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ÉTUDE sur DANIEL

 

 

 

par J. N. Darby

Tables des matières:

1     CHAPITRES 1 à 2

2     CHAPITRES 3 à 6

3     Chapitre 4

4     Chapitre 5

5     Chapitre 6

6     CHAPITRE 7

7     CHAPITRE 8

8     CHAPITRE 9

9     CHAPITRE 9:20-27

10      CHAPITRES 10 à 11:35

11      CHAPITRE 11:36 - 45

12      CHAPITRE 12

 

 

1                    CHAPITRES 1 à 2

Le livre de Daniel traite du temps où Israël, le peuple de Dieu, est assujetti aux Gentils. La première chose qui nous y est présentée, c’est l’accomplissement de la menace faite à Ézéchias, en Ésaïe 39:6, 7. Le trône de Dieu est enlevé à Jérusalem ; la puissance et le royaume sont transportés au milieu des Gentils, et, quant à son état, Israël, en vertu du jugement de Dieu, n’étant pas désormais son peuple, est retenu en captivité. Cependant Dieu ne l’abandonne pas, et approprie ses bénédictions à cet état, quel qu’il soit. Dans les circonstances dont je viens de parler, la chose qu’il importait le plus à l’Israélite fidèle de connaître, était l’histoire de la puissance des Gentils, à laquelle le peuple de Dieu était assujetti, ou, en d’autres termes, le caractère et la conduite de cette puissance, et quelle serait la condition du peuple de Dieu sous son Empire ; enfin quel serait l’effet de ces choses sur l’accomplissement des promesses faites à Israël. Comme il s’agissait en tout cela de la gloire de Dieu, puisque Dieu avait confié à ces Gentils la puissance sur la terre, il importait aussi de connaître quelle serait leur conduite sous cette responsabilité.

Ce livre embrasse donc deux sujets principaux : en premier lieu, le caractère et la conduite des quatre monarchies qui remplissent la période appelée «le temps des Gentils», depuis le moment où Dieu s’est retiré de Jérusalem, où son trône a cessé d’y être, où il a transféré aux Gentils la puissance impériale du monde, jusqu’au moment du rétablissement de ce trône en Israël ; — en second lieu, les rapports de ces nations avec Israël son peuple, pendant la période où elles exercent la suprématie qui leur a été confiée.

Il ne faudrait pas penser qu’il n’y ait rien de pratique en tout cela : d’abord le chrétien y est informé du résultat du train de ce monde, et averti des choses qui ne se voient pas encore — il s’en sépare, et s’éloigne de l’esprit de ces choses, dont le dénouement sera si terrible. De plus, il est tranquille et heureux ; il ne sent pas le besoin de livrer son coeur au monde qui l’entoure, car Dieu a d’avance ordonné quel en sera le cours et révélé quelle en sera la fin.

Mais il y a encore un autre point : non seulement le contenu de ce livre nous est précieux, en tant que tout se rapporte à Christ, et au peuple aimé de Dieu, mais, comme il arrive pour toute communication de la part de Dieu, il y a une joie particulière dans le fait qu’Il s’entretient avec nous. Nos âmes ne sont-elles pas heureuses quand Dieu nous parle? Or, il ne fait autre chose que nous parler dans les prophéties comme dans toute autre partie de la Parole. Cela nous fait sentir à la fois notre proximité de lui, et sa bonté envers nous ; aussi notre foi en est-elle fortifiée, et la sanctification de nos âmes augmentée et affermie.

Le livre de Daniel se divise en deux parties distinctes, selon les deux grands sujets qu’il contient : six chapitres composent la première, et les six autres la seconde.

Les six premiers renferment, non des communications faites à Daniel, sauf quant aux sujets qu’il doit interpréter, mais les songes du roi Nébucadnetsar, ou les circonstances survenues aux chefs de l’empire. On trouve ici les grands principes généraux des monarchies des Gentils, ou leur histoire publique dans le monde, communiquée prophétiquement à leurs chefs, ou manifestée dans leur conduite. Les six derniers chapitres sont des communications faites au prophète lui-même. Elles relèvent, non seulement les circonstances de l’histoire de ces empires, mais ce qu’ils sont aux yeux de Dieu, ainsi que les détails de leurs rapports avec les Juifs, et avec le culte célébré au milieu de ce peuple. Cela regardait Daniel, comme prophète de Dieu, ayant le peuple de Dieu et la gloire de Dieu à coeur, et ne se bornait pas uniquement à une histoire générale des empires.

Voyons maintenant ce qui met Daniel en mesure d’être le dépositaire des voies de Dieu, au temps de la détresse et de la captivité de son peuple. Il refuse de se souiller en mangeant la nourriture de ce monde. Dieu qui prépare et ordonne tout pour le bien-être des siens, quelles que soient leurs circonstances, quand ils veulent marcher fidèlement, avait disposé le coeur du chef des eunuques en faveur de Daniel et de ses trois compagnons ; cet homme qui les surveillait avait beaucoup de bonté pour eux. Dieu répond aussi aux prières de Daniel, qui, de son côté, ainsi que ses compagnons, est aussi bien, et même mieux de santé, que tous ceux qui s’accommodaient aux voies et à la nourriture de ce monde. En un mot, Daniel est fidèle à ce qui constitue la séparation complète du monde selon la loi juive, et refuse de se nourrir des viandes de la table du monarque païen, conduite, en apparence, condamnable — mais Dieu répond pleinement à sa foi. Ce fait est donné comme base et introduction à toutes les révélations de ce livre. Il en est de même pour nous. C’est la séparation du monde, le refus complet de nous nourrir de ce qu’il pourrait nous donner, qui nous met en position de recevoir les communications de Dieu. Leur plénitude est dans la Parole écrite, mais nous ne les recevons jamais que par l’enseignement direct de Dieu, afin que ce soit par la foi, quel que soit l’instrument dont Dieu se serve pour nous les présenter.

Dieu prépare bientôt l’occasion où Daniel devra lui servir de témoin, après l’avoir, par sa grâce, disposé à cette mission. Il agit par des voies qui laissent le monde complètement en défaut ; il permet que la mémoire manque à Nébucadnetsar, afin de le placer forcément sous la dépendance du prophète qui possédait le témoignage de Dieu, et dont le Tout-Puissant voulait faire ressortir l’intelligence divine.

Cependant, au moment de la difficulté, Daniel ne sait pas la résoudre plus que les autres. Dieu lui fait sentir sa dépendance, mais il a la foi ; et la dépendance et la foi s’identifient. À la demande de Daniel, lui et ses compagnons se mettent à prier le Dieu des cieux, car c’était sous le caractère de Dieu des cieux, que Daniel le connaissait. Plus tard, Il sera aussi, de fait, le Dieu de la terre, comme il l’est toujours de droit.

Dieu leur répond, en se servant de toutes ces difficultés pour s’identifier avec le pauvre Résidu de son peuple.

La première chose que fait Daniel n’est pas de courir vers le roi pour annoncer la découverte du secret, et jouir de la délivrance ; il se tourne, avec actions de grâces, vers Dieu qui l’a exaucé ; il Lui attribue tout ce qui pouvait consoler le Résidu pendant la domination de ces puissances rebelles à Dieu (2:21).

Auprès du roi, Daniel ne s’élève pas ; il se cache, pour ainsi dire, derrière la gloire de Dieu. C’est quand nous savons nous anéantir complètement que nous sommes vraiment élevés, car si Daniel disparaît, Dieu lui-même se manifeste en lui. Puissions-nous avoir la sagesse et la force spirituelle de disparaître ainsi derrière Jésus, pour le mettre toujours en avant, afin que Lui seul paraisse, car tel est notre grand et précieux triomphe.

Quant à l’interprétation du songe, peu de mots suffiront, vu les lumières généralement répandues aujourd’hui sur ce sujet. Tous y reconnaissent les quatre grandes monarchies : la Babylonienne, celle des Perses, la Grecque et la Romaine. Dans les versets 37 et 38, la domination est donnée à Nébucadnetsar par le Dieu des cieux, une domination universelle, unique et absolue sur la terre (et non sur les mers). Il ne nous est pas dit jusqu’à quel point cela a été réalisé, , mais le don en a été fait, et cette monarchie est la première qui, à ce qu’il paraît, ait possédé cette puissance de la manière la plus pure et la plus absolue, c’est-à-dire directement de la part de Dieu. Elle était dans la personne de son chef, la tête d’or. La quatrième devait tout écraser par sa force ; mais à la fin elle serait divisée, et dans cet état elle serait mélangée de force et de faiblesse : résultat de l’union de l’empire, avec des éléments hétérogènes, c’est-à-dire, selon moi, les Barbares avec ce qui était proprement Romain.

A la fin, le Dieu des cieux établira le royaume du Christ, qui mettra de côté, par le jugement, toutes ces monarchies. Remarquons ici que le royaume du Christ est son royaume établi en puissance dans le monde, et non la douce influence de l’Evangile de la grâce. La première chose que fait la petite pierre avant de croître et de devenir une grande montagne qui remplit toute la terre, est de frapper la statue, en sorte qu’elle devienne «comme la balle de l’aire d’été». Ce n’est qu’après cela que la pierre devient une montagne, c’est-à-dire, quand Christ aura exécuté le jugement qui brise et détruit la puissance des Gentils. Alors son royaume remplira la terre, comme un royaume terrestre et de jugement. Jusqu’ici nous n’avons que l’histoire des monarchies, sans les caractériser moralement devant Dieu, ni signaler leur conduite ; c’est ce que l’on trouve dans les quatre chapitres suivants.

Je ne ferai qu’indiquer, pour y revenir plus tard, les traits qui nous en sont donnés :

Le premier, c’est l’idolâtrie, ou la puissance civile s’efforçant de soumettre le peuple à la loi d’une unité religieuse, dont cette puissance a établi l’objet, savoir la statue d’or.

Le second trait, c’est que les chefs de l’Empire deviennent des Bêtes, c’est-à-dire, qu’ils perdent la conscience de leur relation avec Dieu. Au lieu d’être sous Sa dépendance, selon les lumières du pouvoir d’en haut — ce qui est la seule et vraie gloire de l’homme — ayant perdu ces lumières, ils se placent au rang des bêtes.

Le troisième trait est l’impiété. Elle se montre dans la conduite de la puissance impériale envers les Juifs et le Dieu des Juifs, dont ils déshonorent le nom, ainsi que tout ce qui sert à son culte.

Le quatrième trait est l’exaltation de l’homme — le chef de l’Empire se faisant Dieu, et défendant qu’on adresse des prières à d’autres qu’à lui seul.

Dans tous ces cas, l’histoire se termine par l’exaltation du vrai Dieu.

Dans le premier cas, le Gentil reconnaît le Dieu de ceux qui ont préféré la fournaise à l’idolâtrie.

Dans le second, les Gentils eux-mêmes, reconnaissent le Dieu des cieux, qui les a abaissés quand ils marchaient dans leur orgueil, orgueil dont Babylone avait été le centre.

Dans le troisième, le jugement est exécuté contre le roi impie.

Dans le quatrième, ce n’est pas seulement le Dieu des cieux qui est proclamé, mais sa puissance est établie avec autorité, et il est reconnu que son royaume est celui qui durera à toujours.

2                    CHAPITRES 3 à 6

Si vous vous en souvenez, le chapitre 2 que nous avons lu l’autre jour, nous a donné l’histoire générale de la période dont ce livre s’occupe, communiquée dans un rêve dont Nébucadnetsar reçoit l’interprétation par le prophète Daniel. C’est l’histoire du temps des Gentils. Les quatre monarchies nous y sont présentées, puis leur dispersion finale, par le jugement que la petite pierre (le royaume du Christ, le Christ lui-même) exécutera contre toute la puissance des Nations.

Nous l’avons vu, c’est après avoir détruit la statue que la petite pierre devient une grande montagne qui remplit toute la terre.

Puis nous avons dit que les chapitres suivants, jusqu’à la fin du 6°, nous présentent le caractère et la conduite de ces empires : les grands principes qui les gouvernent ; et qu’au lieu d’être soumis à Dieu, ils sont en rébellion contre Lui, persécutent son peuple et s’élèvent contre lui, ce qui attire sur eux le jugement de Dieu.

Dans ce chapitre 3 nous voyons le premier péché, l’idolâtrie, qui caractérise la puissance des Gentils, ou la puissance qui règne de leur temps.

Au chapitre 4, ces empires, au lieu d’être soumis à Dieu, deviennent des Bêtes, agissent comme elles, comme des bêtes redoutables, cessent d’être soumises (tandis que les hommes reconnaissent leur assujettissement à Dieu) et perdent l’intelligence.

Dans le chapitre 5, l’impiété est manifestée, et au chapitre 6, le chef de l’empire s’élève pour se faire Dieu lui-même. Dès lors vient le détail des circonstances de ces empires, et leur relation spéciale avec le peuple de Dieu.

Les principes sont donnés dans toute la première partie, et les détails de l’histoire dans la seconde, le livre se divisant exactement en deux parties de six chapitres chacune. Celui que nous lisons ce soir nous donne les grands principes de conduite de la puissance qui domine pendant le temps des Gentils.

Dans ce chapitre 3, l’idolâtrie est la première chose que la puissance civile établisse, dans le but de fonder l’unité religieuse, en éloignant tout le peuple du vrai Dieu, et en lui substituant autre chose. Tel est le grand principe qui nous est présenté comme caractérisant l’empire des Gentils ; il donne occasion à la fidélité du peuple de Dieu de se manifester. Nébucadnetsar veut que tout le peuple, même que tous les peuples (car il en avait plusieurs sous sa domination), qui étaient réunis dans son empire, adorent cette statue. C’est l’idolâtrie.

C’est ainsi que la puissance de Satan se manifeste ; il pousse la puissance civile à produire l’unité, car il n’y a pas de motif plus puissant que la religion pour les masses. (Je ne parle pas ici de la vérité qui rend à Dieu sa suprématie sur la conscience, en liant cette dernière à Lui.) Satan pousse les puissances civiles à établir l’unité, afin que tout soit bien uni et réglé sous sa domination. C’est ce que fait Nébucadnetsar. Il dresse cette statue dans la province de Babylone, et veut que tous les gouverneurs se réunissent pour reconnaître ses dieux.

Effectivement, c’est un moyen extrêmement puissant pour exercer une grande influence sur les peuples, les tenir soumis et les unir les uns aux autres, ainsi qu’à la puissance civile qui s’en fait le centre, ou du moins qui soutient cette religion et s’identifie avec elle. Dès lors, si c’est la puissance civile qui fait cela, il faut absolument qu’il y ait persécution, plus ou moins violente, il est vrai, mais de fait persécution.

Il faut donc que tout soit établi par la puissance civile. C’est ce que fait Nébucadnetsar. Il dit : «Que celui qui ne le fera pas soit jeté à l’heure même au milieu d’une fournaise de feu ardent». Telle est la conséquence pour ceux qui manquent à cette unité religieuse idolâtre, établie pour tous les peuples de la terre.

Une autre conséquence manifeste, et l’une des marques de toute cette puissance des Gentils, c’est l’impiété, qui non seulement ne veut pas respecter la conscience, mais de plus, ne tient pas compte du droit de Dieu, et c’est là son côté important. La conscience est importante, sans doute, mais les droits de Dieu le sont encore davantage.

Voici ce que dit Nébucadnetsar (v. 15) : «Qui est le Dieu qui vous délivrera de ma main ?» C’est l’impiété, le principe de blasphème qui a été celui de la Bête de tout temps et dans toute circonstance, l’idée de la puissance qu’elle possède et qu’elle tient (*). Souvenons-nous que le Dieu qui l’a donnée est Celui qui la domine. L’impiété, en oubliant la source de la puissance, veut s’arroger tous les droits en dépit de Dieu Lui-même. Elle se lie immédiatement à l’idolâtrie, à l’unité en matière de religion, car elle tombe dans les mains de l’ennemi en s’éloignant de Dieu. Puis quand la puissance civile veut absolument établir cette unité, elle met de côté, non seulement les droits de la conscience, mais les droits de Dieu lui-même.

(*) «Cette puissance qu’il a, est devenue son Dieu» (Habakuk 1:11).

Cette remarque s’applique aussi d’une manière plus spéciale à la Parole de Dieu. Ce n’est pas seulement que l’homme ait droit à la Parole de Dieu, et que le prochain ne puisse s’y opposer ; mais un droit plus sacré encore est contesté, si on la lui ôte : c’est que Dieu a le droit d’adresser ce qu’il veut aux âmes des hommes, et que, leur ayant adressé sa parole, ceux qui les en privent agissent contrairement à ses droits, et méconnaissent l’autorité de Dieu qui a voulu la leur envoyer.

J’ai des serviteurs, des personnes sous ma dépendance, et je leur envoie mes ordres. Evidemment, si quelqu’un empêche les serviteurs de recevoir ces ordres, il empiète, non seulement sur leurs droits, mais sur les miens, et c’est là le grand point ; Dieu tirera vengeance de tout cela sans doute. C’est une chose terrible de violer la conscience d’autrui pour satisfaire à sa propre méchanceté. Mais Nébucadnetsar mettait complètement de côté les droits du vrai Dieu. C’est là le principe blasphématoire qui s’attache aux Gentils dès le commencement, le premier acte de cette tête d’or, fondement même de la puissance des Gentils, qui nous est présentée dans ce chapitre 3°.

D’autre part un fait très touchant quant à Shadrac, Méshac et Abed-Négo, est qu’ils ne s’inquiètent de rien. «Il n’est pas nécessaire», disent-ils au roi Nébucadnetsar, «que nous te répondions sur ce sujet» (v. 17, 18).

La conséquence de cette confiance ne sera-t-elle pas que ces fidèles échapperont à la persécution ? Aucunement ; ils n’y échappent pas ; Dieu permet qu’ils soient mis à l’épreuve ; Il ne se manifeste pas avant l’épreuve, mais il permet à Nébucadnetsar d’accomplir tout ce qu’il veut. Ils sont jetés dans la fournaise de feu ardent, comme plus tard Daniel lui-même dans la fosse aux lions.

Ils n’offrent aucune résistance à l’ardeur de la persécution, ils ne veulent pas faire la volonté de Nébucadnetsar en violant leur conscience, mais ils se soumettent complètement à ses ordres quant au corps, et ne lui cèdent rien quant à l’âme. Or en voici la conséquence : ils sont déliés par le feu, et rien n’est brûlé que les liens dont le monde avait réussi à les charger ; bien plus, ils trouvent dans le feu le Fils de Dieu. Il n’y a pas d’autre conséquence pour eux, et c’est, en outre, un témoignage immédiat de l’intérêt que Dieu prend à ses pauvres serviteurs. Or la conséquence de leur délivrance est de forcer la puissance civile à reconnaître que leur Dieu est un Dieu qui délivre son peuple, et qui daigne allier Son nom au leur. C’est ce que dit Nébucadnetsar : «Béni soit le Dieu de Shadrac, de Méshac et d’Abed-Négo, qui a envoyé son ange et a sauvé ses serviteurs qui se sont confiés en lui», etc. (v. 28, 29).

Tel est le principe du fidèle : il a livré son corps afin de ne servir aucun autre Dieu que son Dieu. De plus, ces fidèles sortent, témoins de la puissance de Dieu, leur Dieu, à la vue de tout le monde. Satrapes, gouverneurs, tous les dignitaires disent : Il est le Dieu de Shadrac, Méshac et Abed-Négo. Il en arrivera de même aux Juifs fidèles ; ils seront dans la fournaise de feu à la fin, mais, en même temps, Dieu sera manifesté comme leur Dieu. Nous avons une espérance plus élevée que celle-là, même si nous devions être mis à mort. Notre espérance est l’espérance de la gloire de Celui qui nous a sauvés, dont nous jouirons avec lui, là où il est. Mais quant à ceux qui composent le Résidu juif, liés par la puissance de la mort, ils seront délivrés par la puissance de Dieu, et le vrai Dieu sera reconnu être leur Dieu.

