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ÉTUDE sur L’ÉVANGILE DE JEAN

 

 

Par J. N. Darby

 

Table des matières :

1     INTRODUCTION

2     Chapitre 1

3     Chapitre 2

4     Chapitre 3

5     Chapitre 4

6     Chapitre 5

7     Chapitre 6

8     Chapitre 7

9     Chapitre 8

10     Chapitre 9

11     Chapitre 10

12     Chapitre 11

13     Chapitre 12

14     Chapitre 13

15     Chapitre 14

16     Chapitre 15

17     Chapitre 16

18     Chapitre 17

19     Chapitre 18

20     Chapitre 19

21     Chapitre 20

22     Chapitre 21

 

 

1                        INTRODUCTION

L’évangile de Jean a un caractère tout particulier, qui frappe les esprits de tous ceux qui le lisent avec quelque attention, alors même qu’ils ne se rendent pas compte de ce qui produit cet effet : il frappe non seulement les esprits, mais il attire les cœurs comme ne le font pas d’autres parties du saint livre. La raison de ce dernier effet, c’est que l’évangile de Jean présente la personne du Fils de Dieu, — le Fils de Dieu dans une position où il est descendu assez bas pour être dans le cas de dire : «Donne-moi à boire». Cela attire le cœur, si le cœur n’est pas tout à fait endurci. Si Paul nous enseigne comment un homme peut être présenté devant Dieu, Jean présente Dieu devant l’homme. Son sujet, c’est Dieu et la vie éternelle dans un homme, l’apôtre poursuivant ensuite le sujet dans sa première épître, en nous montrant cette vie reproduite dans ceux qui la possèdent en possédant Christ. Je parle seulement des grands traits qui caractérisent ces livres, car bien d’autres vérités que celles que je viens d’indiquer s’y trouvent, je n’ai pas besoin de le dire. En effet, c’est l’évangile de Jean qui nous donne la doctrine de l’envoi de l’Esprit de Dieu, cet autre Consolateur qui devait demeurer toujours avec nous.

L’évangile de Jean se distingue très clairement des autres évangiles synoptiques, et nous ferons bien de nous arrêter un moment sur ce qui caractérise ces derniers, pour autant que cela touche à la différence qu’il y a entre eux et l’évangile de Jean. Les trois évangiles synoptiques, Matthieu, Marc et Luc, nous fournissent les plus précieux détails sur la vie du Sauveur ici-bas, sur sa patience et sa grâce : il était la parfaite expression du bien au milieu du mal ; ses miracles (à l’exception de la malédiction du figuier qui exprimait la vérité quant à l’état d’Israël, c’est-à-dire de l’homme en possession de tous les privilèges dont il pouvait jouir de la part de Dieu) étaient non seulement une confirmation de son témoignage, mais tous des miracles de bonté, — l’expression de la puissance divine manifestée en bonté. On y trouve le bien, Dieu lui-même qui est amour, agissant, quoique dans un certain sens encore caché, selon la grâce qui allait être pleinement révélée. Ce précieux Sauveur a été ainsi présenté à l’homme pour être reconnu et reçu : — il a été méconnu et rejeté. Chacun des trois évangélistes, on l’a souvent fait remarquer, présente le Sauveur sous un aspect différent : Matthieu place devant nous Emmanuel au milieu des Juifs ; Marc, le serviteur prophète ; Luc, après les deux premiers chapitres qui nous offrent un tableau des plus intéressants d’un résidu avec lequel Dieu se trouvait, au milieu d’un peuple hypocrite et rebelle, nous montre le Fils de l’homme, davantage en relation avec ce qui existe maintenant, savoir la grâce céleste ; mais tous les trois, au fond, présentent le Sauveur dans ses patientes voies de grâce ici-bas, pour que l’homme le reçût ; et l’homme l’a rejeté ! L’évangile de Marc, nous faisant connaître le service de Jésus, n’a pas de généalogie. Matthieu, étant en relation avec les Juifs et les économies terrestres, fait descendre le Sauveur d’Abraham et de David, et montre aussi les trois choses qui remplacent le judaïsme, c’est-à-dire le royaume tel qu’il existe maintenant (chap. 13), l’Église (chap. 16), et le royaume en gloire (chap. 17). Luc, qui nous présente la grâce dans le Fils de l’homme, fait remonter sa généalogie jusqu’à Adam. Ces trois évangiles parlent toujours de Christ homme ici-bas, présenté à l’homme historiquement, et ils poursuivent leur récit jusqu’à sa réjection de fait, annonçant ensuite son entrée dans la nouvelle position qu’il a prise par la résurrection. L’ascension, base de notre position actuelle, n’est directement racontée que dans Luc seul : il y est fait allusion dans les derniers versets supplémentaires de Marc.

L’évangile de Jean envisage le Seigneur d’une tout autre manière : il nous présente une personne divine descendue ici-bas, Dieu manifesté sur la terre, fait merveilleux duquel tout dépend dans l’histoire de l’homme. Il ne s’agit plus ici de généalogie ; ce n’est plus le second homme responsable envers Dieu (bien que cela reste toujours vrai) et parfait devant Dieu, et faisant ses délices, quoiqu’on voie à chaque page que ce n’est plus le Messie selon les prophéties ; ce n’est plus Emmanuel, Jésus qui sauve son peuple ; ce n’est plus le messager qui va devant sa face : dans Jean, c’est Dieu lui-même comme Dieu, qui, dans un homme (*), se montre à l’homme, aux Juifs, parce que Dieu l’avait promis, mais pour les mettre tout d’abord de coté (chap. 1:10, 11), montrant en même temps que rien dans l’homme ne pouvait même comprendre qui était là, présent avec lui. Puis, à la fin de l’évangile, nous trouvons la doctrine de la présence du Saint Esprit qui remplacerait Jésus ici-bas, en révélant sa gloire en haut, et en nous donnant la conscience de nos relations avec le Père et avec Lui. Il faut remarquer aussi que tous les écrits de Jean, et son évangile entre autres, envisagent le chrétien comme individu, et ne connaissent pas l’Église, ni comme corps, ni comme maison. De plus, l’évangile de Jean s’occupe de la vie éternelle ; il ne parle pas de la rémission des péchés, sauf en tant qu’administration présente confiée aux apôtres ; et, pour ce qui est de Christ, il traite essentiellement le sujet de la manifestation de Dieu ici-bas, et de la venue de la vie éternelle dans la personne du Fils de Dieu : par conséquent il ne parle guère de notre part dans le ciel, trois ou quatre allusions exceptées. Mais il est temps que nous sortions des généralités pour nous occuper de ce que nous dit l’évangile lui-même.

 

(*) Étant venu comme homme, Jésus ne sort jamais de la position d’obéissance, et reçoit tout de la main de son Père.

 

Voici d’abord quelle est sa structure. Les trois premiers chapitres sont préliminaires : Jean-Baptiste n’avait pas encore été mis en prison, et Jésus, bien qu’il enseignât et fît des miracles, n’avait pas encore commencé son ministère public. Les deux premiers de ces trois chapitres, jusqu’à la fin du verset 22 du chapitre 2, forment un ensemble ; le chapitre 3 nous donne la base de l’œuvre divine en nous et pour nous, savoir la nouvelle naissance et la croix, celle-ci introduisant les choses célestes quant à nous et quant à Jésus lui-même. Au chapitre 4, Jésus passe de Judée en Galilée, quittant les Juifs qui ne le recevaient pas, et il prend la place de Sauveur du monde en grâce. Au chapitre 5, il donne la vie comme Fils de Dieu ; au chapitre 6, il devient, comme Fils de l’homme, l’aliment de la vie, dans son incarnation et dans sa mort. Le chapitre 7 nous montre que le Saint Esprit doit le remplacer ; la fête des tabernacles — la restauration d’Israël — devant avoir lieu plus tard. Au chapitre 8, sa parole, au chapitre 9, ses œuvres, sont définitivement rejetées ; mais celui qui a reçu la vue le suit. Ainsi, chapitre 10, il aura ses brebis et les gardera pour de meilleures espérances. Dans les chapitres 11 et 12, Dieu lui rend témoignage, comme Fils de Dieu, par la résurrection de Lazare ; comme Fils de David, par son entrée à Jérusalem ; comme Fils de l’homme, par la venue des Grecs ; mais ce dernier titre de Fils de l’homme, amenait avec lui la mort, sujet qui est alors traité. Béthanie est une scène à part : Marie saisit la position de Jésus par le cœur ; Celui qui donnait la vie devait mourir lui-même. Son titre de Fils de l’homme clôt l’histoire de Jésus ici-bas, en l’introduisant, par la mort et par la rédemption, dans une sphère de gloire beaucoup plus vaste. Mais, chapitre 13, la question surgissait naturellement : Est-ce que Jésus abandonnait ses disciples ? Non, étant glorifié en haut, il leur lavait les pieds. Mais il s’en allait où les disciples ne pouvaient alors le suivre. Dans le chapitre 14, se trouvent les consolations pour le temps de l’absence du Seigneur : le Père avait été révélé en lui déjà pendant sa vie ici-bas ; quand il serait remonté en haut, il enverrait un autre Consolateur ; par son moyen, les disciples sauraient que Lui était dans le Père, eux-mêmes en Lui, et Lui en eux. Le chapitre 15 nous montre la relation des disciples avec lui sur la terre, remplaçant les Juifs, la position où se trouveraient les disciples vis-à-vis du monde, celle où se trouvaient les Juifs en le rejetant, puis le Consolateur. Le chapitre 16 nous dit ce que le Saint Esprit ferait quand il serait venu, ce dont sa présence serait la preuve dans le monde, et ce qu’il enseignerait aux disciples, les plaçant en même temps en relation immédiate avec le Père. Au chapitre 17, le Seigneur, se fondant sur l’accomplissement de son œuvre et la révélation du nom du Père, place les siens dans sa propre position vis-à-vis du Père et vis-à-vis du monde : le monde est jugé en ce qu’il a rejeté le Seigneur, et les siens sont laissés ici-bas à sa place. Dans les chapitres 18 et 19, nous avons l’histoire de la condamnation et du crucifiement du Seigneur ; au chapitre 20, sa résurrection et sa manifestation de lui-même à ses disciples, ainsi que leur mission. Le chapitre 21 nous donne son entrevue avec les siens en Galilée, la restauration de Pierre, et la prophétie de Jésus à l’égard de celui-ci et de Jean.

Après cette courte esquisse de l’évangile de Jean dans son ensemble, nous entrerons maintenant dans le détail des chapitres.

 

2                        Chapitre 1

Le premier chapitre nous présente la personne du Seigneur dans toutes ses phases positives, — ce qu’il est en lui-même — non dans ses caractères relatifs. Il n’est pas ici le Christ, ni chef de l’Église, ni souverain sacrificateur, c’est-à-dire ce qu’il était ou ce qu’il est en relation avec les hommes ici-bas, soit Juifs, soit chrétiens ; mais c’est Christ, personnellement, qui nous est présenté, ainsi que son œuvre.

Le chapitre commence par l’existence divine et éternelle de la personne de Jésus, le Fils de Dieu, par ce qu’il est dans le fond de sa nature, pour ainsi dire. La Genèse commence par la création, et l’Ancien Testament nous donne l’histoire de l’homme responsable sur la terre, sphère de cette responsabilité ; Jean commence par ce qui a précédé la création ; il commence tout à neuf ici, dans la personne de Celui qui est devenu le second Homme, le dernier Adam. Ce n’est pas : «Au commencement Dieu créa» ; mais : «Au commencement la Parole était». Tout est fondé sur l’existence non créée de Celui qui a tout créé : quand tout commençait, Lui était là, sans commencement. «Au commencement était» est l’expression formelle que la Parole n’a pas eu de commencement. Mais il y a davantage dans ce remarquable passage : la Parole était personnellement distincte, elle «était auprès de Dieu» ; mais elle n’était pas distincte en nature, elle «était Dieu». Nous avons ainsi l’existence éternelle, la distinction personnelle, l’identité de nature du Verbe ; et tout cela subsistait dans l’éternité. La distinction personnelle de la Parole n’était pas, comme on a voulu le dire, une chose qui a commencé. «Au commencement» la Parole était «auprès de Dieu» (v. 2) : sa personnalité est éternelle comme sa nature. Voilà la grande et glorieuse base de la doctrine de l’évangile et de notre joie éternelle, le fond de ce qu’est le Sauveur : sa nature et sa personne.

Maintenant vient ce qu’il est attributivement, étant tel. Premièrement, il a tout créé ; et ici nous arrivons au commencement de la Genèse. Nous avons à faire avec lui en ce qu’il est ; le monde n’est que ce qu’il a fait. Toutes choses furent faites par lui, et il n’y a rien de créé dont il ne soit pas le créateur. Tout ce qui subsiste, subsiste par lui. Lui était (ηυ) ; et tout ce qui commença à exister (εγενετο) commença «par Lui». Il a été le créateur de tous les êtres (comp. Hébr. 1:2, 10).

La seconde qualité qui se trouve en lui, c’est que en lui «était la vie» (v. 4). Cela ne peut se dire d’aucune créature ; beaucoup ont la vie, mais ne l’ont pas en elles-mêmes. Christ devient notre vie, mais c’est lui qui l’est en nous. «Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est dans son Fils : Celui qui a le Fils a la vie, celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie». C’est là une vérité d’une grande portée, quant à lui, quant à nous, et quant à la vie que nous possédons comme chrétiens.

