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NOTES sur l’ÉVANGILE de MATTHIEU

 

 

par J. N. DARBY

 

Table des matières :

1     Introduction

2     Chapitre premier

3     Chapitre 2

4     Chapitre 3

5     Chapitre 4

6     Chapitres 5-7

7     Chapitre 8

8     Chapitre 9

9     Chapitre 10

10     Chapitre 11

11     Chapitre 12

12     Chapitre 13

13     Chapitre 14

14     Chapitre 15

15     Chapitre 16

16     Chapitre 17

17     Chapitre 18

18     Chapitre 19

19     Chapitre 20

20     Chapitre 21

21     Chapitre 22

22     Chapitre 23

23     Chapitre 24

24     Chapitre 25

25     Chapitre 26

26     Chapitre 27

27     Chapitre 28

 

1                    Introduction

 

La plupart de nos lecteurs savent déjà, je pense, que le Seigneur Jésus nous est présenté dans chacun des quatre évangiles sous un point de vue différent. Ce n’est que d’un seul de ces évangiles que je vais, avec le secours de Dieu, les entretenir maintenant. Si donc je commence par signaler le caractère de chacun des quatre, c’est pour mettre en saillie celui de l’évangile dont je vais m’occuper.

Les évangiles sont divisés en deux classes : d’une part, l’évangile de Jean ; de l’autre, les trois premiers appelés synoptiques. Chacun sent, en lisant l’évangile de Jean, combien il diffère des trois autres. Je vais signaler d’une manière plus précise cette différence.

Dans les trois premiers évangiles, le Christ est présenté aux hommes et plus particulièrement aux Juifs, pour en être reçu ; et chacun d’eux se termine par le récit de sa réjection. Il n’en est pas ainsi de Jean. Dès le premier chapitre on trouve le Seigneur déjà rejeté :

«Il était dans le monde, et le monde fut fait par lui ; et le monde ne l’a pas connu. Il vint chez soi ; et les siens ne l’ont pas reçu». Dans le verset qui suit, on voit que c’est la grâce qui opère afin qu’il soit reçu de quelques-uns. Il est reçu, non de ceux qui sont nés de la chair, mais de ceux qui sont nés de Dieu. Dans cet évangile tout entier les Juifs sont traités comme des réprouvés, et la grâce souveraine du Père qui attire, ainsi que l’élection sont mises en relief. Les brebis entendent sa voix. Les Juifs ne l’entendent pas parce qu’ils ne sont pas de ses brebis. Il est venu d’auprès du Père, et venu dans le monde ; c’est pourquoi, ici, point de généalogie qui remonte à la souche de promesse en Abraham et en David ; point de généalogie humaine qui remonte jusqu’à Adam (fils) de Dieu. C’est Dieu la Parole, qui était auprès de Dieu et qui était Dieu ; en qui était la vie, la vie lumière des hommes, lumière luisant dans les ténèbres, que les ténèbres ne comprennent pas ; puis la Parole faite chair, Dieu manifesté ici-bas. Tout le reste s’accorde avec cela. Point d’angoisse en Gethsémané, point de cri sur la croix. Quand le moment est arrivé, il remet lui-même son esprit. L’heure était venue pour passer de ce monde au Père. Cet évangile nous présente donc ce que Christ est ; puis, qu’on soit Juif ou d’entre les nations, il faut être né de nouveau. À la fin le Saint Esprit, comme témoin devant le monde, vient pour remplacer le Seigneur auprès des siens, car le monde aussi est jugé. Il mentionne à la fin certaines manifestations ultérieures de sa gloire sur la terre, d’une manière à dessein mystérieuse ; mais il n’y a pas d’ascension. C’est lui-même, fils de l’homme, mais c’est Dieu manifesté ici-bas.

Les trois premiers évangiles, nous l’avons dit, racontent la manière dont le Christ a été présenté aux hommes pour être reçu ; son rejet, puis sa résurrection ; Marc et Luc mentionnent son ascension. En Luc, nous trouvons, après le plus délicieux tableau du petit résidu fidèle au milieu de la corruption d’Israël, le Fils de l’homme et, par lui, la grâce envers les hommes. La généalogie remonte à Adam ; et Lui, le second homme, le dernier Adam, monte dans le ciel depuis Béthanie, en bénissant les siens. La commission donnée aux apôtres vient du ciel et embrasse tous, Juifs et Gentils. En Marc, nous trouvons le serviteur et prophète. Cet évangile commence par son ministère précédé de celui de Jean-Baptiste. Nous y trouvons à la fin, comme en Matthieu, sa rencontre avec ses disciples en Galilée après sa résurrection ; mais, de plus, un appendice depuis le verset 9, dans lequel ce qui se trouve en Luc et même en Jean est brièvement raconté ; c’est-à-dire le côté céleste de ces derniers événements et une commission plus générale et plus universelle donnée aux disciples. Elle porte le salut ou la condamnation dans toute la création sous le ciel.

 

2                    Chapitre premier

 

J’ai réservé Matthieu pour la fin, parce que je vais m’en occuper avec plus de détails. Il nous présente Emmanuel, le Messie, objet des promesses et des prophéties, l’Éternel au milieu d’Israël, Sauveur de son peuple, mais rejeté comme aux chapitres 49 et 50 d’Ésaïe (*), et sa présence sur la terre remplacée par le royaume en mystère (chap. 13) ; par l’Église (16) ; le royaume en gloire (17). Cependant, tout en insinuant la substitution de l’Église et du royaume, le principal sujet est toujours le Seigneur dans ses relations avec son peuple terrestre ; sa rencontre avec ses disciples après sa résurrection a lieu en Galilée ; ils sont envoyés aux nations et il n’y a pas d’ascension. Voilà l’idée générale. Ainsi donc Matthieu commence tout naturellement avec la semence d’Abraham et avec la semence de David. Jésus est envisagé comme l’héritier des promesses, comme le fils de David. On se trouve dans l’atmosphère des pensées et des espérances d’Israël, mais des pensées et des espérances d’Israël selon Dieu. La généalogie est tracée selon la ligne de Joseph, duquel le Messie héritait la royauté selon la loi. Cependant sa naissance de Marie quant au fait, présente des faits évidemment encore plus importants, comme tenant à sa personne en tant que manifestée sur la terre. Sauf pour attirer l’attention de nos lecteurs sur eux, ces faits, tout importants qu’ils soient, sont si bien connus et si simplement narrés, que je n’ai guère besoin de m’étendre là-dessus ; sa nature humaine, sans tache ni souillure, conçue dans le sein de la Vierge par la puissance du Saint Esprit, est une chose parfaitement sainte ; aussi est-il, selon la chair, né de Dieu, tout en étant la semence de la femme, vrai homme dans ce monde. Et non seulement cela, mais il doit être nommé Jésus (soit Joshua ou Ja hoshea), Jéhovah-Sauveur ; car il devait sauver son peuple de leurs péchés. Lui était l’Éternel ; le peuple était son peuple. Ainsi nous avons un homme sans péché et l’Éternel manifesté en chair : fait qui est une preuve de grâce infinie et auquel rien ne ressemble ; fait qui reste unique dans les fastes de l’homme, comme dans les conseils de Dieu. Il est vrai que la rédemption était nécessaire, savoir sa mort, pour que ce fait fût valable pour les hommes et que les conseils de Dieu fussent accomplis ; mais tout dépendait de ce que Dieu est devenu homme, de ce que la Parole a été faite chair.

(*) Dans la seconde partie de la prophétie d’Ésaïe, qui commence au chapitre 40, les chapitres 40-48 parlent du péché du peuple en rapport avec la controverse de l’Éternel avec les idoles ; les chapitres 49-58 s’occupent du rejet du Messie ; depuis le chapitre 59, il s’agit de la restauration du peuple.

Jamais ailleurs il n’y a eu un homme ayant parfaitement connaissance du bien et du mal sans péché ; jamais la perfection divine, Dieu lui-même manifesté en chair, ce qui restera éternellement vrai et sans quoi la rédemption elle-même n’aurait pas pu être accomplie. Nous trouverons dans toute sa vie l’obéissance parfaite de l’homme — la manifestation parfaite de Dieu. Aussi est-il reconnu comme l’accomplissement de la prophétie du chapitre 7 d’Ésaïe : «Emmanuel, Dieu avec nous !» et Joseph lui donne le nom qui lui avait été assigné par l’ange, le nom de Jésus (1:23, 25). Il a pris ainsi, selon le témoignage de Dieu, sa place au milieu de son peuple. Mais les nations devaient espérer dans le rejeton d’Isaï, et les mages arrivent de l’Orient pour rendre hommage à Celui qui est né roi des Juifs.

 

3                    Chapitre 2

 

Toutefois, dès son bas âge il doit connaître ce que c’est d’être rejeté. Le faux roi d’Israël cherche à le faire mourir ; et, dirigé par l’oracle de Dieu, Joseph le conduit en Égypte, d’où il doit remonter, le vrai cep, pour recommencer l’histoire d’Israël comme l’arbre vert, le cep vivant : en tant que ressuscité, il a recommencé l’histoire de l’homme comme dernier Adam. Il revient appelé d’Égypte, fils de Dieu, mais il doit prendre sa place là où l’Israélite sincère et pieux ne pouvait croire que quelque chose de bon se trouvât. Il demeure à Nazareth. Tout ceci est très significatif, mais ce n’est que comme une préface qui indique ce dont il s’agit dans le livre de sa vie qui suit. Au chapitre 3 son histoire commence avec le témoignage préparatoire de Jean-Baptiste. Il va devant la face de l’Éternel. Tel est le témoignage clair et précis de Malachie 3:1 ; ou, si nous prenons la citation de Matthieu lui-même, c’est la voix de celui qui prépare le chemin du Seigneur. Tel est le Christ. L’Éternel au milieu des hommes et en particulier des Juifs, tel est, d’une manière frappante, le Christ de Matthieu ; mais le Fils de Dieu a aussi pris la forme de serviteur ainsi que nous allons voir.

 

4                    Chapitre 3

 

Le témoignage de Jean (3:9), n’acceptait pas le fait qu’on était fils d’Abraham selon la chair. Dieu pouvait susciter des fils à Abraham par sa toute-puissance. Le jugement ou le royaume était en vue ; il fallait la repentance, il fallait porter de bon fruit ; et, pour l’homme pécheur, le tout premier de ces fruits c’était la repentance : son baptême, en un mot, était le baptême de la repentance à l’approche du royaume et comme préparation pour y entrer. Le peuple non repentant ne pouvait entrer en masse. Or, si lui, Jean, baptisait d’eau pour la repentance, il y en avait un là qui allait exécuter le jugement en purifiant son aire, mais celui-là baptisait du Saint Esprit. Trois caractères se rattachaient à ce témoignage : le jugement particulier et séparatif ; déjà la cognée était à la racine des arbres (v. 10). Celui qui baptisait du Saint Esprit était là. Lui, purifierait son aire par un jugement définitif qui rassemblerait le bon grain et brûlerait la balle au feu qui ne s’éteint pas. Jésus se rend à son baptême. C’est son aire qui va être purifiée, le grenier est à lui, c’est lui qui brûle la balle dans le jugement : mais il vient se placer au milieu de son peuple. Rien de plus frappant que ce rapprochement, rien de plus positif que la déclaration qu’il est l’Éternel, rien de plus clair que le fait qu’il se place au milieu de son peuple dans le chemin où sa grâce le conduit. Il ne se joint sûrement pas au peuple rebelle et revêche ; mais, dès le premier pas que font ceux qui, par la grâce, écoutent la parole du témoignage de Dieu, dès le premier pas dans le bon chemin, Christ se trouve avec eux dans sa grâce infinie. Au verset 14, le coeur répond de suite au témoignage de Jean, que Celui qui venait là n’avait aucun besoin de la repentance. Nous le savons : c’était bien le contraire ; il accomplissait la justice. Mais pour les siens c’était le bien selon Dieu, la vie de Dieu qui exhalait son premier souffle dans l’atmosphère de Dieu, mais qui, au milieu des hommes, faisait son premier pas dans le chemin divin, le chemin vers le royaume qui allait paraître. Il ne veut pas les y laisser seuls. Il prend sa place avec eux. Grâce infinie, douce pensée pleine de son amour pour le coeur des siens !

Remarquez aussi comment le Seigneur s’abaisse ici au niveau de son messager : «Ainsi il nous est convenable d’accomplir toute justice». Tu as ta part, moi la mienne, en accomplissant la volonté de Dieu. Le voilà déjà serviteur. Le voilà baptisé et ayant pris sa place au milieu des siens, au milieu du résidu fidèle qui marchait sous l’effet de la puissance de la parole de Dieu. Et maintenant où est-il, lui, ce serviteur qui s’est abaissé lui-même, prenant sa place avec son pauvre peuple, les plus pauvres de son troupeau ? Le ciel est ouvert, le Saint Esprit descend sur lui, le Père le reconnaît pour son fils. Il est le modèle de la position qu’il a prise pour nous par la rédemption. Jamais le ciel ne s’est ouvert auparavant, jamais il n’y a eu, sur la terre, un objet que le ciel pût reconnaître comme faisant ses délices ; maintenant il y en avait un. Pour nous aussi le voile est déchiré et le ciel est ouvert ; nous avons été oints et scellés du Saint Esprit comme Jésus l’a été ; le Père nous a reconnus comme ses fils bien-aimés déjà dans ce monde. Lui était tel de son propre et plein droit, digne de l’être en lui-même ; nous avons été introduits par la grâce et la rédemption : mais lui, entré au milieu de son peuple, montre quelle est la position qui, en lui, leur appartient : comme je viens de le dire, il en est le modèle. Quel bonheur ! quelle grâce ! Mais, remarquez-le bien, sa divine personne reste toujours telle, différence d’ailleurs qui ne se perd jamais, quels que soient son abaissement et sa grâce envers nous. Lorsque le ciel est ouvert à Jésus, lui n’a pas d’objet là-haut auquel il regarde pour fixer son attention. Il est lui-même l’objet que contemple le ciel. Lorsque le ciel est ouvert à son serviteur Étienne (comme il l’est à nous pour la foi), Jésus fils de l’homme est l’objet qu’il contemple. En grâce, le Seigneur prend place avec nous. Il ne perd jamais la sienne, ni pour son Père, ni pour le coeur du croyant ; plus nous sommes près de lui, plus nous l’adorons.

Remarquez encore ici une autre chose bien importante. C’est dans et par l’abaissement volontaire de, Jésus que toute la Trinité est pour la première fois pleinement révélée. Le Fils est là, l’objet spécialement en scène comme homme ; le Saint Esprit vient et demeure sur lui ; et la voix du Père le reconnaît : merveilleuse révélation associée avec la position que le Fils avait prise ! Le Fils est bien reconnu pour l’Éternel (Ps. 2) ; le Saint Esprit se trouve partout dans l’Ancien Testament ; mais la pleine révélation des trois personnes dans l’unité de Dieu — base du christianisme — est réservée pour le moment où le Fils de Dieu prend sa place au milieu des pauvres de son troupeau, sa vraie place au milieu de la race dans laquelle il trouvait ses délices, les enfants des hommes. Quelle grâce que celle du christianisme ! quelle place que celle où se trouvent nos coeurs, si, enseignés de Dieu, nous avons appris à connaître cette grâce et Celui dans lequel elle nous est parvenue ! Telle est donc notre position selon cette grâce, dans le Christ Jésus : devant Dieu notre Père rendus agréables dans le Bien-aimé.

 

5                    Chapitre 4

 

Toutefois, si telle est notre relation avec Dieu, nous sommes dans le combat ici-bas avec l’ennemi de nos âmes. Eh bien ! il faut que Jésus y entre aussi pour nous. C’est ce qui suit immédiatement : Jésus est conduit par le Saint Esprit dans le désert pour être tenté par le diable. S’il prend ou plutôt s’il fait notre place avec Dieu, il faut qu’il la prenne vis-à-vis de l’ennemi pour lier l’homme fort qui nous tenait captifs. Je ne sais, cher lecteur chrétien, si cette grâce vous frappe comme elle me frappe, mais elle me paraît tellement dépasser toute la portée de nos pensées, que l’essai de la reproduire en des paroles humaines pour attirer l’attention des âmes sur elle, ne fait que trahir la faiblesse qui en parle. Toutefois, poursuivons notre essai, puisqu’on peut l’étudier dans la Parole même, une fois l’attention ainsi attirée. Jésus prend donc notre position dans le combat : moment solennel où tout dépendait de sa victoire ! Il n’était pas possible, sans doute, qu’il ne remportât pas la victoire, mais si le second Adam avait succombé comme le premier, tout était fini, tout était perdu. Cela ne se pouvait pas ; cependant il a dû vaincre pour nous, et vaincre comme homme. C’est justement de cette position que l’ennemi veut le faire sortir, de la position de serviteur, d’homme comme tel. «Si tu es Fils de Dieu (et le Père venait de le reconnaître tel) dis que ces pierres deviennent des pains» ; agis en Fils ; il n’y a pas de mal à manger quand on a faim ; tu n’as qu’à dire ce mot et voilà de quoi satisfaire à tes désirs. C’était dire : fais ta volonté, sors de la position de serviteur que tu as prise. Pas un instant : il avait pris, étant en la forme de Dieu, la forme de serviteur, et il reste serviteur de son Dieu. Or, dans nos jours de mépris de la Parole, il est bon pour le coeur de remarquer comment Jésus répond. Un seul texte de cette Parole, des Écritures, suffit à la fidélité et à la toute-puissance du Seigneur ; à la sagesse du Fils de Dieu, un seul texte suffit pour réduire au silence le diable qui voulait le séduire. Le Fils de Dieu reste dans sa position d’homme serviteur, et la parole de Dieu dirige ses voies, en est le mobile. Il est écrit : «L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu». Quel bel et parfait exemple ! pas de mouvement de son coeur vers autre chose que vers l’autorité de son Dieu, duquel il s’était fait serviteur. La parole de Dieu sort de la bouche de Dieu ; les paroles sorties de sa bouche, que son nom en soit béni, dirigent l’homme. Christ se maintient dans sa place d’homme. «L’homme ne vivra pas de pain seulement». La Parole est la source de sa conduite, il en vit. Elle la dirige, sans doute, mais c’est elle qui met en mouvement sa volonté ; sans cela il ne fait rien. Il est venu pour faire la volonté de Dieu ; les paroles qui sortent de sa bouche déclarent cette volonté et mettent en mouvement l’âme de l’homme serviteur. C’est là l’obéissance de Christ. Le diable n’y peut rien. Il se tait. Souvenons-nous ici, quoique ce ne soient que des choses accessoires, que ce n’était pas dans le jardin d’Eden que ce combat fut livré ; pas au milieu des jouissances qui témoignaient de la bonté de Dieu. Le Christ avait subi déjà quarante jours d’épreuve, période solennelle d’exercice et d’endurance, comme nous le savons par Moïse et par Élie, ou d’une manière analogue par les quarante ans d’Israël dans le désert. Il avait été soustrait à l’état ordinaire de l’humanité, non point afin de le préparer pour la présence de Dieu, comme Moïse et Élie l’ont été. Il était dans le désert, loin des agréments qui, par la bonté de Dieu, restent à l’homme dans ce monde déchu ; aux prises, non avec des tentations spéciales, mais aux prises avec l’Ennemi. Sa position était telle que celle du monde dans sa réalité morale comme Dieu le voit : un désert où Satan domine (Marc 1:13). Éprouvé ainsi par amour pour nous, et pour accomplir les conseils de Dieu ; subissant pleinement, selon les voies de Dieu (car il était conduit par le Saint Esprit dans le désert), les peines qui venaient de la puissance de Satan dans ce monde, Jésus entre dans le combat spécial qu’il doit livrer à Satan, combat où nous avons à le suivre, mais contre un ennemi déjà battu. Il n’est pas las de son service de fidélité ; il reste homme serviteur, obéissant ; il reconnaît l’autorité absolue de la Parole, s’appuyant sur elle comme la base de toute sa conduite. C’est la simplicité qui est la perfection absolue. Satan est vaincu. Je le répète, un seul texte de la Parole suffit — quelles que soient les folles prétentions humaines — pour le Seigneur ; il suffit pour Satan. Qu’elle nous suffise aussi, cette Parole : seulement que Dieu nous accorde la grâce de nous en servir sous l’influence de l’Esprit de Dieu dont elle est le glaive, afin qu’elle soit efficace entre nos mains.

Mais pour oser obéir à Dieu dans ce monde, il faut savoir se fier à Dieu. C’est la seconde épreuve que subit pour nous le Seigneur. «Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas». Essaie si Dieu sera fidèle à sa promesse (Ps. 91:11, 12). Ç’aurait bien été aussi sortir du chemin de l’obéissance. Dans ce chemin-là il pouvait toujours compter sur Dieu, tandis que mettre Dieu à l’épreuve pour voir s’il serait fidèle, c’est ne pas se fier à lui comme assurément tel. C’est ce que veut dire l’expression tenter Dieu, et non pas aller trop loin en se fiant à lui (Ex. 17:7). La confiance est parfaite comme l’obéissance. Il s’attend à l’Éternel. Sûr que Celui-ci sera fidèle, qu’il l’est toujours, il n’a qu’à suivre le chemin de l’obéissance et dépendre de lui. Sa Parole dirigera ses pas et ses pensées, et sera accomplie dans ses promesses. Ce sont là les deux éléments de la vie du nouvel homme, de la vie de Christ en nous — obéissance, dépendance. Christ était parfait dans les deux ; et dans une obéissance qui avait la Parole, la volonté de Dieu, comme source de son activité, non pas seulement comme règle. Quand Satan présente traîtreusement la Parole comme un piège, la Parole suffit comme réponse parfaite pour conduire les pas et les pensées de l’homme.

Remarquez encore dans ces réponses si instructives du Seigneur, que, quand il s’agit des ruses du diable, la sagesse du Seigneur se borne à une simplicité frappante et qui consiste en ceci : qu’il n’a besoin de penser à rien qu’à son propre devoir. Cela suffit, et Satan n’y peut plus rien. «L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu». Voilà tout : mais c’est assez. Sa conduite est parfaitement tracée. C’est la soumission, le chemin marqué par les paroles de Dieu. Il n’entre dans aucune controverse avec l’ennemi : il s’y est trouvé plus tard avec les hommes. Ici, c’est le chemin parfait de l’homme obéissant, sa marche à lui. La parole de Dieu lui trace pour lui-même ce chemin, et le but est complètement atteint. Satan est vaincu.

Ensuite Satan se découvre : il ne s’agit plus de ses ruses. Il offre le monde et sa gloire au Seigneur s’il veut lui rendre hommage. Aux yeux de l’homme obéissant qui reconnaissait Dieu, c’était se trahir ; et, pour un tel homme, Satan manifesté n’a aucune force. Résistez au diable, il s’enfuira. Le monde est l’appât que Satan peut offrir pour qu’on le suive. L’homme qui ne veut que son Dieu est ici à l’abri de tout vrai danger. Toutefois, c’est encore par la Parole que le Seigneur répond. Elle est l’épée de l’Esprit pour l’homme : l’épée de Dieu, mais faite pour l’homme qui s’en sert par l’Esprit ; et, s’il ne cherche qu’à obéir, elle suffit pour la défaite certaine de l’ennemi des âmes. Le diable quitte le Sauveur ; et si l’homme a dû combattre et vaincre par une obéissance aussi simple, les anges de Dieu lui-même sont là pour le servir.

Il était impossible de ne pas faire remarquer l’instruction qui se trouve dans ces détails ; mais je désirais particulièrement attirer l’attention de nos lecteurs sur la manière dont le Seigneur a fait et pris notre place, des deux côtés pour ainsi dire ; du côté de Dieu : fils, oint du Saint Esprit, devant le Père, avec le ciel ouvert ; puis, dans le combat avec Satan, où en effet il a lié pour nous l’homme fort.

Le Seigneur, homme ici-bas, avait été reconnu par le Père comme son Fils bien-aimé, le ciel lui étant ouvert, et lui-même oint du Saint Esprit. Il avait présenté ainsi en lui-même la place que devaient tenir, selon les conseils de Dieu, ceux qu’il n’avait pas honte d’appeler ses frères. Pour eux, il était entré dans le combat que leur livre l’homme fort, et, l’ayant vaincu pour eux, il leur avait montré comment, par sa grâce, ils pouvaient vaincre à leur tour. Il va maintenant exercer son ministère au milieu du peuple, et, tout en annonçant l’évangile du royaume, piller l’homme fort qu’il avait lié. Mais, dès le commencement, la disposition de l’homme se manifeste : Jean-Baptiste est mis en prison. Jésus, de la Judée où il avait opéré, s’en va en Galilée au milieu des pauvres et des méprisés du peuple. Il demeure à Capernaüm, endroit qui même est appelé sa ville. C’est là, selon la prophétie (et Matthieu nous présente toujours Celui qui est le sujet de la prophétie), que la lumière doit briller. Ce n’est ni à Jérusalem, au milieu des orgueilleux chefs des Juifs, ni là où il était chez lui, qu’il commence son oeuvre. Les pauvres du troupeau, le témoignage de Dieu, l’esprit du Seigneur, parfait en sagesse spirituelle, s’unissent pour diriger ses pas vers l’endroit voulu de Dieu. Je ne dis pas que la prophétie ait dirigé ses pas, mais ses actes ont accompli la prophétie. Ce que Jésus annonçait était ce que Jean avait publié. C’était un appel à la repentance parce que le royaume des cieux était proche. Le trône de Dieu avait été établi sur la terre à Jérusalem ; l’Éternel l’avait quitté lors de la captivité de Babylone ; le siège du pouvoir suprême avait été transporté là, et cette puissance confiée aux nations. Mais les cieux devaient régner, et Dieu devait établir d’en haut sa puissance bienfaitrice sur la terre. Jusqu’à aujourd’hui il n’a pas pris sa grande puissance et agi en roi ; mais le roi est assis dans le ciel sur le trône du Père, et le royaume existe en mystère.

Il importe de remarquer ici qu’il ne s’agit pas seulement du salut de tel ou tel individu (bien que les choses puissent se lier ensemble, et se lient en effet comme Jean 3 le démontre), mais de l’établissement d’un système d’autorité, par lequel les cieux impriment leur caractère en bonheur sur la terre. Le rejet de Christ a introduit des choses meilleures et des relations plus intimes et plus entièrement célestes, mais le royaume s’établira avec un développement encore plus complet quand le Seigneur reviendra. Toutefois ce n’est pas la place ici de développer ce thème ; poursuivons notre évangile.

Le Seigneur se fait le centre d’un peuple qui s’attache entièrement à lui : principe important, droit qui n’appartient qu’à lui seul. Il prêche la repentance à tous : il faut revenir à Dieu en se jugeant, car Israël s’était éloigné de lui, et la crise de son histoire était arrivée. Mais outre cela, la puissante attraction de l’appel du Seigneur attachait les âmes à lui, en les faisant tout quitter et rompre tout autre lien. Emmanuel était là, et ceux qu’il appelait étaient à lui. L’appel devait les faire pêcheurs d’hommes.

Ensuite, tout le ministère de Jésus est en somme raconté dans les trois versets qui suivent, voire dans le seul verset 23. Plus on examine ces versets 17 à 23, plus on voit qu’ils contiennent, et avec intention, un résumé de tout le ministère du Seigneur ; les versets 24 et 25 nous annoncent l’effet de ce ministère en Palestine et dans toutes les contrées avoisinantes. Au reste, c’était un ministère accompagné d’une puissance propre à attirer leur attention. Il rassemblait des disciples autour de lui ; l’évangile du royaume était annoncé, et le caractère des miracles était aussi important que la puissance qui les accomplissait : c’était la puissance de Dieu manifestée en bonté sur la terre.

De grandes multitudes l’entouraient ; il importait que ses disciples, et même la multitude, comprissent quel était le vrai caractère de ce royaume qui allait être introduit et de ceux qui devaient y avoir part. Le ministère de Jean, du reste, avait détaché un résidu de la masse impénitente du peuple.

 

6                    Chapitres 5-7

 

Le Seigneur donc, voyant que sa doctrine avait attiré la foule, rassemble ses disciples et proclame les grands principes, les principes essentiels, qui devaient servir de bases morales à son royaume et caractériser ceux qui devaient y avoir part. Les seize premiers versets du chapitre 5 contiennent l’énoncé de ces principes, ainsi que le caractère et la position des vrais enfants du royaume ; ce qui suit, jusqu’à la fin du chapitre 7, consiste en avertissements contre les égarements du coeur de l’homme, et place les anciens dictons et préceptes qui avaient cours parmi les Juifs en contraste avec les exigences de moralité du royaume des cieux. Il s’agissait d’avoir le coeur pur et exempt de haine, et l’esprit soumis de telle sorte que son impatience ne surgit pas, et que son mal ne se fît pas jour dans le coeur même ; il s’agissait de la patience et de la douceur qui tient plus à conserver le caractère céleste que ses propre biens ; de la bonté, prête à donner et qui ressemble au caractère de Dieu lui-même, leur Père, qui aime sans qu’il soit aimé.

Ensuite (chap. 6), le Seigneur veut que les motifs soient purs, et que la prière se rapporte aux véritables relations d’alors des siens avec Dieu et aux désirs qui en découlent. Il veut que le but du coeur soit céleste et qu’il y ait confiance aussi en Dieu pour ce bas monde. Ensuite (chap. 7), il ne fallait pas juger quand il s’agissait des motifs, mais, d’autre part, il ne fallait pas se méprendre quand l’insolent mépris de Dieu et de la morale était là ; puis on devait exprimer sa dépendance et sa confiance diligemment, en présentant ses demandes à Dieu, et Dieu exaucerait comme un bon Père ; enfin, il fallait que l’obéissance pratique posât une base solide à l’espérance de l’avenir.

 

On le voit donc, il n’est pas parlé de la rédemption, ni du pécheur, mais du caractère qui convient au royaume, caractère nécessaire pour y entrer. L’état requis précède l’entrée du royaume. Il devait bien dépasser le pharisaïsme, car Dieu voyait le coeur. Israël était en chemin avec l’Éternel et devait se réconcilier avec lui. Le royaume des cieux allait être établi : voilà ce qu’il fallait pour y entrer. On avait affaire avec Dieu. Quant aux disciples, le Seigneur suppose l’opposition à leur témoignage et les combats ; ce qui donne lieu à la révélation de la partie céleste du royaume (chap. 5:11, 12).

Ainsi la partie positive de l’enseignement du Seigneur embrasse les promesses (comme v. 5) pour la terre, et pour les cieux les versets déjà cités. D’autres passages s’appliquent généralement à l’esprit voulu de Dieu, qui, pour le fond, est le caractère de Christ lui-même. Les disciples étaient placés comme le sel de la terre (de ce qui était en relation avec Dieu) en contraste avec toute corruption, et comme la lumière du monde, témoignage de Dieu à ceux qui gisaient dans les ténèbres du dehors. Leur témoignage devait être assez clair pour que les hommes sussent à quoi attribuer les fruits qui se manifestaient en eux. La place des disciples se dessinait ainsi clairement, comme un résidu appelé par la grâce.

Le sermon sur la montagne n’est nullement une spiritualisation de la loi. On n’y trouve que deux commandements auxquels on pourrait dire qu’il soit fait allusion, et cela même n’est pas vrai, car le Seigneur donne un enseignement qui ne s’accorde pas avec ce qui avait cours parmi les anciens, si même il ne le contredit pas ; et jamais il n’aurait parlé ainsi de la loi de Dieu. Il dit que chaque mot de la loi et des prophètes sera accompli. Il est venu, lui, pour les accomplir. Encore accomplir n’a-t-il nullement le sens d’obéir, mais tout simplement de ce qui est dit, d’accomplir. La désobéissance à la loi, quand elle était en vigueur, n’était pas le moyen d’entrer dans le royaume. Le Seigneur, aussi bien que l’évangile, confirme pleinement la loi comme venue de Dieu. Quand elle subsistait, lui obéir était le chemin de Dieu ; mais ici, tout en disant cela, le Seigneur met son enseignement en contraste avec les discours des temps de la loi. La porte étroite et le chemin étroit caractérisaient la marche des disciples ; leurs fruits démontreraient la vraie nature de ceux qui cherchaient à les en faire sortir.

Ce discours n’est pas la large grâce annoncée aux pécheurs, non plus que la rédemption, mais le chemin tracé pour les fidèles qui voudraient avoir part au royaume qui allait s’établir. On remarquera que le nom de Père est très distinctement employé dans ce discours du Sauveur ; comme il dit en Jean 17 : «Je leur ai fait connaître ton nom». Le Fils étant là, le nom du Père se révélait. C’est la mesure même de la conduite ordonnée aux disciples à l’égard des autres : «parfaits comme votre Père est parfait». C’est de ce nom que découlent les principes de leur marche dans ce monde. Ils étaient ici-bas, il est vrai, et lui dans le ciel, et ils s’adressaient à lui ainsi, mais le Père était révélé ; c’est du royaume du Père qu’ils doivent demander la venue.

 

Ayant présenté les grands principes du royaume des cieux, le Seigneur descend de la montagne. Alors commence la présentation à Israël de l’Éternel venu en grâce au milieu de ce peuple, Emmanuel, Dieu avec eux, ainsi que de tous les traits de bonté, de compassion, d’amour, révélés dans ses voies envers eux jusqu’à son rejet ; tableau de toute beauté et du plus profond intérêt ! traits que nous essaierons, autant que possible, de reproduire, tout en sentant combien la plume, hélas ! quelquefois aussi le coeur, quoique involontairement, y fait défaut. Mais avant d’entrer dans ce jardin divin pour jouir des fleurs et des fruits qui y croissent, ce sera bien de dire un mot sur le royaume et sur le discours que nous venons de résumer brièvement, en rapport avec le royaume.

Le royaume tout entier est en vue dans ses parties céleste et terrestre (chap. 5:5 et 12) ; et ce qu’ils doivent demander, nous l’avons vu, c’est le royaume du Père. Mais les disciples sont tous au milieu de difficultés et de persécutions, le sel au milieu de la corruption, la lumière dans un monde de ténèbres. La loi et les prophètes doivent être accomplis ; mais une autre chose est maintenant introduite. Tel devait être le royaume des cieux. Le roi était là dans un monde ennemi, et au milieu d’un peuple qui allait le rejeter ; mais le royaume des cieux ne pouvait avoir lieu : pour cela le roi devait monter au ciel, car le royaume des cieux est le royaume de Dieu lorsque le roi et le gouvernement sont dans le ciel.