Nous avons indiqué le premier caractère de ces Bêtes et nous allons poursuivre, dans les chapitres suivants, le tableau qui nous est fait des autres Bêtes.

3                    Chapitre 4

Dans le chapitre 4°, nous trouvons le songe de Nébucadnetsar, de cet arbre élevé qui domine toute la terre. Voici ce qui en est dit : «Les visions de ma tête, sur mon lit, étaient celles-ci : je voyais, et voici, un arbre au milieu de la terre, et sa hauteur était grande» (v. 10). Un grand arbre est toujours le symbole d’un personnage très puissant sur la terre. Ici c’était un seul arbre qui suffisait pour tout abriter et tout remplir de sa gloire, car en effet Nébucadnetsar dominait sur toute la terre civilisée ou prophétique. Il n’y avait qu’un seul arbre pour ainsi dire. Sous son ombre se tenaient les bêtes des champs; elles cherchaient un abri sous lui, et dans ses branches habitaient les oiseaux des cieux.

Mais quelle en est la suite? L’élévation de l’homme. Dieu avait confié la puissance à Nébucadnetsar, il avait été extrêmement béni de Dieu temporellement. La conséquence en est que l’orgueil s’empare de lui ; et cela malgré l’avertissement qui lui est donné par l’interprétation de son songe et la prédiction expresse de ce qui allait lui arriver, car le coeur s’aveugle par les choses que les yeux voient.

Ce n’est donc pas ici l’unité d’une religion extérieure, ce n’est pas non plus maintenant la délivrance de Dieu ; c’est un autre caractère de la Statue, c’est-à-dire de la puissance des Gentils. Du moment où Dieu, dans sa providence, élève l’homme, l’homme s’élève dans son coeur. Alors tout est perdu.

Voici, par rapport aux voies de Dieu, la portée de ce second caractère des Bêtes. Le trône de Dieu avait été ôté des Juifs ; Dieu place alors les Gentils, en la personne de Nébucadnetsar, dans cette position de puissance. Dans le premier cas, la position de l’homme était celle de l’obéissance ; dans le second, le pouvoir lui est confié, mais dans l’un, comme dans l’autre, la conséquence est toujours la même: l’homme est coupable; comme il n’a pu observer la loi, ainsi le pouvoir ne peut lui être confié sans qu’il s’élève contre Dieu qui le lui a donné : «N’est-ce pas ici Babylone la grande, que j’ai bâtie... par la puissance de ma force et pour la gloire de ma magnificence ?» C’est donc lui qui a fait la chose ! Incontinent il est changé en Bête et perd complètement la raison. Une bête peut être puissante, énorme, plus forte qu’aucun homme, faire preuve de beaucoup de sagacité dans sa conduite, mais elle regarde en bas ; il ne s’agit pas pour elle de conscience dans sa conduite, il n’y a point de relation connue entre elle et Dieu.

La chose qui élève véritablement l’homme, c’est la soumission, la capacité de comprendre la volonté de Dieu, capacité qui le lie à ce qui est plus élevé que lui. Mais du moment qu’il dit : «J’ai bâti» il perd moralement sa relation avec Dieu. Il s’élève lui-même, et tout ce qu’il y a de vraiment élevé en lui est perdu, il prend en cela le caractère d’une Bête ; il peut être très fort, très puissant extérieurement, mais ce qui élève légitimement l’homme, ce qu’il y a de plus élevé en lui, c’est, je le répète, une capacité de maintenir des relations avec Dieu. Dès lors, il faut que Dieu reste Dieu ; c’est-à-dire : pour que l’homme maintienne sa véritable élévation, il faut qu’il soit soumis à Dieu. Lorsqu’il sort de cette soumission, il a des objets au-dessous de lui-même, auxquels ses affections s’attachent ; il se dégrade immédiatement. C’est ce qui est arrivé à Nébucadnetsar. Il est là avec les bêtes, ayant perdu la raison, l’intelligence.

Enfin, nous voyons l’effet de tout cela. Dieu est glorifié, et il en arrive toujours ainsi : «Dans ce temps-là, mon intelligence me revint» (v. 36, 37).

Tel est l’effet des jugements de Dieu sur la puissance des Gentils. On ne trouve pas ici la manifestation de ses relations avec le pauvre Résidu de son peuple, comme on le voit dans le cas de Shadrac, Méshac et Abed-Négo; mais il abaisse ici l’orgueil de la puissance terrestre. L’homme s’est élevé contre Dieu, et là où il a cru être le plus fort, l’Éternel a le dessus sur lui (Exode 18:11).

C’est le grand principe du chapitre 4°, et en outre le principe de la mauvaise conduite de cette puissance des Nations. Elle s’élève contre Dieu, descend au niveau de la Bête dans son intelligence ; elle est jugée (*). Sept ans passent sur elle ; enfin elle reconnaît Dieu. C’est-à-dire que la puissance souveraine des Gentils est livrée à un état de folie, et privée de toute vraie intelligence pendant la période complète de son existence impériale. Après cela elle reconnaît Dieu.

(*) On peut consulter à ce sujet le prophète Habakuk, dont la prophétie est une espèce de commentaire raisonné sur ces deux chapitres.

4                    Chapitre 5

Dans ce chapitre le roi Belshatsar fait un festin, et commande qu’on lui apporte les vases d’or et d’argent que Nébucadnetsar, son père, a tirés du Temple qui était à Jérusalem ; afin que le roi et ses gentilshommes, ses femmes et ses concubines, y boivent (v. 2, 3).

Un autre caractère de l’iniquité des Gentils est développé ici avec plus de détails. C’est l’impiété complète, cause immédiate de la destruction de la puissance de Babylone. L’impiété qui, dès le début, forme le caractère de la Bête est vue ici sous cette autre et troisième forme ; impiété toujours en rapport avec les Juifs, parce qu’il s’agit du Dieu de la terre, d’un Dieu exerçant son gouvernement sur la terre, et non pas de l’espérance de l’Église dans le ciel. Les Gentils, le chef des Gentils, sont toujours en scène. Dieu a livré les Juifs entre les mains de ce chef ; ils sont en captivité ; Dieu a livré son autel, son sanctuaire (Lament. 2:7), tous les signes extérieurs de Sa présence et de Sa gloire, entre les mains des Gentils.

Alors le chef des Nations s’en prévaut, et parce que Dieu leur a ainsi livré les Juifs, les Nations glorifient leurs faux dieux, les exaltent, et déshonorent Dieu de tout leur pouvoir. Telle sera, à la fin, la conduite du chef de Babylone : l’impiété ouverte. Ce n’est pas seulement le principe d’idolâtrie pour parvenir à ses fins ici-bas, ni l’orgueil du coeur qui dit : «J’ai bâti» ; sans doute, ces principes le caractérisent, car il est homme, mais c’est de plus un acte immédiat qui déshonore le vrai Dieu, le Dieu qui, par son châtiment, a livré lui-même son peuple entre les mains des méchants. Le chef de l’empire s’élève contre le Dieu des Juifs. Or, au moment où il fait cela, une main d’homme écrit vis-à-vis du chandelier, sur l’enduit de la muraille, ces mots : «Mené, Mené, Thekel, Upharsin», le roi voyant cette partie de la main qui écrivait.

«Alors Daniel répondit et dit devant le roi... Ô roi, le Dieu Très haut donna à Nébucadnetsar, ton père, le royaume, et la grandeur, et l’honneur, et la majesté... Et toi, son fils Belshatsar, tu n’as pas humilié ton coeur, bien que tu aies su tout cela. Mais tu t’es élevé contre le Seigneur des cieux ; et on a apporté devant toi les vases de sa maison, etc.»

Alors le jugement tombe sur Belshatsar, et son royaume est détruit (v. 30). En cette même nuit Belshatsar, roi de Chaldée, est tué, et Darius, le Mède, s’empare du royaume.

5                    Chapitre 6

Au chapitre 6°, nous trouvons le quatrième principe du mal qui existait parmi les nations, au milieu de cette puissance des Gentils, et qui met le comble à toute cette iniquité. Ce n’est pas seulement l’impiété qui déshonore Dieu, c’est l’homme qui s’élève, et se met à la place de Dieu lui-même. Poussés par un esprit de flatterie et mus par le désir de la ruine totale du témoignage juif et par la jalousie de la bénédiction que Dieu accordait à ce peuple, les satrapes s’assemblent vers le roi, et lui disent, v. 6, 7 : «Roi Darius, vis à jamais ! Tous les présidents du royaume, les préfets et les satrapes, les conseillers et les gouverneurs ont tenu conseil ensemble pour établir un statut royal et mettre en vigueur une défense, portant que quiconque, etc.»

Voilà donc ce qui est proposé, c’est que personne ne soit reconnu Dieu, qu’on ne fasse requête à personne si ce n’est à Darius lui-même. C’est ce qui arrivera, nous est-il dit, au Méchant, qui s’élève contre tout ce qui est appelé Dieu, en sorte que lui-même s’assiéra au temple de Dieu, se présentant lui-même comme étant Dieu (2 Thess. 2:4). Voici ce qui, plus loin dans ce livre, est dit de lui (Daniel 11:36, 37) : «Le roi agira selon son bon plaisir, et s’exaltera, et s’élèvera contre tout dieu, et proférera des choses impies contre le Dieu des dieux ; et il prospérera jusqu’à ce que l’indignation soit accomplie ; car ce qui est déterminé sera fait. Et il n’aura point égard au Dieu de ses pères... ni à l’objet du désir des femmes, ni à aucun dieu ; car il s’agrandira au-dessus de tout».

C’est alors qu’il est détruit. Le dernier terme de l’iniquité est arrivé : c’est-à-dire l’élévation de l’homme contre Dieu, sa tentative de se mettre à la place de Dieu sur la terre. C’est une triste histoire. Toutefois, dans chaque cas où les fidèles ont été mis à l’épreuve (soit par Nébucadnetsar, soit par Darius) à la suite de l’humiliation des chefs des Nations, leur puissance qui s’était élevée auparavant, a reconnu Dieu, et c’est là que les Gentils sont amenés par l’intervention de Dieu.

Darius aussi en vient là. «De par moi l’ordre est donné que, dans tous les gouvernements de mon royaume, on tremble devant le Dieu de Daniel et on le craigne ; car il est le Dieu vivant, et il subsiste à jamais, et son royaume... ne sera pas détruit, et sa domination durera jusqu’à la fin.»

Il y a une différence à faire remarquer ici : Nébucadnetsar reconnaît que le Dieu des cieux, est le Dieu des Juifs, de Shadrac, de Méshac, et d’Abed-Négo, et qu’il n’y a point de Dieu qui puisse délivrer de la sorte.

Ici aussi nous avons le Dieu de Daniel, soit du Résidu fidèle des Juifs ; mais c’est le Dieu vivant et permanent à toujours, dont le royaume ne sera jamais dissipé, et dont la domination subsiste à jamais. C’est ce qui aura lieu à la révélation de Jésus Christ, à l’établissement de son royaume, qui n’aura pas de fin. «Il sauve et il délivre, et il opère des signes et des prodiges dans les cieux et sur la terre : c’est lui qui a sauvé Daniel de la puissance des lions» (v. 27).

C’est toujours la délivrance des Juifs, du Résidu juif, qui est la manifestation publique de la pensée de Dieu sur la terre, et qui donne lieu à ce que les Gentils reconnaissent que Dieu est le vrai Dieu, comme cela se voit dans bien des passages des autres prophètes. Ils diront ce que Jéthro dit à Moïse : «Maintenant je connais que l’Éternel est plus grand que tous les dieux».

Voilà donc le vrai Dieu reconnu par la délivrance de son peuple, des Juifs, et en même temps par les jugements qu’il exécute, au temps voulu, sur ceux qui s’élèvent contre lui. Le premier jugement, car c’en est un, est que le chef des Gentils perd la raison, l’intelligence des voies de Dieu, de ses jugements; le second jugement est la destruction complète du roi de Babylone. Il est détruit la nuit même où il déshonore le Seigneur. Celui-ci le met hors du royaume, le dépose et lui ôte sa puissance. C’est une triste histoire que celle des Gentils : elle est glorieuse dans son résultat, qui est la manifestation des voies de Dieu envers son peuple, mais elle n’en est pas moins affligeante.

Au 3° chapitre nous avons vu l’idolâtrie, ou plutôt l’unité établie dans l’idolâtrie par la puissance de l’autorité civile, laquelle, en apparence, est maîtresse, tandis qu’en réalité elle n’est que l’esclave de Satan. Le 4° chapitre nous montre l’élévation de soi-même, le 5°, l’impiété ouverte contre l’Éternel, et enfin, le 6°, le chef des Gentils usurpant la place de Dieu. Malgré cela nous voyons le peuple de Dieu complètement soumis à la puissance temporelle de ces rois, car leur puissance vient de Dieu ; c’est le principe tout simple du chrétien ; il se soumet. L’usage que font les puissances établies, de la force que Dieu leur a donnée, ne change pas la source de leur puissance. Jésus reconnaît que la puissance de Ponce Pilate, par laquelle ce gouverneur le condamne, vient de Dieu. Il rend témoignage, accomplit la volonté de Dieu et, quand son heure est arrivée, se soumet aux actes du chef ordonné de Dieu.

Il est clair que les Gentils, dans cet emploi de leur puissance contre Dieu, sont conduits par Satan ; ainsi, tout en tenant de Dieu cette puissance, ils s’en servent pour Satan.

Que doit faire l’enfant de Dieu ? Il ne se maintient pas en s’appuyant sur la puissance ; il agit selon sa conscience qui ne cherche que la volonté de Dieu, mais il se soumet ; il livre son corps, car sa conscience n’est soumise à nul autre qu’au Seigneur, et il ne peut avoir deux maîtres. Shadrac, Méshac et Abed-Négo subissent leur sort, mais en même temps, il ne font rien de tout ce que le roi, par l’emploi de sa puissance, voudrait qu’ils fissent. Ils ne cherchent pas à détourner Nébucadnetsar de ses projets, cela ne se pouvait pas ; ils sont menacés et punis par lui, mais ils sont fidèles à leur Dieu, et Dieu les délivre. Ils s’abandonnent à Lui ; il nous délivrera, disent-ils, mais s’il ne nous délivre pas, nous ne ferons absolument rien de ce que le monde exige de nous, de ce qui est contraire à la volonté de Dieu. Tel est toujours le principe du fidèle.

Je ferai ici encore une remarque, c’est que, lors même que l’homme est infidèle (comme l’étaient alors les Juifs), Dieu ne perd jamais ses droits. Il peut donner la puissance aux Gentils pour un temps, mais la conséquence de ne jamais perdre ses droits est qu’Il n’abandonne jamais son peuple, comme il dit au Pharaon : «Laisse aller mon peuple». Le peuple d’Israël était en quelque sorte un sujet de controverse entre le Pharaon et Dieu. Et quelle en a été la conséquence ? Nous avons d’autres espérances, nous chrétiens, mais le principe dont nous parlons reste toujours vrai. Daniel qui a la foi, parle comme la foi parle toujours, au point de vue de Dieu lui-même. Dieu, il est vrai, avait dit : «Ce n’est plus mon peuple», mais Daniel parle toujours d’Israël comme du peuple de Dieu, parce que la foi reconnaît tous les droits de Dieu. Quand un Juif avait la foi dans le coeur, malgré ses circonstances, Dieu le reconnaissait et cela est extrêmement précieux.

Il est impossible, malgré tout ce que Satan a pu faire dans l’Église de Dieu, qu’il nous mette dans une position où Dieu ne reconnaisse pas cette foi. Si cela était possible Dieu perdrait ses droits.

Les grands traits qui caractérisent la puissance des Gentils, depuis Nébucadnetsar jusqu’à la fin, sont de toute importance pour comprendre les choses de Dieu. Car, quoique nous, chrétiens, nous ayons une tout autre espérance, nous sommes dans le temps des Gentils. Plus nous approchons de la fin, plus Israël gagnera en importance, et les chrétiens peuvent voir à la manière dont vont les choses, que le train actuel du monde avance rapidement vers la fin ; aussi, plus Israël gagne en importance, plus il nous importe de connaître les vues de Dieu envers son peuple.

Pour conclure, voici toute l’histoire des Gentils, de la part de Dieu et au point de vue de Dieu. C’est l’idolâtrie, la persécution pour forcer le peuple à embrasser l’idolâtrie, la privation de l’intelligence ; ils ne reconnaissent pas Dieu ; ils ne veulent pas le connaître. «N’est-ce pas ici Babylone la grande, que j’ai bâtie?» C’est l’impiété, c’est enfin l’orgueil de vouloir être Dieu, au point que le roi ne permet pas qu’aucune requête soit adressée à d’autres qu’à lui.

Quand je dis l’histoire des Gentils, je parle de celle des quatre empires depuis Nébucadnetsar, depuis le temps de la ruine de Jérusalem jusqu’au moment où le Seigneur Jésus viendra et détruira cette puissance impie et apostate, car ce que nous venons de lire maintenant, prédit l’établissement du royaume de Dieu sur les ruines causées par la folie de l’impiété de l’homme.

Nous avons vu, dans ce qui précède, la manière dont les grands principes nous sont présentés. Mais, après cela, Daniel lui-même reçoit des révélations de Dieu. C’est lui qui représente le Résidu des Juifs fidèles, c’est à lui que Dieu fait ses communications, c’est lui qui interprète les songes que les autres ont reçus, c’est à lui que sont confiés les détails qui concernent le peuple de Dieu. Jusqu’ici, nous avons vu la conduite publique des Gentils ; mais ce qui regarde les Juifs, c’est à son prophète que Dieu le communique.

J’ai encore une remarque à faire en terminant cette sorte de préface. Ces communications de Dieu, ces révélations de Dieu ont pour effet de nous détacher complètement du monde, de nous faire comprendre que, quant à ce monde, Dieu ne voit, pour ainsi dire, que les Juifs, et les Gentils apostats. Je ne parle pas des chrétiens, mais de la puissance extérieure dans ce monde. Il ne voit que ces grandes et terribles Bêtes ou les Juifs ; pas autre chose. Quand il s’agit des chrétiens, alors Dieu les place tout à fait en dehors de ce monde. Jésus Christ dit : «Ils ne sont pas du monde comme moi je ne suis pas du monde». Il en doit être ainsi pour notre activité de chaque jour, à laquelle nous poussent l’énergie et l’activité de l’amour. Quant aux espérances, au but que nous nous proposons, aussi longtemps que Dieu retarde encore son jugement, ce qui peut nous diriger n’est pas l’espérance que le monde doive s’améliorer, car nous voyons que, jusqu’à ce que la sentence soit exécutée, le train du monde n’aboutit qu’à l’impiété et à l’élévation de l’homme, qui amène la malédiction de Dieu sur lui.

Tel est le monde dans lequel nous vivons et ce que Dieu nous en a révélé , mais Il nous a aussi révélé les choses du ciel, il nous a fait connaître Celui que le monde a rejeté, et qui est monté au ciel, de sorte que nous avons un but et des motifs qui doivent gouverner et diriger entièrement toute notre marche. Il faut que, par ces motifs présentés au coeur, et desquels s’occupe le nouvel homme, nous vivions et marchions par l’Esprit dans un monde à nous ; et si nous nous intéressons à cette terre, que ce soit telle qu’elle sera dans le monde à venir dont nous parlons ; mais d’un autre côté, par les avertissements que Dieu nous a donnés ici, par ces détails qu’Il nous a fournis, Il veut nous détacher, et cela avec un esprit intelligent, du monde que nous traversons, scène de notre pèlerinage. C’est une terrible chose que la facilité avec laquelle le monde s’attache à nos coeurs ; je ne dis pas que nos coeurs s’attachent au monde maintenant, quoique cela aussi en soit vite la conséquence, mais que le monde s’attache à nos coeurs.

