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L’ÉGLISE — Quelques écrits de 1840 à 1874

 

 

J. N. Darby

 

 

Table des matières :

1     Introduction

2     Les Églises et l’Église

3     L’Église comme elle était au commencement et son état actuel

4     Sur la formation des Églises

4.1      Dessein du Seigneur quant au rassemblement des croyants ici-bas

4.2      Position du nationalisme sur la réunion des croyants

4.3      Position de la dissidence sur la réunion des croyants

4.4      Dans l’état de chute de l’économie actuelle, l’homme peut-il la rétablir dans son ancien état ?

4.5      Si l’économie ne peut être restaurée, que reste-t-il à faire ?

4.6      Directions du Saint Esprit pour l’état actuel des choses

4.7      La Parole autorise-t-elle à nommer des présidents ou des pasteurs ?

4.8      Se réunir en comptant seulement sur la promesse du Seigneur

4.9      Résumé de ce qui précède

5     La séparation d’avec le mal, principe divin de l’unité

5.1      Le besoin et la recherche de l’unité

5.2      Les dangers de l’unité à tout prix

5.3      Quelle est l’unité que Dieu reconnaît réellement ?

5.4      L’unité ne peut se réaliser sans la séparation du mal

5.5      Comment donc cette unité est-elle formée ?

5.6      L’unité lie à un Christ céleste

5.7      La réalisation pratique de l’unité et la puissance de l’Esprit Saint

5.8      L’unité et la discipline

5.9      Conclusion

6     La grâce, puissance d’unité et de rassemblement

6.1      L’amour et la sainteté

6.2      La séparation a son objet en Dieu

6.3      L’objet du rassemblement en forme le centre d’attraction

6.4      L’amour est la puissance qui rassemble

6.5      La grâce unit selon la sainteté divine

 

 

 

1                    Introduction

 

Cette brochure présente quelques textes anciens, écrits par J.N. Darby de 1840 à 1874. Ils ont aidé les croyants de cette époque à discerner ce qu’est et demeure l’Église ou l’Assemblée de Dieu, ainsi que le chemin pour se rassembler au nom du Seigneur Jésus.

Certaines tournures ont été adaptées pour faciliter leur compréhension.

La pertinence de cet enseignement pour aujourd’hui est évidente, toutefois, il est bon de garder en mémoire la date de rédaction de ces textes qui ne peuvent pas contenir d’allusion à des situations actuelles.

 

 

2                    Les Églises et l’Église

1874

Vous me demandez : «Ne trouve-t-on pas des églises dans l’Écriture ?» Je réponds : «Certainement ; mais, qu’est-ce que des églises ?» — L’effet de cette question est de mettre au jour l’état de nos pensées. La plus grande partie des chrétiens pensera immédiatement à ce qu’on appelle des églises dans le monde religieux, et généralement peut-être dans la chrétienté. Ils penseront à l’église presbytérienne, ou libre, ou baptiste ; à l’église de Rome ou à telle autre. Une personne qui vit habituellement dans l’esprit de l’Écriture, pensera à Corinthe ou à quelque autre église nommée dans la Parole. Les faits existants dans la chrétienté, ainsi que les pensées qui y ont cours, sont-ils différents des faits que nous trouvons dans l’Écriture, ou des pensées formées par elle ? Enquérons-nous de ces choses avec un coeur dégagé de préventions, et si nous trouvons l’état actuel bien éloigné de l’état scripturaire, soit en principe, soit en pratique — si nous trouvons, qu’au lieu de la puissance de l’Esprit et de l’unité, tout est en ruines, en dépit d’une belle apparence selon la chair, alors prenons le deuil et crions au Seigneur. Il viendra à notre secours.

Les églises, qu’étaient-elles au temps des apôtres ? Le mot église signifie simplement assemblée, ou, d’après l’usage local de la langue grecque, une assemblée de personnes privilégiées, de citoyens. Toute la multitude des croyants, réunis en un par le Saint Esprit, formait l’Assemblée ou l’Église ; c’était l’Assemblée de Dieu ; seulement ceux qui étaient à Rome ou à Corinthe ne pouvaient pas, cela va sans dire, se réunir à Jérusalem. De là vient qu’il y avait des assemblées en divers lieux, formant chacune, dans sa localité, l’assemblée de Dieu à cet endroit.

Mais, avant de parler des assemblées locales, il nous faut examiner brièvement l’Assemblée considérée comme un tout dans l’Écriture. Elle est envisagée en premier lieu comme l’habitation de Dieu ; en second lieu comme le corps de Christ.

Dans un sens, l’Église n’est pas encore formée, pas complète. Tout ce qui sera uni à Christ dans sa gloire en fait partie. «Je bâtirai mon Assemblée»,  dit Jésus, «et les portes du hadès ne prévaudront point contre elle».  Cela sera infailliblement accompli, et Pierre y fait évidemment allusion quand il dit : «Duquel vous approchant comme d’une pierre vivante,... vous-mêmes aussi, comme des pierres vivantes, êtes édifiés une maison spirituelle» (1 Pierre 2:4-5). Il est dit aussi (Éph. 2:21) : «En qui tout l’édifice, bien ajusté ensemble, croit pour être un temple saint dans le Seigneur». Elle n’est pas encore achevée, mais se continue ; et quoique premièrement l’Église fût un corps visible et public, le Seigneur ajoutant tous les jours à l’assemblée ceux qui devaient être sauvés (Act. 2:47), cette Assemblée est devenue ce qu’on appelle maintenant l’Église invisible. Elle est invisible, mais alors, si elle a dû être la lumière du monde, c’est difficile de parler de la valeur d’une lumière invisible. S’il est reconnu qu’elle est tombée depuis longtemps dans la corruption et l’iniquité, vrai caractère de Babylone, il est évident qu’elle n’a point été la lumière du monde. Les saints persécutés — car Dieu a certainement toujours eu un peuple — ont rendu témoignage, mais le corps publiquement reconnu n’a été que ténèbres, et non pas lumière dans le monde.

Il est encore parlé de l’Assemblée de Dieu d’une autre manière. C’est toujours la maison, une habitation de Dieu, mais elle est établie en se servant de l’homme comme instrument et sous sa responsabilité. «Comme un sage architecte»,  dit Paul, «j’ai posé le fondement, mais que chacun prenne garde comment il édifie dessus».  Voilà l’instrument humain et la responsabilité de l’homme. Il y avait, sur la terre, un vaste corps qui était la maison de Dieu ou son temple. Le Saint Esprit, descendu le jour de la Pentecôte, y faisait sa demeure (1 Cor. 3) . «Vous êtes édifiés ensemble, pour être une habitation de Dieu par l’Esprit» (Éph. 2:22). Ce n’était pas le corps, dans lequel il ne peut y avoir ni foin, ni bois, ni chaume, choses qui doivent être brûlées. La vérité dont nous venons de parler est infiniment intéressante et précieuse ; j’entends cette habitation de Dieu ici-bas, dans sa maison, préparée pour Lui, d’après sa volonté. Dieu n’a jamais demeuré avec Adam innocent, Il le visitait ; pas davantage avec Abraham, qu’Il visitait aussi et bénissait particulièrement ; mais, du moment qu’Israël fut retiré hors d’Égypte, Dieu vint et demeura avec lui. L’habitation de Dieu avec les hommes est le fruit de la rédemption (Voyez Ex. 24:46) . La vraie rédemption est accomplie à la croix, et Dieu s’est formé une habitation pour Lui-même où Il demeure par l’Esprit. Il en est de même pour l’individu (1 Cor. 6), mais je parle maintenant de l’Assemblée, de la maison du Dieu vivant. Elle est à présent, sur la terre, l’habitation de Dieu par l’Esprit. Il demeure et marche au milieu de nous. Nous sommes l’édifice de Dieu. L’homme peut avoir édifié du bois, du foin, du chaume, mais Dieu n’a pas encore exécuté le jugement pour retrancher la maison de devant Lui ; cependant c’est par elle que commencera le jugement.

L’Assemblée est aussi le corps de Christ (Éph. 1:23). C’est par un seul Esprit que nous sommes baptisés en un seul corps. Celui-ci ne sera finalement complet que dans le ciel ; mais il est établi sur la terre ; car le baptême du Saint Esprit a eu lieu quand il est descendu le jour de la Pentecôte (Act. 1:5 ; 1 Cor. 12:13) . Nous trouvons, en outre, dans le même chapitre, qu’Il a mis dans l’Église premièrement des apôtres, en second lieu des prophètes, en troisième lieu des docteurs, ensuite des miracles, des dons de guérison... Il est clair que tout cela est sur la terre. Remarquez aussi, que ces dons sont placés dans l’Église entière, tous quels qu’ils soient, membres d’un seul et même corps. C’est ainsi que l’Église ou l’Assemblée est décrite dans l’Écriture.

Qu’était-ce donc que les églises ou assemblées, sinon des églises locales ? L’apôtre pouvait écrire : «À l’assemblée de Dieu qui est à Corinthe».  Elle représentait l’unité tout entière du corps dans cet endroit. «Vous êtes le corps de Christ et ses membres chacun en particulier».  Il ne pouvait y avoir dans le même endroit deux corps de Christ pour le représenter. Lorsqu’il s’agit de la Galatie qui était une grande province, il est dit : les églises de Galatie. À Thessalonique, ville de Macédoine, nous avons l’assemblée des Thessaloniciens. Il en est de même quant aux sept églises ; Jean écrit à l’assemblée. Ainsi partout, en quelque lieu que ce soit où était l’assemblée de Dieu on pouvait s’adresser directement à elle en cette qualité. Au chapitre 20 des Actes, Paul appelle les anciens de l’assemblée. Ils étaient établis par le Saint Esprit comme surveillants au milieu du troupeau de Dieu. Tite est laissé en Crète pour établir des anciens dans chaque ville. Nous avons (Act 11:22) «l’assemblée qui est à Jérusalem», bien qu’elle fût excessivement nombreuse. En Actes 13, nous trouvons «l’assemblée qui était là», à Antioche. Paul (Act. 14:21-23) retourne à Lystre, Derbe et Iconium, et leur choisit des anciens dans chaque assemblée. Toute l’Écriture nous fait voir clairement qu’il y avait une seule assemblée dans un lieu, et qu’elle était l’assemblée de Dieu. Ils n’avaient pas d’édifices nommés églises, le Tout-Puissant n’habitant pas dans des temples faits par la main des hommes ; ils se rassemblaient dans des maisons quand ils le pouvaient ; mais le tout formait une assemblée, l’assemblée de Dieu dans ce lieu, et les anciens étaient anciens dans ce tout comme étant un seul corps.

L’assemblée locale représentait l’Assemblée de Dieu tout entière, comme 1 Corinthiens nous le montre. La position des chrétiens qui la composaient, était celle de membres de Christ, de tout le corps de Christ. Selon l’Écriture, on n’est membre que du corps de Christ ; on est un oeil, une main, etc. Le ministère était en relation directe avec cette pensée. Lorsque Christ est monté au ciel, il a donné des dons aux hommes, des apôtres, des prophètes (ceux-ci étaient les dons fondamentaux : Éph. 2:20) ; puis des évangélistes, des pasteurs, des docteurs, qui étaient placés dans l’Église, dans l’Assemblée tout entière (1 Cor. 12).

Si un homme était docteur à Éphèse, il l’était aussi à Corinthe. De même, pour les dons miraculeux, un homme parlait en langue là où il était, son don n’appartenait à aucune assemblée particulière, mais ce membre, ou ce don, était donné à tout le corps sur la terre, au moyen du même Esprit par lequel un homme devenait un serviteur de Christ. En 1 Corinthiens 12, nous voyons le Saint Esprit distribuant les dons sur la terre, tels qu’ils existaient alors. En Éphésiens 4, ils sont donnés d’en haut par Christ, et il n’est fait mention que de ceux qui sont en vue de la perfection des saints, pour l’édification du corps de Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous à la mesure de la stature de la plénitude du Christ. Ce sont là les talents avec lesquels l’homme devait trafiquer, s’il connaissait le maître, et parce qu’il avait reçu ces talents. «Suivant que chacun de vous a reçu quelque don de grâce, employez-le les uns pour les autres, comme bons dispensateurs de la grâce variée de Dieu» (1 Pierre 4:10) . Des règles sont données dans l’Écriture quant à la manière d’exercer ces dons. Les femmes devaient se taire dans les assemblées. Mais mon but, en ce moment, est de faire voir que c’était comme appartenant à toute l’Assemblée de Dieu, en tout lieu, que ceux qui possédaient ces dons devaient les exercer. Les anciens étaient des charges locales et non des dons, mais leur aptitude à enseigner était une qualité désirable, toutefois tous ne la possédaient pas (1 Tim. 5:17). Les anciens étaient anciens de l’assemblée de Dieu dans un endroit déterminé. Les dons devaient s’exercer comme appartenant à tout le corps, et selon la règle scripturaire, là où se trouvait le membre doué.

Le résultat de l’examen que nous avons fait de l’Écriture est que dans chaque ville où il y avait des chrétiens, il y avait une seule assemblée de Dieu ; que les chrétiens étaient membres du corps de Christ, l’Écriture ne reconnaissant pas que l’on soit membre d’autre chose. Enfin, les dons, membres et serviteurs de Christ, par l’opération du Saint Esprit, s’exerçaient, d’après les règles données par l’Écriture, dans toute l’Église, qui était une seule Assemblée de Dieu, dans le monde entier. L’ancien était une charge locale, pour laquelle la personne était choisie et établie par l’apôtre ou par son délégué. Les anciens exerçaient leur office dans la seule assemblée de Dieu, qui se trouvait dans l’endroit où le Saint Esprit les avait établis surveillants (Act. 14:23 ; Tite : Actes 20:17, 28). L’ancien n’était point un don, quoiqu’un don fût désirable pour rendre son service plus efficace, mais la principale chose requise était d’avoir les qualités qui rendaient l’ancien propre à être surveillant.

Il n’existe pas trace de cela dans ce que les hommes appellent actuellement églises. Grâces à Dieu, ils ne peuvent empêcher le Seigneur de faire son oeuvre, ni de susciter des ouvriers qui travaillent au bien de ses élus, suivant sa souveraine direction ; mais les hommes ont organisé des églises, chacun selon sa fantaisie : ils ont oublié l’Église de Dieu et la Parole de Dieu, bien que quelques-uns reconnaissent une Église invisible que la fidélité du Seigneur maintiendra. Cela, ils le laissent à ses soins, et chacun arrange l’Église visible comme il lui semble bon.

Du moment que l’Église, comme corps publiquement manifesté dans le monde, fut tombée dans le papisme (ou dans la corruption grecque avec laquelle nous avons moins à faire en Occident), tout était en ruines selon la prédiction de l’apôtre. Lors de la réformation, les gouvernements civils établirent des églises nationales, car personne ne pensait à l’Église de Dieu ; et, pendant quelque temps, on ne toléra pas autre chose. Ensuite, la liberté religieuse commença à devenir plus commune ; mais, l’idée de ce qu’est l’Église de Dieu étant absente, on organisa des églises, unies d’après un système imaginé par l’homme, ou bien indépendantes les unes des autres, mais que l’homme arrangeait et organisait. La notion de l’Unité du corps, le fait qu’on n’est membre que du corps de Christ, la vérité que le Saint Esprit est sur la terre, que les dons sont donnés par Christ et apportent avec eux la responsabilité de leur exercice, — tout cela était complètement oublié et mis de côté. Il ne restait rien de la vérité scripturaire initiale au sujet de l’Église et de la présence du Saint Esprit.

Le corps épiscopal différait en ce sens qu’il prétendait remonter aux origines par la succession, et constituait les gens membres de Christ par le baptême d’eau, rêverie dont on ne peut trouver trace dans l’Écriture. C’est par un seul Esprit que nous sommes baptisés en un seul corps. On est baptisé d’eau pour la mort de Christ. Mais, laissant de côté les prétentions et les erreurs épiscopales, nous trouvons que le système actuel est celui d’assemblées formées par les hommes sur quelque principe qu’ils ont adopté, avec un homme choisi par eux et mis à leur tête. On devient membre de cette église ou assemblée ainsi formée, et l’on vote comme tel au milieu d’elle. Que ces personnes soient membres de Christ ou non, ce qui les caractérise, c’est qu’elles sont membres de cette assemblée particulière. Dans la plupart des églises, le vote ne crée pas de divisions, c’est la majorité qui décide. Le Saint Esprit n’entre point en question. Toute l’action, du commencement à la fin, vient de l’homme. Que les presbytériens aient divers conseils d’église, qu’il y ait un élément aristocratique dans leur organisation ; que chez les congrégationalistes, les décisions soient prises par chaque corps séparément et par le vote des membres des assemblées ; — le tout est un arrangement humain, formé et conduit par l’homme ; un homme est membre d’un corps que l’homme a organisé, et il agit en conséquence. L’état actuel des choses, c’est une église ou une assemblée dont sont membres un certain nombre de personnes, ayant à leur tête une autre personne qui a fait des études pour le ministère. C’est le troupeau ou l’église de Monsieur tel et tel ; il est payé tant par an ; il peut ou non être converti, mais il est consacré ; peut-être est-il un évangéliste, il sera mis à la place d’un pasteur ; peut-être est-il un pasteur, il devra prêcher au monde. Toutefois, s’il ne réussit pas, on lui donne sa démission, le plus souvent directement, parfois d’une manière indirecte. Toute la constitution de l’Église de Dieu, sa constitution divine, est ignorée — on lui a substitué la constitution de l’homme. On ignore l’ordre du Saint Esprit et sa puissance, ou l’on n’y croit pas du tout.

L’Écriture ne connaît ni membre d’une église, ni pasteur d’un troupeau qui soit le sien, ni assembiée volontaire formée d’après ses propres principes à elle. Rien de semblable dans la Parole, si ce n’est les divisions qui commençaient à se produire parmi les Corinthiens, et que l’apôtre qualifie de charnelles. Il y avait là l’Église de Dieu ; il n’y avait pas les églises des hommes. Si Paul adressait aujourd’hui une épître à l’église de Dieu à -, personne ne saurait à qui la remettre, car un tel corps n’y a pas d’existence reconnue.

Les églises ont supplanté l’Église de Dieu. L’opération de l’Esprit de Dieu est mise de côté. L’Esprit donnait les évangélistes, des serviteurs de Christ pour le monde ; il donnait les pasteurs et docteurs (non pas ceux qu’un troupeau a choisis, ou qui ont leur troupeau), pour exercer leurs dons en quelque lieu que Dieu les conduisit. Ils enseignaient à Éphèse dans l’assemblée de Dieu, quand ils s’y trouvaient ; à Corinthe quand ils s’y trouvaient. Partout où Dieu les envoyait, ils agissaient suivant le don qui leur avait été confié d’en haut ; ils trafiquaient avec leur talent parce que le maître les en avait chargés. Suivant que chacun avait reçu quelque don, il l’employait comme bon dispensateur de la grâce variée de Dieu ; s’il exhortait, il s’appliquait à l’exhortation ; s’il enseignait, à l’enseignement, et cela, dans l’Assemblée de Dieu comme un tout.

L’homme a fait des organisations, mais il a totalement mis de côté, dans la mesure de ses arrangements à lui, l’ordre et les arrangements de Dieu quant à l’Assemblée. C’est ainsi que, pour avoir des églises, on a mis de côté l’Église, l’Assemblée de Dieu. C’est ainsi que les hommes ont remplacé, par des ministres de leur choix, l’Esprit qui répartit ses dons à divers membres, et qu’ils ont négligé la Parole dans laquelle l’ordre de Dieu est révélé. L’Église, l’Esprit et la Parole, sont mis de côté par ce qu’on appelle l’ordre, à savoir l’arrangement et l’organisation des hommes.

On nous dit qu’il doit en être ainsi. Bien plutôt, c’est la foi qui manque pour confier au Seigneur le soin de gouverner et de bénir sa propre maison d’après l’ordre qu’il a établi ; et néanmoins la vraie bénédiction ne peut provenir que de Son opération par l’Esprit qu’il a envoyé du ciel. Quel est l’effet de tout cela ? Il serait peu charitable (et je n’ai pas la moindre envie de le faire) d’exposer ici les tristes conséquences qui en sont souvent le résultat. Elles sont bien connues, même du monde. Mon but est de démontrer que le système est antiscripturaire, et qu’il nie le Saint Esprit et la vraie Église de Dieu. D’ailleurs, il est évident qu’une personne choisie et payée par une assemblée, dont ordinairement la moitié au moins est inconvertie, et qui a pour objet principal l’augmentation du nombre, de l’influence, et l’appui des gens riches, que cette personne, dis-je, devra nécessairement chercher à plaire à ceux qu’elle sert, et s’accommoder à son auditoire. Or, l’apôtre dit : «Si je complaisais encore à des hommes, je ne serais pas esclave de Christ» (Gal. 1:10).

Quant au résultat pratique, j’en appelle à toute personne pieuse et consciencieuse, familière avec l’état de choses actuel. De toute part, j’entends leurs plaintes, mais elles ne songent pas que c’est l’effet naturel et nécessaire du système. Le «ministère» n’est plus l’exercice du don donné par le Seigneur, mais c’est l’éducation et la consécration d’une personne pour une profession, en sorte que, bien souvent, elle n’est pas même convertie. La vraie Église de Dieu, établie sur la terre (1 Cor. 12), est méconnue aussi bien que les vraies églises, qui sont les assemblées de Dieu en chaque lieu. En revanche, les hommes font des églises, suivant leur propre notion de ce qui est bien, et ils sont membres de leurs églises, au lieu d’être considérés comme membres du corps de Christ. Le membre inconverti d’une église a tous les droits et le pouvoir d’un membre converti de Christ.

