aux Pyrénées, avec une lacune assez grande dans les contrées dont Toulouse forme le centre. Le pays est plus ou moins parsemé de réunions et l’œuvre, par la grâce de Dieu, prend encore de l’extension.

Je dois dire que je ne me suis jamais mêlé, en aucune manière, de la vocation, ni de l’œuvre des frères qui ont étudié la Bible avec moi. Pour quelques-uns, j’avais la conviction que Dieu ne les y avait pas appelés, et ils sont, de fait, rentrés dans la vie ordinaire bourgeoise. Quant aux autres, je n’ai fait que les aider dans l’étude de la Bible, en leur communiquant les lumières que Dieu m’avait départies, mais en laissant entièrement à eux- mêmes la responsabilité de leur vocation, pour l’œuvre d’évangélisation ou d’enseignement.

Nous avons eu l’habitude de nous réunir de temps à autre pour quelque temps, lorsque Dieu nous en fournissait l’occasion, afin d’étudier ensemble des sujets bibliques ou des livres de la Parole, et nous communiquer mutuellement ce que Dieu avait donné à chacun. Pendant plusieurs années, en Irlande et en Angleterre, cela avait lieu annuellement en de grandes conférences qui duraient une semaine. Sur le continent, et dernièrement en Angleterre, elles ont été moins fréquentes, et nous avons alors passé quinze jours ou trois semaines à étudier quelques livres de la Bible.

Mon frère aîné, qui est chrétien, a passé deux années à Düsseldorf. Il s’occupe de l’œuvre du Seigneur là où il se trouve. Il a été béni pour quelques âmes dans le voisinage de Düsseldorf. Celles- ci, à leur tour, ont propagé la lumière de l’Évangile et la vérité, et un certain nombre de personnes ont été rassemblées dans les provinces rhénanes. Des traités et diverses publications des frères ont été traduits et largement répandus, et la lumière, quant à l’affranchissement de l’âme, à la position de l’Église, à la présence du Saint Esprit ici-bas, et au retour du Seigneur, s’est disséminée. Deux ans plus tard, aidé, je le crois, par ces lumières, mais entièrement indépendant de cette œuvre, un mouvement de l’Esprit de Dieu a commencé à Elberfeld. Il y avait là un « Brüderverein », qui employait douze ouvriers, si je ne me trompe. Le clergé a voulu défendre à ces ouvriers de prêcher ou d’enseigner. Éclairés sur la liberté du ministère de l’Esprit et mus par l’amour pour les âmes, ils n’ont pas voulu se soumettre à cette interdiction. Sept de ces ouvriers, je crois, et d’autres membres se sont détachés du « Brüderverein », et quelques- uns d’entre eux, avec d’autres que Dieu a suscités, ont continué leur œuvre d’évangélisation qui s’est étendue de la Hollande (Gueldres) jusqu’en Hesse. Les conversions ont été très nombreuses, et plusieurs centaines se réunissent actuellement pour rompre le pain. Plus récemment, l’œuvre a commencé à s’établir en Hollande, ainsi que dans le midi de l’Allemagne. Il existait déjà, par d’autres instruments, deux réunions dans le Wurtemberg.

L’évangélisation de Suisse et d’Angleterre a formé plusieurs réunions aux États-Unis et dans le Canada ; l’évangélisation des nègres, d’autres à la Jamaïque et dans la Guyane, ainsi que parmi les indigènes du Brésil, où un frère a pénétré. Il est mort depuis, et je ne sais si un autre connaît assez la langue pour continuer cette œuvre qui était bénie. Les colonies anglaises en Australie ont aussi des réunions, mais cet aperçu vous suffira.

Les frères ne reconnaissent pas d’autres corps que celui de Christ, c’est-à-dire l’Église des premiers-nés tout entière. Aussi reconnaissent-ils tout chrétien (puisqu’il est membre de Christ) qui marche dans la vérité et la sainteté. Leur espérance de salut est fondée sur l’œuvre expiatoire du Sauveur, dont ils attendent le retour, selon Sa Parole. Ils croient à l’union des saints avec Lui, comme le corps dont il est la Tête. Ils s’attendent à l’accomplissement de sa promesse, qu’il viendra les prendre à Lui, dans la maison de son Père, afin que là où il est, ils y soient aussi. En attendant, ils ont à charger sa croix et à souffrir avec Lui, séparés du monde qui l’a rejeté. Sa personne est l’objet de leur foi, sa vie l’exemple qu’ils ont à suivre dans leur conduite. La Parole, savoir les Écritures inspirées de Dieu, c’est-à-dire la Bible, est l’autorité qui forme leur foi ; elle en est le fondement, et ce qu’ils reconnaissent comme devant gouverner leur conduite. Le Saint Esprit seul peut la rendre efficace pour la vie et pour la pratique.

