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NOTES sur l’ÉVANGILE de MARC
par J.N. Darby
Table des matières :
Pour bien comprendre la pensée de l’Esprit Saint touchant l’évangile de Marc, il nous faut examiner brièvement ce que cet Esprit nous enseigne dans les quatre évangiles. Ils nous présentent Christ, mais Christ rejeté, et, en même temps, placent devant nous le Sauveur sous quatre aspects différents. Il y a de plus une différence marquée entre les trois premiers et le dernier. Les uns nous montrent Christ comme Celui que le monde aurait dû recevoir, mais qu’il a mis à mort. Dans le quatrième, nous voyons le Seigneur Jésus déjà rejeté dès le premier chapitre ; de plus, les Juifs y sont aussi considérés comme mis de côté : ceux qui sont nés de Dieu sont les seuls qui reçoivent le Seigneur. Il suit de là que, dans cet évangile, les principes de la grâce se déroulent d’une manière plus profonde. «Nul ne peut venir à moi», y lisons-nous, «à moins que le Père qui m’a envoyé ne le tire», et les brebis y sont distinctes du monde, avant qu’elles n’aient été appelées. Les trois premiers évangiles nous montrent Christ présenté aux hommes, pour en être reçu, puis ils nous donnent l’historique de l’inimitié croissante de l’homme contre lui, et enfin son rejet et sa mort.
Quant au caractère de chaque évangile, dans celui de Matthieu, le Seigneur est envisagé comme Emmanuel, le Messie promis, Jéhovah qui sauve son peuple de leurs péchés. Jésus signifie «Jéhovah le Sauveur». Il en résulte que la généalogie de Jésus Christ commence en présentant sa relation avec Abraham et David, les deux chefs et vases des promesses, desquels devait descendre le Messie. Dans ce premier évangile, lorsque Christ est manifesté dans son vrai caractère et dans l’esprit de sa mission, il est moralement rejeté, et les Juifs, comme nation, sont mis de côté. Le Seigneur ne cherche plus de fruits dans sa vigne, mais il montre qu’il est réellement le Semeur. Il révèle le royaume, mais en mystère (c’est-à-dire comme il devait exister durant son absence) ; il révèle l’Église que lui-même bâtirait et le royaume dans son état de gloire, choses qui seraient substituées à sa présence sur la terre, et enfin nous avons, dans cet évangile, les derniers événements et les derniers discours de sa vie.
Marc place devant nous le serviteur prophète, et c’est pourquoi nous ne trouvons pas dans son récit l’histoire de la naissance du Sauveur ; l’évangile commence avec son ministère. Nous parlerons plus loin de son contenu. Dans l’évangile de Luc, le Seigneur nous est présenté comme le Fils de l’homme ; nous y trouvons un tableau de la grâce et de l’oeuvre qui se poursuit maintenant. La généalogie y remonte jusqu’à Adam. Les deux premiers chapitres nous révèlent cependant l’état du pieux et faible résidu qui se trouvait parmi les Juifs : tableau exquis de l’opération du Saint Esprit au milieu d’un peuple méchant et corrompu. Ces âmes fidèles se connaissaient bien l’une l’autre : elle attendaient la rédemption d’Israël, et la pieuse Anne qui, dans son âge avancé, venait de voir le Sauveur présenté dans le temple, selon la loi, annonçait à tous ceux qui l’attendaient, la venue du Messie si longtemps désiré. Dans le reste de cet évangile, Christ est envisagé comme le Fils de l’homme pour les gentils.
On ne trouve point du tout de généalogie dans l’évangile de Jean. La Parole, qui est aussi Dieu, apparaît en chair sur la terre. Il est le Créateur, le Fils de Dieu, le monde ne le connaît point. Les siens (les Juifs) ne l’ont point reçu, mais ceux qui le reçoivent ont le droit de prendre la place d’enfants de Dieu, étant réellement nés de lui. Christ étant présenté ici comme la manifestation de Dieu, nous le voyons, pour cette raison même, immédiatement rejeté. Cet évangile nous présente sa propre personne, ce qu’il est en lui-même. On le voit, ensuite, mettant dehors ses propres brebis et rassemblant celles d’entre les gentils ; il leur donne la vie éternelle et elles ne périront jamais. Puis, à la fin de cet évangile, nous est exposée la venue du Saint Esprit.
Mais occupons-nous maintenant de l’évangile de Marc.
J’ai déjà dit que l’évangile de Marc commence avec le ministère du Sauveur, précédé seulement du témoignage de Jean. Celui-ci prépare le chemin du Seigneur, prêche le baptême de repentance pour la rémission des péchés, et annonce un serviteur de Dieu plus glorieux que lui-même. Celui duquel il n’est pas digne de délier la courroie des sandales et qui baptisera du Saint Esprit. Le baptême de feu n’est pas mentionné ici, parce que le sujet de cet évangile est le service du Seigneur en bénédiction, et non l’exercice de son pouvoir en jugement. Le feu signifie toujours le jugement.
Le Seigneur se soumet au baptême de Jean : fait plein d’importance et de bénédiction pour l’homme. Dans ce baptême, il prend la place de son peuple devant Dieu. Je n’ai pas besoin de dire que le Seigneur n’avait aucun besoin de repentance, mais il veut s’associer à son peuple dans le premier pas que celui-ci fait dans le bien, c’est-à-dire dans le premier pas fait sous l’influence de la Parole. Pour lui, c’était accomplir toute justice. Partout où le péché nous avait amenés, l’amour et l’obéissance l’ont conduit pour notre délivrance. Seulement ici il vient avec les siens ; dans la mort, il a pris notre place, il a porté la malédiction, il a été fait péché. Ici, il prend sa place comme homme parfait, en relation avec Dieu — avec le Père, cette place qu’il a acquise pour nous par la rédemption qui nous introduit auprès de Dieu comme fils.
Les cieux sont ouverts, le Saint Esprit descend sur l’homme, le Père nous reconnaît pour ses enfants. Jésus fut oint et scellé du Saint Esprit, de même que nous le sommes ; Lui, parce qu’il en était digne personnellement ; nous, parce qu’il nous en a faits dignes par son oeuvre et par son sang. Pour nous, le ciel est ouvert, le voile est déchiré, et nous crions «Abba, Père !» Merveilleuse grâce, amour infini Le Fils de Dieu est devenu un homme, afin que nous devinssions fils de Dieu, ainsi qu’il le dit après sa résurrection : «Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu». Dessein de Dieu glorieux et ineffable que celui de nous placer dans la même gloire et la même relation que son propre Fils ; dans la gloire à laquelle il a droit à cause de sa propre perfection comme Fils de Dieu ! C’est afin de montrer «dans les siècles à venir les immenses richesses de sa grâce, dans sa bonté envers nous dans le Christ Jésus». Cela aura son plein accomplissement quand sera arrivé ce que le Seigneur Jésus a dit : «Et la gloire que tu m’a donnée, moi, je la leur ai donnée» afin que «le monde connaisse que toi tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé». Oh !, quel devrait être l’amour des chrétiens pour le Sauveur qui, par ses souffrances jusqu’à la mort, nous a acquis une telle position et l’assurance précieuse d’être avec lui et semblables à lui pendant toute l’éternité !
Il est important aussi de remarquer qu’au baptême du Seigneur, la Trinité est pleinement révélée pour la première fois. Il est parlé du Fils et du Saint Esprit dans l’Ancien Testament, mais ici, où nous avons la position du second homme selon la grâce, la Trinité est pleinement révélée. En même temps, la révélation est claire ; les trois personnes apparaissent ensemble : le Fils est révélé comme homme, le Saint Esprit descend comme une colombe, et la voix du Père reconnaît Jésus comme celui en qui il prend son plaisir. Remarquons ici la différence entre la responsabilité de l’homme et le dessein de la grâce. Le dessein de Dieu était arrêté avant la création du monde, mais il l’était dans le dernier Adam, le Seigneur Jésus Christ. Au livre des Proverbes (chap. 8), nous voyons que Christ, la Sagesse, était avec Dieu, l’objet de ses délices, et que lui-même trouvait son plaisir dans les fils des hommes. Mais avant de révéler ses conseils, ou d’accomplir l’oeuvre qui devait produire tous les effets de cet amour, Dieu créa l’homme responsable, le premier Adam. Mais Adam tomba, et tous les moyens que Dieu employa à l’égard de l’homme ne firent que mettre au jour sa méchanceté jusqu’à ce que vînt le second homme, Celui dans lequel le bon plaisir de Dieu en l’homme a été manifesté.
Néanmoins l’homme n’a pas voulu le recevoir ; Christ restait seul l’objet personnel de la parfaite satisfaction de Dieu, et ainsi, dans sa personne, il a pris une position que nous trouvons révélée dans ce passage, celle de Fils de Dieu, avec les cieux ouverts sur lui, et lui-même scellé du Saint Esprit. Mais il était seul. Sur la croix, il a accompli tout ce qui était nécessaire à l’égard de notre responsabilité ; il a fait plus : il a pleinement glorifié Dieu dans son amour, sa majesté et sa vérité, et nous a acquis la participation à sa propre position, comme homme, dans la gloire de Dieu ; non pas celle à laquelle il a droit comme propre Fils de Dieu, mais nous lui serons semblables, afin qu’il soit premier-né entre plusieurs frères. Tel est le dessein de Dieu, qui a été manifesté après que l’oeuvre de Christ eut été accomplie. Quant à son accomplissement en nous sur la terre, nous en avons un exemple dans le passage que nous considérons (comp. 2 Tim. 1:9 ; Tite 1:2, 3).
Mais ce n’est pas tout. Dès que Jésus eut pris sa place comme homme devant Dieu, et qu’il eut été manifesté comme Fils de Dieu dans la nature humaine, il est conduit par la puissance du Saint Esprit dans le désert, et là, entreprend contre le diable cette lutte dans laquelle le premier Adam avait été vaincu. Il était nécessaire qu’il vainquît pour pouvoir nous délivrer. Mais, remarquez aussi que les circonstances sont, pour Jésus, très différentes de celles dans lesquelles se trouvait le premier Adam. Celui-ci était entouré de toutes les bénédictions de Dieu dont il avait la pleine jouissance. Elles étaient pour Adam un témoignage évident et présent de la faveur de Dieu. Christ, au contraire, était dans le désert avec la conscience que Satan régnait maintenant sur l’homme ; tout ce qui fait le bien-être extérieur de la vie manquait ; extérieurement, il n’y avait aucun témoignage de la bonté de Dieu, loin de là.
Marc ne donne pas les détails de la tentation ; le fait seul (fait précieux pour nous) que le Seigneur a passé à travers cette épreuve, est rapporté. Il se présentait lui-même selon la volonté de Dieu, conduit par l’Esprit de Dieu pour rencontrer le puissant ennemi des hommes : quelle grâce immense ! Il avait montré d’abord notre place devant Dieu, l’ayant prise dans sa propre personne, puis il entre en lutte avec le diable qui nous tenait captifs. Le troisième fait à observer est que les anges sont devenus les serviteurs de ceux qui doivent hériter du salut. Voici donc les témoignages en rapport avec la manifestation de Jésus comme homme dans la chair : notre position comme fils de Dieu, Satan vaincu, les anges nos serviteurs.
Le Sauveur (v. 14), ayant pris sa place dans le monde, commence l’exercice de son ministère, mais non pas avant l’emprisonnement de Jean. C’est après que le précurseur eut été jeté en prison, que le Sauveur commença à prêcher l’évangile du royaume. Le témoignage de Jean était très important pour attirer l’attention du peuple sur Jésus, mais il n’aurait pas été convenable qu’il eût rendu témoignage au Seigneur, après que le Seigneur avait commencé à se rendre à lui-même témoignage. «Moi, je ne reçois pas témoignage de l’homme», dit le Seigneur en parlant de Jean (Jean 5:34). Il rendait témoignage à Jean ! Mais pour lui, il était la vérité dans sa propre personne, et ses paroles et ses oeuvres étaient le témoignage de Dieu dans le monde. «Quel miracle fais-tu ?» disait le peuple, «nos pères ont mangé la manne au désert». Et le Seigneur répond : «Je suis le pain descendu du ciel».
Jésus, dans sa prédication, annonçait le royaume, montrait que le temps était accompli, que le royaume de Dieu s’était approché, que le peuple devait se repentir et croire à l’évangile. Il nous faut distinguer entre l’évangile du royaume et l’évangile de notre salut. Christ est le centre des deux ; mais il y a une grande différence entre la prédication d’un royaume qui s’approche et celle de l’éternelle rédemption accomplie sur la croix. Il est tout à fait possible que les deux vérités soient annoncées en même temps. Nous voyons, en effet, l’apôtre Paul prêcher le royaume, mais il proclamait certainement aussi une rédemption éternelle accomplie pour nous sur la croix. Christ annonçait d’avance sa mort ; il disait que le Fils de l’homme donnerait sa vie en rançon pour plusieurs ; mais il ne pouvait pas annoncer, durant sa vie, une rédemption accomplie. Les hommes devaient le recevoir et non le mettre à mort, c’est pourquoi son témoignage a trait au royaume qui était proche.
La venue de ce royaume dans sa puissance publique a été différée, parce que Christ a été rejeté (voyez Apoc. 11:17), et ce retard dure tout le temps que Christ est assis à la droite de Dieu et jusqu’à ce qu’il se lève du trône de son Père pour venir exercer le jugement. Dieu a dit : «Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je mette tes ennemis pour le marchepied de tes pieds» (Ps. 110). Il est néanmoins vrai que le royaume était déjà venu en mystère, selon le chapitre 13 de Matthieu, et cela continue durant le temps où Jésus est assis à la droite de Dieu. Mais quand le moment fixé de Dieu viendra, le Seigneur se lèvera, établira le royaume, et, avec sa propre puissance, jugera les vivants. Alors la paix et le bonheur seront établis sur la terre. Mais nous, qui l’avons reçu, tandis que le monde le rejetait, nous irons à sa rencontre en l’air ; nous viendrons avec lui dans sa gloire quand il apparaîtra au monde, et nous régnerons avec lui. Mais, ce qui est bien meilleur encore, nous lui serons semblables et serons toujours avec lui dans les lieux célestes, dans la maison du Père.