 

7                    Chapitre 8

 

Nous avons dans ce qui précède une esquisse du ministère du Seigneur et des principes de son royaume. C’est là un tout complet. Dans ce qui suit, nous le voyons comme il s’est présenté personnellement au peuple, avec le résultat de cette présentation. Il est rejeté par Israël, et, pour le moment, Israël est remplacé par l’Église et le royaume, quoique reconnu de nouveau en grâce lorsque le royaume sera rétabli. Pour le moment, c’est la présentation personnelle du Seigneur au peuple avec les suites de cette présentation. Comme il descendait de la montagne avec la foule, un lépreux vint à sa rencontre. Or l’Éternel seul guérissait la lèpre. L’homme avait appris que Jésus possédait la puissance nécessaire, mais n’était pas assuré de sa bonne volonté. Si tu veux, dit-il, tu peux la guérir. Mais l’amour et la puissance se trouvaient là ; l’Éternel était là en grâce pour guérir. «Je veux, dit Jésus, sois net». À qui appartenait-il de dire : Je veux, sois ? À un seul, et la chose a été faite. Mais Celui qui l’a dit était aussi là pour s’approcher de l’homme comme étant homme lui-même. Il met sa main sur l’homme, il touche le lépreux. Beau tableau de ce qui était réellement là ! Dieu capable de tout faire, amour et bonne volonté pour le faire, mais homme au milieu d’une race contaminée qu’il a touchée dans sa grâce sans être rebuté par le mal, sans être contaminé par la souillure, bien qu’il la touchât pour la guérir ; et l’homme était guéri, car l’Éternel était là, homme au milieu de son peuple. C’est là le grand fait par lequel cette partie de cet évangile commence. C’est le fait essentiel de toute la chose — Emmanuel. Un autre élément l’accompagne. Il reconnaît l’autorité du système au milieu duquel il se trouve. Le lépreux guéri devait aller se montrer au sacrificateur ; mais, en le prononçant net et acceptant le sacrifice, celui-ci reconnaissait de fait la puissance divine de Celui qui avait ainsi guéri le lépreux. L’homme qui est vraiment de l’humanité, quoique sans souillure, et que le mal avec lequel il était en contact ne pouvait souiller, était Emmanuel, l’Éternel qui guérissait, mais entré par la porte et soumis à tout ce que l’Éternel avait ordonné en Israël.

Le second fait est un fait parallèle à celui-ci. Un homme d’entre les Gentils — avec une foi non rétrécie par cet égoïsme orgueilleux qui bornait tout aux promesses faites au peuple et aux privilèges qui leur appartenaient ; foi qui voyait la puissance divine, si elle était là, davantage dans sa propre largeur — demande à Jésus de guérir son serviteur. Une foi qui place un homme en la présence de Dieu, qui réalise sa présence, est toujours humble. Le Gentil ne s’estime pas digne que Jésus entre sous son toit. Le Seigneur n’a qu’à dire un mot : tout lui obéirait, comme ses propres soldats lui obéissent. Jésus reconnaît sa foi ; le mot est dit : le serviteur est guéri. Mais voici une autre grande vérité qui ressort de ce fait : la foi des Gentils est reconnue, et les enfants du royaume selon la chair seront jetés dehors. Là où Dieu se trouve, il ne peut pas se borner à un peuple particulier, tout en venant au milieu d’eux selon sa promesse ; et, qui plus est, il ne peut se renier lui-même ni changer de caractère. Si ceux qui étaient de son peuple ne répondaient pas à ce caractère, ils ne sauraient être avec lui ; or maintenant il se révélait lui-même, et était le centre nécessaire de tout ce qui pouvait être reconnu.

On le voit ensuite, présent dans cette puissance de bonté qui met de côté tous les effets du péché et de la domination de Satan dans ce monde. Un seul mot de Jésus, et les maladies cessent, et les démons s’enfuient, et les possédés sont délivrés. Ce n’est pas seulement la puissance, mais la bonté ; c’est Dieu présent, mais c’est en même temps l’homme qui avec une parfaite sympathie pour les hommes, porte leurs misères sur son coeur et se charge des peines de leurs infirmités. Il guérit ces infirmités en les sentant. On le voit gémir profondément au tombeau de Lazare, bien qu’il le ressuscite d’entre les morts.

Mais il n’en est pas moins vrai qu’il est le méprisé et le rejeté des hommes : le fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête, n’a pas le privilège des renards et des oiseaux dans ce monde. Il n’est pas de ce monde, et le suivre c’est rompre entièrement avec tout ce qui en est. Dieu venu dans ce monde, est venu parce que le monde était sans lui ; il faut qu’il ait un droit absolu sur le coeur, et cela pour le séparer de ce monde et de la chair qui s’était arrangée sans lui, et pour attacher le coeur entièrement à Celui qui était venu le chercher. Les motifs les plus puissants pour le coeur humain étaient nuls devant les droits de Dieu venu en grâce parce que l’homme était perdu. Ce n’est pas que Dieu ne reconnaisse pas les relations que lui-même a formées ; mais, quand elles veulent faire valoir leurs droits contre Celui qui les a formées, elles les perdent entièrement, car elles tirent ces droits de sa volonté : lui résister en les alléguant, c’est les détruire. Au reste, si le Seigneur est là, ses droits s’élèvent au-dessus de tout.

Le Seigneur ne cherche pas l’admiration de la foule. Il fait son oeuvre, mais une multitude curieuse n’est rien pour lui. Il passe à l’autre rive du lac. Mais accompagner le Sauveur, être vraiment avec lui, ce n’est pas la tranquillité, mais l’exercice de la foi. Une tempête s’élève et le bateau est couvert par les vagues. Selon les apparences, le Seigneur est étranger au péril des siens. Il dort, tandis que les disciples pensent être engloutis par les eaux. Ils avaient une certaine foi en lui, s’il était réveillé ; tout au moins pourrait-il s’occuper du danger. Mais, tout de même, quel manque de foi ! Penser que les conseils de Dieu et le Seigneur lui-même allaient être engloutis ensemble par un orage, ou, selon le monde, par un accident ! Ils étaient dans une même barque avec le Seigneur, objet de tous les conseils de Dieu. Les accidents n’arrivent point là, — pour ne pas dire nulle part. Un mot de lui calme les eaux et le vent. La compagnie du Seigneur, lorsqu’il est rejeté, nous conduit dans l’orage, et il semble laisser tout aller sans y faire attention ; mais, grâces à Dieu, nous sommes avec lui dans la même barque. Il exerce la foi et paraît être indifférent à l’égard des difficultés ; lui n’est pas inquiet, et sa grâce et sa puissance se réveillent au temps opportun. C’est le caractère du chemin dans lequel le Seigneur a introduit les siens en quittant la foule de ce monde.

Mais il y a plus. Venu avec puissance pour détruire l’oeuvre du diable, sa présence manifeste la puissance de l’ennemi ; celle-ci se réveille et se montre ; c’est même parce qu’il agit que le Seigneur permet la manifestation de la réalité de cette puissance. Les êtres immondes qui deviennent les vases de cette énergie de l’ennemi se précipitent dans la destruction ; un mot du Seigneur délivre celui que le monde ne pouvait retenir ; mais le monde ne peut pas supporter Dieu si près de lui, et, sous l’influence tranquille de Satan, plus dangereuse que sa force, il se débarrasse du Seigneur. Ce n’est pas de la puissance de Satan qu’il était question (pour cela il suffisait d’un mot), mais de son influence sur le coeur, oui, sur le coeur ; de même que le coeur de l’homme ne veut pas de Dieu. Ce qui manifeste Dieu, manifeste sans doute Satan, mais c’est la délivrance de ceux qui sont assujettis à sa puissance. Mais c’est Dieu, et l’homme ne veut pas de lui, alors même qu’il délivre. Telle est l’histoire du Sauveur, de Dieu, dans ce pauvre monde.

Nous venons de voir la présentation sommaire d’Emmanuel, du chemin de Jésus sur la terre ; la plénitude de la grâce, mais l’homme qui ne veut pas de Dieu. C’est bien en Israël que tout ceci a lieu (et c’est ainsi que cet évangile le présente), mais l’oeuvre s’étend au monde en grâce et en jugement. C’est un tableau remarquable de la présence d’Emmanuel et de son effet : la grâce, la bonté en puissance sur la terre, la manière dont cela a été reçu, et le résultat de sa manifestation pour le coeur de l’homme. Ce qui suit (chap. 9) est son ministère.

 

8                    Chapitre 9

 

Dans ce chapitre nous trouvons l’oeuvre du Seigneur, son caractère en grâce. Au chapitre 8, c’était sa personne (toutefois spécialement en Israël), mais rejetée. Le Seigneur retourne en sa propre ville (Capernaüm), loin de la scène qui a clos le dernier chapitre et qui est complète en elle-même : le monde le rejetant, et, lui, laissant le monde.

Maintenant on le voit de nouveau au milieu de son service en Israël. La foi apporte un homme frappé dans son corps. Le Seigneur est encore ici comme Emmanuel, cependant un homme au milieu d’eux, tandis qu’il se présente là avec la bénédiction promise de la présence de l’Éternel en grâce. Il ne s’agit point ici de la rédemption, quoique, certes, sans elle il ne saurait y avoir un tel pardon, mais de l’application du pardon en grâce au milieu d’Israël (comme on le voit au Psaume 103), car, pour la bénédiction présente, il faut qu’Israël soit pardonné. Le Seigneur vient avec cette bénédiction, ce qui est un témoignage direct du pardon. S’il en eût été autrement, le Seigneur aurait tout simplement guéri le paralytique, comme il l’a fait en d’autres cas. Ici l’Éternel, venant en grâce, pardonnait tous leurs péchés et guérissait toutes leurs infirmités. Le Seigneur annonce la présence de l’Éternel pour faire la première de ces choses, c’est-à-dire pour pardonner (v. 6). Les scribes murmurent en eux-mêmes. Quel autre que l’Éternel pouvait pardonner ? Mais Celui qui connaît les pensées était là et prouve par l’autre portion du même verset que le Seigneur était là dans la puissance de sa grâce. Il guérit sur-le-champ l’infirmité du malade.

Nous pouvons remarquer qu’en cela, comme dans le chapitre précédent, il prend le titre de Fils de l’Homme, son titre de prédilection en amour pour nous, titre d’une plus vaste portée que celui de «Christ», lequel, bien qu’il fût le Christ, il n’était pas venu prendre alors et qu’il ne prend jamais en Israël. Il est là comme Emmanuel L’Éternel, pour sauver son peuple ; mais sous le nom de Fils de l’homme, titre de toute importance. Celui qui prend le royaume en gloire depuis le ciel, qui même a toutes choses sous ses pieds, Christ, ne se présente jamais lui-même comme le Christ. Le Fils de l’Homme devait être fort pour Dieu (Ps. 80:17) ; toutefois, maintenant, il fallait qu’il souffrît. Quoique au milieu de son peuple, il faut que Dieu, lorsqu’il est ici-bas, prenne, dans sa nature et dans son oeuvre, sa position en rapport avec les hommes ; une position au-delà de toute relation selon la loi, comme rejeté sur la terre. «Le Fils de l’Homme a le pouvoir sur la terre de pardonner les péchés» ; aussi la foule dit-elle que Dieu donne «un tel pouvoir aux hommes» (v. 8).

Le pardon était donc là, ainsi que la grâce pour les pécheurs. Jésus était là dans ce caractère. Il va et mange avec les publicains, après avoir appelé Matthieu qui en était un. Ce n’était pas le dehors qui dirigeait sa marche. Dieu était là, et l’oeuvre devait être l’effet de sa présence et de sa grâce ; elle ne dépendait point de ce qu’il rencontrait. Il connaissait aussi le coeur et les vaisseaux à choisir pour les placer sous l’effet de cette grâce comme ses instruments. Mais le principe de l’oeuvre était le principe de sa grâce. Il était venu, non pour trouver, mais pour apporter ce qui était nécessaire. Les vaisseaux pour recevoir cela, en vue du service, étaient des vaisseaux choisis, connus de Dieu et disposés par la grâce en instruments nouveaux et appropriés.

Il est donc là, pardonnant les péchés et mangeant avec les pécheurs, mais il est l’Éternel qui guérit (Ps. 103:3). Cependant la révélation, quant à l’oeuvre, va plus loin. On ne pouvait enfermer celle-ci dans les vieilles formes juives, ni prendre ce qui se trouvait en elles comme des vaisseaux pour la contenir. Un publicain devait être un apôtre ; un pharisien devait apprendre qu’il fallait qu’il naquît absolument de nouveau. Aucune des vieilles formes de justice réellement en rapport avec la chair et l’homme dans la chair, ne pouvait recevoir le vin nouveau ; la doctrine de la grâce en puissance venait par Jésus Christ. Les vieilles outres appartenaient à la chair, mais ce qui était venu maintenant c’était la puissance divine en grâce ; et cette chose, complètement nouvelle, devait avoir ses propres vaisseaux. En outre, l’Époux était là : ce n’était pas, pour les fils de la chambre nuptiale, le temps de jeûner. Le temps pour cela viendrait. C’est une chose frappante de voir comment le Seigneur tient toujours sa réjection à lui comme partie intégrante de son histoire. Il faut que le Fils de l’homme souffre ; que l’Époux soit ôté. C’était l’Éternel là en grâce ; cela ne pouvait s’adapter aux vieilles outres et ne faisait qu’exciter la haine de l’homme et d’Israël ; d’Israël préférant ses outres, qui lui donnaient de l’importance, à Dieu lui-même, et à Dieu révélé en grâce.

Le récit suivant contient la véritable histoire d’Israël sur le point de mourir (*) ; Christ a affaire avec lui comme mort et il le peut ; mais ceux qui, en chemin avec lui, ont foi en lui, sont guéris complètement alors que tout autre secours faisait défaut. La vertu et la puissance de la vie étaient en lui, bien qu’en définitive il eût à vivifier un Israël réellement mort. Telle est l’histoire du ministère du Fils de l’homme — l’Éternel en Israël. Après cela viennent deux effets accessoires de son pouvoir quant à son caractère spécial à l’égard d’Israël, lorsqu’un appel lui est adressé comme au Fils de David. Toutefois (v. 27-34), le caractère général, bien que manifesté en Israël, va, dans sa nature, au-delà d’Israël — l’Éternel et le Fils de l’homme — et ceci est d’un intérêt profond ; mais il était le Fils de David en Israël.

(*) Arti eteleuthsen : «finit juste à présent» ;— «morte en ce moment». Nous savons que le père reçut en route la nouvelle qu’elle était réellement morte. «Arti» est le point jusqu’auquel le temps s’était étendu ; «nun», la chose existe déjà.

Au verset 27, nous entrons exclusivement sur le terrain israélite où l’esprit des chefs se manifeste pleinement, tandis que la patience du Seigneur continue encore en grâce. Les aveugles en Israël recouvrent la vue par la foi au Fils de David, et ici il est dans la maison (v. 28), et alors il ouvre là aussi la bouche des muets. L’attention de la multitude étant attirée, elle confesse qu’on n’avait jamais rien vu de pareil ; mais, s’il chasse la puissance du diable, les chefs du peuple appellent sa puissance celle du diable. L’esprit d’une impardonnable apostasie était déjà manifesté, mais Jésus n’avait pas fini son oeuvre de bonté en Israël. Il va par les villes et par les bourgades, enseignant, prêchant l’évangile du royaume, et opérant des guérisons. Son coeur était ému de compassion pour Israël, pour ces multitudes qui étaient comme des brebis sans bergers. Car, s’il était l’Éternel dans sa bonté, son coeur pouvait être ému de ce qu’il voyait comme homme, jusqu’à ce que cette bonté ne trouvât plus lieu à son exercice. Son temps, en grâce, ne trouvait pas d’obstacle dans la méchanceté de ses ennemis ; la moisson était encore abondante, les ouvriers peu nombreux. Oh ! combien, aujourd’hui encore, le coeur peut sentir cela ! Le Seigneur veut encore accomplir son oeuvre, avoir ses brebis. Notre part à nous est de demander au Maître de la moisson qu’il envoie ses ouvriers.

Nous avons vu, dans ce chapitre, la grâce de son ministère ; son véritable caractère : le ministère de l’Éternel venu en grâce, profitable pour la foi, mais qui aboutit à ressusciter des morts, et qui, en tant que chose actuelle, est rejeté et blasphémé. Sa personne et son oeuvre n’ont pas de place ici, sauf en grâce. Pendant qu’il peut travailler ainsi, il continue encore à s’occuper de tous ceux qui peuvent être atteints par sa grâce.

 

9                    Chapitre 10

 

Le Seigneur, touché de compassion envers les masses délaissées, avait dit à ses disciples de demander au Seigneur de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson. Mû par cette même compassion, il les envoie lui-même, car il est aussi Seigneur de la moisson ; mais il est toujours ici à la recherche des brebis perdues de la maison d’Israël. Il a toujours sa propre réjection en vue ; mais il agit encore dans le cercle des promesses ; il n’en sort pas, tout en annonçant qu’on viendrait de l’occident et de l’orient. Le serviteur accomplit son service dans les limites de sa mission ; mais Dieu et sa grâce ne sauraient être ainsi bornés. La grâce de sa divinité et ses droits percent à travers l’humiliation à laquelle il s’est assujetti ; cependant il sert encore dans ces limites, et renvoie ses disciples dans le champ où il cherche encore ses brebis. Ils ne doivent pas aller par le chemin des Gentils, ni entrer dans une ville des Samaritains. Ils devaient annoncer l’arrivée prochaine du royaume des cieux, puis exercer la puissance que Jésus leur avait confiée : celle de détruire parmi les hommes toute la puissance de l’ennemi, jusqu’à celle de la mort elle-même. Remarquez ici, que non seulement Jésus faisait des miracles, mais qu’il pouvait conférer le pouvoir d’en faire. C’était la puissance divine qui se révélait dans sa personne, tout en servant. Comme il avait été envoyé, il envoyait.

Le discours du Seigneur se divise en deux parties : l’une se rapportant à la mission dans laquelle étaient engagés les disciples dans ce moment-là ; l’autre, plus générale, se rapportant en même temps au service qu’accompliraient ses disciples après sa mort, voire jusqu’à son retour ; à la présence du Saint Esprit et au retour du Fils de l’homme, mais toujours à un service rendu au milieu d’Israël, quoique l’effet dût s’en étendre jusqu’aux Gentils — par le moyen même de la persécution suscitée par les Juifs. La première partie s’étend du verset 5 jusqu’au 15°. La seconde, du 16° jusqu’à la fin, comprend les principes généraux de leur position.

 

Comme les disciples allaient, envoyés de la part de Dieu et munis de sa puissance, pour renverser toute celle de l’ennemi, ils devaient aussi se confier entièrement en lui, ne rien prendre avec eux, ne pas faire provision de ce qu’il fallait pour leur voyage. Emmanuel présent, disposait les coeurs et prenait soin d’eux. Le temps viendrait, sans doute, où il n’en serait pas ainsi (voyez Luc 22:35 et suiv.). Toutefois ils devaient demander, en entrant dans une ville, qui y était digne, puis demeurer là jusqu’à ce qu’ils s’en allassent de la ville. C’était, on peut le dire, le dernier témoignage rendu à Israël. Il y eut bien encore les soixante-dix, la dernière fois qu’il monta à Jérusalem, mais il n’en est pas question dans cet évangile. Le Seigneur avertissait le résidu en Israël. En souhaitant la paix à une maison, si un fils de paix y demeurait, la paix y resterait ; sinon elle reviendrait sur eux. Ce n’est pas l’évangile envoyé au monde, aux pécheurs, mais l’évangile du royaume envoyé à ceux qui avaient des oreilles pour écouter en Israël. Ensuite, là où ils n’étaient pas reçus, ils devaient secouer la poussière de leurs pieds. On voit ici le caractère final du témoignage qu’ils devaient rendre. Le jugement d’une telle cité serait plus terrible que celui de Sodome et de Gomorrhe. Ici se termine la première partie de leur mission. Le Seigneur lui-même les envoie, avec la conscience, et il l’exprime, qu’il les envoyait comme des brebis au milieu des loups, et qu’il leur faudrait être sages comme des serpents et simples comme des colombes ; conseil impossible à suivre, si ce n’est par ceux qui sont enseignés de Dieu.

Le monde peut être prudent en connaissant le mal ; le coeur peut être simple par ignorance et se trouver trompé. Le chrétien peut être prudent, sage par la sagesse de Dieu qui le dirige, et simple parce qu’il marche selon la vie qui est en lui, et n’exprime autre chose que ce qui s’y trouve de fait. Les deux choses se lient, parce que, par la possession positive du bien, on discerne le mal ; alors les pièges ne réussissent pas, parce que les motifs qui engagent les hommes à y toucher n’exercent aucune influence sur notre coeur. On garde la simplicité, parce qu’on agit selon ce qu’on est. On est prudent, parce que, sachant qu’on est au milieu du mal, on l’évite par l’intelligence qui appartient à la spiritualité. Ce n’est pas la simplicité de l’ignorance, c’est le bien qui évite tout ce qui le ferait sortir de sa vraie position devant Dieu. Mais (mot terrible pour l’homme) : «Soyez en garde contre les hommes», dit le Seigneur. Tous sont maintenant jetés comme tels dans la même masse. Il ne dit pas : «Des hommes d’Israël». C’était bien en Israël qu’ils travaillaient ; mais Israël est fondu dans la masse de l’iniquité humaine. Dieu pouvait penser à Israël et à ses promesses ; mais, par le fait, le coeur de l’homme était là le même qu’ailleurs. La malice des autorités judaïques les forcerait à comparaître devant elles, et même devant les tribunaux des Gentils ; et ainsi la malice humaine contribuerait à porter leur témoignage jusqu’aux couches supérieures de la société. C’est ainsi que Dieu porte son témoignage dans les hauts parages du monde et non pas en mondanisant les siens ; — mais là Dieu serait avec eux.

Ici nous voyons clairement que cette partie du chapitre se rapporte au temps où le Seigneur serait absent. Ce serait l’Esprit de leur Père qui parlerait en eux. Alors la haine du coeur humain contre le témoignage de Dieu, se montrerait en poussant les hommes à rompre tous les liens que Dieu a formés lors de la création ; les affections naturelles du coeur humain se changeraient en une antipathie positive. Plus la relation serait intime, plus la haine serait acharnée. Il y a des droits dans ces relations ; mais, maintenant, ce seraient les droits de la haine : le frère livrerait son frère à la mort.

Quel solennel effet du rejet du Christ, seul vrai lien de l’homme avec l’homme, parce que la volonté est restreinte et Dieu reconnu ! Dieu peut retenir la bride, et il l’a fait en miséricorde ; mais quand Dieu est rejeté en grâce, il ne reste plus que la manifestation du coeur de l’homme tel qu’il est. La nature ne bride pas la nature, et le témoignage de Dieu, quand Dieu est rejeté, ne fait que réveiller la haine de celui qui ne veut rien de Ses droits, qui ne veut pas qu’il en existe, parce qu’il sait qu’il a abandonné Dieu. Néanmoins, sa grâce poursuit son oeuvre pour arracher les âmes au mal.

Si les disciples étaient persécutés dans une ville, ils devaient aller dans une autre ; ils n’auraient pas accompli leur tâche en Israël avant que le Fils de l’homme fût venu. Ainsi nous voyons que ce témoignage des disciples en Israël s’étend jusqu’au retour du Seigneur. Interrompu par la destruction de Jérusalem, et inachevé, il doit cependant s’accomplir. Un autre témoignage fut suscité par Dieu dans la personne de Paul, l’apôtre de l’incirconcision ; mais ici nous avons la mission antérieure des disciples, formellement limitée à Israël ; les Gentils en sont exclus. Les disciples devaient s’attendre à l’opprobre ; ils n’étaient pas au-dessus de leur maître que les adversaires avaient déjà appelé Béelzébul. Leur part était de se fier à Dieu, quels que fussent les complots cachés de leurs ennemis ; tout serait mis en lumière ; eux devaient agir comme étant déjà dans la lumière. Ils ne devaient pas craindre. Premièrement, ils devaient plutôt craindre celui qui pouvait jeter corps et âme en enfer que ceux qui ne pouvaient rien faire que tuer le corps ; mais, de plus, sans leur Père, sans Celui qui les gardait comme un père, pas un passereau ne tombait à terre. Ils avaient plus de valeur à ses yeux que bien des passereaux. Enfin, celui qui confesserait Jésus devant les hommes, Jésus le confesserait devant les anges de son Père. Ce sont les trois motifs qu’il donne pour leur fermeté ; mais ils ne devaient pas penser qu’il fût venu mettre la paix sur la terre. Comme résultat final, il le fera, lorsqu’il régnera comme Prince de paix ; mais un Sauveur rejeté est autre chose. Il serait l’occasion d’une guerre intestine dans la maison. Voilà le triste effet de l’arrivée de Dieu et de la vérité sur la terre. L’homme ne supporterait ni l’un ni l’autre, surtout pas dans sa maison. D’un autre côté, Jésus était, lui, la pierre de touche pour le coeur. C’en était fait de l’homme selon la nature, nature que Dieu reconnaissait pleinement en elle-même, mais qui était tombée en ruine, Christ étant rejeté, lui, la clef de voûte, si cette nature avait pu être bénie. Dès lors, tout dépendait de Jésus seul ; si l’homme, par sa haine, violait les relations naturelles, les disciples, dévoués à Jésus, devaient être au-dessus de la nature par la grâce. Il était, il est tout : quand il s’agit de lui, tout doit céder, et cela non seulement à l’égard des relations naturelles, mais à l’égard de soi-même (et c’est toujours le moi qui est en question). Désormais, il faut charger sa croix et suivre Christ : qui trouverait sa vie pour lui-même, la perdrait ; et qui la perdrait pour l’amour de Christ, la sauverait. Tout dépendait maintenant, dans un monde déchu et jugé, de la réception de la Parole, de l’estimation qu’on en faisait, et de la justice selon Dieu. Celui qui recevait un prophète en qualité de prophète, avait aux yeux de Dieu la valeur morale de la parole que portait le prophète ; car il aimait la parole de Dieu, telle qu’elle était présentée de la part de Dieu ; il en était de même pour la justice pratique.

Les cérémonies n’avaient abouti à rien. Il s’agissait de la parole de Dieu et de ce que Dieu aimait, dans un monde qui avait rompu avec lui. Ne fût-ce qu’un verre d’eau, donné à cause de Christ, l’âme qui le donnait aimait Christ ; elle ne serait pas oubliée. C’est par rapport aux voies de Dieu au milieu d’Israël, que toutes ces choses sont développées ; c’est à l’oeuvre des disciples en Israël que s’appliquent les instructions données aux douze, mais quelles instructions pour nous tous, quant à l’effet du rejet de Christ ! Le chapitre qui suit nous fait voir le changement qui est survenu historiquement, lors du rejet du Christ par l’homme, et la place que prend le Christ, seul resté debout devant Dieu, au milieu de la ruine du monde et d’Israël.

 

10               Chapitre 11

 

Jean, maintenant en prison, soulève la question de savoir si Jésus était bien le Christ, puisque aucune délivrance n’était opérée pour Israël. Ce n’était pas un manque de confiance dans la parole du Seigneur, puisque Jean s’en rapporte à cette parole ; mais tout est changé dans les relations entre Jean et Christ et Israël. Quant à l’intelligence, Jean, probablement, comme individu, était embarrassé, et l’effet de cet embarras était d’échanger son rôle de prophète contre une question de foi individuelle. La tournure que prennent les choses et que Jésus leur donne, est selon la sagesse divine. Pleinement reconnu de Jésus comme plus que prophète, Jean doit croire individuellement en Jésus, selon le témoignage que Jésus donne de. lui-même : Puissant pour tout accomplir, plein de grâce pour penser aux pauvres, pour leur apporter l’Évangile, mais déjà rejeté, tandis qu’un petit résidu est reconnu par ces paroles : «Et bienheureux... quiconque n’aura pas été scandalisé en moi». De sorte que nous avons encore ici l’Éternel, pierre d’achoppement en Israël, mais sanctuaire pour ceux qui se confieraient en lui. Jean doit recevoir Jésus sur ce témoignage ; ensuite c’est l’Éternel qui reconnaît son serviteur ; c’est Christ qui rend témoignage à Jean, et non pas Jean à Jésus.

Le témoignage des deux avait été rendu ; les chants lugubres de Jean et le son attrayant de la flûte avaient été entendus sur la place publique, mais Israël ne voulait ni s’humilier pour les premiers, ni se réjouir de l’autre. Tout cela avait pris fin. Seulement il y avait un résidu selon la grâce, et la sagesse de Dieu avait été justifiée dans ces deux genres de témoignage, et cela au moyen «des enfants de la sagesse». Jésus restait seul dans sa grâce : l’Éternel dans le monde (dans un monde où l’homme avait montré qu’il ne voulait rien de lui), pour manifester ce qu’il était en lui-même, relativement aux besoins de ceux qui, dans un monde pareil, avaient fait la découverte de ces mêmes besoins et de leurs misères. Le monde avait été mis pleinement à l’épreuve par Jésus. Lui-même savait qu’il n’y avait rien ici-bas pour consoler un coeur éprouvé ; il savait que son esprit avait été comme la colombe envoyée par Noé, dans une grâce qui brillait avec d’autant plus de splendeur que le monde était plus ténébreux. Alors Jésus se présente à toute âme travaillée, comme la ressource, mais comme une ressource parfaite pour ses besoins. Il donne le repos dans la révélation de l’amour du Père en sa personne ; puis, dans la parfaite soumission d’un coeur incliné sous la volonté de Dieu, il donne le repos dans la vie pratique. Mais les détails demandent un peu plus d’attention.

Le Seigneur n’était nullement insensible à son rejet ; il le sentait profondément, bien que ce fût dans un esprit de grâce. On le voit pleurer plus tard sur l’obstination finale de Jérusalem ; son coeur, rempli d’amour, pensait avec douleur à l’endurcissement de Jérusalem, en voyant la cité bien-aimée, mais méchante, rejeter le dernier effort de Dieu pour la ramener et la bénir. Ici (v. 20-24), le sentiment de son coeur était un peu différent. Il avait déployé sa puissance en bénédictions et en témoignage, mais tout avait été en vain. Il leur reprochait la dureté de leur coeur. Il s’était dépensé pour eux, mais leur coeur était resté insensible. Ni Tyr, ni Sidon, ni Sodome, ni Gomorrhe, ne seraient restées insensibles dans les mêmes circonstances ; elles se seraient repenties, depuis longtemps, sous le sac et la cendre. Leur jugement en serait d’autant plus terrible ; mais alors, et dans la même heure, il accepte tout de la main de son Père. Soumission parfaite ! Son Père, ayant trouvé bon d’humilier l’orgueil de l’homme, avait caché ces choses aux sages et aux intelligents, et les avait révélées à de petits enfants. Aux yeux de Dieu, ces voies étaient bonnes, et Jésus les accepte sans question.

Alors, dans cette parfaite soumission de l’homme, s’ouvre devant lui toute la vérité de sa gloire, de la position relative d’Israël et de lui, ainsi que de sa propre position vis-à-vis des hommes. Le Fils de Dieu était là ; toutes choses lui étaient données de la part du Père, et personne ne connaissait le Fils, si ce n’est le Père. Il était selon la vérité de sa personne, que personne ne le connût. La divinité du Fils est sauvegardée, dans son humiliation, par l’inscrutabilité de sa personne. Le témoignage rendu à ce que les hommes en Israël étaient appelés à croire, avait été accepté par ceux auxquels le Fils avait voulu le révéler. Cependant la pleine vérité allait beaucoup plus loin ; elle sortait de l’obscurité, maintenant que le témoignage de Jean, de Christ et de ses oeuvres, était rejeté. Lui était inconnu ; mais c’était lui qui révélait le Père. La grâce souveraine de Dieu dans cette révélation est alors manifestée. On n’avait qu’à venir au Fils et on aurait le repos. Ce n’était plus le royaume en Israël, mais, par la révélation du Père, le repos de l’âme fatiguée. Ainsi c’était Dieu en grâce pour celui qui en avait besoin, — le Fils révélant le Père.

Mais il y avait un autre élément dans ce touchant tableau de la grâce. La soumission parfaite d’un homme humble de coeur avait été l’occasion de la révélation de la gloire et de la grâce dans sa personne : il en est de même en Jean 12 ; il en est toujours ainsi. La soumission aux voies de Dieu ouvre la porte à la connaissance de sa grâce et de sa gloire. Or il en était ainsi de Jésus homme, et il engage ses auditeurs à prendre ce joug qu’il avait porté lui-même, et à apprendre de lui, dans cette manifestation de soumission et de pauvreté d’esprit ; ils trouveraient ainsi le repos de leurs âmes. C’est la grâce parfaite, la révélation du Père dans le Fils, qui donne le repos aux coeurs fatigués de ce monde de péché. C’est la soumission parfaite de la volonté qui donne la paix pratique du coeur, pendant qu’on traverse ce monde. C’est Christ-Fils révélant le Père, Christ homme parfaitement soumis au joug, qui donne le repos et la paix.

 

11               Chapitre 12

 

Dans ce chapitre, nous trouvons le rejet final du système judaïque et de ceux qui étaient à sa tête. Christ rompt avec le système, il en juge les chefs ; il se place au-dessus du sabbat, qui était le sceau de l’alliance, annonce la ruine complète de la génération perverse d’Israël, et refuse de reconnaître ses liens selon la chair avec ce peuple. Il ne veut reconnaître que les disciples amenés par la Parole et qui avaient suivi cette Parole. Mais il faut étudier le chapitre de plus près.

Les pharisiens blâmaient les disciples de ce qu’ils avaient cueilli des épis et les frottaient entre leurs mains. Le Seigneur répond que, lorsque David, l’oint de Dieu, avait été rejeté, la loi de Moïse avait perdu sa force. Les sacrificateurs aussi, quand l’occasion le demandait, violaient le sabbat. Enfin, il y avait là quelqu’un de plus grand que le temple : le Dieu vivant lui-même, faisant de l’homme son temple. Ensuite, ils auraient dû comprendre ce qui est dit, que la miséricorde se glorifiait en se mettant au-dessus du jugement. De plus, le Fils de l’homme était Seigneur du sabbat ; il était au-dessus du système qu’il avait établi lui-même comme l’Éternel, et son caractère de Fils de l’homme le plaçait en dehors et au-dessus des droits que l’ancienne alliance avait sur l’homme, ainsi que du repos qu’elle exigeait, mais qu’elle ne pouvait donner. Au reste, il montre leur hypocrisie en ces choses, dans le cas de l’homme qui avait la main sèche : l’amour et la bonté de Dieu sont au-dessus des cérémonies, quelque saintes qu’elles soient. Ainsi, sa personne rejetée, comme l’avait été David, est au-dessus du système judaïque ; et la bonté de Dieu ne peut pas céder les droits souverains de sa grâce divine envers l’homme. Mais le temps du jugement n’était pas encore là. On n’entend pas sa voix dans la rue, jusqu’au moment où il l’élèvera en jugement dans le temps de sa gloire, et où il enverra ce jugement, victorieux de toute opposition ; jusqu’au moment enfin où les Gentils se confieront en lui. Il chasse encore un démon. Alors l’hostilité sans conscience et sans coeur des pharisiens éclate ; ils ne peuvent pas nier le miracle, mais, plutôt que de reconnaître Jésus, ils l’attribuent à un démon ; c’est-à-dire que, reconnaissant malgré eux que la puissance de Dieu était là, ces adversaires de Dieu appellent le Saint Esprit, par lequel le miracle se faisait, un démon. Pour ceci il n’y avait pas de pardon.