Mais de plus, cette vie est «la lumière des hommes», parole d’un prix immense pour nous. Dieu lui-même est lumière, et c’est la lumière divine comme vie, qui s’exprime dans la Parole aux hommes. Ce n’est pas la lumière des anges, quoique Dieu soit lumière pour tous, car il l’est en lui-même, mais, lorsqu’elle est relative, adaptée à d’autres êtres, elle ne l’est pas aux anges : ses délices étaient dans les fils des hommes (Prov. 8). La proposition est ce qu’on appelle réciproque, ce qui veut dire que les deux membres de la proposition ont une égale valeur. Je pourrais tout aussi bien dire : la lumière des hommes est la vie qui est dans la Parole. C’est l’expression parfaite de la nature, des conseils, de la gloire de Dieu, quand tout sera consommé. C’est dans l’homme que Dieu se fera voir et connaître : Dieu a été manifesté en chair... «vu des anges». Les anges sont la plus haute expression de la puissance de Dieu en création ; mais c’est dans l’homme que Dieu s’est montré, et cela moralement, en sainteté, en amour. Nous devons marcher comme Christ a marché, être les imitateurs de Dieu comme ses chers enfants, et marcher dans l’amour comme aussi le Christ nous a aimés, et s’est livré lui-même pour nous ; et aussi nous sommes «lumière dans le Seigneur», car il est notre vie. Si nous connaissons l’amour, c’est en ce qu’il a laissé sa vie pour nous, et nous devrions laisser notre vie pour les frères. Si Dieu nous châtie, c’est pour nous rendre participants de sa sainteté. Nous marchons dans la lumière, comme lui est dans la lumière. Il nous a choisis en Christ, pour que nous soyons «saints et irréprochables devant lui en amour», ce qui est le caractère de Dieu lui-même, caractère parfaitement réalisé en Christ. Nous nous purifions comme lui est pur, sachant que nous lui serons semblables, — étant transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par l’Esprit du Seigneur, étant renouvelés en connaissance selon l’image de Celui qui nous a créés ; et cela n’est pas une règle, bien qu’il y ait là une règle (car nous devrions marcher comme lui a marché), — mais une vie qui en est la parfaite expression, l’expression de la vie de Dieu dans l’homme. Ineffable privilège, merveilleuse proximité de Jésus ! «Celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés sont tous d’un».

La rédemption développe et manifeste toutes les qualités morales de Dieu lui-même, et, par-dessus ses qualités, sa nature, — l’amour et la lumière, et cela dans l’homme et en rapport avec les hommes. Nous sommes, en tant qu’en Christ et Christ en nous, le fruit et l’expression de tout ce que Dieu est dans la plénitude et la révélation de lui-même. Il montrera dans les siècles à venir les immenses richesses de sa grâce, dans sa bonté envers nous dans le Christ Jésus. Mais alors, afin que tout cela ressortît, l’amour et la lumière même, il fallait que l’occasion se présentât, et cela, non dans un objet aimable et intelligent à l’égard du bien, car alors l’homme peut aimer, mais là où tout l’opposé de cette nature se montrait ; il fallait aussi que le bien fût démontré supérieur au mal, en laissant au mal tout son cours. «La lumière luit dans les ténèbres ; et les ténèbres ne l’ont pas comprise». Non seulement l’homme n’était pas lumière, non seulement il était ténèbres, sans aucune lueur de la nature de Dieu, mais il n’y avait pas chez lui réceptivité de cette lumière : c’était une opposition de nature. Ils n’ont vu aucune beauté en lui pour le désirer. Dans ce qui n’était que l’exposé de la nature divine en elle-même, on ne pouvait aller plus loin. Dans les choses naturelles, s’il y a lumière, il n’y a plus de ténèbres ; mais dans le monde moral il n’en est pas ainsi : la lumière, ce qui est pur en soi et qui manifeste tout, est là, et on ne s’aperçoit pas de ce qui est là. C’est «le fils du charpentier !» «Si tu connaissais... qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire !» Si celui-ci «était prophète». C’est un jugement clair, prononçant qu’il n’est pas prophète, quand Dieu est là, et parce qu’il se montre tel. Car puisque ce que Dieu est dans ce monde révèle ce qui est là-haut, l’esprit qui y règne ne s’associe pas avec un seul des principes qui gouvernent le cœur et les habitudes des hommes. Il n’y a dans ce cœur aucune connaissance du péché, aucune connaissance de Dieu, aucune connaissance de l’état où le péché nous a plongés ; le péché même est estimé selon le mal qu’il nous fait à nous-mêmes, non selon son opposition à la nature de Dieu, quoique j’admette qu’il y a une conscience acquise par la chute : l’égoïsme est le point de départ de tout. Alors, quand la lumière arrive, qui, au contraire, manifeste ce que c’est que le péché, où celui-ci a placé l’homme, moralement, vis-à-vis de Dieu, — on juge de tout selon l’égoïsme comme point de départ ; et la manifestation de Dieu n’a aucune entrée dans le cœur. C’est pour l’homme un terrain inconnu : c’est la vérité, et l’homme est dans le mensonge, comme il est sans Dieu, et il n’y comprend rien. Dieu est lumière ; et quand il est manifesté tel qu’il est, mais adapté à l’homme, l’état de l’homme est tel que rien ne répond à cette manifestation. Si la conscience, qui est de Dieu, est atteinte, la haine de la volonté est réveillée (voyez la fin du chapitre 7 des Actes, et Jean 3:19).

Nous avons donc, dans ces cinq premiers versets, d’une manière abstraite, ce que le Seigneur est, divinement, en lui-même ; et avec cela, à la fin, l’effet de sa manifestation au milieu des hommes tels qu’ils étaient, encore d’une manière abstraite. Ainsi, c’est comme lumière qu’il est présenté ici ; ce n’est pas l’amour qui est révélé. Venu ici-bas comme amour, il a été actif, soit envers le monde, soit efficacement envers les siens, ce qui implique la croix, c’est-à-dire la lumière rejetée. Mais ici c’est ce que le Seigneur est qui nous est présenté, non ce qu’il fait selon l’activité divine. Les versets 16 à 19 du chapitre 3, nous donnent le résumé de ce qu’il est à ce double égard. Dieu est amour ; mais Christ était l’activité de cet amour, selon la nature et le propos arrêté de Dieu (comp. le verset 17 du chapitre qui nous occupe). La loi exigeait de l’homme ce que l’homme devrait être ; en Christ quelque chose «est venu» de Dieu, la lumière et l’amour ; mais ce sujet nous occupera plus amplement dans un moment. Je répète seulement que ce qui nous est donné jusqu’ici, c’est ce que le Seigneur est en lui-même, mais dans le caractère qui met l’homme à l’épreuve, qui montre ce que l’homme est ; et le passage se termine par l’effet de la manifestation de ce qu’il est, sans qu’il soit nommé. Cette lumière peut se manifester là où il n’y a rien qui lui réponde ; elle n’est pas comprise : c’est l’incapacité morale, non la haine ; celle-ci est l’opposé de l’amour.

On peut remarquer qu’en participant à la nature divine, nous devenons lumière (Éph. 5:8). Il n’est jamais dit que nous soyons amour. Dans son amour Dieu est souverain : sans doute c’est sa nature, en communion, et en bonté, et en miséricorde, mais libre. Nous sommes rendus participants de cette nature, et nous marchons dans l’amour, comme l’amour a été manifesté en Jésus, parce qu’il est notre vie ; mais c’est dans l’obéissance que nous marchons ainsi, c’est un devoir, devoir joyeux, facile si nous marchons avec joie, et plus puissant que le mal ; mais pas libre, ayant sa source en nous-mêmes. Nous ne pouvons pas dire que nous sommes amour suprême, une source d’où l’amour jaillit ; mais le nouvel homme est saint en lui-même ; c’est ce qu’il est, bien que ce soit, en nous, en rapport avec un objet.

Aux versets 6 et suivants, nous commençons l’histoire : Christ doit paraître. Ce n’est pas ce qu’il est d’une manière abstraite ; dès lors il y a un précurseur, Jean-Baptiste. Dieu, dans sa bonté, ne se contentait pas de donner la lumière : il l’annonce par un autre pour attirer l’attention des hommes. Jean-Baptiste rend témoignage à la lumière, mais ici, c’est afin que tous croient, et non pour Israël seul ; Jean-Baptiste n’était pas la lumière, mais il vint pour rendre témoignage à celui qui l’était. Or la vraie lumière est celle qui, venant dans ce monde, est lumière pour tout homme, pharisien ou pécheur, Juif ou gentil. Il est la lumière qui, venue d’en haut, est telle pour qui que ce soit, rejetée ou reçue, pour un Simon ou pour un Hérode, pour Nathanaël ou pour Caïphe. Il est l’expression de Dieu et la pensée de Dieu pour tout homme dans quelque état qu’il soit. Il ne s’agit pas de la réception de la lumière dans le cœur. Dans ce cas il est question de l’état de celui qui reçoit, ici, du fait de l’apparition de la lumière dans ce monde. Elle était dans le monde dans la personne du Sauveur ; il l’avait fait, ce monde ; mais quand il était dans ce monde, le monde ne l’a pas connu ; il est venu vers les siens, les Juifs, lui, leur Éternel et leur Messie, et les siens ne l’ont pas reçu (v. 9-11).

Voilà le résultat de la manifestation de la lumière au milieu des hommes, historiquement : incapacité de la comprendre, et réjection quand elle s’adressait directement à ceux qui étaient déjà en relation avec elle par les promesses et les prophéties, et qui avaient reçu d’elle la loi, règle de la vie humaine, tout en restant toujours la lumière. Quelques-uns toutefois l’ont reçue ; et à ceux-là il a donné le droit de prendre la place d’enfants de Dieu (Jean 1:12), non pas qu’il y en eût quelques-uns d’une qualité meilleure, ou d’une volonté moins perverse que les autres ; non, ils étaient nés de nouveau, nés de Dieu, nés, non de sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu. La révélation extérieure de la lumière dans la Parole était accompagnée d’une puissance vivifiante de Dieu, qui lui donnait une réalité vitale dans l’âme, en faisait la semence incorruptible de Dieu. Comme vie, Christ était là. L’homme était né de Dieu.

Ceci termine l’exposé de la Parole, comme lumière en soi, et comme révélée dans le monde et au milieu des siens ; dans les versets 1 à 5 d’une manière abstraite, et dans les versets 7 à 13 historiquement présentée, mais toujours dans sa nature comme lumière, et non comme un homme ; puis enfin, en quoi consistait la différence, si elle était reçue.

Au verset 14, commence le christianisme historique. Jusque-là c’est ce que Christ était, ainsi que l’état de la sphère de sa manifestation. Maintenant c’est ce qu’il est devenu : «La Parole devint chair». Ce n’était pas une apparition, comme dans l’Ancien Testament, mais il a pris un tabernacle pour demeurer au milieu de nous, lors même que ce n’était que pour un temps. C’était un homme au milieu des hommes (le tabernacle, il le gardera pour toujours) ; mais il a habité ici-bas plein de grâce et de vérité, l’amour et la lumière adaptés à l’état de l’homme ici-bas ; puis, nous, les croyants, nous avons reçu de sa plénitude et grâce sur grâce [Jean 1:16] ; enfin, comme Fils unique dans le sein du Père, il a révélé le Père. La Parole faite chair a été au milieu de nous, révélant la gloire d’un Fils unique auprès de son Père, pleine de grâce et de vérité : nous avons tous reçu de sa plénitude ; puis il a révélé le Père [Jean 1:18]. Il était la manifestation du Fils, homme au milieu des hommes, la Parole qui était Dieu, faite chair. En lui, la grâce et la vérité sont entrées dans le monde ; il est une pleine source de grâce pour nous, dont nous avons tous reçu abondance de grâce, et il a révélé aussi le Père (*). Voilà la seconde partie de notre chapitre [Jean 1:19], l’historique de la personne du Christ. À cela aussi Jean rend témoignage : il était, non le Christ, mais son précurseur, la voix qui crie dans le désert, et qui, en appelant à la repentance, prépare le chemin du Seigneur.

 

(*) Comparez 1 Jean 4:12, où la difficulté que «personne ne vit jamais Dieu» est résolue d’une autre manière ; — cette comparaison fournit la plus profonde instruction quant à l’état chrétien.

 

Ceci introduit un troisième point. Tout en annonçant sa personne, celui qui le met en avant se cache lui-même ; il n’est ni le Christ, ni le prophète promis par Moïse, ni Élie promis par Malachie, mais seulement, selon la parole d’Ésaïe, la voix pour en annoncer un autre que les pharisiens ne connaissent pas, Celui qui venait après lui, mais qui lui était préféré, dont il n’était pas digne de délier la courroie de la sandale. Ceci se traduit en témoignage personnel quand Jésus paraît devant Jean, le lendemain (v. 29 et suivants). Jean le désigne ici, non comme le Messie, mais en rapport avec son œuvre qui a deux parties : il ôte le péché, il baptise du Saint Esprit.