Si un homme est avare, n’est-il pas une image du monde ? Si un homme est très actif, il s’occupe du monde, il y vit, il est toujours en danger d’être sous l’influence de l’esprit qui le gouverne. Il y a pour nous une difficulté extraordinaire à nous affranchir de l’ensemble des principes de ce monde. Je le sens pour moi-même. Cela varie dans la forme : chez l’un c’est l’avarice, chez l’autre une belle position dans le monde, chez un autre un esprit actif, qui se mêle des affaires politiques. Mais ce n’est pas notre monde, que celui dont je parle ; nous en avons un autre, celui dont Christ sera le chef, le centre et la joie, un ensemble dont la partie céleste avec sa gloire nous appartient, tandis que la paix d’un monde terrestre à venir sera aussi pour nous une jouissance continuelle. Dieu veuille donner que dans tous les détails de notre vie, dans nos circonstances de chaque jour, ce détachement se réalise et se manifeste, et que nous puissions dire : «Ma vie est cachée avec le Christ en Dieu». C’est là le trésor et la joie des âmes de tous ceux qui ont compris le bonheur d’être avec Lui.

6                    CHAPITRE 7

Je rappelle ici la division très évidente du livre de Daniel. La première partie se termine à la fin du 6° chapitre. Les communications que cette première partie renferme n’étaient pas faites immédiatement à Daniel, mais à Nébucadnetsar, par un songe ; à Belshatsar, et à Darius, par les choses qui leur sont arrivées, et dont Daniel a donné l’explication.

Dans la seconde partie du livre qui commence ici, nous avons les communications faites à Daniel lui-même. Je rappelle aussi que tout le sujet dont s’occupe la prophétie de Daniel, et ce qui sert même de base à tout le livre, ce sont les Juifs. L’ancien peuple de Dieu était en captivité, et avait été remplacé, quant au trône du monde, du moins quant aux droits à ce trône, par les Gentils. Dieu avait eu son trône à Jérusalem, il n’y était plus, alors qu’il y avait été littéralement. Avant la captivité Dieu avait placé Sa gloire dans le temple ; Il exerçait le gouvernement, punissait les méchants ; c’était un jugement immédiat, la théocratie pure, en rapport avec la royauté ; tout cela avait complètement cessé.

Les Juifs, au lieu d’agir comme auraient dû agir ceux qui étaient sous le gouvernement de Dieu, avaient été totalement infidèles ; ils avaient détruit leurs petits enfants, les brûlant dans le feu à Moloch, et avaient adoré les idoles. La conséquence de cette conduite avait été, que Dieu n’avait pu s’identifier avec une nation pareille. Il l’avait rejetée, avait ôté son trône de Jérusalem, et avait confié la domination et l’empire du monde aux Gentils, comme on le voit au chapitre 2° de ce livre, verset 38. Dès lors le trône était établi parmi les Gentils ; Nébucadnetsar avait pris Jérusalem, et le temps des Gentils avait commencé.

Il y a, dans ce sujet, deux parties ; nous l’avons déjà fait remarquer : d’un côté, la responsabilité des Gentils ; de l’autre, les circonstances des Juifs pendant ce temps-là, spécialement celles du Résidu fidèle, objet spécial des pensées de Dieu. Au cours de la première partie, nous avons vu les caractères généraux des rois Gentils.

Maintenant nous en venons aux détails, beaucoup plus suivis, du caractère et de l’histoire des Bêtes, particulièrement dans leurs relations avec le peuple juif, et avec le Résidu qui s’attendait à Dieu. Non seulement ces Bêtes avaient perdu leur intelligence en refusant d’être soumises à Dieu, mais elles persécutaient Son peuple ; aussi, pour développer plus complètement les circonstances du peuple de Dieu, nous avons, dans cette partie, une histoire plus détaillée de quelques-unes de ces Bêtes, et en même temps les circonstances du Résidu sous leur domination, ainsi que d’autres détails, comme nous verrons plus tard, sur divers événements qui doivent arriver au peuple Saint.

Il y a une autre chose à remarquer : le caractère de ce livre de Daniel qui, dans la partie prophétique, est aussi celui de l’Apocalypse ; c’est-à-dire que rien n’est adressé au peuple de Dieu. Dans les autres prophètes en général, par exemple en Ésaïe, en Jérémie, etc., bien des prophéties concernant les choses à venir, nous sont données : mais le prophète s’adressait alors au peuple de Dieu, parce que ce peuple était encore reconnu. Mais quand le peuple de Dieu n’est plus reconnu du tout, Dieu peut donner à un prophète, à un Résidu, à un Daniel, des révélations qui regardent ce peuple, mais le prophète ne s’adresse plus à lui. Eh bien ! c’est le caractère du livre de Daniel. Ce dernier ne s’adresse pas du tout aux Juifs ; il se réjouit des communications de Dieu ; mais il ne leur en dit pas un mot. Dieu, avons-nous dit, ne reconnaissait plus son peuple, mais il y avait un Résidu représenté par Daniel tout seul (*). Dieu ne reconnaissait plus son peuple dans le gouvernement du monde, mais Il avait un Résidu, et Il communiquait aux fidèles qu’il avait choisis le sort de ce Résidu, et ce qui allait lui arriver.

(*) Sous bien des rapports Daniel est un type de Christ, comme ayant l’Esprit de Christ dans ses sympathies avec le Résidu, et comme étant leur représentant devant Dieu.

Il en est de même dans la partie prophétique de l’Apocalypse, c’est-à-dire que ce sont des communications faites à Jean, et non pas Jean qui parle aux chrétiens. Seulement l’Église étant encore en existence, il est ordonné à Jean de lui faire part de ces communications. Un dépôt de certaines vérités, de certains événements, est fait là pour la bénédiction de l’Église dans tous les temps, ici, pour les Juifs quand ils viendront à croire. Ce qui est important, c’est que cela suppose que le peuple de Dieu n’est plus reconnu ; et je crois aussi que cela a de la force quant à l’Apocalypse, toujours en parlant de sa partie prophétique.

Maintenant, nous allons considérer la seconde partie, ou les six derniers chapitres du livre de Daniel dans lesquels la conduite des Bêtes, ou des diverses puissances des Gentils, nous est détaillée ; ainsi que les circonstances des saints pendant que les Bêtes exercent cette domination, puis le jugement de Dieu qui arrive à la fin.

Dans le chapitre 7°, qui est l’introduction de cette seconde partie, nous trouvons trois visions, dont voici les objets : Le fait général est qu’il y aura ces quatre Bêtes, mais que la quatrième aura une tout autre importance parce que, quoique les trois premières eussent agi méchamment contre Dieu et contre son peuple, ce sera sous la domination de la quatrième et dernière Bête qu’aura lieu la révolte ouverte contre Dieu, soit des Juifs, soit de la chrétienté, soit de la puissance impériale des Gentils ; révolte, dont le résultat sera une destruction totale de la Bête, parce qu’elle se sera élevée d’une manière ouverte contre Dieu, contre son autorité et sa gloire.

La première vision (v. 3-6) ne donne la description que des trois premières Bêtes. La domination leur est, il est vrai, successivement ôtée, mais leur vie est prolongée : elles ne sont pas détruites.

La seconde vision (v. 7) est l’histoire détaillée de la quatrième Bête dont il avait été fait mention.

La troisième vision (v. 13) est l’opposé de tout ce qui précède, c’est-à-dire que la domination est donnée au Fils de l’homme. La formule : «Je voyais dans les visions de la nuit» (v. 2, 7, 13), souligne les trois parties distinctes de la vision du prophète. Ensuite vient l’explication de ces choses.

Daniel donc prend la parole et dit : «Je voyais dans ma vision de nuit, et voici, les quatre vents des cieux se déchaînèrent sur la grande mer. Et quatre grandes bêtes montèrent de la mer, différentes l’une de l’autre» (v. 2, 3). La grande mer signifie constamment, dans le langage prophétique, les masses des peuples, ainsi : Babylone «assise sur plusieurs eaux». Ces grandes eaux sont les peuples qui ne sont pas encore formés en royaumes, en empires, en monarchies, mais qui sont reconnus par Dieu comme objets prophétiques. Ce qui est organisé est plutôt la terre. Vous trouverez, par exemple, la distinction entre la terre et la mer, au chapitre 13° de l’Apocalypse, où la première Bête sort de la mer, tandis que la seconde sort de la terre, parce que la première Bête était l’empire qui surgissait de la confusion des nations et prenait naissance au milieu des peuples, tandis que la seconde Bête se lève, quand la première est déjà sur la terre, et son empire établi. Ces quatre Bêtes sont quatre monarchies.

«La première Bête était comme un lion, et elle avait des ailes d’aigle. Je vis jusqu’à ce que ses ailes furent arrachées, et qu’elle fut soulevée de terre, et mise debout sur ses pieds, comme un homme ; et un coeur d’homme lui fut donné» (v. 4). C’est la monarchie babylonienne, la première qui ait tout envahi. Le Pharaon a voulu faire de même, mais ses deux bras ont été cassés à Carkemish, près de l’Euphrate (Jér. 46).

Nébucadnetsar fut donc ce lion avec des ailes d’aigle, cette puissance qui envahissait tout. Son empire a duré soixante-dix ans seulement. Darius, le Mède, a pris le royaume. Babylone est restée une très grande ville après que son empire lui eut été ôté ; il y eut même plus tard un jugement sur Babylone ; elle fut assiégée et prise. Elle a donc été mise sur ses pieds comme un homme, soumise et ne s’emparant plus des nations ; elle était devenue une province, et n’était plus l’empire de la terre.

 

«Et voici une autre, une seconde Bête, semblable à un ours, et elle se dressait sur un côté. Et elle avait trois côtes dans sa gueule, entre ses dents ; et on lui dit ainsi : Lève-toi, mange beaucoup de chair» (v. 5).

C’est l’empire des Perses. Je ne m’y arrête pas parce que quiconque a étudié ces prophéties sait de quoi il s’agit.

 

La troisième Bête était «comme un léopard ; et elle avait quatre ailes d’oiseau sur son dos ; et la Bête avait quatre têtes ; et la domination lui fut donnée» (v. 6).

La seule remarque à faire, c’est qu’il s’agit de la monarchie d’Alexandre. La Bête nous est présentée aussi bien sous la forme qu’elle revêtit après la mort de ce Prince, lorsque son empire fut divisé en quatre parties, que sous la forme qu’elle avait lorsque cet empire était uni sous une seule puissance. Cette remarque est importante, parce qu’effectivement deux des parties dans lesquelles il fut divisé, ont eu beaucoup plus à faire avec les Juifs que l’empire du temps d’Alexandre lui-même. Elles ont eu des relations constantes avec les Juifs, dont le pays formait une portion de l’empire à l’égard de laquelle deux de ses chefs, savoir le roi du Nord, et le roi du Midi, chacun de son côté, élevaient des prétentions dont nous verrons le détail au chapitre 11°.

Daniel a dit en général (v. 3) qu’il y avait quatre Bêtes ; il vient de parler de trois, la quatrième est réservée pour une autre vision (v. 7).

«Après cela je vis dans les visions de la nuit, et voici une quatrième Bête, effrayante et terrible et extraordinairement puissante, et elle avait de grandes dents de fer : elle dévorait et écrasait ; et ce qui restait, elle le foulait avec ses pieds. Et elle était différente de toutes les Bêtes qui étaient avant elle ; et elle avait dix cornes» (v. 7).

Ce qui distinguait particulièrement cette Bête, c’est qu’elle avait dix cornes (dix Rois). «Je considérais les cornes, et voici une autre corne, petite, monta au milieu d’elles, et trois des premières cornes furent arrachées devant elle. Et voici, il y avait à cette corne des yeux comme des yeux d’homme, et une bouche proférant de grandes choses» (v. 8).

Ce n’était pas seulement une puissance agissant comme emportée par ses passions, quand l’occasion s’en présentait, ni un conquérant allant saisir partout ce qu’il pouvait ; il y avait, dans les mouvements de cette petite corne, une vanterie extraordinaire, de l’intelligence, des desseins, des intentions, des conseils, des réflexions ; il y avait des yeux d’homme pénétrants. Il est dit, par exemple, de l’Agneau dans l’Apocalypse, qu’il avait sept yeux, la perfection de la vision et de l’intelligence ; c’est-à-dire qu’il voyait tout. Ici ce n’était pas la perfection, mais au moins de l’intelligence qui considérait les choses et qui avait des intentions : ce sont les yeux. «Et une bouche proférant de grandes choses.» Cela signifie une vanterie extraordinaire, qui caractérise particulièrement cette corne. C’est à cause des paroles que cette petite corne proférait que la Bête a été détruite. Car cette petite corne, nous le verrons, est ici le sujet principal. C’est elle qui fait tout, qui est cause du jugement de la quatrième Bête. La Bête a pu être l’instrument employé, mais c’est la petite corne qui, moralement, est tout.

 

«Je vis jusqu’à ce que les trônes furent placés, et que l’Ancien des jours s’assit. Son vêtement était blanc comme la neige, et les cheveux de sa tête, comme de la laine pure ; son trône était des flammes de feu ; les roues du trône, un feu brûlant. Un fleuve de feu coulait et sortait de devant lui. Mille milliers le servaient, et des myriades de myriades se tenaient devant lui. Le jugement s’assit, et les livres furent ouverts» (v. 9, 10).

La séance qui vient de passer sous nos yeux est une séance de jugement. La vraie force du mot employé ici n’est pas : rouler les trônes, mais les placer. Voici l’Ancien des jours qui s’assied pour juger ; des myriades de myriades sont là devant Lui. Les livres sont ouverts. Nous n’avons pas encore le Fils de l’homme. C’est l’Ancien des jours qui juge. Christ était lui-même, sous un autre rapport, l’Ancien des jours ; mais ici il lui est présenté comme Fils de l’homme.

 

Dans l’Apocalypse, quand Jean regarde, il le voit comme Fils de l’homme, avec tous les attributs de l’Ancien des jours (Apoc. 1:13, 14). Mais ici nous avons proprement l’Ancien des jours, parce que Christ est considéré comme le Messie, ou plutôt comme l’Oint (donc aussi comme homme), parce que c’était sous ce caractère qu’il était connu des Juifs, et comme héritant des droits de l’homme, de la part de Dieu, dans ce monde.

C’est ce qui fait la différence de l’expression : Messie, d’avec celle de : Fils de l’homme. J’en ai été frappé tout récemment en lisant l’évangile de Matthieu.

En tant qu’Oint, il vint comme Roi ici-bas. Quand il est venu comme Messie, nous savons tous qu’il a été rejeté ; le Messie a été retranché, est-il dit, et il n’a rien eu. Mais quand Dieu l’établira plus tard (je ne parle pas de sa gloire dans le ciel, parce que c’est une chose déjà accomplie), quand, dis-je, Dieu l’établira sur son trône, ce ne sera pas seulement comme Messie ; Dieu ne rétablit jamais ce qui est gâté, parce que cette manière d’agir serait indigne de Lui ; si Satan a gâté son oeuvre, Dieu ne se contente pas de raccommoder ce qui est devenu mauvais. Quand la folie de l’homme et la malice de Satan ont détruit quelque bénédiction passagère que Dieu avait présentée à l’homme ou dans l’homme, alors Dieu établit toujours quelque chose d’infiniment supérieur. On trouve un exemple frappant de cela dans la personne de Jésus Christ lui-même. L’homme innocent avait été introduit sur la terre, eh bien ! la folie de l’homme a gâté cette innocence. Est-ce que Dieu rétablit l’homme innocent ? Non, il établit son propre Fils, un homme glorieux dans les cieux et sur la terre. Ainsi Dieu permet que les choses qu’il présente ou confie à l’homme, soient gâtées ; ensuite il établit à leur place quelque chose d’infiniment supérieur, selon son propos arrêté.

Eh bien ! il en est de même du Messie. Il était présenté comme roi des Juifs, il était reconnu, par la foi, comme étant Fils de Dieu. Or, comme Fils de David, il aurait dû gouverner sur le trône de David, s’il avait été reçu.

L’homme, être pécheur, n’a pas voulu le recevoir ; mais, quand il reviendra, ce ne sera pas comme Messie, ni comme fils de David seulement, qu’il sera reçu. Il a fallu qu’il allât recevoir le royaume des mains de son Père ; c’est pourquoi il dit aux femmes, en établissant de nouvelles relations entre Dieu et ses disciples en vertu de son oeuvre et de son ascension auprès du Père : «Ne me touchez pas». Il fallait qu’il s’en allât pour recevoir le royaume en haut, ce n’était plus le royaume dont il ne recevait rien ici-bas, mais le règne sur toutes choses, non pas seulement comme Messie, mais comme Fils de l’homme: la domination sur toutes choses, puisque Dieu a décrété que toutes choses lui seraient assujetties. C’est pour cela que nous le voyons ici venant avec les nuées des cieux comme Fils de l’homme.

Lorsque Christ s’est présenté aux Juifs comme Messie, et même aux Gentils sous Ponce Pilate (Jean 18:37), il a été rejeté ; après quoi Dieu ne l’établit plus seulement comme Messie, mais comme héritier de toutes choses. Comment cela se fait-il ? non point par la volonté de l’homme. Christ a été présenté au bon plaisir de l’homme, mais il n’a trouvé que haine et mépris ; ils l’ont crucifié. Cela sera proclamé par le jugement de Dieu.

Il faut donc, quand cette petite corne profère de grandes choses (v. 8), quand toute l’insolence de l’homme s’est manifestée, qu’elle est venue à son comble, il faut alors que les trônes soient placés, et que Dieu exerce sa domination. Lorsque la domination confiée à l’homme devient la révolte contre Dieu, il faut bien que Dieu y mette la main, que Dieu place des trônes pour lui, que le jugement s’asseye, que les livres soient ouverts, et que l’homme rende compte à Dieu.

Le résultat du jugement de l’Ancien des jours, est de donner le royaume au Fils de l’homme ; car il s’agit ici de la puissance et des droits de l’Ancien des jours. Ce jugement était la démonstration que Celui qui avait les droits depuis le commencement jusqu’à la fin, quoiqu’il fût caché, était Celui qui donnait la domination aux uns et aux autres.

Dieu était caché, pour ainsi dire, pendant le règne des autres Bêtes, néanmoins sa providence agissait. Les Babyloniens furent remplacés par les Perses, ceux-ci par les Grecs. Tout cela s’est fait comme cela se fait encore aujourd’hui dans les voies de la Providence qui gouverne le monde, parce que l’Ancien des jours, dont rien pourtant ne peut anéantir les droits, n’était pas encore assis pour exécuter le jugement selon les choses qui étaient faites contre lui ; mais il n’en sera plus ainsi à la fin : il n’y avait pas encore la révolte ouverte, la Bête qui dit : «Je veux moi-même être Dieu, et personne d’autre ne sera Dieu». Comme il est dit au Prince de Tyr : «Diras-tu peut-être devant celui qui te tue : Je suis Dieu ?» (Ézéch. 28:9). Ce sera le cas de la quatrième Bête, et son jugement sera le jugement de Dieu qui s’exécute contre l’homme, dans cet état de révolte et de rébellion.

Voici donc ce qui attire l’attention de Daniel : «Je vis alors, à cause de la voix des grandes paroles que la corne proférait — je vis jusqu’à ce que la Bête fut tuée ; et son corps fut détruit et elle fut livrée pour être brûlée au feu» (v. 11). Il est étonné d’entendre cette corne oser proférer de telles choses en présence de Dieu, des paroles si insolentes, si orgueilleuses, au point de dire qu’elle seule (la corne) veut être Dieu ! Il est étonné, s’il y a un Dieu, qu’il permette que de telles paroles soient prononcées. Alors il regarde pour voir quel en sera le résultat : «Je vis jusqu’à ce que la Bête fut tuée ; et son corps fut détruit et elle fut livrée pour être brûlée au feu». Voilà le résultat. Puis il ajoute : «Quant aux autres Bêtes, la domination leur fut ôtée ; mais une prolongation de vie leur fut donnée», c’est-à-dire, qu’après que l’empire eut été ôté à Babylone elle subsista pendant un certain temps, de même les Perses, etc., mais la destruction de cette quatrième Bête devait être totale. Une prolongation de vie avait été accordée aux autres après la chute de leur empire par le jugement de Dieu, mais ici le jugement et la destruction totale vont ensemble.

