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ÉTUDE sur L’ÉVANGILE DE JEAN

 

 

Par J. N. Darby

 

Table des matières :

1     INTRODUCTION

2     Chapitre 1

3     Chapitre 2

4     Chapitre 3

5     Chapitre 4

6     Chapitre 5

7     Chapitre 6

8     Chapitre 7

9     Chapitre 8

10     Chapitre 9

11     Chapitre 10

12     Chapitre 11

13     Chapitre 12

14     Chapitre 13

15     Chapitre 14

16     Chapitre 15

17     Chapitre 16

18     Chapitre 17

19     Chapitre 18

20     Chapitre 19

21     Chapitre 20

22     Chapitre 21

 

 

1                        INTRODUCTION

L’évangile de Jean a un caractère tout particulier, qui frappe les esprits de tous ceux qui le lisent avec quelque attention, alors même qu’ils ne se rendent pas compte de ce qui produit cet effet : il frappe non seulement les esprits, mais il attire les cœurs comme ne le font pas d’autres parties du saint livre. La raison de ce dernier effet, c’est que l’évangile de Jean présente la personne du Fils de Dieu, — le Fils de Dieu dans une position où il est descendu assez bas pour être dans le cas de dire : «Donne-moi à boire». Cela attire le cœur, si le cœur n’est pas tout à fait endurci. Si Paul nous enseigne comment un homme peut être présenté devant Dieu, Jean présente Dieu devant l’homme. Son sujet, c’est Dieu et la vie éternelle dans un homme, l’apôtre poursuivant ensuite le sujet dans sa première épître, en nous montrant cette vie reproduite dans ceux qui la possèdent en possédant Christ. Je parle seulement des grands traits qui caractérisent ces livres, car bien d’autres vérités que celles que je viens d’indiquer s’y trouvent, je n’ai pas besoin de le dire. En effet, c’est l’évangile de Jean qui nous donne la doctrine de l’envoi de l’Esprit de Dieu, cet autre Consolateur qui devait demeurer toujours avec nous.

L’évangile de Jean se distingue très clairement des autres évangiles synoptiques, et nous ferons bien de nous arrêter un moment sur ce qui caractérise ces derniers, pour autant que cela touche à la différence qu’il y a entre eux et l’évangile de Jean. Les trois évangiles synoptiques, Matthieu, Marc et Luc, nous fournissent les plus précieux détails sur la vie du Sauveur ici-bas, sur sa patience et sa grâce : il était la parfaite expression du bien au milieu du mal ; ses miracles (à l’exception de la malédiction du figuier qui exprimait la vérité quant à l’état d’Israël, c’est-à-dire de l’homme en possession de tous les privilèges dont il pouvait jouir de la part de Dieu) étaient non seulement une confirmation de son témoignage, mais tous des miracles de bonté, — l’expression de la puissance divine manifestée en bonté. On y trouve le bien, Dieu lui-même qui est amour, agissant, quoique dans un certain sens encore caché, selon la grâce qui allait être pleinement révélée. Ce précieux Sauveur a été ainsi présenté à l’homme pour être reconnu et reçu : — il a été méconnu et rejeté. Chacun des trois évangélistes, on l’a souvent fait remarquer, présente le Sauveur sous un aspect différent : Matthieu place devant nous Emmanuel au milieu des Juifs ; Marc, le serviteur prophète ; Luc, après les deux premiers chapitres qui nous offrent un tableau des plus intéressants d’un résidu avec lequel Dieu se trouvait, au milieu d’un peuple hypocrite et rebelle, nous montre le Fils de l’homme, davantage en relation avec ce qui existe maintenant, savoir la grâce céleste ; mais tous les trois, au fond, présentent le Sauveur dans ses patientes voies de grâce ici-bas, pour que l’homme le reçût ; et l’homme l’a rejeté ! L’évangile de Marc, nous faisant connaître le service de Jésus, n’a pas de généalogie. Matthieu, étant en relation avec les Juifs et les économies terrestres, fait descendre le Sauveur d’Abraham et de David, et montre aussi les trois choses qui remplacent le judaïsme, c’est-à-dire le royaume tel qu’il existe maintenant (chap. 13), l’Église (chap. 16), et le royaume en gloire (chap. 17). Luc, qui nous présente la grâce dans le Fils de l’homme, fait remonter sa généalogie jusqu’à Adam. Ces trois évangiles parlent toujours de Christ homme ici-bas, présenté à l’homme historiquement, et ils poursuivent leur récit jusqu’à sa réjection de fait, annonçant ensuite son entrée dans la nouvelle position qu’il a prise par la résurrection. L’ascension, base de notre position actuelle, n’est directement racontée que dans Luc seul : il y est fait allusion dans les derniers versets supplémentaires de Marc.

L’évangile de Jean envisage le Seigneur d’une tout autre manière : il nous présente une personne divine descendue ici-bas, Dieu manifesté sur la terre, fait merveilleux duquel tout dépend dans l’histoire de l’homme. Il ne s’agit plus ici de généalogie ; ce n’est plus le second homme responsable envers Dieu (bien que cela reste toujours vrai) et parfait devant Dieu, et faisant ses délices, quoiqu’on voie à chaque page que ce n’est plus le Messie selon les prophéties ; ce n’est plus Emmanuel, Jésus qui sauve son peuple ; ce n’est plus le messager qui va devant sa face : dans Jean, c’est Dieu lui-même comme Dieu, qui, dans un homme (*), se montre à l’homme, aux Juifs, parce que Dieu l’avait promis, mais pour les mettre tout d’abord de coté (chap. 1:10, 11), montrant en même temps que rien dans l’homme ne pouvait même comprendre qui était là, présent avec lui. Puis, à la fin de l’évangile, nous trouvons la doctrine de la présence du Saint Esprit qui remplacerait Jésus ici-bas, en révélant sa gloire en haut, et en nous donnant la conscience de nos relations avec le Père et avec Lui. Il faut remarquer aussi que tous les écrits de Jean, et son évangile entre autres, envisagent le chrétien comme individu, et ne connaissent pas l’Église, ni comme corps, ni comme maison. De plus, l’évangile de Jean s’occupe de la vie éternelle ; il ne parle pas de la rémission des péchés, sauf en tant qu’administration présente confiée aux apôtres ; et, pour ce qui est de Christ, il traite essentiellement le sujet de la manifestation de Dieu ici-bas, et de la venue de la vie éternelle dans la personne du Fils de Dieu : par conséquent il ne parle guère de notre part dans le ciel, trois ou quatre allusions exceptées. Mais il est temps que nous sortions des généralités pour nous occuper de ce que nous dit l’évangile lui-même.

 

(*) Étant venu comme homme, Jésus ne sort jamais de la position d’obéissance, et reçoit tout de la main de son Père.

 

Voici d’abord quelle est sa structure. Les trois premiers chapitres sont préliminaires : Jean-Baptiste n’avait pas encore été mis en prison, et Jésus, bien qu’il enseignât et fît des miracles, n’avait pas encore commencé son ministère public. Les deux premiers de ces trois chapitres, jusqu’à la fin du verset 22 du chapitre 2, forment un ensemble ; le chapitre 3 nous donne la base de l’œuvre divine en nous et pour nous, savoir la nouvelle naissance et la croix, celle-ci introduisant les choses célestes quant à nous et quant à Jésus lui-même. Au chapitre 4, Jésus passe de Judée en Galilée, quittant les Juifs qui ne le recevaient pas, et il prend la place de Sauveur du monde en grâce. Au chapitre 5, il donne la vie comme Fils de Dieu ; au chapitre 6, il devient, comme Fils de l’homme, l’aliment de la vie, dans son incarnation et dans sa mort. Le chapitre 7 nous montre que le Saint Esprit doit le remplacer ; la fête des tabernacles — la restauration d’Israël — devant avoir lieu plus tard. Au chapitre 8, sa parole, au chapitre 9, ses œuvres, sont définitivement rejetées ; mais celui qui a reçu la vue le suit. Ainsi, chapitre 10, il aura ses brebis et les gardera pour de meilleures espérances. Dans les chapitres 11 et 12, Dieu lui rend témoignage, comme Fils de Dieu, par la résurrection de Lazare ; comme Fils de David, par son entrée à Jérusalem ; comme Fils de l’homme, par la venue des Grecs ; mais ce dernier titre de Fils de l’homme, amenait avec lui la mort, sujet qui est alors traité. Béthanie est une scène à part : Marie saisit la position de Jésus par le cœur ; Celui qui donnait la vie devait mourir lui-même. Son titre de Fils de l’homme clôt l’histoire de Jésus ici-bas, en l’introduisant, par la mort et par la rédemption, dans une sphère de gloire beaucoup plus vaste. Mais, chapitre 13, la question surgissait naturellement : Est-ce que Jésus abandonnait ses disciples ? Non, étant glorifié en haut, il leur lavait les pieds. Mais il s’en allait où les disciples ne pouvaient alors le suivre. Dans le chapitre 14, se trouvent les consolations pour le temps de l’absence du Seigneur : le Père avait été révélé en lui déjà pendant sa vie ici-bas ; quand il serait remonté en haut, il enverrait un autre Consolateur ; par son moyen, les disciples sauraient que Lui était dans le Père, eux-mêmes en Lui, et Lui en eux. Le chapitre 15 nous montre la relation des disciples avec lui sur la terre, remplaçant les Juifs, la position où se trouveraient les disciples vis-à-vis du monde, celle où se trouvaient les Juifs en le rejetant, puis le Consolateur. Le chapitre 16 nous dit ce que le Saint Esprit ferait quand il serait venu, ce dont sa présence serait la preuve dans le monde, et ce qu’il enseignerait aux disciples, les plaçant en même temps en relation immédiate avec le Père. Au chapitre 17, le Seigneur, se fondant sur l’accomplissement de son œuvre et la révélation du nom du Père, place les siens dans sa propre position vis-à-vis du Père et vis-à-vis du monde : le monde est jugé en ce qu’il a rejeté le Seigneur, et les siens sont laissés ici-bas à sa place. Dans les chapitres 18 et 19, nous avons l’histoire de la condamnation et du crucifiement du Seigneur ; au chapitre 20, sa résurrection et sa manifestation de lui-même à ses disciples, ainsi que leur mission. Le chapitre 21 nous donne son entrevue avec les siens en Galilée, la restauration de Pierre, et la prophétie de Jésus à l’égard de celui-ci et de Jean.

Après cette courte esquisse de l’évangile de Jean dans son ensemble, nous entrerons maintenant dans le détail des chapitres.

 

2                        Chapitre 1

Le premier chapitre nous présente la personne du Seigneur dans toutes ses phases positives, — ce qu’il est en lui-même — non dans ses caractères relatifs. Il n’est pas ici le Christ, ni chef de l’Église, ni souverain sacrificateur, c’est-à-dire ce qu’il était ou ce qu’il est en relation avec les hommes ici-bas, soit Juifs, soit chrétiens ; mais c’est Christ, personnellement, qui nous est présenté, ainsi que son œuvre.

Le chapitre commence par l’existence divine et éternelle de la personne de Jésus, le Fils de Dieu, par ce qu’il est dans le fond de sa nature, pour ainsi dire. La Genèse commence par la création, et l’Ancien Testament nous donne l’histoire de l’homme responsable sur la terre, sphère de cette responsabilité ; Jean commence par ce qui a précédé la création ; il commence tout à neuf ici, dans la personne de Celui qui est devenu le second Homme, le dernier Adam. Ce n’est pas : «Au commencement Dieu créa» ; mais : «Au commencement la Parole était». Tout est fondé sur l’existence non créée de Celui qui a tout créé : quand tout commençait, Lui était là, sans commencement. «Au commencement était» est l’expression formelle que la Parole n’a pas eu de commencement. Mais il y a davantage dans ce remarquable passage : la Parole était personnellement distincte, elle «était auprès de Dieu» ; mais elle n’était pas distincte en nature, elle «était Dieu». Nous avons ainsi l’existence éternelle, la distinction personnelle, l’identité de nature du Verbe ; et tout cela subsistait dans l’éternité. La distinction personnelle de la Parole n’était pas, comme on a voulu le dire, une chose qui a commencé. «Au commencement» la Parole était «auprès de Dieu» (v. 2) : sa personnalité est éternelle comme sa nature. Voilà la grande et glorieuse base de la doctrine de l’évangile et de notre joie éternelle, le fond de ce qu’est le Sauveur : sa nature et sa personne.

Maintenant vient ce qu’il est attributivement, étant tel. Premièrement, il a tout créé ; et ici nous arrivons au commencement de la Genèse. Nous avons à faire avec lui en ce qu’il est ; le monde n’est que ce qu’il a fait. Toutes choses furent faites par lui, et il n’y a rien de créé dont il ne soit pas le créateur. Tout ce qui subsiste, subsiste par lui. Lui était (ηυ) ; et tout ce qui commença à exister (εγενετο) commença «par Lui». Il a été le créateur de tous les êtres (comp. Hébr. 1:2, 10).

La seconde qualité qui se trouve en lui, c’est que en lui «était la vie» (v. 4). Cela ne peut se dire d’aucune créature ; beaucoup ont la vie, mais ne l’ont pas en elles-mêmes. Christ devient notre vie, mais c’est lui qui l’est en nous. «Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est dans son Fils : Celui qui a le Fils a la vie, celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie». C’est là une vérité d’une grande portée, quant à lui, quant à nous, et quant à la vie que nous possédons comme chrétiens.

Mais de plus, cette vie est «la lumière des hommes», parole d’un prix immense pour nous. Dieu lui-même est lumière, et c’est la lumière divine comme vie, qui s’exprime dans la Parole aux hommes. Ce n’est pas la lumière des anges, quoique Dieu soit lumière pour tous, car il l’est en lui-même, mais, lorsqu’elle est relative, adaptée à d’autres êtres, elle ne l’est pas aux anges : ses délices étaient dans les fils des hommes (Prov. 8). La proposition est ce qu’on appelle réciproque, ce qui veut dire que les deux membres de la proposition ont une égale valeur. Je pourrais tout aussi bien dire : la lumière des hommes est la vie qui est dans la Parole. C’est l’expression parfaite de la nature, des conseils, de la gloire de Dieu, quand tout sera consommé. C’est dans l’homme que Dieu se fera voir et connaître : Dieu a été manifesté en chair... «vu des anges». Les anges sont la plus haute expression de la puissance de Dieu en création ; mais c’est dans l’homme que Dieu s’est montré, et cela moralement, en sainteté, en amour. Nous devons marcher comme Christ a marché, être les imitateurs de Dieu comme ses chers enfants, et marcher dans l’amour comme aussi le Christ nous a aimés, et s’est livré lui-même pour nous ; et aussi nous sommes «lumière dans le Seigneur», car il est notre vie. Si nous connaissons l’amour, c’est en ce qu’il a laissé sa vie pour nous, et nous devrions laisser notre vie pour les frères. Si Dieu nous châtie, c’est pour nous rendre participants de sa sainteté. Nous marchons dans la lumière, comme lui est dans la lumière. Il nous a choisis en Christ, pour que nous soyons «saints et irréprochables devant lui en amour», ce qui est le caractère de Dieu lui-même, caractère parfaitement réalisé en Christ. Nous nous purifions comme lui est pur, sachant que nous lui serons semblables, — étant transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par l’Esprit du Seigneur, étant renouvelés en connaissance selon l’image de Celui qui nous a créés ; et cela n’est pas une règle, bien qu’il y ait là une règle (car nous devrions marcher comme lui a marché), — mais une vie qui en est la parfaite expression, l’expression de la vie de Dieu dans l’homme. Ineffable privilège, merveilleuse proximité de Jésus ! «Celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés sont tous d’un».

La rédemption développe et manifeste toutes les qualités morales de Dieu lui-même, et, par-dessus ses qualités, sa nature, — l’amour et la lumière, et cela dans l’homme et en rapport avec les hommes. Nous sommes, en tant qu’en Christ et Christ en nous, le fruit et l’expression de tout ce que Dieu est dans la plénitude et la révélation de lui-même. Il montrera dans les siècles à venir les immenses richesses de sa grâce, dans sa bonté envers nous dans le Christ Jésus. Mais alors, afin que tout cela ressortît, l’amour et la lumière même, il fallait que l’occasion se présentât, et cela, non dans un objet aimable et intelligent à l’égard du bien, car alors l’homme peut aimer, mais là où tout l’opposé de cette nature se montrait ; il fallait aussi que le bien fût démontré supérieur au mal, en laissant au mal tout son cours. «La lumière luit dans les ténèbres ; et les ténèbres ne l’ont pas comprise». Non seulement l’homme n’était pas lumière, non seulement il était ténèbres, sans aucune lueur de la nature de Dieu, mais il n’y avait pas chez lui réceptivité de cette lumière : c’était une opposition de nature. Ils n’ont vu aucune beauté en lui pour le désirer. Dans ce qui n’était que l’exposé de la nature divine en elle-même, on ne pouvait aller plus loin. Dans les choses naturelles, s’il y a lumière, il n’y a plus de ténèbres ; mais dans le monde moral il n’en est pas ainsi : la lumière, ce qui est pur en soi et qui manifeste tout, est là, et on ne s’aperçoit pas de ce qui est là. C’est «le fils du charpentier !» «Si tu connaissais... qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire !» Si celui-ci «était prophète». C’est un jugement clair, prononçant qu’il n’est pas prophète, quand Dieu est là, et parce qu’il se montre tel. Car puisque ce que Dieu est dans ce monde révèle ce qui est là-haut, l’esprit qui y règne ne s’associe pas avec un seul des principes qui gouvernent le cœur et les habitudes des hommes. Il n’y a dans ce cœur aucune connaissance du péché, aucune connaissance de Dieu, aucune connaissance de l’état où le péché nous a plongés ; le péché même est estimé selon le mal qu’il nous fait à nous-mêmes, non selon son opposition à la nature de Dieu, quoique j’admette qu’il y a une conscience acquise par la chute : l’égoïsme est le point de départ de tout. Alors, quand la lumière arrive, qui, au contraire, manifeste ce que c’est que le péché, où celui-ci a placé l’homme, moralement, vis-à-vis de Dieu, — on juge de tout selon l’égoïsme comme point de départ ; et la manifestation de Dieu n’a aucune entrée dans le cœur. C’est pour l’homme un terrain inconnu : c’est la vérité, et l’homme est dans le mensonge, comme il est sans Dieu, et il n’y comprend rien. Dieu est lumière ; et quand il est manifesté tel qu’il est, mais adapté à l’homme, l’état de l’homme est tel que rien ne répond à cette manifestation. Si la conscience, qui est de Dieu, est atteinte, la haine de la volonté est réveillée (voyez la fin du chapitre 7 des Actes, et Jean 3:19).

Nous avons donc, dans ces cinq premiers versets, d’une manière abstraite, ce que le Seigneur est, divinement, en lui-même ; et avec cela, à la fin, l’effet de sa manifestation au milieu des hommes tels qu’ils étaient, encore d’une manière abstraite. Ainsi, c’est comme lumière qu’il est présenté ici ; ce n’est pas l’amour qui est révélé. Venu ici-bas comme amour, il a été actif, soit envers le monde, soit efficacement envers les siens, ce qui implique la croix, c’est-à-dire la lumière rejetée. Mais ici c’est ce que le Seigneur est qui nous est présenté, non ce qu’il fait selon l’activité divine. Les versets 16 à 19 du chapitre 3, nous donnent le résumé de ce qu’il est à ce double égard. Dieu est amour ; mais Christ était l’activité de cet amour, selon la nature et le propos arrêté de Dieu (comp. le verset 17 du chapitre qui nous occupe). La loi exigeait de l’homme ce que l’homme devrait être ; en Christ quelque chose «est venu» de Dieu, la lumière et l’amour ; mais ce sujet nous occupera plus amplement dans un moment. Je répète seulement que ce qui nous est donné jusqu’ici, c’est ce que le Seigneur est en lui-même, mais dans le caractère qui met l’homme à l’épreuve, qui montre ce que l’homme est ; et le passage se termine par l’effet de la manifestation de ce qu’il est, sans qu’il soit nommé. Cette lumière peut se manifester là où il n’y a rien qui lui réponde ; elle n’est pas comprise : c’est l’incapacité morale, non la haine ; celle-ci est l’opposé de l’amour.

On peut remarquer qu’en participant à la nature divine, nous devenons lumière (Éph. 5:8). Il n’est jamais dit que nous soyons amour. Dans son amour Dieu est souverain : sans doute c’est sa nature, en communion, et en bonté, et en miséricorde, mais libre. Nous sommes rendus participants de cette nature, et nous marchons dans l’amour, comme l’amour a été manifesté en Jésus, parce qu’il est notre vie ; mais c’est dans l’obéissance que nous marchons ainsi, c’est un devoir, devoir joyeux, facile si nous marchons avec joie, et plus puissant que le mal ; mais pas libre, ayant sa source en nous-mêmes. Nous ne pouvons pas dire que nous sommes amour suprême, une source d’où l’amour jaillit ; mais le nouvel homme est saint en lui-même ; c’est ce qu’il est, bien que ce soit, en nous, en rapport avec un objet.

Aux versets 6 et suivants, nous commençons l’histoire : Christ doit paraître. Ce n’est pas ce qu’il est d’une manière abstraite ; dès lors il y a un précurseur, Jean-Baptiste. Dieu, dans sa bonté, ne se contentait pas de donner la lumière : il l’annonce par un autre pour attirer l’attention des hommes. Jean-Baptiste rend témoignage à la lumière, mais ici, c’est afin que tous croient, et non pour Israël seul ; Jean-Baptiste n’était pas la lumière, mais il vint pour rendre témoignage à celui qui l’était. Or la vraie lumière est celle qui, venant dans ce monde, est lumière pour tout homme, pharisien ou pécheur, Juif ou gentil. Il est la lumière qui, venue d’en haut, est telle pour qui que ce soit, rejetée ou reçue, pour un Simon ou pour un Hérode, pour Nathanaël ou pour Caïphe. Il est l’expression de Dieu et la pensée de Dieu pour tout homme dans quelque état qu’il soit. Il ne s’agit pas de la réception de la lumière dans le cœur. Dans ce cas il est question de l’état de celui qui reçoit, ici, du fait de l’apparition de la lumière dans ce monde. Elle était dans le monde dans la personne du Sauveur ; il l’avait fait, ce monde ; mais quand il était dans ce monde, le monde ne l’a pas connu ; il est venu vers les siens, les Juifs, lui, leur Éternel et leur Messie, et les siens ne l’ont pas reçu (v. 9-11).

Voilà le résultat de la manifestation de la lumière au milieu des hommes, historiquement : incapacité de la comprendre, et réjection quand elle s’adressait directement à ceux qui étaient déjà en relation avec elle par les promesses et les prophéties, et qui avaient reçu d’elle la loi, règle de la vie humaine, tout en restant toujours la lumière. Quelques-uns toutefois l’ont reçue ; et à ceux-là il a donné le droit de prendre la place d’enfants de Dieu (Jean 1:12), non pas qu’il y en eût quelques-uns d’une qualité meilleure, ou d’une volonté moins perverse que les autres ; non, ils étaient nés de nouveau, nés de Dieu, nés, non de sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu. La révélation extérieure de la lumière dans la Parole était accompagnée d’une puissance vivifiante de Dieu, qui lui donnait une réalité vitale dans l’âme, en faisait la semence incorruptible de Dieu. Comme vie, Christ était là. L’homme était né de Dieu.

Ceci termine l’exposé de la Parole, comme lumière en soi, et comme révélée dans le monde et au milieu des siens ; dans les versets 1 à 5 d’une manière abstraite, et dans les versets 7 à 13 historiquement présentée, mais toujours dans sa nature comme lumière, et non comme un homme ; puis enfin, en quoi consistait la différence, si elle était reçue.

Au verset 14, commence le christianisme historique. Jusque-là c’est ce que Christ était, ainsi que l’état de la sphère de sa manifestation. Maintenant c’est ce qu’il est devenu : «La Parole devint chair». Ce n’était pas une apparition, comme dans l’Ancien Testament, mais il a pris un tabernacle pour demeurer au milieu de nous, lors même que ce n’était que pour un temps. C’était un homme au milieu des hommes (le tabernacle, il le gardera pour toujours) ; mais il a habité ici-bas plein de grâce et de vérité, l’amour et la lumière adaptés à l’état de l’homme ici-bas ; puis, nous, les croyants, nous avons reçu de sa plénitude et grâce sur grâce [Jean 1:16] ; enfin, comme Fils unique dans le sein du Père, il a révélé le Père. La Parole faite chair a été au milieu de nous, révélant la gloire d’un Fils unique auprès de son Père, pleine de grâce et de vérité : nous avons tous reçu de sa plénitude ; puis il a révélé le Père [Jean 1:18]. Il était la manifestation du Fils, homme au milieu des hommes, la Parole qui était Dieu, faite chair. En lui, la grâce et la vérité sont entrées dans le monde ; il est une pleine source de grâce pour nous, dont nous avons tous reçu abondance de grâce, et il a révélé aussi le Père (*). Voilà la seconde partie de notre chapitre [Jean 1:19], l’historique de la personne du Christ. À cela aussi Jean rend témoignage : il était, non le Christ, mais son précurseur, la voix qui crie dans le désert, et qui, en appelant à la repentance, prépare le chemin du Seigneur.

 

(*) Comparez 1 Jean 4:12, où la difficulté que «personne ne vit jamais Dieu» est résolue d’une autre manière ; — cette comparaison fournit la plus profonde instruction quant à l’état chrétien.

 

Ceci introduit un troisième point. Tout en annonçant sa personne, celui qui le met en avant se cache lui-même ; il n’est ni le Christ, ni le prophète promis par Moïse, ni Élie promis par Malachie, mais seulement, selon la parole d’Ésaïe, la voix pour en annoncer un autre que les pharisiens ne connaissent pas, Celui qui venait après lui, mais qui lui était préféré, dont il n’était pas digne de délier la courroie de la sandale. Ceci se traduit en témoignage personnel quand Jésus paraît devant Jean, le lendemain (v. 29 et suivants). Jean le désigne ici, non comme le Messie, mais en rapport avec son œuvre qui a deux parties : il ôte le péché, il baptise du Saint Esprit.

Jésus est «l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde». Il faut que le péché soit ôté de devant Dieu. Le temps viendra où il n’y aura plus de péché devant les yeux de Dieu, ni devant les nôtres, temps de repos éternel pour Dieu et pour nos cœurs. Quel vrai repos, et qu’il est doux pour le cœur ! Il y a eu un paradis d’innocence, qui dépendait de la fidélité de la création, un état d’innocence incertaine et aussitôt perdue ; il y a eu un monde de péché, où toutefois Dieu a agi en grâce ; il y aura un monde, de nouveaux cieux et une nouvelle terre, où la justice habitera, un état de choses immuable, moralement immuable, car la valeur de l’œuvre de Christ reste toujours la même. Ce sera non plus une innocence où tout dépendait de l’obéissance mise à l’épreuve et à laquelle l’homme a manqué, mais un bonheur où l’obéissance a été mise à l’épreuve, parfaitement, et a été accomplie. La justice rend l’état sûr, car Dieu ne peut méconnaître la perfection de l’œuvre de Christ pour sa gloire. Aussi il n’y aura là que sainteté. Tout y glorifiera Dieu dans tout ce qu’il est ; rien ne sera contraire à sa nature. Le péché sera ôté de devant Dieu dans les nouveaux cieux et dans la nouvelle terre. Jésus est celui qui l’ôte : l’œuvre est faite, le résultat n’est pas produit. Le passage ne dit pas : «l’Agneau de Dieu qui a ôté», ni «qui ôtera», il nous présente le caractère de Celui qui était là devant les yeux de Jean-Baptiste, Celui qui faisait la chose. Le passage ne parle pas de la culpabilité dans laquelle nous nous trouvons, sujet de toute importance en son lieu, cela est évident, mais d’un état de choses devant Dieu. Jean prend les choses habituellement ainsi dans leurs grands principes. C’est Dieu qui a paru, et tout est jugé selon la lumière de sa présence. Sa sainteté exige, oui, sa majesté, en tant qu’il est saint, que le péché soit ôté de devant ses yeux. Celui qui accomplissait l’œuvre, qui la faisait, était maintenant là, présent sur la terre. Il était «l’Agneau de Dieu» : l’Agneau qui convenait parfaitement à la gloire de Dieu, l’Agneau dont Dieu seul aurait pu se pourvoir, qui fût capable d’établir sa gloire, sa gloire la plus élevée, là où le péché se trouvait ; l’Agneau capable de se donner librement pour cette gloire et d’accomplir ainsi une œuvre qui serait le fondement moral (sa valeur étant immuable et subsistant sans changement possible, car l’œuvre était toujours elle-même) d’une bénédiction éternelle, selon Dieu, devant lui. La croix est la base de cette bénédiction. Tous les éléments moraux du bien et du mal ont été mis en évidence, se sont trouvés en face l’un de l’autre, et Christ homme est à la droite de Dieu dans la gloire divine, en vertu de ce qu’il a résolu toutes les questions que cela soulevait. On a pu voir l’homme dans sa haine absolue du bien, de Dieu lui-même manifesté en bonté, et cela à son égard : «ils ont, et vu, et haï et moi et mon père» ; toute la puissance de Satan : «le chef du monde vient» ; «c’est... votre heure et le pouvoir des ténèbres» ; l’homme dans sa perfection absolue en Christ ; afin que le monde connaisse que j’aime le Père, et selon que le Père m’a commandé, ainsi je fais» ; et cela quand tous les deux ont été mis à l’épreuve de la manière la plus absolue ; puis Dieu, dans sa justice contre le péché, comme nulle part ailleurs ; — le péché en soi, mais Dieu dans son amour infini pour le pécheur. Ainsi l’homme, dans la personne du Fils de Dieu, est entré dans une position toute nouvelle, dans la gloire, au-delà du péché, de la mort, de la puissance de Satan, et du jugement de Dieu, après y avoir passé ; l’homme selon les conseils de Dieu, mettant le sceau le plus positif sur la responsabilité de l’homme créature, faisant face aux conséquences de cette responsabilité, et glorifiant Dieu de manière à obtenir de l’amour et de la justice de Dieu, pour l’homme, une place qui serait la glorification éternelle de Dieu dans ses conseils souverains et dans sa gloire, la glorification de Celui qui introduisit l’homme là pour en être le vase, en même temps que l’ordre de la création subsisterait en résultat devant Dieu dans un état où il trouverait le repos de sa nature, et où Christ, homme glorifié, serait le centre de toutes les voies de Dieu dans leur résultat béni.

Le Sauveur devait faire une autre chose encore, savoir, baptiser du Saint Esprit. Ceci est introduit par un fait du plus haut intérêt et des plus touchants : Jésus reçoit le Saint Esprit comme homme, et l’Écriture emploie à son égard les mêmes mots dont elle se sert quand il s’agit de nous : «Jésus qui était de Nazareth... Dieu l’a oint de l’Esprit Saint et de puissance» ; et le Seigneur lui-même dit : «C’est lui que le Père, Dieu, a scellé». Jésus a été scellé comme Fils, homme ici-bas, en vertu de sa propre perfection et de sa propre relation avec le Père comme Fils ; nous sommes scellés, étant fils par la foi en lui (Gal. 3:26 et 4:6), en vertu de la rédemption qu’il a accomplie. Nous, par conséquent, nous ne pouvions être scellés avant qu’il eût pris sa place comme homme en haut, — témoins à la fois de l’efficace de la rédemption et de ce que la rédemption nous avait acquis. «À moins que le grain de blé, tombant en terre, ne meure, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit». Ainsi nous lisons, Jean 7:39: «L’Esprit n’était pas encore (en tant que sur la terre dans les croyants), parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié». C’était le témoignage qu’il était le Fils, personnellement. Maintenant que la rédemption est accomplie et que Jésus est glorifié à la suite de son accomplissement, le Saint Esprit nous est donné, à nous qui croyons en Jésus. De cette manière aussi, bien que le résultat du sacrifice de Christ ôtant le péché du monde, ne soit pas encore produit, nous savons que ce qui fait la base de ce résultat béni, est accompli, et nous jouissons de son efficace dans la parfaite purification de notre conscience et dans la glorieuse espérance d’être avec Christ, semblables à lui dans le ciel, le Saint Esprit nous rendant assurés de l’une de ces choses, tout en étant les arrhes de l’autre. Christ baptise, ou plutôt, disons-nous maintenant, a baptisé les siens du Saint Esprit, nous donnant la conscience que nous sommes fils, en pleine liberté devant le Père qui l’a scellé, lui, comme étant personnellement le Fils de Dieu, parfait en toutes choses. C’est ce signe, donné à Jean-Baptiste, qui a ouvert sa bouche en témoignage que Jésus était le Fils de Dieu. Jean voyait bien que Jésus était un glorieux personnage, duquel il n’était pas digne de délier la sandale ; à l’égard de sa personne il sentait que ce n’était pas à lui de le baptiser. Mais la descente de l’Esprit sur Jésus, est le clair témoignage céleste, montrant qui Jésus était, quant à sa personne, comme Fils de Dieu : Jean a vu et a rendu témoignage qu’il était le Fils de Dieu lui-même dans ce monde. Il nous est très doux à nous, quoique dans notre cas il ne s’agisse pas de nos personnes, mais de la grâce souveraine, de penser que si, monté dans la gloire, il nous a baptisés du Saint Esprit (témoignage que nous sommes fils et nous en donnant la conscience), lui, le Fils éternel, a reçu lui-même premièrement, comme homme ici-bas, ce même témoignage, le sceau et l’onction de l’Esprit qui nous rend capables de crier : «Abba, Père !» C’est l’avant-goût de cette vérité, que celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés sont tous d’un (Héb. 2:11).

Mais, ici-bas, si un témoignage divin a été rendu que Jésus était Fils de Dieu, c’est le titre d’Agneau de Dieu qui le caractérise. Le cœur de Jean-Baptiste le reconnaît déjà ainsi, car le témoignage qu’il rend ici n’est pas un témoignage rendu dans sa prédication. Il voyait Jésus qui marchait devant lui, et son cœur rempli de la profonde vérité, s’écrie : «Voilà l’Agneau de Dieu !» Il l’avait déjà annoncé sous ce caractère, et personne n’avait suivi Jésus ; mais ce qui partait du cœur par la grâce, a atteint les cœurs ; deux des disciples de Jean l’entendent et suivent le Seigneur. C’est ainsi que Jésus commence à rassembler ses disciples. Il accepte la position de centre de rassemblement. Les deux disciples avaient reçu la parole de Dieu de la bouche de Jean-Baptiste ; mais ni Jean, ni aucun des prophètes n’avaient pris la place de centre, autour duquel se réunissaient ceux qui recevaient la parole de Dieu ; or maintenant il y avait dans le monde quelqu’un autour de qui on pouvait se réunir ainsi : c’était «l’Agneau de Dieu». Jésus, voyant que les deux disciples le suivaient, leur dit : «Que cherchez-vous ?» Ils lui disent : «Rabbi... où demeures-tu ?» Il répond : «Venez et voyez».

C’est ici un principe, un fait important : il y avait sur la terre non seulement un témoignage, mais une personne qui, de la part de Dieu, était un point de rassemblement pour ceux qui recevaient la parole de Dieu. Ceci était le fruit du témoignage de Jean-Baptiste. André, l’un des deux disciples de Jean, trouve Simon, son propre frère, et lui annonce qu’ils avaient trouvé, non l’Agneau de Dieu, mais le Christ. Le témoignage que nous recevons se rattache toujours à ce qui est déjà dans le cœur, il ne dépasse pas ce qui s’adapte à ce qui y est. Si tout l’amour de Dieu en Christ est prêché, si une œuvre se fait dans l’âme, cela produira une conviction de péché, peut-être jusqu’à nous faire presque désespérer du salut. «L’Agneau de Dieu» va infiniment plus loin que «le Messie» ; mais ces âmes sincères que nous voyons ici, et qui avaient reçu la parole de Dieu dans leur cœur, ont trouvé «le Messie» (v. 42). André mène Simon à Jésus, qui l’appelle Céphas, autrement dit Pierre. Le droit de nommer est l’expression de la souveraineté, c’est ce qu’on retrouve constamment dans la Parole ; seulement Christ donne le nom avec une connaissance divine des personnes. Il s’appropriait l’autorité suprême, mais avec la compétence d’une personne divine. Jamais Jean-Baptiste n’aurait donné un nom ainsi à ses disciples.

Mais bien que Jésus fût le centre qui réunissait ceux qui recevaient le témoignage de Dieu, il était venu pour rendre témoignage à la vérité, et dans cette tâche il n’avait pas où poser sa tête. Il commence cette activité au v. 44 : il voulait aller en Galilée où son témoignage devait être rendu au milieu des pauvres du troupeau, et il trouve lui-même Philippe. C’est le second caractère de témoignage. Le premier, c’était Jean et ce qui s’en est suivi ; ici, c’est Christ, et il s’agit de le suivre, lui, pèlerin et étranger dans ce monde. Christ ainsi, revêt aussi un autre caractère : précédemment nous l’avons vu centre, il recevait les croyants, s’en entourait là où il demeurait ; ici, il s’agit de le suivre là où il était pèlerin, second témoignage de toute importance.

Comme objet du témoignage de Jean-Baptiste, Jésus était le centre et il l’est toujours ; mais, de fait, dans son propre témoignage ici-bas, il est étranger et n’a pas où poser sa tête, il commence par la crèche et finit par la croix. Toute sa vie est la vie de quelqu’un qui est étranger ici-bas, qui chemine dans le monde pour y rendre témoignage de Dieu en grâce, mais en suivant un chemin que l’oeil du vautour n’a pas vu. Les deux caractères de témoignage font ressortir profondément, d’un côté l’état du monde, et de l’autre ce que Jésus y faisait. Pourquoi avoir dans ce monde, de la part de Dieu, un centre de rassemblement, si ce n’est parce que le monde, et même le peuple de Dieu selon la chair, s’étaient totalement éloignés de Dieu, et qu’il fallait quelqu’un pour retirer les âmes de cet état par la révélation de Dieu au milieu de ce monde ? et encore maintenant, le principe est le même, seulement le centre béni est dans le ciel : il s’est donné pour nos péchés, pour nous retirer du présent siècle mauvais. Ensuite, pourquoi suivre Jésus, être pèlerin comme Jésus l’a toujours été ici-bas ? Adam n’était pas pèlerin dans le paradis, nous ne serons pas pèlerins dans le ciel : il n’était pas besoin d’un chemin dans l’un, et il ne s’en trouvera pas dans l’autre, comme si on voulait en sortir. C’était le sabbat de Dieu en bas, c’est le repos éternel de Dieu en haut : on n’en sort pas ; il n’était pas besoin, ni ne sera besoin, dans l’un ou dans l’autre, d’un chemin où l’on suivrait quelqu’un. Ici il n’en est pas ainsi : ni le repos de Dieu, ni le repos de l’homme ne se trouvent sur la terre, et ce qu’il nous faut, c’est un chemin à travers le désert. Il n’y en a qu’un de sûr, et une seule personne a pu le tracer ; et il n’y a que la foi qui le discerne : c’est Jésus, qui dit : «Suis-moi». Il nous faut un chemin et le chemin est trouvé. Philippe aussi était de Galilée. L’œuvre de Dieu ne bâtissait pas sur Jérusalem, le vieux centre selon la chair ; mais la base, le chemin, et le centre, c’est le Fils de Dieu, la révélation de Dieu lui-même dans le monde, lui-même le tout premier, le rejeté et le méprisé de l’homme, mais l’image du Dieu invisible.

Philippe trouve Nathanaël, un Israélite rempli de préjugés, mais un cœur sans fraude, car le Seigneur a trouvé sous le figuier même de tels hommes, attachés au judaïsme, — un résidu dont le cœur était ouvert à la vérité, des fidèles qui attendaient la rédemption d’Israël. Nathanaël ne croyait pas possible que quelque chose de bon sortît de Nazareth, ce lieu qui, bien loin d’être la Jérusalem de la promesse, était des plus méprisés et des plus honnis. Mais c’était à Jésus qu’il fallait venir, c’était à sa personne que les âmes étaient appelées à venir : «Viens et vois». Le Seigneur montre sa parfaite connaissance de ce qui se passait en Nathanaël, déclarant celui-ci sans fraude, et montrant cette connaissance de manière à pénétrer dans son cœur. Nathanaël le reconnaît, selon le Psaume 2, comme roi d’Israël et Fils de Dieu. Dans sa réponse, le Seigneur reconnaît la foi de Nathanaël, fondée sur ce qu’il lui avait dit de lui-même, et il lui annonce sa propre gloire, selon le Psaume 8, cette gloire qui appartenait à un Messie rejeté ; car le Messie est rejeté au Psaume 2, dans un passage cité par Pierre à cet effet (Actes 4:25-26), le Psaume annonçant que Dieu établirait son Oint roi sur Israël, malgré sa réjection. Mais, après le récit prophétique des souffrances du résidu dans les Psaumes 3 à 7, le Psaume 8 annonce les conseils de Dieu à l’égard de l’homme dans la personne du Fils de l’homme. Cet homme sans fraude, qui nous est présenté ici sous le figuier, devient ainsi l’occasion de la révélation du Messie dans ses rapports avec Israël, puis de la révélation de sa gloire comme Fils de l’homme, Celui dont toutes les créatures les plus élevées seraient les serviteurs, et qui serait leur objet comme occasion des relations établies entre les cieux et la terre.

Il est à remarquer que c’est ici, comme nous l’avons observé, le second jour de témoignage, le premier se trouvant au verset 35, le second au verset 44. Ce n’est pas l’historique de l’évangile, mais le témoignage rendu à Jésus par Jean-Baptiste premièrement, puis le témoignage rendu par Lui-même. Dans le premier cas il remplace le Baptiste ; dans le second, c’est la manifestation de lui-même, témoignage qui dure depuis son service sur la terre jusqu’à l’accomplissement du Psaume 8. Envisagé déjà comme rejeté des Juifs et inconnu du monde (chap. 1:10, 11), il prend, dès à présent, le titre de Fils de l’homme, ce titre sous lequel il se désigne constamment, quoiqu’il ne pût prendre la position elle-même, qu’après avoir passé par la mort. Ce sont les deux jours de témoignage rendu à Christ comme venu dans ce monde, qui se développent dans la suprématie qu’il possède sur toutes choses, mais qui n’est présentée ici que dans sa nature. Au reste, la position céleste du Seigneur n’est guère le sujet des enseignements de l’évangile de Jean : il y est bien fait allusion, mais voilà tout.

 

3                        Chapitre 2

Ce qui suit, au chapitre 2, révèle, en principe, ce qui arrivera lorsque le Seigneur prendra sa place en autorité sur les Juifs : le vin de la joie des noces remplacera l’eau de purification, et Christ purifiera par le jugement la maison de son Père. Mais ce sera un Christ ressuscité qui accomplira ces choses. C’est la résurrection qui nous est présentée : le fait d’avoir quitté toutes ses relations avec le monde et avec son peuple ici-bas selon la chair, et d’avoir placé l’homme dans une position toute nouvelle, la position qui rend témoignage à ses droits d’exercer le jugement de Dieu. Mais, remarquez-le, Lui était déjà le vrai temple. L’Éternel n’était plus réellement dans le temple de Jérusalem, bien que le temple fût reconnu extérieurement par le Seigneur lui-même, jusqu’à ce que le jugement fût exécuté ; seulement, lors de sa mort, il ne l’appelle plus la maison de son Père, mais leur maison. De fait, Dieu était en lui, son corps était le vrai temple.

Ces paroles du Seigneur terminent cette présentation de sa personne et de la position qu’il prenait dans ce monde jusqu’à la fin, présentant en même temps le fait que c’était dans la résurrection que sa gloire serait accomplie. Il déclare aussi ici qu’il se ressusciterait lui-même ; il avait donc bien le droit de juger le temple corrompu et souillé.

Ce qui suit parle de la relation du Seigneur avec les autres. Le sujet commence au verset 22. Il s’agit de l’état de l’homme et de l’œuvre que Dieu faisait en lui et pour lui. Le grand principe que toute bénédiction appartenait à l’état de résurrection, ou était basée sur celle-ci, l’homme dans son état naturel étant laissé complètement en arrière, se retrouve constamment dans Jean, comme on peut le voir dans les chapitres 5 et 6, et du reste dans tout l’évangile. Il s’agit donc ici maintenant des deux grandes bases du christianisme pour ce qui regarde notre état, savoir la nouvelle naissance et la croix, les deux choses étant absolument nécessaires pour notre salut, mais la seconde allant plus loin que ce qui était nécessaire, selon la nature même de Dieu, et nous introduisant dans les choses célestes.

Pour avoir part au royaume, il fallait une vie toute nouvelle. La foi même en Jésus, en tant que fondée sur une démonstration qui pouvait être adressée à l’intelligence humaine, ne valait rien. Des hommes pouvaient être sincèrement convaincus (il y en avait alors de tels, et il y en a encore maintenant) soit par l’éducation, soit par l’exercice de leur intelligence, mais, pour être en relation avec Dieu, il faut une nature nouvelle, une nature qui puisse le connaître et qui réponde à la sienne. Plusieurs crurent en Jésus, contemplant les miracles qu’il faisait (v. 23) : ils conclurent comme Nicodème, qu’un homme ne pouvait faire ce que Jésus faisait, s’il n’était pas ce qu’il prétendait être. La conclusion était parfaitement juste. Des passions à vaincre, des préjugés à abandonner, des intérêts qui faisaient obstacle à sacrifier, ne se mêlaient pas à la question. La raison de l’homme jugeait sainement des preuves données, le reste de sa nature ne se réveillait pas. Mais le Seigneur connaissait l’homme ; il savait, par une intelligence divine, ce qui en était de lui. Il n’y avait pas peut-être manque de sincérité, mais ce qu’il y avait chez ces hommes n’était qu’une conclusion, qu’une conviction humaine qui n’avait aucune force sur la volonté de l’homme, ni contre ses passions, ni contre les ruses du prince de ce monde. Jésus «ne se fiait pas à eux». Il faut une œuvre divine et une nature divine pour jouir de la communion divine, et pour marcher dans le chemin divin à travers le monde. Ce qui suit est très distinct.

 

4                        Chapitre 3

Nicodème vient à Jésus avec la déclaration du même principe, qui avait produit la conviction de ceux dans lesquels Jésus n’avait pas de confiance : les miracles étaient pour lui une démonstration que Jésus était un docteur envoyé de Dieu. Je pense même que les autres allaient plus loin que Nicodème ; il est dit qu’ils crurent en son nom (2:23). Pour Nicodème, il était convaincu que les enseignements de Christ devaient avoir Dieu pour leur source, ainsi il était disposé à écouter. La foi des premiers ne produisait aucun besoin dans leurs âmes : dans ce cas, les convictions peuvent aller aussi loin que l’on veut sans que l’âme soit troublée, ou qu’un effet quelconque soit produit : il n’en coûte rien. On voit cela souvent. Mais il y avait davantage chez Nicodème, et c’était une preuve de l’action de Dieu : il y avait chez lui un besoin. Le Saint Esprit de Dieu agit toujours ainsi, même dans le chrétien. Ce sentiment de besoin qu’il fait naître produit de l’activité dans l’âme : c’est ce qui est arrivé chez Nicodème. De plus, quand l’Esprit de Dieu agit dans une âme, la parole de Dieu prend de l’autorité sur celle-ci et crée le désir d’entendre cette parole ; cela ne manque jamais. Il y a assez de besoins non satisfaits dans l’âme, pour que, étant réveillée, le besoin de savoir ce que Dieu a dit se produise en elle. L’âme a la conscience d’avoir à faire avec Lui, et le besoin de savoir ce qu’Il a dit devient le ressort de son activité et la caractérise. Ce n’est pas la réception d’un système de doctrine ou des dogmes sur une personne divine, c’est l’âme qui a faim et soif de ce que Dieu a dit ; ignorante de tout, si ce n’est de son besoin, elle veut recevoir. Il est bon que l’âme ait de la confiance dans la parole de Dieu, dans la source de la vérité (ce qui est déjà la foi implicite), sans que la vérité lui soit encore de fait communiquée ; car elle écoute avec confiance. Nicodème en était là ; la femme de Samarie aussi, mais chez elle il s’agit davantage de sa conscience ; tels étaient aussi les douze ; quand plusieurs de ses disciples abandonnaient Jésus, ils ne voulaient pas s’en aller de Lui, car il avait les paroles de la vie éternelle. Quand Dieu agit, le lien de Dieu avec la conscience et l’âme ne se rompt pas : nous ne parlons pas d’union, mais de l’œuvre morale dans le cœur. Mais, remarquez-le, aussitôt que le besoin se produit dans le cœur de Nicodème, il sent instinctivement que le monde et les autorités religieuses, la plus mauvaise partie du monde, lui seront contraires. Il y a de la crainte ; Nicodème va de nuit à Jésus. Pauvre humanité ! Qu’une âme se mette en relation avec Dieu en reconnaissant sa parole, le monde ne le supporte pas ! On le sait. Mais la foi de Nicodème n’allait pas plus loin que de reconnaître l’autorité de la parole du Sauveur, comme une parole qui venait de Dieu, la grâce ayant produit dans son cœur le besoin de ces communications de la part de Dieu.

C’est beaucoup d’avoir un vrai besoin, tout faible qu’il soit moralement ; car ici, chez Nicodème, il y avait peu de besoins de conscience, point de connaissance de lui-même. Il en était à des espérances religieuses, à des enseignements et à une révélation donnée de Dieu ; il cherchait un enseignement de la part de Jésus, mais il s’associait à la conviction générale que produisaient les miracles de Jésus, conviction fortifiée par l’intégrité et par un besoin personnels : Jésus enseignait de la part de Dieu. Mais Jésus arrête Nicodème tout court : la résurrection, le royaume, n’étaient pas venus, mais pour recevoir la révélation qui en était donnée, il fallait une opération divine, une nouvelle nature ; il fallait avoir part à une vie toute nouvelle. Le royaume ne venait pas de manière à attirer l’attention, mais le roi, avec toute la perfection qui lui appartenait, était là présent, et par conséquent le royaume même présenté dans sa personne ; seulement, ce royaume n’étant pas révélé en puissance, le rejet du roi causé par la perfection même de sa personne, ainsi que l’œuvre qu’il accomplissait dans son rejet, introduisaient un héritage céleste. De plus, cette œuvre et ce rejet faisaient entrer ceux qui seraient identifiés avec un Christ rejeté, dans les parvis où Dieu manifestait sa gloire, bien autrement élevée que la gloire du Messie, si elle eût été accomplie alors. C’était déjà l’aurore de l’accomplissement des conseils de Dieu non encore révélés.

Deux choses nous sont présentées dans la première moitié du chapitre qui nous occupe : premièrement le royaume et ce qu’il faut pour y participer et, dans une mesure, les choses terrestres et ce qui est nécessaire pour en jouir avec Dieu, mais aussi le royaume tel qu’il était présenté alors dans son caractère moral ; puis, en second lieu, le ciel, la vie éternelle, ce qui est essentiel à nos relations les plus réelles et immédiates avec Dieu, savoir la possession de la vie éternelle devant lui, en contraste avec la pensée de périr. Ici, il n’est pas question du royaume : c’est la vie éternelle, telle que Jésus, venu du ciel, pouvait nous la révéler. Mais cela suppose la croix. Il ne s’agit pas du Messie, mais du Fils de l’homme et de l’amour que Dieu a eu pour le monde, non pas de ses intentions à l’égard du royaume et de ses promesses en rapport avec ce royaume, mais des desseins, bien autrement vastes et élevés, célestes dans leur caractère, dans lesquels Dieu révèle ce qu’il est ; et Jésus, rejeté comme Messie, meurt et prend place dans la gloire, comme le Fils de l’homme qui a souffert. Sans doute, cette nouvelle naissance est, en tout cas, nécessaire, subjectivement, même pour discerner le royaume et en jouir, à plus forte raison pour jouir des choses célestes dans la présence de Dieu. Mais lorsque le passage parle de la nouvelle naissance, il ne s’occupe pas de la gloire céleste : pour celle-ci il fallait aussi introduire la croix. Toutefois il est bon de remarquer que tout le passage, dans ces deux parties, suppose le nouvel ordre de choses où la grâce agissait et ne se bornait pas aux Juifs. C’était une chose toute nouvelle qui était introduite. Le royaume n’était pas établi en gloire, mais fondé et reçu dans la personne du roi, exigeant une nouvelle nature pour le discerner et s’étendant à tout homme que la grâce atteindrait. C’était, moralement et subjectivement, la chose nouvelle ; seulement, dans la première partie, nous n’avons pas les choses célestes ni la vie éternelle, dans la seconde nous n’avons pas le royaume.

La première chose que fait le Seigneur, en arrêtant tout court Nicodème, qui ne parlait que d’être enseigné dans l’état dans lequel il se trouvait, lui, enfant du royaume selon la chair, c’est de lui déclarer qu’il ne s’agissait pas de cela, mais qu’il fallait naître entièrement de nouveau. Nous examinerons dans un moment les détails ; toutefois il importe d’abord de bien saisir que le Seigneur parle des deux caractères de bénédiction, savoir de la gloire céleste et du royaume selon la promesse, mais qu’il en parle sous les aspects qu’ils offraient dans ce moment-là. On peut dire qu’il les présente, par rapport à sa personne, sous leur caractère spirituel : d’un côté le roi méconnu et ce qui était céleste rencontrant la croix dans sa personne, mais, de l’autre, la nouvelle naissance et la puissance vivifiante, le Fils de l’homme, l’amour de Dieu, et par conséquent ce qui regardait le monde et l’homme, non pas seulement les dispensations et les Juifs, car tout fidèle que Dieu soit à ses promesses, il ne saurait, quand il se révèle lui-même, se borner aux Juifs.

Premièrement donc le royaume se révélait d’une manière qui n’attirait pas l’attention, non pas par une puissance qui dominât le monde, ni par sa gloire extérieure : il fallait une nouvelle nature pour l’apercevoir. Le roi était là, et il donnait les preuves d’une mission divine et de la présence de Celui qui devait venir, mais dans l’humiliation : il était le fils du charpentier, pour l’oeil naturel. Nicodème raisonnait bien en disant au verset 2 : «Nous savons... car personne ne peut faire ces miracles que toi tu fais, si Dieu n’est avec lui», mais Dieu avait son : «Si quelqu’un n’est né de nouveau», né tout de nouveau. Cette vie est un recommencement de vie, d’une nouvelle source et d’une nouvelle nature, — une vie qui venait de Dieu. Mais Nicodème restait encore dans les bornes et dans les limites de la chair, de l’homme naturel. Ce sont les limites de ce que l’homme est, de son intelligence. L’homme ne peut être plus qu’il n’est ; il ne saurait dépasser les limites de sa nature. Mais la classe d’incrédules qui se vante d’avoir fait cette immense découverte, montre d’une part la limite de l’intelligence humaine, de sorte qu’ils ne peuvent rien discerner au-delà de ce que l’homme est, et d’autre part le manque de raisonnement solide en eux-mêmes ; car, de ce qu’ils ont découvert, il ne découle pas qu’un autre être plus puissant ne puisse rien introduire. Leur sagesse est un fait évident par lui-même ; l’homme en lui-même ne peut pas voir plus loin que ce qui est en lui-même ; leur conclusion est absolument sans force. Par leur principe ils ne peuvent rien conclure au-delà des limites de l’humanité ; mais les limites de la puissance active ne sont pas nécessairement celles de la réceptivité. Revenons à notre chapitre et sachons écouter et comprendre mieux que Nicodème les paroles du Sauveur.

Nicodème, comme nous l’avons dit, se borne à l’expérience de ce qui arrivait dans l’homme ; Christ révélait ce qui se faisait de la part de Dieu, — la clef de toute l’histoire du Seigneur. Il avait parlé de ce qui était nécessaire pour voir, pour discerner le royaume : il fallait être né d’eau et de l’Esprit. C’est le royaume de Dieu en quelque état que ce soit, et il faut être approprié à ce royaume, avoir une nature qui lui soit appropriée pour y avoir part. Deux choses s’y trouvent, l’eau et l’Esprit, une nature ainsi caractérisée, moralement et dans sa source. L’eau, comme figure, est toujours la Parole, appliquée par l’Esprit : elle apporte les pensées de Dieu, célestes, divines, mais adaptées à l’homme ; elle juge ce qui se trouve en lui, mais elle introduit ces pensées divines et ainsi purifie le cœur. Car l’eau purifie ce qui existe ; mais aussi, c’est le nouvel homme qui la boit, aussi cela ne se sépare pas de ce qui est entièrement nouveau. «Ce qui est né de l’Esprit est esprit», participe à la nature de ce de quoi on est né. C’est là, proprement, la nouvelle nature. La purification pratique des pensées et du cœur, dont nous avons parlé, est bien l’effet de ce que cette nature reçoit, des choses pour lesquelles la chair n’a aucun goût. On ne pourrait pas dire que ce qui est né de l’eau est eau. L’eau purifie ce qui existe ; mais nous recevons une vie nouvelle, qui est réellement Christ lui-même en puissance de vie en nous, ce qu’Adam innocent n’avait pas. Nous participons à la nature divine, comme Pierre s’exprime : aussi, là où cette expression se trouve, dans la seconde épître de Pierre, elle se rattache à la naissance par l’eau : on échappe à la corruption qui est dans le monde par la convoitise.

C’est ainsi seulement que nous entrons dans le royaume. Le royaume de Dieu est plus qu’un paradis d’homme : c’est ce qui convient à Dieu, et il faut que nous ayons une nature qui y réponde. Adam, dans son état d’innocence, n’avait pas cela ; son niveau était l’homme comme Dieu l’avait créé. Pour le royaume de Dieu, il faut, pour celui qui s’y trouve, ce qui, dans l’homme toutefois, convient à Dieu lui-même. Remarquez que le Seigneur sort de toute question d’économies ; il a en vue la nature morale : ce qui est né de la chair est chair, a cette nature ; ce qui est né de l’Esprit est esprit, c’est-à-dire correspond à la nature divine qui en est la source. Mais alors il ne pouvait être question seulement des Juifs : si quelqu’un avait cette nature, il était propre pour le royaume. Il ne s’agissait pas d’un peuple déjà élu de Dieu, mais d’une nature qui convenait à Dieu.

Deux choses sont mises en évidence après qu’ont été posés ces principes, premièrement la nécessité de cette nouvelle naissance afin de jouir des promesses faites aux Juifs pour cette terre ; et secondement, que cette œuvre était de Dieu qui communiquait cette nouvelle nature. Dieu pouvait la communiquer par son Esprit à qui il voulait, et cela ouvrait la porte aux gentils. Nicodème, Jésus le lui dit, n’aurait pas dû s’étonner de ce que le Sauveur lui disait qu’il fallait que les Juifs naquissent de nouveau : les prophètes l’avaient annoncé (voyez Ézéch. 36:24-28), et Nicodème, comme maître ou docteur en Israël, aurait dû le savoir. Le vent aussi soufflait où il voulait (v. 8) ; telle était l’opération de l’Esprit. C’était une œuvre de Dieu, et ainsi elle pouvait être accomplie en qui que ce fût.