Jésus est «l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde». Il faut que le péché soit ôté de devant Dieu. Le temps viendra où il n’y aura plus de péché devant les yeux de Dieu, ni devant les nôtres, temps de repos éternel pour Dieu et pour nos cœurs. Quel vrai repos, et qu’il est doux pour le cœur ! Il y a eu un paradis d’innocence, qui dépendait de la fidélité de la création, un état d’innocence incertaine et aussitôt perdue ; il y a eu un monde de péché, où toutefois Dieu a agi en grâce ; il y aura un monde, de nouveaux cieux et une nouvelle terre, où la justice habitera, un état de choses immuable, moralement immuable, car la valeur de l’œuvre de Christ reste toujours la même. Ce sera non plus une innocence où tout dépendait de l’obéissance mise à l’épreuve et à laquelle l’homme a manqué, mais un bonheur où l’obéissance a été mise à l’épreuve, parfaitement, et a été accomplie. La justice rend l’état sûr, car Dieu ne peut méconnaître la perfection de l’œuvre de Christ pour sa gloire. Aussi il n’y aura là que sainteté. Tout y glorifiera Dieu dans tout ce qu’il est ; rien ne sera contraire à sa nature. Le péché sera ôté de devant Dieu dans les nouveaux cieux et dans la nouvelle terre. Jésus est celui qui l’ôte : l’œuvre est faite, le résultat n’est pas produit. Le passage ne dit pas : «l’Agneau de Dieu qui a ôté», ni «qui ôtera», il nous présente le caractère de Celui qui était là devant les yeux de Jean-Baptiste, Celui qui faisait la chose. Le passage ne parle pas de la culpabilité dans laquelle nous nous trouvons, sujet de toute importance en son lieu, cela est évident, mais d’un état de choses devant Dieu. Jean prend les choses habituellement ainsi dans leurs grands principes. C’est Dieu qui a paru, et tout est jugé selon la lumière de sa présence. Sa sainteté exige, oui, sa majesté, en tant qu’il est saint, que le péché soit ôté de devant ses yeux. Celui qui accomplissait l’œuvre, qui la faisait, était maintenant là, présent sur la terre. Il était «l’Agneau de Dieu» : l’Agneau qui convenait parfaitement à la gloire de Dieu, l’Agneau dont Dieu seul aurait pu se pourvoir, qui fût capable d’établir sa gloire, sa gloire la plus élevée, là où le péché se trouvait ; l’Agneau capable de se donner librement pour cette gloire et d’accomplir ainsi une œuvre qui serait le fondement moral (sa valeur étant immuable et subsistant sans changement possible, car l’œuvre était toujours elle-même) d’une bénédiction éternelle, selon Dieu, devant lui. La croix est la base de cette bénédiction. Tous les éléments moraux du bien et du mal ont été mis en évidence, se sont trouvés en face l’un de l’autre, et Christ homme est à la droite de Dieu dans la gloire divine, en vertu de ce qu’il a résolu toutes les questions que cela soulevait. On a pu voir l’homme dans sa haine absolue du bien, de Dieu lui-même manifesté en bonté, et cela à son égard : «ils ont, et vu, et haï et moi et mon père» ; toute la puissance de Satan : «le chef du monde vient» ; «c’est... votre heure et le pouvoir des ténèbres» ; l’homme dans sa perfection absolue en Christ ; afin que le monde connaisse que j’aime le Père, et selon que le Père m’a commandé, ainsi je fais» ; et cela quand tous les deux ont été mis à l’épreuve de la manière la plus absolue ; puis Dieu, dans sa justice contre le péché, comme nulle part ailleurs ; — le péché en soi, mais Dieu dans son amour infini pour le pécheur. Ainsi l’homme, dans la personne du Fils de Dieu, est entré dans une position toute nouvelle, dans la gloire, au-delà du péché, de la mort, de la puissance de Satan, et du jugement de Dieu, après y avoir passé ; l’homme selon les conseils de Dieu, mettant le sceau le plus positif sur la responsabilité de l’homme créature, faisant face aux conséquences de cette responsabilité, et glorifiant Dieu de manière à obtenir de l’amour et de la justice de Dieu, pour l’homme, une place qui serait la glorification éternelle de Dieu dans ses conseils souverains et dans sa gloire, la glorification de Celui qui introduisit l’homme là pour en être le vase, en même temps que l’ordre de la création subsisterait en résultat devant Dieu dans un état où il trouverait le repos de sa nature, et où Christ, homme glorifié, serait le centre de toutes les voies de Dieu dans leur résultat béni.

Le Sauveur devait faire une autre chose encore, savoir, baptiser du Saint Esprit. Ceci est introduit par un fait du plus haut intérêt et des plus touchants : Jésus reçoit le Saint Esprit comme homme, et l’Écriture emploie à son égard les mêmes mots dont elle se sert quand il s’agit de nous : «Jésus qui était de Nazareth... Dieu l’a oint de l’Esprit Saint et de puissance» ; et le Seigneur lui-même dit : «C’est lui que le Père, Dieu, a scellé». Jésus a été scellé comme Fils, homme ici-bas, en vertu de sa propre perfection et de sa propre relation avec le Père comme Fils ; nous sommes scellés, étant fils par la foi en lui (Gal. 3:26 et 4:6), en vertu de la rédemption qu’il a accomplie. Nous, par conséquent, nous ne pouvions être scellés avant qu’il eût pris sa place comme homme en haut, — témoins à la fois de l’efficace de la rédemption et de ce que la rédemption nous avait acquis. «À moins que le grain de blé, tombant en terre, ne meure, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit». Ainsi nous lisons, Jean 7:39: «L’Esprit n’était pas encore (en tant que sur la terre dans les croyants), parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié». C’était le témoignage qu’il était le Fils, personnellement. Maintenant que la rédemption est accomplie et que Jésus est glorifié à la suite de son accomplissement, le Saint Esprit nous est donné, à nous qui croyons en Jésus. De cette manière aussi, bien que le résultat du sacrifice de Christ ôtant le péché du monde, ne soit pas encore produit, nous savons que ce qui fait la base de ce résultat béni, est accompli, et nous jouissons de son efficace dans la parfaite purification de notre conscience et dans la glorieuse espérance d’être avec Christ, semblables à lui dans le ciel, le Saint Esprit nous rendant assurés de l’une de ces choses, tout en étant les arrhes de l’autre. Christ baptise, ou plutôt, disons-nous maintenant, a baptisé les siens du Saint Esprit, nous donnant la conscience que nous sommes fils, en pleine liberté devant le Père qui l’a scellé, lui, comme étant personnellement le Fils de Dieu, parfait en toutes choses. C’est ce signe, donné à Jean-Baptiste, qui a ouvert sa bouche en témoignage que Jésus était le Fils de Dieu. Jean voyait bien que Jésus était un glorieux personnage, duquel il n’était pas digne de délier la sandale ; à l’égard de sa personne il sentait que ce n’était pas à lui de le baptiser. Mais la descente de l’Esprit sur Jésus, est le clair témoignage céleste, montrant qui Jésus était, quant à sa personne, comme Fils de Dieu : Jean a vu et a rendu témoignage qu’il était le Fils de Dieu lui-même dans ce monde. Il nous est très doux à nous, quoique dans notre cas il ne s’agisse pas de nos personnes, mais de la grâce souveraine, de penser que si, monté dans la gloire, il nous a baptisés du Saint Esprit (témoignage que nous sommes fils et nous en donnant la conscience), lui, le Fils éternel, a reçu lui-même premièrement, comme homme ici-bas, ce même témoignage, le sceau et l’onction de l’Esprit qui nous rend capables de crier : «Abba, Père !» C’est l’avant-goût de cette vérité, que celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés sont tous d’un (Héb. 2:11).

Mais, ici-bas, si un témoignage divin a été rendu que Jésus était Fils de Dieu, c’est le titre d’Agneau de Dieu qui le caractérise. Le cœur de Jean-Baptiste le reconnaît déjà ainsi, car le témoignage qu’il rend ici n’est pas un témoignage rendu dans sa prédication. Il voyait Jésus qui marchait devant lui, et son cœur rempli de la profonde vérité, s’écrie : «Voilà l’Agneau de Dieu !» Il l’avait déjà annoncé sous ce caractère, et personne n’avait suivi Jésus ; mais ce qui partait du cœur par la grâce, a atteint les cœurs ; deux des disciples de Jean l’entendent et suivent le Seigneur. C’est ainsi que Jésus commence à rassembler ses disciples. Il accepte la position de centre de rassemblement. Les deux disciples avaient reçu la parole de Dieu de la bouche de Jean-Baptiste ; mais ni Jean, ni aucun des prophètes n’avaient pris la place de centre, autour duquel se réunissaient ceux qui recevaient la parole de Dieu ; or maintenant il y avait dans le monde quelqu’un autour de qui on pouvait se réunir ainsi : c’était «l’Agneau de Dieu». Jésus, voyant que les deux disciples le suivaient, leur dit : «Que cherchez-vous ?» Ils lui disent : «Rabbi... où demeures-tu ?» Il répond : «Venez et voyez».

C’est ici un principe, un fait important : il y avait sur la terre non seulement un témoignage, mais une personne qui, de la part de Dieu, était un point de rassemblement pour ceux qui recevaient la parole de Dieu. Ceci était le fruit du témoignage de Jean-Baptiste. André, l’un des deux disciples de Jean, trouve Simon, son propre frère, et lui annonce qu’ils avaient trouvé, non l’Agneau de Dieu, mais le Christ. Le témoignage que nous recevons se rattache toujours à ce qui est déjà dans le cœur, il ne dépasse pas ce qui s’adapte à ce qui y est. Si tout l’amour de Dieu en Christ est prêché, si une œuvre se fait dans l’âme, cela produira une conviction de péché, peut-être jusqu’à nous faire presque désespérer du salut. «L’Agneau de Dieu» va infiniment plus loin que «le Messie» ; mais ces âmes sincères que nous voyons ici, et qui avaient reçu la parole de Dieu dans leur cœur, ont trouvé «le Messie» (v. 42). André mène Simon à Jésus, qui l’appelle Céphas, autrement dit Pierre. Le droit de nommer est l’expression de la souveraineté, c’est ce qu’on retrouve constamment dans la Parole ; seulement Christ donne le nom avec une connaissance divine des personnes. Il s’appropriait l’autorité suprême, mais avec la compétence d’une personne divine. Jamais Jean-Baptiste n’aurait donné un nom ainsi à ses disciples.

Mais bien que Jésus fût le centre qui réunissait ceux qui recevaient le témoignage de Dieu, il était venu pour rendre témoignage à la vérité, et dans cette tâche il n’avait pas où poser sa tête. Il commence cette activité au v. 44 : il voulait aller en Galilée où son témoignage devait être rendu au milieu des pauvres du troupeau, et il trouve lui-même Philippe. C’est le second caractère de témoignage. Le premier, c’était Jean et ce qui s’en est suivi ; ici, c’est Christ, et il s’agit de le suivre, lui, pèlerin et étranger dans ce monde. Christ ainsi, revêt aussi un autre caractère : précédemment nous l’avons vu centre, il recevait les croyants, s’en entourait là où il demeurait ; ici, il s’agit de le suivre là où il était pèlerin, second témoignage de toute importance.

Comme objet du témoignage de Jean-Baptiste, Jésus était le centre et il l’est toujours ; mais, de fait, dans son propre témoignage ici-bas, il est étranger et n’a pas où poser sa tête, il commence par la crèche et finit par la croix. Toute sa vie est la vie de quelqu’un qui est étranger ici-bas, qui chemine dans le monde pour y rendre témoignage de Dieu en grâce, mais en suivant un chemin que l’oeil du vautour n’a pas vu. Les deux caractères de témoignage font ressortir profondément, d’un côté l’état du monde, et de l’autre ce que Jésus y faisait. Pourquoi avoir dans ce monde, de la part de Dieu, un centre de rassemblement, si ce n’est parce que le monde, et même le peuple de Dieu selon la chair, s’étaient totalement éloignés de Dieu, et qu’il fallait quelqu’un pour retirer les âmes de cet état par la révélation de Dieu au milieu de ce monde ? et encore maintenant, le principe est le même, seulement le centre béni est dans le ciel : il s’est donné pour nos péchés, pour nous retirer du présent siècle mauvais. Ensuite, pourquoi suivre Jésus, être pèlerin comme Jésus l’a toujours été ici-bas ? Adam n’était pas pèlerin dans le paradis, nous ne serons pas pèlerins dans le ciel : il n’était pas besoin d’un chemin dans l’un, et il ne s’en trouvera pas dans l’autre, comme si on voulait en sortir. C’était le sabbat de Dieu en bas, c’est le repos éternel de Dieu en haut : on n’en sort pas ; il n’était pas besoin, ni ne sera besoin, dans l’un ou dans l’autre, d’un chemin où l’on suivrait quelqu’un. Ici il n’en est pas ainsi : ni le repos de Dieu, ni le repos de l’homme ne se trouvent sur la terre, et ce qu’il nous faut, c’est un chemin à travers le désert. Il n’y en a qu’un de sûr, et une seule personne a pu le tracer ; et il n’y a que la foi qui le discerne : c’est Jésus, qui dit : «Suis-moi». Il nous faut un chemin et le chemin est trouvé. Philippe aussi était de Galilée. L’œuvre de Dieu ne bâtissait pas sur Jérusalem, le vieux centre selon la chair ; mais la base, le chemin, et le centre, c’est le Fils de Dieu, la révélation de Dieu lui-même dans le monde, lui-même le tout premier, le rejeté et le méprisé de l’homme, mais l’image du Dieu invisible.