L’influence des richesses l’emporte sur l’Esprit de Dieu ; une majorité décide des cas et non pas la direction de l’Esprit. Si une majorité avait décidé à Corinthe, quel en eût été l’effet ? Dans tout le système, l’homme, la volonté de l’homme, l’organisation humaine, ont pris la place de l’Esprit et de la Parole de Dieu, et de ce que Dieu avait organisé Lui-même, selon les déclarations de cette Parole.

On m’objecte : «N’y avait-il donc pas des églises alors ?» Je réponds : Certainement, et c’est ce qui démontre le caractère antiscripturaire de ce qui existe. Qu’on me montre dans l’Écriture une chose telle qu’un corps séparé et distinct, dont on est membre et que l’on appelle aujourd’hui une église. Tout cela est antiscripturaire et met de côté ce qu’on trouve dans l’Écriture, pour établir quelque chose d’autre.

Je ne traite pas de plusieurs sujets collatéraux, tels que l’état de ruine de l’Église comme un tout, la venue du Seigneur, etc., désirant m’en tenir à cette question : l’ordre de choses actuel est-il scripturaire ou antiscripturaire ? Que des hommes qui ont bu du vin vieux en veuillent aussitôt du nouveau, je conçois que cela soit peu probable ; mais heureux celui qui suit la Parole et reconnaît le Saint Esprit, fût-il même seul à le faire. La parole du Seigneur demeure éternellement, il en est de même de celui qui fait sa volonté. Les chapitres 3 et 4 de la seconde épître à Timothée, indiquent clairement quel est l’état de l’Église et le chemin du croyant aux derniers jours ; tandis que la première épître nous présente les détails extérieurs de l’Église à son début, ordonnés par les soins apostoliques.

 

 

 

3                    L’Église comme elle était au commencement et son état actuel

1866

Nous pouvons considérer l’Église sous deux points de vue. Premièrement, elle est l’ensemble des enfants de Dieu, formés en un seul corps, unis par la puissance du Saint Esprit au Christ Jésus, l’homme glorifié, monté au ciel. En second lieu, elle est la maison ou l’habitation de Dieu par l’Esprit.

Le Sauveur s’est donné lui-même, non seulement pour sauver parfaitement ceux qui croient en Lui, «mais aussi pour rassembler en un les enfants de Dieu dispersés» (Jean 11:52). Christ a parfaitement accompli l’oeuvre de la rédemption ; ayant offert un seul sacrifice pour les péchés, Il s’est assis à la droite de Dieu. — «Car par une seule offrande il a rendu parfaits à perpétuité ceux qui sont sanctifiés» . Le Saint Esprit nous en rend témoignage en disant : «Je ne me souviendrai plus de leurs péchés ni de leurs iniquités» (Héb. 10:14, 17). L’amour de Dieu nous a donné Jésus ; la justice de Dieu est pleinement satisfaite par son sacrifice, et Il est assis à la droite de Dieu, témoignage constant que l’oeuvre de la rédemption est accomplie, que nous sommes acceptés en Lui et que nous posséderons la gloire à laquelle nous sommes appelés. Conformément à sa promesse, Jésus nous a envoyé du ciel le Saint Esprit, le Consolateur. Ce dernier demeure en nous qui croyons en Jésus, et nous a scellés pour le jour de la rédemption, c’est-à-dire pour la glorification de nos corps. Le même Esprit est encore les arrhes de notre héritage.

Toutes ces choses pourraient être vraies, alors même qu’il n’y aurait pas une Église sur la terre. Il y a des individus sauvés, il y a des enfants de Dieu héritiers de la gloire du ciel, mais être unis à Christ, membres de son corps, de sa chair et de ses os, c’est une autre chose ; et c’est autre chose encore d’être l’habitation de Dieu par l’Esprit. Nous parlerons de ces derniers points.

Il est très clairement montré dans les Saintes Écritures que l’Église est le corps de Christ. Non seulement nous sommes sauvés par Christ, mais nous sommes en Christ et Christ en nous. Le vrai chrétien qui jouit de ses privilèges, sait par le moyen du Saint Esprit qu’il est en Christ et Christ en lui. «En ce jour-là» , dit le Seigneur, «vous connaîtrez que moi je suis en mon Père, et vous en moi, et moi en vous» (Jean 14:20). Dans ce jour c’est-à-dire dans le jour où vous aurez reçu l’Esprit saint envoyé du ciel. Celui qui est uni au Seigneur est un même Esprit.

Ainsi, nous sommes en Christ et membres de son corps. Cette doctrine est développée dans l’épître aux Éphésiens, chapitres 1-3. Qu’y a-t-il de plus clair que cette parole : «Il l’a donné pour être chef sur toutes choses à l’Assemblée qui est son corps» ? Remarquez que ce fait merveilleux commença, ou fut trouvé existant, aussitôt après que le Christ a été glorifié dans le ciel, bien que tout ce qui est contenu dans ces versets ne soit pas encore accompli. Dieu, dit l’apôtre, nous a ressuscités ensemble avec Lui, nous a fait asseoir en Lui dans les lieux célestes — non pas encore avec Lui, mais «en Lui». Et au chapitre 3 : «Lequel [mystère] en d’autres générations n’a pas été donné à connaître aux fils des hommes, comme il a été maintenant révélé à ses saints apôtres et prophètes par l’Esprit : savoir que les nations seraient cohéritières et d’un même corps et coparticipantes de sa promesse dans le Christ Jésus par l’Évangile... afin que la sagesse si diverse de Dieu soit maintenant donnée à connaître aux principautés et aux autorités, dans les lieux célestes, par l’assemblée».

Ici donc, l’Église est formée sur la terre par le Saint Esprit descendu du ciel après que Christ a été glorifié. Elle est unie à Christ, sa tête céleste, et tous les vrais croyants sont ses membres par le même Esprit. Cette précieuse vérité est exprimée par d’autres passages ; par exemple, dans l’épître aux Romains, chapitre 12

«Car comme, dans un seul corps, nous avons plusieurs membres, et que tous les membres n’ont pas la même fonction, ainsi nous qui sommes plusieurs, sommes un seul corps en Christ, et chacun individuellement membres l’un de l’autre» .

Il n’est pas nécessaire de citer d’autres textes ; nous appellerons seulement l’attention de nos lecteurs sur le chapitre 12 de la première épître aux Corinthiens. Il est clair comme le jour que l’apôtre parle ici de l’Église sur la terre, non d’une Église future dans le ciel, et pas davantage d’églises dispersées dans le monde, mais de l’Église comme d’un tout, représentée toutefois par l’église de Corinthe. C’est pourquoi il est dit au commencement de l’épître : «À l’assemblée de Dieu qui est à Corinthe, aux sanctifiés dans le Christ Jésus, saints appelés, avec tous ceux qui en tous lieux invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, et leur Seigneur et le nôtre».  La totalité de l’Église est clairement indiquée par ces mots : «Et Dieu a placé les uns dans l’Assemblée : — d’abord des apôtres, en second lieu des prophètes, en troisième lieu des docteurs, ensuite des miracles, puis des dons de grâce de guérisons».  Il est évident que les apôtres n’étaient pas dans une église particulière et que les dons de guérisons ne pouvaient s’exercer dans le ciel. C’est bien l’Église universelle sur la terre ; cette Église est le corps de Christ et les vrais croyants en sont les membres. Elle est une par le baptême du Saint Esprit. «Car de même que le corps est un et qu’il a plusieurs membres, mais que tous les membres du corps, quoiqu’ils soient plusieurs, sont un seul corps, ainsi aussi est le Christ» (v. 12) . Puis après avoir dit que chacun de ces membres travaille selon sa propre fonction dans le corps, il ajoute (v. 27) : «Or vous êtes le corps de Christ, et ses membres chacun en particulier».  Souvenez-vous que ceci a lieu en conséquence du baptême du Saint Esprit descendu du ciel. Par conséquent, ce corps existe sur la terre et embrasse tous les chrétiens là où ils sont ; ils ont reçu le Saint Esprit, par lequel ils sont les membres de Christ et membres les uns des autres. Combien cette unité est belle ! Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; et si un membre est honoré, tous les membres s’en réjouissent avec lui.

La Parole nous enseigne là que les dons sont membres de tout le corps et qu’ils appartiennent au corps tout entier. Les apôtres, les prophètes, les docteurs, sont dans l’Église, et non dans une église particulière. Il en résulte que ces dons donnés par le Saint Esprit sont exercés dans toute l’Église, là où le membre qui les possède se trouve, parce qu’il est membre du corps. Si Apollos enseigne à Éphèse, il enseigne à Corinthe, et dans chaque localité où il pourra se trouver. L’Église est donc le corps de Christ, uni à Lui qui est sa tête dans le ciel. Nous devenons membres de ce corps par le Saint Esprit habitant en nous, et tous les chrétiens sont membres les uns des autres. Cette Église, qui sera bientôt consommée dans le ciel, est formée maintenant sur la terre par le Saint Esprit envoyé du ciel, qui habite avec nous, et par lequel tous les vrais croyants sont baptisés en un seul corps. Comme membres d’un seul corps, les dons sont exercés dans l’Église entière.

Il y a encore, comme nous l’avons dit, un autre caractère de l’Église de Dieu sur la terre ; elle y est l’habitation de Dieu. Il est intéressant de remarquer qu’il n’en était pas ainsi avant que la rédemption soit accomplie. Dieu n’habitait pas avec Adam même lorsqu’il était encore innocent, ni avec Abraham, mais Il visitait avec condescendance le premier homme dans le paradis, puis ensuite le père des croyants ; néanmoins Il n’a jamais habité avec eux. Mais dès qu’Israël fut retiré d’Égypte, un peuple racheté (Ex. 15:13), Dieu commença à habiter au milieu de son peuple. Aussitôt que la construction du tabernacle est révélée et réglée, Dieu dit : «J’habiterai au milieu des enfants d’Israël, et je leur serai Dieu ; et ils sauront que moi, l’Éternel, je suis leur Dieu, qui les ai fait sortir du pays d’Égypte, pour habiter au milieu d’eux. Je suis l’Éternel, leur Dieu» (Ex. 29:45-46) . Après avoir délivré son peuple, Dieu habite au milieu de lui, et la présence de Dieu est son plus grand privilège.

La présence du Saint Esprit est ce qui caractérise les vrais croyants en Christ. «Votre corps est le temple du Saint Esprit» (1 Cor. 6:19) . «Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, celui-ci n’est pas de Lui» (Rom. 8:9) .

Les chrétiens, collectivement, sont le temple de Dieu, et l’Esprit de Dieu habite en eux (I Cor. 3:16). -Sans parler du chrétien individuellement, je dirai que l’Église sur la terre est l’habitation de Dieu par l’Esprit. Quel précieux privilège ! La présence de Dieu Lui-même, source de joie, de force, de sagesse pour son peuple ! Nous avons en même temps une très grande responsabilité quant à la manière dont nous traitons un pareil hôte. Je citerai quelques passages pour prouver cette vérité. «Ainsi donc, vous n’êtes plus étrangers, ni forains, mais vous êtes concitoyens des saints, et gens de la maison de Dieu, ayant été édifiés sur le fondement des apôtres et prophètes, Jésus Christ lui-même étant la maîtresse pierre du coin, en qui tout l’édifice, bien ajusté ensemble, croît pour être un temple saint dans le Seigneur, en qui, vous aussi, vous êtes édifiés ensemble, pour être une habitation de Dieu par l’Esprit» (Éph. 2:19-22) .

Nous voyons ici que, cet édifice étant déjà commencé sur la terre, l’intention de Dieu est d’avoir un temple, composé de tous ceux qui croient, après que Dieu a aboli le mur de clôture qui excluait les Gentils : et cet édifice croît, jusqu’à ce que tous les chrétiens soient réunis dans la gloire. En attendant, les croyants sur la terre forment le tabernacle de Dieu, son habitation par l’Esprit qui demeure au milieu de l’Église.

En 1 Timothée 3:14-15, l’apôtre dit : «Je t’écris ces choses, espérant me rendre bientôt auprès de toi ; mais si je tarde, — afin que tu saches comment il faut se conduire dans la maison de Dieu, qui est l’assemblée du Dieu vivant, la colonne et le soutien de la vérité». D’après ces mots, nous voyons que les chrétiens sur la terre sont la maison du Dieu vivant, et que cette épître enseigne à Timothée comment il doit se conduire dans cette maison. Nous voyons aussi que le chrétien est responsable de maintenir la vérité dans le monde. L’Église n’a pas à enseigner, mais les apôtres enseignent, les docteurs enseignent, et le chrétien maintient la vérité en y étant fidèle. L’Église est le témoin de la vérité dans le monde. Ceux qui cherchent la vérité ne la cherchent pas chez les païens, les Juifs ou les mahométans, mais dans l’Église chrétienne. Celle-ci n’est pas une autorité pour la vérité, c’est la Parole qui est l’autorité. L’Église est le vaisseau qui contient la vérité ; et là où la vérité n’est pas, il n’y a pas d’Église. L’Église est le corps de Christ, et ce dernier en est la tête dans le ciel.

Telle est la maison de Dieu sur la terre. Quand l’Église sera complète, elle rejoindra Christ dans le ciel, revêtue de la même gloire que son Époux.

Il est nécessaire, avant de parler de l’état de l’Église telle qu’elle était au commencement, de faire remarquer une différence qui se trouve dans la Parole de Dieu, quant à la maison. Le Seigneur dit : «sur ce roc je bâtirai mon Assemblée».  C’est Christ lui-même qui bâtit son Église ; par conséquent les portes du hadès ne prévaudront point contre elle (*). Ici, ce n’est pas l’homme qui bâtit, mais Christ. C’est pourquoi l’apôtre Pierre, lorsqu’il parle de la maison spirituelle, ne dit rien des ouvriers : «Vous approchant comme d’une pierre vivante... vous-mêmes aussi, comme des pierres vivantes, êtes édifiés une maison spirituelle, une sainte sacrificature» (1 Pierre 2:5) . C’est là l’oeuvre de la grâce dans le coeur de l’individu, par laquelle l’homme s’approche de Christ. À l’appui de cela, il est dit en outre que «le Seigneur ajoutait tous les jours à l’assemblée ceux qui devaient être sauvés» (Actes 2:47) . Cette oeuvre ne pouvait se dégrader, puisqu’elle est l’oeuvre de Dieu, efficace pour l’éternité, et manifestée dans le temps. Nous lisons encore dans l’épitre aux Éphésiens, chapitre 2 : «édifiés sur le fondement des apôtres et prophètes, Jésus Christ lui-même étant la maîtresse pierre du coin, en qui tout l’édifice, bien ajusté ensemble, croît pour être un temple saint dans le Seigneur».  Cet édifice qui s’accroît, peut être manifesté aux yeux des hommes ; mais, si l’effet de cette oeuvre de grâce efficace n’est pas manifesté dans son unité extérieure devant les yeux des hommes, Dieu ne manquera pas pour cela de faire son oeuvre, en rassemblant ses enfants pour la vie éternelle. Les âmes viennent à Christ et sont édifiées sur Lui.

 

(*) On observera qu’il n’y a pas des clefs pour l’Église. On ne bâtit pas avec des clefs, les clefs sont pour le royaume.

 

Les apôtres Jean et Paul, et plus particulièrement le dernier, parlent de l’unité manifestée devant les hommes, en témoignage aux hommes de la puissance de l’Esprit. Nous lisons en Jean 17 : «Or je ne fais pas seulement des demandes pour ceux-ci, mais aussi pour ceux qui croient en moi par leur parole ; afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi ; afin qu’eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que toi tu m’as envoyé».  Ici, l’unité des enfants de Dieu est un témoignage envers le monde de ce que Dieu a envoyé Jésus afin que le monde croie. Comme conséquence de cette vérité, il est évident que le devoir des enfants de Dieu est d’en montrer la réalité. Chacun reconnaît combien l’état contraire est une arme dans la main des ennemis de cette même vérité.

Le caractère de la maison et la doctrine de la responsabilité des hommes sont encore enseignés dans d’autres passages de la Parole de Dieu. Paul dit : «Vous êtes l’édifice de Dieu. Selon la grâce de Dieu qui m’a été donnée, comme un sage architecte, j’ai posé le fondement, et un autre édifie dessus ; mais que chacun considère comment il édifie dessus». Ici, c’est l’homme qui construit. La maison de Dieu est manifestée sur la terre. L’Église est l’édifice de Dieu, mais nous n’avons pas là l’oeuvre de Dieu seulement, c’est-à-dire ceux qui viennent à Dieu attirés par l’Esprit Saint, mais l’effet de l’oeuvre des hommes, qui ont souvent bâti avec du bois, du foin, du chaume, etc.

Les hommes ont confondu la maison extérieure, bâtie par les hommes, avec l’oeuvre de Christ qui peut être identique avec celle des hommes, mais peut aussi s’en écarter largement. De faux docteurs attribuent tous les privilèges du corps de Christ à la grande maison, composée de toutes sortes d’iniquités et d’hommes corrompus. Cette fatale erreur ne détruit pas la responsabilité des hommes en ce qui regarde la maison de Dieu, son habitation par le Saint Esprit comme aussi cette responsabilité n’est pas détruite par rapport à l’unité de l’Esprit, en un seul corps sur la terre.

Il me paraît important de signaler cette différence, parce qu’elle jette du jour sur les questions actuelles. Mais poursuivons notre sujet. Quel était l’état de l’Église au commencement à Jérusalem ? Nous voyons que la puissance du Saint Esprit y était merveilleusement manifestée. «Et tous les croyants étaient en un même lieu, et ils avaient toutes choses communes, et ils vendaient leurs possessions et leurs biens, et les distribuaient à tous, selon que chacun pouvait en avoir besoin. Et tous les jours, ils persévéraient d’un commun accord dans le temple, et, rompant le pain dans leurs maisons, ils prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de coeur, louant Dieu et ayant la faveur de tout le peuple. Et le Seigneur ajoutait tous les jours à l’assemblée ceux qui devaient être sauvés». Et au chapitre 4 : «La multitude de ceux qui avaient cru était un coeur et une âme ; et nul ne disait d’aucune des choses qu’il possédait, qu’elle fût à lui, mais toutes choses étaient communes entre eux. Et les apôtres rendaient avec une grande puissance le témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus ; et une grande grâce était sur eux tous. Car il n’y avait parmi eux aucune personne nécessiteuse ; car tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, et apportaient le prix des choses vendues, et le mettaient aux pieds des apôtres ; et il était distribué à chacun, selon que l’un ou l’autre pouvait en avoir besoin» (Act. 4:32-35). Quelle magnifique description de l’effet de la puissance de l’Esprit dans leurs coeurs, effet qui ne disparut que trop tôt et pour toujours ; mais les chrétiens doivent chercher à réaliser cet état autant qu’il leur est possible.

La méchanceté du coeur de l’homme se montra promptement : Ananias et Sapphira, puis les murmures des Grecs envers les Hébreux, parce que leurs veuves étaient négligées dans les distributions journalières, manifestèrent que le péché du coeur de l’homme joint à l’oeuvre du diable, agissait déjà dans le sein de l’Église. Mais, dans le même temps, le Saint Esprit était dans l’Église, y agissait, et suffisait pour ôter le mal et le changer en bien ; l’Église était une, connue du monde, et l’on pouvait dire alors, que les apôtres, ayant été mis dehors, retournaient auprès des leurs. Une seule Église, remplie du Saint Esprit, rendait témoignage au salut de Dieu et à Sa présence sur la terre ; et Dieu ajoutait à cette Église ceux qui étaient sauvés. Cette Église fut dispersée par la persécution, hormis les apôtres qui demeurèrent à Jérusalem. Dieu suscite alors Paul pour être son messager auprès des Gentils. Il commence à édifier l’Église parmi les Gentils et enseigne qu’en elle il n’y a ni Juifs, ni Gentils, mais que tous sont un et le même corps en Christ. Non seulement l’existence de l’Église parmi les Gentils est proclamée, mais de plus la doctrine de l’Église, de son unité, de l’union des Juifs et des Gentils en un corps, est mise en exécution. Elle a été l’objet du conseil de Dieu dès avant la fondation du monde, cachée en Dieu ; mystère caché dès les siècles en Dieu, afin de montrer aux principautés et aux puissances dans les lieux célestes, par l’Église, la sagesse variée de Dieu : qui n’avait pas été donnée à connaître dans d’autres siècles parmi les fils des hommes comme elle a été maintenant révélée à ses saints apôtres et prophètes (*) par l’Esprit. C’est ainsi qu’il est dit aux Colossiens (1:26) : «Le mystère qui avait été caché dès les siècles et dès les générations, mais qui a été maintenant manifesté à ses saints».

 

(*) Il faut observer que l’apôtre parle seulement des prophètes du Nouveau Testament.

 

Les chrétiens étaient tous connus, admis publiquement dans l’Église, Gentils aussi bien que Juifs. L’unité était manifestée. Tous les saints étaient membres d’un seul corps, du corps de Christ ; l’unité du corps était reconnue, elle était une vérité fondamentale du christianisme. Dans chaque localité, il y avait une manifestation de cette unité de l’Église de Dieu sur la terre ; si bien qu’une épître de Paul adressée à l’église de Dieu à Corinthe, arrivait à une seule assemblée ; et l’apôtre pouvait ajouter ensuite : «avec tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, et leur Seigneur et le nôtre» ; néanmoins, si nous parlons spécialement de ceux qui étaient à Corinthe, il dit : «Vous êtes le corps de Christ, et ses membres chacun en particulier».  Si un chrétien, membre du corps de Christ, allait d’Éphèse à Corinthe, il était nécessairement aussi membre du corps de Christ dans cette dernière assemblée. Les chrétiens ne sont pas membres d’une assemblée, mais de Christ. L’oeil, l’oreille, le pied ou quelque autre membre que ce soit qui était à Corinthe, l’était aussi à Éphèse. En un mot nous ne trouvons pas l’idée de membre d’une église, mais de membres de Christ.

