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Les leçons de l’affliction

 

J. N. Darby

ME 1876 p. 230

 

Chère sœur,

Je vous remercie beaucoup, vous et le cher M**, d’avoir pensé à me faire part de l’accident qui est arrivé à votre cher enfant. C’est une épreuve amère que de voir un des nôtres, qui est comme une partie de nous-mêmes, enlevé tout à coup du milieu de nous et d’une manière inattendue. Toutefois, quelle différence lorsque nous pouvons regarder à l’amour du Seigneur et voir un enfant bien-aimé, comme je le vois certainement, l’objet de cet amour. Il y a là pour l’âme une consolation qui change tout, parce que tout est changé. La connaissance de l’amour de Dieu, qui est venu dans ce lieu de la mort, a éclairé ces ténèbres de ses rayons les plus précieux ; et les ténèbres même ne servent qu’à manifester quelle consolation il y a à posséder une pareille lumière. Il n’y a rien que lumière dans le cœur : — rien ne peut amener les ténèbres quand nous avons cette lumière. Le monde que nous traversons est une scène de douleurs, et plus nous le connaissons, et même plus nous marchons près du Seigneur, plus nous le connaîtrons comme tel. Je ne veux pas dire par là qu’aucune de nos afflictions ne soit jamais une correction ou une discipline : nous savons que nos afflictions ont souvent ce caractère pour ceux que le Seigneur aime le plus, comme ce fut le cas pour Job. Tous, sauf Christ, nous avons à apprendre d’elles la grâce ; et même Lui, il entra dans les souffrances de ceux qui, en Israël, les avaient attirées sur eux par leurs péchés et leur folie, car ses sympathies étaient parfaites, et, Dieu en soit béni, sont parfaites.

Christ souffrit pour la justice, et il souffrit pour le péché ; mais de plus, ayant par grâce pris place au milieu du résidu pieux d’Israël, il entra dans tout ce que le résidu éprouvera en voyant l’état d’Israël (dont, de fait, il fait partie) châtié sous la main gouvernementale de Dieu pour le péché. Tout cela, Christ le sentit comme aucun autre n’a pu le faire. Ses sympathies sont aussi parfaites maintenant, quoiqu’il ne soit plus dans le chemin des souffrances par lesquelles il en a acquis l’expérience.

De plus, c’est seulement dans la partie qui a besoin d’être brisée et corrigée que nous souffrons ; une affliction que le Seigneur touche, quand Christ est avec nous dans la peine, est d’une infinie douceur, bien que cette douceur soit celle de l’affliction. Ce n’est que lorsque la volonté se mêle à l’affliction que celle-ci a de l’amertume, ou bien quand il s’agit d’une peine dans laquelle Christ n’est pas. Mais tout cela est très utile, et nous en avons besoin. Le Seigneur a pris votre cher enfant auprès de Lui dans le ciel, ce qui n’est certainement pas une perte pour lui. Qu’est-ce que Dieu veut nous dire de plus dans ses voies envers nous, envers notre cœur, dans cette affliction ? Celui qui a créé les sentiments d’une mère, sait ce que sont ces sentiments ; il sait ce qu’il a touché, et il sait pourquoi il l’a fait : il a un dessein d’amour dans ce qu’il fait. Il y a chez ceux d’entre nous qui sont les plus sincères une foule de choses dont nous n’avons pas conscience, qui ne sont pas assujetties à Dieu, qui agissent et se montrent sans que nous nous en doutions. Dieu nous arrête ; il entre sur la scène : que de choses il nous montre ! Que de cordes il coupe d’un seul coup ! Tout un faisceau d’affections est touché : nous sentons que la mort y a sa place et sa part. Je n’ai jamais vu une famille, après la première mort, demeurer ce qu’elle était auparavant : le cercle était brisé ; il y avait une brèche. Ce qui appartenait au corps des affections et de la vie d’ici-bas était touché, était trouvé être mortel, était atteint dans sa nature même. Le cours de la vie ne s’arrêtait pas, le flot avait recouvert ce qui y avait été jeté, mais la mort et les affections qui appartiennent à ce monde s’étaient rencontrées. Mais tout cela est bien et bon ; car la mort est entrée dans le monde. Puis, nous vivons dans ces choses ; notre volonté y vit ; et quand notre volonté est brisée, elle est brisée pour toutes choses. Nous apprenons ainsi à nous appuyer davantage sur ce qui jamais ne se brise, non pas pour perdre nos affections, mais pour les avoir davantage en rapport avec Christ, moins avec cette propre volonté de notre nature ; car il faut, maintenant, que la nature meure aussi bien que le péché. Mais Christ ne fait jamais une brèche, si ce n’est pour venir mettre l’âme et le cœur davantage en rapport avec lui-même ; et il vaut la peine de souffrir toutes les afflictions, et plus encore pour apprendre à connaître le moindre atome de son amour et de lui-même : il n’y a rien comme son amour, rien de pareil à Lui ; et c’est quelque chose qui demeure.