Voici maintenant la troisième vision. «Je voyais dans les visions de la nuit, et voici, quelqu’un comme un fils d’homme vint avec les nuées des cieux, et il avança jusqu’à l’Ancien des jours, et on le fit approcher de lui. Et on lui donna la domination, et l’honneur, et la royauté, pour que tous les peuples, les peuplades et les langues, le servissent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et son royaume, un royaume qui ne sera pas détruit» (v. 13, 14). Tel est le royaume qui lui est confié, et dont il se servira pour assujettir toutes choses à Dieu lui-même.

Nous en venons maintenant à l’explication donnée au Prophète dans les versets 15 à 17 : «Les visions de ma tête, dit Daniel, m’effrayèrent. Je m’approchai de l’un de ceux qui se tenaient là, et je lui demandai la vérité touchant tout cela. Et il me la dit, et me fit savoir l’interprétation des choses : Ces grandes Bêtes, qui sont quatre, sont quatre rois qui surgiront de la terre». Mais voici une vérité dont il n’avait pas été dit un mot encore :

«Les saints des lieux très hauts recevront le royaume, et posséderont le royaume à jamais, et aux siècles des siècles» (v. 18).

Ce qui suit donc n’est pas seulement l’histoire de ce qui arrivera par un effet de la Providence et par le jugement de Dieu : l’interprétation s’occupe de ce qui regarde le peuple de Dieu, les saints des lieux très hauts. Nous verrons que les explications, données dans des prophéties semblables, ou dans des paraboles, vont toujours au-delà des choses que ces prophéties elles-mêmes contiennent. Ainsi voici la grande vérité qui est ajoutée ici : Les saints des lieux très hauts obtiendront le royaume aux siècles des siècles. La thèse générale du chapitre, c’est qu’il y a quatre grandes Bêtes qui s’élèveront sur la terre et qui seront finalement jugées de Dieu, et l’autre vérité, ajoutée dans l’explication, c’est que les saints des lieux très hauts recevront le royaume, et que les Bêtes seront mises de côté.

«Alors je désirai de savoir la vérité touchant la quatrième Bête, qui était différente d’elles toutes, extraordinairement terrible : ses dents étaient de fer, et ses ongles, d’airain ; elle dévorait, écrasait, et foulait avec ses pieds ce qui restait» (v. 19). Le désir du prophète n’était pas seulement pour sa satisfaction, mais pour que nous comprissions la fin de la Bête, et en même temps tous les principes de conduite qui caractérisent ses pensées à elle. Elle veut tout dominer, coûte que coûte. C’est précisément ce qu’a fait la quatrième Bête, et ce qu’elle fait encore. C’est l’Europe, au moins occidentale.

«Et touchant les dix cornes qui étaient sur sa tête, et touchant l’autre qui montait, et devant laquelle trois étaient tombées, cette corne qui avait des yeux, et une bouche proférant de grandes choses, et dont l’aspect était plus grand que celui des autres» (v. 20).

La corne avait de l’intelligence, des desseins. Trois de ces cornes (royaumes) tombent devant cette petite corne ; puis cette petite corne, petite au commencement, devient plus grande en apparence que ses compagnes, c’est-à-dire, qu’elle grandit, et que finalement c’est elle qui domine au milieu des cornes. Vous allez voir dans les versets qui suivent, que cette corne envahit, pour ainsi dire, toute la puissance de la Bête, ou du moins lui prête son caractère : c’est elle qui a la domination. C’est la conduite de la petite corne qui décide de celle de la Bête, et qui en est la source, aussi est-elle de cette manière la cause de sa destruction.

«Je regardais ; et cette corne fit la guerre contre les saints, et prévalut contre eux, jusqu’à ce que l’Ancien des jours vint, et que le jugement fut donné aux saints des lieux très hauts, et que le temps arriva où les saints possédèrent le royaume» (v. 21, 22).

«Il dit ainsi : La quatrième Bête sera un quatrième royaume sur la terre, qui sera différent de tous les royaumes, et dévorera toute la terre, et la foulera aux pieds et l’écrasera. Et les dix cornes... ce sont dix rois qui surgiront du royaume. Et un autre surgira après eux ; et il sera différent des premiers ; et il abattra trois rois» (v. 23, 24).

Cette corne donc ne sera pas un royaume ordinaire, mais une puissance spéciale qui s’élèvera au milieu des autres. Ensuite elle fait trois choses : Premièrement, elle profère des paroles contre Dieu qui est là-haut, qui domine sur les cieux et la terre. Secondement, elle consume les saints des lieux très hauts, ceux qui reconnaissent Dieu dans les hauts lieux ; aussi fait-elle la guerre aux Juifs fidèles, qui sont de retour dans leur pays. Troisièmement, non seulement elle détruit les saints, mais elle pense pouvoir changer les saisons (c’est-à-dire, certains jours fériés qui reviennent d’année en année, et qui constituent des époques parmi les Juifs ; comme Pâque, Pentecôte, la fête des Tabernacles, etc.) et la Loi elle-même.

Ils seront livrés entre ses mains, savoir les temps et la Loi, jusqu’à un certain temps : ce ne sera pas pour toujours. Je la vois apostate, abandonnant Dieu dans sa puissance, je la trouve faisant la guerre aux saints qui reconnaissent Dieu, et enfin, mettant de côté complètement les ordonnances judaïques. C’est là le caractère final que porte cette Bête sous l’influence de la petite corne.

Nous aurons encore à la considérer, et il est important de suivre de près cette partie du livre, vu le caractère de cette petite corne et la place qu’elle tient dans les révélations de Dieu. Mais enfin, quelles que soient ses prétentions, le jugement viendra, et on lui ôtera la domination (v. 23-26).

Nous désirons maintenant attirer votre attention sur ceci : Nous avons vu en général, dans la partie prophétique de ce chapitre, en contraste avec l’interprétation de la prophétie, la Bête détruite et livrée au feu (v. 11), tandis que, dans l’interprétation, l’Esprit de Dieu est entièrement occupé de la petite corne. Le jugement se tiendra et on ôtera la domination à cette petite corne (v. 26). Dans l’Apocalypse, les dix cornes donnent leur puissance à la Bête (Apoc. 17:13) ; mais cette petite corne domine moralement la Bête, et par là même toutes les autres cornes, par son intelligence et son influence ; en sorte que l’Esprit de Dieu parle d’elle comme étant le personnage dont la prophétie va s’occuper.

C’est bien la Bête, puisque la petite corne possède toute la puissance de la Bête, et que sa conduite la caractérise, car comme c’est la corne qui blasphème, persécute et change les saisons et la Loi, c’est aussi sa domination, à elle, qui lui est ôtée.

Remarquez encore que, quoi que la petite corne fît devant les yeux du prophète (v. 20, 21), les autres cornes n’avaient pas cessé d’exister. Il y en avait encore sept, après qu’elle en avait abattu trois, en sorte que nous ne voyons pas dans cette petite corne tout l’empire de la quatrième Bête géographiquement. Cette petite corne est moralement toute la bête, mais ne l’est pas dans les limites géographiques. Sept des cornes qui existaient auparavant subsistent encore.

Nous avons ainsi l’état de la Bête, représenté par une corne particulière, qui est toute différente des autres. Elle est en apparence petite, se lève petite, mais est bientôt plus grande que ses compagnes. Elle est hardie ; c’est elle qui frappe, persécute, change les temps ; c’est elle qui représente complètement la Bête devant Dieu, quant au jugement. Mais en même temps, quant à la puissance personnelle et matérielle, il y a, en d’autres endroits, sept cornes, subsistant toutefois dans l’étendue de l’Empire romain, et qui sont ainsi, matériellement, les instruments du mal moral de la petite corne. Cela nous donne un détail sur l’état des choses : Nous trouvons une corne qui fait le mal, et la grande masse de l’Empire divisée en sept parties, donnant la puissance à la partie qui est grande. C’est comme s’il y avait un homme avec de grands desseins et six autres qui l’appuyassent ; ce serait lui qui les représenterait tous.

On pourrait nommer un homme qui nous donne l’idée de la chose : le premier Napoléon, par exemple ; il avait avec lui l’Espagne, la Belgique, et telles autres puissances qui le suivaient, mais qui n’étaient rien que des auxiliaires. C’est lui qui imprimait son caractère sur tout ce qui se faisait. Il en sera ainsi de cette petite corne : son caractère sera empreint sur tout ce qui se fait, et l’on pourrait ne parler que d’elle, et compter les autres cornes pour rien dans la description de l’état moral des choses devant Dieu : leur autorité existera, en un certain sens, dans les limites de leurs royaumes, mais leur puissance sera donnée à celle qui s’élèvera contre Dieu et les saints.

Tel est le résumé de l’histoire que ce chapitre nous présente. Je ne m’étendrai pas davantage sur ce sujet pour le moment.

Le 13° et le 17° chapitre de l’Apocalypse nous présentent aussi cette Bête. Dans le 13° chapitre nous la voyons assise sur le trône de Satan, tandis qu’une autre Bête qui aide à glorifier la première sur son trône, exerce la puissance de Satan. Dans le 17° chapitre c’est toujours la même Bête, mais elle nous est présentée dans ses rapports avec Babylone, la grande prostituée.

Ici, au chapitre 7 de Daniel, nous avons la Bête elle-même, et la guerre qu’elle fait contre Dieu ; nous l’avons dans ses rapports avec les saints des lieux très hauts, et avec le peuple juif.

Nous reprendrons ces choses plus tard.

Il y a, depuis le verset 36 jusqu’à la fin du 39°, du chapitre 11 de Daniel, un roi en Judée agissant plus particulièrement en Orient, dans le pays des Juifs, ou «pays de beauté». Zacharie 11 nous donne les traits spéciaux, que je n’examinerai pas ici, d’un pasteur insensé qui se trouvera en Judée et opprimera le peuple, ce qui, je le pense, se rapporte à la seconde bête d’Apocalypse 13. Au chapitre 2 de la 2° épître aux Thessaloniciens, cette puissance, envisagée sous un tout autre aspect, il est vrai, se présente en rapport avec l’apostasie de la chrétienté perverse, tandis qu’au chapitre 11 de Daniel, nous la voyons dans son iniquité comme roi en Palestine en rapport avec l’apostasie des Juifs. Ici nous la trouvons surgissant d’entre les Gentils, agissant contre les saints des lieux très hauts et les Juifs fidèles (7:25). Je ne parle pas ici du chapitre 8, parce que c’est ma conviction que la petite corne du chapitre 8 n’est pas la même que celle du chapitre 7. Il y a des personnes qui ont étudié ce sujet, qui ne pensent pas comme moi à cet égard; mais j’ai la conviction que c’est une autre puissance qui se trouvera là, spécialement en rapport avec les Juifs, qui envahira ces pays en Orient, mais qui n’est pas la petite corne dont nous parlons.

Il y a encore un autre passage qu’il nous faudra examiner au sujet de cette petite corne. Ce sont les derniers versets du chapitre 9 de Daniel, en rapport avec la désolation de Jérusalem. Je l’indique seulement ici pour que la liaison de ces différents passages soit complète.

En examinant ces chapitres de Daniel, je n’ai pas la prétention d’expliquer tout ce qui s’y trouve. Ma prétention se borne à communiquer ce que Dieu m’a donné de comprendre là-dessus ; cela pourra nous aider à aller plus loin dans l’examen de ces prophéties. La seule remarque que je ferai en terminant, c’est de signaler ce que nous avons vu dans Daniel lui-même : son étonnement à la voix de cette petite corne, c’est-à-dire, sa stupéfaction à la vue de l’insolence et de la rébellion de l’homme contre Dieu. À la fin l’homme s’arrogera, pour faire la guerre à Dieu, la puissance, comme si elle était en lui, au lieu d’avoir sa source en Dieu ; de même la religion de l’homme parmi les Juifs, avait osé rejeter et livrer à la mort le Messie.

Mais la puissance de l’homme, se montrant dans une apostasie complète, et s’étant livrée à Satan, est l’instrument de la guerre que celui-ci fait à Dieu et à Son Oint. Ce n’est pas simplement l’iniquité, mais la révolte ouverte du péché comme principe. Quelque forme que l’homme revête dans ses rapports avec Dieu, cette Bête se donnera la peine, pour ainsi dire, de réunir en elle-même tous ces caractères pour lui faire opposition. S’agit-il de Dieu lui-même ? elle se moque de lui et s’élève contre lui. S’agit-il des saints? elle les persécute et les détruit. Son dessein est de tout renverser et de s’établir elle-même sur ces ruines. Satan lui donne son trône après avoir été chassé du ciel, trois ans et demi avant le jugement ; — quand, sachant qu’il n’a plus que peu de temps, il agit en grande fureur, donnant au méchant pour s’y établir son trône sur la terre. En rapport avec les Juifs, il se met à changer la loi et ses ordonnances. En même temps nous voyons Satan agissant directement sur l’esprit de l’homme par des miracles, il l’anime et le pousse à faire selon sa volonté et à se mettre en avant comme chef universel, détruisant ainsi toute relation avec Dieu. C’est aussi ce qui nous est présenté en 2 Thess. 2 : la révolte contre Dieu, mais tel qu’il a été connu dans le christianisme. Cette révolte est basée sur l’apostasie ; alors l’homme de péché s’élève et se présente comme Dieu dans le temple de Dieu ; tous ceux qui n’ont pas reçu l’amour de la vérité ayant été séduits par les manifestations mensongères de la puissance de l’ennemi.

C’est ici donc que se réalise ce que nous trouvons au 13° chapitre de l’Apocalypse, savoir, que Satan lui donne son trône et c’est alors, je crois, que ce caractère horrible de pleine révolte se manifeste publiquement sous tous les rapports. Le mal est sans doute à l’oeuvre bien auparavant, par des principes et des mystères, mais quand le trône de Satan est érigé ici-bas, comme il le sera au moins trois ans et demi avant la fin, et quand le jugement ayant été exécuté sur lui dans le ciel, il ne peut plus tromper sous des apparences célestes, les saints n’ayant plus à livrer des combats dans les lieux célestes, il donne son trône à la Bête. C’est une révolte ouverte, et cette révolte est contre Dieu. Le méchant par excellence est sur la scène : «le méchant sera révélé», Dieu le détruira. La Bête, à la puissance de laquelle Satan aura prêté toutes ses énergies, sera détruite. Alors le trône sera donné au Fils de l’homme.

Il est très important, par la grâce de Dieu, de voir où le train de ce monde aboutit, et soyez certains qu’il n’est pas besoin que l’homme soit abruti extérieurement pour qu’il serve Satan, ou pour que ces choses arrivent ; car cette petite corne avait des yeux d’homme, toute sa capacité, toute sa clairvoyance ; toutes les facultés de l’homme sont en perfection dans cet homme (c’est ce qui le distingue), néanmoins il rejette Dieu, sa conscience n’est pas du tout en exercice. Ce qui lui manque totalement, c’est le sentiment de sa responsabilité envers Dieu. Cette dernière est complètement niée, et toute trace d’amour est étouffée chez lui par la soif de s’élever. C’est le cas d’Adam, qui a voulu être comme Dieu, en mettant Dieu de côté.

Alors le jugement sera amené, et Christ sera manifesté dans toute sa gloire, et c’est là ce que nous attendons quand on nous parle d’améliorer les choses d’ici-bas. Grâces à Dieu, nous avons, comme chrétiens, une meilleure portion, une part céleste qui consiste à être comme Christ, et avec Christ pour toujours.

7                    CHAPITRE 8

Plusieurs versets du chapitre 7 auraient besoin d’être encore examinés au sujet de la petite corne, mais nous y reviendrons à la fin du 9°.

Nous avons vu que l’objet le plus important dans toute l’histoire du 7° chapitre, était la petite corne de la fin. Elle absorbait la puissance de la Bête elle-même ; «elle proférait de grandes choses contre Dieu», et c’était sa conduite qui amenait la destruction définitive de la Bête.

Maintenant, au chapitre 8, l’Esprit de Dieu s’occupe de deux empires, c’est-à-dire de la seconde et de la troisième Bête, pour nous en donner une histoire détaillée.

«La troisième année du règne de Belshatsar le roi, une vision m’apparut, à moi, Daniel, après celle qui m’était apparue au commencement. Et je vis dans la vision ; et il arriva, quand je vis, que j’étais à Suse, le palais, qui est dans la province d’Elam.»

C’était dans ce pays d’Elam, ou la Perse, qu’était effectivement le corps de la seconde Bête. L’ours du chapitre 7 est maintenant le bélier. «Le bélier que tu as vu, qui avait deux cornes, ce sont les rois de Médie et de Perse» (v. 20). Ces deux royaumes se sont réunis en un seul empire, mais comme les Perses avaient le dessus, leur nom est donné à l’empire.

Au chapitre 7, ce royaume est un ours, auquel il est dit : «Lève-toi, mange beaucoup de chair», et au 8°, c’est un bélier donnant de ses cornes, vers l’Occident, et vers le Nord, et vers le Midi, et aucune bête ne pouvait lui résister... et il faisait de grandes choses. L’empire des Perses s’est établi en renversant celui de Babylone. Daniel lui-même a survécu à la chute de celui-ci.

«Voici, un bouc venant du couchant sur la face de toute la terre, et qui ne touchait pas la terre ; et le bouc avait une corne de grande apparence entre ses yeux.» Ceci est très clair, c’est-à-dire que c’est l’empire des Grecs qui a commencé par Alexandre. Cette première grande corne qui paraissait beaucoup, c’est lui qui, effectivement, ayant réuni les Grecs contre l’empire des Perses, les a conduits en Asie. En trois ou quatre ans tout a été bouleversé ; l’immense empire des Perses s’est écroulé devant l’énergie d’Alexandre, qui lui a valu au milieu des hommes le nom de Grand. À la suite de ses excès, il mourut d’une fièvre chaude (v. 4, 5).

«Et le bouc devint très grand ; et lorsqu’il fut devenu fort, la grande corne fut brisée, et quatre cornes de grande apparence s’élevèrent à sa place, vers les quatre vents des cieux» (v. 8). Alexandre alla jusqu’aux Indes, traversa la plus grande partie de l’Asie avec une énergie rare, et se distingua non seulement comme général, mais comme fondateur d’un empire solide. Mais Dieu mit la main sur lui. «Quatre cornes de grande apparence s’élevèrent à sa place, vers les quatre vents des cieux.» Cela nous est dit aussi au verset 6 du chapitre 7, où la même idée nous est présentée sous la figure du léopard qui avait quatre ailes et quatre têtes. C’est-à-dire, qu’après la mort d’Alexandre, le royaume fut divisé en quatre parties distinctes, et nous avons affaire, principalement, à deux de ces quatre monarchies qui furent fondées après sa mort, parce que deux d’entre elles furent aux prises avec les Juifs, tout comme dans le siècle passé il y eut lutte entre l’Égypte et la Turquie, pour cette même «Terre Sainte».

Ce fait est assez remarquable, et pour le comprendre, il faut se souvenir que même la géographie dans la Parole de Dieu est toujours considérée selon la position de la Terre Sainte. Par exemple, s’il est question du roi du Midi, il faut toujours penser au midi de la Palestine, etc. (de même que les Français comptent les degrés de longitude de Paris, les Anglais de Greenwich), parce que la Palestine était le centre de toutes les pensées de Dieu quant au gouvernement de ce monde. C’est Jérusalem qui est la ville choisie, la ville élue. «Car l’Éternel a choisi Sion ; il l’a désirée pour être son habitation : C’est ici mon repos à perpétuité ; ici j’habiterai, car je l’ai désirée» (Ps. 132:13, 14).

Pour en revenir à notre chapitre, il y a quatre cornes et de l’un des royaumes désignés par ces cornes vint une petite corne dont les actes constituent la partie importante de ce chapitre. Il n’est même pas dit comment elle sortit, cependant il n’est question que d’une seule. «Et de l’une d’elles sortit une petite corne, et elle grandit extrêmement vers le Midi et vers le Levant, et vers le pays de beauté», c’est-à-dire vers la Terre Sainte.