 

 

2                    Lettre au Rédacteur du « Français »

1878 — Letters vol. 2 p.431 (original en français)

Note : L’un des rédacteurs du « Français », journal catholique, avait demandé à l’écrivain de ces pages des renseignements sur « les frères, leur doctrine », etc. L’auteur s’exprime ainsi dans une lettre à un ami : « Je lui ai communiqué en toute simplicité ce qu’il m’a demandé. Il s’avouait catholique et dévoué au catholicisme. Sa lettre était simple et honnête. Je lui ai répondu en chrétien... » Et un peu plus loin : « J’ai senti que ma part était d’être chrétien, là comme ailleurs ». (Ed.)

 

 

Cher Monsieur,

Ma réponse à la lettre que vous avez eu la bonté de m’adresser, a été retardée par des occupations continuelles qui ne m’ont laissé aucun loisir. Je n’éprouve point de difficulté à vous communiquer quelles sont mes croyances, mais un journal public n’est guère la place où ma plume aimerait à s’employer. Je crois que la vocation chrétienne est une vocation céleste, que le chrétien, comme son Maître, n’est pas du monde, et qu’il est placé ici-bas comme une épître de Christ, pour manifester la vie de Jésus au milieu des hommes, en attendant que le Seigneur vienne pour le prendre auprès de Lui dans la gloire. Comme « Rédacteur du Français », vous comprenez bien que des articles rédigés pour insister sur de pareils principes, ne conviendraient guère à un journal politique. Or je ne vis que pour ces choses — vie faiblement réalisée, je suis tout prêt à le confesser — mais je ne vis que pour cela. Je vous communiquerai toutefois ce qui paraît vous intéresser, c’est-à-dire ce qui m’a amené, et d’autres avec moi, à prendre la position dans laquelle nous nous trouvons comme chrétiens.

Il est bon peut-être, vu l’incrédulité qui se propage partout, de dire premièrement que je tiens — et je puis ajouter que nous tenons — fermement à tous les fondements de la foi chrétienne, à la divinité du Père, du Fils et du Saint Esprit, un seul Dieu, éternellement béni ; — à la divinité et à l’humanité du Seigneur Jésus, deux natures dans une seule personne ; — à sa résurrection, à sa glorification à la droite de Dieu ; — à la présence du Saint Esprit ici-bas, descendu le jour de la Pentecôte ; — au retour du Seigneur Jésus, selon sa promesse. Nous croyons encore que le Père, dans son amour, a envoyé le Fils pour accomplir l’œuvre de la rédemption et de la grâce envers les hommes ; — que le Fils est venu, dans ce même amour, pour l’accomplir, et qu’il a achevé l’œuvre que le Père lui a donné à faire sur la terre. Nous croyons qu’il a fait la propitiation pour nos péchés et qu’après l’avoir accomplie, il est remonté dans le ciel et s’est assis comme Souverain Sacrificateur à la droite de la Majesté dans les hauts lieux.

Certaines vérités se rattachent à celles-ci, telles que la naissance miraculeuse du Sauveur qui a été absolument sans péché — et d’autres encore ; mais mon but n’est pas, vous le comprendrez facilement, Monsieur, de faire ici un cours, ni un résumé de théologie ; je veux seulement établir que ce n’est nullement sur l’abandon des grands fondements de la foi chrétienne, que notre position s’est fondée. Quelqu’un qui nierait l’une ou l’autre de ces vérités fondamentales, ne serait pas reçu au milieu de nous, et quelqu’un qui, étant parmi nous, viendrait à tenir quelque doctrine qui saperait l’une ou l’autre de ces mêmes vérités, serait exclu, mais seulement après avoir épuisé tous les moyens propres à le ramener. Car, bien que ce soient des dogmes, nous les tenons comme essentiels à la foi vivante et au salut, à la vie spirituelle et chrétienne, de laquelle nous vivons comme nés de Dieu.