Le ministère, tel qu’il est présenté dans la Parole, est aussi une preuve de la même vérité. Les dons, source du ministère, donnés par le Saint Esprit, étaient dans l’Église (1 Cor. 12:8-12, 28). Ceux qui les possédaient étaient membres du corps. Si Apollos était docteur à Corinthe, il était aussi bien docteur à Éphèse. S’il était l’oeil, l’oreille, ou tel autre membre du corps de Christ à Éphèse, il l’était encore à Corinthe. Rien n’est plus clairement exprimé que ce qui est dit sur ce sujet dans 1 Corinthiens 12 : un corps, plusieurs membres ; l’Église une, et en elle les dons que le Saint Esprit a donnés — dons qui étaient exercés dans chaque localité quel que fût celui qui les possédât. Le chapitre 4 de l’épître aux Éphésiens contient la même vérité. Lorsque Christ est monté en haut, Il «a donné des dons aux hommes... et a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs ; en vue du perfectionnement des saints, pour l’oeuvre du service, pour l’édification du corps de Christ ; jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature de la plénitude du Christ ; afin que nous ne soyons plus de petits enfants, ballottés et emportés çà et là par tout vent de doctrine dans la tromperie des hommes, dans leur habileté à user de voies détournées pour égarer ; mais que, étant vrais dans l’amour, nous croissions en toutes choses jusqu’à Lui qui est le chef, le Christ ; duquel tout le corps, bien ajusté et lié ensemble par chaque jointure du fournissement, produit, selon l’opération de chaque partie dans sa mesure, l’accroissement du corps pour l’édification de lui-même en amour».

Cette unité et la libre activité des membres étaient réalisées au temps des apôtres. Chaque don était pleinement reconnu comme étant suffisant pour accomplir l’oeuvre du Seigneur, et était librement exercé. Les apôtres travaillaient comme apôtres, et de même ceux qui avaient été dispersés à l’occasion de la première persécution, travaillaient dans l’oeuvre suivant la mesure de leurs dons. C’est ainsi que les apôtres enseignaient (1 Pierre 4:10, 11 ; 1 Cor. 14:26, 29) ; c’est ainsi que les chrétiens enseignaient. Le diable cherchait à détruire cette unité, mais il n’y parvint pas aussi longtemps que les apôtres vécurent. Il employait le Judaïsme pour atteindre ce but ; mais le Saint Esprit conserva l’unité, comme nous le lisons dans Actes 15. Le diable chercha à créer des sectes au moyen de la philosophie (1 Cor. 2), et de ces deux choses ensemble (Col. 2) ; tous ses efforts furent vains. Le Saint Esprit agissait au milieu de l’Église, ainsi que la sagesse donnée aux apôtres pour maintenir l’unité et la vérité de l’Église contre la puissance de l’ennemi. Plus on lit les Actes et les épîtres, plus on voit cette unité et cette vérité. L’union de ces deux choses ne peut avoir son effet que par l’action du Saint Esprit. La liberté individuelle n’est pas l’union ; et l’union entre les hommes ne laisse pas à l’individu sa pleine liberté. Lorsque le Saint Esprit gouverne, il unit nécessairement les frères entre eux et agit en chacun d’eux suivant le but qu’il s’est proposé à lui-même en les unissant, c’est-à-dire, suivant son propre but. C’est ainsi que le Saint Esprit rassemble tous les saints en un seul corps, et agit en chacun d’eux d’après sa volonté, les conduisant dans le service du Seigneur pour la gloire de Dieu et l’édification du corps.

Telle était l’Église ! Qu’est-elle à cette heure, et où existe-t-elle ? Elle sera parfaite dans le ciel, d’accord ; mais où la trouver maintenant sur la terre ? Les membres du corps de Christ sont dispersés ; plusieurs sont cachés dans le monde, d’autres sont au milieu de la corruption religieuse ; il s’en trouve soit dans une secte, soit dans une autre, et toutes sont en rivalité pour attirer ceux qui sont sauvés. Plusieurs, grâces à Dieu, cherchent l’unité ; mais qui est-ce qui l’a trouvée ? Il ne suffit pas de dire que par le même Esprit, nous avons été baptisés en un seul corps : «Afin qu’ils soient un...» dit le Seigneur, «et que le monde croie que c’est toi qui m’as envoyé».  Nous ne sommes pas un ; l’unité du corps n’est pas manifestée. Au commencement elle était clairement manifestée, et, dans chaque ville, cette unité était évidente aux yeux du monde. Tous les chrétiens marchaient partout comme étant la seule Église. Celui qui était membre de Christ dans une localité, l’était aussi dans une autre et celui qui avait une lettre de recommandation était reçu partout, puisqu’il n’y avait qu’une assemblée.

La cène était le signe extérieur de l’unité. «Nous qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps, car nous participons tous à un seul et même pain» (1 Cor. 10:17). Le témoignage que l’Église rend aujourd’hui est plutôt celui-ci : que le Saint Esprit, sa puissance et sa grâce, ne peut surmonter les causes de divisions. La plus grande portion de ce que l’on nomme l’Église est le siège de la corruption la plus grossière et la majorité de ceux qui se vantent de sa lumière sont des incrédules. Grecs, Romains, Luthériens, Réformés, ne prennent pas la cène ensemble ; ils se condamnent les uns les autres. La lumière des enfants de Dieu qui se trouvent dans des sectes diverses, est mise sous le boisseau ; et ceux qui sont séparés de ces corps, parce qu’ils ne peuvent supporter cette corruption, sont divisés en cent parties qui ne veulent pas prendre la cène ensemble. Ni les uns, ni les autres, ne prétendent être l’Église de Dieu, mais ils disent qu’elle est devenue invisible. Quelle est donc la valeur d’une lumière invisible ? Néanmoins il n’y a ni humiliation, ni confession, en reconnaissant que la lumière est devenue invisible. L’unité, en tant que manifestation, est détruite. L’Église, qui une fois était belle, unie, céleste, a perdu son caractère ; elle est cachée parmi le monde ; les chrétiens eux-mêmes sont mondains, pleins de convoitises, avides de richesses, d’honneurs, de pouvoir, semblables aux enfants de ce siècle. Ils sont une épître, dans laquelle nul ne peut lire un seul mot de Christ (*). La plus grande partie de ce qui porte le nom de chrétien est infidèle ou forme la secte de l’ennemi, et les vrais chrétiens sont perdus au milieu de la multitude. Où trouverons-nous un seul pain, l’emblème du corps ? Où est la puissance de l’Esprit qui unit les chrétiens en un seul corps ? Qui peut nier que les chrétiens aient été tels ? Et ne sont-ils pas coupables de n’être plus ce qu’ils furent ? Pouvons-nous trouver bon que l’on soit dans un état tout différent de celui dans lequel l’Église était au commencement, et que la Parole réclame de nous ? Nous devrions être profondément affligés d’un état tel que celui de l’Église dans le monde, parce qu’il ne répond en rien au coeur et à l’amour de Christ. Les hommes se contentent d’avoir l’assurance de leur salut éternel.

 

(*) Il n’est pas dit que nous devons être une épître de Christ, mais : «vous êtes l’épître de Christ».

 

Cherchons-nous ce que la Parole dit sur ce point ? Nous trouvons en Romains 11, d’une manière générale, ce qui concerne chaque économie ou dispensation, les voies de Dieu envers les Juifs et envers les branches d’entre les Gentils qui ont été substituées aux Juifs : «Considère donc la bonté et la sévérité de Dieu : la sévérité envers ceux qui sont tombés ; la bonté de Dieu envers toi, si tu persévères dans cette bonté ; puisque autrement, toi aussi, tu seras coupé».  N’est-ce pas une chose bien sérieuse, que le peuple de Dieu sur la terre soit retranché ? Certainement les fidèles sont et seront gardés ; car Dieu ne manque jamais à sa fidélité ; mais tous les systèmes dans lesquels Il se glorifie peuvent être jugés et retranchés. La gloire de Dieu, sa présence visible et réelle, était à Jérusalem, son trône était entre les chérubins. Lors de la captivité à Babylone, sa présence abandonna Jérusalem, et sa gloire ainsi que sa présence ne furent plus dans le temple, au milieu du peuple. Bien que sa longue patience envers eux ait duré jusqu’au temps où Christ fut rejeté, Dieu les a retranchés, quant à ce qui concerne l’alliance. Le résidu devint des chrétiens, mais tout le système fut terminé par le jugement. Le système chrétien aura la même issue, s’il ne persévère pas dans la bonté de Dieu ; et il n’y a pas persévéré. C’est pourquoi, bien que j’aie la ferme conviction que tout vrai chrétien sera préservé et enlevé au ciel, en ce qui concerne le témoignage de l’Église sur la terre, cette maison de Dieu par l’Esprit, il n’existera plus. Pierre avait dit : «Le temps est venu de commencer le jugement par la maison de Dieu» (1 Pierre 4:17) ; et du temps de Paul, le mystère d’iniquité se mettait en train et devait continuer jusqu’à ce que l’homme de péché soit là. Déjà du temps de l’apôtre, chacun cherchait son propre intérêt et non celui de Christ. L’apôtre nous dit encore, qu’après son départ il entrerait dans l’Église des loups redoutables qui n’épargneraient pas le troupeau (Actes 20:29) ; il dit que, dans les derniers jours, il surviendrait des temps fâcheux, les hommes ayant la forme de la piété, mais en ayant renié la puissance ; les méchants et les imposteurs allant de mal en pis, séduisant et étant séduits (2 Tim. 3:5, 13) ; et que finalement l’apostasie aurait lieu.

Tout cela constitue-t-il la persévérance dans la grâce de Dieu ? Cette infidélité est-elle chose inconnue dans l’histoire de l’homme ? Dieu a toujours commencé par placer ses créatures dans une bonne position, mais la créature a invariablement abandonné la position dans laquelle Dieu l’avait mise, y étant devenue infidèle. Dieu, après un long support, ne rétablit jamais dans la position de laquelle on est déchu. Il n’appartient pas à ses voies de restaurer une chose qui a été gâtée : mais il la retranche, pour introduire quelque chose de tout à fait nouveau, bien meilleur que ce qui avait été auparavant. Adam est tombé, et Dieu veut que le second Adam soit le Seigneur du ciel. Dieu a donné la loi à Israël, qui fit le veau d’or avant que Moïse soit redescendu de la montagne ; et Dieu veut écrire la loi dans le coeur de son peuple. Dieu a établi la sacrificature d’Aaron, et ses fils offrent immédiatement un feu étranger ; dès lors Aaron ne put plus entrer dans le lieu très-saint dans ses vêtements de gloire et de beauté. Dieu a fait asseoir le fils de David sur le trône de l’Éternel (1 Chr. 29:23), mais l’idolâtrie ayant été introduite par lui, le royaume est divisé et le trône du monde donné par Dieu à Nebucadnetsar, qui fait une statue d’or et jette les fidèles dans la fournaise ardente. En toute occasion l’homme est infidèle ; et Dieu, après l’avoir longtemps supporté, intervient en jugement, et au système précédent en substitue un meilleur.

Il est intéressant d’observer comment toutes les choses qui ont failli, sont rétablies d’une manière plus excellente dans le second homme. L’homme sera exalté en Christ, la loi écrite dans le coeur des Juifs, la sacrificature exercée par Jésus Christ. Il est le fils de David qui régnera sur la maison d’Israël ; il gouvernera les nations. Il en est de même en ce qui concerne l’Église ; elle a été infidèle, elle n’a pas maintenu la gloire de Dieu qui lui avait été confiée ; à cause de cela, comme système, elle sera retranchée de la terre ; l’ordre de choses établi par Dieu prendra fin par le jugement ; les fidèles monteront au ciel dans une condition bien meilleure, pour être rendus conformes à l’image du Fils de Dieu, et le royaume du Seigneur sera établi sur la terre. Toutes ces choses seront un admirable témoignage de la fidélité de Dieu, qui accomplira tous ses desseins en dépit de l’infidélité de l’homme. Mais est-ce que cela anéantit la responsabilité de l’homme ? Comment Dieu jugerait-il le monde ? dit l’apôtre. Nos coeurs ne sentent-ils pas que nous avons traîné la gloire de Dieu dans la poussière ? Le mal a commencé dès le temps des apôtres ; chacun y a ajouté sa part ; l’iniquité des siècles est accumulée sur nous ; bientôt la maison de Dieu sera jugée, le sang de tous les justes a été redemandé à la nation juive, et Babylone aussi sera trouvée coupable du sang de tous les saints.

Il est vrai que nous serons enlevés au ciel ; mais avec cela ne devons-nous pas être affligés de la ruine de la maison de Dieu ? Oui, sans doute : elle était une, témoignage magnifique de la gloire de son Chef par la puissance du Saint Esprit, unie, céleste, faisant par-là connaître au monde l’effet de la puissance du Saint Esprit, qui mettait l’homme au-dessus de tout motif humain, faisait disparaître les distinctions et les diversités, amenait les croyants de toutes contrées et de toutes classes à être une seule famille, un seul corps, une Église ; témoignage puissant de la présence de Dieu sur la terre au milieu des hommes.

On objecte que nous ne sommes pas responsables des péchés de nos prédécesseurs. Ne sommes-nous pas responsables de l’état dans lequel nous sommes trouvés ? Les Néhémie, les Daniel, se sont-ils excusés des péchés du peuple ? N’ont-ils pas plutôt confessé le misérable état du peuple de Dieu, comme y appartenant eux-mêmes ? Si nous n’étions pas responsables, pourquoi Dieu nous mettrait-il de côté, pourquoi jugerait-il, et détruirait-il tout le système ? Pourquoi dirait-il : «Je viens à toi, et j’ôterai ta lampe de son lieu, à moins que tu ne te repentes» ? Pourquoi juge-t-il Thyatire, la remplaçant par le royaume ? Pourquoi dit-il : «Je te vomirai de ma bouche» ? Je crois que les sept églises (Apoc. 2 et 3) nous donnent l’histoire de l’Église, du commencement à la fin ; en tout cas nous y trouvons la responsabilité des chrétiens quant à l’état de l’Église. On dira peut-être que ce ne sont que les églises locales qui sont responsables, et non l’Église universelle. Ce qui est certain, c’est que Dieu retranchera l’Église, comme système établi sur la terre.

Afin de démontrer que la responsabilité continue du commencement à la fin, lisons dans l’épître de Jude : «Certains hommes se sont glissés parmi les fidèles, inscrits jadis à l’avance pour ce jugement».  Ils s’étaient déjà glissés parmi eux, et «Énoch aussi, le septième homme depuis Adam, a prophétisé de ceux-ci en disant : Voici le Seigneur est venu au milieu de ses saintes myriades, pour exécuter le jugement contre tous. Ainsi, ceux qui du temps de Jude s’étaient glissés, amenaient le jugement sur les professants profanes du christianisme. Nous avons dans cette épître les trois caractères de l’iniquité et leurs progrès. En Caïn, il n’y a que l’iniquité purement humaine ; en Balaam, l’iniquité ecclésiastique ; dans Coré, la rébellion — et ils périssent. Dans le champ où le Seigneur avait semé la bonne semence, l’ennemi, pendant que les hommes dormaient, a semé l’ivraie. Il est très vrai que le bon grain est recueilli dans le grenier ; néanmoins la négligence des serviteurs a laissé à l’ennemi l’occasion de gâter l’oeuvre du maître. Pouvons-nous être indifférents à l’état de l’Église bien-aimée du Seigneur, indifférents aux divisions que le Seigneur a interdites ? (*). Non, humilions-nous, chers frères, confessons notre faute et délaissons-la. Marchons fidèlement chacun pour sa part, et efforçons-nous de retrouver l’unité de l’Église et le témoignage de Dieu. Purifions-nous de tout mal et de toute iniquité. S’il est possible de nous rassembler au nom du Seigneur, ce sera une grande bénédiction ; mais il est essentiel que cela se fasse dans l’unité de l’Église de Dieu et dans la vraie liberté de l’Esprit.

 

(*) Dans la première épître à Timothée, nous avons l’ordre de l’Église, de la maison de Dieu ; dans la seconde la règle à suivre quand l’Église est en désordre. Notre Dieu a pourvu à toutes les difficultés, pour que nous puissions être fidèles et exempts de toute iniquité.

 

Si la maison de Dieu est encore sur la terre et que le Saint Esprit y habite, n’est-il pas contristé par l’état de l’Église ? Et s’il habite en nous, nos coeurs ne sont-ils pas affligés et humiliés par le déshonneur qui est fait à Christ, et par la destruction du témoignage que le Saint Esprit descendu du ciel est venu rendre dans l’unité de l’Église de Dieu ?

Celui qui comparera l’état de l’Église, tel qu’il nous est décrit dans le Nouveau Testament, avec son état actuel, aura le coeur profondément attristé en voyant la gloire de l’Église traînée dans la poussière et l’Ennemi triomphant au milieu de la confusion du peuple de Dieu

Résumons-nous, Christ a confié sa gloire sur la terre à l’Église. Elle était le dépositaire de cette gloire. C’est en elle que le monde aurait dû voir cette gloire se déployer par la puissance du Saint Esprit, témoignage de la victoire de Christ sur Satan, sur la mort et sur tous les ennemis qu’il a emmenés captifs, triomphant d’eux en la croix. L’Église a-t-elle gardé ce dépôt et maintenu la gloire de Christ sur la terre ? Si tel n’a pas été le cas, dites-moi, chrétiens, l’Église n’en est-elle pas responsable ? Le serviteur auquel le maître a confié le soin de sa maison (Matt. 24), est-il responsable ou non de l’état de la maison de son maître ? On dira peut-être que le mauvais serviteur est l’image de l’égalise extérieure qui est corrompue et n’est pas réellement l’Église, et que quant à soi, on n’en fait nullement partie. Je répondrai que dans la parabole, le serviteur est seul et la question est : Ce serviteur-là est-il fidèle ou non ? Il peut être vrai que vous vous soyez séparé de l’iniquité qui remplit la maison de Dieu et vous avez bien fait ; mais votre coeur n’est-il pas humilié de l’état dans lequel se trouve cette maison ? Le Seigneur a versé des larmes sur Jérusalem et n’en aurons-nous point pour ce qui est encore plus cher à son coeur ? C’est ici que la gloire du Seigneur a été foulée aux pieds. Dirons-nous que nous n’en sommes pas responsables ? Ses serviteurs le sont. Quand même, guidé par la Parole, j’ai pu me mettre à part de cette iniquité qui corrompt la maison de Dieu, je dois encore comme serviteur de Christ, m’identifier à Sa gloire et aux manifestations de cette gloire envers le monde. C’est en cela que la foi se montre : non pas seulement en croyant que Dieu et Christ sont en possession de la gloire, mais en identifiant cette gloire avec son peuple (Ésaïe 32:11, 12 ; Nomb. 14:13, 19 ; 2 Cor. 1:20) . En premier lieu, Dieu a confié sa gloire à l’homme qui est responsable de demeurer dans cette position et d’y être fidèle, sans abandonner son premier état ; par la suite, Dieu établira sa propre gloire, d’après ses desseins. Mais, avant tout, l’homme est responsable là où Dieu l’a placé. Nous avons été placés dans l’Église de Dieu, dans sa maison sur la terre, là où sa gloire habite. Cette Église, où est-elle ?

 

 

4                    Sur la formation des Églises

1840

Texte révisé d’après la seconde édition de 1843 et l’édition anglaise de la même époque.

Les notes de l’éditeur sont en italique. Celles de l’édition originale sont en caractères romains.

Lorsque ces lignes ont été écrites, en 1840, il existait dans tous les pays de la chrétienté une Église nationale, reconnue par l’État et émargeant au budget de l’État catholique dans les pays dits catholiques, protestante dans les pays dits protestants. Dans certains d’entre eux, les deux «religions» coexistaient comme religions d’État. Ce sont les Églises protestantes de cette espèce qui sont désignées sous le nom de «nationalisme» dans cet article. À côté de ces Églises officielles existaient des groupements qui s’en étaient séparés à la suite de circonstances diverses et que l’auteur désigne sous le nom de dissidence ; autant d’Églises portant chacune un titre : Église méthodiste, Église baptiste, etc.

 

Plusieurs chrétiens se sont demandé si les croyants (*) étaient vraiment compétents pour former des Églises, d’après le modèle des Églises primitives, et si la formation de pareilles Églises était maintenant selon la volonté de Dieu.

 

(*) L’auteur a écrit «fidèles», mais par ce terme, on doit comprendre ceux qui ont la foi, qui croient au Seigneur Jésus, les vrais chrétiens. Il a été remplacé par «croyants» partout où il est employé dans ce sens, d’après l’édition anglaise où il est traduit par «believers».

 

On ne peut faire autrement que reconnaître la confusion qui existe dans la chrétienté, et certains estiment que le seul moyen de trouver la bénédiction au milieu de cette ruine est de former et d’organiser des Églises. D’autres pensent qu’une pareille tentative est tout à fait humaine et que, comme telle, il lui manque la première condition d’une bénédiction durable, condition qui est une dépendance entière de Dieu. Cependant, une telle tentative peut être bénie par le Seigneur jusqu’à un certain point à cause de la sincérité et de la vraie piété de ceux qui y prennent part.