En même temps, il se fait une œuvre profitable dans nos cœurs, et nous acquérons plus de capacité pour connaître ce que c’est que la communion avec Christ et pour en jouir, plus de capacité pour nous réjouir en Dieu et le comprendre, pour connaître ce en quoi il prend plaisir et en apprendre la valeur, — plus de capacité morale pour prendre plaisir en ce qui est excellent. Nous savons peu à quelle grande et glorieuse bénédiction nous sommes appelés. Oh ! que les saints puissent connaître cela davantage ! Être avec Dieu, avoir une joie commune avec Dieu, avoir communion avec Lui !

Il y a des âmes qui ont beaucoup de cette joie et de cette communion sur la terre. Dieu les y a introduites. Mais tout ce qui est de la nature ou de la volonté ne peut avoir aucune part là ; et les saints, sans qu’ils déshonorent directement le Seigneur, vivent souvent dans la nature. Alors le Seigneur s’occupe d’eux : « il détourne l’homme de son dessein, pour éloigner de l’homme l’orgueil ».

Oh ! quelle chose précieuse, lorsque l’orgueil est éloigné de nous ! Et combien il l’est complètement quand Dieu s’occupe de nous, et nous amène en sa présence, par quelque moyen que ce soit, car il connaît les secrets ressorts de nos cœurs et il sait comment les toucher. Mais quelle grâce pour nous que ces soins journaliers constants de notre Dieu. « Il ne retire jamais ses yeux de dessus le juste ». Quel Dieu que celui à qui nous avons à faire ! Et tout en amour ! Et quand l’orage a passé, la gloire pour laquelle il nous prépare brillera sans nuage, et ce sera Lui-même, — lui, que nous avons connu dans tous ses tendres soins ! Et encore, quand nous serons dans la gloire de Dieu, la gloire de Dieu illuminera la cité, et l’Agneau sera sa lampe. Nous serons avec le Fils, avec Jésus, jouissant, comme lui et avec lui, de la clarté de la face et de la faveur divine qui resplendissent sur lui. Et quel amour ! — l’amour de Jésus qui nous a amenés là pour toujours avec lui, en vertu de cette faveur, et qui nous en fait jouir maintenant pleinement avec lui-même.

Je demande instamment au Seigneur que cette affliction qui vous a été dispensée soit bénie pour vous et tous vos chers enfants ; qu’ils voient combien la mort est près, mais le Seigneur encore plus près. Dites bien au cher M** combien je sympathise réellement avec lui. La douleur d’un père, quoiqu’elle ait un autre caractère, n’est pas moins profonde que celle d’une mère. Vous devez vous attendre à ce qu’à mesure que le temps s’écoulera, le sentiment actuel de votre perte s’atténuera et en un sens même passera. Je ne veux pas dire par là que le souvenir de votre cher enfant se sera en aucune manière évanoui, mais le caractère de ce souvenir sera changé ; et les enfants que Dieu vous a conservés, et vos occupations journalières, le rendront moins absorbant. Cela est naturel ; en un sens cela est bien : les devoirs de la vie ont leur place qu’il n’est pas bon d’abandonner pour des affections absorbantes. Je voudrais vous recommander instamment de profiter des moments où l’impression et l’effet présent de votre perte sont puissants, pour vous placer devant Dieu et recueillir tout le fruit de ces dispensations et de sa tendre grâce. C’est un temps dans lequel le Seigneur sonde notre cœur et lui montre son amour en même temps. Puissiez-vous croître ainsi beaucoup par cette affliction, douloureuse assurément pour un cœur de mère.

Dans le Seigneur votre toujours affectionné