Le développement de ces vérités et de ces événements ne se trouve dans la parole de Dieu qu’après l’ascension du Seigneur, après que le fondement nécessaire à l’accomplissement du conseil de Dieu a été posé dans la mort du Sauveur. Ici, il annonce seulement l’approche du royaume, car les hommes auraient dû le recevoir. Comme Jésus enseignait dans toutes les synagogues, il y avait non seulement des personnes qui l’entendaient ou qui croyaient ce qu’il enseignait, mais quelques-unes aussi qui le suivaient. Et il est de la plus grande importance de remarquer ce fait. Plusieurs, dans le temps présent, professent avoir reçu l’évangile, mais combien petit est le nombre de ceux qui suivent le Seigneur dans le sentier de la foi, dans celui de l’humilité et de l’obéissance, qui caractérisaient la marche du Seigneur dans ce monde ! Efforçons-nous de le suivre ; peut-être ne pouvons-nous pas littéralement abandonner tout, comme le firent les premiers disciples, mais nous pouvons marcher dans le même esprit qu’eux, et apprécier Christ comme le tout de nos âmes, de sorte que toutes les autres choses ne soient estimées que comme des ordures afin de gagner Christ dans la gloire. Le Seigneur appelle ici des hommes à devenir pêcheurs d’hommes ; nous aussi, cherchons des âmes, afin qu’elle soient rendues capables de jouir du bonheur glorieux et ineffable que donne le Saint Esprit. Nous ne serons peut-être pas des apôtres, mais celui qui est rempli de Christ rendra témoignage à Christ : de l’abondance du coeur la bouche parle. Des fleuves d’eau vive couleront de celui qui s’abreuve de Christ.
L’évangile de Marc ne présente pas la personne d’Emmanuel et la grâce de sa mission, comme le fait Matthieu, mais retrace rapidement son ministère dans son application aux hommes. Le ministère est bien le même, mais le développement en est différent. Sa parole et ses oeuvres témoignent également de l’autorité avec laquelle il enseigne le peuple. Tandis qu’il parle, l’auditoire de la synagogue est étonné, car ses discours n’étaient pas comme ceux des scribes qui insistaient sur des opinions. Il annonçait la vérité comme quelqu’un qui la connaît et peut la présenter dans ses fondements mêmes. Les esprits malins, eux-mêmes étaient effrayés de sa présence et le conjuraient de ne pas les détruire. Ils étaient forcés néanmoins de laisser les misérables qu’ils retenaient comme une proie sous leur puissance, de sorte que le peuple disait : «Qu’est ceci ? Quelle doctrine nouvelle est celle-ci ?» Témoignage était rendu que Dieu était intervenu pour délivrer l’homme et pour lui communiquer la vérité dans sa perfection. La grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.
Sa renommée se répand dans toute la Galilée. Laissant la synagogue, il entre dans la maison de Simon et d’André. L’apôtre Pierre était marié et sa belle-mère était malade de la fièvre. Le Seigneur la prend par la main, la fièvre disparaît, et la femme, parfaitement guérie, commence à les servir. Dès que le sabbat est passé, toute la ville se rassemble à la porte de la maison ; le Seigneur guérit les malades et chasse les démons : ceux-ci le reconnaissent, bien que les hommes ne l’aient pas fait. Mais il reste toujours le Serviteur de Dieu, et avant le lever du soleil il se retire dans un lieu solitaire afin d’y prier. Pierre le suit et, l’ayant trouvé, lui dit : «Tous te cherchent», mais Jésus, toujours serviteur, ne cherche pas les multitudes et la renommée pour lui-même ; il va ailleurs prêcher et affranchir du joug de Satan.
Il est important de remarquer que les miracles du Seigneur ne sont pas seulement un signe et une preuve de puissance, mais de la bonté agissant en puissance divine. C’est là ce qui donne leur vrai caractère divin aux miracles de Jésus. Toutes ses oeuvres étaient le fruit de l’amour, et rendaient témoignage au Dieu d’amour sur la terre. Il y a à cela une seule exception apparente, qui, après tout, est une preuve de la vérité que nous faisons remarquer. Cette exception est la malédiction prononcée sur le figuier ; mais le figuier était une figure du peuple d’Israël et, l’on peut dire, de la nature de l’homme sous la culture de Dieu ; il n’y avait point de fruits produits, mais des feuilles seulement, c’est-à-dire l’hypocrisie. C’est pourquoi il est jugé et condamné, et ne portera plus jamais de fruit. Le jardinier avait creusé autour et y avait mis du fumier, mais tout avait été vain, et il fut abandonné de Dieu. L’homme doit naître de nouveau ; il doit être créé de nouveau en Jésus Christ.
Nous avons dans ce qui suit une preuve touchante de l’amour manifesté dans les oeuvres du Seigneur Jésus. Un lépreux vient à lui bien persuadé de sa puissance, ayant vu ses miracles, ou ayant entendu parler de ses oeuvres puissantes ; mais il n’avait pas la certitude de trouver en lui la volonté de le guérir. Le lépreux dit à Jésus : «Si tu veux, tu peux». Le Seigneur, non content de vouloir et de faire, touche le lépreux. Or la lèpre — terrible maladie ! — était une figure du péché ; celui qui en était atteint était exclu du camp comme impur, et si quelqu’un l’avait touché, il était aussi exclu, parce que ce contact l’avait souillé. Nul remède ne pouvait guérir le lépreux, l’Éternel seul en avait le pouvoir ; puis lorsqu’il avait été guéri par l’Éternel, le sacrificateur le déclarait pur, et il pouvait, après certaines cérémonies, participer de nouveau au culte divin. Ici, le Seigneur s’avance avec la puissance et l’amour de Dieu. «Je veux, sois net», dit-il. Le bon vouloir et la puissance de Dieu étaient là et s’exercent en faveur de ce pauvre homme excommunié. Mais il y a quelque chose de plus — Jésus touche le malade. Dieu est présent, Jésus ne peut être souillé, mais il est venu assez près de l’homme impur pour pouvoir le toucher — vrai Homme parmi les hommes, Dieu manifesté en chair. Dieu, mais Dieu dans un homme, l’amour même, la puissance qui peut accomplir tout ce qui est nécessaire pour délivrer l’homme de l’effet de la puissance de Satan. Une pureté que rien ne peut souiller se trouve sur la terre, mais l’amour en même temps ; c’est Dieu même qui est là, mais l’Homme aussi, agissant pour la bénédiction de l’homme. Le lépreux est guéri aussitôt, la lèpre a disparu.
Mais, bien que Dieu soit manifesté dans son oeuvre de puissance et d’amour, il ne quitte pas la position de serviteur, maintenant qu’il l’a prise. Il renvoie l’homme guéri, disant : «Prends garde de n’en rien dire à personne ; mais va, montre-toi au sacrificateur, et offre pour ta purification ce que Moïse a ordonné». Nous pouvons encore remarquer une autre circonstance dans cette histoire : c’est la compassion dont le Seigneur fut ému quand il vit le lépreux. Dieu, dans son amour, et l’Homme touché de pitié en son coeur à cause du misérable état où il trouve l’homme : c’est ce que nous voyons souvent dans les évangiles. Le lépreux nettoyé de sa lèpre répand partout autour de lui la renommée de Jésus, de sorte que le témoignage de la puissance de Dieu, présente au milieu de son peuple, se fait sentir et est rendu manifeste aux esprits des hommes. Jésus ne cherchait pas la gloire de la part des hommes ; il était venu pour accomplir la volonté de Dieu et l’oeuvre que Dieu lui avait donné à faire. Suivi et entouré de tous, il ne peut entrer dans la ville où la foule étonnée se serait assemblée autour de lui.
Après quelques jours, quand la curiosité s’est un peu calmée, le Seigneur rentre dans la ville. Le bruit se répand aussitôt qu’il est dans la maison, et une si grande quantité de personnes s’y assemblent qu’il n’y avait plus de place pour les contenir, même dans l’espace devant la porte. Jésus leur annonce la parole, car ce service était toujours son premier objet. Il était la Parole, il était la Vérité, il était lui-même ce que sa parole annonçait et ce dont l’homme avait besoin. Sa parole aussi était confirmée par ses oeuvres, et le peuple savait qu’il possédait le pouvoir capable de les délivrer de tout mal.
On lui amène un paralytique porté par quatre personnes ; mais ne pouvant le faire arriver jusqu’à Jésus, empêchés qu’ils étaient par la foule, ils découvrent le toit — chose aisée à faire en Orient — et descendent le paralytique à la place où Jésus se trouvait. C’était une preuve évidente de leur foi ; il y avait là un profond sentiment de leur besoin, et, en même temps, la confiance en Jésus, en son amour, en sa puissance. Sans un ardent désir d’être guéri, sans une pleine confiance en la puissance et l’amour de Jésus, ils auraient été découragés par la difficulté de percer la foule et s’en seraient retournés, disant peut-être : «Nous reviendrons ; une autre fois nous arriverons jusqu’à lui». Mais il n’y a point de difficultés pour la foi ; ses principes sont ceux-ci : le besoin de trouver un Sauveur, le sentiment de notre misère, et celui que Jésus seul peut nous guérir, que son amour est assez grand pour regarder vers nous dans notre misérable condition. C’est l’action de l’Esprit qui nous révèle Jésus ; il produit en nous un tel sentiment de notre misère, que nous sommes forcés de chercher le Seigneur, et les difficultés ne nous rebutent point, parce que nous savons que Jésus seul peut nous guérir, que son amour est suffisant ; non point, il est vrai, que nous soyons déjà sûrs d’être guéris, mais il y a assez pour nous attirer vers lui dans l’assurance qu’il le fera. Et si nous sommes déjà venus à lui, la foi produit toujours le besoin dans l’âme et l’assurance que le Sauveur répondra à notre besoin. Christ ne manque jamais d’y répondre ; il peut permettre que des difficultés surgissent afin d’éprouver notre foi, mais la foi qui persévère trouve toujours la réponse, et ce qui produit cette persévérance est le sentiment de notre besoin, si nous connaissons la pleine confiance du Seigneur. La source de tout est l’opération du Saint Esprit dans notre coeur.
Le Seigneur prend occasion du triste état du paralytique pour faire ressortir la vraie racine de tous les maux — le péché. Christ était venu, parce que le péché était dans le monde, et dans quel but sinon afin que ce péché put être pardonné ? Il est vrai que, Dieu étant juste, il fallait qu’une parfaite expiation fût faite pour que les péchés pussent être pardonnés. Mais l’Éternel, qui connaît toutes choses, pouvait administrer le pardon par le moyen du Fils de l’homme, de la manière dont il fait maintenant participer tous les croyants à un parfait pardon par le moyen de l’évangile. Quant à son gouvernement aussi, il pouvait pardonner ou laisser sous les effets de son châtiment, et les individus et la nation entière. Or, celui qui était là avait le droit et le pouvoir de pardonner les péchés sur la terre, et il en donne la preuve. Dans le Psaume 103, il est célébré comme Celui qui pardonne à Israël toutes ses iniquités et qui guérit toutes ses infirmités.
Le grand besoin d’Israël coupable était ce pardon. Christ le proclame. En rapport avec le gouvernement même de Dieu, Israël, sans le pardon de Dieu, ne pouvait être rétabli, comme peuple, dans la bénédiction. «Tes péchés te sont pardonnés», dit le Seigneur. Les scribes crient au blasphème. Mais Dieu, l’Éternel du Psaume 103, était là présent dans la personne du Fils de l’homme ; et il donne la preuve que le droit de pardonner les péchés lui appartenait, en accomplissant ce qui est dit dans ce Psaume : «C’est lui qui... guérit toutes tes infirmités». Mais, afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir sur la terre de pardonner les péchés, il dit au paralytique : «Je te dis, lève-toi, prends ton petit lit, et va dans ta maison». Le malade guéri se lève, prend son lit et s’en va. Le pardon et la puissance de guérir étaient venus sur la terre dans la personne du Fils de l’homme, de Celui qui, ayant la puissance et les droits divins, était descendu ici-bas dans l’humiliation pour apporter l’amour et la puissance de Dieu à l’homme pécheur, aux misères fatales de l’âme, et le démontrait en délivrant le corps des souffrances que le péché avait introduites.
Dieu était présent en amour. Le pouvoir de guérir était là, mais l’importante vérité, c’est que le pardon des péchés se trouvait sur la terre. C’est la première grande vérité de l’évangile. Ce qui est annoncé par Christ dans notre chapitre est maintenant proclamé dans l’évangile qui présente le moyen de réconcilier la justice de Dieu avec le pardon gratuit, le pardon des péchés complet et permanent, manifesté clairement devant les hommes dans les paroles du Seigneur. La rémission des péchés est annoncée, fondée sur l’oeuvre du Sauveur. Mais si tel est l’esprit de l’évangile, si telle est l’oeuvre de Jésus, il doit venir appeler les pécheurs, il doit se faire leur ami, afin qu’ils aient confiance et croient dans cette grâce, et afin que le monde connaisse le vrai caractère du Sauveur.
Ce qui suit, dans notre histoire, nous fait comprendre clairement la mission et le ministère de Jésus. Il appelle Matthieu qui était assis au bureau de recette. Les Juifs haïssaient ces impôts, non seulement parce qu’ils devaient les payer contre leur volonté, mais bien plus encore, parce que c’était la preuve de leur assujettissement aux Gentils. Ils avaient perdu leur privilège de peuple libre comme peuple de Dieu, et quand quelqu’un de leurs concitoyens acceptait une place de collecteur des impôts, sous l’autorité des chevaliers romains, ils en ressentaient une grande irritation, et cet homme devenait un objet de haine comme perfide et traître à la nation et à la religion. Ainsi, ces publicains étaient méprisés et détestés.
Or Matthieu invite le Seigneur à manger chez lui, et beaucoup de publicains se trouvent à table avec Jésus et ses disciples. Alors les scribes et les pharisiens soulèvent cette question : Comment est-il possible qu’un docteur juste puisse être assis et manger avec des hommes impurs et des pécheurs ? Jésus les entend et leur répond avec une sagesse divine. La simplicité de sa réponse est égale à sa force : «Ceux qui sont en bonne santé n’ont pas besoin de médecin, mais ceux qui se portent mal ; je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs». Ici, c’est la grâce qui est en activité ; l’oeuvre de Jésus présente avec la loi un contraste parfait. La loi demandait de l’homme une justice humaine Christ et l’évangile annoncent la divine grâce qui règne par la justice et qui révèle la justice de Dieu. Ici, nous avons la grâce ; quant à la justice divine, elle devait être pleinement révélée, quand Christ aurait accompli son oeuvre sur la croix, vérité aussi importante que précieuse !