Celui qui écrit ces quelques pages, attaché par les liens les plus forts d’affection fraternelle et d’amour en Christ à plusieurs de ceux qui appartiennent à des corps prenant le titre d’Église de Dieu, a soigneusement évité tout conflit avec ses frères sur ce sujet, quoiqu’il se soit souvent entretenu avec eux là-dessus. Il s’est seulement séparé des choses qui s’y trouvaient, quand elles lui apparaissaient contraires à la Parole de Dieu, s’efforçant toutefois «de garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix», et ayant égard à cette parole : «Si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est vil, tu seras comme ma bouche» (Jér. 15:19) ,instruction d’un prix infini dans la confusion actuelle. Son affection n’est pas diminuée ; ses liens ne sont ni rompus ni affaiblis.

Deux choses le contraignent à déclarer ce qui lui semble être la pensée des Écritures sur ce sujet : un devoir envers le Seigneur (et la prospérité de son Église est du plus grand prix), puis un devoir d’amour envers ses frères, amour qui doit être dirigé par la fidélité au Seigneur. Il écrit parce que cette idée de faire des Églises est le véritable obstacle à l’accomplissement du désir de tous, savoir l’union des saints en un seul corps : premièrement, parce que ceux qui l’ont essayé ont dépassé la puissance que l’Esprit leur donnait, et c’est la chair qui a agi en eux ; secondement, parce que ceux qui ont été fatigués du mal du nationalisme, pensant qu’il leur faudrait choisir entre ce mal et ce qui se présente à leurs yeux comme des Églises dissidentes, demeurent où ils se trouvent en désespoir de cause. Il serait, dans la conjoncture présente, étonnant d’affirmer que ces Églises peuvent réaliser cette union ; mais je n’insiste pas sur ce point, de peur de faire de la peine à plusieurs. Je chercherai plutôt à mettre au premier plan les points sur lesquels nous sommes d’accord ; ces points nous fourniront en même temps un jugement clair sur plusieurs systèmes qui existent actuellement, systèmes qui, s’ils ne peuvent pas produire le bien désiré par un grand nombre de frères, laissent à leurs partisans, pour toute consolation et pour toute justification, la pensée que d’autres ne peuvent rien réaliser de plus.

 

4.1   Dessein du Seigneur quant au rassemblement des croyants ici-bas

 

C’est le désir de nos coeurs et ce que nous croyons être la volonté de Dieu dans l’économie (*) présente, que tous les enfants de Dieu soient réunis ensemble comme tels, et par conséquent en dehors du monde. Le Seigneur «allait mourir... non pas seulement pour la nation (les Juifs), mais aussi pour rassembler en un les enfants de Dieu dispersés» (Jean 11:52). Ce rassemblement était donc l’objet immédiat de la mort de Christ. Le salut des élus était aussi certain avant sa venue qu’après. L’économie juive, qui a précédé sa venue dans le monde, avait pour objet, non pas de rassembler l’Église sur la terre, mais de montrer le gouvernement de Dieu par le moyen d’une nation élue. Maintenant, le but du Seigneur est de rassembler aussi bien que de sauver, non pas seulement pour réaliser l’unité dans le ciel, où les desseins de Dieu seront certainement accomplis, mais ici sur la terre, par un seul Esprit envoyé du ciel. Par un seul Esprit nous sommes tous baptisés pour être un seul corps. Cela ne saurait être nié quant à l’Église telle qu’elle nous est présentée dans la Parole. On peut essayer de démontrer que des hypocrites et des méchants se sont glissés dans l’Église ; mais on ne peut échapper à la conclusion qu’il y avait une Église dans laquelle ils se sont glissés. L’union de tous les enfants en un seul corps est évidemment selon la pensée de Dieu dans la Parole.

 

(*) Ce terme désigne ici le dessein de Dieu dans la période chrétienne ; plus loin, il peut désigner aussi la chrétienté, 1’ensemble de ceux qui, à un moment donné, se disent chrétiens, qu’ils soient véritablement croyants ou non. Cet ensemble est alors considéré comme une entité responsable. L’auteur constate que depuis la formation de l’Église à la Pentecôte (Actes 2), cet ensemble a perdu bien des caractères qui faisaient sa beauté et la force de son témoignage au commencement. C’est ce qu’il appelle la chute de l’économie (voir dernière note du point 4.2). Quelques lignes plus bas, l’expression «l’économie juive» désigne, en contraste avec «I’économie chrétienne», la période pendant laquelle le peuple d’Israël a été, jusqu’à Christ placé sous le régime de la loi de Moïse.

 

 

4.2   Position du nationalisme sur la réunion des croyants

 

Quant au nationalisme, il est impossible de trouver trace de son existence antérieurement à la Réformation. La seule chose tant soit peu analogue, les privilèges gallicans et le vote par nations dans quelques conciles généraux, en diffère trop pour exiger une discussion.

 

Le nationalisme, c’est-à-dire la division de l’Église en des corps formés de tel ou tel peuple, est une nouveauté qui date de quatre siècles (*), bien qu’il y ait dans ce système de chers enfants de Dieu. La Réformation n’a pas touché directement à la question du vrai caractère de l’Église de Dieu, elle n’a rien fait pour la restaurer selon son état primitif ; elle a fait ce qui est beaucoup plus important, elle a mis en évidence la vérité de Dieu, sur la doctrine du salut des âmes, avec beaucoup plus de clarté et avec un effet beaucoup plus puissant que le réveil moderne. Mais elle n’a pas rétabli l’Église dans ses facultés primitives ; au contraire elle l’a assujettie en général à l’État afin de l’affranchir du pape parce qu’elle estimait l’autorité du pape dangereuse et qu’elle considérait tous les sujets d’un pays comme chrétiens.

 

(*) C’est-à-dire une notion qui n’avait pas été mise en avant jusqu’à la Réformation (vers 1530).

 

Le moyen que des âmes fidèles ont pris pour échapper à cette anomalie a été de se réfugier dans une distinction entre une Église visible et une Église invisible ; mais je lis dans l’Écriture : «vous êtes la lumière du monde».  Quelle est la valeur d’une lumière invisible ? «Une ville située sur une montagne ne peut être cachée» (Matt. 5:14) . Dire que la vraie Église est réduite à être invisible, c’est juger toute la question, et affirmer que l’Église a entièrement perdu sa position primitive (*) et nécessaire, et qu’elle est dans un état d’apostasie, c’est-à-dire qu’elle s’est départie de l’intention de Dieu et de la constitution qu’elle avait reçue de Lui ; car Dieu n’a pas allumé une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur le pied de lampe afin qu’elle luise pour tous ceux qui sont dans la maison. Si elle est devenue invisible, elle a cessé de produire l’effet pour lequel elle a été formée, elle est apostate. Tel est d’après son propre témoignage, l’état public du christianisme.

 

(*) Cette phrase décrit ce que l’auteur appelle ailleurs dans ce texte : l’état de chute de l’économie présente.

 

 

4.3   Position de la dissidence sur la réunion des croyants

 

Nous sommes donc d’accord que le rassemblement de tous les enfants de Dieu en un est selon l’intention du Seigneur exprimée dans sa Parole. Mais, je le demande en passant, peut-on croire que les Églises dissidentes, telles qu’elles existent dans quelque pays que ce soit, aient atteint ce but ou qu’il soit probable qu’elles l’atteindront ?

Cette vérité de l’unité des enfants de Dieu, l’Écriture la présente réalisée en différentes localités ; et dans chaque localité les chrétiens qui s’y trouvaient formaient un seul corps. Les Écritures sont parfaitement claires à ce sujet. On a soulevé des objections sur la possibilité de cette unité, mais on ne présente rien qui soit tiré de la Parole. On dit : comment cela serait-il possible à Londres ou à Paris ? Cela était possible à Jérusalem, où il y avait plus de cinq mille croyants ; et s’ils se réunissaient dans des maisons et des chambres particulières, ils n’en étaient pas moins un seul corps dirigé par un seul Esprit, par une seule règle de gouvernement, dans une seule communion, et reconnu tel. Ainsi à Rome ou ailleurs, une épître adressée à l’Église de Dieu serait parvenue à un corps connu.

Ayant reconnu ces vérités importantes, savoir

·     l’union de tous les enfants de Dieu,

·     l’union de tous les enfants de Dieu dans un même endroit ;

ayant reconnu en outre qu’elles sont mises en évidence dans la Parole de Dieu, la question semblerait résolue. Mais allons plus loin : On ne peut pas nier que ce fait, constaté par la Parole de Dieu (car c’est un fait et non pas une théorie), a cessé d’exister ; et la question à résoudre est celle-ci : comment un chrétien doit-il juger et agir quand un état de choses décrit dans la Parole a cessé d’exister ? Vous me dites : le rétablir. Votre réponse est une preuve du mal, et elle suppose une puissance en nous-mêmes. Comprenez la Parole et obéissez-lui en tant qu’elle s’applique à un pareil état de chute. Ce que vous me répliquez suppose deux choses :

1° que c’est la volonté de Dieu de rétablir de nouveau cette économie (*) après qu’elle a manqué ;

2° que vous êtes capables de le faire et envoyés pour cela. Je doute de l’une et de l’autre de ces assertions.

 

(*) voir note du point 4.1 ; ici il s’agit de la chrétienté, considérée comme entité responsable.

 

Je suppose un cas. Dieu a fait l’homme innocent ; Dieu a donné à l’homme Sa loi. Chaque chrétien confessera que le péché est un mal et qu’on ne doit pas le commettre. Supposons que quelqu’un, convaincu de cette vérité, entreprenne d’accomplir la loi, d’être innocent et de plaire ainsi à Dieu. Vous direz aussitôt : il est dans sa propre justice, se fie à ses propres forces et ne comprend pas la Parole de Dieu. Un retour, du mal qui existe à ce que Dieu avait d’abord établi, n’est donc pas toujours une preuve que l’on a compris sa Parole et sa volonté ; cependant, reconnaître que ce qu’Il a primitivement établi était bon et que nous nous en sommes éloignés est évidemment, du moins, un jugement sain.

Appliquez ceci à l’Église. Nous reconnaissons tous que Dieu a formé des Églises ; nous reconnaissons que les chrétiens ou, en un mot, l’Église en général, se sont tristement éloignés de ce que Dieu avait ainsi établi, et qu’ils sont coupables en cela. Entreprendre de tout rétablir sur ses bases primitives, c’est peut-être un effet du même esprit qui conduit un homme à rétablir sa propre justice quand elle est perdue.

Avant de pouvoir accéder à vos prétentions, il est nécessaire que vous me fassiez voir non seulement que primitivement l’Église était telle, mais en outre, que c’est la volonté de Dieu qu’elle soit rétablie dans sa gloire primitive, aujourd’hui que l’iniquité de l’homme a gâté tout cela et s’en est éloignée ; et de plus, pour en venir à des faits, que l’union de deux ou trois, ou de vingt-deux ou de vingt-trois chrétiens, a le droit dans une localité de s’appeler l’Église de Dieu, alors que celle-ci est l’ensemble de tous les croyants. Il faut que vous me montriez en outre, que vous avez reçu de Dieu la mission et le don de rassembler les croyants avec une autorité telle que vous puissiez traiter ceux qui ne répondent pas à votre appel comme des schismatiques condamnés d’eux-mêmes et comme des étrangers à l’Église de Dieu.

Et ici, permettez-moi d’insister sur un point très important, qui a été perdu de vue par ceux qui veulent à tout prix faire des Églises. Ils ont été préoccupés des Églises de manière à perdre presque de vue l’Église. Selon les Écritures, la totalité des Églises (*) formait l’Église sur la terre ; et l’Église d’un endroit donné n’était que l’association régulière de ce qui formait une partie de tout le corps de l’Église, c’est-à-dire de tout le corps de Christ ici-bas ; et celui qui n’était pas de l’Église, dans l’endroit où il se trouvait, n’était pas du tout de l’Église de Christ ; et celui qui dit que je ne suis pas membre de l’Église de Dieu à R..., n’a pas le droit d’admettre que je sois du tout membre de l’Église de Dieu. Il n’y avait point une semblable séparation d’idées entre de petites églises de Dieu dans un endroit donné, et toute l’Église. Chacun était dans une Église, et ainsi dans l’Église ; mais personne ne se figurait être de l’Église s’il n’était d’une Église locale. Seul le système de faire des Églises a séparé ces deux choses, et presque détruit l’idée de l’Église de Dieu en faisant des Églises partielles en différents endroits (**).

 

(*) Ou plutôt : des chrétiens dont les Églises sont constituées.

(**) Par une heureuse inconséquence ceux qui font ces églises de Dieu en différentes localités considèrent toutefois les croyants qui n’en font pas partie comme étant pleinement de l’Église de Dieu.

 

Je reviens au cas de l’homme dont il a été question plus haut. Supposons maintenant que sa conscience soit touchée et vivifiée par l’Esprit de Dieu : quel en sera l’effet ? Ce sera en premier lieu de lui faire reconnaître son état de ruine provoquée par le péché, et la nullité de son innocence et de sa justice ; en second lieu, un sentiment de dépendance entière de Dieu et de soumission du coeur au jugement de Dieu en un pareil état.

Appliquez cela à l’Église et à toute l’économie. Pendant que les hommes dormaient, l’ennemi a semé de l’ivraie (Matt. 13:25). L’Église est dans un état de ruine, plongée et perdue dans le monde, invisible si vous voulez, tandis qu’elle devrait présenter, comme une lampe, la lumière de Dieu. Si elle n’est pas dans un état de ruine, je dis à nos frères dissidents : Pourquoi l’avez-vous quittée ? Et si elle y est : Reconnaissez donc cette ruine, cette apostasie, ce départ de son premier état. Hélas ! cela est trop évident. Abraham peut recevoir des serviteurs, des servantes, des boeufs, des chameaux, des ânes, mais son épouse est dans la maison de Pharaon (Gen. 12:16) .

Quel est donc l’effet de l’opération de l’Esprit, le fruit de la foi ? C’est de reconnaître cet état de ruine, d’en avoir conscience, d’en être humilié. Et nous, qui en sommes coupables, nous prétendrions restaurer tout cela ? Non, ce serait une preuve que nous n’en sommes pas humiliés. Cherchons plutôt, cherchons avec humilité ce que Dieu nous dit dans sa Parole d’un pareil état de choses, et ne faisons pas comme un enfant qui, après avoir brisé un vase précieux, essaierait d’en réunir les débris et de le rétablir afin de soustraire le mal à la vue d’autrui.

 

4.4   Dans l’état de chute de l’économie actuelle, l’homme peut-il la rétablir dans son ancien état ?

 

J’insiste là-dessus auprès de ceux qui s’efforcent d’organiser des Églises. Si elles existent, ils n’ont pas à en faire. Si, comme ils l’affirment, elles existaient au commencement et qu’elles aient cessé d’exister, dans ce cas l’économie est dans un état de ruine et d’apostasie de son état primitif. Ils entreprennent donc de la rétablir ; c’est là ce qu’il faut justifier, sinon leur entreprise n’a aucun fondement. On objectera que l’Église ne peut pas manquer, et que Dieu lui a promis que les portes du hadès ne prévaudraient point contre elle. J’en conviens, si l’on entend par-là que le salut des élus est assuré, que la gloire de l’Église ressuscitée triomphera de Satan. Ce n’est pas là ce dont il s’agit. Le salut des élus était également assuré avant qu’il y eût une Église assemblée. D’un autre côté, si l’on veut affirmer que l’économie actuelle ne peut pas faillir, on est dans une grande et pernicieuse erreur. Et, s’il en est ainsi, pourquoi donc vous êtes-vous séparé de l’état où elle se trouve ? Si l’économie de Dieu, dans le rassemblement de l’Église ici-bas, subsiste sans avoir déchu, pourquoi faites-vous des Églises nouvelles ? Le papisme seul est conséquent sur ce point.

Mais que dit la Parole ? Que l’apostasie doit arriver avant le jugement ; que dans les derniers jours des temps fâcheux surviendront ; qu’il y aura la forme de la piété, mais que la puissance en sera ôtée (2 Tim. 3:5). Elle ajoute : Détourne-toi de telles gens. Et l’idée que l’économie de l’Église ne peut pas déchoir est traitée, en Romains 11, comme une fatale présomption qui conduit les Gentils à leur ruine. Le Saint Esprit condamne ceux qui ont cette idée comme sages à leurs propres yeux, et Il nous enseigne au contraire que Dieu agirait envers la présente économie exactement comme envers celle qui l’a précédée ; que si elle persévère dans la bonté de Dieu, cette bonté continuera à son égard, sinon l’économie sera retranchée. La Parole nous révèle ainsi le retranchement et non le rétablissement de l’économie, si elle ne persévérait pas. Et, former de nouveau l’Église et des Églises sur le pied où elles se trouvaient au commencement, c’est reconnaître la chute, sans se soumettre au témoignage de Dieu sur ses propres pensées quant à cet état de chute. C’est agir selon ses propres pensées à soi, et se fier à ses propres forces pour les réaliser. Et quel en a été le résultat ?

Ce qui est en question, ce n’est pas de savoir s’il existait de pareilles Églises à l’époque où la Parole a été écrite ; mais si, après qu’elles ont cessé d’exister, à cause de l’iniquité de l’homme, et que les croyants ont été dispersés (et ce sont là des faits reconnus), ceux qui ont entrepris l’oeuvre apostolique de leur rétablissement sur la base originelle et par là même du rétablissement de toute l’économie, ont compris la pensée de Dieu, et sont doués de la capacité de remplir la tâche qu’ils se sont imposée : questions fort distinctes. Je ne crois pas que ni le plus zélé de ceux qui, avec un désir dont je reconnais la sincérité (et David a été sincère dans son désir de bâtir le temple, quoique ce ne fût pas la volonté de Dieu, 1 Chr. 17:4), ont cherché à rétablir l’économie déchue, ni tous ceux qui l’ont voulu ensemble, soient en état de le faire ou qu’ils aient le droit d’imposer à ma foi, comme Église de Dieu, les petits édifices qu’ils ont élevés. Néanmoins je suis bien loin de croire qu’il n’y a pas eu d’Églises, lorsque Dieu avait envoyé ses apôtres dans le but de les établir ; et il me semble que celui qui ne peut distinguer ces deux états de choses, n’a pas un jugement très clair dans les choses de Dieu.

 

4.5   Si l’économie ne peut être restaurée, que reste-t-il à faire ?

 

On dira que la Parole et l’Esprit demeurent avec l’Église : cela est vrai, Dieu en soit béni ! C’est ce qui me donne toute ma confiance. S’appuyer là-dessus, voilà ce que l’Église a besoin d’apprendre. C’est pourquoi je demande ce que la Parole et l’Esprit disent de l’état de l’Église déchue, au lieu de prétendre m’arroger la compétence d’accomplir ce que l’Esprit a dit de l’état primitif de l’Église. Ce dont je me plains, c’est qu’on ait suivi des pensées d’hommes, en imitant ce que l’Esprit décrit comme ayant existé dans l’Église primitive, au lieu de rechercher ce que la Parole et l’Esprit ont dit de notre état actuel. La même Parole, le même Esprit qui, par Ésaïe, dirent aux habitants de Jérusalem de demeurer tranquilles et que Dieu les garantirait de l’Assyrien (Ésaïe 37:35) , dirent par Jérémie que celui qui sortirait vers les Chaldéens sauverait sa vie (Jér. 21:9). Ce que la foi et l’obéissance faisaient dans un de ces cas étaient une présomption et une désobéissance dans l’autre. Quelqu’un objectera que cela embrouille les simples ; mais l’obéissance à la Parole dans l’humilité n’apporte jamais de confusion, et je répondrai que ceux qui veulent réorganiser toute l’Église, doivent être bien instruits dans la Parole et s’abstenir de prétexter cette simplicité. J’ajouterai que l’humilité, qui aurait senti le véritable état de l’Église, aurait été gardée d’une prétention qui pousse dans une activité mal fondée. La vérité est que les Écritures, même celles qui ont déjà été citées, démontrent que l’état de l’économie, à sa clôture, sera entièrement opposé à celui du commencement. Et le passage cité de l’épître aux Romains (11:22) est formel sur ce point, que Dieu retrancherait l’économie au lieu de la rétablir, si elle ne persévérait pas dans la bonté de Dieu. Le passage : «Mon Esprit demeure au milieu de vous ; ne craignez point» (Aggée 2:5) est un principe très sûr et très précieux. La présence du Saint Esprit est la clef de voûte de toute notre espérance. Mais cet encouragement prophétique d’Aggée n’a jamais conduit Néhémie, fidèle à Dieu lors du retour d’Israël de la captivité, à prétendre accomplir l’oeuvre de Moïse, qui avait été fidèle dans toute sa maison (Héb. 3:2) au commencement de cette économie-là. Non, il reconnaît dans les termes les plus clairs et les plus touchants, l’état déchu d’Israël, et «qu’il était dans une grande détresse» (Néh. 9:37) . Il fait tout ce que la Parole l’autorise à faire dans les circonstances où il se trouvait placé ; mais il n’a jamais prétendu faire une arche de l’alliance, comme Moïse l’avait faite et parce que Moïse l’avait faite, ni établir la Schechina (*), ce que Dieu seul pouvait faire, ni les Urim et les Thummim (**), ni arranger les généalogies aussi longtemps que les Urim et les Thummim manquaient. Mais il nous est dit qu’il a joui de bénédictions dont on n’avait pas joui depuis le temps de Josué (Néh. 8:17), parce qu’il a été fidèle à Dieu dans les circonstances dans lesquelles il était placé, sans prétendre refaire ce que Moïse avait fait et que le péché d’Israël avait défait. S’il l’avait fait, cela aurait été confiance humaine et non pas obéissance. L’obéissance, et non l’imitation des apôtres, voilà sur ce point notre devoir. C’est beaucoup plus humiliant, mais c’est aussi beaucoup plus sûr ; et voilà tout ce que je cherche, tout ce que je demande, c’est que l’Église soit plus humble. Se contenter du mal comme si nous ne pouvions rien faire, ce n’est pas là l’obéissance ; mais imiter les apôtres ce n’est pas obéir non plus. La conviction de la présence du Saint Esprit nous délivre en même temps de la mauvaise pensée d’être forcés de demeurer dans le mal, et de la prétention de faire au-delà de ce que le Saint Esprit opère dans ce moment, ou de considérer comme un état d’ordre l’une ou l’autre de ces positions.

