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Les ACTES des APÔTRES

 

 

ÉTUDES SUR LA PAROLE DE DIEU

 

 

destinées à aider le chrétien dans la lecture du Saint Livre

 

par J.-N. Darby

 

 

1     Chapitre 1

2     Chapitre 2

3     Chapitre 3

4     Chapitre 4

5     Chapitre 5

6     Chapitres 6 et 7

7     Chapitre 8

8     Chapitres  9  à  11:18

9     Chapitre 11:19-30

10      Chapitre 12

11      Chapitre 13

12      Chapitre 14

13      Chapitre 15

14      Chapitre 16

15      Chapitre 17

16      Chapitre 18

17      Chapitre 19

18      Chapitre 20

19      Chapitre 21

20      Chapitre 22

21      Chapitres 23 à 26

22      Chapitres 27 à 28

 

 

Les Actes des Apôtres se divisent, pour le fond, en trois parties : la première formée du chap. 1 ; la seconde des chap. 2-12 ; la troisième depuis le chap. 13 à la fin. Les chap. 11 et 12 peuvent être appelés de transition, étant fondés sur l’événement raconté au chap. 10. — Le chap. 1 nous présente ce qui se rattache à la résurrection du Seigneur ; les chap. 2-12, cette oeuvre du Saint Esprit, dont Jérusalem et les Juifs sont le centre, mais qui s’étend par la libre action de l’Esprit de Dieu, indépendante, mais non séparée des douze et de Jérusalem comme centre. Les chap. 13 et suivants nous présentent l’oeuvre de Paul, ayant Antioche comme point de départ d’une mission plus distincte ; le chap. 15 relie ces deux premières parties pour conserver l’unité dans la marche de l’oeuvre. — Nous voyons sans doute aussi dans la seconde partie, des Gentils admis comme tels au milieu des disciples, mais ils se rattachent à l’oeuvre qui se faisait parmi les Juifs. Ceux-ci ont rejeté le témoignage du Saint Esprit à un Christ glorifié, comme ils avaient rejeté le Fils de Dieu dans son humiliation, et Dieu a préparé une oeuvre en dehors d’eux, dans laquelle l’apôtre des Gentils a posé des bases qui annulent la distinction entre les Juifs et les Gentils, et les rattachent les uns et les autres, comme également morts dans leurs fautes et leurs péchés, à Christ, chef de son corps l’Église, dans le ciel (*). Mais passons maintenant à l’étude même de ces chapitres.

(*) Il est triste mais instructif de voir, dans la dernière division de ce livre, comment l’énergie spirituelle d’un apôtre tel que Paul finit à l’ombre d’une prison, quant à son activité extérieure ; mais nous pouvons y voir la sagesse de Dieu. Le Romanisme qui se vante d’avoir été fondé par les apôtres n’a jamais vu un apôtre à Rome, sinon comme prisonnier et, suivant l’épître aux Romains, le christianisme y était déjà implanté avant ce moment-là.

1                    Chapitre 1

Ce premier chapitre nous fournit le récit de ce qui regarde Jésus ressuscité et les actes des apôtres avant la descente du Saint Esprit. — Les communications du Seigneur, que nous y trouvons, présentent plusieurs points très intéressants. Jésus, homme ressuscité, agit et parle par le Saint Esprit après sa résurrection comme il l’avait fait auparavant : précieux gage de notre propre position, nous rappelant que nous aurons le Saint Esprit après notre résurrection et que son énergie n’étant plus occupée à restreindre et à mortifier la chair, pourra être consacrée tout entière à la joie et à l’adoration éternelles et au service qui nous sera confié de la part de Dieu. Ensuite, le Seigneur ressuscité donne à ses disciples des commandements en rapport avec la position nouvelle qu’il prend. Leur vie et leur service doivent être formés et dirigés en vue de sa résurrection, vérité de laquelle ils avaient des preuves irréfragables. Ils étaient encore sur la terre, mais ils y étaient pèlerins, ayant devant les yeux de leur foi celui qui, ressuscité d’entre les morts, les avait devancés : leurs rapports avec lui se rattachent encore à leur position sur la terre ; Jésus leur parle du royaume, et des choses qui regardent le royaume. Jérusalem était le point de départ de leur ministère plus même que du sien ; car Jésus avait rassemblé les pauvres du troupeau là où il les avait trouvés, particulièrement en Galilée (*) ; mais maintenant la résurrection ayant fait de Christ, en puissance, le vase des saintetés assurées de David (**), il appelle de nouveau Israël à reconnaître comme Prince et Sauveur celui qu’il avait rejeté comme Messie arrivant sur la terre. Les épîtres de Pierre se rattachent à ce point de vue de l’Évangile.

(*) La mission donnée aux disciples en Luc 24:47-49 a été accomplie dans les Actes. Les discours de Pierre et ceux de Paul en sont la preuve, particulièrement aux chapitres 2 et 13. Cette mission n’est pas celle de Matthieu 28:19 qui ne s’adresse qu’aux Gentils. La mission de l’évangile de Luc est en rapport avec l’ascension du Seigneur à Béthanie, celle de Matthieu est donnée par un Christ ressuscité, en Galilée, où il avait trouvé «les pauvres du troupeau» (cf. Matthieu 4:15).

(**) Notre Bibliquest : ou : «grâces assurées de David» (És. 55:3)

Cependant pour exercer ce ministère, les disciples devaient attendre l’accomplissement de la promesse du Père, savoir le Saint Esprit duquel ils devaient être baptisés selon le témoignage de Jean : ce qui, leur assurait le Seigneur, arriverait dans peu de jours. La venue du Saint Esprit ainsi promis, faisait en même temps sortir les disciples du champ des idées purement temporelles des Juifs : la promesse du Saint Esprit de la part du Père était autre chose que celle de la restauration du royaume d’Israël par la puissance de l’Éternel, le Dieu de jugement. Ce n’était pas aux disciples de connaître le temps et la saison de cette restauration dont le Père gardait la connaissance par devers lui ; mais ils recevraient eux-mêmes la puissance du Saint Esprit qui descendrait sur eux, et ils serviraient à Jésus de témoins (comme ils l’avaient connu et selon la manifestation de lui-même après sa résurrection), à Jérusalem, dans toute la Judée, en Samarie et jusqu’aux bouts de la terre, faisant ainsi de Jérusalem le centre et le point de départ de l’oeuvre qu’ils devaient accomplir selon la mission de Luc 24:47. Cependant leur témoignage était fondé sur le fait qu’ils avaient vu leur Maître et leur Seigneur ravi d’avec eux, et reçu dans les nuées du ciel qui le cachaient à leurs yeux. Ils regardaient donc, les yeux fixés en haut, lorsque deux messagers du ciel viennent leur annoncer que ce Jésus qui venait d’être élevé d’avec eux au ciel, devait revenir de la même manière. Il s’agit donc ici de la manifestation de Jésus dans le monde au-dessous du ciel : Jésus reviendra ici-bas pour être vu du monde. Nous n’avons pas ici l’enlèvement de l’Église ni l’association de l’Église avec Lui pendant son absence. Avec la connaissance de Jésus ravi du monde et devant revenir au monde, termes et éléments de tout leur enseignement, les apôtres s’en retournent à Jérusalem pour attendre le Saint Esprit qui leur était promis. Ils ne se rendent pas en Galilée : ils vont être témoins à Jérusalem des droits célestes du Christ rejeté sur la terre par Jérusalem et les Juifs (*).

(*) Dans ce sens ce n’est pas une continuation de la mission de Christ sur la terre. Cette dernière est continuée par la mission de Matthieu 28 qui a son point de départ en Galilée.

Les versets que nous venons d’examiner montrent clairement la position dans laquelle les disciples étaient placés et la mission qui leur était confiée ; mais avant qu’ils reçoivent le Saint Esprit pour l’accomplir, quelques autres circonstances caractéristiques trouvent leur place dans ce même chapitre. Les disciples, conduits par Pierre dans ce chemin, agissent d’après l’intelligence de la Parole, avant que d’être doués de la puissance d’en haut. Ainsi ces deux choses sont distinguées, l’intelligence de la Parole et le don de la puissance d’en haut.

Il paraît que, sans que Pierre ait été directement conduit par le Saint Esprit, l’Esprit a mis son sceau sur ce qui a été fait ici d’après la parole de l’Ancien Testament, comprise par l’apôtre. Nous avons déjà vu que Christ, après sa résurrection, avait ouvert l’intelligence de certains disciples pour comprendre les Écritures. N’ayant pas encore reçu le Saint Esprit, les apôtres agissent d’après un principe judaïque : ils présentent le sort à l’Éternel pour qu’il décide. Cependant le sort n’était pas tout, et il n’était pas tiré sans faire une distinction. L’autorité apostolique découlait du fait de la nomination des apôtres par Jésus lui-même ; l’intelligence des Écritures faisait comprendre aux disciples réunis ce qui devait avoir lieu : le but que le Seigneur avait assigné à leur service limitait leur choix au petit cercle de ceux qui possédaient les qualités nécessaires pour atteindre ce but. Ils devaient être capables par leurs antécédents, ainsi que l’avait dit Jésus, d’être ses témoins parce qu’ils avaient été avec lui dès le commencement, et ils devaient être capables maintenant de témoigner aussi que ce même Jésus que les Juifs avaient rejeté et crucifié, était bien réellement ressuscité d’entre les morts. Ici, avant le don du Saint Esprit, l’autorité apostolique est exercée à Jérusalem sur le principe juif. En cela il n’y avait ni recherche, ni exercice de l’esprit humain. La parole : «Qu’un autre prenne sa charge de surveillant», guidait leur conduite quant aux qualifications nécessaires ; ce qui les décidait c’était la capacité d’être les témoins de la carrière terrestre, puis de la résurrection et de l’ascension de Jésus. Le sort de l’Éternel désignait l’individu qui devait prendre la place de Judas. Deux hommes, Joseph, appelé Barsabbas, et Matthias, sont choisis comme possédant les qualités exigées, et le sort tombe sur Matthias qui prend place avec les onze apôtres (vers. 26) ; mais la puissance promise leur manquait encore à tous.

 

2                    Chapitre 2

Le récit de ce chapitre, en réponse à l’esprit de dépendance qui se manifestait dans les communes prières des disciples, nous révèle l’accomplissement de la promesse qui leur avait été faite.

L’Esprit vient d’en haut, dans sa propre puissance, posséder et remplir la demeure qui lui était préparée.

Ce fait, d’une importance au-dessus de tous les faits, quant à l’état de l’homme ici-bas, a ici un caractère très simple, parce qu’il ne s’agit pas des causes de ce don merveilleux, ni de l’oeuvre dont il dépend, ni de la gloire avec laquelle il est en rapport et qu’il a révélée, et de laquelle il a été les arrhes, — mais ici, nous avons seulement le fait de sa puissance. Les disciples étaient maintenant, par ce don, «revêtus de la puissance d’en haut».

La forme toutefois sous laquelle il est apparu, est caractéristique. Sur Jésus, l’Esprit saint est descendu sous forme d’une colombe, parce que Jésus ne devait pas faire entendre sa voix dans les rues, ni briser le roseau froissé, ni éteindre le lumignon qui fume. Mais ici ce qui descendait, c’était la puissance de Dieu en témoignage, la parole, semblable au feu consumant qui juge ce qu’il trouve devant lui. Néanmoins la puissance du Saint Esprit était en grâce, et son action sortait des limites étroites des ordonnances juives pour annoncer les merveilles de Dieu à toute nation et langue sous le soleil. L’Esprit est comme un souffle impétueux du ciel qui se manifeste aux disciples et vient se placer sur eux sous la forme de langues de feu, chacune divisée en plusieurs. Cette merveille attire la foule, et la réalité de cette opération divine est constatée par le fait que des personnes natives de beaucoup de pays différents, entendent, chacune dans la langue du pays d’où elle était sortie pour venir à Jérusalem, ces pauvres Galiléens leur annoncer les oeuvres merveilleuses de Dieu (*). Les Juifs qui ne comprenaient pas ce que les disciples disaient, se moquent d’eux, et Pierre, dans la langue de ses compatriotes, déclare, selon leurs propres prophéties, le vrai caractère de ce qui était arrivé. L’apôtre, dans son discours se fonde sur la résurrection de Jésus prédite par le prophète-roi, et sur son exaltation par la droite de Dieu. Exalté en haut, ce Jésus qu’ils avaient crucifié, avait reçu la promesse du Père et répandu ce qui produisait les effets qu’ils entendaient et voyaient. Ils devaient donc savoir que Dieu avait fait Seigneur et Christ, ce Jésus qu’ils avaient crucifié.

(*) L’idée rationaliste que c’était une espèce de baragouin, produit de leurs cerveaux excités (ce que pensaient précisément les assistants juifs incrédules), est absurde au-delà de toute idée. Représentez-vous Paul, rendant grâces à Dieu de ce qu’il baragouinait plus qu’eux tous, et Dieu donnant un don pour interpréter ce baragouin !

On peut remarquer ici le caractère de ce témoignage : c’est essentiellement le témoignage de Pierre. Il ne va pas plus loin que d’affirmer le fait que Celui qui avait été rejeté, a été fait, dans le ciel, Seigneur et Christ. Il commence par Jésus, connu des Juifs sur la terre, et établit la vérité de sa résurrection et de son exaltation à la position de Seigneur : Dieu l’a fait tel. Pierre ne le proclame pas même comme fils de Dieu ; et nous verrons que si Pierre ne le fait pas dans les Actes, Paul, au contraire, le fait dès l’instant de sa conversion. Pierre constate le résultat en puissance à ce moment-là, et ne parle pas du royaume : seulement il rappelle que le Saint Esprit était promis pour les derniers jours ; il fait allusion au terrible jour du jugement qui devait venir et qui serait précédé par des signes et des prodiges effrayants. Sans parler de l’accomplissement de la promesse du royaume, duquel le Père gardait l’époque par devers lui, Pierre met le fait du don du Saint Esprit en rapport avec la responsabilité d’Israël envers lequel Dieu agissait encore en grâce en lui annonçant un Christ glorifié et en lui donnant les preuves de sa gloire rendue maintenant sensible à tous par l’envoi du Saint Esprit. C’est la présence du Saint Esprit selon les versets 26, 27 du chap. 15 de Jean. Cependant le témoignage, comme un tout, est fondé sur la mission de Luc 24 et en est l’exécution. Seulement en Luc nous n’avons rien du baptême. Voyez Luc 24:47-49 auquel tout ceci correspond pleinement. Le témoignage était adressé aux Juifs, cependant il ne se bornait pas à eux (*) et appelait à la séparation d’avec un peuple qui se hâtait vers le jugement : «Sauvez-vous de cette génération perverse». Cette séparation se fondait sur une oeuvre réelle et morale : «Repentez-vous» ; tout leur passé devait être jugé ; cela était démontré publiquement dans leur réception parmi les chrétiens par le baptême, en vue de recevoir la rémission de leurs péchés et de participer au don céleste du Saint Esprit. «Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ, en rémission des péchés : et vous recevrez le don du Saint Esprit». Cette oeuvre est individuelle. Il y avait le jugement sur tout le passé, l’admission au milieu d’eux par le baptême et, en conséquence, la participation à l’Esprit Saint qui demeurait là où venaient ceux dont le coeur avait été saisi de componction. Nous voyons d’emblée la différence entre le changement moral déjà opéré, la repentance produite par une affliction selon Dieu, et la réception du Saint Esprit. Cette réception était la conséquence de la rémission de leurs péchés à laquelle ils étaient amenés. Le don du Saint Esprit dépendait d’une manière générale de leur admission parmi les chrétiens, la maison où Dieu habitait, bâtie au nom de Jésus. Ensuite l’apôtre déclare aux Juifs que la promesse appartient à eux et à leurs enfants — à la maison d’Israël comme telle — à eux, et à leurs enfants après eux. Mais l’intention de Dieu dans le don du Saint Esprit, dépassait les limites de l’ancien peuple de Dieu. La promesse appartenait aussi à ceux qui étaient loin, car elle s’accomplissait en rapport avec la foi en Christ ; elle s’étendait à tous ceux qui par grâce entraient dans la nouvelle maison, à tous ceux que le Seigneur, le Dieu d’Israël, appellerait. L’appel de Dieu caractérisait la bénédiction. Israël, avec ses enfants, était reconnu ; mais un résidu était appelé d’entre eux. Les Gentils étant appelés, participaient à la bénédiction.

(*) Le témoignage est rendu en des termes qui, tout en s’appliquant aux Juifs de Jérusalem et à ceux de la dispersion, ouvrent cependant la porte aux Gentils, selon la souveraineté de Dieu : «À tous ceux qui sont loin», dit l’apôtre, «autant que le Seigneur, notre Dieu en appellera à Lui». Dieu est toujours le Dieu de l’homme ; mais il appelle qui il veut.

Le résultat de ce don ineffable du Saint Esprit, nous est raconté. Ce n’était pas seulement un changement moral, mais une puissance qui mettait de côté tous les motifs qui individualisaient ceux qui l’avaient reçue, en unissant ceux-ci comme une seule âme et dans une seule pensée. Ils persévéraient dans la doctrine des apôtres ; ils étaient en communion ensemble et avec les apôtres ; ils rompaient le pain, et passaient leur temps en prière. Le sentiment de la présence de Dieu était puissant au milieu d’eux ; et des prodiges et des miracles s’opéraient par les mains des apôtres. Les croyants étaient unis par les liens les plus étroits, ils ne parlaient pas de leurs droits individiiels, mais ils partageaient les uns avec les autres et selon le besoin de chacun, ce qu’ils possédaient. Chaque jour ils étaient dans le temple, lieu où tout Israël accomplissait en public ses services religieux, et ils avaient leur propre service à part entre eux — rompant le pain journellement dans leurs maisons. Ils mangeaient avec joie et simplicité de coeur, louant Dieu et attirant sur eux la faveur du peuple qui les entourait.

Ainsi l’Assemblée était formée, et le Seigneur y ajoutait chaque jour le résidu d’Israël que Dieu voulait garder des jugements qui devaient fondre sur un peuple coupable du rejet du Fils de Dieu, leur Messie, et d’une ruine future encore plus terrible. Dieu transportait dans l’Assemblée, ainsi reconnue de Lui par la présence du Saint Esprit, ceux qu’il épargnait en Israël (*). Un nouvel ordre de choses caractérisé par la présence du Saint Esprit avait commencé (**). C’était dans l’Assemblée qui en constatait l’existence, que se trouvait la présence de Dieu. Cette assemblée formait la maison de Dieu, quoique l’ancien ordre de choses subsistât toujours jusqu’à ce que le jugement fût exécuté. Elle était formée jusqu’ici en rapport avec Israël, dans la patience de Dieu, mais mise à part, en puissance, comme l’habitation de Dieu.

(*) C’est la force du mot sôzomenoi.

(**) Jamais Dieu n’a demeuré avec l’homme — sans excepter Adam ou Abraham — que sur la base de la rédemption (comp. Ex. 29:46).

L’Assemblée donc était formée par la puissance du Saint Esprit descendu du ciel, et fondée sur ce témoignage-ci, que Jésus Christ qui avait été rejeté, était élevé au ciel, étant fait de la part de Dieu Seigneur et Christ ; cette assemblée se composait du résidu juif, de ceux qui devaient être épargnés d’entre ce peuple, sauf à introduire les Gentils quand Dieu en appellerait.

3                    Chapitre 3

Ici l’Esprit, par Pierre, adresse son témoignage au peuple. Dieu usait encore de patience envers son peuple insensé, il usait de plus que de patience : il agissait en grâce envers son peuple comme tel, en vertu de la mort et de l’intercession de Jésus ; mais hélas, en vain ! — les chefs du peuple, incrédules, ont réduit la Parole au silence (*).

(*) Il est frappant de voir les conseils de Dieu et leur accomplissement en grâce — dans la mesure où cet accomplissement avait lieu alors — si clairement distingués de la responsabilité de ceux auxquels Dieu s’adressait. Au chapitre 2, Pierre dit : «Sauvez-vous de cette génération perverse». Dieu rassemblait les siens, selon Sa connaissance de ce qui allait arriver. Au chapitre 3 il dit : «Dieu l’a envoyé pour vous bénir, en détournant chacun de vous de vos méchancetés». Il l’avait envoyé dans ce but et Sa patience attendait encore, quoiqu’il agît actuellement en grâce, selon le résultat connu de Lui. On rencontre souvent cela chez Jérémie. S’ils s’étaient repentis, Dieu aurait certainement détourné le jugement, comme Jérémie aussi nous l’apprend.

L’attention du peuple est attirée par un miracle qui avait rendu la force à un pauvre estropié connu de tous ceux qui fréquentaient le temple ; et la foule se précipitant pour voir celui qui venait d’être guéri, Pierre leur prêche Christ. «Le Dieu de nos pères», leur dit-il, «a glorifié son serviteur Jésus, que vous, vous avez livré et que vous avez renié» ; «vous avez renié le Saint et le Juste» quand Pilate avait décidé de le relâcher. Ils avaient renié le Saint et le Juste, demandé qu’on leur accordât un meurtrier, mis à mort le Prince de la vie ; mais Dieu l’avait ressuscité ; et son nom, par la foi, avait guéri l’homme perclus. Or la grâce pouvait estimer qu’ils l’avaient fait par ignorance, ainsi que leurs chefs. Ici nous voyons le Saint Esprit répondre à l’intercession de Jésus : «Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font». Débiteurs des dix mille talents, le grand roi leur fait grâce en envoyant le message de miséricorde qui les appelait à la repentance. C’est à cela que Pierre convie les Juifs : «Repentez-vous», dit-il, «et vous convertissez... en sorte que viennent des temps de rafraîchissement de devant la face du Seigneur, et qu’il envoie Jésus Christ, qui vous a été préordonné, lequel il faut que le ciel reçoive, jusqu’aux temps du rétablissement de toutes choses dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes de tout temps» (vers. 19-21). Pierre propose ainsi la repentance aux Juifs, comme nation, en leur annonçant que s’ils se repentaient, Jésus, déjà monté au ciel, reviendrait, et que l’accomplissement de la pleine bénédiction dont les prophètes avaient parlé aurait lieu en leur faveur. Le retour de Jésus, à cette fin, dépendait et dépend encore de la repentance des Juifs ; en attendant, Jésus reste dans le ciel.

Au reste, dit Pierre, Jésus est le prophète que Moïse a annoncé, et quiconque ne l’écoute pas sera exterminé d’entre le peuple (vers. 22, 23). Sa voix retentit encore, en grâce spéciale, par la bouche de ses disciples ; tous les prophètes ont parlé de ces jours. Vous êtes, vous, les enfants des prophètes, les héritiers naturels des bénédictions que ceux-ci ont annoncées pour Israël, ainsi que des promesses faites à Abraham d’une semence en laquelle toutes les nations seront bénies ; à vous aussi, par conséquent, Dieu ayant suscité son serviteur Jésus (*), l’a envoyé pour vous bénir, en détournant chacun de vous de vos méchancetés (vers. 24-26).

(*) Ceci se rapporte au temps de sa vie sur la terre, bien que, sur son intercession, il y eût un renouvellement de grâce en témoignage à un Christ glorifié qui reviendrait s’ils se repentaient.

En un mot, le peuple est invité par Pierre à retourner à Dieu par la repentance, et à jouir de toutes les promesses faites à Israël : le Messie lui-même reviendrait du ciel pour faire jouir le peuple de la bénédiction. L’apôtre s’adresse à toute la nation comme aux héritiers naturels des promesses faites à Abraham.

4                    Chapitre 4

Mais, comme les apôtres parlaient au peuple, les sacrificateurs et le commandant du temple et les sadducéens viennent les arrêter, étant en grande peine de ce qu’ils prêchaient la résurrection que leur incrédulité et leur système dogmatique n’acceptaient pas. Les apôtres sont jetés en prison, car il était déjà tard. L’espérance d’Israël a été mise de côté ; la grâce de Dieu a parlé en vain, quelque grande, quelque patiente qu’elle fût. Cependant beaucoup d’entre ceux qui avaient ouï [entendu] la Parole, croient, et déjà cinq mille hommes confessent le Seigneur Jésus.

Nous avons vu le message que Dieu dans sa grâce envoyait à Israël par la bouche de Pierre. Nous allons voir maintenant, non seulement l’accueil qu’elle a reçu de la part des chefs du peuple, accueil déjà signalé, mais la réponse délibérée du coeur de ceux-ci, si coeur nous pouvons l’appeler. Le lendemain, les chefs, les anciens et les scribes, ainsi qu’Anne et ses parents, se rassemblent à Jérusalem ; et plaçant les apôtres devant l’assemblée, ils leur demandent par quelle puissance, et en quel nom, ils ont opéré ce miracle sur l’homme perclus (vers. 5-7). Pierre, rempli du Saint Esprit, déclare avec la plus grande promptitude et une entière hardiesse à tout Israël que c’était par Jésus, que la nation avait crucifié et que Dieu avait ressuscité, que cet homme avait été guéri. Voilà la question posée bien formellement entre Dieu et les chefs d’Israël, et cela par l’Esprit de Dieu. Jésus était la pierre rejetée par les bâtisseurs, qui est devenue la maîtresse pierre du coin ; le salut ne se trouvait nulle part ailleurs. Avec les adversaires et les chefs, l’apôtre n’use d’aucun ménagement ; il fait tout pour gagner le peuple ignorant et fourvoyé. Le sanhédrin reconnaît ceux qui sont devant lui pour avoir été les compagnons de Jésus. L’homme guéri était là ; que pouvaient-ils dire ou faire en face du peuple témoin du miracle ? Ils ne savent que montrer une volonté décidée contre le Seigneur et contre son témoignage, et fléchir devant l’opinion publique nécessaire à leur propre importance, et à laquelle ils n’osaient pas résister. Ils ordonnent aux apôtres de ne plus enseigner au nom de Jésus et leur font des menaces. On remarquera ici que Satan avait des instruments sadducéens rangés contre la doctrine de la résurrection, comme il avait eu dans les pharisiens, des instruments contre un Christ vivant. Il nous faut nous attendre à l’opposition systématique de Satan contre la vérité.

Or Pierre et Jean ne laissent aucune équivoque quant à leur marche : Dieu leur avait ordonné de prêcher Jésus, la défense prononcée par l’homme ne pouvait influer sur eux. «Nous ne pouvons pas, disent-ils, ne pas parler des choses que nous avons vues et entendues» (vers. 19, 20). Quelle position que celle dans laquelle les chefs du peuple se trouvent ici ! Un tel témoignage constate clairement que les conducteurs d’Israël sont déchus de la position d’interprètes de la volonté de Dieu. Les apôtres ne les attaquent pas ; Dieu les jugera : mais les apôtres agissent directement de la part de Dieu, et quant à l’oeuvre que Dieu leur a confiée, ne tiennent aucun compte de l’autorité de ces conducteurs d’Israël. Le témoignage de Dieu était avec les apôtres, et non avec les chefs du temple, et la présence de Dieu était dans l’Assemblée, et non dans le temple.

Pierre et Jean reviennent vers les leurs, car il y avait un peuple formé à part et se connaissant les uns les autres ; et tous, mus par le Saint Esprit (car c’était là, et non dans le temple, que Dieu habitait par son Esprit), ils élèvent leur voix au Dieu gouverneur de toutes choses, pour reconnaître que cette opposition des chefs n’était que l’accomplissement de la Parole, et des desseins et des intentions de Dieu en même temps. Les menaces dont ils étaient l’objet, n’étaient que l’occasion de demander que Dieu manifestât sa puissance en rapport avec le nom de Jésus. En un mot, le monde (y compris les Juifs qui en faisaient partie dans leur opposition) s’est élevé contre Jésus, serviteur de Dieu, et se montre opposé au témoignage qui lui est rendu. Le Saint Esprit est la force de ce témoignage, soit dans le courage qui se trouvait chez les témoins (vers. 8), soit dans sa propre présence au milieu de l’Assemblée (vers. 31), soit dans l’énergie du service (vers. 33), soit dans les fruits produits de nouveau au milieu des saints avec une énergie qui manifeste que l’Esprit dépasse dans les coeurs tous les motifs qui influent sur l’homme et les fait marcher par des motifs dont Lui est la source. C’est l’énergie de l’Esprit en présence de l’opposition, comme auparavant nous avons vu les fruits naturels de l’Esprit parmi ceux au milieu desquels il demeurait. De nouvelles personnes vendent leurs biens, et en placent le produit aux pieds des apôtres ; parmi elles un homme que l’Esprit de Dieu se plaît à distinguer, savoir Barnabas de l’île de Chypre.

