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L’ÉGLISE — Quelques écrits de 1840 à 1874
J. N. Darby
Table des matières :
3 L’Église comme elle était au commencement et son état actuel
4 Sur la formation des Églises
4.1 Dessein du Seigneur quant au rassemblement des croyants ici-bas
4.2 Position du nationalisme sur la réunion des croyants
4.3 Position de la dissidence sur la réunion des croyants
4.4 Dans l’état de chute de l’économie actuelle, l’homme peut-il la rétablir dans son ancien état ?
4.5 Si l’économie ne peut être restaurée, que reste-t-il à faire ?
4.6 Directions du Saint Esprit pour l’état actuel des choses
4.7 La Parole autorise-t-elle à nommer des présidents ou des pasteurs ?
4.8 Se réunir en comptant seulement sur la promesse du Seigneur
5 La séparation d’avec le mal, principe divin de l’unité
5.1 Le besoin et la recherche de l’unité
5.2 Les dangers de l’unité à tout prix
5.3 Quelle est l’unité que Dieu reconnaît réellement ?
5.4 L’unité ne peut se réaliser sans la séparation du mal
5.5 Comment donc cette unité est-elle formée ?
5.6 L’unité lie à un Christ céleste
5.7 La réalisation pratique de l’unité et la puissance de l’Esprit Saint
6 La grâce, puissance d’unité et de rassemblement
6.2 La séparation a son objet en Dieu
6.3 L’objet du rassemblement en forme le centre d’attraction
6.4 L’amour est la puissance qui rassemble
6.5 La grâce unit selon la sainteté divine
Cette brochure présente quelques textes anciens, écrits par J.N. Darby de 1840 à 1874. Ils ont aidé les croyants de cette époque à discerner ce qu’est et demeure l’Église ou l’Assemblée de Dieu, ainsi que le chemin pour se rassembler au nom du Seigneur Jésus.
Certaines tournures ont été adaptées pour faciliter leur compréhension.
La pertinence de cet enseignement pour aujourd’hui est évidente, toutefois, il est bon de garder en mémoire la date de rédaction de ces textes qui ne peuvent pas contenir d’allusion à des situations actuelles.
1874
Vous me demandez : «Ne trouve-t-on pas des églises dans l’Écriture ?» Je réponds : «Certainement ; mais, qu’est-ce que des églises ?» — L’effet de cette question est de mettre au jour l’état de nos pensées. La plus grande partie des chrétiens pensera immédiatement à ce qu’on appelle des églises dans le monde religieux, et généralement peut-être dans la chrétienté. Ils penseront à l’église presbytérienne, ou libre, ou baptiste ; à l’église de Rome ou à telle autre. Une personne qui vit habituellement dans l’esprit de l’Écriture, pensera à Corinthe ou à quelque autre église nommée dans la Parole. Les faits existants dans la chrétienté, ainsi que les pensées qui y ont cours, sont-ils différents des faits que nous trouvons dans l’Écriture, ou des pensées formées par elle ? Enquérons-nous de ces choses avec un coeur dégagé de préventions, et si nous trouvons l’état actuel bien éloigné de l’état scripturaire, soit en principe, soit en pratique — si nous trouvons, qu’au lieu de la puissance de l’Esprit et de l’unité, tout est en ruines, en dépit d’une belle apparence selon la chair, alors prenons le deuil et crions au Seigneur. Il viendra à notre secours.
Les églises, qu’étaient-elles au temps des apôtres ? Le mot église signifie simplement assemblée, ou, d’après l’usage local de la langue grecque, une assemblée de personnes privilégiées, de citoyens. Toute la multitude des croyants, réunis en un par le Saint Esprit, formait l’Assemblée ou l’Église ; c’était l’Assemblée de Dieu ; seulement ceux qui étaient à Rome ou à Corinthe ne pouvaient pas, cela va sans dire, se réunir à Jérusalem. De là vient qu’il y avait des assemblées en divers lieux, formant chacune, dans sa localité, l’assemblée de Dieu à cet endroit.
Mais, avant de parler des assemblées locales, il nous faut examiner brièvement l’Assemblée considérée comme un tout dans l’Écriture. Elle est envisagée en premier lieu comme l’habitation de Dieu ; en second lieu comme le corps de Christ.
Dans un sens, l’Église n’est pas encore formée, pas complète. Tout ce qui sera uni à Christ dans sa gloire en fait partie. «Je bâtirai mon Assemblée», dit Jésus, «et les portes du hadès ne prévaudront point contre elle». Cela sera infailliblement accompli, et Pierre y fait évidemment allusion quand il dit : «Duquel vous approchant comme d’une pierre vivante,... vous-mêmes aussi, comme des pierres vivantes, êtes édifiés une maison spirituelle» (1 Pierre 2:4-5). Il est dit aussi (Éph. 2:21) : «En qui tout l’édifice, bien ajusté ensemble, croit pour être un temple saint dans le Seigneur». Elle n’est pas encore achevée, mais se continue ; et quoique premièrement l’Église fût un corps visible et public, le Seigneur ajoutant tous les jours à l’assemblée ceux qui devaient être sauvés (Act. 2:47), cette Assemblée est devenue ce qu’on appelle maintenant l’Église invisible. Elle est invisible, mais alors, si elle a dû être la lumière du monde, c’est difficile de parler de la valeur d’une lumière invisible. S’il est reconnu qu’elle est tombée depuis longtemps dans la corruption et l’iniquité, vrai caractère de Babylone, il est évident qu’elle n’a point été la lumière du monde. Les saints persécutés — car Dieu a certainement toujours eu un peuple — ont rendu témoignage, mais le corps publiquement reconnu n’a été que ténèbres, et non pas lumière dans le monde.
Il est encore parlé de l’Assemblée de Dieu d’une autre manière. C’est toujours la maison, une habitation de Dieu, mais elle est établie en se servant de l’homme comme instrument et sous sa responsabilité. «Comme un sage architecte», dit Paul, «j’ai posé le fondement, mais que chacun prenne garde comment il édifie dessus». Voilà l’instrument humain et la responsabilité de l’homme. Il y avait, sur la terre, un vaste corps qui était la maison de Dieu ou son temple. Le Saint Esprit, descendu le jour de la Pentecôte, y faisait sa demeure (1 Cor. 3) . «Vous êtes édifiés ensemble, pour être une habitation de Dieu par l’Esprit» (Éph. 2:22). Ce n’était pas le corps, dans lequel il ne peut y avoir ni foin, ni bois, ni chaume, choses qui doivent être brûlées. La vérité dont nous venons de parler est infiniment intéressante et précieuse ; j’entends cette habitation de Dieu ici-bas, dans sa maison, préparée pour Lui, d’après sa volonté. Dieu n’a jamais demeuré avec Adam innocent, Il le visitait ; pas davantage avec Abraham, qu’Il visitait aussi et bénissait particulièrement ; mais, du moment qu’Israël fut retiré hors d’Égypte, Dieu vint et demeura avec lui. L’habitation de Dieu avec les hommes est le fruit de la rédemption (Voyez Ex. 24:46) . La vraie rédemption est accomplie à la croix, et Dieu s’est formé une habitation pour Lui-même où Il demeure par l’Esprit. Il en est de même pour l’individu (1 Cor. 6), mais je parle maintenant de l’Assemblée, de la maison du Dieu vivant. Elle est à présent, sur la terre, l’habitation de Dieu par l’Esprit. Il demeure et marche au milieu de nous. Nous sommes l’édifice de Dieu. L’homme peut avoir édifié du bois, du foin, du chaume, mais Dieu n’a pas encore exécuté le jugement pour retrancher la maison de devant Lui ; cependant c’est par elle que commencera le jugement.
L’Assemblée est aussi le corps de Christ (Éph. 1:23). C’est par un seul Esprit que nous sommes baptisés en un seul corps. Celui-ci ne sera finalement complet que dans le ciel ; mais il est établi sur la terre ; car le baptême du Saint Esprit a eu lieu quand il est descendu le jour de la Pentecôte (Act. 1:5 ; 1 Cor. 12:13) . Nous trouvons, en outre, dans le même chapitre, qu’Il a mis dans l’Église premièrement des apôtres, en second lieu des prophètes, en troisième lieu des docteurs, ensuite des miracles, des dons de guérison... Il est clair que tout cela est sur la terre. Remarquez aussi, que ces dons sont placés dans l’Église entière, tous quels qu’ils soient, membres d’un seul et même corps. C’est ainsi que l’Église ou l’Assemblée est décrite dans l’Écriture.
Qu’était-ce donc que les églises ou assemblées, sinon des églises locales ? L’apôtre pouvait écrire : «À l’assemblée de Dieu qui est à Corinthe». Elle représentait l’unité tout entière du corps dans cet endroit. «Vous êtes le corps de Christ et ses membres chacun en particulier». Il ne pouvait y avoir dans le même endroit deux corps de Christ pour le représenter. Lorsqu’il s’agit de la Galatie qui était une grande province, il est dit : les églises de Galatie. À Thessalonique, ville de Macédoine, nous avons l’assemblée des Thessaloniciens. Il en est de même quant aux sept églises ; Jean écrit à l’assemblée. Ainsi partout, en quelque lieu que ce soit où était l’assemblée de Dieu on pouvait s’adresser directement à elle en cette qualité. Au chapitre 20 des Actes, Paul appelle les anciens de l’assemblée. Ils étaient établis par le Saint Esprit comme surveillants au milieu du troupeau de Dieu. Tite est laissé en Crète pour établir des anciens dans chaque ville. Nous avons (Act 11:22) «l’assemblée qui est à Jérusalem», bien qu’elle fût excessivement nombreuse. En Actes 13, nous trouvons «l’assemblée qui était là», à Antioche. Paul (Act. 14:21-23) retourne à Lystre, Derbe et Iconium, et leur choisit des anciens dans chaque assemblée. Toute l’Écriture nous fait voir clairement qu’il y avait une seule assemblée dans un lieu, et qu’elle était l’assemblée de Dieu. Ils n’avaient pas d’édifices nommés églises, le Tout-Puissant n’habitant pas dans des temples faits par la main des hommes ; ils se rassemblaient dans des maisons quand ils le pouvaient ; mais le tout formait une assemblée, l’assemblée de Dieu dans ce lieu, et les anciens étaient anciens dans ce tout comme étant un seul corps.
L’assemblée locale représentait l’Assemblée de Dieu tout entière, comme 1 Corinthiens nous le montre. La position des chrétiens qui la composaient, était celle de membres de Christ, de tout le corps de Christ. Selon l’Écriture, on n’est membre que du corps de Christ ; on est un oeil, une main, etc. Le ministère était en relation directe avec cette pensée. Lorsque Christ est monté au ciel, il a donné des dons aux hommes, des apôtres, des prophètes (ceux-ci étaient les dons fondamentaux : Éph. 2:20) ; puis des évangélistes, des pasteurs, des docteurs, qui étaient placés dans l’Église, dans l’Assemblée tout entière (1 Cor. 12).
Si un homme était docteur à Éphèse, il l’était aussi à Corinthe. De même, pour les dons miraculeux, un homme parlait en langue là où il était, son don n’appartenait à aucune assemblée particulière, mais ce membre, ou ce don, était donné à tout le corps sur la terre, au moyen du même Esprit par lequel un homme devenait un serviteur de Christ. En 1 Corinthiens 12, nous voyons le Saint Esprit distribuant les dons sur la terre, tels qu’ils existaient alors. En Éphésiens 4, ils sont donnés d’en haut par Christ, et il n’est fait mention que de ceux qui sont en vue de la perfection des saints, pour l’édification du corps de Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous à la mesure de la stature de la plénitude du Christ. Ce sont là les talents avec lesquels l’homme devait trafiquer, s’il connaissait le maître, et parce qu’il avait reçu ces talents. «Suivant que chacun de vous a reçu quelque don de grâce, employez-le les uns pour les autres, comme bons dispensateurs de la grâce variée de Dieu» (1 Pierre 4:10) . Des règles sont données dans l’Écriture quant à la manière d’exercer ces dons. Les femmes devaient se taire dans les assemblées. Mais mon but, en ce moment, est de faire voir que c’était comme appartenant à toute l’Assemblée de Dieu, en tout lieu, que ceux qui possédaient ces dons devaient les exercer. Les anciens étaient des charges locales et non des dons, mais leur aptitude à enseigner était une qualité désirable, toutefois tous ne la possédaient pas (1 Tim. 5:17). Les anciens étaient anciens de l’assemblée de Dieu dans un endroit déterminé. Les dons devaient s’exercer comme appartenant à tout le corps, et selon la règle scripturaire, là où se trouvait le membre doué.