Une chose qui me frappe ici, et je l’ai trouvée utile pour comprendre bien des passages de la Parole de Dieu ; c’est de se placer au point de vue de Dieu. Dieu a dit «qu’il avait continuellement ses yeux sur ce pays, depuis le commencement jusqu’à la fin de l’année» et il a ajouté : «mes yeux et mon coeur seront toujours là». Eh bien ! l’activité de la foi saisit toujours, pour ainsi dire, ce regard de l’Éternel.

Il en est de même quant aux chrétiens ; Dieu garde toujours ses brebis, c'est-à-dire, il les aime toujours. Si je vois une de ces brebis broncher, cela m’est très pénible, et en considérant les choses seulement comme homme, je pourrais l’abandonner; mais en réfléchissant que c’est une brebis, je dois toujours agir à son égard de la même manière que Dieu qui pense toujours à elle. C’est-à-dire que la foi partage les pensées de Dieu quant aux objets de son amour.

Quant aux choses de ce monde, Jérusalem n’est rien ; c’est une ville entièrement foulée aux pieds, qui n’a ni commerce, ni richesses, ni rien ; la superstition y est établie sur le sépulcre du Seigneur. Les rois de la terre commencent à y penser, il est vrai, parce que la Providence veut donner aux choses cette direction ; mais quant à Dieu, il y pense toujours. Il y a, sur l’emplacement de son temple, une mosquée de Mahomet, mais pour Lui, Jérusalem est toujours sa ville, le temple toujours sa maison, sans varier jamais. Eh bien! la foi pense de la même manière.

Maintenant, dans quelles circonstances se trouvait Daniel ? Il était captif chez les Chaldéens à Babylone ; la Palestine était pour lui le pays de beauté ; sa captivité ne changeait rien à l’intérêt qu’il lui portait. C’était une toute petite province d’un immense empire, presque inconnue dans cet empire, tellement elle était petite, relativement à lui. Mais pour Dieu, c’était le principal objet sur la terre ; si sa main était sur ce pays en jugement, c’était parce qu’il y avait pensé toujours. Son témoignage, au moment de ce jugement, s’y rapportait sans cesse.

«Et elle grandit extrêmement... vers le pays de beauté.» Jamais on ne comprendra la prophétie de l’Ancien Testament, si l’on ne saisit deux choses : Premièrement, que Dieu pense toujours à la gloire de Christ qui régnera sur la terre, quand il reparaîtra. Si l’on sépare cette pensée des détails et des circonstances de l’Ecriture, si l’on n’en tient pas compte en étudiant la prophétie, jamais on n’y comprendra rien, parce que c’est à cela que Dieu pense, et qu’il fait concourir tous les événements de ce monde à ce but. — Secondement, on ne peut avoir l’intelligence de la prophétie, à moins qu’on ne comprenne que ce sont les Juifs qui y sont l’objet habituel des pensées de Dieu. Je dis les Juifs, parce que sur la terre ce sont eux qui sont son peuple, dispersé, il est vrai, sous le châtiment et qu’il ne peut plus reconnaître pour le moment, mais néanmoins toujours son peuple, parce que «les dons de grâce et l’appel de Dieu sont sans repentir» (Rom. 11:29).

De qui cela est-il dit ? Peut-être me répondrez-vous que cela concerne l’Église. Cela est vrai, sans doute, de toute âme à qui Dieu a donné la vie ; mais cela est dit pour démontrer que si, pendant l’aveuglement judiciaire des Juifs, l’Église (*) est établie sur la terre, Dieu rétablira aussi les Juifs dans tous leurs privilèges parce qu’Il ne se repent jamais de ses dons ni de son appel (Rom. 11:29).

(*) Je me sers ici du terme Église dans un sens populaire, éloigné de ce que la Parole appelle l’Assemblée.

Une fois qu’on a bien saisi les deux pensées dont nous avons parlé plus haut, savoir : que Christ est le but de tous les conseils de Dieu et que les Juifs sont l’objet de ses conseils ici-bas, il y a une quantité d’expressions qui nous sont faciles à comprendre. Par exemple : «le pays de beauté» est le pays des Juifs ; c’est qu’il n’y a rien qui soit plus noble devant Dieu que ses dons et son appel. Eh bien ! quel est le peuple et le pays qu’il a choisis ? c’est bien la terre qu’il a promise à Abraham, etc. (Gen. 15), et que Christ, comme semence d’Abraham, héritera avec Israël, le peuple que Dieu a choisi sur la terre pour être à Lui.

Alors cette petite corne «grandit jusqu’à l’armée des cieux, et fit tomber à terre une partie de l’armée et des étoiles, et les foula aux pieds» (v. 10). Voici maintenant la seule traduction exacte des versets suivants :

«(Et il s’éleva jusqu’au chef de l’armée (*); et le sacrifice continuel fut ôté à celui-ci, et le lieu de son sanctuaire fut renversé. Et un temps de détresse fut assigné au sacrifice continuel, pour cause de transgression). Et elle jeta la vérité par terre, et agit, et prospéra» (v. 11, 12). Il s’agit d’une chose très importante, d’ôter le sacrifice continuel ; c’est-à-dire de détruire complètement le culte de Dieu à Jérusalem.

(*) Il n’y a pas ici liaison immédiate avec la petite corne.

Voici donc ce que fait cette petite corne : il ne s’agit pas ici du fait de proférer des blasphèmes contre Dieu, de s’élever contre Dieu ; il s’agit d’une chose très distincte et précise : Elle s’agrandit jusqu’à l’armée des cieux ; elle attaque ceux qui y sont dans ce temps-là ; les Juifs qui habitent autour du chef, c’est-à-dire qui, dans le ciel moral, entourent le trône de Dieu ; il s’agit ici des sacrificateurs et des principaux parmi les Juifs à Jérusalem ou de ceux que Dieu y reconnaît. «Elle grandit jusqu’à l’armée des cieux.» Et voyez comment Dieu juge des choses. Il attache plus d’importance aux sacrificateurs et aux principaux d’entre les gouverneurs de ce pauvre peuple, qu’à tout ce que fait la petite corne dans le monde. Elle est montée «jusqu’à l’armée des cieux», parce qu’il est infiniment plus important de toucher à ce qui regarde Dieu, et ce à quoi Dieu regarde, d’effacer sa gloire, toute ternie qu’elle soit dans nos mains, que de renverser des empires et d’en fonder d’autres, de remporter des victoires (quoique Dieu prenne connaissance de tous ces événements dans sa Providence).

La petite corne aurait pu écraser nations sur nations, cela aurait été triste ; mais c’est tout autre chose que de dire : point de culte de Dieu ! car c’est détruire le seul lien par lequel Dieu puisse reconnaître un état de choses sur la terre.

Voici donc quelle est la conduite spéciale de cette petite corne : «Elle grandit jusqu’à l’armée des cieux, et fit tomber à terre une partie de l’armée et des étoiles». Et même elle s’agrandit (*) jusqu’au chef de l’armée des cieux, monte jusqu’à Celui qui est le vrai chef en toutes choses. Ceux qui étaient à Jérusalem représentaient Dieu, et puis bientôt ce sera le Christ qui sera évidemment le vrai Chef de l’armée des cieux. Dieu permet de plus que le sacrifice continuel soit ôté à ce Chef de l’armée. On voit donc qui est Chef de l’armée : c’est l’Éternel. «Le sacrifice continuel fut ôté à celui-ci, et le lieu de son sanctuaire fut renversé.» Quel temps terrible que ce temps-là !

(*) Remarquez que le mot est proprement il, non pas elle, ici.

Dieu appelle sa maison à Jérusalem le domicile de son sanctuaire, le sanctuaire de Christ. Il était le Dieu des Juifs, et il l’est toujours. Par conséquent, ce n’est pas ici une simple permission donnée de Dieu de fouler aux pieds cette nation comme châtiment pour ses péchés ; mais pour qu’elle le soit, il faut qu’il permette que son temple soit renversé, comme cela est arrivé lors de la captivité de Babylone ; et pourquoi ? parce qu’aussi longtemps que Dieu se tient là, il faut absolument qu’il se manifeste en faveur de son peuple, tout en le corrigeant ; mais quand il permet que son temple soit abattu et les murs de la ville détruits, oh ! alors il abandonne son peuple complètement, non qu’il n’ait pas l’intention de le ramener, mais il veut dire : «Je vous abandonne aux conséquences de votre péché».

On aurait pu supposer impossible que le lieu du sanctuaire fût renversé, mais l’Esprit de Dieu introduit ce contraste exprès pour faire voir que les choses que Dieu lui-même a établies, conservées pendant des siècles, il les abandonne, quoiqu’il les appelle siennes. Jamais il ne se repentira de ses dons et de son appel. Mais il renverse tout ce qu’il a placé comme témoignage dans le lieu qu’il a choisi pour sa demeure, et rompt ses liens avec le peuple, tout en disant : C’est mon autel, mon domicile, mon assemblée, mon sanctuaire (voir Lam. 2:6, 7). Le mot employé au v. 12 est : «un temps de détresse» ; c’est le même mot en Job 14:14. Dieu ne permet plus le culte qui aurait dû lui être offert, et qui aurait continué si le peuple n’eût pas été infidèle. Mais, puisqu’il l’est, Dieu l’abandonne aussi ; il permet que le sacrifice continuel soit complètement mis de côté, que le lien manifeste et extérieur entre Dieu et son peuple soit entièrement rompu, que tout ce qui manifestait sa faveur dans ce monde, son sanctuaire, son culte, soit renversé et aboli.

Verset 13. «Et j’entendis un saint qui parlait et un autre saint dit au personnage qui parlait : Jusqu’où va la vision du sacrifice continuel et de la transgression qui désole, pour livrer le lieu saint et l’armée pour être foulés aux pieds ?» Ce qu’il demande, c’est quelle sera la durée de ce temps d’affliction. Il ne demande pas ici quels seront les exploits de la petite corne, mais quelle sera la durée de ce temps d’affliction, quant au culte et au temps judaïque. Nous verrons que cette distinction est importante. Je ne dis pas que de telles choses n’annoncent pas les derniers jours ; seulement elles sont distinctes : la conduite de la petite corne et le temple foulé aux pieds. Il n’y a pas, dans l’explication qu’il donne à la fin du chapitre, un mot du culte. L’interprétation donnée de ce qui arrive à la fin de l’indignation omet entièrement ce sujet, et ne parle que des rapports du roi fourbe sans rien dire du temple, et enfin il n’est dit nulle part que ce soit cette petite corne qui ôte le sacrifice à la fin.

Voici ce que Dieu fait dans cette prophétie : il prend un personnage, disons Antiochus Épiphane, ou tel autre comme type, et il donne son histoire ; alors il prend certaines circonstances de son histoire, pour montrer ce que l’antitype fera plus tard, mais il ne s’ensuit pas que toutes les circonstances du type se retrouvent dans l’antitype. Il prend des circonstances qui sont arrivées aux Juifs sous la monarchie syrienne, et il se sert de quelques-unes de ces circonstances pour nous montrer ce qui arrivera à la fin.

La demande à laquelle le saint répond ici, a trait à la durée de la profanation du temple et du culte ; il ne parle pas des exploits de la petite corne. Cette réponse vient avant et est distincte de l’interprétation donnée à Daniel au sujet de la petite corne. Il est possible que, dans l’histoire, la petite corne ait fait toutes ces choses elle-même, mais le Saint Esprit ne les emploie pas toutes, quand il parle de ce qui remplira le cadre à la fin.

Verset 14. «Et il me dit : Jusqu’à deux mille et trois cents soirs et matins ; alors le lieu saint sera purifié.» Voici ce qui nous facilite l’intelligence de ces versets. Au verset 10, «Elle (la petite corne) grandit jusqu’à l’armée des cieux», et au verset 12 nous retrouvons : «elle jeta la vérité par terre» ; entre ces deux expressions tout est en parenthèse, c’est-à-dire tout le verset 11 et une partie du verset 12. Les mots : «Et elle jeta la vérité par terre» sont ce que sera la conduite de cette corne aux derniers jours, ce que nous trouvons expliqué à la fin.

«Gabriel vint près du lieu où j’étais, et quand il vint, je fus effrayé et je tombai sur ma face ; et il me dit : Comprends, fils d’homme, car la vision est pour le temps de la fin. Or, comme il parlait avec moi, j’étais dans une profonde stupeur, ma face contre terre ; et il me toucha et me fit tenir debout à la place où j’étais. Et il dit : Voici, je te fais connaître ce qui aura lieu à la fin de l’indignation ; car à un temps déterminé sera la fin» (v. 17-19). Le mot indignation est souvent employé dans les prophéties, il se trouve mentionné très particulièrement dans Ésaïe 10. Le mal a commencé du temps d’Achaz, successeur infidèle de David ; ce châtiment continuait, et allait en augmentant ; les Juifs n’ont pas voulu se repentir : la main de Dieu s’est appesantie ; cela a continué (voyez Ésaïe 10:5, 8, 12, 17, 21, 25), et continuera jusqu’à ce que le peuple revienne.

C’était peu de chose au commencement, en comparaison de la fin : Les attaques des Syriens, la perte de provinces ; et après cela les conquêtes des Babyloniens, puis la captivité ; mais les Juifs n’ont pas voulu écouter. Dieu leur a envoyé son Fils, vous savez ce qu’il en a été. Quand ils seront de nouveau dans leur pays, ils se livreront à l’idolâtrie, ils recevront l’Antichrist, au lieu du Christ. Enfin, l’abomination de la désolation sera établie dans le lieu saint jusqu’à ce que le Christ détruise les ennemis du peuple, alors l’indignation sera terminée. Ce temps d’indignation consiste en ce que Dieu abandonne le peuple d’Israël à la puissance de ses ennemis ; mais ce qui est spécialement appelé l’indignation, ce sont les attaques auxquelles les Juifs sont abandonnés à cause de leur iniquité aux derniers jours, au temps de l’Antichrist ; je ne dis pas que l’Antichrist soit l’indignation, mais les Juifs sont livrés aux instruments de l’indignation de Dieu, à cause de leurs relations avec lui. Dieu en a arrêté d’avance la durée. Voyez Ésaïe 10:5 à 25, où l’on voit que c’est l’Assyrien qui en est l’instrument.

«Et au dernier temps de leur royaume, quand les transgresseurs auront comblé la mesure, il s’élèvera un roi au visage audacieux, et entendant les énigmes» (v. 23).

Maintenant le type est le roi des Syriens, je n’en doute nullement : un roi de la race des Séleucides ; mais sa conduite n’est pas la fin de l’indignation, c’est ce qui est aussi très certain, et dans l’explication que Daniel en donne, il se borne à donner ce que l’antitype fera au temps de la fin (voyez le verset 17), ce qui aura lieu à la fin de l’indignation contre les Juifs, à la fin des temps (voyez verset 19). Voici ce qui aura lieu alors — et d’abord il faut mettre de côté toute pensée de l’Église : il ne s’agit aucunement des chrétiens ; il s’agit des Juifs et de tout ce qui arrivera aux Juifs aux derniers jours, à la fin de l’indignation. — Donc, au dernier temps des rois qui ont partagé l’empire grec, «il s’élèvera un roi au visage audacieux, et entendant les énigmes». Ces royaumes seront rétablis, c’est la première chose : il y aura le roi du Midi et le roi du Nord : le roi de ce qu’on appelle maintenant la Turquie d’Asie pour le Nord, et le roi d’Égypte pour le Midi. À la fin de la domination des royaumes qui ont surgi de l’empire grec, nous retrouvons ces nations ; cela s’applique à ce qui est appelé la fin, le temps de la fin, c’est-à-dire, la fin des voies de Dieu envers les Juifs : à la fin du siècle si l’on veut, on retrouve l’Égypte, sans doute, mais spécialement le roi du Nord. Cette ancienne corne de la monarchie des Grecs rentrera en scène. Je ne puis dire qui possédera ces pays, mais le territoire en est très clairement déterminé.

 

Autre fait qui arrivera au jour où les prophéties s’accompliront, c’est que, lorsque les Juifs seront de retour dans leur pays, leur iniquité s’accroîtra encore ; ils seront plus méchants qu’ils n’ont été. Il leur arrivera ce que le Seigneur a dit : «Un autre viendra en son propre nom et vous le recevrez». De plus il a dit aussi : «Quand l’esprit immonde est sorti d’un homme, il va par des lieux secs, cherchant du repos, et il n’en trouve point. Alors il dit : Je retournerai dans ma maison d’où je suis sorti. Et y étant venu, il la trouve vide, balayée et ornée. Alors il va, et prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui-même ; et étant entrés, ils habitent là ; et la dernière condition de cet homme-là est pire que la première. Ainsi en sera-t-il aussi de cette génération méchante» (Matt. 12:43-45). C’est-à-dire que, les Juifs étant de retour en leur pays, l’esprit impur, l’esprit d’idolâtrie qui les avait quittés (il n’y en avait pas du temps de Jésus Christ) entre dans sa maison vide, balayée et ornée, et ramène avec lui sept autres esprits impurs, et le dernier état de la nation sera infiniment pire que le premier.

Je ne dis pas que cela ne puisse arriver qu’aux Juifs, mais le Seigneur l’applique aux Juifs : «Ainsi en sera-t-il de cette génération méchante.» Quand les perfides auront atteint le plus haut degré de perfidie, la perfidie ou la rébellion des Juifs contre l’Éternel sera à son comble.

Nous trouvons donc, dans ce passage, la fin du siècle en général, et en particulier la fin de cette puissance grecque des quatre monarchies de l’empire d’Alexandre, et les Juifs devenus complètement apostats, rebelles contre Dieu : non seulement dans leur état actuel, mais bien pires, lors du retour dans leur pays. Tout cela s’accomplira en Orient, en Palestine, avec un roi des monarchies grecques, duquel le roi de Syrie Antiochus Épiphane, a certainement été le type.

Quant au «roi au visage audacieux et entendant les énigmes», il y aura, chez ce dernier roi de la monarchie grecque, non seulement une force matérielle, mais aussi un esprit de sagesse et de compréhension capable d’expliquer les énigmes ; il sera une espèce de prophète, qui (je ne le dis pas dans un bon sens) explique des choses profondes et mystérieuses. Il agit par sa fourberie et sa pénétration, et il agit sur la nation juive, de cette manière, autant que par ses forces matérielles.

«Et sa puissance sera forte, mais non par sa propre puissance» (v. 24). Ce sera un roi sous la dépendance de quelque autre puissance. Il sera fort, mais ce ne sera pas de sa propre force, comme cela arrive quelquefois.

«Et il détruira les hommes forts et le peuple des saints.» Malgré son état de perfidie et de rébellion dans son ensemble, ce peuple est pour le prophète le peuple des saints (*).

(*) C’est l’expression du chapitre 7:27 ; seulement, là, les mots des lieux très hauts sont ajoutés à saints, vu le sujet du chapitre.

«Et, par son intelligence, il fera prospérer la fraude dans sa main ; et il s’élèvera dans son coeur ; et, par la prospérité il corrompra beaucoup de gens» (v. 25). C’est-à-dire que ce ne sera pas purement par la force des armes, mais il s’occupera des Juifs par des moyens de paix; et par cette pénétration, par cette subtilité, comme une espèce de rabbin, ce roi aura une grande influence sur la nation juive.

Finalement, «il se lèvera contre le prince des princes, mais il sera brisé sans main» (v. 25). Ce roi fourbe, non seulement renversera beaucoup de Juifs, et obtiendra en même temps une grande influence sur la nation ; mais s’élevant contre Christ qui est le Prince des princes, il sera détruit sans main.

Vous pouvez voir que dans l’explication de la conduite de la petite corne, il ne s’agit pas du sacrifice continuel, cela ne lui est pas attribué du tout ; ainsi nous sentons d’autant plus l’importance de la correction du verset 11.

Il opprime les Juifs, triomphe des Juifs par la subtilité de son esprit, en perd plusieurs par la paix et la prospérité. Voilà ce qui nous est révélé d’une puissance qui sort de la monarchie grecque en Orient, qui agira au milieu du peuple juif à la fin, et qui sera détruite parce qu’elle s’élèvera à la fin contre le Christ.