Mais vous ne désirez pas tant, Monsieur, connaître les grandes vérités que d’autres croient comme nous, que savoir ce qui nous distingue.

Seulement, sans prétendre le moins du monde, comme je vous l’ai dit, donner un cours de doctrine chrétienne sur les vérités que je viens d’indiquer, je tenais, mon cœur en a besoin, à les exposer comme base, reconnaissant pour vrais chrétiens et membres du corps de Christ tous ceux qui, par la grâce de Dieu et par l’opération du Saint Esprit qui leur a été donné, croient réellement à ces choses dans leurs âmes. Converti par la grâce de Dieu, j’ai passé six ou sept ans sous la férule de la loi, sentant que Christ était le seul Sauveur, mais ne pouvant pas dire que je le possédais, ni que je fusse sauvé par Lui — jeûnant, priant, faisant des aumônes, choses toujours bonnes quand elles sont faites spirituellement, mais ne possédant pas la paix, et sentant néanmoins que si le Fils de Dieu s’était donné pour moi, je me devais à Lui, corps, âme et biens. Enfin Dieu me fit comprendre que j’étais en Christ, uni à Lui par le Saint Esprit : « En ce jour-là, vous connaîtrez que moi je suis en mon Père, et vous en moi et moi en vous » (Jean 14:20) (*), ce qui veut dire que, lorsque le Saint Esprit, le Consolateur, serait venu, les disciples sauraient ces choses. À cela se rattachaient d’autres vérités bénies et rassurantes : « Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus » (Rom. 8:1).

(*) Nous donnons les citations en français. L’auteur les donne toutes en latin de la Vulgate (version de saint Jérôme accréditée dans le catholicisme), afin, dit-il en P.-S., qu’aucune question de traduction ne soit soulevée au sujet de quelque vérité importante. (Ed.)

La promesse de l’Esprit est à tous ceux qui ont part à la rémission de leurs péchés, car « celui qui est uni au Seigneur est un seul esprit avec lui » (1 Cor. 6:17). Ainsi les chrétiens sont le temple de l’Esprit Saint : « Votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous » (1 Cor. 6:19).

Il convient de dire qu’à cette époque la parole de Dieu devint pour moi une autorité absolue, pour la foi et pour la pratique, non que j’en eusse douté précédemment, mais elle l’était maintenant devenue comme conviction, enracinée par Dieu lui-même dans mon cœur. De cette manière, l’assurance du salut par l’œuvre de Christ, la présence du Saint Esprit demeurant en nous, par lequel ayant cru, nous avons « été scellés pour le jour de la rédemption » (Éph. 1:13, 14) ; le salut connu et possédé, et cette demeure du Saint Esprit nous en donnant l’assurance, constituent l’état normal du chrétien. Il n’est plus de ce monde, sauf à le traverser paisiblement en faisant la volonté de Dieu. Acheté à grand prix, il doit glorifier Dieu dans sa conduite.

Ceci amena la pensée de l’Église et de son unité : Le corps de Christ se composait pour moi de ceux qui étaient unis par le Saint Esprit au Chef, Christ dans le ciel. Si nous étions assis dans les lieux célestes, dans le Christ [« Lorsque vous étiez morts dans vos fautes et dans vos péchés... il nous a vivifiés ensemble avec le Christ — vous êtes sauvés par la grâce » (Éph. 2:1, 5)], qu’attendions-nous encore ? Que le Christ vînt pour nous placer de fait là-haut. « Je reviendrai » a dit le Seigneur, « et je vous prendrai auprès de moi, afin que là où moi je suis, vous, vous soyez aussi ». — « Notre bourgeoisie est dans les cieux, d’où aussi nous attendons le Seigneur Jésus Christ comme Sauveur, qui transformera le corps de notre abaissement en la conformité du corps de sa gloire ». Nous avons été convertis « pour attendre des cieux son Fils » (Jean 14:3 ; Phil. 3:20, 21 ; 1 Thess. 1:10).