En somme, le chapitre que nous venons de parcourir, constate d’un côté l’état des Juifs, le rejet qu’ils ont fait du témoignage qui leur a été adressé en grâce ; et de l’autre, la puissance du Saint Esprit, la présence de Dieu et Sa direction ailleurs, savoir au milieu des disciples. Ces trois chapitres (2 à 4) présentent la première formation de l’Assemblée et le précieux caractère que le Saint Esprit demeurant en elle lui imprime. Ils nous la présentent dans la fraîcheur de sa première beauté, telle que Dieu l’a formée, et comme son habitation.

5                    Chapitre 5

Hélas ! le mal se montre là aussi. Si le puissant Esprit de Dieu est dans l’Assemblée, la chair se trouve aussi en ceux qui la composent : on veut avoir le crédit que donne le dévouement produit par le Saint Esprit, et on veut l’avoir sans la foi en Dieu et sans le renoncement à soi-même, qui font toute la valeur de ce dévouement, toute sa vérité. Ce n’est là toutefois, qu’une nouvelle occasion pour manifester la puissance de l’Esprit de Dieu et la présence de Dieu au dedans de l’Assemblée comme rempart contre le mal, de même que le chapitre précédent avait montré son énergie au dehors et les fruits précieux de sa grâce. Quand on ne trouve pas le simple fruit et la puissance du bien, tels que nous les avons décrits plus haut, on trouve la puissance du bien contre le mal. L’état actuel de l’Assemblée comme un tout, n’est plus que la puissance du mal surmontant le bien. Dieu ne supporte pas le mal, là où Il demeure, même encore moins que là où Il ne demeure pas. Quelle que soit l’énergie du témoignage qu’il fait rendre envers ceux qui sont au dehors, Dieu use de toute patience jusqu’à ce qu’il n’y ait point de remède au dedans. Plus sa présence se réalise et se manifeste (et dans la proportion même dans laquelle cela se fait), plus Dieu se montre intolérant à l’égard du mal. Il ne peut pas en être autrement. Dieu juge au milieu des saints ; il y veut la sainteté, et cela dans la mesure de la manifestation de lui-même. Ananias et Sapphira, méconnaissant la présence du Saint Esprit dont ils prétendaient suivre l’impulsion, tombent morts devant le Dieu que dans leur aveuglement ils voulaient tromper en l’oubliant (vers. 1-10). Dieu était dans l’Assemblée.

Puissant quoique pénible témoignage rendu à sa présence ! La crainte pénètre dans les coeurs au dedans et au dehors. En effet, c’est une chose sérieuse que la présence de Dieu, quelle qu’en soit la bénédiction. L’effet de cette manifestation de la présence d’un Dieu demeurant avec les hommes qu’il reconnaissait comme siens, est très grand : des multitudes se joignent par la foi à la confession du nom du Seigneur, au moins d’entre le peuple, car les autres ne l’osaient pas. Plus la position dans laquelle on est placé dans le monde est élevée, plus on craint le monde qui nous y a placé. Aussi le témoignage rendu par les miracles à la puissance de Dieu agissant au milieu des disciples, se montre d’une manière encore plus frappante qu’auparavant, de sorte qu’on venait de loin pour en profiter. Les apôtres se tenaient constamment ensemble dans le portique de Salomon (vers. 12).

Mais hélas, ces manifestations de la puissance de Dieu se rattachaient aux disciples méprisés de Jésus et s’opéraient en dehors de l’ornière dans laquelle l’importance propre des principaux sacrificateurs des Juifs se trouvait nécessairement engagée. Le progrès que faisait ce qu’ils rejetaient et l’attention que les miracles attiraient sur les apôtres, excitent leur opposition et leur jalousie : ils jettent les apôtres en prison (vers. 17, 18). Dans ce monde le bien agit toujours en présence de la puissance du mal.

Une puissance autre que celle de l’Esprit dans l’Assemblée se montre ici. La providence de Dieu, veillant sur son oeuvre et s’exerçant par le ministère des anges, confond tous les plans des chefs incrédules d’Israël qui mettent les apôtres en prison : un ange de l’Éternel leur ouvre la prison et les envoie poursuivre leur tâche habituelle dans le temple. Les huissiers envoyés à la prison par le sanhédrin, la trouvent fermée et tout en bon ordre, mais les apôtres n’y sont point.

Pendant que les sacrificateurs se livrent à l’inquiétude produite par cette circonstance inattendue, on annonce au sanhédrin que les apôtres sont dans le temple, enseignant le peuple. Le sanhédrin, confondu et alarmé, les fait chercher, mais avec douceur, craignant le peuple ; car Dieu quand il veut rendre un témoignage tient la bride de tout jusqu’à ce que ce témoignage soit rendu. Le souverain sacrificateur interroge les apôtres, leur rappelant la prohibition qui leur avait été déjà faite (v. 27, 28). La réponse de Pierre est plus courte cette fois que la précédente, et annonce un parti pris, plutôt que l’intention de rendre un témoignage en raisonnant avec ceux qui ne voulaient pas écouter et qui se montraient adversaires. La substance de sa réponse est la même qu’auparavant : il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ; — opposés à Dieu, les chefs d’Israël n’étaient plus que des hommes ; et en les caractérisant ainsi tout était décidé, leur opposition à Dieu était évidente. Le Dieu de leurs pères avait suscité Jésus que les anciens d’Israël avaient crucifié ; les apôtres étaient ses témoins, ainsi que le Saint Esprit donné à ceux qui se soumettaient à lui. Tout était dit ; la position relative des chefs d’Israël et des témoins du Dieu d’Israël clairement annoncée. Pierre, au nom des apôtres, prend formellement de la part de Dieu, de Jésus, celle de témoin, en accord avec le Saint Esprit qui, comme sceau donné aux croyants, rendait témoignage au nom du Sauveur. Cependant il ne se trouve chez Pierre ni orgueil, ni volonté propre : il devait obéir à Dieu ; et il prend sa place en Israël encore — «Le Dieu de nos pères» dit-il ; — mais la place du témoignage pour Dieu en Israël. Le conseil de Gamaliel prévaut pour écarter les projets du sanhédrin (vers. 33 et 35), car Dieu a toujours ses instruments préparés, peut-être à notre insu, quand nous faisons Sa volonté ; cependant ils font battre les apôtres, leur défendent de prêcher, et les renvoient ; et ce fait que leurs persécuteurs n’ont su que faire, ne rend que plus évident que leur volonté était opposée aux voies de Dieu. Combien, au contraire, le chemin est simple quand on est envoyé de Dieu et que l’on a conscience de faire Sa volonté ! «Il faut obéir à Dieu».

L’objet de cette dernière partie du chapitre est de montrer que les soins providentiels que Dieu déployait, soit miraculeusement par le moyen des anges, soit en disposant des hommes pour accomplir ses desseins, s’exerçaient en faveur de l’Assemblée, de même que son Esprit y rendait témoignage et y manifestait sa puissance. Les apôtres, nullement effrayés, reviennent heureux d’être trouvés dignes de souffrir pour le nom de Jésus ; et chaque jour dans le temple et dans les maisons, ils ne cessaient de prêcher et d’annoncer la bonne nouvelle de Jésus, le Christ. Quelque faibles qu’ils fussent, Dieu lui-même maintient son témoignage.

6                    Chapitres 6 et 7

D’autres maux, hélas ! assaillent l’Assemblée ; à travers la puissance de l’Esprit, la chair commence à poindre à l’égard des circonstances contradictoires des disciples et dans les choses même dans lesquelles la grâce s’était particulièrement manifestée, mais du côté où ces choses étaient en rapport avec la chair. Les Hellénistes (Juifs nés dans des contrées grecques ou païennes), murmuraient contre les Hébreux (natifs de Judée) parce que les veuves de ceux-ci étaient, à ce qu’ils prétendaient, favorisées dans la distribution qu’on faisait des biens donnés à l’assemblée par ses membres. Mais ici la sagesse donnée par l’Esprit fait face à la difficulté, en profitant de l’occasion pour donner un développement à l’oeuvre selon les besoins qui naissaient : sept personnes sont nommées pour entreprendre cette oeuvre, car les apôtres ne voulaient pas abandonner leur propre oeuvre pour cela. Nous trouvons aussi, dans les cas de Philippe et d’Étienne, la vérité de ce que dit Paul : «Ceux qui ont bien servi acquièrent un bon degré pour eux et une grande hardiesse dans la foi qui est dans le Christ Jésus» (1 Tim. 3:13).

Remarquez ici que les apôtres, dans leur oeuvre, mettent la prière avant la prédication ; le combat des ouvriers du Seigneur avec la puissance du mal, se livrait tout particulièrement dans ces exercices secrets ; leur réalisation de la puissance de Dieu s’y opérait aussi pour la force et pour la sagesse qui leur étaient nécessaires : afin qu’ils pussent agir directement de la part de Dieu, il fallait que la grâce et l’onction fussent entretenues dans leurs coeurs.

Remarquez aussi la grâce qui, sous l’influence du Saint Esprit de Dieu, se décèle dans cette affaire. Tous les noms des personnes chargées du soin des veuves sont des noms hellénistes.

L’influence de la Parole s’étendait, et beaucoup de sacrificateurs se soumettaient à la foi. Ainsi, jusqu’à présent l’opposition du dehors et le mal qui s’était trouvé au dedans, n’ont fait que fournir une occasion au progrès de l’oeuvre, par la manifestation de la présence de Dieu au milieu de l’Assemblée. Remarquez bien ce fait. Ce n’est pas seulement que l’Esprit fasse du bien par son témoignage ; mais, quoique le mal soit là, dehors et dedans, là où la puissance de l’Esprit se déploie le mal ne fait que rendre témoignage à l’efficace de la présence de l’Esprit divin. Il y avait du mal, mais il y avait de la puissance pour s’y opposer. Toutefois cela montrait que même le pain de la Pentecôte contenait du levain.

La puissance de l’Esprit se fait sentir particulièrement en Étienne, homme plein de grâce et de puissance. Les Juifs hellénistes s’opposent à lui et, ne pouvant pas lui répondre, l’accusent devant le sanhédrin, lui imputant, en particulier, d’annoncer la destruction du temple et de la ville au nom de Jésus, ainsi que le changement des coutumes de la loi. Ici, remarquez-le, nous voyons la libre puissance du Saint Esprit sans que d’autres, comme les apôtres établis par Christ lui-même, envoient dans l’oeuvre ; ce n’est pas l’autorité dans les apôtres, ni dans les Juifs de Palestine. L’Esprit distribue à qui il veut : c’est l’Helléniste pieux et dévoué qui rend le dernier témoignage aux chefs de la nation. Si, d’une part, des sacrificateurs croient, d’autre part, des Juifs ayant leur origine hors de Judée rendent témoignage et fraient le chemin à un témoignage plus étendu encore, mais en même temps au rejet définitif des Juifs, envisagés moralement comme base et centre du témoignage et du rassemblement divin qui s’accomplissait dans le monde. Jusqu’ici Jérusalem était le centre du témoignage et du rassemblement. Pierre avait rendu témoignage à un Christ glorieux, promettant qu’Il reviendrait s’ils se repentaient, et ils avaient réduit ce témoignage au silence. Maintenant le jugement est porté sur eux par l’Esprit, par la bouche d’Étienne, et ils se montrent ouvertement les adversaires de ce témoignage. Ce ne sont pas les apôtres qui, en vertu d’une autorité officielle, rompent avec Jérusalem : la libre action du Saint Esprit anticipe une rupture qui n’a pas même eu lieu de manière à faire partie du récit scripturaire. Le fait s’accomplit par la puissance de Dieu. Le transport dans le ciel du témoin suscité par l’Esprit pour dénoncer les Juifs comme adversaires et leur proclamer leur déchéance, a placé le centre de rassemblement, selon l’Esprit, dans le ciel, dans le ciel où le fidèle témoin qui était rempli de cet Esprit est monté. Déjà sur la terre il avait l’apparence d’un ange aux yeux du sanhédrin qui le jugeait (chap. 6:15) ; mais l’endurcissement de leurs coeurs ne permettait pas que ses meurtriers s’arrêtassent dans le chemin de leur hostilité contre le témoignage rendu à Christ, témoignage qui ressort ici tout particulièrement comme étant le témoignage du Saint Esprit.

Étienne (*) n’avait pas, que nous sachions, connu Jésus pendant sa vie d’ici-bas ; certainement il n’avait pas été établi, comme les apôtres, pour être témoin de cette vie ; il était simplement l’organe du Saint Esprit qui distribue ses dons comme il veut.

(*) Étienne est l’expression de la puissance du Saint Esprit pour rendre témoignage à Christ glorifié, présenté maintenant sous ce caractère à Israël qui l’avait déjà rejeté dans son humiliation. Depuis la chute d’Adam jusqu’au déluge, quoique Dieu ne laissât pas l’homme sans témoignage, ce dernier était de fait abandonné à lui-même. Il n’y avait à son égard ni voies, ni institutions spéciales de Dieu. Le résultat fut le déluge destiné pour ainsi dire, à purifier la terre de son horrible corruption et de sa violence. Le monde, renouvelé par le déluge, devint le théâtre où Dieu commença à manifester ses voies envers l’homme. Avec Noé le gouvernement fut établi ; mais Abraham fut l’objet de l’appel de Dieu par l’élection de grâce et les promesses lui furent données quand le monde s’était tourné vers les démons. Avec Abraham commença l’histoire du peuple de Dieu, mais la question de la justice n’était pas encore posée. Elle le fut par la loi qui réclamait la justice de l’homme. Ensuite les prophètes vinrent rendre témoignage à la patiente grâce de Dieu. Enfin le Fils fut envoyé, dernier appel de Dieu à porter du fruit et dernier témoignage de Sa grâce. Il était maintenant rejeté et à la suite de l’intercession de Christ, le Saint Esprit avait rendu témoignage à Sa gloire par l’apôtre Pierre (chap. 3) pour amener le peuple à la repentance. Maintenant, par la bouche d’Étienne, le Saint Esprit s’occupait de leur attitude vis-à-vis de la gloire de Christ.

Étienne trace l’histoire des Juifs depuis le commencement des voies de Dieu, c’est-à-dire depuis Abraham, qui est appelé par la révélation du Dieu de gloire, et qui, lent à obéir, il est vrai, est enfin conduit en Canaan par la patiente grâce de Dieu. Cependant Abraham était étranger dans la terre de la promesse ; et il lui fut annoncé que l’esclavage serait le partage de ses descendants jusqu’à ce que Dieu intervînt en grâce (chap. 7:5 et suivants). Le partage du bienheureux patriarche n’était donc pas d’être en possession des promesses, mais d’être étranger ; et le sort de ses descendants, celui d’être captifs jusqu’à ce que Dieu les délivrât à main forte. Rien n’est plus frappant que la calme supériorité aux circonstances déployée par Étienne. Il récite aux Juifs une histoire qu’ils ne pouvaient nier, une histoire dont ils se glorifiaient, mais qui les condamnait entièrement. Ils faisaient comme avaient fait leurs pères (v. 51).

Mais deux personnages se détachent du récit d’Étienne en rapport avec la bonté de Dieu envers Israël à cette époque reculée, savoir Joseph et Moïse. Israël les avait rejetés tous les deux ; il avait livré Joseph aux Gentils, rejeté Moïse comme chef et juge : c’était l’histoire du Christ qui, de fait, sera dans le temps ordonné de Dieu, le Rédempteur d’Israël. Voilà le fond du raisonnement d’Étienne, mais il y a deux autres éléments dans son discours. Les Juifs avaient toujours rejeté le témoignage du Saint Esprit dans les prophètes qui avaient parlé du Christ, lequel ils avaient maintenant trahi et tué. En outre, selon Moïse, ils avaient adoré les faux dieux depuis l’époque même de leur sortie d’Égypte, et cette faute, quelle qu’ait été la patience de Dieu, devait les faire transporter, maintenant qu’ils avaient mis le comble à leur iniquité, plus loin que Babylone qui avait été déjà le lieu de leur punition (*). C’est un résumé des plus frappants de toute leur histoire : l’histoire de l’homme auquel Dieu fournit tous les moyens de restauration. La pleine mesure de sa culpabilité est donnée. Le peuple avait reçu la loi et ne l’avait pas gardée ; il avait rejeté les prophètes qui avaient rendu témoignage à Christ ; il avait trahi et tué Christ lui-même. Ces hommes résistaient toujours au Saint Esprit. Ce en quoi ils mettaient leur confiance, le temple, Dieu le rejetait. Dieu lui-même avait été comme étranger dans la terre de Canaan, et si Salomon lui avait bâti une maison, c’était pour que le Saint Esprit déclarât, comme il l’avait déjà fait par la bouche du prophète, que le ciel était le trône de Dieu et la terre son marchepied : Dieu dont la domination s’étendait partout, ne voulait pas demeurer dans des maisons de pierre, oeuvres de ses mains. Or, l’histoire des Juifs se résume ici dans une sentence qui ainsi se lie aux derniers jours de ce peuple et au jugement exécuté contre lui : ils résistaient toujours au Saint Esprit, comme ils avaient toujours désobéi à la loi (chap. 7:51-53).

(*) Remarquez ici que, quelque longue qu’ait été la patience de Dieu, la repentance n’en étant pas le résultat, la première faute, le premier départ loin de Dieu porte sa peine à la fin.

Le Judaïsme était jugé ; la longue patience de Dieu et toutes ses voies de grâce envers l’homme étaient épuisées ; car Israël c’est l’homme sous le gouvernement spécial et les soins de Dieu. Maintenant sa culpabilité n’est pas seulement le péché, mais le péché en dépit de tout ce que Dieu a fait pour l’homme. C’est le point culminant de son histoire. La loi, les prophètes, Christ, le Saint Esprit, tout a été tenté, et l’homme est resté l’ennemi de Dieu. La croix avait déjà réellement prouvé cela, mais ce nouveau fait y ajoutait la réjection du témoignage rendu par le Saint Esprit à un Christ glorifié. C’en était fait de l’homme ; tout recommençait avec le second Homme, dans ses rapports permanents avec le ciel.

Convaincus dans leur conscience et endurcis de coeur, les membres du sanhédrin avaient l’esprit plein de rage, ils grinçaient les dents contre Étienne. Mais si Étienne devait rendre ce témoignage définitif contre Israël, il ne devait pas tant rendre témoignage, que placer le témoignage dans sa vraie position par une expression vivante de la position du croyant en vertu de la présence du Saint Esprit ici-bas demeurant en lui. Dans l’histoire des Juifs nous voyons l’homme résistant toujours à l’Esprit Saint ; dans celle d’Étienne, un homme rempli de l’Esprit comme conséquence de la rédemption.

Voici les éléments de cette touchante et remarquable scène qui fait époque dans l’histoire de l’Église. Les chefs d’Israël sont à grincer les dents de rage contre le témoignage puissant et convaincant de l’Esprit dont Étienne était rempli. Ils avaient rejeté un Christ glorifié, comme ils avaient mis à mort un Christ humilié. Nous allons voir quels ont été les effets de la présence de l’Esprit pour Étienne. Il a les yeux attachés sur le ciel, maintenant pleinement ouvert à la foi. C’est vers le ciel que l’Esprit dirige les pensées, en les rendant capables de s’y fixer. L’Esprit révèle à celui qui est ainsi rempli de Lui, la gloire de Dieu, en haut dans le ciel, et Jésus dans cette gloire, à la droite de Dieu, c’est-à-dire, au siège de la puissance, comme Fils de l’homme, dans une position beaucoup plus élevée qu’au Psaume 2, celle du Psaume 8, quoique toutes choses ne soient pas encore mises sous ses pieds (comp. Jean 1:50, 52). Ensuite l’Esprit donne la force pour le témoignage en présence de la puissance de Satan, meurtrier dès le commencement.

«Je vois», dit Étienne, «le ciel ouvert». Telle est donc la position du vrai croyant, une position céleste sur la terre, en présence du monde qui a rejeté le Christ, du monde meurtrier. Le croyant, vivant dans la mort, pénètre, par la puissance de l’Esprit, dans le ciel, et voit le Fils de l’homme à la droite de Dieu. Étienne ne dit pas : «Je vois Jésus» ; l’Esprit le caractérise comme Fils de l’homme. Précieux témoignage pour l’homme ! Ce n’est pas à la gloire de Dieu qu’Étienne rend témoignage (cette gloire était naturelle au ciel), mais au Fils de l’homme dans la gloire, le ciel étant ouvert pour Étienne. Ensuite il dit : «Seigneur Jésus, reçois mon esprit». Il rend ainsi un témoignage complet à l’état de l’âme du croyant, après la mort, avec un Christ glorifié et il en est le premier exemple.

Pour ce qui concerne le progrès que fait le témoignage, le sujet de ce témoignage n’est plus maintenant que Jésus est le Messie et qu’il reviendra si le peuple se repent (ce qui d’ailleurs ne cesse pas d’être vrai) ; le sujet du témoignage est maintenant le Fils de l’homme, dans le ciel ouvert à l’homme rempli du Saint Esprit — dans ce ciel, objet de l’espérance et du témoignage de ceux qui appartiennent à Dieu, et dans lequel il va transporter l’âme des siens. La patience de Dieu agissait sans doute encore en Israël, mais le Saint Esprit ouvrait de nouvelles scènes et de nouvelles espérances devant le croyant (*). Mais remarquez qu’Étienne, comme conséquence du fait qu’il voit Jésus dans le ciel, ressemble parfaitement à Jésus sur la terre, — fait bien précieux pour nous en grâce ; sauf que, dans tous les cas, la gloire de sa personne est maintenue avec le plus grand soin. Jésus, quoique le ciel lui fût ouvert, était Lui-même l’objet de la contemplation du ciel, publiquement reconnu et scellé par le Père. Jésus n’avait pas besoin d’une vision qui présentât un objet à sa foi, et cette vision ne produisait chez lui aucune transformation à la même image, par la révélation de la gloire. Mais le : «Père, entre tes mains je remets mon esprit», se retrouve dans les paroles d’Étienne : «Seigneur Jésus, reçois mon esprit» ; et l’affection pour Israël qui s’exprime dans ces paroles du Sauveur : «Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font», se retrouve dans celles d’Étienne : «Seigneur, ne leur impute pas ce péché», sauf que maintenant le Saint Esprit n’affirme pas qu’ils sont ignorants. Remarquez encore (et cela fait ressortir davantage la position spéciale d’Étienne comme vase du témoignage du Saint Esprit, lorsque ce témoignage était définitivement rejeté par Israël, ainsi que le caractère divin et la personne de Jésus, même là où son disciple lui ressemble le plus) que le ciel s’est ouvert à Jésus, que le Saint Esprit est descendu sur Lui et qu’il a été reconnu fils de Dieu. Ensuite le ciel est ouvert sur Lui et les anges montent et descendent sur le Fils de l’homme, seulement il n’y a pas eu d’objet présenté à Jésus ; il est lui-même l’objet des regards du ciel. Le ciel s’ouvrira à la fin du siècle, et Jésus lui-même sortira sur le cheval blanc, c’est-à-dire en jugement et en triomphe. Ici, le ciel est ouvert, mais c’est au disciple du Seigneur, et le chrétien rempli du Saint Esprit voit dans le ciel ; là il contemple Jésus à la droite de Dieu. Jésus est toujours l’objet présenté, d’abord au ciel, ensuite à l’homme croyant rempli du Saint Esprit, de sorte que, quant à l’objet de la foi et à la position du croyant, la scène qui est devant nous est définitivement caractéristique. Jésus n’a pas d’objet, mais est l’objet du ciel quand il s’ouvre ; le croyant a un objet, et c’est Jésus Lui-même dans le ciel, quand il est ouvert. Rejeté, et rejeté par les Juifs comme Jésus, partageant les souffrances du Sauveur et rempli de son Esprit de grâce, les regards du bienheureux martyr sont fixés sur le ciel que le Saint Esprit lui ouvre, et il voit là le Fils de l’homme, prêt à recevoir son esprit. Le témoignage de ce qui reste à révéler des conseils de Dieu viendra plus tard. Mais déjà nous voyons que ce n’est pas Jésus seulement que le ciel doit recevoir jusqu’au temps du rétablissement des choses dont les prophètes ont parlé, mais que le ciel doit recevoir aussi les âmes des siens jusqu’au moment de la résurrection, ainsi que toute l’Église elle-même, en esprit détachée du monde qui a rejeté le Sauveur et du Judaïsme qui s’oppose au témoignage du Saint Esprit. Le Judaïsme n’est plus reconnu du tout, ne laisse plus de lieu à la patience de Dieu. Il est remplacé par le ciel et par l’Église qui, en tant qu’elle est fidèle, suit son Maître dans le ciel, en Esprit, en attendant son retour. Paul assistait à la mort du témoin du Seigneur et y consentait (**).

(*) Le Saint Esprit ouvre le ciel à nos regards et nous rend capables de les fixer sur ce qui s’y trouve ; il nous forme sur la terre d’après le caractère de Jésus. Quant au changement qui s’opérait dans le progrès des voies de Dieu, c’était, il me semble, la réalisation par l’Esprit de l’effet du déchirement du voile. Jésus est encore debout, parce que jusqu’au rejet du témoignage de l’Esprit par Israël, il ne s’asseyait pas définitivement pour attendre l’époque du jugement de ses ennemis ; il restait plutôt dans la position de souverain sacrificateur debout devant Dieu, le croyant entrant avec Lui par l’Esprit au dedans du voile, et l’âme l’ayant rejoint là-haut ; car maintenant par le sang de Christ, par ce chemin nouveau et vivant, l’âme pouvait entrer au dedans du voile. D’un autre côté, les Juifs ayant fait à l’égard du témoignage du Saint Esprit ce qu’ils avaient fait à l’égard de Jésus, ayant pour ainsi dire, dans la personne d’Étienne, envoyé un message après Jésus pour dire : «Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous» (Luc 19:14), le Christ prend sa place définitivement, comme assis dans le ciel jusqu’à ce qu’il juge les ennemis qui n’ont pas voulu qu’il régnât sur eux. C’est dans cette dernière position qu’il est envisagé dans l’épître aux Hébreux. Dans cette épître, par conséquent, les Hébreux qui croyaient, sont exhortés à sortir du camp d’Israël, en suivant la victime dont le sang était porté dans le sanctuaire, anticipant ainsi le jugement qui est tombé médiatement sur Jérusalem par le moyen des Romains pour mettre la nation de côté, comme ce jugement sera exécuté finalement par Jésus lui-même. La position d’Étienne ressemble, par conséquent, à celle de Jésus : son témoignage étant celui que l’Esprit rend à Jésus glorifié. Ceci rend le grand principe de l’épître aux Hébreux très clair.

La doctrine de l’Église annoncée par Paul, après la révélation sur le chemin de Damas, va plus loin : elle déclare l’union des chrétiens avec Jésus dans le ciel, et non pas seulement leur entrée dans le lieu saint à travers le voile déchiré, ce lieu où le souverain sacrificateur seul entrait auparavant au dedans du voile qui cachait Dieu au peuple.