Telle est son origine, sa conduite et sa fin.

 

Revenons maintenant au sacrifice continuel, v. 13, 14 : «Et j’entendis un saint qui parlait et un autre saint dit au personnage qui parlait : Jusqu’où va la vision du sacrifice continuel et de la transgression qui désole, pour livrer le lieu saint et l’armée pour être foulés aux pieds? Et il me dit : Jusqu’à deux mille et trois cents soirs et matins ; alors le lieu saint sera purifié». Comme faisant suite à ces versets, nous trouvons au verset 26 : «Et la vision du soir et du matin, qui a été dite, est vérité. Et toi, serre la vision, car elle est pour beaucoup de jours». Je trouve une remarque importante à faire ici quant aux dates et aux calculs : je crois que ce passage, ainsi que les passages de Daniel, qui parlent de 1260 ou 90 jours ou trois temps et demi, ne se prêtent pas à des computations par années, et je suis prêt à croire que les 2300 jours ont été accomplis dans les temps anciens. Mais dans tous les cas, si l’on veut compter des dates, il faut appliquer ces dates aux Juifs et à Jérusalem, et non pas à des circonstances de la chrétienté.

 

Il peut y avoir des circonstances analogues dans celle-ci, parce que le mystère d’iniquité est déjà en train, quoique le Méchant ne soit pas encore révélé ; mais, dans son développement sous tous les rapports, le mystère en a déjà les principes et l’orgueil ; seulement, dès qu’on en vient à préciser les choses et à se demander si elles ont été de fait accomplies, on est obligé d’appliquer ces passages à Jérusalem, aux Juifs, à ce qui arrivera à la fin de l’indignation. Or la fin de l’indignation n’est aucunement arrivée.

 

Je n’ai qu’un mot à ajouter. Ce que nous venons de traiter paraît un peu moins en rapport avec ce qui nous concerne. Ce qui avait trait à l’autre petite corne se rattachait beaucoup plus à nous, parce que cette petite corne appartient à la dernière Bête, à laquelle nous avons affaire, étant dans les pays qui doivent lui être assujettis, en France, en Suisse, en un mot dans l’Europe occidentale comme ayant fait partie de l’empire romain où le christianisme a eu son développement, et non pas dans les territoires orientaux de la Bête dont nous venons de parler. Mais s’il est important, d’un côté, d’être séparé du mal qui doit arriver au milieu des choses avec lesquelles nous sommes en relation, de l’autre, le besoin de cette séparation tend à fausser notre jugement, parce que, attachant une grande importance à nous-mêmes, nous ne sommes occupés que de nous-mêmes, tandis que Dieu attache beaucoup plus d’importance aux Juifs qu’à nous en ce qui regarde la possession et les promesses de ce monde. Mais voici ce qui ramène cette histoire dans le cadre de ce qui nous intéresse, c’est-à-dire, des conseils de Dieu quant à Son Christ : La dernière chose que nous voyons ici dans les grands événements qui doivent avoir lieu, c’est que cette petite corne s’élève contre le Seigneur des seigneurs ; or pour que le monde soit béni, il faut que le Seigneur brise cette petite corne, afin que sous sa domination à Lui, tous soient bénis et jouissent de la paix.

8                    CHAPITRE 9

Nous avons vu dans les deux chapitres précédents, l’histoire des quatre Bêtes en général, spécialement celle de la petite corne qui proférait de grandes choses, et des blasphèmes contre Dieu, qui était l’ennemie des saints, qui représentait la Bête romaine, c’est-à-dire, qui agissait à son gré, selon la puissance de cette Bête (chapitre 7). Dans le chapitre 8°, nous avons trouvé une nouvelle petite corne qui s’élève au milieu des monarchies grecques, qui à la fin s’élèvera contre le prince des princes et qui, enfin, sera détruite sans main.

Maintenant le prophète porte sa pensée et son coeur vers un autre sujet que celui au milieu duquel il se trouvait, savoir, vers les désolations de Jérusalem. Tel est spécialement le sujet de ce chapitre. Or voici ce qui y conduit le prophète. Il était de ceux qui avaient ces paroles dans le coeur : Jusques à quand, Seigneur ? C’est en effet ce qui signale spécialement la foi, quand des jugements pèsent sur le peuple de Dieu, parce que la foi voit toujours ce peuple selon les promesses que Dieu lui a faites. Tous ses privilèges, la jouissance de ses bénédictions, la joie, les relations de ce peuple avec Dieu, les conséquences bénies de ces relations, comme il est dit : «Puisses-tu voir le bien de Jérusalem tous les jours de ta vie» (Ps. 128:5), font la joie d’une personne qui a saisi la pensée de Dieu, en qui la foi agit et dont le coeur bat, pour ainsi dire, avec le Sien.

Mais quand l’affliction pèse sur ce peuple, et qu’il ne jouit plus de tous les privilèges que la foi reconnaît lui appartenir, alors cette même foi dit : «Jusques à quand, Seigneur ?» D’un côté, elle ne peut être contente du malheur dans lequel le peuple se trouve, et, de l’autre, elle sait très bien qu’il est impossible que Dieu l’abandonne. Elle dit : «Cet état de malheur doit cesser». Les méchants, il est vrai, ne sont pas relevés quand ils tombent, mais, quant au peuple de Dieu, il faut absolument qu’il soit relevé. De là, dans les Psaumes et les Prophètes, cette expression : Jusques à quand ? Il n’y a personne avec nous qui sache Jusques à quand ? (Psaume 74:9), c’est-à-dire, il n’est personne qui sache assez compter sur la fidélité de Dieu à ses promesses. Quand cela arrive, quand il n’y a pas la foi qui dit : Jusques à quand ? lorsque le malheur et le châtiment pèsent sur le peuple, alors on s’abandonne au mal, ou bien l’on dit : «C’est en vain ; ... car j’aime les étrangers, et j’irai après eux» (Jérémie 2:25).

Or c’est ce besoin de la foi qui agit ici en Daniel. Il avait cette consolation que, lorsque Dieu avait prononcé le jugement de la captivité de Babylone sur son peuple, il avait aussi déclaré quel serait le terme de ses souffrances. Jérémie avait prédit que la captivité durerait soixante-dix ans, et qu’au bout de ces années Dieu jugerait Babylone par Cyrus. À la fin de cette période, Daniel, s’intéressant au peuple de Dieu, s’occupe de la délivrance de Jérusalem, des promesses qui lui sont faites, ainsi qu’à la nation, de sa délivrance à la fin des soixante-dix années.

Mais alors, ce qui accompagne toujours la foi, c’est que, si elle compte sur la bonté de Dieu, si elle comprend les privilèges de son peuple et soupire après le moment où il jouira de tous ces privilèges, elle reconnaît aussi le péché qui a forcé Dieu de les en priver pour un temps. La foi ne peut se décourager comme si Dieu était infidèle, mais elle reconnaît que la faute est du côté du peuple, et que Dieu est fidèle dans ce qu’il a fait. C’est de cette manière que ce chapitre commence. L’intérêt que Daniel avait mis à la bénédiction d’Israël l’a poussé à considérer la prophétie de Jérémie, et alors il tourne sa face vers le Seigneur, pour lui demander de confirmer la bénédiction dont il avait parlé par Jérémie, c’est-à-dire, d’accomplir la délivrance du peuple de la captivité.

Une autre chose que nous voyons ici au sujet de la foi, et qui, du reste, a été parfaitement manifestée en Jésus, c’est que la foi s’identifie complètement avec l’affliction du peuple de Dieu, et de plus avec tous les péchés de ce peuple. C’est ce qui distingue l’esprit de Christ. Lui est allé plus loin, parce qu’il a pu faire l’expiation de ces péchés : mais le privilège de tous les saints est de s’identifier, dans la mesure de leur foi, avec tous les péchés du peuple de Dieu, avec tout ce qui a été l’occasion du châtiment qui pèse sur lui. La foi peut être faible, mais il est impossible qu’avec le sentiment de la bénédiction qui appartient au peuple de Dieu et de la gloire de Dieu dans son peuple, elle ne tienne pas compte de cet état. Mais si elle tient compte de toutes ces choses, elle reconnaît aussi tous les péchés qui ont été l’occasion du jugement par lequel le peuple est privé des bénédictions. La foi s’identifie avec cet état, et, en portant les conséquences, elle en réalise la cause. Car la foi identifie la gloire de Dieu avec son peuple, et s’identifie elle-même avec les deux. L’état de ce peuple vis-à-vis de Dieu devient le principe qui anime le coeur. Plus il y a de foi, plus cette foi, selon la mesure de son intelligence, tiendra compte de tout ce que le peuple de Dieu a fait contre Lui, repassera tous ses péchés, les reconnaîtra, s’identifiera avec eux. Si la foi ne faisait pas cela, elle ne pourrait pas présenter ces péchés dans la confession pour qu’ils fussent pardonnés. L’Esprit qui est en nous, l’esprit de prophétie, prend nécessairement connaissance, au point de vue moral, de toute l’affaire. Or, ou je ne m’inquiéterai pas de l’état du peuple, ou bien, si je m’en inquiète, je devrai prendre connaissance de tout ce qui a causé cet état devant Dieu, sans quoi tout resterait imparfait. Il en était ainsi du souverain Sacrificateur, quand il confessait tous les péchés du peuple sur le bouc Azazel.

J’admets pleinement qu’il peut y avoir de l’imperfection dans l’acte de la confession, mais selon les principes de la foi, il doit y avoir identification, une confession plénière devant Dieu. Si je pensais avoir la rémission (nous parlons dans le sens d’ôter le châtiment gouvernemental de Dieu dans le temps actuel) ; si je pensais que le châtiment fût ôté, en confessant une partie des péchés (je puis les ignorer), ou sans sentir leur gravité, il est très évident que ce serait se moquer de Dieu dans son gouvernement ; en sorte qu’il est absolument nécessaire, si, par exemple, je veux souffrir avec Christ, pour son Église, et si je suis conduit par son Esprit dans l’amour des siens, que je m’humilie et que je confesse tous ses péchés. Or, c’est précisément ce que Daniel fait ici.

«La première année de Darius, fils d’Assuérus, de la semence des Mèdes, qui fut fait roi sur le royaume des Chaldéens, la première année de son règne, moi, Daniel, je compris par les livres que le nombre des années touchant lequel la parole de l’Éternel vint à Jérémie le prophète, pour l’accomplissement des désolations de Jérusalem, était de soixante-dix années. Et je tournai ma face vers le Seigneur Dieu, pour le rechercher par la prière et la supplication, dans le jeûne, et le sac et la cendre. Et je priai l’Éternel, mon Dieu, et je fis ma confession, et je dis : Je le supplie, Seigneur, le Dieu grand et terrible, qui gardes l’alliance et la bonté envers ceux qui t’aiment et qui gardent tes commandements...» (v. 1-4). Daniel a présente à l’esprit la prophétie de Jérémie. Quand j’ai parlé, plus haut, de l’esprit de prophétie, je n’ai pas parlé d’une révélation faite au prophète, il ne s’agit pas de la réponse que Dieu fait à un prophète quand il présente les besoins de son peuple. Daniel ici était prophète, mais, dans sa confession, il ne s’agit pas du tout d’une révélation spéciale faite à lui ; c’est pourquoi l’Esprit de Dieu fait comprendre ici qu’il avait entendu par les livres. C’était un fidèle qui étudiait la prophétie. Dieu lui répond après par une révélation précise. La foi agissait chez lui, cette foi toute simple qui s’identifie avec les intérêts du peuple de Dieu. C’est aussi ce que nous pouvons faire tout comme Daniel, savoir, comprendre ce que Dieu a déjà dit à l’égard de son peuple.

Tout est révélé dans la Bible. Il y a des questions que nous ne savons résoudre, parce que nous ne sommes pas assez spirituels, mais nous nous attendons à l’enseignement de Dieu qui est aussi nécessaire pour l’intelligence que pour la révélation des pensées de Dieu. Il est intéressant de faire cette remarque. Daniel avait entendu par les livres que la captivité devait durer soixante-dix années. C’est un fidèle, c’est l’esprit d’un prophète qui s’intéresse au peuple de Dieu, et qui cherche par l’intelligence spirituelle qui est donnée à ceux qui marchent avec Dieu, quelles sont les pensées et les voies de Dieu, et quel est le nombre des années desquelles Il avait parlé.

Je ne dis pas que nous ayons la même foi, la même intelligence, mais nous sommes sur le même terrain. Daniel représente ici ce résidu fidèle ayant le coeur rempli du désir que la grâce de Dieu soit sur son peuple, et qui étudie la parole de Dieu dans ce but. La conséquence en est que l’Esprit le pousse à tourner sa face vers le Seigneur, parce que, quelles que soient les intentions de Dieu, il y a toujours dans les actes de son gouvernement ce qui appuie le chemin moral que Dieu a tracé à son peuple, ou les principes moraux que Dieu lui a donnés. C’est pourquoi là où cet esprit de foi agit, ce ne sont pas certaines connaissances seulement qui sont acquises. On peut avoir la tête remplie de connaissances, de dates, ce qui est sans doute quelquefois précieux, mais lorsque l’Esprit de Dieu agit, on tourne sa face vers le Seigneur, on fait requête et supplication, c’est-à-dire, on a l’âme tout humiliée devant Dieu parce qu’elle dit : «Voilà où nous en sommes». C’est ce qui est arrivé à Daniel : «Je tournai ma face vers le Seigneur Dieu».

Daniel avait été emmené captif étant encore enfant, et il n’avait pris aucune part quelconque à l’iniquité d’Israël ; ce n’était donc pas lui qui pouvait s’en accuser, mais cela ne changeait rien à ses sentiments. Pourrions-nous supposer un Christ séparé de son peuple quant à ses intérêts ? Cela ne se peut pas. L’Esprit de Christ qui est moralement d’une manière plus puissante en nous que dans les fidèles du temps de Daniel, n’est pas autre chose que l’Esprit de Christ en Christ ; c’est-à-dire, le principe sur lequel il agit est le même. Christ a fait, lui seul, ce que nul autre n’a pu faire, nous le savons bien. Mais la tendance, les sentiments, les affections de l’Esprit de Christ en nous, ne peuvent pas être autre chose que l’Esprit de Christ en Christ. Eh bien ! si Christ s’identifie avec tout ce que le peuple a fait depuis le commencement, Daniel aussi peut dire : «Nous avons péché, etc.» (v. 5-7).

Cela ne regarde pas Daniel ; aucun prophète ne lui avait parlé ; il avait été à Babylone toute sa vie, et les prophètes ne prophétisaient pas à Babylone, mais lui, il y prophétisait, et de plus, ces mêmes péchés dont il parle dans sa requête, avaient été commis avant la captivité et étaient la cause de l’état où Daniel se trouvait, subissant les conséquences des péchés d’autrui, quoiqu’il n’eût pas du tout participé à ces péchés. Néanmoins il se trouvait sous les jugements de Dieu : et nous le voyons tenir ce langage dans les versets 6 et 7. «Et nous n’avons pas écouté tes serviteurs les prophètes, etc.

Il y avait solidarité complète entre tous, hommes de Juda, habitants de Jérusalem et tout Israël «dans tous les pays où tu les as chassés, à cause de leurs infidélités par lesquelles ils ont été infidèles envers toi» (v. 7). «Seigneur, à nous la confusion de face.» Nous voyons encore ici la même chose. Ces rois n’existaient plus, à moins que Jehoïakim ne fût peut-être encore à Babylone. Mais Daniel voyait l’ensemble de leur état. Toute la masse d’Israël était dans cette confusion de face ; c’est la justice qui appartient à Dieu.

Mais il y a une autre chose que l’Esprit de Christ reconnaît : «Au Seigneur notre Dieu sont les compassions et les pardons, car nous nous sommes rebellés contre lui» (v. 9). C’est une singulière raison ; mais Daniel avait une telle conviction de la bonté de Dieu qu’il dit : Ce n’est pas seulement la justice qui punit, qui se trouve en Dieu, mais nous avons péché, il y a une miséricorde, comme disait David «Ô Éternel ! tu me pardonneras mon iniquité ; car elle est grande» (Ps. 25:11). C’est-à-dire, qu’il n’y a rien que les miséricordes qui puissent me convenir ; je n’ai pas de justice, je ne puis offrir des sacrifices comme les Juifs, il faut que j’aie recours à toi, il me faut la miséricorde et le pardon. C’est comme une conséquence que le prophète tire : Il y a du péché ; eh bien ! il faut qu’il y ait miséricorde.

Tous ont transgressé la loi ; il ne s’agit pas de dire : Shadrac, Méshac et Abed-Négo ne l’ont pas fait. Josias a fait quelque chose de bon, David était selon le coeur de Dieu. Tout cela est confondu dans cette idée : si le peuple de Dieu ne jouit pas de ses privilèges, c’est parce qu’il a péché, et que le péché est puni. Il peut y avoir des choses qui ont retardé le jugement, mais une fois que le jugement a lieu, l’Esprit dit : tous ont transgressé.

Il y a un gouvernement de détail, comme nous voyons en Ézéchias où le châtiment a été annoncé, puis renvoyé. Vous irez à Babylone, mais ce mal n’arrivera pas en tes jours. Quant à ces détails de gouvernement, voyez aussi le cas de Josias ; il est tombé par la main de Pharaon-Néco, quoiqu’il eût été dit (2 Rois 22:20) : «Tu seras recueilli en paix dans tes sépulcres», mais il a été ôté de devant le mal. Les circonstances étaient affligeantes, car il paraît qu’il aurait dû écouter le Pharaon, mais quant au gouvernement de Dieu, la paix de celui qui a l’Esprit de Christ, c’est de ne pas voir le mal qui tombe sur son peuple quand sa colère s’embrase contre lui. Josias a été châtié individuellement, mais il n’a pas vu comme Daniel tout ce qui est arrivé à Jérusalem (2 Chron. 34:28). «Le juste périt, et personne ne le prend à coeur ; et les hommes de bonté sont recueillis sans que personne comprenne que le juste est recueilli de devant le mal» (És. 57:1).

«Et tout Israël a transgressé ta loi.» «Et nous n’avons pas imploré l’Éternel, notre Dieu, afin de revenir de nos iniquités et de comprendre ta vérité» c’est-à-dire : non seulement nous avons transgressé, mais quand le châtiment est arrivé, tout ce mal est venu, et nous n’avons point supplié l’Éternel de nous détourner de nos iniquités. Voilà le comble du péché : l’insensibilité lorsque les conséquences sont là. «Et l’Éternel a veillé sur le mal, et l’a fait venir sur nous» (v. 14), comme il avait veillé sur le bien pour nous bénir. C’est une chose terrible quand le gouvernement de Dieu veille sur le mal pour le faire venir sur son peuple ! «Car le jugement de Dieu commence par Sa maison.»

«Et maintenant, Seigneur, notre Dieu, toi qui as fait sortir ton peuple du pays d’Égypte à main forte, et qui t’es fait un nom, comme il parait aujourd’hui: nous avons péché, nous avons agi méchamment» (v. 15), exactement ce que Moïse a dit. Daniel ajoute : «Seigneur, selon toutes tes justices, que ta colère et ta fureur se détournent... de ta ville de Jérusalem, ta sainte montagne» (v. 16).

Il est touchant d’examiner les paroles de Daniel. Il sentait profondément que c’était le péché du peuple qui avait fait venir tout ce mal. Toutefois il dit : Il s’agit de ton nom. Il ne dit pas du nom du peuple. Il avait bien senti la misère et le péché du peuple, il s’en était humilié, mais il s’appuie sur ce point que c’est la ville de Dieu, et il dit : «Que ta colère et ta fureur se détournent... de ta ville de Jérusalem (cette ville choisie de Dieu), ta sainte montagne. Car à cause de nos péchés, et à cause des iniquités de nos pères, Jérusalem et ton peuple sont en opprobre à tous ceux qui nous entourent» (v. 16). En les confessant, il ne peut pas supporter la pensée que la ville de Dieu soit désolée, mais, ces péchés en étant la cause, il faut que Dieu pardonne les péchés pour qu’il puisse porter remède à la désolation de la ville. Elle porte le nom de Dieu et, aux yeux de Daniel, son peuple était, pour ainsi dire, le nom de Dieu sur la terre ; comme il est dit au Psaume 24:6. «Ceux qui recherchent ta face, ô Jacob».