Le résultat de l’examen que nous avons fait de l’Écriture est que dans chaque ville où il y avait des chrétiens, il y avait une seule assemblée de Dieu ; que les chrétiens étaient membres du corps de Christ, l’Écriture ne reconnaissant pas que l’on soit membre d’autre chose. Enfin, les dons, membres et serviteurs de Christ, par l’opération du Saint Esprit, s’exerçaient, d’après les règles données par l’Écriture, dans toute l’Église, qui était une seule Assemblée de Dieu, dans le monde entier. L’ancien était une charge locale, pour laquelle la personne était choisie et établie par l’apôtre ou par son délégué. Les anciens exerçaient leur office dans la seule assemblée de Dieu, qui se trouvait dans l’endroit où le Saint Esprit les avait établis surveillants (Act. 14:23 ; Tite : Actes 20:17, 28). L’ancien n’était point un don, quoiqu’un don fût désirable pour rendre son service plus efficace, mais la principale chose requise était d’avoir les qualités qui rendaient l’ancien propre à être surveillant.
Il n’existe pas trace de cela dans ce que les hommes appellent actuellement églises. Grâces à Dieu, ils ne peuvent empêcher le Seigneur de faire son oeuvre, ni de susciter des ouvriers qui travaillent au bien de ses élus, suivant sa souveraine direction ; mais les hommes ont organisé des églises, chacun selon sa fantaisie : ils ont oublié l’Église de Dieu et la Parole de Dieu, bien que quelques-uns reconnaissent une Église invisible que la fidélité du Seigneur maintiendra. Cela, ils le laissent à ses soins, et chacun arrange l’Église visible comme il lui semble bon.
Du moment que l’Église, comme corps publiquement manifesté dans le monde, fut tombée dans le papisme (ou dans la corruption grecque avec laquelle nous avons moins à faire en Occident), tout était en ruines selon la prédiction de l’apôtre. Lors de la réformation, les gouvernements civils établirent des églises nationales, car personne ne pensait à l’Église de Dieu ; et, pendant quelque temps, on ne toléra pas autre chose. Ensuite, la liberté religieuse commença à devenir plus commune ; mais, l’idée de ce qu’est l’Église de Dieu étant absente, on organisa des églises, unies d’après un système imaginé par l’homme, ou bien indépendantes les unes des autres, mais que l’homme arrangeait et organisait. La notion de l’Unité du corps, le fait qu’on n’est membre que du corps de Christ, la vérité que le Saint Esprit est sur la terre, que les dons sont donnés par Christ et apportent avec eux la responsabilité de leur exercice, — tout cela était complètement oublié et mis de côté. Il ne restait rien de la vérité scripturaire initiale au sujet de l’Église et de la présence du Saint Esprit.
Le corps épiscopal différait en ce sens qu’il prétendait remonter aux origines par la succession, et constituait les gens membres de Christ par le baptême d’eau, rêverie dont on ne peut trouver trace dans l’Écriture. C’est par un seul Esprit que nous sommes baptisés en un seul corps. On est baptisé d’eau pour la mort de Christ. Mais, laissant de côté les prétentions et les erreurs épiscopales, nous trouvons que le système actuel est celui d’assemblées formées par les hommes sur quelque principe qu’ils ont adopté, avec un homme choisi par eux et mis à leur tête. On devient membre de cette église ou assemblée ainsi formée, et l’on vote comme tel au milieu d’elle. Que ces personnes soient membres de Christ ou non, ce qui les caractérise, c’est qu’elles sont membres de cette assemblée particulière. Dans la plupart des églises, le vote ne crée pas de divisions, c’est la majorité qui décide. Le Saint Esprit n’entre point en question. Toute l’action, du commencement à la fin, vient de l’homme. Que les presbytériens aient divers conseils d’église, qu’il y ait un élément aristocratique dans leur organisation ; que chez les congrégationalistes, les décisions soient prises par chaque corps séparément et par le vote des membres des assemblées ; — le tout est un arrangement humain, formé et conduit par l’homme ; un homme est membre d’un corps que l’homme a organisé, et il agit en conséquence. L’état actuel des choses, c’est une église ou une assemblée dont sont membres un certain nombre de personnes, ayant à leur tête une autre personne qui a fait des études pour le ministère. C’est le troupeau ou l’église de Monsieur tel et tel ; il est payé tant par an ; il peut ou non être converti, mais il est consacré ; peut-être est-il un évangéliste, il sera mis à la place d’un pasteur ; peut-être est-il un pasteur, il devra prêcher au monde. Toutefois, s’il ne réussit pas, on lui donne sa démission, le plus souvent directement, parfois d’une manière indirecte. Toute la constitution de l’Église de Dieu, sa constitution divine, est ignorée — on lui a substitué la constitution de l’homme. On ignore l’ordre du Saint Esprit et sa puissance, ou l’on n’y croit pas du tout.
L’Écriture ne connaît ni membre d’une église, ni pasteur d’un troupeau qui soit le sien, ni assembiée volontaire formée d’après ses propres principes à elle. Rien de semblable dans la Parole, si ce n’est les divisions qui commençaient à se produire parmi les Corinthiens, et que l’apôtre qualifie de charnelles. Il y avait là l’Église de Dieu ; il n’y avait pas les églises des hommes. Si Paul adressait aujourd’hui une épître à l’église de Dieu à -, personne ne saurait à qui la remettre, car un tel corps n’y a pas d’existence reconnue.
Les églises ont supplanté l’Église de Dieu. L’opération de l’Esprit de Dieu est mise de côté. L’Esprit donnait les évangélistes, des serviteurs de Christ pour le monde ; il donnait les pasteurs et docteurs (non pas ceux qu’un troupeau a choisis, ou qui ont leur troupeau), pour exercer leurs dons en quelque lieu que Dieu les conduisit. Ils enseignaient à Éphèse dans l’assemblée de Dieu, quand ils s’y trouvaient ; à Corinthe quand ils s’y trouvaient. Partout où Dieu les envoyait, ils agissaient suivant le don qui leur avait été confié d’en haut ; ils trafiquaient avec leur talent parce que le maître les en avait chargés. Suivant que chacun avait reçu quelque don, il l’employait comme bon dispensateur de la grâce variée de Dieu ; s’il exhortait, il s’appliquait à l’exhortation ; s’il enseignait, à l’enseignement, et cela, dans l’Assemblée de Dieu comme un tout.
L’homme a fait des organisations, mais il a totalement mis de côté, dans la mesure de ses arrangements à lui, l’ordre et les arrangements de Dieu quant à l’Assemblée. C’est ainsi que, pour avoir des églises, on a mis de côté l’Église, l’Assemblée de Dieu. C’est ainsi que les hommes ont remplacé, par des ministres de leur choix, l’Esprit qui répartit ses dons à divers membres, et qu’ils ont négligé la Parole dans laquelle l’ordre de Dieu est révélé. L’Église, l’Esprit et la Parole, sont mis de côté par ce qu’on appelle l’ordre, à savoir l’arrangement et l’organisation des hommes.
On nous dit qu’il doit en être ainsi. Bien plutôt, c’est la foi qui manque pour confier au Seigneur le soin de gouverner et de bénir sa propre maison d’après l’ordre qu’il a établi ; et néanmoins la vraie bénédiction ne peut provenir que de Son opération par l’Esprit qu’il a envoyé du ciel. Quel est l’effet de tout cela ? Il serait peu charitable (et je n’ai pas la moindre envie de le faire) d’exposer ici les tristes conséquences qui en sont souvent le résultat. Elles sont bien connues, même du monde. Mon but est de démontrer que le système est antiscripturaire, et qu’il nie le Saint Esprit et la vraie Église de Dieu. D’ailleurs, il est évident qu’une personne choisie et payée par une assemblée, dont ordinairement la moitié au moins est inconvertie, et qui a pour objet principal l’augmentation du nombre, de l’influence, et l’appui des gens riches, que cette personne, dis-je, devra nécessairement chercher à plaire à ceux qu’elle sert, et s’accommoder à son auditoire. Or, l’apôtre dit : «Si je complaisais encore à des hommes, je ne serais pas esclave de Christ» (Gal. 1:10).
Quant au résultat pratique, j’en appelle à toute personne pieuse et consciencieuse, familière avec l’état de choses actuel. De toute part, j’entends leurs plaintes, mais elles ne songent pas que c’est l’effet naturel et nécessaire du système. Le «ministère» n’est plus l’exercice du don donné par le Seigneur, mais c’est l’éducation et la consécration d’une personne pour une profession, en sorte que, bien souvent, elle n’est pas même convertie. La vraie Église de Dieu, établie sur la terre (1 Cor. 12), est méconnue aussi bien que les vraies églises, qui sont les assemblées de Dieu en chaque lieu. En revanche, les hommes font des églises, suivant leur propre notion de ce qui est bien, et ils sont membres de leurs églises, au lieu d’être considérés comme membres du corps de Christ. Le membre inconverti d’une église a tous les droits et le pouvoir d’un membre converti de Christ.
L’influence des richesses l’emporte sur l’Esprit de Dieu ; une majorité décide des cas et non pas la direction de l’Esprit. Si une majorité avait décidé à Corinthe, quel en eût été l’effet ? Dans tout le système, l’homme, la volonté de l’homme, l’organisation humaine, ont pris la place de l’Esprit et de la Parole de Dieu, et de ce que Dieu avait organisé Lui-même, selon les déclarations de cette Parole.
On m’objecte : «N’y avait-il donc pas des églises alors ?» Je réponds : Certainement, et c’est ce qui démontre le caractère antiscripturaire de ce qui existe. Qu’on me montre dans l’Écriture une chose telle qu’un corps séparé et distinct, dont on est membre et que l’on appelle aujourd’hui une église. Tout cela est antiscripturaire et met de côté ce qu’on trouve dans l’Écriture, pour établir quelque chose d’autre.
Je ne traite pas de plusieurs sujets collatéraux, tels que l’état de ruine de l’Église comme un tout, la venue du Seigneur, etc., désirant m’en tenir à cette question : l’ordre de choses actuel est-il scripturaire ou antiscripturaire ? Que des hommes qui ont bu du vin vieux en veuillent aussitôt du nouveau, je conçois que cela soit peu probable ; mais heureux celui qui suit la Parole et reconnaît le Saint Esprit, fût-il même seul à le faire. La parole du Seigneur demeure éternellement, il en est de même de celui qui fait sa volonté. Les chapitres 3 et 4 de la seconde épître à Timothée, indiquent clairement quel est l’état de l’Église et le chemin du croyant aux derniers jours ; tandis que la première épître nous présente les détails extérieurs de l’Église à son début, ordonnés par les soins apostoliques.
1866
Nous pouvons considérer l’Église sous deux points de vue. Premièrement, elle est l’ensemble des enfants de Dieu, formés en un seul corps, unis par la puissance du Saint Esprit au Christ Jésus, l’homme glorifié, monté au ciel. En second lieu, elle est la maison ou l’habitation de Dieu par l’Esprit.
Le Sauveur s’est donné lui-même, non seulement pour sauver parfaitement ceux qui croient en Lui, «mais aussi pour rassembler en un les enfants de Dieu dispersés» (Jean 11:52). Christ a parfaitement accompli l’oeuvre de la rédemption ; ayant offert un seul sacrifice pour les péchés, Il s’est assis à la droite de Dieu. — «Car par une seule offrande il a rendu parfaits à perpétuité ceux qui sont sanctifiés» . Le Saint Esprit nous en rend témoignage en disant : «Je ne me souviendrai plus de leurs péchés ni de leurs iniquités» (Héb. 10:14, 17). L’amour de Dieu nous a donné Jésus ; la justice de Dieu est pleinement satisfaite par son sacrifice, et Il est assis à la droite de Dieu, témoignage constant que l’oeuvre de la rédemption est accomplie, que nous sommes acceptés en Lui et que nous posséderons la gloire à laquelle nous sommes appelés. Conformément à sa promesse, Jésus nous a envoyé du ciel le Saint Esprit, le Consolateur. Ce dernier demeure en nous qui croyons en Jésus, et nous a scellés pour le jour de la rédemption, c’est-à-dire pour la glorification de nos corps. Le même Esprit est encore les arrhes de notre héritage.
Toutes ces choses pourraient être vraies, alors même qu’il n’y aurait pas une Église sur la terre. Il y a des individus sauvés, il y a des enfants de Dieu héritiers de la gloire du ciel, mais être unis à Christ, membres de son corps, de sa chair et de ses os, c’est une autre chose ; et c’est autre chose encore d’être l’habitation de Dieu par l’Esprit. Nous parlerons de ces derniers points.
Il est très clairement montré dans les Saintes Écritures que l’Église est le corps de Christ. Non seulement nous sommes sauvés par Christ, mais nous sommes en Christ et Christ en nous. Le vrai chrétien qui jouit de ses privilèges, sait par le moyen du Saint Esprit qu’il est en Christ et Christ en lui. «En ce jour-là» , dit le Seigneur, «vous connaîtrez que moi je suis en mon Père, et vous en moi, et moi en vous» (Jean 14:20). Dans ce jour c’est-à-dire dans le jour où vous aurez reçu l’Esprit saint envoyé du ciel. Celui qui est uni au Seigneur est un même Esprit.