Il y avait encore les choses célestes. Or si Nicodème ne comprenait pas ces choses terrestres de la bénédiction d’Israël, comment comprendrait-il si le Seigneur lui parlait de choses célestes. Or personne n’était monté dans le ciel pour en rapporter la connaissance de ce qui s’y trouvait et de ce qu’il fallait pour en jouir, si ce n’était lui-même qui en était descendu, qui parlait de ce qu’il connaissait et rendait témoignage de ce qu’il avait vu, — non pas le Messie, cela se rapportait à cette terre, mais le Fils de l’homme qui, quant à sa nature divine, était dans le ciel.

Ainsi nous avons une révélation des choses célestes apportée directement du ciel par Christ, et dans sa personne. Il les révélait dans toute leur fraîcheur, fraîcheur qui se trouvait en celui, et dont jouissait celui qui était toujours dans le ciel ; Il les révélait dans la perfection de la personne de Celui qui faisait la gloire du ciel ; duquel la nature est l’atmosphère que respirent et dont vivent tous ceux qui s’y trouvent, Lui, l’objet des affections qui animent ce saint lieu, depuis le Père lui-même, jusqu’au dernier des anges qui remplissent de leurs louanges les parvis célestes, Lui, le centre de toute la gloire. Tel est le Fils de l’homme, celui qui est descendu pour révéler le Père, la vérité et la grâce, mais qui est, divinement, resté dans le ciel, dans l’essence de sa nature divine, dans sa personne inséparable de l’humanité dont il s’était revêtu. La déité qui remplissait cette humanité était inséparable dans sa personne de toute la perfection divine, mais il ne cessait jamais d’être homme, réellement et vraiment homme, devant Dieu.

Mais nous rencontrons ici une autre vérité : le Fils de l’homme devait rentrer dans le ciel comme homme, être le chef de toutes choses. Comme Fils de Dieu, il a été établi héritier (Héb. 1) ; il l’est comme Créateur (Col. 1), mais aussi comme homme et Fils de l’homme, selon les conseils de Dieu (Ps. 8, cité en Éph. 1, en 1 Cor. 15, en Héb. 2, passages qui développent clairement sa place à cet égard). Le chapitre 8 du livre des Proverbes nous apprend que Celui qui faisait les délices de l’Éternel avant la fondation du monde, se réjouissait alors dans les parties habitables de sa terre et avait ses délices dans les fils des hommes. Les anges (Luc 2) rappellent cette vérité, ou plutôt la preuve, que donnait son incarnation, des pensées de Dieu à cet égard ; ils parlent de cette incarnation comme manifestation du bon plaisir de Dieu dans les hommes. Comme donc il a été la manifestation de Dieu sur la terre, il entre comme homme dans la gloire de Dieu là-haut : il dominera sur la terre comme chef de la création, réunissant toutes choses sous son autorité (*) (Col. 1) ; mais ici nous parlons des choses célestes. Le Fils de l’homme entre là-haut pour être le chef de tout (1 Pierre 3:22 ; Jean 13:3 ; 16:15). L’homme, dans sa personne, est entré dans le ciel en la présence de Dieu lui-même, sans voile, et toutes choses doivent être assujetties sous ses pieds. Mais le seront-elles telles qu’elles sont, et les hommes qui doivent être ses cohéritiers, le seront-ils, tels qu’ils sont, dans le péché, ennemis de Dieu par leurs mauvaises œuvres ? C’est impossible. Il faut une autre chose fondamentale : la rédemption. L’homme, avec mille fois plus de péché que ce qui l’avait fait chasser irrévocablement du paradis terrestre, l’homme, qui avait été jusqu’à accumuler sur sa tête la réjection de Dieu, de la grâce, et du Fils de Dieu, ne pouvait pas, tel qu’il était, entrer dans le paradis céleste ; c’était impossible. Si donc Christ devait, comme homme, posséder la gloire qui, dans les conseils de Dieu, était le partage de l’homme, et s’il devait avoir des cohéritiers et les introduire dans la maison de son Père, il fallait les racheter et les purifier selon la gloire de Dieu ; il fallait aussi racheter les créatures du joug sous lequel le péché les avait placées et de la domination de Satan. Ici il ne s’agit que de l’état des héritiers, et de leur délivrance de la mort et de la condamnation. Or, quand le Fils de l’homme nous est présenté, ses souffrances et sa mort sont constamment introduites. Comme Messie, il était rejeté sur la terre par son peuple ; mais cela n’avait pour conséquence que de le faire passer dans la sphère plus grande de Fils de l’homme, chef de la création tout entière et chef spécial de ceux qu’il n’a pas à honte d’appeler ses frères. Mais pour cela il fallait la rédemption. C’est ce que nous apprenons en Matthieu 16:20, 21, et plus définitivement en Marc 8:29-31, et Luc 9:20-22, avec les conséquences qui en découlent pour nous. Dans l’évangile de Jean aussi, avant son départ de ce monde, le Père a voulu qu’un témoignage fut rendu aux titres de gloire de Jésus. Comme Fils de Dieu, il a été glorifié dans la résurrection de Lazare ; comme Fils de David, par son entrée dans Jérusalem sur le poulain de l’ânesse ; enfin, des Grecs, venus à Jérusalem pour le culte, s’étant adressés aux disciples afin de voir Jésus, et les disciples le lui ayant rapporté, le Seigneur dit : «L’heure est venue pour que le Fils de l’homme soit glorifié. En vérité, en vérité, je vous dis : À moins que le grain de blé, tombant en terre, ne meure, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit» (Jean 12:23, 24).

 

(*) Quant à la terre, voyez le Psaume 80:17, où c’est en relation avec Israël.

 

Ainsi, dans tous les évangiles, nous trouvons le Messie faisant place au Fils de l’homme, mais, dans chaque cas, le Fils de l’homme passant par la mort, pour entrer dans sa nouvelle et universelle position de gloire. Il aurait pu avoir douze légions d’anges, mais alors, les desseins de Dieu qui sont exposés dans les Écritures, n’auraient pas été accomplis : Christ aurait été sans cohéritiers.

Nous l’avons déjà fait remarquer, et nous y rappelons l’attention du lecteur, c’est que, dans ce chapitre, la présentation soit de la vie, soit de l’œuvre qui nous la procure, est faite en rapport avec son application présente et personnelle ; c’est une présentation de ce que sont ces deux choses dans leur nature, non quant à l’étendue de leur résultat, mais dans leur application à nous, comme moyen d’avoir part, soit au royaume, soit aux choses célestes. L’élévation du Fils de l’homme sur la croix correspond, ici-bas, du côté de nos besoins et du côté de Dieu, à la révélation des choses célestes, que le Fils a apportée ici-bas, à ce qui se trouve dans le ciel. Il s’agit d’être devant Dieu lorsqu’il est pleinement révélé, — non seulement quand le Messie promis aux Juifs a été rejeté, de sorte que le droit à l’accomplissement des promesses est perdu pour ceux qui possédaient ce droit, après que la loi avait été violée, — mais lorsque la haine de l’homme contre Dieu, contre un Dieu révélé en bonté, a été pleinement mise en évidence. Ce n’étaient plus seulement les péchés et la violation de la loi, c’était le rejet de la grâce quand les péchés et la violation de la loi étaient déjà là. L’homme ne voulait de Dieu à aucun prix (comp. Jean 15:22-24). Comment eût-il eu part avec Christ auprès de Dieu, part à la gloire céleste ? Toutefois le péché de l’homme n’a pas anéanti la grâce de Dieu. Mais si comme Fils de l’homme, Christ avait pris en main la cause de l’homme, il fallait qu’il en subît les conséquences, puisqu’il s’en était rendu responsable devant Dieu (voyez Héb. 2:10). Pour que nous eussions part aux choses célestes, il fallait que le Fils de l’homme fût élevé (*), qu’il le fût selon la gloire de Dieu, en rapport avec ce qui l’avait tant déshonoré ; or c’est comme fait péché que Christ a accompli cela, portant aussi lui-même nos péchés. Eloignés de Dieu nous devions périr dans nos péchés ; lui, s’est mis en avant pour nous, recevant tout, comme homme, de la main de son Père et lui obéissant toujours ; il a pris la forme de serviteur dans une nature qu’il ne quittera jamais, et, dans cette nature, il devient par droit, selon la justice et selon les conseils de Dieu, Seigneur de toutes choses, lui que personne ne connaît si ce n’est le Père seul, mais qui nous révèle le Père, lui qui a été tout près de nous, qui nous a touchés, pour ainsi dire, qui a pris notre nature, quoiqu’il ait pu dire : «Avant qu’Abraham fût, je suis». Lui, dont nos langues et notre intelligence ne sont pas capables de parler clairement, est Celui qui a tout créé ; mais sa place comme homme est à la tête des créatures. C’est lui qui est venu nous révéler les choses célestes et en montrer l’effet dans sa personne comme homme, tout en demeurant toujours au milieu des choses célestes, afin qu’étant homme ici-bas, il les révélât dans toute leur fraîcheur, adaptées en même temps à l’homme, afin que celui-ci vécût par elles, et entrât avec Lui, en Esprit, là où était ce qu’il révélait, et, plus tard, y entrât glorifié et semblable à Lui.

 

(*) Le résultat final, c’est que le péché sera ôté des cieux et de la terre, comme nous l’avons fait remarquer. Trois autres motifs sont donnés, dans ce chapitre 2 de l’épître aux Hébreux pour les souffrances de Christ (vers. 9) : la destruction de la puissance de Satan, l’expiation des péchés, le pouvoir de sympathiser avec nous.

 

Le Fils de l’homme est donc Celui qui, comme homme, doit, selon les conseils de Dieu, être Chef de toutes choses, dans les cieux et sur la terre. Messie et Fils de Dieu déjà de son vivant, et rejeté comme tel (Ps. 2), il devait prendre la position plus étendue de Fils de l’homme, établi sur les œuvres de Dieu, toutes choses étant mises sous ses pieds (Ps. 8). Nous le trouvons aussi, au chapitre 7 de Daniel, amené vers l’Ancien des jours pour recevoir le royaume. Le fait qu’il avait créé toutes choses nous est donné dans les Colossiens comme motif pour que, prenant sa place dans le résultat des conseils de Dieu dans sa création, il y fût comme premier-né, en avant, pour en porter la peine devant Dieu, pour être la propitiation pour nos péchés et les effacer pour toujours, en sorte que nous ne périssions pas. C’est là que d’une manière absolue, lui qui n’a pas connu le péché, a été fait péché devant Dieu, c’est là que l’obéissance absolue a été parfaite : «Afin que le monde connaisse, dit-il, que j’aime le Père ; et comme le Père m’a commandé, ainsi je fais». Il fallait, la nécessité en pesait sur nous ; la justice, la nature même de Dieu, exigeait que notre péché fût ôté. Mais le pécheur ne pouvait ôter son propre péché. Chargé qu’il était déjà de ce péché, que pouvait-il faire pour l’ôter ? Mais le Fils de l’homme, rejeté de l’homme, a été élevé devant Dieu pour être fait péché, sans autre chose ou sans autre personne, seul devant Dieu. Il ne s’agissait plus ici de Juif ou de promesse, mais de satisfaire à la gloire de Dieu dans cette position : c’était le dernier Adam, non pas désobéissant lorsqu’il jouissait de toutes les bénédictions de Dieu, mais obéissant, là même où il portait, Lui qui avait demeuré éternellement dans l’amour de son Père et dans la sainteté même, non seulement la peine de la mort, mais celle de la malédiction et de l’abandon de Dieu. Personne ne saurait sonder une telle chose ; toutefois nous pouvons par là-même reconnaître que la peine était infinie, mais nécessaire à cause de ce que nous étions, si la gloire de Dieu devait être sauvegardée et si nous devions être sauvés. Plus nous voyons qui il était, plus nous sentons la profondeur de l’abîme dans lequel il est descendu : mais par là-même il a pu dire : «À cause de ceci le Père m’aime, c’est que moi je laisse ma vie, afin que je la reprenne» (Jean 10:17). La gloire de Dieu a été manifestée, comme elle n’avait, comme elle n’aurait jamais été connue.

Le Fils de l’homme a dû être élevé. En prenant cette place, qu’il a prise pour nous aussi en grâce, il était libre : «Alors j’ai dit : Voici, je viens ...». Ses souffrances étaient pour nous nécessaires... ô solennelle parole ! Mais Dieu y ayant été parfaitement glorifié, l’œuvre dans toute sa valeur étant parfaitement accomplie, quiconque croit ne périt pas, mais a la vie éternelle. Périr, c’était notre sort ; avoir la vie éternelle, être avec Christ et comme Christ dans la gloire, c’est l’effet des souffrances, de l’œuvre du Sauveur, pour tous ceux qui croient. C’est ici un côté de la vérité : comme Fils de l’homme, Jésus vient à la rencontre du jugement qui allait tomber sur nous. Il fallait que le Fils de l’homme fût élevé, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle. Celui qui croit ne périt pas ; mais bien plus, il possède la vie éternelle ; maintenant comme vie, bientôt comme gloire céleste avec Christ. Élevé de la terre, Jésus attire tous les hommes à lui-même. Un Messie vivant était pour les brebis perdues de la maison d’Israël ; dans le Fils de l’homme élevé sur la croix, il ne s’agit plus des promesses, mais d’une œuvre accomplie, valable devant Dieu pour tous ceux qui croient. Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils. Voilà la source de tout. Le but ici est le même : «Afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle». Ce sont deux aspects de la même personne, Fils de l’homme ici-bas, mais également Fils de Dieu. Dieu n’a pas épargné son Fils. Mais c’est un principe, un fait de toute importance. Le «il faut» des versets 14 et 15, quoiqu’il découle de la nature même de Dieu et de l’état de l’homme, porte le caractère d’une exigence de la part de Dieu : il revêt Dieu, dans notre esprit, du caractère d’un juge. Il y a, sans doute, beaucoup plus : la sainteté de Dieu, sa gloire, ce qui lui convient (Héb. 2:10), y sont engagés ; mais l’idée de juge se rattache en effet à la culpabilité. Or tout cela donne encore une idée très imparfaite de la vérité. L’œuvre porte ce caractère : c’est une propitiation. Sans elle on périrait, exclu de la présence de Dieu ; on périrait nécessairement, si cette œuvre n’était pas accomplie du côté de l’homme, par l’homme. Mais où trouver celui qui l’accomplirait ? Il fallait ; Jésus pouvait le dire, car il venait du ciel. Dieu n’est pas nommé dans le passage, car Jésus parle de la nécessité dans laquelle l’homme se trouvait s’il devait entrer dans le ciel. Mais Dieu est souverain, et Dieu est amour. L’amour divin est souverain : il est au-dessus du mal, quoiqu’il le repousse par la nécessité de sa nature et le juge avec l’autorité de sa justice. Dieu est amour ; c’est la souveraine liberté de sa nature. C’est pourquoi, selon Éph. 5, nous devons marcher dans l’amour ; mais nous ne sommes pas amour, nous sommes lumière. Dieu est amour et lumière. Eh bien, dans cette liberté souveraine, Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique (celui qui par conséquent est devenu Fils de l’homme), afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle (v. 16).

Il est de toute importance de bien sentir cela, autrement Dieu conserve toujours pour le cœur le caractère de juge, — de juge satisfait, soit — et Celui qui est amour n’est pas connu, Dieu n’est pas connu. Pour ce qui nous concerne, nous avons fait de lui un juge en tombant dans le péché ; mais, dans sa nature suprême, Dieu s’est élevé au-dessus de tout, et le résultat pour nous est une bénédiction qui répond à cette suprême nature, une bénédiction infiniment plus haute que la bénédiction dont nous jouissions comme créatures parfaites, une bénédiction qui nous est donnée dans son Fils Jésus, comme Fils unique du Père. Ce n’est pas le Père qui a tant aimé le monde : c’est Dieu comme Dieu, et nous le connaissons comme Père à la suite de cette grâce. Mais il s’est révélé lui-même dans cette grâce envers nous.

Quelle grâce immense de pouvoir dire : je connais Dieu, et encore : je suis connu de lui ; je le connais lui-même ; non pas seulement : je suis sauvé, quelque précieux qu’il soit de pouvoir dire cela, mais : je connais Celui qui m’a sauvé. La pensée de ce salut vient de lui : elle est la révélation de ce qu’il est, même pour les anges. C’est son amour qui en est la source. Sa nature, le fond de son cœur, y est révélé ; sa gloire et sa propre nature y sont révélées. Fils de Dieu, Fils de l’homme, Jésus fait face à la nécessité de l’homme et révèle ce que Dieu est. Celui qui l’a vu a vu le Père. Dieu en soit béni, nous le connaissons.

La pensée et les conséquences de sa venue sont alors constatées. Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde, afin qu’il jugeât le monde, — il reviendra pour cela en gloire, — mais afin que le monde fût sauvé par lui (v. 17). Le monde a rejeté le Fils de Dieu, mais une telle manifestation de Dieu dans la Parole faite chair, et un tel accomplissement de l’œuvre qui glorifie Dieu, portent leurs conséquences et les portent nécessairement. Celui qui croit en Lui n’est pas jugé. Tout ce qui regardait la gloire de Dieu en vue du péché de l’homme a été accompli ; la justice de Dieu, son amour, sa sainteté, sa majesté, tout ce qu’il est, a été pleinement mis en évidence, et cela dans le jugement tombé sur Christ fait péché pour nous, et portant nos péchés en son corps sur le bois. Ainsi toute question de responsabilité et de la gloire de Dieu, quant au croyant, est résolue et réglée : il ne peut y avoir maintenant jugement pour lui, autrement tout ne serait pas réglé ; ce serait la négation de l’efficace de l’œuvre de Christ. L’âme serait placée sur un autre terrain, terrain nécessairement faux si celui de Christ est vrai, car rien ni personne ne pouvait être ce qu’il a été.

Celui donc qui croit en lui ne sera pas jugé, comme il est dit aussi au chapitre 5 de ce même évangile. Celui qui croit a la vie éternelle ; et il ne viendra pas en jugement. Mais celui qui ne croit pas en lui est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. La présentation du Fils de Dieu, de la parole de Dieu faite chair, avait déjà mis l’homme à l’épreuve. La question de son état avait été résolue ; il rejetait Dieu dans la personne de son Fils unique, la pleine lumière ; et Dieu est lumière comme il est amour. Ce n’est pas ici l’amour souverain, mais la conscience et la responsabilité. La lumière a été dans ce monde, elle y a brillé clairement ; la lumière des hommes, adaptée aux hommes. Ils ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. La conscience est sensible à la lumière, mais cela ne change pas la volonté ; et si la volonté reste perverse, la conscience rend la lumière divine insupportable. L’état de la volonté à l’égard de Dieu manifesté ici-bas, quand la conscience reconnaît la lumière, c’est là ce qui fait la base du jugement présent, actuel mais final, là où Christ a été présenté.

La fin du chapitre constate la position relative de Jean le baptiseur et de Christ. La mission propre de Jean était terrestre. Il parlait du Messie à Israël, du royaume en rapport avec ce peuple : précurseur immédiat du Christ, le plus rapproché de tous ceux qui, vases du témoignage de Dieu l’avaient précédé, il était, par ce fait, plus grand que tous les prophètes. Mais il était en deçà de la manifestation de ce qui est céleste. Ceux qui ont cru depuis l’ascension de Christ en jouissent ; le plus petit même dans le royaume de Dieu est plus grand que Jean. Dans la personne du Christ, le baptiseur entrevoyait la gloire qui Lui appartenait et qui, par la grâce, appartient aux siens aussi ; mais le voile n’était pas déchiré, et il n’y avait point d’homme dans le ciel. Personnellement, Jésus avait apporté ce qui était céleste : il révélait le Père, il parlait les paroles de Dieu ; mais le grain de froment restait seul, la rédemption n’était pas accomplie, quoique Celui qui venait d’en haut fût là et parlât de ce qu’il avait vu et entendu en paroles qui étaient les paroles de Dieu. Personne ne recevait son témoignage.

Le verset 29 est plutôt une figure, et l’épouse dont il parle n’est pas une épouse particulière. Si on voulait l’appliquer, il désignerait l’épouse terrestre.

Cette différence entre le témoignage prophétique qui, tout en étant divin, est un témoignage terrestre, et la révélation des choses célestes, de Dieu lui-même et de la part que nous avons dans la gloire, est de toute importance ; elle correspond à la différence essentielle qu’il y a entre le christianisme et tout ce qui l’a précédé. L’homme glorifié dans le ciel, le voile déchiré, le Saint Esprit descendu ici-bas et demeurant en nous, pour nous mettre en relation vivante et actuelle avec les choses célestes, cela diffère du tout au tout d’avec les promesses et même d’avec les prophéties de la venue du Messie sur la terre. Ce qui se rapporte à l’histoire personnelle du Christ, jusqu’à sa séance à la droite de Dieu, se trouve comme prophétie dans l’Ancien Testament ; mais tout ce que l’accomplissement de ces choses nous révèle, moralement, de l’homme et de Dieu, tout ce qui est la conséquence de la présence du Saint Esprit ici-bas dans les croyants, ne pouvait exister avant que Christ, comme médiateur, eût accompli son œuvre et fût monté en haut. Jean le baptiseur était évidemment de tous les prophètes le plus rapproché de ces choses, ayant vu le Sauveur ; toutefois l’œuvre n’était pas encore accomplie, et Jean ne pouvait entrer dans les choses célestes, quoiqu’il sût, lui, témoin inspiré, que Christ était descendu du ciel et, comme tel, était au-dessus de tout.

Voyons comment Jean présente la différence dont je parle. Il ne peut le faire comme possédant ces choses, car elles n’étaient pas encore ; mais son témoignage quant aux droits de la personne de Christ, va très loin dans ce passage, où il parle de ses disciples. Sa joie était d’avoir vu l’Époux, et cela en qualité d’ami : c’est la première différence. Celui à qui tout appartenait de droit était là. Lui avait l’épouse, peut-être ici l’épouse terrestre, j’en ai déjà parlé ; mais il était l’époux. La joie de Jean était de le voir. C’était déjà beaucoup de se comparer avec Celui qui venait du ciel, tout en acceptant la disparition de sa propre importance avec une piété et une joie sans feinte, parce que Celui qui cachait l’éclat du témoignage de Jean par la présence de l’objet même de ce témoignage, était là. La piété de Jean brille de son plus pur éclat en se plaçant ainsi dans l’ombre pour exalter Celui qui, quoique inconnu, faisait par son éclat divin, lui, la vraie lumière divine, disparaître son précurseur. La vérité dans l’homme intérieur se montrait par l’effet que devait produire la vérité qu’il annonçait : son âme était à la hauteur du témoignage qu’il rendait. C’est beaucoup dire d’un homme ; mais tel était le beau fruit de la grâce dans ce témoin honoré du Sauveur.

La personne divine, céleste, du Sauveur est ensuite mise en contraste avec le témoignage de Jean, tout inspiré qu’il fût ; son témoignage était seulement un témoignage, et un témoignage prophétique et terrestre : le Christ venait du ciel, il parlait de ce qu’il avait lui-même vu et entendu, non pas comme prophète, soit des choses à venir, rappelant la loi de Moïse, serviteur de Dieu, soit d’un Messie à venir et même venu sur la terre ; non, Jésus parlait des choses actuelles qui existaient là d’où il était venu. Personne ne recevait son témoignage, car c’était des choses célestes, des choses qui existaient auprès de Dieu, qu’il parlait : l’homme ne les comprenait pas et ne les voulait pas. Mais la nature du témoignage était également divine ; ce n’était plus l’Esprit «par mesure», un : «ainsi a dit l’Éternel», où, le prophète ayant fini, tout était dit, — vérité parfaite, mais vérité limitée à ce qui était exprimé, et encore c’étaient des choses terrestres, le voile n’étant pas déchiré. La vérité elle-même était là, l’Esprit sans mesure (jusqu’alors sur Lui seul) le remplissant des choses qui se trouvaient là d’où il était. Celui que Dieu avait envoyé parlait toujours les paroles de Dieu lui-même dans tout ce qu’il disait, et cela dans un homme et par un homme, mais qui était Fils de Dieu, et par l’Esprit sans mesure.

Il est très possible que les deux derniers versets du chapitre soient de l’évangéliste et non de Jean Baptiste, comme on l’a pensé ; mais je ne vois pas de raison péremptoire pour qu’ils ne soient pas du dernier. Jusqu’à la fin du verset 34, il me parait clair que ce sont les paroles de Jean Baptiste ; et Jean mêle son témoignage aux choses qu’il raconte, le tout étant de Dieu. Le dernier verset pourrait donner à croire que les paroles sont celles de l’évangéliste, puisqu’il contient un témoignage si souvent répété dans ses écrits. Il y a aussi, dans le témoignage, un changement analogue à celui que nous avons vu dans les versets 16 à 18 du chapitre 1, relativement à l’emploi du nom de Dieu et à celui de Père. Il faut faire ici bien attention à ce fait, que la chose en question n’est nullement de savoir si le témoignage des deux versets est de Dieu, mais qu’il s’agit uniquement, pour notre instruction, et comme sujet intéressant pour nos cœurs, de nous rendre compte de la personne qui est le vase de ce témoignage. L’Esprit de Dieu a donné la parole à Jean Baptiste ; le même Esprit a dirigé l’évangéliste soit en nous rappelant ce que Jean Baptiste a dit, soit dans les paroles qu’il prononce lui-même. Les deux derniers versets cependant semblent plutôt l’expression d’une réalité que l’évangéliste connaissait et possédait par le Saint Esprit, comme chose présente et actuelle, qu’un témoignage prophétique quelque élevé qu’il fût.

La différence entre les noms de Dieu et de Père est toujours distinctement maintenue dans l’évangile de Jean. Quand il s’agit de la nature et de l’action de Dieu selon cette nature, comme origine de la rédemption et de la responsabilité de l’homme, le mot Dieu est employé ; quand il s’agit de la grâce qui opère dans le christianisme et par Christ en nous, c’est le nom de Père. Ainsi, «Dieu a tant aimé le monde», et au chapitre 4: «Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité», mais, en grâce, «le Père en cherche de tels qui l’adorent» ; et ici : «Le Père aime le Fils, et a mis toutes choses entre ses mains» (comp. 13:3). Le Père a été révélé dans le Fils, et nous avons reçu l’Esprit d’adoption ; les petits enfants en Christ ont connu le Père. «Le Fils unique qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître» ; et d’autre part : «Personne ne vit jamais Dieu». Ainsi la personne du Fils venu dans ce monde, et, pour nous, l’exaltation de Jésus après qu’il eût achevé l’œuvre que le Père lui avait donné à faire, puis la descente du Saint Esprit, en un mot la grâce qui opère dans la personne et, pour nous, par le moyen de l’œuvre de Jésus, voilà où le Père se trouve révélé. Jésus a révélé ce nom à ses disciples, quoiqu’ils n’en aient rien compris (Jean 17:26) ; et nous avons reçu, l’œuvre qui nous lave et nous justifie ayant été accomplie, l’Esprit qui nous fait crier : «Abba, Père». Le nom de Père est un nom de relation, révélée par la présence de Christ, et qu’on connaît, et dont on jouit individuellement par le Saint Esprit. C’est ce qui caractérise le christianisme et, on peut le dire, Christ lui-même. Dieu est ce que Dieu est dans sa nature et son autorité, le nom d’un Être, non d’une relation, sauf les droits d’autorité absolue qui lui appartiennent ; mais d’un Être qui, étant suprême, entre en relation avec nous, en grâce. On voit l’importance de cette distinction dans les paroles de Christ lui-même. Tout le long de sa vie il ne dit pas : «Mon Dieu», mais «Mon Père», même à Gethsémané, et la jouissance de cette relation est parfaite. «Je ne suis pas seul, car le père est avec moi». Il dit encore «Père», quand il exprime ce que c’était pour lui que de boire la coupe. Sur la croix il dit : «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?» Fait péché pour nous, il sentait ce que c’était que de l’être devant Dieu, Dieu étant ce qu’il est. Après sa résurrection il emploie les deux noms de Dieu et de Père, quand il introduit ses disciples dans la position dans laquelle il était dès lors entré comme homme, selon la justice de Dieu : «Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu». Les siens étaient, par grâce, comme lui, dans leur relation avec Dieu comme Père ; ils étaient, par son œuvre, devant Dieu, tel qu’il est dans sa nature, et cela en justice, selon la valeur de l’œuvre qu’il avait accomplie et selon leur acceptation dans sa personne, agréables dans le Bien-Aimé. Mais quel merveilleux privilège que de savoir quelle est l’occupation des affections du Père et de connaître Celui qui en est l’objet et qui en est digne, qui suffit à ces affections ! Quel bonheur de connaître le Seigneur, car le Père veut que, là où il trouve ses délices, nous trouvions les nôtres. Quel bonheur parfait et infini !

Enfin toutes choses lui sont données et lui sont assujetties ; c’est à lui qu’elles seront soumises, quoiqu’elles ne le lui soient pas encore, quant à l’accomplissement des voies de Dieu (Héb. 2) ; mais il a toute puissance dans les cieux et sur la terre.

Il est bon de remarquer ici que c’est toujours la Parole faite chair (*), Celui qui s’est anéanti lui-même, et a pris la forme de serviteur, comme homme ici-bas, qui est devant les yeux de Jean. En conséquence, quoique la divinité ou plutôt la déité du Sauveur apparaisse à chaque page de l’évangile, Christ nous y est présenté comme recevant tout de son Père. Il est Dieu, il est un avec le Père ; les hommes doivent l’honorer comme ils honorent le Père ; il peut dire : «Avant qu’Abraham fût, je suis» ; mais il ne sort jamais de la position qu’il a prise, et tout en parlant au Père comme à un, égal, tout, gloire et toutes choses, lui sont données. Personne ne connaît le Fils : mais il est très beau de voir la fidélité parfaite de Jésus à ne pas se glorifier lui-même, mais à rester sans effort dans la position qu’il a prise. Grâces à Dieu, c’est toujours un homme.

 

(*) On peut excepter les quatre premiers versets du chapitre 1. Comparez, pour ce qui est dans le texte, 1 Jean 1 : là aussi la différence des noms de Père et de Dieu se retrouve.

 

Nous avons déjà dit que ce chapitre 3 pose les bases et ne développe pas les résultats ; nous y trouvons la possession de ce qui nous rend capables de jouir de ces résultats, savoir la nouvelle naissance et la croix. C’est pour nous le côté subjectif. Il en est ainsi encore ici, à la fin : quiconque croit à ce Fils que le Père aime, a la vie éternelle (comp. 1 Jean 5:11, 12) ; celui qui ne le croit pas, qui ne reçoit pas le témoignage qu’il rend (comp. 5:21), ne verra jamais la vie ; mais la colère de Dieu demeure sur lui (v. 36). Le Fils de Dieu, Jésus, dans sa personne, est la pierre de touche de toute âme, précieux à ceux qui croient : il l’est comme manifestation de Dieu lui-même s’adaptant à l’homme en grâce. On peut voir ici aussi comment le changement du nom de Père en celui de Dieu se retrouve, quand le Saint Esprit passe de la grâce à la responsabilité. Quand il s’agit du Père, c’est toujours la grâce opérant par le Fils et dans le Fils qui le révèle.

Nous ferons observer ici que, dans ces trois premiers chapitres, nous avons une préface de l’évangile, avant le ministère public du Sauveur. Le fait est constaté au verset 24 du chapitre 3, comparé avec Matthieu 4:12, 17 et Marc 1:14, 15. Le chapitre 4 de Jean confirme cette appréciation des faits. Sans doute Jésus avait parlé déjà et avait fait des miracles, mais il ne s’était pas présenté publiquement pour dire : Le temps est accompli. Il s’annonce ainsi au chapitre 4 de Luc, verset 18 et suivants, quoique sa prédication d’alors, dans la synagogue de Nazareth, ne soit pas sa première prédication, comme en témoignent les versets 15 et 23. Mais cette préface des trois premiers chapitres est une véritable introduction à tout le christianisme, au moins dans ses grandes et divines racines. Elle commence par ce que Christ était dans sa nature essentielle, et ce que l’homme, hélas ! était aussi. Il n’y est pas encore question de l’action de Dieu en grâce. C’était la lumière ; l’homme était ténèbres : il fallait être né de Dieu pour recevoir Celui qui l’était. Ensuite nous trouvons ce qu’il est devenu : la Parole a été faite chair, et le Fils unique a révélé Dieu, étant lui-même dans le sein du Père : c’est la grâce dans sa personne. Puis vient son œuvre dans toute l’étendue de son effet, et le don du Saint Esprit pour que nous en jouissions maintenant ; et puis l’œuvre de rassemblement, mais celle-ci poursuivie du côté des voies de Dieu, plutôt sur la terre, mais en général selon les droits de la personne de Christ, les Juifs, sauf le résidu, étant mis de côté. Christ reconnu de ce résidu, selon le Psaume 2, passe outre et présente sa position selon le Psaume 8, en tant que cela regarde sa personne ; après quoi les épousailles et leur joie, ainsi que le jugement, sont introduits. Mais c’est par la résurrection, en se ressuscitant lui-même, en relevant son propre corps, le vrai temple de Dieu, que la démonstration de son titre et de sa puissance serait donnée. Ce qui est subjectif en nous, et l’œuvre pour nous, viennent ensuite : sa réception selon les convictions humaines, fondées sur les miracles, ne valait rien ; c’était ce qui était dans l’homme ; tandis que pour voir le royaume et y entrer, dans sa forme terrestre et judaïque, il fallait être né entièrement de nouveau. Mais il y avait aussi les choses célestes que Jésus révélait. Il venait du ciel, il y était : lui seul pouvait annoncer les choses célestes. Aussi l’homme naturel n’était pas propre à y entrer : il fallait que Celui qui avait entrepris sa cause, soit pour la gloire de Dieu, soit pour la culpabilité de l’homme, car la nouvelle naissance ne purifie pas la conscience, — il fallait que le Fils de l’homme, s’il ne devait pas rester seul, fût élevé. Mais alors, ce n’était pas seulement l’entrée du royaume et la jouissance des promesses qu’on trouvait ainsi, mais la vie éternelle, — ce qui est en Christ lui-même. La source bénie de tout nous est donnée après cela : Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils pour que nous vivions éternellement ; ainsi nous trouvons d’abord la juste nécessité, ce que réclamaient la nature et les droits de Dieu sur l’homme, accomplie par le Fils de l’homme, puis l’amour infini de Dieu révélé. Le Fils de Dieu était devenu Fils de l’homme ; mais le Fils de l’homme pouvait prendre cette place, parce qu’il était Fils de Dieu. À la fin du troisième chapitre, nous trouvons le témoignage de Jean-Baptiste porté à son plus haut degré, témoignage de la profonde et parfaite piété personnelle de celui qui le rendait ; toutefois il était de la terre ; plus qu’un prophète, mais toujours terrestre ; de la poussière, et parlant comme étant de la terre, appartenant à ce qui était en dehors du voile non encore déchiré. Christ, lui, venait du dedans du voile, et sa chair était ce voile. Il parlait de ce qu’il savait ainsi, et personne ne recevait son témoignage. Jean avait la joie d’entendre la voix de l’époux, il ne l’était pas ; ce qu’il disait était donné de Dieu comme témoignage, mais, le témoignage étant rendu, de sa part tout était accompli. Christ, Lui, était le sujet du témoignage, et de plus ce qu’il disait, c’étaient les paroles de Dieu, car Dieu ne lui donnait pas l’Esprit par mesure. Toutes ses paroles étaient les paroles de Dieu ; il était au-dessus de tout. Enfin nous trouvons une chose qui restait encore pour achever cette révélation de Christ et de Dieu lui-même, dans les grands éléments qui se rapportaient à la personne de Christ et à notre état : le Père et le Fils nous sont présentés. C’est la couronne de tout en grâce : il était l’objet suffisant de toutes les divines affections du Père, Celui en qui l’amour infini et parfait du Père trouvait ses délices : aussi lui avait-il tout donné. Comme Fils descendu ici-bas, Jésus reçoit tout du Père. Mais le Père et le Fils ne restent pas seuls dans la plénitude de leur perfection : nous y sommes introduits pour en jouir, bien que, dans un certain sens, ils restent nécessairement seuls dans leur perfection. Mais celui qui croit au Fils a déjà la vie éternelle, quoiqu’ici-bas dans la faiblesse ; il possède subjectivement ce qui fera plus tard sa gloire avec Christ (comp. les premiers versets du chapitre 1). Or cette révélation du Père dans le Fils devenait l’épreuve définitive de l’homme : celui qui ne recevait pas ce témoignage, qui ne se soumettait pas à lui par la foi, ne verrait jamais la vie, mais la colère de Dieu demeurait sur lui. Ce qui a trait au Saint Esprit, que ne devaient recevoir que ceux qui croyaient déjà en Jésus, se trouve déjà dans les versets 32 à 34 du chapitre 1. Le développement du sujet se trouve dans les derniers discours du Sauveur ; l’historique de sa présence se trouve dans les Actes et dans les épîtres, et dans la conscience de sa présence que possèdent les croyants.

Ayant complété la revue des trois chapitres d’introduction, il conviendra peut-être de donner une espèce d’index des chapitres de l’évangile tout entier ; car il y a beaucoup d’ordre et de système dans les écrits de Jean.

Le rejet du Messie de la part des Juifs est constaté déjà au chapitre 1 ; le jugement du peuple qui en résultait se montre clairement dans le cours de l’évangile et dans bien des chapitres. La doctrine de chaque chapitre est souvent en contraste avec des choses judaïques, ce contraste fournissant l’occasion et la base de la doctrine. Un autre trait caractéristique en découle ; le jugement porte sur tout le monde (chap. 1) qui ne l’a pas connu, et sur les siens, les Juifs, qui ne l’ont pas reçu ; il donne lieu à la constatation et au développement de la grâce souveraine qui seule produit la vie divine en nous. Ceci implique l’entrée des gentils dans la jouissance des bienfaits de la grâce, et puis le fait important que ces bienfaits se trouveraient dans un monde — et aussi dans un état — tout nouveau où l’on entre par la résurrection. Dans les évangiles synoptiques, le Christ est présenté dans ses trois caractères, de Jésus Emmanuel, le Messie, de prophète, et de Fils de l’homme, son histoire étant tracée à ces trois points de vue avec le récit de son rejet et de sa mort. Dans Jean, qui nous montre Dieu manifesté en chair, sa réjection est constatée d’emblée ; car, étant lumière, les ténèbres ne l’ont pas reçu. Il en résulte qu’à l’encontre des trois autres évangiles, où Christ est présenté historiquement pour être reçu et où son rejet nous est raconté, mais en rapport avec la responsabilité des hommes, Jean, quoiqu’il affirme cette responsabilité comme doctrine, nous présente la grâce souveraine qui, nous l’avons déjà fait remarquer, cherchait ses brebis parmi les Juifs et parmi les gentils, pour la vie éternelle. Enfin il ne faut pas passer, sans le remarquer, sur ce trait que dans Jean tout est individuel ; il ne parle jamais de l’Église.

 

5                        Chapitre 4

Après les chapitres d’introduction, l’évangile de Jean commence en nous montrant Jésus, qui abandonne la Judée, et quitte la capitale juive, le centre du trône de Dieu sur la terre, l’ancien siège de Celui qui, descendu maintenant en grâce, ne trouvait pas, dans un monde ennemi, où poser sa tête. La jalousie des pharisiens donnait lieu à ce départ de Jésus. Mais, ici déjà, l’on peut voir que le Seigneur, ayant conscience d’une origine et d’un but qui dépassaient entièrement toutes les pensées, même de ceux qui l’avaient reçu, n’agit pas, pour rassembler ceux qui recevaient sa parole, selon la pensée des disciples qui l’entouraient avec affection : Jésus lui-même ne baptisait pas, mais ses disciples. Parole faite chair, Fils de Dieu, Sauveur du monde, Rédempteur, Fils de l’homme, il ne pouvait baptiser, pour les attacher à lui-même comme Messie, quoiqu’il fût le Messie ; car il savait trop de sa réjection, et comme Pierre l’exprime, des souffrances qui devaient être la part de Christ et des gloires qui suivraient. Quant aux dehors de sa position, Jésus ne pouvait que permettre à ses disciples de baptiser ainsi : c’était pour eux la vérité, même toute la vérité, quoiqu’ils aient appris à ajouter «vivant» à son titre de Fils de Dieu. Mais si lui avait baptisé, il aurait été tout à fait au-dessous de la conscience qu’il avait de l’objet de sa venue et de ce qui allait arriver : ce n’était pas la vérité pour lui ; bien qu’il fût le Messie, il ne venait pas pour l’être alors, mais afin de donner sa vie en rançon pour plusieurs. Ce qui le chassait de Jérusalem l’empêchait aussi de baptiser. La ville où jadis il avait été assis entre les chérubins, et dont si souvent il avait voulu rassembler les enfants, le chassait de ses confins ; il s’en allait, le méprisé et le rejeté des hommes, sans avoir où reposer sa tête, porter ailleurs le témoignage de l’amour de Dieu et le démontrer dans sa personne. Cela supposait qu’il était rejeté comme Messie ; mais de plus, Dieu manifesté en grâce, et venant selon les promesses faites au peuple juif, il était la dernière épreuve du cœur humain, qui s’est ainsi trouvé être inimitié contre Dieu et contre Dieu venu en grâce. Il s’agissait donc de la grâce souveraine de Dieu, quand l’homme ne voulait pas de lui ; il fallait donc qu’il se trouvât tout à fait à part, qu’il n’eût rien ici-bas, lui qui, venant au milieu des hommes pour leur apporter l’amour, un amour qui répondait à tous leurs besoins, était en même temps lumière pour leurs consciences, se mettait à la portée de tous, se servait de leurs besoins pour les gagner en amour, mais les appelait à jouir des choses célestes qu’il était à même, lui seul, de leur révéler.

Nous trouverons que le chapitre 4 répond parfaitement à cette position. Mais quelle précieuse et profonde vérité, de voir le Fils de Dieu, Dieu manifesté en chair, rejeté, lui qui était venu selon les promesses, renonçant à tout ici-bas, anéanti et abaissé, et montrant par là-même la plénitude de la divinité en amour et en lumière, — toujours caché dans l’humiliation pour être près de tous, et ne prenant rien de ce qui était sien, afin qu’il fût lui-même tout seul partout, comme Dieu doit l’être, et toujours manifesté, si quelqu’un avait des yeux pour voir, — d’autant plus manifesté qu’il était caché, afin que l’amour arrivât auprès de tous, cet amour infini de Dieu manifesté dans son abaissement pour pouvoir atteindre ceux qui étaient bas, dans l’éloignement et la haine : amour infini, amour qui était au-dessus de tout dans son exercice envers ceux qui le haïssaient, — maître de lui-même, pour être serviteur de tous, depuis son Père jusqu’aux plus misérables pécheurs, et cela jusqu’à la mort. Ne l’aimerons-nous pas ? Nous ne pouvons sonder ces choses ; mais ce qu’il a été, manifestement, peut prendre possession de tout notre cœur et en former, ou plutôt en créer les affections par l’objet qui lui est présenté. Il s’est sanctifié lui-même pour nous, afin que nous fussions sanctifiés par la vérité. À cet égard, ce chapitre a une portée immense. Mais poursuivons les faits, historiquement, comme ils nous sont présentés.

En allant de Judée en Galilée, le Seigneur, à moins de faire un grand détour, devait passer par la Samarie. Or la Samarie, tout en cherchant à s’approprier les promesses, était en dehors de leur sphère : elles appartenaient aux Juifs. Mais la prétention des Samaritains à y avoir part irritait excessivement les Juifs. De fait, bien que mélangée, la population de la Samarie était en très grande partie d’origine païenne. «Tu es un Samaritain, et tu as un démon», disaient les Juifs à Jésus. Les Samaritains en effet étaient en dehors des promesses et du peuple de Dieu. Ces promesses et ce peuple, le Seigneur les reconnaissait, mais il introduisait ce qui était au-dessus des deux et les mettait de côté (v. 21-24, et déjà 5, 6). Si le puits de Jacob se trouvait là, le Fils de l’homme s’y trouvait aussi, le Fils de l’homme fatigué de son voyage, altéré et sans eau, sous la chaleur du jour, sans autre place pour s’asseoir et se reposer que le bord du puits, et dépendant, pour avoir un peu d’eau et se désaltérer, de quiconque viendrait, d’une pauvre femme samaritaine abandonnée et le rebut du monde. Elle vient pour puiser de l’eau, cette femme fatiguée de la vie. Isolée de fait, isolée dans son cœur, elle ne venait pas à l’heure où les femmes vont puiser. Elle avait poursuivi le bonheur en faisant sa volonté : elle avait eu cinq maris auxquels elle avait probablement été dévouée, et celui qu’elle avait n’était pas son mari. Elle était lasse de la vie. Sa volonté et son péché lui avaient laissé le cœur vide ; elle était isolée et abandonnée du monde : le péché l’avait isolée ; d’honnêtes gens ne voulaient pas d’elle : ce n’était pas étonnant. Mais il y en avait un qui était plus isolé qu’elle, qui était seul dans ce monde, que personne ne comprenait, pas même ses disciples ! Quel homme, au milieu de ce monde pervers, comprenait le cœur de Celui qui apportait les pensées de Dieu dans un monde pervers, comprenait le cœur de Celui qui apportait les pensées de Dieu dans un monde de péché, son amour dans un monde d’égoïsme, sa lumière, dans un monde de ténèbres, les choses célestes, au milieu d’un monde qui rampait dans les intérêts matériels ? C’était le bien au milieu du mal, le bien parfait, là où il n’en existait point. Il y avait un point de contact entre ces deux, l’amour d’un côté et les besoins de l’autre ; mais il fallait la grâce pour produire la conscience des besoins.

La manière d’être de Jésus avait attiré l’attention de la femme : un Juif parlant avec affabilité à une Samaritaine, content de lui être redevable ! Le Seigneur commence d’en haut par la grâce divine, unie à l’humiliation, à l’abaissement parfaits qui mettent la bonté de Dieu à la portée de l’homme, — grâce qui se montre, qui se mesure, en descendant jusqu’à se rencontrer avec le péché, et la misère à laquelle le péché nous a réduits. Le Seigneur indique les deux choses.

«Si tu connaissais le don de Dieu». En Jésus, Dieu n’exige pas. Il produit toute sorte de bien, mais il n’exige rien. Il n’y avait ici aucun droit à rien, pas de promesse ; il n’y avait pas de moralité ; il n’existait pas de lien avec Dieu ; mais il existait de la grâce en Dieu envers ceux qui étaient dans cet état. L’attention de la femme était arrêtée ; elle voyait quelque chose d’extraordinaire, sans s’élever au-dessus des circonstances dans lesquelles son esprit se mouvait. Mais le Seigneur va jusqu’à la source de tout, ou plutôt, il en venait dans son esprit. Deux choses se trouvent ici, comme je viens de le dire : Dieu donnant, en grâce, et l’abaissement complet de Celui qui parlait. Ensuite est révélé ce qu’était ce don de Dieu, savoir la jouissance présente, par la puissance du Saint Esprit, de la vie éternelle dans le ciel.

Que de choses nouvelles ces quelques paroles renfermaient ! Dieu, en grâce et en bonté, donnait ; il n’exigeait rien, il ne revenait pas à la responsabilité de l’homme, base du jugement éternel, mais agissait dans la liberté et la puissance de sa sainte grâce. Ensuite, Celui qui avait créé l’eau était là, fatigué et dépendant, pour pouvoir en boire, d’une telle femme qui ne savait ce qu’elle était. Il ne dit pas : Si tu me connaissais, mais «Si tu connaissais.... qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire», — qui est celui qui est descendu si bas en franchissant toutes les barrières qui l’éloignaient de toi, «tu lui eusses demandé». La confiance aurait été établie : quant à la bonté et quant au pouvoir, il pouvait et voulait donner ce qui mettait en relation avec Dieu. La réponse était là : «il t’eût donné de l’eau vive», paroles assez claires, semble-t-il ; mais la pauvre femme ne peut sortir de ses circonstances, de ses peines journalières. Ce n’est pas maintenant chez elle l’étonnement de voir Celui qui lui parle franchir les barrières religieuses, mais c’est l’impossibilité où il se trouvait d’avoir de l’eau ; car elle ne dépassait pas sa peine journalière, tout en voyant clairement qu’elle avait à faire avec un personnage extraordinaire ; le Seigneur l’entraînait, elle ne savait pas encore où. Celui qui lui parlait était-il donc plus grand que Jacob, la souche d’Israël, qui leur avait donné le puits ? Le Seigneur exprime maintenant plus clairement de quoi il s’agissait : «Quiconque boit de cette eau-ci aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai, moi, n’aura plus soif à jamais» ; elle serait en lui l’eau vive qui jaillissait jusqu’en vie éternelle.

Mais arrêter l’attention d’une âme, quelque utile que cela soit, ce n’est pas la convertir : la communication morale entre l’âme et Dieu n’est pas encore établie par la connaissance de soi-même, et de Lui ; les yeux ne sont pas encore ouverts. Ainsi le cœur reste dans son entourage naturel, absorbé, ou tout au moins gouverné par le milieu dans lequel il vit. La pauvre femme, attirée par la manière du Seigneur, qui avait pris de l’ascendant sur elle, demande qu’il lui donne de cette eau pour qu’elle ne vienne plus laborieusement puiser là. Toute vraie intelligence lui manquait : elle était absorbée par ses fatigues et ses peines, et le cercle de ses pensées ne dépassait pas sa cruche, c’est-à-dire elle-même, mais elle-même envahie par ses circonstances. C’est la vie humaine, et l’on juge des choses qui sont révélées par leur relation avec ces circonstances ; tantôt c’est la vérité morale, comme ici, tantôt l’incrédulité ouverte. Où trouver une entrée dans le cœur de l’homme ? Pour Dieu c’est simple, et pour l’homme cette entrée se trouve, quand Dieu est là et se révèle, et que l’homme est atteint dans sa conscience. «Adam où es-tu ?» Il se cachait parce qu’il était nu. Tout était dit. Les feuilles de figuier qui pouvaient le mettre à son aise en le cachant à lui-même, étaient simplement nulles quand Dieu était là. La première manifestation de cette nouvelle faculté dans l’homme, la conscience, ce triste mais utile compagnon qui l’accompagne maintenant toujours dans sa carrière, comme une partie de son être, est, pour Dieu, la seule porte d’entrée du cœur, et, pour l’homme, de l’intelligence. Seulement, ici, c’est l’amour, jamais las, qui agit. Dieu et le pécheur se trouvaient chacun à sa vraie place, l’homme responsable, entièrement connu de Dieu, mais sentant que tout est connu et que Celui qui le connaît est là.

Je m’étends un peu sur ce point, parce que c’est l’opposé de la porte du paradis ; ce n’est pas le paradis regagné, ou même ce qui est bien meilleur, mais c’est l’âme, subjectivement, recevant la vérité et la grâce dans la personne de Jésus qui l’en rend capable. Dans l’un et l’autre cas son état de péché est révélé à l’âme ; mais dans le paradis c’était pour juger et commencer un monde où Dieu n’était pas, mais où Satan régnait ; ici, le péché aussi est manifesté, mais Dieu est manifesté dans ce même monde en amour : jadis, lumière et jugement ; maintenant, lumière et grâce. Toute intelligence du don de Dieu, de la personne du Christ, de la vie éternelle, manquait et ne se formait pas dans le cœur de la femme : «il n’y a personne qui ait de l’intelligence». Mais tandis que jadis Dieu avait chassé l’homme, l’amour, ici, reste et persévère auprès de la pécheresse ; quand c’est Dieu, l’amour est persévérant et patient. Seulement il faut que tout soit vrai : «Va, appelle ton mari, et viens ici». «Je n’ai pas de mari», répond la femme. C’est la honte qui, tout en disant la vérité, cache le mal ; — non pas la conscience droite devant Dieu. Mais le patient amour poursuit encore son œuvre ; il la poursuit là où se trouve l’entrée de l’intelligence, ou plutôt dans l’âme de l’homme qui manque entièrement d’intelligence à l’égard des choses divines : la conscience. «Va, appelle ton mari». Alors, sur sa réponse, le Seigneur dit à la femme assez de son histoire pour lui faire reconnaître qu’elle a à faire à Celui devant qui tout est nu et découvert.

L’œuvre se faisait dans cette âme : son attention, nous l’avons dit, avait été attirée. L’effet mérite d’être bien remarqué : la femme ne s’excuse, ni ne s’étonne, ni ne demande : Comment sais-tu cela ? La parole de Dieu est pour elle la parole de Dieu. «Seigneur, je vois que tu es un prophète». Elle ne dit pas seulement : Ce que tu dis là est vrai ; non, l’autorité et la source de la parole de Jésus, pour elle, étaient divines. Tout ce qu’il dit vient de Dieu, qui se révèle par ce moyen parmi les hommes. C’est là un changement profond dans l’état de l’âme : Dieu lui a parlé, et elle a reconnu que c’est lui ; mais, de plus, que sa parole comme un tout, comme une source, est de lui. Ce qu’elle pensait, ce n’était pas que Jésus, dans ce cas particulier, disait vrai, quoique ce fût bien le moyen par lequel sa conscience fut atteinte, mais Dieu parlait à sa conscience, et cela produit toujours l’effet que nous voyons ici : Celui qui parlait était une vraie et sûre source de communications divines. C’était la foi à la parole de Dieu, l’âme mise en communication avec Lui : tout ce qu’il disait avait pour elle une autorité divine. L’intelligence divine était là, à l’égard des choses dans lesquelles Dieu s’approchait de l’homme.

Cependant ce dont son esprit était plein préoccupe encore la femme : Fallait-il adorer à Jérusalem ou sur le mont Garizim ? C’était le dehors de ce qui existait, son esprit avait été travaillé à l’égard de ces choses : où trouver Dieu ? — mais d’une manière qui ne dépassait pas ce qui était dans l’homme. Dieu en fait l’occasion de révéler le vrai, le nouveau culte, le culte du Père, de Dieu, en esprit et en vérité. Ce changement caractérise le chapitre tout entier, savoir l’introduction des relations célestes au lieu du système terrestre du judaïsme, un changement qui dépendait de la révélation du Père dans le Fils, changement peu connu encore, mais qui se rattachait nécessairement à sa personne, et dont il pouvait dire par conséquent : l’heure «est maintenant» (v. 23).

Deux choses, basées sur la révélation qui s’accomplissait, caractérisaient ce culte : la nature de Dieu et la grâce du Père. Le culte du vrai Dieu devait être un culte «en esprit et en vérité». La nature de Dieu l’exigeait : Dieu est Esprit ; et le culte ne serait pas selon ce que Dieu est, s’il n’était pas «en vérité», car ce qui est faux n’est pas selon ce qu’Il est, et la révélation de ce qu’Il est, est venue dans le Christ qui lui-même est la vérité, car la grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ. La loi donnée par Moïse disait ce que l’homme ne devrait pas faire, et le Seigneur a bien su trouver dans cette loi ce que l’homme devrait sentir : aimer Dieu et son prochain ; mais la loi ne révèle pas ce que Dieu est, elle révèle ce que l’homme devrait être. Or voici Dieu pleinement révélé dans le monde, qui, rejeté comme Messie objet de la promesse, quitte ses liens spéciaux avec le peuple juif, quoiqu’ayant pris place lui-même en dehors de ce qui était terrestre et légal, et vient pour se révéler dans la personne du Fils, substituant Dieu parmi les hommes en grâce à toutes les formes au milieu desquelles, caché derrière le voile, il défendait à tout homme de s’approcher de Lui, — pour se révéler, dis-je, à toute cette ignorance qui adorait elle ne savait quoi, et où il n’y avait aucune réponse aux besoins du cœur. C’était le Père cherchant de vrais adorateurs en esprit et en vérité, selon sa nature même, pleinement révélée ; car «Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité». Mais c’est la grâce qui précède. L’initiation est avec Dieu ; il vient lui-même chercher de tels adorateurs. C’était le don de Dieu, nous l’avons vu ; mais Dieu est lumière, et lui-même se révèle. C’est, nous l’avons vu aussi, Dieu révélé en bonté, mais la conscience atteinte par la lumière, et Dieu donnant ce qui jaillit en vie éternelle.

 

Ainsi c’est la grâce du Père qui cherche, la lumière de Dieu qui agit sur la conscience, la grâce qui donne la vie divine selon la puissante présence du Saint Esprit, et toute la vérité qui s’y déploie : c’est là ce qui produit le vrai culte en esprit et en vérité. Tout ce qui est de Jérusalem et de Samarie est laissé nécessairement en arrière par la présence de Dieu lui-même, le Fils révélant le Père et communiquant la vie éternelle en relation avec les choses célestes ; le Messie étant rejeté, et le cœur du Père étant la source de tout, ce qui nous place nécessairement en relation avec le ciel par celui qui peut révéler ces choses, lui le Fils du Père.

 

On peut remarquer ici que notre évangile parle de la révélation du Père dans le Fils, de ce qu’est Dieu, qui est l’objet du culte, de ce qui atteint la conscience, de la vie éternelle, mais non pas de ce qui purifie la conscience. Ce dernier sujet n’est pas celui que Jean traite dans son évangile, mais Jean parle de la révélation de Dieu le Père dans le Fils, de cette révélation pour le jugement quant à son effet, et selon la grâce quant à son but : c’est le Fils dans le monde pour révéler son Dieu et Père et comme vie éternelle. À la fin de l’évangile, le Saint Esprit est introduit à la place du Fils, afin que nous le connaissions comme homme dans le ciel, à la droite de Dieu.

On trouve un exemple de l’isolement du Seigneur dans le manque total d’intelligence des disciples, quand le Seigneur épanche son cœur dans la joie que lui donnait la perspective de la conversion des pécheurs, du fruit de son ministère. Sauf la communion de son Père dont il jouissait toujours, le Seigneur n’avait de joie sur la terre que dans l’exercice de son amour, dans le bien qu’il faisait : cela était digne de Dieu. Parfait, tout en étant homme, dans sa communion en haut, et exerçant son amour ici-bas, il allait «de lieu en lieu, faisant du bien». Tel était le tout de sa vie, sauf les peines qu’il supportait de la part des hommes, lui, un homme de douleurs et sachant bien ce que c’était que la langueur. Non pas qu’il fût sans affection humaine : il aimait Marthe et Marie et Lazare ; il aimait celui dont nous lisons ici l’évangile ; mais ceci ne paraît que lorsque son heure fut venue. Il en renvoie jusque-là toute l’expression, explicitement quant à sa mère et, comme nous le voyons dans l’histoire, pour ce qui concerne Jean et la famille de Béthanie. Dans son ministère, il était tout entier pour son Père et pour les pécheurs du monde ; sa viande était de faire la volonté de Celui qui l’avait envoyé et d’achever son œuvre (v. 34).