Christ, le Sauveur, est venu pour chercher les pécheurs et non les justes ; en supposant même qu’il y en eût de tels, il n’y aurait aucun besoin de les chercher, mais, dans sa souveraine grâce et sa parfaite bonté, il est venu pour chercher les pécheurs ; il ne les renvoie pas, mais il les cherche, et il peut être assis et manger avec eux tout en étant lui-même parfaitement saint. C’est la manifestation de l’amour de Dieu en amour au milieu des pécheurs, afin de gagner le coeur des hommes, afin d’y produire la confiance envers Dieu, de lier toutes les facultés de l’âme à la puissance d’un objet parfait, et de la former selon l’image de ce qui la conduit et qu’elle contemple. Le bien était venu au milieu du mal, et s’était approché de la misère dans laquelle gisait l’homme déchu et, pour lui inspirer la confiance, cette bonté divine ne repoussait pas le pécheur à cause de ses péchés, mais l’invitait à venir.
La ruine de l’homme commença lorsqu’il perdit confiance en Dieu. Le diable avait réussi à persuader Ève que, si Dieu n’avait pas permis à l’homme de manger du fruit de l’arbre de la science du bien et du mal, c’est qu’Il savait qu’en le faisant l’homme serait comme Dieu, connaissant le bien et le mal ; que c’était par jalousie que Dieu lui avait défendu d’y toucher, et que si Dieu ne veut pas que nous soyons heureux, nous devons nous rendre heureux nous-mêmes. C’est là ce qu’Ève chercha, et c’est ce que cherchent tous ceux qui font leur propre volonté. Ainsi l’homme tomba et se trouve maintenant dans toute la misère qu’amène le péché, attendant le jugement de Dieu sur le péché. Mais avant d’exécuter le jugement, Dieu est venu en amour comme Sauveur, afin de montrer que son amour est plus grand que le péché et que le pire des pécheurs peut avoir confiance en cet amour qui cherche les pécheurs et s’adapte à leurs besoins, qui ne demande point la justice de la part de l’homme, mais qui lui apporte le salut et la grâce, pour le présenter finalement à Dieu comme sa justice par l’oeuvre de Christ. Il vient en amour vers les hommes pécheurs pour les réconcilier avec lui-même. Au lieu de les punir pour leurs péchés, il prend occasion de manifester l’immensité de son amour en venant à ceux qui gisaient dans le péché, et en s’offrant lui-même en sacrifice pour ôter le péché.
Dans sa vie, Christ présente cet amour de Dieu ; il est Dieu lui-même manifesté en amour aux hommes ; dans sa mort, il est un homme devant Dieu, fait péché pour nous, afin que nous devinssions justice de Dieu en lui, et que le Dieu juste, le Dieu d’amour, ne se souvînt plus jamais de nos péchés. Dans l’histoire qui est sous nos yeux, il manifeste l’amour de Dieu envers l’homme. La loi était la règle parfaite de ce que l’homme devait être comme enfant d’Adam ; elle exigeait que l’homme fût tel et prononçait la malédiction sur l’homme qui n’accomplirait pas ce qu’elle demandait. Elle mettait la sanction de Dieu sur ce qui convenait aux relations dans lesquelles l’homme se trouvait et lui donnait une règle parfaite pour se conduire dans ces relations ; règle aisément oubliée ou violée dans l’état de chute de l’homme. Elle ne donnait ni la vie, ni la force, ni non plus aucun objet pour attirer et gouverner le coeur ; elle établissait seulement la relation de l’homme avec Dieu et avec son prochain, et maudissait tous ceux qui n’observaient pas ce qu’elle prescrivait, c’est-à-dire tous ceux qui étaient sous son autorité.
La chair ne se soumet pas et ne peut se soumettre à la loi de Dieu ; ainsi, tout en établissant l’autorité de la loi et la malédiction même, puisque Christ, le Sauveur, a porté celle-ci, la grâce doit nécessairement apporter un entier changement dans les voies de Dieu. Le pardon n’est pas la même chose que la malédiction, acquitter une dette est tout autre chose que d’en exiger le paiement. Il est tout à fait juste de demander celui-ci, mais si le débiteur n’a pas de quoi payer, il est mis en prison, tandis que s’il paie, il est mis en liberté. Christ a fait plus : non seulement il a payé la dette, mais il acquis la gloire pour ceux qui croient. Non seulement il libère le débiteur, mais il lui donne une fortune immense en la présence de Dieu.
Le changement est donc complet et parfait, et les paroles du Seigneur nous le montrent (v. 18-22). Les disciples de Jean et les pharisiens jeûnaient, et le Seigneur donne les raisons pour lesquelles ses disciples ne pouvaient pas le faire. L’Époux était là, ce n’était donc pas le temps de jeûner, mais les jours allaient venir où l’Époux leur serait ôté ; alors ils jeûneraient. La joie de sa présence se changerait en douleur lorsqu’il serait absent, par le besoin que cette absence créerait dans le coeur. Il y avait une autre raison. Il était impossible de faire un mélange des deux systèmes ; le vin nouveau, c’est-à-dire la vérité, et la puissance spirituelle du christianisme, ne pouvait pas être mis dans les vieux vaisseaux, dans les vieilles institutions et les cérémonies du judaïsme. Si on le faisait, le vin nouveau ferait rompre les vaisseaux et tout serait gâté ; le vin serait perdu et les vaisseaux rompus. De même, un morceau de drap neuf ne convient pas pour raccommoder un vieux vêtement ; la pièce emporte une partie du vêtement et la déchirure n’en devient que plus grande. Ainsi, il n’est pas possible de rattacher la puissance spirituelle du christianisme aux cérémonies extérieures que la nature humaine aime, parce qu’elle peut en faire une religion sans vie nouvelle et sans que la conscience soit touchée. L’homme inconverti peut ainsi, s’il le désire, faire autant de bien qu’un homme converti. Non, le vin nouveau doit être mis dans des vaisseaux neufs ; il est important de se le rappeler. La dispensation était changée ; un nouvel ordre de choses était introduit, tout était différent. La nature des choses n’était pas du tout la même dans les deux systèmes — ils ne pouvaient exister en même temps. Les cérémonies charnelles et la puissance du Saint Esprit ne pourront jamais aller ensemble. Que les chrétiens y pensent ! Le christianisme a essayé de s’embellir par ces cérémonies, et souvent même avec des formes païennes, et qu’en est-il résulté ? Il s’est adapté au monde dont ces formes étaient les rudiments, et est devenu réellement païen, de sorte qu’à peine peut-on trouver sa vraie spiritualité.
Il y avait une institution établie de Dieu, signe de son alliance avec Israël — le sabbat, — signe aussi du repos de Dieu dans la première création. Or, en Israël, l’homme était mis à l’épreuve, afin d’essayer si, avec une règle parfaite et les moyens donnés par la loi (Dieu, lui-même, étant présent dans le tabernacle ou dans le temple), il pouvait servir Dieu et accomplir la justice comme enfant d’Adam dans la chair. Le sabbat n’était pas «un septième jour», mais «le septième jour», auquel, après que tout fut achevé, Dieu cessa de créer et se reposa. La question était : l’homme peut-il partager le repos de Dieu ? La réponse est qu’il a péché et ainsi ne peut avoir aucune part dans ce repos. Sous la loi, il fut de nouveau mis à l’épreuve, et il érigea le veau d’or avant même que Moïse fût descendu de la montagne. Dieu alors usa de patience envers le peuple jusqu’à ce que celui-ci eût rejeté Christ. Mais il était ainsi devenu évident qu’une alliance entre Dieu et l’homme selon la chair était impossible ; l’homme ne pouvait donc, sur ce pied, jouir du repos de Dieu. Mais il y avait plus encore ; le sabbat de la première création était pour l’homme, et Celui qui jouissait de tous les droits de l’homme, selon les conseils le Dieu, était seigneur du sabbat : voici comment ces deux principes sont développés.
Premièrement, lorsque David, l’oint de l’Éternel, eut été rejeté, tout devint commun et profane ; de même, lorsque Christ, dont la venue constituait la dernière pierre de touche, pour éprouver l’homme dans la chair, eut été rejeté, il n’y eut plus rien de saint pour l’homme ; le sceau de la première alliance avait perdu toute sa signification. En second lieu, lorsque Christ renonce, pour un temps, à sa position en Israël comme Messie, il devient le Fils de l’homme (c’est ce que l’on voit souvent dans les évangiles, Luc 9:21, 22, etc.). Ainsi il est le seigneur du sabbat qui fut fait pour l’homme ; ainsi le signe de l’ancienne alliance disparaît par le péché de l’homme et le fait qu’il a rejeté Christ.
La résurrection de Christ est le commencement de la nouvelle création, le fondement de la nouvelle alliance basée sur son sang. C’est le signe du repos de Dieu pour nous. Satisfait, glorifié par la mort de Jésus, Dieu l’a ressuscité d’entre les morts et a trouvé en lui un lieu de repos pour son amour et pour sa justice, et nous, les objets de cet amour, nous sommes faits la justice de Dieu en Christ.
Ainsi, le premier jour de la semaine, le jour du Seigneur, celui de la résurrection, est un très précieux don de la part de Dieu, et le vrai chrétien en jouit de tout son coeur. S’il est fidèle, il se trouve dans l’Esprit pour jouir de Dieu, heureux d’être libre du travail matériel pour adorer Dieu comme son Père, et de jouir de la communion du Seigneur. C’est toujours un mauvais signe, lorsqu’un chrétien parle de sa liberté et en fait usage pour négliger le Seigneur, afin de se livrer aux travaux matériels du monde. Quelque libre qu’un chrétien soit, il n’est affranchi du monde et de la loi que pour servir le Seigneur. Que de bien ne peut-il pas faire le jour du Seigneur ! Et c’est là un troisième principe que nous trouvons dans le chapitre suivant.
La grâce était venue (Jean 1:17), Dieu lui-même était présent en grâce, et cette grâce était libre de faire le bien le jour du sabbat. Le vrai repos du Seigneur est l’exercice de l’amour au milieu du mal. Les pharisiens trouvaient que ce n’était rien de faire du mal, pourvu que leurs traditions fussent observées. Dieu garde sa liberté de faire le bien, et c’est pourquoi le Seigneur guérit l’homme qui avait une main sèche, appelant ainsi, d’une manière formelle, l’attention des Juifs sur ce grand principe.
Les pharisiens consultent avec les hérodiens (qui étaient leurs ennemis) afin de trouver un moyen de faire mourir Jésus, et le Seigneur se retire. Ainsi la dispensation de la loi est mise de côté par le christianisme qui ne peut être introduit sous les formes juives, et, en même temps, les droits de l’amour divin, c’est-à-dire de Dieu lui-même, sont maintenus. Le vrai caractère du service du Seigneur se trouve ainsi mis en évidence.
Mais ici cesse le déploiement direct de ce ministère du Seigneur. Ce qui va suivre consiste en paraboles et en faits qui le développent et montrent clairement dans quels rapports le Seigneur se trouve avec les Juifs. Il se retire loin de la haine des chefs du peuple pour poursuivre son service d’amour.
Une grande multitude, venue de toutes les parties du pays, le suit, ayant entendu parler des choses merveilleuses qu’il faisait, et en cela nous avons un tableau vivant des effets de son ministère. Le Seigneur se trouve obligé d’avoir à sa disposition une petite nacelle sur le lac, si grande était la foule qui le pressait, car tous ceux qui étaient malades voulaient le toucher pour être guéris. Les esprits immondes aussi, quand ils le voyaient, tombaient à ses pieds, disant : «Tu es le Fils de Dieu». Remarquez ici ce que nous trouvons souvent dans les évangiles ; c’est que les esprits immondes possédaient si complètement les personnes, que les actes de celles-ci sont attribués aux esprits, et que les démoniaques disent ce que les esprits les poussent à proférer, comme s’ils le faisaient d’eux-mêmes. L’âme et le corps étaient si entièrement possédés par l’esprit immonde, que la personne possédée regardait comme étant ses propres pensées ce qui lui était inspiré par cet esprit. La possession était complète. Es-tu venu pour nous tourmenter avant le temps ?... «Je te connais, tu es le Saint de Dieu» ; voilà ce que disaient souvent les esprits immondes. Mais le Seigneur ne voulait pas recevoir le témoignage des démons, ni leur permettre de le faire connaître.
Le Seigneur monte sur une montagne, afin d’être pour un peu de temps seul, loin de la foule ; il appelle à lui ceux qu’il voulait et ils viennent. Dans l’évangile de Luc, nous lisons qu’il passa toute la nuit en prières avant de nommer les apôtres. Luc présente davantage le Seigneur sous son côté humain, ce qui est très important à sa place. Jésus priait quand les cieux lui furent ouverts ; il priait quand il fut transfiguré ; et lorsqu’il était dans l’angoisse du combat en Gethsémané, il priait plus instamment. Dans l’évangile de Marc, nous avons plutôt la suite de son ministère ; il s’associe d’autres serviteurs pour continuer et étendre son oeuvre. Ils devaient être avec lui, et ensuite ils sont envoyés pour prêcher l’évangile avec puissance, guérir les malades et chasser les démons. Remarquez que non seulement Christ faisait des miracles, mais qu’il pouvait donner à d’autres le pouvoir d’en accomplir. Les apôtres, plus tard, pouvaient imposer les mains à un homme, afin qu’il reçût le Saint Esprit, mais ils ne pouvaient donner à d’autres la puissance d’accomplir des miracles et de chasser les démons. Cela est beaucoup plus que de faire des miracles ; c’est la puissance et l’autorité de Dieu. Le Seigneur donne aussi des noms à quelques-uns de ses disciples — c’est une marque d’autorité suprême — et il le fait selon la connaissance qu’il avait de leur caractère, avant même d’en avoir fait l’expérience.