(**) On peut remarquer ici que le sanctuaire, pour m’exprimer ainsi, est ouvert maintenant à tous les fidèles. Par la mort de Christ, le voile a bien été déchiré, mais la grâce de Dieu agissait encore envers les Juifs comme tels et leur proposait le retour de Jésus sur la terre, c’est-â-dire, en dehors du voile, dans le cas où ils se repentiraient ; en sorte que la bénédiction et les temps de rafraîchissement par la venue de Jésus annoncés par les prophètes, auraient été sur la terre. Maintenant l’objet présenté à ceux qui avaient des oreilles pour écouter, n’est plus un Messie fils de David mais un Fils de l’homme dans le ciel : et par le Saint Esprit ici-bas, le ciel ouvert est vu et connu et le grand souverain sacrificateur, qui se tient debout à la droite de Dieu, n’est pas caché au dedans d’un voile. Tout est ouvert au fidèle, qui maintenant voit la gloire et Celui qui y est entré pour les siens. C’est pour cette raison, il me semble, que Jésus est vu debout. Il n’avait pas définitivement pris sa place comme assis sur le trône céleste jusqu’à ce que le témoignage à Son exaltation, rendu à Israël par le Saint Esprit, eût été définitivement rejeté sur la terre. Le libre témoignage de l’Esprit qui se développe ici et par la suite, est d’un grand intérêt, sans toucher, ainsi que nous le verrons, à l’autorité apostolique exercée dans la place que Dieu lui avait donnée. Quant aux Juifs, tant que le Souverain Sacrificateur n’est pas sorti du sanctuaire, ils ne peuvent savoir que son oeuvre pour la nation est acceptée ; au jour des expiations ils devaient attendre sa sortie pour le savoir. Mais pour nous le Saint Esprit est sorti, tandis que le Seigneur est encore caché, et nous le savons.

Ici se termine la première phase de l’Église de Dieu, son histoire en rapport direct avec les Juifs et Jérusalem, comme centre auquel se rapportait le travail des apôtres, «à commencer par Jérusalem», s’accomplissant pourtant dans un Résidu croyant, au sein duquel Israël est invité à entrer, comme objet, en tant que peuple, de l’amour et des soins de Dieu — invitation qu’ils ont refusée. Quelques faits accessoires suivent, qui élargissent la sphère de l’oeuvre et conservent l’unité de l’ensemble, avant la révélation formelle de la vocation des Gentils proprement dits, comme tels, et celle de l’Église «un seul corps», oeuvre qui s’est accomplie indépendamment de Jérusalem et en dehors de la terre. Ces faits que la Parole nous présente maintenant, sont le travail de Philippe, la conversion de Samarie, celles de l’Éthiopien et de Corneille, avec la vision de Pierre qui a lieu après la vocation de Saul, admis lui-même par un Juif estimé de sa nation comme telle ; ce sont encore les travaux de Pierre dans tout le pays de Canaan, et enfin les rapports établis entre les apôtres à Jérusalem et les Gentils convertis à Antioche. Nous avons ici également l’opposition d’Hérode, le faux roi des Juifs, et les soins que Dieu prend encore de Pierre, puis le jugement de Dieu sur le roi. Ensuite vient l’oeuvre directe au milieu des Gentils ; cette oeuvre a Antioche pour point de départ, déjà préparée par la conversion de Saul, par des moyens et avec une révélation toute particulière. Suivons les détails de ces chapitres.

 

7                    Chapitre 8

À la suite de la mort d’Étienne, la persécution éclate. La victoire extérieure, remportée ainsi par une haine à laquelle la providence de Dieu permettait d’accomplir pleinement cet acte de violence et de meurtre, ouvre l’écluse à la rage des chefs des Juifs, ennemis de l’Évangile. La barrière qui les retenait une fois rompue, les flots de la passion débordent partout. L’homme est retenu habituellement par un peu de conscience, par des habitudes, par une certaine idée des droits des autres ; mais la digue une fois rompue, la haine (l’esprit de meurtre dans le coeur) s’assouvit, Dieu le permettant, dans des actes qui montrent ce que c’est que l’homme laissé à lui-même. Mais cette haine accomplit la volonté de Dieu, à laquelle autrement, peut-être, l’homme aurait fait défaut, et qu’il n’aurait pas même pu ou dû faire à quelques égards, c’est-à-dire la volonté de Dieu en jugement souverain. La dispersion de l’Assemblée était le jugement d’Israël, jugement que les disciples eux-mêmes auraient eu de la peine à accepter et à mettre à exécution comme faisant suite à la communication d’une lumière plus grande. Quelles que soient les bénédictions et l’énergie dans la sphère où l’Esprit de Dieu agit, les voies de Dieu en dirigeant tout, sont entre ses mains.

Toute l’Assemblée donc est dispersée, sauf les apôtres ; et encore à l’égard de ceux-ci la question est de savoir s’ils ont bien fait de rester à Jérusalem et si une foi plus simple ne les en aurait pas éloignés, et n’aurait pas épargné à l’Église bien des combats et des difficultés, qui se rattachaient au fait que Jérusalem restait un centre d’autorité (*). Le Seigneur avait dit même aux apôtres, en vue d’Israël : «Quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans l’autre» ; et après sa résurrection il leur avait ordonné d’aller et de faire disciples toutes les nations. Nous n’assistons pas à l’exécution de cette mission dans l’histoire des Actes et dans l’oeuvre parmi les Gentils, et comme nous le voyons en Gal. 2, à la suite d’une entente spéciale avec les apôtres à Jérusalem, elle tomba entre les mains de Paul et fut placée sur un pied tout nouveau. La Parole ne nous dit rien de l’accomplissement de cette mission des douze envers les Gentils. Dieu est puissant en Pierre envers la circoncision, et en Paul envers les Gentils (voyez Gal. 2:8). On peut dire que les douze n’ont pas été persécutés : cela est possible, et je ne décide rien sur ce point ; mais il est certain que les passages où le Seigneur parle de la mission des douze auprès des Gentils n’ont pas d’accomplissement dans l’histoire biblique et qu’un autre arrangement a eu lieu, qu’un autre ordre de choses a surgi et a remplacé ce que le Seigneur avait d’abord prescrit ; il est certain aussi que les préjugés juifs ont eu de fait, à la suite de cela, une influence à laquelle Pierre lui-même a eu une peine inouïe à se soustraire.

(*) Ceci n’empêche nullement la manifestation de la souveraine sagesse de Dieu. Le développement de la doctrine de l’Église, une, corps de Christ, telle qu’elle se trouve enseignée par Paul, appelé en dehors du judaïsme par la révélation d’un Christ céleste, n’a été que d’autant plus parfait et sans mélange. Mais ces voies de souveraine sagesse en Dieu ne changent en rien la responsabilité de l’homme non plus. L’unité extérieure de l’Église a été conservée par le maintien des rapports entre les autres lieux et Jérusalem, jusqu’à ce que l’oeuvre au milieu des Gentils en dehors du judaïsme ait rendu ces rapports extrêmement difficiles et précaires. La grâce et la sagesse de Dieu, cependant, n’en ont été que d’autant plus évidentes.

Ceux qui furent dispersés prêchaient partout la Parole ; toutefois, jusqu’à ce que quelques-uns d’entre eux soient arrivés à Antioche, ils se sont adressés seulement aux Juifs (11:19).

Philippe cependant descend en Samarie, et leur prêche Christ en opérant des miracles (vers. 5 et suivants). Tous lui prêtent attention et sont baptisés, même celui qui jusqu’alors les avait ensorcelés par sa magie, en sorte qu’ils le disaient «la grande puissance de Dieu». Lui aussi se soumet à une puissance qui faisait pâlir ses merveilles mensongères, puissance qui le convainquait d’autant plus de sa réalité, qu’il avait conscience de la fausseté de ses propres prétentions. Les apôtres ne font aucune difficulté à l’égard de la Samarie ; ils y envoient Pierre et Jean qui «leur imposèrent les mains, et ils reçurent le Saint Esprit» ; l’histoire de Jésus a dû éclairer les apôtres à cet égard : les Samaritains, au reste, n’étaient pas des Gentils. Toutefois, c’est un évangéliste Helléniste qui a travaillé dans ce pays.

Une nouvelle vérité ressort ici, en rapport avec les progrès réguliers de l’Assemblée, savoir, que les apôtres conféraient le Saint Esprit par la prière et l’imposition des mains : fait bien important dans l’histoire des voies de Dieu (vers. 14-19). Du reste, la Samarie était une conquête que toute l’énergie du judaïsme n’avait jamais pu faire : sa conversion était un nouveau et éclatant triomphe pour l’Évangile. C’est à l’Église qu’il appartenait de subjuguer le monde sous le rapport spirituel : Jérusalem était laissée de côté ; à ce point de vue, son temps était fini.

La présence du Saint Esprit agissant en Pierre, garde encore l’Assemblée de l’entrée des hypocrites, instruments de Satan. Ce grand et puissant fait — la présence de Dieu au sein de l’Assemblée et la manifestation de cette présence en elle, mettait en évidence un état moral que les circonstances avaient caché. Entraîné par la force du courant, Simon s’était soumis par son intelligence à l’autorité de Jésus dont le nom était glorifié par le ministère de Philippe ; mais le véritable état de son coeur, le désir de sa propre gloire, l’opposition complète entre son état moral et tout principe, toute lumière de Dieu, se trahit en présence du fait qu’un homme peut conférer la puissance dont il a vu les effets. Il veut acheter ce pouvoir avec de l’argent. C’est ainsi que l’incrédulité de l’homme, qui paraît avoir reçu la révélation de Dieu et qui a été extérieurement convaincu de la vérité, se trahit par quelque chose de si grossièrement éloigné de Dieu pour celui qui a l’Esprit, que le vrai caractère en est manifesté même à un enfant enseigné de Dieu lui-même.

Ainsi la Samarie, où l’oeuvre était le fruit de l’action indépendante dont nous avons parlé, est mise en rapport avec l’ancien centre de l’oeuvre qui était à Jérusalem, où les apôtres se trouvaient encore. Mais déjà le fait que l’Esprit avait été accordé aux Samaritains, était un pas immense dans le développement de l’Église. Les Samaritains étaient sans doute circoncis et reconnaissaient la loi, quoique le temple eût perdu son importance dans une certaine mesure. Le corps des fidèles avait pris de la consistance ; et en tant que ceux-ci tenaient encore à Jérusalem, c’était un gain positif, car en recevant l’Évangile, la Samarie entrait en relation avec son ancienne rivale et se soumettait à elle : elle le faisait même autant que les apôtres se trouvaient eux-mêmes en rapport avec elle. Les apôtres, dans ce temps de persécution, n’allaient probablement pas au temple. Dieu leur a ouvert une large porte au dehors, et ainsi les a abondamment dédommagés dans leur oeuvre (car l’énergie de l’Esprit était au milieu d’eux) du succès qu’avaient eu les chefs d’Israël en arrêtant cette oeuvre à Jérusalem.

En somme, ce qui est présenté ici, c’est la libre énergie de l’Esprit s’exerçant en d’autres que les apôtres, et hors de Jérusalem qui avait rejeté de son sein cette action et cette énergie ; on trouve en même temps ici le maintien des rapports des nouveaux convertis avec les apôtres et Jérusalem par l’action centrale de ceux-ci et l’autorité et la puissance dont ils étaient revêtus.

Ayant accompli leur oeuvre et évangélisé eux-mêmes plusieurs bourgades des Samaritains, Pierre et Jean, les deux apôtres qui ont été envoyés en Samarie s’en retournent à Jérusalem (vers. 25) : l’oeuvre continue au dehors et par d’autres moyens.

Philippe qui nous présente le caractère de cette prompte obéissance en simplicité de coeur, et qui ne questionne pas, est appelé à quitter la belle oeuvre à laquelle toute son importance personnelle se serait rattachée, s’il l’eût recherchée, et un lieu où le respect et l’affection l’entouraient. «Lève-toi, et va vers le midi», lui dit l’ange du Seigneur, «sur le chemin qui descend de Jérusalem à Gaza» (vers. 26). Or, ce lieu était un désert ; la prompte obéissance de Philippe ne pense pas à la différence qu’il y a entre la Samarie et Gaza, mais à la volonté du Seigneur ; et il s’en va. L’Évangile s’étend maintenant aux prosélytes d’entre les Gentils et fait son chemin jusqu’au fond de l’Abyssinie. Le trésorier de la reine Candace est admis parmi les disciples du Seigneur par le baptême qui scellait sa foi au témoignage du prophète Ésaïe ; et il s’en va se réjouissant en un salut que d’un pays lointain il était venu chercher avec peine à Jérusalem, dans les devoirs et les cérémonies légales, mais avec la foi à la parole de Dieu. Beau tableau de la grâce de l’Évangile ! Cet homme porte avec lui et chez lui ce que la grâce lui avait fourni dans le désert ; il emporte ce que son pénible voyage à Jérusalem ne lui avait pas procuré. Les pauvres Juifs qui avaient repoussé l’Évangile qui leur avait été présenté à Jérusalem, sont en dehors de tout. L’Esprit du Seigneur enlève Philippe qui est trouvé à Azot (versets 39, 40) ; car toute la puissance de Dieu est au service du Fils de l’homme pour l’accomplissement du témoignage de Sa gloire. Philippe évangélise les villes jusqu’à Césarée.

Une oeuvre et un ouvrier d’un autre caractère commencent à se montrer maintenant sur la scène.

8                    Chapitres  9  à  11:18

Nous avons vu l’opposition acharnée des chefs d’Israël contre le témoignage du Saint Esprit, leur obstination à repousser la grâce patiente de Dieu. Israël rejetait tout le travail du Dieu de grâce en sa faveur. Saul se fait l’apôtre de la haine des Juifs contre les disciples de Jésus, contre les serviteurs de Dieu : non content de les rechercher à Jérusalem, il demande des lettres du souverain sacrificateur pour aller les arrêter dans les villes étrangères. Lorsque Israël est en pleine opposition contre Dieu, Saul est l’ardent missionnaire de sa méchanceté ; par ignorance, sans doute, mais l’esclave volontaire de ses préjugés judaïques.

Or, occupé ainsi à poursuivre les disciples du Seigneur, Saul approche de Damas. Là, en pleine carrière d’une volonté non brisée, le Seigneur Jésus l’arrête : une lumière venant du ciel brille autour de Saul, l’enveloppe de sa gloire resplendissante. Tombé par terre, il entend une voix qui lui dit : «Saul, Saul ! pourquoi me persécutes-tu ?» (vers. 4). La gloire qui l’avait jeté à terre, accompagnée qu’elle était par cette voix, ne laissait aucune incertitude dans l’esprit de Saul à l’égard de la source de la solennelle communication qui lui était faite : elle était revêtue pour lui de l’autorité de Dieu. Sa volonté brisée, son orgueil terrassé, son esprit soumis, il demande : «Qui es-tu Seigneur ?» L’autorité de Celui qui parlait ne pouvait être mise en question ; son coeur se soumet à cette autorité ; or le personnage glorieux d’où elle émanait était Jésus. La carrière de la volonté propre de Saul était terminée pour toujours. De plus, non seulement il faisait la découverte que le Seigneur de gloire qui lui apparaissait était Jésus lui-même, mais que ce Jésus reconnaissait les pauvres disciples que Saul voulait mener prisonniers à Jérusalem, comme étant Lui-même : «Je suis Jésus que tu persécutes».

Que de choses se révélaient dans ce peu de mots ! Le Seigneur de gloire déclare que c’est lui qui est le Jésus que Saul persécutait, et que ses disciples étaient un avec lui. Les Juifs étaient en pleine guerre contre le Seigneur lui-même : tout le système qu’ils soutenaient, toute la loi, toute leur autorité officielle, toutes les ordonnances de Dieu, ne les avaient pas empêchés d’être en guerre ouverte contre le Seigneur ; Saul lui-même, armé de leur autorité, était occupé à détruire le nom et le peuple du Seigneur de dessus la terre. Terrible découverte qui bouleversait l’âme de Saul de fond en comble, révélation toute puissante dans ses effets, ne laissant pas un élément moral de l’âme de cet homme énergique subsister devant sa force. Modifier ses vues précédentes était inutile ; son zèle pour le judaïsme était du zèle contre le Seigneur. Sa conscience n’avait fait qu’alimenter ce zèle. Les autorités établies de Dieu, ces autorités que couvrait l’auréole des siècles et dont la dignité était rehaussée par les malheurs d’Israël qui n’avait plus rien que sa religion, ces autorités n’avaient fait que sanctionner et favoriser les efforts de Saul contre le Seigneur. Ce Jésus qu’elles rejetaient était le Seigneur. Le témoignage qu’elles cherchaient à supprimer était son témoignage. Quel changement pour Saul ! Quelle nouvelle position aussi prenait l’oeuvre elle-même dans la pensée des apôtres restés à Jérusalem, quand tous étaient dispersés. Les apôtres avaient sans doute été fidèles à Jésus, quelle que fût l’opposition des chefs d’Israël, mais ils étaient, eux-mêmes, en rapport avec la nation.

Mais, en Saul, l’oeuvre est plus profonde encore. Il était égaré, sans doute, mais sa conscience elle-même (car «il pensait qu’il fallait faire beaucoup contre le nom de Jésus le Nazaréen») faisait de lui l’ennemi du Seigneur. Une justice sans reproche selon la loi (d’après la mesure de l’homme) le laissait plus qu’endurci, en opposition ouverte contre le Seigneur. Ses supérieurs et les autorités de son ancienne religion, tout ce sur quoi son âme se basait moralement et religieusement, tout cela était à jamais mis en pièces dans son âme. L’homme tout entier était brisé devant Dieu. Rien ne restait en lui, que la découverte de son inimitié contre Dieu et sa propre volonté brisée — en lui qui, une heure auparavant, était l’homme religieux, consciencieux, sans reproche ! Comparez (bien que la révélation de Christ l’ait conduit ensuite beaucoup plus loin) des passages tels que Gal. 2:20 ; Phil. 3 ; 2 Cor. 1:9 ; 4:10 ; et une multitude d’autres.

D’autres points importants sont mis en évidence ici. Saul n’avait pas connu Jésus sur la terre : il n’avait pas, comme les douze, à rendre témoignage parce qu’il avait connu le Seigneur depuis le commencement, en annonçant qu’il était fait Seigneur et Christ. Le Jésus qu’il connaît n’est pas un Jésus qui monte dans le ciel où on ne le voit plus : le Seigneur lui apparaît pour la première fois dans le ciel ; et comme Seigneur de gloire, il lui déclare qu’il est le Jésus qu’il persécutait. Un Seigneur glorieux est le seul que Paul connaisse ; son Évangile, comme il s’exprime, est l’Évangile de la gloire ; s’il avait connu le Christ, selon la chair, il ne le connaît plus ainsi.

Mais un autre principe important se trouve encore ici. Le Seigneur de gloire a ses membres sur la terre ; il dit à Saul : «Je suis Jésus que tu persécutes» (vers. 5). Les chrétiens faisaient partie de lui-même, ses pauvres disciples étaient chair de sa chair, os de ses os ; il les considérait et les chérissait comme sa propre chair. La gloire et l’unité des saints avec Jésus, leur chef dans le ciel, telles sont les vérités qui se rattachent à la conversion de Saul, à la révélation de Jésus à son âme, à la création de la foi dans cet ennemi avoué du christianisme. Cette création s’est opérée aussi d’une manière qui renversait le judaïsme de fond en comble et dans toute sa portée, pour l’âme de Saul, pour cette âme de l’existence de laquelle le judaïsme faisait partie intégrante, en caractérisant cette existence tout entière. Nous empruntons à un récit subséquent de cette vision (26:17), un autre point remarquable par ses rapports avec la carrière de Paul. Le Seigneur lui dit : «Te retirant du milieu du peuple et des nations, vers lesquelles, moi, je t’envoie». La fin morale de Saul le séparait de l’un et des autres ; des Juifs à coup sûr, mais elle ne faisait pas non plus de lui un Gentil, car il était uni avec un Christ glorifié. Il n’était ni Juif, ni Gentil, quant à sa position spirituelle. Toute sa vie, tout son ministère découlaient de son association avec un Christ céleste et glorifié.

Cependant Saul entre dans l’Assemblée par des moyens ordinaires — comme Jésus en Israël — prenant sa place humblement là où la vérité de Dieu se trouvait établie par sa puissance. Aveugle pendant trois jours, et préoccupé, naturellement, d’une découverte telle que celle qu’il venait de faire, Saul ne mange, ni ne boit ; ensuite, outre le fait que sa cécité lui fournissait une preuve continuelle et sans équivoque de la vérité de cet événement, sa foi a dû être confirmée par l’arrivée d’Ananias qui, sans être sorti de la ville, peut lui déclarer de la part du Seigneur ce qui lui était arrivé ; circonstance d’autant plus frappante que Saul l’avait vu venir dans une vision lui rendre la vue. Ananias, en effet, vient et lui fait recouvrer la vue. Saul voit et il est baptisé (vers. 18) ; il prend de la nourriture, et il est fortifié. L’entretien de Jésus avec Ananias est remarquable comme montrant avec quelle évidence le Seigneur se révélait dans ces jours-là, et la sainte liberté et la confiance avec lesquelles le fidèle disciple s’entretenait avec lui. Le Seigneur lui parle comme un homme avec son ami, lui donnant des détails de lieu et de circonstances ; Ananias raisonne avec le Seigneur ouvertement et en toute confiance au sujet de Saul, et Jésus lui répond, non pas avec une autorité sévère, quoique Ananias eût à obéir, mais par des explications pleines de grâce, en faisant de lui son confident et en lui déclarant que ce Saul était un vase d’élection, pour porter son nom devant les nations, les rois, et les enfants d’Israël, et qu’il lui montrerait combien il aurait à souffrir pour son nom.

Saul ne tarde pas à confesser et à annoncer sa foi, et ce qu’il dit est éminemment digne de remarque. Il prêche dans les synagogues que Jésus est le fils de Dieu. C’est la première fois que Christ a été ainsi annoncé. Il avait déjà été annoncé comme élevé à la droite de Dieu, Seigneur et Christ ; le Messie rejeté était exalté en haut. Mais ici la simple doctrine quant à la gloire personnelle du Sauveur est présentée : Jésus était le fils de Dieu !

Remarquez aussi ici que dans les paroles de Jésus à Ananias, les enfants d’Israël viennent les derniers.

Saul ne commence pas encore son ministère public : sa prédication n’est pour ainsi dire que l’expression de sa fidélité personnelle, de son zèle, de sa foi au milieu de ceux avec lesquels il était naturellement lié. L’opposition ne tarde pas à se manifester dans la nation qui ne voulait pas avoir un Christ selon Dieu, et les disciples descendent Saul le long du mur dans un panier. Par l’intervention de Barnabas, homme de bien et plein du Saint Esprit et de foi, chez qui la grâce avait fait valoir la vérité quant au nouveau disciple, le redoutable Saul trouve sa place parmi les frères à Jérusalem même (vers. 23-29) (*). Merveilleux triomphe du Seigneur ! Singulière position que celle de Saul dans cette ville, s’il n’eût pas été absorbé par la pensée de Jésus lui-même. À Jérusalem il raisonne avec les Hellénistes ; il en était un lui-même ; les Hébreux ne sont pas sa sphère naturelle ; ils veulent tuer le nouveau converti qui est mené par les disciples à Césarée, vers la mer, et envoyé, de là, à Tarse, sa ville natale. Le triomphe de la grâce a, sous la main de Dieu, réduit l’Adversaire au silence. Les assemblées sont laissées en paix ; elles s’édifient, marchant dans la crainte de Dieu et dans la consolation du Saint Esprit, les deux grands éléments de la bénédiction, et elles augmentent en nombre. Les persécutions accomplissent les intentions de Dieu : la paix qu’Il accorde donne aux siens l’occasion de mûrir dans Sa connaissance et dans la grâce (vers. 31). Nous apprenons à connaître les voies et le gouvernement de Dieu au milieu de l’imperfection de l’homme.

(*) Cela eut lieu plus tard, semble-t-il, mais est mentionné ici afin d’assigner à Saul, pour ainsi dire, sa place parmi les chrétiens.

La paix étant établie par la bonté de Dieu — seule ressource de ceux qui s’attendent vraiment à Lui, dans la soumission à sa volonté — Pierre parcourt tout le pays d’Israël. L’Esprit de Dieu nous raconte cette circonstance ici, entre l’appel de Saul et son travail d’apôtre, pour nous faire voir, je n’en doute pas, l’énergie apostolique en Pierre, subsistant lors même que l’appel de Saul devait introduire de nouvelles lumières et une oeuvre nouvelle sous de très importants rapports. Le Saint Esprit met ainsi son sceau sur l’oeuvre qui s’était faite auparavant, comme étant son oeuvre à lui, quelque progrès que fît l’accomplissement de ses conseils. Il montre, en même temps, l’introduction des Gentils dans l’Assemblée, telle qu’elle avait été fondée par la grâce au commencement, conservant ainsi l’unité, et mettant son sceau sur une oeuvre que la grâce céleste avait accomplie.

L’Église existait. La doctrine de son unité comme corps de Christ en dehors du monde, n’était pas encore mise en évidence. La réception de Corneille n’annonçait pas cette unité, mais elle frayait le chemin à sa manifestation.

La puissance non diminuée de Pierre, son autorité apostolique au milieu des fidèles, l’entrée de Corneille dans la maison spirituelle de Dieu en rapport avec le ministère de cet apôtre, et cela après l’appel de Saul, qui ouvrait une autre perspective, en un mot, l’ensemble des faits racontés ici confirme ce qui avait été fait précédemment. L’oeuvre déjà accomplie n’était nullement mise de côté pour faire place à une autre. La vision de Pierre ne révèle cependant pas l’Église comme corps de Christ, ni l’admission de Corneille non plus, je le répète. Ces deux faits montrent qu’en toute nation celui qui craint Dieu lui est agréable ; c’est-à-dire, que la faveur de Dieu n’était pas limitée aux seuls Juifs, et qu’il n’était pas nécessaire de devenir Juif pour participer au salut en Christ. L’unité du corps, attaché à son Chef dans le ciel, ne ressortait pas du fait de l’admission des Gentils pieux au nombre des sauvés ; mais ce fait préparait le chemin pour la promulgation de cette vérité, puisque, de fait, le Gentil, sans devenir Juif, était admis au milieu des héritiers du royaume sur la terre. Le fait qui forme le fondement de l’existence de l’Église sur la terre se réalisait individuellement, quoique la vérité même de l’unité du corps ne fût pas enseignée. La repentance pour la vie éternelle était accordée aux Gentils comme tels. Le Saint Esprit, sceau de la bénédiction chrétienne parmi les Juifs, fruit de la rédemption accomplie par Jésus, était donné aux Gentils comme aux Juifs. Les fidèles de cette nation s’en étonnaient peut-être, mais il n’y avait pas lieu de résister à Dieu : ils pouvaient, par grâce, bénir Dieu du don accordé souverainement aux Gentils.

Depuis le chap. 9:32 au chap. 11:18, nous trouvons donc la puissance de l’Esprit de Dieu avec Pierre au milieu d’Israël, et l’admission des Gentils dans l’Assemblée terrestre, sans que ceux-ci devinssent Juifs ou se soumissent à l’ancien ordre de choses qui s’en allait : le sceau de l’Esprit est mis sur eux, et les chefs de l’assemblée qui était à Jérusalem et les plus ardents des circoncis acceptent le fait comme étant la volonté de Dieu, et s’y soumettent en louant son nom malgré leurs préjugés. La porte est donc ouverte aux Gentils, c’était un pas immense. La doctrine précieuse de l’Église restait encore à mettre en évidence.

Pierre avait annoncé l’appel des Gentils dans son premier discours ; mais réaliser cet appel et en formuler les conditions en rapport avec ce qui existait historiquement, c’est ce qui exigeait l’intervention, l’autorité et la révélation de Dieu. Le progrès qui s’est fait dans le développement de la vérité par la patiente grâce de Dieu est évident ; car, certes, ce n’est pas la sagesse de l’homme qui a été la source de ce développement. Toute juive au commencement, l’oeuvre qui s’est faite à Jérusalem était accompagnée de la déclaration faite au peuple juif que, s’il se repentait, Jésus reviendrait. Ce témoignage de grâce est rejeté et les prémices de l’Église, dans la personne de l’un de ceux qui le portait, entrent dans le ciel. L’Esprit, dans sa liberté souveraine, agit en Samarie et parmi les prosélytes. L’Assemblée étant dispersée par la persécution, Saul est appelé par la révélation d’un Christ glorieux, et par un témoignage de la propre bouche de Jésus, témoignage qui implique l’union des saints sur la terre avec lui, leur Chef, dans le ciel, comme un seul corps. Ensuite un Gentil pieux et déjà converti par la grâce, mais encore Gentil, reçoit la foi en Christ et l’Esprit ; en sorte que l’apôtre et les disciples les plus attachés au judaïsme, le reconnaissent comme désigné par le témoignage de Dieu lui-même, par la descente du Saint Esprit sur lui comme sceau de sa foi : Pierre reçoit le nouveau disciple par le baptême, les autres, en acceptant l’acte de Pierre.