Donc 1a présence du Saint Esprit demeurant en lui, et l’attente du Seigneur, constituent l’état normal du chrétien. Mais tous ceux qui possèdent cet Esprit sont, par cela même, un seul corps : « Car aussi nous avons tous été baptisés d’un seul Esprit pour être un seul corps » (1 Cor. 12:13). Or ce baptême a eu lieu le jour de la Pentecôte : « Vous serez baptisés de l’Esprit Saint, dans peu de jours » (Actes 1:5).

Tous les chrétiens autour de moi n’en étaient pas là. Sans vouloir juger les individus, tout au moins n’en faisaient-ils pas profession ; il était facile, en lisant Actes 2 et 4, de voir combien nous étions éloignés de ce que Dieu avait établi sur la terre. Où chercher l’Église ? J’abandonnai l’anglicanisme comme ne l’étant pas. Rome, au commencement de ma conversion, n’avait pas manqué d’attrait pour moi. Mais le dixième chapitre de l’épître aux Hébreux m’avait rendu la chose impossible : « Car, par une seule offrande, il a rendu parfaits à perpétuité ceux qui sont sanctifiés... Or, là où il y a rémission de ces choses, il n’y a plus d’offrande pour le péché » (Héb. 10:14, 18). Et puis encore l’idée d’une sacrificature ici-bas, entre moi et Dieu, tandis que notre position, comme résultat de l’œuvre de Christ, est que nous nous approchons directement de Dieu en toute confiance : « Ayant donc une pleine liberté pour entrer dans les lieux saints par le sang de Jésus… » (Héb. 10:19).

Je raconte, Monsieur ; je ne fais pas de controverse ; mais la foi au salut accompli et, plus tard, la conscience que j’avais de le posséder, m’empêchaient de me tourner de ce côté-là ; tandis que, ayant saisi l’unité du corps de Christ, les diverses sectes dissidentes ne m’attiraient pas non plus. Quant à l’unité à laquelle, nous le savons tous, Rome prétend, je trouvais tout en ruine. Les plus anciennes églises ne veulent rien d’elle, ni les protestants non plus, en sorte que la grande moitié de ceux qui font profession de christianisme sont en dehors de son giron. D’autre part, il ne s’agissait pas de chercher cette unité dans les sectes protestantes. Au reste, quelle que soit leur position ecclésiastique, la plupart de ceux qui se disent chrétiens sont du monde, comme un païen pouvait l’être.

Or le chap. 12 de 1 Corinthiens montre clairement qu’il y a eu une Église, formée sur la terre par la descente du Saint Esprit. « Nous avons tous été baptisés d’un seul Esprit pour être un seul corps » (1 Cor. 12:13) et il est évident que cela a lieu sur la terre, car : « Vous êtes le corps de Christ, et ses membres chacun en particulier » (1 Cor. 12:27). En outre, l’apôtre parle de dons de guérison et de langues, choses qui ne s’appliquent qu’à l’état de l’Assemblée ici-bas.

L’Assemblée ou l’Église de Dieu s’est donc formée sur la terre et aurait dû être toujours manifestée. Hélas ! elle ne l’a pas été. D’abord, à l’égard des individus, le Seigneur l’a montré d’avance : « Le loup ravit et disperse les brebis », mais, grâce à Dieu : « Personne ne les ravira de ma main » (Jean 10:12, 28), dit le même Berger fidèle. Mais ce n’est pas tout : l’apôtre Paul, en faisant ses adieux aux fidèles d’Asie, dit : « Moi, je sais qu’après mon départ il entrera parmi vous des loups redoutables qui n’épargneront pas le troupeau ; et il se lèvera d’entre vous-mêmes des hommes qui annonceront des doctrines perverses pour attirer les disciples après eux » (Actes 20:29, 30). Jude déclare que déjà de son temps des hommes faux s’étaient glissés au milieu des chrétiens et, chose de toute importance, ils sont désignés comme étant l’objet du jugement du Seigneur quand il reviendra. « Certains hommes se sont glissés parmi les fidèles, inscrits jadis à l’avance pour ce jugement, des impies... » et : « Le Seigneur est venu au milieu de ses saintes myriades pour exécuter le jugement contre tous... » (Jude 4:14, 15). Ces hommes étaient des corrupteurs au-dedans de l’Église, mais il y en aura qui abandonneront tout à fait la foi chrétienne : « Petits enfants », dit l’apôtre Jean, « c’est la dernière heure ; et comme vous avez entendu que l’antichrist vient, maintenant aussi il y a plusieurs antichrists, par quoi nous savons que c’est la dernière heure : ils sont sortis du milieu de nous... » (1 Jean 2:18, 19).