Voilà donc le plaidoyer de Daniel ; il confesse tous les péchés de tout Israël ; et alors : c’est à cause de nos péchés que ta sainte ville Jérusalem et ton peuple sont en opprobre à tous ceux qui nous entourent (v. 16) ; il faut donc que tu te réveilles, que tu te manifestes. «Car ce n’est pas à cause de nos justices que nous présentons devant toi nos supplications, mais à cause de tes grandes compassions» (v. 18). «Seigneur, écoute ; Seigneur, pardonne ; Seigneur, sois attentif et agis ; ne tarde pas, à cause de toi-même, mon Dieu ; car ta ville et ton peuple sont appelés de ton nom» (v. 19). C’est toi-même qui es le motif. La foi qui a senti les péchés du peuple à cause de la gloire de Dieu qui s’identifiait avec ce peuple, peut réclamer la délivrance des résultats de ces péchés, parce que cette gloire la nécessite, Dieu s’étant identifié en bonté avec eux. Et la foi peut réclamer cette délivrance, parce que c’est cette gloire qui alimente et préoccupe la foi, et qui même a fait sentir les péchés. Mais si Dieu veut agir pour son nom, il faut qu’il délivre Jérusalem. Car il n’y avait dans le monde entier que Jérusalem qui portât le nom de Dieu.

Si le même Esprit nous anime, nous devons dire : C’est pour les péchés de l’Église que nous sommes affligés et que nous sommes en opprobre à tout le monde. Aussi pouvons-nous compter sur la bonté de Dieu.

Maintenant, j’ai quelque chose à ajouter quant à la position que Daniel prend prophétiquement ; ce qui m’a frappé en lisant ce chapitre, c’est qu’il ne prend pas du tout la position où l’auraient mis les promesses faites à Abraham. La pleine bénédiction des Juifs sera basée sur une autre vérité que celle qu’il rappelle ici.

Les bénédictions des Juifs, telles qu’elles leur sont assurées pour l’avenir, sont basées sur les promesses faites à Abraham, à Isaac et à Jacob, sans condition. Il ne s’agit pas ici de ces promesses. Israël n’a jamais possédé le pays sous la loi, à proprement parler ; le pays a été donné selon les promesses faites en faveur du peuple à Moïse, lors de la médiation de ce dernier à Sinaî. Le pays n’a jamais été possédé sur le principe de l’obéissance à la loi, parce que, immédiatement après qu’elle fut donnée, les Israélites sacrifièrent au veau d’or. Il n’a pas été possédé non plus selon les promesses faites à Abraham sans condition, parce que le peuple s’est placé sous la condition de l’obéissance pour en jouir d’après l’alliance de Sinaï. De plus, il n’a jamais joui du pays en qualité de peuple du Messie. Pour jouir du pays selon les promesses, il faut qu’Israël en jouisse selon la nouvelle alliance. Or jusqu’à présent, ni le Messie ni la nouvelle alliance n’ont introduit les Juifs dans ce pays.

La nouvelle alliance n’est pas encore établie avec ce peuple-là. Les promesses ne peuvent pas avoir été accomplies, parce que Christ est la vraie semence d’Abraham. Les Juifs ont été rejetés, et l’accomplissement n’a pas eu lieu. Ce sont deux grands éléments des bénédictions d’Israël : le Messie et la nouvelle alliance. Israël n’a joui de l’effet de la promesse ni d’après l’un ni d’après l’autre.

Le fait est, qu’après l’idolâtrie du veau d’or, Dieu a placé son peuple d’Israël (voyez Exode 32 à 34) sous un gouvernement fondé moitié sur la loi, moitié sur la grâce ; c’est-à-dire que, quand Moïse est monté sur la montagne de Sinaï, Dieu a révélé son nom, comme le Dieu miséricordieux et faisant grâce, lent à la colère et grand en bonté et en vérité : voilà la grâce ; mais en même temps il a donné la loi des dix commandements à Moïse pour le peuple, en sorte qu’il les a placés sous la condition de l’obéissance. Voilà sur quel pied Israël s’est trouvé depuis que Moïse monta pour la seconde fois sur la montagne, où il passa quarante jours. Quoiqu’il eût confessé les péchés d’Israël, et, par son intercession, obtenu le pardon du peuple par la grâce, cependant Dieu replace ce dernier sous l’obéissance de la Loi.

Dans tout cela il n’était pas question de Jérusalem, mais seulement des grands principes, des bases des relations de Dieu avec son peuple. Plus tard (Lévit. 26), nous trouvons les menaces faites au peuple sur les conséquences de leur conduite. C’est un long chapitre, où il promet les bénédictions en cas d’obéissance, où il leur dit même : Je mettrai mon tabernacle au milieu de vous, et leur promet toute bénédiction terrestre (v. 1-13). «Mais si vous ne m’écoutez pas...» alors il les menace de ses jugements réitérés, et enfin de les chasser de leur pays (v. 14-39). Et c’est précisément ce qui leur est arrivé par la captivité de Babylone (comp. 2 Chron. 36:21 avec Lévit. 26 :34), «quand la terre a joui de ses sabbats» pendant le temps de la désolation de Jérusalem.

Tous les sept ans il y avait une année sabbatique, mais le peuple n’avait pas assez de foi en Dieu pour l’observer, et la conséquence de ce qu’il n’a pas reconnu Dieu en observant l’année sabbatique, est que Dieu a dit (Lév. 26:34, 35) : «Alors le pays… jouira de ses sabbats». «Il se reposera, parce qu’il ne s’était pas reposé dans vos sabbats pendant que vous y habitiez.» C’est ce qui est arrivé par le moyen de la captivité. Ensuite la promesse leur est faite, que s’ils confessent leur iniquité, Dieu se souviendra d’eux et les ramènera.

Le même principe est présenté en Deutéronome 28:29. On y trouve les bénédictions, les malédictions, et ensuite (chap. 30) les promesses, c’est-à-dire la grâce pour ceux qui se repentent dans le pays où ils ont été emmenés captifs.

Il y avait donc quelque chose de spécial dans le cas de Daniel. C’était le cas prévu dans ces menaces. J’attirerai encore votre attention sur 1 Rois 9, parce que c’est alors que Dieu fait voir, spécialement en réponse à Salomon, ce qu’il fera dans le cas de l’infidélité de sa famille, et il identifie son nom avec la ville de Jérusalem et spécialement avec le temple (1 Rois 8:29). Dans sa prière Salomon ne demande pas l’accomplissement des promesses faites à Abraham, mais seulement de celles qui ont été faites à Moïse, lesquelles placent le peuple sous la condition d’obéissance dans son pays (1 Rois 8:53). Eh bien ! c’est cette prière que Dieu exauce au chapitre 9 de Daniel.

Nous avons vu ce que Moïse a dit. Salomon qui consacre cette maison à Dieu, demande que Dieu le reconnaisse toujours, selon les principes de son gouvernement révélé à Moïse. Maintenant Jérémie nous a fait voir que, pendant soixante-dix ans, ce châtiment spécial pèserait sur eux, et Daniel reprend tout cela ; il ne remonte pas aux promesses faites à Abraham, mais aux paroles de Salomon et de Moïse, et pas plus haut que cela (Dan. 9:11). «Alors ont été versés sur nous l’exécration et le serment qui sont écrits dans la loi de Moïse, serviteur de Dieu, parce que nous avons péché contre lui.»

Verset 16. «Que ta colère et ta fureur se détournent, je te prie, de ta ville de Jérusalem, ta sainte montagne.» Car en effet Dieu avait choisi Jérusalem. Je n’entrerai pas pour le moment dans la réponse de Dieu. Je dirai cependant qu’elle explique tout ce qui doit arriver à Jérusalem ; mais, en prenant l’occasion présentée par le retour de la captivité de Babylone, Dieu va beaucoup plus loin et annonce ce qui arrivera jusqu’à la fin au sujet des désolations de Jérusalem. Il le fait, pour ainsi dire, sous un point de vue mosaïque, non pas en révélant l’état et les bénédictions finales de Jérusalem, mais en donnant sa réponse au sujet des jugements qui avaient fondu sur la Sainte Cité, parce qu’elle avait violé la loi de Moïse, et qu’elle avait été placée sous le jugement dont Moïse l’avait menacée.

Au sujet de ce choix de Jérusalem, je vous indiquerai seulement deux ou trois passages : Psaumes 78:68 ; 87 et 132. Ce dernier nous montre qu’il fallait d’abord trouver l’arche dans le champ, la ramener et lui donner un lieu de repos. C’était déjà la grâce agissant par la royauté, figure d’une meilleure délivrance, mais historiquement parlant la famille de David est placée aussi sous des conditions. «Si tes enfants gardent mon alliance et mes témoignages, etc.» En même temps, quant à Jérusalem, le principe immuable de l’élection est annoncé. «Car l’Éternel a choisi Sion ; il l’a désirée pour être son habitation : C’est ici mon repos à perpétuité ; ici j’habiterai, car je l’ai désirée.»

Puisque nous en sommes à ce Psaume, je vous ferai remarquer en passant quelque chose de très frappant sur la bonté de Dieu. Si vous comparez les versets qui s’y trouvent, vous verrez de quelle manière Dieu dépasse tout ce qui y est demandé. David s’intéresse à la gloire de Dieu. Il dit (v. 9) : «Que tes sacrificateurs soient revêtus de justice, et que tes saints chantent de joie». Dans la réponse (v. 16) il est dit : «Je revêtirai de salut ses sacrificateurs, et ses saints exulteront en chantant de joie». Il avait dit (v. 8) : «Lève-toi, Éternel ! pour entrer dans ton repos, toi et l’arche de ta force»; et la réponse est : «L’Éternel a choisi Sion ; il l’a désirée pour être son habitation : C’est ici mon repos à perpétuité ; ici j’habiterai, car je l’ai désirée. Je bénirai abondamment ses vivres, je rassasierai de pain ses pauvres» (v. 13-15). Il avait demandé : «À cause de David, ton serviteur, ne repousse pas la face de ton oint». Dieu répond : «Sur lui fleurira sa couronne». C’est-à-dire qu’à chacune de ses demandes, la réponse dépasse largement en bénédictions ce que le coeur du fidèle trouvait à demander.

Il y a encore un passage en Zacharie, quant à la joie spéciale que Christ ressent sur Jérusalem, aux derniers jours. Zach. 2:11, 12. «Beaucoup de nations se joindront à l’Éternel en ce jour-là, et elles me seront pour peuple, et je demeurerai au milieu de toi ; et tu sauras que l’Éternel des armées m’a envoyé à toi. Et l’Éternel possédera Juda comme sa part sur la terre sainte, et il choisira encore Jérusalem.»

Vous trouvez, au verset 12, ce qui distingue les bénédictions qui font suite à toutes les choses pénibles et humiliantes que nous examinons en Daniel. Seulement ce dont il s’agit ici en Zacharie est après la gloire (v. 8) ; c’est-à-dire au-delà de la période comprise dans la prophétie de Daniel. On trouve la même chose au chapitre 12:2. «Je ferai de Jérusalem une coupe d’étourdissement pour tous les peuples d’alentour.» Elle est une ville élue, comme Israël est un peuple élu, et comme l’Église est une épouse élue.

Daniel nous présente ici spécialement les circonstances qui se réaliseront en Israël, eu égard aux promesses faites par Moïse, qu’ils seraient ramenés de la captivité de Babylone. Le Saint Esprit saisit cette pensée pour conduire l’histoire du peuple ou plutôt de Jérusalem (en introduisant les circonstances capitales de la première venue de Jésus), seulement jusqu’au point où la bénédiction commence, et non pas pour révéler toutes les bénédictions que je vous ai indiquées. Mais le point essentiel, c’est l’esprit dans lequel Daniel s’identifie avec le peuple de Dieu, confessant tout leur péché, comme le sien propre devant Dieu.

9                    CHAPITRE 9:20-27

Voici maintenant la réponse à la confession et à la prière de Daniel. La fidélité de Dieu est en pleine activité, comme il l’avait dit aux enfants d’Israël dans le Lévitique, dans le Deutéronome, et dans la prière de Salomon. Il leur avait promis que, quand ils seraient menés en captivité au milieu de leurs ennemis, s’ils se tournaient vers Dieu (non pas, s’ils observaient la loi à la lettre, ils ne le pouvaient pas), mais s’ils tournaient leur coeur vers Dieu, l’Éternel les ramènerait. Ici nous voyons la même fidélité de Dieu que précédemment. «Je parlais encore en priant, et l’homme Gabriel que j’avais vu dans la vision au commencement, volant avec rapidité, me toucha vers le temps de l’offrande de gâteau du soir» (v. 21).

Il dit deux fois : «Je parlais encore en priant». Il n’avait pas achevé que Gabriel vient mettre fin à sa prière par la prophétie que Dieu lui accorde.

Il n’en est pas toujours ainsi, pour le dire en passant ; Daniel dut jeûner et prier pendant trois semaines, dans une autre occasion où Dieu mit sa foi à l’épreuve. L’ange dut aller accomplir le dessein de Dieu avant de le communiquer ; le Seigneur permit que le chef de la Perse empêchât l’accomplissement de ce dessein pendant trois semaines. Il s’agissait d’une résolution à prendre dans la cour de Perse, et ceux qui s’opposaient à l’intention de favoriser les Juifs pouvaient résister dans les conseils du gouvernement. Quand l’ange de Dieu eut eu le dessus dans ces conseils il vint le dire. Cela est très instructif, parce que Dieu gouverne toujours le monde. Pendant que le trône de Dieu était à Jérusalem, il gouvernait le monde immédiatement (non seulement Israël mais le monde, selon la bonne et la mauvaise conduite d’Israël), tandis qu’après cela (même dans ce livre où Israël était chassé de sa terre), quoiqu’Il ne cessât de tout gouverner, Dieu agissait par les ressorts secrets de sa providence et non pas par l’action immédiate du droit positif de sa loi au milieu de son peuple (*).

(*) Le livre d’Esther est un exemple remarquable du gouvernement secret de Dieu, lorsqu’il ne pouvait pas reconnaître publiquement son peuple ; et c’est pourquoi Dieu ne permet pas qu’il soit fait mention de Son nom dans ce livre ; s’il s’était nommé, pour ainsi dire, il n’aurait pas permis à Esther de demeurer femme d’Assuérus.

Quoique l’enfant de Dieu puisse se confier complètement en lui, «tous les cheveux de sa tête étant comptés», il est beau de voir le gouvernement de Dieu se manifester ouvertement sur la terre. C’est ce qui arrivera pendant le Millénium, où le gouvernement sera immédiat et direct, en sorte que la justice de Dieu se manifestera aux yeux des hommes, tandis que maintenant ce gouvernement a lieu secrètement. C’est un labyrinthe pour nous bien souvent. Notre position est différente : Dieu nous perfectionne pour le ciel, et ne manifeste pas en nous sa justice sur la terre. C’est une chose même beaucoup plus précieuse d’être perfectionné pour le ciel. Dieu nous fait passer par toutes sortes d’épreuves, parce que ce qu’il veut de nous, c’est que nous soyons préparés pour ce domaine. Un chrétien peut s’étonner quelquefois de devoir toujours souffrir pour la justice individuellement, c’est du reste toujours le cas des saints. Mais ici, c’est-à-dire dans le cas des Juifs, il répond immédiatement selon sa promesse, du moment même que les saints retournent à lui. Il a promis de répondre à l’humiliation du fidèle, et il répond à Daniel.

Je crois avoir déjà remarqué que la foi ne perd jamais de vue que Jérusalem est la ville de la sainteté de Dieu, et que ses yeux sont là continuellement ; quand même les Israélites ont été méchants, et que Dieu a été forcé des les abandonner un moment, elle ne cesse pas d’être la cité sainte de Dieu pour la foi. Elle cesse d’être le siège de son trône ici-bas, mais non pas la cité de Dieu pour la foi. Nous trouvons cela constamment.

«Gabriel me toucha vers le temps de l’offrande de gâteau du soir» (v. 21). Cette expression fait comprendre l’atmosphère judaïque que nous respirons ici. Il n’y avait point alors d’offrande du soir, tout cela était complètement fini. Les Babyloniens avaient brûlé Jérusalem, il n’en restait plus rien ; mais c’est égal, la foi de Daniel y demeurait. C’était le temps de l’offrande du soir : c’est toujours de scènes judaïques que son esprit est occupé.

«Il me fit comprendre, et me parla, et dit : Daniel, je suis maintenant sorti pour éclairer ton intelligence. Au commencement de tes supplications la parole est sortie, et je suis venu pour te la déclarer, car tu es un bien-aimé. Comprends donc la parole, et sois intelligent dans la vision : Soixante-dix semaines ont été déterminées sur ton peuple et sur ta sainte ville.» (Remarquez que l’ange reconnaît la foi de Daniel quant à Jérusalem, donnant en même temps au prophète la place de représentant du peuple et de la ville. Il l’appelle son peuple et sa ville) «pour clore la transgression, et pour en finir avec les péchés, et pour faire propitiation pour l’iniquité, et pour introduire la justice des siècles, et pour sceller la vision et le prophète, et pour oindre le saint des saints» (v. 24).

Voici d’où découle la difficulté de cette prophétie, difficulté qui existe pour bien des chrétiens. Elle a eu un accomplissement dans tout ce qui était nécessaire pour qu’elle prît son effet, et en même temps elle n’est pas accomplie du tout. Si l’on ne prend pas garde à cela, il est impossible de comprendre les choses qu’elle nous présente. Tout ce qui était nécessaire de la part de Dieu, pour que les choses annoncées dans le verset que nous venons de lire eussent lieu, a été accompli, et même présenté au peuple, mais rien n’a eu lieu quant à l’accomplissement lui-même ; le fil des circonstances a été interrompu, et l’Église (peuple céleste) a été introduite comme une parenthèse dans l’intervalle, jusqu’au moment décrété de Dieu où le fil sera renoué avec le peuple juif, lorsque tout sera mûr pour cela, soit par l’apostasie de la chrétienté, soit par l’état du peuple juif, soit en mal, soit en bien.

Prenons, par exemple, la nouvelle alliance : elle sera établie avec Israël et Juda (Jérémie 31:31-34). La chose n’est pas accomplie ; les Juifs sont dispersés aux quatre vents des cieux. Or il faut qu’une alliance soit établie sur du sang ; eh bien ! le sang de la nouvelle alliance a été répandu, en sorte que tout ce qui était nécessaire pour cette alliance a été accompli du côté de Dieu. Actuellement rien n’est accompli pour les Juifs, qui n’ont reçu le Messie, ni personnellement, ni lors de la prédication des Apôtres. L’homme n’a rien accepté. Et les conseils de Dieu, quant à l’Église, sont venus dans l’intervalle, lesquels n’ont rien de commun avec ce que Dieu faisait pour les Juifs.

Quand on saisit cela, tout devient assez facile ; du moins la difficulté spéciale disparaît complètement, parce qu’on voit que Dieu a tout fait. Il a envoyé le Messie, il le leur a présenté, le sang de l’alliance a été répandu, la propitiation a été faite. Mais s’il s’agit de ces choses comme efficaces en bénédictions, pour les Juifs, comme nation, rien du tout n’est fait ; et c’est de quoi il s’agit ici. Nous n’avons donc pas à considérer la satisfaction offerte, en dehors de son application, mais l’efficace du sang de l’alliance pour la nation juive ; or cela change toute la question parce qu’il faut considérer si la nation se trouve dans les circonstances qui doivent précéder le temps où l’application de ce sang lui sera faite.