Philippe trouve Nathanaël, un Israélite rempli de préjugés, mais un cœur sans fraude, car le Seigneur a trouvé sous le figuier même de tels hommes, attachés au judaïsme, — un résidu dont le cœur était ouvert à la vérité, des fidèles qui attendaient la rédemption d’Israël. Nathanaël ne croyait pas possible que quelque chose de bon sortît de Nazareth, ce lieu qui, bien loin d’être la Jérusalem de la promesse, était des plus méprisés et des plus honnis. Mais c’était à Jésus qu’il fallait venir, c’était à sa personne que les âmes étaient appelées à venir : «Viens et vois». Le Seigneur montre sa parfaite connaissance de ce qui se passait en Nathanaël, déclarant celui-ci sans fraude, et montrant cette connaissance de manière à pénétrer dans son cœur. Nathanaël le reconnaît, selon le Psaume 2, comme roi d’Israël et Fils de Dieu. Dans sa réponse, le Seigneur reconnaît la foi de Nathanaël, fondée sur ce qu’il lui avait dit de lui-même, et il lui annonce sa propre gloire, selon le Psaume 8, cette gloire qui appartenait à un Messie rejeté ; car le Messie est rejeté au Psaume 2, dans un passage cité par Pierre à cet effet (Actes 4:25-26), le Psaume annonçant que Dieu établirait son Oint roi sur Israël, malgré sa réjection. Mais, après le récit prophétique des souffrances du résidu dans les Psaumes 3 à 7, le Psaume 8 annonce les conseils de Dieu à l’égard de l’homme dans la personne du Fils de l’homme. Cet homme sans fraude, qui nous est présenté ici sous le figuier, devient ainsi l’occasion de la révélation du Messie dans ses rapports avec Israël, puis de la révélation de sa gloire comme Fils de l’homme, Celui dont toutes les créatures les plus élevées seraient les serviteurs, et qui serait leur objet comme occasion des relations établies entre les cieux et la terre.

Il est à remarquer que c’est ici, comme nous l’avons observé, le second jour de témoignage, le premier se trouvant au verset 35, le second au verset 44. Ce n’est pas l’historique de l’évangile, mais le témoignage rendu à Jésus par Jean-Baptiste premièrement, puis le témoignage rendu par Lui-même. Dans le premier cas il remplace le Baptiste ; dans le second, c’est la manifestation de lui-même, témoignage qui dure depuis son service sur la terre jusqu’à l’accomplissement du Psaume 8. Envisagé déjà comme rejeté des Juifs et inconnu du monde (chap. 1:10, 11), il prend, dès à présent, le titre de Fils de l’homme, ce titre sous lequel il se désigne constamment, quoiqu’il ne pût prendre la position elle-même, qu’après avoir passé par la mort. Ce sont les deux jours de témoignage rendu à Christ comme venu dans ce monde, qui se développent dans la suprématie qu’il possède sur toutes choses, mais qui n’est présentée ici que dans sa nature. Au reste, la position céleste du Seigneur n’est guère le sujet des enseignements de l’évangile de Jean : il y est bien fait allusion, mais voilà tout.

 

3                        Chapitre 2

Ce qui suit, au chapitre 2, révèle, en principe, ce qui arrivera lorsque le Seigneur prendra sa place en autorité sur les Juifs : le vin de la joie des noces remplacera l’eau de purification, et Christ purifiera par le jugement la maison de son Père. Mais ce sera un Christ ressuscité qui accomplira ces choses. C’est la résurrection qui nous est présentée : le fait d’avoir quitté toutes ses relations avec le monde et avec son peuple ici-bas selon la chair, et d’avoir placé l’homme dans une position toute nouvelle, la position qui rend témoignage à ses droits d’exercer le jugement de Dieu. Mais, remarquez-le, Lui était déjà le vrai temple. L’Éternel n’était plus réellement dans le temple de Jérusalem, bien que le temple fût reconnu extérieurement par le Seigneur lui-même, jusqu’à ce que le jugement fût exécuté ; seulement, lors de sa mort, il ne l’appelle plus la maison de son Père, mais leur maison. De fait, Dieu était en lui, son corps était le vrai temple.

Ces paroles du Seigneur terminent cette présentation de sa personne et de la position qu’il prenait dans ce monde jusqu’à la fin, présentant en même temps le fait que c’était dans la résurrection que sa gloire serait accomplie. Il déclare aussi ici qu’il se ressusciterait lui-même ; il avait donc bien le droit de juger le temple corrompu et souillé.

Ce qui suit parle de la relation du Seigneur avec les autres. Le sujet commence au verset 22. Il s’agit de l’état de l’homme et de l’œuvre que Dieu faisait en lui et pour lui. Le grand principe que toute bénédiction appartenait à l’état de résurrection, ou était basée sur celle-ci, l’homme dans son état naturel étant laissé complètement en arrière, se retrouve constamment dans Jean, comme on peut le voir dans les chapitres 5 et 6, et du reste dans tout l’évangile. Il s’agit donc ici maintenant des deux grandes bases du christianisme pour ce qui regarde notre état, savoir la nouvelle naissance et la croix, les deux choses étant absolument nécessaires pour notre salut, mais la seconde allant plus loin que ce qui était nécessaire, selon la nature même de Dieu, et nous introduisant dans les choses célestes.

Pour avoir part au royaume, il fallait une vie toute nouvelle. La foi même en Jésus, en tant que fondée sur une démonstration qui pouvait être adressée à l’intelligence humaine, ne valait rien. Des hommes pouvaient être sincèrement convaincus (il y en avait alors de tels, et il y en a encore maintenant) soit par l’éducation, soit par l’exercice de leur intelligence, mais, pour être en relation avec Dieu, il faut une nature nouvelle, une nature qui puisse le connaître et qui réponde à la sienne. Plusieurs crurent en Jésus, contemplant les miracles qu’il faisait (v. 23) : ils conclurent comme Nicodème, qu’un homme ne pouvait faire ce que Jésus faisait, s’il n’était pas ce qu’il prétendait être. La conclusion était parfaitement juste. Des passions à vaincre, des préjugés à abandonner, des intérêts qui faisaient obstacle à sacrifier, ne se mêlaient pas à la question. La raison de l’homme jugeait sainement des preuves données, le reste de sa nature ne se réveillait pas. Mais le Seigneur connaissait l’homme ; il savait, par une intelligence divine, ce qui en était de lui. Il n’y avait pas peut-être manque de sincérité, mais ce qu’il y avait chez ces hommes n’était qu’une conclusion, qu’une conviction humaine qui n’avait aucune force sur la volonté de l’homme, ni contre ses passions, ni contre les ruses du prince de ce monde. Jésus «ne se fiait pas à eux». Il faut une œuvre divine et une nature divine pour jouir de la communion divine, et pour marcher dans le chemin divin à travers le monde. Ce qui suit est très distinct.

 

4                        Chapitre 3

Nicodème vient à Jésus avec la déclaration du même principe, qui avait produit la conviction de ceux dans lesquels Jésus n’avait pas de confiance : les miracles étaient pour lui une démonstration que Jésus était un docteur envoyé de Dieu. Je pense même que les autres allaient plus loin que Nicodème ; il est dit qu’ils crurent en son nom (2:23). Pour Nicodème, il était convaincu que les enseignements de Christ devaient avoir Dieu pour leur source, ainsi il était disposé à écouter. La foi des premiers ne produisait aucun besoin dans leurs âmes : dans ce cas, les convictions peuvent aller aussi loin que l’on veut sans que l’âme soit troublée, ou qu’un effet quelconque soit produit : il n’en coûte rien. On voit cela souvent. Mais il y avait davantage chez Nicodème, et c’était une preuve de l’action de Dieu : il y avait chez lui un besoin. Le Saint Esprit de Dieu agit toujours ainsi, même dans le chrétien. Ce sentiment de besoin qu’il fait naître produit de l’activité dans l’âme : c’est ce qui est arrivé chez Nicodème. De plus, quand l’Esprit de Dieu agit dans une âme, la parole de Dieu prend de l’autorité sur celle-ci et crée le désir d’entendre cette parole ; cela ne manque jamais. Il y a assez de besoins non satisfaits dans l’âme, pour que, étant réveillée, le besoin de savoir ce que Dieu a dit se produise en elle. L’âme a la conscience d’avoir à faire avec Lui, et le besoin de savoir ce qu’Il a dit devient le ressort de son activité et la caractérise. Ce n’est pas la réception d’un système de doctrine ou des dogmes sur une personne divine, c’est l’âme qui a faim et soif de ce que Dieu a dit ; ignorante de tout, si ce n’est de son besoin, elle veut recevoir. Il est bon que l’âme ait de la confiance dans la parole de Dieu, dans la source de la vérité (ce qui est déjà la foi implicite), sans que la vérité lui soit encore de fait communiquée ; car elle écoute avec confiance. Nicodème en était là ; la femme de Samarie aussi, mais chez elle il s’agit davantage de sa conscience ; tels étaient aussi les douze ; quand plusieurs de ses disciples abandonnaient Jésus, ils ne voulaient pas s’en aller de Lui, car il avait les paroles de la vie éternelle. Quand Dieu agit, le lien de Dieu avec la conscience et l’âme ne se rompt pas : nous ne parlons pas d’union, mais de l’œuvre morale dans le cœur. Mais, remarquez-le, aussitôt que le besoin se produit dans le cœur de Nicodème, il sent instinctivement que le monde et les autorités religieuses, la plus mauvaise partie du monde, lui seront contraires. Il y a de la crainte ; Nicodème va de nuit à Jésus. Pauvre humanité ! Qu’une âme se mette en relation avec Dieu en reconnaissant sa parole, le monde ne le supporte pas ! On le sait. Mais la foi de Nicodème n’allait pas plus loin que de reconnaître l’autorité de la parole du Sauveur, comme une parole qui venait de Dieu, la grâce ayant produit dans son cœur le besoin de ces communications de la part de Dieu.

C’est beaucoup d’avoir un vrai besoin, tout faible qu’il soit moralement ; car ici, chez Nicodème, il y avait peu de besoins de conscience, point de connaissance de lui-même. Il en était à des espérances religieuses, à des enseignements et à une révélation donnée de Dieu ; il cherchait un enseignement de la part de Jésus, mais il s’associait à la conviction générale que produisaient les miracles de Jésus, conviction fortifiée par l’intégrité et par un besoin personnels : Jésus enseignait de la part de Dieu. Mais Jésus arrête Nicodème tout court : la résurrection, le royaume, n’étaient pas venus, mais pour recevoir la révélation qui en était donnée, il fallait une opération divine, une nouvelle nature ; il fallait avoir part à une vie toute nouvelle. Le royaume ne venait pas de manière à attirer l’attention, mais le roi, avec toute la perfection qui lui appartenait, était là présent, et par conséquent le royaume même présenté dans sa personne ; seulement, ce royaume n’étant pas révélé en puissance, le rejet du roi causé par la perfection même de sa personne, ainsi que l’œuvre qu’il accomplissait dans son rejet, introduisaient un héritage céleste. De plus, cette œuvre et ce rejet faisaient entrer ceux qui seraient identifiés avec un Christ rejeté, dans les parvis où Dieu manifestait sa gloire, bien autrement élevée que la gloire du Messie, si elle eût été accomplie alors. C’était déjà l’aurore de l’accomplissement des conseils de Dieu non encore révélés.

Deux choses nous sont présentées dans la première moitié du chapitre qui nous occupe : premièrement le royaume et ce qu’il faut pour y participer et, dans une mesure, les choses terrestres et ce qui est nécessaire pour en jouir avec Dieu, mais aussi le royaume tel qu’il était présenté alors dans son caractère moral ; puis, en second lieu, le ciel, la vie éternelle, ce qui est essentiel à nos relations les plus réelles et immédiates avec Dieu, savoir la possession de la vie éternelle devant lui, en contraste avec la pensée de périr. Ici, il n’est pas question du royaume : c’est la vie éternelle, telle que Jésus, venu du ciel, pouvait nous la révéler. Mais cela suppose la croix. Il ne s’agit pas du Messie, mais du Fils de l’homme et de l’amour que Dieu a eu pour le monde, non pas de ses intentions à l’égard du royaume et de ses promesses en rapport avec ce royaume, mais des desseins, bien autrement vastes et élevés, célestes dans leur caractère, dans lesquels Dieu révèle ce qu’il est ; et Jésus, rejeté comme Messie, meurt et prend place dans la gloire, comme le Fils de l’homme qui a souffert. Sans doute, cette nouvelle naissance est, en tout cas, nécessaire, subjectivement, même pour discerner le royaume et en jouir, à plus forte raison pour jouir des choses célestes dans la présence de Dieu. Mais lorsque le passage parle de la nouvelle naissance, il ne s’occupe pas de la gloire céleste : pour celle-ci il fallait aussi introduire la croix. Toutefois il est bon de remarquer que tout le passage, dans ces deux parties, suppose le nouvel ordre de choses où la grâce agissait et ne se bornait pas aux Juifs. C’était une chose toute nouvelle qui était introduite. Le royaume n’était pas établi en gloire, mais fondé et reçu dans la personne du roi, exigeant une nouvelle nature pour le discerner et s’étendant à tout homme que la grâce atteindrait. C’était, moralement et subjectivement, la chose nouvelle ; seulement, dans la première partie, nous n’avons pas les choses célestes ni la vie éternelle, dans la seconde nous n’avons pas le royaume.