Le résultat pour la femme, qui recevait un flot de nouvelles lumières dans son esprit et qui, tout en étant éclairée, avait subitement trop de lumière pour voir clair, est qu’elle s’en rapporte à Christ. Dieu l’avait amenée par une œuvre réelle dans sa conscience. Elle pensait que si elle avait seulement le Christ (car celui-là, elle le croyait, et elle savait qu’il devait venir), il lui dirait tout clairement, et lui ferait connaître toutes choses. C’est là que la femme était amenée ; et Christ était là devant elle. Il en est toujours ainsi. Beaucoup de questions surgissent dans une âme réveillée et sincère, mais quand on trouve Christ, tout est tiré au clair, il y a pleine réponse à tous les besoins de l’âme : tout est trouvé. Mais qui était celui qui avait agi sur le cœur et sur la conscience de cette pauvre femme, et qui avait été bon pour elle quand il savait tout ce qu’elle avait fait ? Quand la parole de Dieu atteint la conscience, ce n’est pas la chair qui agit, c’est le Dieu Sauveur qui a été là tout du long.

Il y a une autre petite circonstance intéressante qu’il faut remarquer ici. Nous avons vu la femme isolée, courbée sous le fardeau de la vie, dont la cruche représentait la peine ingrate ; elle en était absorbée, son cœur ne pouvait pas s’en décharger : à présent (et ce n’est pas pour rien que le Saint Esprit nous présente ces petits traits) la cruche est entièrement oubliée. La femme ne cherche plus l’isolement, elle va annoncer à tout le monde ce qu’elle a trouvé : cet homme était sûrement le Christ (v. 28, 29). Sans doute, elle eut à puiser encore de l’eau, mais le fardeau qui pesait sur son âme était ôté, l’énergie d’une vie nouvelle était là. Ce qu’elle dit touchait de très près à sa honte ; mais Jésus remplissait son cœur, et elle peut parler de ces choses en y trouvant Christ, Christ qui la préoccupait par la lumière de sa grâce : «Venez, voyez un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ; celui-ci n’est-il point le Christ ?» De retour chez elle, elle pouvait penser au don de Dieu et à Celui qui lui avait dit : «Donne-moi à boire» ; mais toute sa vie ultérieure est perdue dans la splendeur de la révélation de Dieu en Christ.

On peut remarquer que les moissonneurs recueillaient du fruit pour la vie éternelle et recevaient aussi leur salaire. Les prophètes avaient travaillé (la femme attendait le Christ), Jean Baptiste aussi. Les disciples ne faisaient que moissonner ; mais les champs étaient blancs pour la moisson. Dans les plus mauvais temps, quand le jugement même va arriver, Dieu a sa bonne part, et la foi la voit et en est consolée.

Remarquez aussi que les Samaritains appellent Jésus, «le Sauveur». Au fond ils savaient très bien que leur Garizim n’était rien ; mais sous l’influence de la grâce, cela ouvrait leur cœur à une plus large conception de l’œuvre du Sauveur. Aucun Juif n’eût dit : «le Sauveur du monde».

Comme champ de travail, Jésus ne reprend pas le chemin de Jérusalem : il s’en va en Galilée. Son pays avait rejeté le Prophète, et perdu le Sauveur. Cette expression qui embrasse toute l’étendue de la scène de son œuvre rédemptrice comme Sauveur, clôt ce récit, où nous est donné son éloignement de la Judée pour l’introduire dans la sphère de la grâce souveraine, en présentant les principes de la vie éternelle et du culte à rendre au Père.

L’épisode suivant, où nous est rapportée la maladie du fils d’un seigneur de la cour, commence, je crois, à nous développer les grands éléments de la révélation de Dieu dans la personne du Fils, premièrement en guérissant ce qui restait en Israël, mais prêt à périr. Il montre plus loin que l’homme est mort spirituellement ; mais il y avait en Israël des âmes vivifiées, comme on le voit bien au commencement de Luc. Mais tout s’en allait périr. La nation allait être jugée, allait terminer son existence sous l’ancienne alliance, ne plus subsister en relation avec Dieu comme vase de bénédiction. Mais Celui qui est la résurrection et la vie était là pour ranimer et soutenir la vie individuellement, pour en être le pain, là où la foi le recevait. Il l’a aussi montré à Jérusalem, mais cela commençait naturellement en Galilée, au milieu des pauvres du troupeau où il s’en est allé quand il a été chassé de Judée. La foi reçoit la parole du Christ, et celui qui est la vie et qui l’apporte, la ranime en ôtant la faiblesse, et la communique. Cette application que nous faisons de la restauration physique, se légitime pleinement par l’emploi que le Seigneur en fait dans le chapitre suivant. Le principe et la foi sont également simples ici : le père croyait à la puissance de Jésus, mais sa foi était comme celle de Marthe, et de Marie, et des Juifs ; il croyait que Jésus pouvait guérir (*), pas davantage. Il prie le Seigneur de descendre avant que son fils meure. Jésus veut qu’on croie sur parole et non en voyant des signes seulement ; toutefois il ne soulève pas la question du pouvoir de vivifier, mais il a compassion du pauvre père, faisant néanmoins tout dépendre de la foi à sa parole, quand il dit au père : «Ton fils vit». Le père croit la parole de Jésus et s’en va ; chemin faisant, il rencontre ses serviteurs et ceux-ci lui annoncent que son fils est guéri, et qu’il l’a été au moment même où Jésus l’avait dit. «Et il crut, lui et toute sa maison». La puissance de la mort avait été arrêtée par la puissance de la vie venue d’en haut, et l’homme qui en avait profité croyait en celui qui l’avait apportée et qui l’était, car en Lui était la vie (comp. 1 Jean 1:1-3, et 5:11, 12).

 

(*) La doctrine est pleinement développée au chapitre 5.

 

6                        Chapitre 5

Il restait encore au milieu des Juifs quelques débris de l’ancienne bénédiction : «Je suis l’Éternel qui te guérit», et par l’administration des anges, principe général des voies de Dieu parmi ce peuple. Ce n’était que peu de chose, mais un signe que Dieu n’avait pas entièrement abandonné son peuple : il se faisait des guérisons dans la citerne de Béthesda ; celui qui s’y jetait le premier quand l’ange mettait l’eau en mouvement était guéri. L’homme qui entrait ainsi dans l’eau montrait de la foi en l’intervention de Dieu et le désir d’en profiter. Mais l’histoire qui nous est racontée dans ce chapitre 5, nous conduit à une puissance bien plus grande et à des principes bien plus importants.

Un pauvre paralytique se trouvait là, au milieu de tous ces infirmes, qui étaient couchés dans les portiques du réservoir ; Jésus y vient. Ce qui est présenté en Lui a un double caractère : il est la réponse, en puissance, à tous les besoins, et il donne aussi la vie.

Il y avait des besoins en Israël dans ce temps-là, des besoins d’âme comme des besoins de corps, et la conscience de ces besoins ; le Seigneur pouvait dire : «Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi, je vous donnerai du repos». Le pauvre paralytique est le type et la figure de cela. Pour que l’objet des bénédictions dont on jouissait sous la loi pût en profiter, il fallait qu’il y eût en lui de la force. Soit pour avoir la justice selon la loi, soit pour jouir des autres bénédictions, il fallait, dans l’homme qui voulait les posséder, un état subjectif qui fût propre pour cela ; il fallait de la force dans l’homme. La maladie du paralytique l’avait privé de cette force qu’il fallait avoir pour profiter des moyens de guérison. Il en est ainsi du péché. Les bénédictions et les moyens qu’offre la loi exigent la force dans l’homme : le désir d’être guéri est supposé. «Veux-tu être guéri ?» Le Seigneur pose la question ainsi. La force manquait, comme au chapitre 7 de l’épître aux Romains ; le vouloir était présent. Jésus apporte avec lui la force qui guérit : le bien qu’il fait n’exige pas de force en nous. C’est quand nous étions privés de toute force que sa grâce a agi (*). Dans Jean, il faut s’en souvenir, il s’agit de la vie ; même quand il parle de la croix, c’est pour la vie éternelle, non pour le pardon.

 

(*) Voyez Romains 5:6.

 

Jésus vient donc : la force est dans ce qu’il dit ; elle accompagne sa parole, — et l’homme est guéri. Or c’était sabbat ce jour-là. Le repos de Dieu est la portion de son peuple : le sabbat était le signe de l’alliance faite avec Israël (Ex. 31:13 ; Éz. 20:12). Le sabbat était le repos de la première création et de la première alliance, qui dépendait de la responsabilité de l’homme et de sa force pour accomplir ce qu’elle exigeait de lui : «Fais ces choses et tu vivras». C’était à l’homme de faire, pour avoir la bénédiction. Ici, tout est changé. Dieu ne pouvait pas se reposer là où était le péché, là où était la misère ; sa sainteté et son amour rendaient la chose également impossible. La corruption, la dépravation, les horreurs qu’a produites le péché, ne faisaient pas d’une telle scène la scène du repos de Dieu, dont le sabbat était l’expression et la figure, mais sur le principe d’obligation et de loi. Mais avant même la loi, le sabbat avait été institué comme le repos de la vieille création. La loi l’imposait, mais l’homme n’y est jamais entré, et une création ruinée n’était pas le repos de Dieu, et ne donnait pas de repos à l’esprit inquiet de l’homme. Mais Dieu, s’il ne pouvait pas se reposer, pouvait travailler en grâce : et c’est la réponse infiniment belle, et belle parce qu’elle est vraie, que fait le Sauveur à l’accusation des Juifs : elle était le jugement de la vieille création tout entière, mais elle disait que, dès la chute, la grâce de Celui qui était maintenant pleinement révélé, le Père, dans la venue du Fils, travaillait, pour vivifier et bénir, à l’œuvre (vue de son côté moral) de la nouvelle création ; car, partout ici, c’est ce côté-là, non la manifestation extérieure dans le résultat, que nous retrouvons. «Mon Père travaille jusqu’à maintenant, et moi je travaille». Si ce n’est dans son essence infinie, Dieu n’a pas de repos : bénédiction infinie ! grâce sans mesure ! Dieu opère, il travaille maintenant. Quand il aura le repos à l’égard de ses opérations, nous l’aurons avec lui, et dans la connaissance du Père et du Fils. Dieu se reposera, dans son amour, dans la bénédiction qui l’entoure dans la gloire du Fils, dans l’accomplissement de ses conseils, dans l’éternelle béatitude dont il est le centre et la source.

Nous allons voir quelle est l’œuvre que font le Père et le Fils, car c’est d’eux qu’il s’agit, de ces noms dont Jean se sert toujours en parlant des opérations de la grâce. Il dit bien que Dieu a tant aimé, — ce qui est la source et le fondement de tout : là, le Fils de l’homme et le Fils de Dieu, et Dieu lui-même sont introduits comme source et fondement de toute bénédiction ; mais quand il s’agit des opérations de la grâce, dans Jean, nous trouvons toujours le Père et le Fils.

Les Juifs comprenaient parfaitement la position que Jésus prenait et cherchaient à le tuer. Le Seigneur ne refuse pas cette position que l’apôtre Jean lui reconnaît (car au verset 18, c’est Jean qui parle) ; mais il met tout à sa place. Tout ce que le Père fait, il le fait, mais ce n’est pas comme une autre autorité, ou comme une puissance seconde et indépendante qu’il agit. Il fait ce que le Père fait, et il ne fait rien d’autre : il agit d’accord avec le Père et mû par la même pensée que lui, et il fait tout ce que le Père fait. Mais ayant pris la forme de serviteur, il n’en sort pas, et tout en se déclarant un avec le Père, car avant qu’Abraham fût, il était le «ο ωυ», «je suis», il reçoit, dans la position qu’il a prise dans ces opérations de grâce et dans leurs fruits en gloire, tout de la main du Père. Cela est frappant dans cet évangile, où le côté divin de sa personne est plus en évidence que dans les autres, quoiqu’il ne soit pas plus définitivement affirmé. On trouve constamment que là où il parle comme étant sur le même pied que son Père, il se place toutefois toujours sur le terrain de tout recevoir de lui.

 

Jésus donc passe ici à l’œuvre qui, de fait, se faisait et se fait encore, soit par le Père, soit par le Fils seulement, et il fait tout ce que le Père fait. Il y a une œuvre qu’il fait comme Fils de l’homme et que le Père ne fait pas. «Père» est le nom de grâce et de relation, Fils de l’homme celui d’autorité conférée. Si le Père et le Fils travaillent, c’est d’une œuvre de grâce qu’il s’agit. Mais le Père n’a pas été humilié : il reste dans sa gloire immuable de la divinité. Tout jugement est confié au Fils, de sorte que ceux qui l’auront méprisé soient forcés de le reconnaître par ce moyen.

 

Mais prenons les enseignements du passage dans leur ordre. Le Fils fait plus que de guérir, «car comme le Père réveille les morts et les vivifie, de même aussi le Fils vivifie ceux qu’il veut ; car aussi le Père ne juge personne, mais il a donné tout le jugement au Fils ; afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Celui qui n’honore pas le Fils, n’honore pas le Père qui l’a envoyé» (v. 21-23). Ainsi la gloire du Fils est maintenue d’une double manière en ce que, comme le Père, il vivifie, et cela se comprend, car nous sommes en relation avec le Père et le Fils comme participant à la vie divine ; ensuite par le jugement, car le Père ne juge personne, mais il a confié tout le jugement au Fils, afin que tous l’honorent. Ceux qui sont vivifiés l’honorent de tout leur cœur et de bonne volonté ; ceux qui ne croient pas, le jugement les forcera de l’honorer, malgré eux.

À laquelle de ces deux classes est-ce que j’appartiens ? Le verset 24 vient nous fournir la réponse à cette question, réponse simple, complète, et pleine de lumière précieuse. «En vérité, en vérité, je vous dis que celui qui entend ma parole, et qui croit celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie». La parole du Christ est ce qui est présenté à l’âme, pour apporter la bonne nouvelle de la grâce : l’effet produit là où cette parole est reçue, c’est la foi au Père en tant qu’envoyant son Fils. Mais celui qui croit ainsi au Père en tant qu’envoyant son Fils, en qui la grâce et la vérité sont venues, a la vie éternelle. — Voilà un côté de la réponse : celui qui croit est vivifié. Nous avons vu que c’est là un moyen d’assurer la gloire du Fils : l’autre moyen ne se mêle pas avec celui-là. Si Christ a vivifié, ce n’est pas pour mettre son œuvre à l’épreuve du jugement : cela est impossible ; Christ jugerait sa propre œuvre et mettrait en question l’efficace de celle-ci, et qui est le juge ? La conséquence est évidente : l’autre moyen d’assurer la gloire de Christ n’est pas employé ; celui qui a reçu la vie ne vient pas en jugement. Je me borne à ce que dit le passage qui nous occupe ; autrement il faudrait se souvenir que Celui qui siège comme Juge est le même qui a porté les péchés de tous ceux qui croient. Mais ce n’est pas de ce côté-là que Jean traite le sujet : juger celui qui croit, ce serait mettre en question l’œuvre vivifiante de Christ, voire aussi du Père.

Voilà ce qui est précis et formel quant aux deux choses par lesquelles le Fils est glorifié, savoir la vivification des âmes et le jugement, la première qu’il accomplit en commun avec le Père, le second qui est confié à Lui seul parce qu’il est Fils de l’homme.

Ce n’est pas tout ce qui est dit ici. Celui qui a la vie éternelle est «passé de la mort à la vie». Ce n’était pas une guérison : l’âme avait été spirituellement morte, séparée de Dieu, morte dans ses fautes et dans ses péchés, et elle est sortie de cet état de mort par la puissance vivifiante du Sauveur. Ce n’est pas seulement qu’étant vivifiée, elle échappe à la conséquence de sa responsabilité lorsque le jour du jugement viendra : le Seigneur a pris en grâce l’autre moyen de se glorifier en elle. L’âme était déjà morte : c’est la doctrine de l’épître aux Éphésiens : une nouvelle création. Le pécheur qui ne se repent pas viendra en jugement, si celui qui est sous la grâce y échappe. Mais nous sommes tous morts maintenant : c’est notre état à tous déjà ; nous sommes morts à l’égard de Dieu, sans un seul sentiment qui réponde à ce qu’il est ou à son appel, et s’il ne s’agissait que de ce qui se trouve dans l’homme, impossible d’en réveiller aucun. Mais Dieu communique la vie, et l’âme passe de la mort à la vie. C’est une nouvelle création : on devient participant de la nature divine. En même temps, il reste toujours vrai que nous rendrons compte de nous-mêmes à Dieu, que nous serons tous manifestés devant le tribunal de Christ ; mais il ne s’agit là, pour nous croyants, d’aucun jugement à l’égard de notre acceptation. Nous sommes, dans la gloire, semblables à Christ ; lorsque nous y arrivons, Christ lui-même sera venu personnellement nous chercher pour que nous y soyons, et il aura transformé le corps de notre humiliation en la conformité du corps de sa gloire.

Mais poursuivons l’étude de notre chapitre.

Le Père vivifie, le Fils aussi vivifie et juge. L’heure venait, et elle était déjà venue alors, où ce ne serait pas seulement le Messie, l’Éternel lui-même, qui guérirait les malades en Israël, d’après les promesses et les prophéties données à Israël selon le gouvernement et la discipline de Dieu au milieu de son peuple, opérant une guérison qui pouvait donner lieu à une discipline plus sévère ; mais désormais la puissance vivifiante et la vie éternelle, dans la personne du Fils qui révélait le Père en grâce, étaient venues, de sorte que les morts entendraient la voix du Fils de Dieu ; et ceux qui l’entendraient vivraient (v. 25). Voilà la grande proclamation quant à la vie : elle était là, et comme le Père avait la vie en lui-même, il avait donné à son Fils, homme sur la terre, d’avoir la vie en lui-même, — une prérogative divine, mais, ici, trouvée dans un homme, venu en grâce sur la terre.

J’ai déjà fait remarquer que, tout en nous montrant en Christ des choses qui n’appartiennent qu’à Dieu, et cela absolument, dans l’évangile de Jean le Fils étant devenu homme et serviteur ne sort jamais de la position de tout recevoir. Aussi a-t-il reçu l’autorité d’exécuter le jugement, parce qu’il était le Fils de l’homme. Mais on pouvait être jugé sur la terre, et de fait les vivants y seront jugés.

Il reste encore une partie fort importante de sa puissance qui appartient à la doctrine de ce chapitre : les morts ressusciteront, et, selon ce qui a été déclaré déjà au verset 24, la vie et le jugement ne sont pas mêlés ici. Il ne fallait pas s’étonner que les âmes qui entendraient sa voix, vivraient de la vie spirituelle qu’il pouvait communiquer : l’heure venait (et cette heure n’était pas et n’est pas encore venue) où tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront sa voix et sortiront... Ce n’est plus, ici, «ceux qui entendront vivront», mais tous entendront et sortiront ; ceux qui auront bien fait en résurrection de vie, ceux qui auront mal fait en résurrection de jugement.

Remarquez bien que, quoique le jugement assigne à chacun sa place selon ses œuvres, ce n’est pas le jugement qui sépare les ressuscités : la résurrection elle-même fait la séparation. Ceux qui ont bien fait n’ont pas part à la même résurrection que ceux qui ont mal fait. Il ne parle pas ici de l’intervalle de temps qui sépare la résurrection des uns d’avec la résurrection des autres : cela, il faut le chercher dans la révélation que Dieu donne des économies. Ici il s’agit de l’essence des choses : il y a une résurrection qui est celle des justes, appelée ainsi, et une autre résurrection, distincte de celle-là, une résurrection de jugement, à laquelle les vivants glorifiés dans la première ne participent pas. On a bien fait parfois une difficulté à propos du mot «heure», qui est employé ici, mais c’est un pauvre argument, car la même expression se retrouve au verset 25, qui nous présente comme une «heure» un espace de temps qui a duré près de deux mille ans, et qui comprend deux états de choses distincts, l’un où Christ sur la terre agit personnellement, et l’autre dans lequel Christ glorifié agit par l’Esprit. Ces deux époques ne font cependant qu’une «heure» au point de vue du passage : il en est de même ici. La première heure est la période pendant laquelle Christ vivifie les âmes ; l’autre heure, la période du verset 28, celle dans laquelle Christ ressuscite les corps. Cela est parfaitement simple : l’une de ces heures, comme je l’ai dit, a déjà duré plus de dix-huit siècles.

Ayant déclaré ces grandes vérités, qui vont jusqu’au bout des voies de Dieu avec les hommes, dans sa personne, quant à la vie et quant au jugement, Christ revient au grand principe qui se trouvait au point de départ de son discours, savoir qu’il ne pouvait rien faire comme une personne indépendante du Père. S’il en avait été autrement, c’eût été en effet la négation de ce lien entre Lui et le Père dans lequel ils étaient un, et qui se retrouvait en tout, avec ce fait additionnel qu’il avait la forme d’un serviteur, d’un envoyé du Père. Il ne faisait rien de sa propre volonté : selon ce qu’il entendait, il jugeait, et son jugement était juste, car il ne recherchait en rien sa volonté propre, mais celle du Père qui l’avait envoyé (v. 30). Aucun motif égoïste ne se trouvait dans sa manière de voir, mais le jugement qu’il formait, quel qu’il fût, découlait des communications que lui faisait le Père : c’était la perfection divine. Il agissait comme homme et comme envoyé, mais il le faisait selon la perfection immuable de Dieu, non de lui-même comme homme, ce qui n’aurait pas même été de la perfection humaine, mais l’oubli de Celui dont il était devenu serviteur. Toutefois c’était comme Fils de l’homme, dans ce titre de gloire comme de grâce de Celui qui avait été humilié, qu’il exécutait avec autorité le jugement.

Le reste du chapitre traite la question de la responsabilité de l’homme quant à la vie, comme ce qui précède nous a présenté la grâce souveraine qui donne la vie. La vie divine était présente dans la personne de Jésus, et Dieu avait accordé aux hommes quatre témoignages qu’elle était là : le témoignage de Jean Baptiste, les œuvres que le Père lui avait données à faire, le Père lui-même, et les Écritures. On avait été content de se glorifier en Jean Baptiste pour un temps, car le peuple le tenait pour un prophète. Or Jean avait rendu au Seigneur un témoignage clair de la part de Dieu. Ensuite les œuvres de Jésus étaient un témoignage irrécusable que le Père l’avait envoyé : le Père lui avait donné ces œuvres à faire, et il les faisait. Le Père aussi lui-même lui avait rendu témoignage : la multitude avait cru entendre le tonnerre ; mais sa parole ne demeurait pas en eux, car ils ne croyaient pas Celui qu’il avait envoyé. Enfin ils possédaient les Écritures, ils s’en vantaient, ils pensaient y trouver la vie éternelle ; et ce qu’elles faisaient, c’était de rendre témoignage à Christ, à Jésus qui était là devant leurs yeux. La vie était là vivante devant eux ; ils avaient ces témoignages, mais ils ne voulaient pas venir à Lui pour avoir la vie. La vie était là, mais ils ne voulaient pas en profiter (v. 40). Ce n’était pas que le Seigneur cherchât la gloire de la part des hommes, mais il les connaissait, et il savait qu’ils n’avaient pas l’amour de Dieu en eux. Il était venu au nom de son Père, révélant ce qu’il était ; ils ne voulaient pas le recevoir, hélas ! parce qu’il le révélait parfaitement. Un autre viendrait en son propre nom, avec des prétentions humaines et adapté au cœur de l’homme, non au cœur de Dieu ; celui-là ils le recevraient (v. 43). Terrible prophétie de ce qui arrivera au peuple à la suite de son rejet de Jésus et des motifs qui l’ont poussé à le rejeter. L’antichrist les trompera aux derniers jours, parce qu’il viendra avec des prétentions et des motifs adaptés au cœur et aux désirs des hommes charnels ; les Juifs se livreront à ses déceptions et à ses prétentions. L’état de leurs âmes les empêchait de recevoir la vérité ; ils cherchaient à recevoir de l’honneur et de la considération de la part des hommes, non pas l’honneur qui vient de Dieu seul. Ce n’était pas le chemin de la foi qu’ils suivaient, mais bien le contraire ; non que le Seigneur dût les accuser devant le Père : Moïse en qui ils se glorifiaient suffisait pour cela. Lui, en qui ils mettaient leur confiance, rendait au Seigneur le témoignage le plus explicite. S’ils avaient cru Moïse, ils auraient cru aussi Jésus : Moïse avait écrit de Lui.

Une ou deux choses sont importantes à remarquer ici ; premièrement le témoignage clair que le Seigneur rend aux écrits de Moïse ; les écrits étaient les écrits de Moïse ; il avait écrit de Christ. Ce qu’il avait écrit était la parole de Dieu : on devait croire ce qu’il disait. De plus, ce qui est écrit fait autorité, par excellence, comme Pierre dit : «Aucune prophétie de l’Écriture», et Paul : «Toute Écriture est inspirée de Dieu». Au reste il est évident que si l’on devait croire à ce que Moïse avait écrit du Christ tant de siècles avant son arrivée, ce que Moïse écrivait était divinement inspiré ; il est évident que ce que Jésus disait avait une autorité divine. Mais quant à la forme de la communication, le Seigneur attache plus d’importance à ce qui était écrit, qu’à ce qui était communiqué de vive voix : Dieu l’avait déposé là pour tous les temps, témoignage très important pour ces jours d’incrédulité.

 

7                        Chapitre 6

Le chapitre 5 nous a présenté Christ vivifiant qui il veut en commun avec le Père, puis jugeant, comme Fils de l’homme. C’est le Christ agissant dans sa puissance divine. Au chapitre 6, il est la nourriture de son peuple comme Fils de l’homme descendu du ciel et mourant. Ce n’est pas sa puissance vivifiante en contraste avec l’obligation de la loi, mais qui il était, l’histoire de sa personne, si j’ose le dire, — ce qu’il est essentiellement, ce qu’il est devenu, — histoire qui se termine par sa rentrée comme Fils de l’homme là où il était auparavant : c’est essentiellement l’humiliation de Jésus en grâce, en contraste avec ce qu’il était en droit de réaliser, avec ce qui était promis dans le Messie, quand il serait sur la terre. L’enseignement de ce chapitre embrasse tout, depuis sa descente du ciel jusqu’à ce qu’il y rentre, de sorte qu’en descendant et en remontant, il remplit toutes choses ; mais cet enseignement s’appuie spécialement sur l’incarnation et la mort du Seigneur, en relation avec lesquelles il donne la vie éternelle et introduit les siens dans la gloire de la création nouvelle, bien au-dessus et en dehors de tout ce qu’un Messie terrestre pouvait donner.

Jésus s’en alla au-delà de la mer de Galilée, et s’assit là sur une montagne avec ses disciples. Or la Pâque était proche ; et ce fait donne le ton à tout le discours que nous avons ici. Levant les yeux, Jésus voit la multitude qui l’avait suivi, et il demande à Philippe d’où ils achèteraient des pains pour tout ce monde, sachant bien ce qu’il voulait faire. Les disciples pensent, non selon les pensées de la foi, mais en considérant les ressources que l’homme peut calculer : l’un pense à ce qu’il fallait, l’autre à ce qu’il y avait. Il y avait en effet une immense disparité entre les cinq pains et les cinq mille hommes. Or l’une des promesses faites pour le temps du Messie, c’était que l’Éternel rassasierait de pain ses pauvres (Ps. 132:15) ; et cette promesse, Jésus l’accomplit, opérant un miracle qui se faisait sentir aux foules qui l’entouraient : il y a abondance, et il y a du reste.

Ceci donne lieu (v. 14-21) à une espèce de cadre de toute l’histoire du Seigneur, histoire dans laquelle il remplace les bénédictions messianiques par des bénédictions spirituelles et célestes qui doivent être consommées dans la résurrection, sur laquelle il insiste quatre fois dans le courant du chapitre. On le reconnaît pour le prophète qui devait venir, on veut le faire roi ; mais il évite cela en montant en haut pour prier seul, et les disciples traversent la mer sans lui. Ils sont envisagés ici sous le caractère de résidu juif ; toutefois c’est là ce qui est devenu l’assemblée chrétienne. Mais ces quelques versets nous donnent, comme je l’ai dit, le cadre de l’histoire de Christ, reconnu prophète, et refusant la royauté pour exercer la sacrificature en haut, pendant que les siens traversent avec peine les flots d’un monde agité. Aussitôt que Jésus les rejoint, ils abordent au lieu où ils allaient ; les difficultés sont terminées, leur but atteint : ici, les disciples représentent entièrement le résidu juif.

La foule rejoint le Seigneur de l’autre côté de la mer, étonnée de le trouver là, sachant qu’il n’y avait pas, là où il avait été, d’autre bateau que celui des disciples. Le Seigneur les accuse de le chercher, non parce qu’ils avaient vu le miracle, mais parce qu’ils avaient mangé des pains et avaient été rassasiés, et il les engage à rechercher la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle, laquelle le Fils de l’homme leur donnerait ; car c’était lui que le Père avait scellé (v. 26, 27).

Au chapitre 5, Jésus est Fils de Dieu ; ici, Fils de l’homme ; et nous allons voir ce qu’opère la foi en Lui, comme tel. La question légale de la foule, un peu vague et banale, introduit ce développement. Que ferons-nous, disent-ils, pour faire les œuvres de Dieu ? C’est ici l’œuvre de Dieu, répond le Seigneur, que vous croyiez en Celui qu’il a envoyé. Là-dessus ils lui demandent un signe, en rappelant, conduits par Dieu dans leur question, le don de la manne dans le désert, ainsi qu’il était écrit : «Il leur a donné à manger du pain venant du ciel».

Cette citation introduit directement la doctrine du chapitre : Christ était le pain. Il ne s’agissait pas de montrer aux hommes un signe ; il était, Lui, le signe de l’intervention de Dieu en grâce, dans sa personne comme Fils de l’homme, descendu ici-bas sur la terre, et non pas comme prophète, ou Messie, ou roi. Mon Père vous donne «le véritable pain qui vient du ciel». Le Père (c’est toujours lui quand il s’agit de grâce active) leur donnait le pain de Dieu. Le vrai pain, dans sa nature, est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. Ceci sort complètement du judaïsme : c’est le Père et le Fils de l’homme, celui qui descend du ciel et que Dieu donne pour la vie du monde ; non pas l’Éternel accomplissant les promesses faites à Israël, par la venue du fils de David, bien que Jésus le fût en effet. Comme la pauvre Samaritaine, mais poussés ici par un vague besoin de l’âme, ils demandent que le Seigneur leur fasse part de ce pain de Dieu qui donne la vie. Ceci fournit le prétexte au plein développement de la doctrine de Jésus. «Moi, je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; et celui qui croit en moi n’aura jamais soif» (v. 35). Si vous voulez avoir toujours du pain qui nourrit, venez à moi ; jamais vous n’aurez faim. Mais, ajoute le Seigneur (car tel était l’état d’Israël, toujours envisagé ainsi dans Jean), vous m’avez vu et vous ne croyez pas. S’il s’agit de vous et de votre responsabilité, tout est perdu : le pain de vie vous a été présenté, et vous n’avez pas voulu le manger, venir à moi pour avoir la vie ; mais le Père a des conseils de grâce, il ne vous laissera pas tous périr. «Tout ce que le Père me donne viendra à moi» ; car la grâce souveraine et certaine dans ses effets est clairement enseignée dans cet évangile : puisque c’est le Père qui me l’a donné, jamais je ne mettrai dehors celui qui vient à moi, quelque méchant qu’il ait été ou insolent ennemi de moi-même. Le Père me l’a donné, et je ne suis pas venu pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé. Quelle position humble le Seigneur prend ici, quoique tout fût accompli à ses dépens : il s’était fait serviteur, et il ne fait que la volonté d’un autre, la volonté de Celui qui l’a envoyé (v. 38).

Cette volonté nous est présentée ensuite sous un double aspect et d’une manière assez frappante : «C’est ici la volonté de celui qui m’a envoyé : que je ne perde rien de tout ce qu’il m’a donné». Leur salut est assuré par la volonté du Père, dont rien ne peut empêcher l’accomplissement. Mais c’est dans un autre monde que la bénédiction aura lieu. Il ne s’agit plus ici d’Israël et du Messie, mais de la résurrection au dernier jour. L’expression «le dernier jour», que nous retrouvons quatre fois dans cette portion du chapitre, désigne le dernier jour de la dispensation légale dans lequel le Messie devait venir et viendra. Le cours de ces dispensations s’est trouvé interrompu par le rejet du Messie quand il est venu, ce qui a donné lieu à l’introduction des choses célestes, qui sont intercalées entre la mort du Messie et la fin des semaines de Daniel. Ceux que le Père donne à Jésus jouiront, comme ressuscités, de la bénédiction céleste que l’amour du Père leur réserve et que l’œuvre du Fils leur assure. Aucun d’eux ne sera perdu ; tous ressusciteront par la puissance du Seigneur. Tels sont les conseils immanquables de Dieu.

C’est aussi la volonté du Père que quiconque discerne le Fils et croit en lui ait la vie éternelle ; et le Seigneur le ressuscitera au dernier jour (v. 40). Le Fils est présenté à tous pour qu’ils croient en lui, et quiconque croit a la vie éternelle. Ici encore il ne s’agit pas du Messie et des promesses, mais de discerner le Fils et de croire en lui, — de la vie éternelle et de la résurrection. Plus haut, c’étaient les conseils du Père qui ne pouvaient faillir ; ici, c’est la présentation du Fils de Dieu comme objet de foi : si, à travers l’humiliation du Seigneur, on discernait le Fils et on croyait en lui, on aurait la vie éternelle, et le résultat serait le même. — Dans le premier cas, il s’agit des conseils du Père et de ses actes, ainsi que de ceux de Jésus, en les ressuscitant : le Père les donne, Jésus les ressuscite, aucun d’eux n’est perdu. Ensuite nous avons la présentation du Fils en rapport avec la responsabilité de l’homme : si un homme croyait, il aurait la vie éternelle et ressusciterait. Ce sont les deux faces juxtaposées, sous lesquelles ces grandes vérités sont présentées.

Les Juifs murmurent, parce que le Seigneur dit qu’il était descendu du ciel. Ils voyaient le Fils et ne croyaient pas en lui : ils le connaissaient selon la chair ; il était pour eux le fils de Joseph. Le Seigneur alors insiste sur le fait que nul ne peut venir à lui, à moins que le Père ne le tire ; il insiste sur la nécessité de la grâce pour pouvoir venir, non que chacun ne fût pas libre, comme on dit, de venir, car quiconque verrait le Fils et croirait en lui aurait la vie éternelle ; mais il montre que l’affection de la chair est inimitié contre Dieu. Il y a l’aveuglement du péché, de la chair, et la haine de Dieu, pour autant qu’il se révèle ; il n’y a personne qui comprenne, personne qui recherche Dieu ; de sorte qu’il faut la puissance de la grâce pour disposer le cœur à recevoir Christ. Or quand le Père attire à Jésus, c’est par la grâce efficace dans le cœur : les yeux sont ouverts, on passe des ténèbres à la lumière, et de la puissance de Satan à Dieu ; on passe à un salut assuré par Christ, qui ressuscitera une telle âme au dernier jour. C’est la révélation de Jésus à l’âme par la grâce du Père : l’âme voit le Fils, elle reçoit la vie éternelle, elle ne sera jamais perdue, mais ressuscitée au dernier jour. Il est important de remarquer que celui qui est attiré par le Père ne sera jamais perdu, et qu’au dernier jour il aura sa part avec les rachetés dans un tout nouveau monde, dans un tout nouvel état. Une telle âme est enseignée de Dieu pour reconnaître le Fils : le Père lui a parlé ; elle a appris de Lui ; elle vient à Christ et est sauvée ; non pas que quelqu’un ait vu le Père, sinon Christ lui-même. Christ l’avait révélé, et celui qui croyait en Christ avait la vie éternelle (v. 47). Solennelle mais précieuse assurance ! La vie éternelle est descendue du ciel dans la personne du Fils, et celui qui croit en lui, la possède selon la grâce efficace du Père qui l’attire à Christ, et selon le salut parfait que Christ a accompli ; sa foi saisit, quant à la vie, ce Fils de Dieu qui manifestera sa puissance plus tard, en ressuscitant d’entre les morts le racheté.

On voit que, de même qu’au chapitre 5, Christ nous est présenté comme puissance vivifiante, il est placé ici devant nous comme objet de la foi, et cela dans son humiliation, comme descendu du ciel et mis à mort. Ce n’est pas le Messie promis, c’est Christ descendu du ciel pour sauver ceux qui croient. Sa rentrée dans le ciel est mentionnée à la fin du chapitre comme témoignage, avec le titre : Là «où il était auparavant».

Comme nous l’avons vu, la foule, sous la direction cachée de Dieu, avait fait allusion à la manne, demandant au Seigneur quelque signe semblable. Jésus leur avait dit (touchante réponse !) : Moi, je suis le signe du salut de Dieu et de la vie éternelle envoyée au monde ; moi, je suis la manne, le vrai pain que le Père, Dieu agissant en grâce, vous donne. «Celui qui vient à moi n’aura jamais faim, et celui qui croit en moi n’aura jamais soif». Je rappelle tout cela, quoique nous ayons déjà parlé des versets qui suivent, pour rassembler ce qui est dit du pain, et je passe maintenant immédiatement aussi au verset 48. «Moi, je suis le pain de vie. Vos pères ont mangé la manne au désert, et sont morts ; c’est ici le pain qui descend du ciel, afin que quelqu’un en mange et ne meure pas... Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement». C’est ici le Christ descendu du ciel, l’incarnation, en écartant toute idée de promesse ; c’est le grand et puissant fait que, dans la personne de Jésus, on voyait celui qui était descendu du ciel, le Fils de Dieu devenu homme, comme nous le voyons au chapitre 1 de la première épître de Jean. «Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché, concernant la parole de la vie, la vie éternelle, qui était auprès du Père et qui nous a été manifestée». C’était, quant à sa personne, non pas encore quant à notre entrée là, le commencement du nouvel ordre de choses. Venu d’une femme, de sorte que selon la chair il se rattachait à la race humaine, Fils de l’homme, mais toutefois descendu du ciel, un avec le Père, — pour que nous eussions part à cette vie, que nous fussions de ce nouvel ordre de choses, il fallait qu’il mourût : autrement, il restait seul. Mais il avait pris cette chair ; il avait été fait un peu moindre que les anges pour les souffrances de la mort, ayant pris cette chair qu’il allait donner pour la vie du monde.

Le premier grand point donc c’était l’incarnation, Christ descendu du ciel, la Parole faite chair, — la vie en lui, — et le don de la vie éternelle à celui qui le mangerait. Le second point, c’est que Christ donnait cette chair pour la vie du monde. Il devait mourir, clore toute relation avec le monde et la race perdue de l’humanité, par la mort, et commencer une nouvelle semence, qu’il n’avait pas honte d’appeler ses frères, parce que Celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés sont tous d’un ; puis, la rédemption (*) étant accomplie, il les introduirait ressuscités dans la gloire de la famille du Père, selon les conseils de ce Père qui les lui avait donnés. Ceci arrête les Juifs : comment manger la chair de cet homme ? Mais Jésus ne les ménage pas. Il est, ainsi connu, la vie éternelle. Il ne s’agissait plus de lui concilier les Juifs, mais de donner le salut et la vie éternelle au monde par la foi en Lui, venu pour cela du ciel, et de présenter au Père ceux que le Père lui avait donnés, tels que le Père les voulait dans son amour et dans ses conseils, selon sa nature, s’ils devaient être auprès de lui. S’ils ne mangeaient pas sa chair et ne buvaient pas son sang, ils n’avaient pas la vie. En eux-mêmes il n’y en avait pas pour ce nouveau monde de gloire, pour cette race bénie. Pour cela il fallait qu’une vie divine et céleste descendît du ciel et se communiquât aux âmes, et cela dans un homme ; il fallait que cet homme mourût et terminât toute relation de Dieu avec la race déchue et, ressuscité, commençât une nouvelle race (**) possédant (parce qu’ils s’étaient par la grâce approprié Christ) la vie divine, et qui serait ressuscitée par la puissance du Sauveur quand le moment serait venu, «au dernier jour».

 

(*) Qui n’est pas notre sujet ici.

(**) Je ne doute nullement que les saints de l’Ancien Testament aient été vivifiés ; mais nous parlons ici de l’œuvre sur laquelle leur bénédiction, comme la nôtre, a été fondée.

 

Cette œuvre est accomplie. Or ce n’est pas de son efficace pour racheter nos âmes que nous parlons maintenant, ni du pardon dont nous jouissons en vertu de son accomplissement, quelque précieuses que soient ces vérités, mais du rapport qu’il y a entre ces événements divins et la possession de la vie, en vertu de laquelle nous avons part à ce rachat et à ce pardon, avec toutes les conséquences qui en découlent. Christ est reçu dans son incarnation ; mais, quoique l’incarnation ait précédé nécessairement, historiquement, la mort du Sauveur, je ne crois pas qu’on puisse réellement saisir la portée de cette vie d’abaissement, si l’on ne réalise pas premièrement celle de sa mort. Personnellement, la chose nouvelle, comme nous l’avons déjà dit, était présentée dans sa personne, — un homme, Dieu manifesté en chair, mais Celui en qui était la vie, Celui qui était cette vie éternelle qui avait été auprès du Père et qui était maintenant manifestée aux disciples. Mais, dans cet état, le grain de froment demeurait seul, quelque productif qu’il dût être ; pour introduire ceux que Dieu lui donnait dans la position du dernier Adam, du second homme, il fallait qu’il mourût, qu’il laissât sa vie dans ce monde pour la reprendre dans l’état de résurrection, au-delà du péché, de la mort, de la puissance de Satan, du jugement de Dieu, après avoir passé par toutes ces choses et avoir repris sa vie d’homme, mais dans un corps spirituel et glorifié. Or sa mort, moralement, était la fin de l’homme chassé du paradis, sa résurrection était le commencement de l’état nouveau de l’homme selon les conseils de Dieu. Or l’homme en Adam n’avait point de vie en lui-même ; il n’avait pas la vie de Dieu, et pour l’avoir il fallait comprendre et recevoir non seulement l’incarnation, ou un Messie promis, mais le jugement porté par la mort de Christ sur le premier homme, entrer quant à soi-même dans la conviction, la réalisation de cet état ainsi démontré, quoique en grâce, dans la mort du Sauveur. Celui qui s’appropriait la mort de Christ acceptait ce jugement à l’égard de lui-même, quand le péché (non pas les péchés) était condamné dans un autre. Le péché dans la chair, qui est inimitié contre Dieu, a été condamné pour nous. En recevant, par la foi, la mort de Christ comme la condamnation absolue de ce que je suis, j’ai part à l’efficace de ce qu’il a fait : le péché a été devant Dieu et il a disparu de devant ses yeux dans la mort de Christ, qui, du reste, ne l’avait pas connu. Je me dis : c’est moi, cela. Je le mange ; je me place là par l’opération de l’Esprit de Dieu, je reconnais ce que signifiait sa mort, et je m’y place par la foi en lui. Là où j’étais, dans la mort, spirituellement, par le péché et par la désobéissance, Christ est entré, en grâce et par l’obéissance, pour la gloire de son Père, afin que Dieu fût glorifié. Je reconnais mon état dans sa mort, mais selon la grâce parfaite de Dieu, selon laquelle il m’a remplacé là ; car c’est à ceci que nous connaissons l’amour, c’est qu’il a laissé sa vie pour nous. Or si un est mort pour tous, tous donc étaient morts. Par la foi et la repentance, je me reconnais là, et j’ai la vie éternelle. Maintenant je peux suivre Jésus tout le long de sa vie, le fait même qu’il a été homme ici-bas, et me nourrir de ce pain de vie, de toute sa patience, de sa grâce, de sa tendresse, de son amour, de sa pureté, de son obéissance, de son humilité, — de toute cette perfection de chaque jour et de tout le jour, qui n’a abouti qu’à la croix où tout a été consommé. «Celui qui me mangera vivra éternellement». J’ai la vie éternelle, et Jésus me ressuscitera au dernier jour.

Nous avons encore quelques points à noter dans ce chapitre.

Le verbe «manger» y est employé à deux temps différents. Celui qui a mangé a la vie éternelle : celui qui, par la grâce, s’est reconnu, dans la mort de Christ, en dehors de toute promesse, de tout droit, de quelque manière que ce soit, sent qu’il dépend de la grâce souveraine qui a placé Christ là, et y croit. Celui qui aura mangé ce pain vivra éternellement. Mais, dans les versets 54 et 56, nous avons le caractère de l’homme, et c’est au présent qu’il mange. Deux choses en sont la conséquence : l° il a la vie éternelle et sera ressuscité ; 2° celui qui se nourrit de ce pain, demeure en Jésus, et Jésus en lui : d’abord la bénédiction générale, avec le salut présent et à venir ; puis la communion et la présence permanente de Jésus avec nous, et même en nous. Car, comme le Père qui a la vie en lui-même a envoyé Jésus, et que Jésus vit à cause de lui, comme inséparable de lui, ainsi celui qui mange Christ vivra à cause de la vie qui est en Christ. «Parce que moi je vis, vous aussi vous vivrez». C’est une union en vie, par la grâce, avec Jésus : la vie en nous est inséparable de lui ; nous vivons parce que lui vit. Il est notre vie comme lui est inséparable du Père, et, même comme homme ici-bas, vivant à cause de la vie qui était dans le Père. Cette vie en lui ne pouvait être séparée du Père, et notre vie ne saurait être séparée de Jésus. C’est là le pain qui est descendu du ciel, afin que quelqu’un en mange et ne meure pas.

Nous pouvons remarquer aussi que le passage qui nous occupe comprend plus d’un seul discours. Le commencement se rapporte au moment où les foules rejoignirent le Seigneur après qu’il eût traversé la mer, tandis que la dernière partie fut prononcée dans la synagogue à Capernaüm (v. 59). Les Juifs en furent scandalisés, prenant ce qu’il disait au pied de la lettre, et pensant que Jésus voulait qu’ils mangeassent sa chair ; plusieurs de ses disciples même dirent : «Cette parole est dure ; qui peut l’ouïr ?» Le Seigneur en appelle au fait qu’il allait remonter là d’où il était descendu. Il n’était pas un Messie terrestre, mais un Sauveur céleste, venu du ciel dans ce monde, descendu dans ce monde-ci, afin d’accomplir ce qu’il fallait pour nous faire monter là, pour donner à l’homme la vie éternelle, et le ressusciter quand le moment serait venu, pour lui donner une part dans le second homme, dans l’homme et dans le monde des conseils et de la grâce de Dieu, une part éternelle dans sa faveur, par la rédemption, selon ses conseils de grâce. Ce n’était pas une succession d’économies, un Messie venu en gloire pour les terminer, un fils de David selon les promesses, mais c’est (et cela présentement) Celui qui est descendu du ciel pour communiquer la vie éternelle et pour placer le croyant dans le ciel, — quant à l’état de son âme et finalement quant à son corps, propre pour la lumière et la gloire divine. Mais pour y avoir part, il faut voir Celui qui est descendu non seulement dans l’humiliation, comme le pain descendu du ciel, mais qui a été rejeté par l’homme tel qu’il était, pour entrer selon l’état vrai de l’humanité qui était inimitié contre Dieu, dans la présence de Dieu, passant par la mort et le jugement, quand il était fait péché pour nous, et recommençant sa vie d’homme dans un tout nouvel état, au-delà de la mort et du jugement. Toute relation de Dieu avec le premier homme étant impossible, sauf par la croix, où Christ en grâce, fait substitut pour le pécheur croyant, s’est rencontré avec Dieu, l’homme, mort dans ses fautes et dans ses péchés, devait le reconnaître dans ce caractère en reconnaissant là son propre état, c’est-à-dire en Christ mort, fait péché, et le péché condamné en lui. Mais le croyant, dans le fait qu’il mourut en s’identifiant ainsi avec Christ, comme avec Celui qui fut fait ce que l’homme est réellement lui-même et qui en a subi la peine, — dans ce fait, le croyant, dis-je, est mort au péché, lui qui auparavant était mort dans les fautes et dans les péchés, car il s’est reconnu là où Christ est mort au péché. Christ est mort là en grâce, comme péché condamné devant Dieu ; et le pécheur se dit : c’est bien moi cela ; je suis cela dans la chair, et voici, Christ s’étant offert pour cela, Dieu l’a fait péché pour nous ; mais Christ en mourant en a fini avec le péché, moi donc aussi. Il n’existe donc aucune relation de Dieu avec la race du premier Adam : la mort de Jésus a mis ce fait en évidence, alors que Dieu avait tout essayé, jusqu’au don de son Fils. Dieu en a fini sur la croix avec toute cette race du premier homme, et moi j’en ai fini avec le péché qui est la base de tout cela. Que les voies de Dieu sont merveilleuses et parfaites, pleines de grâce infinie !

Je rappelle aussi qu’il ne s’agit pas ici de notre position céleste actuelle : Jean, comme nous l’avons dit ailleurs, n’en parle guère. Christ ressuscitera le croyant au dernier jour. Il parle de sa propre ascension pour compléter la vérité : venu du ciel, il y retournera ; mais il ne nous associe pas avec lui dans le ciel comme fruit présent de son œuvre. Pour nous, il passe de son ascension à la résurrection de nos corps.

Une remarque encore : j’ai parlé de l’incarnation et de la mort ; et, quant à ce qui est arrivé ici, c’est la connaissance de ces choses qui nous met au clair et qui nous affranchit. Mais le Seigneur dit, dans les versets 40 et 47, qu’il est venu pour que quiconque croit en lui ait la vie éternelle, et que celui qui croit en lui a la vie éternelle ; de sorte que quiconque voit réellement le Fils de Dieu dans l’homme méprisé de Nazareth, a la vie éternelle. Le Seigneur cependant ne cache pas la portée de ce fait. Son rejet, sa mort, ne pouvaient qu’être la conséquence de sa présentation à un monde tel que celui dans lequel nous vivons et dont nous sommes selon la chair ; il est important que nous le sachions.

En répondant aux Juifs, scandalisés du fait de son ascension, Jésus ajoute que c’est le Saint Esprit qui vivifie, — la chair ne profite de rien, — qu’il ne parlait pas comme s’ils devaient manger de sa chair matériellement. Les paroles qu’il leur disait étaient «esprit et vie». C’était par la Parole que les choses spirituelles se communiquaient ; et, par la puissance et par l’action de l’Esprit, elles devenaient des réalités et des réalités vivantes dans l’âme, une partie réelle de notre être. Mais le Seigneur savait bien qu’il y avait, parmi ceux même qui le suivaient comme ses disciples, des personnes qui ne croyaient pas, et il le leur dit ; il savait bien aussi qui était celui qui le livrerait. C’étaient là des branches qui devaient être retranchées et qui l’ont été. Jésus devait marcher au milieu de ceux qu’il savait n’avoir aucune racine et dont il savait même, qu’ils le trahiraient ; et il ajoute : «C’est pour cela que je vous ai dit que nul ne peut venir à moi, à moins qu’il ne lui soit donné du Père» (v. 65). Dès lors un grand nombre de ses disciples l’abandonnèrent et ne marchèrent plus avec lui.

Il est frappant de voir comment le Seigneur a voulu ce qui était vrai, divin, permanent, et rien d’autre. Ce qui avait porté beaucoup de gens à le suivre n’était pas de l’hypocrisie : il y avait sans doute des hypocrites ; mais plusieurs étaient venus sous l’effet d’une impression passagère, qui s’effaçait devant les difficultés du chemin et devant l’achoppement qui se trouvait dans la vérité, ou plutôt dans les préjugés contre lesquels la vérité se heurtait. Jésus donc dit aux douze : «Et vous, voulez-vous aussi vous en aller ?» Simon Pierre, toujours prêt à se mettre en avant, mû par une vive affection, mais plein d’une ardeur qui le trahissait quelquefois et l’engageait dans un chemin d’où elle ne pouvait pas le tirer avec une conscience non souillée, cette fois-ci devient heureusement la bouche de tous pour exprimer la vraie foi. Il y avait chez lui, chez eux tous, pour ne pas parler de Judas, un vrai besoin auquel Jésus seul répondait. Ceci est très important. Il ne paraît en rien que Pierre ait compris ce que Jésus avait dit. Il ne savait pas accepter les souffrances de son Maître qui l’appela Satan dans cette occasion où la chair manifesta l’empire qu’elle exerçait sur lui. Mais le fond était là, chez Pierre ; le besoin de posséder la vie éternelle était réveillé en lui ; il avait conscience que cette vie ne se trouvait qu’en Jésus, et que Lui était l’envoyé de Dieu, venu de Dieu : Jésus possédait les paroles de la vie éternelle. Quel qu’ait été le manque de clarté de ses vues, Pierre pensait à la vie éternelle avec un besoin de la posséder lui-même ; il croyait et savait que Christ avait les paroles qui la révélaient et, par la grâce, la communiquaient, et que lui était le Saint de Dieu, Celui que le Père avait sanctifié et envoyé dans le monde. La vraie foi était là, ainsi que les besoins que Dieu produit. Il n’y avait pas de connaissance, ni des vérités profondes que Christ enseignait, ni des personnes pour lesquelles Pierre répondait en disant : «nous» ; — mais les besoins de l’âme étaient là, ainsi que la foi aux paroles et à la personne de Christ ; aussi, à travers bien des chutes, Pierre a-t-il été gardé pour se montrer fidèle au Sauveur jusqu’au bout, et le Seigneur lui a confié les brebis et les agneaux qu’il aimait, — le ministère de l’apôtre au milieu des Juifs, — et lui a donné aussi d’être le premier qui introduirait un gentil. Ce qui est intéressant à voir, c’est que si la connaissance des vérités enseignées dans ce chapitre faisait défaut, s’il y avait une vraie foi aux paroles et à la personne de Jésus comme envoyé de Dieu (non pas simplement comme un prophète qui disait ce que Dieu lui donnait de dire, mais comme étant personnellement le Saint de Dieu, qui avait les paroles de la vie éternelle), on possédait cette vie éternelle, on possédait tout.

 

8                        Chapitre 7

Les chapitres 5 et 6 que nous venons de parcourir, contiennent la doctrine de la personne de Christ ; le chapitre 5 nous le présente comme Fils de Dieu qui vivifie, le chapitre 6, comme Fils de l’homme descendu du ciel, mourant pour les hommes, et ainsi objet de la foi.

Au chapitre 4, Jésus avait quitté la Judée pour se rendre en Galilée ; c’est là qu’il se tenait et se présentait au peuple ; il ne voulait plus marcher en Judée, car les Juifs cherchaient à le tuer. L’occasion de cette haine spéciale, c’était qu’il avait guéri le paralytique un jour de sabbat et qu’il se présentait comme Fils de Dieu, se faisant égal à Dieu. Le premier de ces actes mettait de côté le système juif, — non seulement selon la loi, mais dans ce qui était le sceau de l’alliance et le signe de la part que les Juifs avaient au repos de Dieu ; le second était l’introduction, dans sa personne, d’un tout nouveau système : plus tard, la guérison de l’aveugle-né excite leur colère, comme nous le verrons, Dieu voulant. Un petit résidu seulement s’attache à Lui par une foi vraie, quoique ignorante, ne recevant que ce qui était nécessaire pour avoir le salut, savoir Christ et ses paroles, comme il se présentait à eux, mais, je le répète, par une vraie foi donnée de Dieu.

Nous trouvons donc maintenant, au chapitre 7, le refus du Seigneur de se présenter au monde, l’incrédulité de ses frères, et la déclaration que le temps n’était pas venu pour lui de célébrer la fête des tabernacles. Mais ceci exige quelques développements.

Il y avait trois grandes fêtes des Juifs : tout mâle, homme fait, devait monter à Jérusalem pour les célébrer ; c’étaient la Pâque, la Pentecôte et la fête des Tabernacles. L’antitype de la Pâque se trouve dans la croix ; celui de la Pentecôte dans la descente du Saint Esprit ; mais l’antitype de la fête des Tabernacles manque encore : aucun événement n’y répond. Toutefois les ordonnances établies pour cette fête jettent du jour sur ce que doit être son antitype. La fête des Tabernacles tirait son nom du fait que, une fois entrés dans le pays de Canaan, les Israélites devaient, selon la loi, demeurer pendant huit jours dans des huttes faites de branches d’arbres, rendant témoignage ainsi qu’ils avaient été pèlerins dans le désert, mais que Dieu, dans sa fidélité, les avait amenés jusque dans la terre promise. De plus, la fête se célébrait après la moisson et après la vendange, deux événements employés partout dans l’Écriture comme figures du jugement : la moisson, du jugement qui sépare les bons et les mauvais sur la terre, la vendange, de l’extension de la vengeance sur les ennemis alors que Christ foulera au pressoir. L’accomplissement de cette fête aura lieu quand Israël ne sera plus dispersé, mais jouira de l’effet des promesses que Dieu lui a faites, après le jugement qui séparera l’ivraie du bon grain, et après que la vengeance aura été exécutée, le pressoir de Dieu foulé, selon Ésaïe 63 par le Seigneur lui-même.

Or le temps pour ces choses n’était pas encore arrivé, lorsque Christ était sur la terre : il faut pour leur accomplissement qu’il soit manifesté en gloire. Vivifier comme Fils de Dieu, il le pouvait ; souffrir comme Fils de l’homme, c’est ce qu’il avait devant Lui ; mais se montrer au monde, accomplir en puissance toutes les promesses faites à Israël, après avoir jugé et détruit ses ennemis, pour cela, le moment n’était pas venu. Ce qu’il allait faire, mais après son rejet et sa mort ici-bas, c’était, étant glorifié, de donner son Esprit aux croyants (v. 37-39). Le pain descendu du ciel, il l’était ; quant à mourir et à répandre son sang, cela devait bientôt lui arriver ; mais s’agissait-il de juger, d’accomplir les promesses ici-bas, et de se montrer au monde, il n’en était question que pour plus tard, quand il prendrait sa grande puissance et agirait en roi. En attendant, étant monté en haut, il allait donner son Esprit, jusqu’à ce qu’il revînt.

Tel est l’enseignement de ce chapitre : nous allons considérer quelques détails de son contenu. Les temps sont de Dieu, comme les faits. Ce n’était pas alors pour Jésus le temps de se montrer au monde, ni d’observer la fête des Tabernacles. Tous les temps conviennent aux mondains, pour profiter de ce qui est mondain. Ils sont du monde et flottent avec son courant. Le monde ne les hait pas : là où est le témoignage de Dieu, là est l’objet de sa haine. L’esprit droit peut être frappé du témoignage que Dieu rend à la vérité, mais il n’y a pas là de motif suffisant pour rompre avec ceux qui veulent l’opposition, et c’est ce que les meneurs intelligents du mal veulent toujours. Au reste, dans le monde, il y a des opinions pour ou contre une chose, non pas une conviction de cœur et de conscience, et ainsi un besoin pour soi-même : — c’est là que l’âme se rencontre avec Dieu et brave le monde (chap. 6:68).

Le Seigneur ne monte pas à la fête, mais lorsque ses frères furent montés, alors lui aussi monta et il enseignait dans le temple (v. 9, 10).