Nous voyons, en même temps, de quelle manière était reçu le témoignage du Seigneur. Ses proches le croient hors de sens, et les chefs du peuple attribuent ses oeuvres merveilleuses à la puissance de Satan. Oh ! quel monde que celui où nous vivons ! Dans l’activité de la bonté divine, l’homme ne voit autre chose que folie et oeuvre du diable ! Mais assurément Satan ne peut chasser Satan ; c’est là ce qui serait une folie réelle. Si les biens d’un homme fort lui sont enlevés, il est clair que c’est parce qu’un plus fort que lui l’a réduit à l’impuissance. Dieu en soit loué ! Mais ce péché — le blasphème contre le Saint Esprit — ne peut être pardonné. Aussi longtemps qu’ils disaient «Nous ne croyons pas ; cet homme ne garde pas le sabbat ; il nous trompe», bien que ce fût très mal, cependant cela pouvait être pardonné ; mais les scribes reconnaissaient en Jésus l’exercice d’une puissance plus grande que celle des démons, et, au lieu d’y voir le doigt de Dieu, ils l’attribuaient au prince des démons — ils appelaient l’Esprit Saint un démon. C’était la fin de toute espérance pour Israël, quant à sa responsabilité. La grâce pouvait pardonner à la nation, et c’est ce qui aura lieu lorsque le Seigneur reviendra en gloire, mais maintenant l’histoire d’Israël, comme peuple responsable, a pris fin.
C’est pour cette raison que le Seigneur renonce à toute relation selon la chair avec le peuple. Sa mère et ses frères viennent pour le voir, mais le Seigneur ne veut pas les reconnaître. Il introduit la parole pour former de nouveaux liens avec les âmes, mais tout lien avec Israël est rompu. Sa mère n’a pas de droit sur lui ; il refuse de répondre à son appel. «Qui est ma mère, ou qui sont mes frères ?» dit-il, et regardant autour de lui ceux qui l’entouraient, il ajoute : «Voici ma mère et mes frères ; car quiconque fera la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, et ma soeur, et ma mère». Ici se trouve formulée l’interruption des rapports du Seigneur avec le peuple comme tel. La patience du Seigneur continua à déployer la bonté de Dieu jusqu’à la dernière Pâque ; mais tout était réellement fini pour le peuple ; sa condamnation ne pouvait manquer d’être prononcée ; le Seigneur ne chercha pas plus longtemps du fruit dans sa vigne.
Assis dans une nacelle, près du bord de la mer, le Seigneur présente la parabole du Semeur qui sort pour semer ce qui, reçu dans le coeur, portera, par grâce, le fruit que Dieu demande. Il n’avait pas été trouvé de fruit dans la vigne, lorsque l’homme, tel qu’il était dans la chair, avait été éprouvé, sous l’ancienne alliance, la loi étant écrite sur des tables de pierre. C’est pour cela que le Seigneur maudit le figuier qui ne portait que des feuilles et point de fruit. Le jardinier l’avait déchaussé et y avait mis du fumier ; le Seigneur avait fait tout ce qu’il était possible de faire, mais en vain ; c’est pourquoi l’arbre devait être coupé. Vérité solennelle ! La grâce s’élève au-dessus du péché, mais en lui-même l’homme est perdu quant à sa responsabilité. Le Seigneur commence à enseigner le peuple par des paraboles, disant : «Un semeur sortit pour semer». Comme nous l’avons dit, il ne cherche plus du fruit en l’homme sur la terre, ni chez son peuple, mais il sème ce qui portera du fruit.
Pendant que le semeur jette la semence, quelques grains tombent sur le chemin, quelques-uns dans un terrain pierreux, d’autres parmi des épines, et enfin d’autres dans une bonne terre. Il n’est pas question ici de doctrine, mais des faits qui résultent de ce que la parole du royaume est semée et qui se présentent d’eux-mêmes. Il est question de faits extérieurs. Trois parties de la semence ne portent pas de fruit. Quand la Parole est semée dans le coeur, dans le premier exemple, elle reste à la surface du sol, elle ne pénètre pas dans le coeur ; le diable alors l’enlève et il n’y a point de fruit qui soit porté. Dans le second exemple, la Parole est reçue avec joie ; les auditeurs sont contents d’entendre le doux son de la grâce, qui annonce le pardon et le royaume ; mais quand la Parole apporte avec elle l’affliction ou la persécution, ils l’abandonnent. L’auditeur l’avait reçue avec joie ; il l’abandonne quand l’affliction survient ; c’est que la conscience n’a pas été amenée en la présence de Dieu ; elle ne s’est pas sentie troublée devant lui. C’est dans la conscience que la parole de Dieu jette ses racines, parce qu’elle révèle la présence de Dieu et qu’ainsi la conscience est éveillée. Dieu lui-même est révélé au coeur qui se trouve en sa présence avec le sentiment d’y être. Le jugement de soi-même s’ensuit, les ténèbres se dissipent, et la lumière de Dieu luit dans le coeur. Lorsque la conscience a été ainsi exercée, l’évangile apporte la joie, car il donne la réponse de Dieu aux besoins de l’âme. Quels que soient l’amour et la grâce de Dieu, lorsqu’ils sont révélés, ils ne produisent pas d’abord la joie, parce que la conscience est atteinte ; la lumière pénètre dans l’âme, parce que Dieu est lumière. L’amour — car Dieu est amour — inspire la confiance, le coeur est attiré et s’abandonne, comme il arriva à la femme pécheresse qui arrosait de ses larmes les pieds du Seigneur ; mais la conscience, n’étant pas purifiée, n’éprouve point de joie. Si la seule proclamation du pardon produit de la joie, il est à craindre que la conscience n’ait pas été réveillée. L’intelligence — peut-être un sentiment naturel d’affection — a compris la merveilleuse histoire de l’amour et du pardon rapportée dans l’évangile, mais l’oeuvre n’est qu’à la surface et disparaît.
Une troisième partie de la semence tombe parmi les épines, et les épines en croissant l’étouffent, et elle ne porte aucun fruit. Enfin, ce qui tombe dans une bonne terre porte du fruit en différentes proportions. L’objet de ce discours n’est pas de montrer comment la chose a lieu ; il est question seulement de l’effet produit. Sans doute, c’est la grâce qui a agi, mais le fait seul est rapporté. Dans ce dernier cas, nous voyons l’activité de la grâce dans le coeur, en ce que la semence croît et porte du fruit, et continue de croître.
Celui qui a vraiment reçu la Parole dans le coeur est propre à la communiquer à d’autres. Il peut n’être pas doué pour la prédication, mais il aime la vérité, il aime les âmes, il a à coeur la gloire du Sauveur, et la lumière qui a été allumée en lui doit éclairer tout ce qui l’entoure. Lui aussi sème selon son pouvoir, et il est responsable de le faire. Tout sera manifesté, fidélité et infidélité, par rapport à cela, comme en toute autre chose. Dieu envoie la lumière dans le coeur, afin qu’elle soit communiquée à d’autres, et non afin qu’on la cache. Nous recevrons davantage, si nous sommes fidèles à communiquer ce que nous possédons, et, s’il y a de l’amour en nous, nous ne manquerons pas de le faire. La vérité et l’amour sont venus par Christ, et à moins que le coeur ne soit rempli de Christ, la vérité ne sera pas manifestée ; si on a le coeur rempli de soi-même ou d’autres choses, Christ ne peut être manifesté. Si Christ — amour et vérité — est dans le coeur, la vérité brillera au-dehors pour la bénédiction d’autres ; nous-mêmes nous serons bénis, et il nous sera donné davantage. Il y aura dans l’âme de la liberté et de la joie. Mais à l’homme qui ne fait pas profiter les autres de la lumière qu’il a, ce qu’il possède déjà lui sera ôté.
Nous voyons encore ici que le ministère du Seigneur parmi les Juifs a pris fin. «À vous il est donné», dit-il à ses disciples, «de connaître le mystère du royaume de Dieu ; mais pour ceux qui sont dehors, toutes choses se traitent par des paraboles, afin qu’en voyant ils voient et n’aperçoivent pas, et qu’en entendant ils entendent et ne comprennent pas : de peur qu’ils ne se convertissent et que leurs péchés ne leur soient pardonnés». Ils sont sous le jugement de Dieu. Le Seigneur ne veut pas dire qu’une âme, individuellement, ne puisse pas croire en lui, et ainsi être pardonnée ; mais que la nation, ayant rejeté le témoignage de Jésus, était maintenant abandonnée de Dieu, laissée dehors et exposée à son jugement. Il reprend ses disciples de ce qu’ils ne comprenaient pas cette parabole, mais, dans sa grâce, il la leur explique.
Après cette explication et les divers avertissements dont nous avons parlé, le Seigneur prononce une autre parabole qui présente ses voies d’une manière très claire. Le royaume est semblable à un homme qui a jeté la semence en terre, puis il se lève et dort de jour et de nuit, et laisse croître la semence sans s’en inquiéter. La terre, d’elle-même, produit du fruit, d’abord l’herbe, ensuite l’épi, et enfin le plein froment dans l’épi. Maintenant, quand le fruit est mûr, on y met aussitôt la faucille, parce que la moisson est arrivée. Ainsi le Seigneur travaillait personnellement, semant la parole de Dieu sur la terre, et, à la fin, il reviendra et agira en personne, quand sera venu le temps du jugement pour ce monde ; mais, maintenant, dans l’intervalle, il reste assis à la droite de Dieu, comme s’il ne s’occupait pas de son champ, quoiqu’en secret, il agisse par la grâce et produise toute chose. Mais cela n’est pas manifeste. Sans être vu, il travaille pour faire croître la semence d’une manière divine, par sa grâce, tandis qu’en apparence, il laisse l’évangile croître sans avoir rien à faire avec lui jusqu’à la moisson. Alors il apparaîtra et agira lui-même ouvertement.
Il enseigne de nouveau le peuple par une autre parabole. Nous ne trouvons pas ici, comme dans le chapitre 13 de Matthieu, l’histoire complète du royaume, mais seulement ses grands principes et l’oeuvre du Seigneur, en contraste avec sa manifestation et l’établissement du royaume par sa propre présence. Il croît durant son absence, nul ne sait comment, au moins pour ce qui regarde la connaissance humaine. Le royaume donc est semblable à un grain de semence de moutarde, la plus petite de toutes les semences ; mais une fois semé, il croît et devient une grande plante, même un arbre assez grand pour abriter, dans ses branches, les oiseaux du ciel. Ainsi, la chrétienté, une petite semence, à l’origine — un homme méprisé par le monde — est devenue une grande puissance sur la terre, et étend ses rameaux de tous côtés. Ici, l’évangéliste répète que le Seigneur parlait aux foules en paraboles, qu’il ne s’adressait pas à elles d’une autre manière, mais qu’il expliquait ensuite tout à ses disciples, lorsqu’il était seul avec eux.
Dans ce qui suit, je pense que nous avons un tableau du départ de Jésus et de sa puissance ; la sécurité qui entourait les siens, même quand il semblait oublier leurs difficultés, et ensuite la relation dans laquelle il se trouvait vis-à-vis des Juifs.
Jésus, ayant renvoyé la foule, entre dans une nacelle et s’endort. Pendant ce temps, une tempête s’élève et les vagues, se jetant dans la nacelle, la remplissaient déjà. Saisis de crainte, les disciples réveillent Jésus. Il se lève, reprend le vent, et dit à la mer : «Fais silence, tais-toi !» et tout s’apaise. Mais ensuite, il fait des reproches à ses disciples à cause de leur crainte et de leur incrédulité. Et, en effet, lecteur, pensez-vous que la puissance du Fils de Dieu, que les conseils de Dieu, pussent manquer, à cause d’un coup de vent inattendu sur le lac de Génésareth ? Impossible ! Les disciples étaient dans la même nacelle que Jésus. Il y a là une leçon pour nous. Dans toutes les difficultés et les dangers de la vie chrétienne, durant tout le voyage sur les vagues souvent agitées de la mer orageuse de la vie et du service chrétien, nous sommes toujours dans la même nacelle que Jésus, si nous faisons sa volonté. Il peut nous sembler qu’il dort ; néanmoins, s’il permet à la tempête de s’élever, afin d’éprouver notre foi, nous ne périrons pas, puisque nous sommes avec lui dans l’orage. Il est évident que ni lui, ni nous, ne saurions périr. Il peut parfois paraître indifférent à notre sort, mais, je le répète, nous sommes avec lui : sa sécurité est la nôtre.
En calmant les vents et la mer, le Seigneur a montré sa puissance sur la création ; ce qui suit va nous faire voir son pouvoir sur les démons. Il chasse, par sa parole, une légion de démons. Mais nous voyons ici l’effet que produit sur le monde la manifestation de sa puissance, même lorsque cette puissance agit pour la délivrance des hommes. Les Gadaréniens le prient de s’en aller de leur territoire, et il s’en va. Pauvre monde ! La secrète influence de Satan s’exerçant sans bruit est plus désastreuse que son pouvoir extérieur et visible. Celui-ci est bien triste, sans doute, mais la puissance du Seigneur est tout à fait suffisante pour le chasser, tandis que, d’un autre côté, la secrète influence de Satan sur le coeur chasse Jésus lui-même. Et remarquez ceci : quand la présence de Dieu est sentie, elle est plus terrible pour l’homme que celle de Satan ; l’homme aimerait être délivré de celle-ci, mais il ne le peut ; mais la présence de Dieu est insupportable, lorsqu’elle se fait sentir ; et, en réalité, l’homme a chassé Dieu de ce monde, dans la personne de Christ. Jésus s’est donné lui-même pour nous, cela est vrai ; mais pour ce qui est de l’homme, dans sa responsabilité, il n’a pas voulu du Seigneur et l’a chassé de ce monde. Je ne doute pas que toute cette scène ne représente la fin de l’histoire du Seigneur, et que les pourceaux ne nous présentent la fin des Juifs qui, à la fin de leur histoire, se sont précipités dans la perdition, comme possédés du diable. Le monde n’a pas voulu recevoir Jésus, et les Juifs sont livrés à une ruine sans espérance.