Remarquons ici que le salut n’est pas seulement le fait d’être vivifié et d’être pieux, mais la délivrance complète, que Dieu, pour nous présenter en justice devant sa face, accorde à celui qui a déjà la vie par l’opération divine. Corneille était pieux et conséquent dans sa piété, mais il entend parler d’une oeuvre accomplie en sa faveur, par laquelle il peut être, et comme nous le savons, était sauvé. Enfin, le sceau de l’Esprit placé sur la foi en Jésus (*), voilà le témoignage sur lequel on reconnaît ceux que Dieu accepte ; c’est-à-dire, en voilà la pleine évidence pour l’homme.

(*) Si nous examinons soigneusement les affirmations et les faits de l’Écriture, nous trouverons, je n’en doute pas, quant au détail, que ce qui est scellé, c’est la foi dans l’oeuvre de Jésus pour la rémission des péchés.

9                    Chapitre 11:19-30

Le verset 19 du chap. 11 commence l’historique du nouvel ordre de choses par lequel le ministère de Paul se distingue. D’entre ceux qui avaient été dispersés à l’occasion de la mort d’Étienne, des hommes sont allés même jusqu’à Antioche, prêchant le Seigneur Jésus, des hommes qui, étant de Chypre et de Cyrène, étaient plus habitués que les Juifs de Judée à des rapports avec les Grecs. Ils s’adressent donc, dans cette ancienne capitale des Séleucides, à des Grecs : beaucoup d’entre ceux-ci reçoivent leur parole et se convertissent au Seigneur. L’Assemblée à Jérusalem, déjà préparée par la conversion de Corneille, par laquelle Dieu lui avait enseigné l’admission des Gentils parmi les chrétiens, accepte aussi le fait de l’admission de ces Grecs d’Antioche, et elle y envoie Barnabas qui était de Chypre, homme de bien et plein du Saint Esprit. Le coeur de Barnabas est plein de joie en voyant l’oeuvre de la grâce de Dieu dans cette ville ; aussi un grand nombre de personnes est ajouté au Seigneur (vers. 24).

Tout se lie encore à l’oeuvre à Jérusalem, quoique s’étendant maintenant aux Gentils. Ne suffisant plus à l’oeuvre, à ce qu’il paraît, et quoi qu’il en soit, conduit de Dieu, Barnabas va chercher Saul à Tarse, où celui-ci s’était rendu parce qu’on avait cherché à le tuer à Jérusalem (chap. 9:29) : et ces deux hommes se réunissent avec l’Assemblée d’Antioche et enseignent une grande foule. Tout se passe encore en liaison avec Jérusalem, je le répète : — des prophètes qui annoncent une famine descendent de cette ville à Antioche ; les rapports du troupeau d’Antioche avec Jérusalem comme centre, se montrent et se resserrent par l’envoi de secours à cette métropole religieuse du Judaïsme, ainsi que du Christianisme, envisagé comme ayant son commencement dans le Résidu d’Israël qui croyait en Jésus comme le Christ.

Barnabas et Saul eux-mêmes sont chargés des secours que les chrétiens d’Antioche envoient à leurs frères nécessiteux et ils montent à Jérusalem pour accomplir ce service. Cette circonstance nous ramène à Jérusalem, où l’Esprit a encore quelque côté nouveau des voies de Dieu à nous montrer.

10               Chapitre 12

Hérode, pour plaire aux Juifs, se met à persécuter l’Assemblée dans Jérusalem. On peut remarquer ici que la réunion des chrétiens qui s’était formée à Antioche, est aussi appelée «Assemblée» (Église), ce qui n’a encore eu lieu nulle part ailleurs. Jusque-là tous les croyants étaient censés faire partie intégrante de l’oeuvre dont Jérusalem était le centre (*), comme les Juifs où qu’ils fussent, étaient en relation avec ce même centre de leur système religieux. Tout Juif, quelque nombreuse que fût l’assemblée de la synagogue qu’il fréquentait ou quelque grande que fût l’influence du Rabbin, était comme tel ressortissant de Jérusalem. Barnabas et Paul s’assemblent avec l’assemblée ou église, à Antioche ; — une assemblée locale, qui, tout en étant liée à Jérusalem, avait la conscience de son existence distincte, s’est formée, et des assemblées qui ne dépendent d’aucune métropole commencent à s’établir.

(*) La leçon probable qui met assemblée au lieu d’assemblées, au chapitre 9:31, ne modifie pas la pensée générale qu’une assemblée locale, distincte de Jérusalem et composée primitivement de Gentils, était maintenant formée.

Pour en revenir à Jérusalem, Hérode, roi impie, et figure sous certains rapports du Roi-adversaire qui doit s’élever à la fin, se met à persécuter le Résidu fidèle à Jérusalem. Ce ne sont pas seulement les Juifs qui persécutent ce Résidu ; le roi que, comme Juifs, ils détestaient, se lie à eux par sa haine pour le témoignage céleste et cherche à les gagner par ce moyen. Il fait mourir Jacques par l’épée et continue en faisant prendre aussi Pierre pour le mettre en prison. Mais Dieu garde son serviteur ; et, en réponse aux prières des saints, il le délivre par son ange ; il permet au monde de tuer quelques-uns de ceux-ci, heureux témoins de leur position céleste en Jésus, et il en préserve d’autres pour continuer le témoignage sur la terre, malgré tout le pouvoir en apparence irrésistible de l’Ennemi, pouvoir que le Seigneur déjoue par la manifestation de la puissance qui lui appartient à Lui et à Lui seul, et dont il use comme il veut et quand il veut. Les pauvres saints, tout en priant instamment (ils avaient des réunions de prières en ces jours-là), ont de la peine à croire que Dieu les a réellement exaucés quand Pierre arrive à la porte (vers. 12-16). Les désirs sont souvent présentés à Dieu sincèrement ; mais la foi ne sait guère compter sur lui.

Hérode confondu par la puissance de Celui auquel il résistait, sévit contre les instruments de sa haine, et s’en va à Césarée, au siège Gentil de sa puissance. Là, tandis qu’il déploie sa gloire, et reçoit l’hommage adulateur du peuple, comme s’il était un dieu, Dieu lui-même le frappe, et montre qu’Il est le gouverneur de ce monde, quelque grand que soit l’orgueil de l’homme. Or la parole de Dieu croissait et se multipliait par sa grâce, et Barnabas et Saul ayant accompli leur ministère, s’en retournent à Antioche, prenant avec eux Jean, surnommé Marc.

11               Chapitre 13

Nous arrivons maintenant au commencement de l’histoire directe d’une oeuvre, nouvelle sous des rapports importants, de l’oeuvre qui se rattache à la mission de Paul et qui a son point de départ dans l’intervention immédiate du Saint Esprit. Maintenant, ce n’est plus Christ sur la terre envoyant par son autorité personnelle les douze, doués plus tard de la puissance du Saint Esprit, venu d’en haut, pour annoncer l’élévation du Sauveur au ciel et son retour, et pour rassembler sous le drapeau de la foi ceux qui croiraient en lui. Paul a vu Christ en gloire, et il s’est joint, par conséquent, à l’Église déjà rassemblée ; mais ici nous ne trouvons pas un Christ personnellement présent pour envoyer celui qu’il a appelé, comme témoin de la présence du Messie sur la terre, ou du rejet de Celui que ce témoin aurait connu ainsi. Le Saint Esprit lui-même envoie Paul ; il l’envoie non de Jérusalem, mais d’une ville grecque, où Il avait par sa libre et souveraine puissance, converti et rassemblé des Gentils. Des Juifs aussi, sans doute, se trouvaient au milieu d’eux, mais les croyants juifs et gentils formaient une Assemblée dont l’existence a été signalée premièrement par le fait que l’Évangile avait été annoncé aux Grecs.

Dans le chapitre qui nous occupe, on se retrouve dans l’Assemblée d’Antioche, et au milieu de l’action indépendante de l’Esprit de Dieu (*). Certains prophètes se trouvaient là, entre autres Saul ; ils jeûnaient et vaquaient au service du Seigneur. L’Esprit Saint leur dit de mettre à part pour Lui, Barnabas et Saul, pour l’oeuvre à laquelle Il les avait appelés. Voilà la source du ministère de ces deux apôtres : assurément ce ministère rendait témoignage à Celui en qui ils avaient cru et que Saul au moins avait vu ; et ainsi désignés, ils agissent sous l’autorité du Seigneur Jésus ; mais la source positive de leur mission, apparente à tous, est le Saint Esprit. C’est le Saint Esprit qui les a appelés à l’oeuvre ; ils sont envoyés par le Saint Esprit (vers. 4), principe de toute importance quant aux voies du Seigneur sur la terre. Nous sortons de Jérusalem, du Judaïsme, de ce qui était du ressort des apôtres nommés par le Seigneur pendant son séjour ici-bas. Christ, ainsi que l’exprime Saul, devenu Paul, n’est plus connu selon la chair. Ils ont à lutter contre l’esprit judaïque, et à ménager cet esprit, en tant qu’il est sincère ; mais les sources de leur oeuvre ne sont plus en rapport avec le système que cette oeuvre ne connaît plus comme point de départ. Un Christ glorieux dans le ciel, qui reconnaît les disciples comme membres de son propre corps, comme faisant partie de Lui-même en haut — une mission de la part de l’Esprit sur la terre, mission qui ne connaît que l’énergie de l’Esprit (rendant témoignage, bien entendu, à Christ) comme source d’action et d’autorité — telle est l’oeuvre qui commence maintenant et qui est confiée à Barnabas et à Saul. Barnabas, il est vrai, sert de liaison entre les deux systèmes : il avait fait partie de l’ancien ordre de choses établi à Jérusalem, mais il était lui-même un Helléniste de Chypre ; c’était lui qui avait présenté Saul aux apôtres après la conversion de celui-ci sur le chemin de Damas. Il avait le coeur plus large, plus accessible aux témoignages divins de la grâce, que les apôtres mêmes, et que les autres Juifs nourris dans un étroit Judaïsme, car Dieu pourvoit à tout dans sa grâce. Il y a toujours des Barnabas, comme des Nicodème et des Joseph et même des Gamaliel, quand il en faut. L’action de Dieu, sous ce rapport, est remarquable dans toute l’histoire qui nous occupe. Si seulement, en faisant sa volonté par l’Esprit, nous savions nous confier plus entièrement à celui qui dispose de tout !

(*) L’action de l’Esprit est toujours indépendante ; mais je veux parler ici de son action en dehors de l’autorité des Apôtres. Cette autorité n’est pas la source de ce qui se fait, et ce qui se fait ne s’y rapporte pas.

Cependant le lien formé entre l’ancienne oeuvre et la nouvelle, par la participation de Barnabas à cette dernière, se rompt bientôt. Barnabas tenait un peu au vieux drap, aux vieilles outres, quelque béni qu’il fût lui-même, lui qui est personnellement l’objet d’un si beau témoignage de la part du Saint Esprit, et chez qui l’on voit en effet un caractère délicieux. Plus tard il a voulu reprendre avec lui son parent Marc (Col. 4:10), qui s’en était retourné à Jérusalem presque dès le commencement de l’évangélisation qui s’accomplissait au milieu des pays gentils par le moyen de Saul et Barnabas, et Saul continue son oeuvre avec des instruments que Dieu a formés sous la main de l’apôtre, avec un Silas qui avait voulu rester à Antioche (le service particulier qu’on lui avait confié à Jérusalem étant achevé), quand il aurait pu naturellement retourner dans cette ville avec Judas.

Ainsi donc, pour en revenir au point du récit auquel nous étions parvenus, Barnabas et Saul, envoyés par l’Esprit, ayant Jean (Marc) pour leur être en aide par ses services, se rendent à Séleucie, puis en Chypre ; et étant à Salamine, ville de Chypre, ils prêchent la parole de Dieu dans les synagogues des Juifs. Quelle que fût donc l’énergie de l’Esprit, il agit en rapport avec les conseils et les promesses de Dieu et cela avec une patience parfaite. Jusqu’à la fin de sa vie, quelle qu’ait été l’opposition des Juifs et toute hargneuse et acharnée qu’elle ait pu être, l’apôtre a continué de suivre la marche que les voies et les conseils de Dieu en Jésus avaient ordonnée : il s’adresse aux Juifs premièrement, puis aux Gentils. Lorsque par la foi on se trouvait «au dedans» dans l’Assemblée de Dieu où la vérité et la grâce étaient pleinement révélées, il n’y avait aucune différence entre Juif et Gentil. Dieu est un dans son caractère ; Il est pleinement révélé et le voile est déchiré ; le péché est un dans son caractère, et il est opposé à Dieu. Le fond de la vérité ne change pas, et l’unité de l’Église se lie à la hauteur de la grâce en Dieu lui-même, et descend jusqu’à l’ensemble profond du péché, au sujet duquel cette grâce s’est manifestée. Mais quant aux voies de Dieu sur la terre, les Juifs avaient la première place, et l’Esprit qui est au-dessus de tout, peut se prêter en pleine liberté à toutes les voies souveraines de Dieu, comme Christ qui s’est fait serviteur en grâce, s’est soumis à toutes, et maintenant, haut élevé, les réunit toutes en lui-même comme chef et centre. C’est à cette gloire que le Saint Esprit rend témoignage pour l’accomplir ici-bas en tant que cet accomplissement se fait par la grâce ; et qu’il s’adapte ainsi en grâce aux Juifs : cela ne l’empêche pas de porter un jugement clair et positif sur l’état de ce peuple quand l’occasion le rend nécessaire.

Déjà ici, au commencement du ministère de Paul, ces deux choses se présentent ensemble, savoir, la considération de l’apôtre pour les Juifs selon les voies de Dieu, et le jugement que l’apôtre prononce sur eux quand ils s’opposent au témoignage qu’il adresse aux gentils. Nous avons déjà fait remarquer que Saul commence par les Juifs ; ayant traversé Chypre, il arrive à Paphos, le siège du gouvernement ; et ici le proconsul, homme prudent et réfléchi, demande à entendre l’Évangile. Obsédé déjà par un faux prophète, qui exploitait les besoins de son âme ignorante, mais avide en même temps de quelque chose qui pût combler le vide moral qu’il éprouvait dans le néant des cérémonies païennes et dans la dégoûtante immoralité de la plupart d’entre elles, Serge Paul fait venir Barnabas et Saul. Élymas s’oppose à leur témoignage : c’était naturel, car l’enchanteur devait perdre son influence sur le gouverneur, si celui-ci recevait la vérité que prêchait Saul. Or Élymas était Juif. Saul, qui est dorénavant appelé Paul (*), rempli de l’Esprit, prononce de la part de Dieu, sur Élymas, une sentence qui le prive de la vue pour un temps, sentence exécutée à l’instant même par la puissante main de Dieu. Le proconsul, frappé de la puissance qui accompagnait la parole de Paul, se soumet à l’Évangile de Dieu.

(*) Je ne sais si le changement de nom qui est signalé à cette occasion, et dont la portée a excité la curiosité des étymologistes, n’est pas réellement une altération par laquelle la forme juive du nom de l’apôtre était perdue, pour revêtir une apparence romaine ou Gentile.

Je ne doute pas que dans ce misérable Bar-Jésus, nous ne trouvions le tableau des Juifs de ce moment-là, frappés de cécité pour un temps, parce que, jaloux de l’influence de l’Évangile et pour mettre le comble à leurs péchés, ils s’opposaient à ce que cet Évangile fût prêché aux Gentils. Leur état est jugé, leur vraie histoire racontée dans la mission de Paul. Opposés à la grâce et cherchant à détruire son effet sur les Gentils, ils ont été frappés d’aveuglement, mais d’un aveuglement qui ne doit être que temporaire.

Étant partis de là, Paul et ceux qui étaient avec lui se rendent dans l’Asie mineure (vers. 13 et suivants) ; et maintenant Paul prend définitivement sa place aux yeux de l’historien de l’Esprit. Tous ceux qui l’accompagnent ne sont que «ceux qui étaient avec Paul». Quand ils sont arrivés à Perge, Jean (Marc), les quitte pour s’en retourner à Jérusalem. Son départ était une manifestation, sous une forme bien plus douce et plus modérée que d’autres, de l’influence judaïque, mais un fait qui montrait que là où cette influence s’exerçait, si elle ne produisait pas l’opposition, au moins elle ôtait la vigueur nécessaire pour l’oeuvre de Dieu telle qu’elle se déployait maintenant au milieu des Gentils. Barnabas cependant poursuit sa route et continue encore de travailler à l’oeuvre avec Paul. Celui-ci arrivé à Antioche en Pisidie, s’adresse de nouveau, premièrement aux Juifs (vers. 14). Il se rend le jour du sabbat dans la synagogue, et sur l’invitation des chefs, annonce Jésus rejeté des Juifs à Jérusalem et crucifié, mais ressuscité par la puissance de Dieu, par lequel ils pouvaient être justifiés de tout ce dont la loi de Moïse ne pouvait les justifier. Ici le discours de Paul se rapproche beaucoup du témoignage de Pierre et très particulièrement du commencement de l’épître aux Hébreux, quant au caractère du témoignage. Ainsi le verset 33 est pareil au témoignage de Pierre que nous trouvons au chap. 3 des Actes. Paul place au verset 31 les douze distinctement dans la position de témoins auprès d’Israël, comme étant ceux qui avaient personnellement accompagné le Seigneur, et qui l’avaient vu après sa résurrection : «ils sont», dit-il, «ses témoins auprès du peuple». Mais le témoignage de l’apôtre (qui rentre dans l’ordre de la prédication de Pierre quant à l’accomplissement des promesses par la venue de Jésus, et quant à la déclaration que les grâces assurées de David se trouvent établies dans sa résurrection), s’en éloigne, toutefois, en un point important. Paul ne touche pas le sujet que Dieu a fait Jésus Seigneur et Christ : il annonce que la rémission des péchés est proclamée au nom de Jésus, en engageant ses auditeurs à ne pas négliger ce grand salut. Plusieurs s’attachent à Paul (*) et à Barnabas, à la suite de cette prédication ; et ceux-ci les exhortent à demeurer dans la grâce qui leur a été annoncée (vers. 42, 43). La masse de la population afflue à la prédication, le sabbat suivant, les Gentils ayant demandé que cet Évangile de grâce leur fût annoncé de nouveau. Leurs âmes avaient trouvé plus de vérité dans la doctrine du seul vrai Dieu reconnu des Juifs, que dans le culte insensé des païens : celui-ci n’offrait plus à l’intelligence réveillée, mais non satisfaite, un aliment qui la contentât. L’intelligence morale, ainsi réveillée, disait trop pour laisser l’imagination s’amuser à des cérémonies n’ayant de charme que pour l’ignorance qui se laissait séduire par le faste des fêtes auxquelles elle s’était habituée et par lesquelles l’élément religieux de la chair était flatté. Cependant quoique la vérité froidement reconnue d’un seul vrai Dieu, débarrassât l’esprit de ce qui le choquait dans la mythologie insensée et immorale du paganisme, cette vérité ne nourrissait nullement l’âme, comme le faisait le témoignage puissant d’un Dieu actif en grâce. Or, tel était le témoignage rendu maintenant par le Saint Esprit par la bouche des messagers qu’il avait envoyés, témoignage qui, tout en étant fidèle aux promesses faites aux Juifs, s’adressait cependant comme «une parole de salut» à tous ceux qui craignaient Dieu (vers. 26). Mais les Juifs, jaloux de l’effet de l’Évangile qui répondait ainsi aux besoins des coeurs, ce que leur système ne faisait pas, s’opposent à Paul et blasphèment contre la doctrine de Christ (vers. 45). Paul donc et Barnabas se tournent avec hardiesse vers les Gentils.

(*) Ici Paul a la première place ; dans le chapitre précédent c’était Barnabas.

C’était un moment décisif et important. Ces deux messagers de l’Esprit citent un témoignage prophétique de l’Ancien Testament au sujet des desseins de Dieu en grâce envers les Gentils, portant que Christ devait être la lumière des Gentils — desseins qu’eux-mêmes accomplissaient par la puissance de l’Esprit et selon l’intelligence qu’il leur en donnait. Le passage auquel Paul et Barnabas font allusion se trouve en Ésaie 49, où l’opposition d’Israël, qui rendait le témoignage de Christ inutile à leur égard, donne occasion à Dieu d’annoncer que l’oeuvre du rassemblement du Résidu d’Israël n’était que peu de chose, et que Christ serait donné pour lumière aux nations et pour être le salut de Dieu jusqu’au bout de la terre.

Il est utile de noter cette dernière circonstance : l’énergie pour agir, communiquée par l’intelligence spirituelle, et la manière dont les déclarations prophétiques deviennent lumière et autorité pour cette action, quand l’Esprit de Dieu en donne le vrai sens pratique, c’est-à-dire l’application. Peut-être que d’autres n’en comprendront pas le sens, mais l’homme spirituel a, dans la Parole qu’il a comprise, une pleine garantie pour sa conscience. Il laisse à Dieu le reste.

Les Gentils se réjouissent du témoignage, et l’élection croit (vers. 48). La Parole se propage dans tout le pays. Les Juifs se montrent maintenant dans leur vrai caractère d’ennemis du Seigneur et de la vérité, et Paul et Barnabas secouent la poussière de leurs pieds contre eux. Les disciples, quelles que fussent les difficultés au milieu desquelles ils se trouvaient placés, étaient remplis de foi et du Saint Esprit : c’est ce que les difficultés n’empêchent pas. La position prise ici par les Juifs, et dans laquelle on les retrouve partout, fait comprendre quelle source d’affliction et de peine ils ont dû être pour l’apôtre.

12               Chapitre 14

Les travaux missionnaires de Paul et de Barnabas continuent à Iconium avec la même opposition des Juifs, qui, incapables eux-mêmes de faire l’oeuvre, excitent les Gentils contre ceux qui la font. Mais l’opposition n’est qu’une raison pour les ouvriers de persévérer, aussi longtemps qu’il ne s’agit que d’opposition ; toutefois avertis à temps qu’une attaque était méditée contre eux, ils s’en vont à Derbe et à Lystre (vers. 6, 7). Là, ayant guéri un homme estropié, ils attirent le respect idolâtre de ces pauvres païens qui veulent leur offrir des sacrifices. Les apôtres ayant appris cela, remplis d’horreur et fidèles au témoignage de leur Dieu, détournent la foule de son erreur avec cette énergie que donne la puissance du Saint Esprit. Les Juifs poursuivent les apôtres à Lystre. Remarquez ici que si l’on ne veut pas s’allier à l’idolâtrie du coeur et accepter d’être exalté par les hommes, la puissance du témoignage que ceux-ci ont admiré au commencement (aussi longtemps qu’ils pensaient pouvoir élever l’homme et lui donner de l’importance s’il acceptait leurs flatteries) devient une source de haine pour le coeur. Les Juifs mettent cette haine en mouvement et excitent le peuple ; de sorte qu’ayant lapidé Paul, ils le laissent pour mort. Mais Paul se lève, rentre dans la ville, y reste tranquillement encore un jour, et s’en va le lendemain avec Barnabas à Derbe.

Ensuite les deux apôtres revisitent ensemble les villes par lesquelles ils avaient passé ; à Lystre, à Iconium, à Antioche, ils confirment les disciples dans la foi, en leur montrant qu’ils devaient passer par la tribulation pour hériter du royaume. Ils établissent pour eux des anciens, et traversant quelques autres villes, arrivent à l’endroit où ils avaient débarqué ; enfin ils retournent à Antioche d’où ils avaient été recommandés à Dieu pour l’oeuvre, causant une grande joie aux disciples en leur annonçant que la porte de la foi était ouverte aux Gentils.

Le récit que nous venons d’examiner, nous présente la première mission formelle au milieu des Gentils, par laquelle les assemblées sont formées, des anciens établis par les apôtres, et l’hostilité des Juifs contre la grâce de Dieu en dehors de leur nation et indépendamment de leur loi, nettement dessinée. Par cette mission, l’oeuvre a pris un caractère positif au milieu des Gentils, et l’énergie du Saint Esprit se déploie dans ce but, les constituant et les formant en assemblées, y établissant des chefs locaux, en dehors et indépendamment de l’assemblée qui s’était formée à Jérusalem.

La question de savoir si l’établissement des assemblées parmi les Gentils, entièrement indépendantes du judaïsme et de l’autorité de la loi de Moïse, pouvait être permis, se pose bientôt à Antioche. Il ne s’agit plus de l’opposition des Juifs hostiles à l’Évangile, mais de la bigoterie de ceux qui, ayant embrassé cet Évangile, voulaient imposer la loi aux Gentils convertis. Mais la grâce de Dieu pourvoit encore à cette difficulté, comme nous allons le voir dans le chapitre suivant.

13               Chapitre 15

Des personnes animées d’un esprit d’étroitesse judaïque viennent de Jérusalem où tout marchait encore en rapport avec les exigences de la loi, et elles cherchent à imposer ces exigences aux Gentils dans le nouveau centre de l’oeuvre, à Antioche qui servait de point de départ à l’évangélisation des Gentils. Dieu a voulu que cette question se réglât, non pas par l’autorité apostolique de Paul ou l’action indépendante de l’Esprit divin à Antioche seulement, ce qui aurait pu diviser l’Église, mais par une conférence à Jérusalem, de manière à conserver l’union, quels que fussent les préjugés des Juifs. Les voies de Dieu, à cet égard, sont remarquables, montrant comment Dieu a tenu la haute main, en grâce, sur l’Église. En lisant l’épître aux Galates, on voit qu’au fond il s’agit de choses qui touchent au vif du christianisme, à ses fondements, aux principes profonds de la grâce, des droits de Dieu, de l’état de péché de l’homme — principes sur lesquels est fondé tout l’édifice des rapports éternels de l’homme avec Dieu. Si quelqu’un se faisait circoncire, il était sous la loi ; il avait abandonné la grâce ; il était déchu de Christ. Cependant Paul apôtre, Paul plein de foi, d’énergie et d’une ardeur brûlante, doit se rendre à Jérusalem où il n’avait pas désiré aller, pour y arranger cette affaire. Paul avait travaillé à Antioche, mais l’oeuvre de cette ville n’était pas son oeuvre. Il n’était pas l’apôtre d’Antioche comme il l’était d’Iconium, de Lystre, et ensuite de la Macédoine et de la Grèce. Il était parti d’Antioche et du sein de l’Église déjà formée là, pour sa mission au milieu des Gentils. La question de l’assujettissement des Gentils à la loi de Moïse devait se régler pour l’Église, mais non pas en rapport avec l’autorité apostolique de Paul : l’apôtre doit fléchir devant Dieu et ses voies : il dispute avec les hommes venus de Judée, mais le résultat n’est pas obtenu. L’assemblée d’Antioche se décide à envoyer à Jérusalem une députation de quelques frères de l’assemblée, que Paul et Barnabas, si profondément intéressés dans cette question, devaient accompagner (Gal. 2:2). Au reste, Paul a eu une révélation qui l’a fait monter à Jérusalem : Dieu dirigeait sa marche. Il est bon, toutefois, pour le fidèle, quelles que soient sa droiture et son énergie spirituelle, d’être obligé de se soumettre quelquefois.