Ensuite, le Seigneur en vient à la condamnation complète des Juifs. Remplis d’incrédulité, ils demandent un signe, eux qui, plutôt que de le croire, venaient d’attribuer le signe au démon ; mais le Seigneur ne leur donne aucun autre signe que celui de Jonas, préfiguration de son séjour dans la tombe, mais signe que maintenant c’était trop tard pour eux ; que Celui qu’ils avaient déjà rejeté était le Fils de Dieu ; enfin, que toute relation avec cette génération était terminée pour toujours. Il cite les gens de Ninive et une reine du Midi qui se lèveraient en jugement contre cette génération, car un plus grand que Jonas ou que Salomon était là.

Il me semble qu’un sentiment de profonde affliction perce à travers les paroles de Jésus, à la vue de l’incrédulité des conducteurs d’Israël ; d’aveugles qui prétendaient conduire des aveugles. Mais le temps du jugement était venu, et le Seigneur prononce ce jugement. L’esprit immonde était sorti de ce peuple : l’esprit d’idolâtrie, je n’en doute point, car, depuis la captivité de Babylone, ils n’étaient pas tombés dans l’idolâtrie. Néanmoins le démon avait besoin, pour ainsi dire, de ce peuple où le nom de Dieu se trouvait, mais où Dieu n’était plus, car ils l’avaient rejeté lorsqu’il était venu au milieu d’eux dans la personne de Jésus. La maison était vide, balayée et ornée ; les formes religieuses et la piété extérieure s’y trouvaient ; mais Dieu n’y était pas. L’esprit immonde rentrerait avec sept esprits plus méchants que lui-même et y demeurerait, et le dernier état serait pire que le premier. L’état final du peuple, au moins de la génération perverse, serait plus mauvais que lors de ses péchés précédents. Déjà, après la mort du Seigneur, ils se sont montrés comme les porcs de Génézareth, mais ces paroles-ci auront leur accomplissement à la fin du siècle, lorsque les Juifs seront de nouveau idolâtres, et que toute la puissance du démon sera développée sous l’antichrist.

Il est bon qu’on comprenne, chacun pour soi-même, que si un vice est vaincu sans Dieu, rien n’est réellement gagné. On peut chasser un vice grossier par un péché plus subtil : si ce n’est pas vraiment l’oeuvre de Dieu dans le coeur, celui-ci peut en être endurci et Satan y régnera plus que jamais. Le Seigneur applique ce qu’il dit ici à la génération qui l’a rejeté, aux Juifs incrédules et pervers auxquels Dieu a caché sa face pour en voir la fin (Deut. 32:20).

Ensuite (v. 46) ceux qui étaient l’expression du lien par lequel il était attaché selon la chair au peuple juif, viennent en faisant valoir ce lien. Le Seigneur ne veut pas les reconnaître ; mais, indiquant ses disciples, il dit : «Voici ma mère et mes frères» ; les relations que je reconnais sont celles qui sont formées par la parole de Dieu. Ouant à l’histoire des Juifs, tout était fini. La grâce pouvait continuer, pouvait relever le peuple dans un résidu reconnu de Dieu ; mais, quant à la responsabilité, l’histoire du peuple était finie.

Le Seigneur ne cherche plus du fruit sur un arbre démontré mauvais ; il se montre, au bord de la mer, comme un semeur apportant ce qui, reçu dans le coeur, produirait du fruit. Dès lors ceci introduisait le royaume des cieux où les Gentils pouvaient avoir part.

 

12               Chapitre 13

 

Le chapitre auquel nous sommes arrivés a été si souvent traité, que je n’aurai pas besoin de m’étendre beaucoup sur les détails ; il nous faudra seulement un aperçu général sur la position qu’il tient dans l’évangile, et quelques mots sur la dernière parabole.

Nous avons vu le Seigneur prononcer sur le peuple juif un jugement qui s’étend jusqu’au dernier temps, et rompre, en tant que venu en chair, toutes ses relations avec lui. Les chefs du peuple avaient blasphémé contre le Saint Esprit et amené ce jugement sur le système tout entier, bien que la patience de Dieu cherchât encore tous ceux qui avaient des oreilles pour écouter. Le Seigneur ne cherchait plus de fruit dans sa vigne ; après tous ses soins il n’y avait que du verjus. Tel était réellement l’homme, car Israël, c’était l’homme placé sous la loi, avec tous les avantages que Dieu pouvait lui prodiguer. Dans l’épreuve à laquelle l’homme avait été ainsi assujetti, deux choses avaient été démontrées : qu’il ne pouvait pas atteindre à la justice selon la loi ; et qu’il ne voulait pas recevoir Dieu venu en grâce, manifesté dans l’humanité pour gagner l’homme, et exerçant une puissance suffisante pour guérir tous les maux auxquels l’homme avait été assujetti par le péché.

Il sort donc de la maison (signe, je n’en doute pas, de ce changement immense dans les voies de Dieu), s’assied dans une nacelle, sur la mer, et se présente comme un semeur ; c’est-à-dire, comme ne cherchant plus de fruit, mais apportant avec lui, dans ce monde, ce qui devait en produire. Le Seigneur ne va pas plus loin que la parole du royaume. Les versets 10-17 constatent le jugement du peuple selon la prophétie d’Ésaïe, dont le Seigneur, dans sa patience, avait si longtemps différé l’accomplissement ; puis la séparation d’un résidu reconnu du Seigneur, résidu dont les oreilles et les yeux étaient ouverts par la grâce.

Il est bon de rappeler qu’il y a sept paraboles : la première n’est pas une similitude du royaume ; les autres le sont. De celles-ci, les trois premières nous présentent la forme que prendrait le royaume dans le monde ; les trois dernières, les pensées de Dieu en établissant de cette manière le royaume, et puis le résultat de tout à la fin du siècle. La première s’occupe des individus et de l’effet visible de la Parole. Il n’est pas question de l’oeuvre du Saint Esprit, ce qui se trouve enseigné ailleurs, sans doute, mais ici c’est l’oeuvre extérieure de Christ comme semeur ; puis l’effet, le résultat, en tant que manifesté sur la terre. Nous avons bien ici la parole du royaume, mais ni le royaume, ni la fin du siècle. Christ sème ; et voici le résultat dans ce monde, dans l’homme sur la terre : la semence produit du fruit dans un cas sur quatre. Dans le premier cas, la semence ne pénètre pas du tout. Satan l’enlève aussitôt qu’elle est semée : c’est la légèreté du coeur, son indifférence qui ne reçoit rien. La Parole n’est pas comprise, le coeur est occupé d’autre chose. Toutefois, c’est une parole adaptée à l’homme et semée dans son coeur. Dans le second cas, au contraire, le coeur est, pour un moment, gagné quant à ses sentiments ; mais la conscience n’est pas atteinte, il n’y a pas de racine : la doctrine a été reçue pour la joie qu’apporte le message ; puis, dès que la Parole apportait les souffrances à la place de la joie, le coeur n’en voulait plus. il n’y avait pas un vrai besoin. Le Saint Esprit produit toujours des besoins. Ce n’était pas comme lorsque les apôtres disaient : «Seigneur, à qui irions-nous ?». Dans le troisième cas, le monde a étouffé le bon grain. Hélas ! Il n’y a pas besoin d’explication ; cela se voit tous les jours. C’est pourtant un mal plus subtil : le monde, les affaires, n’ont pas l’air mauvais comme le péché grossier ; néanmoins la Parole est étouffée et ne produit rien.

Le danger et la tendance de ces choses se trouvent chez le chrétien. Selon la mesure dans laquelle le monde exerce de l’empire sur lui, sa vie en souffre. Il n’est pas mort, soit ; mais il dort, il ne comprend pas les choses spirituelles, ne les voit pas, n’en jouit pas. Malheureux en présence des chrétiens spirituels, il ne jouit pas des choses dont ils jouissent et même il souffre des reproches de sa conscience ; s’il va avec le monde, il souffre aussi dès qu’il y réfléchit. Sa conscience lui reproche son manque de fidélité ; comme un malade qui souffre, il n’est pas mort, car alors il ne souffrirait pas, mais c’est un triste moyen de savoir que la vie est là. Dans le quatrième cas, la Parole est comprise ; elle pénètre, croît, et produit du fruit à des degrés différents en différentes personnes. Dans le premier cas, la Parole n’était point comprise ; dans ce cas-ci, il est dit qu’elle est comprise ; dans les autres cas, ce point n’est pas touché. Dans le premier cas, on voyait que rien n’avait pénétré. Dans les deux suivants, il y en avait l’apparence ; mais il n’en était rien : la plante périt sans fruit. Dans le dernier cas, la semence se développe dans l’intérieur du coeur et le fruit est produit — précieux effet ! — selon la nature de ce qui a été semé, fruit pour Celui qui a semé la semence et pour celui qui l’a reçue ! Il n’y a pas de jugement. Le Seigneur constate les faits patents, en contraste avec sa vigne et son figuier où il cherchait du fruit ; en contraste aussi avec le royaume ou l’état de choses dans le monde, et leur résultat qui est le jugement, à la fin.

La première des six paraboles suivantes (v. 24-30) montre l’effet des semailles dans le monde jusqu’à la fin du siècle, mais on n’y voit pas l’exécution du jugement final ; cela se trouve, ainsi que la manifestation de la gloire, dans l’explication donnée aux disciples dans la maison (v. 36-43). On doit remarquer que, dans la parabole du semeur, celui-ci n’est pas nommé, parce qu’il s’agit de l’effet de la Parole dans le coeur de l’homme, quel que soit celui qui l’a semée. Ici, par contre, nous avons une similitude du royaume, et celui qui sème prend, non pas le caractère de Christ (nous avons vu son oeuvre terminée par son rejet, car le Christ, cherchant du fruit, était venu pour être reçu en Israël), mais le caractère de Fils de l’homme. Celui qui sème est le Fils de l’homme ; le champ est le monde ; mais j’anticipe.

Nous avons encore ici le caractère général de l’oeuvre que le Seigneur faisait : il semait ; nous n’y avons pas le résultat personnel dans l’individu, mais bien le résultat public dans le monde. Il a semé de bonne semence dans son champ ; et ici la responsabilité de l’homme est en question dans le résultat produit : or, pendant que les hommes dormaient, l’ennemi est venu et a semé de l’ivraie. Cela n’empêchait pas que le bon grain ne fût pour le grenier ; mais cela gâtait l’ensemble de la récolte dans le champ, et le mal qui avait été fait était sans remède. Il est défendu aux serviteurs d’arracher l’ivraie, de peur qu’ils n’arrachent le bon grain avec elle. C’est bien ce qui est arrivé quand on a voulu arracher l’ivraie. Les deux devaient croître ensemble jusqu’à la moisson. Le royaume des cieux présentait dans ce monde une récolte gâtée, fruit, d’une part, de l’oeuvre du Seigneur, de l’autre, de l’oeuvre de l’ennemi. Or, dans la parabole, nous avons seulement ce qui arrivera dans le royaume avant la manifestation du roi et avant l’exécution du jugement par lui. Quand lui sera manifesté, et que le jugement public sera là, il n’y aura plus de paraboles ; le mystère de Dieu sera terminé. Dans les paraboles nous avons des mystères : ce qui exige une révélation pour qu’on puisse les connaître. L’exécution du jugement est en elle-même la révélation la plus éclatante. Dans la parabole, nous avons donc à la fin, en général, le temps de la moisson ; puis l’ivraie est premièrement rassemblée en faisceaux pour être brûlée. L’ivraie est là en faisceaux sur le champ de ce monde ; le bon grain est caché dans le Seigneur.

Avant d’expliquer la parabole de l’ivraie, le Seigneur donne deux autres similitudes du royaume ; et souvenons-nous qu’il s’agit ici du royaume. Il est bon de remarquer que le mot similitude n’est pas le même dans ces paraboles et dans celle du semeur. Ici, c’est seulement le caractère que prendra le royaume : il est semblable à... etc. Dans la parabole du semeur, il est devenu ; il a été fait semblable. C’est un caractère qu’il a pris dans les circonstances actuelles, vu le rejet du roi.

Il vaut la peine aussi de distinguer, entre ces paraboles, celles dans lesquelles la chose en elle-même est le sujet de comparaison, et celles où c’est l’individu ou bien ceux qui forment la partie essentielle de la parabole.

Le royaume même est semblable à un petit grain de moutarde devenant un grand arbre, symbole, dans l’Ancien Testament, d’une chose élevée dans ce monde, d’une puissance politique. Nous savons bien que cela est arrivé ; — que les oiseaux, nichant dans ses branches, signifient la protection qu’il accorde (comp. Dan. 4:12). C’est l’apparence publique du système chrétien telle qu’elle a été pendant des siècles. Ici, point de jugement.

Ensuite vient la parabole du levain. Le levain est la similitude. La femme n’est pas un semeur. Ce n’est pas le Seigneur, semant ce qui est désigné comme une bonne semence ; ce n’est pas un grand arbre dans le monde : c’est une doctrine qui s’insinue partout en de certaines limites et forme la pâte entière selon sa propre nature. Le tout est levé : c’est la chrétienté ; mais, ni dans l’une, ni dans l’autre de ces deux paraboles, nous n’arrivons au jugement. C’est le royaume tel qu’il est, quand le grain de moutarde ou le levain ont pleinement agi et produit leur effet. Il est vrai que le levain est toujours employé dans un sens mauvais ; toutefois je ne pense pas que ce soit le but de la parabole, mais bien une doctrine qui forme tout dans une seule pâte, là où elle pénètre. Si c’était purement le mal comme mal, nous aurions eu quelque exception. Ceci est noté dans le cas de l’ivraie, mais sous un autre aspect. Ce n’est pas le bien qui est semé, ni le Seigneur qui sème ; de sorte que l’idée du bien positif est soigneusement évitée, ainsi que de celui qui le fait. Il ne s’agit pas de la parole de Dieu, mais du fait de la profession générale du christianisme, et cela dans une forme où aucune idée du bien n’est présentée ; car, certes, le levain n’est pas, dans la Parole, une image du bien. La parabole n’est pas davantage la description d’un individu : il n’est guère besoin de discuter ce point, parce qu’il s’agit d’une similitude du royaume des cieux et que, en aucun cas, un individu n’est le royaume des cieux. Au reste, le résultat dans un individu n’est pas ce qui est dépeint ici.

Voilà donc les trois descriptions du royaume sur la terre pendant l’absence du roi, tel que ce royaume s’est présenté aux yeux de tous : un mélange de bons et de mauvais ; la récolte était ainsi gâtée comme un tout ; — ensuite, une grande puissance humaine et politique sur la terre, et une profession générale de doctrine, sans question de l’état individuel de qui que ce soit. Ensuite le bon grain est caché dans le grenier, et la Providence prépare la semence de l’ennemi pour être brûlée, en liant ensemble son produit en faisceaux sur la terre.

Après cela, le Seigneur entre dans la maison, où, parlant à ses disciples seuls, il développe davantage les principes intérieurs du royaume dont il parle, prédisant non pas l’effet dans le monde, mais communiquant les pensées de Dieu, le grand résultat qui expliquera tout par le jugement et la gloire manifestée sur la terre ; puis le but réel de ce qu’a fait le Seigneur, ainsi que l’action de ceux qui entrent avec intelligence dans ses voies.

Premièrement, il explique la parabole de l’ivraie. Nous avons déjà parlé de ses traits principaux, mais le Seigneur ajoute ici ce qui concerne la manifestation du résultat dans ce monde. Dans la parabole, nous avons laissé le froment dans le grenier et l’ivraie en faisceaux sur le champ : les méchants rassemblés par les anges, soit par la providence de Dieu. Mais ici paraît sur la scène le Fils de l’homme, pour ôter tout scandale de son royaume (ce qu’il fait), et il jette ces méchants dans une fournaise de feu, où il y a des pleurs et des grincements de dents. C’est le jugement exécuté, tandis que les serviteurs devaient les laisser croître ; puis, après le jugement, les justes luisent dans le royaume comme le soleil — en effet, comme Jésus lui-même. Tel est le résultat, telle est l’explication divine de ce qui était un mystère auparavant ; car le jugement manifeste ce que la foi discerne. Remarquez que tout ce qui est révélé se trouve dans le monde : premièrement le royaume avant, puis le royaume après le jugement. Le fait est constaté que le grain est caché ; mais rien n’est dit du grenier, ni de l’état du grain quand il est là.

Dans les paraboles qui suivent, nous avons, comme il a été dit, les pensées de Dieu, le but du Seigneur dans le royaume ; mais encore, sans parler d’un résultat en jugement, comme c’était le cas aussi dans celles du grain de moutarde et du levain. La première nous fait voir le royaume comme la découverte d’un trésor auparavant inconnu, caché dans un champ, et celui qui l’a trouvé renonçant à tout ce qu’il a pour l’avoir, et achetant le champ dans ce but. C’est ce que Christ a fait. Tout ce qu’il avait comme Messie sur la terre, il l’a laissé pour avoir le trésor, son peuple, en prenant le champ où ils se trouvaient, la terre, pour les avoir. Ils étaient cachés dans ce monde ; mais Christ savait ce qui en était ; enseigné du Père, comme homme sur la terre, il a tout quitté, jusqu’à sa vie, pour nous avoir. Si, de fait, nous renonçons à tout pour avoir Christ, toutefois il ne s’agit pas ici d’un individu, on l’oublie trop, mais du royaume ; et, de plus, nous n’achetons aucun champ pour l’avoir.

Le second cas est un peu différent. Il ne s’agit pas d’une découverte. Le marchand cherchait de belles perles. Il se connaissait en belles perles ; il savait les apprécier ; il lui en fallait de belles. Or Christ a trouvé dans l’Église l’objet de ses recherches, sans tache ni ride, ni aucune chose semblable. Je ne pense pas à l’Église corps, ni à un système, mais à sa beauté morale. Le marchand avait le goût de ce qui était beau en fait de perles ; Christ, de ce qui était beau aux yeux de Dieu, et, pour l’avoir, il a quitté sa gloire messianique et sa vie. Quel bonheur de penser qu’il satisfait son coeur en nous, et que la perfection de beauté aux yeux de Dieu est chose effectuée ! Sion est appelée la perfection de beauté, mais là, c’était terrestre ; ici, c’est céleste et réellement selon le coeur de Dieu.

La dernière parabole demande l’attention la plus sérieuse. Pour ma part, je ne doute pas qu’elle ne s’applique particulièrement à ces jours-ci. Le filet de l’évangile est jeté dans la mer des peuples et rassemble des poissons de toutes les espèces. L’effet de l’évangile n’est pas que tous les poissons entrent dans son giron, mais qu’une quantité de toutes les espèces, bonnes et mauvaises, soit rassemblée dans le filet. C’est le résultat. Puis ceux qui ont tiré le filet se mettent là, sur le rivage, et s’occupent de ce qu’ils ont à coeur, du but sur lequel ils ont tiré le filet : avoir de bons poissons. Ils choisissent donc les bons, les séparent d’avec les mauvais, et les mettent à part dans des vaisseaux, rejetant les mauvais et les laissant là. Ce sont les pêcheurs qui font cela, et ils ne s’occupent que des bons. C’est-à-dire, quand le christianisme a rassemblé, comme il l’a fait, une certaine masse de gens, qui tous ont place ensemble dans le filet de la chrétienté, à la fin des jours les serviteurs du Christ s’occupent de la masse, et recueillent les bons dans des vaisseaux. Ce sont des serviteurs de Christ qui ont de l’intelligence, savent distinguer les bons, et savent bien ce qu’ils veulent. Quand le jugement public arrivera, ce sera l’inverse. Les anges, ministres de la providence et du gouvernement de Dieu, prennent, non les bons, mais les méchants sur la terre, et les jettent dans le feu. Ils ne s’occupent que des mauvais, tandis que les pêcheurs ne s’occupent que des bons. Le principe, je le crois, s’applique toujours, quand l’évangile, dans un endroit, a rassemblé beaucoup de personnes : le but du Seigneur est de mettre les siens ensemble, en des compagnies à part ; mais la parabole semble parler directement du résultat de l’opération de l’évangile, en rassemblant beaucoup de gens comme ayant part au nom chrétien ; alors, comme seconde opération, on fait le triage sur le rivage, et l’on s’occupe à mettre les bons à part. L’exécution du jugement est autre chose. Dans cette parabole, comme dans les deux précédentes, nous trouvons le discernement spirituel du but de Dieu. Dans la seconde, ce discernement caractérise l’action du marchand ; dans la première et la troisième, le champ est acheté, le filet rempli ; mais, dans les deux cas, le trésor et les bons poissons sont distingués de ce qui est pris extérieurement ; et il sont le but de l’action, soit du marchand, soit des pêcheurs.

 

Il est à remarquer que quatre de ces similitudes ne parlent pas de jugement, mais de l’apparence extérieure ou du but de Dieu dans le royaume, et du résultat, soit dans le monde, soit auprès de Dieu. Le grand arbre et le levain, voilà le résultat dans le monde ; le trésor et la perle, voilà ce qui est acquis pour Dieu. Dans la première et la dernière, nous avons le jugement, mais la différence est sensible. Dans la première, et c’était naturel, on voit le Seigneur commencer l’oeuvre ; il la fait, cela va sans dire, sans mélange de mal ; tout le grain est bon. L’ennemi fait une oeuvre distincte ; il ne peut autrement. Il y a une récolte ; mais la Parole a produit des plantes individuelles ; le mélange se trouve dans la récolte. Mais il y a deux oeuvres distinctes, et les deux choses restent telles quelles jusqu’à la fin ; la préparation du jugement est l’action de Dieu dans le monde, et il s’occupe premièrement des méchants, en les préparant pour le jugement. Les hommes n’agissent pas ; il leur est défendu d’agir. Ce qui est produit est l’effet de l’action du Seigneur et de celle de l’ennemi. Les serviteurs dormaient, voilà tout. Froment et ivraie étaient toujours froment et ivraie ; chacun, fruit d’une oeuvre distincte.

Dans le filet, le mélange était le résultat du travail de l’homme, les genres de poissons divers, sans doute, mais tous rassemblés dans le filet par un seul travail, et cela de la part des hommes, des pêcheurs. Ce n’est pas ici une oeuvre de l’ennemi, mais l’œuvre imparfaite de l’homme. Cependant, le fait seul est constaté : le filet est plein, puis tiré sur le rivage, et ceux qui ont l’intelligence de ce que c’est qu’un bon poisson, ceux dont le but (et c’est le but de Dieu) est d’avoir de bons poissons, en font le triage et mettent les bons dans les vaisseaux. L’explication, comme précédemment, se trouve dans le jugement, qui montre publiquement ce qui était vrai et compris d’avance spirituellement. Toutefois, les anges ne s’occupent que des mauvais. Dans la première parabole, il s’agit d’arracher de ce monde les mauvais, ce qui n’était pas permis aux serviteurs. Dans la dernière, il s’agit de mettre les bons ensemble dans les vaisseaux, ce qui était leur oeuvre intelligente. Il ne faut pas oublier que les derniers temps étaient déjà venus du temps des apôtres.

 

13               Chapitre 14

 

Les relations immédiates et pour le temps d’alors, du Seigneur avec les Juifs, étaient, ainsi que nous l’avons vu, terminées, et le royaume des cieux annoncé dans la forme qu’il devait prendre par suite du rejet du Seigneur. Il ne cherchait plus de fruit dans sa vigne, mais il semait la Parole pour en avoir. Cependant Jésus continuait à s’occuper du peuple, montrant ce qu’Il était, et hélas ! ce qu’ils étaient eux-mêmes ; puis aussi, ce qui devait remplacer ses relations avec les Juifs, telles qu’elles auraient été, s’il avait été reçu.

Les chapitres 14 et 16 nous montrent ce qu’il était alors pour les Juifs, et ce que le résidu deviendrait par son absence loin de ce peuple ; enfin, le renvoi ou la mise de côté de ce dernier. Le chapitre 15 nous montre ce qu’il était divinement pour Israël, lors même que ce peuple était méchant et rejeté ; seulement Jésus était tel, parce qu’il était Dieu et que ses conseils ne pouvaient changer. Cette grâce s’étend aux Gentils qui n’avaient aucun droit aux promesses, bien que le Seigneur n’abandonne pas ses relations positives avec Israël, car les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance. Il est bon de nous souvenir que, dans ce déploiement des voies de Dieu, la grâce du Seigneur, une grâce divine et personnelle, se manifeste de la manière la plus touchante et la plus instructive, et que, pour nous, des leçons pratiques ressortent continuellement de tout ce qui passe ainsi devant nos yeux.

Le rejet du témoignage de Dieu commence à se réaliser dans les faits. Jean-Baptiste est mis à mort par Hérode, à l’instigation de sa femme. Le Seigneur touché, et sensible à la violence faite à son fidèle serviteur, se retire dans le désert. Élie, comme il est dit ailleurs, était venu, et ils lui ont fait ce qu’ils ont voulu, et le Fils de l’homme devait aussi souffrir de leur part. Cet acte de cruauté n’était pas seulement la mort du fidèle prédicateur du Seigneur, mais, par le coeur du témoin fidèle, il parlait de l’état du peuple. Quelque douloureux que fussent ses sentiments, comme venu au milieu d’eux, son divin amour s’élève au-dessus de tout, au-dessus de ses peines comme Fils de l’homme.

La multitude entend qu’il s’est retiré dans le désert, et y accourt. Sortant de sa retraite, il voit la foule ; ému de compassion, il les guérit. Sa bonté ne se lassait pas devant l’iniquité de l’homme, qui se hâtait maintenant de l’accomplir. Le soir étant venu, la multitude était là, n’ayant rien à manger. Les disciples, sentant l’inconvénient de cette position, veulent les renvoyer, ressource toute naturelle de l’homme. Mais Dieu était en Israël et voulait encore que ses disciples, après tant de preuves, eussent la conscience de la puissance qui était là. Leur coeur n’avait d’autre ressource que ce qui était visible à l’homme et selon la mesure de l’homme. «Vous, donnez-leur à manger», dit le Sauveur, et moi, je leur donnerai ; mais eux, au lieu de la foi en Dieu, dans la puissance divine du Sauveur, ils avaient cinq pains et deux poissons. Quelle différence entre la foi et la chair ; entre Dieu, qui peut tout, et les pauvres ressources qui sont sous nos mains ! Mais la chair ne voit pas plus loin. Les disciples ne pouvaient pas se servir de la puissance qui était là ; hélas ! ils n’y pensaient pas. Mais ici le Seigneur manifeste ce qu’il était au milieu du mal, non pas en se mettant en relation avec Israël, si Israël le voulait, mais en se montrant au-dessus d’Israël, l’Éternel qui bénissait son peuple, et le faisait selon son coeur. Ce n’était qu’un témoignage de cette grâce, mais c’était à cette grâce que le témoignage était rendu. Au Psaume 132, il est dit des temps où l’Éternel se lèvera, se souviendra de David et agira en grâce selon son coeur : «Je rassasierai de pain ses pauvres». Il le fait ; témoignage inutile pour Israël et même inutile pour les disciples, sauf la grâce, mais non pas inutile pour sa gloire. — Le Christ rejeté est l’Éternel, le Sauveur de son peuple malgré tout. La mort de Jean, prélude de son rejet et de sa mort, le conduit à manifester sa grâce divine et toute-puissante qui est au-dessus du mal et de l’incrédulité, même des siens. Il n’en est pas moins vrai que ce n’est qu’un témoignage et que les choses poursuivent leur cours, comme cela est visible ici par les faits.

Il envoie ses disciples traverser la mer seuls ; il renvoie le peuple et monte sur une montagne pour prier : tableau en peu de traits, mais tableau vivant, de tout ce qui allait arriver. Le peuple juif est renvoyé ; Christ est en haut ; les siens sur la mer. Toutefois, comme nous l’avons déjà vu partout dans cet évangile, les Juifs ou les disciples, comme résidu, sont au premier plan. Je ne doute même nullement que le nombre des corbeilles de débris, quelque léger que soit l’indice, ne se rapporte à la pleine bénédiction des derniers jours lors du règne. C’est le nombre consacré à cela : douze tribus ; douze apôtres ; douze trônes pour eux, jugeant les douze tribus ; douze étoiles sur la femme. — C’est l’idée de la perfection du gouvernement de Dieu dans l’homme. C’est pourquoi ce nombre se retrouve aussi dans la Jérusalem céleste. Mais venons-en aux faits plus formels de cette histoire.

Le Seigneur fait monter ses disciples sans lui dans une nacelle, puis il renvoie la multitude des Juifs qui avait joui de sa présence. Ceci ne représente pas des jugements sur le peuple ; mais lui disparaît pour ainsi dire. Ceux qui sont au Seigneur, le petit résidu, sont à part, exposés au tourment de l’orage, sans avoir, personnellement présent avec eux, le Sauveur qui est en haut tout seul. Voilà la position. Cependant quelques autres faits se produisent. Le Seigneur les rejoint, maître de tous les éléments qui les exercent sur le chemin. L’eau et les vagues sont un chemin pour ses pieds, et aussitôt qu’il rejoint les siens, tout est calme ; alors ceux de la nacelle le reconnaissent comme Fils de Dieu ; le monde aussi. Génézareth, qui l’avait rejeté, le reçoit maintenant avec joie et ses plaies sont guéries, comme le résidu d’Israël avait trouvé la paix.

Nous n’avons pas encore parlé d’un autre fait. Pierre sort de la barque pour aller vers Jésus, avant que celui-ci ait rejoint les disciples. Jésus marche sur l’eau quand Pierre va à sa rencontre. Cette partie de l’histoire nous présente, je n’en doute pas, la position chrétienne en dehors du judaïsme. Jésus n’a pas encore rejoint ses disciples, qu’il avait fait monter dans la barque quand il s’était séparé d’eux. Christ seul est la force et le motif : «Si c’est toi». Il faut marcher là où il n’y a rien, comme Christ y a marché. L’agitation des vagues fait manquer de foi à Pierre ; mais la grâce et la puissance du Sauveur sont là, pour les autres comme pour lui-même. Il étend sa main et soutient son pauvre serviteur. C’est ce qu’il fait afin que nous marchions comme il a marché, là où il n’y a aucun autre soutien que lui. Une fois que Christ est revenu vers ses disciples, tout est paix ; le voyage est fini. Mais il y a encore ici de précieuses instructions personnelles.

Le chrétien doit marcher sur l’eau ; marcher par la foi, marcher comme Jésus a marché, là où il n’y a aucun sentier que la puissance divine ; là où l’homme ne peut pas marcher, et où il est totalement incapable de le faire. Marcher ainsi est le fruit de la puissance de Christ et de la foi dans le chrétien. Mais ce n’est pas tout. Il faut avoir l’oeil fixé sur le Seigneur, sans cela on enfonce. Pierre regarde à la mer agitée et il enfonce. Christ étant hors de sa vue, Pierre se compare lui-même avec les difficultés ; impossible de marcher ainsi. Il avait raison, mais la puissance divine était entièrement oubliée. Ainsi en fut-il d’Israël avec les espions : Les villes sont murées jusqu’au ciel, les Anakim sont là, «nous étions comme des sauterelles». C’était oublier Dieu. Lui, était-il comme une sauterelle devant les Anakim ? Et qu’importaient des murs montant jusqu’au ciel ? Ils tombaient quand on sonnait avec une corne de bélier ! — Non, il s’agit de regarder vers Dieu, dans le chemin de sa volonté, et c’est ce que Josué et Caleb ont dit : Si l’Éternel prend son bon plaisir en nous, nous en sommes bien capables. — Pierre avait dit : «Si c’est toi» ; alors il aurait toujours dû regarder vers Lui. Combien l’incrédulité est insensée ! Pierre a vu la mer agitée ; et si elle avait été calme ? La différence n’était pas là, mais dans le fait de regarder à Jésus ou non. Si l’on regarde à lui, tout est possible, tout réussit, parce qu’il peut tout et veut tout dans sa grâce : toute bénédiction, tout le fruit de la foi, grâces à Dieu ! Jésus est là pour nous soutenir, quand même notre foi nous fait défaut. Si Jésus est l’objet qui nous fait marcher sur l’eau, Jésus est la force pour y marcher et il faut tenir l’oeil fixé sur lui. Si sa puissance est là, l’orage n’est rien. Si elle n’y est pas, on enfonce dans le calme comme dans l’orage. On marche en tout cas par la foi, et il nous faut toujours Jésus, et avec lui nous pouvons tout. L’orage et le calme sont alors la même chose.

 

14               Chapitre 15

 

Dans ce chapitre, la grande controverse avec le peuple, controverse au fond avec le coeur de l’homme, est continuée, mais sur le terrain moral ; toujours au milieu d’Israël, quoique pleine d’instruction pour tous les siècles. Ce sont les ordonnances en contraste avec la moralité voulue de Dieu, moralité immuable dans ce sens qu’elle se rapporte aux relations dans lesquelles l’homme se trouve placé, soit avec Dieu, soit avec les hommes, et qui consiste à maintenir dans notre marche ce qui convient à ces relations. Une fois que Dieu a formé ces relations, soit de sa créature avec lui-même, soit de ses créatures entre elles, les devoirs qui en découlent ne sont que l’expression pratique de la relation, comme, par exemple, un vrai culte rendu à Dieu, la piété et l’obéissance filiales, ou toute autre conséquence de ces relations. Or le coeur corrompu de l’homme aime trop sa volonté propre et la satisfaction de ses convoitises, pour accomplir ses devoirs ; des formes de piété qui nourrissent son amour-propre lui plaisent plus que des devoirs, car elles le laissent libre de suivre ses convoitises ; ni Dieu ni son caractère ne sont vraiment connus. Dieu n’est pas honoré dans le coeur, et le coeur n’est pas purifié. Se laver les mains vaut mieux pour un tel homme, qu’un coeur pur, ou que s’approcher réellement de Dieu.