L’homme guéri est maintenant paisible ; il désire aller avec Jésus qui s’éloigne, mais cela ne lui est pas accordé. Il doit aller proclamer à d’autres ce que Dieu a fait pour lui. Nous voyons là la position des disciples et de tous les chrétien, après que le Seigneur a quitté ce monde. Ils voudraient aussi le quitter pour être auprès de lui, mais ils sont envoyés dans le monde pour annoncer l’oeuvre bénie que le Seigneur a opérée dans leurs propres personnes ; ils peuvent dire, d’après leur expérience, quelle est la grâce et la puissance de Jésus. Mais combien déplorable est l’état du monde et de l’homme ! Pour le monde, la présence de Satan est plus tolérable que celle de Dieu. Il voudrait bien réprimer les manifestations violentes de la puissance de Satan, mais il ne le peut — les liens par lesquels il pensait la réfréner sont brisés, et l’homme est aussi mauvais que jamais. Dieu n’est pas un tyran comme Satan, il est bon, rempli de grâce et, par Christ, il délivre les hommes du pouvoir de Satan ; mais comme la présence et la puissance de Dieu sont ainsi manifestées, l’homme montre que cette présence lui est insupportable, même lorsque Dieu agit pour le délivrer de tous les maux que le péché et le pouvoir de Satan ont introduits.
L’histoire qui suit révèle les vrais rapports entre Jésus et Israël. Jésus venait pour guérir Israël, mais, de fait, Israël était mort au point de vue spirituel. Lorsque Jésus arrive, il fallait qu’il le ressuscitât, si C’était la volonté de Dieu qu’il vécût ; le Seigneur le pouvait, et il le fera aux derniers jours. Mais, tandis qu’il est en chemin avec le peuple, la foule d’Israël l’entoure, et si quelqu’un, ayant individuellement la foi, vient le toucher, cette personne est guérie. C’est ce qui arrive à la pauvre femme affligée d’une cruelle maladie.
Relevons quelques détails de cette histoire. Le Seigneur distingue entre la vraie foi et l’empressement de la foule qui était attirée par ses miracles et les bienfaits qu’elle recevait de lui. La sincérité ne manquait pas à ceux qui composaient la multitude ; le peuple voyait les miracles et jouissait de leurs effets, seulement il n’avait pas la foi en la personne de Jésus. Mais il y avait dans la femme, par grâce, ce qui se trouve toujours avec la foi, le sentiment de son besoin et la perception de l’excellence de la personne de Christ et de la divine puissance qui était en lui ; en même temps, il s’y joignait une vraie humilité quant à elle-même. La pauvre malade est sûre que, si seulement elle touche le bord du vêtement de Jésus, elle sera guérie, et c’est ce qui a lieu. Dès que la guérison a été effectuée, Jésus s’aperçoit que la puissance qui est en lui et qui était sortie de lui vers la femme, a agi avec efficace. Il en est toujours ainsi ; plusieurs peuvent entendre l’évangile et y trouver du plaisir, mais la foi est autre chose que cela, et elle reçoit toujours du Seigneur la réponse au besoin qu’elle lui a présenté. Il peut faire attendre, s’il trouve bon d’exercer la foi, mais il répond toujours avec amour ; la femme est parfaitement guérie. La foi rend humble celui qui la possède, humble à l’égard de sa misère. La femme aurait voulu rester cachée, mais le Seigneur encourage le croyant, disant, dans l’exemple dont nous nous occupons : «Ma fille, ta foi t’a guérie ; va en paix». Quelque timide et craintive que soit l’âme en la présence du Seigneur dans les choses spirituelles, et quelque profond que soit le sentiment de sa misère, quand l’appel est vrai, elle s’ouvre et confesse la grâce du Seigneur, et non pas la misère qui a rendu nécessaire l’exercice de cette grâce. C’est alors que le Seigneur encourage et parle de paix au coeur. La foi personnelle est ici clairement distinguée de l’empressement de la foule qui suivait Jésus, soit par curiosité, soit à cause du bien qu’elle recevait de lui. Mais la puissance de la résurrection était en lui et par lui. Israël, quoique mort, dormait seulement ; la voix du Seigneur l’appellera en son temps pour lui donner la vie.
Mais quelque grand que fût son pouvoir divin, Jésus était venu sous une apparence qui ne flattait en rien l’orgueil et la vanité de la nature humaine. L’homme était responsable de le recevoir, parce qu’Il manifestait le caractère de la divinité ; mais il ne voulait ni flatter, ni soutenir les passions du coeur humain, ni les sentiments des Juifs comme nation. Si l’homme doit recevoir Dieu, il doit recevoir ce que Dieu est ; mais c’est là précisément ce que la nature déchue ne veut pas faire. Le caractère divin était beaucoup plus pleinement manifesté dans l’humiliation de Jésus, que s’il était venu dans sa gloire comme Roi ; mais il n’était pas ce que le coeur de l’homme désirait. Il était le fils du charpentier, et c’était assez pour qu’on le rejetât. Les Juifs jugeaient selon la chair ; la parenté de Jésus était au milieu d’eux, et ils ne regardaient pas plus loin. Etonné de leur incrédulité, ils les laisse après avoir fait ce que demandaient les besoins de quelques-uns d’entre eux, car sa grâce ne manque jamais. Un prophète n’est pas sans honneur, excepté dans son propre pays, car c’est là qu’il est connu selon la chair. Il en était ainsi de Jésus, non seulement à Nazareth, mais en Israël. Remarquez quel obstacle présente l’incrédulité à l’exercice de la puissance de Dieu. La foi de la femme malade qui touche le bord du vêtement de Jésus fait que la puissance sort de lui, mais l’incrédulité des habitants de son pays en arrête l’exercice : «Il ne put faire là aucun miracle». Que Dieu nous accorde de ne mettre aucun obstacle à l’activité de sa grâce, qui est toujours prête à agir ; puissions-nous, au contraire, connaître tout le bien que procure sa puissance lorsqu’on la fait agir par la foi (v. 1-6).
Maintenant, le Seigneur envoie ses disciples prêcher, et il donne en même temps une preuve de sa puissance plus remarquable que ne l’étaient ses propres miracles. Il confère aux douze le pouvoir de faire eux-mêmes des miracles, le pouvoir de chasser les démons. C’est évidemment une puissance divine. Dieu peut rendre un homme capable d’accomplir des signes et des miracles, mais quel homme peut communiquer ce pouvoir à un autre ? Christ le faisait, et ses disciples, ayant reçu de lui l’autorité, chassaient en réalité les démons. Christ était Dieu manifesté en grâce sur la terre. Nous avons déjà appelé l’attention sur le fait que tous les miracles du Seigneur, ainsi que ceux de ses disciples, ne sont pas seulement des signes de puissance, mais des fruits de la divine bonté. On peut en excepter la malédiction prononcée contre le figuier stérile, mais, après tout, c’est une preuve de la même chose. Le témoignage du Seigneur, portant le cachet de l’amour, et confirmé par ses oeuvres miraculeuses, avait été rejeté, et Israël — en qui nous voyons le coeur de l’homme — sous l’influence de cette bonté, de la manifestation de Dieu, de tous les soins que Dieu lui avait prodigués, Israël n’avait produit aucun fruit. En conséquence, le mauvais arbre est jugé pour toujours, de sorte qu’il ne portera plus de fruit désormais. Ainsi l’homme, ayant montré qu’il n’était rien que coupable, et si coupable que tous les moyens employés de Dieu, même le don de son Fils unique, avaient été trouvés impuissants pour réveiller en lui un seul bon sentiment envers Dieu, l’homme, quant à son état dans la chair, est finalement rejeté de Dieu. Dieu peut le sauver en lui donnant une nouvelle nature par le Saint Esprit, mais en lui-même il est sans espérance. Qui pourra faire plus que Dieu n’a fait ?
Le Seigneur n’avait pas seulement le pouvoir de donner à ses disciples autorité sur les esprits malins ; il fait plus : il dispose des coeurs des hommes. Les disciples devaient se mettre en route sans rien prendre pour leur voyage, et cependant, ainsi que nous le lisons dans l’évangile de Luc, de retour, et en réponse à la demande du Seigneur, ils rendent témoignage de n’avoir manqué de rien. Soutenus par la puissance d’Emmanuel, laquelle s’étendait partout, et armés de son autorité, ils devaient demeurer dans la maison où ils étaient entrés, jusqu’à ce qu’ils partissent de l’endroit où ils s’étaient arrêtés. Ils avaient à se conformer à cette mission ; possédant l’autorité du Seigneur pour leur message, ils avaient à agir en conséquence. Et si quelque part leur message n’était pas reçu, ils devaient secouer la poussière de leurs pieds, comme témoignage contre cette ville-là, dont le sort serait pire, au jour du jugement, que celui de Sodome et de Gomorrhe. Il est vrai que le Seigneur, rempli de bonté et de patience, envoya encore devant sa face, pour prêcher l’évangile, soixante-dix disciples, lorsqu’à la fin de sa carrière il montait à Jérusalem. Mais quant au principe de la mission, ce que nous trouvons dans Marc était le dernier témoignage donné à Israël avant le jugement de la nation. Ce devait être le dernier appel adressé à la conscience et au coeur du peuple, afin qu’il reçût le Sauveur, qu’il se repentît et se tournât vers Dieu, pour échapper au terrible jugement qui l’attendait, et afin qu’il y eût au moins un résidu qui, saisi par la puissante parole de Dieu, se retournât vers Dieu pour jouir de sa bonté dans le Sauveur et d’une espérance meilleure que celle que pouvait donner le judaïsme.
Les disciples partirent, et annoncèrent qu’on eût à se repentir. Quelle grâce dans cette diffusion de l’évangile ! Non seulement Dieu nous donne de jouir du salut et de son amour, mais il emploie des hommes comme instruments de l’activité de cet amour. Oh ! combien nous devrions bénir Dieu de ce qu’il condescend à nous employer pour porter le témoignage de son ineffable amour et de sa vérité aux coeurs des hommes — tout au moins à leurs oreilles — afin de s’en servir lui-même, dans sa grâce, pour atteindre les coeurs ! Puissions-nous au moins connaître ce que c’est que d’avoir le coeur rempli d’amour, soit que nous prêchions ou non, afin qu’il soit la vraie expression de la grâce qui cherche les hommes. Ainsi la puissance de Dieu accompagnait les disciples ; ils chassaient les démons et guérissaient les malades.
Vers ce temps, le bruit des oeuvres et de la puissance du Seigneur parvint aux oreilles du roi Hérode. Sa conscience en fut troublée, parce qu’il avait fait mettre à mort Jean le baptiseur. Ici commence le récit des faits qui montrent pratiquement l’opposition du coeur de l’homme au témoignage de Dieu. L’inimitié contre la vérité et la lumière, qui fut pleinement manifestée par la mort de Jésus, se montre déjà par celle de son précurseur. La conscience naturelle d’Hérode l’avait porté à écouter Jean ; la fidélité qu’avait montrée ce saint homme en le reprenant, lui inspirait une crainte qui le portait à avoir des égards pour sa personne et à le défendre contre l’inimitié d’Hérodias ; mais ce qui est de la nature n’est pas assez puissant pour opposer une barrière à la chair. L’excitation d’un banquet et l’orgueil royal suffirent pour causer la mort du prophète. Triste exemple de la manière dont l’homme se déçoit lui-même ! Et quand il s’imagine être assez fort pour déployer sa puissance, tout ce qu’il peut faire, c’est de révéler sa faiblesse et son asservissement à ses passions. Mais tout concourt à accomplir le dessein de Dieu ; cette inimitié du coeur de l’homme doit se montrer et introduire, par le rejet de Jean le baptiseur et de Jésus lui-même, des choses infiniment meilleures, par la souveraine grâce de Dieu.
Les disciples reviennent et racontent à Jésus tout ce qu’ils ont fait et enseigné ; il était naturel qu’ils en fussent remplis. Mais le Sauveur n’en dit rien ; pour lui, la puissance était une chose naturelle ; seulement il invite les disciples à venir à l’écart, dans un lieu désert, pour se reposer un peu dans la solitude. Pour nous, pauvres créatures, qui sommes si incapables de supporter l’effet de la puissance quand l’oeuvre s’accomplit par notre moyen, et qui sommes si prêts à nous l’attribuer à nous-mêmes sans nous en apercevoir, c’est une bonne chose et même une chose nécessaire, si grande que soit la bénédiction, et d’autant plus qu’elle est grande, de nous retirer en la présence de Dieu, et là de découvrir ce que nous sommes en réalité pour jouir avec sécurité de son amour parfait, pour être occupés de lui et non de nous-mêmes. C’est ce que le Seigneur faisait dans ses tendres soins pour les siens.
Mais l’amour de Dieu ne trouve pas de repos dans ce monde ; et l’homme, ne trouvant que peu d’amour dans le coeur de ses semblables, craint de fatiguer le Seigneur lorsqu’il est présent ; mais l’amour divin ne refuse jamais de subvenir aux besoins des hommes.
Le peuple reconnut Jésus comme il s’en allait, et tous sortirent de leurs villes et accoururent pour se rassembler autour du Seigneur. Lui, voyant cette grande multitude, fut ému de compassion, parce qu’ils étaient comme des brebis qui n’ont pas de berger. Il commence par les enseigner ; c’est le premier et vrai besoin du peuple abandonné par ses conducteurs humains ; mais le Seigneur pense à tous les besoins de son peuple affamé. Les disciples auraient voulu qu’il renvoyât les foules, mais lui veut les nourrir. Ce miracle a en lui-même une grande portée, d’après la place qu’il occupe dans cet évangile. L’Éternel était le vrai Berger d’Israël, et il était présent dans la personne de Christ qui, de fait, était rejeté. Néanmoins, sa compassion et son amour n’étaient en rien affaiblis par l’ingratitude du peuple.