 

(*) La Schechina était cette gloire de l’Éternel qui remplissait l’intérieur du tabernacle, tandis qu’extérieurement la nuée se tenait dessus (Ex. 40:34, voyez aussi 1 Rois 8:10, 11).

(**) Les Lumières et les Perfections sur le pectoral du jugement (Ex. 28:15-21, 30 ; Néh. 7:64, 65).

 

On me demandera : Voulez-vous que nos bras restent inactifs et que nous soyons réduits à ne rien faire jusqu’à ce que nous ayons des apôtres ? Nullement. Je doute seulement qu’il soit dans la volonté de Dieu que vous fassiez ce que les apôtres ont fait ; et je dis que Dieu a laissé aux chrétiens fidèles des directions suffisantes pour l’état de choses dans lequel l’Église se trouve. Suivre ses directions, c’est obéir bien plus réellement que si l’on essaie d’imiter les apôtres.

 

4.6   Directions du Saint Esprit pour l’état actuel des choses

 

En outre, je dis que l’Esprit de Dieu est toujours présent pour nous fortifier dans cette voie de véritable obéissance. L’Esprit de Dieu, qui a prévu tout ce qui arriverait à l’Église, a donné dans la Parole les avertissements et en même temps les secours nécessaires. S’il nous avertit que des temps fâcheux surviendront dans les derniers jours, et s’il nous dépeint les hommes de ces temps-là, il ajoute : Détourne-toi de telles gens. S’il nous dit : «Ne vous mettez pas sous un joug mal assorti avec les incrédules» (2 Cor. 6:14) , et cet avertissement est pour tous les temps ; s’il nous dit que nous sommes tous un seul corps en tant que participants à un seul pain (1 Cor. 10:17), et que néanmoins je ne trouve pas une pareille union des saints, il me dit, en même temps, que là où deux ou trois sont réunis au nom du Seigneur Jésus, Il est au milieu d’eux (Matt. 18:20) .

Ceux qui ont voulu constituer des Églises paraissent, quoique avec un bon désir, avoir entièrement oublié que nous avons besoin de puissance aussi bien que de direction. Quand on nous dit que toutes les directions pour les Églises sont pour tous les temps et tous les lieux, je demande si elles sont pour des temps et des lieux où les Églises n’existent pas. Et nous revenons toujours à cette question : Si l’économie est dans un état de chute, qui doit faire des Églises ? Encore une fois, la direction que l’apôtre donne sur l’usage du don des langues, est-elle pour ces temps-ci ? Sans doute si ce don existe ; mais cette condition est certainement une modification très importante de votre règle, et c’est le pivot sur lequel roule la question.

 

4.7   La Parole autorise-t-elle à nommer des présidents ou des pasteurs ?

 

Ceux qui tiennent si fort à faire et à organiser des Églises citent les épîtres à Timothée et à Tite, avec la plus parfaite confiance, comme servant de direction aux Églises dans tous les âges, tandis qu’elles n’ont été adressées à aucune Église quelconque ; il est à remarquer que les citations de la Parole de Dieu sur les sujets qui importent le plus à ceux qui organisent des Églises, tels que le choix des anciens, des diacres, etc., ne peuvent se tirer que de ces épîtres seules ; et il est assez remarquable que ces compagnons de l’apôtre, qui avaient sa confiance, aient été laissés dans les églises ou envoyés vers elles, lorsqu’elles existaient déjà, pour y faire ces choix ; démonstration évidente que l’apôtre ne pouvait conférer aux Églises le pouvoir de choisir leurs anciens, même quand il existait des Églises qu’il avait formées lui-même ; et néanmoins, cela nous est présenté comme des directions pour les Églises dans tous les âges.

 

4.8   Se réunir en comptant seulement sur la promesse du Seigneur

 

En vue de quoi ai-je donc plaidé ? Afin qu’on ne fasse rien ? Non ; mais dans le désir qu’on ait moins de présomption, qu’on mette plus de modestie dans ce que nous prétendons faire, qu’on sente plus de douleur de l’état de ruine auquel nous avons réduit l’Église.

Si vous me dites : j’ai quitté le mal que ma conscience désapprouve et qui est contraire à la Parole, c’est très bien. Si vous insistez sur le fait que la Parole de Dieu veut que les saints soient un et ensemble, sur sa promesse que là où deux ou trois sont réunis au nom du Seigneur Jésus, Il est au milieu d’eux, et que par conséquent vous vous réunissez ensemble, je le répète, c’est très bien. Mais si vous me dites que vous avez organisé une Église, ou que vous vous êtes joint à d’autres pour le faire, que vous avez choisi un président ou un pasteur, et qu’ainsi vous êtes l’Église de Dieu de l’endroit, je vous demanderai : chers amis, qui vous a autorisés à faire tout cela ? D’après votre principe même d’imitation (quoique imiter la puissance soit une idée assez ridicule, et le royaume de Dieu est en puissance) où trouvez-vous tout cela dans la Parole ? Je n’y vois pas trace que des Églises aient élu des présidents ou des pasteurs. Vous dites que, pour l’ordre, il doit en être ainsi. Je réponds : Je ne puis pas quitter la Parole ou m’en éloigner. «Celui qui n’assemble pas avec moi, disperse» (Matt. 12:30) . Dire que cela doit être, c’est faire uniquement un raisonnement humain. Votre ordre, étant constitué par la volonté de l’homme, sera bientôt trouvé désordre devant Dieu. S’il n’y en a que deux ou trois réunis au nom de Jésus, Il s’y trouvera. Si Dieu suscite au milieu de vous des pasteurs, ou s’Il vous en envoie, c’est bien, c’est une grande bénédiction. Mais, depuis le jour où le Saint Esprit a formé l’Église, on ne trouve pas dans la Parole que l’Église en ait choisi.

Que doit-on donc faire ? me direz-vous. Ce que la foi fait toujours, c’est-à-dire reconnaître sa faiblesse et se mettre sous la dépendance de Dieu. Dieu suffit dans tous les temps à son Église. Il est de toute importance que notre foi tienne ferme cette vérité que, quelle que soit la ruine de l’Église sur la terre, il y a toujours en Christ toute la grâce, la fidélité et la puissance qu’exigent les circonstances dans lesquelles l’Église se trouve. Il ne manque jamais. Si vous n’êtes que deux ou trois qui avez la foi pour cela, réunissez-vous : vous trouverez Christ au milieu de vous. Invoquez-le. Il peut susciter tout ce qui est nécessaire pour la bénédiction des saints, et certainement Il le fera. Ce n’est pas l’orgueil et la prétention d’être quelque chose, quand nous ne sommes rien, qui nous assurera la bénédiction. En combien d’endroits n’a-t-on pas nui à la bénédiction des saints en choisissant des présidents et des pasteurs ? En combien d’endroits les saints ne se seraient-ils pas réunis avec joie en vertu de la promesse faite par Christ à deux ou trois, s’ils n’avaient pas été effrayés par cette prétendue nécessité d’organisation et par des accusations de désordre (comme si l’homme était plus sage que Dieu), et si cette frayeur ne leur eût pas fait continuer un état de choses qu’ils reconnaissaient être mauvais ? La constitution de ces corps organisés n’empêche nullement la domination d’un seul homme, ou la lutte entre plusieurs ; elle tend plutôt à la provoquer.

Ce dont l’Église a tout particulièrement besoin, c’est du sentiment de sa ruine et de ce qui lui manque. Ce sentiment la fait se réfugier vers Dieu avec confession et se séparer de tout mal connu, reconnaître l’autorité de Christ comme de Celui qui domine comme Fils sur sa propre maison, et l’Esprit de Dieu comme le seul gouvernement dans l’Église. En le faisant, l’Église reconnaît aussi chacun de ceux qu’Il envoie selon le don qu’il a reçu, et cela avec actions de grâces envers Celui qui, par ce don, rend tel ou tel frère le serviteur de tous.

Reconnaître le monde comme étant l’Église ou prétendre rétablir l’Église, ce sont deux choses également condamnées par la Parole et dépourvues de son autorité.

Quand vous me dites : Qu’y a-t-il donc à faire ? Je réponds : Pourquoi songez-vous toujours à faire quelque chose ? Reconnaître le péché qui nous a conduits où nous sommes, nous humilier complètement devant le Seigneur, et, nous séparant de tout ce que nous savons être mauvais, nous appuyer sur Lui qui est capable de faire tout ce qui est nécessaire pour notre bénédiction, sans que nous prétendions nous-mêmes faire au-delà de ce que la Parole nous autorise à essayer ; voilà une position très humble, il est vrai, mais bénie de Dieu en proportion.

Un point de la plus grande importance, que ceux qui veulent organiser des Églises paraissent avoir complètement oublié, c’est que la puissance est quelque chose de réel, et que le Saint Esprit seul a la puissance de rassembler et d’édifier l’Église. Ils paraissent croire que du moment qu’ils ont quelques passages de la Parole, ils n’ont rien à faire qu’à les suivre ; mais sous l’apparence de la fidélité, il y a en ceci une erreur funeste, c’est de laisser de côté la présence et la puissance du Saint Esprit. Nous ne pouvons suivre la Parole que par la puissance de Dieu. Or, la constitution de l’Église a été un effet direct de la puissance du Saint Esprit. Laisser de côté cette puissance et garder la prétention de copier l’Église primitive, c’est s’abuser étrangement soi-même.

Je sais que ceux qui considèrent ces corps organisés comme l’Église de Dieu, ne voient que des assemblées d’hommes dans toute autre réunion d’enfants de Dieu. Il y a une réponse très simple à cet égard. Ces frères n’ont aucune promesse qui les autorise à refaire les Églises de Dieu quand elles sont déchues ; tandis qu’il y a la promesse positive que là où deux ou trois sont réunis au nom de Jésus, Il est là au milieu d’eux. Ainsi il n’y a point de promesse en faveur d’un système par lequel des hommes organisent des Églises, tandis qu’il y en a pour le rassemblement méprisé des enfants de Dieu.

Et quel est l’effet des prétentions de ces corps ? De dégoûter et de repousser ceux qui comparent ces prétentions avec la réalité. Ainsi des multitudes d’âmes sont séparées les unes des autres par les diverses vues et opinions de ceux qui les forment, et cela empêche le résultat désiré qui est la réunion des enfants de Dieu. En telle ou telle localité, les dons du pasteur peuvent produire beaucoup d’effet ; ou il peut arriver que tous les chrétiens soient unis et il y aura beaucoup de joie, mais la même chose aurait lieu quand même il n’y aurait aucune prétention à être l’Église de Dieu.

 

4.9   Résumé de ce qui précède

 

Je termine par quelques propositions.

1° Ce qu’il y a à désirer, c’est le rassemblement de tous les enfants de Dieu.

2° La puissance du Saint Esprit peut seule l’effectuer.

3° Un nombre quelconque de croyants n’a pas besoin d’attendre que cette puissance produise l’union de tous (pourvu qu’ils agissent dans l’esprit d’unité qui, réalisé, unirait le corps entier de Christ), parce qu’ils ont la promesse que là où deux ou trois sont assemblés au nom du Seigneur, Il sera au milieu d’eux ; et deux ou trois peuvent compter sur cette promesse.

4° La nécessité de la consécration pour l’administration de la Cène ne se trouve pas dans le Nouveau Testament ; et il est évident que c’était pour rompre le pain que les chrétiens se réunissaient le jour du Seigneur (Actes 20:7 ; 1 Cor. 11:20, 33) .

5° Être envoyé de la part des hommes pour prêcher l’Évangile est une chose inconnue au Nouveau Testament.

6° Le choix des présidents et des pasteurs par l’Église est aussi étranger au Nouveau Testament. Choisir un président est un acte purement humain, sans autorisation quelconque ; c’est se mêler de l’Église de Dieu de notre propre chef, sans autorité ; acte qui fourmille de mauvaises conséquences. Choisir des pasteurs est un empiétement dangereux sur l’autorité du Saint Esprit qui donne à qui il veut. Malheur à celui qui ne profite pas du don que Dieu accorde à un autre ! Quand les anciens étaient nommés, ils étaient établis ou par les apôtres ou par ceux qui étaient envoyés de leur part aux Églises. Si l’Église est dans un état de ruine, Dieu suffit même pour cet état de ruine ; Dieu conduira et dirigera ses enfants s’ils marchent dans l’humilité et dans l’obéissance, sans prétendre faire ce que Dieu ne les a pas appelés à faire.

7° C’est évidemment le devoir d’un croyant de se séparer de toute pratique qu’il constate ne pas être selon la Parole (quoique supportant celui qui le fait encore par ignorance) ; et même il le doit, malgré l’isolement où le mettrait sa fidélité, alors même qu’il devrait, comme Abraham, sortir sans savoir où il va.

Mon objet dans ces quelques pages n’a été de démontrer ni l’état de ruine de l’Église, ni l’impossibilité que l’économie présente soit restaurée, mais plutôt de poser une question qui d’ordinaire est entièrement faussée par ceux qui veulent organiser des Églises.

J’ajoute quelques passages :

1. La parabole de l’ivraie du champ est un jugement du Seigneur sur ce point, que le mal opéré par Satan dans le champ où la bonne semence avait été répandue ne serait pas détruit, mais qu’il continuerait jusqu’à la moisson. Qu’on se souvienne qu’il n’est pas du tout question ici de la discipline parmi les enfants de Dieu, mais du remède apporté au mal fait par Satan à l’économie elle-même, pendant que les hommes dormaient, et du rétablissement de l’économie sur son ancienne base. Cette question est résolue nettement et avec autorité par le Seigneur d’une manière négative ; car Il dit que, pendant la durée de l’économie, il ne sera pas porté remède au mal ; que la moisson, c’est-à-dire le jugement, l’extirperait et que jusqu’alors le mal continuerait. Souvenons-nous ici que notre séparation du mal et notre jouissance de la présence de Christ avec deux ou trois est tout autre chose que la prétention de rétablir l’économie, maintenant que le mal l’a envahie. L’une de ces choses est en même temps un devoir et un privilège ; l’autre c’est de l’orgueil et le mépris des instructions de la Parole.

2. Le chapitre 11 des Romains déjà cité déclare expressément que l’économie actuelle sera traitée comme la précédente ; et que si elle ne persévérait pas dans la bonté de Dieu, elle serait retranchée et non pas rétablie.

3. Le chapitre 2 de la seconde épître aux Thessaloniciens nous déclare que le mystère d’iniquité opérait déjà, et que lorsqu’un obstacle qui existait alors serait ôté, le méchant serait révélé ; que le Seigneur le consumera par le souffle de sa bouche, et l’anéantira par l’apparition de sa venue. Ainsi le mal, qui avait commencé du temps des apôtres, devait continuer, mûrir, être manifesté et consumé par l’avènement du Seigneur.

4. Le chapitre 3 de la seconde épître à Timothée nous enseigne la même chose, c’est-à-dire la chute de l’économie et non son rétablissement, et que, dans les derniers jours, des temps fâcheux surviendraient ; que les hommes seraient égoïstes (et le Saint Esprit ajoute : détourne-toi de telles gens) ; que les hommes méchants et séducteurs iraient toujours en empirant, séduisant et étant séduits.

5. Jude nous montre aussi que le mal, qui s’était déjà glissé dans l’Église, devait être l’objet du jugement à la venue du Seigneur. Comparez les versets 4 et 14. Et cette vérité pénible est confirmée par l’analogie de toutes les voies de Dieu avec les hommes, savoir : que l’homme a gâté et corrompu ce que Dieu lui avait donné pour sa bénédiction, et que Dieu n’a jamais réparé le mal, mais qu’Il a introduit quelque chose de meilleur après avoir jugé l’iniquité. Et cette chose meilleure a été gâtée à son tour, jusqu’à ce que la bénédiction éternelle arrive. Quand l’économie a été une révélation faite aux pécheurs, Dieu a rassemblé un petit résidu de fidèles parmi les infidèles, et les a transportés dans la nouvelle bénédiction qu’Il a établie à la place de ce qui a été gâté ; par exemple le résidu des Juifs dans l’Église, et ainsi de suite. Dans le passage de Romains 11, le Saint Esprit nous enseigne que le Seigneur agira de la même manière avec l’économie actuelle.

6. La même chose se trouve dans l’Apocalypse. Aussitôt que les choses qui sont, savoir les sept Églises, sont closes, le prophète est enlevé au ciel et ce qui suit n’est pas une église reconnue, mais la Providence de Dieu dans le monde.

 

Je n’ai donné ici que quelques citations positives. Mais plus on étudie la Parole de Dieu, plus cette vérité solennelle s’y trouve confirmée. Je dis donc : Faites tout ce que vous pouvez, mais ne prétendez pas faire des choses qui dépassent ce que le Seigneur vous a donné, et ne faites pas paraître ainsi les prétentions et la faiblesse de la chair. L’humilité de coeur et d’esprit est le sûr moyen de ne pas être trouvé combattant contre la vérité ; car Dieu fait grâce aux humbles. Que son nom de grâce et de miséricorde soit éternellement béni !

 

 

 

5                    La séparation d’avec le mal, principe divin de l’unité

1840 à 1874 (?)

5.1   Le besoin et la recherche de l’unité

 

Le besoin d’unité se fait sentir aujourd’hui chez tout chrétien sérieux. Nous sentons tous la puissance du mal qui nous environne. Les séductions du péché s’approchent trop près de nous ; ses rapides et gigantesques progrès sont trop évidents et touchent d’une manière trop sensible aux sentiments particuliers des chrétiens quels qu’ils soient, pour que ceux-ci ferment les yeux à ce qui se passe autour d’eux, quelque faible que soit leur appréciation de la vraie portée et du caractère de ce mal. Des sentiments plus élevés réveillent aussi en eux la conscience du danger qui nous menace tous, et qui menace la cause de Dieu dans la mesure où elle est confiée à la responsabilité de l’homme, de la part de ceux qui s’y sont toujours opposés : Ce besoin se fait sentir partout où l’Esprit de Dieu est à l’oeuvre, pour amener les saints à attacher du prix à la grâce et la vérité et au fait qu’il y a un seul corps.

Les sentiments que produit la perception du progrès du mal peuvent être différents. Chez quelques-uns, peu nombreux sans doute, on fait confiance aux remparts séculaires, remparts qui ont perdu leur force parce que le respect qu’ils commandaient n’existe plus. D’autres s’imaginent que la vérité s’imposera d’elle-même, oubliant que celle-ci n’a jamais eu de puissance que dans un petit troupeau, parce que Dieu et son Esprit y opèrent. D’autres mettent leur espoir dans une union basée sur des concessions mutuelles, ce qui jusqu’ici n’a jamais été un puissant instrument pour le bien. D’autres encore se sentent obligés de s’abstenir de participer à une pareille union à cause d’engagements déjà existants, ou de certains préjugés, en sorte qu’on ne tend qu’à former un parti pour l’union.

Cet état de choses amène des difficultés et des dangers particuliers pour les saints, et conduit à rechercher où est le chemin du fidèle et où se trouve la vraie union. À cause précisément du caractère précieux et souhaitable de l’unité, ceux qui en ont longtemps apprécié la valeur et ont compris l’obligation de la maintenir qui pèse sur les saints, courent le danger de se laisser entraîner à suivre l’impulsion de ceux qui ont refusé de voir ces choses quand on les annonçait d’après les Écritures ; ils sont exposés à abandonner les principes et le chemin mêmes que leur intelligence plus claire de la parole divine les avait conduits à embrasser. Cette précieuse Parole leur avait appris que l’orage approchait et leur avait montré, pendant qu’ils l’étudiaient calmement, le chemin qu’elle trace pour le croyant et, de fait, pour tous les temps. On les invite maintenant avec insistance à quitter ce chemin pour suivre la voie que suggère à l’esprit de l’homme le poids de ses craintes ; on veut les pousser dans une voie qui, bien qu’elle puisse avoir sa source dans une bonne impulsion, n’était pas tracée par la Parole de Dieu quand on la sondait paisiblement. Les fidèles doivent-ils donc se détourner du chemin que leur a enseigné l’intelligence, généralement rejetée, de la Parole pour suivre la lumière de ceux qui n’ont pas voulu voir ?

 

5.2   Les dangers de l’unité à tout prix

 

Ce n’est pas là, toutefois, le seul danger auquel sont exposés les saints ; mon but n’est pas non plus de m’arrêter sur les dangers, mais sur le moyen d’y échapper. Il y a dans l’esprit de l’homme une tendance constante à devenir sectaire, et à établir comme base d’union un système d’une espèce ou d’une autre, auquel l’esprit s’attache et autour duquel les fidèles et peut être d’autres sont rassemblés. Ce système qui prétend être fondé sur le vrai principe de l’unité, considère comme schisme tout ce qui se sépare de lui, attachant ainsi le nom d’unité à ce qui n’est pas le centre et le dessein de Dieu quant à l’unité. Partout où on fait ainsi, on remarque que la doctrine de l’unité tend à couvrir quelque mal moral, quelque chose de contraire à la Parole de Dieu ; et l’autorité de Dieu lui-même, que l’on attache à l’idée d’unité, devient, par là-même, un moyen pour engager les saints à demeurer dans le mal. De plus, on est poussé à persévérer dans ce mal par toutes les difficultés que trouve l’incrédulité à se séparer de ce en quoi elle est établie, de ce à quoi tient le coeur naturel, et qui, en général, est la sphère où les intérêts temporels trouvent leur satisfaction.