Mais ce n’est pas tout encore. L’apôtre Paul nous dit : « Toutefois le solide fondement de Dieu demeure, ayant ce sceau : Le Seigneur connaît ceux qui sont siens, et : Qu’il se retire de l’iniquité, quiconque prononce le nom du Seigneur. Or, dans une grande maison, il n’y a pas seulement des vases d’or et d’argent, mais aussi de bois et de terre ; et les uns à honneur, les autres à déshonneur. Si donc quelqu’un se purifie de ceux-ci, il sera un vase à honneur, sanctifié, utile au maître, préparé pour toute bonne œuvre » (2 Tim. 2:19-21). Telle est l’Église dans son état actuel ; c’est une grande maison avec des vases de toute espèce, et l’homme fidèle est appelé à se purifier des vases à déshonneur. Le chapitre suivant est encore plus précis : « Or sache ceci que, dans les derniers jours il surviendra des temps fâcheux ; car les hommes seront égoïstes, avares, vantards, hautains, outrageux, désobéissants à leurs parents, etc. » (2 Tim. 3:1-5). Ce sont, à peu de chose près, les mêmes termes dont il se sert, quand il accuse les païens de péché, mais il ajoute ici : « Ayant la forme de la piété, mais en ayant renié la puissance » (Rom. 1:29-31 ; 2 Tim. 3:5).

Il nous avertit que tous ceux « qui veulent vivre pieusement dans le Christ Jésus, seront persécutés ; mais les hommes méchants et les imposteurs iront de mal en pis » (2 Tim. 3:12, 13). Toutefois il nous donne comme notre sûreté la connaissance de la personne de laquelle nous avons appris ce que nous croyons : c’est l’apôtre lui-même, avec les Écritures, qui peuvent nous rendre sages à salut par la foi qui est dans le Christ Jésus. Il nous assure que « toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, etc. » (2 Tim. 3:15, 16).

Mais nous avons aussi la preuve que le mal, entré dans l’Église, continuera et ne se guérira pas. « Le mystère d’iniquité », dit l’apôtre, « opère déjà ; seulement celui qui retient maintenant, le fera jusqu’à ce qu’il soit loin. Et alors sera révélé l’inique, que le Seigneur Jésus consumera par le souffle de sa bouche et qu’il anéantira par l’apparition de sa venue » (2 Thess. 2:7, 8). Le mal qui opérait déjà du temps de l’apôtre doit donc continuer jusqu’à ce que le méchant lui-même soit révélé. Le Seigneur le détruira lors de sa venue, et, bien que ce ne soit pas l’Église proprement dite, la même chose nous est révélée à l’égard de la chrétienté, car nous apprenons que l’ivraie a été semée, là où le Seigneur avait semé le bon grain. Quand les serviteurs veulent arracher l’ivraie, le Seigneur le leur défend, en disant : « Laissez-les croître tous deux ensemble jusqu’à la moisson » (Matt. 13:24-30). Le mal fait au royaume de Dieu devait rester dans le champ de ce monde jusqu’au jugement. Christ assemblera sans doute le bon grain dans son grenier, mais la récolte est gâtée ici-bas. — Vous me direz : « Mais les portes de l’enfer ne doivent pas prévaloir contre ce que Christ a bâti ». D’accord, et j’en bénis Dieu de tout mon cœur; mais il faut distinguer ici, comme le fait la Parole. Il y a d’un côté l’œuvre de Christ, de l’autre, ce qui se fait par les hommes et sous leur responsabilité. Jamais l’ennemi ne détruira ce que Christ bâtit (nous parlons de l’Église de Dieu), ni ne prévaudra contre l’œuvre du Seigneur. Quel que soit le mal qui s’est introduit, car on ne nie pas les hérésies, ni les schismes, l’œuvre de Christ a subsisté et subsistera toujours ; c’est la maison que nous trouvons en 1 Pierre 2:4, 5 : les pierres vivantes venant à Christ, comme à la pierre vivante, et bâties pour être une maison spirituelle. Je trouve aussi cette maison, en Éph. 2 : « Vous êtes concitoyens des saints et gens de la maison de Dieu, ayant été édifiés sur le fondement des apôtres et prophètes, Jésus Christ lui-même étant la maîtresse pierre du coin, en qui tout l’édifice, bien ajusté ensemble, croît pour être un temple saint dans le Seigneur » (Éph. 2:19-21). Ici, c’est encore l’œuvre du Seigneur lui-même, des pierres vivantes qui viennent, un édifice composé de saints, croissant pour être un temple qui n’est pas encore entièrement bâti.