Pour montrer qu’il est vraiment l’Éternel, il agit selon ce qui est écrit dans le Psaume 132:15 : «Je rassasierai de pain ses pauvres». Ce psaume prédit le temps du Messie, et sera pleinement accompli dans les derniers jours, mais Celui qui l’accomplira était présent, et, bien que rejeté, il donne la preuve que l’Éternel avait visité son peuple — il rassasie de pain ses pauvres. Son amour était infiniment supérieur à la méchanceté de son peuple. Il avait déjà annoncé que le Fils de l’homme serait mis à mort, et que le peuple ne recevrait pas son Dieu Sauveur. Avec tout cela, l’Éternel ne renonce pas à son amour. Si le peuple ne désire pas l’Éternel, lui recherche le peuple. Christ donne le précieux témoignage que l’amour de l’Éternel ne se lasse point, mais reste supérieur à toute la folie de l’homme. Que son nom en soit loué et adoré ! Nous pouvons tous compter sur son immuable bonté, non pour nous laisser aller à la négligence, mais pour être soutenus dans notre faiblesse, car son amour est plus grand que tous nos manquements, de sorte que nous pouvons adorer sa patience.
Mais nous trouvons ici une autre vérité importante. Le Seigneur ne dit pas : «Je leur donnerai à manger», mais : «Vous, donnez-leur à manger». Le Seigneur veut que les disciples sachent ce que c’est que d’user de sa puissance pour le bien des autres, et comment en user par la foi. Oh ! qu’il est grand de penser que la vraie foi se sert de la puissance de l’Éternel, et cela dans les circonstances mêmes qui montrent que son amour est au-dessus de notre infidélité et de nos manquements ! Combien est importante pour nous cette vérité, que Christ est l’expression de cet amour, de la grâce de Dieu s’élevant au-dessus de tous nos péchés ; car «Dieu constate son amour à lui envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous». C’était la preuve de son amour, mais ce qui a été manifesté dans sa mort est toujours vrai pour nous dans sa vie. «Beaucoup plutôt, ayant été réconciliés», dit l’apôtre, «serons-nous sauvés par sa vie». La foi compte donc sur l’immuable fidélité de cet amour, et se sert de la force qui s’accomplit dans l’infirmité. La chair, dans les disciples, ne voit que des moyens charnels, et regarde, non à l’amour et à la puissance de Dieu, mais à ce qui peut être vu et touché. Mais le Seigneur donne, en abondance, la nourriture à la multitude affamée, et se montre à la fois le Dieu et le Sauveur d’Israël.
Le récit qui suit est le tableau de la séparation amenée par le rejet du Seigneur, et l’accueil de bienvenue qui lui sera fait à la fin de l’histoire de ce monde qui l’a rejeté. Il ne parle pas du jugement de ses adversaires, mais du changement du monde lui-même. Le Seigneur contraint les disciples à partir seuls, tandis qu’il renvoie la multitude, et lorsqu’ils sont partis, il monte sur une montagne pour prier. C’est précisément ce que le Seigneur fait maintenant : les disciples sont ballottés sur la mer orageuse du monde ; Jésus a renvoyé Israël, et il est monté au ciel où il intercède pour nous. En attendant, le vent est contraire, et nous ramons péniblement au milieu des troubles et des difficultés, étant en apparence laissés par le Seigneur, mais il intercède toujours pour nous, et par lui nous recevons miséricorde et nous trouvons grâce pour avoir du secours au moment opportun. Israël a été renvoyé.
Plus exactement, les disciples sur la mer représentent le résidu juif, qui, en fait, est devenu l’Église, mais qui est ici considéré sous son caractère de résidu juif. Jésus atteint la nacelle en marchant sur les eaux, car il peut marcher avec calme au-dessus des circonstances qui nous causent un grand trouble. Les disciples sont effrayés, mais Jésus les rassure en leur disant que c’est lui-même, leur ami bien connu et leur Sauveur. Il en sera ainsi à la fin des temps. Jésus apparaîtra dominant toutes les circonstances qui troubleront son peuple, et il sera pour lui le même qui, humble et débonnaire, marchait sur la terre avec ses disciples «dans les jours de sa chair».
«Et il monta vers eux dans la nacelle, et le vent tomba». Je le répète : le jugement de ses adversaires n’est pas mentionné ici mais seulement ce qui arrivera à son peuple parmi les Juifs, quand il reviendra. Alors, le monde sera de nouveau plein de joie. Les habitants du pays de Génésareth, qui avaient renvoyé le Sauveur après qu’il eut guéri le démoniaque, le reçoivent maintenant et le reconnaissent, et les gens de toutes parts jouissent avec bonheur de sa présence.
Ce chapitre est rempli des enseignements les plus intéressants. En premier lieu, nous y voyons le jugement que porte le Seigneur sur la piété extérieure des chefs du judaïsme, piété toute de formes, pure hypocrisie, qui mettaient de côté la loi de Dieu. Toutes ces ablutions, Dieu les méprise ; les pharisiens avaient annulé le commandement de Dieu par leurs traditions. En second lieu, le Seigneur montre que ce qui sort de la bouche de l’homme, et non ce qui y entre, est ce qui le souille, parce que cela vient du coeur. Ayant ainsi jugé Israël et l’homme, le Seigneur déploie de la manière la plus touchante la grâce souveraine de Dieu qui s’élève au-dessus de toutes les barrières pour atteindre l’homme dans ses besoins, qui va le chercher en dehors de tous les droits fondés sur les promesses, demandant seulement que le cœur la reconnaisse, afin que ce soit entièrement la pure grâce de Dieu en amour qui fasse le bien ; se révélant elle-même comme amour, quand l’homme est mauvais et qu’il n’a point d’espérance en dehors de cette grâce souveraine.
Les choses extérieures sont aisées à accomplir l’homme aime à en faire sa religion, car elles ne demandent pas un coeur pur. L’homme aime à les accomplir, et ainsi à s’exalter lui-même et à se distinguer des autres. L’observation de ces formes religieuses fait que l’on se glorifie devant les autres hommes d’avoir une grande piété et l’on acquiert ainsi de la réputation. Mais, en même temps, on peut être mauvais ; les actes extérieurs n’amènent pas l’homme en la présence de Dieu qui sonde le coeur. On est religieux sans posséder la sainteté, et cela convient au coeur naturel de l’homme. Les pharisiens n’étaient pas seulement du temps du Seigneur ; on en trouve dans tous les temps. Ce système (le pharisaïsme) se rattache toujours à l’influence qu’un homme exerce sur un autre par le moyen d’une position sainte extérieurement. Ce n’est pas la foi possédant la grâce et la vérité, — lesquelles sont venues par Jésus Christ et produisent la sainteté et la communion avec Dieu qui se révèle en elles, — mais c’est l’influence officielle dont un homme se sert pour son propre avantage, laissant de côté, avec insouciance, la volonté et les commandements de Dieu. Il en était ainsi parmi les Juifs. Ils lavaient leurs mains, mais non leurs coeurs ; ils étaient très scrupuleux quant à ce qui entrait dans leur bouche, et ne se souciaient pas de ce qui sortait de leur coeur.
Telle est toujours la religion de l’homme ; il peut observer une religion comme celle-là et s’en faire un manteau de gloire. Mais il ne peut, par ce moyen, atteindre à une sainteté réelle, et cela est évident aux yeux de Dieu qui voit tout ce qui se passe dans le coeur. La vraie sainteté se montre dans la marche pratique ; on peut manquer, mais l’âme soutenue par la grâce cherche uniquement l’approbation de Dieu ; elle a bien la conscience de son manquement, toutefois elle se réjouit en Dieu, car c’est lui qui habite dans l’âme et la garde dans l’humilité. Mais les pharisiens et les sadducéens, parmi les Juifs, profitaient de leur réputation et de leur position pour engager les personnes pieuses à faire des dons à Dieu qu’ils représentaient, et par ce moyen ils gagnaient de l’argent. Ainsi les devoirs envers les parents étaient négligés, et la loi de Dieu était annulée. Ils honoraient Dieu de leurs lèvres, mais leur coeur était éloigné de lui. Ils s’approchaient de lui de bouche, et non de leur coeur, qui était rempli de convoitise et d’iniquité. Dieu rejette absolument ce genre d’honneur qu’on voudrait lui rendre : «Ils m’honorent en vain», disait le prophète Ésaïe, dont le Seigneur cite les paroles. Dieu demande un coeur pur, sanctifié par le Saint Esprit et par la vérité ; et il veut un culte rendu en esprit et en vérité. Le Père cherche de tels adorateurs. Il veut la grâce, mais pour s’approcher de Dieu il faut la vérité, il faut un coeur dans lequel la vie divine existe. Toute cette religion humaine, extérieure, pharisaïque, sacerdotale, est jugée par le Seigneur une fois pour toutes et pour toujours. Dieu demande un coeur pur et une vraie obéissance. Les hommes révèrent ce genre de religion dont nous venons de parler ; ils la révèrent à cause de son antiquité et des traditions de leurs ancêtres, choses auxquelles l’imagination attache une grande valeur. Tout ce qui est vu à travers le voile de l’antiquité parait assez imposant, mais avec Dieu il s’agit du coeur, et cela maintenant comme alors : nous sommes devant Dieu, et il nous voit exactement tels que nous sommes. L’état réel du coeur de l’homme, telle est la question.
Mais que sont ces pauvres coeurs dans leur état naturel ? Telle est la seconde question que soulève le Seigneur. Il avait déchiré le voile d’hypocrisie derrière lequel les pharisiens et les sacrificateurs cherchaient à cacher l’impureté de leurs coeurs, et à faire servir à leur profit la piété de formes qu’ils enseignaient. Les motifs de leurs coeurs sont manifestés, et les efforts qu’ils faisaient pour couvrir leur impureté et leur avarice apparaissent au grand jour : leur hypocrisie est rendue évidente. Le Seigneur ne déchire pas seulement le voile de l’hypocrisie, mais il fait connaître aussi ce que le coeur produit. C’est ce que Dieu fait ; il sonde nos coeurs et les manifeste, et ensuite il révèle le sien. Le Seigneur dévoile non seulement le coeur des pharisiens, mais celui de tous les hommes ; ce qui sort de la bouche souille l’homme, parce que cela vient du coeur. Quel tableau ! Le coeur produit la méchanceté, la corruption, l’envie... en un mot, il n’en sort que des vices.
Le Seigneur manquait-il de bienveillance ou d’amour envers l’homme ? Sa venue sur la terre est la preuve de l’amour de Dieu. Voulait-il cacher le bien qui pouvait se trouver en l’homme ? N’était-il capable que de découvrir le mal ? Pouvait-il désirer calomnier l’être qu’il était venu bénir et sauver, et auquel il voulait donner une place auprès de lui ? Non ; cela ne se pouvait pas. Mais connaissant le coeur de l’homme, il était obligé de dire la vérité. C’était l’amour qui découvrait l’absolue perversité du coeur de l’homme, afin que l’homme ne restât point dans cet état. Il vaut certes mieux que cet état soit découvert maintenant, en présence de la grâce, qu’au jour du jugement, quand tout ce qui sera manifesté devra subir le châtiment, et où l’homme sera condamné.
Remarquez aussi cette vérité importante : quand la sainteté pratique et l’obéissance n’existent plus dans la vie des conducteurs religieux, une religion, même fondée par Dieu, devient la puissance du péché et de l’hypocrisie, et tend toujours à pervertir l’esprit et à détruire en tout la conscience et la droiture. La raison en est que ce qui est regardé comme l’autorité établie de Dieu, encourage l’hypocrisie et l’iniquité, et tend ainsi à produire l’incrédulité, parce que les hommes voient que la religion s’attache à ce que même la conscience naturelle condamne. Quelle triste histoire que celle du coeur humain et celle de l’Église de Dieu, telle que l’homme l’a faite ! Remarquez encore l’influence qu’a l’autorité religieuse corrompue, pour aveugler les hommes et détruire l’intelligence spirituelle. Que peut-il y avoir de plus clair que ce que le Seigneur dit ? Mais la conscience naturelle ne reconnaît pas cette vérité, que ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme, mais bien ce qui en sort, parce que cela procède du coeur. La chose est assez simple.
Les disciples ne comprennent pas les paroles du Seigneur et en demandent l’explication. Leur intelligence naturelle avait été aveuglée par la tradition des anciens. La manière de raisonner que ceux-ci leur avaient inculquée, avait obscurci leur compréhension. Et, en effet, ne trouvons-nous pas encore maintenant des personnes qui croient que ce qui entre dans la bouche d’un homme le souille ? Et cependant, ce sont des âmes sincères ; mais non seulement cela, elles croient aussi que manger d’un certain mets un jour les souillera, et qu’en manger un autre jour ne les souillera pas ; c’est la tradition des anciens qui le leur dit. C’est, au fond, ce que pensaient les disciples, et le Seigneur les reprend en leur disant : «Vous aussi, êtes-vous ainsi sans intelligence ?» Nous voyons donc ici le jugement du Seigneur contre plusieurs choses qui tiennent bien des âmes dans la servitude, et des âmes sincères comme celles des disciples.
Mais occupons-nous de la précieuse manifestation de l’amour de Dieu, telle que nous la voyons dans les paroles du Seigneur à la pauvre femme syrophénicienne. Tous les privilèges des Juifs sont reconnus d’abord, mais ensuite, nous trouvons aussi la vérité de Dieu qui s’élève infiniment au-dessus de ces privilèges, pour déployer la grâce et l’amour là où existe un besoin dans le coeur ; et cela, non pas envers quelqu’un qui aurait un droit quelconque aux promesses, mais envers une race maudite, envers une pauvre femme appartenant à un pays connu par son état d’endurcissement. Dieu se manifeste lui-même, s’élevant au-dessus de toutes les barrières que l’iniquité de l’homme et le système exclusif du judaïsme avaient élevées, système que lui-même d’ailleurs avait établi et que le rejet de Christ a aboli.
Le Seigneur se dirige vers les frontières de Tyr et de Sidon. Il désire être tranquille, mais la bonté jointe à la puissance sont trop rares dans ce monde pour rester inaperçues ; le besoin senti réveille l’âme et la rend clairvoyante. Une pauvre femme avait une fille assujettie à la puissance d’un esprit immonde. Sentant sa misère et croyant en la puissance de Jésus, elle se rend auprès de lui. Le poids de douleur qui l’oppressait la fait espérer en sa bonté. Le Seigneur maintient les promesses que Dieu a faites aux Juifs, et, dans sa réponse, met en avant les droits du peuple de Dieu. Il ne peut pas prendre le pain des enfants et le donner aux chiens. Remarquons que la femme était d’une race maudite ; si nous regardons aux voies de Dieu au milieu d’Israël, il n’y avait pas une seule promesse pour elle ; elle n’avait aucun droit qui lui fût commun avec le peuple de Dieu. Selon les Juifs et l’économie de la loi, elle n’était rien de plus qu’un chien ; mais elle avait de grands besoins, et la puissance de Dieu, toujours employée comme elle l’est pour l’accomplissement de ses desseins de bonté, cette puissance était là aussi, et c’est ce qui inspire de la confiance à cette femme.