La question donc se traite à Jérusalem. C’était déjà beaucoup qu’à Jérusalem on s’opposât à l’assujettissement des Gentils à la loi, et davantage encore que dans ce centre du judaïsme, on décidât de ne pas les y assujettir. On voit ici la sagesse de Dieu, qui a voulu qu’une telle résolution eût son origine à Jérusalem. S’il n’y avait pas eu là de la bigoterie, la question n’aurait pas été nécessaire. Mais, hélas ! le bien ne se fait qu’à travers toute la faiblesse et toutes les traditions des hommes. Une résolution prise à Antioche aurait eu un tout autre caractère qu’une résolution prise à Jérusalem. L’Église juive n’aurait pas reconnu la vérité ; l’autorité apostolique des douze n’y aurait pas mis sa sanction : la marche d’Antioche et des Gentils aurait été une marche à part ; une lutte sans fin aurait commencé entre deux partis, ayant chacun (en apparence du moins) trouvé son point d’appui, l’un dans l’autorité de l’Église primitive et apostolique — et l’autre dans l’énergie et la liberté du Saint Esprit, avec Paul pour son représentant. La tendance judaïsante de la nature humaine, toujours prête à abandonner la haute énergie de l’Esprit et à rentrer dans la manière de voir de la chair, cette tendance, nourrie par des traditions d’une foi ancienne, avait déjà donné à elle seule assez de peine et de difficulté à celui qui tout particulièrement travaillait au milieu des Gentils selon la liberté de l’Esprit, sans qu’il fût nécessaire d’y ajouter ou au moins de pouvoir alléguer pour affermir cette tendance, la marche des apôtres et de l’église de Jérusalem.

Après une longue discussion à Jérusalem pour laquelle toute liberté fut laissée, Pierre prenant l’initiative, raconte ce qui est arrivé à l’égard de Corneille. Ensuite Paul et Barnabas déclarent quelle a été la puissante manifestation de Dieu par le Saint Esprit au milieu des Gentils. Puis Jacques résume le jugement de l’assemblée dans des paroles qui obtiennent l’assentiment de tous ; et qui portent que les Gentils ne seront pas obligés d’être circoncis ou de suivre la loi, mais seulement de s’abstenir du sang, des bêtes étouffées, de la fornication et des viandes offertes aux idoles.

Le décret rendu ici demande qu’on examine sa nature et les articles dont il se compose.

C’est une direction qui enseigne, non ce qui est abstraitement bon ou mauvais, mais ce qui convenait dans le cas qui se présentait. Il était nécessaire (non pas juste aux yeux de Dieu) d’éviter certaines choses. Elles pouvaient être réellement mauvaises, mais elles ne sont pas envisagées ici de cette manière. Il y avait de ces pratiques auxquelles les Gentils étaient habitués, auxquelles il convenait qu’ils renonçassent, afin que l’Assemblée marchât comme elle le devait, en paix devant Dieu ; aux autres ordonnances de la loi, les Gentils ne devaient pas être assujettis. Moïse avait ceux qui l’enseignaient ; cela suffisait sans qu’on forçât les Gentils à se soumettre à ses lois, quand ils se joignaient au Seigneur et non pas aux Juifs.

Ainsi le décret que nous examinons ne prononce pas sur la nature des choses défendues, mais s’occupe de leur opportunité, les Gentils ayant de fait eu l’habitude de faire toutes ces choses. Il faut remarquer que ces pratiques n’étaient pas des choses défendues par la loi seulement ; elles étaient ou contraires à l’ordre établi du Dieu créateur, ou contraires à une défense faite à Noé quand la viande lui fut donnée à manger. La femme ne devait avoir de rapport avec l’homme que dans la sainteté du mariage et c’est une très grande bénédiction ; la vie appartenait à Dieu ; toute communion avec les idoles était un outrage contre l’autorité du vrai Dieu. Que Moïse enseignât ses propres lois ; mais ces choses-ci étaient contraires à la connaissance intelligente du vrai Dieu. Ce que renferme le décret n’est donc pas une nouvelle loi imposée par le christianisme, ni un accommodement aux préjugés des Juifs : le décret n’a pas la même espèce de validité qu’une ordonnance morale, obligatoire en elle-même ; mais il est l’expression, pour l’intelligence chrétienne, des termes des vraies relations de l’homme avec Dieu, dans les choses de la nature. Fournie par la bonté de Dieu, par le moyen des chefs qui étaient à Jérusalem, à des chrétiens ignorants, cette instruction pratique les affranchissait de la loi, et les éclairait à l’égard des rapports de Dieu avec l’homme, et à l’égard de ce qui convenait à l’homme ; choses qu’ils ignoraient, en tant que sortis de l’idolâtrie païenne. Je dis que ces directions sont adressées à l’intelligence chrétienne : c’est en bien saisissant le vrai caractère du décret, qu’on voit qu’il n’y a rien en lui d’inconsistant avec les directions à manger de tout ce qui est vendu à la boucherie, car en faisant ceci, je reconnais Dieu qui a donné ces choses, et non pas une idole. Si l’acte implique communion avec l’idole, même dans la conscience d’autrui, je provoque Dieu à jalousie, je pèche contre lui ou contre mon prochain. Quand on me présente la viande, je ne sais si la bête a été étouffée ou non. Si l’on agit de manière à faire supposer qu’il est indifférent que l’homme reconnaisse que la vie appartient à Dieu ou le contraire, je pèche encore si j’accepte ou sanctionne cette manière de faire. Je ne suis pas souillé par la chose que je mange, mais je manque à l’intelligence chrétienne à l’égard des droits du Dieu créateur. Quant à la fornication, elle rentre aussi dans la catégorie des offenses contre la pureté chrétienne, aussi bien que dans celle des offenses contre l’ordre du Dieu créateur ; de sorte qu’il s’agit directement ici du bien ou du mal et non pas seulement des droits de Dieu révélés à mon intelligence. Ceci était important comme principe général, plus que dans le détail des choses elles-mêmes.

En somme voici les principes établis : La pureté par le mariage selon l’institution de Dieu à l’origine — le fait que la vie appartient à Dieu — l’unité de Dieu comme seul vrai Dieu. En d’autres mots : Dieu ; la vie ; et l’ordonnance de Dieu pour l’homme, dès l’origine. Il en est de même des bases que l’assemblée pose pour fondement de son décret : «Il a semblé bon au Saint Esprit et à nous».

Le Saint Esprit s’était manifesté dans le cas de Corneille et dans celui de la conversion des Gentils, dont Pierre, et Paul et Barnabas avaient donné le récit. Les apôtres étaient, d’un autre côté, les dépositaires de l’autorité de Christ, dépositaires auxquels le gouvernement de l’Assemblée, en tant que fondée en rapport avec la vraie foi judaïque avait été confié. Ils représentaient l’autorité de Christ monté en haut, comme la puissance et la volonté du Saint Esprit avaient été montrées dans les exemples que je viens de citer. Cette autorité s’exerçait en rapport avec ce qui, dans un certain sens, était la continuation d’un judaïsme élargi par de nouvelles révélations, et qui avait son centre à Jérusalem, tout en reconnaissant Jésus monté en haut, comme le Messie rejeté du peuple. Christ avait confié aux apôtres l’autorité nécessaire pour le gouvernement de l’Assemblée : ils avaient aussi été scellés le jour de la Pentecôte pour exercer cette autorité.

L’esprit de grâce et de sagesse se montre bien dans leur manière de faire. Ils mettent leur sceau en plein sur l’oeuvre de Paul et de Barnabas, et ils envoient avec eux des personnes influentes de l’assemblée de Jérusalem, qui, comme cela aurait pu arriver à Paul et à Barnabas, ne pouvaient être soupçonnées d’apporter une réponse pour appuyer leurs propres prétentions.

Les apôtres et les anciens, comme nous l’avons vu, se rassemblent pour délibérer, mais tout le troupeau agit de concert avec eux.

Ainsi Jérusalem décide que la loi n’est pas obligatoire pour les Gentils ; et ceux-ci, sincères dans leur désir de marcher avec Christ, se réjouissent beaucoup de leur délivrance de ce joug. Judas et Silas qui étaient prophètes, les exhortent et les affermissent : ensuite ils sont renvoyés en paix. Mais tandis que Judas s’en retourne, Silas, animé par l’Esprit, trouve bon de rester à Antioche pour son propre compte, préférant, à Jérusalem, l’oeuvre au milieu des Gentils.

Paul aussi et Barnabas et plusieurs autres continuent l’oeuvre à Antioche (vers. 35) ; et dans cette ville nous trouvons de nouveau la pleine liberté de l’Esprit.

Quelque temps après, Paul propose à Barnabas de se mettre en route avec lui pour visiter les assemblées formées déjà par leur moyen dans l’Asie mineure. Barnabas y consent, mais il voudrait prendre avec eux Marc qui, comme nous l’avons vu (chap. 13:13), les avait abandonnés auparavant. Paul veut pour compagnon quelqu’un qui n’ait pas reculé devant l’oeuvre, ni abandonné, pour retourner chez lui, son caractère d’étranger par amour pour l’oeuvre. Barnabas insiste, et ces deux précieux serviteurs de Dieu se séparent, Barnabas prenant Marc et s’en allant à Chypre ; or Marc était son parent et Chypre son pays. Paul prend Silas qui avait préféré l’oeuvre à Jérusalem, au lieu de préférer Jérusalem à l’oeuvre, et il part. Ce nom de Silas fait croire que le nouveau compagnon de Paul était Helléniste.

Il est doux de savoir que plus tard, Paul parle de Barnabas avec une pleine affection, et veut que Marc vienne le rejoindre parce qu’il lui est utile pour le ministère.

Au reste Paul est recommandé par les frères à la faveur de Dieu dans son oeuvre. Le titre donné à Paul et à Barnabas par les apôtres montre la différence entre l’autorité apostolique établie par Christ en personne, et celle qui a été constituée par la puissance du Saint Esprit. Paul et Barnabas avaient été envoyés, sans doute, par Christ lui-même ; mais de fait, ils étaient partis d’Antioche par la direction du Saint Esprit, et légitimaient leur mission par sa puissance. Pour les douze apôtres, ces deux hommes n’ont de titre que leur oeuvre, ils sont «des hommes qui ont exposé leurs vies pour le nom du Seigneur Jésus Christ». Ils sont ce que le Saint Esprit les a faits : les apôtres, ce sont les douze.

La liberté et la puissance de l’Esprit caractérisent Paul ; il est ce que l’Esprit le fait. Si Jésus lui est apparu, bien qu’Ananias puisse en rendre témoignage, Paul doit au fond le démontrer par la puissance de son ministère. Les effets de ce ministère, ainsi que son caractère, se trouvent racontés dans les chap. 16 à 20, qui nous montreront d’une manière frappante l’action et la liberté du Saint Esprit.

14               Chapitre 16

Il n’y a pas peut-être de fait plus remarquable sous ce rapport que ce que Paul a fait à l’égard de Timothée. Il se sert de la circoncision en toute liberté pour écarter les préjugés des Juifs. Il est fort douteux que, selon la loi, Timothée dût être circoncis. Esdras et Néhémie nous présentent des femmes étrangères renvoyées comme profanes ; mais ici, la mère de Timothée étant juive, Paul veut faire suivre à l’enfant de ce mariage mixte, la règle des Juifs et l’y soumet en effet. La liberté reconnaît en plein la loi dont elle est affranchie, lorsque la loi est à sa vraie place, et constate distinctement, pour rassurer les Gentils, l’absence de toute prétention du côté des chrétiens juifs, de leur imposer la loi. Paul circoncit Timothée et ne se soumet pas même un moment à ceux qui voulaient contraindre Tite à se faire circoncire. L’apôtre deviendra Juif pour les Juifs, par amour, mais les Juifs même doivent renoncer à toute prétention d’imposer la loi aux autres. Les ordonnances établies par les apôtres à Jérusalem sont remises dans les Assemblées, réponse claire pour tout Juif qui voulait assujettir les Gentils au judaïsme ; ces décrets, on peut le remarquer, sont les décrets «des apôtres et des anciens» (v. 4).

C’est le Saint Esprit seul qui dirige Paul : il lui défend de prêcher dans la province d’Asie et ne lui permet pas non plus de passer en Bithynie. Par une vision, pendant la nuit, lui et ses compagnons sont appelés à aller en Macédoine (vers. 9 et suiv.) ; et ici l’historien de leurs travaux lui-même se joint à eux. C’est le Seigneur qui les appelle en Macédoine et ils tâchent aussitôt de s’y rendre. Il est bon de noter ici que, tandis que l’Évangile est envoyé par le ministère de Paul à toute la création sous le ciel, il n’y a pas moins une direction spéciale quant à l’endroit où nous devons aller.

Arrivé à Philippes, l’apôtre va premièrement vers les Juifs, lors même qu’il ne trouve que quelques femmes qui se réunissaient au bord du fleuve, lieu ordinaire de prières, à ce qu’il paraît, là où il n’y avait point de synagogue. Une femme grecque qui adorait le Dieu d’Israël, est convertie par la grâce ; ainsi la porte est ouverte, et d’autres croient (vers. 40).

Ici Satan veut intervenir dans l’oeuvre qui s’accomplit, en rendant un témoignage aux ministres de la Parole (vers. 16 et suiv.). Ce n’est pas que cet esprit, dont il est parlé ici, reconnaisse Jésus ; s’il l’eût fait, il n’aurait pas été un mauvais esprit, il n’aurait pas ainsi possédé cette femme. Il parle des ministres de la Parole pour avoir sa part à la gloire de l’oeuvre comme il parle du Dieu très Haut : il est peut-être forcé par la présence de l’Esprit, à parler, comme d’autres démons ont été forcés de parler par la présence de Jésus quand ils étaient en face de la puissance qu’Il exerçait. Un mauvais esprit ne saurait reconnaître Jésus pour son Seigneur ; et si Paul n’avait pas été fidèle, il aurait mêlé l’oeuvre de l’Ennemi avec celle du Seigneur. Mais ce n’était pas un témoignage en faveur de Paul que Paul cherchait, ni un témoignage rendu par un démon, quelles que fussent les apparences de son témoignage. La preuve que le démon devait fournir à la présence de la puissance de Dieu, c’était de céder à cette puissance en sortant de la femme : le démon ne pouvait être à l’appui de l’oeuvre de Dieu. On voit, dans cette circonstance, le désintéressement de l’apôtre, son discernement spirituel, la puissance de Dieu avec lui, et la foi qui ne veut pas d’autre appui que celui de Dieu. Il eût été commode pour Paul d’avoir un témoignage rendu à son ministère ; et le raisonnement de la chair eût pu dire : «Je ne l’ai pas cherché». La persécution eût été évitée ; mais Dieu ne veut avoir d’autre témoignage que celui qu’il rend à Lui-même ; nul autre ne peut être un témoignage venant de Lui, car Il se révèle Lui-même là où il n’est pas connu. La foi, pour rendre le témoignage qu’elle est appelée à rendre, ne s’attend qu’à Lui. Paul a voulu laisser faire, sans se préoccuper de la malice de l’Ennemi à son égard, et peut-être évitait-il sagement un conflit où il n’y avait pas de fruit pour le Seigneur, jusqu’à ce que par son insistance l’Adversaire l’ait forcé à prêter attention à ses efforts. L’Esprit de Dieu ne souffre pas la présence d’un démon quand celui-ci manifeste activement sa présence devant Lui ; Il ne se prête pas à ses ruses, en lui donnant de l’importance par une intervention volontaire, car Il a son oeuvre à lui et il ne s’en détourne pas pour s’occuper de l’Ennemi. Il s’occupe des âmes en amour, mais si Satan se place sur son chemin de manière à jeter les âmes dans la confusion, l’Esprit se révèle dans son énergie, et l’Ennemi s’enfuit devant lui.

Mais Satan n’est pas sans ressources ; le pouvoir qu’il ne peut pas exercer directement, il l’emploie à soulever les passions et les convoitises des hommes en opposition à une puissance à laquelle il ne peut résister en face et qui ne peut pas se joindre à lui ou le reconnaître. Comme Jésus est prié par les Gadaréniens de quitter leur territoire quand il guérit l’homme appelé Légion (Matt. 8:34), les Philippiens, soulevés par celui qui avait perdu son gain déshonnête, s’ameutent contre Paul et ses compagnons ; mais Dieu dispose de tout cela pour diriger le progrès de son oeuvre, et lui donner la forme qu’il trouve bonne. Le geôlier doit être converti et les magistrats eux-mêmes doivent reconnaître leurs torts à l’égard des messagers de Dieu. L’Assemblée un troupeau plein d’amour et d’affection, est rassemblée, l’épître qui lui a été adressée en est témoin : puis l’apôtre va travailler ailleurs. On voit ici un témoignage plus actif, plus énergique et une intervention de Dieu plus éclatante que dans un cas analogue où Pierre était en scène. Avec Pierre, on est dans la vieille Jérusalem, usée en tout sauf en haine, et Dieu est fidèle à celui qui se confie en lui : la haine est désappointée. Paul et Silas chantent au lieu de dormir dans la prison ; toutes les portes s’ouvrent avec éclat ; le geôlier lui-même est converti avec sa famille, et les magistrats sont obligés de venir comme des suppliants vers Paul. Tel est l’effet de l’émeute à Philippes. L’Ennemi s’est trompé ici, et s’il y a arrêté l’oeuvre de l’apôtre, il l’a envoyé prêcher ailleurs selon la volonté de Dieu.

On ne doit pas passer ici sous silence non plus cette énergie qui, embrassant des maisons entières, les soumet à la foi chrétienne, énergie qui ne se montre du reste que lorsqu’il s’agit de l’introduction des Gentils (*) : mais Corneille, Lydie, le geôlier de Philippes sont tous témoins de cette puissance.

(*) Cependant nous voyons à Lydde et Saron (le Saron est un district le long de la côte) quelque chose d’analogue à l’introduction d’un peuple (Actes 9:32-35). Tous ceux qui habitent cette contrée, ayant entendu parler du miracle opéré sur Énée, se tournent vers le Seigneur.

15               Chapitre 17

Dans ce qui est arrivé à Philippes, c’est la puissance qu’exerçait l’Ennemi sur les passions des Gentils qui a suscité, la persécution contre les apôtres ; à Thessalonique nous retrouvons l’ancienne et universelle inimitié des Juifs contre le témoignage et l’oeuvre de Dieu. Cependant beaucoup de Juifs et de prosélytes reçoivent l’Évangile ; — mais à la suite d’une émeute les apôtres s’en vont à Bérée (vers. 10). Ici les Juifs sont plus nobles : ils examinent d’après la Parole ce qu’ils ont entendu ; c’est pourquoi aussi un grand nombre d’entre eux croient. Mais les Juifs de Thessalonique, jaloux du progrès de l’Évangile, se rendent à Bérée, et les frères se hâtent de faire sortir Paul de la ville où Silas et Timothée restent cependant pour le moment, Paul étant l’objet spécial de la poursuite des Juifs. L’apôtre se rend à Athènes ; et là, tout en discourant dans la synagogue, ému à la vue de l’idolâtrie universelle de cette ville fainéante, il dispute tous les jours sur la place publique avec les philosophes. À la suite de ces entretiens, il annonce le vrai Dieu devant les principaux de cette capitale intellectuelle du monde d’alors, ayant fait dire à Timothée et à Silas de le rejoindre.

Avec un tel peuple (tel est l’effet de la culture intellectuelle sans Dieu), il faut que l’apôtre descende au plus bas échelon de la vérité ; il démontre l’unité du Dieu Créateur, et la relation de l’homme avec lui, en déclarant aussi que Jésus jugerait ce monde, Dieu en ayant donné la preuve en le ressuscitant d’entre les morts (v. 22-31). On croirait ici entendre Pierre s’adresser aux Juifs, sauf qu’il remplace le jugement de ce monde par la promesse du retour de Jésus. Il ne faut pas supposer que notre historien nous ait rapporté tout le discours de Paul ; le Saint Esprit nous donne seulement ce qui caractérise sa manière d’appliquer la vérité aux circonstances de ceux auxquels il s’adresse. Ici l’effet produit sur l’esprit des auditeurs a été que Paul prêchait Jésus et la résurrection. Il paraît même que quelques-uns prenaient Jésus et la résurrection pour des dieux. L’apôtre pose bien la base du christianisme qui est fondé sur la personne de Jésus et sur le fait de sa résurrection, mais il ne fait que poser ce fondement.

J’ai dit que son discours rappelle la prédication de Pierre, et en cela j’ai voulu parler du degré d’élévation de la doctrine à l’égard de Christ. On remarquera, en même temps, combien l’application des faits aux personnes auxquelles Paul s’adresse, est juste et à propos. Pierre montre le Christ rejeté, monté en haut et prêt à revenir si les Juifs se repentaient, le Christ qui devait établir à sa venue tout ce dont les prophètes avaient parlé. Ici, à Athènes, le jugement du monde — sanction de la vérité pour la conscience naturelle — est présenté aux savants et au peuple curieux, mais rien qui ait pu intéresser leur esprit philosophique : un témoignage clair et convaincant toutefois de la folie de leur idolâtrie, d’après ce que la conscience naturelle de leurs poètes elle-même avait reconnu.

16               Chapitre 18

Le gain déshonnête auquel Satan fournissait l’occasion, a rencontré l’Évangile à Philippes ; à Athènes ce même Évangile se retrouve en face de la dureté et de l’indifférence morale du savoir qui flattait la vanité humaine, comme il rencontre à Thessalonique les efforts de la jalousie juive. L’Évangile victorieux sur l’une de ces dispositions hostiles et cédant à l’effet d’une autre, poursuit son chemin, et après avoir exposé aux Athéniens instruits tout ce que leur état pouvait supporter, il les quitte pour trouver, au milieu du luxe et des moeurs dépravées de la riche Corinthe, un peuple nombreux à ajouter à l’Assemblée. Telles sont les voies de Dieu et les exercices de son serviteur dévoué, conduit par l’Esprit.

On remarquera que cette énergie qui cherche les Gentils ne perd jamais de vue la faveur de Dieu envers le peuple de son choix, faveur qui cherchait ce peuple jusqu’à ce que lui-même la rejetât.

À Thessalonique Paul reçoit deux fois des secours de Philippes ; à Corinthe où l’argent et le commerce abondaient, il travaille paisiblement avec deux de ses compatriotes qui sont du même métier que lui. Ici encore l’apôtre commence par s’adresser aux Juifs ; ils s’opposent à sa doctrine et blasphèment. L’apôtre prend son parti avec la hardiesse et la décision d’un homme vraiment conduit de Dieu, avec calme et connaissance, de manière à ne pas s’en laisser détourner : il secoue ses vêtements, en déclarant qu’il est pur de leur sang, et qu’il se tourne vers les Gentils selon Ésaîe 49, prenant cette prophétie comme un commandement de Dieu.

Ici, à Corinthe, Dieu a «un grand peuple», aussi emploie-t-il l’indifférence incrédule de Gallion pour déjouer les projets et la malice des Juifs, jaloux comme toujours d’une religion qui annulait leur importance quelle que fût d’ailleurs la grâce de Dieu envers eux.

Paul après avoir longtemps travaillé à Corinthe, s’en va en paix ; ses amis juifs, Priscilla et Aquilas, s’en vont avec lui (vers : 18) : il se rendait à Jérusalem, ayant fait un voeu. L’opposition des Juifs n’ôtait pas à Paul son attachement pour sa nation, ni sa fidélité à lui prêcher tout premièrement l’Évangile et à lui reconnaître tout ce qui lui appartenait en grâce devant Dieu ; il se soumet même aux ordonnances juives. Peut-être les habitudes avaient-elles encore sur lui quelque influence qui n’était pas de l’Esprit : mais quoi qu’il en fût, il n’avait, selon l’Esprit, aucune pensée de méconnaître ce que la patiente grâce de Dieu accordait au peuple. Il s’adresse aux Juifs à Éphèse ; ceux-ci sont disposés à l’écouter, mais il veut célébrer la fête à Jérusalem. Ici il est encore Juif avec ses fêtes et ses voeux. L’Esprit a évidemment introduit ces circonstances pour nous donner un tableau vrai et complet des relations entre le système juif et celui dont Paul était le ministre, le degré d’affranchissement de l’influence de l’un, aussi bien que l’énergie qui établissait l’autre. Un ancien système qui se lie à la chair, retient souvent son influence dans une certaine mesure, lorsque l’énergie pour agir d’après un autre système qui est spirituel, existe à un très haut degré. La liberté qui condescend aux préjugés et aux habitudes n’est pas l’assujettissement à ces préjugés dans notre propre personne. Les deux choses se mêlent dans notre faiblesse ; mais elles sont de fait opposées l’une à l’autre. Respecter ce que Dieu respecte, quand on est appelé à agir en rapport avec un système, lors même que ce qu’on respecte n’est plus réellement qu’une superstition et une faiblesse, et que le système même a perdu toute force et toute valeur réelle, est autre chose que se placer sous le joug de la superstition et de la faiblesse. La première manière d’agir est l’effet de l’Esprit, la dernière celle de la chair. En nous, hélas ! l’une se confond souvent avec l’autre ; la charité devient la faiblesse qui jette de l’incertitude dans notre témoignage.

Paul continue son voyage, monte à Jérusalem et salue l’assemblée (vers. 22) ; puis il descend à Antioche et visite de nouveau toutes les premières assemblées qu’il avait formées, reliant ainsi toute son oeuvre, Antioche et Jérusalem. Jusqu’à quel point ses anciennes habitudes exerçaient-elles de l’influence sur lui dans sa manière de faire, c’est ce que je laisse au lecteur à juger. Il était Juif. Le Saint Esprit a voulu nous faire voir que l’apôtre était aussi loin que possible de tout mépris envers l’ancien peuple de Dieu pour lequel la faveur divine ne changera jamais. Le sentiment de Paul à ce sujet était sûrement juste : la Parole nous montre que, dans un autre cas, il a dépassé les limites que l’Esprit et la spiritualité auraient mis à ce sentiment. La Parole ne nous donne ici que les faits, et l’apôtre peut avoir eu quelque raison particulière et valable, à cause de la position dans laquelle il était. On peut se trouver dans des circonstances qui contredisent la liberté du Saint Esprit, et qui cependant lorsqu’on y est, ont un certain droit sur nous ou exercent une influence qui affaiblit nécessairement dans l’âme l’énergie de cette liberté ; on a tort de s’y placer, mais une fois qu’on s’y trouve, les droits se font valoir et l’influence s’exerce. Un homme appelé de Dieu à le servir, chassé de la maison de son père, marche dans la liberté de l’Esprit. Plus tard, sans que son père soit changé, il rentre dans la maison paternelle : les droits de son père renaissent : où est sa liberté ? Un homme ayant une intelligence spirituelle beaucoup plus claire que quelques-uns de ses amis, se place au milieu d’eux : il est presque impossible qu’il conserve un jugement spirituel. Quoi qu’il en soit ici, c’est du côté de celui qui jouissait de la liberté et de la plénitude de la grâce que le lien est formé volontairement avec un système qui était encore sous le joug de la loi. Les chrétiens à Jérusalem restent au niveau de leurs premiers préjugés, réclamant la patience et l’indulgence de celui qui était le vase et le témoin de la liberté de l’Esprit de Dieu.

Ceci, avec le supplément de l’oeuvre de Paul à Éphèse, forme le cercle des travaux actifs de l’apôtre, pour nous montrer en lui les voies de l’Esprit envers les hommes dans l’Évangile.

Du verset 24 du chapitre 18 jusqu’au verset 7 du chapitre 19 nous trouvons une espèce de résumé des progrès de la doctrine de Christ, et de la puissance qui l’accompagnait. Apollos ne connaissait que les enseignements de Jean ; mais d’un coeur droit, il confessait devant tous ce qu’il savait, et l’annonçait publiquement : il y avait chez lui la foi d’une âme régénérée. Aquilas et Priscilla l’éclairent pleinement sur les faits de l’Évangile et sur la doctrine d’un Christ mort et glorifié. Quand il arrive à Corinthe, Apollos est devenu déjà un puissant docteur de l’évangile du Seigneur, au milieu des Juifs, confirmant ainsi la foi des disciples. L’énergie du Saint Esprit se manifeste en lui sans aucune intervention de Paul ou des douze. Il agit indépendamment ; c’est-à-dire, l’Esprit agit en lui indépendamment de l’autorité déjà conférée à d’autres ; certaines personnes pouvaient dire : je suis «d’Apollos» (1 Cor. 1:12). Il est intéressant de voir ces diverses manifestations de la puissance et de la liberté du Saint Esprit et de se souvenir que le Seigneur est au-dessus de tout, et que s’il agit beaucoup par un Paul, il agit aussi en qui il veut.