Le Seigneur touche du doigt cette plaie morale, en montrant en même temps que le culte de ces hypocrites n’était nullement accepté de Dieu ; que les commandements des hommes ne faisaient que mettre Dieu de côté et exalter l’homme au détriment de la gloire divine. Les commandements de Dieu étaient annulés ; son culte envahi par la fausse autorité des hommes, et rendu en vain par ceux-là même qui étaient entraînés dans ce courant (car le coeur de l’homme est facilement subjugué par de telles prétentions à la piété) ; enfin l’homme remplaçait Dieu en ce qui agissait sur le coeur.

Le Seigneur, en s’adressant à la foule qu’il appelait vers lui, prend soin de protester ouvertement contre les principes mêmes qui conduisaient à cette hypocrisie. Il n’y a rien que le Seigneur déteste plus que la religion humaine, les traditions des hommes. Rien n’exclut Dieu davantage, en abusant de son nom pour assujettir les consciences qui ne le connaissent pas véritablement.

Rien toutefois de plus simple : ce qui vient du coeur, voilà ce qui souille l’homme. Mais on voit ici comment le coeur de l’homme est influencé par ces choses et comment les simples subissent, par ce moyen, l’influence des hypocrites et de toute la classe des docteurs religieux. Les pharisiens étaient scandalisés de cette parole, disaient les disciples. Rien d’étonnant. Avoir une conscience placée devant Dieu, selon sa Parole, et dans la lumière de Dieu, pour elle-même, cela gâtait toute leur affaire. Mais par amour pour nous, par la nécessité du vrai et du bon, c’est ce qu’il faut.

Or, au point où nous en sommes dans l’histoire du Sauveur, il ne s’agissait plus de tenir compte de ces faux docteurs ; ce n’étaient pas des plantes que le Père céleste du Seigneur avait plantées. Elles seraient déracinées. Il fallait les laisser : solennelle pensée à l’égard du peuple et aussi pour la chrétienté ! C’étaient des aveugles, conducteurs d’aveugles ; tous les deux tomberaient dans le fossé.

Pour les disciples, la réponse du Seigneur va plus loin, tout en faisant remarquer le manque d’intelligence de l’apôtre ; car, en effet, le principe est évident. Mais alors, quel tableau du coeur de l’homme, suivi, grâce à Dieu, par celui du coeur de Dieu et de ses voies en grâce ! Ce qui sortait du coeur souillait l’homme. C’est tout simple. Mais qu’est-ce qui en sortait ? Mauvaises pensées, meurtres, puis une terrible liste de ces noirs produits du coeur déchu et corrompu. Le Seigneur n’aurait-il pas pu éclaircir un peu ce sombre tableau par des traits de la lumière qui se trouvent dans ces coeurs ? Il ne s’en trouve pas. Il laisse le coeur de l’homme ainsi caractérisé. Lui ne manquait pas de bonté ; il connaissait le coeur, savait ce qui en était de l’homme, mais, au bout de cette liste, il se tait. Ce n’est pas qu’il n’y ait point de traits aimables dans le coeur naturel ; cela se trouve, même dans les animaux ; mais, moralement, voilà ce qui sort du coeur ; voilà les fruits de la racine du péché qui s’y trouve ; restreints, arrêtés, modifiés si l’on veut, mais tels sont les fruits que le coeur de l’homme produit, là où il lui est permis de suivre ses penchants.

Ainsi le Seigneur passe des usages hypocrites, employés par l’homme pour couvrir ce qu’il est et se donner un caractère religieux (quand même les vérités qu’on professe seraient divines et le système, dans son origine, émané de Dieu) il passe, dis-je, des traditions humaines et du vain culte d’ordonnance humaine, au coeur qu’on cherche à cacher, et il le met à nu. Nous apprenons ce qui en est de ce coeur, tel que Dieu le voit dans ceux qui ne sont pas des plantes plantées par le Père. Et leur religion qui le cachait, qu’était-elle ? L’hypocrisie de plus, et Dieu mis de côté par des ordonnances humaines. Voilà, dans un peuple que Dieu avait rapproché de lui-même, et dans une religion qu’il avait lui-même établie, Dieu mis de côté pour introduire l’homme, ses saintes traditions et ses commandements, avec ses mains lavées à la place du coeur, puis, ce que le coeur naturel est dans ses fruits devant Dieu.

Maintenant (v. 21) le Seigneur passe de la manière la plus frappante à ce qui est en dehors de toutes les promesses, à une race maudite selon les promesses faites au peuple de Dieu, dans un endroit que le Seigneur cite comme modèle d’endurcissement. Là il montre, tout en reconnaissant les dispensations de Dieu envers son peuple et sa fidélité en lui envoyant le Christ, ce qui en est d’un coeur poussé par ses besoins et par une foi qui va droit au coeur de Dieu ; ce qu’est ce coeur divin pour les besoins que cette foi lui apporte ; ce qu’il est en soi et en dehors des règles des économies. Le Seigneur s’en va du côté de Tyr et de Sidon. Une femme cananéenne se rend auprès de lui. Sa fille était tourmentée d’un démon. Elle reconnaît le Seigneur comme héritier des promesses en Israël, comme fils de David. C’était bien la foi quant à sa personne. Mais quelle part avait une Cananéenne aux promesses faites à Israël, ou aux bénédictions qui lui étaient accordées comme peuple de Dieu ? Le Seigneur ne lui répond pas. Des leçons plus profondes doivent être données sur ce qu’est l’homme, mais aussi sur ce que Dieu est.

Les disciples auraient voulu que le Seigneur, pour s en débarrasser, fît ce qu’elle demandait ; mais le Seigneur garde sa position de fils de David : il est envoyé aux brebis perdues de la maison d’Israël. Les besoins de la pauvre femme s’élèvent par-dessus sa reconnaissance formelle de Jésus comme fils de David : «Seigneur, assiste-moi». Les besoins sont simples, ils se déclarent ; mais le Seigneur veut l’éprouver pleinement : «Il ne convient pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens». Le Seigneur reconnaît les dispensations de Dieu, à l’égard de son peuple, tout méchant qu’il fût ; la femme les reconnaît aussi ; mais des leçons bien autrement profondes se trouvent enseignées ici.

La pauvre femme, — l’homme en elle, trouve sa place ; il est sous la malédiction, sans promesse, n’ayant droit à rien ; ou sous la puissance du démon. Il faut qu’il se reconnaisse. C’est ce que la femme fait. Elle est un chien, mais dans le besoin. Son espérance n’est pas dans quelque droit qu’elle possède, mais dans la bonté gratuite de Dieu. C’est un besoin qui se rencontre avec Dieu venu en grâce. — Elle reconnaît pleinement ce qu’elle est : un chien ; mais elle maintient que, s’il en est ainsi, il y a assez de bonté en Dieu pour de tels êtres. Dieu pourrait-il dire : «Non, il n’y en a pas ?» — Christ pouvait-il se représenter ainsi ? — Impossible. — Par la foi, le besoin est satisfait à travers tous les obstacles de droits judaïques et d’indignité personnelle, reconnaissant bien ces obstacles, mais se plaçant en dehors de tout droit, en contact immédiat avec la bonté de Dieu. — Voilà la foi. Elle reconnaît l’état de ruine et de misère dans lequel nous sommes ; humble et vraie, elle apporte son besoin à Dieu ; mais elle compte sur ce qu’il est. Or, il ne peut pas se renier. Au reste, c’est la clef de tout l’Évangile. Jésus était le Christ, le fils de David, ministre de la circoncision ; mais derrière tout cela, pour ainsi dire, Dieu était là dans toute la plénitude de sa grâce, dépassant les étroites bornes d’Israël, ainsi que les promesses, pour être lui-même en grâce ; grâce qui suffisait à tout. La malédiction pouvait être là, une indignité complète ; mais si le besoin y était aussi et s’il se plaçait, par la foi, sur le terrain de la grâce et de la bonté de Dieu, les barrières disparaissaient. Le besoin et Dieu se rencontraient, et la réponse était selon sa souveraine bonté, selon les richesses de sa grâce et selon la foi qui comptait sur lui : ainsi la fille était guérie, la Cananéenne heureuse, et Dieu révélé en Christ.

 

15               Chapitre 16

 

Nous arrivons à cette partie de l’évangile où d’autres voies de Dieu, d’autres manifestations de son caractère et de sa gloire, sont substituées au judaïsme. Le royaume et la forme qu’il prendrait nous ont déjà été révélés au chapitre 13 ; cependant, bien que la forme annoncée dans les paraboles dût être nouvelle, le royaume lui-même était déjà en vue depuis le temps de Jean-Baptiste, quoiqu’il ne pût être établi alors, Jésus étant rejeté. Des desseins de Dieu, bien autrement importants, devaient s’accomplir par la mort du Seigneur. Aussi, quoique le jugement d’Israël ait été clairement déclaré et le nouvel état du royaume dépeint dans les paraboles du chapitre 13, la puissance et la patiente grâce du Seigneur se sont manifestées au milieu du peuple jusqu’à la fin du chapitre 15. Mais à présent tout cela est terminé ; l’Église et le royaume de gloire prennent la place d’un Messie Emmanuel au milieu du peuple. L’incrédulité des chefs de la nation est manifestée dans la demande d’un signe venu du ciel ; assez de signes avaient été donnés. Ce n’était pas de la bonne foi, et le Seigneur les reprend et s’en va. Ils savaient assez remarquer les signes du temps qu’il allait faire ; comment donc ne voyaient-ils pas les signes bien plus clairs de l’état d’Israël, signes précurseurs du jugement de Dieu ? Ce n’était que de l’hypocrisie. Ils n’auraient que le signe de Jonas : la mort et la résurrection de Jésus, amenant le jugement, le châtiment terrible de la nation, comme une conséquence naturelle et nécessaire du rejet dédaigneux de leur Messie venu en grâce.

Les disciples eux-mêmes participent, non à la mauvaise foi, mais au moins au manque d’intelligence des Juifs. Leur foi ne comprenait pas plus que celle des Juifs la puissance qui s’était manifestée tous les jours devant leurs yeux. Jésus ne devait trouver nulle part un coeur qui le comprît. Cet isolement est un des traits les plus frappants de la vie ordinaire du Sauveur, homme de douleurs dans ce monde. Le Seigneur introduit ce qui allait être substitué au royaume en Israël, par une question destinée à faire ressortir la doctrine de sa personne, grand fondement de tout, reconnu par la foi. «Qui disent les hommes que je suis, moi, le Fils de l’homme ?» C’est le caractère que se donne Celui en qui Dieu essayait l’homme, selon ses propres pensées et selon ses conseils ; l’héritier de toute la gloire qui appartenait à l’homme, selon le propos arrêté de Dieu, prenant sa place au milieu des hommes ici-bas et, devant Dieu, représentant de la race, race ainsi agréée de lui, bien qu’il s’associât à toutes leurs misères ; véritable héritier et représentant de la race, seulement parfait devant Dieu.

Les Psaumes 8, 80:17, et Daniel 7, nous le représentent ainsi, dans l’Ancien Testament, selon les pensées de Dieu. Les hommes, frappés de ses miracles et de sa marche, avaient leurs opinions ; la foi, par la révélation de Dieu, reconnaît sa personne. Pierre, répondant à la question adressée à tous, proclame cette vérité, fondement de toute espérance : «Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant». Il vaut la peine de dire un mot sur le caractère du grand apôtre.

Nous savons quelle a été l’ardeur bouillante de cet homme, ardeur qui l’a placé en des difficultés d’où sa force morale n’a pas réussi à le tirer, et l’a même amené, lorsque Dieu l’a permis pour son bien, à renier son Sauveur et son maître. En tant que soutenue par la force humaine, cette ardeur était un piège continuel ; mais, sous la main de Dieu, quand la grâce s’emparait du vase, il devenait l’instrument d’une activité des plus bénies. Je trouve cette différence instructive. L’énergie humaine ne peut pas soutenir les épreuves de la foi. Elle peut nous introduire dans les circonstances où ces épreuves se trouvent, mais le ressort de la volonté de l’homme ne peut nous faire triompher. Si la force de Dieu y est, on triomphe de la tentation ; la chair, qui nous y a introduits, ne le peut pas. Toutefois Dieu peut se servir du vase qu’il a formé ; alors la force de Dieu y est, pour nous tenir debout, garantis du mal par ses armes. Or ce que je, désire remarquer ici, c’est que Dieu se sert du vase pour sa gloire ; tandis que, quand c’est le vase seul et l’énergie qui s’y trouvent, qui sont à l’oeuvre, il manque à l’épreuve ; et l’énergie, dont Dieu se sert comme instrument, nous introduit, quand elle agit elle seule, dans la tentation où elle ne peut pas nous faire triompher. La sincérité et l’ardeur sont là pour nous faire tomber, parce qu’il y a trop de confiance en nous-mêmes.

Ici, c’est l’ardente confession de ce que le Père lui-même avait révélé à Pierre. Il y a deux parties dans cette confession : Jésus est le Christ ; c’est ce que les Juifs niaient. C’était la première chose à reconnaître en Jésus. Il était celui qui avait été promis aux pères et à Israël ; mais, de plus, il était de la plénitude de cette divinité éternelle, dans laquelle était la puissance de la vie : «Le Fils du Dieu vivant». La résurrection en était la preuve, là où la mort avait eu lieu. Ainsi, au commencement de l’épître aux Romains, il est de la semence de David selon la chair, et déterminé Fils de Dieu en puissance par la résurrection des morts. Ainsi il n’y avait pas seulement les promesses de Dieu accomplies dans sa personne, mais cette personne, en qui elles étaient accomplies, était Fils de Dieu dans une puissance de vie qui est en Dieu seul ; non pas seulement Fils de Dieu, né dans ce monde selon le Psaume 2 ; Nathanaël avait reconnu cela ; mais Fils du Dieu vivant quant à sa personne. Jusqu’alors cela n’avait pas été reconnu. Le Père l’avait révélé à Pierre ; le Père dans le ciel lui avait fait connaître son Fils sur la terre.

En même temps, le Seigneur aussi montre son autorité en donnant à Pierre un nom en accord avec la confession qu’il venait de faire, avec la vérité qui, en constatant sa personne divine, sa relation avec le Père, et cela dans un homme, posait le fondement inébranlable de ce qui était plus au-dessus de toutes les promesses ; de ce qui n’avait jamais été promis ; de la chose nouvelle : l’Église, «l’Église du Dieu vivant». Contre cette puissance de vie dans la personne du Fils, la force de Satan, qui avait l’empire de la mort, ne saurait prévaloir. Ici, ce n’est pas la mort et la résurrection de Jésus, ou son oeuvre et la démonstration par cette puissance de vie qu’il était Fils de Dieu en puissance ; c’est le caractère essentiel de sa personne révélé par le Père à Simon Barjonas. Christ aussi lui dit quelque chose. Comme le Père avait révélé le vrai caractère de Jésus à Simon, Jésus aussi (c’est ainsi qu’il faut prendre la phrase) lui donnait un nom et une position. Sa personne, comme Fils du Dieu vivant, était le fondement de l’Église appelée à avoir sa vraie place dans le ciel ; car c’est dans ce caractère qu’elle nous est présentée ici ; c’est Christ qui bâtit et, jusqu’à aujourd’hui, l’édifice n’est pas encore achevé. Ce n’est pas ici ce dont Paul parle (1 Cor. 3). Il avait, lui, Paul, posé le fondement de cette maison-ci ; d’autres apportaient des matériaux, chacun sous sa propre responsabilité ; de sorte que du bois, du chaume, du foin, se trouvaient dans l’édifice. C’est là ce qui a été bâti sous la responsabilité humaine sur la terre. Ce que nous avons ici se retrouve en 1 Pierre 2:4, 5, où il n’y a pas d’architecte humain, mais où des pierres vivantes viennent et sont bâties en un édifice spirituel. La même chose se retrouve encore en Éphésiens 2:20, 21. C’est Christ qui bâtit une maison spirituelle, et la puissance de Satan n’y pouvait rien. C’est l’Assemblée que Christ bâtit pour le ciel et pour l’éternité.

Cependant il y avait encore une autre chose. Le Seigneur, maître de tout, donne les clefs du royaume des cieux à Pierre. Il reçoit de la part de Christ l’autorité pour administrer le royaume sur la terre, et ce qu’il ordonnerait ici-bas serait sanctionné. Il n’est pas question, remarquez-le bien, de clefs de l’Église ; on ne bâtit pas avec des clefs. De plus, bien que Simon reçoive le nom de Pierre, témoignage à sa foi personnelle qui le rattachait au Rocher, et reconnaissance du fait que, comme une pierre dans sa nature, il appartenait au Rocher, toutefois, ici, il ne fait rien du tout ni n’a aucune autorité dans l’Église. Christ lui-même bâtit : «je bâtirai mon assemblée» ; personne d’autre n’a part à ceci, Pierre lui-même le reconnaît dans son épître (1 Pierre 2:4, 5) par une allusion évidente à notre passage : les pierres vivantes viennent à la pierre vivante. L’administration du royaume des cieux lui est confiée ; les clefs de ce royaume lui sont confiées ; car, je le répète, il n’existe pas de clefs de l’Église. Christ la bâtit, voilà tout. Or, on voit bien, dans les Actes, que Simon-Pierre fut le principal instrument de Dieu dans l’oeuvre ; et aucun vrai chrétien ne doute que ce qu’il a établi par son autorité apostolique, avec la sanction du Seigneur, ne soit du ciel. On doit encore remarquer que la seule succession dans cette autorité se trouve dans deux ou trois réunis au nom du Seigneur (Matt. 18:17-20).

 

La chrétienté a accepté avec une étrange facilité l’idée qu’il y a des clefs pour l’Église, idée qui ne se trouve nulle part dans la Parole ; puis, cette erreur admise, on en a accepté une autre : savoir, que l’Église et le royaume des cieux sont la même chose, idée qui n’a non plus aucun fondement dans la Parole. Le passage que nous considérons montre clairement que ce sont deux choses distinctes. Christ ne bâtit pas un royaume : il en est le Roi, soit que, comme tel, il soit caché ou manifesté. De plus, un royaume n’est ni épouse ni corps, comme est l’Église ; et le lecteur doit remarquer que, puisque c’est ici Christ qui bâtit, il ne met certainement rien que de vraies pierres vivantes dans la maison. Tout au plus y a-t-il quelque analogie, selon des limites et des circonstances historiques, avec la, maison dont Paul parle en 1 Corinthiens 3, où se trouvent du foin et du chaume ; la bâtisse étant laissée ici à la responsabilité de l’homme.

Ce qui est positif, c’est qu’en aucun cas le royaume et l’Église ne sont la même chose. De plus, avoir confondu l’Église, que Christ seul bâtit, et qui n’est pas encore achevée, avec la maison que Paul a fondée sur la terre, est une des origines du système romain et de la «Haute-Église», où qu’elle soit.

L’Église donc, en tant que bâtie par Christ, est le royaume des cieux remplaçant le Christ venu au peuple juif selon la promesse, et les disciples reçoivent l’ordre péremptoire de ne pas annoncer désormais, Jésus comme le Christ. D’un autre côté, le Seigneur, dès ce jour, commence à leur faire comprendre qu’il devait être rejeté, souffrir et ressusciter. Pierre ne peut recevoir une telle déclaration. On voit ici comment on peut recevoir de la part de Dieu une révélation de la vérité, et se trouver dans un état pratique inférieur à l’effet de cette vérité sur la vie. Pierre avait été enseigné par Dieu lui-même, touchant une vérité qui amenait nécessairement la croix. À cela, sa chair n’était nullement préparée ; aussi celui qui venait d’être appelé «bienheureux» par le Sauveur, est maintenant dénoncé comme faisant l’oeuvre et comme ayant les pensées de Satan. Comme affection naturelle, il n’y avait rien à blâmer ; mais c’était la pensée de la chair, non celle de Dieu. C’est une pensée solennelle pour nous, qu’on peut posséder une vérité comme réellement enseigné de Dieu, et être opposé aux conséquences qui en découlent dans la vie. Dans ce cas, la chair n’est pas jugée selon la mesure de la vérité connue, pour que l’effet divin de cette vérité se produise en nous. Mais, toujours parfait, le Seigneur se place sous le joug de ce qui était absolument nécessaire pour réaliser ce qui était digne de Dieu — la rédemption. Les choses qui sont dans le monde, ses aises et sa gloire, ne sont pas du Père. L’homme est charnel ; Pierre savourait ce qui était de l’homme. C’est terrible de voir qu’il suffit de dire : «les choses qui sont de l’homme», pour montrer ce qui est mauvais et opposé à Dieu. Il n’y a que la croix qui soit vraiment digne de Dieu. Christ a toujours marché dans l’obéissance et dans l’amour du Père, qui ont été pleinement manifestés en lui ; aussi cette terre était-elle, pour lui, une terre déserte, altérée et sans eau. Il savourait toujours et parfaitement les choses qui étaient de Dieu ; mais cela amenait la croix dans ce monde ; aussi chacun de nous, qui veut jouir de la bénédiction de Dieu, doit-il charger sa croix et suivre Christ. Si on s’épargne, on épargne la chair ; on perd Christ pour autant, et l’on se trouve en opposition avec Dieu. Celui qui perd sa vie pour l’amour de Christ, l’aura, avec joie, là où tout est selon Dieu. On perd son âme pour satisfaire la vanité et l’égoïsme charnel ; on l’acquiert pour toujours en goûtant les choses de Dieu ; c’est ce que veut dire la croix dans un monde opposé à Dieu en tout ce qu’il est.

Il y a encore plus que ce fait moral : il y a les voies positives de Dieu. Si le Fils de l’homme est actuellement rejeté par le monde, comme présentant parfaitement les voies et le caractère de Dieu au milieu de lui, le temps vient où Dieu fera valoir les droits de Celui qui a été fidèle, et où il le manifestera dans la gloire qui lui est due et qui lui appartient. Le Fils de l’homme viendra dans la gloire de son Père ; non dans l’humiliation de l’obéissance dans laquelle sa perfection morale a été manifestée, et dans laquelle, à ses propres dépens, il a parfaitement glorifié Dieu, mais (car il est Fils du Dieu vivant) dans la gloire de son Père, et avec ses anges. Alors il rendra à chacun selon sa conduite.

Ceci donne lieu à la manifestation du royaume, tel qu’il sera manifesté lorsque le Fils de l’homme viendra dans sa gloire. C’est ce que signifiait la transfiguration dépeinte au chapitre 17. Le 16° avait remplacé Israël et le Christ en Israël, par l’Église et par le royaume des cieux ; par un Christ mis à mort et ressuscité, fondement de l’établissement des conseils de Dieu, dans la justice divine, l’homme étant placé ainsi dans une position toute nouvelle.

 

16               Chapitre 17

 

Le chapitre 17 remplace le système transitoire de la loi et du Christ en Israël, par le royaume de gloire et par l’ordre de choses qui en découle. La montagne de la transfiguration n’est pas Horeb. Ce n’est plus le premier Adam mis à l’épreuve par une loi, règle parfaite de ce qu’il devrait être dans ce monde déchu. C’est le second Adam, vu dans le résultat de l’épreuve qu’il a subie, lui, le Rédempteur victorieux, qui a pu amener d’autres hommes à la même gloire ; lui, le chef de tous, parfaitement approuvé du Père ; un homme en qui il a trouvé tout son bon plaisir ; son Fils, son bien-aimé, vu dans la gloire, et Moïse et Élie avec lui. Aussi ces deux hommes représentent-ils la loi et la prophétie dans son ordre le plus- élevé, car Élie n’était pas un prophète quand la loi de Dieu était reconnue. Il était au milieu d’Israël apostat, comme Moïse au milieu d’un peuple captif. Élie est retourné à Horeb pour dénoncer cette apostasie et le refus du témoignage de Dieu, quelle qu’eût été sa patience ; car, de fait, il ne restait plus alors que l’élection de la grâce, et Élie est monté au ciel après avoir exposé son grief en Horeb. Élisée était le prophète de la résurrection, revenu à travers le Jourdain qu’Élie avait traversé pour monter au ciel. On a voulu voir ici les vivants transmués et les morts ressuscités, et je n’ai rien contre. En effet, ces deux classes seront avec le Seigneur dans la gloire du royaume ; cependant je ne vois pas que ce soit le principal but de l’Esprit, mais bien la mise de côté de la loi et des prophètes, de la loi et de la patience de Dieu envers Israël. Ils laissent la place maintenant au Fils lui-même, au bien-aimé de Dieu, tout en lui rendant témoignage.

Il reste encore quelque chose à remarquer. Une nuée resplendissante arrive et les enveloppe : c’était la Schekina de gloire. La nuée avait conduit Israël et rempli le tabernacle de la gloire de Dieu, de sorte que les sacrificateurs ne pouvaient pas s’y tenir pour le service ; le mot employé ici est le même que celui employé par les septante quand la nuée remplissait le tabernacle. C’est dans la nuée que l’Éternel est venu parler avec Moïse, à la porte du tabernacle qu’il avait dressé hors du camp. Pierre l’appelle «la gloire magnifique» (2 Pierre 1:17, 18). Toutefois, ce qui nous est présenté ici, c’est la gloire du royaume où Jésus est reconnu du Père comme Fils. Les disciples n’entrent pas dans la nuée comme Élie et Moïse, ainsi que cela eut lieu, je le suppose, en Luc 9:34. C’est-à-dire que la partie céleste, la maison du Père, ne se trouve pas en Matthieu ; oui bien la gloire et le Fils venu en gloire avec les siens, mais non pas la demeure auprès du Père en haut : nous sommes ici en relation avec le ciel, mais pas dans le ciel.

Ces paroles : «Écoutez-le», nous présentent la voix du Fils comme la seule qui doive être écoutée désormais. Non que Moïse et Élie n’eussent pas annoncé la parole de Dieu, mais l’ordre de choses qu’ils représentent est passé ; et les paroles du Fils révélant le Père sont celles que nous avons à écouter. La loi et les prophètes ont rendu témoignage au Sauveur lui-même, ainsi qu’il est dit ; mais ils s’adressaient à l’homme dans la chair. Maintenant c’est le Fils de l’homme après la mort, ressuscité et glorifié ; la rédemption étant accomplie, les conseils de Dieu en grâce sont révélés. Les témoins précédents disparaissent et Jésus reste seul : Fils de Dieu à qui le Père rend témoignage, en qui le Père se révèle. Pierre, comme tant de chrétiens, aurait voulu mélanger les trois ; mais tel n’est pas l’enseignement du Père. Toutefois, jusqu’à ce que Christ fût ressuscité, ce nouveau témoignage n’avait ni sa place, ni sa raison d’être (v. 9).

La difficulté, suggérée par l’opinion tirée de Malachie par les scribes, dernier témoignage rendu par les prophètes, savoir qu’avant le jour glorieux du Seigneur Élie devait venir, se présente aux disciples. Le Seigneur confirme ce témoignage et en parle comme d’une chose qui devait arriver. Il vient premièrement, l’idée est juste, et il rétablira toutes choses. La prophétie de Malachie sera accomplie ; mais, comme Jésus venait pour souffrir avant sa gloire, ainsi aussi il en était venu un, pour aller devant sa face, et il avait dû être rejeté comme Celui qu’il annonçait. Alors les disciples comprennent qu’il parlait de Jean le baptiseur, venu devant le Seigneur, dans l’esprit et dans la puissance d’Élie. Pour ce qui regardait le royaume, tout en effet n’était que provisoire. Le roi était bien là, le Fils de Dieu lui-même, mais pour une oeuvre bien plus grande encore que pour établir le royaume : pour sauver les pécheurs et glorifier Dieu lui-même par sa mort. Pour établir le royaume, il reviendra ; mais alors tout était préparé pour que la foi eût son fondement et que l’homme fût sans excuse ; c’est à cause de cela que le Seigneur a pu dire : «Vous n’aurez point achevé de parcourir les villes d’Israël que le Fils de l’homme ne soit venu» (10:23), quoiqu’il fût là. Toutefois son établissement comme roi a été différé ; la dernière demisemaine de Daniel reste encore non accomplie, et même, pour l’incrédulité, toute la semaine ; Christ est assis à la droite de Dieu jusqu’à ce que ses ennemis soient mis pour marchepied de ses pieds, ayant fait par lui-même la purification de nos péchés, rassemblant, ainsi que nous le savons, ses cohéritiers selon les conseils de Dieu, cohéritiers à lui donnés avant la fondation du monde.

Ensuite nous trouvons ici, sur notre chemin, ce qui, sans arrêter l’accomplissement des conseils de Dieu, rendait impossible toute idée de l’établissement sur la terre de sa puissance, telle qu’elle se manifestait alors. Les disciples même ne savaient pas profiter par la foi de cette puissance pour la faire valoir ; la puissance de Satan était dans le monde, soit directement, soit indirectement. Tous les effets de cette puissance et les conséquences du péché, le Seigneur était là pour les ôter. Il avait lié l’homme fort. Un cas de cette puissance du mal se présente à ses disciples, et ils ne peuvent pas se servir de la puissance du Seigneur pour la dominer. Il était donc inutile de continuer à exercer celle-ci dans le monde, si ses disciples même ne savaient pas en profiter. Aussi le Seigneur dit-il : «Jusques à quand serai-je avec vous ; jusques à quand vous supporterai-je ?» Toutefois, aussi longtemps que la puissance est là, Jésus, immuable dans sa fidèle bonté, l’exerce en grâce. Amène ton fils ici. Grande consolation pour nous ! Si la foi de tous fait défaut, la bonté du Seigneur ne manque jamais. Nous pouvons compter sur sa puissance et sur sa grâce, comme toujours sûres et indéfectibles jusqu’à ce que tout soit fini. Toutefois le manque de foi chez les siens est le signe que la patience de Dieu est près de ne plus trouver de place pour son exercice ; la puissance du mal a amené le Seigneur à ce point ; l’incrédulité pratique des siens le chasse ; elle met fin à ces voies, à l’égard desquelles l’incrédulité se manifeste.

Deux grands principes sont posés par le Seigneur en réponse à la question de ses disciples : 1° La foi peut tout, selon l’action voulue de Dieu au moment où elle s’exerce ; mais, pour vaincre l’ennemi là où il montre spécialement sa force, il faut une vie de recueillement qui, dans la conscience du combat où nous sommes engagés, s’en rapporte à la présence de Dieu, et se place devant lui dans l’abaissement de la chair et dans une entière confiance. Cette confiance se déploie dans une dépendance de lui avouée dans la prière pour chercher l’action divine.

Le Seigneur (v. 22) revient à ses instructions à l’égard de son rejet et de son crucifiement. Livré aux hommes, il doit être mis à mort et ressusciter. Les disciples, entièrement ignorants du salut, en sont vivement peinés. Mais, à la fin du chapitre, le Seigneur place ses disciples, au moins Pierre, et, selon sa grâce, nous tous, dans la même relation avec son Père que celle où il se trouvait, tout en manifestant la divinité de sa personne. C’est une explication des plus touchantes de ce qui allait arriver par le changement que produirait son oeuvre ; le révélation d’une position toujours vraie quant à sa personne, vraie quant à sa relation, étant devenu homme devant Dieu, mais qui allait être démontrée d’une manière glorieuse par sa résurrection. En même temps il introduit d’avance les siens dans sa propre position, maintenant qu’il allait renoncer à la royauté en Israël telle qu’elle lui appartenait alors ; maintenant qu’il venait d’annoncer à ses disciples sa mort et sa résurrection, comme nécessaires pour les introduire en de plus grandes bénédictions que celles dont ils jouissaient par sa présence. Pierre voulait qu’il fût tenu pour un bon Juif. Sur la demande des receveurs à Pierre, si son maître payait les didrachmes (dues par les Juifs pour le service du temple), le disciple répond : «Oui». Quand Pierre rentre, le Seigneur le prévient, sachant, sans avoir été là, tout ce qui s’est passé ; il lui demande si c’est de leurs enfants ou des étrangers que les rois de la terre prennent tributs ou impôts. Pierre répond que c’est des étrangers. Donc, dit le Seigneur, les enfants en sont exempts. Lui et Pierre, enfants du grand roi du temple, n’étaient pas dans le cas de payer. «Mais, ajoute le Seigneur, afin que nous ne les scandalisions pas, va-t’en à la mer, jette un hameçon, et prends le premier poisson qui montera ; et quand tu lui auras ouvert la bouche, tu y trouveras un statère» (deux didrachmes). Puis Celui qui non seulement sait tout, mais qui dispose de la création avec autant de puissance que de connaissance, place de nouveau Pierre dans la même position que lui-même : «Prends-le et donne-le-leur pour moi et pour toi». Voilà Pierre aussi, fils du grand roi du temple. Au moment où le Seigneur montre qu’il sait tout d’une manière divine et qu’il dispose de tout comme maître de la création, il place Pierre dans la même relation que lui-même avec l’Éternel. Il se soumet aux prescriptions du judaïsme, pour ne pas scandaliser les Juifs, mais lui et Pierre sont réellement exempts comme fils du grand roi. Quelle grâce parfaite ! Au moment où il doit quitter sa relation avec le peuple infidèle, il introduit ceux qui le suivent dans une relation bien autrement intime avec le Dieu d’Israël et en même temps avec lui-même. Il est fils étant homme, et les siens sont avec lui dans cette même relation bénie.

 

17               Chapitre 18

 

Les trois chapitres 18, 19 et 20, jusqu’à la fin du verset 28, forment une subdivision de notre évangile ; ils nous montrent, de la part du Seigneur lui-même, les principes qui doivent caractériser les disciples dans le nouvel ordre de choses dans lequel ils entraient, principes de vie et de conduite individuelle et collective. La nature, en tant qu’établie de Dieu, est reconnue ; mais l’état du coeur est sondé, la grâce et la croix caractérisant tout le nouveau système.

Les premiers principes voulus de Dieu dans l’ordre chrétien, sont l’humilité et la simplicité. Les disciples, comme de coutume, voulaient avoir une bonne position dans le royaume, chacun pour lui-même ; cette fois-ci pourtant, plus en rapport avec le caractère moral, avec les qualités. La réponse du Seigneur se borne à appeler un enfant et à le placer au milieu de ses disciples, comme exemple de l’esprit qui devait les caractériser : celui qui ressemblerait à ce petit enfant serait le plus grand dans le royaume des cieux. L’enfant ne prétendait à rien et passait pour rien aux yeux du monde. Celui qui n’était rien à ses propres yeux serait grand aux yeux de Dieu. Celui qui recevait un petit enfant au nom de Jésus était entré dans sa pensée, dans l’estimation qu’il faisait du monde et des choses qui s’y trouvaient ; il recevait, quant aux principes de sa conduite, Jésus lui-même agissant sur les principes qui le gouvernaient. D’un autre côté, s’il y avait dans l’enfant la foi en Jésus, celui qui le ferait broncher dans le chemin du Seigneur, qui mettrait un obstacle dans le chemin pour qu’il ne le suivît pas, attachait une meule d’âne autour de son propre cou pour se noyer, et pis encore : des pierres d’achoppement se trouvaient dans le monde ; mais malheur à celui qui les plaçait devant les pieds des autres. La question entre l’homme et Dieu était entièrement posée. On était pour ou contre lui. Il ne s’agissait pas non plus d’une captivité en Babylone, d’un châtiment gouvernemental, quelque sévère qu’il fût, mais d’être jeté définitivement en enfer ; il valait mieux perdre le meilleur de ses membres que de se trouver là.