Or, l’unité est de Dieu, comme principe et comme doctrine ; mais là où l’on reconnaît à l’unité une autorité suprême, lorsque le mal y entre (et il peut pénétrer partout), cette obligation de garder l’unité lie au mal parce que l’unité où le mal se trouve ne doit pas être rompue. Nous en avons un exemple flagrant : l’unité de l’église romaine est le grand fondement de son raisonnement et cette unité a servi de prétexte pour retenir le monde, nous pouvons le dire, dans toutes les énormités que ce système a couvertes ; elle s’est prévalue du nom du christianisme, comme autorité pour lier les âmes au mal, jusqu’à ce que son nom même devînt ignominie pour la conscience naturelle de l’homme. On peut, en quelque mesure, trouver argument pour prôner l’unité dans le latitudinarisme (*) qui découle de l’absence de principes ; ou dans l’étroitesse d’une secte fondée sur une idée ; ou bien, dans l’unité pour elle-même, avec la prétention d’être l’église de Dieu. Cela peut dans ce cas couvrir autant d’indifférence à l’égard du mal qu’il conviendra au corps ou à ses dirigeants de tolérer, ou que Satan pourra leur faire accepter.

 

(*) ou laxisme : Mouvement qui, sous prétexte de paix et de charité, prône une très large tolérance.

 

 

5.3   Quelle est l’unité que Dieu reconnaît réellement ?

 

Si donc le terme d’unité est si puissant en lui-même, et aussi en vertu des bénédictions que Dieu lui-même y a rattachées, il nous importe de bien comprendre quelle est l’unité que Dieu reconnaît réellement. C’est ce que je me propose d’examiner, reconnaissant que le désir de cette unité est une bonne chose, et que plusieurs des tentatives faites pour y arriver renferment des éléments de piété, alors même que les moyens employés ne s’imposent pas à l’esprit comme étant de Dieu.

Personne ne niera qu’il faut que Dieu lui-même soit la source et le centre de l’unité, et que Lui seul peut l’être en puissance comme en droit. Tout centre d’unité autre que Dieu, ne peut être que la négation de sa Déité et de sa gloire, un centre indépendant d’influence et de puissance ; or Dieu est un — le juste, véritable et seul centre de toute vraie unité. Tout ce qui ne dépend pas de ce centre est rébellion. Mais cette vérité si simple — et pour le chrétien, si évidente — éclaire immédiatement notre chemin. La chute de l’homme est l’opposé de cela. L’homme était une créature subordonnée, et de plus «la figure de Celui qui devait venir». Il voulut être indépendant, et il est, dans le péché et la rébellion, l’esclave d’un rebelle plus puissant que lui, que ce soit dans la dispersion des volontés propres, ou dans leur soumission à la domination de l’homme de la terre.

Il faut donc que nous fassions un pas de plus ; il faut que Dieu soit un centre de bénédiction, aussi bien que de puissance, lorsqu’il s’entoure de multitudes unies et moralement intelligentes. Nous savons certes qu’il punira les rebelles par une destruction éternelle loin de sa présence, les abandonnant au tourment sans espoir de leur haine et de leur égoïsme individuels et privés de centre ; mais il faut que Dieu lui-même soit un centre de bénédiction et de sainteté, car il est un Dieu saint et il est amour. De fait la sainteté en nous, en même temps qu’elle est, par sa nature, séparation d’avec le mal, consiste précisément à avoir Dieu — le Saint, qui aussi est amour — pour objet, pour centre et pour source de nos affections. Il nous rend participants de sa sainteté (car il est en lui-même séparé de tout mal, bien qu’il le connaisse, comme Dieu, comme ce qui est opposé à ce qu’Il est lui-même) ; mais en nous, la sainteté doit consister en ce que nos affections, nos pensées et toute notre conduite aient leur centre et leur source en Lui, cette position étant maintenue dans une entière dépendance de Lui. Je parlerai tout à l’heure de l’établissement et de la puissance de cette unité dans le Fils et dans l’Esprit : mais j’insiste d’abord sur cette grande et glorieuse vérité elle-même.

Le grand principe de l’unité est vrai même quant à la création. Elle fut formée dans l’unité, Dieu en étant le seul centre possible. Elle sera ramenée de nouveau à l’unité, ayant Christ, son centre, pour Chef, Lui, le Fils, par qui et pour qui toutes choses ont été créées (Col. 1:16). C’est la gloire de l’homme (mais sa misère en tant qu’homme déchu) d’être fait ainsi un centre, dans la position qui lui a été faite : «la figure de Celui qui devait venir» (*) ; mais, hélas ! la contrefaçon de ceiui-ci en un état de rébellion dans cette même position, après sa chute. Je ne sache pas (je ne veux pas affirmer davantage) que des anges aient jamais été faits le centre d’aucun système ; mais l’homme l’a été. C’était sa gloire d’être le seigneur et le centre de ce monde inférieur, ayant avec lui Eve, associée à lui, mais dépendante de lui, sa compagne et son aide. Il était l’image et la gloire de Dieu (1 Cor. 11:7). Sa dépendance le faisait regarder en haut, et c’est en cela que sont la vraie gloire et le bonheur pour tous, excepté Dieu. La dépendance regarde en haut, et se trouve ainsi élevée au-dessus d’elle-même ; l’indépendance ne peut que regarder en bas (car elle ne peut pas, dans une créature, se suffire à elle-même), et elle est dégradée. La dépendance est la vraie grandeur d’une créature, quand l’objet duquel elle dépend, est celui que lui a donné son créateur. L’état premier de l’homme n’était pas la sainteté dans le sens propre de ce mot, parce que le mal n’était pas connu. Ce n’était pas un état divin, mais celui d’une créature heureuse et bénie ; c’était l’innocence. Cette innocence a été perdue quand l’homme a voulu être indépendant. Si l’homme devint comme Dieu, connaissant le bien et le mal, il devint tel avec une conscience mauvaise, l’esclave du mal qu’il connaissait, et dans une indépendance où il ne pouvait pas se maintenir ; en même temps il avait moralement perdu Dieu pour ne plus dépendre de Lui.

 

(*) Éphésiens 1:9-11 «nous ayant fait connaître le mystère de sa volonté... savoir de réunir en un toutes choses dans le Christ... en qui nous avons aussi été faits héritiers».

 

C’est avec cet état, car il faut que nous entrions maintenant dans la véritable question de l’unité, c’est avec l’homme dans cet état que Dieu a affaire, si jamais une unité réelle et véritable, que Dieu puisse reconnaître, doit exister. Or, là aussi il faut que Dieu soit le centre, non pas seulement en puissance créatrice, car le mal existe, le monde gît dans le mal ; et le Dieu d’unité est le Dieu saint. La séparation, la séparation d’avec le mal, devient donc la base nécessaire, le seul principe (je ne dis pas la puissance) de l’unité. Or il faut que Dieu soit le centre et la puissance de cette unité, et comme le mal existe, il faut que ceux qui doivent faire partie de l’unité de Dieu soient séparés de cette corruption, car Dieu ne peut pas être uni au mal.

 

5.4   L’unité ne peut se réaliser sans la séparation du mal

 

La séparation d’avec le mal est donc, je le répète, le grand principe fondamental de toute unité véritable : sans cette séparation, l’unité associe plus ou moins l’autorité de Dieu avec le mal, et devient rébellion contre son autorité, comme l’est toute unité indépendante de lui. Sous ses formes les plus modestes, c’est une secte ; sous sa forme la plus complète, c’est la grande apostasie, dont l’un des caractères, soit comme puissance ecclésiastique, soit comme puissance séculière, est l’unité, mais une unité fondée sur la soumission de l’homme à ce qui est, ouvertement ou non, mais réellement, indépendant de Dieu, parce qu’indépendant de sa Parole, une unité qui n’est pas fondée sur la soumission au Dieu saint, selon sa Parole, (*) et par la puissance de l’Esprit agissant en ceux qui sont unis, et par la présence de Celui qui est la puissance personnelle de l’union dans le corps. Mais cette séparation dont je parle n’est pas encore établie par la puissance judiciaire de Christ, qui séparera, non le bien d’avec le mal, le précieux d’avec ce qui est vil, mais ce qui est vil d’avec ce qui est précieux, bannissant le mal de devant Lui par un jugement qui liera l’ivraie en bottes et la jettera dans la fournaise de feu, ôtant de son royaume tous les scandales (Satan et ses anges étant eux-mêmes précipités, et toutes choses ensuite étant réunies en un en Christ, dans le ciel et sur la terre). Alors le monde, non pas la conscience, sera délivré du mal, non par la puissance et le témoignage de l’Esprit de Dieu, mais par le jugement qui ne supportera pas le mal, mais qui retranchera tous les méchants.

 

(*) Ceci est caractéristique de l’unité indépendante. Je crois qu’elle arrivera à un état d’infidélité ouverte et qu’elle sera une manifestation de la puissance de Satan. Même en supposant qu’il n’en soit pas ouvertement ainsi, il est clair que la soumission à Dieu se montre par la soumission à sa Parole.

 

Nous ne sommes pas maintenant, je le répète, dans les jours de cette séparation judiciaire du mal d’avec le bien dans le monde, par le retranchement et la destruction des méchants. Mais l’unité n’est pas, pour cela, abandonnée et effacée de la pensée de Dieu, et Dieu ne peut pas non plus reconnaître l’union avec le mal. Il y a un seul corps et un seul Esprit, les enfants de Dieu qui étaient dispersés sont rassemblés en un (Éph. 4:4 ; Jean 11:52). C’est là le principe général : Dieu opère au milieu du mal pour produire une unité dont il est le centre et la source, et qui, dans la dépendance, reconnaît son autorité. Il ne réalise pas encore cette unité par le retranchement judiciaire des méchants ; mais il ne peut s’unir avec ceux-ci, ni reconnaître une unité qui leur profite.

 

5.5   Comment donc cette unité est-elle formée ?

 

Dieu sépare les «appelés» d’avec le mal : «Sortez du milieu d’eux et soyez séparés et moi je vous recevrai... et je vous serai pour Père et vous, vous me serez pour fils et pour filles, dit le Seigneur le Tout-puissant»,  comme il est écrit : «J’habiterai au milieu d’eux, et j’y marcherai ; et je serai leur Dieu et eux seront mon peuple» (2 Cor. 6:16-18). Le principe du rassemblement est ici clairement mis en évidence. Dieu dit : «Sortez du milieu d’eux, etc.».  Telle est la façon dont Dieu rassemble. Il n’aurait pas pu former autrement une véritable unité autour de Lui. Puisque le mal existe, et que même il est notre condition naturelle, il ne peut y avoir d’union dont le Dieu saint soit le centre et la puissance, que par la séparation d’avec le mal. La séparation est le premier élément d’unité et d’union, nous ne saurions trop le répéter.

Voyons maintenant de plus près de quelle manière cette unité s’effectue et sur quoi elle est fondée. Il faut, pour la former, qu’il y ait une puissance intrinsèque d’union, qui rattache l’unité à un centre, aussi bien qu’une puissance qui sépare du mal ; et, ce centre étant trouvé, il exclut tous les autres. Le centre d’unité est nécessairement unique et sans rival. Le chrétien n’a pas ici à chercher longtemps ; ce centre, c’est Christ, l’objet des conseils divins, la manifestation de Dieu lui-même, l’unique et seul vase de puissance médiatoriale, ayant le droit d’unir la création car il est celui par qui et pour qui toutes choses ont été faites et d’unir l’Assemblée car il est son rédempteur, son chef, sa gloire et sa vie (comp. Colossiens 1). Christ a une double primauté : il est «chef sur toutes choses à l’assemblée qui est son corps, la plénitude de Celui qui remplit tout en tous» (Éph. 1:22-23). Ceci s’accomplira en son temps.

Nous nous occupons, pour le moment, de la période intermédiaire, de l’unité de l’Église elle-même, et de son unité au milieu du mal. Or, il ne peut y avoir aucune puissance morale qui soit capable d’unir loin du mal, si ce n’est Christ. Lui seul, la grâce et la vérité parfaites, découvre tout le mal qui sépare de Dieu, et dont Dieu sépare. Lui seul peut, de la part de Dieu, être le centre d’attraction qui attire à lui tous ceux sur qui Dieu agit ainsi. Dieu n’en reconnaîtra aucun autre ; et il n’y en a aucun autre auquel ce témoignage pouvait être rendu, nul autre qui soit de Dieu et qui ait Dieu pour objet. La rédemption elle-même rend ce fait nécessaire et évident : il ne peut y avoir qu’un seul Rédempteur, un seul auquel un coeur racheté puisse être donné, et sur lequel un coeur régénéré puisse concentrer toutes ses affections, le centre et la révélation de l’amour du Père ! Lui aussi est le centre de la puissance pour accomplir tout cela. En Lui, toute la plénitude habite (Col. 1:19). L’amour — et Dieu est amour — est connu en lui ; il est la sagesse de Dieu et la puissance de Dieu. Et plus encore : il est la puissance pour séparer et pour attirer : parce qu’il est la manifestation de tout cela et Celui qui l’accomplit au milieu du mal. C’est là ce dont nous avons besoin, nous, pauvres et misérables êtres, qui sommes dans ce mal ; et c’est ce dont Dieu a besoin, si nous pouvons nous exprimer ainsi, pour sa gloire qui sépare au milieu du mal. Christ s’est sacrifié Lui-même pour que l’amour de Dieu puisse séparer au milieu du mal. Il y avait plus que cela : l’oeuvre de Christ avait une portée plus étendue ; mais je parle ici de ce qui se rapporte à mon sujet actuel.

Ainsi Christ devient non seulement le centre d’unité pour l’univers dans son glorieux titre de puissance ; mais (comme le révélateur de Dieu, Celui qui a été reconnu et établi par le Père et Celui qui attire les hommes) il devient un centre spécial et particulier d’affections divines dans l’homme, seul centre divin d’unité autour duquel les hommes sont rassemblés. En effet, si Christ est le centre et nécessairement le seul centre, «Celui qui n’assemble pas avec moi, disperse».

Tels étaient, pour ce qui regarde le sujet qui nous occupe, le but même et la puissance de la mort de Christ. «Et moi, si je suis élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi-même» (Jean 12:32) . D’une manière plus spéciale, il s’est donné lui-même, non seulement pour «la nation, mais «pour rassembler en un les enfants de Dieu dispersés» (Jean 11:51-52). Mais, ici encore, nous trouvons cette mise à part d’un peuple qui lui appartenait en propre : «Il s’est donné Lui-même pour nous, afin qu’il nous rachetât de toute iniquité et qu’il purifiât pour lui-même un peuple acquis, zélé pour les bonnes oeuvres» (Tite 2:14) . Il était le modèle même de la vie divine dans l’homme, dans la séparation d’avec le mal qui l’environnait de toutes parts. Il était l’ami des publicains et des pécheurs, faisant entendre aux hommes les doux sons de la grâce par un amour tendre et familier ; mais il fut toujours l’homme séparé ; et il est tel comme centre de l’Église et souverain sacrificateur : «Un tel souverain sacrificateur nous convenait, saint, innocent, sans souillure, séparé des pécheurs», et, ajoute l’Écriture, «élevé plus haut que les cieux».

 

5.6   L’unité lie à un Christ céleste

 

Nous pouvons remarquer ici en passant que le centre de cette unité est céleste. Un Christ vivant sur la terre maintenait en fait l’inimitié, lui-même étant assujetti à la loi des commandements qui consiste en ordonnances (Gal. 4:4 ; Éph. 2:15) . Ainsi, quoique la gloire divine de sa personne s’étendît nécessairement par-dessus la muraille, branche fertile apportant la grâce au-dehors pour de pauvres Gentils (Gen. 49:22 ; Marc 7:27) (et il ne pouvait en être autrement, car là où il y avait de la foi, Christ ne pouvait nier qu’il fût Dieu ; il ne pouvait pas davantage nier ce que Dieu est, c’est-à-dire amour), cependant, comme homme né de femme, il naquit «sous la loi».  Mais par sa mort il détruisit le mur mitoyen de clôture, et des deux, Juifs et Gentils, en fit un, les réconciliant tous les deux en un seul corps à Dieu, en faisant la paix. C’est ainsi comme «élevé»,  et finalement comme «élevé plus haut que les cieux», qu’il devient le centre et le seul objet d’unité.

Je remarquerai ici en passant que la mondanité détruit toujours l’unité. La chair ne peut s’élever au ciel, ni s’abaisser en amour à tous les besoins. Elle pousse à la division par des comparaisons d’importance personnelle : «Moi, je suis de Paul ; et moi d’Apollos ; et moi de Céphas ; et moi, de Christ» (1 Cor. 1:12). «N’êtes-vous pas charnels et ne marchez-vous pas à la manière des hommes ?» (1 Cor. 3:3). Paul n’avait pas été crucifié pour les Corinthiens ; ils n’avaient pas non plus été baptisés pour le nom de Paul ; ils étaient devenus terrestres dans leurs pensées et c’en était fait de l’unité. Mais le Christ glorieux et céleste les embrassait tous dans un seul mot «Pourquoi me persécutes-tu ?» (Actes 9:4) . Cette séparation de tout ce qui n’était pas Lui, fut plus lente parmi les Juifs, parce qu’ils avaient été extérieurement le peuple de Dieu, un peuple séparé ; mais après avoir montré tout ce qu’ils étaient, l’auteur inspiré dit aux disciples : «Sortons vers Lui hors du camp, portant son opprobre» (Héb. 13:13) . Le Seigneur voulait qu’il y eût, résultat magnifique de son oeuvre, un seul troupeau, un seul berger, et il mène dehors ses propres brebis et va devant elles (Jean 10) .

De fait, nous n’avons qu’à montrer que l’unité est la pensée de Dieu ; et la séparation d’avec le mal en sera la conséquence nécessaire, car elle existe comme principe dans l’appel de Dieu, avant l’unité elle-même. L’unité est le dessein de Dieu, et comme Dieu est le seul centre légitime, l’unité doit être le résultat d’une sainte puissance ; mais la séparation d’avec le mal correspond à sa nature même. Ainsi quand Dieu appelle Abraham publiquement, il lui dit : «Va-t-en de ton pays et de ta parenté et de la maison de ton père» (Gen. 12:1 ; Actes 7:3) .

Mais poursuivons : D’après ce que nous avons vu, il est évident que le Seigneur Jésus, dans les hauts cieux, est l’objet autour duquel l’Église se groupe dans l’unité ; il est la tête et le centre de l’Église. C’est là le caractère de l’unité de ceux qui sont de Christ et de leur séparation d’avec le mal, d’avec les pécheurs. Cependant ils ne devaient pas être ôtés du monde, mais gardés du mal et sanctifiés par la vérité, Jésus s’étant lui-même mis à part ainsi dans ce but (Jean 17). C’est pourquoi le Saint Esprit fut envoyé ici-bas, non seulement pour la manifestation publique de la puissance et de la gloire du Fils de l’homme, mais pour identifier les appelés avec leur Chef céleste, et pour les séparer du monde dans lequel ils devaient rester ; et le Saint Esprit devint ainsi, ici-bas, le centre et la puissance de l’unité de l’Église au nom de Christ, Christ ayant détruit le mur mitoyen de clôture, réconciliant tous les deux en un seul corps par la croix. Les saints ainsi «rassemblés en un»,  devinrent l’habitation de Dieu par l’Esprit (Éph. 2). Le Saint Esprit lui-même devint la puissance et le centre d’unité, mais au nom de Jésus, d’un peuple séparé également des Juifs et des Gentils, et retiré de ce présent siècle mauvais, pour être uni à son Chef glorieux. Par le moyen de Pierre, Dieu visita les nations pour en tirer un peuple pour son nom ; et d’entre les Juifs, il y eut un résidu selon l’élection de la grâce ; comme Paul, l’un d’entre eux, fut lui-même séparé d’Israël et des nations vers lesquelles il était envoyé.

 

5.7   La réalisation pratique de l’unité et la puissance de l’Esprit Saint

 

Tel fut invariablement le témoignage : «Si nous disons que nous avons communion avec Lui, et que nous marchions dans les ténèbres, nous mentons, et nous ne pratiquons pas la vérité» (1 Jean 1:6) . La séparation d’avec le mal est nécessairement le premier principe de communion avec Lui. Quiconque met cela en doute est menteur et, en cela, est du méchant ; il dénature le caractère de Dieu. Si l’unité dépend de Dieu, elle doit être séparation d’avec les ténèbres. Il en est de même de notre communion les uns avec les autres. «Si nous marchons dans la lumière comme Lui-même est dans la lumière, nous avons communion les uns avec les autres» (1 Jean 1:7) . Remarquez qu’il n’y a ici aucune limite ; l’Écriture dit : comme Dieu est dans la lumière. C’est dans cette lumière que le Seigneur nous a placés par la rédemption, et par elle le caractère tout entier de notre marche et de notre union doit être formé. Nous ne pouvons avoir aucune communion avec Dieu en dehors de la lumière. Pour les Juifs, il en était autrement, parce que leur séparation, bien qu’elle fût la même en principe, n’était cependant qu’une séparation extérieure dans la chair, le chemin des lieux saints n’étant pas encore manifesté, pas même pour les saints, quoique, selon les conseils de Dieu, ils dussent avoir leur place là en vertu du sacrifice qui devait être offert. Il en est de même de la «communion les uns avec les autres».  «Quelle participation y a-t-il entre la justice et l’iniquité ? ou quelle communion entre la lumière et les ténèbres ? et quel accord de Christ avec Béliar ? ou quelle part a le croyant avec l’incrédule ? et quelle convenance y a-t-il entre le temple de Dieu et les idoles ?» S’adressant ensuite aux saints, le Saint Esprit ajoute : «Car vous êtes le temple du Dieu vivant, selon ce que Dieu a dit : J’habiterai au milieu d’eux et j’y marcherai ; et je serai leur Dieu, et eux seront mon peuple. C’est pourquoi, sortez du milieu d’eux et soyez séparés» (2 Cor. 6:14 et suiv.). Autrement nous provoquons le Seigneur à la jalousie, comme si nous étions plus forts que Lui. J’ajouterai que la cène du Seigneur est le symbole et l’expression de cette unité et de cette communion, «car nous qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps, car nous participons tous à un seul et même pain» (1 Cor. 10:17) .