Ainsi, nous sommes en Christ et membres de son corps. Cette doctrine est développée dans l’épître aux Éphésiens, chapitres 1-3. Qu’y a-t-il de plus clair que cette parole : «Il l’a donné pour être chef sur toutes choses à l’Assemblée qui est son corps» ? Remarquez que ce fait merveilleux commença, ou fut trouvé existant, aussitôt après que le Christ a été glorifié dans le ciel, bien que tout ce qui est contenu dans ces versets ne soit pas encore accompli. Dieu, dit l’apôtre, nous a ressuscités ensemble avec Lui, nous a fait asseoir en Lui dans les lieux célestes — non pas encore avec Lui, mais «en Lui». Et au chapitre 3 : «Lequel [mystère] en d’autres générations n’a pas été donné à connaître aux fils des hommes, comme il a été maintenant révélé à ses saints apôtres et prophètes par l’Esprit : savoir que les nations seraient cohéritières et d’un même corps et coparticipantes de sa promesse dans le Christ Jésus par l’Évangile... afin que la sagesse si diverse de Dieu soit maintenant donnée à connaître aux principautés et aux autorités, dans les lieux célestes, par l’assemblée».
Ici donc, l’Église est formée sur la terre par le Saint Esprit descendu du ciel après que Christ a été glorifié. Elle est unie à Christ, sa tête céleste, et tous les vrais croyants sont ses membres par le même Esprit. Cette précieuse vérité est exprimée par d’autres passages ; par exemple, dans l’épître aux Romains, chapitre 12
«Car comme, dans un seul corps, nous avons plusieurs membres, et que tous les membres n’ont pas la même fonction, ainsi nous qui sommes plusieurs, sommes un seul corps en Christ, et chacun individuellement membres l’un de l’autre» .
Il n’est pas nécessaire de citer d’autres textes ; nous appellerons seulement l’attention de nos lecteurs sur le chapitre 12 de la première épître aux Corinthiens. Il est clair comme le jour que l’apôtre parle ici de l’Église sur la terre, non d’une Église future dans le ciel, et pas davantage d’églises dispersées dans le monde, mais de l’Église comme d’un tout, représentée toutefois par l’église de Corinthe. C’est pourquoi il est dit au commencement de l’épître : «À l’assemblée de Dieu qui est à Corinthe, aux sanctifiés dans le Christ Jésus, saints appelés, avec tous ceux qui en tous lieux invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, et leur Seigneur et le nôtre». La totalité de l’Église est clairement indiquée par ces mots : «Et Dieu a placé les uns dans l’Assemblée : — d’abord des apôtres, en second lieu des prophètes, en troisième lieu des docteurs, ensuite des miracles, puis des dons de grâce de guérisons». Il est évident que les apôtres n’étaient pas dans une église particulière et que les dons de guérisons ne pouvaient s’exercer dans le ciel. C’est bien l’Église universelle sur la terre ; cette Église est le corps de Christ et les vrais croyants en sont les membres. Elle est une par le baptême du Saint Esprit. «Car de même que le corps est un et qu’il a plusieurs membres, mais que tous les membres du corps, quoiqu’ils soient plusieurs, sont un seul corps, ainsi aussi est le Christ» (v. 12) . Puis après avoir dit que chacun de ces membres travaille selon sa propre fonction dans le corps, il ajoute (v. 27) : «Or vous êtes le corps de Christ, et ses membres chacun en particulier». Souvenez-vous que ceci a lieu en conséquence du baptême du Saint Esprit descendu du ciel. Par conséquent, ce corps existe sur la terre et embrasse tous les chrétiens là où ils sont ; ils ont reçu le Saint Esprit, par lequel ils sont les membres de Christ et membres les uns des autres. Combien cette unité est belle ! Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; et si un membre est honoré, tous les membres s’en réjouissent avec lui.
La Parole nous enseigne là que les dons sont membres de tout le corps et qu’ils appartiennent au corps tout entier. Les apôtres, les prophètes, les docteurs, sont dans l’Église, et non dans une église particulière. Il en résulte que ces dons donnés par le Saint Esprit sont exercés dans toute l’Église, là où le membre qui les possède se trouve, parce qu’il est membre du corps. Si Apollos enseigne à Éphèse, il enseigne à Corinthe, et dans chaque localité où il pourra se trouver. L’Église est donc le corps de Christ, uni à Lui qui est sa tête dans le ciel. Nous devenons membres de ce corps par le Saint Esprit habitant en nous, et tous les chrétiens sont membres les uns des autres. Cette Église, qui sera bientôt consommée dans le ciel, est formée maintenant sur la terre par le Saint Esprit envoyé du ciel, qui habite avec nous, et par lequel tous les vrais croyants sont baptisés en un seul corps. Comme membres d’un seul corps, les dons sont exercés dans l’Église entière.
Il y a encore, comme nous l’avons dit, un autre caractère de l’Église de Dieu sur la terre ; elle y est l’habitation de Dieu. Il est intéressant de remarquer qu’il n’en était pas ainsi avant que la rédemption soit accomplie. Dieu n’habitait pas avec Adam même lorsqu’il était encore innocent, ni avec Abraham, mais Il visitait avec condescendance le premier homme dans le paradis, puis ensuite le père des croyants ; néanmoins Il n’a jamais habité avec eux. Mais dès qu’Israël fut retiré d’Égypte, un peuple racheté (Ex. 15:13), Dieu commença à habiter au milieu de son peuple. Aussitôt que la construction du tabernacle est révélée et réglée, Dieu dit : «J’habiterai au milieu des enfants d’Israël, et je leur serai Dieu ; et ils sauront que moi, l’Éternel, je suis leur Dieu, qui les ai fait sortir du pays d’Égypte, pour habiter au milieu d’eux. Je suis l’Éternel, leur Dieu» (Ex. 29:45-46) . Après avoir délivré son peuple, Dieu habite au milieu de lui, et la présence de Dieu est son plus grand privilège.
La présence du Saint Esprit est ce qui caractérise les vrais croyants en Christ. «Votre corps est le temple du Saint Esprit» (1 Cor. 6:19) . «Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, celui-ci n’est pas de Lui» (Rom. 8:9) .
Les chrétiens, collectivement, sont le temple de Dieu, et l’Esprit de Dieu habite en eux (I Cor. 3:16). -Sans parler du chrétien individuellement, je dirai que l’Église sur la terre est l’habitation de Dieu par l’Esprit. Quel précieux privilège ! La présence de Dieu Lui-même, source de joie, de force, de sagesse pour son peuple ! Nous avons en même temps une très grande responsabilité quant à la manière dont nous traitons un pareil hôte. Je citerai quelques passages pour prouver cette vérité. «Ainsi donc, vous n’êtes plus étrangers, ni forains, mais vous êtes concitoyens des saints, et gens de la maison de Dieu, ayant été édifiés sur le fondement des apôtres et prophètes, Jésus Christ lui-même étant la maîtresse pierre du coin, en qui tout l’édifice, bien ajusté ensemble, croît pour être un temple saint dans le Seigneur, en qui, vous aussi, vous êtes édifiés ensemble, pour être une habitation de Dieu par l’Esprit» (Éph. 2:19-22) .
Nous voyons ici que, cet édifice étant déjà commencé sur la terre, l’intention de Dieu est d’avoir un temple, composé de tous ceux qui croient, après que Dieu a aboli le mur de clôture qui excluait les Gentils : et cet édifice croît, jusqu’à ce que tous les chrétiens soient réunis dans la gloire. En attendant, les croyants sur la terre forment le tabernacle de Dieu, son habitation par l’Esprit qui demeure au milieu de l’Église.
En 1 Timothée 3:14-15, l’apôtre dit : «Je t’écris ces choses, espérant me rendre bientôt auprès de toi ; mais si je tarde, — afin que tu saches comment il faut se conduire dans la maison de Dieu, qui est l’assemblée du Dieu vivant, la colonne et le soutien de la vérité». D’après ces mots, nous voyons que les chrétiens sur la terre sont la maison du Dieu vivant, et que cette épître enseigne à Timothée comment il doit se conduire dans cette maison. Nous voyons aussi que le chrétien est responsable de maintenir la vérité dans le monde. L’Église n’a pas à enseigner, mais les apôtres enseignent, les docteurs enseignent, et le chrétien maintient la vérité en y étant fidèle. L’Église est le témoin de la vérité dans le monde. Ceux qui cherchent la vérité ne la cherchent pas chez les païens, les Juifs ou les mahométans, mais dans l’Église chrétienne. Celle-ci n’est pas une autorité pour la vérité, c’est la Parole qui est l’autorité. L’Église est le vaisseau qui contient la vérité ; et là où la vérité n’est pas, il n’y a pas d’Église. L’Église est le corps de Christ, et ce dernier en est la tête dans le ciel.
Telle est la maison de Dieu sur la terre. Quand l’Église sera complète, elle rejoindra Christ dans le ciel, revêtue de la même gloire que son Époux.
Il est nécessaire, avant de parler de l’état de l’Église telle qu’elle était au commencement, de faire remarquer une différence qui se trouve dans la Parole de Dieu, quant à la maison. Le Seigneur dit : «sur ce roc je bâtirai mon Assemblée». C’est Christ lui-même qui bâtit son Église ; par conséquent les portes du hadès ne prévaudront point contre elle (*). Ici, ce n’est pas l’homme qui bâtit, mais Christ. C’est pourquoi l’apôtre Pierre, lorsqu’il parle de la maison spirituelle, ne dit rien des ouvriers : «Vous approchant comme d’une pierre vivante... vous-mêmes aussi, comme des pierres vivantes, êtes édifiés une maison spirituelle, une sainte sacrificature» (1 Pierre 2:5) . C’est là l’oeuvre de la grâce dans le coeur de l’individu, par laquelle l’homme s’approche de Christ. À l’appui de cela, il est dit en outre que «le Seigneur ajoutait tous les jours à l’assemblée ceux qui devaient être sauvés» (Actes 2:47) . Cette oeuvre ne pouvait se dégrader, puisqu’elle est l’oeuvre de Dieu, efficace pour l’éternité, et manifestée dans le temps. Nous lisons encore dans l’épitre aux Éphésiens, chapitre 2 : «édifiés sur le fondement des apôtres et prophètes, Jésus Christ lui-même étant la maîtresse pierre du coin, en qui tout l’édifice, bien ajusté ensemble, croît pour être un temple saint dans le Seigneur». Cet édifice qui s’accroît, peut être manifesté aux yeux des hommes ; mais, si l’effet de cette oeuvre de grâce efficace n’est pas manifesté dans son unité extérieure devant les yeux des hommes, Dieu ne manquera pas pour cela de faire son oeuvre, en rassemblant ses enfants pour la vie éternelle. Les âmes viennent à Christ et sont édifiées sur Lui.
(*) On observera qu’il n’y a pas des clefs pour l’Église. On ne bâtit pas avec des clefs, les clefs sont pour le royaume.
Les apôtres Jean et Paul, et plus particulièrement le dernier, parlent de l’unité manifestée devant les hommes, en témoignage aux hommes de la puissance de l’Esprit. Nous lisons en Jean 17 : «Or je ne fais pas seulement des demandes pour ceux-ci, mais aussi pour ceux qui croient en moi par leur parole ; afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi ; afin qu’eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que toi tu m’as envoyé». Ici, l’unité des enfants de Dieu est un témoignage envers le monde de ce que Dieu a envoyé Jésus afin que le monde croie. Comme conséquence de cette vérité, il est évident que le devoir des enfants de Dieu est d’en montrer la réalité. Chacun reconnaît combien l’état contraire est une arme dans la main des ennemis de cette même vérité.
Le caractère de la maison et la doctrine de la responsabilité des hommes sont encore enseignés dans d’autres passages de la Parole de Dieu. Paul dit : «Vous êtes l’édifice de Dieu. Selon la grâce de Dieu qui m’a été donnée, comme un sage architecte, j’ai posé le fondement, et un autre édifie dessus ; mais que chacun considère comment il édifie dessus». Ici, c’est l’homme qui construit. La maison de Dieu est manifestée sur la terre. L’Église est l’édifice de Dieu, mais nous n’avons pas là l’oeuvre de Dieu seulement, c’est-à-dire ceux qui viennent à Dieu attirés par l’Esprit Saint, mais l’effet de l’oeuvre des hommes, qui ont souvent bâti avec du bois, du foin, du chaume, etc.