Remarquons en passant qu’il ne faut pas confondre le peuple et les Juifs. Le peuple se composait de Galiléens et d’autres, venus pour participer à la fête ; les Juifs étaient ceux de Jérusalem même, ou au moins de ses environs. Ainsi, au verset 20, le peuple ne savait pas qu’on voulût tuer Jésus ; ceux de Jérusalem, au contraire, savaient bien ce qu’on tramait là contre lui (v. 25).

Les Juifs, habitués à écouter les rabbins, s’étonnaient de ce que Jésus, homme illettré à leur point de vue, pouvait enseigner comme il le faisait. Sa doctrine était du Père, non pas humaine. Le moyen de la comprendre était un état d’âme qui répondait à une telle mission ; le désir de faire la volonté du Père reconnaîtrait la parole qui venait de lui (v. 14-17). L’état moral de l’âme, l’oeil net, est le moyen de recevoir, de discerner avec intelligence, la doctrine qui vient du Père ; la conscience est ouverte, le cœur tout prêt à recevoir la vérité. Bien des choses, dans l’enseignement, peuvent dépasser la connaissance possédée par une telle âme ; mais l’enseignement répond à ses besoins ; il porte auprès d’elle l’empreinte de la vérité, de la sainteté ; il convient à Dieu ; il n’y a pas de recherche de soi-même ; on cherche le bien des âmes, on sonde sa conscience, toutefois en usant de la grâce : or il y a une conscience chez tous les hommes ; et ici le désir d’obéir est supposé. Un tel homme discerne ce qui est de Dieu, quand Dieu parle. Ce n’est pas le raisonnement qui convainc l’esprit : le raisonnement ne convainc jamais la volonté ; mais, le désir étant là, c’est Dieu qui s’adapte dans son enseignement aux besoins et au cœur de l’homme. C’est la vérité ici, les paroles de Dieu lui-même. Mais, chez les Juifs et dans les masses, tout était en confusion. Ils étaient sans scrupule pour circoncire, et ainsi, pour violer le sabbat en travaillant, et la puissance divine qui guérissait par une parole n’exerçait aucune influence sur eux, si ce n’est de produire en eux le désir de mettre à mort Celui qui avait donné cette preuve de la bonté et de la puissance de Dieu, dont les droits étaient au-dessus du sabbat même. Cette confusion chez les incrédules est frappante. Ceux qui venaient de loin se moquaient de la pensée qu’on voulût tuer Jésus ; ceux de Jérusalem qui voulaient le tuer à cause du miracle qu’il avait fait, s’étonnaient de ce qu’il parlait en toute liberté et se demandaient si les chefs l’avaient donc reconnu pour le vrai Christ ; toutefois, disaient-ils, «lorsque le Christ viendra, personne ne sait d’où il est» (v. 27). De plus, on voulait le prendre ; mais, dit l’évangéliste, personne ne mit la main sur lui, parce que son heure n’était pas encore venue. Les voies de Dieu sont sûres. Toutefois plusieurs crurent en lui (v. 31). Les pharisiens entendent le peuple murmurant ces choses de lui, et ils envoient des huissiers pour le prendre. Ceux-ci trouvent Jésus occupé à enseigner la foule. Là aussi, même incertitude : les uns disaient qu’il était le prophète, d’autres qu’il était le Christ ; mais d’autres objectaient que le Christ ne pouvait pas venir de Galilée, mais qu’il devait venir de la semence de David, et de la bourgade de Bethléem, sans se donner la peine de s’assurer du fait. Quelques-uns auraient voulu le prendre, mais personne ne mit les mains sur lui, et les huissiers reviennent sous l’influence de ses paroles : «Jamais homme ne parla comme cet homme !» Les pharisiens et les chefs n’hésitaient pas : ils cherchaient à le faire mourir. Ils se dispersent dégoûtés. C’est le tableau du cœur de l’homme en présence de la vérité : un parti pris dans les chefs religieux, confusion et incertitude dans l’esprit des masses qui chancellent entre les préjugés et la puissance de la parole de Dieu. La foi n’est ni dans les uns, ni dans les autres. Quant à Jésus, «son heure n’était pas encore venue» : son heure, remarquez-le, c’est l’heure où il se donne sur la croix pour nos fautes.

 

Revenons maintenant aux enseignements du Seigneur et à sa position vis-à-vis du peuple dont, en refusant d’aller à la fête, il était en un certain sens déjà séparé, tout en continuant à les enseigner en grâce.

 

Quelques détails de l’enseignement du Sauveur dessinent sa position, avant qu’il parle de la promesse du Saint Esprit, et après la discussion qui eut lieu au sujet du désir de le tuer, lorsqu’ils firent la remarque qu’on ne saurait pas d’où venait le Christ. Jésus déclare formellement qu’ils savaient d’où il venait, mais qu’ils ne connaissaient pas le Père qui l’avait envoyé (v. 28). Terrible accusation ! La preuve était là dans leur conscience : ils n’auraient pas tenu, comme ils le faisaient, à se débarrasser de lui, s’ils n’avaient pas eu la conscience intime qu’il venait de Dieu. Les preuves étaient là : le témoignage dans leur conscience. La foule (v. 25-27) semble avoir eu au fond la même conviction, quoiqu’ils s’excusassent par le fait qu’ils savaient d’où il venait, — ce à quoi le Seigneur répond, mais en paroles dont la portée dépassait de beaucoup l’application que la foule enseignée par la tradition, pouvait en faire au caractère du Messie. Oui, «vous me connaissez, et vous savez d’où je suis». Terrible témoignage, dont nous voyons la vérité dans les paroles de Nicodème qui nous sont rapportées, et qui, tout en ne s’étendant pas aussi loin, montrent la conviction que les miracles de Jésus faisaient naître dans les cœurs. C’était leur volonté qui s’opposait à cette condition, et si Pilate a pu voir le dehors de leurs motifs (ils l’avaient livré par envie), il n’était pas capable de comprendre une inimitié contre Dieu décidée à faire mourir Lazare, plutôt que de laisser croire au peuple la venue en grâce du Dieu qui avait si souvent voulu les recueillir sous ses ailes. Ils disputaient confusément sur le Messie, et leur Dieu était là en grâce, le Fils envoyé par le Père. Au fond, leurs chefs savaient très bien que celui qui faisait ces miracles ne les faisait pas par la puissance humaine ; ils pouvaient les attribuer à Béelzébul, mais certes pas à l’homme. Le caractère des miracles de Jésus et la puissance qui s’y manifestait confirmaient ses paroles : celles-ci montraient la source d’où elles venaient, et paroles et miracles montraient qui il était et d’où il venait. Mais du Père, de Celui de qui Jésus venait, ils n’avaient aucune connaissance ; ils n’étaient pas de ceux qui voulaient faire sa volonté, et ils cherchaient à aveugler les autres. Le peuple ignorant se débattait dans la confusion avec quelques convictions passagères ; les chefs résistaient avec une conviction intelligente que Celui qui venait de Dieu était là, mais décidés à ne pas le recevoir. Tout ceci est développé plus tard et affirmé par le Seigneur lui-même (chap. 15:22-24).

Il est important, quelque pénible que ce soit, de faire ressortir l’état de ce pauvre peuple, soit quant à ses chefs, soit quant à la masse : le parti pris des premiers, de rejeter Jésus, l’aveuglement moral et, hélas ! volontaire de la foule. Jésus n’avait plus de place au milieu d’eux comme Messie : il devait prendre une place bien autrement importante et excellente, — celle d’homme à la droite de Dieu. Toutefois, il était comme le bon Berger, et le portier lui ouvre ; et, accomplissant sa volonté, il traverse les dangers, et ses brebis entendent sa voix. Il en était ainsi maintenant : un grand nombre, «plusieurs d’entre la foule», croyaient en lui, disant : «Le Christ, quand il sera venu, fera-t-il plus de miracles que celui-ci n’en a fait ?» (v. 31). Alors les pharisiens envoient des huissiers pour le prendre, ce qui donne lieu à une touchante réponse de Jésus, réponse qui expose clairement la situation. «Je suis encore pour un peu de temps avec vous», dit-il, «et je m’en vais à Celui qui m’a envoyé. Vous me chercherez, et vous ne me trouverez pas ; et là où moi je serai, vous, vous ne pouvez venir». Vous n’avez pas besoin de vous hâter de me chercher pour vous débarrasser de moi ; vous me possédez encore pour un peu de temps, et puis ce sera fini : il ne s’agira plus du Messie : vous me chercherez bien alors, mais vous ne me trouverez pas. Je vais vers mon Père ; là, vous n’avez point d’accès. Tout sera changé. Ce sera fini quant au Messie ; le Fils, comme homme, ira s’asseoir à la droite du Père : là vous ne pourrez venir.

Voilà en effet où en étaient les choses à l’égard des Juifs et à l’égard de Jésus. L’aveuglement des Juifs et leur orgueil religieux étaient aussi grands que leur haine du vrai Dieu. Ils ne comprenaient rien de ce que le Sauveur disait, suggérant seulement entre eux que peut-être il irait vers les dispersés au milieu des gentils pour enseigner les gentils. La position était clairement constatée.

Maintenant le Seigneur montre qui devait venir le remplacer, puisque l’heure n’était pas venue pour lui de célébrer la fête des Tabernacles et de se montrer au monde. C’était le grand jour de la fête, le dernier jour, car la fête des Tabernacles avait un jour de plus que les deux autres grandes fêtes, un huitième jour, qui était le grand jour de la fête. Ce jour commençait une nouvelle semaine. Le témoignage terrestre était complet ; mais avec ce huitième jour on passe au-delà de ce qui était complet ici-bas. Les deux autres fêtes avaient leur jour de sabbat le septième jour, celle-ci avait son grand jour, sa fête solennelle après. Je ne doute pas que ce ne fût, comme type, le commencement de la nouvelle semaine de Dieu, ce qui est céleste et éternel, comme la résurrection de Jésus était le premier jour de la semaine. Or le Seigneur donne à ce jour sa vraie signification. Il n’était plus question de l’effet de la présence du Messie ; il s’agissait de Celui qui devait être le représentant d’un Sauveur glorifié, rejeté dans son humiliation. La manifestation de Jésus en gloire ici-bas ne pouvait avoir lieu maintenant, mais il pouvait donner à ceux qui croiraient en lui, ainsi rejeté sur la terre, les arrhes de la gloire céleste, et par ce moyen une joie actuelle qui débordait en bénédiction comme témoignage du salut et de la gloire. Au grand jour de la fête, un jour spécialement appelé «solennel» ou «d’obligation», dans l’Ancien Testament, Jésus se tint là et cria : «Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive. Celui qui croit en moi, selon ce qu’a dit l’Écriture, des fleuves d’eau vive couleront de son ventre». (Or il disait cela de l’Esprit qu’allaient recevoir ceux qui croyaient en lui ; v. 37-39).

Voilà la grande doctrine du chapitre 7 : le Saint Esprit ici-bas dans les croyants, à la suite de la glorification de Jésus homme, au lieu d’un Messie terrestre selon les promesses de Dieu. Rejeté comme Messie, il prend sa place comme homme, selon les conseils éternels de Dieu, dans la gloire céleste, à la droite de Dieu, et cela selon la justice de Dieu qui l’a glorifié auprès de lui-même. Après avoir établi toute la gloire de Dieu sur la croix, et pris cette place dans la gloire comme ayant accompli la rédemption, il envoyait le Saint Esprit, témoin de la gloire dans laquelle il était entré et de la rédemption qu’il avait accomplie. Posséder l’Esprit, c’est la position chrétienne, non pas de nouveaux désirs seulement, mais la pleine réponse de la grâce à ces désirs, dans la révélation de Christ glorifié. Nous attendons la participation à cette gloire, mais nous savons qu’elle est notre part, et l’accomplissement de la rédemption nous donne le droit d’y être : nous attendons le retour de Jésus pour y entrer, pour que notre corps soit transformé en la conformité de son corps glorieux, et l’amour qui nous a donné tout cela, qui a pensé à nous le donner, est répandu dans nos cœurs.

Quelques détails sont à remarquer ici. Le Seigneur invite ceux qui ont soif à venir à lui et à boire. Ce principe se retrouve en Jean, quoique la grâce souveraine qui vivifie soit très clairement et positivement annoncée au chapitre 5, comme aussi le fait que ceux-là seuls que le Père attire viennent en réalité. En appelant l’attention du lecteur sur ce point, je voudrais faire ressortir la différence importante qu’il y a entre l’œuvre qui dispose le cœur et qui produit des besoins dans le cœur ou dans la conscience, ou, comme il arrive toujours, à la fois dans l’un et dans l’autre, — et la réponse à ces besoins dans la personne et l’œuvre du Seigneur Jésus. Ce désir peut produire une certaine piété réelle, mais jamais la paix, ni un état d’âme distinctement chrétien : pour cela, il faut la connaissance de la personne, de l’œuvre de Jésus, et la présence du Saint Esprit. On peut sentir qu’on a besoin de lui, et même l’aimer, mais on n’est pas encore, dans le vrai sens, «de Lui». Voyez le fils prodigue avant et après qu’il eut rencontré son père, et la pauvre femme pécheresse : — tout appartient à une telle âme, mais elle ne le possède pas. Le prodigue n’avait pas encore la meilleure robe, et la pauvre femme n’avait pas encore entendu la voix de Jésus lui dire : «Tes péchés sont pardonnés,... va-t’en en paix», mais elle aimait beaucoup. Ainsi encore le brigand sur la croix montre une foi remarquable, mais c’est la réponse du Sauveur qui lui donne la certitude de son bonheur présent fondé sur l’œuvre de Christ. Je fais remarquer ces cas, afin que le lecteur fasse la différence entre l’œuvre qui attire et qui réveille la conscience, et la réponse fondée sur l’œuvre, qui fait jouir du pardon et du salut.

Il est bon que nous attirions aussi l’attention sur les trois opérations de l’Esprit de Dieu. Au chapitre 3, nous sommes nés de l’Esprit ; au chapitre 4, c’est une source qui jaillit en vie éternelle. Ici, le nouvel homme entre dans la jouissance des choses qu’on ne voit pas, des choses célestes et éternelles : quand elles remplissent le cœur, quand le cœur, buvant de ce qui est en Jésus, est désaltéré, alors ces choses débordent et rafraîchissent les âmes altérées ; les affections célestes rencontrent les âmes, montrant ce qui ravive une âme privée de Dieu, qui gémit sans savoir peut-être ce qui lui manquait. Les paroles de Jésus étaient bien de ces eaux-là.

Le peuple, qui n’était pas armé d’une cuirasse de mauvais vouloir et de parti pris, le sentit et, sans miracle, sous l’influence des paroles de Jésus, cria : «Celui-ci est véritablement le prophète !» (v. 40). D’autres disaient, pensant que Jésus était le Christ : «Le Christ vient-il donc de Galilée ?» Mais le raisonnement de l’esprit humain suscite des difficultés et ferme d’autres cœurs, à la puissance de la parole dans Sa bouche. Le peuple est divisé et les huissiers s’en retournent sous l’impression qu’avaient produite les paroles de Jésus, pour jeter la même confusion dans les esprits de ceux qui, prétendant diriger Israël, étaient les plus aveugles de tous. Nicodème émet une pensée de droiture selon leur propre loi. On s’attaque à lui : lui aussi devait être de Galilée. Les théologiens du Sanhédrin montrent leur mépris de ceux qui, selon les prophètes, étaient la sphère de la lumière que Dieu envoyait en Israël, les pauvres du troupeau ; revendiquant pour Jérusalem et pour eux-mêmes la gloire de tout ce que Dieu avait donné, ils affirment qu’aucun prophète n’avait été suscité de Galilée (v. 52). Le fait était faux, et de plus, qu’avaient-ils fait des prophètes, de quelque pays qu’ils fussent ? Où était la ville qui avait tué les prophètes et qui se préparait à tuer Celui duquel tous les prophètes avaient parlé ? Irrités de leur impuissance, ne pouvant rien faire pour empêcher le témoignage de Jésus, ils se dispersent et chacun se retire chez lui. Son heure n’était pas encore venue.

 

9                        Chapitre 8

L’histoire qui nous est donnée du Seigneur, dans cet évangile de Jean, pour remplacer les Juifs et leur portion dans le Messie selon les promesses, se termine avec ce chapitre 7 qui vient de nous occuper. Au chapitre 5, Jésus est Fils de Dieu qui vivifie ; au chapitre 6, Fils de l’homme dans l’incarnation et dans la mort, son retour dans le ciel étant en vue ; ensuite, au chapitre 7, ne pouvant encore se montrer au monde, mais étant glorifié, il donne le Saint Esprit aux croyants, ce qui n’a pu avoir lieu qu’après sa glorification : il est rejeté, mais, comme nous l’avons vu, son temps n’est pas encore venu. Dans les deux chapitres dans lesquels nous entrons maintenant, nous trouvons sa parole rejetée, au chapitre 8 ; ses œuvres rejetées, au chapitre 9: ce sont les deux grands témoignages personnels qui déclarent son origine (voyez 15:22-25). Au chapitre 10, il déclare qu’il aura ses brebis pour lui, quand même, — malgré l’obstination des chefs du peuple ; les chapitres 11 et 12 nous montrent d’une manière très intéressante le témoignage que le Père lui rend comme étant Fils de Dieu, Fils de David, Fils de l’homme, quand l’homme l’a rejeté ; puis, à partir du chapitre 13, viennent les choses célestes et le don du Saint Esprit, cet autre Consolateur qui doit le remplacer sur la terre.

Au commencement de notre chapitre 8, la loi entre les mains des hommes, s’élevant contre l’immoralité extérieure, mais sans droiture, sans vie et sans grâce, est mise d’une manière frappante en contraste avec la parole de Dieu qui sonde les cœurs, qui tourne l’épée de la loi contre tous, et laisse place à la grâce, non pas la grâce vivifiante ou qui pardonne, mais la grâce qui, du moins, ne donne pas sa force à la loi pour condamner : ce n’était pas là la mission du Sauveur. Tout le monde était placé sous la condamnation par la loi, si Dieu appliquait celle-ci : Dieu n’était pas venu pour cela ; mais en les montrant tous condamnés, sans exception, sur ce terrain-là, l’humanité tout entière disparaît sous la sentence de la loi, au moins l’humanité qui prend la loi pour moyen de justice, et le champ est laissé libre pour introduire la lumière de la vie, de la part de Dieu. La position de la femme adultère n’est que négative ; c’est un tout autre cas que celui de la femme de mauvaise vie de Luc 7, où la pleine grâce qui sauve est constatée. Tous étaient coupables, mais le Seigneur était venu pour atteindre la conscience de tous, non pour appliquer la loi au coupable. Il ne condamne pas ; — seulement, toute bouche est fermée. La conduite de ces hommes était misérable ; pécheurs comme l’accusée, — sans miséricorde et sans pitié, ils voulaient exposer cette femme, pour que le Sauveur se trouvât en faute, car s’il la condamnait, il n’avait pas d’avance sur la loi, il n’était ni Messie, ni Sauveur ; s’il ne la condamnait pas, il se mettait en opposition avec la loi de Moïse. Les scribes et les pharisiens ne savaient pas à qui ils avaient à faire. La parole pénétrante de Dieu n’a besoin que d’un mot pour atteindre la conscience : Adam, «où es-tu ?» ou : «Que celui... qui est sans péché, jette le premier la pierre», suffisent pour mettre à nu la conscience, parce que la puissance de Dieu est là, et que l’homme se trouve nécessairement révélé à lui-même dans la présence de celui qui est lumière. Or la volonté n’est pas changée, et l’homme évite cette présence : l’un se réfugie au milieu des arbres du jardin ; d’autres, plutôt avec la honte qu’avec une conscience sincère qui amène la confession, s’esquivent chacun seul pour sauvegarder sa réputation, les plus âgés les premiers, mais ayant peur jusqu’au dernier de cette présence qui les transperce, et honteux de se trouver en présence l’un de l’autre. Alors, ayant donné toute sa force à la loi sur tous, Jésus laisse aller la pauvre femme selon la miséricorde divine.

Ensuite, nous avons la doctrine à l’égard du Sauveur qui se rattache au fait précédent : «Je suis la lumière du monde» (v. 12), non pas encore ici, le Messie des Juifs, mais la présentation de la part de Dieu de la lumière dans le monde, lumière qui manifestait tout, mais qui restait seule, car tout le monde était ténèbres, loin de Dieu, et le cœur de l’homme lui-même, ténèbres. Cette lumière manifestait l’effet même de la loi, elle montrait où en était l’homme placé sous elle. Mais elle était bien plus : si l’homme la suivait, elle était la «lumière de la vie» (comp. 1:4), ce qui manifestait, comme révélation de la nature divine, mais ce qui communiquait la vie à ceux qui recevaient cette lumière. C’était une chose toute nouvelle, venue dans le monde, Dieu lui-même en puissance de grâce devenu homme : rejetée, tout était jugé moralement, mais reçue par la grâce, c’était la nouvelle vie, la vie éternelle, car Christ est la vie éternelle descendue du ciel (1 Jean 1:1, 2). Comme lumière et vie, elle était pour nous, car elle nous était communiquée ; la nouvelle créature était créée selon Dieu en justice et sainteté de vérité, et il y avait aussi renouvellement de connaissance selon l’image de Celui qui nous a créés. Mais c’était la parole de la vie, et il s’agissait de recevoir cette parole ; et ici, c’est la lumière en lutte avec les ténèbres. Tout dépend, comme nous verrons, de la personne de Celui qui parle.

La question est posée au verset 13 : «Tu rends témoignage de toi-même ; ton témoignage n’est pas vrai». Or on eût pu parler ainsi s’il se fût agi d’un homme qui rendît témoignage de lui-même ; mais si Dieu parle, ce qu’il dit est nécessairement la vérité et le révèle. Une seule question seulement s’élève : Le connaît-on ? et, l’âme est-elle capable de recevoir la vérité même ? Les deux choses vont ensemble, comme nous le verrons. Jésus venait du ciel, du Père ; il s’en retournait là et en avait la conscience : c’est le point le plus bas de son témoignage ici ; il est forcé par l’opposition qu’il rencontre d’aller jusqu’au bout et de dire : «Je suis», mais ici c’est comme homme dans le monde, qui toutefois avait la conscience d’où il venait (comp. 3:11-13, 33, 34). Ses paroles étaient les paroles de Dieu, mais, par l’Esprit, sans mesure dans un homme, il pouvait aussi dire de lui-même : «Le Fils de l’homme qui est dans le ciel». Il parlait avec la conscience d’où il venait. Eux n’en savaient rien : il était pour eux un charpentier de Galilée qui n’avait même pas appris les lettres. Mais c’était la nature divine en présence de celle de l’homme. Eux, ils jugeaient selon la chair ; Lui, comme il venait de le montrer, ne jugeait personne. Il n’était pas venu pour cela, mais pour rendre témoignage. Toutefois, même s’il jugeait, son jugement serait juste, car non seulement il savait d’où il venait, mais le Père était avec lui, — il était non seulement un tel Fils de l’homme, mais il était aussi Fils de Dieu. La loi disait que le témoignage de deux hommes était vrai ; eh bien, lui (le Fils), il rendait témoignage à lui-même, et le Père qui l’avait envoyé, rendait témoignage de lui. Ils lui demandent donc : «Où est ton père ?» car il n’y avait en eux aucune lumière divine, pas même une conscience sensible à la vérité, si ce n’était lorsque l’oeil de la lumière y pénétrait malgré eux. Personne cependant ne s’empara de lui ; son heure n’était pas encore venue (v. 20). On ne peut séparer ce témoignage divin de celui qui est donné à la fin. Il parlait les paroles de Dieu ; mais la forme est différente ; il ne parlait pas directement dans sa nature divine, bien que ce qu’il disait l’impliquât, mais comme homme sur la terre de la part de Dieu et comme Fils par le Saint Esprit.

Le Seigneur recommence en leur annonçant que c’en était fait, qu’il s’en allait (v. 21 et suivants). On le chercherait bien, mais on ne le trouverait pas : «Moi, je m’en vais, et vous me chercherez ; et vous mourrez dans votre péché : là où moi je vais, vous, vous ne pouvez venir». La séparation, fruit de leur incrédulité, était complète et finale : eux, morts dans leurs péchés, lui, dans le ciel ; mais il ne dit pas ouvertement où il s’en allait. Les Juifs ne le regardent que comme un homme et restent dans leur propre justice, comme héritiers des promesses : «Se tuera-t-il», et s’en priverait-il ainsi ? La réponse du Seigneur est décisive : «Vous êtes d’en bas ; moi, je suis d’en haut». Il y avait opposition absolue, moralement et de fait, — avec un terrible supplément pour tout ce qui nous entoure : «Vous êtes de ce monde», de ce monde dont Satan est le prince, — et ceux qui en sont de cœur sont de lui ; Christ n’en était pas. Il était bien dans le monde, mais il n’était pas du monde. Il était essentiellement du ciel, le pain qui était descendu du ciel, personnellement et moralement ; mais ici il parle négativement, et c’est le point capital pour nous. Il n’était pas de ce monde. Il a introduit la lumière divine, Dieu lui-même, dans ce monde, mais il n’en était pas. C’est pourquoi il leur avait dit : «Vous mourrez dans vos péchés» ; car ils rejetaient la lumière qui était venue dans ce monde, la grâce, le Fils de Dieu. «Si vous ne croyez pas que c’est moi, vous mourrez dans vos péchés».

Mais ceci introduit un principe de toute importance, savoir l’identification de sa parole avec lui-même. Il était Dieu ; ses paroles exprimaient Dieu : c’est ce qui laissait les Juifs sans excuse ; en le rejetant ils méconnaissaient Dieu qui leur parlait. En réponse aux paroles de Jésus ils disent : «Toi, qui es-tu ?» (v. 25). La réponse de Jésus déclare cette identification : «Absolument ce qu’aussi je vous dis», — parfaitement, en principe et en réalité, ce que je vous dis. Les paroles de Jésus exprimaient ce qu’il était ; et étant ainsi la vraie expression de Dieu manifesté à l’homme, elles mettaient l’homme en demeure, soit de recevoir, soit de rejeter Dieu, et Dieu comme lumière des hommes. Si Dieu parle et s’exprime, l’homme agrée ce qu’Il est ou le rejette. Le Sauveur était à même de leur dire beaucoup de choses et de les juger ; mais à présent il leur communiquait comme témoin fidèle ce qu’il avait entendu auprès du Père. C’était bien là la vérité envoyée par le Père : il disait au monde ce qu’il avait reçu du Père. C’était là maintenant son service comme Envoyé. Les Juifs ne comprenaient pas de qui il parlait. Plus tard, — quand il serait trop tard pour le recevoir comme venu vers eux en grâce, mais quand la pensée de Dieu serait accomplie, et que leurs propres mains accompliraient ses conseils en crucifiant le Fils de l’homme (*), les conséquences qui en découleraient pour les Juifs leur feraient savoir (Jésus ne dit pas «croire») que c’était bien lui, qu’il ne faisait rien de lui-même, mais qu’il parlait selon que le Père l’enseignait. Sa parole était la démonstration de ce qu’il était, et quoiqu’il pût leur dire beaucoup de choses et les juger, maintenant il ne faisait que leur dire ce qu’il recevait du Père. Une fois rejeté comme Fils de l’homme et mis à mort, alors, quand il ne serait plus là, ils sauraient que c’était lui, le Messie, et qu’il leur avait parlé de la part du Père. Mais, de plus, Celui qui l’avait envoyé était alors avec lui ; il ne l’avait pas laissé seul, car tout ce qu’il faisait plaisait au Père. Sous l’effet de son témoignage, par le poids de ses paroles, expression de ce qu’il était et que toute sa conduite confirmait, plusieurs crurent en lui (v. 30).

 

(*) Ce titre de Fils de l’homme, que Jésus prend toujours, va bien au-delà de celui de Messie : il est tiré du Psaume 8 et de Daniel 7 ; Jésus le prend toujours en contraste avec celui de «Christ» qu’il ne se donne qu’une fois, savoir à Sichar au chapitre 4 ; mais il y ajoute constamment sa mort sur la croix (voyez Luc 9:21, 22). C’est le Psaume 2 qui envisage Jésus comme Messie et qui nous le montre rejeté comme tel, mais établi plus tard en gloire et en autorité de la part de Dieu.

 

Ce que ce chapitre met le plus distinctement en avant, c’est le caractère divin de Jésus, démontré par ses paroles, et le caractère diabolique des Juifs, manifesté dans la manière dont ils l’ont reçu. Déjà, au verset 23, le Seigneur l’a annoncé avec le terrible témoignage que ce qui était de ce monde était d’en bas, c’est-à-dire du diable, tandis que lui était d’en haut et pas de ce monde. Ce qu’il disait exprimait sa nature, son caractère divin. Il révèle le Père ; ses paroles sont les paroles de Dieu ; ce qu’il disait le révélait au monde (v. 26, 27 ; 1:10 ; 3:32, 33). Ce qui suit met en relief, par contre, le caractère des Juifs.

Le Seigneur déclare à ceux qui avaient été amenés à croire en lui, que, s’ils demeuraient fermement attachés à sa parole (car il s’agit de sa parole), ils seraient réellement ses disciples, ils connaîtraient la vérité, et la vérité les affranchirait (v. 31, 32). La vérité suppose la pleine révélation de ce qui est divin et céleste, ce qui se révélait dans sa personne et dans ses paroles, et serait pleinement mis en évidence quand il serait glorifié et que le Saint Esprit serait venu. Je ne pense pas que ceux dont parle le verset 33, soient ceux qui croyaient en Jésus, mais les Juifs en général. Ils s’appuient sur leur position extérieure selon la chair : ils n’avaient jamais été en esclavage, disent-ils, oubliant du reste toute leur histoire et leur position dans ce moment même. Le Seigneur passe par-dessus tout cela, pour présenter le fond de la vérité quant à l’état de l’homme devant Dieu et à l’effet de la loi, car il identifie ces deux choses : être esclave du péché, et être sous la loi comme l’homme du chapitre 7 de l’épître aux Romains. «Quiconque pratique le péché est esclave du péché», captif de cette terrible loi du péché qui est dans ses membres, mais, étant esclave, il peut être renvoyé de la maison, vendu. Les Juifs pécheurs, sous la loi, seraient renvoyés de la maison de Dieu ; mais le Fils était de la maison, et y demeurait pour toujours et nécessairement : si lui les affranchissait, ils seraient vraiment libres, libres du péché et libres de la loi. Le Fils, révélation du Père comme objet et puissance de vie en celui qui l’aura reçu, remplace, agissant par la Parole, le principe du péché dans l’homme et la loi qui défendait en vain à l’homme de le commettre.

Extérieurement, les Juifs étaient bien des enfants d’Abraham ; mais la parole de Christ n’avait aucune place ni aucune entrée dans leur cœur, et ils cherchaient à le tuer. Ici le contraste devient formel : Jésus disait (car c’est toujours sa parole) ce qu’il avait vu auprès de son Père, lui le Fils qui le révélait et annonçait ce qui était céleste et divin : mais cela faisait sortir de leurs cœurs la haine satanique contre Dieu qui remplit le cœur de l’homme. Ici donc les deux grands principes du péché qui caractérisent l’adversaire se manifestaient en eux, le meurtre et l’absence de la vérité (v. 44, 45). Cette opposition entre la révélation d’en haut et ce qui est dans le monde et d’en bas, caractérise le chapitre et en fait le fond. Leur descendance d’Abraham n’est pour le Seigneur qu’une circonstance qui n’a aucune valeur. Si, dans le sens moral, les Juifs avaient été les fils d’Abraham, comme est le croyant, ils feraient les œuvres d’Abraham ; mais au lieu de cela ils cherchaient à tuer un homme qui leur avait dit la vérité qu’il avait reçue de Dieu. Les Juifs se placent toujours plus haut : Abraham ne leur suffit plus, c’est Dieu qui est leur Père (v. 4 1). Ils ont la conscience que les paroles de Jésus les atteignent de plus près, et ils se retirent dans la forteresse de leurs privilèges. Le Seigneur poursuit le côté de la vérité morale et essentielle, tout en évitant, pour ainsi dire, de tout déclarer ouvertement d’emblée ; mais il est comme forcé de le dire, quant à eux et quant à lui-même.

Jusqu’à présent, nous avons eu la révélation de la chose céleste et divine en soi, d’une manière positive, en dehors et au-dessus de tout ce qui était judaïque ; ici, nous arrivons au conflit entre le cœur de l’homme et cette révélation, et là où les privilèges d’une religion qui se composait des éléments du monde, ne faisaient, séparés de Celui qui (toute mondaine que fût cette religion) en était le centre, qu’aveugler davantage les cœurs qui s’en prévalaient. La parole divine dans la personne de Jésus, la parole du Père qui était dans sa bouche, perçait à travers toutes ces franges religieuses et mettait en évidence le cœur de l’homme. Le Seigneur, dans sa réponse à l’allégation des Juifs que Dieu était leur père, montre que le rejet de sa personne donnait le démenti à une telle prétention. La chose était mise en question et tranchée par sa présence et par sa parole : s’ils avaient eu Dieu pour père, ils auraient aimé Jésus, car il venait de Dieu ; il ne venait pas de sa volonté propre : Dieu l’avait envoyé. Il fallait parler ouvertement, car les choses s’accomplissaient : la vérité et la haine contre la vérité, contre Dieu, se trouvaient en présence. Les Juifs ne comprenaient pas les paroles, parce qu’ils ne comprenaient pas les choses, principe très important dans les choses divines : dans les choses humaines on explique les mots pour apprendre les choses ; on ne fait ainsi que désigner par un mot les objets qui tombent sous les sens ou les choses de l’intelligence, car ces choses sont à la portée de l’homme : les choses divines ne le sont pas. Si je dis «né de nouveau», il faut, pour comprendre les mots, savoir ce que c’est que naître de nouveau. Souvenons-nous-en.

Le Seigneur ne laisse plus subsister ici aucune incertitude : Vous avez pour père le diable et vous ferez ses œuvres ; et «il est menteur, et le père du mensonge» (v. 44). Comme nous l’avons dit plus haut, le double caractère de Satan et du péché, c’est d’être «meurtrier»»et «menteur» : l’homme y a ajouté la corruption. Tel était le caractère de ces pauvres Juifs. Ils ne croyaient pas Jésus, parce que Jésus disait la vérité, et ils allaient le tuer. Ils prétendaient bien être de Dieu, triste et aveuglant effet d’une religion officielle ; mais s’ils l’avaient été vraiment, ils auraient écouté les paroles de Dieu. Il y a une perception qui tient à la vie de Dieu, qui reconnaît ce qui est de lui et en particulier ses paroles. C’était, pour un Juif, une monstruosité subversive de toutes ses prétentions, de toute l’histoire divine des siècles, que de dire à Jésus qu’il n’était pas de Dieu. Qui donc était-il ? Un païen, un Samaritain. Cela suffisait pour montrer d’où Jésus était.

Jésus continue de montrer l’effet de sa parole là où elle est reçue dans le cœur. «Si quelqu’un garde ma parole, il ne verra point la mort, à jamais». Ceci mettait Jésus au-dessus d’Abraham et de tous les prophètes. Qui donc était Jésus ? Car avec toutes leurs prétentions, les Juifs étaient au fond dans un grand embarras ; ils sentaient la force de ses paroles ; cela peut avoir lieu là où la volonté n’est nullement changée, mais ils cherchaient à se justifier à leurs propres yeux par l’intelligibilité de ses paroles selon la raison humaine. Le Seigneur ne les épargne plus, parce qu’ils étaient des ennemis de la vérité. Il parlait de la part de son Père, et il le connaissait : il eût été menteur comme eux, s’il l’eût nié. Le second caractère de l’ennemi se réalisait ainsi chez eux. «Abraham, votre père, a tressailli de joie de ce qu’il verrait mon jour ; et il l’a vu, et s’est réjoui» (v. 56) ; car c’est Lui qui était attendu selon les promesses. Les Juifs, qui ne voyaient les choses que selon l’intelligence naturelle, crient à la folie : alors, comme il avait déclaré de qui ils étaient, le Seigneur déclare maintenant ouvertement qui il est lui-même : «En vérité, en vérité, je vous dis : Avant qu’Abraham fût, je suis» (non pas, j’étais). Les Juifs parlaient avec Dieu, et ils résistaient à ses paroles : leur haine éclate et ils prennent des pierres pour le lapider.

Remarquez ici que Jésus donnait la vie éternelle par sa parole ; il était l’accomplissement des promesses ; mais encore, il était Dieu dans ce monde ; la vie et la vérité étaient d’un côté, le meurtre et le mensonge de l’autre. C’est ce qui rend ce chapitre si solennel. D’une part la vérité, la vie, l’envoyé du Père, Dieu manifesté en chair, de l’autre la haine de la vérité et de Dieu, sont en présence dans ce chapitre.

 

Il importe aussi de remarquer qu’il s’agit, non de miracles, mais entièrement de la parole de Jésus. Les Juifs ne demandent pas de signe, comme ils le faisaient souvent ; ce n’est pas le courant ordinaire de l’incrédulité que nous avons ici devant nous ; mais la vérité, la lumière, sont directement aux prises avec les ténèbres qui ne les comprennent pas, mais en sont gênées tout de même ; car la lumière luit quand même on ne la reçoit pas. Elle n’est pas dans le cœur de l’homme et cela se fait sentir dans le cœur ; on ne peut rien imputer au témoin qui affaiblisse le témoignage : personne ne pouvait convaincre de péché le Seigneur ; ils ne croyaient pas, parce qu’il leur disait la vérité. C’est ici l’opposition toute pure du cœur de l’homme à la vérité, parce que c’était la vérité. La lumière peut atteindre la conscience, et si la volonté n’est pas changée, cela ne produit que la haine comme dans le cas d’Étienne, mais ici , je le répète, c’est la vérité elle-même et la lumière qui sont en conflit avec les ténèbres, Celui qui venait d’en haut, avec lequel était le Père, et puis les hommes, qui, hélas ! étaient d’en bas. Que peut-il y avoir de plus solennel qu’une telle rencontre ? Dieu en face des hommes, pour être rejeté, et cela pour tout jamais.

 

Il pourra être utile de faire remarquer ici quelques détails ; le Seigneur commence par s’annoncer, personnellement et distinctement, comme la lumière du monde. Dans Jean, il s’agit toujours du monde ; aussi ne s’agit-il pas du Messie selon les promesses, mais de ce que le Seigneur est en lui-même, de ce qu’il est, lui seul, au milieu des ténèbres. En le suivant, on aurait la lumière de la vie ; car la vie était la lumière des hommes. On voit comment ce chapitre reproduit ce qui est dit au chapitre premier ; seulement, il amène ici, historiquement, le contraste et le conflit entre la lumière et les ténèbres, car le monde y était, et Satan était le prince du monde. Le Seigneur s’étant ainsi annoncé comme lumière (et la lumière se manifeste et manifeste tout), son témoignage est rejeté, comme étant celui d’un homme qui rendait témoignage à lui-même (v. 13). On ne voit pas la lumière, on la rejette ; ce qui est divin est caché, quoique étant lumière. Il était la lumière, et ses paroles étaient l’expression de ce qu’il était ; mais il n’était pas venu pour juger, comme le cas de la femme le montrait, quelque juste que son jugement eût été, car le Père était avec lui. Mais la loi était leur loi, puis Jésus était la révélation de Dieu lui-même dans ce qu’il était comme lumière : c’était lui-même, et la parole du témoignage, le Père étant avec lui. Si cela était rejeté, ce n’était pas la désobéissance à un commandement, mais le rejet de la vie et de la lumière divines, en sorte que ceux qui s’en rendaient coupables mourraient dans leurs péchés.

 

Tout le chapitre 8 est l’expression de la lumière divine par le témoignage du Seigneur ; mais le chapitre traite de plus d’un sujet, où ce témoignage se rend sous plus d’un aspect. La première partie est renfermée dans les versets 12 à 20, qui présentent la position en soi : le Seigneur est la lumière divine ; il n’est pas venu pour juger, mais le Père est avec lui, Dieu et la vérité sont présentés aux hommes ; il est rejeté par les ténèbres du cœur de l’homme, mais son heure n’est pas encore venue. Ensuite, versets 21 à 29, il s’en va. Dans Jean, ce n’est jamais de sa mort qu’il est parlé, mais il s’en va, et les Juifs sauraient, quand il aurait été élevé comme Fils de l’homme, que c’était lui : il serait trop tard pour le retrouver. Après cela (v. 30), plusieurs croyant en lui, il leur annonce quelle serait leur position s’ils persévéraient : le Fils les affranchirait et ils seraient véritablement libres, ceci en contraste avec les Juifs. Il y avait un changement de position complet. L’homme commettait le péché ; il en était l’esclave : les Juifs, sans doute, étaient dans la maison de Dieu, mais, par la loi, comme esclaves, car être sous la loi et commettre le péché, c’est la même chose. Les Juifs n’avaient donc aucune place sûre dans la maison ; ils perdraient même celle qu’ils y avaient ; mais Christ alors aurait sa place comme Fils sur la maison de Dieu, et ceux qui croyaient en lui, qui persévéreraient dans sa parole, affranchis par lui, posséderaient le vrai affranchissement divin. Quant aux promesses, ils étaient bien selon la chair la semence d’Abraham ; mais ils n’étaient pas fils d’Abraham, selon Dieu. Étant venu personnellement comme lumière, le Seigneur veut les choses vraies, non seulement des dispensations : ils étaient, réellement, fils de celui qui était meurtrier et menteur, ils rejetaient la vérité, ils allaient mettre Christ à mort, et ne le croyaient pas parce qu’il disait la vérité. Enfin, car il était la vie aussi bien que la vérité, celui qui garderait sa parole ne goûterait jamais la mort (v. 51) ; il n’était pas seulement la lumière, mais la lumière de la vie. Puis, non seulement il était l’objet des promesses que la foi d’Abraham avait réalisées, mais il existait d’une existence éternelle, Dieu, «Je suis», avant qu’Abraham fût. Alors la haine de l’incrédulité éclate. Auparavant ils avaient avec malice cherché à détourner la vérité et à se justifier vis-à-vis d’eux-mêmes en le rejetant, mais dès que ce qu’il était est pleinement révélé, leur haine meurtrière se fait jour par la violence.

 

10                  Chapitre 9

Au chapitre 8, nous avons eu le témoignage, la parole divine du Sauveur : le chapitre 9 se rapporte au témoignage de ses œuvres. Le Seigneur met de côté tout le système gouvernemental des Juifs ; aussi parle-t-il de lui-même comme n’étant plus guère de ce monde ; mais aussi longtemps qu’il l’était, il devait faire les œuvres de son Père qui l’avait envoyé, car bien qu’il fût Dieu présent dans ce monde, il prend toujours la place d’un homme assujetti à Dieu, et il le fait spécialement dans l’évangile de Jean où sa personne est mise en relief. C’est de cette position que Satan cherchait à le faire sortir dans la tentation au désert, position dans laquelle il est resté ferme et parfait. Il est toujours l’Envoyé, tout en étant Fils de Dieu et un avec le Père.

En traversant ce pauvre monde, le Seigneur rencontre un aveugle-né, image de l’homme et plus particulièrement des Juifs. Ici il est bien la lumière du monde, tout en annonçant, comme je viens de le dire, qu’il allait quitter le monde. Mais il y a plus : il opère en grâce, il donne la vie. Non seulement il est la lumière du monde aussi longtemps qu’il s’y trouve, car ce n’est que pour un temps ; mais il est puissant en grâce pour donner la capacité de jouir de la lumière. Toutefois, bien que ce soit la puissance divine qui la communique, il doit être reçu comme l’Envoyé du Père : jamais il ne quitte sa position. Sa présence, sans son œuvre, ne fait qu’aveugler davantage, au moins présente une difficulté extérieure : il est une pierre d’achoppement. Le crachat (v. 6) présentait l’efficace qui venait de lui-même ; la terre, l’humanité qu’il avait prise. Mais cela, à soi tout seul, ne faisait que rendre l’aveugle doublement aveugle ; à la cécité naturelle, un obstacle positif était ajouté : mais il fallait que cet objet fût devant les yeux. Jésus envoie le pauvre homme au réservoir de Siloé. Le texte même donne le sens de ce mot : il signifie «envoyé». Du moment que cette vérité se rattache, dans l’homme aveugle, à la personne de Jésus, tout est accompli ; l’homme voit clair, avec une clarté qui est selon la puissance de Dieu : «Je me suis lavé, et j’ai vu» (v. 11).

Au chapitre 8, il s’agissait de la responsabilité de l’homme, responsabilité qui se rattachait au témoignage de la parole de Dieu ; ici, c’est sa puissante efficace pour donner la vue à l’aveugle, en révélant le Fils envoyé du Père. La folie de l’homme, son aveuglement religieux, sont manifestes : pour lui, Jésus n’était pas de Dieu, parce que, quoiqu’il fit des œuvres de puissance et de bonté divines, il n’observait pas le sabbat. Or le sabbat était le signe de l’alliance de Dieu avec Israël, le signe du repos de Dieu. Mais, en Jésus, Dieu était là, et le Fils de l’homme était seigneur du sabbat, et le repos de Dieu n’était pas pour ceux qui le rejetaient. Au reste ce repos devenait céleste dans ce moment-là.

Ce qui frappe dans ce passage, c’est l’embarras des gens religieux et instruits dans leur religion, caractérisée par les éléments de ce monde, lorsqu’ils sont en présence de la puissance divine. «Il ne garde pas le sabbat», — fameuse échappatoire ! D’autres disaient : «Comment un homme pécheur peut-il faire de tels miracles ?» L’évidence était trop forte. Et il y avait de la division entre eux. Alors ils ne veulent pas croire que l’homme était aveugle-né, jusqu’à ce qu’ils aient appelé ses parents. Ceux-ci craignent de se compromettre, mais rendent le seul témoignage qu’il importait d’entendre de leur part, savoir que l’homme était bien leur fils et qu’il était né aveugle. Les Juifs rappellent pour la seconde fois l’homme lui-même, et cherchent à ensevelir toute la question par leur autorité religieuse. Ils veulent bien reconnaître le fait que l’homme avait été aveugle et qu’il voyait maintenant, et ils l’invitent à donner gloire à Dieu pour cela ; mais quant à reconnaître la vérité et le Fils de Dieu, ils ne le veulent pas ; c’est chez eux un parti pris. Le pauvre homme s’indigne de leur aveuglement, tout savants qu’ils fussent et gardiens du dépôt de leur religion, car il avait personnellement fait l’expérience de la puissante efficace de la parole de Jésus. Son témoignage est clair et net : «C’est un prophète» ; et, enseigné de Dieu, il ne comprend pas comment les Juifs peuvent hésiter d’en recevoir la preuve éclatante qui était là devant leurs yeux, car la foi simple qui a fait l’expérience de la puissance de Dieu ne comprend pas les difficultés qu’y oppose le savoir religieux, lorsque la volonté ne veut pas la vérité et Jésus. Cet homme ne savait pas ce qui gouvernait les cœurs de ceux qui l’interrogeaient, mais eux, ils savaient bien qu’ils résistaient à la lumière de la puissance divine. Dégoûtés de sa franchise hardie, qui s’étonne de leur incrédulité, ils arrivent exactement à la conclusion que le Seigneur avait condamnée, savoir que la cécité de l’aveugle était l’effet de son péché : et ils le jettent dehors.

La brebis du Seigneur se trouve ainsi dehors : le Seigneur déjà rejeté, en ayant entendu parler, la recherche, mais pour l’introduire dans le troupeau de la grâce, par la connaissance de sa personne. Tout ce qui appartenait à ceux qui y trouvaient une place, n’était pas encore développé, mais la personne du Fils de Dieu était ici-bas, et le nom du Père était révélé, car celui qui avait vu le Fils avait vu le Père. Pour que tous les privilèges fussent révélés et que la porte du ciel fût ouverte pour qu’on entrât dans le lieu très saint, il fallait l’expiation ; jusqu’à ce que Christ ait été glorifié, le Saint Esprit n’est pas descendu pour les révéler. Mais le bon Berger cherche sa brebis et lui pose la question : «Crois-tu au Fils de Dieu ?» (v. 35, 36).

Remarquez ici que l’homme avait reçu la parole du Seigneur comme la parole de Dieu ; il avait dit : «C’est un prophète». Parler ainsi, c’était, comme la femme de Sichar, ajouter foi à ce que Jésus disait, — non seulement reconnaître la vérité de quelque chose qu’il avait dit, mais l’autorité de ce qu’il disait. De plus, le cœur de cet homme était attiré ; bien persuadé de la folie de ses chefs religieux, il cherchait ce que le prophète de Dieu lui dirait. Cette réception de la parole comme ayant une autorité divine, et le désir du cœur de la posséder et de posséder ce qu’elle révèle, est de toute importance, nous l’avons déjà vu dans le cas de la femme Samaritaine. Ici, le fait qu’il avait fait déjà personnellement l’expérience de la puissance de Jésus, la grâce agissant dans son cœur avec cette œuvre, dispose l’homme à croire ce que Jésus lui dirait, et donne implicitement dans son âme une force divine à ce que dit le Seigneur. Or Jésus lui dit : «Et tu l’as vu, et celui qui te parle, c’est lui». Alors l’homme le reconnaît explicitement : «Je crois, Seigneur», et il lui rend hommage. Il croit à sa personne par le moyen de la parole à laquelle il avait déjà d’avance ajouté foi en disant : «C’est un prophète».

Le Seigneur avait ainsi trouvé sa brebis ; elle était délivrée de la funeste influence des faux bergers qui tenaient les âmes du peuple en captivité. Venu pour sauver, et, en tout cas, non pas pour juger, mais pour apporter la parole de la vie, — en vertu de la perversité de l’homme, l’effet de sa venue serait le jugement. Ceux qui prétendaient voir, mais qui étaient des aveugles qui conduisaient des aveugles, seraient aveuglés d’autant plus que la lumière était là ; mais il n’était pas moins vrai que Lui était là, en souveraineté de grâce, pour donner la vue à d’autres qui étaient aveugles (v. 39, 40). Comme lumière, le Seigneur mettait l’homme à l’épreuve ; comme Fils de Dieu en puissance, il donnait la vue à ceux qui ne voyaient pas, mais qui avaient conscience, par sa parole et par la connaissance de sa personne, qu’ils étaient aveugles, connaissance fondée sur la foi à sa parole.

 

11                  Chapitre 10

Le chapitre 10 termine, dans l’évangile de Jean, l’histoire du Seigneur ici-bas. Le bon Berger, venu de la part du Père, trouvera ses brebis, malgré l’opposition des ennemis de la vérité et de Dieu, et donnera la vie éternelle à ceux qui entendent sa voix.

Ce chapitre, si précieux pour les croyants, dépeint l’œuvre et la position tout entières du Seigneur. Toutefois on ne le voit pas chassé ici, comme il l’est du reste constamment dans Jean, mais on le voit, mettant Lui-même, selon la volonté de Dieu, ses brebis dehors, — ses brebis qu’il connaît et dont il est connu. Ensuite il est «la porte des brebis» ; il laisse sa vie lui-même, personne ne la lui ôte ; enfin lui et le Père sont un. Serviteur envoyé et obéissant, il est toutefois un avec le Père ; aussi les brebis sont à lui, quoique ce soit son Père qui les lui ait données. Remarquez ici, et je le répète à cause de son importance et comme caractérisant l’évangile de Jean, que le Seigneur est serviteur et reçoit tout, même les brebis, de la main de son Père ; mais il est, en même temps, un avec lui, serviteur ici-bas comme homme, mais Fils de Dieu, Dieu, un avec son Père. Il faut que nous examinions les détails avec plus de soin.

En premier lieu, tous ceux qui avant lui avaient prétendu être les bergers et conducteurs d’Israël, tous ceux, quels qu’ils fussent, qui n’entraient pas par la porte, étaient des larrons et des voleurs, escaladant les murs, forçant l’entrée par la violence ou la ruse : ils trahissaient ainsi leur vrai caractère. La bergerie était Israël. Ces hommes cherchaient à s’emparer des brebis pour leur propre profit, pour leur propre gloire : ils n’étaient ni des Messies, ni des serviteurs de Dieu, ni envoyés de Lui, bien loin d’être uns avec le Père. Je dis cela pour constater plus distinctement la position du Seigneur. Le verset 2 nous présente cette position dans ses premiers traits : «Celui qui entre par la porte, est le berger des brebis». Il est entré par la porte ; il vient par le chemin voulu de celui qui avait établi la bergerie, là où le portier se trouve, lui qui peut ouvrir la porte ou la tenir fermée ; il appelle ainsi sur lui la vigilance de Celui qui est le gardien de la bergerie.

La porte est toujours le lieu indiqué et établi par l’architecte pour qu’on entre par elle ; c’est pourquoi, plus bas, Jésus dit : «Moi je suis la porte des brebis», parce que c’est lui que Dieu a établi comme porte de sortie pour le résidu juif, et comme porte d’entrée pour nous tous dans le sanctuaire, dans sa sainte présence. Christ est entré lui-même dans la bergerie en suivant les prescriptions de Dieu à l’égard du Berger. Tout ce qui était établi dans les prophètes, tout ce qui convenait à Celui qui marchait selon la volonté de Dieu, Jésus l’a suivi et l’a accompli en tout point. Il n’a pas cherché à soulever les hommes en excitant leurs passions, comme les faux Messies, ni à entraîner sur ses pas un peuple non converti et revêche : doux et humble de cœur, il suit le chemin que l’Éternel lui avait tracé ; il entre par la porte. La providence et l’Esprit de Dieu lui ouvrent le chemin. Tous les efforts des souverains sacrificateurs et des scribes ne peuvent empêcher sa voix d’atteindre les oreilles et le cœur des brebis. Dieu lui a ouvert la porte et les brebis ont entendu sa voix. Ici il n’est pas question d’autres hommes que d’elles : elles sont le vrai but de son service, effectué malgré toute la puissance de Satan. Le Seigneur connaît ses brebis ; elles sont siennes ; il les appelle chacune par son nom et il les conduit hors de la bergerie.

Il est intéressant et touchant de voir comment les propres brebis de Jésus sont ici le seul objet de son cœur, et avec quelle intimité il les connaît individuellement : il ne pense qu’à elles. Il vient et les appelle à l’exclusion de tous les autres Juifs. Il ne manque pas non plus son but. Il ne les laissait pas dans la bergerie judaïque ; il les menait hors de la bergerie où demeuraient les Juifs, hors de l’enclos où restaient encore ceux qui étaient «de leur père, le diable». De plus, il ne les laisse pas quand elles sont dehors, il va devant elles dans le chemin de la vie et de la foi. Elles sont ses propres brebis, elles lui appartiennent en propre, et en les menant dehors il va devant elles ; il les conduit lui-même ; il est lui-même à leur tête dans les difficultés qu’elles doivent rencontrer. Sa voix est connue d’elles ; elles le suivent. Si lui s’occupe exclusivement ici des brebis, celles-ci ne reconnaissent pas d’autre voix que la sienne. En lui et en lui seul elles ont de la confiance ; elles se fient à lui et à lui seul. Tout autre voix est pour elles étrangère ; il suffit qu’elles ne la connaissent pas, que ce ne soit pas la sienne. C’est sa voix qui leur inspire de la confiance : faibles en elles-mêmes, elles s’enfuient quand la voix n’est pas la sienne.

Dans ce que nous avons parcouru jusqu’ici, nous trouvons à la fois des principes généraux et la description de l’œuvre du Seigneur au milieu du peuple. Il se sert des usages connus dans le pays à l’égard des troupeaux, pour décrire ce qu’il avait été et ce qu’il avait fait dans sa vie et dans son service ici-bas. Mais c’en était fait de la bergerie : il mène les brebis dehors ; les autres n’étaient que des réprouvés, rejetés en le rejetant ; tous ceux qui le reconnaissaient, lui et sa voix, le suivent et sont menés dehors. Ce fait même fait ressortir la personne et l’autorité divines du Sauveur. La loi et les ordonnances avaient été établies par l’autorité de Dieu lui-même, et la loi était la règle parfaite des enfants d’Adam. Mais ici, nous avons à faire avec la loi comme économie de Dieu, non avec ce qu’elle est dans sa nature intrinsèque. Qui pouvait soustraire les hommes à l’autorité de Celui qui avait établi ses ordonnances et les avait revêtues de cette autorité ? Celui-là seul qui lui-même était revêtu de l’autorité qui les avait établies, et la possédait (comp. 15:22-25).

Christ termine ses discours sur ce sujet par la constatation de sa divinité, comme il avait fait plus haut, au chapitre 8 ; mais il commence ici, comme au chapitre 8, en sa qualité de Serviteur qui accomplit le service qui lui a été confié.

Les hommes à qui le Seigneur parle ne comprennent pas la parabole qu’il leur dit ; il leur en fournit lui-même en grâce l’application. Reprenant son discours, il dit : «Moi je suis la porte des brebis» (v. 7). Dieu m’a établi comme Celui par qui mes brebis peuvent sortir sans crainte, car c’est là que Dieu a placé la sortie. En suivant Jésus, celui qui croyait en lui pouvait abandonner la bergerie que Dieu avait établie. Jésus était lui-même la porte. Si un pharisien demandait : Où vas-tu ainsi ? la brebis pouvait répondre : «Je vais là où le Berger envoyé de Dieu me conduira». Il est la porte, non d’Israël, mais des brebis. Tous ceux qui étaient venus auparavant et qui prétendaient s’offrir comme conducteurs divins d’Israël, n’étaient que des larrons et des voleurs ; les brebis ne les avaient pas écoutés. Or sortir, bien qu’autorisé par la voix et la conduite du Berger divin, n’était que peu de chose ; la personne du Berger impliquait quelque chose de positif : il était la porte aussi pour entrer. De cela il n’avait rien dit, dans sa parabole ; montrant seulement qu’il appelait ses propres brebis et les menait dehors, allant devant elles, sûre garantie qu’elles faisaient bien en sortant de la bergerie : sa voix suffisait. Maintenant il révèle l’effet.

Avant de poursuivre le sujet, je reviens pour un moment aux versets 1 à 5, afin d’en préciser davantage la portée. C’est la vie de Jésus qui nous est présentée, en rapport avec les Juifs qui étaient la bergerie de Dieu. Le vrai Berger, Jésus, y est entré par le chemin voulu et ordonné de Dieu ; né à Bethléem, né de la vierge, il s’était assujetti à toutes les ordonnances que Dieu avait établies : c’était là la marque du vrai Berger. Dieu, par son Esprit et par sa providence, lui ouvrait le chemin des oreilles et du cœur des brebis ; les autres restaient sourds à tous ses appels. Ce n’était pas un Messie venu pour établir la gloire en Israël, mais le seul vrai Berger qui voulait ses propres brebis. Elles écoutaient sa voix. Lui les connaissait et les appelait par leur nom, et les conduisait hors de la bergerie juive pour les faire jouir de meilleures choses. Puis, en mettant dehors ses propres brebis, les seules qu’il cherche ici, il a été devant elles et elles l’ont suivi, car elles connaissaient sa voix. C’était là la marque des brebis. Il ne les a pas laissées dans la bergerie, mais il les a menées dehors. La forme de ce qui est dit est abstraite, et au présent : c’est ce qui est toujours vrai d’un bon berger.