Nous voyons ici très clairement que, comme l’unité d’Israël était fondée sur la délivrance et sur l’appel qui sépara Israël des Gentils qui les entouraient et sur le maintien de cette séparation, de même l’unité de l’Église est fondée sur la puissance du Saint Esprit descendu du ciel, tirant du monde et mettant à part, pour Christ, un peuple au milieu duquel il habite ; Dieu lui-même demeurant ainsi et marchant au milieu d’eux, car il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi nous avons été appelés pour une seule espérance de notre appel (Éph. 4:4) . Le nom même de Saint Esprit ne nous enseigne-t-il pas la même leçon ? car la sainteté, c’est la séparation d’avec le mal.

De plus, quelle que soit notre imperfection dans la réalisation de cette séparation, son principe et sa mesure sont nécessairement la «lumière»,  comme Dieu «est dans la lumière».  Le chemin des lieux saints étant manifesté, et le Saint Esprit étant descendu pour demeurer dans l’Église ici-bas, puissance pour séparer pour le ciel, parce que centre et puissance présente d’unité, exactement ce qu’avait été autrefois la nuée en Israël, il établit la sainteté de l’Église et son unité dans sa séparation pour Dieu, selon sa propre nature divine, et selon la puissance de cette présence.

Telle est l’Église, et telle est la vraie unité. Les saints ne peuvent, intelligemment, en reconnaître aucune autre, bien qu’ils puissent reconnaître des désirs et des efforts pour faire le bien, dans ce qui n’y atteint pourtant pas.

 

5.8   L’unité et la discipline

 

Je pourrais terminer ici mes remarques, ayant développé ce grand principe, tout simple qu’il soit, qui découle de la nature même de Dieu, savoir que la séparation d’avec le mal est le principe divin de l’unité. Mais une difficulté qui se lie à mon sujet principal se présente ici. En supposant que le mal s’introduise dans ce seul corps, ainsi formé maintenant sur la terre, le principe restera-t-il également vrai ? et dans ce cas, comment la séparation d’avec le mal pourra-t-elle maintenir l’unité ? Ici, nous touchons au mystère d’iniquité (2 Thess. 2) ; mais le principe dont nous parlons, découlant de la nature même de Dieu qui est saint, ne peut être mis de côté. La séparation d’avec le mal est la conséquence nécessaire de la présence de l’Esprit de Dieu, en toute circonstance, pour ce qui concerne la conduite et la communion ; mais ici elle subit une certaine modification. La présence révélée de Dieu est toujours judiciaire, là où elle existe, parce que l’autorité contre le mal est liée à la sainteté qui le rejette. Ainsi, en Israël, la présence de Dieu était judiciaire ; le gouvernement de Dieu, qui ne permet pas le mal, s’exerçait. Il en est ainsi, quoique d’une manière différente, dans l’Église. La présence de Dieu est judiciaire là, non pas dans le monde, sauf en témoignage, parce que Dieu n’est pas encore révélé dans le monde : c’est pourquoi elle n’arrache pas l’ivraie de ce champ ; mais elle juge ceux qui sont «dedans».

Ainsi l’Église doit ôter le méchant du milieu d’elle (1 Cor. 5:13), et elle maintient ainsi sa séparation d’avec le mal. L’unité est maintenue par la puissance du Saint Esprit et par une bonne conscience ; et pour que l’Esprit ne soit pas contristé, et que la bénédiction pratique ne soit pas perdue, les saints sont exhortés à prendre garde que «quelqu’un ne manque de la grâce de Dieu» (Héb. 12:15) . Combien est agréable et béni ce jardin du Seigneur, lorsqu’il est maintenu dans cet état, et qu’il fleurit, exhalant le parfum de la grâce de Christ. Mais hélas ! nous le savons, la mondanité s’introduit, et la puissance spirituelle diminue ; le goût pour cette bénédiction est affaibli, parce qu’on ne jouit pas de celle-ci dans la puissance du Saint Esprit ; la communion spirituelle avec Christ, le Chef céleste, se relâche, et la puissance qui bannit le mal de l’Église n’est plus en exercice vivant. Le corps n’est pas assez animé de l’Esprit saint pour répondre à la pensée de Dieu. Mais Dieu ne se laisse jamais sans témoignage. Il amène le corps à la conscience du mal par tel ou tel témoignage, par la Parole ou par des jugements, ou par les deux moyens successivement, pour le rappeler à son énergie spirituelle, et l’amener à maintenir la gloire de Dieu et le lieu de cette gloire. Si le corps refuse de répondre à la vraie nature et au vrai caractère de Dieu et à l’incompatibilité de cette nature avec le mal, de telle sorte qu’il devienne réellement un faux témoin pour Dieu, alors le premier et immuable principe reparaît : il faut se séparer du mal.

De plus si l’on maintient l’unité après une telle séparation, on déclare compatibles le Saint Esprit et le mal ; et cela est, dans son principe, l’apostasie ; on maintient le nom et l’autorité de Dieu dans son Église et on l’associe au mal. Ce n’est pas l’apostasie ouverte de l’incrédulité avouée, mais c’est renier Dieu selon la vraie puissance du Saint Esprit, tout en se servant de son nom. Cette unité-là est la grande puissance du mal, signalée dans le Nouveau Testament, liée à l’église professante et à la forme de piété. Nous devons nous retirer de cette iniquité. Cette puissance du mal dans l’Église se discerne spirituellement, et on s’en retire quand on a la conscience de l’incapacité où l’on est d’y porter remède, ou bien, s’il y a un témoignage public visible, ce témoignage en est alors la condamnation ouverte. Ainsi avant la Réformation, Dieu donna de la lumière à plusieurs qui maintinrent un témoignage à l’égard de ce mal dans l’Église professante, en dehors d’elle ; quelques-uns rendirent témoignage et cependant restèrent dans son sein. Lorsque la Réformation eut lieu, le témoignage fut ouvertement et publiquement rendu, et le corps professant, le Romanisme, devint, au Concile de Trente, ouvertement et d’une manière avouée, apostat, autant qu’un corps chrétien professant peut le devenir. Mais partout où le corps refuse d’ôter le mal, ce corps, dans son unité, renie le caractère de sainteté de Dieu, et alors la séparation d’avec le mal est le chemin du fidèle, et l’unité qu’il a quittée est le plus grand mal qui puisse exister là où le nom de Christ est invoqué. Il se peut que des saints restent dans les systèmes unis au mal, comme ils sont restés dans le romanisme, là où il n’y a pas de puissance pour réunir ensemble tous les saints ; mais le devoir du fidèle, en pareil cas, lui est clairement tracé par les principes élémentaires du christianisme, bien que, sans doute, sa foi puisse être exercée dans un tel chemin. «Qu’il se retire de l’iniquité, quiconque prononce le nom du Seigneur» (2 Tim. 2:19) . Il est possible que celui qui se retire du mal s’expose à devenir une proie (voir Ésaïe 59:15) ; mais il est clair que cela ne change rien au principe ; c’est une question de foi. Celui qui se sépare en pareil cas est dans la vraie énergie de l’unité selon Dieu.

 

5.9   Conclusion

 

Ainsi donc, la parole de Dieu nous apprend quelle est la vraie nature, l’objet et la puissance de l’unité ; elle nous donne ainsi la mesure par laquelle nous jugeons ce qui a la prétention d’être cette unité et par laquelle nous en discernons le caractère ; et, de plus, elle nous fournit le moyen de maintenir les principes fondamentaux de l’unité, selon la nature et la puissance de Dieu, par le Saint Esprit opérant dans la conscience, là où cette unité peut n’être pas réalisée en même temps en puissance.

La nature de l’unité découle de la nature de Dieu ; car Dieu doit être le centre de la vraie unité, et Dieu est saint ; et il nous introduit dans l’unité en nous séparant du mal. Son objet est Christ : il est, lui, le seul centre de l’unité de l’Église, puisqu’il en est la Tête. La puissance, c’est l’Esprit Saint, présent ici-bas, envoyé aussi comme l’Esprit de vérité, de la part du Père par Jésus (Jean 14). Sa mesure, c’est une marche dans la lumière, comme Dieu est dans la lumière ; c’est la communion avec le Père et avec son Fils Jésus Christ ; et nous pouvons ajouter : par le moyen du témoignage de la parole écrite, la parole apostolique et prophétique du Nouveau Testament en particulier. Elle est bâtie sur le fondement des apôtres et prophètes (du Nouveau Testament), Jésus Christ lui-même étant la pierre de l’angle. Le moyen de la conserver, c’est d’ôter le mal (judiciairement, s’il le faut), de manière à maintenir, par l’Esprit, la communion avec le Père et avec le Fils. Si le mal n’est pas ôté, alors la séparation d’avec ceux qui ne l’ôtent pas, devient une affaire de conscience. Il faut retourner, fût-on seul, à l’unité essentielle et infaillible du corps dans ses principes éternels d’union avec la Tête, dans une nature sainte par l’Esprit. Le chemin du fidèle devient ainsi clair. Dieu assurera par sa puissance éternelle, non pas ici-bas peut-être, mais devant ses anges, la justification de ceux qui auront reconnu, comme il le faut, sa nature et sa vérité en Jésus Christ.

Je crois que ces principes fondamentaux, que j’ai cherché à mettre ici en lumière, sont aujourd’hui de la plus impérieuse nécessité pour le croyant qui veut marcher fidèlement et sans compromis avec Dieu. Il peut être pénible et exerçant de se tenir en dehors de l’unité latitudinaire ; elle a en général une forme aimable ; elle est, en une certaine mesure, respectable dans le monde religieux ; elle ne met la conscience de personne à l’épreuve, et permet l’exercice de la volonté de chacun. Il est d’autant plus difficile de prendre une position décidée à son égard, qu’elle est souvent accompagnée d’un vrai désir du bien, et associée à des natures aimables. Refuser de s’associer à elle semble rigide, étroit et sectaire ; mais quand le fidèle a la lumière de Dieu, il doit marcher clairement dans cette lumière. Dieu justifiera ses voies au temps convenable. Aimer tous les saints est un devoir évident ; marcher dans leurs voies n’en est pas un ; et celui qui n’assemble pas avec Christ disperse. Il ne peut y avoir qu’une unité ; une confédération ou des alliances, même en vue du bien, ne sont pas cette unité, bien qu’elles puissent en avoir la forme. L’unité qui professe être celle de l’Église de Dieu, alors que le mal existe et n’est pas ôté, est une chose plus sérieuse encore : on la trouvera toujours unie au principe clérical, parce que le clergé est nécessaire pour maintenir l’unité, quand l’Esprit n’est pas la puissance de celle-ci, et que, de fait, le clergé prend la place de l’Esprit, guide, règle, gouverne à sa place, sous le nom de sacrificature, ou de ministère, reconnu comme un corps distinct, comme une institution à part. Cette fausse unité ne se maintiendrait pas sans l’appui d’un clergé.

 

 

À la suite de ce traité, J.N. Darby a désiré ajouter le suivant qui complète le premier et en étend la portée en présentant un autre aspect important de la vérité.

 

6                    La grâce, puissance d’unité et de rassemblement

1840 à 1874 (?)

6.1   L’amour et la sainteté

 

Ce qu’il est important de comprendre, c’est que la puissance active qui rassemble est toujours la grâce, l’amour. La séparation d’avec le mal peut devenir nécessaire. Dans des circonstances particulières, quand le mal est entré, cette séparation peut se manifester très clairement comme le sentier des fidèles. Il peut arriver que, les mêmes convictions agissant en un même moment chez plusieurs, la séparation d’avec le mal forme un noyau de personnes rassemblées. Mais cette séparation n’est jamais, en soi, une puissance de rassemblement. La sainteté peut attirer une âme, quand cette âme est déjà en mouvement par elle-même. Mais la puissance pour rassembler est dans la grâce, dans l’amour vivant et agissant, dans «la foi opérante par l’amour».  L’histoire de l’Église de Dieu dans tous les temps est la démonstration de la vérité de ce principe. La grâce est la puissance qui forme l’unité, là où celle-ci n’existe pas. Je tiens ici pour admis que Christ est reconnu comme centre. Si le mal existe, la puissance qui rassemble peut le faire en retirant du mal ; mais la puissance qui rassemble, je le répète, c’est l’amour.

Il y a, dans la nature de Dieu, deux grands principes reconnus de tous les saints, la sainteté et l’amour. L’une, je puis le dire hardiment, est la nécessité de sa nature, impérative, en vertu de cette nature, pour tous ceux qui s’approchent de Dieu : l’autre en est l’énergie. L’une caractérise la nature de Dieu ; l’autre est sa nature même et le mobile de l’activité de sa nature. Dieu est saint ; il n’est pas seulement dit qu’il aime, il est amour.

Il l’est dans le principe essentiel et l’activité de son être ; nous en faisons un juge par le péché, car Dieu est saint et il a l’autorité ; mais il est amour, et personne ne l’a rendu tel. S’il y a de l’amour ailleurs qu’en Dieu, cet amour est de Dieu, car Dieu est amour. L’amour est la précieuse et active énergie de son être. Dans l’exercice de cette énergie, il rassemble auprès de lui, pour la félicité éternelle de ceux qui sont rassemblés ; le déploiement et la manifestation de cet amour en Christ, et Christ lui-même, sont la grande puissance et le centre du rassemblement. Les conseils de Dieu, sous ce rapport, sont «la gloire de sa grâce» ; l’application qu’il en fait à des pécheurs et les moyens qu’il emploie à cet effet, sont «les richesses de sa grâce» ; et dans les siècles à venir, il montrera quelles sont «les immenses richesses de sa grâce dans sa bonté envers nous, dans le Christ Jésus».

Permettez-moi, avant d’entrer dans l’examen du sujet que j’ai maintenant directement en vue, de dire un mot en passant sur le beau passage de l’épître aux Éphésiens, que je viens de rappeler, parce que ce passage révèle le fond des pensées de Dieu quand il introduit l’unité dont parle cette épître. Nous sommes bénis en Christ ; et Dieu lui-même est le centre de la bénédiction, et cela sous deux caractères, savoir dans sa nature et dans sa relation avec ceux qui sont bénis. Il est à la fois «Dieu» et «Père» en relation avec Christ Lui-même, considéré comme homme devant Lui, bien qu’il soit le Fils bien-aimé (voyez Éph. 1:3-7). Il est le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, selon cette propre parole de Jésus pour ses disciples, quand il allait monter au ciel : «Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu», avec la seule différence que, ici, dans l’épître aux Éphésiens, il révèle de plus l’unité des saints en Christ. Dans Jean, Christ parle des disciples comme étant ses «frères».  C’est donc dans ce double caractère que Dieu revêt à l’égard de Christ lui-même, qu’il nous a bénis de toute bénédiction spirituelle, sans en excepter aucune, dans les lieux célestes, cette sphère de bénédiction la plus excellente et la plus élevée, là où lui habite ; ce n’est pas seulement une bénédiction envoyée sur nous ici-bas sur la terre, mais nous-mêmes, nous sommes élevés dans les lieux célestes, et nous le sommes de la manière la plus excellente et la plus glorieuse, dans le Christ Jésus, excepté toutefois son droit divin à être assis sur le trône du Père. Part merveilleuse, grâce excellente, qui devient simple pour nous dans la mesure où nous sommes habitués à demeurer dans la parfaite bonté de Dieu.

Au verset 4 d’Éphésiens 1, nous avons : «le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ»,  selon la gloire de la nature divine, introduisant dans sa propre présence en Christ ce qui sera le reflet de cette gloire, selon son dessein éternel ; car l’Église dans les pensées de Dieu (et on peut ajouter, dans sa vie dans la Parole), est avant le monde dans lequel elle est manifestée. Ici, c’est de la nature de Dieu qu’il s’agit. Nous avons été «élus en Christ, avant la fondation du monde, afin que nous fussions saints et irréprochables devant lui en amour».  Dieu est saint, Dieu est amour, et dans ses voies, quand il agit, il est irréprochable.

Puis, il y a une relation en Christ ; et la relation de Christ est celle de «Fils».  Ainsi, en lui, nous sommes prédestinés à l’adoption comme fils pour Dieu lui-même, selon son bon plaisir, selon la joie et la bonté de sa volonté. Il s’agit de relation ici. Dieu est le Père de notre Seigneur Jésus Christ, aussi bien qu’il est Dieu. C’est ici la gloire de sa grâce, ce sont ses propres pensées et ses propres desseins, à la louange desquels nous sommes. Il nous a manifesté sa grâce dans le Bien-Aimé. Mais, en fait, il nous trouve dans la condition de pécheurs et ce sont des pécheurs qu’il amène à cette position. Quelle pensée ! Et ici sa grâce brille d’une autre manière. En lui, Christ, le Fils, «nous avons la rédemption par son sang, la rémission des péchés»,  ce dont nous avons besoin pour entrer dans cette position, dans laquelle nous serons à la louange de la gloire de sa grâce, et cela, selon les richesses de sa grâce ; car Dieu est manifesté dans la gloire de sa grâce, et nos besoins trouvent leur réponse dans les richesses de sa grâce.

C’est ainsi que nous sommes devant Dieu. Ce qui suit dans le chapitre concerne «l’héritage «qui nous appartient par cette même grâce, savoir ce qui est la possession des héritiers. Je n’entre pas dans ce sujet, faisant remarquer seulement, comme je l’ai fait ailleurs, que le Saint Esprit est les arrhes de l’héritage, mais non pas de l’amour de Dieu. Celui-ci est versé dans nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. Ces deux relations avec le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ renferment une abondante richesse de bénédiction ; on les retrouve fréquemment dans l’Écriture.

 

6.2   La séparation a son objet en Dieu

 

Mais quelque intéressant que soit ce sujet, je reviens maintenant à celui qui m’occupe directement. Il y a quelque chose de plus à considérer que la vérité, savoir l’usage de la vérité. Le fait que Dieu, par la grâce et la rédemption, n’impute point de péché à l’Église, demeure toujours heureusement et éternellement vrai. À une conscience insouciante, je puis avoir à présenter quelque autre vérité. Car la sainteté est le seul principe sur lequel la communion chrétienne est basée. Mais il y a deux autres points que je crois important de présenter en même temps, l’un se rapportant à l’homme, l’autre au Dieu bienheureux.

Le premier des deux points consiste en ceci : la nature humaine, nous le reconnaissons tous et nous le savons dans une certaine mesure, est une chose perfide. Or, la séparation d’avec le mal, si elle est faite selon Dieu, ce que je suppose maintenant, distingue celui qui se sépare de celui duquel il se sépare. Cela tend à donner de l’importance à la position de celui qui fait ainsi ; et cette position a de l’importance en effet ; mais avec des coeurs tels que les nôtres, la position que nous prenons se mêle avec le moi, non d’une manière grossière, mais d’une manière insidieuse. Il s’agit de ma position ; et de plus, mon esprit étant occupé d’une chose qui a été importante pour lui (et cela justement, en son lieu et place), tend à faire, en quelque mesure, de la séparation d’avec le mal, une puissance de rassemblement, aussi bien qu’un principe sur lequel le rassemblement a lieu. La séparation d’avec le mal n’est pas cela, sauf que la sainteté attire les âmes qui sont spirituelles, par un principe agissant en elles.

L’autre danger consiste en ceci : un chrétien se sépare du mal, je suppose encore, dans un cas où c’est son devoir de le faire ; disons qu’il quitte, par exemple, le système le plus corrompu qui existe ; d’après le principe en question, c’est le mal faisant effet sur la conscience du nouvel homme et reconnu offensant pour Dieu, qui pousse le chrétien à sortir de ce système. Ainsi, le chrétien est occupé du mal. C’est là une position dangereuse. Celui qui s’y trouve rattache le mal à ceux qu’il a quittés, pour donner une bonne raison de la position qu’il a prise : Ils cachent, ils cherchent à couvrir, ils commentent, ils expliquent, comme il arrive toujours là où le mal est maintenu. Lui cherche à prouver l’existence du mal, pour justifier sa position ; il est occupé du mal en prouvant l’existence du mal et en la prouvant contre les autres. C’est un terrain glissant pour le coeur, sans parler du danger qui menace l’amour. L’esprit est occupé du mal comme d’un objet que l’on a devant soi. Ce n’est pas là la sainteté, ni la séparation d’avec le mal, en puissance pratique intérieure. C’est un travail qui fatigue l’esprit et qui ne peut pas nourrir l’âme. Il y a des personnes qui courent presque le danger d’acquiescer au mal, par la fatigue qu’elles éprouvent à y penser. Dans tous les cas, la puissance ne se trouve pas là. Dieu nous sépare certainement du mal, mais ce n’est pas lui qui remplit l’âme de celui qui continue à s’en occuper, car Dieu n’est pas dans le mal. Il est très vrai qu’une âme peut se dire «Je veux penser au Seigneur et ne plus m’occuper du mal»,  et qu’ainsi elle obtienne une certaine mesure de tranquillité et de soulagement ; mais, en pareil cas, la mesure et le ton général de la vie spirituelle baisseront infailliblement, je n’en ai pas l’ombre d’un doute. On n’acquiescera pas de fait au mal positif, mais on perd de vue l’horreur que Dieu a du mal et, dans la même proportion, on perd la mesure de puissance et de communion divines ; la marche pratique générale ne le montre que trop. Le témoignage manque et est abaissé. Le mal le plus répandu, c’est que la lutte avec le mal n’est pas maintenue dans la puissance spirituelle et cela est un grand obstacle à une unité assez étendue, mais Dieu est au-dessus de tout. La nouvelle nature, quand elle est agissante, parce qu’elle est sainte et divine, s’élève contre le mal lorsqu’il paraît devant elle. La conscience aussi est réveillée et exercée comme responsable devant Dieu.