D’un autre côté, dans ce qui suit, nous trouvons le progrès de la révélation divine liée à la puissance apostolique de Paul ; la présence de cette puissance dans l’apôtre est fortement dessinée et constatée par le pouvoir de communiquer le Saint Esprit.

17               Chapitre 19

Pendant qu’Apollos était à Corinthe, Paul trouve à Éphèse douze personnes qui croyaient, mais qui n’avaient pas d’autre instruction que celle de Jean. Leur baptême se rapportait à l’enseignement de Jean : c’était un Christ à venir qu’ils attendaient et un Saint Esprit qui devait être communiqué par Lui. Or, le baptême de Jean exigeait la repentance, mais ne sortait nullement du giron judaïque, tout en ouvrant une perspective de choses plus excellentes qui découlaient de la souveraineté de Dieu et seraient l’effet de la venue de Christ. Mais ce baptême de Jean était un baptême de repentance pour l’homme sur la terre, et ne signifiait pas la mort et la résurrection. La grâce agissait dans un Résidu, mais dans un Résidu dont Jésus était le compagnon sur la terre. Le christianisme (car le péché de l’homme a été mis pleinement en évidence) se base sur la mort et sur la résurrection, d’abord sur celle de Christ, par laquelle la rédemption est accomplie ; ensuite sur notre mort et notre résurrection avec Christ, de manière à nous placer en lui et tels que lui, devant Dieu dans une vie sans péché, ayant une vie dont Sa vie est la source, et étant lavés de tous nos péchés dans son sang. Le baptême de Jean n’enseignait, de fait, que la repentance ici-bas, pour préparer les Juifs à recevoir le Christ ; le christianisme, par contre, enseigne l’efficace de la mort et de la résurrection d’un Christ rejeté, en vertu de laquelle on recevait le Saint Esprit, le Paraclet descendu du ciel. Les douze hommes d’Éphèse savaient bien que Jean avait annoncé que par l’intervention du Christ on serait baptisé du Saint Esprit, mais ils ne savaient pas si ce Saint Esprit existait déjà (*), preuve claire qu’ils n’étaient pas encore entrés dans la maison de Dieu où l’Esprit demeurait. Paul leur explique cela et ils sont baptisés au nom de Jésus. Paul, dans sa capacité d’apôtre, leur impose les mains et ils reçoivent le Saint Esprit ; ils parlent en langues et prophétisent (vers. 6).

(*) Littéralement : «Si l’Esprit saint est». Cette expression, la même qu’en Jean 7:39, est un témoignage très frappant à l’importance et à la présence distincte du Saint Esprit sur la terre. Cette présence est appelée «le Saint Esprit», bien que nous sachions tous qu’Il était de tout temps. Mais ce qui est appelé «le Saint Esprit», c’est-à-dire sa présence ici-bas, n’avait jamais été auparavant.

Il faut que cette puissance de l’Esprit et celui qui en est l’instrument se dessinent nettement devant nos yeux. La capitale de l’Asie (c’est-à-dire de la province romaine de ce nom) est la scène où cette action de l’Esprit est mise en évidence. Dans cette ville nous verrons se déployer une puissance qui agit indépendamment de toutes les formes traditionnelles, et domine tout ce qui l’entoure, l’homme, l’Ennemi, la conscience — une puissance organisatrice qui forme d’elle-même et pour elle-même, les institutions et le corps qui lui conviennent. La puissance de la grâce agissante avait été déployée dans l’oeuvre de Paul depuis Antioche, et s’était montrée de diverses manières : maintenant, ici à Éphèse, nous avons des détails sur l’établissement formel de l’oeuvre de cette grâce dans un grand centre.

Pendant trois mois de patience l’apôtre annonce Jésus dans la synagogue et discute avec les Juifs, conscient de la force divine et de la vérité. Il accorde la préséance, comme sphère de témoignage, à ceux qui avaient été l’instrument et le peuple de Dieu ; «au Juif premièrement». On ne peut plus dire : «Le salut vient des Juifs» ; mais ce salut est annoncé à eux premièrement.

Cependant l’oeuvre que l’apôtre faisait au milieu d’eux ayant eu son développement, et plusieurs se montrant adversaires, Paul agit comme fondateur de ce qui convenait à Dieu, et de la part de Dieu : il sépare les disciples et discourt sur le christianisme dans la salle d’un Grec qui tenait une classe publique. Il continue ainsi pendant deux ans, en sorte que la doctrine a été répandue dans tout le pays, soit parmi les Juifs, soit parmi les Grecs. Dieu ne manque pas de rendre témoignage à la parole de sa grâce, et sa puissance est déployée d’une manière remarquable en rapport avec la personne de l’apôtre qui rend le témoignage. Les manifestations de la puissance de l’Ennemi disparaissent devant l’action de cette puissance libératrice du Seigneur, et le nom de Jésus est glorifié. Or la réalité de cette action divine confiée aux mains de l’apôtre, a été démontrée d’une manière frappante : d’un côté la source de la délivrance divine, accordée à l’homme dans l’action personnelle, positive et réelle du Seigneur, et de l’autre, la mission de Paul, et la foi comme moyen par lequel cette force surnaturelle opérait, ont été publiquement mises en évidence. Certains Juifs veulent se servir des noms de Jésus et de Paul comme d’instruments de puissance dans leur intérêt propre (vers. 13 et suiv.) ; et, sans la foi, ils emploient le nom de Jésus que Paul prêchait, comme si ce nom renfermait une espèce de charme. Or le mauvais esprit, dont la puissance était aussi vraie et réelle dans son genre que celle du Seigneur qu’il était forcé de reconnaître lorsqu’elle était en exercice, savait très bien qu’il en était autrement, qu’il n’y avait ici ni foi, ni puissance. «Je connais Jésus», dit-il aux fils de Scéva, «et je sais qui est Paul ; mais vous, qui êtes-vous ?» et l’homme possédé se jette sur eux et les maltraite ; — éclatant témoignage rendu à l’action de l’Ennemi, éclatant témoignage rendu aussi, en même temps, et à la force supérieure qui arrêtait celui-ci quand elle le trouvait bon, et à la réalité de l’intervention de Dieu qui opérait par le moyen de Paul. Or quand Dieu se montre, la conscience se montre toujours, et l’influence de l’Ennemi sur elle se manifeste et est abolie. La frayeur s’empare des esprits des Juifs et des Grecs, et plusieurs de ceux qui avaient cru apportent les preuves de leurs sorcelleries passées et brûlent leurs livres. La puissante action de l’Esprit se montre dans la décision qu’elle a produite, dans la réalisation immédiate et sans hésitation des pensées et des résolutions engendrées dans les coeurs : il ne s’agissait pas de longs raisonnements avec soi-même ; la présence et la puissance de Dieu avaient produit les effets qui leur étaient propres.

Les ressources de l’Ennemi n’étaient cependant pas épuisées. L’oeuvre de Dieu était faite dans le sens de l’établissement du témoignage par l’oeuvre apostolique ; et Dieu envoyait son serviteur ailleurs (vers. 21 et suiv.). L’Ennemi, maintenant, ainsi qu’il le fait habituellement, suscite du tumulte, excite les passions des hommes contre les instruments du témoignage de Dieu. Déjà Paul avait le dessein de quitter l’Asie, quoique un peu plus tard seulement : il avait donc envoyé devant lui en Macédoine, Timothée et Éraste, ayant lui-même l’intention de visiter la Macédoine et l’Achaïe pour se rendre ainsi à Jérusalem, et ensuite à Rome : l’apôtre demeure donc quelque temps encore en Asie. Or après le départ de ces deux frères qui devaient le précéder, Démétrius ameute le peuple contre les chrétiens. Acharné contre l’Évangile qui ébranlait tout le système en rapport avec lequel il faisait sa fortune, et qui était lié à tout ce qui lui donnait de l’importance, cet instrument de l’Ennemi sait agir sur les passions des ouvriers qui travaillaient au métier dont il s’occupait lui-même, car il faisait de petits sanctuaires portatifs de Diane, en argent. Son travail se rattachait à ce que tout le monde admirait, à un objet de culte qui était en possession des esprits, à ce qui avait longtemps donné sa couleur aux habitudes religieuses du pays ; or c’est un grand soulagement pour l’homme qu’il y ait un objet de culte ayant ce caractère. Une grande partie de l’influence qu’exerçait cette idole sur les masses était non pas : «Grande est Diane», mais : «Grande est la Diane des Éphésiens». Outre les motifs qui gouvernaient Démétrius, il y avait dans tout ce qui se passait à Éphèse la puissance de l’Ennemi parmi les Gentils. Les Juifs, à ce qu’il paraît, ayant voulu profiter de la disposition des esprits, poussent en avant un certain Alexandre, peut-être celui qui s’était opposé à Paul, et qu’ils supposaient par conséquent devoir être écouté par le peuple ; mais c’était le démon d’idolâtrie qui agitait les foules, et les Juifs ont été déçus dans leur espoir. Soit les frères, soit quelques-uns des Asiarques (*) empêchent Paul de se montrer dans le théâtre ; l’assemblée est dissoute par les autorités de la ville, et Paul ayant vu les disciples, s’en va en paix (**). Son oeuvre était achevée là ; et l’Évangile planté dans la capitale de la province d’Asie, et même dans toute la province : la Grèce et la Macédoine l’avaient déjà reçu.

(*) Les Asiarques étaient des magistrats honoraires, pris parmi les notables, et chargés de présider à la célébration des fêtes religieuses.

(**) Il peut être intéressant pour le lecteur que j’indique l’époque à laquelle Paul a écrit quelques-unes de ses épîtres ; et ces observations ne seront pas sans utilité pour aider à comprendre cette partie de l’histoire du Nouveau Testament. Paul a écrit d’Éphèse, la première aux Corinthiens et la leur a fait passer par les mains de Tite. Il a envoyé Timothée par la Macédoine, et nous voyons que celui-ci devait peut-être aller en Grèce : «s’il vient» dit l’apôtre aux Corinthiens. L’émeute dans laquelle la vie de l’apôtre a été en grand danger à Éphèse arrive ; il ne pensait pas qu’il conserverait sa vie. Il s’était proposé de passer par la Grèce, en Macédoine, et de revenir ensuite en Grèce ; mais l’état de Corinthe l’en a empêché, et il passe par la Macédoine. Il se rend d’abord à Troas, mais ne s’y arrête pas ; il est beaucoup exercé en Macédoine et n’a pas de repos, parce que Tite n’avait encore apporté aucune nouvelle des Corinthiens. Tite cependant le trouve là, et l’apôtre est consolé dans son affliction par la bonne nouvelle du retour des Corinthiens à des sentiments plus saints et plus chrétiens. Là-dessus, il écrit à ceux-ci la seconde lettre, et après avoir visité les églises, il continue sa route vers Corinthe. De là il écrit son épître aux Romains. Je ne m’occupe ici que de ce qui se rapporte à cette partie de l’histoire de l’apôtre et jette de la clarté sur ses travaux.

Rome restait encore à visiter ; de quelle manière Paul doit-il s’y rendre ? C’est la question qui reste maintenant. La vie libre et active de l’apôtre, en tant qu’elle nous a été donnée par le Saint Esprit, se termine ici ; vie bénie d’une foi presque sans égale, d’une énergie qui a dépassé tout ce qu’on a vu dans les hommes ; — vie qui, par la puissance divine qui y travaillait, a produit les effets voulus de Dieu à travers des obstacles en apparence insurmontables et malgré toutes sortes d’oppositions, dans le mépris et le dénuement ; — vie enfin qui, comme instrument entre les mains de Dieu, a imprimé son caractère sur l’Église en lui donnant son existence. Cette vie a produit ces effets malgré deux religions hostiles qui partageaient le monde civilisé ; malgré un système religieux qui possédait la vérité, mais cherchait toujours à la retenir dans les limites des traditions qui accordaient quelque place à la chair — système qui pouvait invoquer la priorité et l’appui des habitudes des apôtres nommés par le Seigneur lui-même.

L’Église, comme Paul l’a prévu, a bientôt, sans doute, repris ses allures judaïques, quand l’énergie de l’apôtre lui a manqué. Il faut la puissance de l’Esprit pour monter plus haut que la religiosité de la chair : la piété ne sort pas nécessairement de celle-ci, et la puissance n’est jamais une tradition. La puissance est toujours la puissance, et partant, elle est indépendante de l’homme et de ses traditions, lors même qu’elle les supporte par amour. La chair reprend donc toujours le chemin des traditions et des formes, car elle n’est jamais puissance dans les choses de Dieu, quoiqu’elle puisse reconnaître le devoir. Elle ne monte par conséquent pas au ciel ; elle ne comprend pas la grâce ; elle peut voir ce que l’homme devrait être pour Dieu (sans en voir cependant toutes les conséquences si Dieu est révélé), mais elle ne peut voir en aucune façon ce que Dieu est pour l’homme dans sa grâce souveraine. Là où l’Esprit a agi, la chair gardera peut-être la doctrine de la grâce comme orthodoxie ; mais elle ne placera jamais l’âme dans la jouissance de cette grâce. C’est ce retour charnel à un esprit légal et traditionnel, plus que les violences des païens ou la haine des Juifs, qui a navré le coeur de l’apôtre béni et fidèle et qui a été la source de ses angoisses. Il a eu, par grâce, un caractère ou plutôt une position plus semblable à Christ qu’aucun autre sur la terre. Ses épîtres nous montrent combien ont été grands les combats auxquels cette position l’a exposé, et quelle a été cette âme ardente qui — embrassant dans ses pensées tous les conseils révélés de Dieu, mettant chaque partie à sa place, et étendant ses affections à tout l’ensemble de l’oeuvre et de l’Assemblée de Dieu — savait en même temps concentrer toute l’énergie de sa pensée sur un seul point important, et toute l’énergie de son affection sur un pauvre esclave que la grâce lui avait donné dans ses chaînes. Comme instrument de l’Esprit, il brille d’une clarté céleste au milieu de tout ce qui l’entourait dans l’oeuvre de l’Évangile. Il condescend à la faiblesse de la foi de ses frères à Jérusalem, élève sa voix avec force en Galatie quand on pervertit les âmes, amène les apôtres à décider que la liberté des Gentils sera maintenue, et use de toute liberté pour se faire comme Juif aux Juifs, et comme sans loi à ceux qui n’avaient point de loi — mais toujours soumis à Christ. Mais combien était grande la difficulté de maintenir la hauteur de la vie et de la révélation spirituelle au milieu de tant de tendances contraires ! Aussi était-il «sans reproche» : rien au dedans de lui n’empêchait la communion avec Dieu, cette communion dans laquelle il puisait sa force pour être fidèle au milieu des hommes. Lui pouvait dire, et personne que lui : «Soyez mes imitateurs, comme moi aussi je le suis de Christ» (1 Cor. 11:1) ; il pouvait dire : «J’endure tout pour l’amour des élus, afin qu’eux aussi obtiennent le salut qui est dans le Christ Jésus, avec la gloire éternelle» (2 Tim. 2:10). Ces paroles ne seraient hors de place dans la bouche du Sauveur lui-même, quoique dans un sens plus élevé sans doute, car le Sauveur a porté pour Paul lui-même la colère qui aurait été la condamnation éternelle de celui-ci ; mais elles font ressortir la position remarquable de Paul comme vase de l’Esprit qui se servait de lui. «J’accomplis dans ma chair», dit-il, «ce qui reste (*) encore à souffrir des afflictions du Christ pour son corps qui est l’Assemblée, de laquelle moi je suis devenu serviteur... pour compléter la parole de Dieu» (Col. 1:24, 25).

(*) Le lecteur doit distinguer les souffrances du Seigneur pour le péché, de la part de Dieu agissant en justice — et Ses souffrances pour la justice, de la part des hommes pécheurs. Nous avons part à ces dernières, tandis que Christ nous a sauvés des premières. Il ne s’agit nullement pour nous de participer aux premières, mais de la substitution de Christ pour nous quand nous avions mérité la condamnation due au péché.

Jean, par sa connaissance intime de la personne de Christ, né sur la terre et fils de Dieu, a pu maintenir cette vérité essentielle et individuellement vitale, dans le champ même où Paul a travaillé ; mais c’était la part de Paul d’être l’instrument actif de la propagation de la vérité qui sauve l’âme et qui met l’homme ruiné en rapport avec Dieu par la foi, en communiquant tous les conseils de Dieu en grâce.

Paul était homme cependant, tout en étant un homme merveilleusement béni. La force intrinsèque du judaïsme en rapport avec la relation de celui-ci avec la chair est étonnante. En effet, pour ce qui regarde le résultat, si l’homme descend au-dessous de la grâce, c’est-à-dire, au-dessous de Dieu, il est mieux, dans un certain sens, qu’il soit homme sous la loi, qu’homme sans loi : il sera l’un ou l’autre, mais en entrant dans l’idée exclusive du devoir, l’homme oublie Dieu tel qu’il est, car Dieu est amour et il oublie trop souvent aussi l’homme tel qu’il est, car il est péché. Si l’homme réunit les idées de devoir et de péché, un esclavage continuel en est la conséquence ; et c’est à cette idée de péché et de devoir, en y ajoutant des ordonnances pour soulager la conscience chargée, que le christianisme a été généralement réduit. On a établi des formes pour créer la piété là où la communion manque ; on a revêtu du nom de Christ et de l’autorité de la soi-disant Église, l’existence réelle de ce qui, dans sa réalité, s’identifie avec le principe de la grâce souveraine (Voyez Éph. 5:24).

Mais reprenons l’histoire de Paul.

18               Chapitre 20

Lorsque le calme est rétabli à Éphèse, Paul fait venir les disciples, les embrasse et part pour la Macédoine ; il visite tout ce pays et se rend en Grèce. Le commencement de la seconde épître aux Corinthiens donne les détails de cette partie de l’histoire de l’apôtre. Il reste trois mois en Grèce ; puis, à la suite des embûches qui lui sont dressées par les Juifs, il reprend la route de Macédoine au lieu de se rendre directement en Syrie. À Troas, où une porte lui avait été ouverte lors de son voyage vers la Grèce, mais où son affection pour les Corinthiens ne lui avait pas permis de rester, il passe le premier jour de la semaine, et même toute la semaine afin de voir les frères. On voit ici le but habituel de la réunion des fidèles : «ils s’assemblent pour rompre le pain» ; on voit encore que cela se fait ordinairement «le premier jour de la semaine». Paul profite de cette occasion pour parler toute la nuit à l’assemblée, mais l’occasion était extraordinaire. La présence et les exhortations d’un apôtre n’ont pas empêché le sommeil de l’un au moins des assistants ; cependant on n’était pas réuni en cachette ou dans les ténèbres : il y avait beaucoup de lampes pour éclairer la chambre haute où les fidèles se réunissaient. On peut voir par la nature du local où se tenait cette assemblée que les assemblées ne se composaient pas de beaucoup de monde : la chambre haute à Jérusalem recevait cent vingt personnes peut-être. Nous pouvons juger par diverses salutations que nous trouvons dans les épîtres, qu’on se réunissait dans des maisons particulières, et probablement dans plusieurs, si le nombre des croyants l’exigeait ; seulement il n’y avait qu’une Église ou Assemblée.

Eutyche porte la peine de son inattention ; mais en le relevant d’un état de mort, Dieu rend témoignage à sa propre bonté et à la puissance dont il avait doué l’apôtre. Paul étant descendu, se penche sur le jeune homme, l’embrasse, et dit que son âme est encore en lui ; il ne s’agissait que de renouer la relation entre elle et l’organisme physique. Dans d’autres cas semblables l’âme a été rappelée dans le corps.

Paul, continuant sa route, veut se rendre seul de Troas jusqu’à Assos. Dans toute l’histoire qui nous occupe, on voit que l’apôtre, par ce pouvoir que l’Esprit lui donnait sur ses compagnons, disposait de leurs services volontaires, non pas en maître sans doute, mais plus absolument que s’il eût été leur maître : il est (sous Christ) le centre du système dans lequel il travaille, le centre d’énergie. Christ seul peut être, de droit, centre quant au salut et à la foi : Paul n’était le centre de cette énergie même, qu’en tant qu’il était rempli de l’Esprit de Dieu, et ceci, ainsi que nous l’avons vu, en ne contristant pas l’Esprit, en s’exerçant à avoir une conscience sans reproche, soit à l’égard de Dieu, soit à l’égard des hommes.

L’apôtre ne veut pas s’arrêter à Éphèse parce que, dans un tel centre, il aurait dû demeurer quelque temps. Ce n’était pas manque d’affection pour les chers Éphésiens, ni la pensée de les négliger ; mais il faut éviter ce qui a un certain droit moral sur nous, si nous ne voulons et ne devons pas être retenus par l’obligation que nous impose ce droit. Paul fait venir les anciens d’Éphèse, et leur adresse un discours qu’il faut examiner un peu comme nous présentant la position dans laquelle se trouvait maintenant l’Église et l’oeuvre de l’Évangile parmi les nations.

Les Assemblées étaient consolidées sur une assez vaste étendue de pays et, en divers lieux au moins, elles avaient pris la forme d’une institution régulièrement ordonnée. Des anciens avaient été établis et reconnus : l’apôtre peut les faire venir auprès de lui ; son autorité aussi était reconnue de leur part. Il leur parle de son ministère comme d’une chose passée (pensée solennelle !), les prenant à témoin non seulement de ce qu’il leur a prêché la vérité, mais une vérité qui s’adressait à leur conscience : d’un côté les plaçant devant Dieu, et de l’autre leur présentant Celui en qui Dieu se faisait connaître, et en qui Il communiquait toute la plénitude de la grâce, savoir Jésus, objet de leur foi et Sauveur de leurs âmes. Il leur avait annoncé ces choses à travers les peines et les difficultés, en présence de l’opposition sans conscience des Juifs qui avaient rejeté le Christ. L’apôtre avait accompli sa pénible tâche selon la grâce qui l’élevait au-dessus de ce mal, annonçant aux Juifs le salut et dépassant les limites de ce peuple, parce qu’il s’agissait de la grâce, s’adressant aux Gentils, à tout homme pécheur et responsable ; enfin, il avait fait tout cela, non avec l’orgueil d’un docteur, mais avec l’humilité et la persévérance de l’amour. Aussi désirait-il achever son ministère et ne manquer en rien à ce que Jésus lui avait confié ; et maintenant il allait à Jérusalem, se sentant lié dans son esprit à le faire, ne sachant ce qui devait lui arriver, mais averti par l’Esprit que des liens et de la tribulation l’attendaient. Quant aux fidèles d’Éphèse, Paul savait que son ministère était terminé à leur égard, et qu’il ne devait plus voir leur face. Dorénavant, la responsabilité pèserait sur eux.

Ainsi ce que le Saint Esprit nous présente dans ce touchant passage, c’est que là où le récit détaillé du travail de l’apôtre au milieu des Gentils pour planter l’Évangile, nous présente un tableau complet du résultat de ses travaux, soit à l’égard des Juifs qui se trouvaient sur les lieux, soit à l’égard des Gentils eux-mêmes — là, il fait ses adieux à l’oeuvre, pour laisser ceux qu’il avait rassemblés dans une position nouvelle, et dans un certain sens à eux-mêmes (*). Ce discours marque la fin de l’une des phases de l’Église, savoir de la période des travaux apostoliques, et son entrée dans une autre phase, celle de la responsabilité des chrétiens à se maintenir dans la position dans laquelle les travaux des apôtres les avaient placés, maintenant que ces travaux avaient cessé ; il nous montre le service des anciens qui étaient «établis par le Saint Esprit comme surveillants», et en même temps les dangers et les difficultés qui signaleraient la cessation des travaux apostoliques et compliqueraient l’oeuvre des anciens auxquels la responsabilité serait maintenant plus particulièrement dévolue.

(*) Si Paul a jamais été mis en liberté et est retourné dans cette contrée (non pas nécessairement à Éphèse) comme les épîtres aux Philippiens, à Philémon, et peut-être la seconde à Timothée le feraient supposer, nous n’avons pas de récit scripturaire à ce sujet.

Une première remarque importante à faire au sujet de ce discours, c’est que la succession apostolique y est entièrement niée. L’absence de l’apôtre, suivant son propre témoignage, serait la cause de diverses difficultés ; et Paul lui-même nous fait voir que personne ne serait là, à sa place, pour répondre à ces difficultés ou les empêcher de surgir. Le discours de l’apôtre annonce en second lieu, qu’une fois l’énergie apostolique loin, énergie qui bridait l’esprit du mal, des loups ravisseurs du dehors et des docteurs du dedans enseignant des choses perverses, lèveraient la tête et s’occuperaient à corrompre la simplicité de l’Assemblée et à détruire son bonheur : l’Assemblée serait tourmentée par les efforts de Satan, sans posséder l’énergie apostolique pour faire face à ces efforts.

Ce témoignage de l’apôtre est de la plus haute importance à l’égard de tout le système ecclésiastique. L’attention des anciens auxquels le soin de veiller est confié, est dirigée ailleurs (maintenant que l’Église n’a plus la ressource des soins apostoliques, ni rien qui prît officiellement leur place) pour être gardée en paix et garantie du mal. C’était à eux de soigner l’Assemblée dans de telles circonstances. Ensuite ce qu’ils avaient principalement à faire pour prévenir le mal, c’était de paître le troupeau en veillant dans ce but, soit sur eux-mêmes, soit sur le troupeau. Pour qu’ils le fissent avec succès, Paul leur rappelle comment il les avait exhortés lui-même jour et nuit avec larmes : — qu’ils veillassent donc ! Puis l’apôtre ne les recommande ni à Timothée, ni à un évêque, mais, et cela d’une manière qui met de côté toute ressource officielle, à Dieu et à la parole de sa grâce qui suffisait pour les édifier et pour leur assurer l’héritage. C’est donc là que Paul a laissé l’Église : ce qu’elle a fait depuis n’est pas mon sujet ici. Si Jean est venu plus tard travailler dans ces contrées, c’était une grande faveur de Dieu ; mais cela ne changeait rien officiellement à la situation. Les travaux de Jean (sauf ses avertissements aux églises dans l’Apocalypse, où il s’agit du jugement), avaient en vue la vie individuelle, son caractère et ce qui la nourrissait.

Avec une profonde et touchante affection, Paul se sépare de l’Assemblée à Éphèse. Qui donc a comblé le vide que son absence a laissé ? L’apôtre en appelle en même temps à la conscience de ses auditeurs, comme témoins de l’intégrité de sa marche pendant son séjour au milieu d’eux. Les libres travaux de l’apôtre des Gentils étaient terminés, pensée solennelle et touchante ! Dieu l’avait choisi comme instrument pour communiquer au monde ses conseils à l’égard de l’Église, et pour fonder au milieu du monde cet objet précieux de ses affections uni à Christ à sa droite. Que deviendra-t-elle ici-bas ?

Dorénavant l’apôtre doit rendre compte de lui-même et accomplir d’une manière frappante les prédictions du Seigneur. Amené par la méchanceté des Juifs devant les tribunaux, livré par leur haine entre les mains des Gentils, tout cela allait devenir un témoignage : les rois et les gouverneurs entendront l’Évangile, mais l’amour de beaucoup se refroidira. Telle était, en général, la situation ; mais il y avait aussi des détails qui étaient plus personnels à l’apôtre.

On peut remarquer à cette occasion un trait principal du livre qui nous occupe et qu’on n’a guère observé, savoir le développement de l’inimitié des Juifs amenant leur rejet final, en tant que placés sur le pied de leur propre responsabilité. Les Actes se terminent par le dernier exemple de leur obstination qui se présente dans l’histoire apostolique. Dans le cours de cette histoire, l’oeuvre au milieu des Juifs est laissée dans l’oubli, et celle de Paul occupe toute la scène dans le récit historique donné par l’Esprit. L’opposition des Juifs à la manifestation de l’Église qui remplaçait ce peuple et dans laquelle s’effaçait la distinction entre les Juifs et les Gentils, se retrouve à chaque pas de la carrière de l’apôtre ; cette distinction s’effaçait par l’introduction du ciel et de la grâce pleine et souveraine — en contraste avec la loi qui, tout en étant universelle dans ses directions, était donnée à un peuple distinct — et tout pécheur profitait de cette grâce par la foi. Bien que l’apôtre usât de tous les ménagements possibles envers les Juifs qu’il aimait comme son peuple, la haine que son oeuvre lui a value de leur part et qui l’a poursuivi à chaque pas de sa carrière, réveille cette opposition dans toute son intensité à Jérusalem qui en était le centre naturel : elle se manifeste dans les violences de la foule et dans les efforts faits auprès des Gentils, efforts qui avaient pour but d’ôter un tel homme de dessus la face de la terre. C’est ce qui rendait très sérieuse la position de l’apôtre à Jérusalem à l’égard des Gentils ; dans cette ville, d’autant plus jalouse de son importance religieuse, qu’elle en avait réellement perdu la réalité sous l’esclavage romain, en transformant cette importance en un esprit de rébellion contre l’autorité qui la gênait.