Les hommes ont confondu la maison extérieure, bâtie par les hommes, avec l’oeuvre de Christ qui peut être identique avec celle des hommes, mais peut aussi s’en écarter largement. De faux docteurs attribuent tous les privilèges du corps de Christ à la grande maison, composée de toutes sortes d’iniquités et d’hommes corrompus. Cette fatale erreur ne détruit pas la responsabilité des hommes en ce qui regarde la maison de Dieu, son habitation par le Saint Esprit comme aussi cette responsabilité n’est pas détruite par rapport à l’unité de l’Esprit, en un seul corps sur la terre.
Il me paraît important de signaler cette différence, parce qu’elle jette du jour sur les questions actuelles. Mais poursuivons notre sujet. Quel était l’état de l’Église au commencement à Jérusalem ? Nous voyons que la puissance du Saint Esprit y était merveilleusement manifestée. «Et tous les croyants étaient en un même lieu, et ils avaient toutes choses communes, et ils vendaient leurs possessions et leurs biens, et les distribuaient à tous, selon que chacun pouvait en avoir besoin. Et tous les jours, ils persévéraient d’un commun accord dans le temple, et, rompant le pain dans leurs maisons, ils prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de coeur, louant Dieu et ayant la faveur de tout le peuple. Et le Seigneur ajoutait tous les jours à l’assemblée ceux qui devaient être sauvés». Et au chapitre 4 : «La multitude de ceux qui avaient cru était un coeur et une âme ; et nul ne disait d’aucune des choses qu’il possédait, qu’elle fût à lui, mais toutes choses étaient communes entre eux. Et les apôtres rendaient avec une grande puissance le témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus ; et une grande grâce était sur eux tous. Car il n’y avait parmi eux aucune personne nécessiteuse ; car tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, et apportaient le prix des choses vendues, et le mettaient aux pieds des apôtres ; et il était distribué à chacun, selon que l’un ou l’autre pouvait en avoir besoin» (Act. 4:32-35). Quelle magnifique description de l’effet de la puissance de l’Esprit dans leurs coeurs, effet qui ne disparut que trop tôt et pour toujours ; mais les chrétiens doivent chercher à réaliser cet état autant qu’il leur est possible.
La méchanceté du coeur de l’homme se montra promptement : Ananias et Sapphira, puis les murmures des Grecs envers les Hébreux, parce que leurs veuves étaient négligées dans les distributions journalières, manifestèrent que le péché du coeur de l’homme joint à l’oeuvre du diable, agissait déjà dans le sein de l’Église. Mais, dans le même temps, le Saint Esprit était dans l’Église, y agissait, et suffisait pour ôter le mal et le changer en bien ; l’Église était une, connue du monde, et l’on pouvait dire alors, que les apôtres, ayant été mis dehors, retournaient auprès des leurs. Une seule Église, remplie du Saint Esprit, rendait témoignage au salut de Dieu et à Sa présence sur la terre ; et Dieu ajoutait à cette Église ceux qui étaient sauvés. Cette Église fut dispersée par la persécution, hormis les apôtres qui demeurèrent à Jérusalem. Dieu suscite alors Paul pour être son messager auprès des Gentils. Il commence à édifier l’Église parmi les Gentils et enseigne qu’en elle il n’y a ni Juifs, ni Gentils, mais que tous sont un et le même corps en Christ. Non seulement l’existence de l’Église parmi les Gentils est proclamée, mais de plus la doctrine de l’Église, de son unité, de l’union des Juifs et des Gentils en un corps, est mise en exécution. Elle a été l’objet du conseil de Dieu dès avant la fondation du monde, cachée en Dieu ; mystère caché dès les siècles en Dieu, afin de montrer aux principautés et aux puissances dans les lieux célestes, par l’Église, la sagesse variée de Dieu : qui n’avait pas été donnée à connaître dans d’autres siècles parmi les fils des hommes comme elle a été maintenant révélée à ses saints apôtres et prophètes (*) par l’Esprit. C’est ainsi qu’il est dit aux Colossiens (1:26) : «Le mystère qui avait été caché dès les siècles et dès les générations, mais qui a été maintenant manifesté à ses saints».
(*) Il faut observer que l’apôtre parle seulement des prophètes du Nouveau Testament.
Les chrétiens étaient tous connus, admis publiquement dans l’Église, Gentils aussi bien que Juifs. L’unité était manifestée. Tous les saints étaient membres d’un seul corps, du corps de Christ ; l’unité du corps était reconnue, elle était une vérité fondamentale du christianisme. Dans chaque localité, il y avait une manifestation de cette unité de l’Église de Dieu sur la terre ; si bien qu’une épître de Paul adressée à l’église de Dieu à Corinthe, arrivait à une seule assemblée ; et l’apôtre pouvait ajouter ensuite : «avec tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, et leur Seigneur et le nôtre» ; néanmoins, si nous parlons spécialement de ceux qui étaient à Corinthe, il dit : «Vous êtes le corps de Christ, et ses membres chacun en particulier». Si un chrétien, membre du corps de Christ, allait d’Éphèse à Corinthe, il était nécessairement aussi membre du corps de Christ dans cette dernière assemblée. Les chrétiens ne sont pas membres d’une assemblée, mais de Christ. L’oeil, l’oreille, le pied ou quelque autre membre que ce soit qui était à Corinthe, l’était aussi à Éphèse. En un mot nous ne trouvons pas l’idée de membre d’une église, mais de membres de Christ.
Le ministère, tel qu’il est présenté dans la Parole, est aussi une preuve de la même vérité. Les dons, source du ministère, donnés par le Saint Esprit, étaient dans l’Église (1 Cor. 12:8-12, 28). Ceux qui les possédaient étaient membres du corps. Si Apollos était docteur à Corinthe, il était aussi bien docteur à Éphèse. S’il était l’oeil, l’oreille, ou tel autre membre du corps de Christ à Éphèse, il l’était encore à Corinthe. Rien n’est plus clairement exprimé que ce qui est dit sur ce sujet dans 1 Corinthiens 12 : un corps, plusieurs membres ; l’Église une, et en elle les dons que le Saint Esprit a donnés — dons qui étaient exercés dans chaque localité quel que fût celui qui les possédât. Le chapitre 4 de l’épître aux Éphésiens contient la même vérité. Lorsque Christ est monté en haut, Il «a donné des dons aux hommes... et a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs ; en vue du perfectionnement des saints, pour l’oeuvre du service, pour l’édification du corps de Christ ; jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature de la plénitude du Christ ; afin que nous ne soyons plus de petits enfants, ballottés et emportés çà et là par tout vent de doctrine dans la tromperie des hommes, dans leur habileté à user de voies détournées pour égarer ; mais que, étant vrais dans l’amour, nous croissions en toutes choses jusqu’à Lui qui est le chef, le Christ ; duquel tout le corps, bien ajusté et lié ensemble par chaque jointure du fournissement, produit, selon l’opération de chaque partie dans sa mesure, l’accroissement du corps pour l’édification de lui-même en amour».
Cette unité et la libre activité des membres étaient réalisées au temps des apôtres. Chaque don était pleinement reconnu comme étant suffisant pour accomplir l’oeuvre du Seigneur, et était librement exercé. Les apôtres travaillaient comme apôtres, et de même ceux qui avaient été dispersés à l’occasion de la première persécution, travaillaient dans l’oeuvre suivant la mesure de leurs dons. C’est ainsi que les apôtres enseignaient (1 Pierre 4:10, 11 ; 1 Cor. 14:26, 29) ; c’est ainsi que les chrétiens enseignaient. Le diable cherchait à détruire cette unité, mais il n’y parvint pas aussi longtemps que les apôtres vécurent. Il employait le Judaïsme pour atteindre ce but ; mais le Saint Esprit conserva l’unité, comme nous le lisons dans Actes 15. Le diable chercha à créer des sectes au moyen de la philosophie (1 Cor. 2), et de ces deux choses ensemble (Col. 2) ; tous ses efforts furent vains. Le Saint Esprit agissait au milieu de l’Église, ainsi que la sagesse donnée aux apôtres pour maintenir l’unité et la vérité de l’Église contre la puissance de l’ennemi. Plus on lit les Actes et les épîtres, plus on voit cette unité et cette vérité. L’union de ces deux choses ne peut avoir son effet que par l’action du Saint Esprit. La liberté individuelle n’est pas l’union ; et l’union entre les hommes ne laisse pas à l’individu sa pleine liberté. Lorsque le Saint Esprit gouverne, il unit nécessairement les frères entre eux et agit en chacun d’eux suivant le but qu’il s’est proposé à lui-même en les unissant, c’est-à-dire, suivant son propre but. C’est ainsi que le Saint Esprit rassemble tous les saints en un seul corps, et agit en chacun d’eux d’après sa volonté, les conduisant dans le service du Seigneur pour la gloire de Dieu et l’édification du corps.
Telle était l’Église ! Qu’est-elle à cette heure, et où existe-t-elle ? Elle sera parfaite dans le ciel, d’accord ; mais où la trouver maintenant sur la terre ? Les membres du corps de Christ sont dispersés ; plusieurs sont cachés dans le monde, d’autres sont au milieu de la corruption religieuse ; il s’en trouve soit dans une secte, soit dans une autre, et toutes sont en rivalité pour attirer ceux qui sont sauvés. Plusieurs, grâces à Dieu, cherchent l’unité ; mais qui est-ce qui l’a trouvée ? Il ne suffit pas de dire que par le même Esprit, nous avons été baptisés en un seul corps : «Afin qu’ils soient un...» dit le Seigneur, «et que le monde croie que c’est toi qui m’as envoyé». Nous ne sommes pas un ; l’unité du corps n’est pas manifestée. Au commencement elle était clairement manifestée, et, dans chaque ville, cette unité était évidente aux yeux du monde. Tous les chrétiens marchaient partout comme étant la seule Église. Celui qui était membre de Christ dans une localité, l’était aussi dans une autre et celui qui avait une lettre de recommandation était reçu partout, puisqu’il n’y avait qu’une assemblée.
La cène était le signe extérieur de l’unité. «Nous qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps, car nous participons tous à un seul et même pain» (1 Cor. 10:17). Le témoignage que l’Église rend aujourd’hui est plutôt celui-ci : que le Saint Esprit, sa puissance et sa grâce, ne peut surmonter les causes de divisions. La plus grande portion de ce que l’on nomme l’Église est le siège de la corruption la plus grossière et la majorité de ceux qui se vantent de sa lumière sont des incrédules. Grecs, Romains, Luthériens, Réformés, ne prennent pas la cène ensemble ; ils se condamnent les uns les autres. La lumière des enfants de Dieu qui se trouvent dans des sectes diverses, est mise sous le boisseau ; et ceux qui sont séparés de ces corps, parce qu’ils ne peuvent supporter cette corruption, sont divisés en cent parties qui ne veulent pas prendre la cène ensemble. Ni les uns, ni les autres, ne prétendent être l’Église de Dieu, mais ils disent qu’elle est devenue invisible. Quelle est donc la valeur d’une lumière invisible ? Néanmoins il n’y a ni humiliation, ni confession, en reconnaissant que la lumière est devenue invisible. L’unité, en tant que manifestation, est détruite. L’Église, qui une fois était belle, unie, céleste, a perdu son caractère ; elle est cachée parmi le monde ; les chrétiens eux-mêmes sont mondains, pleins de convoitises, avides de richesses, d’honneurs, de pouvoir, semblables aux enfants de ce siècle. Ils sont une épître, dans laquelle nul ne peut lire un seul mot de Christ (*). La plus grande partie de ce qui porte le nom de chrétien est infidèle ou forme la secte de l’ennemi, et les vrais chrétiens sont perdus au milieu de la multitude. Où trouverons-nous un seul pain, l’emblème du corps ? Où est la puissance de l’Esprit qui unit les chrétiens en un seul corps ? Qui peut nier que les chrétiens aient été tels ? Et ne sont-ils pas coupables de n’être plus ce qu’ils furent ? Pouvons-nous trouver bon que l’on soit dans un état tout différent de celui dans lequel l’Église était au commencement, et que la Parole réclame de nous ? Nous devrions être profondément affligés d’un état tel que celui de l’Église dans le monde, parce qu’il ne répond en rien au coeur et à l’amour de Christ. Les hommes se contentent d’avoir l’assurance de leur salut éternel.
(*) Il n’est pas dit que nous devons être une épître de Christ, mais : «vous êtes l’épître de Christ».