Mais le principe particulier des voies de Dieu qui se manifestaient alors, c’était la grâce. Le Fils de l’homme était venu sauver ce qui était perdu : témoignage d’une immense portée ! Ce n’était plus l’accomplissement des promesses faites à Israël, ni le Christ, chef du royaume attendu de ce peuple, et régnant au milieu d’eux ; mais un Sauveur fils de l’homme, mais de l’homme perdu sans lui. L’homme était perdu. La différence entre le Juif et le Gentil s’effaçait devant la ruine totale qui leur était commune, et devant le salut qui arrivait dans Sa personne. Dans cet esprit de grâce, il ne convenait pas de mépriser le moins important des êtres humains. Le salut était là, et le petit enfant avait de la valeur aux yeux de Dieu. Dieu, qui donnait son Fils pour les perdus, tenait compte des enfants ; il tenait au bonheur des hommes, et l’enfant n’était pas le dernier. L’oeuvre de Christ était valable pour eux ; il était venu sauver ce qui était perdu. Il ne s’agit pas ici de porter les péchés des coupables, mais du principe général de la venue du Sauveur. Perdu parle de notre état ; coupable, de ce que nous avons fait : nous sommes tous ensemble perdus ; chacun rendra compte de ce qu’il aura fait dans le corps. Le jugement se rapporte à ce dernier point ; porter les péchés de plusieurs aussi ; mais perdu est l’état commun à tous (*). Or les enfants, sous le bénéfice de l’oeuvre de Christ, se trouvent agréés de Dieu ; «leurs anges voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux», dit le Seigneur. Passage consolant, qui nous donne une heureuse assurance, que les enfants qui meurent en bas âge s’en vont auprès du Seigneur : résultat de son oeuvre. Le Seigneur se sert de l’image du berger qui cherche la brebis perdue, comme dans le cas d’autres pécheurs. Il s’agit ici, non de porter les péchés, mais de sauver les perdus. Quant à l’état de l’homme, tous ensemble sont perdus ; les enfants, comme état devant Dieu, sont l’objet de son amour ; par l’oeuvre de Christ, ils peuvent voir sa face. Le Seigneur ne va pas plus loin que le fait de leur position, par l’oeuvre qu’il a faite selon la grâce. Petits et méprisés par les hommes, par les docteurs grands à leurs propres yeux, mais qui, après tout, sont de ce siècle, Dieu en faisait grand cas. Ils n’avaient pas encore appris l’esprit du siècle ; le mal même, en eux, ne s’était pas développé devant les yeux de Dieu ; il y avait la simplicité et la confiance, de sorte que, comme état, ils étaient un modèle. Toutefois l’oeuvre de Christ est posée comme fondement de tout. Ce n’est pas l’homme dans ses prétentions ; c’est Dieu, dans sa grâce, que nous avons devant nos yeux.

(*) C’est la différence développée ailleurs entre Romains 1:17 à 5:11, d’une part, et 5:12, jusqu’à la fin de 8, d’autre part.

Le même principe de grâce (v. 15) s’applique à la marche chrétienne à l’égard des torts qui seraient faits à quelqu’un. Seulement ce que nous venons de voir parlait de ce qui concernait l’individu et le péché devant Dieu. Dans ce que nous allons examiner, nous trouvons nos rapports les uns avec les autres, et avec cela l’assemblée et la discipline.

Dans ce qui précède, nous avons vu ce qui doit caractériser l’individu, et le conseil du Seigneur à l’égard du mal qui existerait dans l’individu même ; nous avons vu que l’homme devrait être comme un petit enfant, et que, ayant à faire avec Dieu lui-même dans la lumière, le mal doit lui être intolérable. Il doit l’écarter coûte que coûte. Avec les autres, le mal n’est pas permis ; mais le chrétien doit agir en grâce. Il avertit son frère, si celui-ci lui a fait tort ; puis prend deux ou trois témoins avec lui, afin que les faits soient constatés et que ce ne soient pas des récriminations personnelles sans preuves, s’il ne cède pas à eux. Dans ce cas, le plaignant dira tout à l’assemblée, et les témoins sont là ; et si celui qui a fait tort n’écoute pas l’assemblée, celui qui a souffert est libre de le tenir comme étranger à tous communs privilèges. Il ne s’agit pas ici de la discipline de l’assemblée. Il se peut que celui qui a fait tort, mérite d’être exclu ; mais ce que le Seigneur règle ici, c’est la conduite de l’individu qui a subi le tort. Le premier objet, c’est de gagner le frère coupable : si on ne le peut pas, on ne doit plus agir de son chef comme juge de sa propre cause ; il faut constater les faits, ainsi que la volonté perverse de l’individu, par d’autres qui n’ont aucun intérêt à faire prévaloir leur manière de voir ; puis l’assemblée intervient avec son autorité.

Ici, nous sommes entièrement sur un terrain nouveau. Il ne s’agit pas de la patience de l’Éternel en grâce avec son peuple qui est sur la terre, mais de la conduite de ceux qui ont part aux nouveaux privilèges qui découlent de la nouvelle position prise par le Fils de l’homme. Aussi des principes importants sont-ils mis en évidence : l’autorité réside dans l’assemblée, l’autorité de lier et de délier ; la vraie succession des apôtres est dans les deux ou trois réunis au nom de Jésus. Ce n’est pas en des successeurs individuels, soit de Pierre, soit des autres apôtres, mais dans l’assemblée, que se trouve l’autorité spirituelle sanctionnée par le ciel. Que la sagesse d’un apôtre les dirige, s’il y en a un, ce n’en est pas moins l’assemblée qui juge en dernier ressort ; c’est l’assemblée qu’il faut écouter ; là se trouve l’autorité judiciaire, le pouvoir de lier et de délier ; et la raison en est donnée, savoir que là où deux ou trois sont réunis au nom de Christ, Lui s’y trouve. Le même principe s’applique aux demandes qu’on présente à Dieu. Là où deux ou trois s’accordent pour demander une chose, elle est accordée. Ce n’est pas la volonté individuelle, ni un désir purement personnel ; les deux ou trois étant réunis au nom de Jésus, Jésus y est ; la demande est le fruit d’un accord spirituel, et Dieu exauce la requête. La valeur de Christ et la pensée de l’Esprit s’y trouvent.

Cette position des deux ou trois et la relation dans laquelle la grâce les a placés en vertu du nom et de la présence de Jésus, est évidemment de toute importance. Le privilège qui a été donné à Pierre pour établir le royaume sur la terre, échoit comme héritage aux deux ou trois vraiment réunis au nom de Jésus. Là et uniquement là se pose la sanction divine sur ce qui se fait sur la terre. Dieu peut, sans doute, appouver et diriger un individu ; mais un individu n’a pas l’autorité conférée aux deux ou trois ainsi réunis. La promesse faite à la prière de deux ou trois ainsi réunis au nom de Jésus et d’accord sur les choses qu’ils veulent demander, est aussi infiniment précieuse. Ainsi placés, les chrétiens disposent de la puissance de Dieu. Il s’agit des choses auxquelles l’Esprit de Dieu conduit leurs pensées d’un commun accord ; or, pour une âme qui est sincère et qui ne cherche que la volonté de Dieu, être assuré de l’emploi de la puissance de Dieu dans ce but, est une grande grâce. De quelle manière bénie cela nous associe à l’activité divine, en amour, dans l’oeuvre que cet amour veut faire sur la terre ! La base sur laquelle cette grâce nous est assurée, est également précieuse : Jésus lui-même est présent là où deux ou trois sont réunis en son nom. Quel encouragement ! maintenant qu’il est dans le ciel, corporellement absent, il est lui-même présent spirituellement avec ceux qui se confient en lui ici-bas. Quel immense privilège de sentir que, jusqu’à ce que le Seigneur Jésus vienne nous prendre à lui, nous pouvons compter sur sa présence au milieu de nous lorsque nous nous réunissons en son nom !

Le reste du chapitre (v. 21) nous présente l’esprit dans lequel le chrétien doit agir à l’égard de celui qui l’aurait offensé. Il ne s’agit plus ici de la voie tracée plus haut, s’il refusait de reconnaître son tort, mais de la disposition du chrétien à le lui pardonner, quand même il le répéterait souvent. Le chrétien devrait toujours pardonner, ne jamais se lasser de montrer de la grâce envers celui qui l’aurait offensé ; car un homme pourrait reconnaître son tort et le répéter. Est-ce que cela devait continuer toujours, le chrétien être toujours prêt à pardonner ? Oui, il faut toujours agir en grâce. Dieu nous a pardonné bien davantage. En Luc 17, la repentance de celui qui a offensé son frère est supposée. Ici, le principe est que le pardon, cas échéant, doit toujours être accordé. C’est l’esprit chrétien qui est constaté. Je ne doute pas, bien que le principe soit universellement établi comme principe chrétien, qu’il ne soit fait allusion ici à ce qui est arrivé aux Juifs. Dieu, dans ses voies avec la nation, leur ayant pardonné le crucifiement de son Fils, ils n’ont pas voulu la grâce envers les Gentils, et ont été placés par conséquent sous la discipline, sous la punition, jusqu’à ce qu’ils aient payé le dernier quadrant. Il ne s’agit pas d’expiation, ni d’un individu ; mais de la nation et du gouvernement de Dieu.

 

18               Chapitre 19

 

Ensuite les pharisiens soulèvent la question du mariage, ce qui donne occasion au Seigneur de poser quelques principes comme bases des relations de la nature et de la grâce chez le chrétien ; puis, en même temps, de faire ressortir le véritable état moral de l’homme selon la nature ; et enfin les conséquences et le principe du dévouement selon la grâce. Ce que Dieu a ordonné au commencement est strictement maintenu. Dieu a créé l’homme mâle et femelle ; il a uni les deux pour n’être qu’une chair, et cette union est indissoluble selon Dieu. Le péché peut rompre le lien, mais le divorce est totalement défendu sous toute autre condition que celle du fait par lequel le lien est déjà rompu ainsi. C’est Dieu qui l’a formé ce lien, l’homme n’a pas le droit de le rompre. Dès lors une puissance est venue travailler dans l’homme, en dehors et au-dessus de la nature ; elle peut le placer en dehors des relations naturelles, le prendre et le douer d’énergie afin de se tenir à l’écart de ces relations pour le service du royaume. La relation du mariage est pleinement reconnue, sa sainteté, son indissolubilité ; mais Dieu a pris possession de l’homme pour qu’il soit à lui. La création, c’est-à-dire Dieu, a fait le mariage ; mais le Saint Esprit, agissant en puissance, s’approprie un homme qui, dès lors, reconnaît le mariage et ne se marie pas, pour l’amour du royaume de Dieu.

Ensuite (v. 13) nous avons la nature vue de son beau côté : de petits enfants et un jeune homme d’un charmant caractère. Dans l’évangile de Marc, nous lisons : Quand le Seigneur l’eut vu, il l’aima ; mais son coeur devait être mis à l’épreuve. Les petits enfants, chez lesquels la malice, la fausseté et l’esprit du monde n’étaient pas encore en jeu, fournissaient le modèle de ce qui convenait au royaume des cieux : la racine du mal, sans doute, était là ; mais c’était la création dans sa simplicité et sa confiance, choses que le monde méprisait, et non pas la volonté portant des fruits de méchanceté et de corruption. Ainsi leur caractère, comme tel, servait de modèle. La différence entre l’amabilité de la nature et l’état du coeur devant Dieu, devait se montrer dans le cas du jeune homme. Irréprochable dans sa conduite, il cherchait ce docteur qui paraissait à sa conscience pouvoir donner la plus excellente direction pour bien faire. Il vient avec la pensée qu’il y a de la bonté dans l’homme, et, à ses yeux, la bonté se manifestait davantage en Jésus qu’ailleurs. Il cherche ses conseils pour gagner la vie éternelle par son faire. Il s’adresse au Seigneur comme à un homme, à un Rabbi ; attiré toutefois par ce qu’il avait vu en lui. Il l’appelle bon. Le Seigneur l’arrête court : un seul est bon. Or le jeune homme ne le connaissait pas comme tel. Il n’avait pas demandé ce qu’il fallait faire pour être sauvé, mais pour avoir la vie éternelle. Le Seigneur rappelle les commandements, règle pour l’homme qui veut vivre par la loi : «Fais ces choses et tu vivras». Or le jeune homme ne se connaissait pas, ni ce qu’était la loi de Dieu dans sa sainteté. Il voulait faire pour gagner la vie éternelle. Le Seigneur ne parle pas de vie éternelle ; il prend le jeune homme sur le pied de la loi, qui promettait la vie à ceux qui l’accomplissaient. Le jeune homme, irréprochable dans sa conduite comme Saul, et ne connaissant pas la spiritualité de la loi, répond qu’il a observé la loi en tout ce dont le Sauveur parle. Qu’est-ce qui lui manquait encore ? S’il voulait être parfait, il devait vendre ce qu’il avait et suivre Jésus. L’état de son âme est aussitôt manifesté. Le coeur de l’homme irréprochable dans ses moeurs, était sous le joug de l’attachement à ce qu’il possédait. Il quitte le Seigneur, tout triste, son coeur ayant été mis en évidence dans la lumière que la pauvre humanité ne peut jamais supporter. La nature, quelque aimable qu’elle puisse être dans son caractère, est moralement entièrement éloignée de Dieu. Voici un jeune homme aimable, cherchant à bien faire, manifestant ce qu’on appelle les meilleures dispositions, avec les moyens de faire beaucoup de bien, le voici, aussitôt que la lumière arrive, convaincu d, être sous la domination d’une idole ; de préférer ses aises et ses richesses à Celui qu’il connaissait être bon, vers lequel il était venu chercher une direction comme vers celui qui pouvait le diriger au mieux. Son coeur était entièrement en la possession du mal ; d’une idole.

Le Seigneur avait déjà jugé l’homme en déclarant que nul n’était bon, sinon Dieu lui-même ; cependant il va encore plus loin. Les disciples, étonnés d’un tel résultat et de ce que le Seigneur avait dit des richesses, lesquelles, aux yeux d’un Juif, étaient le signe de la faveur de Dieu, et qui, en tout cas, fournissaient l’occasion de faire de bonnes oeuvres, s’écrient : «Et qui donc peut être sauvé ?». Si nul n’était bon, et si les bonnes dispositions avec les moyens de bien faire ne valaient rien, si ces moyens étaient plutôt un empêchement, qui pourrait échapper ? La réponse du Sauveur est catégorique. S’il s’agit de l’homme, personne. Quant à l’homme, c’est impossible ; le bien n’est pas en lui ; il est esclave du mal par sa volonté et par ses convoitises. Mais Dieu est au-dessus du mal ; Lui peut sauver. Il est évident que nous sommes sur un terrain tout nouveau ; sur le terrain, non d’une loi qui met à l’épreuve, mais de la vérité même qui, tout en reconnaissant ce qui est créé par Dieu, constate la totale ruine morale de l’homme. Dieu peut sauver. C’est la seule ressource. Voilà le fond de la vérité quant à l’homme naturel. Maintenant, voyons quel est l’effet et le principe de la grâce, là où elle avait agi et où l’on avait tout laissé pour suivre le Seigneur.

Les apôtres avaient fait ce que le Seigneur avait engagé le jeune homme à faire ; ils avaient tout quitté et suivi Jésus. Que recevraient-ils ? Le Seigneur répond en tournant leurs regards vers le royaume établi en gloire. Ils seraient sur des trônes, jugeant les douze tribus d’Israël. Le Fils de David, le Fils de l’homme assis sur le trône de sa gloire, aurait ses princes sur les douze tribus, jugeant celles-ci, et assis eux aussi sur des trônes. Mais il sera Fils de l’homme et aura ôté de son royaume tout scandale et tous ceux qui commettent l’iniquité ; alors les princes domineront en justice (És. 32). Et non seulement les apôtres, mais quiconque aurait quitté ce que la nature aime, ce que Dieu même reconnaît à sa place ; quiconque renoncerait à lui-même pour Christ, en renonçant aussi à tout ce qui lui était cher, aurait cent fois autant comme récompense, et il hériterait de la vie éternelle. Il ne s’agit pas de position spéciale en Israël, comme dans le cas des douze compagnons de Christ, lors de son humiliation en Israël ; mais en tout temps, en tout lieu, celui qui aurait renoncé à la vie présente pour Son nom, aurait cent fois plus, et la vie éternelle. C’est le principe ; car on a déjà cent fois plus ici-bas, et puis la vie éternelle. Le Seigneur dit ici : la vie éternelle ; au jeune homme il a dit seulement : «Tu entreras dans la vie» ; car la loi n’avait aucune promesse formelle de la vie éternelle ; elle disait seulement : «Fais ces choses et tu vivras». La vie et l’incorruptibilité ont été mises en évidence par l’évangile. Dieu l’avait promise avant les temps des siècles, mais il a manifesté sa parole dans son propre temps, par la prédication de l’Apôtre (Tite 1:2). Deux fois la vie éternelle est nommée dans l’Ancien Testament (Ps. 133 et Dan. 12), mais les deux passages se rapportent au millénium. Sans doute, il y avait des faits, comme ceux d’Énoch, d’Élie, et des passages, comme le Psaume 16, qui donnaient lieu à cette croyance que les pharisiens avaient reçue avec raison ; les sadducéens n’avaient connu ni les Écritures, ni la puissance de Dieu ; mais le passage que cite le Sauveur montre avec quelle obscurité cette doctrine était révélée, sauf pour un oeil spirituel. Christ était la vie éternelle descendue du ciel (1 Jean 1). Avec lui, et spécialement après sa mort, elle a été pleinement mise en évidence. Ceci a déjà lieu ici ; on renonce aux biens de la vie d’ici-bas, à soi-même, on reçoit cent fois plus et on hérite la vie éternelle. Quand il dit hérite, il tourne nos regards vers ce qui est proprement éternel. Je l’ai déjà dit, on peut avoir cent fois plus ici-bas, ainsi que le dit Marc, quoique avec des persécutions, mais alors l’héritage ne se borne sûrement pas à ce monde, et la vie éternelle, bien qu’on la possède déjà ici-bas, appartient à un autre monde et ne finit jamais. Le Seigneur le révèle ici clairement, tout en transportant nos pensées à des choses nouvelles, et en déclarant que ce renoncement à soi apporterait des avantages cent fois plus grands.

Il y avait danger, comme cela n’a pas manqué d’arriver, que l’homme songeât à une espèce de contrat avec Dieu : Tant de travail et de sacrifice, et récompense proportionnelle. Misérable principe, mais que l’homme est bien capable d’inventer ! Le Seigneur ajoute donc (v. 30) qu’il y en aurait des premiers qui seraient les derniers, et des derniers qui seraient les premiers.

 

19               Chapitre 20

 

Au chapitre 20:1-16, il montre, pour l’expliquer, que tout en récompensant chaque sacrifice fidèlement selon sa bonté, Dieu est souverain en ce qu’il donne ; et que, s’il le juge bon, il peut trouver l’occasion de donner à ceux qui, selon l’estimation de l’homme, n’auraient pas travaillé autant, la même récompense qu’à ceux qui voulaient gagner selon leur travail. Le premier ouvrier a pour principe : tant de travail, tant de paie ; les autres s’en rapportent à la bienveillance du maître de la vigne. Vous recevrez ce qui est juste, et la grâce récompense au-delà de tout mérite du travail. C’est là le grand principe de tout vrai service rendu au Seigneur. C’est le principe qui est en question, et la phrase finale (20:16) se rapporte à ce qui est dit au commencement : «Ainsi les derniers seront les premiers, et les premiers les derniers». C’est l’inverse, toutefois, de ce qui est dit (19:30) au commencement de la parabole, où cette sentence se rapporte à la pensée de l’homme : Qu’est-ce que nous aurons, nous ? tandis que cette phrase finale se rapporte à la pensée de Dieu qui prend plaisir à bénir selon les richesses de sa grâce et donne selon sa bonté. Il en est toujours ainsi, en tout cas. L’ouvrier recevra selon son travail, cela est arrivé au premier appelé ; Dieu donne selon sa bonté et selon sa grâce. Il est bon. Il n’y avait pas eu de refus à l’invitation chez les derniers (v. 6, 7) ; Dieu les a appelés quand le moment voulu par lui était là.

Dans les dernières paroles par lesquelles il termine la parabole, le Seigneur constate d’une manière formelle ce principe de la grâce. Il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus. Ce principe est posé comme base de tout : «car il y a, etc.» Nous trouvons le même principe au chapitre 22, verset 14, où il est aussi posé comme base de tout. Un seul homme en fournit l’exemple. Une masse de gens se réunit sous le drapeau du christianisme, se rendant à l’appel de Dieu ; un petit nombre d’entre eux seulement subit l’influence de la parole de Dieu et en est les fruits. C’est cette grâce souveraine qui est la vraie et la seule source de toute bénédiction. Ici, le Seigneur, après avoir parlé de l’opération de cette grâce dans la parabole, la pose, d’une manière abstraite, comme base de tout.

Il y a encore quelques autres traits moraux d’un haut intérêt qui s’y rapportent, en connexion avec l’humiliation du Sauveur (v. 17-28). Le Seigneur avertit ses disciples en allant à Jérusalem, qu’il doit être condamné à mort par les autorités juives et livré aux Gentils, mais qu’il ressuscitera le troisième jour.

Les fils de Zébédée (v. 20) soulèvent la question qui est celle de tout l’évangile que nous étudions, mais dans un esprit entièrement égoïste. Ils pensent (car ils croient en Jésus comme Messie), à l’établissement immédiat du royaume, puisque le roi était là, et ils voudraient y posséder les places les plus élevées, s’asseoir à la droite et à la gauche du roi. Mais Dieu pensait à des choses bien autrement excellentes, qui tenaient aussi à l’état moral de l’homme et à ses relations avec Dieu ; or Dieu était révélé en Jésus. C’est là d’ailleurs la clef de l’histoire du Seigneur. Le Messie se trouvait en effet là — ce roi annoncé dans les promesses et dans les prophéties. Or, selon la chair, les Juifs étaient les enfants du royaume et les héritiers des promesses. Mais la révélation de Dieu, nécessaire à l’accomplissement de ces promesses, réveillait la haine du coeur humain contre Dieu, et cela d’autant plus que cette révélation s’accomplissait dans l’humiliation en grâce pour sauver. Fût-il venu en jugement, tous auraient été retranchés. Il venait donc en grâce. «Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, ne leur imputant pas leurs fautes».

D’ailleurs il fallait l’expiation, sans laquelle nul péché n’aurait pu être pardonné. Toutefois, quelle que fût la grâce dans laquelle Dieu était là, c’était toujours Dieu, et l’homme n’en voulait point ; et Jésus, le vrai Messie, en qui toutes les promesses étaient oui et amen, se voyait rejeté. Mais Dieu, dans sa sagesse divine, se servait de cette haine pour accomplir l’expiation, absolument nécessaire pour sauver qui que ce soit, ou pour que Israël lui-même fût béni ; montrant ainsi l’état du coeur de l’homme à l’égard de Dieu et ouvrant en même temps la porte du salut aux Gentils.

Ainsi, le Fils de l’homme (titre bien plus étendu que celui de Messie, puisqu’il embrasse tous les droits du Christ dans les conseils de Dieu) devait souffrir, être rejeté, mis à mort, puis ressusciter d’entre les morts, pour fonder la bénédiction éternelle de l’homme, et même la bénédiction temporelle d’Israël, sur la base assurée de l’oeuvre expiatoire que Christ allait accomplir. Ces choses ne pouvaient s’accomplir que selon la puissance d’une position toute nouvelle, au-delà de la mort, de la puissance de l’ennemi, de la colère de Dieu ; selon la position d’homme ressuscité, fruit d’une oeuvre accomplie et agréée de Dieu, et preuve de la puissance divine ; position par conséquent immuable, et non une bénédiction dépendant de la responsabilité de l’homme, sous laquelle tout était mis en question, comme dans le cas d’Adam qui, de fait, y a manqué. Ici, la bénédiction devait reposer sur une oeuvre dans laquelle Dieu allait être parfaitement glorifié. Il a bien été, en effet, mis à l’épreuve, ce Sauveur débonnaire, mais seulement pour manifester sa fidélité et son obéissance parfaites, quelle qu’ait été d’ailleurs la profondeur de ses souffrances. Mais alors il fallait boire la coupe ; la croix était sa part. Non seulement cela, mais ses disciples devaient le suivre dans ce chemin-là. Un Messie victorieux placerait les siens sur des trônes de jugement ; mais, avec un Sauveur mourant sur la croix, il fallait renoncer pour le moment à tout cela. Il devait premièrement accomplir une oeuvre bien autrement glorieuse, et ouvrir à ses disciples — quant à ce qui en résulterait ici-bas — un chemin semblable au sien. Ils devraient le suivre ; c’était là le chemin où il marchait lui-même et qu’il leur traçait pour le suivre. Les deux disciples, le coeur rempli du désir charnel de la grandeur, avec une vue spirituelle entièrement obscurcie par la pensée d’un règne terrestre du Messie, et ne visant qu’à la gloire humaine, demandent à Jésus la faveur de s’asseoir à sa droite et à sa gauche dans le royaume de leurs désirs. Mais, comme en bien d’autres circonstances, la folie de la chair n’est pour le Seigneur qu’une occasion de mettre au grand jour les pensées de l’Esprit. Dans le monde, ce genre de grandeur se retrouvait, sans doute, partout ; mais ce n’était pas là le christianisme. Celui qui cherche à être grand et à primer parmi les chrétiens, a faussé entièrement le caractère chrétien. Il sera le tout dernier ; et le vrai moyen d’avoir la place la plus élevée, c’est de servir, de se considérer comme esclave des besoins des autres disciples. C’était ainsi que Jésus avait fait ; il n’était pas venu pour qu’on le servît dans ce monde, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour plusieurs. Leçon simple et claire, mais de toute importance ! La recherche de la prééminence personnelle n’est que l’égoïsme de la chair, l’esprit du monde qui est inimitié contre Dieu. L’amour aime à servir ; c’est ce que Christ a fait ; l’orgueil et l’égoïsme aiment à être servis et à primer les autres. En lisant de tels enseignements, nous sommes évidemment en dehors de l’idée d’un Messie venu pour régner, et nous nous trouvons dans les pensées d’un Dieu d’amour ; en présence de la révélation de la grâce dans la Parole faite chair, dans Celui qui s’est anéanti en amour pour prendre la forme d’un serviteur, qui s’est abaissé et qui est maintenant exalté. Ce passage a d’autant plus d’importance qu’il termine toute l’histoire du Seigneur, excepté ses derniers jours à Jérusalem. Toute sa vie de service se termine ici, et ces paroles impriment un caractère indélébile sur cette vie bénie, en nous indiquant solennellement, et d’une manière aussi touchante que puissante, ce que doit être le caractère de la nôtre : servir en amour et, quant à ce monde, être content de n’être rien en marchant sur les traces du précieux Sauveur. Oh ! que les siens apprennent cette leçon où la chair ne saurait trouver sa part, mais qui nous donne la joie de nous trouver sur les traces de Jésus, où, purifiés de l’égoïsme, nos yeux peuvent contempler la beauté de ce qui est céleste, et où nous jouissons de la clarté de la face de Dieu ; où, enfin, la vie de Jésus en nous jouit de ce qui lui appartient en propre.

Dans les trois premiers évangiles, dits synoptiques, c’est avec ce qui suit que commence le récit des derniers jours du Sauveur. Alors, pour se présenter une dernière fois aux Juifs, il reprend le caractère de Fils de David. Jérusalem voudrait-elle encore recevoir son roi ?

Nous pouvons indiquer ici brièvement la différence entre ces trois évangiles et celui de Jean. Les trois sont historiques ; ils nous racontent la vie et le ministère de Jésus à trois points de vue différents : comme Emmanuel le Messie ; comme Prophète serviteur ; et comme Fils de l’homme en grâce. Aussi, dans ces évangiles, son service s’accomplit-il essentiellement en Galilée, au milieu des pauvres du troupeau. Le résultat est qu’il se trouve rejeté ; mais il est présenté aux hommes pour qu’ils le reçoivent. Ils n’en veulent rien, mais il est là pour eux. Nous avons déjà vu que tout en étant là comme Prophète et Fils de David, il a manifesté Dieu dans ce monde. Si l’homme, ou Israël, eussent reçu le Fils de David, Fils de l’homme en grâce, ils ne pouvaient l’accepter qu’avec tous les traits divins qui lui étaient propres, ils ne pouvaient, par conséquent, que s’incliner devant la manifestation de ce qui était divin. Cela ne pouvait être autrement, car Dieu était là. Or, c’est ce que l’homme ne voulait pas.

Dans l’évangile de Jean, il est présenté d’emblée comme étant Dieu lui-même, et par conséquent comme déjà rejeté, ainsi qu’on le voit aux versets 10 et 11 du premier chapitre. Les Juifs, dès le commencement et dans tout cet évangile, sont traités comme des réprouvés. La nécessité de l’oeuvre divine dans ses deux parties, la nouvelle naissance et la croix, est constatée. L’élection, et l’action souveraine de la grâce et sa nécessité absolue pour le salut, sont mises en évidence partout. Nul ne peut venir à Jésus, si le Père qui l’a envoyé ne le tire. Ses brebis reçoivent la vie éternelle et ne périront jamais. Dans cet évangile, presque tout se passe à Jérusalem, sauf ce qui est raconté dans le dernier chapitre.

Souvenons-nous que Jésus présente au coeur des siens l’esprit dans lequel ils doivent marcher dans ce monde, comme l’esprit dans lequel le Sauveur lui-même a marché ; lui, le Seigneur de tous ; mais doux et humble de coeur, servant les autres par amour.

Le Seigneur, en sortant de Jéricho (v. 29) accepte de la part des aveugles le titre qu’il porte en relation avec Israël, à qui il va se présenter aussi pour la dernière fois comme ayant droit à ce titre : «Fils de David», disent les aveugles, «aie pitié de nous». Ne se prêtant pas à l’impatience de la foule qui ne voulait pas s’occuper de la misère des aveugles, le Seigneur s’arrête, les guérit, et ils suivent le Fils de David, témoignage évident rendu à la réalité de son titre. Mais il se présente aussi ici comme le «Seigneur», c’est-à-dire comme l’Éternel lui-même.

 

20               Chapitre 21

 

Arrivé à Bethphagé près de Béthanie, il envoie deux de ses disciples au village pour y chercher une ânesse et son ânon, afin d’y monter et d’entrer ainsi dans la ville de Jérusalem qui était voisine. La prophétie avait annoncé ce fait : «Réjouis-toi avec transports, fille de Sion ; pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici, ton roi vient à toi ; il est juste et ayant le salut, humble et monté sur un âne, et sur un poulain, le petit d’une ânesse». Remarquez toutefois que les mots : «juste, et ayant le salut» (Zach. 9:9) sont omis ici. Il devait premièrement venir dans l’humiliation ; plus tard, lui, le vrai roi d’Israël, viendrait avec puissance, apportant avec lui la délivrance de ce peuple (*). Cependant, quoique dans l’humiliation, il agit déjà avec une autorité royale et divine et Dieu dispose les coeurs à le reconnaître. Les propriétaires de l’ânesse la laissent aller sur la demande des disciples. Dans l’évangile de Luc nous trouvons plus de détails ; ici, nous avons le fait qu’il agit en roi. La foule, sous l’influence divine, le reconnaît aussi comme tel et il entre, au milieu de cette procession triomphale, dans la sainte cité, entouré du cri : «Hosanna au fils de David». Toute la ville en est émue, et la foule répond : C’est Jésus, le prophète de Nazareth.

(*) Le mot hébreu traduit ici par «ayant le salut» et parfois rendu par l’expression «Qui se garantit par soi-même», est un peu difficile à rendre grammaticalement ; mais, en tout cas, le sens en est : «apportant avec lui le salut par la puissance de Dieu».

Le voilà donc reconnu roi et prophète (sa sacrificature devait s’accomplir ailleurs), la main de l’Éternel se manifestant clairement. Ce n’était donc pas le témoignage qui manquait dans le coeur du peuple. Le Seigneur exerce aussi son autorité en purifiant le temple, profané par le commerce qui s’y faisait et qui pourvoyait aux besoins de ceux auxquels il fallait des bêtes pour leurs sacrifices. Ce trafic en amenait un autre, celui des changeurs. On avait fait de la maison de Dieu une caverne de voleurs. Matthieu ne fait que citer ce passage. C’était bien la «maison de son Père», mais tel n’est pas le point de vue présenté ici. Il est le roi, Emmanuel ; aussi sa puissance se manifeste-t-elle en grâce : il guérit les aveugles et les boiteux.

Tout ceci provoque la haine des chefs d’Israël qui expriment hautement leur déplaisir. Le Seigneur leur cite le Psaume 8 qui nous révèle le Fils de l’homme, selon les conseils de l’Éternel, lorsque le Messie est rejeté d’Israël. Il est bon de remarquer les deux citations des versets 9 et 16. La première est tirée d’un Psaume constamment cité par le Seigneur et par ses apôtres, et qui révèle le rétablissement d’Israël aux derniers jours, lorsqu’ils reconnaîtront celui qu’ils ont percé (Ps. 118:25, 26). Hosanna veut dire : Sauve maintenant, ou : Sauve, je t’en prie. D’autres versets de ce Psaume sont fréquemment cités. Le Psaume 8 présente la position de Fils de l’homme, toutes choses étant mises sous ses pieds, quand (au Psaume 2 qui le montre comme roi en Israël et Fils de Dieu) il a été rejeté, mais avec la déclaration de la part de l’Éternel qu’il serait roi en Sion, malgré Israël et le monde qui est invité — du moins ses chefs — à se courber devant lui (comp. Jean 1:49, 50 ; Matt. 16:20, suivi de 17 ; et Luc 9:20-22).

Maintenant (v. 17) le Seigneur ne veut plus de Jérusalem ; il en sort, va à Béthanie et y passe la nuit.

Le figuier (v. 18-22) représente, je n’en doute nullement, Israël, soit l’homme sous l’alliance de la loi. Il est jugé définitivement et pour toujours. Il n’y avait qu’une belle apparence et pas de fruit, et il n’y en aurait jamais sur ce pied-là. Mais le Seigneur se sert du fait qu’à sa parole le figuier sèche incontinent, pour montrer à ses disciples l’effet de la foi en eux, dès qu’elle se trouvait là. Toutes les difficultés disparaîtraient. Non seulement Israël sous la loi sécherait, mais toute la puissance mondaine qui s’y élevait contre eux disparaîtrait sous les eaux du jugement de Dieu.