Il en est toujours ainsi ; le besoin senti dans l’âme et la foi en la bonté et la puissance du Seigneur, donnent de la persévérance. C’est ce que nous voyons, d’une manière frappante, dans le cas de ceux qui apportaient le paralytique et que la foule entourant Jésus empêchait d’approcher. Mais, outre la confiance que la grâce a produite dans le coeur de la femme, il y a quelque chose de plus. Elle reconnaît les droits des Juifs comme peuple de Dieu ; elle avoue n’être qu’un chien par rapport à eux ; mais elle insiste sur sa demande, parce qu’elle sent que tout en n’étant qu’un chien, la grâce de Dieu est suffisante, même pour ceux qui n’ont aucun droit. «Même les chiens, sous la table», dit-elle, «mangent des miettes des enfants» ; elle reconnaît donc ce qu’elle est, mais en même temps aussi, ce que Dieu est. Elle croit à son amour envers ceux qui n’ont ni droits ni promesses ; elle croit à la manifestation de Dieu en Jésus en dehors et au-dessus de toutes les dispensations. Dieu est bon, et le fait que l’on est dans la misère donne un droit sur lui. Christ aurait-il pu dire : «Non ; Dieu n’est pas aussi bon que tu le supposes» ? Il n’aurait pu le dire ; ce n’aurait pas été la vérité.
C’était une grande foi que celle de cette femme la foi qui reconnaît que nous sommes misérables et n’avons droit à rien ; mais la foi qui croit à l’amour de Dieu clairement révélé en Jésus, sans promesse, mais pleinement révélé. Dieu ne saurait se renier lui-même et dire : «Non, je ne suis pas amour». Nous n’avons nul droit à attendre l’exercice de cet amour envers nous, mais nous pouvons être sûrs que, si nous venons à Christ, poussés par nos besoins, nous trouverons la bonté parfaite, l’amour qui nous guérit, la guérison elle-même. Rappelons-nous que le vrai besoin persévère, parce qu’il ne peut rien sans l’aide de cette puissance qui a été manifestée en Christ, ni en dehors du salut qu’il a opéré. Il n’y a point de salut en dehors de l’aide qui se trouve en lui pour notre faiblesse. Et ce qui est en Dieu est la source de notre espérance et de notre foi ; et si l’on nous demandait comment nous savons ce qui est dans le coeur de Dieu, nous pouvons répondre : «Cela est parfaitement révélé en Christ». Qui a mis au coeur de Dieu d’envoyer son propre Fils pour nous sauver ? Qui a mis au coeur du Fils de venir et de souffrir tout pour nous ? Ce n’est pas l’homme. Le coeur de Dieu en est la source. Nous croyons dans ce, amour, et à la valeur de ce que Christ a fait et accompli sur la croix, pour abolir le péché par le sacrifice de lui-même. De plus, il fait toutes choses bien ; il fait entendre les sourds et parler les muets.
La grâce de Dieu s’était pleinement déployée envers la pauvre femme qui n’avait nul droit à aucune bénédiction, et qui ne pouvait se réclamer d’aucune promesse. Elle était une des filles de la race maudite de Canaan, mais la foi atteint jusqu’au coeur même de Dieu manifesté en Jésus, et de la même manière le regard de Dieu descend jusqu’au fond du coeur de l’homme. Ainsi se rencontrent le coeur de Dieu et le coeur de l’homme ; l’homme ayant la conscience qu’il est entièrement mauvais, qu’il n’a pas le moindre droit, mais en reconnaissant vraiment cet état, s’abandonne à la parfaite bonté de Dieu. Mais le peuple juif, avec sa prétention de posséder la justice et un droit aux promesses, est mis de côté ; relativement à l’ancienne alliance, il est exclu de la faveur de Dieu. Toutefois, Jésus ouvre les yeux et les oreilles du résidu qui lui est amené par la foi. Ce n’est pas seulement le peuple juif qui devait être ainsi mis de côté (quant à l’ancienne alliance, c’est pour toujours), mais l’homme lui-même l’est aussi sur le terrain de la justice qui est le principe de l’ancienne alliance.
Le Seigneur quitte les confins de Tyr et de Sidon et revient en Galilée, où il se retrouve au milieu d’Israël. Mais, ainsi que nous l’avons dit, il était virtuellement rejeté par le peuple. Jésus a la conscience que la nation bien-aimée est perdue, et il n’attend que sa ruine. On lui amène un homme sourd qui avait la parole empêchée, et on le prie de lui imposer les mains pour le guérir. Jésus conduit cet homme à l’écart, hors de la foule ; il lui met ses doigts dans les oreilles, et, ayant craché, il lui touche la langue. Ensuite, il regarde vers le ciel et soupire : la puissance est toujours présente en lui, mais la douleur oppresse son coeur, parce qu’en réalité le peuple était sourd à la voix du bon Berger. Leur langue était liée et incapable de louer Dieu. Les soupirs du Seigneur sont l’expression de ces sentiments, pour autant que l’état du pauvre homme représentait l’état du peuple bien-aimé. Néanmoins, ils étaient heureux en ce que l’amour de Celui dont les conseils ne changent pas, restait sur eux en dépit de tout. Et, en effet, le Seigneur était là et opérait selon cet amour et ses soupirs. Il regardait vers le ciel, la source de l’amour et de la puissance, et il ne se lassa point jusqu’au moment où le peuple, en faveur duquel il exerçait, sa puissance, ne voulut plus supporter sa présence. Il est vrai qu’il n’aurait pu être mis à mort, s’il ne s’était livré volontairement, mais le temps allait venir où il se donnerait, en effet, pour accomplir la rédemption, et jusqu’à ce que ce moment fût arrivé, il se montra toujours comme le Dieu de bonté envers les affligés, et prêt à tous les besoins du peuple.
Au verset 33, nous voyons que Jésus se sépare de la masse du peuple pour guérir l’homme sourd. Nous pouvons remarquer la même chose dans le chap. 8:23. Il conduit l’homme aveugle hors de la ville et là, le guérit ; dans ce cas, c’est l’état des disciples qui est en vue. Il est touchant de voir ce regard du Seigneur vers le ciel, et le soupir de son coeur en contemplant le peuple sourd à la voix de son Dieu et incapable de bénir son nom. Cela nous montre le coeur du Seigneur envers des hommes endurcis, et en même temps l’harmonie de ce coeur avec le ciel, harmonie qu’il manifestait toujours. Là, dans le ciel, il trouvait la certitude de cet amour que l’homme rejetait, et il trouvait son repos dans les sentiments qui règnent au ciel, et dont lui-même était l’expression sur cette terre ingrate. La puissance du Seigneur se montre en cet instant même ; les oreilles du sourd sont ouvertes et sa langue déliée. La foule ne peut se taire ; elle publie partout ce que Jésus a fait, disant : «Il fait toutes choses bien ; il fait entendre les sourds et parler les muets». L’oeuvre du Seigneur ouvre les oreilles et donne occasion aux coeurs humbles de louer Dieu et de reconnaître son amour. Mais, hélas ! combien il y en a qui restent sourds à la voix de l’amour de Dieu ! Ils sont «comme l’aspic sourd qui se bouche l’oreille, qui n’entend pas la voix des charmeurs, du sorcier expert en sorcelleries».
Le Seigneur continue à manifester la bonté divine. C’est la principale chose à remarquer dans cette partie de l’évangile. Il avait déjà nourri une première fois la multitude affamée, signe manifeste de la présence de l’Éternel, comme nous l’avons fait remarquer auparavant. C’était le signe qui devait accompagner sa présence au milieu de son peuple. Dans le cas que nous présente ce chapitre, il s’agit plus simplement de la puissance divine, sans qu’il soit fait allusion au royaume à venir. C’est ce qu’indique le nombre de corbeilles renfermant les morceaux qui étaient de reste ; le nombre sept étant l’expression de la perfection dans les choses spirituelles. La compassion du Seigneur le fait penser aux besoins des pauvres, tandis que les disciples ne pensent qu’aux moyens visibles et humains de se satisfaire eux-mêmes. Ce n’est que trop souvent le cas des vrais croyants.
Le Seigneur laisse les foules et va aux quartiers de Dalmanutha. Là les pharisiens lui demandent un signe du ciel. Ils en avaient déjà vu suffisamment, mais l’incrédulité n’est jamais satisfaite. Or le temps de l’épreuve était passé ; il était trop tard ; le Seigneur les laisse. Remarquez le sentiment du Seigneur envers cette génération perverse ; il soupire profondément en lui-même, disant : «Pourquoi cette génération demande-t-elle un signe ? En vérité, je vous dis : il ne sera point donné de signe à cette génération». Moralement, la fin était venue ; il était inutile de donner des preuves à des coeurs résolus à ne pas croire. La parfaite patience, l’amour, une profonde pitié, et la douleur en pensant à l’incrédulité des conducteurs du peuple, tout cela, le Seigneur l’éprouvait et le manifestait d’autant plus clairement que les coeurs étaient endurcis. Mais les signes étaient inutiles pour des coeurs qui ne voulaient pas croire, et il ne convenait pas non plus à la majesté de Dieu d’en donner à des hommes qui ne voulaient pas le recevoir. C’eût été jeter des perles devant des pourceaux.
Nous trouvons maintenant que les disciples eux-mêmes étaient réellement aveugles, non pas volontairement, mais de fait. Le Seigneur les avertit de se garder du levain des pharisiens et d’Hérode. Ils avaient oublié de prendre des pains avec eux, et hélas ! ils avaient aussi oublié la puissance de Jésus, dont il venait de donner une preuve en nourrissant des milliers de gens avec quelques pains. Le Seigneur les reprend, en leur disant : «N’entendez-vous pas encore, et ne comprenez-vous pas ? Avez-vous encore votre coeur endurci ?» Ils étaient, pour ainsi dire, endurcis ou rendus indifférents par la vue de tant de miracles, et n’avaient rien compris à celui de la multiplication des pains.
Mais le récit qui suit est une figure du contraste existant entre l’état des disciples et celui du peuple. Ce dernier ne voyait pas du tout et ne voulait pas recevoir la lumière ; les disciples voyaient indistinctement, comme l’aveugle auquel les hommes semblaient des arbres qui marchent. Ils aimaient réellement le Seigneur, mais leurs habitudes juives les empêchaient de saisir pleinement sa gloire. Ils croyaient bien qu’il était le Messie, mais, pour leurs coeurs, le Messie était autre chose que le Christ de Dieu, le Sauveur du monde. Ils s’étaient attachés, par grâce, à la personne du Seigneur, mais ils ne comprenaient pas la gloire divine qui était, pour ainsi dire, cachée dans cette personne, et qui se révélait par ses paroles et par ses oeuvres. Ils avaient tout quitté pour suivre le Seigneur ; l’intelligence leur manquait et non la foi, quelque faible qu’elle pût être. L’esprit était prompt, mais la chair était faible, comme nous avons déjà pu le remarquer. Le Seigneur conduit hors de la ville l’homme aveugle qu’on lui avait amené ; il le sépare d’Israël. D’abord, cet homme ne voit qu’en partie ; les hommes lui semblent comme des arbres qui marchent. Le Seigneur nous présente, dans l’aveugle, un tableau de l’état du coeur des disciples ainsi que de son infatigable bonté. Sa patience est aussi grande que sa puissance, et sa bonté ne laisse pas l’homme aveugle avant qu’il n’ait vu clairement. C’est ainsi qu’il agit avec ses disciples. Lorsqu’il eut été exalté dans le ciel, et qu’il se fut assis à la droite de Dieu, il envoya le Saint Esprit pour conduire les disciples dans toute la vérité ; alors ils virent clairement.
Le Seigneur défend à l’aveugle d’entrer dans la ville, et de dire sa guérison à personne de la ville. Ce n’est pas uniquement parce que Jésus ne cherchait pas la vaine gloire qui vient des hommes, mais aussi parce qu’il désirait éviter un grand concours de personnes curieuses de le voir, et qui n’étaient qu’un obstacle à son oeuvre réelle dans les consciences et dans les coeurs. Il voulait, en même temps, montrer que le temps du témoignage en Israël avait pris fin. Rejeté par le monde, il commande à l’homme délivré de la puissance des démons de retourner dans sa maison, afin d’y proclamer ce que Dieu avait fait pour lui. Les disciples devaient faire ainsi — annoncer son oeuvre — après qu’il aurait quitté ce monde ; mais ici, il s’agit d’Israël qui avait rejeté le Seigneur ; le témoignage de Dieu n’avait plus de place au milieu de ce peuple.
Le discours que le Seigneur tient ensuite est amené par la question qu’il adresse à ses disciples : «Qui disent les hommes que je suis ? Et ils répondirent Jean le baptiseur ; et d’autres : Élie ; et d’autres L’un des prophètes» ; des opinions diverses, mais point de foi. Alors il leur demande : «Et vous, qui dites-vous que je suis ?» Pierre répond : «Tu es le Christ», et le Seigneur défend aux disciples, de la manière la plus positive, de dire cela de lui à qui que ce soit. C’était la preuve la plus claire que le témoignage au milieu du peuple avait entièrement pris fin. Jésus n’en était pas moins le Christ, mais il était rejeté par le peuple qui, en rejetant la grâce merveilleuse de Dieu, se montrait être son propre ennemi. Il commence donc à enseigner ouvertement à ses disciples qu’il doit souffrir comme Fils de l’homme, position et titre plus grands que ceux de Messie, par rapport soit à l’étendue de son pouvoir, soit à la grandeur de la domination qui lui appartient, car toutes choses seront assujetties à l’autorité du Fils de l’homme. Mais afin que le Fils de l’homme puisse prendre sa place en gloire, il doit d’abord souffrir, être mis à mort et ressusciter ; il fallait que la rédemption fût accomplie, et que l’homme entrât dans une position nouvelle, dans un état entièrement nouveau, dans lequel il n’avait jamais été lorsqu’il était innocent. La position de Christ comme Messie était mise de côté pour un temps, et il entre dans une autre position plus grande où les vieilles choses sont laissées en deçà de la mort, et où tout est fondé sur l’oeuvre de Christ, sur sa mort — il entre dans un état tout à fait nouveau et éternel.