19               Chapitre 21

Après l’histoire du christianisme envisagé comme se rattachant au judaïsme (en rapport avec les promesses et leur accomplissement dans le Messie), nous trouvons Paul dans trois positions différentes. Nous le voyons premièrement condescendre aux sentiments juifs et à la conscience que les Juifs avaient de leurs anciennes relations avec Dieu, dans un but de conciliation et pour tenir compte de ce qui existait à Jérusalem ; il s’adresse même partout aux Juifs dans leurs synagogues, comme à ceux qui avaient administrativement le premier droit à entendre l’Évangile : «Au Juif premièrement, puis au Grec», car Jésus était ministre de la circoncision pour la vérité de Dieu pour accomplir les promesses faites aux pères. Paul n’a jamais manqué à cette déférence aux voies de Dieu, et il constate clairement et dogmatiquement, dans l’épître aux Romains, les principes sur lesquels cette marche était fondée.

Ensuite on trouve l’apôtre dans toute la liberté de la pleine vérité de la grâce et des desseins de Dieu : cette liberté, découlant de la plénitude de la grâce, se déploie dans l’oeuvre qui était propre à Paul, elle caractérise la vraie élévation spirituelle de son ministère, élévation de laquelle il descendait par grâce. Ceci est enseigné dans l’épître aux Éphésiens. Dans ces deux positions, Paul agit sous la conduite du Saint Esprit, accomplissant la volonté du Seigneur.

En troisième lieu enfin, nous voyons l’apôtre aux prises lui-même avec l’hostilité du Judaïsme légal dont il rencontrait constamment les émissaires, et dans le foyer même duquel — dans la partie de son histoire que nous considérons actuellement — il se jette à la fin, en se rendant à Jérusalem. Nous avons aussi à considérer dans cette histoire ce qui était de Dieu et ce qui était la suite des démarches de Paul lui-même. Que la main de Dieu ait été dans tout ce qui est arrivé à l’apôtre, c’est ce qui est hors de doute, comme aussi que Dieu, en résultat, ait tout dirigé pour le bien de l’Église et de son bien-aimé serviteur. Il ne reste qu’à chercher jusqu’à quel point la volonté et les pensées de Paul sont entrées, comme moyens dont Dieu s’est servi, dans la production du résultat que Dieu a voulu amener soit pour l’Église, soit pour son serviteur, soit pour les Juifs eux-mêmes. Ces considérations sont du plus haut intérêt et exigent un humble examen de ce que Dieu, pour nous instruire à cet égard, nous a présenté dans le récit qui nous est donné par l’Esprit lui-même des derniers événements de la vie de Paul.

La première chose qui nous arrête à l’entrée de ce récit, c’est que le Saint Esprit dit à Paul de ne pas aller à Jérusalem (vers. 4) ; et cette parole a une importance évidente. L’apôtre se sentait lié à monter à Jérusalem ; il y avait dans son esprit à lui quelque chose qui le poussait là, un sentiment qui le dominait intérieurement et l’engageait dans ce chemin ; mais l’Esprit dans son témoignage positif et extérieur lui dit de ne pas monter à Jérusalem.

L’intention de l’apôtre avait été d’aller à Rome ; et Paul étant apôtre des Gentils, envoyé pour prêcher l’Évangile à toute créature, il n’y avait rien en soi dans son projet qui ne fût selon la grâce (Rom. 1:13-15) ; cependant Dieu ne lui avait jamais permis de se rendre à Rome et il dut écrire aux Romains son Épître sans les avoir vus. Le ciel est la capitale du christianisme : Rome et Jérusalem ne devaient avoir aucune importance pour Paul, sauf à ce qu’il supportât avec affection l’une, et fût disposé, quand cela se pourrait, à évangéliser l’autre. Le passage des Actes (chap. 19:21) qui est souvent traduit : «Paul s’était proposé par l’Esprit» ou : «par un mouvement de l’Esprit», ne se rapporte réellement qu’à l’esprit de Paul. L’apôtre se proposait ces choses «dans son esprit», c’est-à-dire dans sa pensée à lui, disant : «Après que j’aurai été là, il faut que je voie Rome aussi». Puis nous le voyons se charger des offrandes des saints en Achaïe et en Macédoine : il désirait prouver son affection pour les pauvres de son peuple (Gal. 2:10). C’était très bien ; mais je ne sais si c’était là une fonction apostolique. C’était un sentiment évidemment juif qui faisait un cas particulier des pauvres de Jérusalem, et partant de Jérusalem même. Un Juif préférait être pauvre à Jérusalem que riche parmi les Gentils. De pauvres chrétiens se trouvaient, sans doute, déjà dans cette ville lors de leur conversion ; mais l’affection pour Jérusalem, naturelle à un Juif, et même louable chez lui, était l’origine de ces rapports des autres Juifs avec ceux qui demeuraient à Jérusalem (comp. Néh. 11:2 et Actes 24:17). Ce sentiment qui subsistait chez eux, tenait à leurs relations avec le Judaïsme (Rom. 15:25-28). L’attachement du coeur de Paul à la nation à laquelle il appartenait selon la chair, qui avait été le peuple chéri de Dieu, et l’était encore, quoique rejetée pour un temps, avait son côté vrai et profondément touchant. Le Résidu devait entrer dans le royaume de Dieu par le christianisme, toutefois Israël demeurait toujours le bien-aimé de Dieu. Mais ce sentiment d’affection de l’apôtre pour Israël touchait, d’un autre côté, à la chair. L’apôtre — le messager de la gloire céleste qui a fait ressortir la doctrine de l’Église composée de Juifs et de Gentils, unis sans distinction dans le corps de Christ, doctrine qui effaçait le judaïsme — a été jeté par ce sentiment dans le sein du judaïsme hostile, du judaïsme furieux contre cette égalité spirituelle.

Cependant la main de Dieu a maintenu, sans doute, sa suprématie dans tout ce qui est arrivé. Paul, individuellement, a trouvé son niveau. Comme instrument de la révélation de Dieu, il avait annoncé dans toute leur étendue et toute leur force les conseils de la grâce souveraine de Dieu : le vin n’était pas frelaté ; il était pur, comme l’apôtre l’avait reçu. Il marche aussi lui-même et d’une manière remarquable à la hauteur de la révélation qui lui avait été confiée (comp. 2 Cor. 2:17 ; 4:1-4) ; mais Paul individuellement est un homme : il faut qu’il soit exercé et manifesté. Or dans les exercices auxquels Dieu nous assujettit, il arrive que là où la chair a trouvé son plaisir et dans la sphère où elle s’est complue à elle-même, elle trouve son affliction quand Dieu agit. Toutefois, si Dieu a trouvé bon d’éprouver son serviteur et de lui manifester quel était son état sous ce rapport, il s’est tenu près de lui et l’a béni à travers l’épreuve même qu’il a fait servir au témoignage de l’apôtre, et il a rafraîchi le coeur de son bien-aimé et fidèle serviteur. La manifestation de ce qui, dans celui-ci, n’était pas selon l’Esprit et selon la hauteur de sa vocation apostolique, était en amour pour sa bénédiction et pour celle de l’Église. Heureux celui qui pourra marcher aussi fidèlement, et se maintenir au même degré, par la grâce, dans le chemin de la grâce ! Toutefois, Christ est le seul modèle. Je ne vois personne qui (dans une autre carrière) ait ressemblé au Seigneur lui-même dans sa vie publique autant que Paul. Plus on suit la marche de l’apôtre, plus on verra cette ressemblance ; seulement Christ était le modèle de la perfection en obéissance, tandis que dans son précieux serviteur la chair se trouvait : celui-ci aurait été le premier à reconnaître que la perfection ne devait être attribuée qu’à Jésus seul.

Je crois donc que la main de Dieu était dans ce voyage de Paul ; je crois qu’il voulait dans sa souveraine sagesse faire passer son serviteur par ce chemin et l’y bénir aussi, mais que le moyen employé selon cette sagesse souveraine, pour y introduire l’apôtre, a été son affection humaine pour le peuple de sa parenté selon la chair, et non pas le Saint Esprit agissant de la part de Christ dans l’Assemblée. Cet attachement à son peuple, cette affection humaine a rencontré dans le peuple ce qui la mettait à sa place. Humainement parlant, le sentiment de l’apôtre était un sentiment aimable, mais il n’était pas le fruit propre de la puissance de l’Esprit, fondée sur la mort et la résurrection de Christ. Dans le résultat de cette oeuvre divine, dans les pensées qui y dominaient, il n’y avait plus de Juifs ni de Gentils. Dans le Christ, vivant ici-bas, ce sentiment de liaison avec Jérusalem était juste : Christ, à la fin de sa vie, allait à Jérusalem pour mourir ; il était venu dans ce but.

L’affection de Paul était bonne, mais, comme source d’activité, elle n’était pas selon la hauteur de l’oeuvre de l’Esprit qui, de la part d’un Christ glorifié, avait envoyé Paul loin de Jérusalem vers les Gentils pour révéler l’Église, unie à Christ dans le ciel comme un corps à sa tête. Aussi les Juifs ont-ils écouté l’apôtre jusqu’au moment où il a parlé de cette mission ; et alors ils ont poussé les cris qui ont amené son emprisonnement (*). L’apôtre a souffert pour la vérité, mais en un lieu où cette vérité n’avait aucun accès, selon le témoignage de Christ lui-même. Cependant les Juifs ont dû manifester leur haine contre l’Évangile et donner cette dernière preuve de leur opposition obstinée aux voies de Dieu en grâce.

(*) Il est digne de remarque que la volonté de Christ était que Paul allât vers les Gentils. Ajoutons à cela qu’Il avait jadis fait connaître cette volonté par la déclaration suivante : «Sors au plus tôt de Jérusalem, parce qu’ils ne recevront pas ton témoignage à mon égard» (22:18). En sorte que cette déclaration de Paul que son témoignage ne serait pas reçu à Jérusalem a été l’occasion de sa capture. La parole de Christ et celle de Paul, montraient que son service n’était pas à Jérusalem, mais autre part.

En même temps, quels qu’aient pu être les travaux ultérieurs de l’apôtre (s’il y en eût), le Saint Esprit n’en fait pas mention. Paul voit les Juifs dans sa maison à Rome et reçoit ceux qui veulent venir le voir ; mais la page du récit tracé par l’Esprit se ferme là. Cette histoire est terminée : la mission apostolique au milieu des Gentils, en rapport avec la fondation de l’Église, est close. Rome n’est que la prison de l’apôtre de la vérité. Jérusalem le rejette, et Rome l’emprisonne et le met à mort, comme elles l’avaient fait à Jésus, à qui le bienheureux apôtre a dû ressembler en cela aussi, d’après le voeu qu’il exprime au chapitre 3 de l’épître aux Philippiens, car Christ et la conformité à lui étaient son seul objet. Il a été donné à Paul de trouver cette conformité avec son maître dans son service, comme elle existait déjà si puissamment dans son coeur et dans son âme, avec la différence nécessaire entre un ministère qui ne devait ni briser le roseau froissé, ni élever sa voix dans les rues — et un ministère qui, en témoignage, devait montrer le jugement aux Gentils.

La mission des douze aux Gentils, ayant Jérusalem pour point de départ, selon Matthieu 28, n’a jamais reçu d’exécution (*), le Saint Esprit ne rapportant pas ce fait. Jérusalem a retenu les douze : ils n’ont pas même parcouru toutes les villes d’Israël. Pierre a reçu le ministère de la circoncision ; le ministère des Gentils a été confié à Paul, en rapport avec la doctrine de l’Église et d’un Christ glorieux, d’un Christ que l’apôtre ne connaissait plus selon la chair. Jérusalem, où il a été attiré par son affection, a rejeté Paul ainsi que sa mission : son ministère envers les Gentils en tant que libre effet de la puissance de l’Esprit, a eu aussi son terme. L’histoire ecclésiastique peut nous dire davantage, peut-être, sur l’oeuvre de l’évangélisation du monde ; mais Dieu a pris soin d’ensevelir l’histoire de cette oeuvre dans une profonde obscurité. L’Esprit ne reconnaît rien de cette oeuvre : on n’entend plus parler des apôtres à Jérusalem — et Rome, ainsi que nous l’avons vu, n’a pas eu d’apôtres pour fonder une église dans ses murs (pour autant que le Saint Esprit reconnaît l’oeuvre accomplie là, dans le récit qu’il nous en donne), si ce n’est que l’apôtre des Gentils y a été prisonnier et finalement mis à mort. L’homme a manqué partout sur la terre ; les centres, religieux et politique, du monde, centres que Dieu avait établis dans ses voies envers la terre, ont rejeté le témoignage, ont mis à mort le témoin. Mais le résultat a été que le ciel a maintenu ses droits intacts et dans leur pureté absolue. L’Église, la vraie capitale céleste et éternelle de la gloire et des voies de Dieu ; l’Église qui avait sa place dans les conseils de Dieu avant que le monde fût ; l’Église qui répond au coeur de Dieu en grâce, comme unie à Christ dans la gloire ; l’Église reste l’objet de la foi. Elle est révélée selon les pensées de Dieu et parfaitement telle qu’elle est dans ses pensées, jusqu’à ce que — Jérusalem céleste — elle soit manifestée en gloire, en rapport avec l’accomplissement des voies de Dieu sur la terre, lorsque Jérusalem sera rétablie comme centre de ses voies terrestres en grâce, comme Son trône, comme sa capitale, même au milieu des nations, et que la puissance des Gentils dont Rome était le centre et le siège aura disparu.

(*) Marc 16:20 est le seul passage qui pourrait sembler faire allusion à l’accomplissement de cette mission et il n’en donne pas même le caractère, car, comme Colossiens 1:6, il se rapporte au monde entier et est fondé sur l’ascension de Christ. Ce n’est pas une mission aux Gentils fondée sur la résurrection seule.

Examinons maintenant les pensées de l’apôtre et ce qui, historiquement, s’est passé : l’apôtre écrit de Corinthe aux Romains quand il avait en vue son voyage à Rome. Le christianisme avait pris racine dans ce centre du monde sans qu’un apôtre quelconque l’y eût planté : Paul le suit ; la capitale de l’empire est comme une partie de son territoire apostolique qui lui échappe (voyez Rom. 1:13-15 et ch. 15, où il revient au même sujet). S’il n’a pas pu aller à Rome, car Dieu ne veut pas commencer par la capitale du monde (comparez la destruction de la capitale cananéenne Hatsor en Josué 11:10-13), il écrira au moins aux chrétiens à Rome en se fondant sur son apostolat universel envers les Gentils. Des chrétiens étaient déjà établis à Rome ; Dieu l’a voulu ainsi ; mais ces chrétiens étaient en quelque sorte du ressort de l’apôtre et beaucoup de personnes qui avaient été personnellement en relation avec lui se trouvaient dans cette ville. Le nombre et le caractère des salutations qui se trouvent à la fin de l’épître aux Romains sont remarquables et ont un cachet particulier, faisant voir que les chrétiens de Rome étaient en grande partie les enfants en la foi de Paul.

Au chapitre 15:14-29, de cette même épître, Paul développe sa position apostolique vis-à-vis des Romains et des autres Gentils. Il veut aussi aller en Espagne, quand il aura un peu vu ses frères de Rome ; il veut communiquer à ceux-ci des grâces (Rom. 1), mais être consolé par leur foi mutuelle ; il veut jouir un peu de leur compagnie. Ils sont en rapport avec lui, mais ils existent sans lui à Rome ; quand donc il les aura vus un peu, il se propose d’aller en Espagne. Mais il a été désappointé à l’égard de ses projets ; et tout ce que le Saint Esprit nous raconte, c’est qu’il a été prisonnier à Rome : — silence profond quant à l’Espagne. Au lieu de passer outre, après avoir vu ses frères de Rome et leur avoir communiqué ses dons, l’apôtre reste deux ans prisonnier à Rome et on ne sait s’il a jamais été libéré ; — les uns disent oui, les autres disent non — la Parole ne dit rien (*).

(*) Note Bibliquest : sur ce sujet, voir AL, les derniers jours de l’apôtre Paul

C’est dans le moment où, à son passage à Corinthe, l’apôtre a exposé son intention d’aller à Rome et le caractère de ses relations selon l’Esprit avec cette ville, un vaste champ à l’occident s’ouvrant devant lui, que ses anciennes affections pour son peuple et Jérusalem interviennent : «Mais à présent je vais à Jérusalem, étant occupé au service des saints» (Rom. 15:25-28). Pourquoi ne pas aller à Rome selon l’énergie de l’Esprit quand son oeuvre était achevée en Grèce (Rom. 15:23) ? Dieu a voulu sans doute que tout ce qui était arrivé à Paul à Jérusalem eût lieu, et que Rome et les Romains prissent, à l’égard du témoignage d’un Christ glorieux et de l’Église, le triste caractère d’une prison ; mais, quant à Paul, pourquoi placer Jérusalem entre son désir évangélique et son oeuvre ? L’affection était louable — le service bon pour un serviteur (diacre) ou un messager des assemblées, mais pour Paul qui avait tout l’occident ouvert à ses pensées pour y prêcher l’Évangile... ?

Jérusalem a intercepté sa vue pour le moment, aussi le Saint Esprit (chap. 21:41) l’avertit en chemin et lui dit, comme nous l’avons vu, de ne pas aller dans cette ville. L’apôtre lui-même pressentait le danger qu’il courait en y allant ; il était sûr de venir à Rome dans la plénitude de la bénédiction de l’Évangile, mais il n’était rien moins que sûr qu’il viendrait avec joie (Rom. 15:29-32). La chose pour laquelle il demandait les prières des Romains, a tourné tout autrement qu’il ne l’avait désiré. Il a été délivré des mains des Juifs à Jérusalem, mais comme prisonnier : quand il est arrivé en Italie, il a pris courage lorsqu’il a vu ses frères au Forum d’Appius et aux Trois-Tavernes. Il n’y avait pas pour lui non plus de voyage en Espagne.

Tout ceci me semble très solennel. Le Seigneur plein de grâce et de tendresse a été avec son pauvre, mais bien-aimé serviteur. Un pareil récit, et un récit où il s’agit d’une personne telle que Paul, est du plus touchant intérêt ; les voies du Seigneur y sont adorables et parfaites en bonté. La réalité de la foi se trouve en plein chez Paul ; les voies de grâce de Dieu envers lui sont parfaites, et parfaites en tendresse aussi chez le Seigneur. Dieu se tient avec son serviteur pour l’encourager et pour le fortifier dans l’épreuve même où il se trouve. En même temps, à l’égard de ce désir d’aller à Jérusalem, l’apôtre est averti par l’Esprit et les conséquences de ce voyage lui sont déclarées ; ne se détournant pas de son projet, il subit la discipline qui met son âme à sa place, mais dans une place de pleine bénédiction devant Dieu : sa marche trouve son niveau quant à la puissance spirituelle. Il subit extérieurement la puissance de ce qui avait exercé de l’influence sur lui moralement, cherchant à entraver son ministère ; et un joug sur sa chair répond à la liberté qu’il lui avait accordée. Il y avait de la justice dans les voies de Dieu ; son serviteur lui était trop précieux pour qu’il permît qu’il en fût autrement. En même temps, quant au résultat et au témoignage, Dieu a tout ordonné pour sa propre gloire, et dans une parfaite sagesse à l’égard de l’avenir de l’Église.

Jérusalem, ainsi que nous l’avons vu, repousse définitivement la pensée qu’un témoignage soit adressé aux Gentils, et ainsi la grâce qui l’envoyait — en un mot, les voies de Dieu dans l’Église (comp. 1 Thess. 2:14-16) ; et Rome devient la prison de ce témoignage, tandis que, selon la promesse du Seigneur, le témoignage est porté devant les gouverneurs et les rois, et devant César lui-même.

J’ai dit que la grâce mettait Paul dans la position où avait été Jésus, livré aux Gentils par la haine des Juifs : c’était une grande grâce ! La différence entre l’amour infini du Seigneur qui se livrait lui-même à la mort, et la relation dans laquelle Paul se trouvait avec les Juifs, était celle-ci que Jésus était en butte à leur haine comme étant à sa vraie place devant Dieu. Jésus était venu aux Juifs ; qu’il fût livré, c’était réellement de sa part mettre le comble à son dévouement et à son service ; c’était au fond s’offrir par l’Esprit éternel. C’était la sphère propre de son service, comme envoyé de Dieu. Paul, lui, rentrait dans cette sphère judaïque d’où l’énergie du Saint Esprit l’avait tiré. «Te retirant», dit le Seigneur, «du milieu du peuple et des nations, vers lesquelles moi je t’envoie pour ouvrir leurs yeux» (Actes 26:17). Paul avait été pris par Jésus qui l’avait établi, en dehors des Juifs et des Gentils, pour exercer un ministère qui les liait tous les deux en un seul corps dans le ciel, avec Christ qui l’avait ainsi envoyé. Paul ne connaissait personne selon la chair ; il n’y avait dans le Christ Jésus ni Juif, ni Grec.

Mais reprenons l’histoire de notre apôtre. Il est averti par le Saint Esprit de ne pas monter à Jérusalem, ainsi que nous l’avons vu (chap. 21:4) ; cependant il continue son chemin. À Césarée un prophète, nommé Agabus, descend de Judée et lui annonce qu’il sera lié et livré aux Gentils (vers. 10, 11). On peut dire qu’il n’y avait rien là qui interdît à l’apôtre de monter à Jérusalem : cela est vrai, mais venant après l’ordre qu’il avait reçu, cet avertissement renforçait la direction déjà donnée par l’Esprit de n’y pas aller. Quand Paul marchait dans la liberté de l’Esprit, et qu’il était averti d’un danger, il s’enfuyait, tout en sachant braver aussi tous les périls quand le témoignage l’exigeait : à Éphèse il s’est laissé persuader de ne pas entrer au théâtre.

Le Saint Esprit n’avertit pas en général les croyants des dangers qui peuvent les menacer ; il conduit dans le chemin du Seigneur, et si la persécution arrive, il donne la force pour la supporter. Ici Paul était constamment averti : ses amis aussi l’engagent à ne pas monter à Jérusalem ; mais il ne veut pas se laisser persuader. Ils se taisent, peu satisfaits, en disant : «La volonté du Seigneur soit faite» (vers. 14) ; et c’était, je n’en doute pas, la volonté du Seigneur, mais pour l’accomplissement de desseins que Paul ne connaissait pas par l’intelligence donnée par le Saint Esprit. Il se sentait seulement pressé d’aller à Jérusalem, prêt à tout souffrir pour le Seigneur.

Paul monte donc à Jérusalem ; et là, il va chez .Jacques ; les anciens s’y réunissent (vers. 17, 18). Il leur raconte l’oeuvre de Dieu parmi les Gentils ; eux invoquent le Judaïsme dont la multitude était remplie, et, tout en se réjouissant du bien que Dieu avait opéré par l’Esprit, ils désirent que Paul se montre obéissant à la loi. Il faut que les croyants de Jérusalem se réunissent à l’occasion de l’arrivée de Paul, et il faut satisfaire à leurs préjugés à l’égard de la loi. Paul s’est placé dans la présence des exigences des hommes : refuser d’y obtempérer, c’eût été déclarer que leurs pensées étaient fondées à son égard ; agir selon leur désir, c’eût été faire une règle, non de la direction de l’Esprit, en toute liberté d’amour, mais de l’état de préjugé et d’ignorance où se trouvaient ceux qui l’entouraient. La cause de la difficulté pour l’apôtre était qu’il se trouvait à Jérusalem, non selon l’Esprit, mais selon son attachement à ses anciennes liaisons avec le judaïsme. Il faut être au-dessus des préjugés des autres, et libre de leur influence pour pouvoir condescendre en amour à ces préjugés.

Une fois à Jérusalem, Paul n’a guère pu faire autre chose que de satisfaire aux demandes des chrétiens judaïsants. Or, la main de Dieu y est. En cherchant à plaire aux Juifs croyants, l’acte de Paul le jette au pouvoir de ses ennemis ; il se trouve dans la gueule du lion, entre les mains des Juifs adversaires de l’Évangile. Ajoutons qu’à dater de ce moment on n’entend plus parler des chrétiens de Jérusalem : ils avaient fait leur oeuvre. Ils ont bien accepté, sans doute, l’aumône des Gentils.

Toute la ville était en émoi et le temple fermé (vers. 30). Le commandant de la place vient délivrer Paul des mains des Juifs qui voulaient le tuer, en l’arrêtant cependant lui-même, car les Romains étaient habitués à ces violences et méprisaient cordialement le peuple bien-aimé de Dieu, mais également fier et dégradé quant à son état. Paul, néanmoins, commande le respect du commandant par sa manière de l’interpeller, et celui-ci lui permet de parler au peuple.

20               Chapitre 22

Paul s’était adressé en grec au commandant ; mais toujours prêt à gagner les autres par les attentions que l’amour suggère pour les sentiments d’autrui — et particulièrement puisqu’il s’agissait du peuple bien-aimé, quoique rebelle — l’apôtre parle au peuple en hébreu (c’est-à-dire dans leur langage ordinaire, appelé hébreu). Il ne raconte pas ici ce que le Seigneur lui a dit en se révélant à lui, mais il fait particulièrement le récit de son entrevue avec Ananias, Juif fidèle et estimé de tous. Ensuite il aborde le point qui caractérisait nécessairement sa position et sa défense. Christ lui est apparu en lui disant : «Ils ne recevront pas ton témoignage à mon égard» à Jérusalem, et : «Je t’enverrai au loin vers les nations» (vers. 18-21). Béni soit Dieu, c’était la vérité ; mais à quoi bon rappeler ces paroles du Seigneur à ceux-là même qui, d’après ce que Paul leur disait lui-même, ne voulaient pas recevoir ce témoignage ? La seule chose qui donnât de l’autorité à cette mission envers les Gentils c’était la personne de Jésus, et les Juifs n’y croyaient pas.

L’apôtre avait beau s’appuyer sur la piété juive d’Ananias, toute vraie qu’elle fût, elle n’était qu’un roseau cassé dans le témoignage que Paul rendait au peuple ; cependant le témoignage d’Ananias était tout ce que l’apôtre alléguait, le sien propre excepté. Son discours ne servait qu’à une chose, à faire ressortir la haine violente et incorrigible de ce pauvre peuple contre toute pensée de grâce en Dieu, et son orgueil effréné qui allait, comme il est dit, «devant la ruine» (Prov. 16:18).

Le commandant, voyant la violence du peuple, et ne comprenant rien à ce qui se passait, ordonne avec le mépris orgueilleux d’un Romain, qu’on lie Paul et qu’on le fouette pour qu’il dise quelle est la cause de la violence de la foule contre lui. Or, Paul lui-même était citoyen romain, et né tel, tandis que le commandant avait acheté cette bourgeoisie. Paul fait savoir avec douceur qu’il jouit de ce droit, et ceux qui allaient le fouetter se retirent : le commandant avait peur, parce qu’il avait lié Paul, mais son autorité y étant engagée, il le laisse lié. Le lendemain seulement, il délie l’apôtre et le fait comparaître devant le concile ou sanhédrin des Juifs.