Au verset 23, les autorités judaïques mettent en question celle de Jésus, marche usuelle de ceux qui possèdent officiellement l’autorité, lorsque Dieu agit à côté de cette dernière par sa puissance spirituelle. Le Seigneur, dans sa sagesse divine, ne conteste pas l’autorité officielle dans sa sphère, mais lui présente un cas qui allait mettre sa valeur pleinement à l’épreuve. La puissance divine ne manque pas d’autorisation, et elle venait de se manifester pleinement, mais Jésus répond comme dans l’humiliation et, moralement, comme nous le pouvons toujours avec son aide, si nous ne pouvons pas manifester cette puissance extérieurement. Au reste, Dieu ne fait pas de miracles pour satisfaire l’incrédulité.

Le Seigneur démontre, par leur propre confession, leur incapacité de porter un jugement sur ce qui se faisait de la part de Dieu. Jean ne faisait pas de miracles. Le baptême de Jean était-il du ciel ou des hommes ? S’il était du ciel, Jean avait rendu témoignage à Jésus, et pourquoi ne croyaient-ils pas ? Mais ils avaient peur, à cause du peuple, de répondre : «des hommes». «Nous ne savons», disent-ils. Comment donc prétendre juger de la mission de Jésus ? Or maintenant eux doivent être jugés à leur tour, ainsi que toutes les sections de la nation juive.

Dans toute cette partie de l’évangile, Christ étant rejeté, le temps présent d’alors se lie sans intervalle à sa seconde venue en jugement, ainsi que nous l’avons vu dans les citations de Zacharie 9, Psaumes 118:2 et 8. Seulement le Seigneur constate tout premièrement le caractère de ce rejet (v. 28-32). Il leur propose le cas de deux fils. Le premier dit : Je n’irai pas, et toutefois il va ; l’autre répond : J’y vais, mais ne va pas. C’était la prétendue obéissance des Juifs, tandis que de pauvres pécheurs se repentaient de leurs péchés et suivaient Christ. Ses interlocuteurs reconnaissent que c’est bien le premier des deux fils qui a fait la volonté de son père. Le Seigneur leur fait l’application du cas et ajoute que, encore qu’ils eussent vu le repentir des autres, ils n’y allaient pas davantage.

Ensuite (v. 33) il leur raconte leur histoire dans la parabole de la vigne louée à des cultivateurs. La vigne avait été soigneusement mise en état et environnée d’une clôture. Le propriétaire envoie ses serviteurs pour recevoir sa part des fruits. C’étaient les prophètes ; ils ont été persécutés et tués, comme Étienne en accuse les Juifs au chapitre 7 des Actes. Enfin il a envoyé son Fils. Mais l’homme (les Juifs), avec tous les avantages dont il pouvait jouir de la part de Dieu, a voulu avoir le monde — le monde religieux si vous voulez — sans le Fils de Dieu, sans Dieu et sans autorité, car celui qui n’a pas le Fils n’a pas le Père. Les cultivateurs le jettent hors de la vigne et le tuent. Les Juifs reconnaissent qu’il faut faire périr misérablement ces méchants. Alors le Seigneur cite ce même Psaume 118, déjà mentionné plus haut : N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : «La pierre que ceux qui bâtissaient ont rejetée, celle-là est devenue la maîtresse pierre du coin. Celle-ci est de par le Seigneur, et est merveilleuse devant nos yeux». Le royaume de Dieu leur était ôté et donné à ceux qui en rapporteraient les fruits.

Puis (v. 44), il fait la différence entre l’effet du jugement qui allait tomber sur eux et ce qui arriverait aux derniers jours. Ils tomberaient sur la pierre d’achoppement et ils seraient brisés ; ceux sur lesquels elle tomberait en jugement seraient broyés et réduits en poussière.

Ayant entendu ces paroles, les principaux sacrificateurs et les scribes s’aperçoivent bien qu’il parlait d’eux ; mais ils sont retenus par la crainte qu’ils avaient encore de ce que pouvaient être les dispositions de la foule, car celle-ci le tenait pour un prophète.

Quel témoignage solennel la bouche du Seigneur rend ici de la crise par laquelle passait en ce moment la race humaine, par laquelle l’âme passe encore partout où Jésus est annoncé ! Celui qui heurte contre la pierre se ruine, mais le Seigneur viendra en jugement contre ses adversaires qui seront broyés par la puissance de sa venue en gloire. L’autorité rebelle qui rejette la vérité, est toujours faible et dépend de l’opinion du monde. Une mauvaise conscience est toujours faible. Celui qui a la vérité et la foi peut dire la vérité ; il est entre les mains de Dieu et le sait. Souvenons-nous que le monde dans lequel nous vivons a rejeté le Fils de Dieu. L’évangile lui dit, de la part de Dieu : Qu’avez-vous fait de mon Fils ? Que peut-il répondre ? Dieu annonce la grâce avec une longue patience, jusqu’à ce que cette patience soit inutile ; mais le monde est jugé, ayant non seulement péché et transgressé la loi quand il l’a eue, mais rejeté Dieu lui-même venu en grâce.

Non seulement l’homme a été chassé du paradis terrestre, un monde, pour ainsi dire, que Dieu avait créé autour de lui, mais, autant que cela dépendait de lui, il a chassé Dieu de ce monde du dehors, que le péché et les convoitises avaient formé autour de l’homme. Il a chassé Dieu, quand son amour l’avait amené ici-bas, quand il délivrait l’homme tous les jours de tous les maux que le péché avait introduits dans le monde. L’homme ne veut pas Dieu ; il ne le veut à aucun prix.

 

21               Chapitre 22

 

La parabole des cultivateurs se rapporte à la venue de l’homme, même quand il s’agit de la venue de Christ. Maintenant le Seigneur va parier des voies de Dieu en grâce envers Israël et aussi envers les Gentils. Dans la parabole précédente, il était question de chercher du fruit, comme Dieu le faisait en Israël. Ici un roi fait un festin de noces pour son fils, et convie les invités au festin. Remarquez aussi que c’est une similitude du royaume des cieux (v. 2), tandis que, dans la parabole précédente, on cherchait des fruits d’après une mesure arrêtée d’obligation, c’est-à-dire la loi, quoique ce fût par le ministère des prophètes et du Fils, sans que le royaume fût en question.

Les premiers conviés étaient les Juifs, et tout premièrement ceux du vivant du Christ (v. 3). Ensuite, lorsque tout fut préparé, il envoya encore une fois ses esclaves — les apôtres après sa mort — pour les convier au festin. Ils s’en moquèrent. On trouve ici les deux caractères des hommes : les intéressés qui s’occupent du monde et ne s’inquiètent pas du Seigneur, et les violents qui persécutent ses messagers. Luc, comme il le fait souvent lorsqu’il s’agit des choses morales, entre plus dans le détail, tandis que, d’autre part, il raconte en peu de mots une foule d’incidents qui ne font pas un tableau moral. Luc, dis-je, entre dans plus de détails, afin de montrer quelles excuses les hommes présentent pour négliger le Christ, puis il nous fait voir le Seigneur, cherchant en grâce les pauvres méprisés d’Israël, alors que les chefs ne veulent pas du Christ.

Ici nous avons le grand fait historique, que Jérusalem et les Juifs comme tels ne voulaient aucunement de lui, et persécuteraient les siens, amenant, comme ils l’ont fait, sur eux-mêmes le jugement de Dieu et la ruine.

Ensuite il fait chercher les Gentils, les pécheurs où qu’ils soient, et la salle des noces est remplie de monde ; mais alors il y a un jugement qui s’exerce à l’égard de tous ces conviés. Nous n’avons ici qu’un exemple, mais c’est pour constater le principe. La chrétienté, rassemblée par le message de l’évangile, est l’objet du jugement de Dieu, selon la nature de l’invitation qui a été faite. Pour un festin de noces, il faut une robe de noces. Il faut être revêtu de Christ, pour avoir part à sa joie.

Nous trouvons encore ici un autre principe important et digne de remarque, principe qui découle de la forme de la parabole : le jugement est un jugement individuel.

Voici ce que je veux dire : La première partie de cette parabole, dont le sujet est la grâce, amène le jugement sur les Juifs, qui avaient méprisé l’invitation du roi agissant en grâce et les conviant au festin, qui avaient maltraité les messagers, et qui, à la suite de leur refus de lui rendre les fruits de sa vigne, avaient outragé ses envoyés les prophètes, et finalement porté les mains sur son Fils unique et mis à mort son bienaimé. Mais, à la fin de la parabole, lorsque, l’invitation ayant été envoyée de tous côtés, la maison a été remplie de conviés, bien que la chrétienté soit retranchée comme le judaïsme, un autre genre de jugement nous est révélé, un jugement individuel, dans lequel il s’agit de savoir si l’individu est dans un état qui convienne aux privilèges dont il jouit. Il ne s’agit pas de la destruction d’une ville et de la nationalité du peuple terrestre de Dieu ; d’un jugement extérieur qui met fin à l’économie, à l’existence de la nation sous l’ancienne alliance, à tout le système judaïque ; il s’agit de savoir si l’état de celui qui se trouve au festin convient aux noces du Fils du grand Roi ; sinon, tandis que le festin continue, l’individu, impropre pour les noces, est jeté dans les ténèbres de dehors, là où sont les pleurs et les grincements de dents.

Le principe établi, on voit qu’il s’applique, hélas ! à plusieurs : Il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus.

La parabole des cultivateurs est l’histoire du judaïsme jusqu’au rejet et au crucifiement du Christ ; celle du festin est l’histoire de la réception de l’évangile, premièrement par les Juifs, puis par les Gentils, avec ce qui résulte de la participation extérieure à cette grâce, et le triage qui se fait au sein même de ces privilèges.

En reprenant l’ordre des pensées depuis le chapitre 20, verset 29, nous avons vu jusqu’ici : la présentation de Jésus, comme Fils de David, à Jérusalem ; l’état des Juifs constaté, quant au fait, dans la parabole des deux fils ; leur jugement comme nation dans la parabole de la vigne, jugement qui, du reste, avait déjà été dépeint dans le figuier devenu sec.

Ici, il est utile de faire remarquer la différence entre ces deux cas. Dans les deux, c’est Israël sans fruit, jugé et mis de côté ; mais, dans le cas du figuier, c’est Israël de fait, tel. que le Sauveur l’a trouvé : beaucoup de feuilles, une belle apparence, mais aucun fruit répondant à ce que le Seigneur cherchait, à ce dont son coeur avait besoin ; aussi le jugement a-t-il un autre et plus profond caractère. L’arbre était mauvais ; la nature humaine, sous la culture de Dieu même, ne valait rien. En entrant dans ce monde, il n’y avait, sur le chemin du Sauveur, qu’un seul peuple qui eût joui de cette culture ; c’était Israël, l’homme ayant tous les avantages que l’homme pût avoir comme placé sous sa responsabilité ici-bas. Or l’homme selon la chair est condamné ; jamais il ne portera de fruit ; c’en est fait de lui.

La parabole des cultivateurs se rattache davantage à la nation, comme sphère des voies de Dieu, une économie sur la terre ; non pas la nature humaine sous la loi, mais les chefs de la nation auxquels la vigne de Dieu avait été confiée. Dieu avait eu longue patience ; il cherchait les fruits qui lui étaient dus, et ses messagers, ses serviteurs, avaient été honnis, maltraités, même tués. Dieu pouvait faire encore une chose et il l’a faite ; il a envoyé son Fils. Les cultivateurs l’ont jeté hors de la vigne et l’ont tué ; ils devaient subir le jugement qu’ils avaient mérité. Ce n’est pas le mal inguérissable, la chair qui ne peut plaire à Dieu, qui dépérit devant ses yeux : c’est un jugement extérieur et terrible, tombant sur la nation qui, malgré toute la patience de Dieu déployée envers elle dans sa longue carrière, a mis le comble à son iniquité en rejetant et en crucifiant son Fils. Ce peuple subit le jugement public de Dieu ; il est déjà ruiné, brisé à la suite de son péché ; il sera broyé (sauf un petit résidu que Dieu s’est réservé), quand, aux derniers jours, il sera trouvé adversaire et apostat.

Après cette parabole nous avons trouvé le royaume des cieux, la grâce qu’Israël rejette également, mais qui, étant promulguée, remplit la maison de conviés, de Gentils aussi bien que de Juifs. Ici nous trouvons aussi le jugement, mais portant sur la question si l’individu est propre à la position dans laquelle il se trouve.

Maintenant, après ces grands principes, après ces traits qui dépeignent la situation, toutes les classes des Juifs, chacune à son tour, viennent pour être jugées, alors qu’elles pensaient jeter la sagesse divine dans la perplexité par des questions qu’elle ne saurait résoudre, car elles sê croyaient sages et pensaient avoir affaire à un pauvre Galiléen illettré. Combien le monde et les hommes religieux sont aveugles ; et que le coeur de l’homme est méchant ! Le Seigneur est au milieu d’eux en grâce, et ces hommes, les uns comme les autres, voudraient montrer qu’il est dans ses torts.

D’abord (v. 15) les pharisiens se réunissent et tiennent conseil ensemble pour chercher à l’enlacer dans ses paroles. Ils tenaient eux-mêmes fortement à l’autonomie judaïque, comme étant le peuple de l’Éternel qui ne devait pas être assujetti aux Gentils ; les hérodiens, au contraire, s’attachaient à la dynastie d’Hérode, représentant la puissance impériale de Rome qui l’avait placé là comme roi subalterne. Si Jésus reconnaissait l’autorité romaine, il perdait, pensaient-ils, aux yeux du peuple son caractère de Messie qui devait les délivrer de ce joug ; s’il rejetait cette autorité, eux pourraient le dénoncer au pouvoir civil. Peu leur importait qu’ils fussent inconséquents, si seulement ils pouvaient se débarrasser de Dieu et de sa vérité. Les ennemis les plus acharnés deviennent amis pour se défaire de Christ. Comme Hérode et Pilate, pharisiens et hérodiens, pharisiens et sadducéens, tout le monde est d’accord pour cela. Les pharisiens et les hérodiens vont donc ensemble le questionner et lui demandent, en le flattant sur son intégrité, si, oui ou non, il fallait payer le tribut à César. Le Seigneur, s’apercevant clairement de leur hypocrisie, la leur signale ; puis il leur demande de lui montrer la monnaie courante, avec laquelle on payait le tribut dans le pays. De qui cette pièce portait-elle l’image et l’inscription ? Ils lui disent : «De César». «Rendez donc, leur dit-il, les choses de César à César, et les choses de Dieu à Dieu». Dieu avait assujetti les Juifs aux Gentils pour leurs péchés ; ils devaient reconnaître sa main et se soumettre à ce joug, jusqu’à ce que Dieu, selon sa promesse, les en affranchît. En attendant ils devaient rendre à Dieu ce qui lui appartenait. Ils ne faisaient ni l’un ni l’autre. Rebelles à Dieu dans toutes leurs voies, ils se soulevaient constamment contre les Romains. Etonnés de la réponse du Seigneur, ils le laissent et s’en vont.

Le même jour les sadducéens, qui nient la résurrection, viennent lui soumettre le cas d’une femme qui, selon la loi de Moïse, avait eu sept maris. Duquel des sept, demandent-ils, serait-elle femme, lors de la résurrection ? Il s’agissait ici d’une vérité fondamentale ; aussi la réponse du Seigneur est-elle formelle et précise. Mettre en question la résurrection, c’était ignorer les Écritures et la puissance de Dieu. La mort ne terminait pas l’existence des hommes ; si Dieu était le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, il n’était pas le Dieu de ceux qui n’existaient pas. Tous vivent pour lui, s’ils sont morts pour les hommes ; et bien que la vie et l’incorruptibilité n’aient été mises en évidence que par l’évangile, l’Ancien Testament suffisait pour montrer que Dieu avait été, était et serait le Dieu des fidèles, pour qu’ils fussent avec lui, non seulement comme des âmes, mais comme des hommes, âme et corps, ainsi qu’il les avait faits : seulement ressuscités, chose nécessaire après la mort. Lorsque Dieu disait : «Je suis le Dieu d’Abraham», Abraham était un homme vivant pour lui et devait être ressuscité.

Mais le Seigneur traite aussi le côté positif de la question. Dans la résurrection tout est changé ; il ne s’agit ni de se marier ni de donner en mariage ; on est comme les anges de Dieu dans le ciel. Il n’est pas question ici de la position dans laquelle on se trouve, mais du caractère dans lequel on subsiste. C’est un fondement de l’évangile, que la résurrection.

Notre foi est vaine si Christ n’est pas ressuscité ; chose évidemment vraie, car, si l’homme ne ressuscite pas, Christ lui-même n’est pas ressuscité ; il est donc mort aussi, sans remède ni réponse ; il est vaincu, non pas vainqueur. Les sadducéens sont réduits au silence, et les deux grandes sectes des Juifs n’ont plus rien à dire.

Mais le Seigneur ayant fait ce que ne pouvaient faire les pharisiens, adversaires des sadducéens, la curiosité des pharisiens est excitée, et ils se réunissent (v. 34). L’un d’entre eux questionne le Seigneur, mais sa demande a pour résultat que Jésus pose le vrai fondement de la loi et des prophètes, et puis constate clairement la situation des choses, la question du moment, comme Dieu l’envisageait. Lequel, demande le docteur de la loi, est le grand commandement dans la loi ? Question très débattue parmi les Juifs, pour lesquels chaque commandement avait une valeur spéciale, l’observation de chacun d’entre eux procurant, comme dans un examen au collège, tant de bons points de la part de Dieu. Le Seigneur saisit l’occasion, offerte dans les voies de Dieu, de constater les principes fondamentaux de la loi divine : Aimer Dieu de tout son coeur, tel est le premier commandement ; le second lui ressemble, c’est aimer son prochain comme soi-même. Tout, dans l’homme, dépendait de ces deux choses. C’est le sommaire de ce que l’homme devrait être ; les racines et la mesure de la justice humaine. Ce n’est en aucune manière une révélation de l’amour divin ; il n’est nullement question de la grâce, ni d’un chemin ouvert au pécheur pour venir à Dieu ; mais c’est la règle parfaite de ce qu’un homme devrait être, un résumé divin de la substance de la loi, loi sur laquelle les prophètes insistaient, en cherchant à ramener le peuple à son observation.

Maintenant tout change. À son tour Christ les questionne. Il avait été clair et positif quant à la résurrection, clair et positif quant à l’essence et au fondement de la loi que l’homme aurait dû garder (et en la gardant il aurait joui de la vie avec Dieu, mais il est pécheur) ; maintenant il leur présente la question, grave et décisive pour eux, du jugement qu’ils portaient sur le Christ et ainsi sur sa propre personne. «Que vous semble-t-il du Christ ? de qui est-il Fils ?» Ils lui disent : «De David». Comment donc, leur dit Jésus David l’appelle-t-il Seigneur ? disant : «Le Seigneur a dit à mon seigneur : Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je mette tes ennemis sous tes pieds». C’est ce qui allait arriver ; il allait quitter la position de Fils de David sur la terre, héritier des promesses faites aux Juifs, pour s’asseoir à la droite de la majesté dans les hauts lieux.

Personne ne put lui répondre un mot et personne, depuis ce jour-là, n’osa plus l’interroger. Tout était terminé entre le peuple juif et le Seigneur ; sauf, hélas ! à mettre à exécution les pensées de haine qu’ils avaient dans leur coeur.

 

22               Chapitre 23

 

Sans parler de l’instruction qu’il renferme, ce chapitre est important parce qu’il montre la manière dont cet évangile se meut dans les relations de Dieu avec Israël, tout en indiquant le jugement que ce peuple attirait sur lui par le rejet du Messie.

Nous trouvons ici, d’abord la position des disciples au milieu des Juifs, aussi longtemps que Dieu supporterait ces derniers, et ce qui, sous ce rapport, convenait aux serviteurs de Jésus ; puis l’iniquité et l’hypocrisie des scribes et des pharisiens ; enfin l’amour et la grâce souveraine de Jésus, grâce qui déborde et montre ce qu’il est, même quand il annonce le jugement. Par là, toute cette partie de l’évangile se lie aux voies de Dieu en relation avec son peuple terrestre, comme le moment d’alors où tout cela se passait se lie avec les derniers jours. Tout se rapporte aux Juifs d’alors et à la relation des disciples avec ce peuple, et de là passe aux derniers temps en laissant l’Église de côté, sauf que la mention des derniers temps introduit nécessairement la responsabilité de ceux qui remplacent les Juifs comme serviteurs du Seigneur pendant son absence, et finalement le jugement des Gentils.

Les disciples sont laissés par le Seigneur dans la relation avec les chefs judaïques dans laquelle ils se trouvaient alors, et jusqu’au rejet judiciaire du peuple lors de la destruction de Jérusalem. Le Sauveur les place dans la même catégorie que la multitude. Tous étaient soumis à l’autorité des scribes et des pharisiens. Ceux-ci étaient assis dans la chaire de Moïse ; on devait les écouter quant aux prescriptions qu’ils tiraient de la loi donnée par son moyen. Toutefois il fallait bien se garder de suivre leur marche ; c’étaient des hypocrites qui parlaient et ne faisaient pas. Ils faisaient la loi très stricte pour les autres et très légère pour eux-mêmes ; ils aimaient à paraître devant les hommes avec les formes de la piété, pour acquérir une réputation religieuse ; ils recherchaient les premières places dans les synagogues, les salutations dans les places publiques, et d’être appelés : Rabbi, se faisant valoir aux yeux du monde par la religion.

L’esprit des disciples devait être l’opposé de tout cela. Ils ne devaient pas être appelés : Rabbi, car le Christ seul était leur maître et eux étaient des frères ; ils ne devaient pas non plus en appeler d’autres du nom de père, car un seul était leur Père, celui qui est dans les cieux ; enfin, ils ne devaient pas être appelés conducteurs, car Christ seul était celui qui les enseignait. Celui qui voulait être grand au milieu d’eux devait être leur serviteur, car quiconque s’élèverait sur la terre serait abaissé et celui qui s’humilierait serait exalté. C’est bien ce que Christ a fait, tandis que l’homme, ayant voulu s’élever et être comme Dieu, a été abaissé et le sera encore en affrontant le jugement de Dieu (comp. Phil. 2).

Ensuite (v. 13), le Seigneur dénonce les scribes et les pharisiens, ces docteurs religieux du jour, en mettant le doigt sur les divers traits d’iniquité qui les caractérisaient. Ils fermaient le royaume devant les hommes, et ne voulaient ni entrer, ni permettre aux autres d’entrer, car les docteurs religieux s’opposent toujours à l’entrée de la vérité dans d’autres coeurs. Leur vie était une vie d’hypocrisie ; ils cherchaient à profiter, par leur caractère religieux, de la bourse de ceux que leur faiblesse exposait à leurs artifices ; ils faisaient de longues prières ; leur jugement serait sévère en proportion. Ils montraient (v. 15) un zèle prodigieux pour leur religion, mais ils rendaient moralement les prosélytes pires qu’eux-mêmes ; ils proposaient des subtilités de casuistes et négligeaient les choses essentielles de la loi de Dieu. Exacts quant aux minuties des dîmes demandées par la loi de Moïse, ils négligeaient la justice, la miséricorde et la foi, tout ce qui était réellement important aux yeux de Dieu ; ils nettoyaient le dehors, et au-dedans ils étaient pleins de rapine et d’iniquité. Hypocrites ! ils bâtissaient les tombeaux des prophètes, et assuraient, que s’ils avaient vécu au temps de leurs pères, ils n’auraient pas trempé dans la mort de ces messagers de Dieu. Ils témoignaient ainsi être les fils de leurs pères — eh bien ! qu’ils comblassent donc la mesure de leurs pères !

Jamais le Seigneur n’a accusé personne comme ce qu’on peut appeler le clergé de son temps, ceux qui, sous des formes religieuses, étaient le grand obstacle au succès de son travail ici-bas. Serpents, race de vipères ! dit-il, comment, pourrez-vous échapper à la condamnation de l’enfer ? — Sauveur humble et débonnaire ! lui qui avait commencé sa carrière en dépeignant le caractère de ceux qui seraient bénis, il l’a terminée, rejeté par la religion du monde et des formes, en dépeignant l’hypocrisie et l’iniquité de ceux qui s’opposaient à la bénédiction de leurs prochains — et il l’a fait avec une sévérité d’autant plus terrible, que c’était la bouche de l’amour et de la grâce qui s’exprimait ainsi.

Tel est le point de départ de ces paroles brûlantes qui mettent en lumière, comme Lui pouvait le faire, le vrai caractère de la religion qui ne veut pas la vérité. Au moins, disaient-ils, ils n’auraient pas pris part à la persécution, ni à la mort de ceux qui apportaient le message de Dieu. Mais Dieu avait l’oeil sur eux ; ils seraient mis à l’épreuve à cet égard. Christ, car c’était le Seigneur lui-même qui les jugeait ainsi, enverrait des prophètes, des sages et des scribes (ce qu’il a fait après être monté en haut) ; ils les persécuteraient, les tueraient, les fouetteraient dans les synagogues, pour maintenir la religion intacte ; mais — c’est Dieu qui prononce le jugement — afin que le sang juste, versé sur la terre depuis Abel jusqu’à Zacharie, vînt sur la génération à laquelle Dieu avait accordé son dernier et son plus grand bienfait, et qui avait ainsi montré, au plus haut degré, la perversité et l’iniquité de l’homme. Nous savons, d’après Apocalypse 18:24, qu’il en sera de même de la chrétienté sous sa forme babylonienne.

Le point très solennel qui est mis ici en évidence, c’est que l’iniquité s’accumule. La patience de Dieu attend, et non seulement cela, mais elle emploie tous les moyens pour ramener à la sincérité et à Lui-même ceux qui possèdent la vérité ou qui en ont tout au moins la forme. Les appels les plus touchants, les avertissements les plus énergiques, la condescendance qui emploie des raisonnements presque d’égal à égal, tout cela est rendu inutile par l’obstination des hommes à mépriser la grâce et à pratiquer l’iniquité. Lorsqu’enfin Dieu a épuisé tous ses moyens d’appeler à la repentance, alors arrive le jugement que cette patience divine avait suspendu. Il est enfin amené par le péché accumulé d’âge en âge, et par la dureté de coeur qui a grandi avec le mépris des avertissements divins et de la grâce.

Toutefois la grâce déborde du coeur du Sauveur qui parle ici dans son caractère divin. Rien de plus touchant que les plaintes de sa douleur, en apostrophant Jérusalem qui ne voulait ni recevoir ses appels, ni venir pour être gardée et abritée sous les ailes de l’amour divin. Cette ville est bien caractérisée par la persécution de tous les messagers de Dieu, et que de fois il aurait recueilli ses enfants sous ses ailes ! Mais, maintenant, lui-même venu en amour est rejeté, et sa maison à elle (car il n’appelle plus cette maison sienne) lui est laissée déserte — pas pour toujours, cependant, car les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance ; — mais déserte jusqu’à la repentance du peuple, manifestée dans le désir de voir et de saluer Celui qui avait été promis, selon le Psaume 118, si souvent cité en rapport avec ces jours-là et le retour du Sauveur. C’était ce que les enfants avaient crié au chapitre 21, témoignage voulu de Dieu et produit par sa puissance, lorsque le peuple ne voulait pas de son Messie, vrai fils de David. L’iniquité du peuple, placé sous sa responsabilité, était venue à son comble, mais l’Éternel, selon sa grâce souveraine et selon sa fidélité, reviendra en puissance comme libérateur, au moins pour le résidu repentant, lorsque l’iniquité de l’homme, dans ce cas comme dans tous les autres, aura fait de la bénédiction d’Israël, selon les promesses de Dieu, un acte de pure grâce et de miséricorde envers des enfants de colère (Rom. 11:29, 32).

 

23               Chapitre 24

 

Ce qui précède montre comment, en tout ceci, nous avons le peuple juif sous nos yeux. Ce qui suit est l’histoire des Juifs, ou plutôt celle du témoignage des serviteurs du Christ au milieu des Juifs, dans l’intervalle qui sépare le rejet du Messie, ici en question, et son retour en gloire. Ils sont encore — ou de nouveau — en Palestine ; pas encore délivrés, ni publiquement reconnus de l’Éternel, mais sous sa main, en châtiment, s’il s’agit de ceux qui sont sous l’influence de sa grâce et de sa parole, et finalement en jugement contre ceux qui se jettent entre les bras de l’antichrist. Ce récit vient très naturellement à la suite du témoignage des derniers versets du chapitre 23, et se rattache, quant à son contenu, à ce qui y est dit.

Le Seigneur sort du temple, maintenant délaissé en jugement jusqu’à son retour, et s’assied sur la montagne des Oliviers, séparée par la vallée du torrent du Cédron, du plateau élevé sur lequel on voyait le temple dans toute sa grandeur. Les disciples s’approchent pour attirer son attention sur la beauté de ce majestueux édifice ; le Seigneur ne cherche pas à détourner leurs yeux de l’objet qui les préoccupait, mais il annonce la destruction complète de ce qui semblait être le palais indestructible de leur religion, nécessaire, de fait, à l’accomplissement des devoirs qu’elle imposait, lieu obligé des offrandes qui étaient le seul moyen de mettre le peuple en relation avec Dieu. Tout serait détruit de fond en comble ; leur religion et toutes leurs relations avec Dieu selon l’ancienne alliance, qui se rattachaient au temple, seraient entièrement abolies avec lui. Autant que cela dépendait de la responsabilité des hommes, le départ du Sauveur laissait le temple vide de son Dieu.

Les disciples lui demandent quand ces choses arriveraient ; et, avec cela, quel serait le signe de sa venue et de la fin du siècle. Ils entendent la fin du siècle de la loi par l’arrivée du Messie, savoir de Jésus en gloire, car les Juifs reconnaissaient «ce siècle», c’est-à-dire celui de la loi, et «le siècle du Messie» qui le terminerait.

Examinons la réponse du Seigneur. Elle se divise en deux parties : la première (v. 4-14) donne une esquisse générale de leur position et de ce qui se ferait jusqu’à la fin ; la seconde (v. 15-31) présente le tableau dont l’application est le développement du chapitre 12 de Daniel. En effet, ce chapitre annonce la grande tribulation par laquelle Jérusalem passera dans les derniers temps ; tribulation sans pareille dans l’histoire du monde, après laquelle le Sauveur apparaîtra pour la délivrance des siens, et pour rassembler, des quatre coins de la terre, les dispersés d’Israël, savoir les élus de ce peuple. Le Seigneur s’occupe tout particulièrement de ceux qui seraient des témoins pour son nom, tout en racontant l’état de choses qui les touchait de si près. Il laisse de côté l’Église et tout ce qui s’y rapporte ; c’est des témoins au milieu des Juifs, qu’il parle ; il les met en garde contre les faux christs. Maintenant que le vrai Christ avait été rejeté, le peuple serait en proie à ces imposteurs et nombre de personnes seraient trompées. Il y aurait aussi des guerres et des bruits de guerre ; les disciples devaient rester tranquilles, la fin — savoir la fin du siècle — n’étant pas encore. Les nations s’élèveraient l’une contre l’autre, les royaumes aussi ; il y aurait des famines et des tremblements de terre en divers lieux. C’était le commencement des douleurs d’enfantement pour l’accomplissement des voies de Dieu.

Mais dans ces temps de trouble, même de la nation, l’homme n’en deviendrait que plus méchant et ferait éclater sa haine contre les témoins de la vérité. On les tuerait, on les livrerait pour être affligés, et ils seraient haïs de toutes les nations pour l’amour du Christ. Une fois la bride lâchée, les Gentils comme les Juifs ne veulent ni Christ ni la vérité. Il y aurait de faux prophètes qui tromperaient la multitude, et plusieurs se refroidiraient, parce que l’iniquité surabonderait. Dans ces cas-là le courage moral vient à manquer, lorsque la foi n’est pas en activité pour soutenir le coeur, en le faisant regarder vers le Seigneur qui est au-dessus de toutes les difficultés, quelles qu’elles soient. Il s’agissait pour les disciples de persévérer jusqu’à la fin, car«la délivrance arriverait en son temps. Pour nous il s’agit de moissonner, en nous appliquant à l’oeuvre du Seigneur sans nous décourager ; pour eux il s’agit d’être délivrés. En général il est vrai pour nous aussi qu’il faut persévérer jusqu’au bout. Lorsque la parole de Dieu nous parle du chemin du désert qui est à traverser, elle insiste sur la persévérance et sur le maintien de la confiance jusqu’à la fin ; non pas que l’issue soit incertaine pour le vrai croyant, parce que Dieu le gardera jusqu’au bout. Il est fidèle pour le faire, mais il faut qu’il le fasse ; le chemin est là, il faut que nous le parcourions ; le danger est là, et il nous faut être gardés ; mais les brebis ne périront pas et personne ne les ravira de la main du Seigneur. Cependant il faut aller jusqu’au bout ; c’est un devoir de compter sur Dieu pour. cela ; mais ici, dans les derniers temps, il y aurait une délivrance. Toutefois, malgré la prédominance du mal, la parole de Dieu ne s’arrêterait pas ; elle dépasserait les limites de la Palestine, et porterait à toutes les nations la nouvelle de l’établissement du royaume qui vient. Alors viendrait la fin. Ce n’est pas ici l’évangile du salut, comme au chapitre 1 de l’épître aux Éphésiens, mais l’évangile du royaume, comme Jean-Baptiste, comme le Sauveur lui-même, l’avaient annoncé . Le royaume de Dieu est proche.

Tout ceci est un aperçu de l’état de choses qui aurait lieu à la fin et qui commençait à poindre immédiatement après le départ du Seigneur, état de choses qui avait son avant-goût dans ce qui allait se passer entre son départ et la destruction de Jérusalem, et dont les versets 4 à 14 nous donnent une idée générale. L’Église, nous l’avons déjà dit, est laissée entièrement hors de vue, le témoignage envoyé aux Gentils étant celui des derniers jours quand l’Église sera en haut, et donnant lieu au jugement que dépeint le chapitre 25. La destruction de Jérusalem par Titus ne se trouve pas ici du tout, mais néanmoins cette destruction était d’une grande importance, parce qu’elle mettait fin à toute relation de Dieu avec le peuple comme tel, jusqu’au moment où elle serait reprise lors de son retour dans le pays à la fin des jours. Luc (21:24) nous parle de la destruction de Jérusalem par Titus en ajoutant qu’elle sera foulée aux pieds par les Gentils, jusqu’à ce que les temps des Gentils soient accomplis. Daniel (9:26) en parle en ces termes : «Le peuple du prince qui viendra, détruira la ville et le lieu saint» et la désolation sera là par le jugement de Dieu. À la fin le Messie prendra le royaume, lorsque Jérusalem et les Juifs auront subi jusqu’au bout le jugement que Dieu a décrété.