Cherchons-nous ce que la Parole dit sur ce point ? Nous trouvons en Romains 11, d’une manière générale, ce qui concerne chaque économie ou dispensation, les voies de Dieu envers les Juifs et envers les branches d’entre les Gentils qui ont été substituées aux Juifs : «Considère donc la bonté et la sévérité de Dieu : la sévérité envers ceux qui sont tombés ; la bonté de Dieu envers toi, si tu persévères dans cette bonté ; puisque autrement, toi aussi, tu seras coupé». N’est-ce pas une chose bien sérieuse, que le peuple de Dieu sur la terre soit retranché ? Certainement les fidèles sont et seront gardés ; car Dieu ne manque jamais à sa fidélité ; mais tous les systèmes dans lesquels Il se glorifie peuvent être jugés et retranchés. La gloire de Dieu, sa présence visible et réelle, était à Jérusalem, son trône était entre les chérubins. Lors de la captivité à Babylone, sa présence abandonna Jérusalem, et sa gloire ainsi que sa présence ne furent plus dans le temple, au milieu du peuple. Bien que sa longue patience envers eux ait duré jusqu’au temps où Christ fut rejeté, Dieu les a retranchés, quant à ce qui concerne l’alliance. Le résidu devint des chrétiens, mais tout le système fut terminé par le jugement. Le système chrétien aura la même issue, s’il ne persévère pas dans la bonté de Dieu ; et il n’y a pas persévéré. C’est pourquoi, bien que j’aie la ferme conviction que tout vrai chrétien sera préservé et enlevé au ciel, en ce qui concerne le témoignage de l’Église sur la terre, cette maison de Dieu par l’Esprit, il n’existera plus. Pierre avait dit : «Le temps est venu de commencer le jugement par la maison de Dieu» (1 Pierre 4:17) ; et du temps de Paul, le mystère d’iniquité se mettait en train et devait continuer jusqu’à ce que l’homme de péché soit là. Déjà du temps de l’apôtre, chacun cherchait son propre intérêt et non celui de Christ. L’apôtre nous dit encore, qu’après son départ il entrerait dans l’Église des loups redoutables qui n’épargneraient pas le troupeau (Actes 20:29) ; il dit que, dans les derniers jours, il surviendrait des temps fâcheux, les hommes ayant la forme de la piété, mais en ayant renié la puissance ; les méchants et les imposteurs allant de mal en pis, séduisant et étant séduits (2 Tim. 3:5, 13) ; et que finalement l’apostasie aurait lieu.
Tout cela constitue-t-il la persévérance dans la grâce de Dieu ? Cette infidélité est-elle chose inconnue dans l’histoire de l’homme ? Dieu a toujours commencé par placer ses créatures dans une bonne position, mais la créature a invariablement abandonné la position dans laquelle Dieu l’avait mise, y étant devenue infidèle. Dieu, après un long support, ne rétablit jamais dans la position de laquelle on est déchu. Il n’appartient pas à ses voies de restaurer une chose qui a été gâtée : mais il la retranche, pour introduire quelque chose de tout à fait nouveau, bien meilleur que ce qui avait été auparavant. Adam est tombé, et Dieu veut que le second Adam soit le Seigneur du ciel. Dieu a donné la loi à Israël, qui fit le veau d’or avant que Moïse soit redescendu de la montagne ; et Dieu veut écrire la loi dans le coeur de son peuple. Dieu a établi la sacrificature d’Aaron, et ses fils offrent immédiatement un feu étranger ; dès lors Aaron ne put plus entrer dans le lieu très-saint dans ses vêtements de gloire et de beauté. Dieu a fait asseoir le fils de David sur le trône de l’Éternel (1 Chr. 29:23), mais l’idolâtrie ayant été introduite par lui, le royaume est divisé et le trône du monde donné par Dieu à Nebucadnetsar, qui fait une statue d’or et jette les fidèles dans la fournaise ardente. En toute occasion l’homme est infidèle ; et Dieu, après l’avoir longtemps supporté, intervient en jugement, et au système précédent en substitue un meilleur.
Il est intéressant d’observer comment toutes les choses qui ont failli, sont rétablies d’une manière plus excellente dans le second homme. L’homme sera exalté en Christ, la loi écrite dans le coeur des Juifs, la sacrificature exercée par Jésus Christ. Il est le fils de David qui régnera sur la maison d’Israël ; il gouvernera les nations. Il en est de même en ce qui concerne l’Église ; elle a été infidèle, elle n’a pas maintenu la gloire de Dieu qui lui avait été confiée ; à cause de cela, comme système, elle sera retranchée de la terre ; l’ordre de choses établi par Dieu prendra fin par le jugement ; les fidèles monteront au ciel dans une condition bien meilleure, pour être rendus conformes à l’image du Fils de Dieu, et le royaume du Seigneur sera établi sur la terre. Toutes ces choses seront un admirable témoignage de la fidélité de Dieu, qui accomplira tous ses desseins en dépit de l’infidélité de l’homme. Mais est-ce que cela anéantit la responsabilité de l’homme ? Comment Dieu jugerait-il le monde ? dit l’apôtre. Nos coeurs ne sentent-ils pas que nous avons traîné la gloire de Dieu dans la poussière ? Le mal a commencé dès le temps des apôtres ; chacun y a ajouté sa part ; l’iniquité des siècles est accumulée sur nous ; bientôt la maison de Dieu sera jugée, le sang de tous les justes a été redemandé à la nation juive, et Babylone aussi sera trouvée coupable du sang de tous les saints.
Il est vrai que nous serons enlevés au ciel ; mais avec cela ne devons-nous pas être affligés de la ruine de la maison de Dieu ? Oui, sans doute : elle était une, témoignage magnifique de la gloire de son Chef par la puissance du Saint Esprit, unie, céleste, faisant par-là connaître au monde l’effet de la puissance du Saint Esprit, qui mettait l’homme au-dessus de tout motif humain, faisait disparaître les distinctions et les diversités, amenait les croyants de toutes contrées et de toutes classes à être une seule famille, un seul corps, une Église ; témoignage puissant de la présence de Dieu sur la terre au milieu des hommes.
On objecte que nous ne sommes pas responsables des péchés de nos prédécesseurs. Ne sommes-nous pas responsables de l’état dans lequel nous sommes trouvés ? Les Néhémie, les Daniel, se sont-ils excusés des péchés du peuple ? N’ont-ils pas plutôt confessé le misérable état du peuple de Dieu, comme y appartenant eux-mêmes ? Si nous n’étions pas responsables, pourquoi Dieu nous mettrait-il de côté, pourquoi jugerait-il, et détruirait-il tout le système ? Pourquoi dirait-il : «Je viens à toi, et j’ôterai ta lampe de son lieu, à moins que tu ne te repentes» ? Pourquoi juge-t-il Thyatire, la remplaçant par le royaume ? Pourquoi dit-il : «Je te vomirai de ma bouche» ? Je crois que les sept églises (Apoc. 2 et 3) nous donnent l’histoire de l’Église, du commencement à la fin ; en tout cas nous y trouvons la responsabilité des chrétiens quant à l’état de l’Église. On dira peut-être que ce ne sont que les églises locales qui sont responsables, et non l’Église universelle. Ce qui est certain, c’est que Dieu retranchera l’Église, comme système établi sur la terre.
Afin de démontrer que la responsabilité continue du commencement à la fin, lisons dans l’épître de Jude : «Certains hommes se sont glissés parmi les fidèles, inscrits jadis à l’avance pour ce jugement». Ils s’étaient déjà glissés parmi eux, et «Énoch aussi, le septième homme depuis Adam, a prophétisé de ceux-ci en disant : Voici le Seigneur est venu au milieu de ses saintes myriades, pour exécuter le jugement contre tous. Ainsi, ceux qui du temps de Jude s’étaient glissés, amenaient le jugement sur les professants profanes du christianisme. Nous avons dans cette épître les trois caractères de l’iniquité et leurs progrès. En Caïn, il n’y a que l’iniquité purement humaine ; en Balaam, l’iniquité ecclésiastique ; dans Coré, la rébellion — et ils périssent. Dans le champ où le Seigneur avait semé la bonne semence, l’ennemi, pendant que les hommes dormaient, a semé l’ivraie. Il est très vrai que le bon grain est recueilli dans le grenier ; néanmoins la négligence des serviteurs a laissé à l’ennemi l’occasion de gâter l’oeuvre du maître. Pouvons-nous être indifférents à l’état de l’Église bien-aimée du Seigneur, indifférents aux divisions que le Seigneur a interdites ? (*). Non, humilions-nous, chers frères, confessons notre faute et délaissons-la. Marchons fidèlement chacun pour sa part, et efforçons-nous de retrouver l’unité de l’Église et le témoignage de Dieu. Purifions-nous de tout mal et de toute iniquité. S’il est possible de nous rassembler au nom du Seigneur, ce sera une grande bénédiction ; mais il est essentiel que cela se fasse dans l’unité de l’Église de Dieu et dans la vraie liberté de l’Esprit.
(*) Dans la première épître à Timothée, nous avons l’ordre de l’Église, de la maison de Dieu ; dans la seconde la règle à suivre quand l’Église est en désordre. Notre Dieu a pourvu à toutes les difficultés, pour que nous puissions être fidèles et exempts de toute iniquité.
Si la maison de Dieu est encore sur la terre et que le Saint Esprit y habite, n’est-il pas contristé par l’état de l’Église ? Et s’il habite en nous, nos coeurs ne sont-ils pas affligés et humiliés par le déshonneur qui est fait à Christ, et par la destruction du témoignage que le Saint Esprit descendu du ciel est venu rendre dans l’unité de l’Église de Dieu ?
Celui qui comparera l’état de l’Église, tel qu’il nous est décrit dans le Nouveau Testament, avec son état actuel, aura le coeur profondément attristé en voyant la gloire de l’Église traînée dans la poussière et l’Ennemi triomphant au milieu de la confusion du peuple de Dieu
Résumons-nous, Christ a confié sa gloire sur la terre à l’Église. Elle était le dépositaire de cette gloire. C’est en elle que le monde aurait dû voir cette gloire se déployer par la puissance du Saint Esprit, témoignage de la victoire de Christ sur Satan, sur la mort et sur tous les ennemis qu’il a emmenés captifs, triomphant d’eux en la croix. L’Église a-t-elle gardé ce dépôt et maintenu la gloire de Christ sur la terre ? Si tel n’a pas été le cas, dites-moi, chrétiens, l’Église n’en est-elle pas responsable ? Le serviteur auquel le maître a confié le soin de sa maison (Matt. 24), est-il responsable ou non de l’état de la maison de son maître ? On dira peut-être que le mauvais serviteur est l’image de l’égalise extérieure qui est corrompue et n’est pas réellement l’Église, et que quant à soi, on n’en fait nullement partie. Je répondrai que dans la parabole, le serviteur est seul et la question est : Ce serviteur-là est-il fidèle ou non ? Il peut être vrai que vous vous soyez séparé de l’iniquité qui remplit la maison de Dieu et vous avez bien fait ; mais votre coeur n’est-il pas humilié de l’état dans lequel se trouve cette maison ? Le Seigneur a versé des larmes sur Jérusalem et n’en aurons-nous point pour ce qui est encore plus cher à son coeur ? C’est ici que la gloire du Seigneur a été foulée aux pieds. Dirons-nous que nous n’en sommes pas responsables ? Ses serviteurs le sont. Quand même, guidé par la Parole, j’ai pu me mettre à part de cette iniquité qui corrompt la maison de Dieu, je dois encore comme serviteur de Christ, m’identifier à Sa gloire et aux manifestations de cette gloire envers le monde. C’est en cela que la foi se montre : non pas seulement en croyant que Dieu et Christ sont en possession de la gloire, mais en identifiant cette gloire avec son peuple (Ésaïe 32:11, 12 ; Nomb. 14:13, 19 ; 2 Cor. 1:20) . En premier lieu, Dieu a confié sa gloire à l’homme qui est responsable de demeurer dans cette position et d’y être fidèle, sans abandonner son premier état ; par la suite, Dieu établira sa propre gloire, d’après ses desseins. Mais, avant tout, l’homme est responsable là où Dieu l’a placé. Nous avons été placés dans l’Église de Dieu, dans sa maison sur la terre, là où sa gloire habite. Cette Église, où est-elle ?
1840
Texte révisé d’après la seconde édition de 1843 et l’édition anglaise de la même époque.
Les notes de l’éditeur sont en italique. Celles de l’édition originale sont en caractères romains.
Lorsque ces lignes ont été écrites, en 1840, il existait dans tous les pays de la chrétienté une Église nationale, reconnue par l’État et émargeant au budget de l’État catholique dans les pays dits catholiques, protestante dans les pays dits protestants. Dans certains d’entre eux, les deux «religions» coexistaient comme religions d’État. Ce sont les Églises protestantes de cette espèce qui sont désignées sous le nom de «nationalisme» dans cet article. À côté de ces Églises officielles existaient des groupements qui s’en étaient séparés à la suite de circonstances diverses et que l’auteur désigne sous le nom de dissidence ; autant d’Églises portant chacune un titre : Église méthodiste, Église baptiste, etc.
Plusieurs chrétiens se sont demandé si les croyants (*) étaient vraiment compétents pour former des Églises, d’après le modèle des Églises primitives, et si la formation de pareilles Églises était maintenant selon la volonté de Dieu.