Il faut remarquer ici que, bien que l’aveugle-né eût été chassé dehors, et Jésus aussi lui-même, le Seigneur parle ici comme ayant autorité. Les brebis sont siennes, il les met dehors ; il va devant elles ; les brebis le suivent, elles ne suivraient pas un étranger. C’est l’histoire de ce que Jésus faisait en Israël. Jésus ne dit rien encore des bénédictions vers lesquelles il conduisait les siens, ni de sa mort, fondement de ces bénédictions.

Maintenant, entré par la porte selon la volonté et le témoignage de Dieu, il était, pour tout autre personne, lui-même «la porte», ce que Dieu avait ordonné comme moyen d’avoir part à ses bénédictions.

Ce n’est pas, je l’ai déjà dit en passant, et il faut bien le remarquer, la connaissance de l’étranger par la brebis qui la garantit des pièges que celui-ci s’efforce de lui tendre, mais il y a une voix qui est connue des brebis, la voix du bon Berger, et elles savent que ce qu’elles entendent n’est pas cette voix. C’est ainsi que les simples sont gardés : les sages veulent tout savoir, et sont trompés. La voix et la personne connues assurent et autorisent les brebis à les suivre. Israël demeure là dans sa dureté de cœur ; le Christ est la porte des brebis.

Maintenant nous sont donnés les heureux effets, la position des brebis qui suivent cette voix. Si quelqu’un entre par cette porte, il sera sauvé. Le salut se trouvait dans le Berger, ce que la bergerie ne donnait pas. La brebis serait en liberté ; la bergerie offrait pour elle une sorte de sûreté, mais c’était la sûreté d’une prison ; elle trouverait de la pâture, elle serait nourrie dans les gras pâturages de Dieu : c’est le christianisme en contraste avec le judaïsme. Le christianisme était le salut, la liberté et la nourriture divine. La sûreté n’est plus l’emprisonnement, mais les soins du bon Berger. Libres sous ses soins, les brebis se nourrissent en sûreté dans les vastes et bons pâturages de Dieu.

Voilà la position en général, mais il y a davantage (v. 10). Jésus, en contraste avec tous les faux prétendants qui ne venaient que pour voler et tuer, venait pour qu’on eût la vie, et qu’on l’eût en abondance. La première expression est le but de sa venue en général, qui caractérise l’évangile et aussi l’épître de Jean : c’est le Fils de Dieu descendu pour que nous vivions par Lui. Il est la vie éternelle qui était auprès du Père, et donne la vie, et devient lui-même notre vie (comp. 1 Jean 4:9 ; 1:2 ; 5:11, 12 ; Jean 3:15, 16 ; on pourrait multiplier les citations). La seconde partie de la phrase montre le caractère et la plénitude de cette vie ; cette vie est dans le Fils. Ayant le Fils, nous avons la vie, et nous l’avons selon la puissance de sa résurrection. Les anciens fidèles étaient vivifiés ; mais ici c’est le Fils lui-même qui devient notre vie, et cela comme homme ressuscité d’entre les morts. Nous l’avons «en abondance». Ce verset 10 nous donne le grand but de la venue du Fils de Dieu ; mais son amour devait se déployer parfaitement : il est non seulement le Berger, mais le «bon Berger», et le bon Berger met sa vie pour les brebis. Sa mort a tout fait pour elles ; elle les a rachetées, lavées de leurs péchés, justifiées, acquises pour le ciel ; toutefois, je le pense, le but du passage est l’amour et le dévouement du bon Berger, plutôt que de perdre ses brebis, il laisse sa vie. L’homme à gages pense à lui-même et s’enfuit, et le loup vient, et ravit (*) et disperse les brebis. À Gethsémané Jésus a dit : «Si vous me cherchez, laissez aller ceux-ci». Ceux qui ont la place de bergers abandonnent les brebis quand l’ennemi arrive ; lui, laisse sa vie plutôt que de les laisser en proie au loup. Mais il y a encore davantage : le bon Berger connaît les siens, et les siens le connaissent, comme le Père l’avait connu Lui, et lui avait connu le Père. Merveilleuse position, merveilleuse relation ! Jésus avait été l’objet du cœur du Père ; de la même manière ses brebis étaient les objets de son cœur. Enseignées de Dieu, ses brebis le connaissaient et se confiaient en lui, comme lui se confiait dans le Père, et il laisse sa vie pour elles. Mais en laissant sa vie, il ouvre la porte aux brebis d’entre les gentils qu’il devait aussi amener, et elles entendraient sa voix. Chez les unes et chez les autres, tout serait le fruit de son cœur et de sa bouche, et il n’y aurait qu’un seul troupeau, un seul Berger. Quant à l’homme, cela complète le fruit de l’œuvre du Seigneur, au moins ici-bas.

 

(*) Le mot «ravit», dans «le loup les ravit», est le même mot que celui que le Seigneur emploie quand il dit : «Personne ne les ravira de ma main». Le loup disperse les brebis, mais ne les arrache pas de la main de Christ, ni ne les prive de la vie éternelle.

 

Il est important de remarquer que, tout en se soumettant en tout à la volonté de son Père, c’est lui-même qui agit ici : ce n’est pas un Messie rejeté. Dans l’activité qui lui était propre, il met dehors ses propres brebis. Il était rejeté ; il a cherché l’une de ses brebis qui avait été rejetée (chapitre 9), pour se révéler à elle. Mais ici c’est le côté divin. Le Seigneur entre selon la volonté de son Père, démonstration qu’il était le bon Berger ; mais une fois entré, l’action est la sienne. Il est reconnu du portier, sa voix est reconnue des brebis, il les appelle par leur nom et les mène, Lui, dehors. Ce n’est pas, je le répète encore, un Messie rejeté, mais le Berger divin qui connaît et qui conduit ses propres brebis, car les brebis sont siennes ; une fois qu’elles sont dehors, il marche devant elles et elles le suivent, car elles connaissent sa voix. Il donne sa vie, on ne la lui ôte pas. Il amène d’autres brebis, qui n’étaient pas de la bergerie juive.

Dans cet acte de dévouement, le don de sa vie, il s’agit non seulement des sentiments des brebis, mais du Père. Jésus a pu donner un motif au Père pour que celui-ci l’aimât : il n’y a qu’une personne divine qui puisse faire cela. Le Père prend plaisir à la fidélité de ses enfants ; mais, laisser sa vie, se donner lui-même jusqu’à la mort, et reprendre sa vie en résurrection, en rétablissant la gloire du Père ternie par l’entrée du péché et de la mort, était un motif pour l’affection du Père. Glorieux et dévoué Sauveur, il n’a jamais, quoiqu’il fût sensible à tout, pensé à lui-même, mais à son Père, et, son nom soit béni, à ses brebis ! Se donner ainsi était son acte, un acte de dévouement volontaire de sa part, mais, s’étant fait homme et serviteur, un acte toutefois selon la volonté de son Père. L’acte dont il est question maintenant n’est pas le don de sa vie pour les brebis, mais le fait que là où la mort était entrée et où l’homme était assujetti, par le péché, à la mort, Lui, qui avait la vie en lui-même, donne sa vie pour la reprendre au-delà de la mort et de tout ce qui en était la cause et la puissance, et pour placer l’homme, l’être qui faisait les délices de Dieu, dans une toute nouvelle position selon la gloire divine, et cela par un acte de dévouement volontaire, mais d’obéissance (comp. 14:30, 31).

Maintenant le Seigneur, dans un second discours, parlant encore avec les Juifs, développe les bénédictions dont jouiraient ses brebis, bénédictions éternelles et immuables. Les Juifs étaient dans l’embarras moral dans lequel nous les avons déjà vus. Le bon sens disait : «Ces paroles ne sont pas d’un démoniaque ; un démon peut-il ouvrir les yeux des aveugles ?» (v. 21). Mais les préjugés de plusieurs d’entre eux, l’emportaient sur toutes leurs convictions. Ils entourent le Sauveur, car ils ne pouvaient pas se soustraire à l’influence de sa vie, et de ce qu’il disait et faisait : «Si toi, tu es le Christ, dis-le-nous franchement». Jésus le leur avait déjà dit, et ils ne croyaient pas : il en appelle à ses œuvres qui rendaient témoignage de lui ; mais ils ne croyaient pas, parce qu’ils n’étaient pas de ses brebis. Il ne s’agit que de ses brebis, de ceux qui lui appartenaient en dehors de l’élection extérieure du peuple d’Israël, mais le Seigneur trouve ici l’occasion d’exposer la bénédiction de ses brebis.

Le premier trait qui caractérise les brebis de Jésus, et que nous retrouvons si souvent ici, c’est qu’elles écoutent sa voix (v. 27 ; voyez les v. 3, 4, 5, 16) ; puis viennent deux autres traits qui leur sont propres : le bon Berger les connaît (comp. v. 14, et pour le sens le v. 3), et elles le suivent (comp. v. 4). Ensuite le Seigneur nous déclare pleinement ce qu’il leur donne, savoir la vie éternelle, dans la pleine assurance de la fidélité de Christ et de la puissance du Père lui-même. Déjà il avait déclaré que son but en venant était, en grâce, de donner la vie, et la vie en abondance ; non pas de chercher du butin comme un voleur, mais de donner la vie d’en haut, en grâce. Nous avons ici la nature et le caractère de cette vie, en grâce : c’était la vie éternelle, cette vie dont Christ était la source et le représentant dans l’humanité (comp. 1 Jean 1:2, et aussi Jean 1:4), cette vie qui était essentiellement dans le Père lui-même, qui était dans la personne du Fils ici-bas ; la vie que Dieu nous donne en lui (1 Jean 5:11, 12) et par lui, que nous possédons en lui, car il est notre vie (col 3:4, Gal. 2:20), qui porte l’empreinte de Christ. C’est une nouvelle position de l’homme selon les conseils de Dieu. Pour nous, qui étions morts dans nos fautes et dans nos péchés et sous la puissance de la mort ici-bas, Christ est donc la résurrection et la vie, vie qui doit se manifester en nous maintenant et qui respire, pour ainsi dire, par la foi en lui (Galates 2:20 ; 2 Corinthiens 4:10-18), et sera pleinement développée quand nous serons avec lui et glorifiés (Rom. 6:22), mais qui subsiste dans la connaissance du Père, seul vrai Dieu, et de Jésus Christ qu’il a envoyé (Jean 17:2, 3 ; voyez 1 Jean 5:20). Elle est le don de Dieu, mais elle est réelle et morale : nous sommes nés d’eau et de l’Esprit (Jean 3:5, 6) ; de sa propre volonté, il nous a engendrés par la parole de la vérité (Jacq. 1:18). Cela fait que ce qui était en Christ se reproduit en nous selon la parole qui en est l’expression (1 Jean 2:5-8 ; 1:1 ; 1 Pierre 1:21-25). Cette parole nourrit la vie (1 Pierre 2:2), et ainsi nous pouvons dire de cette vie, ou plutôt le Seigneur le dit : «Parce que moi je vis, vous aussi vous vivrez» (Jean 14:19). Ici, c’est la vie même ; mais, pour compléter le caractère de cette vie dans le chrétien, il faut ajouter «l’Esprit de vie» ; alors cela devient «la loi de l’Esprit de vie dans le Christ Jésus» (Rom. 8:2) ; puis, selon Jean 4, avec les objets célestes devant elle, c’est une source d’eau vive jaillissante en vie éternelle.

Mais si Christ est ainsi notre vie, alors la vie en lui ne périt pas, ni ne dépérit en nous : parce que Lui vit, nous aussi nous vivons. Peut-il mourir lui, ou la vie divine en nous venir à défaillir ? Assurément non. Nous ne périrons pas ; la vie dont nous vivons est la vie divine et éternelle, mais le loup est là qui ravit et disperse les brebis. Les brebis ne sauraient se défendre de ce loup ravissant, mais le bon Berger est là, le Fils de Dieu, et personne ne peut les ravir de sa main ; il n’y a point de force majeure qui puisse quelque chose contre Celui qui nous garde.

Il y a plus : les brebis sont l’objet des soins communs du Père et du Fils ; précieuse pensée ! Le Père qui les a données au Fils, est évidemment plus grand que tout autre : qui les ravirait de ses mains ? Et Lui, le Fils, ce bon Berger qui s’est humilié pour les avoir, et les sauver, et les garder, est un avec le Père. Le Berger est entré, sans doute, par la porte prescrite, mais il est Dieu, un avec Celui qui l’avait prescrite ; il est le Fils du Père, un avec le Père ; telle est la sûreté des brebis.

Les Juifs prennent des pierres pour lapider Jésus. Le Seigneur, calme dans la fidélité à son Père, leur montre que, d’après le langage de leurs propres Écritures, ils avaient tort, mais en appelle en même temps à ses œuvres, comme preuve de la vérité de son témoignage, et de ce qu’il était Fils de Dieu, et le Père en lui, et lui dans le Père. On cherche alors à le prendre, mais il échappe à leurs mains et s’en va au-delà du Jourdain, où plusieurs se rendent vers lui et reconnaissent que tout ce que Jean Baptiste avait dit de lui était vrai.

Avant d’aller plus loin, je pense qu’il sera utile de résumer ce que nous avons parcouru en détail pour en donner l’ensemble. Les chapitres 8 et 9 nous présentent le côté de la responsabilité du peuple, en ce qu’il rejette le témoignage de la parole et des œuvres de Jésus ; le chapitre 9, en particulier, nous présente les Juifs, chassant de la synagogue l’homme qui avait cru que Jésus était prophète, après avoir appris dans sa propre personne, par expérience, la puissance de Jésus qui l’avait miraculeusement guéri : mais là, Jésus et les croyants étaient rejetés et mis dehors. Or, au chapitre 10, c’est la pensée et l’opération divines qui nous sont présentées. Christ, sans doute, entre, selon l’obéissance, par la porte ; mais c’est pour accomplir l’œuvre et la volonté de Dieu à l’égard des siens. Les brebis lui appartiennent ; il les appelle par leur nom ; il les mène dehors ; il va devant elles, et elles le suivent : c’est la véritable œuvre du Seigneur. Sans doute la responsabilité des Juifs en le rejetant subsistait toujours, mais ne frustrait pas les conseils de Dieu : le Berger n’avait pas l’intention de laisser les brebis dans la bergerie. Les Juifs étaient coupables du crucifiement du Seigneur, mais la mort de celui-ci était selon les conseils et la prescience du Dieu Sauveur : il en était de même ici, quant aux Juifs ; ils chassaient dehors cette brebis, l’aveugle-né qui avait été guéri ; mais, de fait, c’était Dieu qui libérait cet homme de la prison de la bergerie pour le placer sous les soins du bon Berger (v. 2-4). Après cela le Seigneur donne la vie, la vie en abondance à ses brebis, qui entrent par la porte, par la foi en lui, — qui entrent dans la jouissance des choses célestes : elles ont la vie qui appartient aux cieux, elles sont sauvées, libres, nourries dans les pâturages de Dieu. Ensuite le bon Berger n’épargne pas sa propre vie, mais la laisse pour elles afin qu’elles jouissent du salut et des privilèges préparés de Dieu ; puis il s’agit de la valeur de la mort de Jésus pour le cœur du Père : aussi c’est lui-même qui donne sa vie, on ne la lui ôte pas. À la fin, dans un autre discours, le Seigneur nous présente la bénédiction des brebis dans toute la plénitude de grâce et de sûreté qui leur est départie sous sa sauvegarde et celle du Père.

 

12                  Chapitre 11

Le chapitre 10 termine la partie historique proprement dite de l’évangile de Jean. Le Seigneur avait quitté la Judée au chapitre 4 ; mais l’histoire de son ministère habituel en Galilée ne nous est pas racontée dans cet évangile : le Seigneur, au contraire, est avec les Juifs à Jérusalem, leur présentant les choses nouvelles qui se rattachaient à sa personne, à sa mort et à sa glorification. Aux chapitres 5, 6, et 7, ces communications sont terminées par le rejet de sa personne, de son témoignage et de ses œuvres, qui termine la question de leur responsabilité. Puis nous avons son œuvre réelle en Israël et ce qui s’ensuivrait selon les desseins de Dieu et par sa puissance dans sa personne, au chapitre 10. Les chapitres 11 et 12 contiennent le témoignage que Dieu rend à Jésus, et cela sous tous les rapports, quand l’homme le rejette ; ensuite la déclaration du Seigneur que la mort est nécessaire pour qu’il prenne son titre de fils de l’homme ; le chapitre 13 l’envisage comme s’en retournant vers Dieu.

Le chapitre 11 nous présente Jésus comme Fils de Dieu : ressusciter et rendre la vie à un mort en est le témoignage.

Lazare, membre d’une famille aimée de Jésus, était malade ; Jésus lui-même, loin de Jérusalem, s’était retiré au bord du Jourdain. Les sœurs de Lazare, dont l’une, lorsque Jésus fréquentait la maison, s’était tenue à ses pieds pour l’entendre, tandis que l’autre était préoccupée du service de la maison et s’était plainte de ce qu’elle était laissée seule, envoient dire au Seigneur que leur frère est malade. Jésus répond : «Cette maladie n’est pas à la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle» (v. 4) ; après quoi, il demeure deux jours au lieu où il était ; puis il dit à ses disciples : «Retournons en Judée». Les disciples lui objectent que les Juifs, peu auparavant, avaient cherché à le tuer. La réponse du Seigneur nous révèle le principe qui gouvernait toute sa conduite. Pendant ces deux jours, il n’avait reçu aucune direction de la part de son Père pour se rendre à Béthanie, et malgré son affection pour cette famille, affection qui lui était rappelée par les deux sœurs, il reste là où il était, sans bouger. Ensuite, la volonté de son Père lui étant révélée, il part sans hésitation pour le lieu dangereux qu’il avait quitté. La lumière du jour était sur son chemin, la lumière de la volonté de son Père. Là, il marchait toujours.

Après cela, Jésus dit à ses disciples : «Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais pour l’éveiller» (v. 11). Jésus parle ainsi, parce que la mort prenait ce caractère à ses yeux, la puissance de la résurrection et de la vie étant en lui. Les apôtres rapportent ses paroles littéralement au dormir du sommeil, sur quoi il les leur explique. Que de choses se passaient dans le cœur de Jésus qui ne se montraient pas ! Pour sa marche, la volonté de son Père suffisait, et il avait le discernement de cette volonté. Mais sa propre mort était devant ses yeux, l’empire de la mort sur l’homme, la puissance de la vie en lui-même, la gloire de Dieu manifestée dans l’exercice de celle-ci, le fait qu’il était le Fils de Dieu en qui la résurrection et la vie étaient venues, les voies de Dieu qui le ramenaient là où, en effet, la mort l’attendait, l’affection de la famille du défunt qui, toute réelle qu’elle était, ne déplaçait pas un instant son attente en la volonté de Dieu, son isolement, car ses disciples ne le comprenaient pas, toutes les conséquences immenses de ce voyage : l’empire de la mort sur l’homme, la présence de la résurrection et de la vie, l’assujettissement à la mort de Celui qui était l’une et l’autre, et cela pour l’homme... tout cela oppressait l’esprit du Sauveur, son esprit, seul au milieu de ce monde ! Mais pour lui, je le répète, la volonté de son Père suffisait pour éclairer son chemin ; il ne lui fallait que cela, enseignement inestimable pour nous et pour nos faibles cœurs, mais qui ont la force divine avec eux dans ce chemin-là. On n’y bronche pas. Le précieux Sauveur n’y faillit jamais, ni dans la vie, ni dans la mort ; il mena une vie secrète avec son Père, une vie qui se montrait dans l’obéissance et l’amour parfait pour lui, mais qui fournissait sa carrière là où la haine et la mort régnaient, celles-ci ne faisant toutefois que l’amener au but qu’il poursuivait, savoir l’obéissance parfaite à son Père et la gloire absolue de ce dernier. Oh ! puissions-nous le suivre ; et si c’est de loin, au moins que ce soit lui que nous suivions en marchant sur ses traces, dans la vie intérieure qui regarde à lui, et dans l’obéissance et la recherche de ce qu’il veut !

«Allons vers lui», dit Jésus (v. 15). Il va au-devant de la mort comme puissance qui exerce son empire sur l’homme, et pour la subir lui-même, lui qui était la résurrection et la vie, en vue de notre salut et pour la gloire de Dieu. Dans sa marche d’obéissance ici-bas, le Père l’exauce toujours, et il déploie ainsi la puissance divine jusqu’à ressusciter un mort ; mais il marche dans ce chemin d’obéissance pour obéir jusqu’au bout, trouvant qu’il ne pourrait pas être exaucé jusqu’à ce que la coupe qu’il craignait saintement fût bue, cette coupe qu’il allait boire, en étant abandonné de Dieu dans son âme, puis exaucé, sans doute, et glorifié, mais après qu’il aurait fait l’expérience, jusqu’au bout, de ne pas être exaucé.

Mais quelles que fussent les pensées du Sauveur et la pression des circonstances sur son âme, jamais elles ne l’ont vaincu, ni empêché d’exercer la charité la plus parfaite. «Je me réjouis, à cause de vous, de ce que je n’étais pas là» (v . 15). S’il était peiné de sembler manquer à l’affection de ces pauvres femmes, non seulement il obéissait parfaitement à la volonté du Père, ce qui est confirmé ici, mais au milieu des profonds exercices de son cœur, la puissance de la vie et tout le poids de la mort se rencontrant dans sa pensée, il se réjouissait du profit qu’allaient en avoir les disciples.

Un autre témoignage de la grâce de Dieu se trouve ici dans le fait que le dévouement de Thomas, qui plus tard a manqué de foi, est rappelé, en sorte qu’on ne saurait douter de sa loyauté à l’égard de Jésus. Mais poursuivons cette importante histoire de la résurrection de Lazare.

Le fait de la mort de Lazare a été clairement constaté par le délai que la sagesse de Dieu avait mis à l’intervention du Seigneur : Lazare avait été quatre jours dans le sépulcre. Ce qui n’est qu’obéissance à la volonté de Dieu au moment où il s’agit de s’y soumettre, fait plus tard éclater la sagesse de Dieu. Jésus avait guéri bien d’autres personnes ; mais ici, tout près de Jérusalem, à la vue des Juifs, la puissance de la vie, la puissance divine en Jésus, a été manifestée au moment où il allait mourir, et cela d’une manière éclatante. C’était une puissance inconnue de tous, quoique Celui qui l’exerçait, et qui l’était, eût déjà rendu la vie à des morts. Jésus donc étant arrivé, trouva que Lazare était déjà depuis quatre jours dans le sépulcre (v. 17). Béthanie étant près de Jérusalem, beaucoup de Juifs s’y étaient rendus pour témoigner leur sympathie aux sœurs du défunt et les consoler ; une foule de témoins est ainsi amenée sur les lieux pour constater l’œuvre merveilleuse du Seigneur, en répandre le bruit dans la sainte ville, en établir l’authenticité sans contradiction possible, et amener ainsi la crise qui devait avoir bientôt pour résultat solennel la mort du Sauveur, selon les conseils et le propos arrêté de Dieu. La nouvelle de l’arrivée de Jésus parvient à Béthanie jusqu’aux oreilles de Marthe, qui se lève aussitôt et va à la rencontre du Seigneur (v. 19, 20). Le cœur de Marthe était gouverné par les circonstances, et l’arrivée tardive du Seigneur la met aussitôt en mouvement. Que dirait Jésus ? Que ferait-il ? Il y avait chez Marthe de la confiance en lui, mais rien n’était pesé ; Marie était plus sérieuse : elle était habituée à se tenir aux pieds de Jésus pour écouter le témoignage divin qui sortait de sa bouche ; il y avait peut-être plus d’embarras dans son cœur quant au fait que le Seigneur n’était pas venu plus tôt ; mais, avec plus de respect pour sa personne, elle était plus influencée par le sentiment de son caractère divin ; elle reste tranquille à la maison, attendant que Dieu lui procurât le moment de se trouver avec Jésus ; son cœur plein, prêt à éclater, comptait encore sur Jésus et s’attendait à lui, abattu, je n’en doute pas, mais sachant qu’il y avait là, dans le Seigneur, un cœur plus profond, plus rempli d’amour que le sien. Marthe, s’étant rendue auprès de Jésus, a la parole toute prête : elle le reconnaît bien comme Seigneur, elle croit bien en lui, mais d’une foi qui sait peu ce qu’il est : «Seigneur, si tu eusses été ici», dit-elle, «mon frère ne serait pas mort» ; mais encore, elle savait que, comme Messie, ce que Jésus demanderait à Dieu, Dieu le lui donnerait. Il ne s’agit pas ici du Père, du Fils qui avait la vie en lui-même ; mais Marthe avait trop connu ce que Jésus avait fait pour penser que Dieu ne l’exaucerait pas. Tout ce passage est intéressant, car il montre une âme qui croyait en Jésus, une âme qui l’aimait, mais une foi, — on en voit tant ainsi, — où tout était vague, une foi qui reconnaissait en Jésus un médiateur que Dieu exaucerait, mais qui ne savait rien de sa personne comme venu dans ce monde, ni de la puissance vivifiante qui se trouvait dans le Fils de Dieu, entré au milieu de la scène où la mort régnait. La réponse du Seigneur soulève cette question et donne lieu au témoignage public de Dieu à ce sujet. «Ton frère ressuscitera», dit Jésus. Marthe, pharisienne orthodoxe, répond : «Je sais qu’il ressuscitera en la résurrection, au dernier Jour» ; elle aurait pu en dire autant des plus grands ennemis de Christ. Ceux-ci ressusciteront certainement, la puissance de Dieu le fera. La réponse de Marthe n’en disait pas davantage, ne disait pas un mot de ce qu’était le Sauveur. Jésus le dit : «Moi, je suis la résurrection et la vie» (v. 25). Comme dans l’évangile tout entier, nous avons ici ce que Jésus est comme lumière et vie, dans sa personne, en tant que venu dans le monde, en contraste avec toutes les promesses faites aux Juifs, lors même qu’elles auraient été justement appréciées. Elles ne l’étaient guère ici, elles l’étaient du moins d’une manière bien vague.

Le Seigneur parle ici (v. 25, 26) comme déjà présent pour accomplir le grand résultat de sa puissance, caché encore dans sa personne, mais dont il allait donner la preuve dans la résurrection de Lazare. Quand il exercera cette puissance, celui qui a cru (*) en lui, encore qu’il soit mort, vivra ; et quiconque vit, et croit en lui, ne mourra jamais. La puissance est dans sa personne ; la preuve actuelle se trouvait dans la résurrection de Lazare ; l’accomplissement en sera quand il reviendra pour exercer cette puissance dans sa plénitude. En attendant, la chose se réalise selon la position que Christ a prise : il ressuscite Lazare pour la vie du monde où lui se trouvait. Maintenant qu’il est absent, l’âme vivifiée par sa puissance le rejoint là où il est ; quand il reviendra, il ressuscitera en gloire les croyants morts ; les croyants vivants ne mourront pas. Évidemment nous trouvons en ceci la puissance de vie qui se trouve dans la personne du Sauveur, en contraste avec la pensée vague de Marthe, si commune parmi les chrétiens aussi, que Dieu ressuscitera tous les hommes à la fin des temps ; aussi les paroles du Seigneur ne s’appliquent qu’aux croyants.

 

(*) Litt. : le croyant ; c’est son caractère, mais cela ne peut bien se dire en français.

 

Remarquez que la résurrection précède ici la vie, car la mort était devant les yeux de Jésus et pesait sur tous les cœurs. Mais aussi Jésus avait la puissance de la vie pour ressusciter, quand la mort avait déjà exercé sa puissance, et c’est ce qu’il fallait pour l’homme sur lequel la mort régnait.

Le Seigneur pose la question formellement à Marthe : «Crois-tu cela ?» En effet, c’était là la grande question «cruciale», car la mort régnait sur l’homme, et Christ lui-même allait la subir. Y avait-il quelque chose de plus puissant dans le monde de la part de Dieu ? Marthe ne s’était pas tenue aux pieds de Jésus ; elle ne sait pas répondre, — ni Marie elle-même ; toutefois la précipitation de Marthe avait servi à mettre en lumière la question à laquelle elle ne savait répondre, et l’état d’ignorance dans lequel étaient tous les cœurs. Mais la glorieuse personne de Jésus, la Résurrection et la Vie, était là. Marthe, sentant que le Seigneur dépassait son intelligence spirituelle, fait une confession de foi correcte, selon le Psaume 2, mais tout à fait générale ; et, dans le sentiment que Marie connaissait davantage les pensées du Seigneur, elle va l’appeler en disant : le maître t’appelle ; ce qui, sans être formellement vrai, exprimait ce qu’elle sentait moralement, — ce que la question du Sauveur impliquait, car le «Crois-tu cela», s’adressait, elle en avait le sentiment, non pas tant à elle, qu’à Marie.

Marie se lève aussitôt et se rend auprès de Jésus. Son cœur, les besoins de son cœur y étaient déjà ; son respect pour le Seigneur et l’embarras de son âme, agitée par la puissance de la mort, l’avaient retenue jusqu’alors à la maison ; mais cela donnait lieu au témoignage que la mort pesait sur l’âme de Marie aussi : tout y était assujetti. Jésus pouvait guérir ; mais la mort dominait sur les vivants comme sur les trépassés. Marie, le cœur soumis, mais exercé et embarrassé, car le Libérateur en qui il se confiait n’avait pas arrêté le mal, arrive auprès de Jésus. Attachée au Seigneur qui possédait la confiance de son cœur, confiance qu’avaient ranimée les paroles de Marthe, mais ayant encore le poids de la mort sur son âme, Marie se prosterne devant lui aussitôt qu’elle le voit, car son dévouement tenait à un profond respect pour la personne de Jésus, respect engendré par la parole de celui-ci. Mais Marie aussi était sous le poids de la mort ; à cet égard, elle ne va pas plus loin que Marthe, mais sûre de la bonté de Jésus, comme, du reste, Marthe aussi l’avait été, elle dit : «Si tu eusses été ici, mon frère ne serait pas mort». La mort était entre son espérance et Jésus, puisque Jésus n’avait pas été entre Lazare et la mort. La mort, pour elle, avait fermé la porte à tout espoir : il n’y avait plus de Lazare sur la terre des vivants, il n’y avait plus là personne pour être guéri.

Les Juifs, voyant que Marie s’était levée et était sortie, la suivent, pensant qu’elle s’en allait au sépulcre pour y pleurer ; ils ne font ainsi qu’ajouter leur voix au témoignage rendu à la puissance de la mort sur le corps et sur l’âme : «Celui-ci, qui a ouvert les yeux de l’aveugle, n’aurait-il pas pu faire aussi que cet homme ne mourût pas ?» (v. 37). Jésus le sent : il gémit et frémit (*) dans son esprit, mais l’amour qui l’anime et le témoignage qu’il venait rendre à la vérité, le poussent vers le tombeau où gît le corps de Lazare. Il demande : «Où l’avez-vous mis ?» On le mène au sépulcre. Là, les larmes que Jésus verse le soulagent ; elles sont le témoignage de son état d’homme, et de sa sympathie pour les hommes et comme homme, mais aussi l’expression d’un cœur mû par l’amour divin. Ce n’était pas toutefois la perte de Lazare, ni son affection pour les sœurs du défunt, qui était la cause de ces larmes, car Jésus allait, à l’instant même, ressusciter Lazare. Et pensant à ce dernier, ce qu’il allait faire eût fait jaillir la joie dans son cœur. Non, ces larmes du Sauveur, c’était la sympathie profonde pour la race humaine, écrasée sous le poids de la mort dont elle ne pouvait se relever, comme aussi pour ces âmes éprouvées. Les Juifs pensent que les pleurs de Jésus avaient leur source dans son affection pour Lazare : «Voyez comme il l’affectionnait», disent-ils. Cela était très naturel, mais ce qu’il allait faire nous défend d’entretenir une pensée pareille. La remarque, déjà citée, de quelques-uns d’entre eux (v. 37), ne fait que renouveler les soupirs de Jésus, en ramenant la pensée de l’assujettissement des hommes, non seulement à la mort, mais à l’empire de la mort sur leurs esprits.

 

(*) L’expression employée ici est très forte.

 

C’est là ce qui faisait couler les larmes du Sauveur. La pauvre Marthe ne peut cacher son incrédulité, c’est-à-dire l’influence qu’exerçaient les circonstances extérieures sur son âme. Il y avait déjà quatre jours que Lazare était dans le tombeau ! La corruption devait avoir commencé déjà, dit-elle. Dieu permet qu’il n’y ait aucune équivoque, et que la preuve de la réalité de la mort de Lazare soit donnée ; mais la gloire de Dieu ne s’attendait pas à la facilité de l’œuvre, elle se montrait dans son impossibilité. Ils ôtèrent donc la pierre qui fermait le sépulcre où gisait le cadavre de Lazare.

Jésus ici, comme toujours dans cet évangile, attribue l’œuvre à la volonté du Père, et accomplit l’œuvre comme exaucé par lui, cet exaucement étant la preuve que le Père l’avait envoyé, et en rendant témoignage. C’est la position dans laquelle Jésus se place : il ne sort pas du rôle de serviteur qu’il avait pris : il pouvait faire et faisait tout ce que faisait son Père, mais c’était comme envoyé par lui pour l’accomplir, comme s’étant fait serviteur tout en étant un avec le Père. Il ne se glorifie jamais, ni ne s’éloigne de cette dépendance de son Père dans sa carrière ici-bas. Il eût manqué à sa perfection en le faisant ; il ne le pouvait pas. Aussi sa mission, du ciel, de la part de Dieu, était le point capital pour les foules. Alors, avec la voix puissante qui ressuscite, la voix du Fils de Dieu, il s’écrie : «Lazare, sors dehors» (v. 43). Et le mort sortit, lié dans le linceul dans lequel il avait été enseveli, et sa figure enveloppée d’un suaire. Jésus commande aux assistants de le délier et de le laisser aller.

L’effet de ce miracle fut que beaucoup de Juifs crurent en Lui ; mais d’autres, endurcis par leurs préjugés, s’en allèrent vers les pharisiens et leur dirent ce que Jésus avait fait. Israël était mis en demeure de croire, ou de montrer une haine inguérissable contre Dieu et contre sa volonté ; car, souvenons-nous-en, presque sous les murs de Jérusalem et connu de tous, le Dieu de lumière et de vérité s’est montré comme la résurrection et la vie, et a relevé d’entre les morts un homme dont le corps allait tomber en corruption. À sa parole puissante, qui toutefois reconnaissait son envoi de la part du Père, le mort, enterré déjà depuis quatre jours, sort vivant du tombeau. La puissance de Dieu est entrée, même quant au corps, dans le domaine de la mort, à l’empire de laquelle aucun humain ne pouvait se soustraire, qu’aucun être vivant ne pouvait éviter, que tous étaient condamnés à subir par la puissance de Satan et par le jugement de Dieu. Voilà un homme qui, insistant sur ce qu’il était envoyé du Père en grâce, appelle du tombeau un mort, avec autorité, et de fait le vivifie et le ressuscite. Le Fils de Dieu était là, renversant la puissance de Satan, détruisant l’empire de la mort, et soustrayant l’homme au sort auquel il avait été assujetti par le péché : il était là, le Fils de Dieu, la résurrection et la vie, présenté à l’homme, déclaré Fils de Dieu en puissance. L’homme veut-il le recevoir ?

La nouvelle du merveilleux événement de la résurrection de Lazare étant arrivée aux oreilles des pharisiens, ceux-ci se rassemblent pour tenir conseil sur ce qu’il y avait à faire. Adversaires avoués de Christ, quoiqu’il en fût, ne pensant qu’à leur importance nationale, ils craignent, leurs consciences et leurs cœurs restant également insensibles, que la manifestation d’une telle puissance ne réveille la jalousie des Romains ; leur haine contre la lumière divine étant toutefois plus grande et ayant plus d’action sur eux que la crainte des Romains, car susciter des émeutes et des rébellions ne leur coûtait pas tant à l’occasion. Caïphe, car les conseils de Dieu vont s’accomplir, déclare qu’il vaut mieux qu’un homme meure pour le peuple que de voir celui-ci tout entier périr. «Vous ne savez rien, ni ne considérez qu’il nous est avantageux qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation entière ne périsse pas» (v. 50). Dieu mettait ces paroles dans sa bouche, l’évangéliste ajoutant que Jésus allait mourir non seulement pour la nation, mais pour rassembler en un tous les enfants de Dieu dispersés. L’inimitié contre la lumière venue et manifestée en grâce, et contre la puissance divine, qui ne se garantissait pas maintenant, mais accomplissait la volonté de Dieu, l’inimitié absolue contre le Fils de Dieu en qui ces choses se réalisaient, — et qui était manifesté par ces choses, — était bien arrêtée et sans scrupule. Depuis ce jour donc, ils consultèrent ensemble pour le faire mourir (v. 53). C’était la volonté diabolique de mettre à mort Celui en qui était la vie et en qui Dieu lui-même avait visité ce pauvre monde en grâce, une volonté sans scrupule aucun, car ils voulaient faire mourir aussi Lazare, témoin trop irréfragable de la puissance qui l’avait ressuscité. Rien n’est plus affreux, mais c’est l’homme mis à nu.

Jésus donc ne marcha plus ouvertement au milieu des Juifs ; il s’en alla, jusqu’à ce que son heure fût venue. On se demandait s’il viendrait à la fête, car la Pâque des Juifs était proche, et les principaux sacrificateurs et les pharisiens avaient donné ordre, que, si quelqu’un savait où était Jésus, on l’indiquât pour qu’on le prît.

Quel témoignage nous avons ici de l’entrée de la puissance de la vie dans ce monde de mort, de son entrée en grâce et victorieuse sur la mort, quelque réelle que fût celle-ci ! Souvenons-nous que la résurrection vient la première : car, au fond, nous sommes tous morts. Il fallait une autre chose encore, la mort de Celui qui possédait cette vie, car nous sommes pécheurs, et la pensée de la chair, chez nous, est inimitié contre Dieu : il fallait la rédemption, comme il fallait la vie, là où la mort régnait et régnait par le péché (comp. 1 Jean 4:9, 10). Mais nous possédons le témoignage de la puissance divine entrée dans le domaine de la mort, — comment Dieu se glorifie, — et le Fils de Dieu, révélé comme Celui en qui est cette vie pour nous ; nous voyons aussi qui est Celui qui va se donner pour nous sur la croix.

 

13                  Chapitre 12

Mais l’heure solennelle de la mort du Seigneur approchait, et six jours avant la Pâque, dont il devait être le véritable agneau, Jésus revient à Béthanie (chap. 12:1), et quelle scène étonnante s’y déploie ! Assis à la même table se trouvent Lazare ressuscité, revenu du hadès, et Celui qui l’en avait ramené, le Fils de Dieu. Marthe, selon ses habitudes ordinaires, s’occupe du service ; Marie complétant son portrait moral, s’occupe de Jésus. Marie avait goûté la parole du Seigneur : cette parole, pleine d’amour et de lumière, avait pénétré son cœur. Jésus lui avait rendu son frère bien-aimé. Elle voyait monter la haine des Juifs contre Celui qu’elle aimait et qui avait introduit dans son cœur le sentiment de l’amour divin ; à mesure que la haine montait, son affection pour le Sauveur montait de même et lui prêtait le courage de se montrer. C’était l’instinct de l’affection qui sentait que la mort jetait son ombre sur Celui qui était la vie, comme Jésus le sentait aussi, — seul cas où Jésus ait trouvé la sympathie sur la terre. Le Seigneur donne à l’acte de Marie, fruit instinctif d’affection et de dévouement, une voix qui provenait de son intelligence divine : ce qu’elle avait fait, elle l’avait fait pour sa sépulture. Lui savait qu’il s’en allait. Marie a tout dépensé pour Lui : pour son cœur Jésus en était digne. Comme je l’ai dit, son affection montait à mesure que la haine des Juifs grandissait. L’ombre de son prochain rejet l’atteignait déjà. En effet, tout se concentrait, tout revêtait sa forme, en lui et autour de lui : en lui, la puissance de la vie et le dévouement à la mort ; en Marie, l’affection qui, de Jésus, faisait le tout de son cœur ; en Judas, l’esprit de mensonge et de trahison ; chez les Juifs, la haine contre ce qui était divin, jusqu’à vouloir faire mourir Lazare lui-même ; malice et dureté incroyables qui ne voulaient pas de la lumière ! À l’occasion du propos de Judas, le Seigneur exprime la conscience qu’il avait de son prochain départ de ce monde, mais avec une patience et une douceur frappantes.

 

Cette courte histoire, renfermée dans les premiers versets de ce chapitre 12, a un caractère tout particulier, insérée qu’elle est au milieu du témoignage que Dieu faisait rendre à la gloire personnelle de son Fils au moment de son rejet. Mais, dans ce moment même, et au milieu de la haine croissante des chefs de la nation, ce petit troupeau se rassemble, témoin de la puissance divine dont l’un d’entre eux avait été l’objet, puissance qui amenait plusieurs des Juifs à croire en Jésus (v. 11). Jésus devait s’en aller, il devait mourir ; mais avant qu’il meure, il y a des hommes qui sont témoins de la puissance vivifiante du Fils de Dieu et y voient la gloire de Dieu, des témoins de ce qu’il était déjà, de ce qu’il était dans sa personne. Les versets qui suivent montrent ce qu’il allait être dans sa position, — ce qui lui appartenait, mais qu’il ne s’appropria pas et, dans l’un des cas, ce qu’il n’a pu s’approprier avant de mourir.

Les deux premiers titres auxquels il est rendu témoignage ici, appartenaient au Seigneur de son vivant, mais le premier se rattachait à sa personne, lui était inhérent : il était Fils de Dieu, il était la résurrection et la vie, de sorte que la petite assemblée qui l’entourait, était réunie autour de lui, sur un principe auquel la vie éternelle se rattachait et, sur lequel la position chrétienne (non encore développée ni connue, il est vrai, soit comme principe ou comme fait) se fondait par anticipation, — Christ, Fils de Dieu, résurrection et vie, s’en allant au Père à travers l’ombre de la mort et son rejet ici-bas. Au reste, les trois caractères de Christ, dont les deux premiers se trouvent dans le Psaume 2, et sont reconnus de Nathanaël au commencement de notre évangile, et dont le troisième, contenu dans le Psaume 8, est reproduit dans la réponse du Sauveur à Nathanaël, se retrouvent ici. Seulement, différent du Psaume 2, le premier de ces noms se présente ici, non seulement comme droit de naissance dans ce monde, mais comme exercice de la puissance divine qui ressuscite et qui vivifie. Quant aux deux autres, nous allons en poursuivre la manifestation telle qu’elle nous est donnée dans notre chapitre.

Avant d’aller plus loin, je veux encore une fois attirer l’attention sur ce rapprochement solennel : la puissance de la mort sur le cœur de l’homme, sur le premier Adam, et la puissance de la vie divine dans le Fils de Dieu, présente dans un homme au sein de l’empire de la mort, détruisant cet empire, et Celui qui la possédait dans sa personne se livrant à la mort lui-même, pour délivrer de celle-ci ceux qui lui étaient assujettis. Que Jésus eût cela en vue, est apparent (voyez 10:31, 40 ; 11:16, 53, 54 ; 12:7) : il l’avait sur son esprit quand il s’en revient à Jérusalem et quand il parle avec Marthe et Marie ; il devait subir lui-même la mort pour nous.

Le lendemain (v. 12 et suivants) le peuple, ayant appris que Jésus venait à Jérusalem, frappé par ce grand miracle de la résurrection de Lazare, va à sa rencontre avec des rameaux de palmiers, et le salue comme le roi d’Israël qui venait au nom de l’Éternel, selon le Psaume 118. C’est le second caractère sous lequel Dieu veut que Jésus soit reconnu, malgré son rejet. La résurrection de Lazare l’avait montré comme Fils de Dieu ; maintenant il est reconnu Fils de David. Ici, l’événement se rattache directement à la résurrection de Lazare et au titre de Fils de Dieu : dans Luc, et même dans Matthieu et dans Marc, c’est plutôt au titre de Seigneur que la circonstance se rattache, et nous y trouvons les détails sur la manière dont Jésus a trouvé le poulain de l’ânesse. Dans ces trois évangiles aussi, quoique cette différence soit moins saillante dans Matthieu, les disciples sont mis en évidence, tandis qu’ici c’est davantage le peuple, mû par le bruit qu’avait fait la résurrection de Lazare. C’est la prophétie de Zacharie, mais en laissant de côté ce qui, dans le prophète, se rapporte à la délivrance d’Israël. Jean et Matthieu en font mention, car ce ne fut qu’après la glorification de Jésus, que les disciples surent lier la prophétie avec ce qu’ils avaient fait eux-mêmes pour l’honorer et le faire rentrer en triomphe à Jérusalem, Jésus ayant toutefois donné l’ordre quant au poulain de l’ânesse.

 

Tels sont, outre la puissance divine qui ressuscite, les deux titres qui appartenaient à Jésus, comme le Christ manifesté sur la terre, les titres du Psaume 2.

 

Ensuite les Grecs, d’entre ceux qui étaient montés pour adorer pendant la fête, arrivent, et désirent voir Jésus. Ils viennent à Philippe, qui le dit à André, et puis André et Philippe le disent à Jésus. Tout en venant adorer à Jérusalem, ils étaient étrangers aux alliances de la promesse : il fallait un tout nouvel ordre de choses pour les y introduire. Ils n’avaient aucun droit aux promesses ; il fallait que Jésus mourût, pour fonder ce nouvel ordre de choses. Jésus est ici, non le Messie promis, mais le second homme, chef de toutes choses que Dieu avait créées, qu’Il avait créées lui-même ; mais il fallait les recevoir par la rédemption et nommément ses cohéritiers. «À moins que le grain de blé, tombant en terre, ne meure, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit» (v. 24). Il fallait qu’il rachetât les cohéritiers pour les avoir avec lui. S’il était roi d’Israël et Fils de Dieu, selon le Psaume 2, il était, comme Fils de l’homme, Seigneur de la création entière ; seulement il fallait qu’il mourût, pour que ses cohéritiers eussent part à l’héritage qu’il avait acquis. «L’heure est venue», dit-il, «pour que le Fils de l’homme soit glorifié» (v. 23).

Il est bon de rappeler les témoignages que fournissent l’Ancien et le Nouveau Testament sur la portée de ce titre de Fils de l’homme. Les Psaumes et Daniel en font mention. Nous le trouvons au Psaume 80, v. 17, où il est question de la bénédiction des Juifs, lorsqu’ils reviendront à l’Éternel ; dans le Psaume 8, après avoir été rejeté au Psaume 2 comme Fils de Dieu et roi d’Israël, le Fils de l’homme paraît comme Seigneur de tout : et c’est lorsque le nom de l’Éternel, le Dieu des Juifs, est «magnifique sur toute la terre», que sa gloire est élevée aussi au-dessus des cieux. L’homme, en même temps le Fils de l’homme, est établi sur toutes les œuvres de Dieu. Ce Psaume 8 est cité par le Seigneur pour justifier les cris des enfants lors de son entrée dans Jérusalem (v. 2), et par l’apôtre Paul (Éph. 1:21, 22 ; 1 Cor. 15:27), en vue de la position du Christ comme chef de tout, après sa résurrection, et en Hébreux 2, pour montrer sa gloire dans cette position, au-dessus des anges (le chapitre 1 de cette épître ayant présenté cette position comme une conséquence de sa divinité), mais lorsque cette suprématie humaine n’avait pas encore lieu, quoiqu’il fût couronné de gloire et d’honneur. Ces trois passages développent pleinement la position de Jésus comme Fils de l’homme : un autre (Dan. 7:13, 14) complète le tableau de la place du Fils de l’homme dans le gouvernement de Dieu. Dans ce passage le Fils de l’homme est amené à l’Ancien des jours, pour prendre en main le gouvernement, non des Juifs seulement, mais de tous les royaumes, exerçant d’en haut, du ciel, la domination universelle dont il tient les rênes, remplaçant par elle toutes les dominations qui ont tenu le sceptre plus ou moins universel, après que le trône de Dieu eût quitté Jérusalem lors de la captivité de Babylone.

Or, pour prendre cette position de domination, non seulement sur Israël et sur les nations, mais sur toutes les œuvres de Dieu, sur tout ce qu’il avait créé lui-même, il fallait que Jésus mourût, non pour avoir droit à tout, mais pour posséder, sur le pied de la rédemption, toutes choses réconciliées à Dieu, et ensuite pour avoir des cohéritiers selon les conseils de Dieu, Lui étant le premier-né entre plusieurs frères. Cette mort est la première pensée qui vient à l’esprit du Seigneur, lorsque l’arrivée des Grecs met en évidence sa dignité de Fils de l’homme. La mort et la malédiction étaient l’héritage de l’homme ; il fallait que Jésus les subît, pour relever l’homme de l’état dans lequel il se trouvait et le placer dans la seigneurie qui lui était destinée selon les conseils de Dieu. Il était le second homme, le dernier Adam ; mais le péché étant entré dans le monde, il fallait racheter les cohéritiers, les purifier, pour qu’ils eussent place avec lui ; il fallait ôter à l’ennemi tout droit, pour le priver plus tard de sa puissance sur l’héritage qu’il avait acquis par le péché de l’homme et même par le jugement de Dieu, et pour réconcilier toutes choses avec Dieu, ayant fait la paix par le sang de la croix. Dans ce chemin de la mort, car c’était bien la mort de la croix, il faut, si quelqu’un le sert, qu’il le suive. Quiconque aime sa vie la perdra ; qui hait sa vie dans ce monde la gardera jusqu’à la vie éternelle. Solennelle parole ! Mais, nous l’avons déjà vu, il fallait que son rejet, selon le Psaume 2, fût associé à ses caractères de Messie et de Fils de Dieu : il ne devait plus être de ce monde. Sa position de Fils de l’homme, chef de toutes choses, vient seulement après, au Psaume 8.

Depuis le chapitre 10, nous nous trouvons historiquement dans l’ombre de sa mort, qui faisait ainsi une brèche absolue entre lui et le monde, et était aussi la mort dans toute sa terreur comme jugement de Dieu. Le jugement, il l’a subi à notre place ; mais c’était là le jugement d’un monde qui ne devait plus le voir. L’amitié du monde, dorénavant, serait inimitié contre Dieu ; elle l’avait toujours été en réalité, mais maintenant la chose était publiquement manifestée : c’est le Seigneur rejeté qui est le Sauveur. C’est Celui que l’homme a crucifié, que Dieu a élevé à sa droite. Il avait pleinement révélé le Père, et ils ont vu et haï lui et le Père, comme il le dit ici, en appelant au jugement de Dieu : «Père juste... le monde ne t’a pas connu». Pour être un Sauveur, il a dû être élevé de la terre : le Fils de l’homme a dû souffrir et mourir ; un Christ vivant était pour les Juifs. L’ombre de la mort ne faisait que s’épaissir jusqu’à Gethsémané, où ses ténèbres les plus profondes enveloppèrent l’âme de Jésus, et où il prit en sa main la coupe qui contenait ce qui avait jeté son ombre sur son âme tout le long du chemin, mais qui maintenant la pénétrait de sa plus profonde obscurité. Une seule chose lui restait jusqu’à la croix, et même dans les peines de l’obéissance parfaite, la communion de son Père : à la croix, l’obéissance s’accomplissait et la communion se perdait pour faire briller davantage son obéissance et sa perfection. C’était l’heure de l’homme et la puissance des ténèbres, qui ne faisaient que le pousser vers le jugement de Dieu, plus terrible que les instruments subordonnés qui assombrissaient le chemin de l’obéissance et des souffrances, dans lesquelles il a parfaitement glorifié Dieu, là où il a été fait péché pour nous et a effacé nos péchés pour toujours.

Le Seigneur parle d’une manière abstraite, comme d’une règle ou d’un principe, dont il allait lui-même poser la base pour tous ; seulement lui se donnait lui-même pour que d’autres eussent la vie éternelle, et il aurait pu se délivrer lui-même ou obtenir douze légions d’anges : mais alors, comment les Écritures se seraient-elles accomplies ? La chose ne se pouvait pas : il n’était pas venu pour se délivrer. Il serait resté dans le ciel et nous aurait laissés exposés au juste jugement de Dieu ; mais cela ne se pouvait pas non plus : son amour ne le lui permettait pas. Il avait aussi trop à cœur l’accomplissement des conseils de Dieu et la gloire de Dieu son Père, qui devait être ainsi mise en évidence d’une manière éclatante et parfaite. Le rejet du Sauveur de la part du monde a été le rejet du monde de la part de Dieu. Le dernier effort pour trouver ou susciter du bien dans le cœur de l’homme avait été fait, et ils avaient «vu, et haï et moi et mon Père». Dieu pouvait sauver de ce monde, en grâce ; mais le monde était perdu, il était en état d’inimitié contre Dieu. Celui donc qui s’attache à ce monde, qui y cherche sa vie, ou qui la garde comme une vie à laquelle il tient, en contraste avec le Christ rejeté, la perd. Nous ne sommes pas toujours appelés à sacrifier notre vie extérieurement, bien que cela puisse avoir lieu et soit souvent arrivé ; mais, moralement, cela s’applique toujours : celui qui aime sa vie, qui tient à elle comme si elle était de ce monde, la perd. C’est une vie de vanité, aliénée de Dieu, comme le monde lui-même auquel elle s’attache, une vie qui n’aboutit qu’à la mort ; car ici Jésus ne parle pas de jugement.

Le Seigneur ajoute, à ce qui précède, un principe de conduite des plus importants : «Si quelqu’un me sert, qu’il me suive» (v. 26). Ce sera, en principe, à travers la mort, qu’il faudra le suivre — la mort au péché et au monde ; mais la conséquence d’une telle marche est simple. Là où est le Sauveur, là sera son serviteur. Celui-ci le suit par la mort dans la gloire céleste où il est entré, et «si quelqu’un me sert, le Père l’honorera».

Mais le cœur du Seigneur, s’il conseillait aux autres de prendre le chemin étroit dans lequel on se reniait, et soi-même et le monde qui était inimitié contre Dieu, tout en perdant une vie identifiée avec le monde qui rejetait la lumière, alors qu’elle y était entrée en grâce, — son cœur, dis-je, réalisait ce qui était devant lui-même, car il allait au-devant de la mort, mort armée de son aiguillon : le jugement de Dieu contre le péché et la puissance de Satan, mais une mort dans laquelle nous trouvons d’autant plus la perfection de Jésus. «Maintenant», dit-il, «mon âme est troublée ; et que dirai-je ? Père, délivre-moi de cette heure ; mais c’est pour cela que je suis venu à cette heure» ; c’est pour cela que je suis venu dans le monde. Alors le Sauveur remonte au vrai motif de tout, motif toujours présent à son cœur : «Père, glorifie ton nom». Coûte que coûte, c’est ce qu’il voulait toujours. — La réponse de la part du Père ne se fait pas attendre : «Je l’ai glorifié, et je le glorifierai de nouveau». Je ne doute nullement que ce «je le glorifierai de nouveau», ne dût s’accomplir en résurrection. Le Père avait glorifié son nom dans la résurrection de Lazare, résurrection dans ce monde ; il allait le faire de nouveau en Christ lui-même, dans une meilleure résurrection, vraie réponse à la mort, où la souveraine puissance de Dieu en grâce, et envers Christ en justice, a été manifestée ; état nouveau dans lequel l’homme n’avait jamais été, mais qui était selon les conseils de Dieu, expression de ce qu’il était en lui-même, et parfaite bénédiction pour l’homme. «Christ», dit l’apôtre, «a été ressuscité d’entre les morts par la gloire du Père».

La foule ne savait que penser de cette voix qu’elle avait entendue ; elle disait que c’était un coup de tonnerre ; d’autres, qu’un ange lui avait parlé. Jésus répond : «Cette voix n’est pas venue pour moi, mais pour vous» ; la voix du Père était dans son cœur ; pour le peuple, il fallait ce qui était sensible ; la grâce le lui donne. Mais le Seigneur explique ce signe solennel par ce qui était dans son cœur, et qu’il savait avoir lieu dans ce moment-là : «Maintenant est le jugement de ce monde». Alors, en effet, eut lieu le jugement du monde qui se condamne lui-même absolument et finalement en rejetant le Seigneur ; mais en cela aussi s’accomplit l’œuvre qui brisa pour toujours la puissance de Satan, prince de ce monde, et d’autre part, se manifesta un Sauveur, point d’attraction pour tous les hommes, en lieu et place d’un Messie des Juifs, car il dit ces choses pour indiquer de quelle mort il allait mourir. La foule (v. 34) lui oppose ce qui était écrit du Messie, et demande : «Comment, toi, dis-tu qu’il faut que le Fils de l’homme soit élevé [de la terre] ? Qui est ce Fils de l’homme ?» Le Seigneur répond en les avertissant que le moment s’approchait où la lumière (lui-même) serait éteinte pour eux, et où ils la perdraient pour toujours ; ils marcheraient dans les ténèbres, ne sachant pas où ils allaient : pour eux, la sagesse était de croire en la lumière, avant qu’elle s’en allât, afin qu’ils fussent fils de lumière ; — puis il s’en alla.

Remarquez encore ici une expression bien importante. Le Seigneur dit : «Et moi, si je suis élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi-même» (v. 32) ; il n’est plus de ce monde du tout, ni dans le ciel non plus. C’est un Sauveur rejeté, souffrant, mourant, qui a quitté le monde à tout jamais, un Sauveur ignominieusement rejeté, chassé, jeté dehors par le monde ; c’est lui qui, n’étant plus sur la terre, ni dans le ciel non plus, je le répète, exposé à la vue des hommes, élevé de la terre et pas encore dans le ciel, mais seul entre l’une et l’autre avec Dieu, comme l’autel qui n’était ni dans le camp ni dans le tabernacle ; c’est lui qui est le refuge attractif de ceux qui voudraient fuir le monde qui l’a rejeté, pour entrer dans le ciel, vers lequel il nous fraie ainsi le chemin.

Le reste du chapitre est un résumé de la position. Dans la première partie, c’est l’évangéliste qui constate l’incrédulité obstinée du peuple, et les tristes motifs qui gouvernaient les esprits, préoccupés de l’approbation des hommes plutôt que de regarder à Dieu ; dans la seconde partie, c’est Jésus lui-même qui montre deux choses : d’abord, qu’en le rejetant ainsi, ceux qui le faisaient rejetaient la lumière même, venue dans le monde, afin que ceux qui croyaient en Dieu ne restassent pas dans les ténèbres ; ensuite, qu’en le rejetant on rejetait le Père, car ce qu’il disait, c’étaient les paroles du Père. Ainsi il ne jugeait point celui qui, entendant sa parole, ne la gardait pas, car il n’était pas venu pour juger le monde, mais pour le sauver : ses paroles les jugeraient, au dernier jour. Or ce qu’il disait était le commandement du Père, et ce commandement (lui le savait, il en avait la foi, la conscience certaine en lui-même) était la vie éternelle. Tout ce qu’il disait donc, il le «parlait» comme le Père lui avait parlé.