La première chose que fait le Seigneur, en arrêtant tout court Nicodème, qui ne parlait que d’être enseigné dans l’état dans lequel il se trouvait, lui, enfant du royaume selon la chair, c’est de lui déclarer qu’il ne s’agissait pas de cela, mais qu’il fallait naître entièrement de nouveau. Nous examinerons dans un moment les détails ; toutefois il importe d’abord de bien saisir que le Seigneur parle des deux caractères de bénédiction, savoir de la gloire céleste et du royaume selon la promesse, mais qu’il en parle sous les aspects qu’ils offraient dans ce moment-là. On peut dire qu’il les présente, par rapport à sa personne, sous leur caractère spirituel : d’un côté le roi méconnu et ce qui était céleste rencontrant la croix dans sa personne, mais, de l’autre, la nouvelle naissance et la puissance vivifiante, le Fils de l’homme, l’amour de Dieu, et par conséquent ce qui regardait le monde et l’homme, non pas seulement les dispensations et les Juifs, car tout fidèle que Dieu soit à ses promesses, il ne saurait, quand il se révèle lui-même, se borner aux Juifs.

Premièrement donc le royaume se révélait d’une manière qui n’attirait pas l’attention, non pas par une puissance qui dominât le monde, ni par sa gloire extérieure : il fallait une nouvelle nature pour l’apercevoir. Le roi était là, et il donnait les preuves d’une mission divine et de la présence de Celui qui devait venir, mais dans l’humiliation : il était le fils du charpentier, pour l’oeil naturel. Nicodème raisonnait bien en disant au verset 2 : «Nous savons... car personne ne peut faire ces miracles que toi tu fais, si Dieu n’est avec lui», mais Dieu avait son : «Si quelqu’un n’est né de nouveau», né tout de nouveau. Cette vie est un recommencement de vie, d’une nouvelle source et d’une nouvelle nature, — une vie qui venait de Dieu. Mais Nicodème restait encore dans les bornes et dans les limites de la chair, de l’homme naturel. Ce sont les limites de ce que l’homme est, de son intelligence. L’homme ne peut être plus qu’il n’est ; il ne saurait dépasser les limites de sa nature. Mais la classe d’incrédules qui se vante d’avoir fait cette immense découverte, montre d’une part la limite de l’intelligence humaine, de sorte qu’ils ne peuvent rien discerner au-delà de ce que l’homme est, et d’autre part le manque de raisonnement solide en eux-mêmes ; car, de ce qu’ils ont découvert, il ne découle pas qu’un autre être plus puissant ne puisse rien introduire. Leur sagesse est un fait évident par lui-même ; l’homme en lui-même ne peut pas voir plus loin que ce qui est en lui-même ; leur conclusion est absolument sans force. Par leur principe ils ne peuvent rien conclure au-delà des limites de l’humanité ; mais les limites de la puissance active ne sont pas nécessairement celles de la réceptivité. Revenons à notre chapitre et sachons écouter et comprendre mieux que Nicodème les paroles du Sauveur.

Nicodème, comme nous l’avons dit, se borne à l’expérience de ce qui arrivait dans l’homme ; Christ révélait ce qui se faisait de la part de Dieu, — la clef de toute l’histoire du Seigneur. Il avait parlé de ce qui était nécessaire pour voir, pour discerner le royaume : il fallait être né d’eau et de l’Esprit. C’est le royaume de Dieu en quelque état que ce soit, et il faut être approprié à ce royaume, avoir une nature qui lui soit appropriée pour y avoir part. Deux choses s’y trouvent, l’eau et l’Esprit, une nature ainsi caractérisée, moralement et dans sa source. L’eau, comme figure, est toujours la Parole, appliquée par l’Esprit : elle apporte les pensées de Dieu, célestes, divines, mais adaptées à l’homme ; elle juge ce qui se trouve en lui, mais elle introduit ces pensées divines et ainsi purifie le cœur. Car l’eau purifie ce qui existe ; mais aussi, c’est le nouvel homme qui la boit, aussi cela ne se sépare pas de ce qui est entièrement nouveau. «Ce qui est né de l’Esprit est esprit», participe à la nature de ce de quoi on est né. C’est là, proprement, la nouvelle nature. La purification pratique des pensées et du cœur, dont nous avons parlé, est bien l’effet de ce que cette nature reçoit, des choses pour lesquelles la chair n’a aucun goût. On ne pourrait pas dire que ce qui est né de l’eau est eau. L’eau purifie ce qui existe ; mais nous recevons une vie nouvelle, qui est réellement Christ lui-même en puissance de vie en nous, ce qu’Adam innocent n’avait pas. Nous participons à la nature divine, comme Pierre s’exprime : aussi, là où cette expression se trouve, dans la seconde épître de Pierre, elle se rattache à la naissance par l’eau : on échappe à la corruption qui est dans le monde par la convoitise.

C’est ainsi seulement que nous entrons dans le royaume. Le royaume de Dieu est plus qu’un paradis d’homme : c’est ce qui convient à Dieu, et il faut que nous ayons une nature qui y réponde. Adam, dans son état d’innocence, n’avait pas cela ; son niveau était l’homme comme Dieu l’avait créé. Pour le royaume de Dieu, il faut, pour celui qui s’y trouve, ce qui, dans l’homme toutefois, convient à Dieu lui-même. Remarquez que le Seigneur sort de toute question d’économies ; il a en vue la nature morale : ce qui est né de la chair est chair, a cette nature ; ce qui est né de l’Esprit est esprit, c’est-à-dire correspond à la nature divine qui en est la source. Mais alors il ne pouvait être question seulement des Juifs : si quelqu’un avait cette nature, il était propre pour le royaume. Il ne s’agissait pas d’un peuple déjà élu de Dieu, mais d’une nature qui convenait à Dieu.

Deux choses sont mises en évidence après qu’ont été posés ces principes, premièrement la nécessité de cette nouvelle naissance afin de jouir des promesses faites aux Juifs pour cette terre ; et secondement, que cette œuvre était de Dieu qui communiquait cette nouvelle nature. Dieu pouvait la communiquer par son Esprit à qui il voulait, et cela ouvrait la porte aux gentils. Nicodème, Jésus le lui dit, n’aurait pas dû s’étonner de ce que le Sauveur lui disait qu’il fallait que les Juifs naquissent de nouveau : les prophètes l’avaient annoncé (voyez Ézéch. 36:24-28), et Nicodème, comme maître ou docteur en Israël, aurait dû le savoir. Le vent aussi soufflait où il voulait (v. 8) ; telle était l’opération de l’Esprit. C’était une œuvre de Dieu, et ainsi elle pouvait être accomplie en qui que ce fût.

Il y avait encore les choses célestes. Or si Nicodème ne comprenait pas ces choses terrestres de la bénédiction d’Israël, comment comprendrait-il si le Seigneur lui parlait de choses célestes. Or personne n’était monté dans le ciel pour en rapporter la connaissance de ce qui s’y trouvait et de ce qu’il fallait pour en jouir, si ce n’était lui-même qui en était descendu, qui parlait de ce qu’il connaissait et rendait témoignage de ce qu’il avait vu, — non pas le Messie, cela se rapportait à cette terre, mais le Fils de l’homme qui, quant à sa nature divine, était dans le ciel.

Ainsi nous avons une révélation des choses célestes apportée directement du ciel par Christ, et dans sa personne. Il les révélait dans toute leur fraîcheur, fraîcheur qui se trouvait en celui, et dont jouissait celui qui était toujours dans le ciel ; Il les révélait dans la perfection de la personne de Celui qui faisait la gloire du ciel ; duquel la nature est l’atmosphère que respirent et dont vivent tous ceux qui s’y trouvent, Lui, l’objet des affections qui animent ce saint lieu, depuis le Père lui-même, jusqu’au dernier des anges qui remplissent de leurs louanges les parvis célestes, Lui, le centre de toute la gloire. Tel est le Fils de l’homme, celui qui est descendu pour révéler le Père, la vérité et la grâce, mais qui est, divinement, resté dans le ciel, dans l’essence de sa nature divine, dans sa personne inséparable de l’humanité dont il s’était revêtu. La déité qui remplissait cette humanité était inséparable dans sa personne de toute la perfection divine, mais il ne cessait jamais d’être homme, réellement et vraiment homme, devant Dieu.

Mais nous rencontrons ici une autre vérité : le Fils de l’homme devait rentrer dans le ciel comme homme, être le chef de toutes choses. Comme Fils de Dieu, il a été établi héritier (Héb. 1) ; il l’est comme Créateur (Col. 1), mais aussi comme homme et Fils de l’homme, selon les conseils de Dieu (Ps. 8, cité en Éph. 1, en 1 Cor. 15, en Héb. 2, passages qui développent clairement sa place à cet égard). Le chapitre 8 du livre des Proverbes nous apprend que Celui qui faisait les délices de l’Éternel avant la fondation du monde, se réjouissait alors dans les parties habitables de sa terre et avait ses délices dans les fils des hommes. Les anges (Luc 2) rappellent cette vérité, ou plutôt la preuve, que donnait son incarnation, des pensées de Dieu à cet égard ; ils parlent de cette incarnation comme manifestation du bon plaisir de Dieu dans les hommes. Comme donc il a été la manifestation de Dieu sur la terre, il entre comme homme dans la gloire de Dieu là-haut : il dominera sur la terre comme chef de la création, réunissant toutes choses sous son autorité (*) (Col. 1) ; mais ici nous parlons des choses célestes. Le Fils de l’homme entre là-haut pour être le chef de tout (1 Pierre 3:22 ; Jean 13:3 ; 16:15). L’homme, dans sa personne, est entré dans le ciel en la présence de Dieu lui-même, sans voile, et toutes choses doivent être assujetties sous ses pieds. Mais le seront-elles telles qu’elles sont, et les hommes qui doivent être ses cohéritiers, le seront-ils, tels qu’ils sont, dans le péché, ennemis de Dieu par leurs mauvaises œuvres ? C’est impossible. Il faut une autre chose fondamentale : la rédemption. L’homme, avec mille fois plus de péché que ce qui l’avait fait chasser irrévocablement du paradis terrestre, l’homme, qui avait été jusqu’à accumuler sur sa tête la réjection de Dieu, de la grâce, et du Fils de Dieu, ne pouvait pas, tel qu’il était, entrer dans le paradis céleste ; c’était impossible. Si donc Christ devait, comme homme, posséder la gloire qui, dans les conseils de Dieu, était le partage de l’homme, et s’il devait avoir des cohéritiers et les introduire dans la maison de son Père, il fallait les racheter et les purifier selon la gloire de Dieu ; il fallait aussi racheter les créatures du joug sous lequel le péché les avait placées et de la domination de Satan. Ici il ne s’agit que de l’état des héritiers, et de leur délivrance de la mort et de la condamnation. Or, quand le Fils de l’homme nous est présenté, ses souffrances et sa mort sont constamment introduites. Comme Messie, il était rejeté sur la terre par son peuple ; mais cela n’avait pour conséquence que de le faire passer dans la sphère plus grande de Fils de l’homme, chef de la création tout entière et chef spécial de ceux qu’il n’a pas à honte d’appeler ses frères. Mais pour cela il fallait la rédemption. C’est ce que nous apprenons en Matthieu 16:20, 21, et plus définitivement en Marc 8:29-31, et Luc 9:20-22, avec les conséquences qui en découlent pour nous. Dans l’évangile de Jean aussi, avant son départ de ce monde, le Père a voulu qu’un témoignage fut rendu aux titres de gloire de Jésus. Comme Fils de Dieu, il a été glorifié dans la résurrection de Lazare ; comme Fils de David, par son entrée dans Jérusalem sur le poulain de l’ânesse ; enfin, des Grecs, venus à Jérusalem pour le culte, s’étant adressés aux disciples afin de voir Jésus, et les disciples le lui ayant rapporté, le Seigneur dit : «L’heure est venue pour que le Fils de l’homme soit glorifié. En vérité, en vérité, je vous dis : À moins que le grain de blé, tombant en terre, ne meure, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit» (Jean 12:23, 24).

 

(*) Quant à la terre, voyez le Psaume 80:17, où c’est en relation avec Israël.

 

Ainsi, dans tous les évangiles, nous trouvons le Messie faisant place au Fils de l’homme, mais, dans chaque cas, le Fils de l’homme passant par la mort, pour entrer dans sa nouvelle et universelle position de gloire. Il aurait pu avoir douze légions d’anges, mais alors, les desseins de Dieu qui sont exposés dans les Écritures, n’auraient pas été accomplis : Christ aurait été sans cohéritiers.