Le Seigneur (v. 15) arrive maintenant, dans le cours de sa prophétie, au moment prédit par Daniel, où l’abomination qui cause la désolation serait placée dans le lieu que le trône de Dieu doit occuper. Il y aurait donc, avons-nous vu, un temps de témoignage en Israël, qui s’étendrait jusqu’au bout du monde, à toutes les nations ; les serviteurs du Seigneur devraient posséder leurs âmes par la patience, et, quoique haïs de tous, persévérer jusqu’à la fin. Mais, pour ceux qui seraient en Judée, le moment viendrait où une idole (c’est ce que signifie le mot «abomination») serait placée dans le lieu saint. Cette idole est appelée «de la désolation», parce que la confiance en elle et l’affront public fait à Dieu amèneraient la désolation du peuple et du lieu saint. Lorsqu’elle y serait placée, les fidèles qui seraient en Judée devraient s’enfuir dans les montagnes. Le Seigneur emploie toutes les images pour montrer l’urgence du cas : celui qui serait sur le toit de la maison ne devrait pas descendre pour emporter quelque chose hors de sa maison ; celui qui serait aux champs ne devrait pas revenir en arrière pour chercher ses vêtements ; le moment serait si terrible qu’il ne s’agirait que de prendre la fuite. Mais Dieu pense toujours aux siens : ils devraient, dit le Seigneur, demander à Dieu que leur fuite n’eût pas lieu en hiver, ni un jour de sabbat. Lorsque arrivera ce temps de tribulation sans pareille dans l’histoire du monde, Dieu pensera à la température la plus convenable pour la fuite et à l’esprit consciencieux qui arrêterait le fidèle un jour de sabbat.

Ce passage nous montre clairement qu’il s’agit, en tout ceci, des Juifs, et de Jérusalem, et du pays environnant. C’est la dernière demi-semaine de Daniel, «un temps de détresse pour Jacob»; il en sera cependant délivré. Malheur aux femmes enceintes et à celles qui nourriront des enfants, ces sujets de joie pour les femmes juives en temps de paix ; il y aurait une tribulation telle qu’il n’y en avait jamais eu de pareille. Mais le coeur du Seigneur pense à toutes les difficultés, à tous les dangers des siens. Pour l’amour de ses élus il raccourcira ces jours-là, car autrement nulle chair n’eût été sauvée ; et, de fait, ce ne sera pas un prolongement de misère selon la volonté de l’homme, car en trois ans et demi tout sera terminé.

La citation de Daniel montre clairement qu’il ne S’agit pas du siège de Jérusalem par Titus, car Daniel nous fait savoir que ce temps de tribulation est sans pareil, et, par conséquent, il ne peut y en avoir deux. Mais de plus, la durée de la tribulation est de 1260 jours, soit trois ans et demi, puis viennent 75 jours pour tout purifier, et alors aussi Daniel, naturellement ressuscité, aura sa part dans ces choses à la fin des jours. Or prenez les 1260 jours pour des jours, comme je le crois, pour une demi-semaine d’années, ce qui correspond à Daniel 9, ou prenez-les, si vous voulez, pour 1260 années ; le fait est que rien n’est arrivé, ni à l’une ni à l’autre époque, qui corresponde aux paroles prophétiques du Sauveur, ni à celles de l’Esprit par Daniel.

Luc ne parle pas de Daniel, ni de l’abomination de la désolation, car il s’occupe toujours davantage de la période actuelle et des principes qui s’y rapportent ; aussi nous dit-il à cette occasion que Jérusalem sera entourée d’armées et foulée aux pieds des Gentils, jusqu’à ce que le temps des Gentils soit terminé.

Après cela (v. 23) viennent les grands signes. Il y aura, dans ces derniers temps aussi, de faux christs et de faux prophètes, des promesses de délivrance dont les coeurs auront un si grand besoin, à ce moment terrible où toutes les fausses espérances d’une nation incrédule s’évanouiront. Voici, dira-t-on, il est au désert ; voici, il est dans la chambre la plus retirée de la maison ! Il y en aura aussi qui feront de grands signes et des miracles de manière à tromper, si possible, même les élus. La méchanceté des hommes et les ruses de Satan s’emploieront encore pour égarer les âmes et les empêcher de s’humilier et de chercher la délivrance où seule elle peut se trouver. C’est le temps terrible de la puissance de l’ennemi et du jugement de Dieu sur le peuple, par le moyen des instruments que celui-ci s’est choisis pour s’agrandir et s’établir dans son incrédulité. Il ne s’agit pas ici de chrétiens ;, ils savent que Christ est dans le ciel ; leur dire : il est au désert, il est dans les chambres intérieures, ne répondrait à aucun besoin d’un chrétien, ne Produirait aucun effet, même sur ceux qui ne le seraient que de nom. Pour le Juif, qui subira l’agonie d’une persécution sans pareille, de la colère de Satan qui, chassé du ciel, sera dévoré d’une rage brûlante, sachant qu’il n’a que peu de temps, pour le Juif, dis-je, au milieu de toute cette souffrance, le désespoir d’un coeur amèrement trompé par la promesse d’un libérateur arrivé, sera un piège évident. Il s’agit purement et simplement de la grande tribulation de Jérusalem aux tout derniers jours, du temps prédit par Jérémie (30:7) et par Daniel (12:1), la délivrance du résidu qui devient la nation étant annoncée dans ces deux passages. La puissance de Satan qui se développe dans cette période nous est montrée dans le chapitre 12 de l’Apocalypse ; l’ordre des temps au chapitre 9 de Daniel.

Le Seigneur avertit ses disciples, car dans tout ce chapitre ils sont envisagés comme témoins au milieu des Juifs. Ils ne devaient suivre aucun de ces feux follets allumés par Satan pour tromper les âmes, car le Seigneur, le Fils de l’homme, viendrait comme un éclair, subitement, et avec un éclat qui ne laisserait aucune incertitude à l’égard de sa personne ainsi manifestée ; — il viendrait en jugement, là où l’effet du jugement se trouvait devant les yeux clairvoyants de Dieu (v. 28). Le Seigneur fait quelque allusion au chapitre 39, verset 30, du livre de Job, bien que ce soit une expression proverbiale dont on n’a pas à chercher le sens bien loin. Là où est le corps mort d’Israël, là descendra le jugement de Dieu, avec la vue et la rapidité de l’aigle.

Après ce témoignage rapide et prophétique du Seigneur, prévoyant le jugement des derniers jours, il annonce avec plus de calme le grand résultat du jugement de Dieu, avec la grâce qui rassemblera le résidu du peuple (29-31). C’est moins un transport prophétique, plaçant l’esprit dans les circonstances qu’il annonce, que la révélation des voies de Dieu, faite avec le calme et l’élévation qui conviennent à Celui pour lequel tout est certain. Toutes les autorités, toutes les puissances qui subsistent, seront bouleversées et tomberont. Je ne doute pas qu’il n’y ait dans les derniers temps des phénomènes extraordinaires (Luc 21:25), mais je crois que le Seigneur parle ici de la chute de tout ce qui, en se faisant grand et fort, gouvernait le monde. Dieu intervient, et toutes les puissances, alors en rébellion contre lui, sont renversées pour toujours. Ceci arrivera tout de suite après la tribulation annoncée par le Seigneur et par les prophètes. Les disciples avaient demandé quel serait le signe de son arrivée. Il leur avait donné des avertissements abondants, et leur avait annoncé le vrai caractère et les vrais dangers de ces temps-là ; mais le signe de son arrivée sur la terre serait l’apparition de sa gloire dans le ciel. Ce qui était terrestre, il le leur avait exposé selon les besoins de ces temps-là, mais la venue du Sauveur était céleste, et c’est là qu’on verrait le signe de son arrivée sur la terre, l’apparition, je n’en doute pas, de sa gloire dans le ciel ; on verrait le Fils de l’homme venant sur les nuées avec puissance et une grande gloire. Alors toutes les tribus de la terre (de la terre d’Israël, je pense) se lamenteront : ceux qui l’avaient rejeté et qui maintenant le voient revenir en gloire. Les fidèles, partageant en général le sort de la nation, mais délivrés de leur incrédulité, se lamenteront, nous le savons, d’une autre manière (Zach. 12:10-14), en regardant à celui qu’ils avaient percé. Les Gentils rebelles qui s’élevaient contre l’Éternel et contre son Oint seront détruits, mais ici, je le crois, l’Esprit a plutôt en vue les enfants d’Israël.

Mais il y a davantage : non seulement en Palestine ceux qui sont écrits dans le livre de Dieu (Dan. 12:1) seront délivrés, mais le Fils de l’homme enverra ses anges (car maintenant les anges sont devenus les serviteurs de celui qui hérite de tous les droits de l’homme selon les conseils de Dieu), il les enverra pour rassembler tous les élus d’Israël des quatre coins de la terre, depuis l’un des bouts du ciel jusqu’à l’autre bout. Ceci termine l’histoire des Juifs et du témoignage de Dieu au milieu d’eux, depuis le temps où ils ont rejeté le Sauveur, jusqu’à son retour. Nous avons vu la relation du témoignage des disciples avec le peuple juif, et les circonstances dans lesquelles ils doivent rendre ce témoignage jusqu’au retour du Seigneur. Ceci se termine au verset 31 du chapitre 24. Les versets 30 et 31 de ce dernier chapitre se relient au verset 31 du chapitre 25. L’historique de la prophétie reprend à ce dernier verset, le trône du Seigneur étant établi, de sorte qu’il juge les Gentils. Entre deux, nous avons des exhortations aux disciples, et la responsabilité des chrétiens pendant l’absence du Seigneur. Le résultat général pour la chrétienté est développé à la fin du chapitre 24. Tout dépendait de l’attente vivante du Seigneur. Si cela venait à manquer, le serviteur se ferait maître de ses compagnons de service et les tyranniserait ; il se joindrait au monde pour jouir de ses délices charnelles ; la conséquence en serait qu’il serait retranché, compté parmi les hypocrites et jeté dehors. Ceci donne lieu à des détails plus précis sur l’état et la responsabilité dans lesquels se trouvent les chrétiens pendant son absence : c’est ce que nous allons examiner.

 

24               Chapitre 25

 

La venue du Sauveur donne lieu d’envisager les chrétiens comme dix vierges sorties pour aller à la rencontre de l’Époux. La vraie force du mot est que le royaume des cieux sera alors devenu semblable à dix vierges ainsi sorties. Rien de plus solennel et de plus instructif que cette parabole, quant à l’état des chrétiens. Il s’agit du retour du Sauveur et de ce qui arrivera aux chrétiens, aux membres du royaume, à cette époque-là. Si le serviteur disait : «Mon maître tarde à venir», ce serait sa ruine ; la démonstration de l’état de son coeur. Mais, de fait, l’Époux tarderait ; et c’est ce qui est arrivé. Il importe de remarquer les relations mutuelles dans lesquelles les personnages de la parabole se trouvent. Il ne s’agit pas ici de l’Église comme épouse. Si l’on veut absolument penser à une épouse, c’est Jérusalem sur la terre. Les chrétiens sont envisagés comme des vierges sorties pour aller à la rencontre de Celui qui était l’Époux. Le résidu juif ne sort pas. Quand Jésus reviendra, il se trouvera là, sur la terre, dans les relations dans lesquelles il sera resté ici-bas. L’Époux tardait, et les vierges — les sages comme les folles — s’endormirent, n’attendant plus l’Époux. De plus, elles entrent quelque part pour dormir plus commodément. Toutefois il y en a qui ont de l’huile dans leurs vaisseaux avec leurs flambeaux ; — c’est la grâce divine qui entretient la lumière de la profession chrétienne. Elles ne sont pas surprises ; il s’agit de ceux qui font profession.

L’état moral du royaume consiste en ce que tous se sont endormis : la venue du Sauveur est oubliée de tous. À un moment imprévu, le cri se fait entendre : «Voici l’Époux !» Dieu réveille les âmes pour qu’elles y pensent ; mais quel témoignage rendu à l’état des chrétiens ! Ce qui aurait dû les caractériser, la chose pour laquelle, en tant qu’état vivant de l’âme du chrétien ici-bas, on avait été converti — selon qu’il est écrit : Vous avez été convertis pour attendre des cieux son Fils [Bibliquest : 1 Thes. 1:9-10] — avait été entièrement oubliée. On n’attendait plus le Seigneur ; et quoiqu’il y eût de l’huile dans les vaisseaux de quelques-uns, les lampes étaient négligées, C’est l’âme qui attend le Seigneur, qui veille pour être prête à le recevoir. Leurs flambeaux ne brillaient plus convenablement. Il pouvait y avoir de la fumée et de la cendre ; la flamme n’était pas éteinte, soit ; mais il y avait peu de lumière, assez cependant pour bien manifester la négligence et le sommeil. Où était donc l’amour pour le Sauveur, lorsque tous l’oubliaient, ne s’occupant plus de son retour ? La fidélité et l’amour envers le Sauveur faisaient également défaut.

On se demande quelquefois comment il est arrivé que ces hommes si excellents des temps passés n’eussent pas connaissance de cette vérité, ne fussent pas animés de cette espérance. La réponse est facile : les vierges sages dormaient comme les folles. L’attente du Sauveur était perdue dans l’Église. Et, remarquez-le bien, c’est le cri : «Voici l’Époux», qui réveille de leur sommeil les chrétiens assoupis. Il ne faut pas se faire d’illusions, l’état propre des chrétiens dépend de cette attente : «Vous», est-il dit, «soyez comme des hommes qui attendent leur maître». Sans doute, la nouvelle nature que le chrétien a reçue produit essentiellement les mêmes fruits, quelles que soient les circonstances dans lesquelles elle se trouve, mais aussi le caractère se forme par l’objet qui gouverne le coeur ; et il n’y a rien qui détache du monde, comme l’attente du Sauveur ; rien qui sonde le coeur comme cette attente, pour qu’il n’y ait rien qui ne convienne à sa présence. Rien, par conséquent, n’introduit comme elle les sentiments de Jésus dans le jugement que l’on porte sur le bien et sur le mal ; rien non plus n’entretient comme elle l’affection pour Jésus, dans les motifs qui gouvernent notre conduite. Remarquez aussi qu’en réalité c’est l’attente même du Sauveur, le fait de veiller en l’attendant, qui est en question ici ; non point le service que nous avons à accomplir pendant son absence. Le service et la responsabilité qui s’y rattache, se trouvent dans la parabole suivante (25:14-30).

La même distinction se reproduit dans le chapitre 12 de Luc. Au verset 37, il est dit : Bienheureux sont ces serviteurs, que «le maître, quand il viendra, trouvera veillant»; — puis la récompense est qu’ils jouiront des bénédictions du ciel et que Jésus se ceindra pour les rendre heureux ; ensuite, verset 43, il s’agit du service à rendre pendant son absence, et là, la récompense est l’héritage.

Revenant à Matthieu 25:1-13, je pense que le fait que les autres vierges devaient s’en aller pour acheter de l’huile signifie seulement qu’il était trop tard pour avoir part avec l’Époux, et que les vierges fidèles ne pouvaient alors communiquer de la grâce. Il faut l’avoir à temps, de la source elle-même. J’ajouterai que je ne pense pas que les vierges folles fussent des âmes sauvées. L’Époux leur dit : «Je ne vous connais pas»; — ce que Jésus ne pourrait guère dire à ceux qui seraient siens.

Dans la parabole des talents (v.14-30), il s’agit de service. Le Seigneur s’en va et confie à ses propres serviteurs une partie de ses biens pour qu’ils les fassent valoir. Ce sont les dons spirituels que le Seigneur Jésus a départis à ceux qui le suivaient lorsqu’il s’en est allé. Il ne s’agit pas de ce que la providence nous a donné, ni de tous les hommes, mais des serviteurs de Jésus et de ce qu’il leur a donné au moment de son départ. Il y une certaine différence entre cette parabole et celle qui se trouve en Luc 19. Dans ce dernier passage, la même somme est donnée à chacun des serviteurs ; la responsabilité humaine y entre pour davantage dans les pensées de l’Esprit de Dieu ; aussi la récompense est-elle proportionnée à ce que l’amour a gagné. Ici, la somme est en rapport, selon la sagesse divine, avec le vase auquel elle est confiée, et chaque fidèle ouvrier est également appelé à entrer dans la joie de son maître ; il est établi sur beaucoup de choses, mais il entre dans la joie de son maître. Fidèle à Jésus selon ce qui lui avait été confié, Jésus le fait jouir de sa joie à Lui. Le principe du travail est la confiance que l’ouvrier a dans le maître et l’intelligence spirituelle que cette confiance lui donne. Les talents ne leur avaient pas été confiés pour n’en rien faire ; dans ce cas, le maître aurait pu les garder par devers lui. Ils comprenaient bien qu’ils leur avaient été remis afin qu’ils en trafiquassent pour le maître pendant son absence ; aussi emploient-ils ces talents — ces dons spirituels — pour le service du maître. Leur coeur le connaissait, ce maître, voulait son profit et son honneur, ne cherchait pas d’autre autorisation ni d’autre garantie pour travailler, que le fait qu’il leur avait confié ces dons, et que le zèle d’un coeur confiant par la connaissance qu’ils avaient de Lui. Ce qui manquait au troisième, c’était justement cette véritable connaissance du maître. À ses yeux, il était un homme austère. Et, remarquez-le bien, lorsqu’il n’y a pas la vraie connaissance de Dieu, tel qu’il s’est révélé en Christ, on a toujours de lui une i~ée entièrement fausse. Le coeur se trahit toujours par l’idée qu’on se fait de Dieu. L’incrédulité fait toujours du vrai Dieu une peinture qui révolte le coeur. Il lui manque la connaissance des droits de Dieu, aussi bien que de son amour. Si Dieu était tel que l’incrédule l’imagine, et qu’il reconnût son autorité, il aurait dû agir en conséquence ; mais lorsque son amour est inconnu, son autorité est méprisée. Dieu ne se révèle qu’en Christ ; ce n’est qu’en Christ qu’il peut être réellement connu.

Ce cas du serviteur infidèle dessine encore nettement la différence entre les dons, et la grâce, et l’effet de celle-ci dans le coeur. Nous n’avons pas d’exemple pratique à ce sujet dans le Nouveau Testament ; cependant le principe est clairement constaté en 1 Corinthiens 13. Dans l’Ancien Testament, nous avons des exemples de la puissance de l’Esprit sans qu’il y ait conversion, et même bien loin de cela. C’est ce, qui explique aussi Hébreux 6. Ici, la paresse et l’infidélité découlent de l’ignorance dans laquelle se trouve le serviteur touchant le caractère de son maître, ainsi que de l’idée fausse et coupable qu’il s’était faite de lui.

Remarquez, dans nos deux paraboles, un fait important qui se retrouve aussi ailleurs. Le Seigneur, dans les enseignements qui se rapportent à sa venue, ne dit rien qui puisse donner lieu de croire qu’elle doive tarder au-delà de la vie de ceux auxquels il S’adresse. Ainsi, les vierges qui se sont endormies sont celles qui se sont réveillées ; les serviteurs qui ont reçu les talents sont les mêmes que ceux dont le travail est estimé à la fin. Nous savons que bien des générations ont paru et disparu depuis le départ du Sauveur, mais il ne voulait pas qu’on s’attendît d’avance à un retard. De la même manière, lorsqu’il veut donner l’histoire de l’Église jusqu’à sa fin, l’Esprit de Dieu prend sept églises qui existaient dans ce moment-là, afin de décrire en sept époques les grands traits de cette histoire ; de sorte que, bien que nous puissions reconnaître aujourd’hui ces traits et ces époques, il n’y avait, lorsque l’Apocalypse fut écrite, rien qui annonçât d’une manière formelle une durée quelconque de l’Église sur la terre.

Une autre remarque me reste encore à faire. Ce qui est dit au verset 23 me semble énoncer un principe général. Ceux qui possèdent les privilèges chrétiens sans en jouir d’une manière vitale, sans vraiment connaître le Seigneur Jésus lui-même, perdent tout ce qu’ils ont (c’est encore le chapitre 6 de l’épître aux Hébreux) ; tandis que ceux qui sont fidèles à la lumière qu’ils possèdent, en acquièrent davantage. Au reste, c’est l’explication donnée au verset 29. Le jugement sur le méchant serviteur s’exécute au verset 30.

Nous avons parcouru, dans ces trois paraboles, le jugement du système chrétien : de l’Église envisagée comme un système divin établi sur la terre, mais exposé aux conséquences d’être établi sur le fondement de la responsabilité humaine ; ensuite des individus qui font profession d’être chrétiens, considérés au point de vue de leur devoir d’attendre la venue du Seigneur, et relativement à leur service pendant son absence. Au verset 31, le Seigneur reprend le fil de ce qu’il avait déjà dit à l’égard de l’histoire de la terre et des choses qui vont arriver lors de sa venue. Ce verset (25:31) se rattache, ainsi que je l’ai dit, au 24:31 , avant lequel toutes les relations du résidu avec le peuple incrédule et avec les Gentils, premièrement en témoignage, puis en des souffrances sans pareilles, avaient été dépeintes, comme précédant la venue personnelle du Sauveur, qui mettra un terme à ces souffrances . Or, quand le Seigneur apparaîtra dans ces circonstances-là, ce ne sera pas seulement pour briller, puis pour disparaître comme un éclair. Il s’assiéra sur le trône de sa gloire ; puis, lorsque son jugement guerrier, à savoir celui qui s’exécute sur ses adversaires, sera accompli (voir Apoc. 19:11), le Seigneur, assis sur son trône, jugera les Gentils du monde entier, auxquels l’évangile du royaume aura été envoyé. Cette mission se trouve annoncée au verset 14 du chapitre 24, qui termine la première partie de la prophétie de ce chapitre. Il s’agit là de l’évangile que Jésus a prêché de son vivant, ainsi que Jean-Baptiste ; ce n’est point l’évangile de la mort et de la résurrection de Jésus, c’est-à-dire une oeuvre de rédemption éternelle pleinement accomplie, mais c’est le fait solennel que le royaume allait s’établir ; c’est «l’évangile éternel». Le Seigneur allait commencer à briser la tête du serpent par l’établissement de ce royaume, à prendre en main sa grande puissance et à agir en Roi. — Ce témoignage doit se rendre après l’enlèvement de l’Église et avant la manifestation du Seigneur. Le témoignage rendu aux Juifs se trouve au chapitre 11 de l’Apocalypse, mais ici nous apprenons qu’il se fera entendre aussi dans le monde entier avant que la fin n’arrive.

Lors donc que le Seigneur se sera assis sur le trône de sa gloire, il commencera à rendre son jugement sur les nations et à l’exécuter. La Parole mentionne deux genres de jugement : le jugement guerrier, et celui où le juge est en séance comme autorité suprême et reconnue. Ainsi, Apocalypse 19 est le jugement guerrier. Au chapitre 20 commence la séance judiciaire qui se tient lorsque la puissance du roi a établi son trône, et qu’il y sied pour juger (Apoc. 19:11 ; 20:4).

Quant à la destruction de la Bête et de ses armées, elle a lieu par la venue du Seigneur, qui détruit les armées et jette la Bête et le faux prophète en même temps en enfer. Alors, il établit son trône à Jérusalem. Ensuite Gog arrive, pensant que tout est à lui ; il trouve le Seigneur lui-même et périt sur les montagnes d’Israël. Puis, le trône étant établi en paix, le Seigneur s’y assied pour juger les nations auxquelles, auparavant, l’évangile du royaume avait été envoyé. Les termes du jugement nous font voir qu’il ne s’agit nullement d’un jugement général, ainsi qu’on s’en fait communément l’idée. On y est jugé selon la manière dont on a accueilli les messagers de l’évangile du royaume ; c’est de cela uniquement que l’on rend ici compte au juge ; c’est sur cela seul qu’il les interpelle. Or le plus grand nombre des païens n’ont jamais entendu de tels messagers ; ce jugement ne peut être le leur, il leur est totalement inapplicable. Au reste, au commencement de l’épître aux Romains, le jugement des nations est prononcé, leur culpabilité établie sur des principes entièrement différents, savoir, qu’ils ont renoncé à la connaissance de Dieu quand ils la possédaient ; qu’ils ont méconnu le témoignage de la création ; ensuite celui de la conscience ; enfin qu’ils se sont plongés, à la suite de cette aliénation volontaire de Dieu, dans l’idolâtrie et dans la dissolution, à qui en ferait pis. Ensuite, nous trouvons ici trois classes : les chèvres, les brebis, et les frères du Juge ; c’est-à-dire : ceux qui n’avaient pas accueilli les messagers, ceux qui les avaient accueillis, puis les messagers eux-mêmes. C’est le jugement des vivants, des nations ; un jugement final. Ils s’en vont dans la géhenne, dans le tourment éternel, tandis que les justes possèdent la vie éternelle ici, sur la terre, mais ils en jouissent avec Dieu. C’est le jugement de la vallée de Josaphat, quand l’Éternel aura rassemblé les nations et qu’il y aura des multitudes dans cette vallée de décision. Le jugement des vivants est une vérité scripturaire aussi sûrement que le jugement des morts. Non seulement cela, mais les Juifs étaient bien plus familiers, et cela selon leurs propres écritures de l’Ancien Testament, avec le jugement des vivants qu’avec le jugement des morts. Sans doute il y avait, dans l’Ancien Testament, des paroles qui avaient donné l’intelligence aux pharisiens à l’égard de ce dernier ; aussi le Seigneur les justifie-t-il sur ce point, tandis qu’il condamne les sadducéens ; cependant ceux-ci étaient tenus pour de bons Juifs ; et le souverain sacrificateur et les siens étaient de cette secte. Personne ne mettait en question leur orthodoxie. Ils avaient tort, nous le savons ; mais quand nous voyons le passage par lequel le Seigneur les convainc, nous comprenons que des personnes qui n’avaient pas l’Esprit de Dieu pussent demeurer dans l’ignorance de la vérité à cet égard. Si l’on ne saisit pas le fait que Dieu envisage l’homme comme ayant un corps aussi bien qu’une âme, de sorte que la vie au-delà de la mort démontre aussi la résurrection, on a encore de la peine à saisir la force de la preuve alléguée par le Seigneur. Pour celui qui sait que le Seigneur est ressuscité et que nous devons lui être conformes, la chose est simple. La mort ne touche que le corps ; si l’on subsiste après, c’est pour être homme complet. Une chose démontre l’autre. L’âme est heureuse avec Christ en attendant, mais l’homme n’est pas complet. Il vit, l’homme qui mourut ; après la mort, tous vivent pour Dieu, et ne sont morts que pour l’homme ; ce dernier état de mort doit cesser, mais il ne cessera qu’à la résurrection. En attendant, l’âme est avec le Seigneur, témoin, puisque la vie n’est pas terminée, que la mort ne doit pas retenir celui qui y est assujetti.

Maintenant les chrétiens ont de la peine à croire à un jugement sur la terre, bien qu’ils le professent dans le Credo. Or la parole de Dieu est claire là-dessus. La prophétie en parle largement. Il y a un jugement des vivants, comme il y a un jugement des morts, et ce jugement, nous l’avons ici, au moins la partie la plus formelle, celle où le Seigneur sied sur son trône et juge personnellement les nations. Ailleurs, ils sont détruits subitement par son apparition glorieuse, étant trouvés, ou rassemblés pour lui faire la guerre, comme en Apocalypse 17:14, et ch. 19, ou environnant le camp des saints et la cité bien-aimée (et ici ils sont subitement détruits par le feu descendu du ciel), comme en Apocalypse 20:7-9. Mais ici, le Seigneur, assis sur son trône, après être déjà venu comme un éclair sur ceux qui étaient en guerre contre lui, juge comme roi toutes les nations de la terre, selon l’accueil que chacun aura fait à ses frères les messagers du royaume, estimant tout ce qu’on leur a fait comme ayant été fait à lui-même personnellement. C’est là le grand principe de ce jugement ; les brebis désavouent toute prétention d’avoir eu égard au roi personnellement ; mais il tient pour fait à lui-même tout ce qu’ils avaient fait à ses messagers, qu’il reconnaissait pour ses frères. Les chèvres, par contre, prétendent n’avoir jamais manqué envers le grand roi ; mais, d’après le même principe, l’indifférence qu’elles avaient montrée à l’égard de ses messagers compte, dans le coeur du roi, pour indifférence envers lui. Ainsi, c’est bien le jugement des nations, mais c’est aussi un grand encouragement pour ses serviteurs, qu’il enverra vers les nations ; c’est même, comme principe, un encouragement pour tous les temps. Il pense toujours aux siens comme s’ils étaient lui-même. «Pourquoi», dit-il à Saul, «me persécutes-tu ?» Ceci va plus loin, il est vrai, car ceux que Saul persécutait étaient des membres de son corps, tandis qu’il était, Lui, dans le ciel ; les autres sont ses frères sur la terre. Je parle de cela comme témoignage à la grande et précieuse vérité qu’il porte toujours l’intérêt le plus profond aux siens ; intérêt qui ne fait jamais défaut et ne sommeille pas ; qui peut, sans doute, permettre l’épreuve de la persécution, s’il le faut, mais un intérêt qui, à travers tout, tient les rênes en main et reconnaît les souffrances des siens pour son nom, comme un titre valable au bonheur du royaume qui leur sera sûrement départi dans son temps.

J’ai encore quelques remarques de détail à faire. Le Seigneur tient compte de toutes les circonstances de la vie des siens. Le grand but de la parabole est de montrer que ce qui est fait à ses serviteurs, est fait à lui-même ; mais il sait qui a faim, qui est en prison, etc. Rien ne lui échappe. De plus, il est bien entendu que les siens souffrent, non seulement maintenant, mais en tout temps pendant son absence. Ensuite, c’est devant le Fils de l’homme que les nations sont citées pour rendre compte de leurs voies. Au reste, le Père ne juge personne, mais il a confié tout jugement au Fils. Ici, c’est le Fils de l’homme venu et assis sur le trône de sa gloire. Remarquez que, lorsqu’il s’assied sur le grand trône blanc pour juger les morts (non pas les vivants, comme ici), il vient pas du tout. Le ciel et la terre s’enfuient de devant sa face. Ce n’est pas là venir. Ici, c’est quand il vient dans sa gloire (comparez Joël 3:11 et suiv.) qu’il s’assied sur le trône de sa gloire et qu’il rassemble les nations. Les bénis mis à sa droite sont bénis de son Père, mais il ne sont pas des enfants, ni des compagnons du Juge, comme les ressuscités et. les changés ; ils ne viennent pas avec lui ; ils étaient mêlés avec les chèvres jusqu’à ce que le roi les eût séparés. Or cela n’est pas vrai des chrétiens, car les morts en Christ ressuscitent à part, puis vont à sa rencontre avec les transmués. Ils sont ressuscités en gloire. Jésus, qui en est les prémices dans sa résurrection à lui, vient et transforme le corps de leur humiliation selon la ressemblance de son corps glorieux. Leur résurrection est comme une chose tout à fait à part, et seuls les fidèles vont à la rencontre du Seigneur. Ici, il vient sur la terre, sépare les fidèles et condamne les méchants qui ont méprisé ses frères, en même temps qu’il donne à ceux qui les ont reçus le royaume préparé pour eux par son Père. Ce n’est pas le royaume du Père non plus, comme en Matthieu 13:43 ; cependant tout découle du Père et de ses conseils comme source et cause de la bénédiction. C’est un royaume terrestre, dont la bénédiction découle des conseils et de la bonté du Père de celui qui était là comme Fils de l’homme — un royaume préparé pour eux non avant, mais dès la fondation du monde ; le résultat du gouvernement de Dieu ici-bas, mais selon les conseils de Dieu. Le feu dans lequel les méchants devaient être jetés, était préparé pour le diable et pour ses anges.

 

25               Chapitre 26

 

Or, ayant achevé ce qu’il avait à dire quand il avait quitté, ou plutôt abandonné Jérusalem, le Seigneur ramène l’attention et les pensées de ses disciples à ses souffrances et à sa croix. Deux jours plus tard venait la fête de Pâque, et le Fils de l’homme devait être trahi pour être crucifié. Ce n’était pas la pensée des sages de ce monde, des grands et des autorités, qui trouvaient que le moment n’était guère opportun alors qu’il y aurait un tel rassemblement de gens, car ceux-ci, ayant joui en grand nombre des effets de sa puissance et de sa bonté, pouvaient soulever un tumulte si les autorités essayaient de se débarrasser de lui d’une manière violente et injuste ; mais, dans les conseils de Dieu, cela devait avoir lieu à cette époque. Vrai agneau de pâque, il devait souffrir pour nous en réalisant le type de la délivrance hors de l’Égypte, au moyen d’une rédemption bien autrement excellente. Aussi le Seigneur, dans le calme de sa perfection, annonce- t-il à ses disciples ce qui allait arriver, en employant les complots des conducteurs de la nation, pour accomplir les conseils de Dieu, tandis que toutes leurs précautions étaient réduites à néant. Or l’homme était assez méchant et l’ennemi assez puissant, lorsque Dieu le permettait, pour qu’il n’y eût aucun tumulte. Le monde se montre tout entier sous la puissance de son prince, et ennemi de Dieu. En fait de tumulte, il n’y avait que ces cris : «Ôte, ôte ! crucifie-le !». Tout ce qui suit est ce témoignage solennel que, dans ce moment suprême, le Sauveur, victime de propitiation, agneau destiné à la boucherie, brebis muette entre les mains de celui qui la tond, ne doit trouver aucun secours, aucun refuge, aucun appui pour son coeur, personne pour avoir compassion de lui, bien qu’il en cherchât. En même temps sa perfection, sa patience, sa grâce, se montrent d’autant plus qu’il est plus éprouvé.