Ce résumé du rejet de Celui dont les prophètes avaient parlé ; de la lumière, et des paroles du Père, termine l’histoire proprement dite de la vie du Sauveur. Ce qui suit se rapporte à son départ, au don du Saint Esprit, ainsi qu’au ministère de ceux qu’il laissait ici-bas comme témoins à sa place. Mais avant d’entrer dans cette nouvelle portion de notre évangile, je rappellerai que le verset 41, en citant Ésaïe 6, et en l’appliquant à Christ, montre que Jésus était l’Éternel de l’Ancien Testament. Je ferai remarquer aussi comment la crainte de l’homme, la recherche de son approbation, obscurcit le témoignage de Dieu dans le cœur, et étouffe la conscience. L’oeil net fait que tout le corps est plein de lumière.

 

14                  Chapitre 13

Au chapitre 13 commencent les enseignements qui se rapportent à un Sauveur céleste. Tout en étant sur la terre, il était la lumière venue du ciel, la vie éternelle qui était du ciel ; mais, rejeté sur la terre, il prend maintenant sa place dans le ciel, — non pas Dieu manifesté dans l’abaissement humain ici-bas, mais homme glorifié dans la gloire de Dieu là-haut, et il expose et développe ce qu’il est pour nous dans cette position, avant d’y entrer.

Dès ce treizième chapitre donc, le Sauveur se présente comme ayant achevé son témoignage sur la terre, et s’en allant auprès du Père. Ceci l’amène à parler de sa position et de son service en haut dans le ciel, de la position des disciples, et de l’autre Consolateur que Lui, — et le Père en son nom, — enverrait d’en haut. Il était assis au souper avec ses disciples, leur compagnon et leur convive ici-bas, l’un d’eux, quelle que fût sa gloire et leur serviteur en grâce. Mais il devait les quitter et s’en aller auprès de son Père, moment sérieux pour eux : que deviendraient-ils, et quelle serait leur relation avec lui ? Leurs pensées n’allaient guère plus loin à son égard ; ils pensaient qu’ils avaient trouvé le Messie qui allait établir le royaume de Dieu en Israël, bien que le Saint Esprit les eût attachés à sa personne par une puissance divine. Ils savaient qu’il était Fils du Dieu vivant, Celui qui avait les paroles de la vie éternelle. Mais il allait les quitter. Il avait été au milieu d’eux comme celui qui sert. Son service d’amour devait-il prendre fin ? Le Père lui avait livré toutes choses entre les mains, il le savait ; il venait de Dieu et s’en allait vers Dieu : le lien de son service d’amour avec les siens, pouvait-il continuer ? S’il le devait, il fallait qu’ils fussent propres pour la présence de Dieu lui-même et pour s’associer avec Celui auquel toutes choses étaient confiées.

Or Jésus avait aimé les siens qui étaient dans le monde : c’est la source précieuse de toutes ses relations avec nous, et lui ne change pas. Il avait aimé les siens, il les aima jusqu’à la fin. Son cœur ne les abandonnait pas, mais il savait qu’il devait les quitter. Cesserait-il d’être leur serviteur en amour ? — Non, il le serait pour toujours. Tout était prêt pour son départ, le cœur de Judas même. Mais ni la trahison injuste de Judas en bas, ni la gloire dans laquelle il allait entrer en haut, ne séparait son cœur de ses disciples. Il cesse d’être leur compagnon ; il reste leur serviteur ; c’est ce que nous lisons en Exode 21:2-6.

Jésus se lève du souper et met de côté ses vêtements ; ayant pris un linge il s’en ceignit ; puis, versant de l’eau dans un bassin, il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. Il est toujours serviteur et fait le service d’un esclave. Merveilleuse vérité, et grâce infinie, que le Fils du Très-Haut, s’abaissant jusqu’à nous, se plaise, dans son amour, à nous rendre propres à jouir de la présence et de la gloire de Dieu. Il a pris la place d’un serviteur pour accomplir cette œuvre d’amour, et son amour ne l’abandonne jamais (voyez, dans la gloire, Luc 12:37). Il est serviteur pour toujours, car l’amour aime à servir.

Pierre qui, en se laissant aller à ses sentiments propres, quoique très naturels, donne si souvent occasion à des paroles du Seigneur qui nous révèlent les pensées de Dieu, s’oppose fortement à ce que le Seigneur lui lave les pieds. La réponse de Jésus lui expose le sens spirituel de ce qu’il faisait, sens que Pierre ne pouvait comprendre alors, mais qu’il comprendrait plus tard, car le Saint Esprit leur ferait comprendre toutes ces choses. Il fallait être lavé par le Seigneur, pour avoir part avec lui. C’est là la clef de tout ce qui se faisait. Jésus ne pouvait plus avoir part avec ses disciples ici-bas, et les disciples ne pouvaient avoir de part avec lui, et auprès de Dieu lui-même vers qui il s’en allait, si lui ne les lavait pas. Il fallait une propreté telle qu’elle pût convenir à la présence et à la maison de Dieu. Alors, avec son esprit ardent, Pierre désire que le Seigneur lui lave les mains et la tête, et Jésus lui explique la portée de ce qu’il faisait.

Il faut se rappeler qu’il s’agit ici d’eau, non de sang, si nécessaire que soit le sang du Sauveur. Il s’agit de la pureté, non de l’expiation. Remarquez ensuite que l’Écriture se sert ici de deux mots qu’il ne faut pas confondre : l’un signifie laver tout le corps, baigner ; l’autre, laver les mains, les pieds, ou quelque petit objet. L’eau elle-même, employée ici ou ailleurs comme figure, signifie la purification par la Parole, appliquée selon la puissance de l’Esprit. On est né «d’eau» ; — alors tout le corps est lavé : il y a une purification des pensées et des actes par le moyen d’un objet qui forme et gouverne le cœur. Ce sont les pensées divines en Christ, la vie et le caractère du nouvel homme, la réception de Christ par la Parole. Christ avait les paroles de la vie éternelle : celle-ci s’exprimait et se communiquait dans ses paroles, là où la grâce agissait, car elles étaient esprit et vie. Ces paroles, les disciples les avaient reçues, sauf celui qui devait le trahir ; mais, tout en étant ainsi lavés, convertis, purifiés quant au fond par les paroles du Seigneur, ils allaient marcher dans un monde souillé où ils pouvaient bien se salir les pieds. Or cette saleté ne convient pas à la maison de Dieu, et l’amour du Seigneur fait ce qu’il faut pour que le remède soit bientôt apporté s’ils contractaient la souillure qui les exclut. Prêt à tout faire pour qu’ils soient bénis, Jésus leur lave les pieds. Cet acte était le service d’un esclave, dans ces pays-là, où il était la première et constante expression de l’hospitalité et des soins prévenants qu’elle réclamait (voyez Gen. 18:4 ; Luc 7:44).

À ce lavage des pieds se rattache la doctrine que la conversion ne se répète pas. Une fois que la Parole a été appliquée par la puissance du Saint Esprit, cette œuvre est faite, et elle ne se défait jamais, pas plus que l’aspersion du sang ne se répète ni ne se renouvelle. Mais si je pèche, je salis mes pieds ; ma communion avec Dieu est interrompue. Alors le Sauveur s’occupe de moi, dans son amour.

Il sera bon, ici, de faire remarquer la différence qu’il y a entre le sacrificateur et l’avocat. Dans la pratique, la différence est importante. Les deux offices s’occupent d’intercession ; mais l’avocat est pour les péchés qui ont été commis, le sacrificateur est là pour que nous ne péchions pas, et pour que la bonté s’exerce à l’égard de notre faiblesse : je parle de la sacrificature dans le ciel. Sur la croix, Jésus était sacrificateur et victime (le bouc Azazel) ; mais là, le sacrificateur représentait tout le peuple, confessant leurs péchés sur la tête du bouc : c’était bien l’œuvre du sacrificateur, mais non pas proprement un acte sacerdotal, et, comme je viens de le dire, le sacrificateur y agissait comme représentant de tout le peuple, celui-ci étant envisagé comme coupable. Cette œuvre est achevée par l’offrande du corps de Jésus Christ faite une fois pour toutes : par sa seule offrande, il a rendu parfaits à perpétuité ceux qui sont sanctifiés, en sorte que nous n’avons plus aucune conscience de péchés. Mais Christ intercède pour nous, afin que nous obtenions miséricorde et que nous trouvions grâce au temps convenable, afin que, dans notre faiblesse, nous soyons les objets des soins de la bonté de Dieu, et que nous ne péchions pas. L’avocat intercède lorsque nous avons péché, pour rétablir la communion interrompue, car c’est de la communion qu’il s’agit en 1 Jean 1. La justice et la propitiation restent toujours parfaites, et forment la base de ce qui se fait pour nous, lorsque nous avons manqué (1 Jean 2:1, 2). L’effet de cette grâce en Christ, c’est que l’Esprit applique la Parole (l’eau comme figure), nous humilie en nous convainquant de péché et nous rapproche de Dieu. La génisse rousse (Nomb. 19) est un développement très instructif de ce renouvellement de la communion. Remarquez ici que l’avocat fait son œuvre, afin que nous soyons nettoyés, non pas quand nous l’avons été ; aussi nous n’allons pas auprès de lui pour qu’il la fasse ; c’est lui qui prend l’initiative en grâce, comme il l’a fait pour Pierre, afin que la foi de son disciple ne défaillît pas lorsqu’il serait obligé de le laisser un moment à lui-même pour qu’il fit l’expérience de sa faiblesse.

Ce lavage des pieds est donc un service dont Christ est occupé maintenant pour nous. Lorsque par notre négligence (car il n’y a jamais nécessité que nous le fassions), nous nous sommes souillé les pieds et que nous nous sommes rendus impropres à entrer spirituellement dans la présence de Dieu, Christ nous purifie par la Parole, pour que la communion soit rétablie entre nos âmes et Dieu. Il s’agit de notre marche ici-bas, essentiellement. Quand le sacrificateur, parmi les Juifs, était consacré, on lui lavait le corps, puis il se lavait les mains et les pieds lors de l’accomplissement de chaque service. Ici, ce ne sont que les pieds qui doivent être lavés ; ce n’est plus un service de travail qui est en question, mais notre marche ici-bas.

Le Seigneur donne ce qu’il venait de faire comme exemple d’humilité, mais l’intelligence spirituelle de ce qu’il avait fait ne viendrait que lorsque le Saint Esprit aurait été donné. Toutefois nous sommes appelés, dans ce sens aussi, à nous laver les pieds les uns aux autres, à appliquer la Parole en grâce à la conscience d’un frère qui en a besoin, et dans l’humilité dont Christ a donné l’exemple. Mais l’enseignement se rapporte à ce que Christ fait pour nous en haut, restant toujours notre serviteur en grâce.

Le Seigneur, en parlant ici à ses disciples, excepte Judas, car il savait que Judas devait le trahir, et il en avertit les disciples, afin que ce ne fût pas une pierre d’achoppement. Toutefois, en recevant l’envoyé du Seigneur comme envoyé de lui, on le recevait, lui, et, en le recevant, on recevait le Père lui-même qui l’avait envoyé. Mais bien que le Seigneur sût qui devait le trahir, le sentiment que c’était l’un de ses propres compagnons, lui est douloureux ; il épanche même son cœur devant eux : «L’un d’entre vous me livrera» (v. 21). Sûrs au moins de la vérité de sa parole, de la certitude de ses paroles, ils se regardent l’un l’autre avec la bonne foi de l’innocence. Or Jean était près du Seigneur. Pierre, toujours ardent, veut savoir qui c’est, et fait signe à Jean de le demander à Jésus ; car lui-même n’est pas assez près de Lui pour faire la demande. Pierre aimait le Seigneur ; une foi sincère l’attachait à lui, mais il manquait de ce recueillement d’esprit qui l’eût tenu près du Seigneur comme s’y était tenue aussi Marie, sœur de Marthe. Jean ne s’était pas placé près de Jésus pour recevoir cette communication : il l’a reçue, parce que, selon l’habitude de son cœur, il se tenait près de lui, se glorifiant du titre «le disciple que Jésus aimait». Jean se trouvait ainsi là où il pouvait recevoir la communication de la part du Seigneur. C’est notre secret, à nous aussi, pour avoir les communications intimes du Seigneur : place bénie, où le cœur jouit de l’affection du Sauveur, et où ce dernier nous communique ce que son cœur renferme pour ceux qu’il aime. Mais la proximité de Jésus, sans la foi en lui, si le cœur surmonte l’influence de sa présence, endurcit d’une manière terrible : le morceau qui disait qu’on mangeait du même plat, le morceau que Judas recevait trempé de Sa main, n’est que le signe de l’entrée de Satan dans son cœur. Satan entre dans ce cœur pour l’endurcir, même contre tout sentiment aimable de la nature, contre tout souvenir de ce qui pouvait agir sur la conscience. Il y a bien des personnes non converties, qui ne trahiraient pas un compagnon intime en le couvrant de baisers, bien des méchants qui se seraient souvenu des miracles qu’ils avaient vus, — peut-être faits eux-mêmes. La convoitise avait été là, elle n’avait pas été réprimée ; alors Satan suggère à Judas le moyen d’y satisfaire. Pour ma part, je ne doute pas qu’Iscariote ne pensât que le Seigneur échapperait à la main des hommes, comme il l’avait fait quand son heure n’était pas encore venue : son remords, lorsqu’il a su que Jésus était condamné, me le donne à penser, un remords qui n’a trouvé que des cœurs aussi durs que le sien et indifférents à sa misère, tableau épouvantable du cœur de l’homme sous l’influence de Satan. Ensuite, phase presque finale de cette influence, Satan endurcit Judas contre tout sentiment d’humanité et d’homme envers l’homme de sa connaissance, et finit tout, en l’abandonnant, en le livrant au désespoir dans la présence de Dieu.

Moralement tout était terminé lorsque Judas eut pris le morceau trempé ; et Jésus l’engage à faire promptement ce qu’il faisait. Les disciples ignoraient pourquoi le Seigneur disait cela ; ils pensaient à la fête ou à l’emploi qui aurait pu être fait de ce qui se trouvait dans la bourse ; mais, dans le cœur du Seigneur, toute la portée de ce moment solennel se réalise. Une fois Judas sorti, il le déclare : «Maintenant le Fils de l’homme est glorifié». Ce n’est plus l’affection, navrée par la trahison de l’un des siens, qui s’exprime dans l’angoisse de son cœur ; son âme s’élève, lorsque le fait est là, à la hauteur des pensées de Dieu, dans cet événement solennel qui reste seul dans l’histoire de l’éternité, et duquel dépend toute bénédiction, dès le commencement jusqu’aux nouveaux cieux et à la nouvelle terre ; elle s’élève, même au-dessus des bénédictions, à la nature de Dieu et aux relations de Dieu et de Christ fondées sur son œuvre glorieuse. Ce passage est ainsi d’une grande importance. La croix fait la gloire du Fils de l’homme. Il apparaîtra en gloire, le Père lui assujettira toutes choses ; mais ce n’est pas cette gloire qui est en vue ici, c’est la gloire morale et personnelle du Sauveur. Celui qui est homme, qui (bien que ce soit d’une manière miraculeuse, en sorte qu’il a été sans péché) tenait du côté de sa mère à Adam, a été, en souffrant, le moyen d’établir et de mettre en évidence tout ce qui se trouve en Dieu, sa gloire ; Dieu est juste, saint et hait le péché ; Dieu est amour : impossible de concilier ces caractères autrement que par la croix. Là où le juste jugement de Dieu s’exerce contre le péché, là l’amour infini se manifeste envers le pécheur. Sans la croix, il est impossible de concilier ces deux choses, impossible de manifester Dieu tel qu’il est : en elle la sainteté, la justice, l’amour, sont manifestés comme un tout ; puis l’obéissance et l’amour envers le Père ont été accomplis dans l’homme, en des circonstances qui les mirent à l’épreuve d’une manière absolue. Rien ne manquait à cette épreuve de la part de l’homme, de Satan, de Dieu lui-même. C’est en Christ, fait péché, que l’obéissance a été parfaite : c’est en lui, abandonné de Dieu, que son amour pour Dieu fut à son comble. L’abandon de l’homme et sa haine, la puissance de Satan, avaient été pleinement réalisés, pour que, quand il en appelait à Dieu, il ne trouvât point de réponse, mais que, dans la solitude de ses souffrances, il eût l’occasion de montrer la perfection dans l’homme et de faire ressortir la gloire de Dieu lui-même dans tout ce que Dieu est, base, en justice, du bonheur des nouveaux cieux et de la nouvelle terre dans lesquels la justice habite, — justice qui a déjà placé le Fils de l’homme dans la gloire, justice divine qui ne peut que reconnaître la valeur de cette œuvre, en plaçant déjà à sa droite l’homme qui l’a accomplie, jusqu’à ce que le tout soit manifesté dans les siècles à venir.

Ainsi le Fils de l’homme a été glorifié, et Dieu a été glorifié en lui ; et Dieu, ayant été glorifié en lui, l’a glorifié en lui-même et n’a pas attendu le déploiement de toute sa gloire dans l’avenir, mais l’a glorifié incontinent à sa droite (v. 31, 32).

C’est là que se trouve la démonstration de la justice de Dieu, savoir dans l’élévation du Seigneur Jésus comme homme à la droite de Dieu, Dieu le retirant du monde, en sorte que le monde ne le vît plus, comme le chemin de l’arbre de vie fut barré, lorsque l’homme abandonna Dieu pour le péché. Mais le second homme, le dernier Adam, ayant traversé la mort, ayant été fait péché, ayant passé par la puissance du diable et le jugement de Dieu, prend sa place dans le ciel, dans la gloire divine en justice, alors que le premier Adam était sorti du jardin d’Eden par le péché.

Pour le moment, personne ne pouvait le suivre. Qui aurait pu traverser la mort, la puissance de Satan, et le jugement de Dieu, étant fait péché devant Dieu, pour entrer au-delà de tout dans la gloire ? Il en était ainsi pour les disciples aussi bien que pour les Juifs. Pour les Juifs, c’était une chose extérieure, mais envisagée en rapport avec la gloire de Dieu et la puissance du mal, mais une chose aussi impossible pour les disciples que pour eux. Le Seigneur montre à ses disciples que leur force serait dans l’amour qu’ils auraient les uns pour les autres, s’entr’aimant comme lui les avait aimés : c’était le nouveau commandement qu’il leur donnait (v. 34). Lui était amour, il les avait aimés. Son amour avait été comme un fort pieu central, qui soutenait toutes les perches rassemblées autour de lui. II avait été le lien de leur union ; maintenant, ce même amour dans leurs cœurs devait les lier ensemble, comme des perches qui s’appuieraient les unes les autres quand le pieu central serait ôté. Au fond, ce serait la puissance du Saint Esprit qui remplirait leur cœur de cet amour divin de Christ lui-même, et les rendrait ainsi tous un. Leur amour les uns pour les autres serait la preuve caractéristique qu’ils étaient des disciples de Jésus, car il les avait aimés, et il se montrait par l’amour en eux. Pierre, toujours ardent, demande à Jésus où il allait (v. 36). Le Seigneur lui répond qu’il ne pouvait le suivre maintenant, mais qu’il le ferait plus tard, lui annonçant son martyre. Pierre insiste : Avec toi j’irai «en prison et à la mort», «je laisserai ma vie pour toi» ; mais Jésus dit : «Le coq ne chantera point, que tu ne m’aies renié trois fois».

 

15                  Chapitre 14

Dans le chapitre 14, le Seigneur présente à ses disciples les consolations qui étaient propres à leur faire accepter la révélation qu’il leur avait faite de son prochain départ.

La première chose que, dans sa grâce, il leur déclare, c’est que, s’il partait, ce n’était pas pour les délaisser, mais pour leur préparer une place ailleurs, savoir dans la maison de son Père. Il n’y avait pas là de la place pour lui seul (peut être faisait-il allusion au temple ?) mais des demeures pour eux aussi ; et puis lui-même reviendrait pour les chercher, afin de les avoir auprès de lui, là où il était lui-même. Il ne pouvait demeurer avec eux ici-bas, mais eux, ils seraient avec lui, et il ne les enverrait pas chercher, mais il viendrait lui-même les prendre auprès de lui : précieux et tendre amour qui associait les siens à lui-même selon la place qu’ils avaient dans son cœur, et selon les conseils éternels de l’amour de Dieu. Au lieu du royaume d’un Messie terrestre, ils auraient la gloire éternelle et divine du Fils de l’homme dans le ciel, pour être comme lui et avec lui. L’homme y étant entré à la suite de la rédemption, la place leur était préparée. Il ne s’agissait pas de les préparer pour la place, c’est le sujet du chapitre 13, mais de préparer la place pour eux. La présence de leur Précurseur, là où il s’en allait, l’accomplissait. Le sang faisait la paix selon la justice divine, l’eau les préparait pour en jouir : l’entrée de Christ ne laissait rien à faire pour qu’ils entrassent. Seulement il faut rassembler les cohéritiers, et jusqu’alors le Seigneur reste assis sur le trône de son Père.

Le retour du Sauveur est donc la première consolation qui leur était donnée et elle devait les introduire là où Jésus était, dans la maison du Père, eux-mêmes étant rendus semblables à lui en gloire, au lieu qu’il restât avec eux ici-bas, ce qui d’ailleurs n’était pas possible, vu que tout était souillé et impropre au séjour du Seigneur avec les siens. Jésus reviendra et nous prendra à lui, afin que là où il est nous y soyons aussi (v. 1-3).

Mais il y avait plus. Le Seigneur dit : «Et vous savez où moi je vais, et vous en savez le chemin» (v. 4). Thomas objecte qu’ils ne savaient pas où il allait ; dès lors comment pouvaient-ils en connaître le chemin ? Dans sa réponse, Jésus leur montre que ce qu’ils avaient possédé pendant son séjour sur la terre fournirait une immense bénédiction lorsqu’il les aurait quittés : il allait vers le Père, et le Père avait été révélé dans sa personne ici-bas. Ainsi, ayant vu le Père en lui, ils avaient vu Celui auprès duquel il allait, et ils connaissaient le chemin ; car, en venant à lui, ils avaient trouvé le Père. Il était le chemin, et en même temps la vérité de la chose, et la vie dans laquelle on en jouissait. On ne venait au Père que par lui ; si les disciples l’avaient connu, ils auraient connu le Père, et «dès maintenant, dit-il, vous le connaissez et vous l’avez vu» (v. 7). Philippe dit : «Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit», car les disciples, tout en étant attachés à Jésus, conservaient toujours en eux-mêmes une arrière-pensée de doute. Le Seigneur reproche à Philippe son manque de perception spirituelle après qu’il avait été si longtemps avec eux ; car ils ne l’avaient pas réellement connu dans son vrai caractère de Fils, venu du Père, et révélant le Père. Les paroles qu’il disait n’étaient pas de son fonds d’homme, et le Père, qui demeurait en lui, c’est lui qui faisait les œuvres ; ce qu’il disait, ce qu’il faisait, révélait le Père. Ils devaient le croire sur parole, sinon à cause de ses œuvres, et non seulement cela, mais glorifié en haut, il serait la source d’œuvres plus grandes que celles qu’il faisait lui-même dans son humiliation, car il montait auprès de son Père. Tout ce qu’ils demanderaient en son nom, il le ferait, afin que le Père fût glorifié dans le Fils. Il était Fils du Père ; son nom prévaudrait pour tout ce qu’ils pourraient désirer dans leur service, et le Père, à qui il rapportait tout, serait glorifié dans le Fils qui ferait tout ce qu’ils demanderaient en son nom. Sa puissance n’avait pas de limites. «Et quoi que vous demandiez en mon nom, je le ferai …» En effet, les apôtres ont fait preuve d’une plus grande puissance que le Seigneur, lorsqu’il était ici-bas : l’ombre de Pierre guérissait les malades, un seul de ses discours a été le moyen pour convertir trois mille hommes, les linges qu’on portait de dessus le corps de Paul sur les malades faisaient que les maladies quittaient ceux-ci et que les esprits malins sortaient.

Il est bon de remarquer ici, que jamais les apôtres n’ont fait de miracles pour s’épargner des choses pénibles, pour guérir des amis, lorsque ceux-ci étaient malades. Paul a laissé Trophime malade à Milet ; ce n’est que la miséricorde de Dieu qui a rétabli Épaphrodite. Les miracles opérés par les apôtres étaient la confirmation du témoignage dont Christ glorifié auprès du Père était l’objet et la source.

 

Ensuite, l’obéissance serait la preuve de l’amour quand le Seigneur serait loin. Ceci introduit la seconde révélation principale du chapitre, savoir l’effet pour eux de la présence du Saint Esprit, l’autre Consolateur.

 

Les versets 4 à 11 avaient donné la révélation de ce que Jésus avait été pour les disciples pendant son séjour sur la terre ; mais le Saint Esprit leur enseignerait plus encore, et leur procurerait des avantages qu’ils ne pouvaient avoir pendant le séjour de Jésus ici-bas, en même temps que ce qu’ils avaient possédé par ce moyen resterait toujours vrai et bien autrement compris.

 

Mais il y a des différences entre ces deux Consolateurs. D’abord, il n’y avait pas d’incarnation, pour ce qui est du second ; la puissance spirituelle de Dieu se trouvait en lui, et la puissance de la vérité, mais pas l’objet de l’âme. Il était caractérisé comme source de vérité et de révélation, là où il agissait ; mais il n’est pas présenté au monde comme objet pour être reçu de lui. Le monde ne peut pas le recevoir. Le monde n’a pas voulu recevoir le Seigneur, mais il lui avait été présenté pour être reçu, et il avait manifesté le Père : il a pu dire de ceux au milieu desquels il était venu : «Ils ont, et vu, et haï et moi et mon Père». Le Saint Esprit, — le monde ne pouvait pas le recevoir, car il ne le voyait pas et ne le connaissait pas ; il présentait la vérité et agissait par ce moyen. Mais il serait donné aux croyants ; ceux-ci le connaîtraient, car il demeurerait avec eux, il ne les quitterait pas comme Lui le faisait ; et il serait en eux.

Ici aussi nous trouvons l’autre Consolateur, en contraste avec le Seigneur. Jésus s’en allait dans ce moment-là, puis il avait été avec eux : mais l’autre Consolateur serait en eux.

La présence du Consolateur est le grand fait actuel du christianisme : sa base, c’est la révélation du Père dans le Fils, puis l’accomplissement de l’œuvre de la rédemption par le Fils ; mais le fait que l’homme, dans sa personne, est entré dans la gloire divine, a donné lieu à la descente ici-bas du Saint Esprit, donné aux croyants pour demeurer avec eux et en eux, afin qu’ils réalisent la plénitude de cette rédemption, leur relation avec le Père, le fait qu’ils sont en Christ et Christ en eux, et la gloire céleste où ils lui seront semblables ; et afin qu’il les conduise à travers le désert, avec l’intelligence spirituelle et ayant leur conversation dans les cieux jusqu’à ce qu’ils y arrivent. L’Esprit nous donne aussi de réaliser la présence de Jésus avec nous ici-bas. Jésus ne nous laisse pas orphelins : il vient vers nous et se manifeste à nous. Étant fortifiés dans nos cœurs par la foi, la joie de sa présence se fait sentir à nos âmes pendant notre pèlerinage ici-bas.

Bientôt le monde ne le verrait plus (v. 19). Ses relations avec le monde étaient terminées, sauf comme Seigneur de tout ; mais, avec les siens, elles ne l’étaient pas : ils le verraient, non encore de leurs yeux charnels, mais par la foi et révélé par l’Esprit, — vue bien plus claire, bien plus excellente que celle que les yeux de la chair leur avaient donnée. C’était une vue qui s’identifiait avec la possession de la vie éternelle. Leurs yeux leur avaient montré son corps ici-bas, mais ils auraient la vue de Jésus glorifié et qui avait accompli l’œuvre de la rédemption, et cela par la puissance du Saint Esprit, de l’autre Consolateur. La vue de la vie de la foi s’identifiait avec une union réelle avec lui, de sorte que s’il vivait, Lui, ils vivraient eux aussi. Il serait lui-même leur vie. Plutôt qu’ils mourussent, il faudrait que lui, tel qu’il est dans la gloire, mourût, et ils auraient, par la présence du Consolateur, la conscience d’être ainsi en lui. «En ce jour-là, vous connaîtrez que moi je suis en mon Père, et vous en moi et moi en vous». Les disciples auraient dû voir le Père en lui, et reconnaître que lui était dans le Père, lors de son séjour sur la terre, quelque peu intelligents qu’ils fussent. Maintenant, dans ce jour où le Saint Esprit serait là, ils connaîtraient Jésus comme étant dans le Père (le Père en lui, est omis, parce qu’il ne s’agissait plus de sa manifestation en lui ici-bas). Ainsi Jésus serait dans le Père dans sa propre déité ; mais de plus les disciples sauraient qu’eux-mêmes ils étaient en lui, Jésus, et lui en eux.

Après cela, le Seigneur constate, comme dans toute cette partie de l’évangile, la responsabilité de l’homme, ici celle du chrétien. «Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime» (v. 21). Cela suppose que l’on fait attention à ce que dit le Seigneur : on écoute la voix de la sagesse divine, comme un enfant qui cherche à plaire à ses parents, ou une femme à son mari, observant les paroles des parents ou du mari, sans même qu’elles aient la forme d’un commandement, et sachant ce qu’ils veulent. Ainsi le chrétien fait attention aux paroles de Jésus ; il est familier avec ce que veut le Seigneur, et veut faire sa volonté. C’est la preuve d’une affection vraie. Or celui qui est ainsi attaché de cœur à Christ et lui obéit, sera aimé du Père, et Christ viendra et se manifestera à lui. La manifestation dont il est question ici est une manifestation de lui-même, et de sa part, à l’âme à laquelle il fait réaliser sa présence et la lui rend sensible. C’est ce que Jude ne comprend pas ; il ne saisit pas comment Jésus pouvait être manifesté aux siens sans être manifesté au monde (v. 22). Hélas, c’est ce que trop de chrétiens ne comprennent pas ! Jude ne pensait d’ailleurs qu’à une manifestation extérieure, dont le monde pourrait nécessairement prendre connaissance ; mais le Seigneur parlait d’une manifestation telle que nous venons de la présenter, ajoutant encore quelque chose de plus permanent, savoir que si quelqu’un aimait Jésus, il garderait non seulement ses commandements, mais ses paroles, en sorte que le Père l’aimerait, et que le Père et le Fils viendraient et feraient leur demeure chez lui (v. 23).

On voit partout ici la responsabilité : ce n’est pas la grâce souveraine qui, la première, aime le pauvre pécheur : ici, le Père aime l’âme qui montre son affection pour le Sauveur en gardant ses paroles. C’est le gouvernement paternel, le mouvement de satisfaction du cœur du Père, parce qu’on honore le Fils et qu’on lui obéit. «Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole», et alors, précieuses paroles, «mon Père l’aimera... et nous ferons notre demeure chez lui». Le Père et le Fils viennent demeurer dans la personne bien-aimée, et la chose n’a pas lieu seulement par le Saint Esprit, comme toute activité divine ; mais, par l’Esprit, on jouit de la présence du Père et du Fils, de leur demeure chez nous, et l’Esprit ne nous quitte pas, en sorte que nous jouissons constamment dans nos cœurs de la présence du Père et du Fils. La communion, la réalisation de la présence du Père et du Fils, est de toute importance, et donne un repos et une joie ineffables. Nous demeurerons dans la maison du Père, et nous y trouverons le Fils dans la gloire ; mais, jusqu’alors, le Père et le Fils viennent et se révèlent en nous, et font leur demeure en nous. Tout se fait par l’Esprit ; mais c’est la présence du Père et du Fils, qui font sentir leur présence dans ce caractère de Père et de Fils ; et le Fils, c’est Jésus qui nous a aimés et s’est donné pour nous. Le Fils avait révélé le Père pour celui qui avait des yeux pour voir ; et maintenant, le Saint Esprit fait jouir de la présence du Père et du Fils, mais «en nous», si nous gardons les paroles du Sauveur.

On peut remarquer que l’Écriture emploie deux mots différents ici : «commandements» et «parole». Tous deux ont leur importance, en ce que le premier parle d’autorité et d’obéissance, le second, d’attention à ce que le Seigneur dit, chacun ayant ainsi une portée spéciale. À l’âme qui a les commandements et qui les garde, le Seigneur se manifeste, et c’est le fruit de l’obéissance ; mais la bénédiction de la demeure du Père et du Fils dans le cœur, est le fruit de ce que la parole de Jésus exerce son influence légitime dans le cœur. Or celui qui ne l’aime pas, celui dont le cœur n’est pas gouverné par cette affection personnelle, ne garde pas les paroles de Jésus ; et la parole qu’ils entendaient n’était pas la parole de leur Maître, comme d’un homme, d’un docteur qui parlait de son propre fonds, mais la parole du Père qui avait envoyé Jésus. Toute l’œuvre de la grâce est bien l’œuvre du Père, mais l’œuvre du Fils aussi, l’Esprit y ayant sa place en opération immédiate dans l’âme. Ainsi les miracles de Jésus étaient bien ses œuvres à lui, mais c’est par l’Esprit de Dieu qu’il chassait les démons : le Père aussi, qui demeurait en lui, faisait les œuvres. Ici l’Esprit enseignerait les disciples et leur rappellerait ce que Jésus leur avait dit ; mais ce que Jésus leur avait dit était de la part du Père : il parlait les paroles de Dieu, car l’Esprit n’était pas donné par mesure. Encore ici nous trouvons le Père, le Fils et l’Esprit.

Nous avons vu que le Père et le Fils font leur demeure dans ceux qui gardent la parole de Christ ; mais aussi, c’est par le Saint Esprit que cette demeure se réalise, non pour ne pas sentir la présence du Père et du Fils, mais pour nous la faire sentir. C’est une chose qui dure, non que nos pensées y soient toujours, cela ne se peut pas, mais la conscience et l’influence de leur présence sont toujours là. Je pense travailler à quelque chose que veut mon père selon la chair ; mais s’il est là, en pensant à la chose, la conscience et l’influence de sa présence se font toujours sentir.

Aux choses qu’il venait de leur dire et qui terminent cette partie de son discours, le Seigneur ajoute la révélation précieuse que le Consolateur, le Saint Esprit, que le Père enverrait en son nom, enseignerait aux disciples toutes choses, et leur rappellerait ce qu’il leur avait dit. Nous jouissons chaque jour de l’effet de cette précieuse promesse.

Il y a ici d’autres points d’un grand prix, qu’il importe de remarquer.

Le Père, le Fils et le Saint Esprit ne se séparent pas dans cette œuvre de bénédiction. Le Saint Esprit vient pour tout communiquer, mais c’est le Père qui, dans son amour, l’envoie ; mais il l’envoie au nom du Fils, pour sa gloire, et comme Médiateur, en grâce, en vertu de la rédemption qu’il a accomplie. Le Saint Esprit ferait réaliser aux disciples, selon les pensées du Père, tout ce qui s’était passé, tout ce qui manifestait les voies de Dieu en grâce pendant le séjour du Fils ici-bas. C’est ce que nous trouvons dans les évangiles, qui nous fournissent, non un récit humain des choses qui reviennent à l’esprit, mais la communication (selon l’intelligence divine et selon l’intention de Dieu dans les faits) de ce qui s’est passé dans la vie de Jésus ; car il y a une intention divine dans les récits évangéliques.

Enfin, si le Seigneur quitte les siens, il leur laisse la paix, ce qu’il n’aurait pu faire s’il était resté avec eux, car la paix n’aurait pas été faite, mais il définit cette paix d’une manière qui lui donne une perfection, que ne leur aurait pas procurée le fait de la purification de la conscience. Cela avait bien lieu par son sang : les disciples seraient parfaits quant à la conscience. Sa conscience à lui était toujours parfaite ; la nôtre est rendue parfaite par son sang. Mais, en exceptant la croix et l’anticipation de la croix, le cœur de Jésus était toujours avec Dieu. Sensible à tout, en amour, rien ne le distrayait, ni n’affaiblissait sa communion avec son Père. L’obéissance et la confiance parfaites entretenaient chez lui une paix qui découlait d’une marche avec Dieu et d’une communion avec son Père qui ne se démentait jamais. Le courant de la vie qu’il vivait de la part du Père, ne s’interrompait pas. Il n’y avait pas de brisants dans la vie de Jésus. Les peines qu’il rencontrait n’étaient que l’occasion de la manifestation de la vie divine dans le cœur d’un homme, de la paix que lui donnait la conscience d’être toujours avec Dieu. Ainsi ses paroles et ses actes étaient des paroles et des actes qui venaient directement de Dieu, dans les circonstances dans lesquelles il se trouvait comme homme. Une parfaite sensibilité, une parfaite mesure dans son esprit, de tout ce qui agissait sur lui, donnait lieu à la réponse, à ce que la présence de Dieu et l’impulsion divine produisaient dans l’homme. Qu’est-ce qui pouvait troubler la paix de Jésus ? Lorsqu’il s’agissait d’être fait péché et de porter nos péchés devant Dieu, c’était autre chose ; parce que cela avait lieu, la réponse de Dieu dans son âme n’était pas l’effet de sa présence parfaite et bénie, mais l’abandon, selon l’opposition parfaite de Sa nature au péché. Mais ici, nous abordons des souffrances que personne ne saurait sonder.

Le Seigneur ne donne pas comme nous donnons quelque chose, que par conséquent nous ne possédons plus ; il nous introduit dans la jouissance de tout ce dont il jouit lui-même : la gloire, l’amour du Père, sa joie. Il ne retient rien à lui qu’il se réserve, et à quoi nous n’ayons pas part.

Les quelques versets qui terminent le chapitre renferment une touchante expression de la manière dont le cœur de Jésus s’attend à l’affection des siens. «Si vous m’aviez aimé, vous vous seriez réjouis de ce que je m’en vais au Père» (v. 28). Si vous pensez à vous-mêmes, il est tout naturel que vous soyez affligés ; mais si vous pensiez à moi, ç’aurait été votre joie, de penser que je quitte ce monde de douleurs et de peines pour me rendre auprès du Père, en reprenant ma gloire et en rentrant dans le pays de sainteté et de paix, là où tous mes droits sont reconnus. Le Seigneur se place ainsi tout près de nous, et veut que nous pensions à son bonheur. Quel chrétien ne se réjouit pas à la pensée de sa gloire ?

Jésus peut parler encore, en cheminant vers Gethsémané, de ce que les siens avaient eu en lui, et du don du Saint Esprit, mais, au fond, ses communications au milieu d’eux étaient terminées. Le prince de ce monde venait. C’est ce caractère que Jésus donne maintenant à Satan. Les disciples s’étaient enfuis effrayés ; tout le reste du monde s’unissait gaiement pour chasser de son sein le Fils de Dieu venu en grâce ; ils avaient vu et haï et lui et son Père.

Ce n’est pas tout, que l’homme ait péché. Après le péché Dieu est intervenu, Dieu a agi dans un monde trop méchant pour être supporté davantage. La promesse a été donnée à Abraham, appelé du milieu de l’idolâtrie qui envahissait tout ; la loi a été donnée ; les prophètes ont été envoyés ; enfin le Fils est venu, guérissant tous ceux qui étaient sous le joug de Satan (l’homme fort ayant été lié, ses victimes étaient délivrées) ; le Fils, dernière ressource de Dieu pour éprouver le cœur de l’homme, pour faire voir si cela même pouvait produire en lui quelque retour vers Dieu, et découvrir quelque bien qui serait demeuré caché là au milieu du mal. Mais Dieu était manifesté là ; et si les effets du péché disparaissaient par son moyen, la présence de Jésus réveillait l’inimitié de la chair, et la puissance de Satan s’emparait du monde, ou plutôt démontrait que Satan en était le prince. Jusqu’alors, c’est-à-dire jusqu’à ce que fussent épuisés tous les moyens que Dieu pouvait employer pour ramener l’homme, ce titre de «Chef du monde» ne lui avait pas été donné ; mais Celui dont Dieu avait dit : «J’ai encore mon Fils», ayant été rejeté, Satan est appelé de ce terrible titre. Il y en avait un, un seul dans le monde, qui n’était pas sous ce pouvoir de Satan, un seul en qui le chef du monde n’avait rien, un seul qui n’était pas du monde, un seul qui, quoique véritable homme dans le monde et ayant traversé toutes les tentations, le péché à part, n’avait en lui, ni avant ni après, quoi que ce fût qui donnât à Satan un droit sur lui, même dans la mort, à la rencontre de laquelle il allait maintenant. Ni dans sa marche, ni dans sa personne, il n’y avait quoi que ce fût qui donnât prise à l’ennemi. Satan avait essayé ; il s’était servi de la puissance de la mort pour empêcher Jésus d’obéir jusqu’au bout, mais ses efforts avaient été vains. La mort de Jésus était l’effet de l’obéissance et de son amour pour le Père. «Le chef du monde vient, et il n’a rien en moi ; mais afin que le monde connaisse que j’aime le Père ; et selon que le Père m’a commandé, ainsi je fais» (v. 30, 31). Ce qui amenait la mort pour lui n’était pas le péché en lui, ni de sa part, mais c’était son obéissance parfaite et son amour pour son Père. Jésus en avertit les siens d’avance, afin que, le sachant, leur foi n’en fût pas ébranlée.

 

16                  Chapitre 15

Le Seigneur avait donc parlé à ses disciples de sa personne, au-dessus de toute économie, et de leur position en Lui quand le Saint Esprit serait descendu, et il leur avait dit comment il se ferait connaître à eux, étant loin, ajoutant qu’il leur laissait la paix, même la paix qu’il possédait lui-même. Maintenant, au chapitre 15, il en vient à la vérité de sa position ici-bas, en contraste avec le judaïsme, de leur position en relation avec la sienne, de leur service à la suite de cette position, puis du témoignage rendu par le Saint Esprit promis à la gloire dans laquelle il entrait en haut, et de leur témoignage comme témoins oculaires de ce qu’il avait été ici-bas.

Le judaïsme est ainsi totalement mis de côté, et remplacé par le Christ lui-même. C’est ce qui est arrivé à l’égard de tout ce que Dieu avait établi : le premier homme lui-même est remplacé devant Dieu par le second ; la sacrificature d’Aaron, par celle de Christ, le roi fils de David, Israël serviteur (Ésaïe 49:1), par le Christ (v. 5) ; même le tabernacle terrestre par le vrai tabernacle céleste, ainsi que tout son service. Ainsi ici, Israël n’était pas le vrai cep, bien qu’il eût été transplanté, comme cep de Dieu, d’Égypte en Canaan (Ps. 80:8 et suivants). Christ était sur la terre le vrai cep de Dieu, les disciples étaient les sarments. Eux pensaient encore qu’Israël était le cep de Dieu, et Christ, le Messie longtemps attendu, le principal sarment ; mais il n’en était pas ainsi. Jésus était le cep ; eux, les sarments ; son Père, le vigneron. Et ils étaient déjà nettoyés par la parole qu’il leur avait dite. Le passage a occasionné des difficultés à bien des âmes, parce qu’elles ont appliqué ces paroles à l’Église (*), mais l’union de l’Église avec Christ a lieu quand il est glorifié en haut, et alors nous sommes parfaits en lui. Là, il ne s’agit pas de porter du fruit, ni d’être émondé, mais comme il est dit en 1 Jean 4:17: «Comme il est, lui, nous sommes... dans ce monde». Dans notre chapitre, Jésus est le vrai cep sur la terre, et là, bien que Christ ait pu les déclarer nets, leur responsabilité est développée pour qu’ils portassent du fruit. Ils étaient déjà nets par la parole qu’il leur avait dite.

 

(*) Jean ne parle pas de l’Église, ni dans son évangile, ni dans ses épîtres ; mais ce qui est dit dans le texte est aussi vrai de notre place individuelle en Christ, que de l’Église.

 

L’union dont il est question ici est l’association avec lui comme disciples. Lui, sans doute, les connaissait, mais ils sont envisagés comme étant dans une position de responsabilité. Il s’agissait de porter du fruit ; si un sarment n’en portait pas, le Père l’ôtait tout à fait ; s’il en portait, il le purifiait pour qu’il en portât davantage. Non que ce fût le judaïsme ; bien loin de là, c’est Christ, au contraire, qui le remplace. Nous le voyons plus d’une fois dans la Parole. Ainsi, en Ésaïe 49, Christ est le vrai serviteur à la place d’Israël. Il est le Fils appelé hors d’Égypte, position qu’occupait Israël. «Laisse aller mon fils», a dit l’Éternel par Moïse. De même, il est le vrai cep. Par conséquent, le Père est introduit : il est le vigneron. Nous retrouvons ainsi la vraie position morale que les disciples occupent, de même que les principes importants sur lesquels elle est basée, mais qui se rattachent à ce que nous avons déjà trouvé caractériser cet évangile. Ce qui avait nettoyé les disciples, c’était la parole que Jésus leur avait dite. Mais ce nettoiement est la même chose que celui du Père. Le Père peut se servir de la serpe. Il le fait évidemment quant aux sarments qui ne portent pas de fruit ; il le fait quant à ceux qui en portent.

Or tout ceci se rapporte à la révélation du Père par le Fils. La parole qu’il avait dite à ses disciples n’était pas la révélation du Fils glorifié, par le Saint Esprit, mais du Père par le Fils. C’était cette chose toute nouvelle, non ce que l’homme devrait être selon la loi, mais ce que le Christ était : la grâce et la vérité venues par Jésus Christ. C’était la communication de ce qui était divin, les paroles de Dieu réalisées dans la vie d’un homme. Les paroles de Christ étaient lui-même (8:25) ; mais elles étaient les paroles de Dieu (3:34), toutefois d’un homme, par l’Esprit sans mesure : elles étaient de Dieu révélant le Père en grâce souveraine par le Fils envoyé selon cette grâce (comparez 14:11). C’est dans le nom de Père saint que le Seigneur les a gardés pendant son séjour ici-bas ; maintenant le Père lui-même devient le vigneron.

Or ce chapitre ne parle pas (sauf les derniers versets), du témoignage du Saint Esprit, mais de celui des disciples (avec le secours du Saint Esprit, 14:26) ; et c’est un témoignage, non de sa gloire en haut et des conséquences qui en résultent, mais de ce qu’il avait été et de ce qu’il avait révélé étant ici-bas, de l’état subjectif de la vie divine en un homme dans ce monde. C’est ce que les évangiles nous présentent essentiellement ; les épîtres en général ont la gloire pour point de départ.

Ainsi, pour les détails, les trois premiers versets donnent la position. Viennent ensuite les exhortations fondées là-dessus. La première, c’est de demeurer en lui. Remarquez ici que c’est toujours le côté de la responsabilité de l’homme qui vient en premier lieu. Ce n’est pas : Je demeurerai en vous et ainsi vous pourrez demeurer en moi, mais : «Demeurez en moi, et moi en vous». La seconde chose est l’effet de la première. Il n’y a pas de verbe dans la seconde partie de la phrase ; ce n’est pas ce qu’il veut faire, mais c’est la conséquence, l’effet constaté. Si une âme demeure en Christ, Christ demeure dans cette âme. Or une âme demeure en Christ, quand elle vit dans une dépendance non interrompue de lui, et cherche assidûment à réaliser ce qui se trouve en lui, ce que sa présence nous donne, car il est la vérité de tout ce qui nous est venu de la part du Père, et l’on y vit en demeurant en lui. Ce qui est en lui nous est communiqué, comme la sève coule du cep dans le sarment. Tout vient de lui, mais il y a de l’activité dans l’âme pour s’attacher à lui, et c’est ainsi que le fruit se produit dans le sarment. Or on ne demeure pas en Christ pour qu’il y ait du fruit, mais on produit du fruit parce qu’on demeure en Christ. On demeure en Christ dans la conscience que l’on ne peut rien hors de lui, mais c’est pour l’amour de Christ. C’est la première exhortation et le premier exposé de ce que nous avons à faire.

Au verset 6, il ne dit plus «vous», mais «si quelqu’un», car il les connaissait, et, quoique ce ne soit pas le sujet traité dans le passage, une fois réellement en Christ, on y est pour toujours. Ici aussi, c’est comme au chapitre 13 : «Vous êtes nets», puis il ajoute, «mais non pas tous», car Judas y était encore. Si un homme ne s’attachait pas à Christ, tout en étant de profession associé avec lui, il était retranché comme un sarment pour sécher et être jeté au feu. Au verset 7, se trouve un autre principe très important. Si les disciples demeuraient en lui et que ses paroles demeurassent en eux, ils disposeraient de la puissance sans limites du Seigneur. Toujours dans l’esprit de dépendance, il est vrai, ils pourraient demander ce qu’ils voudraient. C’est là la vraie limite de la réponse à la prière. Le requête est produite dans un cœur formé par les paroles du Sauveur, et selon des désirs créés par ces paroles, c’est-à-dire de Dieu lui-même, qui demeurerait dans le cœur. Jamais nous ne trouvons que les apôtres aient opéré ou demandé la guérison des personnes qui leur étaient chères, quoique ce soit parfaitement licite de présenter en pareil cas nos requêtes à Dieu. Mais Paul dit : «J’ai laissé Trophime malade à Milet». Et encore : Épaphrodite «a été malade, fort près de la mort, mais Dieu a eu pitié de lui». Les œuvres de puissance qu’ils accomplissaient, avaient pour but de confirmer la parole ; mais c’était un immense privilège, dans leur travail de foi, d’être assurés de l’intervention de Dieu quand ils demanderaient, et que, lorsque la sagesse de Dieu avait formé leurs pensées, sa puissance y ajouterait l’efficace de son opération. Christ est la sagesse de Dieu et la puissance de Dieu.

On demandera jusqu’où l’on peut appliquer ceci maintenant. Je ne m’attends pas à des miracles, je ne crois pas qu’il doive y en avoir, sauf ceux de mensonge de la part de Satan ; mais je crois que si l’on demeure en Christ et que ses paroles forment le cœur, si l’on vit de chaque parole qui sort de la bouche de Dieu, là où l’on se trouve dans les combats de la foi, Dieu donne la foi pour les circonstances du service. Il répondra à la foi donnée et nous exaucera, lui qui dispose de tout, de moyens à nous inconnus, de tous les cœurs des injustes comme de ceux des justes. Mais il est important pour nous, 1° pour ne pas nous tromper, et 2° pour saisir les pensées de Dieu dans toute leur portée, de comprendre les limites vraies de cette promesse. Dieu ne manquera jamais à sa promesse. L’accomplissement de la promesse est sûr pour la foi, mais les paroles du Sauveur forment la pensée de la foi à laquelle la promesse répond. C’est ainsi que le Père devait être glorifié, en ce qu’ils porteraient beaucoup de fruit, — fruit d’âmes sauvées par leur moyen, par cette révélation du Père dans le Fils, que les paroles de Jésus, paroles de Dieu en grâce, leur communiqueraient.

Ensuite vient un autre côté précieux de ces exhortations : «Comme le Père m’a aimé, ainsi moi aussi je vous ai aimés ; demeurez dans mon amour». Cela se rattache à l’obéissance. Mais la déclaration est d’une grâce infinie. Le Père avait aimé le Fils, Jésus, dans sa carrière ici-bas ; il l’avait aimé selon la perfection de l’amour divin, mais comme homme dans ce monde. Ainsi Christ les avait aimés. C’était l’amour d’une personne divine, pour un homme qui accomplissait parfaitement toute sa volonté avec un dévouement absolu, mais c’était aussi un amour de communion, et cela lorsqu’il était aux prises avec le mal. De la même manière aussi Christ les avait aimés. Ils devaient demeurer dans cet amour. C’est la constance dans leurs relations avec le Christ, qui est le grand point dans tout le chapitre. Ils devaient continuer dans la réalisation de cet amour tout divin qui toutefois s’adaptait à leur état humain, et il en serait ainsi s’ils marchaient dans le chemin où Christ avait marché. «Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour ; comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour».

Il ne s’agit pas ici de l’amour éternel du Père pour le Fils, ni même de l’amour immuable que Dieu porte à ses enfants, mais du chemin dans lequel ceux-ci devaient jouir de l’amour divin. Jésus, comme homme ici-bas, n’était jamais sorti de la jouissance de cet amour de la part du Père. Son obéissance avait été absolue et parfaite, et aucun nuage n’a jamais pu se placer entre son âme et son Père. Sa vie était une vie d’obéissance et une vie de communion parfaites. Eux devraient garder ses commandements, et ainsi ils demeureraient dans son amour, de même que lui demeurait dans l’amour du Père. Il le leur disait afin que sa joie, la joie qu’il avait possédée ici-bas, demeurât en eux, et que leur joie fût accomplie. Ici, c’est directement l’amour de Christ ; nous sommes en contact avec le cep, non avec le médiateur ; avec celui en qui nous sommes, non avec le Père. C’est un amour humain quoique divin, amour par conséquent sympathique, qui s’introduit dans tous les détails de la vie humaine et du service du ministère. C’est ce qui est arrivé lors de son séjour ici-bas. Impossible que le Père oubliât Christ un instant dans son service ici-bas. Il en prenait connaissance, il y était. Il en est de même de Christ envers nous, pour autant que nous gardons ses commandements.

Mais son premier commandement, c’est que ce genre d’amour se réalisât entre eux-mêmes aussi. Communion parfaite d’amour l’un avec l’autre, mais supérieure, en ce que cet amour était divin, à toutes les faiblesses qui auraient pu lui nuire, en sorte qu’elles n’étaient que l’occasion de l’exercice de cet amour ; toutefois ce qui devait le caractériser, c’était le lien qui les rendait tous un par son moyen ; l’amour était mutuel, en ce que Christ était le tout de chacun, et que, chacun vivant dans la dépendance et dans l’obéissance, l’amour propre disparaissait. Comme étant des sarments, chacun tirait tout du cep ; les paroles de Christ étaient la source de toutes les pensées du cœur, dans la conscience de son amour parfait.

Or si sa vie avait été l’expression continuelle de cet amour, sa mort l’était encore davantage. Il ne pouvait avoir de plus grand amour que de mourir pour eux. Il faut remarquer ici que ce n’est pas l’amour de Dieu pour les pauvres pécheurs, amour purement divin et souverain, mais l’amour de Christ pour ses amis. Ce n’est pas non plus Christ, qui est ici l’ami, mais les disciples qui sont ses amis, ceux en qui il a confiance : «Vous êtes mes amis, si vous faites tout ce que moi je vous commande». On communique à un ami tout ce qu’on a sur le cœur, parce qu’on compte sur l’intérêt qu’il nous porte. Christ avait communiqué aux disciples tout ce qu’il avait entendu de la part du Père. Il y a l’action du médiateur humain, le cep avec les sarments ; ce qu’il importe de remarquer, c’est qu’il ne place pas ici ses disciples dans sa propre relation avec le Père, — cela sera développé plus tard, — mais il leur a communiqué comme de lui-même tout ce dont il jouissait. La relation était avec lui-même, comme lui personnellement y avait été avec le Père ici-bas. C’est dans cette relation d’intimité où il est avec eux, fidèles en observant ses paroles, qu’il les envisage quand il laisse sa vie pour eux.

Leur relation avec Christ était celle d’envoyés de sa part, comme lui l’avait été de la part de son Père. Jésus les avait choisis et envoyés, afin qu’ils portassent du fruit dans leur œuvre et que ce fruit durât -ce dont nous sommes le résultat béni aujourd’hui ; mais étant envoyés ainsi de la part du Christ, le Père était pour ainsi dire engagé à donner tout ce qu’il fallait pour l’œuvre, en sorte que tout ce qu’ils demanderaient au Père au nom du Sauveur, le Père le leur donnerait. Ceci place les douze dans leur position comme apôtres, envoyés du Seigneur médiateur dans la grande œuvre du salut, le cep duquel les sarments tiraient toutes leurs forces, sous les soins fidèles du souverain Cultivateur. Telle est la position morale dans laquelle le Seigneur les place ; c’est l’union dans l’amour. Ils forment un corps d’ouvriers à part, unis à lui comme au cep, pour porter du fruit ; mais le fruit est porté maintenant par les sarments et non par le cep.

Entre eux, le lien devait être l’amour, mais qu’est-ce qui caractérisait la relation dans laquelle ils se trouveraient avec le monde ? Le monde les haïrait. Le monde avait haï leur maître ; ils l’avaient vu et connu. Christ n’était pas du monde, mais il avait été dans le monde, rendant, dans sa vie et par ses paroles, témoignage à ce qu’était le monde vu dans la lumière de Dieu. Si les disciples avaient été du monde, le monde les aurait aimés, mais parce qu’ils n’en étaient pas, tout en y étant, le monde les haïrait. Toutes leurs allures, leur marche, leurs motifs étaient différents de ceux du monde. C’était un peloton d’hommes à part ; le monde est très susceptible, son bonheur n’est pas réel ; sa gloire est fausse et transitoire : tout y est creux et ne supporte pas un peu de réflexion. Le monde accordera bien qu’on dise cela dans des maximes et proverbes, mais qu’il y ait des hommes dont la vie dise constamment la vérité à l’égard de l’état du monde qui nous entoure, voilà qui est insupportable. La relation et les rapports des disciples avec le monde devaient être les mêmes que ceux du Sauveur ; les sarments seraient traités comme le cep l’avait été. Mais c’est à cause du nom de Christ que se produiraient les faits, fruit de cette haine, parce qu’ils n’avaient pas connu Celui qui l’avait envoyé. C’était toujours la manifestation de Dieu en Christ, du Père en grâce, en Jésus, qui avait suscité cette haine et lui avait donné son vrai caractère.

C’est là la grave et terrible question qui a été soulevée. Dieu, le Père, présenté en grâce aux hommes et en particulier à Israël, où toutes ses promesses et ses oracles avaient été déposés ; mais Dieu présenté aux hommes en Jésus, la parole de Dieu en grâce ; autrement leur état n’aurait pas été manifesté comme étant un état de péché et de rien d’autre, un état de haine contre Dieu, venu au milieu d’eux plein de bonté. S’il y avait eu en l’homme quelque bien, que la présence de Jésus eût pu réveiller, des fautes et de graves péchés auraient pu être commis, mais il y aurait eu aussi remède et pardon, car le fond une fois atteint aurait été bon. Mais maintenant il n’y avait plus de voile pour leur péché. Leur état était le péché absolu dans la volonté. En haïssant Jésus, ils avaient haï le Père, car Jésus le manifestait. Ses paroles étaient les paroles de Dieu, du Père, et de plus il avait donné des preuves irrécusables de la révélation du Père en lui. Il n’y en avait jamais eu de semblables, car non seulement la puissance divine se montrait même en ressuscitant des morts, et en donnant à d’autres le pouvoir d’opérer les mêmes œuvres, mais ses miracles étaient des actes de bonté. L’amour divin s’y déployait et s’unissait à la puissance en la dirigeant. Ainsi ils avaient vu et haï, et le Père et le Fils.