Nous l’avons déjà fait remarquer, et nous y rappelons l’attention du lecteur, c’est que, dans ce chapitre, la présentation soit de la vie, soit de l’œuvre qui nous la procure, est faite en rapport avec son application présente et personnelle ; c’est une présentation de ce que sont ces deux choses dans leur nature, non quant à l’étendue de leur résultat, mais dans leur application à nous, comme moyen d’avoir part, soit au royaume, soit aux choses célestes. L’élévation du Fils de l’homme sur la croix correspond, ici-bas, du côté de nos besoins et du côté de Dieu, à la révélation des choses célestes, que le Fils a apportée ici-bas, à ce qui se trouve dans le ciel. Il s’agit d’être devant Dieu lorsqu’il est pleinement révélé, — non seulement quand le Messie promis aux Juifs a été rejeté, de sorte que le droit à l’accomplissement des promesses est perdu pour ceux qui possédaient ce droit, après que la loi avait été violée, — mais lorsque la haine de l’homme contre Dieu, contre un Dieu révélé en bonté, a été pleinement mise en évidence. Ce n’étaient plus seulement les péchés et la violation de la loi, c’était le rejet de la grâce quand les péchés et la violation de la loi étaient déjà là. L’homme ne voulait de Dieu à aucun prix (comp. Jean 15:22-24). Comment eût-il eu part avec Christ auprès de Dieu, part à la gloire céleste ? Toutefois le péché de l’homme n’a pas anéanti la grâce de Dieu. Mais si comme Fils de l’homme, Christ avait pris en main la cause de l’homme, il fallait qu’il en subît les conséquences, puisqu’il s’en était rendu responsable devant Dieu (voyez Héb. 2:10). Pour que nous eussions part aux choses célestes, il fallait que le Fils de l’homme fût élevé (*), qu’il le fût selon la gloire de Dieu, en rapport avec ce qui l’avait tant déshonoré ; or c’est comme fait péché que Christ a accompli cela, portant aussi lui-même nos péchés. Eloignés de Dieu nous devions périr dans nos péchés ; lui, s’est mis en avant pour nous, recevant tout, comme homme, de la main de son Père et lui obéissant toujours ; il a pris la forme de serviteur dans une nature qu’il ne quittera jamais, et, dans cette nature, il devient par droit, selon la justice et selon les conseils de Dieu, Seigneur de toutes choses, lui que personne ne connaît si ce n’est le Père seul, mais qui nous révèle le Père, lui qui a été tout près de nous, qui nous a touchés, pour ainsi dire, qui a pris notre nature, quoiqu’il ait pu dire : «Avant qu’Abraham fût, je suis». Lui, dont nos langues et notre intelligence ne sont pas capables de parler clairement, est Celui qui a tout créé ; mais sa place comme homme est à la tête des créatures. C’est lui qui est venu nous révéler les choses célestes et en montrer l’effet dans sa personne comme homme, tout en demeurant toujours au milieu des choses célestes, afin qu’étant homme ici-bas, il les révélât dans toute leur fraîcheur, adaptées en même temps à l’homme, afin que celui-ci vécût par elles, et entrât avec Lui, en Esprit, là où était ce qu’il révélait, et, plus tard, y entrât glorifié et semblable à Lui.

 

(*) Le résultat final, c’est que le péché sera ôté des cieux et de la terre, comme nous l’avons fait remarquer. Trois autres motifs sont donnés, dans ce chapitre 2 de l’épître aux Hébreux pour les souffrances de Christ (vers. 9) : la destruction de la puissance de Satan, l’expiation des péchés, le pouvoir de sympathiser avec nous.

 

Le Fils de l’homme est donc Celui qui, comme homme, doit, selon les conseils de Dieu, être Chef de toutes choses, dans les cieux et sur la terre. Messie et Fils de Dieu déjà de son vivant, et rejeté comme tel (Ps. 2), il devait prendre la position plus étendue de Fils de l’homme, établi sur les œuvres de Dieu, toutes choses étant mises sous ses pieds (Ps. 8). Nous le trouvons aussi, au chapitre 7 de Daniel, amené vers l’Ancien des jours pour recevoir le royaume. Le fait qu’il avait créé toutes choses nous est donné dans les Colossiens comme motif pour que, prenant sa place dans le résultat des conseils de Dieu dans sa création, il y fût comme premier-né, en avant, pour en porter la peine devant Dieu, pour être la propitiation pour nos péchés et les effacer pour toujours, en sorte que nous ne périssions pas. C’est là que d’une manière absolue, lui qui n’a pas connu le péché, a été fait péché devant Dieu, c’est là que l’obéissance absolue a été parfaite : «Afin que le monde connaisse, dit-il, que j’aime le Père ; et comme le Père m’a commandé, ainsi je fais». Il fallait, la nécessité en pesait sur nous ; la justice, la nature même de Dieu, exigeait que notre péché fût ôté. Mais le pécheur ne pouvait ôter son propre péché. Chargé qu’il était déjà de ce péché, que pouvait-il faire pour l’ôter ? Mais le Fils de l’homme, rejeté de l’homme, a été élevé devant Dieu pour être fait péché, sans autre chose ou sans autre personne, seul devant Dieu. Il ne s’agissait plus ici de Juif ou de promesse, mais de satisfaire à la gloire de Dieu dans cette position : c’était le dernier Adam, non pas désobéissant lorsqu’il jouissait de toutes les bénédictions de Dieu, mais obéissant, là même où il portait, Lui qui avait demeuré éternellement dans l’amour de son Père et dans la sainteté même, non seulement la peine de la mort, mais celle de la malédiction et de l’abandon de Dieu. Personne ne saurait sonder une telle chose ; toutefois nous pouvons par là-même reconnaître que la peine était infinie, mais nécessaire à cause de ce que nous étions, si la gloire de Dieu devait être sauvegardée et si nous devions être sauvés. Plus nous voyons qui il était, plus nous sentons la profondeur de l’abîme dans lequel il est descendu : mais par là-même il a pu dire : «À cause de ceci le Père m’aime, c’est que moi je laisse ma vie, afin que je la reprenne» (Jean 10:17). La gloire de Dieu a été manifestée, comme elle n’avait, comme elle n’aurait jamais été connue.

Le Fils de l’homme a dû être élevé. En prenant cette place, qu’il a prise pour nous aussi en grâce, il était libre : «Alors j’ai dit : Voici, je viens ...». Ses souffrances étaient pour nous nécessaires... ô solennelle parole ! Mais Dieu y ayant été parfaitement glorifié, l’œuvre dans toute sa valeur étant parfaitement accomplie, quiconque croit ne périt pas, mais a la vie éternelle. Périr, c’était notre sort ; avoir la vie éternelle, être avec Christ et comme Christ dans la gloire, c’est l’effet des souffrances, de l’œuvre du Sauveur, pour tous ceux qui croient. C’est ici un côté de la vérité : comme Fils de l’homme, Jésus vient à la rencontre du jugement qui allait tomber sur nous. Il fallait que le Fils de l’homme fût élevé, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle. Celui qui croit ne périt pas ; mais bien plus, il possède la vie éternelle ; maintenant comme vie, bientôt comme gloire céleste avec Christ. Élevé de la terre, Jésus attire tous les hommes à lui-même. Un Messie vivant était pour les brebis perdues de la maison d’Israël ; dans le Fils de l’homme élevé sur la croix, il ne s’agit plus des promesses, mais d’une œuvre accomplie, valable devant Dieu pour tous ceux qui croient. Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils. Voilà la source de tout. Le but ici est le même : «Afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle». Ce sont deux aspects de la même personne, Fils de l’homme ici-bas, mais également Fils de Dieu. Dieu n’a pas épargné son Fils. Mais c’est un principe, un fait de toute importance. Le «il faut» des versets 14 et 15, quoiqu’il découle de la nature même de Dieu et de l’état de l’homme, porte le caractère d’une exigence de la part de Dieu : il revêt Dieu, dans notre esprit, du caractère d’un juge. Il y a, sans doute, beaucoup plus : la sainteté de Dieu, sa gloire, ce qui lui convient (Héb. 2:10), y sont engagés ; mais l’idée de juge se rattache en effet à la culpabilité. Or tout cela donne encore une idée très imparfaite de la vérité. L’œuvre porte ce caractère : c’est une propitiation. Sans elle on périrait, exclu de la présence de Dieu ; on périrait nécessairement, si cette œuvre n’était pas accomplie du côté de l’homme, par l’homme. Mais où trouver celui qui l’accomplirait ? Il fallait ; Jésus pouvait le dire, car il venait du ciel. Dieu n’est pas nommé dans le passage, car Jésus parle de la nécessité dans laquelle l’homme se trouvait s’il devait entrer dans le ciel. Mais Dieu est souverain, et Dieu est amour. L’amour divin est souverain : il est au-dessus du mal, quoiqu’il le repousse par la nécessité de sa nature et le juge avec l’autorité de sa justice. Dieu est amour ; c’est la souveraine liberté de sa nature. C’est pourquoi, selon Éph. 5, nous devons marcher dans l’amour ; mais nous ne sommes pas amour, nous sommes lumière. Dieu est amour et lumière. Eh bien, dans cette liberté souveraine, Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique (celui qui par conséquent est devenu Fils de l’homme), afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle (v. 16).

Il est de toute importance de bien sentir cela, autrement Dieu conserve toujours pour le cœur le caractère de juge, — de juge satisfait, soit — et Celui qui est amour n’est pas connu, Dieu n’est pas connu. Pour ce qui nous concerne, nous avons fait de lui un juge en tombant dans le péché ; mais, dans sa nature suprême, Dieu s’est élevé au-dessus de tout, et le résultat pour nous est une bénédiction qui répond à cette suprême nature, une bénédiction infiniment plus haute que la bénédiction dont nous jouissions comme créatures parfaites, une bénédiction qui nous est donnée dans son Fils Jésus, comme Fils unique du Père. Ce n’est pas le Père qui a tant aimé le monde : c’est Dieu comme Dieu, et nous le connaissons comme Père à la suite de cette grâce. Mais il s’est révélé lui-même dans cette grâce envers nous.

Quelle grâce immense de pouvoir dire : je connais Dieu, et encore : je suis connu de lui ; je le connais lui-même ; non pas seulement : je suis sauvé, quelque précieux qu’il soit de pouvoir dire cela, mais : je connais Celui qui m’a sauvé. La pensée de ce salut vient de lui : elle est la révélation de ce qu’il est, même pour les anges. C’est son amour qui en est la source. Sa nature, le fond de son cœur, y est révélé ; sa gloire et sa propre nature y sont révélées. Fils de Dieu, Fils de l’homme, Jésus fait face à la nécessité de l’homme et révèle ce que Dieu est. Celui qui l’a vu a vu le Père. Dieu en soit béni, nous le connaissons.

La pensée et les conséquences de sa venue sont alors constatées. Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde, afin qu’il jugeât le monde, — il reviendra pour cela en gloire, — mais afin que le monde fût sauvé par lui (v. 17). Le monde a rejeté le Fils de Dieu, mais une telle manifestation de Dieu dans la Parole faite chair, et un tel accomplissement de l’œuvre qui glorifie Dieu, portent leurs conséquences et les portent nécessairement. Celui qui croit en Lui n’est pas jugé. Tout ce qui regardait la gloire de Dieu en vue du péché de l’homme a été accompli ; la justice de Dieu, son amour, sa sainteté, sa majesté, tout ce qu’il est, a été pleinement mis en évidence, et cela dans le jugement tombé sur Christ fait péché pour nous, et portant nos péchés en son corps sur le bois. Ainsi toute question de responsabilité et de la gloire de Dieu, quant au croyant, est résolue et réglée : il ne peut y avoir maintenant jugement pour lui, autrement tout ne serait pas réglé ; ce serait la négation de l’efficace de l’œuvre de Christ. L’âme serait placée sur un autre terrain, terrain nécessairement faux si celui de Christ est vrai, car rien ni personne ne pouvait être ce qu’il a été.

Celui donc qui croit en lui ne sera pas jugé, comme il est dit aussi au chapitre 5 de ce même évangile. Celui qui croit a la vie éternelle ; et il ne viendra pas en jugement. Mais celui qui ne croit pas en lui est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. La présentation du Fils de Dieu, de la parole de Dieu faite chair, avait déjà mis l’homme à l’épreuve. La question de son état avait été résolue ; il rejetait Dieu dans la personne de son Fils unique, la pleine lumière ; et Dieu est lumière comme il est amour. Ce n’est pas ici l’amour souverain, mais la conscience et la responsabilité. La lumière a été dans ce monde, elle y a brillé clairement ; la lumière des hommes, adaptée aux hommes. Ils ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. La conscience est sensible à la lumière, mais cela ne change pas la volonté ; et si la volonté reste perverse, la conscience rend la lumière divine insupportable. L’état de la volonté à l’égard de Dieu manifesté ici-bas, quand la conscience reconnaît la lumière, c’est là ce qui fait la base du jugement présent, actuel mais final, là où Christ a été présenté.