(*) L’auteur a écrit «fidèles», mais par ce terme, on doit comprendre ceux qui ont la foi, qui croient au Seigneur Jésus, les vrais chrétiens. Il a été remplacé par «croyants» partout où il est employé dans ce sens, d’après l’édition anglaise où il est traduit par «believers».
On ne peut faire autrement que reconnaître la confusion qui existe dans la chrétienté, et certains estiment que le seul moyen de trouver la bénédiction au milieu de cette ruine est de former et d’organiser des Églises. D’autres pensent qu’une pareille tentative est tout à fait humaine et que, comme telle, il lui manque la première condition d’une bénédiction durable, condition qui est une dépendance entière de Dieu. Cependant, une telle tentative peut être bénie par le Seigneur jusqu’à un certain point à cause de la sincérité et de la vraie piété de ceux qui y prennent part.
Celui qui écrit ces quelques pages, attaché par les liens les plus forts d’affection fraternelle et d’amour en Christ à plusieurs de ceux qui appartiennent à des corps prenant le titre d’Église de Dieu, a soigneusement évité tout conflit avec ses frères sur ce sujet, quoiqu’il se soit souvent entretenu avec eux là-dessus. Il s’est seulement séparé des choses qui s’y trouvaient, quand elles lui apparaissaient contraires à la Parole de Dieu, s’efforçant toutefois «de garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix», et ayant égard à cette parole : «Si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est vil, tu seras comme ma bouche» (Jér. 15:19) ,instruction d’un prix infini dans la confusion actuelle. Son affection n’est pas diminuée ; ses liens ne sont ni rompus ni affaiblis.
Deux choses le contraignent à déclarer ce qui lui semble être la pensée des Écritures sur ce sujet : un devoir envers le Seigneur (et la prospérité de son Église est du plus grand prix), puis un devoir d’amour envers ses frères, amour qui doit être dirigé par la fidélité au Seigneur. Il écrit parce que cette idée de faire des Églises est le véritable obstacle à l’accomplissement du désir de tous, savoir l’union des saints en un seul corps : premièrement, parce que ceux qui l’ont essayé ont dépassé la puissance que l’Esprit leur donnait, et c’est la chair qui a agi en eux ; secondement, parce que ceux qui ont été fatigués du mal du nationalisme, pensant qu’il leur faudrait choisir entre ce mal et ce qui se présente à leurs yeux comme des Églises dissidentes, demeurent où ils se trouvent en désespoir de cause. Il serait, dans la conjoncture présente, étonnant d’affirmer que ces Églises peuvent réaliser cette union ; mais je n’insiste pas sur ce point, de peur de faire de la peine à plusieurs. Je chercherai plutôt à mettre au premier plan les points sur lesquels nous sommes d’accord ; ces points nous fourniront en même temps un jugement clair sur plusieurs systèmes qui existent actuellement, systèmes qui, s’ils ne peuvent pas produire le bien désiré par un grand nombre de frères, laissent à leurs partisans, pour toute consolation et pour toute justification, la pensée que d’autres ne peuvent rien réaliser de plus.
C’est le désir de nos coeurs et ce que nous croyons être la volonté de Dieu dans l’économie (*) présente, que tous les enfants de Dieu soient réunis ensemble comme tels, et par conséquent en dehors du monde. Le Seigneur «allait mourir... non pas seulement pour la nation (les Juifs), mais aussi pour rassembler en un les enfants de Dieu dispersés» (Jean 11:52). Ce rassemblement était donc l’objet immédiat de la mort de Christ. Le salut des élus était aussi certain avant sa venue qu’après. L’économie juive, qui a précédé sa venue dans le monde, avait pour objet, non pas de rassembler l’Église sur la terre, mais de montrer le gouvernement de Dieu par le moyen d’une nation élue. Maintenant, le but du Seigneur est de rassembler aussi bien que de sauver, non pas seulement pour réaliser l’unité dans le ciel, où les desseins de Dieu seront certainement accomplis, mais ici sur la terre, par un seul Esprit envoyé du ciel. Par un seul Esprit nous sommes tous baptisés pour être un seul corps. Cela ne saurait être nié quant à l’Église telle qu’elle nous est présentée dans la Parole. On peut essayer de démontrer que des hypocrites et des méchants se sont glissés dans l’Église ; mais on ne peut échapper à la conclusion qu’il y avait une Église dans laquelle ils se sont glissés. L’union de tous les enfants en un seul corps est évidemment selon la pensée de Dieu dans la Parole.
(*) Ce terme désigne ici le dessein de Dieu dans la période chrétienne ; plus loin, il peut désigner aussi la chrétienté, 1’ensemble de ceux qui, à un moment donné, se disent chrétiens, qu’ils soient véritablement croyants ou non. Cet ensemble est alors considéré comme une entité responsable. L’auteur constate que depuis la formation de l’Église à la Pentecôte (Actes 2), cet ensemble a perdu bien des caractères qui faisaient sa beauté et la force de son témoignage au commencement. C’est ce qu’il appelle la chute de l’économie (voir dernière note du point 4.2). Quelques lignes plus bas, l’expression «l’économie juive» désigne, en contraste avec «I’économie chrétienne», la période pendant laquelle le peuple d’Israël a été, jusqu’à Christ placé sous le régime de la loi de Moïse.
Quant au nationalisme, il est impossible de trouver trace de son existence antérieurement à la Réformation. La seule chose tant soit peu analogue, les privilèges gallicans et le vote par nations dans quelques conciles généraux, en diffère trop pour exiger une discussion.
Le nationalisme, c’est-à-dire la division de l’Église en des corps formés de tel ou tel peuple, est une nouveauté qui date de quatre siècles (*), bien qu’il y ait dans ce système de chers enfants de Dieu. La Réformation n’a pas touché directement à la question du vrai caractère de l’Église de Dieu, elle n’a rien fait pour la restaurer selon son état primitif ; elle a fait ce qui est beaucoup plus important, elle a mis en évidence la vérité de Dieu, sur la doctrine du salut des âmes, avec beaucoup plus de clarté et avec un effet beaucoup plus puissant que le réveil moderne. Mais elle n’a pas rétabli l’Église dans ses facultés primitives ; au contraire elle l’a assujettie en général à l’État afin de l’affranchir du pape parce qu’elle estimait l’autorité du pape dangereuse et qu’elle considérait tous les sujets d’un pays comme chrétiens.
(*) C’est-à-dire une notion qui n’avait pas été mise en avant jusqu’à la Réformation (vers 1530).
Le moyen que des âmes fidèles ont pris pour échapper à cette anomalie a été de se réfugier dans une distinction entre une Église visible et une Église invisible ; mais je lis dans l’Écriture : «vous êtes la lumière du monde». Quelle est la valeur d’une lumière invisible ? «Une ville située sur une montagne ne peut être cachée» (Matt. 5:14) . Dire que la vraie Église est réduite à être invisible, c’est juger toute la question, et affirmer que l’Église a entièrement perdu sa position primitive (*) et nécessaire, et qu’elle est dans un état d’apostasie, c’est-à-dire qu’elle s’est départie de l’intention de Dieu et de la constitution qu’elle avait reçue de Lui ; car Dieu n’a pas allumé une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur le pied de lampe afin qu’elle luise pour tous ceux qui sont dans la maison. Si elle est devenue invisible, elle a cessé de produire l’effet pour lequel elle a été formée, elle est apostate. Tel est d’après son propre témoignage, l’état public du christianisme.
(*) Cette phrase décrit ce que l’auteur appelle ailleurs dans ce texte : l’état de chute de l’économie présente.
Nous sommes donc d’accord que le rassemblement de tous les enfants de Dieu en un est selon l’intention du Seigneur exprimée dans sa Parole. Mais, je le demande en passant, peut-on croire que les Églises dissidentes, telles qu’elles existent dans quelque pays que ce soit, aient atteint ce but ou qu’il soit probable qu’elles l’atteindront ?
Cette vérité de l’unité des enfants de Dieu, l’Écriture la présente réalisée en différentes localités ; et dans chaque localité les chrétiens qui s’y trouvaient formaient un seul corps. Les Écritures sont parfaitement claires à ce sujet. On a soulevé des objections sur la possibilité de cette unité, mais on ne présente rien qui soit tiré de la Parole. On dit : comment cela serait-il possible à Londres ou à Paris ? Cela était possible à Jérusalem, où il y avait plus de cinq mille croyants ; et s’ils se réunissaient dans des maisons et des chambres particulières, ils n’en étaient pas moins un seul corps dirigé par un seul Esprit, par une seule règle de gouvernement, dans une seule communion, et reconnu tel. Ainsi à Rome ou ailleurs, une épître adressée à l’Église de Dieu serait parvenue à un corps connu.
Ayant reconnu ces vérités importantes, savoir
· l’union de tous les enfants de Dieu,
· l’union de tous les enfants de Dieu dans un même endroit ;
ayant reconnu en outre qu’elles sont mises en évidence dans la Parole de Dieu, la question semblerait résolue. Mais allons plus loin : On ne peut pas nier que ce fait, constaté par la Parole de Dieu (car c’est un fait et non pas une théorie), a cessé d’exister ; et la question à résoudre est celle-ci : comment un chrétien doit-il juger et agir quand un état de choses décrit dans la Parole a cessé d’exister ? Vous me dites : le rétablir. Votre réponse est une preuve du mal, et elle suppose une puissance en nous-mêmes. Comprenez la Parole et obéissez-lui en tant qu’elle s’applique à un pareil état de chute. Ce que vous me répliquez suppose deux choses :
1° que c’est la volonté de Dieu de rétablir de nouveau cette économie (*) après qu’elle a manqué ;
2° que vous êtes capables de le faire et envoyés pour cela. Je doute de l’une et de l’autre de ces assertions.
(*) voir note du point 4.1 ; ici il s’agit de la chrétienté, considérée comme entité responsable.
Je suppose un cas. Dieu a fait l’homme innocent ; Dieu a donné à l’homme Sa loi. Chaque chrétien confessera que le péché est un mal et qu’on ne doit pas le commettre. Supposons que quelqu’un, convaincu de cette vérité, entreprenne d’accomplir la loi, d’être innocent et de plaire ainsi à Dieu. Vous direz aussitôt : il est dans sa propre justice, se fie à ses propres forces et ne comprend pas la Parole de Dieu. Un retour, du mal qui existe à ce que Dieu avait d’abord établi, n’est donc pas toujours une preuve que l’on a compris sa Parole et sa volonté ; cependant, reconnaître que ce qu’Il a primitivement établi était bon et que nous nous en sommes éloignés est évidemment, du moins, un jugement sain.
Appliquez ceci à l’Église. Nous reconnaissons tous que Dieu a formé des Églises ; nous reconnaissons que les chrétiens ou, en un mot, l’Église en général, se sont tristement éloignés de ce que Dieu avait ainsi établi, et qu’ils sont coupables en cela. Entreprendre de tout rétablir sur ses bases primitives, c’est peut-être un effet du même esprit qui conduit un homme à rétablir sa propre justice quand elle est perdue.
Avant de pouvoir accéder à vos prétentions, il est nécessaire que vous me fassiez voir non seulement que primitivement l’Église était telle, mais en outre, que c’est la volonté de Dieu qu’elle soit rétablie dans sa gloire primitive, aujourd’hui que l’iniquité de l’homme a gâté tout cela et s’en est éloignée ; et de plus, pour en venir à des faits, que l’union de deux ou trois, ou de vingt-deux ou de vingt-trois chrétiens, a le droit dans une localité de s’appeler l’Église de Dieu, alors que celle-ci est l’ensemble de tous les croyants. Il faut que vous me montriez en outre, que vous avez reçu de Dieu la mission et le don de rassembler les croyants avec une autorité telle que vous puissiez traiter ceux qui ne répondent pas à votre appel comme des schismatiques condamnés d’eux-mêmes et comme des étrangers à l’Église de Dieu.
Et ici, permettez-moi d’insister sur un point très important, qui a été perdu de vue par ceux qui veulent à tout prix faire des Églises. Ils ont été préoccupés des Églises de manière à perdre presque de vue l’Église. Selon les Écritures, la totalité des Églises (*) formait l’Église sur la terre ; et l’Église d’un endroit donné n’était que l’association régulière de ce qui formait une partie de tout le corps de l’Église, c’est-à-dire de tout le corps de Christ ici-bas ; et celui qui n’était pas de l’Église, dans l’endroit où il se trouvait, n’était pas du tout de l’Église de Christ ; et celui qui dit que je ne suis pas membre de l’Église de Dieu à R..., n’a pas le droit d’admettre que je sois du tout membre de l’Église de Dieu. Il n’y avait point une semblable séparation d’idées entre de petites églises de Dieu dans un endroit donné, et toute l’Église. Chacun était dans une Église, et ainsi dans l’Église ; mais personne ne se figurait être de l’Église s’il n’était d’une Église locale. Seul le système de faire des Églises a séparé ces deux choses, et presque détruit l’idée de l’Église de Dieu en faisant des Églises partielles en différents endroits (**).