Mais tout terrible que cela fût, et c’était fatal et final pour l’homme (sauf la grâce souveraine qui le créait de nouveau), ce n’était que ce qui était écrit dans leur loi : «Ils m’ont haï sans cause», terrible jugement porté sur l’homme tel qu’il est. Mais il est doux et beau de voir que le péché de l’homme n’arrête pas le courant de la grâce de Dieu. Le Seigneur continue ainsi : «Mais quand le Consolateur sera venu, lequel moi je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité, qui procède du Père, celui-là rendra témoignage de moi. Et vous aussi, vous rendrez témoignage ; parce que dès le commencement vous êtes avec moi». Un autre ordre de choses était nécessaire : l’homme mort et ressuscité, l’homme dans le ciel même, la rédemption accomplie, l’Esprit Saint venu. Cette haine de l’homme ne ferait qu’accomplir cela. Alors le Saint Esprit leur communiquerait la gloire céleste du Fils de l’homme, résultat de son rejet. Issu du Père, envoyé par le Fils de l’homme glorifié, l’Esprit de vérité, le Consolateur descendu ici-bas, rendrait témoignage à ce Fils de l’homme, à Celui qui avait été rejeté, parfait ici-bas, mais maintenant dans la gloire céleste. Eux aussi rendraient témoignage, ayant été auprès de lui dès le commencement de son ministère public ici-bas. Le même Consolateur serait leur force, pour les en rendre capables (14:26), mais ils rendraient ce témoignage comme témoins oculaires de sa vie de souffrance.

 

17                  Chapitre 16

Maintenant le Seigneur va les entretenir, non de la position dont ils avaient joui avec lui sur la terre, en ajoutant des promesses à l’égard du Saint Esprit, mais de ce qui allait arriver, de la présence du Consolateur, et du témoignage qu’il rendrait. Il avait bien parlé de lui en rapport avec les relations dans lesquelles ils se trouveraient avec le Père : là ce Consolateur le remplace et c’est le Père qui l’envoie.

Bien que le Seigneur vienne spirituellement se révéler à eux, et, avec le Père, les consoler et les fortifier en faisant leur demeure chez eux, dans le chapitre 14, le Saint Esprit remplace plutôt le Seigneur. Au chapitre 15, le Sauveur parle du témoignage que le Consolateur rendrait. Les apôtres, avec son secours, devaient rendre témoignage de ce que Jésus avait été ici-bas. Ils ne pouvaient être témoins oculaires de ce qu’il est là-haut. Le témoignage qu’ils auraient à rendre de sa vie ici-bas, devait être beaucoup plus vivant, plus nourri, que ne l’eût été une pure révélation d’en haut, à cause des relations dans lesquelles ils s’étaient trouvés avec lui, tout inintelligents qu’ils eussent été. Mais c’était une partie de sa vie d’ici-bas de n’être compris de personne.

Le témoignage qu’ils nous ont donné est bien celui du Saint Esprit (14:26), qui a choisi les incidents propres à communiquer le vrai caractère du Sauveur, la vie divine en Lui. Mais la grâce qui se manifestait en lui, s’exerçait tous les jours envers eux, ou au moins au milieu d’eux. Toujours lui-même, dans une vie qu’il vivait à cause du Père, il s’adaptait cependant — et le pouvait parce que sa vie était inséparable du Père — à toute la faiblesse des disciples, à tout ce qu’exigeait la grâce de sa part. Ce n’était pas purement et simplement un témoignage divin, mais c’était sa propre personne, ne perdant jamais sa divine perfection. Sa pureté inaltérable prenait toutes les couleurs que les circonstances qui l’entouraient donnaient à cette vie dans sa grâce. Le récit est un récit entièrement divin, mais qui, dans ce qu’il raconte, s’exprime par des cœurs humains qui y ont passé. Ce que Christ est en haut ne saurait s’exprimer ainsi. Là tout est parfait, sa gloire personnelle est accomplie. La patiente douceur, l’inébranlable fermeté, la sagesse divine au milieu du mal et des adversaires, ne sont plus de place, c’est la gloire qui se révèle. Et qui la révélera, sinon Celui qui en vient et qui y est ?

Au chapitre 14, le Père envoie le Saint Esprit au nom de Jésus, et nous donne la conscience de notre place devant lui-même, comme fils avec le Fils. Ici, c’est Christ, fils de l’homme, qui l’envoie d’auprès du Père, duquel le Saint Esprit procède, et il rend témoignage à Christ lui-même. Il est «l’Esprit de vérité», témoignage purement divin des choses qui sont en haut, l’Esprit qui est de Dieu, pour que nous connaissions les choses qui nous sont gratuitement données de la part de Dieu. Le témoignage rendu à la vie de Christ ici-bas, est un témoignage pleinement divin, mais qui se rend à travers les circonstances par lesquelles Jésus a passé et par des personnes qui s’y trouvaient elles-mêmes, afin que nous sachions ce qu’était Dieu au milieu de l’humanité déchue ; grâce immense qui réveille toutes les affections d’un cœur enseigné du Saint Esprit et qui s’en empare (*).

 

(*) Si nous examinons avec l’intelligence spirituelle les divers récits des évangiles, nous nous apercevons tout de suite d’une intention qui ne se montre pas par des paroles explicatives, mais par les circonstances mêmes, tout en étant dans des relations avec les hommes. Par exemple, Jean ne parle pas de l’agonie de Jésus en Gethsémané, bien qu’il fût plus près de lui, et du nombre de ceux que Jésus réveilla de leur sommeil. C’est que, dans Jean, le Saint Esprit donne le côté divin de cette touchante histoire. Ainsi il y est aussi parlé des troupes qui, venant prendre Jésus, sont renversées par sa présence. Matthieu, qui cependant l’a vu, n’en parle pas. Pour lui, Christ est la victime souffrante et mise à mort ; pour Jean, il est Celui qui s’offre lui-même sans tache à Dieu. Il en est de même partout.

 

Mais quels que fussent les privilèges auxquels ils allaient participer par la présence du Saint Esprit, ils devaient subir en même temps les conséquences du rejet de leur Maître, rejet qui n’était pas seulement celui d’un réformateur éclairé qu’on n’aimait pas, mais l’expression de l’inimitié du cœur de l’homme contre Dieu, et contre Dieu manifesté en bonté. Lui s’en allait en haut et les rendait participants de l’Esprit ; eux restaient ici-bas, munis sans doute de cette puissance spirituelle, jusqu’à faire des miracles qui rendraient témoignage à la source dont ils émanaient, mais la continuation du témoignage et de la puissance devait amener contre eux la même hostilité qui s’était manifestée contre Jésus. Si l’on avait appelé le maître de la maison Béelzébul, à plus forte raison traiteraient-ils de même les gens de la maison.

De plus, c’était une haine religieuse. Si une religion s’adapte au monde, et ne coûte rien au principe égoïste, on y tient ; on s’en enorgueillit encore davantage si, par la vérité qu’on reconnaît, on peut s’élever au-dessus des autres. Or cette haine — tout en reconnaissant bien son objet, savoir la révélation de Dieu dans ce monde — était une haine d’ignorance, spécialement pour les masses. La haine des chefs était plus morale, plus positivement diabolique, comme le Seigneur le leur avait dit (chap. 8). Les masses étaient jalouses pour leur religion, comme Paul le reconnaissait (Actes 22:3) ; les chefs détestaient ce qui se manifestait, parce que c’était la lumière. Terrible état ! mais que peut être un état qui s’oppose avec une volonté résolue, avec acharnement, à un tel Sauveur ? Le Seigneur dit que celui qui tuerait ses disciples croirait rendre service à Dieu. C’est ce que faisait Saul de Tarse. Mais les chefs avaient, dit le Seigneur, «et vu, et haï, et moi et mon Père».

Mais ici quelques vérités pratiques ressortent de ce qui est dit. C’est par la révélation d’une nouvelle vérité, que le cœur est exercé et sondé ; je dis nouvelle, au moins pour le cœur qui la rencontre . On s’accrédite par une ancienne. Les juifs croyaient à un seul vrai Dieu, et ils avaient bien raison. C’était un privilège, un avantage moral d’une portée immense. En réalité, il n’y avait que ce Dieu-là ; pour autant qu’il y avait de la réalité dans le paganisme, les dieux des païens étaient des démons. Mais bien que le Juif pieux reconnût ce Dieu vrai, lui obéît et se confiât en lui, c’était la gloire de la nation que d’avoir ce Dieu pour Dieu, et le Juif sans piété se glorifiait aussi en lui. Mais hélas ! Il voyait la puissance qui témoignait de la présence de Dieu, ailleurs que dans le temple, son séjour séculaire. La maison, toute belle qu’elle était, était vide, et une double haine éclatait contre ce qui en était la preuve. Dieu avait introduit une chose toute nouvelle. Le Père avait envoyé le Fils en grâce et s’était manifesté en lui, et cette grâce ne pouvait se borner au Juif seul. Elle pénétrait comme lumière jusqu’au fond du cœur de l’homme, Juif ou gentil. L’un et l’autre étaient pécheurs. Le Juif l’avait manifesté dans le rejet de ce Fils, et la grâce souveraine s’étendait aux gentils. Le Juif pécheur en avait tout autant besoin ; la paroi mitoyenne avait croulé à la croix. C’était Dieu et l’homme maintenant, non le Juif et le gentil. En vain Dieu avait reconnu les privilèges des Juifs, en vain avait-il envoyé son Fils, selon les promesses, aux brebis perdues de la maison d’Israël ; Israël n’en voulait rien ; il voulait sa propre gloire. De là vient que pour eux, Juifs, celui qui détruirait un tel témoignage, le témoignage d’une grâce infinie, du Père envoyant le Fils dans le monde, de la grâce s’exerçant pour le salut envers les pécheurs, Juifs ou gentils, celui-là, dis-je, qui le détruirait, rendrait service à Dieu. Il croirait rendre service à Dieu, à son Dieu à lui, au Dieu qui faisait sa gloire. Quant au Père et au Fils, il ne les connaissait pas ; c’était là la nouvelle vérité qui mettait à l’épreuve l’état de son cœur. Un bon protestant peut se glorifier en rejetant la divinisation de l’hostie et en croyant à la justification par la foi comme dogme ; c’est sa gloire comme protestant. Mais où en est son âme quant à la présence du Saint Esprit et à l’attente du Sauveur ? Les nouvelles vérités confirment toujours les anciennes, tout en jugeant les superstitions, mais la foi aux anciennes, qui font notre gloire à nous, n’est pas une pierre de touche pour l’état de l’âme, bien qu’il faille les maintenir soigneusement.

Il y a une autre remarque du Sauveur qui mérite notre attention particulière. Elle est simple, mais dévoile l’état de nos âmes. «Maintenant», dit-il, «je m’en vais à Celui qui m’a envoyé, et aucun d’entre vous ne me demande : Où vas-tu ?» La douleur avait rempli leur cœur. C’était très naturel et, dans un certain sens, très juste. Ils sentaient l’effet présent et actuel du départ de Jésus. Cela les touchait de près, mais ils jugeaient les circonstances entièrement en rapport avec eux-mêmes. Ils avaient renoncé à tout pour le Seigneur, et ils allaient le perdre. Et non seulement cela, mais il fallait renoncer à tout ce qui se rattachait pour eux à sa présence ici-bas ; toutes leurs espérances juives s’évanouissaient. Ils sentaient l’effet des circonstances sur eux-mêmes, mais ne pensaient pas aux desseins de Dieu qui s’accomplissaient dans ces circonstances, car le Fils de Dieu ne sortait pas de ce monde par un accident. Il en est de même de nos plus petites circonstances : pas un passereau ne tombe en terre sans notre Père. Ce qui les troublait, était en réalité l’œuvre de la rédemption. De plus, ce qui fait notre croix dans ce monde-ci, répond à la gloire et au bonheur dans l’autre. La préoccupation des circonstances leur cachait les choses célestes et la gloire dans laquelle entrait l’Agneau.

Mais cette remarque introduit, non la gloire céleste du Seigneur, — quoique ce qu’il dit en dépende, — mais la conséquence pour eux ici-bas, ce qui doit nous occuper maintenant. C’est la venue ici-bas du Consolateur, du Paraclet. Sa présence dans ce monde devait avoir pour but de convaincre de péché, de justice et de jugement. Il ne s’agit pas ici de la démonstration à la conscience d’un homme des péchés dont il est coupable, mais d’un témoignage de l’état du monde, et cela par la présence même du Saint Esprit, bien qu’il le rendît aussi aux hommes. Le péché s’était manifesté depuis longtemps dans le monde ; la loi avait été transgressée ; mais maintenant Dieu lui-même était venu en grâce. Toutes ses perfections, sa bonté et sa puissance, s’exerçant pour délivrer des effets du péché, avaient été manifestées dans ce monde, et toutes en grâce envers les hommes, avec une patience qui est restée parfaite jusqu’au bout, et l’homme n’a pas voulu Dieu. Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, ne leur imputant pas leurs fautes. Mais l’homme n’en voulait rien. Voilà le péché ; non la conviction des convoitises déréglées, non celle des transgressions contre la loi de Dieu, mais le rejet final et formel de Dieu lui-même. Le Saint Esprit n’aurait pas été là, si cela n’avait pas eu lieu. De plus, nous avons le spectacle solennel du seul juste qui avait glorifié Dieu en toutes choses et avait été envers lui d’une obéissance à toute épreuve, abandonné de Dieu lorsque, persécuté par les hommes, il en appelle à lui. Et tout est fini pour ce qui regarde le monde. Aucune justice ne se montre, si ce n’est dans le jugement du péché dans la personne de Celui qui n’avait pas connu le péché, mais qui avait été fait péché devant Dieu, s’étant offert à Dieu pour cela, pour que Dieu y fût glorifié.

Où chercher la justice ici-bas ? Ce n’est pas dans le rejet de Dieu par l’homme, ce n’est pas dans l’abandon du juste de la part de Dieu. Où donc la chercher ? En haut. L’homme Christ, en souffrant ainsi, avait parfaitement glorifié Dieu en tout ce qu’il est : justice contre le péché, amour, majesté, vérité. Il s’était livré pour cela. Et la justice se trouve en ce que Celui qui s’est donné pour glorifier Dieu est sur le trône du Père, assis à la droite de Dieu (*), ce dont la présence du Saint Esprit était le témoignage, avec cette terrible conséquence que, comme Sauveur en bonté et en grâce, le monde ne le verra plus. C’est ainsi qu’il l’a dit : «Dorénavant vous verrez le Fils de l’homme assis à la droite de la puissance, et venant sur les nuées du ciel» ; mais ce sera en jugement. Moment réellement suprême et terrible pour ce monde, bien que la grâce en recueille un grand nombre pour la gloire céleste, et qu’un résidu d’entre les Juifs doive jouir, par la même grâce et en vertu du même sacrifice, de l’effet des promesses auxquelles la nation a perdu tout droit, en rejetant la personne de Celui en qui elles s accomplissent.

 

(*) Voyez Jean 13:31, 32 ; 17:4:5.

 

Mais, bien que la volonté et les convoitises des hommes, leur haine contre la lumière et leur inimitié contre Dieu, les rendissent responsables de ce crime, qui était-ce qui les dirigeait et concentrait leur animosité sur un seul point ? Qui était-ce qui amenait l’indifférence hautaine et la cruauté d’un Pilate, tout averti et alarmé qu’il était, à se joindre, pour le rejet du Fils de Dieu, à la haine inconcevable des chefs du peuple remplis de jalousie, et aux préjugés sans consistance de la multitude ? Qui était-ce qui les unissait pour être solidaires dans ce crime ? C’était le diable. Il est le prince de ce monde, démontré et déclaré tel dans la mort du Sauveur par la main de l’homme, mais jugé par le fait même. Celui qui gouvernait le monde, son prince, s’est montré tel dans la mort de celui qui était le Fils de Dieu venu en grâce. Avant et après, il pouvait exciter les passions, allécher les convoitises des hommes, susciter les guerres, attiser les torts des uns contre les autres, pourvoir aux désirs corrompus du cœur, mais tout cela était égoïste et partiel. Mais quand le Fils fut là, il put tout réunir, ceux qui se haïssaient et se méprisaient les uns les autres, contre ce seul objet : Dieu manifesté en bonté.

Le prince de ce monde est l’adversaire de Dieu. Le moment n’était pas encore venu pour le jugement de ce monde, mais le jugement en était certain, car son prince, celui qui le gouvernait tout entier, était le Satan, l’adversaire de Dieu, comme la croix de Jésus le démontrait. Or la présence du Saint Esprit était la preuve, non seulement que ce Jésus était reconnu de Dieu pour son Fils, mais que, comme Fils de l’homme, il était glorifié à la droite de Dieu. Au reste c’est le témoignage de Pierre, c’est-à-dire de l’Esprit, au second chapitre des Actes. Le Saint Esprit n’aurait pas été dans le monde, si cela n’eût pas été le cas. La rupture entre le monde et Dieu était complète et finale : vérité solennelle à laquelle on ne pense pas assez. La question que Dieu pose au monde est : «Où est mon Fils ? qu’en as-tu fait ?»

Mais cette présence de l’Esprit n’est-elle pas un avantage, un mieux pour le monde ? N’est-ce pas une relation plus bénie que tout ce qui a précédé ? Dieu soit béni ! la grâce souveraine s’exerce envers le monde en vertu de la mort de Christ ; mais, sauf ses droits souverains, Dieu n’a aucune relation avec le monde. Le Saint Esprit est au milieu des saints et dans les saints, mais, comme nous l’avons lu, le monde ne peut pas le recevoir : il est donné aux croyants. Entre le rejet et le retour de Christ, il rend témoignage à la grâce manifestée dans la mort de Jésus et à la gloire dans laquelle Christ se trouve, pour amener ceux qui croient en lui à une association céleste avec le dernier Adam, en les délivrant de ce présent siècle mauvais. Et il reste toujours vrai que «si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui», et que «l’amitié du monde est inimitié contre Dieu». Maintenant ces nouvelles relations sont entretenues par l’Esprit dans ces vases d’argile ; plus tard, ceux qui possèdent cet Esprit seront glorifiés avec le Seigneur lui-même. Plus tard, lorsque le jugement aura été exécuté, cette même grâce envers l’homme établira le Seigneur, selon ce qui lui est dû et selon les conseils éternels de Dieu, sur un monde béni, où la puissance de l’ennemi ne s’exercera pas. Mais ce n’est pas notre sujet ici.

Maintenant c’est avec le dernier Adam qui est du ciel, avec le Fils de l’homme glorifié, que nous avons affaire. Ce qui existe, c’est une rupture complète du monde avec Dieu, et un Christ céleste qui a accompli la rédemption. Mais le témoignage que rend le Saint Esprit, la vérité dont il est la preuve, est double et se partage ici. Ce que nous avons parcouru, c’est le témoignage que sa présence ici-bas rend à l’égard du monde ; ce qui suit est ce qu’il devait faire pour les disciples au milieu desquels il se trouvait.

Quel jugement solennel que celui qui vient de passer sous nos yeux, sortant de la bouche du Seigneur lui-même ! Le monde entier gisant dans le péché par son refus de recevoir le Sauveur venu en grâce ; la justice selon Dieu introuvable, sauf sur le trône en haut où elle avait placé celui que le monde avait rejeté, et en ce que le monde ne le reverrait jamais plus comme tel ; enfin, si l’exécution du jugement était encore différée, ce dernier n’était pas moins certain, car celui qui était en possession du monde avait montré qu’il était l’adversaire de Dieu, en conduisant le monde qu’il s’était assujetti, à crucifier le Seigneur.

Mais, quant aux disciples, l’Esprit devait leur révéler pleinement la vérité, et introduire leurs esprits dans la connaissance de toute la vérité. La vérité, c’est la manière dont Dieu envisage toutes choses et ce qu’il révèle de lui-même, de ses propres pensées et de ses propres conseils. Or Christ en est l’expression du côté positif, comme étant Dieu manifesté à l’homme et l’homme parfait aux yeux de Dieu. Étant la lumière, il met en évidence tout ce qui n’est pas selon les pensées de Dieu. Aussi le voile étant déchiré et Christ entré comme homme dans le ciel, et assis à la droite de Dieu, ce qui n’était pas du ressort de la connaissance humaine, «ce que l’oeil n’a pas vu, et que l’oreille n’a pas entendu», l’Esprit le révèle, et il révèle même les choses les plus profondes de Dieu. Tout, depuis le trône éternel de Dieu jusqu’au hadès, et du hadès au trône de Dieu, et la rédemption qui s’y rattache, tout est dévoilé. Et c’est en Christ que toute cette révélation nous est faite ; mais aussi tout ce qui se révèle de la part de Dieu lui appartient. «Tout ce qu’a le Père est à moi», dit-il ; et ce n’est pas seulement ce qui est de Dieu comme Dieu, par exemple la création ; mais tout ce qui, dans les conseils de grâce, forme la nouvelle création en relation avec le Père, cela est à lui.

Ainsi le Saint Esprit devait prendre de ce qui était de Christ et le montrer aux disciples, et c’était tout ce que le Père possédait. La grâce et la vérité étaient venues en Christ au milieu de la vieille création. L’homme se refusait à cette grâce et rejetait cette vérité, mais maintenant Dieu voulait communiquer, à ceux qui croiraient en Christ, les choses nouvelles qui étaient dans ses conseils, dont Christ était le centre et la plénitude.

En quelle scène glorieuse nous sommes introduits ici, scène qui remplace ce que les disciples perdaient par la mort du Messie ! Toute la gloire qui se rattache à la personne du Fils, soit comme celui en qui tous les conseils de Dieu se concentrent, soit quant à ce qu’il est en lui-même, se révèle pleinement. Si, dans ce que nous avons d’abord parcouru, nous avons trouvé le jugement terrible mais juste du monde, quelle scène glorieuse, je le répète, s’ouvre ici dans les révélations que communique le Saint Esprit relativement à cette nouvelle création dont le second homme est le centre, lui, le Fils de Dieu qui révèle le Père, un autre monde où se révèle tout ce qui est dans le Père et du Père !

 

Mais ceci impliquait la mort et la résurrection de Christ, la fin de toute relation avec la vieille création, et un état nouveau de l’homme pour la nouvelle. Or la gloire de cette nouvelle création n’était pas encore révélée, ni même établie objectivement ; mais l’état de l’homme subjectivement, état immortel, pur, spirituel même quant au corps, était réalisé dans la résurrection, alors même que la gloire extérieure manquait encore. La chose nouvelle et éternelle existait dans la personne de Christ, et, quant à lui personnellement, elle se réalisait en ce qu’il s’en allait auprès de son Père, source de tout, «le Père de gloire», comme il est dit.

 

Or cet état nouveau de l’homme a été manifesté familièrement aux disciples, pendant les quarante jours que le Seigneur a passés sur la terre après sa résurrection, avant qu’il montât dans le ciel. Le retour du Sauveur, lorsqu’il reviendra dans sa gloire, sera le moment où sa domination sera établie sur toutes choses, où Dieu les mettra toutes sous ses pieds, avec une autorité et une puissance qu’il fera valoir pour se les assujettir. Or ce dont nous parlons, soit à l’égard de l’état de l’homme, soit relativement à la gloire, est évidemment quelque chose de plus que la présence du Saint Esprit, toute précieuse qu’elle soit, et c’est de cela que le Seigneur s’occupe maintenant. Le Saint Esprit devait être donné aux disciples, mais de plus lui devait les revoir. Sans doute, ils le reverraient quand il reviendra en gloire, mais alors il ne s’agira plus de témoignage à rendre. Avant cette heure-là, ils devaient le revoir pour un moment, car il s’en irait ensuite auprès de son Père. Ceci était l’introduction des disciples dans la réalisation de cet état nouveau que le Christ inaugurait par sa résurrection, Fils de Dieu en puissance. Ils devaient voir le second homme au-delà de la mort, et être en communication vivante avec lui. Ce n’était pas la révélation des choses glorieuses de la nouvelle création par le Saint Esprit ; cette révélation allait leur être donnée : c’était Christ lui-même, le Christ qu’ils avaient connu dans les jours de sa chair. «Touchez-moi», leur dit-il, «et voyez» que c’est moi-même. Touchante et précieuse parole ! C’était celui qu’ils avaient connu et accompagné tous les jours et tout le jour, qui avait supporté leurs infirmités, soutenu leur foi et encouragé leurs cœurs ; c’était le même Jésus, qui se montrait avec eux aussi familièrement qu’auparavant, bien que dans un tout autre état. Il s’est montré, dit Pierre, «non à tout le peuple, mais... à nous qui avons mangé et bu avec lui après qu’il eut été ressuscité d’entre les morts». C’était le même Christ, mais ce qui est de toute importance, la base de tout pour nous, c’était Christ au-delà de la mort, de la puissance de Satan, du jugement de Dieu et du péché, lui qui avait été fait péché pour nous, par qui nos péchés avaient été portés et anéantis, pour que Dieu ne s’en souvînt plus. On voit là le lien entre Jésus, connu dans son humiliation au milieu de nous en grâce, et l’homme dans son nouvel état, selon les conseils de Dieu, état où il ne pouvait plus être assujetti à la mort, ni mis à l’épreuve.

Le Saint Esprit est la source bénie de nos bonnes affections, mais il ne peut pas, comme Jésus, en être l’objet. En tant que Dieu, nous l’aimons ; mais, nous le savons, il n’a pas été fait chair pour nous, et il n’est pas mort pour nous, nous ne pouvons pas être unis à lui. On ne peut dire de lui comme du précieux Sauveur : «Celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés sont tous d’un ; c’est pourquoi, il n’a pas honte de les appeler frères» (Héb. 2:11). Il ne s’agit pas ici de préférence, ni de comparaison ; ce serait une folie que de parler ainsi des personnes divines, mais le Saint Esprit, quant à sa personne, ne s’est pas placé dans l’intimité où Jésus est entré avec nous ; un homme, qui appela les siens ses «amis», qui est bien Fils de Dieu et avec puissance, mais qui est homme et homme pour toujours ; le même qui a été au milieu de nous comme celui qui servait.

Ces paroles donc (v. 16, etc.), bien que leur plein et entier accomplissement ne doive avoir lieu que lorsque Christ reviendra, se rapportent aux événements de toute importance qui, dans sa mort et dans sa résurrection, montraient d’une manière caractéristique ce qu’il faisait et qui il était. Premièrement, il allait quitter les siens, et mettre fin, par sa mort, à toutes les relations de Dieu avec Israël et avec l’homme : «Un peu de temps et vous ne me verrez pas». Il allait mourir. «Et encore un peu de temps et vous me verrez». Il n’allait pas rester comme les autres hommes dans la poussière de la tombe ; il serait de nouveau avec eux. Mais encore une fois, ils ne le verraient plus, car il ne venait pas pour être un Messie sur terre, mais il devait aller auprès de son Père qui dominait la mort, et qui, après l’avoir ressuscité selon sa gloire, le prendrait auprès de lui dans la gloire qui était sienne. C’était une série d’événements qui, tout en rendant les disciples témoins oculaires du fait de sa résurrection, tenaient à sa gloire personnelle et à la rédemption, à la mise de côté de tout ce qui se rattachait au premier homme, à la gloire que lui, le Fils de Dieu, avait eue avec le Père avant la fondation du monde, et dans laquelle il allait rentrer comme homme pour tout ordonner dans le temps convenable, selon la gloire de Dieu et ses conseils à l’égard de l’homme en qui il voulait se glorifier.

Le Seigneur répond au désir caché du cœur de ses disciples, qui cherchaient en vain à résoudre l’énigme posée par ses paroles, et qui craignaient de lui rien demander : mais c’est en leur montrant d’abord les sentiments qui posséderaient leurs cœurs, et ensuite le vrai caractère de sa venue et de son départ. Leurs cœurs devaient être profondément affligés ; ils allaient perdre Celui pour qui ils avaient tout abandonné : l’espoir fondé sur lui s’évanouissait. Le monde, au contraire, serait tout heureux de s’être débarrassé de Celui qui le tourmentait par le témoignage de la vérité. Mais Jésus dit aux siens qu’il les reverrait et que leur affliction serait changée en joie, de même que lorsqu’une femme enfante. Et en effet, c’était l’enfantement de la nouvelle création. Ainsi la joie, dont ils devaient être remplis en le revoyant, serait une joie éternelle, une joie que rien ne pourrait leur ravir.

Voilà pour les détails humains ; mais le fond de la vérité, c’est que le Fils était sorti d’auprès du Père et venu dans ce monde, et que de nouveau il quittait le monde et s’en allait au Père. Déclaration d’une importance incalculable et devant laquelle pâlissaient entièrement, toutes réelles et importantes qu’elles fussent, et l’affliction des disciples à cause de la perte de leur Messie, fils de David, et leur joie de le revoir ressuscité. En effet, c’était la révélation de Dieu lui-même en grâce et dans l’accomplissement de toutes ses voies ; l’homme en Christ en était l’objet, et la gloire céleste où il entrait maintenant, le résultat, le vrai fait qui arrivait. Le Fils, homme dans ce monde ; le Père, parfaitement et pleinement révélé ; ceux qui l’avaient reçu, mis dans la place de fils auprès du Père, cohéritiers du Fils ; et la maison du Père, le lieu de leur demeure et de leur bénédiction, voilà ce que voulaient dire la présence et le départ de Jésus. C’était poser le fondement du tout de l’éternité : la pleine révélation du Père et du Fils.

En effet, ce n’était pas parler en proverbes ; mais les disciples ne le comprenaient pas. Ils reconnaissaient bien qu’il leur avait parlé clairement, mais leur esprit n’entrait pas dans la portée de ses paroles. «À cause de cela», disaient-ils, «nous croyons que tu es venu de Dieu». Il avait su ce qui se passait dans leur esprit, et cela avait produit son effet, puis ses paroles étaient simples. Mais venir de Dieu, tout vrai que cela fût, ne disait pas qu’il était venu d’auprès du Père et qu’il y retournait. «Vous croyez maintenant ?» dit le Seigneur ; «Voici, l’heure vient, et elle est venue, que vous serez dispersés chacun chez soi, et que vous me laisserez seul ; et je ne suis pas seul, car le Père est avec moi».

On peut faire remarquer ici ce qui caractérise partout cet évangile, c’est que, bien que le Seigneur dût passer par la mort, il n’en parle point. Il est venu d’auprès du Père et il s’y rend de nouveau. Nous voyons cela au commencement du chapitre 13 et ailleurs.

Ceci termine les discours du Seigneur adressés à ses disciples. Lui, en face de ce qui éprouvait son âme, pouvait penser à eux, et leur dire ce qui était propre à les consoler et à les affermir lors de son absence : c’était la connaissance spirituelle de lui-même ; le voir après sa résurrection, ce qui devait fortifier puissamment leur foi ; la présence du Saint Esprit, et, finalement, que s’en allant auprès du Père, ce n’était pas pour les abandonner, mais qu’il y allait leur préparer une demeure là-haut. Spirituellement il serait avec eux. S’ils confessaient son nom, cela leur attirerait des persécutions ; dans ce monde, ils devaient avoir de la tribulation, mais en lui, ils avaient la paix. Pensée bénie ! Dans les circonstances et dans les choses qui se passent ils auraient des épreuves, pénibles sans doute, mais les détachant du monde et leur faisant sentir le contraste entre ce qui était tel et leur position. Intérieurement ils auraient la paix, la paix divine en lui, qui se montrait à eux spirituellement, — oui, qui devait demeurer en eux.

Puis, il avait vaincu le monde. Cela, en effet, donne du courage, de penser que ce que nous avons à vaincre, est un ennemi déjà vaincu. C’est une parole bénie pour nos âmes. Il est allé devant nous dans le combat, et il a remporté la victoire. Ainsi que je l’ai dit, les discours du Seigneur à ses disciples se terminent ici ; mais cela nous introduit dans une position encore plus bénie. Il nous est donné d’entendre non seulement les paroles divines de Jésus, qui s’occupait de nous avec un amour qui ne connaissait pas de bornes, avec un dévouement qui nous fait connaître ce qu’est l’amour (1 Jean 3:16), paroles de grâce, paroles de vérité, paroles de Dieu lui-même, mais qui s’adaptaient à l’homme (Jean 3) ; paroles où nous puisons la connaissance de ce que Dieu est pour nous ; il nous est donné, dis-je, non seulement d’entendre et de méditer ces paroles, mais nous sommes admis maintenant à entendre Jésus épancher son cœur dans le sein du Père, et à comprendre que nous sommes un objet d’intérêt commun au Père et au Fils. C’est le sujet du chapitre 17.

 

18                  Chapitre 17

La clef de ce chapitre est le mot de Père. Au commencement, le Seigneur pose les grandes bases de la position qu’il prenait dans ce moment, et ensuite celles de la position des disciples. Après cela, il constate quelle est leur relation avec le Père et leur position vis-à-vis du monde, et il termine en faisant connaître leur place avec lui dans le ciel, et la puissance de l’amour du Père durant leur séjour ici-bas

Le Seigneur, ici, comme dans tout l’évangile de Jean, est envisagé au point de vue de sa nature divine, Fils du Père, mais en même temps ne sortant jamais de la position de service. Il reçoit tout et ne s’approprie rien. Une seule fois, en contraste avec un temple vide, il se présente aux Juifs, — au moins il présente son corps, — comme le vrai temple qu’en tant que Dieu, il rebâtirait en trois jours. Mais dans sa doctrine, dans l’expression personnelle de la relation avec le Père, il ne sort jamais de la position subordonnée qu’il avait prise dans son service. Satan, dans le désert, avait cherché, mais en vain, à l’en faire sortir. Il voulait obéir, et il fut obéissant jusqu’à la mort. Ici aussi, il ne s’approprie pas la gloire, mais l’heure étant venue, il demande à son Père de le glorifier. C’est le Fils du Père qui est glorifié, c’est sa gloire personnelle ; ce n’est pas le Fils de l’homme glorifié selon les conseils de Dieu. C’est le Père qui le fait. Au chapitre 13, Jésus parle de lui-même, comme du Fils de l’homme qui a glorifié Dieu, et cela dans son œuvre sur la croix. Alors Dieu, en tant que Dieu, ayant été glorifié, le Fils de l’homme entre, selon la valeur de son œuvre, dans la gloire de Dieu qu’il a établie sur la terre où le péché régnait. Là, l’homme fait péché et la puissance de Satan, le jugement et l’amour de Dieu, se sont rencontrés, et Dieu a été pleinement glorifié ; ce qu’il est a été manifesté et vérifié dans l’obéissance de l’homme. Ici c’est le Fils qui, ayant parfaitement manifesté le Père et l’ayant glorifié, rentre, étant homme, dans la gloire qu’il avait eue avec lui avant que le monde fût, afin de le glorifier aussi dans cette nouvelle position.

Sa position de Fils, et ce qui lui appartient étant homme, est alors constaté. Ses droits sont doubles : il a pouvoir sur toute chair, mais dans le but de donner la vie éternelle à ceux que le Père lui a donnés. Ses droits au pouvoir sont, par rapport à l’homme, universels (*). Si le premier homme devait avoir le pouvoir selon la nature, le Fils, devenu homme, l’a d’une manière surnaturelle. Mais ici, dans les paroles du Sauveur, se fait jour une vérité des plus précieuses pour nous. Il y a ceux que le Père a donnés au Fils. C’est la pensée et le propos arrêtés du Père. Ils sont donnés au Fils ; le Père les lui a remis entre les mains, afin qu’il les fit entrer dans la gloire, afin qu’il les rendît propres pour la présence, la nature et la gloire de Dieu, pour tout ce qui était dans ce propos arrêté, et qu’il les plaçât, selon l’amour infini de Dieu, dans une position qui satisfît à cet amour, et qui est celle du Fils devenu homme à cet effet. Nous pouvons ajouter que c’est une position qui répond à la valeur et à l’efficace de l’œuvre du Fils pour les y placer, non seulement extérieurement (ce qui, du reste, serait impossible), mais en les douant d’une nature propre à une semblable position. Merveilleuse grâce dont nous sommes les objets ! Cette position est la vie éternelle, mot dont il faut examiner un peu la signification. C’est la vie spirituelle et divine, vie capable de connaître Dieu et de jouir de lui, comme répondant moralement à sa nature, sainte et irréprochable devant lui en amour. Une vie éternelle, c’est-à-dire une vie non seulement immortelle, mais qui appartient à un monde qui est en dehors des sens ; car les choses «qui ne se voient pas sont éternelles».

 

(*) Ils sont universels, c’est-à-dire s’étendent à toutes choses, mais ici il ne s’agit que de l’homme.

 

Mais il y a quelque chose de plus précis que cela. Dans la première épître de Jean, chapitre 1, nous voyons, d’une manière définie, ce qu’est la vie éternelle : c’est Christ. Ce qu’ils avaient vu et contemplé et touché depuis le commencement, c’était Christ, la vie éternelle qui était auprès du Père et qui leur avait été manifestée. Ainsi encore, au chapitre 5:11, 12 : «C’est ici le témoignage : que Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est dans son Fils. Celui qui a le Fils a la vie, celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie». Paul, dans l’épître aux Éphésiens (1:3, 4), nous présente cette vie dans son double caractère. En première lieu, ce qui répond à sa nature, ce que Christ était et est personnellement ; et, secondement, notre relation avec le Père, c’est-à-dire fils, et cela en sa présence. Nous participons à la nature divine et nous sommes dans la position de Christ : des fils selon le bon plaisir de la volonté du Père. C’est là la nature de cette vie.

Ici, elle est présentée objectivement. En effet, dans nos relations avec Dieu, ce qui est l’objet de la foi est la puissance de la vie en nous. Ainsi Paul dit : «Quand il plut à Dieu... de révéler son Fils en moi» ; mais en recevant, par la grâce, par la foi, le Sauveur qu’il devait prêcher aux autres, il recevait la vie, car Christ est notre vie. Mais, comme je l’ai déjà dit, c’est le nom de Père qui est la clef de ce chapitre. Dieu est toujours le même ; mais ni le nom de Tout-Puissant, ni celui de l’Éternel, ni celui de Très-Haut, ne porte la vie en soi. Il faut que nous l’ayons pour connaître Dieu ainsi, mais le Père a envoyé le Fils afin que nous vivions par lui, et celui qui a le Fils a la vie, et lui seul. Mais le Fils a pleinement manifesté le Père ; de sorte que le Fils étant reçu, le Père l’était aussi ; et la vie se déploie dans cette connaissance, la foi dans la mission du Fils et par lui, la foi dans le Père en tant qu’envoyant le Fils, en amour, comme Sauveur. La gloire de Christ lui-même sera la pleine manifestation de cette vie, et nous y participerons, nous lui serons semblables. Toutefois c’est une vie intérieure, réelle, divine, de laquelle nous vivons, bien que nous la possédions dans ces pauvres vases d’argile. Ce n’est plus nous qui vivons, mais Christ qui vit en nous. Bénédiction infinie et éternelle qui nous appartient déjà en tant que vie, selon ces paroles : «Celui qui a le Fils a la vie». Mais ceci nous place aussi dans la position de fils maintenant, et nous amène à porter plus tard l’image du Christ.

Remarquez aussi que toute la plénitude de la Déité habite en Christ corporellement. Toutefois ce n’est pas ce qui nous est présenté ici, mais les voies de Dieu comme Père, en grâce, et source de tout en bénédiction : c’est le Père qui envoie le Fils (comp. 1 Jean 4:14). Sans doute, c’est le Saint Esprit qui nous fait connaître ainsi le Père et qui nous rend capables d’avoir communion avec lui et avec son Fils Jésus Christ. Dans ce développement de la grâce, il est la puissance qui opère en nous. Le Père qui a eu, dans sa grâce, la pensée d’envoyer et qui, de fait, a envoyé son Fils dans le monde, puis le Fils ainsi envoyé, en qui cette grâce est connue, tels sont les effets que nous connaissons. Le Père, dans ses pensées divines et éternelles, est la source de toute cette grâce infinie, et le Fils est celui en qui ces pensées se réalisent, qui s’est donné pour tout accomplir, et pour que nous ayons part à tout. Il s’est donné, afin d’accomplir tout ce qu’il fallait pour nous amener au Père selon ces pensées : propres pour la présence de Dieu, semblables à Lui qui nous y a amenés. «Tu m’as formé un corps. Voici, je viens pour faire, ô Dieu, ta volonté».

 

Remarquez aussi que ce n’est pas l’essence de sa nature qui est présentée ici, mais le développement de la grâce. Quoiqu’il eût eu, auprès du Père, avant que le monde fût, la gloire dans laquelle il allait rentrer, toutefois, comme nous l’avons vu partout, il est l’envoyé du Père : il reçoit tout de lui, ne prend en rien, de sa propre volonté, l’initiative, sauf en entreprenant l’œuvre qu’il doit accomplir, mais vient pour faire la volonté du Père. Il abandonne cette partie des droits divins, libre alors pour entreprendre tout, en ayant une même volonté avec le Père. Mais l’œuvre qu’il a entreprise est, d’un bout à l’autre, une œuvre de pure obéissance. C’était à ses dépens que l’œuvre se faisait, mais selon les pensées et la volonté du Père. De cette position, il ne sortait pas. Il pouvait dire : «Je suis» (Jean 8:58), mais il vivait de chaque parole qui sortait de la bouche de Dieu. La perfection de l’œuvre, c’était l’obéissance en amour. Adonaï (le Seigneur), que nous voyons en Ésaïe 6:1, cet Éternel, dont la gloire remplit la terre, c’est Christ (Jean 12:39-41). Il est Adonaï, à la droite de l’Éternel, Adonaï qui frappe les rois au jour de son courroux (Psaume 110:5).

 

Telles sont donc les relations dans lesquelles nous connaissons Dieu maintenant. Ce n’est pas simplement un Dieu suprême, le Très-Haut ; ce n’est pas seulement Celui qui est, qui était et qui viendra, Celui qui, toujours le même, accomplit ses promesses, ni non plus le Dieu Fort Tout-puissant, qui garde les siens. Tout cela est vrai ; mais ces titres se rapportent à Dieu gouvernant le monde, accomplissant ses promesses et gardant les siens ici-bas. Ici, c’est Dieu lui-même qui se révèle comme le Père qui a envoyé le Fils, pour nous amener auprès de lui selon la pleine manifestation de ce qu’il est en lui-même, participants moralement de sa nature, ses fils à lui, et destinés à être semblables à Christ.

 

Or le Fils avait pleinement glorifié le Père ici-bas ; il avait achevé l’œuvre que le Père lui avait confiée, et il demandait à être réadmis dans la gloire qu’il avait eue auprès du Père avant que le monde fût. Le Père l’avait envoyé, Lui avait glorifié le Père et achevé l’œuvre qu’il avait eu à faire, et maintenant il allait rentrer dans son ancienne gloire, la gloire de Fils, mais il y rentrait comme homme.

 

Jusque-là les bases sont posées : Christ cherchant toujours à glorifier le Père, même lorsqu’il serait rentré dans la gloire qui lui était propre. Tout était accompli à l’égard de sa mission. Envoyé de la part de Dieu et d’auprès de lui, devenu homme pour le glorifier ici-bas, il l’avait fait, car celui qui avait vu le Fils, avait vu le Père. Il reçoit alors la gloire de la part du Père et s’assied sur son trône, homme glorifié, mais Fils, dans la gloire éternelle qu’il avait eue. Mais le but de sa mission était aussi de donner la vie éternelle à ceux que le Père lui avait donnés. Or ceux qui connaissaient ainsi Dieu, le Père, et Jésus, le Christ qu’il avait envoyé, possédaient cette vie.

 

La base de toute la position des siens étant ainsi posée en Jésus, Fils du Père, et dans son œuvre, Jésus continue en s’adressant toujours au Père. Il montre comment il l’avait révélée aux siens (*), et crée ainsi dans leurs cœurs la conscience de la position ineffablement bénie dans laquelle, en vertu de sa manifestation et de son œuvre, ils étaient maintenant placés, et tout premièrement en relation avec le Père. L’amour du Père en était la source : «ceux», dit le Sauveur, «que tu m’as donnés». Le Père les avait confiés à la fidélité du Fils, d’abord fidélité envers le Père, pour amener ses bien-aimés à lui, selon ses pensées de bénédiction et de gloire, comme fils, c’est-à-dire comme Christ lui-même ; puis, par conséquent, et selon son propre cœur d’amour, fidélité immanquable envers nous, que son nom en soit béni ! Sans elle, nous n’aurions jamais été dans la jouissance qui nous avait été destinée ; elle s’est exercée à travers toutes les souffrances que le péché, dans lequel nous étions, rendait nécessaires ; elle s’exerce quant au fardeau des soins que notre faiblesse, la présence de la chair en nous, et les ruses de Satan, exigeaient et exigent de sa part.

 

(*) J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu m’as donnés du monde.

 

Pour nous placer dans la conscience de la position que la grâce du Père nous avait accordée et que sa fidélité nous assurait, il a révélé le nom du Père. Fils unique qui jouissait ineffablement de l’affection du Père (Jean 1:17), ce qui était visible comme fait dans ce monde (*), si le monde avait eu des yeux pour le voir (Jean 1:5, 10, 11), lui, le Fils qui connaissait le Père comme tel, l’a révélé aux disciples. Il était toujours une révélation du Père devant leurs yeux (Jean 14:9), mais, de plus, il leur avait parlé de lui : c’est l’une des choses qui caractérisent ses communications. Il est vrai qu’avant d’avoir reçu le Saint Esprit, ils n’en ont guère profité, mais ce dont ils auraient pu profiter était là, devant eux. Hélas ! jamais une seule fois ils n’ont compris ce que le Seigneur leur a dit. Mais il ne parle pas ici de leur manque d’intelligence : il parle de la révélation elle-même qui leur avait été faite, en leur attribuant la possession de toute sa valeur. Au reste, c’est ce qu’il a toujours fait, alors même qu’ils déclaraient ne pas le comprendre (Jean 14:4, 5), car ils avaient une vraie foi en lui, en qui tout se trouvait.

 

(*) En effet, le monde l’a vu, et a haï et lui et son Père.

 

Aussi dit-il : «Ils ont gardé ta parole», et, en effet, quelle que fût leur ignorance, ils avaient, par la grâce, marché fidèlement avec Jésus. «Auprès de qui nous en irions-nous ?» dit Pierre «tu as les paroles de la vie éternelle». Ils l’avaient aussi reconnu comme Fils de Dieu. Il leur avait donc communiqué la relation dans laquelle il se trouvait avec le Père dans ce monde, et, quel que fût leur degré d’intelligence, il les plaçait dans la même relation.

Mais il faisait plus. Il leur communiquait tous les avantages qui, de la part du Père, lui appartenaient à lui-même sur la terre ; les avantages inhérents à sa position de Fils ici-bas. Ce n’était plus la gloire et l’honneur royal que le Messie devait recevoir de la part de l’Éternel ; ils avaient compris que ce qu’il avait, était la part du Fils, du Fils qui s’était anéanti lui-même et s’était réduit à un état d’abaissement et d’humiliation ici-bas, pour montrer toute la gloire de la puissance de Dieu en bonté, ôtant non pas encore le péché, mais toutes les misères qui en étaient le fruit. Ils avaient compris que ce que Jésus avait reçu du Père était tout ce qui appartenait au Fils de Dieu, comme Fils de l’homme sur la terre.

 

Mais ce privilège qui leur avait été accordé, dépendait d’un autre, ou se réalisait dans un autre qui était plus grand encore. Il leur avait fait part de toutes les communications intimes que le Père lui avait faites, en tant que Fils ici-bas. C’était tout ce qui appartenait à cette position qui nous occupe ici ; celle de Fils sur la terre. «Je leur ai donné les paroles que tu m’as données». Grâce immense ! C’était en effet les placer dans la même position que lui avec le Père. Il leur avait révélé le nom du Père. C’était les placer en titre et de fait dans sa propre relation de Fils avec le Père. Mais Christ, ayant été Fils ici sur la terre, et étant venu pour accomplir l’œuvre que le Père lui avait donné à faire, a dû recevoir de sa part des communications intimes, afin que tout se fit dans une parfaite et immanquable unité avec le Père. C’était, pour le Sauveur, le côté béni de sa vie. Or, ayant placé les disciples (car il parle ici des onze) dans la même relation avec le Père que celle où il était, de nature et de droit, leur position ne devait pas être stérile et sèche, mais fournie de toutes les communications qui lui appartenaient et dont Jésus jouissait. Et c’est là la grâce qui leur a été faite. Il serait bon, avant d’aller plus loin, de faire ici une ou deux remarques.

 

Cette partie des paroles du Sauveur (versets 6-10 et même jusqu’au verset 19, bien que cette dernière portion traite les disciples à un autre point de vue) s’applique aux onze, comme compagnons de Christ sur la terre. Il leur avait révélé le nom du Père ; il les plaçait dans la relation où il était lui-même avec le Père, comme fils, mais séjournant sur la terre. Les communications qu’il recevait lui étaient faites comme s’y trouvant, et c’étaient celles-là qu’il leur communiquait. Je ne doute nullement que Jésus ne parlât de ce qu’il connaissait et qu’il ne rendît témoignage de ce qu’il avait vu, ni que le fait qu’il pouvait dire de lui «le fils de l’homme qui est dans le ciel» (Jean 3:13), n’influât essentiellement sur son ministère. Mais il était la manifestation de la grâce et de la vérité ici-bas, et jusqu’au moment où il parlait, il ne s’agissait pas de donner aux disciples la conscience qu’ils étaient en lui dans le ciel. Cela allait arriver. Au verset 24, cette pensée, non pas encore d’union, mais au moins d’association avec lui dans le ciel, commence à poindre. Son but assurément n’était pas de maintenir le judaïsme, mais de présenter ce qui manifestait le Père, la grâce et la vérité venues en lui, le caractère de Dieu dans un homme ici-bas, mis pleinement en évidence. Ce n’était pas non plus de développer les conseils de Dieu et les mystères de la grâce, comme Paul nous les enseigne : c’est un fruit de la glorification de Jésus. Le soleil avait brillé derrière les nuages dans les dispensations précédentes ; même maintenant c’est la foi qui le saisit ; à la fin sa manifestation aura un caractère terrestre : mais ici les nuages s’écartent et le soleil lui-même paraît. Le Père, dans la plénitude de la grâce, envoie le Fils ; le Fils manifeste parfaitement le Père et le glorifie, et les disciples comprennent que tout ce que le Père avait donné à Jésus, était le don du Père au Fils ici-bas (non pas, comme je l’ai dit, de l’Éternel au Messie), que le Père en grâce souveraine l’avait envoyé, et qu’il était venu d’auprès du Père.

Telle est la base de la prière de Jésus. C’était pour ceux-là qu’il priait, non pour le monde. Le monde était jugé, mais le Père lui avait donné ses disciples, vérité des plus précieuses, source de toutes nos bénédictions et ce qui les caractérise. Or le Seigneur, en quittant ses disciples, prie pour eux, et par des motifs infiniment touchants, qui ouvrent aussi à notre vue la sphère dans laquelle nous sommes introduits. Tout se rapporte à cette révélation du Père dans le Fils, — l’objet et, en même temps, le révélateur de son plus tendre amour, — et à l’introduction des disciples dans la même relation.

Le premier motif se trouve dans ces paroles : «Je fais des demandes pour eux... parce qu’ils sont à toi». Pour le Fils bien-aimé, le Père était tout. Il vivait pour le glorifier. Et il demande que le Père fût pour ceux qui étaient siens, un Père tel que lui-même connaissait.

Le second motif, c’est le Fils. Le Père tenait à la gloire du Fils ; à cause de cela, il devait prendre soin de ses disciples, car maintenant que Jésus retournait auprès du Père, c’est en eux qu’il devait être glorifié. Le Père les garderait, parce qu’ils étaient à lui et qu’en eux le Fils serait glorifié. Il fallait qu’ils fussent gardés, si le Père tenait à la gloire du Fils. Or il n’y avait point de séparation entre les intérêts et la gloire du Père, et les intérêts et la gloire du Fils. Tout ce qui était au Père était au Fils, et tout ce qui était au Fils était au Père. Quel lien entre le Père, le Fils et les disciples ! Ils étaient au Père, le Père les avait donnés au Fils, et c’était en eux que le Fils devait être glorifié. Leur position actuelle, ce qui donnait occasion à la demande, c’est que Jésus s’en allait du monde auprès du Père, et qu’il laissait ses disciples ici-bas.

Ensuite Jésus désigne le nom selon lequel le Père devait les garder : «Père saint» ; les garder avec l’affection d’un Père et selon la sainteté de sa nature. Il les avait gardés lui-même dans ce nom durant son séjour ici-bas, et maintenant, il les remet aux soins immédiats du Père, selon l’amour envers eux, commun au Père et au Fils, et toujours sous le nom de Père saint. «Père saint, garde-les en ton nom que tu m’as donné (*)». Christ était ici-bas le Fils du Père, et, comme tel, il répondait aussi à la sainteté du Père dans toutes ses voies et ses pensées. La volonté du Père se traduisait dans sa vie. Il manifestait en lui le Père saint. Or il demandait que les disciples fussent gardés par ce que le Père était dans cette relation avec Jésus. Le Seigneur y était, y vivait ; celui qui l’avait vu, avait vu le Père. Comme avec Israël, il eût pu dire : Obéissez à sa voix, ne le provoquez pas ; car mon nom est en lui (Exode 23:21). Ainsi le Père et lui étaient un, non seulement en nature, mais en pensées, actes, mouvements de la volonté. Christ, dans sa vie, était un avec le Père saint.

 

(*) C’est la meilleure leçon. Le texte reçu porte : «ceux que tu m’as donnés».

 

Christ demandait pour les siens qu’ils fussent gardés par le Père en ce nom-là. Lui y était de nature ; c’était sa place sur la terre ; eux avaient besoin d’y être gardés. Il les avait gardés ainsi aussi longtemps qu’il avait été dans ce monde. Maintenant il les remettait au Père pour qu’il les gardât ainsi, afin qu’il y eût la même pensée, le même but, et que toutes leurs paroles et leurs actes y répondissent ; que l’expression de leur vie à tous, et à tous ensemble, fût celle du Seigneur dans sa relation avec le Père, selon la portée et la valeur de ce nom. Tout à l’heure, le Seigneur parlera du moyen médiatorial ; ici, c’est le fait qu’il présente. Les disciples devaient être un, — un seul vase de la vie, des pensées, de la révélation du Père lui-même, comme Christ l’avait été. «Père», le nom de grâce de Dieu envoyant le Fils, le Fils le révélant comme tel ; et «sainteté» selon ce que le Père est, — voilà ce qui devait les caractériser, et, par la puissance du Saint Esprit (*), tous, comme un seul être, devaient n’être que cela au milieu du monde. Ils devaient représenter Christ dans cette relation avec le Père. Il est évident que s’il y avait chez eux des pensées ou des buts divers, ils manqueraient à cette position. Le Père et le Fils étaient ainsi un, quand le Fils était ici-bas ; c’est ce qu’ils devaient être entre eux, selon la relation dans laquelle le Christ avait été. C’est le nom de «Père» qui lui avait été donné, afin qu’il le manifestât dans ce monde et, selon sa sainteté, rien de ce monde n’était en lui pour obscurcir la révélation de ce que le Père était.

 

(*) Le Saint Esprit n’est pas ici le sujet, mais il est cependant la puissance qui devait produire cette vie chez les disciples.

 

Telle était leur position ; ce n’était pas encore leur mission. Étant tels, c’était avoir la joie de Christ accomplie en eux. En effet, c’était la joie du Sauveur, homme ici-bas . Grâce infinie pour eux, et, dans un certain sens, pour nous tous (comp. 1 Jean 1:1-4). Le résumé de tout, c’est que la relation du Fils ici-bas avec le Père saint, le nom dans lequel il avait gardé ses disciples quand il était ici-bas, devait être leur sauvegarde directement de la part du Père.

Il les envoie dans ce monde, leur ayant confié la parole du Père ; cette révélation, non des dispensations de Dieu dans son gouvernement du monde, mais la révélation du Père en grâce, — révélation, non des conseils de Dieu pour l’avenir en Christ, mais une révélation qui faisait connaître le Père lui-même, comme ayant envoyé le Fils, et mettant en relation avec Dieu selon sa nature, ce qui sera la bénédiction éternelle quand il n’y aura plus d’économie.

 

Or c’est là ce qui leur attirait la haine du monde. Leur présence, représentant le Père en témoignage, disait au monde que tout n’était pas à lui ; que ce qui était de Dieu, ne l’était pas. Il y avait des hommes qui étaient en relation avec le Père ; mais la conséquence en était qu’ils n’étaient pas du monde. Le jugement n’était pas exécuté, mais la séparation était faite.

 

Christ ne demandait pas qu’ils fussent ôtés du monde, bien qu’ils ne lui appartinssent pas, comme lui-même ne lui appartenait pas, mais qu’ils fussent gardés du mal, négativement de l’influence du monde qui les entourait. Non seulement cela, mais qu’ils fussent sanctifiés, mis à part de cœur et de fait par la parole du Père ; ce n’était pas la prophétie, ni le gouvernement du monde, mais la révélation du Père dans sa grâce en Christ : l’éternelle joie de sa communion. C’était la vérité immuable et éternelle. Christ l’avait été et l’est toujours, mais eux devaient en être les témoins, étant envoyés par le Fils dans le monde, comme le Fils y avait été envoyé par le Père.

 

Or, pour l’accomplissement de cette sanctification en eux, un objet est introduit dans la personne du Christ lui-même. Christ, je le crois, glorifié, toutefois sa personne reste la même. On aurait pu supposer que le Fils, éternellement un avec le Père dans sa nature divine, et qui avait été Fils ici-bas, introduisant cette relation dans la nature humaine, mais pouvant toujours dire : «Moi et le Père, nous sommes un», on aurait pu supposer, dis-je, qu’il aurait dépouillé cette enveloppe humaine en quittant ce monde, afin de rentrer dans sa position simplement divine. Mais non, il la garde dans la gloire. Il se met à part dans la gloire comme homme ; toujours Fils, mais dans la gloire qu’il avait avec le Père avant que le monde fût, afin que cette relation avec le Père, dans laquelle l’homme est placé dans sa personne, fût effectivement révélée dans sa perfection et dans sa plénitude aux cœurs des disciples, pour que ces cœurs, remplis de ce qu’il était, fussent en même temps sanctifiés selon cette perfection, et ainsi rendus propres à en être les vases dans leur témoignage. Ainsi la vérité de ce que le Père est, vérité qui les sanctifiait, n’était pas, pour ainsi dire, une vérité sèche, appliquée à leurs âmes pour les former, jugeant le mal et communiquant ce qui convenait, mais une réalité vivante qui les plaçait dans cette position, avec toutes les affections qui se rattachaient à une personne en qui ils étaient et qui était en eux, — un Sauveur connu et bien-aimé, qui avait été lié avec eux en grâce. Toute la plénitude du résultat de cette relation établie dans sa perfection dans le ciel, formait leur cœur selon cette perfection.