21               Chapitres 23 à 26

Non seulement les conducteurs avaient rejeté la grâce, mais le peuple l’avait rejetée aussi. Paul s’adresse au sanhédrin avec le sérieux et l’esprit élevé d’un homme de bonne foi, habitué à marcher avec Dieu. Son discours n’est pas un témoignage qui leur est rendu pour leur bien, mais l’appel d’une bonne conscience à leurs consciences s’ils en avaient encore. La réponse immédiate que reçoit l’apôtre est un outrage de la part du juge ou du chef du sanhédrin : Paul, indigné de ce procédé, déclare à Ananias que Dieu le frappera ; mais averti qu’Ananias était le souverain sacrificateur, il s’excuse par son ignorance de ce fait, le souverain sacrificateur n’étant sans doute pas vêtu de manière à se faire reconnaître, et il rappelle que la loi défend formellement de dire du mal du chef du peuple (23:5).Tout ceci était juste et à sa place vis-à-vis des hommes ; mais le Saint Esprit ne pouvait dire : «Je ne savais pas». Le discours de l’apôtre n’est pas le résultat de l’activité du Saint Esprit faisant l’oeuvre de la grâce et du témoignage, mais il est le moyen du jugement final de Dieu sur le peuple. C’est sous ce caractère, en ce qui concerne les Juifs, que Paul paraît ici. La conduite de Paul brille vis-à-vis de celle de ses juges, qui se déshonoraient complètement et montraient leur affreux état ; mais l’apôtre ne paraît pas pour Dieu devant eux : il profite ensuite de la composition du sanhédrin pour y jeter un désordre complet, en s’annonçant comme pharisien, fils de pharisien et tiré en cause pour un dogme de cette secte (23:6). Le fait était vrai, mais une démarche pareille n’était pas à la hauteur de la parole de l’apôtre : «Les choses qui pour moi étaient un gain, je les ai regardées, à cause du Christ, comme une perte». Cependant les Juifs montrent à nu leur état : ce que Paul leur dit suscite un tumulte ; et le commandant, craignant que l’apôtre ne fût mis en pièces, le retire du milieu d’eux. — Dieu a tout à sa disposition. — Un neveu de Paul, dont nous n’entendons plus parler ailleurs, est informé d’une embûche qu’on prépare pour l’apôtre ; il en avertit Paul ; celui-ci envoie le jeune homme au commandant qui expédie l’apôtre sous escorte à Césarée. Dieu a veillé sur son serviteur, mais tout est au niveau des voies humaines et providentielles. Il n’y a pas ici l’ange de Pierre, ni le tremblement de terre de Philippes ; on sent bien qu’on est sur un autre terrain.

Paul comparaît devant tous les gouverneurs successivement : le sanhédrin, Félix, Festus, Agrippa et ensuite César. Quand il est devant eux, il adresse de beaux appels à leur conscience lorsque l’occasion se présente ; quand il s’agit de sa défense, les déclarations mâles et honnêtes d’une bonne conscience, s’élèvent au-dessus des passions et des intérêts qui l’entouraient. Je passe sous silence l’égoïsme mondain de Lysias et de Festus qui s’attribuent toutes sortes de bonnes qualités et de bons procédés ; je passe également sous silence le mélange de réveil de conscience et d’absence de principe que nous voyons en Félix, le désir des gouverneurs de plaire aux Juifs pour leur propre importance ou pour faciliter le gouvernement d’un peuple rebelle s’il y en eût, ainsi que le mépris de ceux qui n’étaient pas responsables de la tranquillité publique autant que Lysias. La position d’Agrippa et tous les détails de l’histoire de cette période, ont un cachet de vérité remarquable, et présentent les caractères des différentes personnes d’une manière si vivante qu’on se trouve comme transporté dans la scène qui est dépeinte : on voit les personnes qui s’y meuvent. Au reste, les récits de Luc sont frappants sous ce rapport.

D’autres choses se présentent ici à notre attention. Festus voulait mener Paul à Jérusalem pour gagner les Juifs, mais Rome devait avoir sa part dans le rejet de l’Évangile de grâce et du témoignage de l’Église, et Paul en appelle à César. Festus est obligé d’envoyer l’apôtre à Rome, mais il est embarrassé de savoir quel crime lui imputer en l’y envoyant. Triste tableau de l’injustice de l’homme ! Mais tout accomplit les desseins de Dieu. Par son appel à César, Paul ici n’a guère mieux réussi que dans l’effort qu’il avait fait pour contenter les Juifs. Cet appel était peut-être aux yeux des hommes la seule ressource qui lui restât dans ces circonstances, mais il aurait pu (le Saint Esprit prend soin de nous le dire) être mis en liberté, s’il n’en eût pas appelé à César.

Chez Agrippa il y a, me semble-t-il, plus de curiosité que de conscience, quoiqu’il pût avoir quelque désir de profiter de l’occasion pour connaître plus à fond cette doctrine qui révolutionnait les esprits, et cette disposition de s’en rendre compte pouvait dépasser la simple curiosité. On interprète en général ces paroles : «Tu me persuaderas bientôt d’être chrétien» (26:28) comme s’il n’était pas loin d’être convaincu de la vérité du christianisme. Peut-être l’aurait-il été, si ses passions n’y avaient pas mis obstacle. Mais on peut se demander si telle est la force du grec, comme on le suppose généralement, et si ce n’est pas plutôt : «Sous peu tu vas faire de moi un chrétien», couvrant son malaise devant l’appel à sa profession judaïque, en présence de Festus, par une remarque affectée et méprisante. Pour moi, je pense que tel était le cas. La notion : «être presque un chrétien» est une erreur manifeste, bien qu’il soit vrai que l’esprit d’un homme puisse être sous des influences qui devraient l’y conduire et que cependant il rejette. Agrippa aurait été content que Paul fût mis en liberté. Il exprime la conviction que Paul aurait pu l’être, s’il n’en avait pas appelé à César. Il donne son opinion à Festus, comme un homme sage et raisonnable ; mais au fond sa conscience dictait ses paroles, paroles qu’il osait dire quand Festus et tout le monde étaient d’accord que Paul n’avait rien fait qui méritât la mort ou les liens.

Dieu a voulu constater en face du monde l’innocence de son bien-aimé serviteur. Le discours de Paul a ce but. Il va plus loin, mais le but de l’apôtre est de rendre compte de sa conduite : sa conversion miraculeuse est racontée en vue de justifier sa carrière subséquente, mais elle est racontée de manière à agir sur la conscience d’Agrippa, qui avait des connaissances juives et avait évidemment le désir d’apprendre quelque chose du christianisme, qu’il soupçonnait d’être la vérité. Aussi le roi saisit-il avec avidité l’occasion qui se présente d’entendre l’apôtre expliquer la doctrine nouvelle ; mais il en reste à être à peu près convaincu. Cet état d’âme d’Agrippa ouvre cependant la bouche de Paul, et il s’adresse directement et particulièrement au roi qui, du reste, l’interpellait, préoccupé évidemment du sujet que Paul allait traiter ; quant à Festus, ce que Paul disait n’était pour lui que des rapsodies.

La dignité de Paul devant tous ces gouverneurs est parfaite : il s’adresse à leur conscience avec un oubli de lui-même qui montre un homme en qui la communion avec Dieu et la conscience de ses relations avec lui, maintenaient l’esprit au-dessus de l’effet des circonstances. Il agit de la part de Dieu et avec une déférence parfaite pour la position de ceux auxquels il s’adresse : moralement il est entièrement élevé au-dessus d’eux. Plus les circonstances étaient humiliantes, plus cette supériorité se revêt de beauté. Devant les Gentils, Paul est missionnaire de la part de Dieu ; il se retrouve lui-même, Dieu en soit béni. Tout ce qu’il dit aux Juifs était juste et mérité ; mais pourquoi lui, qui avait été délivré du peuple, était-il maintenant assujetti au manque total de conscience et aux aveugles passions de celui-ci, chez qui il n’y avait pas place pour un témoignage ? Cependant, comme nous l’avons vu, il devait en être ainsi pour que les Juifs missent, de toute manière, le comble à leur iniquité et que l’apôtre bien-aimé pût suivre les traces de son Maître.

Le discours de Paul au roi Agrippa nous fournit le tableau le plus complet de l’ensemble de la position de l’apôtre, comme il l’envisageait lui-même quand son long service, et la lumière de l’Esprit, éclairaient pour lui tout son passé.

Il ne parle pas de l’Église : c’était là une doctrine pour l’enseignement, et non pas une partie de son histoire ; mais il donne en détail tout ce qui regarde son histoire personnelle en rapport avec son ministère. Il avait été un strict Pharisien ; et ici l’apôtre lie la doctrine de Christ à l’espérance des Juifs ; il était lié «pour l’espérance de la promesse faite par Dieu à nos pères», dans laquelle entrait sans doute la résurrection. Pourquoi le roi jugerait-il qu’une résurrection était impossible, pourquoi croirait-il que Dieu ne pouvait pas ressusciter des morts ? Ceci amène l’apôtre à un autre point. Il avait lui-même pensé qu’il fallait faire beaucoup contre le nom de Jésus de Nazareth, et il avait mis sa pensée à exécution avec toute l’énergie de son caractère et avec la bigoterie d’un Juif dévot. Sa position actuelle comme témoin au milieu des Gentils, dépendait du changement opéré en lui par la révélation du Seigneur, lorsqu’il était occupé à détruire Son nom. Près de Damas une lumière plus brillante que le soleil l’avait jeté par terre, ainsi que tous ceux qui l’accompagnaient ; lui seul avait entendu la voix du Juste, en sorte qu’il savait de la propre bouche du Seigneur que c’était Jésus, et que ce Jésus considérait ceux qui croyaient en lui comme étant lui-même. L’apôtre ne pouvait résister à un tel témoignage ; mais comme sa mission au milieu des Gentils était le grand grief des Juifs, Paul montre que cette position lui avait été formellement désignée par le Seigneur lui-même. Il était appelé à rendre témoignage de la gloire de Jésus qu’il avait vue lui-même, ou plutôt de Jésus dans cette gloire, et d’autres «choses pour la révélation desquelles Jésus lui apparaîtrait» encore. Un Christ glorieux, connu (personnellement) seulement dans le ciel, était le sujet du témoignage qui était confié à Paul. Dans ce but, Jésus l’avait mis à part en le séparant des Juifs autant que des Gentils, la mission de Paul tenant directement au ciel et ayant là sa source ; l’apôtre avait été formellement envoyé aux Gentils par le Seigneur de gloire pour changer leur position vis-à-vis de Dieu par la foi en ce Jésus glorieux, pour ouvrir leurs yeux, pour les transporter des ténèbres à la lumière, de la puissance de Satan à Dieu, et leur donner un héritage parmi les sanctifiés. C’était là une oeuvre bien définie. L’apôtre n’avait pas été désobéissant à la vision céleste : il avait enseigné aux Gentils à se tourner vers Dieu et à agir comme tels. Voilà pourquoi les Juifs cherchaient à le tuer.

Rien de plus simple et de plus vrai que cette histoire ; elle mettait la position de Paul et la conduite des Juifs dans le jour le plus clair. Sur l’interpellation de Festus (26:24), qui ne voyait naturellement dans les paroles de Paul qu’un enthousiasme déraisonnable, l’apôtre, avec une admirable dignité et avec le tact le plus parfait, en appelle à la connaissance qu’Agrippa avait des faits sur lesquels tout son récit était basé, car ce dont il parlait n’avait pas été fait en secret.

Agrippa n’était pas loin d’être convaincu, mais son coeur n’était pas changé. Le souhait de Paul ramène les choses à leur réalité morale : la séance est levée, le roi reprend sa place de roi, il redevient courtois et condescendant, et le disciple du Seigneur reprend sa place de prisonnier ; mais quelle que fût d’ailleurs sa position, on voit dans l’apôtre un coeur foncièrement heureux et rempli de l’Esprit de Dieu. Deux ans de prison n’avaient pas été pour lui une cause d’affaissement de coeur et de foi ; son emprisonnement l’avait seulement éloigné de ses rapports pénibles avec les Juifs, pour lui donner des moments qu’il avait passés avec Dieu.

Agrippa, le coeur surpris et entraîné par le récit clair et plein de droiture de Paul, déclare qu’il est à peu près persuadé d’être chrétien (26:28). La charité aurait pu dire : «Plût à Dieu que tu le fusses» mais il y a dans le coeur de Paul une source qui ne s’arrête pas là. «Plût à Dieu», dit-il, «que non seulement toi, mais aussi tous ceux qui m’entendent aujourd’hui, vous devinssiez de toutes manières tels que je suis, hormis ces liens» (26:29). Quel bonheur et quel amour (et, en Dieu, ces deux choses vont ensemble) s’expriment dans ces paroles ! Pauvre prisonnier, déjà âgé et rejeté, à la fin de sa carrière il est riche en Dieu !... Heureuses années celles qu’il avait passées en prison ! L’apôtre pouvait se donner comme un modèle de bonheur, car son coeur en était plein : il est des états d’âme qui s’expriment sans qu’on puisse s’y méprendre. Et pourquoi l’apôtre ne serait-il pas heureux ? Ses fatigues étaient terminées, son travail dans un certain sens fini : il possédait Jésus, et en lui toutes choses. Le Jésus glorieux qui l’avait fait entrer dans les peines et le labeur du témoignage, était maintenant sa possession et sa couronne. Tel est toujours le cas. La croix qu’il faut charger dans le service, en vertu de ce que Jésus est, devient pour l’âme la jouissance de tout ce qu’Il est quand le service est fini, et en quelque sorte la mesure de cette jouissance. Ce même changement a eu lieu en Jésus lui-même dans toute sa plénitude. Il en est de même pour nous dans notre mesure, selon la grâce souveraine de Dieu ; seulement l’expression de Paul suppose que le Saint Esprit agit puissamment dans le coeur, afin qu’il soit libre d’entrer pleinement dans cette jouissance ; elle suppose que le Saint Esprit n’est pas contristé.

Un Jésus glorieux, un Jésus qui l’aimait, un Jésus qui mettait le sceau de son approbation et de son amour sur son service, un Jésus qui le prendrait à lui dans la gloire et avec qui il était un (connu par lui selon l’abondante puissance du Saint Esprit, selon la justice divine), un Jésus qui révélait le Père et par lequel Paul avait reçu l’adoption, était la source infinie de sa joie, l’objet glorieux de son coeur et de sa foi ; et, connu en amour, remplissait son coeur de cet amour qui débordait envers tous les hommes. Que pouvait-il souhaiter de mieux à ses auditeurs que d’être ce qu’il était, hormis ses liens ? Comment, jouissant d’un tel amour, pouvait-il ne pas souhaiter cela ou ne pas être rempli de cette large affection ? Jésus en était la mesure.

L’innocence de l’apôtre ayant été pleinement établie et reconnue par ses juges, les desseins de Dieu ne doivent pas moins s’accomplir. Son appel à César le conduira à Rome pour y rendre aussi témoignage. De nouveau, dans sa position, l’apôtre ressemble à Jésus ; mais en même temps, quand on les compare, le serviteur tout béni qu’il soit, pâlit et s’éclipse devant le Maître, en sorte qu’on ne pense plus au serviteur. Jésus s’offrait lui-même en grâce ; il n’en appelait qu’à Dieu ; il ne répondait que pour rendre témoignage à la vérité, et cette vérité c’était la gloire de sa personne, ses propres droits, quelque humilié qu’il fût. Sa personne brille à travers les sombres nuages des violences humaines qui n’eussent eu aucun pouvoir sur lui, si ce n’eût été le moment pour accomplir la volonté de Dieu. C’est dans ce but qu’il se soumet à la puissance de ses ennemis, comme leur étant donnée d’en haut. Paul, lui, en appelle à César : il est Romain, il possède une dignité humaine conférée par l’homme et profitable devant les hommes ; il se sert de ce privilège pour lui-même et Dieu accomplit ainsi ses desseins. Paul est béni, ainsi que son service ; Jésus est parfait, le sujet parfait du témoignage lui-même.

Cependant si nous ne voyons plus pour Paul le libre service du Saint Esprit, si l’apôtre est prisonnier entre les mains des Romains, son âme au moins est remplie de l’Esprit ; entre lui et Dieu, tout est liberté et joie. Tout ce qui lui arrive lui tournera à salut, c’est-à-dire à sa victoire définitive dans sa lutte avec Satan. Quel bonheur de pouvoir le dire ! Par les communications de l’Esprit de Jésus Christ, la parole de Dieu ne sera pas liée. D’autres acquerront plus de force et de liberté par les liens de l’apôtre, lors même que dans le bas état de l’Église quelques-uns en prendront avantage, mais Christ sera annoncé et magnifié, et Paul est satisfait de cela. Oh ! combien il est vrai que cela contente le coeur, quoi qu’il en soit, et le satisfait pleinement ! Nous sommes les objets de la grâce, Dieu en soit béni, aussi bien qu’instruments de grâce pour le service : Christ seul en est l’objet, et Dieu garantit Sa gloire. C’est tout ce qui est nécessaire ; cela même est notre part et notre joie parfaite.

On remarquera dans cet intéressant récit qu’au moment où Paul aurait pu être le plus troublé, au moment où sa marche a été, semble-t-il, le moins évidemment selon la puissance de l’Esprit, et où il a mis le désordre dans le sanhédrin par des arguments qu’il hésite lui-même peut-être à justifier ensuite entièrement, le Seigneur, plein de grâce, lui apparaît pour l’encourager et le fortifier. Le Seigneur qui, autrefois, lui avait dit de sortir au plus tôt de Jérusalem, parce qu’on n’y recevrait pas son témoignage — le Seigneur qui lui avait envoyé des avertissements de n’y pas monter, mais qui accomplissait, toutefois, ses desseins de grâce dans l’infirmité, à travers les affections humaines de son serviteur, et même par leur moyen (tout en exerçant par ces mêmes moyens, selon Sa sagesse divine, une discipline salutaire) ; Jésus apparaît à Paul pour lui dire que, comme il lui a rendu témoignage à Jérusalem, il devra aussi rendre témoignage à Rome. Voilà comment le Seigneur interprète en grâce tout ce qui est arrivé à l’apôtre et toute sa conduite, au moment où il aurait pu sentir ce qu’il y avait de pénible dans sa position, et être accablé peut-être en se souvenant que l’Esprit lui avait dit de ne pas monter à Jérusalem, car le doute est un tourment au moment de l’épreuve. Le fidèle et bon Sauveur intervient donc pour encourager Paul, pour mettre sa propre interprétation sur la position de son pauvre serviteur et faire ressortir le caractère de Son propre amour. Si le Seigneur a dû exercer la discipline pour le bien de Paul, à cause de l’état de son serviteur et pour lui faire faire des progrès vers la perfection, il a été avec lui dans la discipline. Rien de plus touchant que la tendresse et l’opportunité de cette grâce. Au reste, comme nous avons dit, tout cela accomplissait les desseins de Dieu à l’égard des Juifs, à l’égard des Gentils, à l’égard du monde ; car Dieu sait réunir dans une seule dispensation les buts les plus divers.

22               Chapitres 27 à 28

Maintenant que Paul est restauré et que son courage est ranimé par la grâce, il se montre, dans son voyage, maître de la position. C’est lui qui donne des conseils, selon les communications que Dieu lui fait ; c’est lui qui encourage, qui agit, de toute manière, de la part de Dieu, au milieu de la scène. La description pleine de vie et de réalité que Luc, compagnon de l’apôtre, donne de ce voyage n’a pas besoin d’être signalée : elle est admirable comme tableau vivant de toute la scène ; ce qui nous importe, c’est de voir dans ce récit ce que Paul a été, soit au milieu de la fausse confiance, soit au milieu de la détresse de l’équipage.

À Malte, nous retrouvons l’apôtre exerçant sa puissance accoutumée au milieu du peuple barbare de cette île ; on reconnaît que Dieu est avec son serviteur. L’évangélisation ne paraît pas cependant dans le récit du séjour de Paul à Malte, ni dans celui de son voyage.

Après que l’apôtre a débarqué en Italie, on le voit dans la tristesse. L’affection des frères l’encourage et le ranime. Il va jusqu’à Rome, où il demeure deux ans dans une maison qu’il a louée, avec un soldat pour le garder. Le gouverneur romain en Judée avait probablement fait comprendre que les accusations portées contre Paul n’étaient que les fruits de la jalousie des Juifs, car tout le long du voyage, on use de toutes sortes de prévenances à son égard ; en outre, il était Romain. Arrivé à Rome, l’apôtre convoque les Juifs ; et ici, pour la dernière fois, l’état de ceux-ci nous est présenté, ainsi que le jugement suspendu sur leurs têtes depuis que la prophétie (qui se rattachait particulièrement à la maison de David et à Juda) avait été prononcée par Ésaïe, et avait eu son application au peuple selon le témoignage du Seigneur Jésus lorsqu’il était ici-bas, parce qu’ils l’avaient rejeté — jugement dont la patience de Dieu a suspendu l’exécution jusqu’à ce que le témoignage du Saint Esprit aussi fût rejeté. Ce jugement est rappelé ici par Paul à la fin de la partie historique du Nouveau Testament. Le témoignage de l’apôtre est la déclaration solennelle de l’état définitif des Juifs, par l’envoyé de la grâce souveraine — état qui devait demeurer jusqu’à ce que Dieu intervînt en puissance pour leur donner la repentance, pour les délivrer, et pour se glorifier en eux selon la grâce.

Nous avons déjà signalé le caractère des Actes, qui ressort ici d’une manière claire et frappante ; nous y voyons la mise de côté des Juifs ou, pour présenter ce point dans son vrai jour, le peuple se mettant lui-même de côté par le rejet du témoignage de Dieu et de l’oeuvre de Dieu. Ils se mettent en dehors de ce que Dieu établit ; ils ne veulent pas Le suivre dans le progrès des voies de sa grâce, et ainsi ils sont laissés entièrement en arrière, sans Dieu et sans communication présente avec lui. Sa parole demeure éternellement, ainsi que sa miséricorde, mais les Juifs sont remplacés par d’autres, qui prennent la place de relation positive et actuelle avec Dieu. Individuellement ils peuvent entrer dans cette autre sphère et sur un autre pied, mais Israël disparaît, et pour un temps s’efface de la vue de Dieu.

C’est ce qui est montré dans les Actes. Au commencement de l’oeuvre, la patience de Dieu agit envers les Juifs dans la prédication de l’Évangile et dans la mission apostolique. Leur hostilité se déploie peu à peu, et arrive à son comble dans le cas d’Étienne. Paul est suscité, témoin, dans sa propre personne, car lui-même était d’Israël, de la grâce envers eux, au moins dans l’appel d’un Résidu élu, mais Paul introduit, en rapport avec un Christ céleste, quelque chose d’entièrement nouveau, comme doctrine, savoir l’Église, corps de Christ dans le ciel, l’Église abolissant toute distinction entre Juif et Gentil, envisagés soit comme pécheurs, soit comme ayant leur place dans l’unité de ce corps. Pour conserver l’unité et le rapport avec les promesses, le développement de cette doctrine se lie historiquement à ce qui avait été établi à Jérusalem ; mais en soi, comme doctrine, l’Église était une chose cachée en Dieu dans tous les siècles, ayant été dans les desseins de la grâce avant que le monde fût. L’hostilité des Juifs contre cette vérité ne s’est jamais démentie ; ils ont tout mis en jeu pour exciter les Gentils contre ceux qui propageaient la doctrine, et pour empêcher la formation de l’Église elle-même. Dieu ayant agi avec une patience et une grâce parfaite jusqu’au bout, remplace les Juifs par l’Église, comme Sa maison et le vase de Ses promesses sur la terre, en faisant de cette Église son habitation par l’Esprit. Les Juifs sont mis de côté comme peuple, quoique leur esprit, hélas ! n’ait pas tardé à s’emparer de l’Église elle-même. L’Église est révélée, et la doctrine claire et positive qu’il n’y a aucune différence entre Juif et Gentil (tous étant de nature des enfants de colère), et que leurs privilèges en tant qu’ils sont membres d’un seul corps, sont communs et égaux, constitue la base de toute relation avec Dieu d’une âme en qui la foi se trouve. C’est la doctrine de l’apôtre dans l’épître aux Romains, et dans celle aux Éphésiens (*). En même temps, le don de la vie éternelle, comme promise avant que le monde fût, a été mis en évidence par la régénération (**) (commencement d’une nouvelle existence, ayant un caractère divin) et la participation à une justice divine. La puissance de la vie divine et l’excellence de la justice divine sont réunies dans notre résurrection avec Christ, par laquelle, nos péchés ayant été pardonnés, nous sommes placés devant Dieu comme Christ, qui est à la fois notre vie, et notre justice. Cette vie se manifeste en conformité avec la marche de Christ sur la terre : il nous a laissé un exemple pour que nous marchions sur ses traces ; c’est la vie divine manifestée dans l’homme ; en Christ comme objet, en nous comme témoignage.

(*) Dans les Romains nous trouvons la position personnelle, dans les Éphésiens la position comme corps.

(**) Le mot «Régénération» ne s’applique pas, dans l’Écriture, à la nouvelle naissance : c’est un changement de position en nous, se rapportant au fait que nous sommes morts avec Christ, et à la résurrection. On rencontre cette expression deux fois : En Matthieu 19:28, où il est question du Royaume à venir de Christ, et en Tite 3:5, où il s’agit du lavage ou baptême de la régénération, comme étant, en type, ce qui nous sort de l’état du premier Adam, pour nous introduire dans l’état chrétien, mais en le distinguant du «renouvellement de l’Esprit saint».

La croix de Jésus est la base et le centre fondamental de toutes les vérités qui se rattachent aux relations de l’homme avec Dieu. Les rapports de Dieu avec l’homme, tel qu’il était ; la responsabilité de celui-ci ; la grâce, l’expiation ; la fin de la vie de l’homme, en tant qu’en rapport avec le péché, la loi, et le monde ; l’abolition du péché par la mort de Christ et ses conséquences en nous : toutes ces choses sont démontrées ou accomplies dans la croix ; elles donnent lieu, par la puissance de vie qui était en Jésus (qui sur cette croix a parfaitement glorifié Dieu), à cette nouvelle existence dans laquelle ce Jésus est entré comme homme auprès du Père, par la gloire duquel, ainsi que par sa propre puissance divine, et par l’énergie du Saint Esprit, il a été ressuscité.

Cette nouvelle existence de Christ et de l’Église n’empêche pas que, quand l’Église sera complète et montée en haut, Dieu ne reprenne ses voies en gouvernement avec les Juifs sur la terre : et c’est ce qu’il fera selon ses promesses et la déclaration des prophètes. C’est aussi ce que l’apôtre explique dans l’épître aux Romains, mais ce sujet appartient à l’étude de cette épître. L’Apocalypse nous montrera les voies de Dieu en jugement envers les Gentils, à la même époque, ainsi que le feront d’autres passages des épîtres qui se rapportent à la venue de Jésus ; elle nous montrera même les voies de Dieu dans son gouvernement du monde en général, du commencement jusqu’à la fin, avec les avertissements nécessaires pour l’Église, quand les temps d’incrédulité commencent à poindre et à se développer moralement dans la ruine de l’Église, envisagée comme témoin de Dieu dans le monde.

Amené à Rome notre apôtre déclare (en suite de la manifestation d’incrédulité parmi les Juifs, signalée plus haut), que le salut de Dieu est envoyé aux Gentils ; et il demeure deux années entières dans la maison qu’il avait louée, recevant tous ceux qui venaient vers lui (car il n’était pas libre d’aller vers eux), annonçant avec toute hardiesse le royaume de Dieu et ce qui regardait le Seigneur Jésus, personne n’y mettant obstacle (28:30, 31). Ici se termine l’histoire de ce précieux serviteur de Dieu, aimé et honoré de son Maître, prisonnier dans cette Rome qui, chef du quatrième empire, devait être le siège de l’opposition à la vérité parmi les Gentils, de leur opposition au règne et à la gloire de Christ, comme Jérusalem de cette opposition parmi les Juifs. Le temps pour la pleine révélation de cette opposition n’était pas encore arrivé, mais le ministre de l’Église et de l’Évangile de la gloire est prisonnier, à Rome : c’est ainsi que Rome commence son histoire en rapport avec l’Évangile que l’apôtre a prêché ; toutefois Dieu était avec son serviteur.