La fin du chapitre constate la position relative de Jean le baptiseur et de Christ. La mission propre de Jean était terrestre. Il parlait du Messie à Israël, du royaume en rapport avec ce peuple : précurseur immédiat du Christ, le plus rapproché de tous ceux qui, vases du témoignage de Dieu l’avaient précédé, il était, par ce fait, plus grand que tous les prophètes. Mais il était en deçà de la manifestation de ce qui est céleste. Ceux qui ont cru depuis l’ascension de Christ en jouissent ; le plus petit même dans le royaume de Dieu est plus grand que Jean. Dans la personne du Christ, le baptiseur entrevoyait la gloire qui Lui appartenait et qui, par la grâce, appartient aux siens aussi ; mais le voile n’était pas déchiré, et il n’y avait point d’homme dans le ciel. Personnellement, Jésus avait apporté ce qui était céleste : il révélait le Père, il parlait les paroles de Dieu ; mais le grain de froment restait seul, la rédemption n’était pas accomplie, quoique Celui qui venait d’en haut fût là et parlât de ce qu’il avait vu et entendu en paroles qui étaient les paroles de Dieu. Personne ne recevait son témoignage.

Le verset 29 est plutôt une figure, et l’épouse dont il parle n’est pas une épouse particulière. Si on voulait l’appliquer, il désignerait l’épouse terrestre.

Cette différence entre le témoignage prophétique qui, tout en étant divin, est un témoignage terrestre, et la révélation des choses célestes, de Dieu lui-même et de la part que nous avons dans la gloire, est de toute importance ; elle correspond à la différence essentielle qu’il y a entre le christianisme et tout ce qui l’a précédé. L’homme glorifié dans le ciel, le voile déchiré, le Saint Esprit descendu ici-bas et demeurant en nous, pour nous mettre en relation vivante et actuelle avec les choses célestes, cela diffère du tout au tout d’avec les promesses et même d’avec les prophéties de la venue du Messie sur la terre. Ce qui se rapporte à l’histoire personnelle du Christ, jusqu’à sa séance à la droite de Dieu, se trouve comme prophétie dans l’Ancien Testament ; mais tout ce que l’accomplissement de ces choses nous révèle, moralement, de l’homme et de Dieu, tout ce qui est la conséquence de la présence du Saint Esprit ici-bas dans les croyants, ne pouvait exister avant que Christ, comme médiateur, eût accompli son œuvre et fût monté en haut. Jean le baptiseur était évidemment de tous les prophètes le plus rapproché de ces choses, ayant vu le Sauveur ; toutefois l’œuvre n’était pas encore accomplie, et Jean ne pouvait entrer dans les choses célestes, quoiqu’il sût, lui, témoin inspiré, que Christ était descendu du ciel et, comme tel, était au-dessus de tout.

Voyons comment Jean présente la différence dont je parle. Il ne peut le faire comme possédant ces choses, car elles n’étaient pas encore ; mais son témoignage quant aux droits de la personne de Christ, va très loin dans ce passage, où il parle de ses disciples. Sa joie était d’avoir vu l’Époux, et cela en qualité d’ami : c’est la première différence. Celui à qui tout appartenait de droit était là. Lui avait l’épouse, peut-être ici l’épouse terrestre, j’en ai déjà parlé ; mais il était l’époux. La joie de Jean était de le voir. C’était déjà beaucoup de se comparer avec Celui qui venait du ciel, tout en acceptant la disparition de sa propre importance avec une piété et une joie sans feinte, parce que Celui qui cachait l’éclat du témoignage de Jean par la présence de l’objet même de ce témoignage, était là. La piété de Jean brille de son plus pur éclat en se plaçant ainsi dans l’ombre pour exalter Celui qui, quoique inconnu, faisait par son éclat divin, lui, la vraie lumière divine, disparaître son précurseur. La vérité dans l’homme intérieur se montrait par l’effet que devait produire la vérité qu’il annonçait : son âme était à la hauteur du témoignage qu’il rendait. C’est beaucoup dire d’un homme ; mais tel était le beau fruit de la grâce dans ce témoin honoré du Sauveur.

La personne divine, céleste, du Sauveur est ensuite mise en contraste avec le témoignage de Jean, tout inspiré qu’il fût ; son témoignage était seulement un témoignage, et un témoignage prophétique et terrestre : le Christ venait du ciel, il parlait de ce qu’il avait lui-même vu et entendu, non pas comme prophète, soit des choses à venir, rappelant la loi de Moïse, serviteur de Dieu, soit d’un Messie à venir et même venu sur la terre ; non, Jésus parlait des choses actuelles qui existaient là d’où il était venu. Personne ne recevait son témoignage, car c’était des choses célestes, des choses qui existaient auprès de Dieu, qu’il parlait : l’homme ne les comprenait pas et ne les voulait pas. Mais la nature du témoignage était également divine ; ce n’était plus l’Esprit «par mesure», un : «ainsi a dit l’Éternel», où, le prophète ayant fini, tout était dit, — vérité parfaite, mais vérité limitée à ce qui était exprimé, et encore c’étaient des choses terrestres, le voile n’étant pas déchiré. La vérité elle-même était là, l’Esprit sans mesure (jusqu’alors sur Lui seul) le remplissant des choses qui se trouvaient là d’où il était. Celui que Dieu avait envoyé parlait toujours les paroles de Dieu lui-même dans tout ce qu’il disait, et cela dans un homme et par un homme, mais qui était Fils de Dieu, et par l’Esprit sans mesure.

Il est très possible que les deux derniers versets du chapitre soient de l’évangéliste et non de Jean Baptiste, comme on l’a pensé ; mais je ne vois pas de raison péremptoire pour qu’ils ne soient pas du dernier. Jusqu’à la fin du verset 34, il me parait clair que ce sont les paroles de Jean Baptiste ; et Jean mêle son témoignage aux choses qu’il raconte, le tout étant de Dieu. Le dernier verset pourrait donner à croire que les paroles sont celles de l’évangéliste, puisqu’il contient un témoignage si souvent répété dans ses écrits. Il y a aussi, dans le témoignage, un changement analogue à celui que nous avons vu dans les versets 16 à 18 du chapitre 1, relativement à l’emploi du nom de Dieu et à celui de Père. Il faut faire ici bien attention à ce fait, que la chose en question n’est nullement de savoir si le témoignage des deux versets est de Dieu, mais qu’il s’agit uniquement, pour notre instruction, et comme sujet intéressant pour nos cœurs, de nous rendre compte de la personne qui est le vase de ce témoignage. L’Esprit de Dieu a donné la parole à Jean Baptiste ; le même Esprit a dirigé l’évangéliste soit en nous rappelant ce que Jean Baptiste a dit, soit dans les paroles qu’il prononce lui-même. Les deux derniers versets cependant semblent plutôt l’expression d’une réalité que l’évangéliste connaissait et possédait par le Saint Esprit, comme chose présente et actuelle, qu’un témoignage prophétique quelque élevé qu’il fût.

La différence entre les noms de Dieu et de Père est toujours distinctement maintenue dans l’évangile de Jean. Quand il s’agit de la nature et de l’action de Dieu selon cette nature, comme origine de la rédemption et de la responsabilité de l’homme, le mot Dieu est employé ; quand il s’agit de la grâce qui opère dans le christianisme et par Christ en nous, c’est le nom de Père. Ainsi, «Dieu a tant aimé le monde», et au chapitre 4: «Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité», mais, en grâce, «le Père en cherche de tels qui l’adorent» ; et ici : «Le Père aime le Fils, et a mis toutes choses entre ses mains» (comp. 13:3). Le Père a été révélé dans le Fils, et nous avons reçu l’Esprit d’adoption ; les petits enfants en Christ ont connu le Père. «Le Fils unique qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître» ; et d’autre part : «Personne ne vit jamais Dieu». Ainsi la personne du Fils venu dans ce monde, et, pour nous, l’exaltation de Jésus après qu’il eût achevé l’œuvre que le Père lui avait donné à faire, puis la descente du Saint Esprit, en un mot la grâce qui opère dans la personne et, pour nous, par le moyen de l’œuvre de Jésus, voilà où le Père se trouve révélé. Jésus a révélé ce nom à ses disciples, quoiqu’ils n’en aient rien compris (Jean 17:26) ; et nous avons reçu, l’œuvre qui nous lave et nous justifie ayant été accomplie, l’Esprit qui nous fait crier : «Abba, Père». Le nom de Père est un nom de relation, révélée par la présence de Christ, et qu’on connaît, et dont on jouit individuellement par le Saint Esprit. C’est ce qui caractérise le christianisme et, on peut le dire, Christ lui-même. Dieu est ce que Dieu est dans sa nature et son autorité, le nom d’un Être, non d’une relation, sauf les droits d’autorité absolue qui lui appartiennent ; mais d’un Être qui, étant suprême, entre en relation avec nous, en grâce. On voit l’importance de cette distinction dans les paroles de Christ lui-même. Tout le long de sa vie il ne dit pas : «Mon Dieu», mais «Mon Père», même à Gethsémané, et la jouissance de cette relation est parfaite. «Je ne suis pas seul, car le père est avec moi». Il dit encore «Père», quand il exprime ce que c’était pour lui que de boire la coupe. Sur la croix il dit : «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?» Fait péché pour nous, il sentait ce que c’était que de l’être devant Dieu, Dieu étant ce qu’il est. Après sa résurrection il emploie les deux noms de Dieu et de Père, quand il introduit ses disciples dans la position dans laquelle il était dès lors entré comme homme, selon la justice de Dieu : «Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu». Les siens étaient, par grâce, comme lui, dans leur relation avec Dieu comme Père ; ils étaient, par son œuvre, devant Dieu, tel qu’il est dans sa nature, et cela en justice, selon la valeur de l’œuvre qu’il avait accomplie et selon leur acceptation dans sa personne, agréables dans le Bien-Aimé. Mais quel merveilleux privilège que de savoir quelle est l’occupation des affections du Père et de connaître Celui qui en est l’objet et qui en est digne, qui suffit à ces affections ! Quel bonheur de connaître le Seigneur, car le Père veut que, là où il trouve ses délices, nous trouvions les nôtres. Quel bonheur parfait et infini !

Enfin toutes choses lui sont données et lui sont assujetties ; c’est à lui qu’elles seront soumises, quoiqu’elles ne le lui soient pas encore, quant à l’accomplissement des voies de Dieu (Héb. 2) ; mais il a toute puissance dans les cieux et sur la terre.

Il est bon de remarquer ici que c’est toujours la Parole faite chair (*), Celui qui s’est anéanti lui-même, et a pris la forme de serviteur, comme homme ici-bas, qui est devant les yeux de Jean. En conséquence, quoique la divinité ou plutôt la déité du Sauveur apparaisse à chaque page de l’évangile, Christ nous y est présenté comme recevant tout de son Père. Il est Dieu, il est un avec le Père ; les hommes doivent l’honorer comme ils honorent le Père ; il peut dire : «Avant qu’Abraham fût, je suis» ; mais il ne sort jamais de la position qu’il a prise, et tout en parlant au Père comme à un, égal, tout, gloire et toutes choses, lui sont données. Personne ne connaît le Fils : mais il est très beau de voir la fidélité parfaite de Jésus à ne pas se glorifier lui-même, mais à rester sans effort dans la position qu’il a prise. Grâces à Dieu, c’est toujours un homme.

 

(*) On peut excepter les quatre premiers versets du chapitre 1. Comparez, pour ce qui est dans le texte, 1 Jean 1 : là aussi la différence des noms de Père et de Dieu se retrouve.

 

Nous avons déjà dit que ce chapitre 3 pose les bases et ne développe pas les résultats ; nous y trouvons la possession de ce qui nous rend capables de jouir de ces résultats, savoir la nouvelle naissance et la croix. C’est pour nous le côté subjectif. Il en est ainsi encore ici, à la fin : quiconque croit à ce Fils que le Père aime, a la vie éternelle (comp. 1 Jean 5:11, 12) ; celui qui ne le croit pas, qui ne reçoit pas le témoignage qu’il rend (comp. 5:21), ne verra jamais la vie ; mais la colère de Dieu demeure sur lui (v. 36). Le Fils de Dieu, Jésus, dans sa personne, est la pierre de touche de toute âme, précieux à ceux qui croient : il l’est comme manifestation de Dieu lui-même s’adaptant à l’homme en grâce. On peut voir ici aussi comment le changement du nom de Père en celui de Dieu se retrouve, quand le Saint Esprit passe de la grâce à la responsabilité. Quand il s’agit du Père, c’est toujours la grâce opérant par le Fils et dans le Fils qui le révèle.