Ici, le sujet est plutôt traité en rapport avec ses souffrances. Il place la croix devant ses disciples, mais il parle toujours de mort et de résurrection. «Et il tenait ce discours ouvertement». C’était une pierre d’achoppement pour Pierre, qui ne voulait pas que son Maître fût méprisé aux yeux de la multitude ; mais la croix est la portion de ceux qui veulent suivre le Sauveur. Pierre, en parlant comme il le faisait, mettait aussi une pierre d’achoppement dans le sentier des disciples ; le Seigneur y pense ; aussi, se retournant et regardant les disciples, il reprend Pierre, qui, par la grâce de Dieu, venait cependant de confesser son nom, et il lui dit : «Va arrière de moi, Satan, car tes pensées ne sont pas aux choses de Dieu, mais à celles des hommes». Nous avons là une leçon importante, et plus qu’une leçon. En premier lieu, le chrétien a besoin de bien comprendre que le chemin du salut, le chemin qui conduit à la gloire et au ciel, le chemin où Christ lui-même a marché et où il veut que nous le suivions, est un chemin où nous avons à nous renoncer nous-mêmes, à souffrir et à vaincre. Secondement, un chrétien peut avoir une foi vraie et être enseigné de Dieu, comme c’est ici le cas pour Pierre, sans que la chair en lui soit jugée, de manière à le rendre capable de marcher dans le chemin où la vérité l’amène. Il est important de nous rappeler cela : la sincérité peut exister sans la connaissance de soi-même. La nouvelle position de Christ, celle de Fils de l’homme, qui embrasse la gloire céleste de l’homme en lui et la suprématie sur toutes choses, rendait la croix absolument nécessaire. Mais le coeur de Pierre n’était pas prêt pour la croix ; quand le Seigneur en annonce l’effet pratique, Pierre ne peut le supporter.
Combien de coeurs sont dans cet état ! Sincères, ils le sont, sans nul doute, mais ils n’ont pas le courage spirituel nécessaire pour accepter les conséquences de la vérité qu’ils croient. Voyez la différence avec Paul, rendu fort par la présence du Saint Esprit et par la foi. En présence de la mort, il dit : «Pour le connaître, lui (Christ), et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances, étant rendu conforme à sa mort» (Phil. 3:10). Mais il y avait en lui la puissance du Saint Esprit, et il portait toujours dans son corps la mort de Jésus, afin que la vie aussi de Jésus fût manifestée dans son corps. Heureux homme ! Toujours prêt à souffrir volontiers toutes choses, plutôt que de ne pas suivre pleinement le Seigneur Jésus, prêt à confesser son nom, quelles qu’en pussent être les conséquences, et enfin, après avoir marché fidèlement, obtenant, par grâce, le prix de son appel céleste.
Mais le Seigneur ne cache point et ne veut pas cacher les conséquences qui résultent de ce qu’on le suit. Il avertit les foules et il nous avertit aussi que, si nous désirons être avec lui, si nous voulons le suivre, il faut nous renoncer nous-mêmes et prendre notre croix. Recevons les paroles du Seigneur. Si nous voulons être avec lui pour toujours, nous devons le suivre, mais en le suivant, nous rencontrerons sur notre route ce qu’il y a trouvé. Sans doute qu’il n’est pas question pour nous de souffrances expiatoires, de ce que lui a souffert de la part de Dieu pour le péché, mais bien des souffrances qu’il a endurées de la part de l’homme, la contradiction des pécheurs, l’opposition des hommes, les outrages et même la mort. Nous savons peu ce que c’est que de souffrir pour le nom de Jésus ; mais rappelons-nous, chrétiens, ce que le Seigneur dit d’abord à qui veut le suivre : «Qu’il se renonce soi-même», cela, vous pouvez toujours le faire par grâce. C’est en le faisant que nous apprendrons à souffrir avec lui, si Dieu nous y appelle. Et que donnerions-nous en échange de notre âme ? Cela nous conduit à une troisième leçon qui demande un peu plus de développement.
Ce qui nourrit la chair et l’amour de soi, c’est le grand système appelé le monde. L’homme désire être quelque chose à ses propres yeux ; il aimerait oublier Dieu, et, si possible, se rendre heureux sans lui. Ainsi Caïn, chassé loin de la présence de Dieu, après le meurtre d’Abel, s’en va de devant sa face, jugé par Dieu de telle manière qu’il ne peut espérer être de nouveau admis en sa présence pour jouir de sa communion, car Dieu le condamne à être errant et vagabond sur la terre. Type frappant des Juifs de ce temps, lesquels ont mis à mort le Seigneur Jésus, devenu, pour ainsi dire, leur frère ! Mais Caïn ne voulait pas rester un pauvre vagabond ; tout au moins ne voulait-il pas laisser sa famille dans cet état. Il cherche à échapper à son sort, et, dans ce but, il bâtit une ville dans le pays de Nod, mot hébreu, qui, plus haut, est rendu par l’expression de vagabond. Il désirait que sa famille fût établie et fixée dans la contrée où Dieu le faisait être vagabond. Il donne à la ville le nom de son fils, comme le font les puissants de ce monde. Là se trouvent le père ou l’inventeur de la musique, et le père de ceux qui travaillent l’airain et le fer ; là s’accumulent les richesses de ce temps-là, beaucoup de bétail.
Tel est le monde ! Le coeur de l’homme, séparé de son Créateur, cherche à se rendre aussi agréable que possible la terre où il est éloigné de lui, et, pour y parvenir, il se sert des dons et des créatures de Dieu afin de pouvoir se passer de lui. On allègue qu’il n’y a pas de mal dans ces choses. C’est vrai ; elles sont bonnes comme créées de Dieu : mais là n’est point la question. On dit qu’il y aura de la musique (en figure) dans le ciel ; je le veux bien, mais dans le ciel, elle ne sera pas employée à distraire l’esprit en dehors de Dieu. La question consiste dans l’usage que nous faisons des choses. Ainsi, il n’y a point de mal dans la force, mais il peut y en avoir dans la manière dont nous nous en servons, par exemple, si on l’emploie à nuire à son prochain. N’est-il pas vrai que le monde qui ne connaît pas Dieu, recherche tous les plaisirs possibles pour en jouir sans lui ? Le coeur qui ne possède pas Dieu s’efforce de se divertir et, pour cela, emploie tout ce qui peut être vu, entendu et inventé, comme le théâtre, la musique, etc., parce qu’il est vide et triste, et ne peut en lui-même trouver de vraie satisfaction. Puis, après quelques années d’excitation, après avoir tout essayé, il se sent fatigué, lassé, plus vide que jamais, et il dit avec Salomon : Tout n’est que vanité et tourment d’esprit, poursuite du vent. Dieu a été négligé, et l’âme est perdue.
Pour le chrétien aussi, les amusements ne font que l’éloigner de Dieu et détruisent sa communion avec lui. «Tout ce qui est dans monde, la convoitise de la chair et la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie, n’est pas du Père, mais est du monde ; et le monde s’en va et sa convoitise, mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement». Le prince de ce monde est Satan qui séduisit Ève par ces choses, après avoir tout d’abord détruit en elle la confiance en Dieu. C’est par ces choses aussi qu’il essaya de séduire le Seigneur, mais en vain, grâces à Dieu. Mais avec peu de peine il ne réussit que trop souvent à séduire les coeurs des hommes et des chrétiens, et à faire que les plaisirs du monde ont plus de pouvoir sur l’âme que Christ lui-même, que l’amour du Sauveur mort pour nous.
Il en était ainsi du pauvre Pierre. Il est vrai qu’il n’avait pas encore reçu le Saint Esprit, mais cela ne change pas la nature de ses désirs. Il voulait la gloire de ce monde, sous prétexte d’amour pour le Sauveur. Remarquez aussi, dans cette occasion, l’amour du Seigneur pour ses disciples et ses tendres soins à leur égard. Il les regarde et, voyant quelle pierre d’achoppement pouvaient être pour les autres les paroles de Pierre, il le reprend aussi sévèrement qu’elles le méritaient. Puis le Seigneur pose devant ses disciples deux principes : d’abord, celui-ci, que l’âme a une plus grande valeur que toute autre chose, et qu’il n’est rien qu’un homme puisse donner en échange de son âme. Ensuite, il leur déclare que lui, le Seigneur, est près de venir dans sa gloire, et que quiconque aura eu honte de lui dans ce monde corrompu où il est rejeté, le Fils de l’homme aura honte de lui quand il viendra dans la gloire de son Père, avec les saints anges.
Le Seigneur trouve maintenant l’occasion de manifester cette gloire personnelle qui lui appartient, afin d’affermir la foi des disciples. Il veut aussi montrer que bientôt il cesserait d’être présent en grâce comme Messie, au milieu l’Israël, et que la nouvelle gloire du Fils de l’homme avec les siens était sur le point d’être inaugurée, bien qu’il fût nécessaire d’attendre le temps où tous les cohéritiers seraient rassemblés. «En vérité, je vous dis», ainsi parle le Seigneur, «que de ceux qui sont ici présents, il y en a quelques-uns qui ne goûteront point la mort jusqu’à ce qu’ils aient vu le royaume de Dieu venu avec puissance». Six jours après, le Seigneur monta sur une montagne avec Pierre, Jacques et Jean, et fut transfiguré devant eux. Ses vêtements devinrent brillants et d’une extrême blancheur, comme de la neige. Élie et Moïse apparurent avec lui, glorifiés de la même manière, et parlant avec lui. Nous savons que cette apparition était la manifestation du règne glorieux de Christ sur la terre.
Nous lisons dans la seconde épître de Pierre, chap. 1:16-18 : «Car ce n’est pas en suivant des fables ingénieusement imaginées, que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, mais comme ayant été témoins oculaires de sa majesté. Car il reçut de Dieu le Père honneur et gloire, lorsqu’une telle voix lui fut adressée par la gloire magnifique : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir. Et nous, nous entendîmes cette voix, venue du ciel, étant avec lui sur la sainte montagne». Telles sont les paroles de l’apôtre Pierre, rapportant ce qui lui était arrivé quand il vit cette scène merveilleuse sur la montagne de la transfiguration. Nous apprenons, d’après cela, que le royaume était vu dans sa manifestation sur la terre, car c’est sur la terre qu’ils se trouvaient. La nuée lumineuse, qui couvrit les trois disciples, était l’habitation du Père, c’est de là que venait la voix, et c’est là qu’ils étaient entrés (voyez Luc 9).
Quel privilège pour de pauvres mortels, pour des pécheurs, d’avoir été capables de contempler le Fils de Dieu en gloire, et d’avoir été manifestés avec lui dans la même gloire sur la terre ; d’être ses compagnons, de converser avec lui ; de posséder le témoignage qu’ils ont été aimés comme lui a été aimé (Jean 17:23) ; d’être avec lui et semblables à lui en toutes choses comme Homme, pour sa propre gloire ! Preuve merveilleuse de la valeur de la rédemption qu’il a accomplie ! Et, plus près nous serons de lui, plus nous l’adorerons, étant avec lui, comme cela aura lieu dans la maison du Père. Ici, notre évangéliste ne parle pas du royaume ; mais, en comparant ce passage avec Luc 9, nous trouvons néanmoins vrai qu’ils entrèrent dans la nuée d’où sortit la voix du Père.
Il était selon le conseil de Dieu que nous fussions avec Christ, le second homme, le dernier Adam, et que nous fussions dans la même gloire que lui. Nous sommes prédestinés à être conformes à l’image de son Fils, afin qu’il soit le premier-né entre plusieurs frères. C’est pour cela qu’il est devenu un homme ; celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés sont tous d’un, et c’est pourquoi il n’a pas honte de nous appeler frères. Que serait un rédempteur sans ses rachetés ? Très assurément, c’est une chose beaucoup plus excellente d’être les compagnons de Jésus dans la maison du Père, plutôt que cohéritiers de sa gloire dans le monde ; toutefois, l’une et l’autre de ces deux choses sont merveilleuses pour de pauvres créatures telles que nous. Élie et Moïse sont dans la même gloire que Jésus, et nous lui serons semblables lorsqu’il apparaîtra.
Mais la gloire personnelle du Seigneur est toujours maintenue. Pierre aurait voulu faire trois tentes, l’une pour Christ, l’autre pour Moïse, et la troisième pour Élie ; il plaçait ainsi le Seigneur sur le même pied que ces deux serviteurs de Dieu — les considérant comme les trois grands caractères de l’histoire d’Israël. Mais aussitôt Moïse et Élie disparaissent, la voix du Père reconnaît Jésus comme son Fils bien-aimé, et c’est le témoignage de Jésus qu’il faut écouter. Tout ce qu’avaient dit Moïse et Élie était la vérité, la parole de Dieu, et, par leur moyen, nous apprenons à connaître les pensées de Dieu, mais ils rendent témoignage à Christ et non avec lui. C’est de lui seul que nous apprenons pleinement la volonté de Dieu et que sa vérité nous est entièrement révélée. Jésus est la vérité ; la grâce et la vérité sont venues par lui. La mort de Christ, sa résurrection et une rédemption parfaite, ont placé toutes choses sur un nouveau pied pour les hommes.
Les fidèles qui vivaient avant la venue du Seigneur, croyaient aux promesses et aux prophéties qui annonçaient sa venue, et par la foi ils étaient agréables à Dieu. Leurs péchés, commis durant le temps de la patience de Dieu, et que Dieu supportait parce qu’il savait ce qu’il ferait plus tard, leurs péchés sont pardonnés, et la justice de Dieu en les pardonnant est manifestée, maintenant que Christ est mort. Mais maintenant aussi, la justice de Dieu est manifestée, et la puissance de la vie divine est mise en évidence dans la résurrection de Jésus Christ. Tout est nouveau dans nos relations avec Dieu ; le voile