C’est là ce qui complète ce que Jésus demande pour les disciples devant le Père et, en témoignage, devant le monde : la révélation du nom du Père connu dans la personne du Fils, homme dans ce monde et dans la gloire. Mais sa prière ne s’arrête pas là ; que son nom en soit éternellement béni !

Jésus prie aussi pour ceux qui devaient croire par leur moyen. Mais la demande n’est pas la même que celle qu’il a faite pour les disciples, bien qu’elle en dépende. Pour eux, il demandait une unité analogue à celle qui existait entre le Père et le Fils dans l’œuvre de la rédemption ; les mêmes pensées, les mêmes conseils, la même vérité. Le Fils accomplissait les pensées du Père dans l’unité de la même nature. Eux devaient, par la puissance absorbante du Saint Esprit, opérer dans l’œuvre du témoignage comme étant absolument et entièrement un. Aucune divergence n’existait entre les pensées, les conseils, la volonté du Père, et le témoignage et l’obéissance du Fils ; et, par la grâce, les disciples devenaient le dépôt un et solidaire du témoignage de la révélation du Père dans le Fils. Aussi, la parole du Père leur ayant été confiée, leur fonction était de la communiquer à d’autres. Ils étaient communicateurs de ces vérités ; les autres, pour lesquels le Sauveur prie maintenant, reçurent ce témoignage et entrèrent ainsi en communion avec ceux qui étaient dans l’unité de cette grâce (comp. 1 Jean 1:1-4). Ils jouissaient de tout ce dont les disciples étaient les dépositaires. Le Seigneur prie afin qu’ils soient un avec eux, le Père et le Fils. C’est toujours le Père révélé dans le Fils, qui est la base de leur union. Or cette révélation leur donnait un objet céleste, un seul et même objet qui absorbait les affections du cœur, et ainsi détruisait l’influence des objets terrestres qui auraient tendu à les diviser, tels que leur position sociale, nationale, et même, ce qui était plus difficile, leur position religieuse. Ils étaient chrétiens, fils du Père, associés à Christ : leur patrie était le ciel. Pèlerins et étrangers ici-bas, ils déclaraient clairement qu’ils cherchaient leur patrie. Or, en ceci, ils étaient nécessairement un, un dans leur origine, un dans leur objet, et cela avec Christ lui-même, Fils du Père. Celui qui sanctifiait et ceux qui étaient sanctifiés étaient tous d’un (voyez Héb. 2:11). Ils faisaient partie de la compagnie de ceux auxquels le Sauveur avait dit : «Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu». Dans cette position spirituelle, ils étaient un dans le Père et dans le Fils, qui étaient un en eux-mêmes, et tous ensemble vivaient de cette communion. Ainsi, en 1 Jean 1, nous lisons : «Afin que... vous ayez communion avec nous : or notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ», et puis, nous avons communion «les uns avec les autres».

Ainsi, en tant que chrétiens, amenés à la connaissance du Père dans le Fils, les motifs qui animent et gouvernent le monde avaient disparu : «Tel qu’est le céleste, tels aussi sont les célestes». Dans ce cas, Jean ne parle jamais des inconséquences qui peuvent se produire dans la marche, ni le Sauveur non plus, mais il parle de la chose en elle-même. Or le monde devait voir cette unité (comp. Actes 2 et 4) et la disparition de tous les motifs qui gouvernent ce monde, témoignage clair de la révélation du Père dans le Fils. C’était le témoignage, que le Père avait envoyé le Fils dans le monde ; car on voit là un peuple formé par une puissance qui n’était pas du tout du monde, et qui, en renversant toutes les barrières humaines, leur donnait un seul cœur et une même âme, de sorte qu’ils étaient les témoins irréfragables de la réalité de ce qui les gouvernait. Tels sont les chrétiens, amenés par la parole du Père, soumis à l’influence de cette parole et vivant d’elle.

Remarquez qu’il ne s’agit pas ici de l’unité de l’Église, — Jean n’en parle jamais, — mais de la famille de Dieu. Ce ne sont pas les conseils de Dieu, mais l’effet et la réalisation de la révélation du Père, dans le Fils envoyé de sa part. Mais en toute chose ils sont identifiés avec Christ.

La troisième unité est dans la gloire. La première était exprimée par ces mots «comme nous» (v. 11) ; la seconde par «un en nous» (v. 21), et celle-ci par «comme nous, nous sommes un» (v. 22) et par «Moi en eux, et Toi en moi», ainsi accomplis, amenés à la perfection en un. C’est ici le résultat en gloire.

Nous avons vu que les doctrines du chapitre, même la vie éternelle, c’est la connaissance du Père, et Christ envoyé par lui. Or cela est accompli dans la gloire. Premièrement, Christ homme, Fils de Dieu, dans la gloire, est la source de la sanctification des siens selon cette connaissance, les disciples et ceux qui croyaient par leur moyen étant introduits en esprit dans la position où Christ se trouvait. En second lieu, cette relation d’association avec Christ est transportée dans la gloire auprès du Père ; non pas comme maintenant, réalisée par la foi, mais eux-mêmes sont transformés dans cette gloire. C’est l’union parfaite en nature, pensées et état ; «comme nous, nous sommes un», Christ en eux, en sorte que leur position était réalisée pleinement ; et le Père en Christ, en sorte que l’enchaînement spirituel que nous avons vu dans tout le chapitre, — le Père révélé dans le Fils, et Christ révélé dans les disciples et les croyants, — était maintenant, non pas connu seulement spirituellement, mais glorieusement réalisé.

Mais remarquons ici ce qui est frappant et important. Les trois unités se rapportent au monde. 1° La parole de Dieu avait été confiée aux disciples, dépositaires solidaires de la vérité, en sorte que le monde les a haïs (v. 11-14) ; puis 2° nous avons l’unité de communion, afin que le monde crût (v. 21), en voyant l’effet et la puissance du témoignage maintenant ; enfin 3° les disciples et les croyants sont rendus participants de la gloire donnée au Fils comme homme ; lui-même en eux et le Père en lui, en sorte que le tout de ces pensées d’une grâce infinie qui lie le Père, le Fils comme homme et les croyants, étant manifesté en gloire, le monde connaîtra (et non croira) que le Fils avait été envoyé de la part du Père, et que les croyants étaient aimés du Père comme le Fils lui-même. La preuve en sera là : le Fils manifesté en gloire et les croyants dans la même gloire que lui. Ce sera l’accomplissement visible de la doctrine de la vérité merveilleuse dont le chapitre s’occupe : le Père dans le Fils homme, et les croyants glorifiés avec lui. Mais comme scène de témoignage ou de gloire, c’est le monde qui est devant nos yeux.

Dans ce qui suit, ce n’est pas le cas, et c’est ce qui donne un tout autre caractère à ces derniers versets. «Père, je veux, quant à ceux que tu m’as donnés, que là où moi je suis, ils y soient aussi avec moi, afin qu’ils voient ma gloire, que tu m’as donnée ; car tu m’as aimé avant la fondation du monde». On voit ici, comme nous l’avons vu partout, que Christ parle de lui-même comme homme, bien qu’aussi comme Fils du Père ; comme homme, dépouillé extérieurement de la gloire divine dans laquelle il avait été ; la «forme de Dieu», ainsi que nous lisons en Philippiens 2, et ayant pris «la forme d’esclave» dans l’humanité. Le Père a donné au Christ homme la gloire en haut. Il avait eu, a-t-il dit dans ce chapitre même, cette gloire auprès du Père avant la fondation du monde, mais il y rentrait comme homme, car comme homme il est clair qu’il ne l’avait jamais eue. Il n’était pas encore glorifié. Jamais, ici-bas, tout en disant et en montrant qu’il était un avec le Père, et «Je suis» (Jean 8:59), et disant aux Juifs : «Détruisez ce temple (son corps où Dieu était), et en trois jours je le relèverai», jamais il n’a voulu sortir de cette position de serviteur. Il a pris un corps pour être obéissant à son Père (Ps. 40). Au reste, un homme qui ne l’aurait pas été, eût été, par le fait même, dans le mal. C’est à quoi Satan a cherché à l’entraîner (Matt. 4). Le Père avait proclamé : «Celui-ci est mon fils bien-aimé» ; et dans la première tentation, Satan lui dit : «Si tu es Fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains», mais le Seigneur repoussa ses ruses, en refusant de sortir de l’obéissance : «L’homme», dit-il, «ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu». Ainsi, en parlant comme homme au milieu des siens, il parle de la gloire, dans laquelle il allait entrer, comme lui étant donnée de Dieu. Toutefois il la présente ici objectivement comme sa gloire personnelle.

Il avait été aimé avant la fondation du monde. Nous avons appris, au commencement du chapitre, qu’il avait eu, auprès du Père, avant la fondation du monde, la gloire dans laquelle il allait entrer comme homme. Ce n’est pas qu’il y ait deux gloires, mais je ne crois pas que les yeux humains ici-bas puissent supporter la gloire telle qu’elle est vue dans le ciel. La gloire vue sur la terre, sera comme celle dans laquelle apparaissaient Moïse et Élie sur la montagne, — la gloire du royaume. Mais nous lisons en Luc 9, que les disciples sont entrés dans la nuée, le schekina. Moïse avait parlé à Dieu, lorsque Dieu descendit dans la nuée, mais il n’y est pas entré. Mais nous, nous le verrons tel qu’il est là, dans la maison du Père. Les disciples avaient souffert sur la terre et l’avaient vu souffrir. Il allait être crucifié et il demandait donc qu’ils vissent sa gloire là-haut, auprès du Père. C’était la réponse à l’ignominie, à laquelle il avait été exposé pour l’amour de nous et pour la gloire de son Père.

Mais cette demande se rapporte aussi à une autre vérité solennelle. Il allait souffrir ; l’histoire de ses souffrances commence avec le chapitre suivant. Le monde l’avait rejeté, il fallait que le Père décidât entre lui et le monde. Il avait pleinement révélé le Père, et le monde n’avait pas connu Celui qui s’était manifesté en Christ. C’était une cécité morale qui ne voyait que le fils du charpentier là où le Père avait été manifesté dans toute sa grâce et toute sa bonté. Mais Jésus, comme homme dans le monde, avait connu le Père, et les disciples avaient connu que c’était le Père qui l’avait envoyé. Maintenant la fin était arrivée, le terme de sa carrière terrestre ; le résultat devait se déclarer. La justice du Père allait le placer dans sa maison, et le monde était laissé sans Dieu, qui avait été là en grâce, et sans le Sauveur.

Remarquez que, lorsqu’il prie pour les siens, Jésus dit : «Père saint». Il voulait qu’ils fussent gardés selon ce nom. Fils avec lui, et sanctifiés selon cette révélation du Père, de laquelle Christ jouissait et dont il était le vase pour les autres. Maintenant il dit : «Père juste». Le Père devait décider entre lui et ceux qui l’avaient reçu, d’un côté, et le monde qui l’avait rejeté, de l’autre. Moment solennel pour le monde, quand Celui qui est venu en pure grâce (2 Cor. 5:19) a demandé, après avoir fidèlement manifesté et glorifié le Père, que le Père décidât en justice entre lui et le monde. La réponse a bientôt suivi, lorsque Jésus s’est assis sur le trône du Père.

Mais nous avons encore quelque chose à remarquer ici. L’union de la divine personne du Fils et de l’humanité du Sauveur. Le Père l’avait aimé avant la fondation du monde, Lui, Fils du Père avant qu’il y eût un monde. Mais, en contraste avec le monde, il avait connu le Père, c’est-à-dire comme homme ici-bas, et il associe les disciples avec lui-même, demandant qu’ils fussent là où il allait être, toutefois en reconnaissant sa gloire personnelle. Il demandait qu’ils vissent sa gloire, la gloire qu’il avait, en tant qu’aimé du Père avant que le monde existât. C’est la vérité précieuse, qui est comme le fil unissant tout le chapitre, mais ici, ce qui est mis plus en avant, c’est sa personne comme Fils du Père et homme, et l’association des disciples avec lui. Mais quelle grâce nous est présentée ici ! Nous serons avec Christ, comme Christ ; nous verrons sa gloire, la gloire de Celui qui a été humilié pour nous : gloire qu’il avait avec le Père avant la fondation du monde, — mais homme à tout jamais.

Ce n’est pas encore tout. Il y a notre relation avec le Père, la même que celle de Christ : «Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu», c’est-à-dire là où Christ se trouve encore comme Fils et comme homme. De cette relation, nous jouissons déjà. Quand Christ reviendra, le monde saura que nous avons été aimés, comme Christ a été aimé ; mais nous, nous en avons la jouissance dès ici-bas. Le nom du Père nous a déjà été déclaré lorsque Christ était sur la terre, quoique peu compris des disciples. Mais, dès la descente du Saint Esprit, survenue en vertu de la présence de l’homme Christ dans le ciel, ce nom est de nouveau déclaré, et l’Esprit est l’Esprit d’adoption.

Quelle grâce immense, parfaite, intime ! Amour qui est l’amour comme Dieu aime, infini, parfait dans sa nature, excluant tout ce qui ne l’est pas ; intime, c’est l’amour du Père pour le Fils lui-même, et Christ en nous pour l’attirer dans nos cœurs et nous rendre capables d’en jouir, et cela dans son intimité parfaite, car c’est Christ en nous, pour lui donner son caractère propre en nous. Le monde saura objectivement de quel amour nous avons été aimés, quand nous paraîtrons dans la même gloire que Christ ; nous, nous le connaissons, comme en étant les objets conscients ; connaissant cet amour dans le Père, dans le Fils comme en étant le digne et infini objet, et nous, — lui étant en nous, — y participant de la manière dont il en jouit comme homme. Dieu seul pouvait avoir de telles pensées !

 

19                  Chapitre 18

Nous avons parcouru le merveilleux chapitre, dans lequel nous est présenté le développement touchant de la communion du Fils avec le Père à l’égard de l’objet de leur intérêt commun, les enfants, les croyants mis en relation avec le Père par sa révélation dans le Fils. Plus on y pense, plus on sent combien il est merveilleux d’être admis à entendre un semblable entretien.

Mais continuons notre examen de l’évangile. Ce qui suit est le récit des derniers événements de la vie de Christ, ainsi que de sa mort, de sa résurrection, et de tout ce qui s’y rattache.

Les souffrances de Christ ne sont pas le sujet de l’évangile de Jean, mais sa divine personne, et ce caractère se retrouve ici. On n’y trouve de souffrance, ni en Gethsémané, ni sur la croix, mais un témoignage direct rendu à sa divinité, comme à sa parfaite obéissance humaine. Il y a un autre élément moins important, mais qui vient en évidence ; c’est la mise de côté morale des Juifs, sujet de douleur pour le Sauveur lui-même et pour nous, et à laquelle la grâce souveraine de Dieu portera remède ; mais ici ils tombent dans un mépris marqué, même de la part des gentils.

Les souffrances de Christ n’étant pas racontées, il y a beaucoup moins de détails. Ce sont de grands principes, de grands faits, qui sont mis en avant dans le récit, ou au moins qui en ressortent. J’espère que ce ne sera pas trop hasarder pour les âmes, que de passer en revue les divers récits qui se trouvent dans les évangiles au sujet de ce qui a eu lieu en Gethsémané et sur la croix.

En Matthieu, Christ est la victime ; il n’y a ni consolateur, ni consolation, mais sommeil des siens et trahison avec des baisers en Gethsémané, et sur la croix : «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?» Marc donne à peu près les mêmes faits à cet égard. En Jean, nous le verrons bientôt, il n’est pas question de souffrances, ni en Gethsémané, ni sur la croix. C’est le Fils de Dieu qui se donne. En Luc, vous avez plus d’angoisse humaine en Gethsémané, mais aucune sur la croix. De ce qui est rapporté dans l’évangile de Jean, nous parlerons plus loin. Dans l’évangile de Matthieu, c’est simple : c’était l’agneau conduit à la boucherie ; l’agneau qui n’a pas ouvert la bouche, sauf pour se reconnaître tel et abandonné de Dieu pour nous. En Luc, je vois le Fils de l’homme, et chaque cas répond au caractère de l’évangile. Ainsi, comme homme, sa généalogie remonte à Adam ; il est l’homme qui prie toujours ; en Gethsémané, en vue de la coupe terrible qu’il devait boire, il est l’homme réalisant d’avance ce qu’il devait souffrir comme étant fait péché. Il était dans une agonie (ce qui se trouve en Luc seul), mais cela n’a servi qu’à montrer sa perfection. Il priait avec plus d’instance ; il était comme homme avec Dieu ; il traversait toute l’angoisse dans son esprit. Sur la croix, point de souffrances du tout. Tout le reste (ce que nous voyons dans les autres évangiles) demeure vrai, mais c’est vu d’un autre côté ; c’est sous un autre aspect que le précieux Sauveur est présenté. Les souffrances sont passées ; il demande pardon pour les Juifs ; il promet le paradis au brigand, puis, quand tout est achevé, il remet son esprit à son Père. C’est la grâce et la paix dans son âme quand elle a tout réalisé. L’abandon de Dieu avait eu lieu, mais ce n’est pas ce côté de l’histoire que Luc présente.

Il est bien de remarquer aussi que les trois autres évangiles (Matthieu, Marc, Luc) racontent, lors de sa dernière arrivée à Jérusalem, sa controverse avec les diverses classes de Juifs, dont l’incrédulité est mise en évidence. En Jean, lorsque cette incrédulité à l’égard de sa parole (chap. 8), de ses œuvres (chap. 9), a été rendue manifeste, qu’il a déclaré qu’il est venu pour chercher ses brebis, Juifs ou gentils, et que Dieu lui a rendu témoignage comme étant Fils de Dieu, Fils de David et Fils de l’homme (mais comme tel il fallait qu’il mourût), alors ce n’est pas une controverse avec les Juifs, chose déjà réglée, mais ce sont ses communications à ses disciples au sujet des privilèges et de la position dont ils jouiraient quand Lui serait loin. Ceci nous ramène à l’histoire.

Les quelques versets qui nous parlent de Gethsémané, nous présentent le Sauveur dans sa puissance divine, puis se donnant lui-même pour les siens, ensuite parfait en obéissance comme homme. Rien n’est dit de ce qui s’est passé avant l’arrivée de Judas. Mais alors, toute la bande, sur son aveu volontaire qu’il était Jésus de Nazareth, tombe par terre, terrassée par la puissance divine qui se révélait en Lui. Il pouvait s’en aller, leur échapper ; mais il n’était pas venu pour cela, et, déclarant de nouveau qu’il était Celui qu’ils cherchaient, il ajoute : Si c’est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci, afin que fût accomplie cette parole précieuse pour nous aussi : «De ceux que tu m’as donnés, je n’en ai perdu aucun». Il se met à la brèche pour que les siens soient garantis du mal.

Pierre tire son épée, frappe le serviteur du souverain sacrificateur et lui enlève l’oreille. Jésus le guérit, mais en disant ces paroles : «La coupe que mon Père m’a donnée, ne la boirai-je pas ?» Soumission parfaite à la volonté de son Père, tout en démontrant que, par un mot de sa part, ils étaient rendus impuissants et Lui libre.

Dans ce qui suit, nous trouvons, ce me semble, que Jésus ne tient guère compte du souverain sacrificateur. Il ne lui rend pas compte de sa doctrine, mais le renvoie à ses auditeurs : ce qu’il avait dit, c’était en public. Dans les autres évangiles, nous voyons bien que Jésus répondit, quand il lui fut demandé qui il était. Mais ici l’autorité du souverain sacrificateur disparaît.

La chute de Pierre est soigneusement constatée, puis laissée là. Dans l’interrogatoire qu’il fait subir au Seigneur, Pilate reçoit de sa part une ample réponse. Sa réticence devant le souverain sacrificateur ne se retrouve pas ici, ce qui est frappant. Avec Caïphe, il s’en rapporte à ce que celui-ci aurait pu savoir par la foule qui l’avait entendu. Avec Pilate, il entre en conversation ; il reconnaît l’autorité du gouverneur, mais les Juifs sont mis de côté, placés dans la position de faux accusateurs, et, quand leur inimité est mise en évidence, il explique à Pilate que, tout en étant Roi, son royaume n’était pas de ce monde, et ne le sera jamais, lors même qu’il sera établi ici-bas. Les cieux régneront ; le monde le reconnaîtra (Dan. 4:26).

 

Pilate aurait voulu laisser l’affaire aux Juifs ; il voyait bien que ce n’était qu’envie et inimitié sans cause, mais les Juifs devaient être les instruments pour que Christ fût traité comme un malfaiteur, et non lapidé même comme blasphémateur, ainsi que le fut Étienne. Dans les conseils merveilleux de Dieu, son Fils devait être mis à mort comme un malfaiteur parmi les gentils, jeté hors de la vigne, mais les coupables, ceux qui en étaient les auteurs, c’étaient les Juifs (v. 29-32, 35). Quel aveuglement terrible que le leur ! Ils ne voulaient pas se souiller pour pouvoir manger la Pâque (v. 28), au moment de livrer le vrai Agneau de Pâque pour qu’il fût immolé. Les scrupules ne sont pas la conscience. Il ne faut pas violer les scrupules, si nous en avons, mais la conscience regarde à Dieu et à sa parole. La conscience n’empêchait pas les Juifs d’acheter le sang de Jésus pour trente pièces d’argent ; mais un scrupule leur défendait de mettre dans le trésor de Dieu, dans le temple, l’argent rejeté par Judas, parce que c’était le prix du sang (comp. Rom. 14).

 

Pilate demande à Jésus s’il est le roi des Juifs. Le Seigneur explique que son royaume n’est pas de ce monde, autrement il aurait fait valoir ses prétentions comme le monde le fait. Mais dans tous les sens, son royaume, dans ce moment, ne s’établissait pas dans ce monde comme un royaume du monde. Sa présence comme accusé devant Pilate, en était la preuve. Jésus ne manque pas de confesser ouvertement qu’il est roi, lorsque Pilate le lui demande. Il établira plus tard une puissance à laquelle rien ne pourra s’opposer, mais ce n’était pas encore le moment. Selon la vérité, il était roi, et il rend témoignage à la vérité. Selon l’œuvre de Dieu dans ce moment-là, il était compté parmi les malfaiteurs. Pour Pilate, incrédule et rationaliste, qu’est ce que c’était que la vérité ? Il était grandement coupable en cédant aux instances des Juifs, mais c’étaient les Juifs qui étaient les instigateurs de la mort de Jésus. Ils accomplissaient sans le savoir les conseils de Dieu, et Jésus était là dans son obéissance parfaite. Nous avons en scène la vérité, le roi, la victime de propitiation accomplissant une œuvre bien autrement profonde et importante que la royauté même, nous y voyons aussi le chef de la gentilité représentant l’empereur, puis la haine acharnée de ce pauvre peuple contre Dieu manifesté en bonté, leur Sauveur. Tout se revêt de son vrai caractère, les conseils de Dieu s’accomplissent, et chaque acteur dans cette scène prend sa vraie place. Mais les acteurs, les Juifs et les gentils, doivent disparaître condamnés, sauf la grâce, et le malfaiteur condamné qui, humainement parlant, disparaît, quitte la scène pour être Seigneur sur tout, pour s’asseoir sur le trône du Père.

Ainsi vont les choses même en petit dans ce monde. Il est frappant de voir ces pauvres Juifs se servir à la croix des paroles mêmes qui, dans leurs propres écritures, sont mises dans la bouche des athées, et des ennemis de Dieu (comp. Ps. 22 et Matt. 27). Mais la sagesse est justifiée par ses enfants.

La position de tous est nettement constatée. Pilate, juge convaincu de l’innocence du Seigneur, voulait se débarrasser de l’importunité des Juifs et éviter une inimitié sans profit. Les Juifs s’acharnent contre le Fils de Dieu venu en grâce dans ce monde, et lui préfèrent un brigand coupable de meurtre. Jésus se soumet à tout : condamné sur son propre témoignage, il devait être rejeté hors du camp et subir le genre de mort dont il avait parlé, et les gentils devaient en être coupables. Mais les actions de Pilate et des Juifs devaient mettre encore plus en relief l’esprit qui les animait. Ils voulaient le faire mourir à tout prix. C’est ce qui suit, et que trouvons au commencement du chapitre 19.

 

20                  Chapitre 19

Au fond le jugement du Sauveur avait été prononcé. Il avait été livré aux outrages des soldats romains. Les détails de cette partie de l’histoire se trouvent dans Matthieu 27:24-31. Les Juifs, malgré la résistance timide de Pilate, avaient choisi le brigand Barabbas et rejeté le Fils de Dieu, et Pilate, cédant à leurs instances, avait uniquement abdiqué sa position de juge pour plaire à un peuple remuant.

Mais il n’était pas à son aise. La majesté des voies de Jésus donnait à l’accusé de l’ascendant sur le juge. Il y avait en Christ quelque chose de surhumain qui faisait peur à Pilate ; puis nous savons qu’il avait reçu des avertissements que Dieu lui avait envoyés d’une manière telle qu’un gentil pouvait les recevoir (Matt. 27:19). Mais les relations des Juifs, non avec Christ, — cela se trouve plus clairement et d’une manière plus terrible en Matthieu, — mais avec les gentils, et celles des gentils avec Dieu, devaient être manifestées avec plus d’évidence. Pilate ramène Jésus, et il nous est présenté, haï et rejeté des Juifs, et condamné uniquement par Pilate sur des paroles connues de tous : «Ecce Homo».

C’est Dieu qui nous le présente ainsi. Voilà le Fils de Dieu, où il en était dans ce monde. Le monde ne l’a pas connu, quoiqu’il l’eût vu, et les siens ne l’ont pas reçu. Il a été le méprisé et le rejeté des hommes.

Pilate, mal à son aise par son mélange de crainte et de mauvaise conscience, et plein en même temps d’une anxiété fébrile de maintenir son autorité et de rejeter sur les Juifs la culpabilité de la condamnation de Jésus, le présente de nouveau aux Juifs, pour leur dire qu’il ne trouve aucune faute en lui. Ceci pousse les Juifs à demander à grands cris son crucifiement. Pilate veut qu’eux le fassent, puisqu’il ne trouve aucun crime en lui. Alors les Juifs, auxquels les Romains avaient laissé leurs propres lois (sauf le droit de mettre à mort), insistent sur ce que Jésus méritait la mort, car il se faisait Fils de Dieu, ce qui augmente le malaise de Pilate.

Il rentre dans la salle des audiences, et demande à Jésus d’ou il était. Où était donc le juge en ce moment ? Jésus ne lui répond pas, Pilate ayant reconnu publiquement que Jésus n’était pas coupable. Il ne s’agissait pas d’instruire Pilate, qui, d’ailleurs ne cherchait pas l’instruction, et qui, devant le silence de Jésus, en appelle à son autorité et à son pouvoir sur lui. Jésus déclare à Pilate qu’il n’en aurait point, si cela ne lui avait pas été donné d’en haut, — car le crucifiement du Sauveur était dans les conseils de Dieu, et Jésus se donnait maintenant pour les accomplir, mais cela ne faisait qu’augmenter le péché de Judas qui, témoin de la puissance divine de Christ, l’avait livré comme s’il n’en avait pas.

Dès lors Pilate cherche à délivrer Jésus. Mais pour éviter un tumulte parmi les Juifs, qui lui reprochent d’être infidèle à César puisque Jésus se disait roi, il ne résiste plus, mais irrité, il se moque des Juifs qu’il méprisait, et, ne s’inquiétant ni de la vérité, ni de Jésus, il dit : «Crucifierai-je votre roi ?» cachant ainsi son malaise, son chagrin, sa faiblesse et son manque de conscience. Cela donne lieu à l’apostasie publique des Juifs qui déclarent : «Nous n’avons pas d’autre roi que César». Les conseils de Dieu s’accomplissent ; les mains de Pilate restent tachées du sang du Fils de Dieu ; les gentils qui avaient l’autorité, sont coupables de sa mort ; les Juifs abandonnent tous les privilèges qu’ils avaient de la part de Dieu, et Jésus, avec son innocence judiciairement reconnue, tient seul la place de vérité et de fidélité, et se donne (car il aurait pu échapper comme dans le jardin, ou, de fait, à quelque moment que ce fût) pour accomplir les conseils de grâce. Les gentils sont compromis sans ressource, les Juifs perdus pour toujours sur le terrain de leur propre responsabilité, et cela, non seulement quant à la loi, mais comme ayant renoncé à tout droit à la jouissance des promesses, et si Dieu les accomplit plus tard pour sa gloire, ils seront forcés d’en recevoir la jouissance comme de pauvres pécheurs perdus d’entre les gentils. Jésus, condamné purement et simplement pour le témoignage qu’il rendait à la vérité, ce qui avait été aussi le cas devant le souverain sacrificateur, reste seul debout dans sa dignité et dans son intégrité au milieu d’un monde qui se perdait en se heurtant contre lui, contre la grâce et la vérité venues de la part de Dieu par lui qui était dans son sein.

Ici, Jésus ne reconnaît aucune autorité chez les Juifs, — c’étaient des adversaires — ni dans le chef des gentils, sauf pour accomplir les conseils de Dieu. Il lui explique la position premièrement, mais nie son pouvoir, si ce n’est pour cela. Pour voir sa condamnation par les Juifs, il faut regarder aux autres évangélistes, comme Matthieu 26:63-66, où on le voit condamné pour le témoignage qu’il a rendu d’être le Fils de Dieu ; et Luc 22, où ils se chargent du terrible fardeau de son sang. Ici, dans l’évangile de Jean, ce ne sont que des adversaires que le Seigneur ne reconnaît pas. Juifs et gentils, ils disparaissent dans les ténèbres de la haine, et d’une injustice provenant de la faiblesse d’âme et du manque de conscience, et Jésus est là, ayant rendu témoignage à la vérité, seul, en acceptant les conséquences de la part de Dieu, afin d’accomplir l’œuvre ineffable de l’amour divin pour les uns et les autres. Oh ! que nous sachions méditer et réaliser ces choses !

Dans l’histoire du crucifiement de Jésus, de même que nous l’avons vu en Gethsémané, les souffrances ne se trouvent pas. S’il est placé entre les malfaiteurs, c’est pour jeter du mépris sur les pauvres Juifs. Mais si Pilate avait cédé sans conscience à leur violence, il ne s’inquiétait nullement de l’honneur de leur nation, et il maintient insolemment ce qu’il a écrit. Dieu a voulu que ce témoignage fût rendu à l’état des Juifs et aux droits de son Fils, rejeté par le peuple, mais roi des Juifs. La prophétie s’accomplit à leur égard dans les plus petits détails.

Après cela, nous voyons quelqu’un qui a fourni sa carrière bénie : c’est le Fils de Dieu. Pendant son service ici-bas, il ne reconnaissait pas sa mère. En réalité, il ne s’agissait pas de ses relations humaines : il était porteur dans ce monde de la parole divine, l’expression de cette parole dans sa personne et rien d’autre ; séparé de tout pour cela. Maintenant que son ministère divin est terminé, il reconnaît cette relation, non comme liaison avec les Juifs, c’était fini, mais comme affection humaine. Il la confie à Jean, le disciple qu’il aimait. L’avoir toujours repoussée, n’était pas manque d’affection naturelle, mais fidélité, soit dans sa position en dehors des Juifs (Matt. 12:46), soit de dévouement absolu. Maintenant que son service est achevé, son affection est libre, et il la montre.

Puis, la dernière petite circonstance qui devait se rencontrer dans sa mort, selon les Écritures, étant accomplie, dans une paix parfaite déclarant que tout était accompli, il rend son esprit lui-même. Personne ne le lui ôte ; c’est lui-même qui le rend. Acte divin : après avoir tout souffert dans son âme par l’abandon de Dieu, dans un calme parfait, il reconnaît que tout est accompli, il détache lui-même son esprit de son corps et le remet à Dieu, son Père. Acte divin qu’il avait le pouvoir d’accomplir. Dans l’évangile de Luc, nous avons le côté humain de la foi de l’homme : «Père ! entre tes mains je remets mon esprit». Ici c’est le côté divin, où il se démet de sa vie humaine.

 

Les Juifs, zélés pour les ordonnances, tout en négligeant la miséricorde, la justice et l’amour de Dieu, veulent que les corps ne restent pas sur la croix le jour du sabbat, et un centenier est envoyé pour donner la mort aux crucifiés. Il casse les jambes des deux malfaiteurs ; mais Jésus était déjà mort ; pas un de ses os ne devait être cassé ; mais pour s’assurer qu’il ne s’était pas trompé et que (bien que lui n’y comprît rien) le monde était débarrassé du Fils de Dieu, il perce son côté avec une lance. C’était le dernier outrage que le monde lui ait fait, pour être sûr qu’on en avait fini avec le Fils de Dieu. La réponse de la grâce fut l’eau et le sang qui purifient et qui sauvent. L’homme et Dieu se rencontraient : l’insolence et l’indifférence de la haine, et la grâce souveraine qui s’élève au-dessus de tout le péché de l’homme. Merveilleuse scène, merveilleux témoignage ! Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé. Le coup de la lance du soldat a amené le témoignage divin du salut et de la vie.

 

Remarquez aussi l’opportunité de cette circonstance. Si l’on avait percé Jésus avant sa mort et qu’on l’eût tué, il n’aurait pas remis lui-même son esprit ; si on l’avait percé sans le mettre à mort, verser ainsi son sang n’aurait pas eu la valeur de sa mort. Mais il donne sa vie lui même, il est mort, et toute la valeur de sa mort, sous ses deux aspects de purification et d’expiation, se trouve manifestée quand son côté est percé et que l’eau et le sang en sortent (1 Jean 5).

Combien peu le dehors de ce qui se passe dans le monde correspond à la réalité ! Les scrupules et la brutalité s’empressent pour ôter la vie aux brigands. On ne pensait guère qu’ainsi l’on envoyait le pauvre croyant tout droit dans le Paradis. Les Écritures s’accomplissaient sur tous les points. Pas un des os de Jésus n’était cassé, mais son côté avait été percé, et maintenant Dieu se pourvoit de l’homme riche avec qui Jésus devait être dans sa mort. Joseph d’Arimathée a obtenu de Pilate le corps du Sauveur, et lui et Nicodème le placent avec des aromates dans un sépulcre neuf qui n’avait jamais servi à un enterrement. Le sabbat étant près de commencer (à six heures du soir), on plaça le corps là pour tout arranger convenablement quand le sabbat serait passé. Quel moment solennel que celui où la terre recevait le corps mort du Fils de Dieu, et que le monde n’avait plus rien de lui ici-bas !

Remarquez ici, en passant, comment l’iniquité, poussée à son comble, amène les faibles à se montrer fidèles. Ces deux hommes qui croyaient en Jésus, mais que leur position et leurs richesses empêchaient de se montrer ouvertement, ou ne permettaient à l’un de le faire que d’une manière timide et détournée, maintenant que tous ont peur, sauf quelques femmes, eux se montrent hardiment. Ce mal au milieu des Juifs leur était devenu intolérable, et leur position leur rend actuellement service dans leur dévouement. C’est la patiente grâce de Dieu et puis sa providence, qui avait amené les riches en ce moment pour ce service. Dans le monde invisible, Jésus était dans le Paradis ; quant à ce monde-ci, un ensevelissement interrompu, voilà tout ce qu’il avait. Le péché, la mort, Satan, le jugement de Dieu, avaient fait tout ce que l’un ou l’autre pouvaient faire : sa vie terrestre était terminée, et avec elle toutes ses relations avec ce monde et l’homme en tant qu’appartenant à ce monde. La mort régnait extérieurement, même sur le Fils de Dieu ; les âmes sérieuses, qui en avaient connaissance , étaient confondues. Mais le monde allait son train ; la pâque se célébrait avec ses cérémonies habituelles ; Jérusalem était ce qu’elle avait été auparavant. On s’était débarrassé de deux brigands ; ce qu’ils étaient devenus l’un ou l’autre ne regardait pas la société. Son égoïsme en était délivré, et elle l’était d’un autre qui la gênait, en disant trop d’elle. Mais ce n’est pas le dehors des choses qui est la vérité. L’un des brigands était dans le Paradis avec Christ ; l’autre, loin de tout espoir, et l’âme au moins du troisième était dans le repos d’une parfaite bénédiction, dans le sein de la divinité. Et quant au monde, il avait perdu son Sauveur et ne devait plus le revoir.

Mais il était impossible, par rapport à sa personne, que Jésus restât sous la puissance de la mort, bien que pour nous il s’y soit soumis. Par rapport à la justice divine, il ne devait pas y rester. Vrai Fils de Dieu, il y allait de la gloire du Père qu’il n’y fût pas retenu. Il ne pouvait permettre que son Saint vît la corruption. Les ténèbres absolues qui étaient descendues sur le monde, parlaient de la part de Dieu de l’aube d’un jour nouveau et éternel qui allait se lever au-delà de la mort, pour la gloire de Dieu, sur ceux qui, attachés à Jésus, voyaient en lui le soleil de justice. La tristesse, là où il y a la foi, peut durer la nuit, mais la joie arrive au matin. Pour les justes, la lumière se lève au milieu des ténèbres. L’homme a dû être condamné, mais Dieu est souverain en grâce, glorieux en justice. Le Christ, homme, a dû mourir selon cette grâce et selon la justice contre le péché ; mais il a dû être ressuscité selon la justice immanquable de Dieu. C’est le fond de la vérité quant à l’œuvre de Christ, mais c’est le principe de toutes les voies de Dieu à notre égard. Il faut que nous mourions avec lui et que nous ressuscitions avec lui. Si nous nous approprions toujours cette vérité, car c’est notre privilège (Col. 2 ; 3), nous jouissons de la vie qui n’est pas de ce monde, portant toujours dans notre corps la mort du Seigneur Jésus. Si, en quelque chose, cette vie de la chair n’est pas mortifiée, il faut que la mort y soit appliquée : dans les voies de Dieu, on en fait l’expérience. C’est l’histoire de notre vie chrétienne ici-bas. Quant à l’accomplissement efficace de la chose, elle a été faite une fois pour toutes sur la croix.

 

21                  Chapitre 20

Dans ce chapitre, l’histoire de la résurrection, ou plutôt des manifestations du Seigneur aux siens, est pleine d’intérêt et de principes importants. La première personne qui nous est présentée, n’est pas même le Christ : ce sont ceux qui devaient l’entourer spirituellement et qui l’avaient entouré de fait ici-bas. Il était bon et convenable que l’état de leurs affections, — et les affections nourrissent la foi, — que cet état, dis-je, comme confiance en lui et attachement à sa personne, fût manifesté, et qu’alors, lui, révélé en résurrection, fût la réponse à cet état, et les conduisît plus loin.

La première personne qui se présente et dont l’histoire est d’un profond et touchant intérêt, est Marie de Magdala. Son nom est devenu l’expression d’une mauvaise vie, ou au moins de celle d’une femme qui est sortie du désordre, mais il n’y a rien qui justifie la tradition. Mais qu’elle eût été complètement sous la puissance de démon, n’est pas une tradition. Le Seigneur avait chassé d’elle sept démons. Son état avait donc été des plus misérables, et elle aimait beaucoup. Nous la trouvons avec une femme appelée constamment l’autre Marie (Matt. 28:1), accompagnant avec d’autres le Seigneur, et lui rendant les services assidus d’une affection dévouée. Mais toute sincère que fût l’affection de ces femmes pour le Sauveur, il était davantage pour le cœur de Marie de Magdala que pour toutes les autres. Elles se disposaient bien, en achetant des aromates et des parfums pour l’embaumer, à faire tout ce qu’il fallait pour honorer leur Maître ; mais Marie de Magdala pensait à lui. Elles attendaient donc l’heure convenable, et arrivèrent au sépulcre au lever du soleil. Mais le cœur de Marie de Magdala était vide de tout, sauf de la douleur d’avoir perdu celui qu’elle aimait tant, et elle était au sépulcre comme il faisait encore nuit.

Le Seigneur était déjà ressuscité, et la grande pierre roulée de devant l’entrée du sépulcre. Elle ne saisissait pas la portée de ce qu’elle voyait, mais s’en alla auprès de Pierre et de Jean. Ceux-ci, pour voir ce qui en était, courent vers le sépulcre que l’on supposait soigneusement gardé. Jean regarde dans le sépulcre et voit les linges, dans lesquels Jésus avait été enveloppé, laissés là à terre. Pierre, arrivant tout de suite après, y entre et voit aussi les linges, et le suaire, dont la tête du Seigneur avait été enveloppée, plié et à part. Tout respirait la tranquillité ; rien n’indiquait la hâte, ni la précipitation. Il paraît que Pierre était étonné de ce qu’il voyait (Luc 24:12), et ne savait trop qu’en penser. Puis Jean y entre à son tour ; il vit et crut, mais sa foi s’appuyait sur ce qu’il voyait, et non sur la Parole. Ils ne connaissaient pas les Écritures qui disent qu’il fallait que cela arrivât ainsi. Hélas ! Jésus ne possédait pas leur cœur, ni la Parole leur intelligence. Ils s’en vont chez eux ; ils ne cherchent pas plus loin ; ils sont étonnés, Jean au moins convaincu ; l’intelligence divine ne les éclairait pas, l’affection pour Christ ne les émouvait pas : ils s’en allèrent chez eux.

Il n’en est pas ainsi de Marie de Magdala. Pour elle, sans Jésus, le monde entier n’était qu’un sépulcre vide ; son cœur était plus vide encore. Elle reste là au sépulcre, là où avait été le Seigneur qu’elle aimait. Comme il est dit de Rachel, elle ne pouvait être consolée, parce qu’il n’était plus. Penchée sur la tombe creusée dans le roc, elle voit deux anges qui lui demandent : «Pourquoi pleures-tu ?» Dieu permet la pleine expression de cette puissante affection. Ce n’est plus : «On a enlevé... le Seigneur», comme elle le disait aux apôtres, mais «on a enlevé mon Seigneur, et je ne sais où on l’a mis». Mais Jésus n’était pas loin d’un cœur ainsi attaché à sa personne. Marie entend le mouvement de quelqu’un derrière elle. Elle se tourne et voit un homme qu elle prend pour le jardinier. Il demande encore : «Pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ?» Alors on voit cette affection qui s’approprie le Sauveur perdu comme s’il était à elle, et qui ne s’imagine pas que le jardinier puisse penser à un autre objet que celui qui la préoccupe. «Seigneur», dit-elle, «si toi tu l’as emporté, dis-moi où tu l’a mis, et moi je l’ôterai». Si j’avais un ami malade, je demanderais chez lui : «Comment est-il ?» et tous entendraient ce que je voudrais dire, de qui je parlerais. Marie croit que tout le monde pense au Seigneur, comme elle le faisait elle-même, et que son affection lui donnait plein droit de disposer de Lui. Ce n’était pas l’intelligence ; il avait dit qu’il ressusciterait, et elle cherchait parmi les morts Celui qui était vivant. Mais le Seigneur était tout pour son cœur. C’est ce que Jésus cherche, et il se fait trouver vivant. Il use de son affection divine et humaine, et appelle sa brebis par son nom. «Marie», dit-il. C’était assez, et un seul mot d’un cœur satisfait répond à l’appel. Sa brebis entend sa voix et ne s’y méprend pas. «Rabboni», dit-elle. C’était tout. Marie l’avait trouvé, et trouvé vivant, et il avait fait ressortir dans le cœur de Marie toute l’affection à laquelle son amour satisfaisait.

Maintenant arrive l’intelligence, et c’est Marie, celle qui cherchait le vivant parmi les morts, mais avec un cœur qui était à lui, un cœur attaché à sa personne, c’est elle qui est employée par le Seigneur pour communiquer aux apôtres mêmes la connaissance des privilèges les plus élevés qui appartiennent aux chrétiens. On voit clairement l’importance de ce dévouement. Ce n’est pas la connaissance qui caractérisait Marie, mais son affection l’approchait spirituellement du Seigneur, et faisait d’elle le vase propre pour communiquer ce qu’il avait, lui, dans son cœur. Elle possédait, comme vase, cette connaissance, mais, mieux encore, elle possédait le Seigneur.

Quant à sa position, Marie de Magdala représentait le résidu juif attaché à la personne du Seigneur, mais ignorant des conseils glorieux de Dieu. Elle pensait avoir retrouvé Jésus, ressuscité sans doute, mais revenu dans ce monde pour prendre la place qui lui était due, et satisfaire aux affections de ceux qui avaient tout quitté pour lui dans ses jours d’humiliation, méconnu du monde et renié par son peuple. Mais elle ne pouvait pas l’avoir ainsi maintenant. Une gloire tout autrement excellente, d’une étendue tout autrement grande, était dans les pensées de Dieu, et une bénédiction tout autrement précieuse pour nous. En recevant Christ, elle a bien dû le recevoir selon les pensées de Dieu à l’égard du Sauveur. Seulement, son attachement au Seigneur lui ouvrait ce chemin béni. «Ne me touche pas», dit le Seigneur, «car je ne suis pas encore monté vers mon Père ; mais va vers mes frères, et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu». Elle ne pouvait pas avoir le Seigneur, même ressuscité, revenu comme Messie sur la terre. Il devait premièrement monter vers son Père et recevoir le royaume, puis revenir ; mais il y avait bien plus. Une œuvre avait été accomplie qui le plaçait, lui, comme homme et toujours Fils, auprès du Père dans la gloire, homme dans cette relation bénie, mais c’était une œuvre de rédemption, qui plaçait les siens, rachetés selon la valeur de cette œuvre, dans la même gloire et dans les mêmes relations que lui. Et cela était basé sur le fondement certain de cette œuvre, dans laquelle Dieu lui-même et le Père avaient été pleinement glorifiés et s’étaient fait connaître selon toutes leurs perfections  (comp. Jean 13:31, 32 et 17:4, 5). Selon ces perfections, les disciples sont introduits dans la position et selon la relation de Jésus lui-même avec Dieu. C’était le fruit nécessaire de l’œuvre de Jésus. Sans cela, il n’aurait pas vu le travail de son âme.

Pour la première fois, Christ appelle ses disciples ses frères, et les place ainsi dans ses propres relations avec Dieu son Père. Le judaïsme a disparu pour le moment et pour ce qui concerne l’ancienne alliance, et le plein effet de l’œuvre de Christ, selon le propos arrêté de la grâce, est révélé ; les croyants y sont placés par la foi, et nous en possédons la connaissance et la puissance par le Saint Esprit qui nous a été donné, à la suite de l’entrée de Jésus personnellement comme fils de l’homme, dans la gloire qui résulte de son œuvre.

La résurrection de Jésus a laissé derrière l’homme la mort, le péché, la puissance de Satan et le jugement de Dieu, et a mis en perspective la gloire céleste, bien que, pour rendre témoignage à la réalité de sa résurrection, Jésus ne fût pas encore entré dans cette gloire même. Mais pour ce qui est le fond de la chose, c’est-à-dire la relation, elle est établie et révélée. Le résidu juif, attaché au Christ, devient la compagnie du Fils, associé à lui dans la puissance des privilèges dans lesquels il est entré, comme ressuscité d’entre les morts.

Marie ayant communiqué ces choses aux apôtres, la suite du développement extérieur fondé sur cette révélation est racontée. Les disciples se réunissent ce même jour-là au soir, et Jésus, les portes étant fermées à cause de leur crainte des Juifs, paraît personnellement, mais dans un corps spirituel, au milieu d’eux, en leur apportant la paix qu’il avait faite par son sang. La paix divine, le rassemblement, et la présence du Seigneur, caractérisaient leur réunion. Les apôtres devaient en être des témoins oculaires, et il leur montre ses mains et son côté, témoins irrécusables que c’était bien le même Jésus qu’ils avaient connu, et ils se réjouissent en le voyant. Ensuite ils devaient être ses missionnaires ou apôtres (envoyés), et il pose la paix divine comme point de départ : «Paix vous soit», leur dit-il ; comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie». Puis, comme Dieu a soufflé dans les narines d’Adam la respiration de vie, le divin Fils, le même Dieu, ici homme ressuscité, souffle sur eux, leur communiquant le Saint Esprit. Bien que symbolisant le don du Saint Esprit, celui-ci n’était pas encore envoyé, car Jésus n’était pas encore monté en haut, mais il a été communiqué comme puissance de vie de la part du Sauveur ressuscité, vie divine, vie selon la position dans laquelle il se trouvait et qui en était la force. Ils vivaient de la vie divine du Sauveur, et selon l’état qu’il avait pris en ressuscitant. Le Saint Esprit descendu du ciel devait leur révéler les objets de la foi et les conduire. Ici, ce qu’ils reçoivent, c’est la capacité spirituelle et subjective d’en jouir, les rendant capables personnellement de fournir leur carrière dans laquelle le Saint Esprit devait les conduire. Ils étaient propres pour le service de leur mission ; celui qui devait les diriger était le Saint Esprit qui allait descendre du ciel.

Cette différence se trouve en Romains 8. Jusqu’au verset 11, le Saint Esprit, dans le croyant, est esprit de vie et de liberté, de puissance morale en Christ. Après cela (depuis le v. 11), c’est le Saint Esprit personnellement, agissant comme une personne divine. Ceci va jusqu’au verset 27.

 

Cependant, dans ce tableau qui est le résumé de toute la position, ce fait (le Seigneur soufflant sur eux) désigne le don du Saint Esprit. Or leur mission, le salut que Jésus venait d’accomplir, se caractérisait dans sa première application par la rémission des péchés, premier besoin du pécheur, s’il doit être réconcilié avec Dieu (Luc 1:77 ; Matt. 9:2). Ce n’est pas ici l’efficacité éternelle de l’œuvre de Christ en elle-même, mais l’application de son efficace ici-bas comme chose présente et actuelle. En examinant la portée de cette œuvre, nous trouvons que les adorateurs, une fois purifiés, n’ont plus aucune conscience de péchés ; mais ici, c’est l’application présente dans cette purification. L’efficace éternelle de l’œuvre n’est pas le sujet de l’évangile de Jean, qui n’en parle pas, mais c’est son application administrative.

 

Les versets 19 à 23 de notre chapitre résument la position de service, dans laquelle le Seigneur place ses disciples, ainsi que le rassemblement des enfants de Dieu. Remarquez ici qu’il disait, dans sa vie sur la terre avant la résurrection : «Ne crains point» ; et si, comme Emmanuel, le Messie, il disposait de tout en faveur des siens, lorsqu’il envoyait ses disciples en mission, ici, au contraire, ils ont peur des Juifs, et le Seigneur n’ôte pas cette peur, mais il remplace la puissance de sa présence comme Emmanuel, le Messie, par sa présence au milieu d’eux, et par la paix qu’il avait faite et qu’il conférait.

 

Thomas n’était pas là. Huit jours après, c’est-à-dire le dimanche suivant, Thomas se trouvait avec les autres et Jésus vint au milieu d’eux. En répondant aux doutes que Thomas avait exprimés avant que Jésus vînt, le Seigneur le convainquit en lui montrant et lui faisant toucher ses mains et son côté. Les doutes de Thomas disparaissent. C’est l’expression, dans ce remarquable résumé ou esquisse des dispensations de Dieu, de la position du résidu juif aux derniers jours. Ils croiront en le voyant, et Jésus fait la différence entre les croyants qui ne l’ont pas vu, — notre position, — et ceux qui croiront quand ils le verront. La bénédiction repose sur nous. La confession de Thomas, si vraie et juste qu’elle fût, montre, il me semble, la position judaïque. Ce n’est pas le Fils de l’homme glorifié, Jésus en haut ; mais c’est ce que les Juifs reconnaîtront lorsqu’il reviendra, c’est-à-dire que le Jésus qu’ils avaient rejeté, était leur Seigneur et leur Dieu, leur Libérateur et Sauveur, l’Éternel qui devait les délivrer. Le témoignage des autres ne les aura pas convaincus. Ils verront et contempleront Celui qu’ils ont percé. Ainsi nous trouvons, dans ce chapitre, outre la résurrection de Jésus, le résumé de la dispensation de grâce depuis cet événement jusqu’au retour du Sauveur : premièrement, le résidu Juif représenté par Marie de Magdala, mais introduit par un Christ ressuscité dans la connaissance de la position et des privilèges chrétiens, privilèges qu’elle annonce aux disciples. À la suite de cette communication, les disciples réunis trouvent le Seigneur Jésus au milieu d’eux, prononçant sur eux la paix qu’il venait de faire ; ensuite il les envoie, fondant leur mission sur la paix donnée, et plaçant entre leurs mains l’administration de la rémission des péchés, en leur communiquant le Saint Esprit. Enfin le résidu juif de la fin, qui croit lorsqu’il voit, mais qui ne jouit pas des mêmes privilèges que ceux qui croient durant son absence, alors qu’on ne le voit pas. Thomas (le résidu) n’avait pas voulu recevoir le témoignage qui lui était rendu de la résurrection de Jésus.

 

22                  Chapitre 21

Ce dernier chapitre est à dessein mystérieux, et nous présente ce qui arrivera au retour de Jésus, mais en outre la restauration de l’âme de Pierre après sa chute. Les versets 1 à 14 montrent ce qui suit le retour de Jésus, la troisième fois qu’il s’est fait voir. La première fois, c’est le jour de sa résurrection ; la seconde fois, une semaine après, quand Thomas y était ; ces deux occasions présentent le résidu devenu l’Église, et le résidu à la fin. Ici, dans ce chapitre, c’est ce que l’on appelle le millénium. C’est la troisième fois que Jésus se manifeste à eux ensemble ; figurément ce fut d’abord pour les chrétiens, puis pour le résidu juif, et enfin pour le monde des gentils. C’est pourquoi Jésus avait déjà ici des poissons sur le feu, c’est-à-dire le résidu juif. Mais en jetant le filet dans la mer des peuples, les disciples rassemblent une masse de poissons, sans que cependant le filet se rompe. Au commencement (Luc 5), ils avaient pris une masse de peuples, mais alors le filet s’est rompu. L’ordre administratif, qui contenait les poissons, ne pouvait les garder selon cet ordre, mais ici la présence du Sauveur ressuscité change tout. Rien ne se rompt, et il est de nouveau associé aux siens et dans la puissance du fruit de son œuvre.

Après cette scène mystérieuse, il restaure Pierre, mais c’est en sondant son cœur, en le lui faisant connaître à lui-même. C’est ce que le Seigneur fait toujours. Pierre avait dit que si tous le reniaient, lui ne le ferait pas. Le Sauveur lui demande s’il l’aimait plus que les autres ne l’aimaient. Pierre en appelle à la connaissance qu’avait le Sauveur : Jésus lui confie ses agneaux. Une fois humiliés et ayant perdu toute confiance en nous-mêmes, le Seigneur peut nous confier ce qu’il a de plus cher à son cœur : «Pais mes agneaux», lui dit-il. Remarquez bien que Jésus ne reproche à Pierre rien de ce qu’il avait fait, mais qu’il va pour son bien jusqu’au fond même de son âme, jusqu’à cette fausse confiance en lui même qui avait amené sa chute. Puis, répétant encore jusqu’à trois fois sa question, ce qui a dû rappeler à Pierre son reniement, trois fois répété, il élargit la sphère de sa confiance et lui dit : «Sois berger de mes brebis». Pierre avait renforcé l’expression de son affection (*) en disant : Tu sais que tu m’es cher ; le Seigneur s’empare du mot et dit : «Est-ce que je te suis cher ?» Pierre était troublé de ce que le Seigneur mettait encore en question son affection, et lui dit : «Tu connais toutes choses», tu sais que tu m’es cher. Il en appelle à cette connaissance qui sonde tous les cœurs, mais c’était confesser qu’il fallait cela pour le savoir ; car, selon toutes les apparences, mis à l’épreuve, il s’était montré infidèle au moment qui exigeait le dévouement de sa part, et l’homme aurait pu dire que Pierre s’était montré un hypocrite. Mais, grâces à Dieu, malgré toutes nos faiblesses, il y en a un qui sait ce qu’il a mis lui-même au fond de nos cœurs, et, s’il nous sonde et nous force à connaître, et nous-mêmes, et la racine du mal en nous, il reconnaît encore plus au fond ce qu’il y a créé, que son nom en soit béni ; et il comble de grâce ce que sa grâce y a mis, et se fie, une fois que nous sommes assez humiliés, à cette grâce en nous, entretenue toutefois par le fleuve continuel de sa grâce.

 

(*) Les deux premières fois Jésus dit à Pierre : αγαπας με, m’aimes-tu ? Pierre répond constamment : φιλω, tu m’es cher, et c’est ce mot que Jésus emploie la troisième fois.

 

Nous voyons encore dans ce passage, combien ses brebis sont chères à Jésus. C’est à elles qu’il pense quand il s’en va, pour fournir à leur pâture et aux soins qu’elles demandent. Mais il y a davantage dans sa grâce envers le pauvre Pierre. Il avait perdu la belle occasion qu’il avait eue. Pour sauver sa vie, il avait renié le Sauveur, et ce que le manque de foi a perdu n’est pas toujours rendu, quand même mieux nous serait donné. Si nous traversons le Jourdain (*), nous ne pouvons plus monter la montagne des Amoréens, nous errons dans le désert aride. Seulement Dieu accomplit ses desseins. Mais ici, la force de volonté de Pierre ayant été démontrée faiblesse devant la puissance de l’ennemi, la bénédiction immense de souffrir et même de mourir pour le Seigneur lui est accordée, et cela devait avoir lieu, lorsqu’il ne s’agirait plus de sa volonté, mais de la soumission à la force d’autrui, là où sa fidélité serait mise en évidence. Un autre le lierait et le mènerait là où il ne voudrait pas aller. Il mourrait après tout pour le Seigneur. C’est alors, quand il n’y a plus de volonté propre, plus de force, que l’on peut suivre le Seigneur.

 

(*) Lisez et comparez Nombres 13 et Deutéronome 1.

 

Ensuite, en des termes à dessein mystérieux, le ministère et l’œuvre de Jean sont constatés. Les agneaux et les brebis de Jésus étaient les Juifs croyants confiés ainsi à Pierre. Le témoignage devait être rejeté par la nation, et se terminer par la mort de Pierre. Mais il devait en être autrement de celui de Jean. Pierre qui le voit suivre aussi Jésus, demande au Seigneur ce qui lui arriverait. «Si je veux», dit le Sauveur, «qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi». Il n’a pas dit, comme on l’a supposé, qu’il ne mourrait pas, mais en effet son ministère fait connaître les voies de Dieu jusqu’à la fin. Tout est laissé en suspens après lui, jusqu’à ce que Jésus vienne, tandis que la sphère du ministère de Pierre a disparu de dessus la terre.

Remarquez encore qu’il n’est pas question ici du ministère de Paul. Pierre avait le ministère de la circoncision ; la terre en était la scène, et les promesses, l’objet, tout en conduisant individuellement dans le ciel. Jean, tout en révélant la personne du Fils et la vie éternelle descendue du ciel, s’occupe aussi de ce qui est sur la terre, puis du gouvernement de Dieu et du jugement, lors de la manifestation du Sauveur ici-bas. Paul traite des conseils de Dieu en Christ et de son œuvre pour nous introduire dans la même gloire céleste, semblables à Lui devant le Père, ses frères déjà ici-bas. Tel n’est pas le sujet de notre évangile.