(*) Ou plutôt : des chrétiens dont les Églises sont constituées.
(**) Par une heureuse inconséquence ceux qui font ces églises de Dieu en différentes localités considèrent toutefois les croyants qui n’en font pas partie comme étant pleinement de l’Église de Dieu.
Je reviens au cas de l’homme dont il a été question plus haut. Supposons maintenant que sa conscience soit touchée et vivifiée par l’Esprit de Dieu : quel en sera l’effet ? Ce sera en premier lieu de lui faire reconnaître son état de ruine provoquée par le péché, et la nullité de son innocence et de sa justice ; en second lieu, un sentiment de dépendance entière de Dieu et de soumission du coeur au jugement de Dieu en un pareil état.
Appliquez cela à l’Église et à toute l’économie. Pendant que les hommes dormaient, l’ennemi a semé de l’ivraie (Matt. 13:25). L’Église est dans un état de ruine, plongée et perdue dans le monde, invisible si vous voulez, tandis qu’elle devrait présenter, comme une lampe, la lumière de Dieu. Si elle n’est pas dans un état de ruine, je dis à nos frères dissidents : Pourquoi l’avez-vous quittée ? Et si elle y est : Reconnaissez donc cette ruine, cette apostasie, ce départ de son premier état. Hélas ! cela est trop évident. Abraham peut recevoir des serviteurs, des servantes, des boeufs, des chameaux, des ânes, mais son épouse est dans la maison de Pharaon (Gen. 12:16) .
Quel est donc l’effet de l’opération de l’Esprit, le fruit de la foi ? C’est de reconnaître cet état de ruine, d’en avoir conscience, d’en être humilié. Et nous, qui en sommes coupables, nous prétendrions restaurer tout cela ? Non, ce serait une preuve que nous n’en sommes pas humiliés. Cherchons plutôt, cherchons avec humilité ce que Dieu nous dit dans sa Parole d’un pareil état de choses, et ne faisons pas comme un enfant qui, après avoir brisé un vase précieux, essaierait d’en réunir les débris et de le rétablir afin de soustraire le mal à la vue d’autrui.
J’insiste là-dessus auprès de ceux qui s’efforcent d’organiser des Églises. Si elles existent, ils n’ont pas à en faire. Si, comme ils l’affirment, elles existaient au commencement et qu’elles aient cessé d’exister, dans ce cas l’économie est dans un état de ruine et d’apostasie de son état primitif. Ils entreprennent donc de la rétablir ; c’est là ce qu’il faut justifier, sinon leur entreprise n’a aucun fondement. On objectera que l’Église ne peut pas manquer, et que Dieu lui a promis que les portes du hadès ne prévaudraient point contre elle. J’en conviens, si l’on entend par-là que le salut des élus est assuré, que la gloire de l’Église ressuscitée triomphera de Satan. Ce n’est pas là ce dont il s’agit. Le salut des élus était également assuré avant qu’il y eût une Église assemblée. D’un autre côté, si l’on veut affirmer que l’économie actuelle ne peut pas faillir, on est dans une grande et pernicieuse erreur. Et, s’il en est ainsi, pourquoi donc vous êtes-vous séparé de l’état où elle se trouve ? Si l’économie de Dieu, dans le rassemblement de l’Église ici-bas, subsiste sans avoir déchu, pourquoi faites-vous des Églises nouvelles ? Le papisme seul est conséquent sur ce point.
Mais que dit la Parole ? Que l’apostasie doit arriver avant le jugement ; que dans les derniers jours des temps fâcheux surviendront ; qu’il y aura la forme de la piété, mais que la puissance en sera ôtée (2 Tim. 3:5). Elle ajoute : Détourne-toi de telles gens. Et l’idée que l’économie de l’Église ne peut pas déchoir est traitée, en Romains 11, comme une fatale présomption qui conduit les Gentils à leur ruine. Le Saint Esprit condamne ceux qui ont cette idée comme sages à leurs propres yeux, et Il nous enseigne au contraire que Dieu agirait envers la présente économie exactement comme envers celle qui l’a précédée ; que si elle persévère dans la bonté de Dieu, cette bonté continuera à son égard, sinon l’économie sera retranchée. La Parole nous révèle ainsi le retranchement et non le rétablissement de l’économie, si elle ne persévérait pas. Et, former de nouveau l’Église et des Églises sur le pied où elles se trouvaient au commencement, c’est reconnaître la chute, sans se soumettre au témoignage de Dieu sur ses propres pensées quant à cet état de chute. C’est agir selon ses propres pensées à soi, et se fier à ses propres forces pour les réaliser. Et quel en a été le résultat ?
Ce qui est en question, ce n’est pas de savoir s’il existait de pareilles Églises à l’époque où la Parole a été écrite ; mais si, après qu’elles ont cessé d’exister, à cause de l’iniquité de l’homme, et que les croyants ont été dispersés (et ce sont là des faits reconnus), ceux qui ont entrepris l’oeuvre apostolique de leur rétablissement sur la base originelle et par là même du rétablissement de toute l’économie, ont compris la pensée de Dieu, et sont doués de la capacité de remplir la tâche qu’ils se sont imposée : questions fort distinctes. Je ne crois pas que ni le plus zélé de ceux qui, avec un désir dont je reconnais la sincérité (et David a été sincère dans son désir de bâtir le temple, quoique ce ne fût pas la volonté de Dieu, 1 Chr. 17:4), ont cherché à rétablir l’économie déchue, ni tous ceux qui l’ont voulu ensemble, soient en état de le faire ou qu’ils aient le droit d’imposer à ma foi, comme Église de Dieu, les petits édifices qu’ils ont élevés. Néanmoins je suis bien loin de croire qu’il n’y a pas eu d’Églises, lorsque Dieu avait envoyé ses apôtres dans le but de les établir ; et il me semble que celui qui ne peut distinguer ces deux états de choses, n’a pas un jugement très clair dans les choses de Dieu.
On dira que la Parole et l’Esprit demeurent avec l’Église : cela est vrai, Dieu en soit béni ! C’est ce qui me donne toute ma confiance. S’appuyer là-dessus, voilà ce que l’Église a besoin d’apprendre. C’est pourquoi je demande ce que la Parole et l’Esprit disent de l’état de l’Église déchue, au lieu de prétendre m’arroger la compétence d’accomplir ce que l’Esprit a dit de l’état primitif de l’Église. Ce dont je me plains, c’est qu’on ait suivi des pensées d’hommes, en imitant ce que l’Esprit décrit comme ayant existé dans l’Église primitive, au lieu de rechercher ce que la Parole et l’Esprit ont dit de notre état actuel. La même Parole, le même Esprit qui, par Ésaïe, dirent aux habitants de Jérusalem de demeurer tranquilles et que Dieu les garantirait de l’Assyrien (Ésaïe 37:35) , dirent par Jérémie que celui qui sortirait vers les Chaldéens sauverait sa vie (Jér. 21:9). Ce que la foi et l’obéissance faisaient dans un de ces cas étaient une présomption et une désobéissance dans l’autre. Quelqu’un objectera que cela embrouille les simples ; mais l’obéissance à la Parole dans l’humilité n’apporte jamais de confusion, et je répondrai que ceux qui veulent réorganiser toute l’Église, doivent être bien instruits dans la Parole et s’abstenir de prétexter cette simplicité. J’ajouterai que l’humilité, qui aurait senti le véritable état de l’Église, aurait été gardée d’une prétention qui pousse dans une activité mal fondée. La vérité est que les Écritures, même celles qui ont déjà été citées, démontrent que l’état de l’économie, à sa clôture, sera entièrement opposé à celui du commencement. Et le passage cité de l’épître aux Romains (11:22) est formel sur ce point, que Dieu retrancherait l’économie au lieu de la rétablir, si elle ne persévérait pas dans la bonté de Dieu. Le passage : «Mon Esprit demeure au milieu de vous ; ne craignez point» (Aggée 2:5) est un principe très sûr et très précieux. La présence du Saint Esprit est la clef de voûte de toute notre espérance. Mais cet encouragement prophétique d’Aggée n’a jamais conduit Néhémie, fidèle à Dieu lors du retour d’Israël de la captivité, à prétendre accomplir l’oeuvre de Moïse, qui avait été fidèle dans toute sa maison (Héb. 3:2) au commencement de cette économie-là. Non, il reconnaît dans les termes les plus clairs et les plus touchants, l’état déchu d’Israël, et «qu’il était dans une grande détresse» (Néh. 9:37) . Il fait tout ce que la Parole l’autorise à faire dans les circonstances où il se trouvait placé ; mais il n’a jamais prétendu faire une arche de l’alliance, comme Moïse l’avait faite et parce que Moïse l’avait faite, ni établir la Schechina (*), ce que Dieu seul pouvait faire, ni les Urim et les Thummim (**), ni arranger les généalogies aussi longtemps que les Urim et les Thummim manquaient. Mais il nous est dit qu’il a joui de bénédictions dont on n’avait pas joui depuis le temps de Josué (Néh. 8:17), parce qu’il a été fidèle à Dieu dans les circonstances dans lesquelles il était placé, sans prétendre refaire ce que Moïse avait fait et que le péché d’Israël avait défait. S’il l’avait fait, cela aurait été confiance humaine et non pas obéissance. L’obéissance, et non l’imitation des apôtres, voilà sur ce point notre devoir. C’est beaucoup plus humiliant, mais c’est aussi beaucoup plus sûr ; et voilà tout ce que je cherche, tout ce que je demande, c’est que l’Église soit plus humble. Se contenter du mal comme si nous ne pouvions rien faire, ce n’est pas là l’obéissance ; mais imiter les apôtres ce n’est pas obéir non plus. La conviction de la présence du Saint Esprit nous délivre en même temps de la mauvaise pensée d’être forcés de demeurer dans le mal, et de la prétention de faire au-delà de ce que le Saint Esprit opère dans ce moment, ou de considérer comme un état d’ordre l’une ou l’autre de ces positions.
(*) La Schechina était cette gloire de l’Éternel qui remplissait l’intérieur du tabernacle, tandis qu’extérieurement la nuée se tenait dessus (Ex. 40:34, voyez aussi 1 Rois 8:10, 11).
(**) Les Lumières et les Perfections sur le pectoral du jugement (Ex. 28:15-21, 30 ; Néh. 7:64, 65).
On me demandera : Voulez-vous que nos bras restent inactifs et que nous soyons réduits à ne rien faire jusqu’à ce que nous ayons des apôtres ? Nullement. Je doute seulement qu’il soit dans la volonté de Dieu que vous fassiez ce que les apôtres ont fait ; et je dis que Dieu a laissé aux chrétiens fidèles des directions suffisantes pour l’état de choses dans lequel l’Église se trouve. Suivre ses directions, c’est obéir bien plus réellement que si l’on essaie d’imiter les apôtres.
En outre, je dis que l’Esprit de Dieu est toujours présent pour nous fortifier dans cette voie de véritable obéissance. L’Esprit de Dieu, qui a prévu tout ce qui arriverait à l’Église, a donné dans la Parole les avertissements et en même temps les secours nécessaires. S’il nous avertit que des temps fâcheux surviendront dans les derniers jours, et s’il nous dépeint les hommes de ces temps-là, il ajoute : Détourne-toi de telles gens. S’il nous dit : «Ne vous mettez pas sous un joug mal assorti avec les incrédules» (2 Cor. 6:14) , et cet avertissement est pour tous les temps ; s’il nous dit que nous sommes tous un seul corps en tant que participants à un seul pain (1 Cor. 10:17), et que néanmoins je ne trouve pas une pareille union des saints, il me dit, en même temps, que là où deux ou trois sont réunis au nom du Seigneur Jésus, Il est au milieu d’eux (Matt. 18:20) .
Ceux qui ont voulu constituer des Églises paraissent, quoique avec un bon désir, avoir entièrement oublié que nous avons besoin de puissance aussi bien que de direction. Quand on nous dit que toutes les directions pour les Églises sont pour tous les temps et tous les lieux, je demande si elles sont pour des temps et des lieux où les Églises n’existent pas. Et nous revenons toujours à cette question : Si l’économie est dans un état de chute, qui doit faire des Églises ? Encore une fois, la direction que l’apôtre donne sur l’usage du don des langues, est-elle pour ces temps-ci ? Sans doute si ce don existe ; mais cette condition est certainement une modification très importante de votre règle, et c’est le pivot sur lequel roule la question.