Mais, dans la parole de Dieu, la maison de Dieu sur la terre est envisagée aussi d’une autre manière. « Comme un sage architecte », dit l’apôtre Paul, « j’ai posé le fondement, et un autre édifie dessus... Si quelqu’un édifie sur ce fondement de l’or..., du foin, du chaume, l’ouvrage de chacun sera rendu manifeste, car le jour le fera connaître, parce qu’il est révélé en feu ; et quel est l’ouvrage de chacun, le feu l’éprouvera ». « Ne savez-vous pas », ajoute- t-il, « que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu’un corrompt le temple de Dieu, Dieu le détruira, car le temple de Dieu est saint, et tels vous êtes » (1 Cor. 3:10-13, 16, 17).

Ici donc je trouve la responsabilité de l’homme et le jugement de son œuvre ; l’ensemble est appelé le temple de Dieu, et le jugement de Dieu commence par-là, par sa maison, dit l’apôtre Pierre. Déjà du vivant de l’apôtre, le temps était venu pour cela (1 Pierre 4:17), quoique la patience de Dieu, agissant en grâce, attendît encore. Je reconnais donc la responsabilité de la maison de Dieu, de la chrétienté tout entière. Ce que Christ lui-même bâtit est une chose, et le fruit de ses travaux ne se perdra pas; ce que bâtit l’homme responsable est autre chose. Au commencement, « le Seigneur ajoutait tous les jours à l’assemblée ceux qui devaient être sauvés » (Actes 2:47). Bientôt « les faux frères » s’y glissèrent, l’ivraie fut semée, et la maison fut remplie de toutes sortes de vases, dont la fidélité doit se purifier, et d’une forme de piété sans puissance dont on doit se détourner.

Voilà ce que 1a parole de Dieu nous présente historiquement et prophétiquement dans le Nouveau Testament ; cette Parole, adressée par les docteurs aux fidèles, est notre ressource quand les temps périlleux surviennent, et, si cela était nécessaire, les faits ont vérifié tout ce qu’elle dit.

Que faire ? La Parole nous déclare que là où deux ou trois sont assemblés au nom de Jésus, Il sera au milieu d’eux (Matt. 18:20). C’est ce que nous avons fait. Nous n’étions que quatre pour le faire, non pas, je l’espère, dans un esprit d’orgueil ou de présomption, mais profondément affligés de voir l’état de ce qui nous entourait, priant pour tous les chrétiens et reconnaissant tous ceux qui possédaient l’Esprit de Dieu — tout vrai chrétien, où qu’il se trouvât ecclésiastiquement — comme membres du corps de Christ. Nous ne pensions pas, cher Monsieur, à autre chose qu’à satisfaire au besoin de nos âmes, selon la parole de Dieu, et nous ne pensions pas que cela pût aller plus loin. Nous avons ainsi trouvé la présence promise du Seigneur. Le salut par Christ a été prêché quand il y avait un don pour le faire. Les mêmes besoins ont fait suivre à d’autres le même chemin, et ainsi 1’œuvre s’est étendue d’une manière à laquelle nous ne pensions pas le moins du monde. Cela commença à Dublin, pour se répandre dans les îles Britanniques, en France, où un grand nombre de personnes, ouvertement incrédules, furent converties, en Suisse, où l’œuvre sur le Continent avait commencé, en Allemagne, en Hollande, au Danemark où elle commence, en Suède où a lieu dans ce moment un grand mouvement religieux. La marche que nous suivons s’est assez répandue dans les colonies anglaises et plus récemment aux États-Unis, en Asie, en Afrique et ailleurs. L’Esprit de Dieu agit et produit des besoins d’âme auxquels les systèmes religieux n’offrent pas de réponse.