Nous allons parcourir un peu en détail le récit de cette grâce et de cette patience : on y apprend la perfection du Sauveur, là où elle se présente de la manière la plus touchante et en même temps la plus admirable. La fin de la vie du Seigneur se distingue en ce qu’il est envisagé à un point de vue différent, dans chaque évangile, comme aussi tout le reste de son histoire, bien que Marc et Matthieu présentent le même portrait, avec peu de différences. Mais l’évangile de Jean nous montre la personne du Seigneur, Dieu et la parole faite chair, la vie éternelle dans ce monde ; aussi, en Gethsémané et sur la croix, ne trouve-t-on là ni souffrance, ni humiliation, mais une personne divine qui les traverse dans sa puissance. En Luc, c’est l’homme qui, en Gethsémané, sent davantage l’épreuve comme homme, mais qui en est victorieux, de sorte que, sur la croix, l’expression de la souffrance ne se trouve pas. En Matthieu, victime de propitiation, il ne répond rien si ce n’est pour faire une belle confession et rendre témoignage à la vérité, seul motif de sa condamnation. L’Esprit de Dieu montre ici d’une manière positive l’abandon des, hommes et même des disciples, dans lequel le Seigneur ne trouva aucune consolation pour son coeur ; puis, finalement, l’abandon de Dieu sur la croix quand il crie à Lui, demandant qu’il ne se tienne pas loin lorsque les taureaux et les chiens l’environnent. En un mot, nous avons, en Jean, le Fils de Dieu toujours homme ; en Luc, l’homme ; en Matthieu, la victime de propitiation ; mais les circonstances sont d’un profond intérêt et nous voulons y toucher.

 

26               Chapitre 27

 

La mort de Jésus étant déjà arrêtée dans le conseil improvisé tenu au commencement de la nuit, lorsqu’il avait été amené devant Caïphe, les scribes et les pharisiens tiennent un conseil formel, le matin de très bonne heure, pour prononcer sa sentence définitive ; puis ils l’amènent à Pilate. Ici nous trouvons l’iniquité et l’aveuglement de tous, en présence de Celui qui devait mourir. Judas qui, évidemment ce me semble, pensait que Jésus leur échapperait comme il avait échappé tant de fois alors que son heure n’était pas encore venue, frappé, en tout cas, dans sa conscience, en voyant Jésus condamné, vient aux principaux sacrificateurs avec les trente pièces d’argent. Saisi de remords, il déclare qu’il a péché en livrant le sang innocent. Peu de sympathie l’attend là. Ils avaient atteint leur but ; leur affaire avait réussi ; quant au péché de Judas, cela le regardait. Voilà toute la compassion que le remords trouve chez ceux qui se servent de l’iniquité qui le produit. Le but est atteint ; et si leur instrument est perdu pour toujours, tant pis pour lui, c’est son affaire. Eux ont atteint leur but. Judas jette dans le temple l’argent, pauvre prix de son âme ; puis s’en va se pendre, triste fin d’une vie passée sans conscience près du Seigneur. Rien n’endurcit comme cela. La cruelle et insolente indifférence des chefs d’Israël, que ne soulage pas une conscience mauvaise, pousse au suicide cet homme, qui perd sa vie, son âme et l’argent pour lequel il l’avait vendue.

Mais quel tableau du coeur de l’homme nous trouvons dans ce qui suit : les hommes, qui n’avaient eu aucun scrupule d’acheter le sang de Jésus, ne peuvent pas mettre dans le trésor l’argent qu’ils avaient ainsi employé, parce que c’était le prix du sang ! Quel témoignage à l’aveuglement de la conscience ! Combien les scrupules diffèrent de la conscience ! Le bien et le mal affectent la conscience qui, en soi, est la plus noble des facultés. Le scrupuleux est servile, craint pour soi, s’occupe des ordonnances et craint de les violer. Le dieu que sert le scrupuleux est un dieu qui veille sur ce qui l’affecte, lui ; et il abandonne son misérable serviteur qui ne tient pas compte de ce qui concerne l’honneur et la volonté de ce maître qu’il craint. C’est un faux dieu rancuneux, le dieu d’un coeur qui ne connaît pas le vrai Dieu, lors même que ce coeur le nomme l’Éternel. Si l’âme n’est qu’extérieurement en relation avec le vrai Dieu, elle négligera ce qui porte atteinte à Son vrai caractère : la justice, la vraie sainteté, l’amour, pour s’occuper de ces ordonnances, que l’homme sans foi et sans connaissance de Dieu peut accomplir et qu’il craint de négliger, parce qu’il a peur de Dieu. Or les principaux sacrificateurs pouvaient attacher de l’importance à Israël qui se perdait et qui était rejeté dorénavant à cause de son iniquité : Israël ne devait pas être souillé ; mais pour de misérables Gentils auxquels allait s’ouvrir la porte, fermée sur Israël, un champ souillé par l’argent qui l’avait acquis, était assez bon. C’est ainsi qu’un lieu de sépulture est acheté pour les étrangers. Tout est aveuglement, orgueil et ténèbres. La lumière, ils ne la voulaient pas. Mais le conseil de Dieu, déclaré longtemps auparavant par le prophète, devait être accompli. Quand leur conseil, à eux, s’y opposait, il n’aboutissait à rien, mais leurs propres actes de folie accomplissaient les prophéties qu’ils n’écoutaient pas, bien qu’elles fussent constamment lues dans leurs synagogues.

Or Jésus se tenait là devant le gouverneur. Il rend un beau témoignage devant Ponce Pilate. Il est le roi des Juifs. Lorsque les Juifs l’accusent, il est muet. Il est là pour être la victime. Dieu lui rend témoignage par le songe de la femme de Pilate ; alors celui-ci fait des tentatives pour le délivrer de la malice acharnée des Juifs, en profitant d’une habitude qu’on avait de relâcher un prisonnier à Pâques. Mais les malheureux Juifs doivent consommer leur iniquité, car il arrive un moment où Dieu permet que l’iniquité ait son cours jusqu’au bout, afin qu’elle se manifeste telle qu’elle est ; ainsi s’accomplissait là propitiation, par les souffrances et par la mort de Jésus. Pilate ne montre que la faiblesse d’un homme qui méprisait tout ce qui l’entourait ; d’un homme qui voudrait sauvegarder sa conscience, mais n’en a que très peu et encore moins de crainte de Dieu ; d’un homme qui, lorsqu’il devient trop incommode de maintenir la justice, cède à la violence et à la persévérance dans le mal d’une volonté qui s’acharne contre Dieu et contre le bien. Aux yeux de Pilate, il ne valait pas la peine, pour un pauvre juste qui n’avait aucune importance humaine, de compromettre et sa personne et la paix publique. Il s’en lave les mains et laisse la responsabilité de cette mort à ceux qui la désiraient. Pauvres Juifs ! Cette responsabilité, ils la prennent sur eux. Aussi en portent-ils la peine encore aujourd’hui. «Que son sang, disent-ils, soit sur nous et sur nos enfants !» Terrible anathème, qu’appelle sur lui-même ce pauvre peuple ; anathème qui pèse sur lui jusqu’à ce que la grâce souveraine, en amenant un petit résidu à la repentance dans laquelle il sentira le péché qui a été commis, change le sang d’anathème en un sang d’expiation ; et cela de la part de Dieu qui les nettoiera du péché qu’ils ont commis en le répandant. Cette grâce souveraine de Dieu est la seule qui puisse trouver, dans l’iniquité même de l’homme, le moyen d’accomplir le salut de celui qui l’a commise. C’est ainsi que nous, qui avons été sauvés par cette même grâce, nous pouvons en rendre témoignage éternellement. Dans l’oeuvre qui nous sauve, nous n’avons d’autre part que nos péchés et la haine qui l’a accomplie du côté de l’homme. Ce pauvre peuple devait, dans cette occasion, montrer jusqu’à quel point il était tombé, abandonné de Dieu : ils choisissent un brigand à la place du Fils de Dieu, un meurtrier, mais un homme qui flattait leurs propres passions en les excitant contre les Romains, leurs maîtres, auxquels ils étaient assujettis à cause de leurs péchés. Or Pilate leur relâche Barabbas et leur livre Jésus après l’avoir fait fouetter, lui reconnu innocent ; car ce qui caractérise ici Pilate, c’est le manque de coeur et une indifférence orgueilleuse tout empreinte de cruauté.

Maintenant le bien-aimé Sauveur subit tous les outrages qui peuvent monter au coeur de l’homme brutal et libre d’exercer un pouvoir qui trouve ses délices à faire souffrir ceux sur lesquels il domine pour un moment. Car l’homme est tyran par nature ; et lorsque plusieurs sont réunis, il ne se trouve aucune force morale là où des dispositions plus aimables existent, et ainsi l’on tombe au plus bas de l’échelle ; on a honte de ce qui est bon, même de l’amabilité, et tout est au niveau de ce qui est le plus bas. Pauvre créature déchue ! Au reste, Pilate, leur chef, leur en avait donné l’exemple.

Néanmoins ce qui nous regarde spécialement ici, ce qui doit nous intéresser, c’est l’Agneau destiné à la boucherie, la brebis muette devant celui qui la tond. Le précieux Sauveur supporte les insultes et les injures de ceux qui n’étaient capables que de se complaire dans le mal et d’agir en conséquence. Ce n’est pas lui qui voudrait résister, ni faire quoi que ce fût pour s’y soustraire. Il était venu pour souffrir et donner sa vie en rançon pour plusieurs. Seulement, nous pouvons remarquer que Juifs et nations s’unissent pour le rejeter et le fouler aux pieds, lui qui ne leur résiste pas. La nation élue et la dernière Bête, la Bête romaine à laquelle Dieu avait transmis les rênes du pouvoir sur la terre, se mettent d’accord, tout ennemies qu’elles soient entre elles, pour persécuter et insulter le Fils de Dieu. Si les Juifs se mettent en avant pour demander son sang, les nations se prêtent aux Juifs pour le répandre. Maintenant tout s’accomplit. Le Sauveur est emmené pour être crucifié, victime propitiatoire pour nos péchés.

Il semblerait que Jésus fût physiquement faible, car ils ont forcé un homme de Cyrène, nommé Simon, à porter sa croix. Eux, au moins, ne voulaient pas le faire ; seul, Jésus ne le pouvait pas. L’insolence et la tyrannie sont en jeu ici ; il y avait, dans les hommes, de la joie à opprimer et à mettre à mort le Fils de Dieu. L’homme s’en débarrassait pour sa ruine. Mais quoique ces taureaux de Basan fussent là, que ces chiens entourassent le Sauveur, la grande et, pour nous, la précieuse figure dans le cadre, c’est la victime silencieuse et muette, l’agneau qui va à la boucherie. Le récit est d’une simplicité parfaite ; mais l’accomplissement des prophéties se déroule devant nos yeux d’une manière admirable ; la vue spirituelle perce à travers les circonstances, contemplant la figure patiente et divinement calme du Fils de Dieu, parfait dans sa soumission. On lui offre du vinaigre mêlé avec du fiel, dont l’effet devait être de stupéfier au milieu des souffrances ; mais le Sauveur ne cherchait pas de pareils soulagements. Il était là pour souffrir et pour accomplir la volonté de son Père, non point pour échapper à la conscience de ce que lui coûtait cette obéissance. Ils partagent ses vêtements et jettent le sort sur sa robe, que, sans cela, ils auraient dû déchirer. Ainsi était-il écrit ; or le Sauveur, exposé nu à la dérision des soldats, n’était point insensible à l’ignominie dont il souffrait, bien qu’il n’en détournât pas sa face. Il n’y avait personne pour avoir compassion de lui ; personne pour confesser son nom, sinon que Dieu le Père avait forcé l’homme à lui rendre témoignage, car Pilate avait fait inscrire Son titre sur la croix : «Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs». Les Juifs auraient voulu éviter cet affront ; mais cela devait leur tourner à confusion sans remède et sans voile, et Celui qu’ils avaient rejeté devait recevoir son vrai titre malgré eux. Leur roi était crucifié, mais Dieu avait pris soin qu’il fût reconnu et proclamé tel. Toutefois, personnellement, il devait être outragé au dernier point. Le plus bas état où l’homme pût se trouver, le laissait toujours homme ; et, dans ce moment suprême, il ne s’agissait pas de faire la différence entre un homme ouvertement méchant et un autre qui aurait échappé à la dégradation que produit le péché ; il s’agissait de placer l’homme tel qu’il est en face du Fils de Dieu ; aussi un brigand est-il, ici, du parti des hommes, associé avec eux contre le Dieu d’amour. En cela, ils sont ensemble et égaux. Ce brigand pouvait, de concert avec les autres, insulter le Fils de Dieu. Tout est nivelé ; Christ seul est abaissé au-dessous de l’homme : un ver, comme il le dit, et non point un homme ; et cependant c’est Dieu révélé dans l’homme. L’homme qui révélait Dieu était là, et les outrages de ceux qui outrageaient Dieu tombaient sur lui. Le Seigneur souffrait et accomplissait son oeuvre, sensible plus qu’aucun homme à tout cela, car, en lui, il n’y avait pas trace de la dureté qui rend insensible aux circonstances, ni de l’orgueil qui se les cache ou qui, tout au moins, cherche à se les cacher. Il sentait tout avec une sensibilité que la malice des hommes n’avait pu altérer ; et, parfait en patience, il en appelait à son Dieu. «Et toi, Éternel ! ne te tiens pas loin». Les Juifs se glorifiaient d’avoir atteint leur but. L’homme, trompé par Satan, pensait s’être débarrassé de Dieu dont la présence le troublait. Ils hochaient la tête en disant : «Il a sauvé les autres, il ne peut se sauver lui-même». Quelles paroles ! Reconnaître sa puissance pleinement manifestée, rejeter ce qui était divin, avouer qu’ils avaient effectivement banni Dieu du milieu d’eux ! En effet, il ne pouvait se sauver, ne pouvant penser à lui-même : l’amour qui avait sauvé les autres, allait plus loin et se donnait pour nous. L’amour parfait pour son Père, l’obéissance à son commandement, son parfait amour pour nous, lui défendaient de se sauver lui-même. Il aurait pu avoir ses douze légions d’anges, mais il était venu pour les autres, non pour lui-même ; enfin, aimant les siens qui étaient dans le monde, il les aimait jusqu’à la fin. S’il devait sauver les autres, il ne pouvait se sauver lui-même. Son amour et son obéissance étaient complets. Ce qui marque l’aveuglement affreux de ces pauvres sacrificateurs, c’est qu’ils citent des paroles qui, dans le Psaume où sa mort est dépeinte telle qu’elle est ici racontée, sortent de la bouche des athées et des méchants (Ps. 22:7, 8). Dans tout ceci il s’agit des hommes et de Christ ; mais, ainsi que je l’ai dit, il en appelle à Dieu. C’est ce que nous trouvons dans le Psaume 22 : «Ne te tiens pas loin de moi».

Maintenant vient le moment où sa position, sa relation avec Dieu, doivent passer devant nos yeux : «Depuis la sixième heure, il y eut des ténèbres sur tout le pays, jusqu’à la neuvième heure». Ainsi, même par des circonstances extérieures, Dieu a séparé son Fils des outrages et des insultes purement humains pour qu’il fût seul avec lui, et tout entier à son oeuvre solennelle. Il était seul avec Dieu, fait péché ; rien pour détourner le coup de la justice ; rien pour l’amortir. La puissance qui était en lui ne l’abritait pas ; elle le rendait capable de supporter ce qui s’appesantissait sur son âme : le sentiment de l’horreur de la malédiction, dans la mesure dans laquelle l’amour du Père lui était familier ; le sentiment de ce que c’était que d’être fait péché, dans la mesure de la sainteté divine qui était en lui ; et ni l’un ni l’autre ne pouvait se mesurer. Il buvait la coupe du jugement de Dieu contre le péché. Tout le force à pousser le cri — cri qu’il nous est accordé d’entendre afin que nous sachions ce qui se passait là, la réalité de l’expiation : «Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’as-tu abandonné ?» Abandon que nul ne peut sonder, sinon celui qui l’a senti, mais qui, dans la petite mesure où son ombre seulement nous atteint et passe sur nous, est plus terrible que tout ce que peuvent subir le coeur ou le corps humain. Dans la bouche de Jésus, ce cri exprimait tout ce que son coeur, à lui, et ce que ce coeur seul, pouvait sentir. Aussi le Psaume 22, d’où il est tiré, et la voix de Jésus lui-même (Ps. 20:21), parlent-ils des souffrances du Christ, telles seulement que l’homme peut les comprendre en les voyant. Elles sont comme infligées par les hommes et portent les conséquences qui en résultent pour leur victime et pour ceux qui les lui infligent : — exaltation à la droite de Dieu de Celui qui souffrait ; colère destructive sur ses ennemis. Mais qui était l’ennemi de Christ, dans son caractère d’Agneau expiatoire ? Personne. Il souffrait en se donnant lui-même, de la part de Dieu en justice ; le coup même — les souffrances — était le coup de la justice. Aussi, quant à ses conséquences, dans le Psaume 22, tout est grâce et bénédiction pour tous ceux qui en sont les objets — depuis le petit résidu qui, alors, reconnaissait Jésus et qui est devenu l’Église, jusqu’au millénium et au «peuple qui naîtra». Tous témoignent qu’il a fait cette oeuvre. Il est intéressant de voir tous les témoignages de Dieu dans ces Psaumes 19-22 : — la création en haut (car ici-bas elle est trop ruinée pour servir comme telle) ; la loi (Ps. 19) ; puis (Ps. 20), le témoignage de Jésus, vu prophétiquement, tel qu’il se présente au coeur de ses disciples ; la réponse (Ps. 21) ; puis enfin ce que Jésus seul peut manifester, ce qui se passait entre son âme et Dieu, ce que son âme seule était capable d’exprimer. Or ce n’était ni la faiblesse ni l’épuisement, comme quelques personnes à petites pensées se sont imaginé de le dire ; matérialisme auquel non seulement la doctrine chrétienne est inconnue, mais qui trahit un manque total de sentiment et de sain jugement.

Maintenant, non seulement l’oeuvre a été achevée, mais toutes les circonstances que la prophétie avait annoncées comme devant arriver, ont reçu leur accomplissement. Aussi devait-il lui-même remettre sa vie entre les mains de son Père. Elle ne devait point lui être ôtée. Il la laissait lui-même. Il confie sa mère à Jean ; puis il accomplit la dernière circonstance prophétique. Vrai homme, absolument calme et, comme nous disons nous autres hommes, se possédant parfaitement lui-même, il déclare avoir soif à la suite de ses souffrances, et goûte le vinaigre qu’on porte à sa bouche au moyen d’une éponge attachée à un roseau. Tout était fini : l’expiation, parfaite selon Dieu ; l’oeuvre de la rédemption ; toutes les circonstances prophétiques, tout absolument avait reçu son accomplissement, soit quant à l’homme, soit quant à Dieu. Alors, avec un cri qui indiquait à la fois une force dans son entier et une entière confiance en son Père (*), il lui remet son âme dans ce moment critique où la mort avait eu, mais où elle perdait dorénavant toute son horreur, au moins pour le croyant. Avec ce cri, qui annonce la fin de toute relation humaine avec Dieu, sauf en jugement, et la fin de tous les moyens que Dieu pouvait employer pour rétablir une telle relation avec les enfants d’Adam, Jésus expira.

(*) C’est cet aspect de sa mort que Luc met plus particulièrement en avant.

Dans ce moment même, ce qui exprimait l’impossibilité pour l’homme de s’approcher de Dieu, le voile du temple, est déchiré du haut en bas, et le sanctuaire, le lieu très saint où le trône de Dieu se trouve, est ouvert. Nous pouvons entrer en pleine liberté (Héb. 10:19, 20) par ce chemin nouveau et vivant, à cause du sang précieux qui a été répandu. L’ancien état de choses était terminé, soit quant aux relations de l’homme avec Dieu, soit en ce qui concerne la création même. Non pas toutefois que le nouvel ordre de choses soit encore établi, parce que la grâce cherche encore des cohéritiers de Christ ; mais, dans le rejet du Fils de Dieu, toute relation du premier homme et de la première création avec Dieu a été terminée à tout jamais. Une nouvelle base a été posée en justice et par la pleine révélation de Dieu en amour souverain, pour la joie éternelle de l’homme, dans le dernier Adam et dans la nouvelle création. Le voile, qui caractérisait l’état de l’homme quant à ses relations avec Dieu, de l’homme qui était non seulement pécheur en Adam, mais qui avait toujours failli, quoique Dieu employât tous les moyens possibles pour renouer ses relations avec lui, — le voile qui disait : «l’homme ne peut pas venir jusqu’à Dieu», est déchiré ; la terre tremble et les rochers se fendent. La puissance de la mort est aussi détruite, ainsi que celle du diable qui la possédait. Historiquement, ce ne fut qu’après la résurrection de Jésus que les morts ressuscitèrent et apparurent à plusieurs dans Jérusalem, comme témoignage de ce qui avait été opéré ; le fait est néanmoins rattaché ici à la mort de Jésus, parce que c’est par cette mort qu’a été accomplie l’oeuvre de délivrance qui rendait la résurrection possible ; oeuvre à laquelle témoignage a été ainsi rendu d’une manière extraordinaire. Il s’agit des corps des saints — anticipation précieuse de la première résurrection, alors que la mort sera engloutie en victoire. On demandera peut-être : «Que sont-ils devenus ?» Nul ne le sait, parce que Dieu ne l’a pas dit. Le fait lui-même est un témoignage rendu à l’efficace de la mort de Jésus. La question ne provient que de la vaine curiosité de l’homme, et Dieu ne fait pas de révélations pour satisfaire cette curiosité.

L’officier romain qui était de garde, ensuite de la sentence prononcée contre les prisonniers, ainsi que les soldats qui se trouvaient là avec lui, voyant le tremblement de terre et tout ce qui était arrivé, sont saisis de frayeur et reconnaissent que Jésus est, en effet, «Fils de Dieu». C’était la cause de sa condamnation par les sacrificateurs et les scribes. Ils avaient involontairement rendu témoignage à Pilate qu’il se disait tel — ce qui avait effrayé ce dernier, qu’une mauvaise conscience rendait déjà craintif — de sorte que, avec tout ce qui était ébruité en Palestine par les oeuvres de puissance qu’il y avait faites, cette pensée courait le monde ; elle était connue de tous. Ces faits extraordinaires qui accompagnaient sa mort, le cri plein de force avec lequel il rendait, sans motif apparent, le dernier soupir, toutes les circonstances qui entouraient son départ de ce monde, rendaient témoignage que cette mort était plus qu’une mort humaine. Les coeurs des assistants, dominés par de tels événements, pouvaient (même dans leur état naturel) déclarer que c’était là le Fils de Dieu. Quant au résultat en eux, nul n’en peut rien savoir. Ici, c’est le témoignage que de pauvres coeurs païens sous l’influence des événements qui se passaient sous leurs yeux, ne pouvaient pas récuser, tandis que les coeurs endurcis des Juifs — «des siens» — de ceux chez lesquels il était venu, se réjouissaient dans sa mort. Rien n’endurcit comme la religion, lorsque le coeur n’est pas changé. Le coeur naturel est mauvais, non endurci, et des faits où Dieu se manifeste peuvent agir sur ce coeur-là.

Dorénavant il s’agit de la résurrection, témoignage que Dieu rend à la perfection de la victime et à la perfection de son oeuvre ; à la perfection divine de Celui qui est descendu, jusqu’à la mort, dans les parties les plus basses de la terre, afin que, monté en haut, il remplît toutes choses, non seulement comme Dieu, mais selon l’efficace de la rédemption qu’il venait d’opérer (Éph. 4). Pour le moment, ce qui nous occupe c’est la part qu’ont prise les hommes à ces événements, mais avant tout, la part qu’y ont prise les femmes. C’est ici qu’est la bonne part de ces fidèles servantes du Seigneur. Les disciples n’y sont pour rien ; ils s’étaient enfuis ; et, dans toute cette scène de douleur, à l’exception de Jean, on ne les voit plus. Aussi est-ce Marie Magdeleine qui devient la messagère du Seigneur ressuscité, pour communiquer aux disciples les privilèges qu’il venait de leur acquérir. Les femmes l’avaient déjà suivi de Galilée, lui avaient fourni ce qu’il fallait pour ses besoins pendant qu’il marchait comme homme sur la terre ; maintenant elles allaient prendre soin de son ensevelissement, si Dieu lui-même ne les eût devancées. Déjà elles avaient accompagné Jésus jusqu’au lieu où il devait être crucifié, regardant de loin la scène solennelle du crucifiement qui se déployait devant leurs yeux. Or Jésus devait être «avec le riche dans sa mort». Joseph d’Arimathée se rend donc auprès de Pilate, qui lui remet le corps du Sauveur. Dieu a voulu honorer le Christ, malgré le déshonneur qui lui était infligé de la part des hommes, et même à cause de ce déshonneur. Joseph le place dans son propre tombeau, où aucun corps n’avait été encore déposé, l’enveloppant dans un linceul ; puis il attend, selon que l’exigeait la loi, que le sabbat fût passé pour achever l’ensevelissement honorable qu’il lui préparait ; en attendant, il roule une grosse pierre devant l’ouverture du sépulcre.

Marie-Magdeleine et l’autre Marie (femme de Cléopas) se trouvent là, veillant et contemplant, avec le profond intérêt produit par une affection ardente et un attachement que la grâce divine avait créé dans leurs coeurs, spécialement en celui de Marie-Magdeleine, de laquelle il avait chassé sept démons. Toutefois ce n’étaient pas seulement ces femmes bienheureuses et Joseph, le disciple jusqu’à présent timoré, mais que l’extrême iniquité des Juifs, comme il arrive souvent, forçait à se montrer, qui furent occupés du corps de Jésus : les principaux sacrificateurs, aiguillonnés par une mauvaise conscience qui inspire toujours la crainte, pensent à ce qu’avait dit Jésus — car ils le savaient très bien — savoir, qu’il ressusciterait. Chez eux c’était un parti pris, une inimitié contre le bien et contre tout témoignage rendu à sa puissance (*), inimitié qui ne leur laissait ni repos, ni relâche. Ils se rendent auprès de Pilate, protestant que ses disciples pourraient bien venir de nuit, ôter son corps à la dérobée, puis dire qu’il était ressuscité. Ils voulaient que Pilate s’assurât lui-même du corps de Jésus. Mais eux-mêmes devaient servir de témoins involontaires à la certitude de la résurrection du Sauveur. Pilate, plein de mépris et ne se souciant pas de servir leur malice, leur laisse la tâche de se prémunir contre la soustraction du corps du Seigneur par ses disciples. Ils mettent les scellés sur la tombe, outre une garde qui veillerait contre toute tentative de ce genre. Ce n’était que rendre le fait de sa résurrection plus patent et en assurer la constatation de manière à ne laisser lieu, pour la bonne foi humaine, à aucune controverse.

(*) Ils avaient voulu mettre à mort Lazare ressuscité ; dureté de conscience et perversité presque inconcevables.

27               Chapitre 28

 

Ici le récit devient rapide et abrupt. Marie-Magdeleine et l’autre Marie arrivent à la fin du sabbat, c’est-à-dire le soir du samedi, pour voir le sépulcre. Puis, dans la matinée du dimanche, le sépulcre s’ouvre, un ange ayant roulé la pierre de devant l’entrée. La gloire de cet ange effraie les soldats qui le gardent, tellement qu’ils deviennent comme morts. Le même ange console et encourage les femmes ; il leur montre où le corps du Seigneur avait été couché, disant : «N’ayez point de peur ; car je sais que vous cherchez Jésus le crucifié ; il n’est pas ici ; car il est, ressuscité, comme il l’avait dit».

Ce qui suit tient à tout le caractère de cet évangile ; il est important de le faire remarquer. Nous ne trouvons ni les entretiens profondément intéressants et instructifs qui sont racontés dans l’évangile de Jean, ni l’ascension qui eut lieu à Béthanie et qui est rapportée par Luc. L’ange dit aux femmes d’aller tout de suite annoncer à ses disciples qu’il était ressuscité, qu’il se rendait devant eux dans la Galilée et que là ils le verraient. Ceci met en relief un tout nouveau caractère de ses relations avec eux depuis sa résurrection. Il est encore avec le résidu, avec les pauvres du troupeau, dans l’endroit où le Messie a dû paraître en Israël selon la prophétie d’Ésaïe. Ces relations sont renouées sur le pied de la résurrection. Sans doute, il possédait toute puissance dans le cieux et sur la terre ; mais il rétablissait ses relations avec le résidu d’Israël, non pas encore comme roi manifesté en gloire pour subjuguer les nations, mais comme associé avec ses disciples, vus dans le caractère de messagers du royaume, là où le Christ rejeté de Jérusalem avait recueilli les restes d’Israël et les avait reconnus en grâce. Tel est le caractère que les disciples revêtent ici. Les femmes s’en vont pour annoncer ces choses aux disciples ; elles jouissent, en vertu de leur fidélité et de leur attachement à Jésus, de ce privilège spécial. Elles sont les premiers témoins (et cela pour les apôtres eux-mêmes) de la victoire que la grâce et la puissance de Dieu a remportée sur les efforts de l’ennemi, maintenant vaincu à tout jamais.

Ce n’est pourtant pas seulement l’ange qui les envoie. Lorsqu’elles s’en vont porter le message aux disciples, Jésus lui-même, plein d’amour, vient à leur rencontre, afin qu’elles soient témoins oculaires de sa présence sur la terre — touchante réponse du Sauveur à leur fidélité ; témoignage béni qui prouve que le coeur de Jésus est aussi plein d’amour et de condescendance humaine, maintenant qu’il est ressuscité, que lorsqu’il marchait en humilité ici-bas, lui le plus accessible des hommes. Lui aussi les encourage. Mais ce fait est en rapport avec d’autres vérités, qui se lient à la position que le Seigneur prend dans cet évangile et plus particulièrement dans cette occasion. En Jean, où le côté céleste et la position actuelle du Sauveur sont en question, il défend à Marie-Magdeleine de le toucher. Elle pensait avoir retrouvé celui qu’elle aimait, comme revenu sur la terre pour y rester en sa qualité de Messie ressuscité. Tel n’était pas le cas : Il montait vers son Père et notre Père, vers son Dieu et notre Dieu. Sa présence corporelle sur la terre ne devait plus être l’objet de l’affection des siens. Il les avait placés dans sa propre position à lui-même devant son Père ; dans une même relation avec lui — homme toujours avec Dieu, Fils bien-aimé du Père. C’est pourquoi, lorsque Thomas ne veut croire qu’à la condition de le toucher, le Seigneur lui accorde cette grâce, en lui faisant sentir toutefois que ceux qui croient maintenant sans avoir vu sont plus heureux que ceux qui ne croiront que lorsqu’ils verront. Les chrétiens, bien qu’ils ne le voient pas, se réjouissent d’une joie ineffable et pleine de gloire, tandis que le résidu, typifié par Thomas, ne croira que lorsqu’ils contempleront celui qu’ils ont percé.

Les malheureux Juifs cherchent à cacher leur confusion sans s’humilier, sans se repentir. Par des largesses ils induisent les soldats à répandre le bruit, même au risque de tomber sous la sévérité de la discipline romaine, que les disciples avaient dérobé son corps pendant qu’ils dormaient.

Enfin les onze se rendent en Galilée, sur une montagne que le Sauveur leur avait indiquée. Là, il leur apparaît. Le doute demeurait encore dans le coeur de quelques-uns, mais ils lui rendent hommage dès qu’ils le voient. Leur doute est changé pour nous en une certitude, basée non seulement sur l’opération du Saint Esprit dans l’âme — vrai fondement de la foi — mais sur l’évidence claire que ce n’était ni une fable de leur invention, ni une histoire arrangée d’avance, ni le fruit d’une imagination ardente qui ne voyait que ce qu’elle voulait. Quelques-uns des disciples eux-mêmes, doutent, comme nous l’avons vu dans le cas de Thomas ; ils ne croient que sur une évidence irrésistible, scellée par le don et par l’opération puissante du Saint Esprit, descendu du ciel le jour de la Pentecôte. Je pense qu’il y avait, présents en cette occasion, d’autres disciples que les onze ; peut-être les cinq cents dont Paul parle.

Ici, la mission des apôtres a son point de départ dans l’entrevue en Galilée avec leur maître ressuscité ; c’est un résidu déjà associé avec Jésus ; ce n’est pas, comme en Luc, un Sauveur qui monte dans le ciel et qui, du ciel, commence par Jérusalem, ainsi que cela a eu lieu. Ici Jérusalem est délaissée et livrée aux mains des méchants et des nations, tandis que le résidu d’Israël est associé avec le Messie rejeté, mais maintenant ressuscité ; puis ceux qui sont ainsi associés avec le Seigneur méconnu, sont envoyés pour faire des disciples de toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Cette mission, jusqu’à présent, n’a jamais été accomplie. La mission aux nations a été formellement transférée à Paul par ceux qui étaient des colonnes parmi les apôtres (Galates 2), avec l’autorité divine de la part de Jésus glorifié, et par l’envoi direct du Saint Esprit (Actes 13:4 ; 26:16-18). Il se peut bien que les autres apôtres y soient allés plus tard ; mais l’histoire qui nous est donnée dans la Parole, n’en parle pas, à moins que ce ne soit un verset très général et même vague à la fin de Marc. Les apôtres sont restés à Jérusalem lors de la persécution qui arriva après la mort d’Étienne ; alors l’évangile fut porté aux nations par les dispersés, et plus tard confié à Paul. Jean est trouvé à Patmos, laissé le tout dernier pour veiller sur l’Église en décadence. Les derniers versets de Marc disent qu’ils sont allés partout et que le Seigneur a opéré avec eux pour confirmer la parole prêchée, par les signes qu’il leur fut accordé d’opérer. Quoi qu’il en soit, ici en Matthieu, la commission leur en est donnée. Ils devaient aussi enseigner aux nations baptisées à observer tout ce que Jésus avait ordonné aux disciples ; et lui-même serait avec eux jusqu’à la consommation du siècle. Ce n’est pas la mission chrétienne proprement dite ; celle-ci se trouve plutôt en Jean 20, Luc 24, et Marc 16 (*).

(*) Jusqu’au verset 8 de Marc 16, la même histoire que celle de Matthieu se retrouve : dans les derniers versets, celle que nous lisons à la fin de Luc et ce qui se trouve en Jean 20. Les discours des chapitres 13 et 26 des Actes, se rattachent comme ceux de Pierre à la mission mentionnée en Luc. Dans l’évangile de Matthieu il n’est pas dit d’aller faire des Juifs disciples, parce que le résidu est envisagé comme déjà séparé de la nation et associé à Christ. C’est une espèce d’extension du chapitre 10 de ce même évangile, où il leur est défendu, au moins quant à leur mission dans ce moment-là, d’aborder les nations, voire même les Samaritains, mais où il leur est dit de chercher les brebis perdues de la maison d’Israël. Ici, une mission plus large leur est donnée : ils doivent aller faire disciples les nations. Cela suppose que l’oeuvre au milieu des Juifs est autre que celle du chapitre 10, et, sous quelques rapports, le chapitre 24 ne fait qu’expliquer pourquoi la mission dont il s’agit ici s’applique exclusivement aux nations. La mission du ciel pour le salut des âmes s’adresse naturellement aux Juifs comme aux nations. Cette dernière est celle qui se trouve accomplie dans les Actes ; seulement la partie qui embrasse les nations a été transférée à Paul, ainsi que nous l’avons vu.