Nous ferons observer ici que, dans ces trois premiers chapitres, nous avons une préface de l’évangile, avant le ministère public du Sauveur. Le fait est constaté au verset 24 du chapitre 3, comparé avec Matthieu 4:12, 17 et Marc 1:14, 15. Le chapitre 4 de Jean confirme cette appréciation des faits. Sans doute Jésus avait parlé déjà et avait fait des miracles, mais il ne s’était pas présenté publiquement pour dire : Le temps est accompli. Il s’annonce ainsi au chapitre 4 de Luc, verset 18 et suivants, quoique sa prédication d’alors, dans la synagogue de Nazareth, ne soit pas sa première prédication, comme en témoignent les versets 15 et 23. Mais cette préface des trois premiers chapitres est une véritable introduction à tout le christianisme, au moins dans ses grandes et divines racines. Elle commence par ce que Christ était dans sa nature essentielle, et ce que l’homme, hélas ! était aussi. Il n’y est pas encore question de l’action de Dieu en grâce. C’était la lumière ; l’homme était ténèbres : il fallait être né de Dieu pour recevoir Celui qui l’était. Ensuite nous trouvons ce qu’il est devenu : la Parole a été faite chair, et le Fils unique a révélé Dieu, étant lui-même dans le sein du Père : c’est la grâce dans sa personne. Puis vient son œuvre dans toute l’étendue de son effet, et le don du Saint Esprit pour que nous en jouissions maintenant ; et puis l’œuvre de rassemblement, mais celle-ci poursuivie du côté des voies de Dieu, plutôt sur la terre, mais en général selon les droits de la personne de Christ, les Juifs, sauf le résidu, étant mis de côté. Christ reconnu de ce résidu, selon le Psaume 2, passe outre et présente sa position selon le Psaume 8, en tant que cela regarde sa personne ; après quoi les épousailles et leur joie, ainsi que le jugement, sont introduits. Mais c’est par la résurrection, en se ressuscitant lui-même, en relevant son propre corps, le vrai temple de Dieu, que la démonstration de son titre et de sa puissance serait donnée. Ce qui est subjectif en nous, et l’œuvre pour nous, viennent ensuite : sa réception selon les convictions humaines, fondées sur les miracles, ne valait rien ; c’était ce qui était dans l’homme ; tandis que pour voir le royaume et y entrer, dans sa forme terrestre et judaïque, il fallait être né entièrement de nouveau. Mais il y avait aussi les choses célestes que Jésus révélait. Il venait du ciel, il y était : lui seul pouvait annoncer les choses célestes. Aussi l’homme naturel n’était pas propre à y entrer : il fallait que Celui qui avait entrepris sa cause, soit pour la gloire de Dieu, soit pour la culpabilité de l’homme, car la nouvelle naissance ne purifie pas la conscience, — il fallait que le Fils de l’homme, s’il ne devait pas rester seul, fût élevé. Mais alors, ce n’était pas seulement l’entrée du royaume et la jouissance des promesses qu’on trouvait ainsi, mais la vie éternelle, — ce qui est en Christ lui-même. La source bénie de tout nous est donnée après cela : Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils pour que nous vivions éternellement ; ainsi nous trouvons d’abord la juste nécessité, ce que réclamaient la nature et les droits de Dieu sur l’homme, accomplie par le Fils de l’homme, puis l’amour infini de Dieu révélé. Le Fils de Dieu était devenu Fils de l’homme ; mais le Fils de l’homme pouvait prendre cette place, parce qu’il était Fils de Dieu. À la fin du troisième chapitre, nous trouvons le témoignage de Jean-Baptiste porté à son plus haut degré, témoignage de la profonde et parfaite piété personnelle de celui qui le rendait ; toutefois il était de la terre ; plus qu’un prophète, mais toujours terrestre ; de la poussière, et parlant comme étant de la terre, appartenant à ce qui était en dehors du voile non encore déchiré. Christ, lui, venait du dedans du voile, et sa chair était ce voile. Il parlait de ce qu’il savait ainsi, et personne ne recevait son témoignage. Jean avait la joie d’entendre la voix de l’époux, il ne l’était pas ; ce qu’il disait était donné de Dieu comme témoignage, mais, le témoignage étant rendu, de sa part tout était accompli. Christ, Lui, était le sujet du témoignage, et de plus ce qu’il disait, c’étaient les paroles de Dieu, car Dieu ne lui donnait pas l’Esprit par mesure. Toutes ses paroles étaient les paroles de Dieu ; il était au-dessus de tout. Enfin nous trouvons une chose qui restait encore pour achever cette révélation de Christ et de Dieu lui-même, dans les grands éléments qui se rapportaient à la personne de Christ et à notre état : le Père et le Fils nous sont présentés. C’est la couronne de tout en grâce : il était l’objet suffisant de toutes les divines affections du Père, Celui en qui l’amour infini et parfait du Père trouvait ses délices : aussi lui avait-il tout donné. Comme Fils descendu ici-bas, Jésus reçoit tout du Père. Mais le Père et le Fils ne restent pas seuls dans la plénitude de leur perfection : nous y sommes introduits pour en jouir, bien que, dans un certain sens, ils restent nécessairement seuls dans leur perfection. Mais celui qui croit au Fils a déjà la vie éternelle, quoiqu’ici-bas dans la faiblesse ; il possède subjectivement ce qui fera plus tard sa gloire avec Christ (comp. les premiers versets du chapitre 1). Or cette révélation du Père dans le Fils devenait l’épreuve définitive de l’homme : celui qui ne recevait pas ce témoignage, qui ne se soumettait pas à lui par la foi, ne verrait jamais la vie, mais la colère de Dieu demeurait sur lui. Ce qui a trait au Saint Esprit, que ne devaient recevoir que ceux qui croyaient déjà en Jésus, se trouve déjà dans les versets 32 à 34 du chapitre 1. Le développement du sujet se trouve dans les derniers discours du Sauveur ; l’historique de sa présence se trouve dans les Actes et dans les épîtres, et dans la conscience de sa présence que possèdent les croyants.

Ayant complété la revue des trois chapitres d’introduction, il conviendra peut-être de donner une espèce d’index des chapitres de l’évangile tout entier ; car il y a beaucoup d’ordre et de système dans les écrits de Jean.

Le rejet du Messie de la part des Juifs est constaté déjà au chapitre 1 ; le jugement du peuple qui en résultait se montre clairement dans le cours de l’évangile et dans bien des chapitres. La doctrine de chaque chapitre est souvent en contraste avec des choses judaïques, ce contraste fournissant l’occasion et la base de la doctrine. Un autre trait caractéristique en découle ; le jugement porte sur tout le monde (chap. 1) qui ne l’a pas connu, et sur les siens, les Juifs, qui ne l’ont pas reçu ; il donne lieu à la constatation et au développement de la grâce souveraine qui seule produit la vie divine en nous. Ceci implique l’entrée des gentils dans la jouissance des bienfaits de la grâce, et puis le fait important que ces bienfaits se trouveraient dans un monde — et aussi dans un état — tout nouveau où l’on entre par la résurrection. Dans les évangiles synoptiques, le Christ est présenté dans ses trois caractères, de Jésus Emmanuel, le Messie, de prophète, et de Fils de l’homme, son histoire étant tracée à ces trois points de vue avec le récit de son rejet et de sa mort. Dans Jean, qui nous montre Dieu manifesté en chair, sa réjection est constatée d’emblée ; car, étant lumière, les ténèbres ne l’ont pas reçu. Il en résulte qu’à l’encontre des trois autres évangiles, où Christ est présenté historiquement pour être reçu et où son rejet nous est raconté, mais en rapport avec la responsabilité des hommes, Jean, quoiqu’il affirme cette responsabilité comme doctrine, nous présente la grâce souveraine qui, nous l’avons déjà fait remarquer, cherchait ses brebis parmi les Juifs et parmi les gentils, pour la vie éternelle. Enfin il ne faut pas passer, sans le remarquer, sur ce trait que dans Jean tout est individuel ; il ne parle jamais de l’Église.

 

5                        Chapitre 4

Après les chapitres d’introduction, l’évangile de Jean commence en nous montrant Jésus, qui abandonne la Judée, et quitte la capitale juive, le centre du trône de Dieu sur la terre, l’ancien siège de Celui qui, descendu maintenant en grâce, ne trouvait pas, dans un monde ennemi, où poser sa tête. La jalousie des pharisiens donnait lieu à ce départ de Jésus. Mais, ici déjà, l’on peut voir que le Seigneur, ayant conscience d’une origine et d’un but qui dépassaient entièrement toutes les pensées, même de ceux qui l’avaient reçu, n’agit pas, pour rassembler ceux qui recevaient sa parole, selon la pensée des disciples qui l’entouraient avec affection : Jésus lui-même ne baptisait pas, mais ses disciples. Parole faite chair, Fils de Dieu, Sauveur du monde, Rédempteur, Fils de l’homme, il ne pouvait baptiser, pour les attacher à lui-même comme Messie, quoiqu’il fût le Messie ; car il savait trop de sa réjection, et comme Pierre l’exprime, des souffrances qui devaient être la part de Christ et des gloires qui suivraient. Quant aux dehors de sa position, Jésus ne pouvait que permettre à ses disciples de baptiser ainsi : c’était pour eux la vérité, même toute la vérité, quoiqu’ils aient appris à ajouter «vivant» à son titre de Fils de Dieu. Mais si lui avait baptisé, il aurait été tout à fait au-dessous de la conscience qu’il avait de l’objet de sa venue et de ce qui allait arriver : ce n’était pas la vérité pour lui ; bien qu’il fût le Messie, il ne venait pas pour l’être alors, mais afin de donner sa vie en rançon pour plusieurs. Ce qui le chassait de Jérusalem l’empêchait aussi de baptiser. La ville où jadis il avait été assis entre les chérubins, et dont si souvent il avait voulu rassembler les enfants, le chassait de ses confins ; il s’en allait, le méprisé et le rejeté des hommes, sans avoir où reposer sa tête, porter ailleurs le témoignage de l’amour de Dieu et le démontrer dans sa personne. Cela supposait qu’il était rejeté comme Messie ; mais de plus, Dieu manifesté en grâce, et venant selon les promesses faites au peuple juif, il était la dernière épreuve du cœur humain, qui s’est ainsi trouvé être inimitié contre Dieu et contre Dieu venu en grâce. Il s’agissait donc de la grâce souveraine de Dieu, quand l’homme ne voulait pas de lui ; il fallait donc qu’il se trouvât tout à fait à part, qu’il n’eût rien ici-bas, lui qui, venant au milieu des hommes pour leur apporter l’amour, un amour qui répondait à tous leurs besoins, était en même temps lumière pour leurs consciences, se mettait à la portée de tous, se servait de leurs besoins pour les gagner en amour, mais les appelait à jouir des choses célestes qu’il était à même, lui seul, de leur révéler.

Nous trouverons que le chapitre 4 répond parfaitement à cette position. Mais quelle précieuse et profonde vérité, de voir le Fils de Dieu, Dieu manifesté en chair, rejeté, lui qui était venu selon les promesses, renonçant à tout ici-bas, anéanti et abaissé, et montrant par là-même la plénitude de la divinité en amour et en lumière, — toujours caché dans l’humiliation pour être près de tous, et ne prenant rien de ce qui était sien, afin qu’il fût lui-même tout seul partout, comme Dieu doit l’être, et toujours manifesté, si quelqu’un avait des yeux pour voir, — d’autant plus manifesté qu’il était caché, afin que l’amour arrivât auprès de tous, cet amour infini de Dieu manifesté dans son abaissement pour pouvoir atteindre ceux qui étaient bas, dans l’éloignement et la haine : amour infini, amour qui était au-dessus de tout dans son exercice envers ceux qui le haïssaient, — maître de lui-même, pour être serviteur de tous, depuis son Père jusqu’aux plus misérables pécheurs, et cela jusqu’à la mort. Ne l’aimerons-nous pas ? Nous ne pouvons sonder ces choses ; mais ce qu’il a été, manifestement, peut prendre possession de tout notre cœur et en former, ou plutôt en créer les affections par l’objet qui lui est présenté. Il s’est sanctifié lui-même pour nous, afin que nous fussions sanctifiés par la vérité. À cet égard, ce chapitre a une portée immense. Mais poursuivons les faits, historiquement, comme ils nous sont présentés.

En allant de Judée en Galilée, le Seigneur, à moins de faire un grand détour, devait passer par la Samarie. Or la Samarie, tout en cherchant à s’approprier les promesses, était en dehors de leur sphère : elles appartenaient aux Juifs. Mais la prétention des Samaritains à y avoir part irritait excessivement les Juifs. De fait, bien que mélangée, la population de la Samarie était en très grande partie d’origine païenne. «Tu es un Samaritain, et tu as un démon», disaient les Juifs à Jésus. Les Samaritains en effet étaient en dehors des promesses et du peuple de Dieu. Ces promesses et ce peuple, le Seigneur les reconnaissait, mais il introduisait ce qui était au-dessus des deux et les mettait de côté (v. 21-24, et déjà 5, 6). Si le puits de Jacob se trouvait là, le Fils de l’homme s’y trouvait aussi, le Fils de l’homme fatigué de son voyage, altéré et sans eau, sous la chaleur du jour, sans autre place pour s’asseoir et se reposer que le bord du puits, et dépendant, pour avoir un peu d’eau et se désaltérer, de quiconque viendrait, d’une pauvre femme samaritaine abandonnée et le rebut du monde. Elle vient pour puiser de l’eau, cette femme fatiguée de la vie. Isolée de fait, isolée dans son cœur, elle ne venait pas à l’heure où les femmes vont puiser. Elle avait poursuivi le bonheur en faisant sa volonté : elle avait eu cinq maris auxquels elle avait probablement été dévouée, et celui qu’elle avait n’était pas son mari. Elle était lasse de la vie. Sa volonté et son péché lui avaient laissé le cœur vide ; elle était isolée et abandonnée du monde : le péché l’avait isolée ; d’honnêtes gens ne voulaient pas d’elle : ce n’était pas étonnant. Mais il y en avait un qui était plus isolé qu’elle, qui était seul dans ce monde, que personne ne comprenait, pas même ses disciples ! Quel homme, au milieu de ce monde pervers, comprenait le cœur de Celui qui apportait les pensées de Dieu dans un monde pervers, comprenait le cœur de Celui qui apportait les pensées de Dieu dans un monde de péché, son amour dans un monde d’égoïsme,