En définitive, voici la position de ces frères qui se basent sur l’autorité de la parole de Dieu. Christ est vu, dans cette Parole, comme Sauveur, dans trois positions différentes : d’abord, comme accomplissant la rédemption sur la croix ; puis, comme assis à la droite du Père, le Saint Esprit étant, ensuite, envoyé ici-bas ; enfin, comme revenant pour prendre les siens auprès de Lui. Ces chrétiens croient à ces choses, ont l’assurance de leur salut, ayant foi en l’efficace de cette rédemption, et étant scellés du Saint Esprit qui demeure en tout vrai chrétien ; enfin ils attendent du ciel le Fils de Dieu, sans savoir quel est le moment de sa venue. Nous n’avons pas « reçu un esprit de servitude pour être derechef dans la crainte », mais nous avons « reçu l’Esprit d’adoption, par lequel nous crions : Abba, Père ! » (Rom. 8:15). Nous croyons à la promesse : « Je reviendrai, et je vous prendrai auprès de moi, afin que là où moi je suis, vous, vous soyez aussi » (Jean 14:3). Une foi entière en l’efficace de la rédemption ; le sceau de l’Esprit qui donne l’assurance du salut et la conscience d’être enfants de Dieu ; l’attente du Seigneur... voilà ce qui caractérise ces chrétiens. Achetés à grand prix, ils sont tenus à se considérer comme n’appartenant plus à eux-mêmes, mais au Seigneur Jésus, pour Lui plaire en toutes choses et ne vivre que pour Lui.

Ce n’est pas dire, Monsieur, que nous marchions tous à la hauteur de la vocation céleste, mais nous en reconnaissons l’obligation. Si quelqu’un manque ouvertement à ce qui convient à un chrétien, en fait de moralité ou en ce qui concerne la foi, il est exclu. Nous nous abstenons des plaisirs et des amusements du monde. Si nous avons des soirées, c’est pour étudier la Parole et nous édifier ensemble. On ne se mêle pas de politique ; on n’est pas du monde ; on ne vote pas. On se soumet aux autorités établies, quelles qu’elles soient, à moins qu’elles n’ordonnent quelque chose d’expressément contraire à la volonté de Christ. Nous prenons la Cène tous les dimanches, et ceux qui ont des dons pour cela prêchent l’Évangile du salut aux pécheurs ou enseignent ceux qui croient. Chacun est tenu à chercher le salut ou le bien de son prochain, selon la capacité que Dieu lui a départie. Sentant que la chrétienté s’est corrompue, nous sommes en dehors de l’église-monde, de quelque nom qu’elle se nomme. Quant au nombre de personnes qui marchent ainsi, je ne saurais vous le dire ; nous ne nous comptons pas, désirant rester dans la petitesse qui convient aux chrétiens. Au reste, nous tenons comme frère en Christ chaque personne qui a l’Esprit de Christ.

Je ne sache pas que j’aie autre chose à vous présenter. J’ai presque honte, Monsieur, de vous avoir fait un si long exposé des principes qui gouvernent la marche des chrétiens en question. Nous ne reconnaissons que l’Église une, corps de Christ, ensuite maison de Dieu par l’Esprit.

Vous me demandez l’avantage de cette marche. L’obéissance à la parole de Dieu suffit pour nous décider. Obéir à Christ est le premier besoin de l’âme qui se sait sauvée par Lui, et même de toute âme le reconnaissant comme le Fils de Dieu, qui nous a tant aimés, et s’est donné pour nous. Mais de fait, en Lui obéissant, malgré des faiblesses, des fautes et des manquements que je reconnais pour mon compte, sa présence se manifeste à l’âme comme une source ineffable de joie, comme les arrhes d’un bonheur où les manquements, Son nom en soit béni, ne se trouveront plus, et où Il sera pleinement glorifié dans tous les croyants.

Vous me direz que ces pages ne conviennent guère à un journal. J’en conviens, mais c’est que le courant de mes pensées ne s’y adapte guère. Je vous ai exposé en toute simplicité ce que vous m’avez demandé et aussi bien que j’ai pu le faire. Ayant dû reprendre mon travail plus d’une fois pas suite d’interruptions inévitables, je crains bien qu’il ne contienne quelques répétitions. Veuillez les excuser et recevoir l’assurance de toute ma considération.