Mais ce n’est pas tout, même pour ce qui regarde la sainteté. Il y a une autre chose qui, dans beaucoup de cas (je pourrais dire, au fond, dans tous les cas), distingue la vraie sainteté de la conscience naturelle ou du rejet conventionnel du mal. La sainteté n’est pas seulement la séparation d’avec le mal, mais la séparation pour Dieu d’avec le mal. La nouvelle nature n’a pas seulement une nature ou un caractère intrinsèque comme étant de Dieu ; elle a un objet, car elle ne peut pas vivre d’elle-même ; elle a un objet positif, et cet objet est Dieu. Or, ce fait change tout, parce qu’il sépare d’avec le mal que la nouvelle nature abhorre, en conséquence, lorsqu’elle le voit, parce qu’elle est remplie de ce qui est bon. Au lieu d’affaiblir sa séparation, il rend plus vivante l’horreur que la nouvelle nature a du mal quand elle a à s’en occuper ; mais il donne un autre ton à ce qu’elle hait, il rend suffisante la possession de ce qui est bon, quand la nouvelle nature n’est pas obligée de penser au mal, pour bannir celui-ci complètement de l’esprit et de la vue. Ainsi elle est sainte, calme et a un caractère à elle, séparé du mal, aussi bien qu’opposé au mal. Pour nous, cela ne peut avoir lieu que dans la possession d’un objet (parce que nous sommes et devons être dépendants), dans la mesure seulement où nous sommes positivement remplis de Dieu en Christ. Nous sommes occupés de ce qui est bon, et ainsi nous sommes saints, car c’est la sainteté ; et par conséquent nous avons, sans peine et intelligemment, le mal en horreur, sans nous en occuper. C’est la nature de Dieu : Dieu est bon en lui-même ; il trouve ses délices dans ce qui est bon ; et ainsi, en vertu de sa bonté, il a le mal en haine ; sa nature est le bien ; et par conséquent dans sa nature même il rejette le mal. Il fera ainsi avec autorité, sans doute, en jugement, mais nous parlons maintenant de nature.

C’est pourquoi, quand l’amour est puissant, il agit souverainement et il rend saint, soit qu’il s’agisse de l’amour mutuel ou bien de la jouissance de l’amour dans la révélation de Dieu : «Que le Seigneur vous fasse abonder et surabonder en amour les uns envers les autres et envers tous, comme nous aussi envers vous, pour affermir vos coeurs sans reproche en sainteté devant notre Dieu et Père en la venue de notre Seigneur Jésus avec tous ses saints» (1 Thess. 3:12-13). De même 1 Jean 1:1-6 : «Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché, concernant la parole de la vie (et la vie a été manifestée ; et nous avons vu et nous déclarons et nous vous annonçons la vie éternelle, qui était auprès du Père et qui nous a été manifestée) ; ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi vous ayez communion avec nous ; or notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ. Et nous vous écrivons ces choses, afin que votre joie soit accomplie. Et c’est ici le message que nous avons entendu de lui et que nous vous annonçons, savoir que Dieu est lumière et qu’il n’y a en lui aucunes ténèbres. Si nous disons que nous avons communion avec lui, et que nous marchions dans les ténèbres, nous mentons et nous ne pratiquons pas la vérité».

Or ici le Saint Esprit, en traits clairs et énergiques tels que lui seul peut les tracer, insiste sur la séparation d’avec le mal en marchant dans la lumière, dans le caractère et la connaissance de Dieu révélés en Christ, dans la vérité telle qu’elle est en Jésus, en qui la vie était la lumière des hommes. Celui qui prétend avoir communion avec Dieu et qui ne marche pas dans la connaissance de Dieu selon cette connaissance, est menteur et la vérité n’est pas en lui. Mais qu’est-ce qui établit la communion ? Marcher dans la lumière la maintient pure ; mais qu’est-ce qui la forme ? C’est la révélation de son glorieux objet et de son centre, en Christ. Jean parlait de quelqu’un qui avait gagné son coeur, de quelqu’un qui était la puissance qui rassemble et introduit dans la communion avec le Père et avec son Fils Jésus Christ. Il avait connaissance par le Saint Esprit et jouissait de ce que le Seigneur avait dit : Celui qui m’a vu a vu le Père.» C’était là l’amour, infini, divin, et, par le Saint Esprit, celui qui en était témoin avait communion avec l’amour et le proclamait, afin que d’autres eussent communion avec lui, et sa communion était véritablement avec le Père et avec son Fils Jésus Christ. Ceux auxquels il s’adressait s’y associaient. Or, c’était là, je pense, la puissance qui rassemble. L’objet auquel on était amené et autour duquel on était rassemblé impliquait nécessairement ce qui suit, et Jean, en effet, termine ainsi son épître : «Nous savons que le Fils de Dieu est venu, et il nous a donné une intelligence afin que nous connaissions le Véritable, et nous sommes dans le Véritable, savoir dans son Fils Jésus Christ : lui est le Dieu véritable et la vie éternelle. Enfants, gardez-vous des idoles»,  plaçant la puissance en rassemblement du bien avant l’avertissement. Ce fait est d’autant plus remarquable dans cette épître, que celle-ci s’occupe, en un certain sens, du mal, puisqu’elle a été écrite au sujet de ceux qui égaraient (2:26) .

 

6.3   L’objet du rassemblement en forme le centre d’attraction

 

La sainteté donc, si elle est réelle, est la séparation pour Dieu aussi bien que d’avec le mal ; car ainsi seulement nous sommes dans la lumière, car «Dieu est lumière». Cela est vrai au début de la sanctification : nous sommes amenés à connaître Dieu, nous sommes amenés à Dieu. Si nous revenons à nous-mêmes, c’est pour dire : «Je me lèverai et je m’en irai vers mon père». S’il s’agit de restauration, elle a lieu sur ce principe : «Si tu reviens, reviens à moi» (Jér. 4:1) . Une âme, en effet, n’est jamais réellement restaurée jusqu’à ce qu’elle soit revenue à Dieu ; car jusque-là elle n’est pas dans la lumière de manière à se purifier de la chair, alors même que les oeuvres de la chair auraient été confessées ; et le péché n’est pas vu non plus tel que Dieu le voit. C’est pourquoi l’amour, comme élément essentiel, entre dans toute vraie conversion et toute vraie restauration quelque faiblement qu’on le discerne, ou à travers de sombres exercices de conscience. Nous avons besoin de revenir à Dieu ; il y a pardon auprès de lui afin qu’on le craigne. Autrement, le désespoir nous chasse encore plus loin. En effet, que serait ou que pourrait être une restauration si elle ne ramenait à Dieu ? Mais dans le sens plein et entier du mot, le rassemblement, c’est-à-dire le rassemblement pour une communion partagée, est produit par l’objet qui révèle ce en quoi nous devons avoir communion. Il faut que nous ayons communion en quelque chose, savoir avec le Père et avec son Fils Jésus Christ.

L’objet de la communion doit attirer les coeurs à lui, afin que, dans leur joie commune en lui, leur communion existe. Le principe du traité précédent est celui-ci, savoir que, en attirant les coeurs, l’objet qui les rassemble doit les séparer du mal : il répond à la seconde partie de la déclaration de l’apôtre (1 Jean 1:5) : «C’est ici le message... que nous avons entendu de lui, savoir que Dieu est lumière...» Ainsi Christ dit : «Si je suis élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi-même». Or, la croix était l’amour parfait, la séparation absolue d’avec tout péché et la condamnation du péché : «car en ce qu’il est mort, il est mort une fois pour toutes au péché» (Rom. 6:10), — la séparation d’avec le monde et la délivrance de toute la puissance de l’ennemi et de la scène où elle s’exerce. La croix, c’est l’amour parfait, détournant de tout autre objet pour attirer à lui-même ; montrant aux âmes que tout était mal en elles et ici-bas, les absorbant par ce qui est bon, d’une manière qui les délivre de ce mal. Mais quand nous entrons dans la vie à sa suite, tout ce dont il séparait a disparu : «En ce qu’il vit, il vit à Dieu» — c’est son être tout entier, si je puis m’exprimer ainsi. Or, il est, dans cette vie-là, élevé plus haut que les cieux. — Je ne parle pas ici de la gloire divine, mais de la vie. Il prend une position céleste et notre rassemblement par la croix nous amène à lui, là où il est maintenant, dans le lieu où le mal n’a pas d’entrée. Telle est notre communion : nous entrons dans la maison du Père en esprit ; et c’est là, je pense, le vrai caractère de l’Assemblée, de l’Église, pour rendre culte au plein sens du terme.

L’Assemblée se souvient de la croix, elle adore, laissant le monde dehors, tout étant connu dans le ciel devant Dieu. Il s’est livré, afin de «réunir en un» . Mais ici, j’anticipe un peu, car je ne parle jusqu’ici que de l’objet, non de la puissance active qui rassemble.

Je pense que ce qui sépare un saint du mal, ce qui le rend saint, c’est la révélation d’un objet (j’entends, cela va sans dire, par l’action du Saint Esprit, qui attire son âme vers cet objet comme étant bon et, par cela, lui révèle le mal et le lui fait juger dans son esprit et dans son âme) ; la connaissance qu’il a du bien et du mal n’est donc pas simplement une conscience mal à l’aise, mais la sanctification. Je veux dire par là que la sanctification repose, par la lumière donnée par le Saint Esprit, sur un objet qui, par sa nature, purifie les affections en étant leur objet, les créant par la puissance de la grâce. Même sous la loi, la sanctification avait cette forme : «Soyez saints, car moi je suis saint»,  bien que, je l’admets, elle participât alors nécessairement du caractère de la dispensation. À la croix, ces deux principes sont mis en lumière parfaitement. L’amour, l’objet béni qui attire le coeur, est clairement manifesté ; en même temps que le jugement le plus solennel du mal et la séparation la plus absolue d’avec lui. Telle est la perfection de Dieu, la folie et la faiblesse de Dieu ! La sanctification donc, je le répète, repose sur cette divine attraction dans l’amour, le mal dans toute son horreur et sous toutes ses formes étant parfaitement haï par celui que cet amour attire et qui s’y attache ! L’âme va vers cet amour avec son péché, reconnu comme tel et elle y va parce que l’amour ainsi manifesté lui a montré que le péché est péché, en ce que Christ a été fait péché pour nous.

Telle est la puissance objective qui sépare du mal et qui met fin à toute relation avec le mal ; car, alors, je meurs à toute la nature pour laquelle je vivais. Le mal cesse d’exister, par la foi, puisque je vis désormais dans une heureuse activité dans l’amour.

 

Mais je me suis assez étendu peut-être sur ce qui rassemble objectivement et qui produit la communion ; et assurément notre communion est une communion dans ce qui est bon, elle a un caractère céleste du fait qu’elle n’admet point le mal. La communion est imparfaitement réalisée, sans doute, ici-bas, mais dans la mesure où elle ne l’est pas, elle est alors détruite, car la chair n’a pas de communion. C’est pourquoi nous lisons : «Si nous marchons dans la lumière, comme Dieu est dans la lumière, nous avons communion les uns avec les autres». Mais nous ne pouvons marcher en dehors des ténèbres autrement qu’en marchant dans la lumière, c’est-à-dire avec Dieu ; et Dieu est amour ; et s’il ne l’était pas, nous ne pourrions pas marcher dans ce chemin.

 

6.4   L’amour est la puissance qui rassemble

 

Mais nous avons d’autres privilèges. L’amour de Dieu en Christ n’est pas seulement un objet qui rassemble, mais c’est une activité qui rassemble. L’amour a besoin d’un objet ; il agit et se montre. Ainsi, Dieu a agi. Jésus a révélé Dieu ; et ainsi nous connaissons Dieu comme étant «amour», et aussi «lumière».  Bienheureuse connaissance ! Telle qu’elle nous est donnée dans la Parole, c’est la vie éternelle ; et l’occupation de cette vie, comme nous l’avons vu, c’est de connaître le Père et le Fils. Mais nous pouvons dire également que nous connaissons cette autre vérité précieuse et excellente : «Mon Père travaille jusqu’à maintenant, et moi je travaille» (Jean 5:17) . C’est l’activité de l’amour qui constitue la puissance de rassemblement. Il s’est donné lui-même... «pour rassembler en un les enfants de Dieu dispersés» (Jean 11:52). Même pour Israël : «Que de fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu» (Matt. 23:57). Ici, ce n’est pas seulement un objet qui attire et sanctifie, produisant la communion ; mais c’est l’activité de l’amour qui agit, qui se donne, en vue de rassembler ; et dans cette oeuvre nous pouvons avoir notre part. C’est là ce qui, tout en sanctifiant, et en maintenant la sainteté de Dieu, en nous en rendant participants, révèle Dieu et rassemble les âmes fatiguées.

Or c’est là seulement le principe et la vraie puissance de rassemblement : je ne dis pas le principe sur lequel les âmes sont rassemblées ; car il est clair qu’elles le sont sur le principe de la sainteté, de la séparation d’avec le mal, seul chemin où la communion est maintenue ; autrement, les ténèbres auraient communion avec la lumière ! Mais l’amour rassemble, et cette vérité est pour le chrétien aussi évidente que la précédente ; car quand est-ce que l’esprit de l’homme se séparerait du mal et abandonnerait le mal dans lequel il vit, et qui est sa nature, hélas ! quant à ses désirs naturels et quant à la sphère dans laquelle il vit ? Jamais ! Hélas, sa volonté et ses convoitises sont là, sa pensée est inimitié contre Dieu. C’est ce fait que la présentation de la grâce en Jésus a démontré d’une manière si solennelle.

La loi ne fut jamais donnée pour rassembler ; elle était la règle de conduite d’un peuple déjà en rapport avec Dieu, — pour convaincre de péché. Le péché ne rassemble pas vers Dieu, ni la loi non plus ; et l’un et l’autre sont tout ce qui constitue la position de l’homme, à moins que la grâce n’intervienne. En outre, c’est la grâce seule qui révèle pleinement Dieu, et ainsi sans la grâce, l’objet autour duquel nous devons être rassemblés n’est pas manifesté. La grâce seule atteint le coeur de manière à l’amener à Dieu : tout, en dehors de cela, n’est que responsabilité et chute.

C’est Christ qui rassemble, et par ceci, nous connaissons l’amour, c’est qu’il a donné sa vie pour nous. La vérité elle-même n’est, de fait, jamais connue jusqu’à ce que vienne la grâce. La loi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. La loi disait à l’homme ce qu’il devait être. Elle ne lui disait pas ce qu’il était. Elle lui parlait de vie, s’il obéissait, et de malédiction, s’il désobéissait ; mais elle ne lui disait pas que Dieu est amour. La loi parlait de responsabilité ; elle disait : «Fais cela et tu vivras». Elle était parfaite à sa place, mais ne disait ni ce que l’homme est, ni ce que Dieu est : cela restait caché ; mais cela est la vérité. La vérité n’est pas ce qui devrait être, mais ce qui est, la réalité de toutes les relations existantes telles qu’elles sont, et la révélation de celui qui, s’il existe des relations, doit en être le centre. Or, il était impossible que ces choses fussent dites sans la grâce ; car l’homme est un pécheur perdu et Dieu est amour. D’un autre côté, comment dire que toute relation — c’est-à-dire toute relation existant auparavant — était détruite (*) (car le jugement n’est pas une relation, mais la conséquence de la rupture d’une relation), sinon par la révélation que cette grâce a formé une nouvelle relation sur le principe même de la grâce par la puissance divine ? C’est pourquoi nous lisons : «De sa propre volonté, il nous a engendrés (**) par la parole de la vérité»,  cette semence incorruptible de la parole, «pour que nous soyons une sorte de prémices de ses créatures». C’est pourquoi Christ est la vérité ; car depuis sa venue, le péché, la grâce, Dieu lui-même, le Père, le Fils, et le Saint Esprit même sont révélés tels qu’ils sont ; ce qui est la perfection dans l’homme, en relation avec Dieu ; ce qu’est l’éloignement de Dieu, dans lequel l’homme est tombé ; ce qu’est l’obéissance, ce qu’est la désobéissance, ce qu’est la sainteté, ce qu’est le péché, ce qu’est Dieu, ce qu’est l’homme, ce qu’est le ciel, ce qu’est la terre : tout est mis à sa place relativement à Dieu, et avec la plus entière révélation de lui-même, en même temps que de ses conseils, dont Christ est le centre.

 

(*) Moralement, je veux dire ; car il est évident que nous sommes toujours des créatures.

(**) La loi n’a rien engendré en moi ; elle supposait que l’homme était et qu’il appartenait à Dieu et elle lui prescrivait un chemin.

 

6.5   La grâce unit selon la sainteté divine

 

Ainsi la grâce est la puissance agissante pour révéler la vérité et elle seule peut le faire ; car la présence de Christ ici-bas est la grâce ; son activité, la grâce efficace. Or, l’existence même d’un pareil objet et d’une pareille puissance doit se faire sentir comme puissance qui rassemble, rassemblant dans l’unité, car elle doit, étant divine, rassembler autour d’elle-même.

Mais nous ne sommes pas abandonnés à des conséquences abstraites, quelque familières qu’elles soient pratiquement à toute âme renouvelée, qui sait et doit savoir que tous ceux qui sont nés de nouveau sont attirés ensemble vers Christ. La parole de Dieu est claire : Il est mort «pour rassembler en un les enfants de Dieu dispersés». Je parle de ces choses comme caractérisant la puissance qui rassemble. Christ, bien qu’il fût la vérité elle-même, pendant qu’il était ici-bas, était la vérité isolée ; aucune relation nouvelle n’était établie sur un fondement divin pour d’autres hommes. C’est pourquoi la grâce offerte fut la grâce rejetée ; le grain de blé demeurait seul ; mais par sa mort, la rédemption a été accomplie et l’expiation faite. Il n’était plus «à l’étroit» désormais ; la grâce et la vérité renfermées, pour ainsi dire, dans son propre coeur, pouvaient se répandre librement. L’amour le plus grand était manifesté, et le péché dans l’homme, au lieu d’empêcher l’application de l’amour et de mettre une barrière à toute relation, devint son objet, au moins ce à l’égard de quoi il se déployait, et c’est donc ainsi que l’amour rassemble.

La justice de Dieu prend la place de ce qui, quoique réclamé, n’a de fait jamais existé, savoir, la justice de l’homme ; la vie divine prend la place de la vie purement humaine ; et Dieu trouve sa gloire dans le salut. La grâce règne par la justice. Or, c’est cette grâce qui, unissant nos âmes à Jésus, par la puissance du Saint Esprit, nous rassemble par la croix, d’où nous est annoncée la vérité pendant que nous sommes sur la terre ; et Christ dans le ciel fait connaître à la foi notre vraie place là-haut, son titre divin personnel étant toujours, cela va sans dire, sauvegardé. L’épître aux Éphésiens développe ce sujet. Seulement, comme elle commence par la gloire divine, la vraie source de tout, elle commence par le dessein de l’amour relativement à nous, dans le ciel en gloire, et introduit la rédemption elle-même comme une chose qui vient après et qui est nécessaire pour nous amener là. Mais il est clair que cela ne change pas l’amour qui demeure et qui opère pour nous amener dans cette bienheureuse et céleste unité. Celle-ci est céleste, en rapport avec la gloire de Dieu, et sainte selon la sainteté de la présence de Dieu. Le chemin de Christ sur la terre en est le modèle ici-bas, et la croix en donne la pleine mesure. Le ciel et la croix sont ainsi liés. Quand le sang était porté dans le lieu très saint, le corps était brûlé hors du camp, dehors, déclarant impossible toute relation de Dieu avec l’homme tel qu’il était. Alors le rassemblement «en un» commença. Il tua l’inimitié, celle qui existait entre Juif et Gentil, et les réconcilia tous les deux en un seul corps à Dieu ; et ainsi, les uns et les autres, nous avons accès auprès du Père par un seul Esprit. Les ordonnances séparent toujours selon la sainteté humaine ; la grâce unit selon la sainteté divine.

Je crois en avoir dit assez maintenant pour rendre claire ma pensée ; et j’ai plus à coeur ici de l’établir que d’insister sur elle. Dans le sens divin complet, sans la grâce, il n’y a ni vérité, ni sainteté (en dehors de Dieu, j’entends, cela va sans dire), bien que la sainteté puisse être néanmoins attribuée aux anges élus, — et il ne peut y en avoir, parce qu’il est impossible qu’un pécheur puisse être avec Dieu autrement que sur le principe et par la puissance et l’activité de la grâce. La puissance de l’unité, c’est la grâce ; et comme l’homme est pécheur et éloigné de Dieu, la puissance de rassemblement, c’est la grâce, — la grâce manifestée en Jésus sur la croix et nous amenant à Dieu dans le ciel et nous donnant une place en lui qui est monté au ciel. C’est là la sainteté ; bien certainement la croix n’est pas une approbation du péché

Votre affectionné dans le Seigneur,

 

J. N. Darby