Ceux qui tiennent si fort à faire et à organiser des Églises citent les épîtres à Timothée et à Tite, avec la plus parfaite confiance, comme servant de direction aux Églises dans tous les âges, tandis qu’elles n’ont été adressées à aucune Église quelconque ; il est à remarquer que les citations de la Parole de Dieu sur les sujets qui importent le plus à ceux qui organisent des Églises, tels que le choix des anciens, des diacres, etc., ne peuvent se tirer que de ces épîtres seules ; et il est assez remarquable que ces compagnons de l’apôtre, qui avaient sa confiance, aient été laissés dans les églises ou envoyés vers elles, lorsqu’elles existaient déjà, pour y faire ces choix ; démonstration évidente que l’apôtre ne pouvait conférer aux Églises le pouvoir de choisir leurs anciens, même quand il existait des Églises qu’il avait formées lui-même ; et néanmoins, cela nous est présenté comme des directions pour les Églises dans tous les âges.
En vue de quoi ai-je donc plaidé ? Afin qu’on ne fasse rien ? Non ; mais dans le désir qu’on ait moins de présomption, qu’on mette plus de modestie dans ce que nous prétendons faire, qu’on sente plus de douleur de l’état de ruine auquel nous avons réduit l’Église.
Si vous me dites : j’ai quitté le mal que ma conscience désapprouve et qui est contraire à la Parole, c’est très bien. Si vous insistez sur le fait que la Parole de Dieu veut que les saints soient un et ensemble, sur sa promesse que là où deux ou trois sont réunis au nom du Seigneur Jésus, Il est au milieu d’eux, et que par conséquent vous vous réunissez ensemble, je le répète, c’est très bien. Mais si vous me dites que vous avez organisé une Église, ou que vous vous êtes joint à d’autres pour le faire, que vous avez choisi un président ou un pasteur, et qu’ainsi vous êtes l’Église de Dieu de l’endroit, je vous demanderai : chers amis, qui vous a autorisés à faire tout cela ? D’après votre principe même d’imitation (quoique imiter la puissance soit une idée assez ridicule, et le royaume de Dieu est en puissance) où trouvez-vous tout cela dans la Parole ? Je n’y vois pas trace que des Églises aient élu des présidents ou des pasteurs. Vous dites que, pour l’ordre, il doit en être ainsi. Je réponds : Je ne puis pas quitter la Parole ou m’en éloigner. «Celui qui n’assemble pas avec moi, disperse» (Matt. 12:30) . Dire que cela doit être, c’est faire uniquement un raisonnement humain. Votre ordre, étant constitué par la volonté de l’homme, sera bientôt trouvé désordre devant Dieu. S’il n’y en a que deux ou trois réunis au nom de Jésus, Il s’y trouvera. Si Dieu suscite au milieu de vous des pasteurs, ou s’Il vous en envoie, c’est bien, c’est une grande bénédiction. Mais, depuis le jour où le Saint Esprit a formé l’Église, on ne trouve pas dans la Parole que l’Église en ait choisi.
Que doit-on donc faire ? me direz-vous. Ce que la foi fait toujours, c’est-à-dire reconnaître sa faiblesse et se mettre sous la dépendance de Dieu. Dieu suffit dans tous les temps à son Église. Il est de toute importance que notre foi tienne ferme cette vérité que, quelle que soit la ruine de l’Église sur la terre, il y a toujours en Christ toute la grâce, la fidélité et la puissance qu’exigent les circonstances dans lesquelles l’Église se trouve. Il ne manque jamais. Si vous n’êtes que deux ou trois qui avez la foi pour cela, réunissez-vous : vous trouverez Christ au milieu de vous. Invoquez-le. Il peut susciter tout ce qui est nécessaire pour la bénédiction des saints, et certainement Il le fera. Ce n’est pas l’orgueil et la prétention d’être quelque chose, quand nous ne sommes rien, qui nous assurera la bénédiction. En combien d’endroits n’a-t-on pas nui à la bénédiction des saints en choisissant des présidents et des pasteurs ? En combien d’endroits les saints ne se seraient-ils pas réunis avec joie en vertu de la promesse faite par Christ à deux ou trois, s’ils n’avaient pas été effrayés par cette prétendue nécessité d’organisation et par des accusations de désordre (comme si l’homme était plus sage que Dieu), et si cette frayeur ne leur eût pas fait continuer un état de choses qu’ils reconnaissaient être mauvais ? La constitution de ces corps organisés n’empêche nullement la domination d’un seul homme, ou la lutte entre plusieurs ; elle tend plutôt à la provoquer.
Ce dont l’Église a tout particulièrement besoin, c’est du sentiment de sa ruine et de ce qui lui manque. Ce sentiment la fait se réfugier vers Dieu avec confession et se séparer de tout mal connu, reconnaître l’autorité de Christ comme de Celui qui domine comme Fils sur sa propre maison, et l’Esprit de Dieu comme le seul gouvernement dans l’Église. En le faisant, l’Église reconnaît aussi chacun de ceux qu’Il envoie selon le don qu’il a reçu, et cela avec actions de grâces envers Celui qui, par ce don, rend tel ou tel frère le serviteur de tous.
Reconnaître le monde comme étant l’Église ou prétendre rétablir l’Église, ce sont deux choses également condamnées par la Parole et dépourvues de son autorité.
Quand vous me dites : Qu’y a-t-il donc à faire ? Je réponds : Pourquoi songez-vous toujours à faire quelque chose ? Reconnaître le péché qui nous a conduits où nous sommes, nous humilier complètement devant le Seigneur, et, nous séparant de tout ce que nous savons être mauvais, nous appuyer sur Lui qui est capable de faire tout ce qui est nécessaire pour notre bénédiction, sans que nous prétendions nous-mêmes faire au-delà de ce que la Parole nous autorise à essayer ; voilà une position très humble, il est vrai, mais bénie de Dieu en proportion.
Un point de la plus grande importance, que ceux qui veulent organiser des Églises paraissent avoir complètement oublié, c’est que la puissance est quelque chose de réel, et que le Saint Esprit seul a la puissance de rassembler et d’édifier l’Église. Ils paraissent croire que du moment qu’ils ont quelques passages de la Parole, ils n’ont rien à faire qu’à les suivre ; mais sous l’apparence de la fidélité, il y a en ceci une erreur funeste, c’est de laisser de côté la présence et la puissance du Saint Esprit. Nous ne pouvons suivre la Parole que par la puissance de Dieu. Or, la constitution de l’Église a été un effet direct de la puissance du Saint Esprit. Laisser de côté cette puissance et garder la prétention de copier l’Église primitive, c’est s’abuser étrangement soi-même.
Je sais que ceux qui considèrent ces corps organisés comme l’Église de Dieu, ne voient que des assemblées d’hommes dans toute autre réunion d’enfants de Dieu. Il y a une réponse très simple à cet égard. Ces frères n’ont aucune promesse qui les autorise à refaire les Églises de Dieu quand elles sont déchues ; tandis qu’il y a la promesse positive que là où deux ou trois sont réunis au nom de Jésus, Il est là au milieu d’eux. Ainsi il n’y a point de promesse en faveur d’un système par lequel des hommes organisent des Églises, tandis qu’il y en a pour le rassemblement méprisé des enfants de Dieu.
Et quel est l’effet des prétentions de ces corps ? De dégoûter et de repousser ceux qui comparent ces prétentions avec la réalité. Ainsi des multitudes d’âmes sont séparées les unes des autres par les diverses vues et opinions de ceux qui les forment, et cela empêche le résultat désiré qui est la réunion des enfants de Dieu. En telle ou telle localité, les dons du pasteur peuvent produire beaucoup d’effet ; ou il peut arriver que tous les chrétiens soient unis et il y aura beaucoup de joie, mais la même chose aurait lieu quand même il n’y aurait aucune prétention à être l’Église de Dieu.
Je termine par quelques propositions.
1° Ce qu’il y a à désirer, c’est le rassemblement de tous les enfants de Dieu.
2° La puissance du Saint Esprit peut seule l’effectuer.
3° Un nombre quelconque de croyants n’a pas besoin d’attendre que cette puissance produise l’union de tous (pourvu qu’ils agissent dans l’esprit d’unité qui, réalisé, unirait le corps entier de Christ), parce qu’ils ont la promesse que là où deux ou trois sont assemblés au nom du Seigneur, Il sera au milieu d’eux ; et deux ou trois peuvent compter sur cette promesse.
4° La nécessité de la consécration pour l’administration de la Cène ne se trouve pas dans le Nouveau Testament ; et il est évident que c’était pour rompre le pain que les chrétiens se réunissaient le jour du Seigneur (Actes 20:7 ; 1 Cor. 11:20, 33) .
5° Être envoyé de la part des hommes pour prêcher l’Évangile est une chose inconnue au Nouveau Testament.
6° Le choix des présidents et des pasteurs par l’Église est aussi étranger au Nouveau Testament. Choisir un président est un acte purement humain, sans autorisation quelconque ; c’est se mêler de l’Église de Dieu de notre propre chef, sans autorité ; acte qui fourmille de mauvaises conséquences. Choisir des pasteurs est un empiétement dangereux sur l’autorité du Saint Esprit qui donne à qui il veut. Malheur à celui qui ne profite pas du don que Dieu accorde à un autre ! Quand les anciens étaient nommés, ils étaient établis ou par les apôtres ou par ceux qui étaient envoyés de leur part aux Églises. Si l’Église est dans un état de ruine, Dieu suffit même pour cet état de ruine ; Dieu conduira et dirigera ses enfants s’ils marchent dans l’humilité et dans l’obéissance, sans prétendre faire ce que Dieu ne les a pas appelés à faire.
7° C’est évidemment le devoir d’un croyant de se séparer de toute pratique qu’il constate ne pas être selon la Parole (quoique supportant celui qui le fait encore par ignorance) ; et même il le doit, malgré l’isolement où le mettrait sa fidélité, alors même qu’il devrait, comme Abraham, sortir sans savoir où il va.
Mon objet dans ces quelques pages n’a été de démontrer ni l’état de ruine de l’Église, ni l’impossibilité que l’économie présente soit restaurée, mais plutôt de poser une question qui d’ordinaire est entièrement faussée par ceux qui veulent organiser des Églises.
J’ajoute quelques passages :
1. La parabole de l’ivraie du champ est un jugement du Seigneur sur ce point, que le mal opéré par Satan dans le champ où la bonne semence avait été répandue ne serait pas détruit, mais qu’il continuerait jusqu’à la moisson. Qu’on se souvienne qu’il n’est pas du tout question ici de la discipline parmi les enfants de Dieu, mais du remède apporté au mal fait par Satan à l’économie elle-même, pendant que les hommes dormaient, et du rétablissement de l’économie sur son ancienne base. Cette question est résolue nettement et avec autorité par le Seigneur d’une manière négative ; car Il dit que, pendant la durée de l’économie, il ne sera pas porté remède au mal ; que la moisson, c’est-à-dire le jugement, l’extirperait et que jusqu’alors le mal continuerait. Souvenons-nous ici que notre séparation du mal et notre jouissance de la présence de Christ avec deux ou trois est tout autre chose que la prétention de rétablir l’économie, maintenant que le mal l’a envahie. L’une de ces choses est en même temps un devoir et un privilège ; l’autre c’est de l’orgueil et le mépris des instructions de la Parole.
2. Le chapitre 11 des Romains déjà cité déclare expressément que l’économie actuelle sera traitée comme la précédente ; et que si elle ne persévérait pas dans la bonté de Dieu, elle serait retranchée et non pas rétablie.
3. Le chapitre 2 de la seconde épître aux Thessaloniciens nous déclare que le mystère d’iniquité opérait déjà, et que lorsqu’un obstacle qui existait alors serait ôté, le méchant serait révélé ; que le Seigneur le consumera par le souffle de sa bouche, et l’anéantira par l’apparition de sa venue. Ainsi le mal, qui avait commencé du temps des apôtres, devait continuer, mûrir, être manifesté et consumé par l’avènement du Seigneur.
4. Le chapitre 3 de la seconde épître à Timothée nous enseigne la même chose, c’est-à-dire la chute de l’économie et non son rétablissement, et que, dans les derniers jours, des temps fâcheux surviendraient ; que les hommes seraient égoïstes (et le Saint Esprit ajoute : détourne-toi de telles gens) ; que les hommes méchants et séducteurs iraient toujours en empirant, séduisant et étant séduits.
5. Jude nous montre aussi que le mal, qui s’était déjà glissé dans l’Église, devait être l’objet du jugement à la venue du Seigneur. Comparez les versets 4 et 14. Et cette vérité pénible est confirmée par l’analogie de toutes les voies de Dieu avec les hommes, savoir : que l’homme a gâté et corrompu ce que Dieu lui avait donné pour sa bénédiction, et que Dieu n’a jamais réparé le mal, mais qu’Il a introduit quelque chose de meilleur après avoir jugé l’iniquité. Et cette chose meilleure a été gâtée à son tour, jusqu’à ce que la bénédiction éternelle arrive. Quand l’économie a été une révélation faite aux pécheurs, Dieu a rassemblé un petit résidu de fidèles parmi les in