«Jésus allait mourir pour la nation ; et non pas seulement pour la nation, mais aussi pour rassembler en un les enfants de Dieu dispersés» (Jean 11:52). Les résultats n’en n’ont pas été accomplis pour la nation. Ici, en Daniel, qu’avons-nous à considérer ? C’est l’application de ce sang à la nation juive, et dans l’explication de toutes les prophéties, il faut tenir compte de cela. Il est clair que la mort du Messie est, dans un certain sens, l’accomplissement de cette prophétie, la propitiation faite pour l’iniquité. Mais est-ce que ce qui en est dit ici est accompli ? Nullement. Je dis ces paroles comme préface, nous allons examiner quel est le résultat de tout cela pour le peuple.

 

«Soixante-dix semaines ont été déterminées sur ton peuple» (v. 24). Il ne s’agit aucunement ici de nous chrétiens, mais du peuple de Daniel et de la ville sainte de Daniel. Les soixante-dix semaines ne s’appliquent qu’à eux. Il peut y avoir dans cette prophétie bien des circonstances qui nous regardent aussi, l’Antichrist par exemple, parce que les uns et les autres, Juifs et Gentils, ont affaire au Méchant et encore plus au retranchement du Messie ; mais le but de cette prophétie c’est «ton peuple et ta sainte ville», c’est-à-dire les Juifs et Jérusalem. Mettez-les de côté comme objets des pensées de Dieu ici-bas, et la prophétie n’a pas d’application, de sorte que nous n’avons nullement affaire ici au christianisme. Et voici pourquoi ; c’est très simple : du moment que je n’ai que le christianisme en vue, il n’y a ni Juifs, ni Gentils, il n’y a rien que des enfants de Dieu, appelés d’une vocation céleste. Genève a autant affaire au christianisme que Jérusalem. Jérusalem n’est pas une ville plus sainte pour un chrétien que toute autre ville quelconque. Il peut y avoir des associations très intéressantes produites par les circonstances, mais elle n’est nullement notre «sainte ville». Il y a donc soixante-dix semaines déterminées sur le peuple de Daniel.

 

Voici maintenant les détails : «Sache, et comprends : Depuis la sortie de la parole pour rétablir et rebâtir Jérusalem, jusqu’au Messie, le prince, il y a sept semaines et soixante-deux semaines». Dans l’espace de sept semaines, Jérusalem sera rétablie et bâtie avec ses rues et ses places, et cela «en des temps de trouble» (v. 25). Voilà qui est déjà accompli ; on en trouve les détails dans Esdras et Néhémie.

«Et après les soixante-deux semaines, le Messie sera retranché et n’aura rien» (v. 26). Cela aussi est arrivé. Le Christ, chef du peuple juif, est bien venu et il a été rejeté. Quant à son héritage, quant à la ville sainte particulièrement, comme Messie, il n’a rien eu. Il a été retranché ; il n’a eu, comme tel, que des crachats au visage, et la mort ; enfin, comme Fils de David, il n’a rien eu absolument. Il est maintenant à la droite de son Père, mais en tant que roi des Juifs, il a été méconnu. Il est entré à Jérusalem en roi, sur une ânesse, et il a été rejeté.

«Et le peuple du prince qui viendra, détruira la ville et le lieu saint» (v. 26). Voici un autre personnage qui n’est pas le Messie, car il est dit qu’il viendra, tandis que le Messie était venu déjà, selon cette prophétie, et avait été retranché ; au reste ce n’est pas le peuple de Christ qui est retranché. Selon ce qui est dit : «C’est le peuple du prince qui viendra, qui détruira la ville et le lieu saint». Nous savons que cela est arrivé, comme Caïphe l’avait dit : «Les Romains viendront, et ôteront et notre lieu et notre nation» (Jean 11:48). Ce n’est pas même le prince en personne qui agit ainsi, comme chef de l’empire romain, de la dernière Bête, mais c’est Jérusalem détruite, le sanctuaire détruit par le peuple dont le chef de l’Empire romain sera la tête. Cela aussi est accompli.

«Et la fin en sera avec débordement ; et jusqu’à la fin il y aura guerre, un décret de désolations. Et il confirmera une alliance avec la multitude pour une semaine» (v. 26, 27). Si l’on disait l’alliance, on pourrait supposer quelque alliance existante, tandis qu’il n’est pas question de cela. Il confirmera une alliance, non seulement avec plusieurs, mais avec les plusieurs, ou la masse.

Comme Christ n’a eu qu’un petit Résidu, et que la masse des Juifs l’a rejeté, le prince qui viendra établira une alliance avec la masse. Il y aura, sans doute, un Résidu qui échappera, mais l’alliance que ce conducteur confirmera sera avec la masse du peuple.

«Pour une semaine.» Voici la dernière semaine qui reste encore, car nous avons déjà vu le Christ retranché après les soixante-neuf semaines. Ensuite nous trouvons le peuple du prince. Ce sont les Romains sous Titus : quoique la Bible ne nomme pas cet empereur, on sait assez que c’est la puissance romaine qui existait dans ce temps-là. Puis nous avons ce prince qui vient et confirme une alliance, pour une semaine, qui est la soixante-dixième ou la dernière.

Il faut cesser de compter depuis que le Messie a été retranché après les soixante-neuf semaines. Après cette période nous avons un temps indéfini, un temps dont Dieu ne tient pas compte. Mais il reste encore à accomplir une soixante-dixième semaine.

«Et au milieu de la semaine il fera cesser le sacrifice et l’offrande» (v. 27). Ici nous retrouvons évidemment les Juifs rétablis avec leurs sacrifices et leurs offrandes. Le «prince qui viendra», établit une alliance avec les Juifs pendant une semaine. À la moitié de la semaine, il change complètement de conduite, il fait cesser toutes les ordonnances des Juifs ; il pense, comme il est dit au chapitre 7:25, à changer les saisons ou les fêtes (jours fériés) et la loi ; elles sont livrées en sa main, puis il efface tout cela. Tels sont les faits (*).

(*) Il n’y a proprement que la seconde moitié de cette semaine dont il soit tenu compte dans le 24° chapitre de Matthieu et le 13° de Marc, parce que la première moitié est un temps de témoignage et appartient au tableau de la période du commencement des douleurs, du témoignage en général et des travaux dont il est question avant le verset 14 de Matthieu 24.

Nous croyants, nous savons que le Seigneur Jésus a fait cesser le sacrifice juif pour ceux d’entre le peuple qui croyaient en Lui, comme aussi il avait dit de Jean-Baptiste à ces mêmes croyants: «Si vous voulez recevoir ce que je vous dis, celui-ci est [pour la foi] Élie qui doit venir» (Matt. 11:14). De la même manière pour la foi, Christ était le Messie, le Fils de l’homme pour ses disciples, envisagés comme croyants juifs. Toutefois il ajoute : Vous n’aurez point achevé de parcourir les villes d’Israël (tout le pays d’Israël) que le Fils de l’homme ne soit venu (*). Mais, quant au peuple juif, l’Esprit met de côté tout ce dont nous, chrétiens, nous jouissons, parce qu’en effet le peuple juif a rejeté Jésus.

(*) Il suppose toujours la continuation de leur témoignage (qui sera arrêté, au moins à Jérusalem, lorsque l’abomination de la désolation sera établie dans le lieu saint), omettant toute la période chrétienne et le témoignage chrétien proprement dit.

Si les interprètes veulent que Jésus lui-même ait travaillé pendant la première moitié de la soixante-dixième semaine, et qu’il en soit tenu compte à ceux qui ont cru en lui, mais que cette première demi-semaine soit perdue pour la nation incrédule, qui recevra l’Antichrist, lequel se présentera de la même manière, je ne m’y oppose pas. Le Seigneur a certainement établi des relations divines avec le petit résidu de ses disciples, soit cent vingt, soit peut-être cinq cents, et la conséquence en est que pour les travaux des disciples, il ne parle pas de la seconde moitié de la dernière semaine. Au commencement de cette seconde moitié leurs travaux sont interrompus. L’autre moitié est perdue dans l’histoire générale de leurs travaux précédents. Pour les Juifs la semaine tout entière est encore à venir, parce qu’ils n’ont reçu aucunement le Christ. Tout ce qui peut être dit à leur égard, c’est que le Messie «a été retranché et n’a rien eu.» Quoi qu’il en soit de la computation de cette première demi-semaine par rapport aux disciples, il est dit ici : «jusqu’au Messie, le prince, il y a sept semaines et soixante-deux semaines... Et après les soixante-deux semaines, le Messie sera retranché». Le Saint Esprit laisse la chose dans l’ombre, parce qu’il compte en rapport avec la nation pour laquelle la dernière semaine est nulle, et c’est le faux conducteur, c’est-à-dire l’Antichrist, qui reprend le fil de la narration, comme si c’était à la fin de la soixante-neuvième semaine. Dès lors, comme nous le savons, le peuple céleste, L’Église, entre en scène et a déjà occupé, en rapport avec la terre, une période de plus de 1800 ans. Ainsi la place est laissée pour la foi, tandis que l’histoire continue à nous faire le récit de l’incrédulité (comparez Ésaïe 61:1-3 ; Luc 4:19). Christ, le prince, n’a jamais encore été prince, toutefois il l’était pour la foi de ses disciples. Une question pour la considération de ceux qui examinent ce détail intéressant de la prophétie, c’est : est-ce que le Seigneur s’est présenté officiellement aux Juifs, comme prince ou roi, avant son entrée à Jérusalem, selon Zacharie 9:9. Là-dessus, nous le savons, il a été retranché.

La soixante-dixième semaine est donc encore à accomplir sous l’Antichrist : d’abord, avec de belles apparences, les Juifs le reconnaissent comme leur chef ; ainsi que Jésus l’avait dit : «Si un autre vient en son propre nom, celui-là vous le recevrez» (Jean 5:43). Ainsi, l’Antichrist se présente lui-même et les Juifs le reçoivent. Pendant la première moitié de la semaine (*) les choses vont assez bien, puis l’Antichrist se fâche contre eux, détruit leur système et s’élève contre Dieu lui-même.

(*) Vous trouverez cette même date (trois ans et demi) répétée plusieurs fois . Ainsi par rapport à l’abomination de la désolation, un temps, des temps et une moitié de temps : Dan. 7:25. Dan. 12:11, ajoute trente jours : Par rapport à la Bête de l’Apocalypse (13:5), quarante-deux mois.

Ce que Jésus a fait de la part de Dieu, l’Antichrist le contrefait selon la parole citée plus haut: «Je suis venu au nom de mon Père, et vous ne me recevez pas ; si un autre vient en son propre nom, celui-là vous le recevrez» (Jean 5:43). Je reconnais donc que, dans un certain sens, pour la foi, cette cessation du sacrifice a eu lieu, parce que le petit Résidu qui entourait le Seigneur reconnaissait que le Christ était là, mais il n’en était pas de même pour la nation ; pour elle, la prophétie n’est nullement accomplie, tout attend encore la venue de l’Antichrist. Ainsi dans l’application de cette prophétie, la semaine entière est encore à venir.

Voici la manière dont les Juifs à Jérusalem sont jugés par rapport à cette alliance avec l’Antichrist. «C’est pourquoi, écoutez la parole de l’Éternel, hommes moqueurs, qui gouvernez ce peuple qui est à Jérusalem.» «Et votre alliance avec la mort sera abolie, et votre pacte avec le shéol ne subsistera pas. Lorsque le fléau qui inonde passera, vous serez foulés par lui» (És. 28:14, 18). Ce sont là les menaces quant à la position morale dans laquelle ils se trouveront en ce jour-là.

Maintenant vous verrez que cette dernière demi-semaine est toujours ce qui occupe la pensée de l’Esprit de Dieu, pour les temps terribles à la fin : par exemple, au sujet du passage que nous avons déjà considéré, où il est parlé de la petite corne, qui est le prince qui viendra, en la main duquel les saisons et la loi seront livrées jusqu’à un temps, et des temps, et une moitié de temps ; c’est la demi-semaine, c’est-à-dire trois ans et demi, ou la seconde moitié de la dernière semaine. C’est pendant ce temps que la puissance est donnée à cette petite corne (7:25). Vous savez que c’est la même chose en Apocalypse 13:5. «Et il lui fut donné une bouche qui proférait de grandes choses et des blasphèmes ; et le pouvoir d’agir quarante-deux mois (1260 jours) lui fut donné.»

J’ai dit que le sacrifice et l’offrande seraient rétablis. Maintenant je vais vous faire voir que cela est reconnu dans la prophétie, quoique ce rétablissement soit complètement repoussé de Dieu. Voici ce qui est dit dans le dernier chapitre d’Ésaïe 66:1. «Ainsi dit l’Éternel : Les cieux sont mon trône, et la terre le marchepied de mes pieds : quelle est la maison que vous me bâtirez, et quel est le lieu de mon repos ? Toutes ces choses, ma main les a faites.»

Voilà donc le temple restauré, mais Dieu ne peut plus le reconnaître. «Mais c’est à celui-ci que je regarderai : à l’affligé, et à celui qui a l’esprit contrit et qui tremble à ma parole» (le Résidu).

Les sacrifices sont offerts, mais ils sont rejetés. Lisez Ésaïe 66:3-6. En Daniel 11:31, on ôtera le sacrifice continuel.

De nouveau Daniel dit au chapitre 12 : «Depuis le temps où le sacrifice continuel sera ôté et où l’abomination qui désole sera placée, il y aura 1290 jours». Ici il y a trente jours de plus. C’est le complément nécessaire pour la purification ; mais jusqu’à la pleine paix, il faudra 45 jours de plus. C’est toujours cette demi-semaine où l’Antichrist sera là, le sacrifice journalier ayant été ôté et l’abomination de la désolation placée dans le lieu saint (comparez 8 :11).

Au chapitre 24 de Matthieu, nous retrouvons cette même circonstance exactement. Le Seigneur, après avoir parlé de guerres, de bruits de guerre, vient à ce qui est plus précis. Il avait parlé jusqu’au verset 14, tout à fait en général. Il avait déjà dit la même chose que Daniel, c’est-à-dire, que la cité et le temple seraient démolis, qu’il n’y resterait pierre sur pierre, et que le peuple serait délaissé. Mais lorsqu’il parle de l’oeuvre de ses disciples, il entre dans l’histoire générale de ce qui arriverait. «Plusieurs seront scandalisés, etc.» Pour ce qui regarde ses disciples comme témoins de la vérité, il leur donne des conseils, et leur dit : Avant que la fin vienne : «cet évangile du royaume sera prêché dans la terre habitée tout entière, en témoignage à toutes les nations».

Voilà ce qui arrivera, non pas à une époque donnée, pendant les soixante-dix semaines, mais en général avant la fin, seulement après le discours et le départ de Jésus. Ensuite il dit: «Quand donc vous verrez l’abomination de la désolation, dont il a été parlé par Daniel le prophète, établie dans le lieu saint (que celui qui lit comprenne...)» (v. 15). Voilà l’abomination placée à Jérusalem ; alors le témoignage sera fini, et vous, les disciples, n’aurez, dit-il, qu’à vous enfuir. Dès lors Jérusalem sera livrée à la tribulation qui l’attend.

Il y a encore une chose assez importante et intéressante, qui se rapporte à cette dernière demi-semaine. Nous la trouvons dans le 12° chapitre de l’Apocalypse. Cette date de l’abomination se rencontre au moment exact où Satan est chassé du ciel.

La femme s’envole dans le désert, où elle est nourrie trois ans et demi (v. 14). C’est à la même époque que Satan avait été chassé du ciel. «Et il y eut un combat dans le ciel : Michel et ses anges combattaient contre le dragon.» Lisez jusqu’au verset 12 : Satan «sachant qu’il a peu de temps», c’est-à-dire le temps de cette demi-semaine, où l’abomination de la désolation est placée dans le lieu saint. Nous verrons cela plus en détail, au chapitre 11.

Il y a encore une chose à remarquer. «Il fera cesser le sacrifice et l’offrande ; et à cause de la protection des abominations il y aura un désolateur, et jusqu’à ce que la consomption et ce qui est décrété soient versés sur la désolée» (Jérusalem). Tel est, je le pense, le vrai sens de ce passage.

Le mot abomination est toujours, dans l’Ancien Testament, tout simplement une idole. Une idole était pour le Juif, comme pour Dieu, une abomination. Par exemple : «l’abomination des Moabites» était l’idole des Moabites. Salomon mit l’abomination des Ammonites sur le mont des Oliviers, c’est-à-dire, l’idole des Ammonites, ses femmes l’ayant entraîné dans ces choses. Le mot aile emporte toujours l’idée de protection : «Sous ses ailes tu auras un refuge» (Ps. 91:4).

«À cause de la protection (aile) des abominations» (9:27) ; c’est-à-dire, il me semble, «à cause de la protection des idoles». Les Juifs se réfugieront dans l’idolâtrie comme protection ; c’est là ce qui met le comble à leur iniquité, et la conséquence, est la désolation qui fond sur la désolée, jusqu’à la fin de ces soixante-dix semaines ; une désolation qui va toujours en augmentant ; car ce n’est pas seulement la destruction de la ville ; l’Antichrist aussi trompe le peuple ; lui, le prince qui vient, fait alliance avec tout le peuple, et le tient dans ses griffes. Dieu est mis complètement de côté, renié ; l’Antichrist se fait Dieu lui-même ; le sanctuaire, s’il n’est détruit, est au moins profané, et dégradé de toute manière. L’abomination est mise dans le lieu saint, et voilà l’idolâtrie introduite. Enfin l’Antichrist s’assied là comme Dieu ; il ne reconnaît absolument rien que lui-même, jusqu’à ce que Dieu ne puisse plus le supporter, non plus que ceux qui se soumettent à lui.

Cela n’est pas dit dans le chapitre que nous méditons, mais cela est dit dans le Nouveau Testament et ailleurs, comme au chapitre 7 de ce prophète. Le Seigneur dit de la génération des Juifs : «Quand l’esprit immonde est sorti d’un homme, il va par des lieux secs, cherchant du repos, et il n’en trouve point. Alors il dit : Je retournerai dans ma maison d’où je suis sorti. Et y étant venu, il la trouve vide, balayée et ornée. Alors il va, et prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui-même ; et étant entrés, ils habitent là ; et la dernière condition de cet homme-là est pire que la première. Ainsi en sera-t-il aussi de cette génération méchante».

C’est l’histoire des Juifs ; je ne dis pas que cela n’arrive pas ailleurs. Quel était cet esprit immonde ? c’était bien l’idolâtrie. Depuis la captivité de Babylone, il n’y eut point d’idolâtrie du tout ; l’esprit impur était sorti, et la maison était vide, quoiqu’il y eût toutes sortes de professions. À la fin l’esprit d’idolâtrie qui ne trouvait point de repos, rentre dans sa maison. C’est ce qui arrivera aux Juifs ; alors il y aura rébellion ouverte contre Dieu ; ils se joindront à l’Antichrist qui fait la guerre à leur Messie. Et ce sera alors à cause de la protection de ces abominations, que la consomption sera versée sur la désolée.

Comparez les chapitres 10, 11, 12 de Daniel. Dans ce dernier chapitre nous avons la pleine délivrance ; et il ajoute trente jours, puis quarante-cinq jours à la demi-semaine. Alors tous seront heureux et bénis. Il y aura un certain temps nécessaire après l’Antichrist pour remettre tout en ordre. Cette prophétie est en rapport avec la fin du chapitre 7 de Daniel et avec les chapitres 13 et 17 de l’Apocalypse. Nous attendrons la lecture du chapitre 11 de Daniel pour en montrer la liaison.

10               CHAPITRES 10 à 11:35

Quelques versets de ce chapitre nous indiqueront la position de Daniel, quand cette communication lui fut adressée, et les circonstances qui en furent l’occasion.

La position de Daniel et l’état de son âme offrent ici, au commencement, quelques traits instructifs. Dieu en prend aussi connaissance, car l’homme vêtu de lin, lui dit : «Ne crains pas, Daniel, car dès le premier jour où tu as appliqué ton coeur à comprendre et à t’humilier devant ton Dieu, tes paroles ont été entendues» (v. 12). Telle est la position de Daniel : Il est affligé en la présence de son Dieu.

La date de la troisième année de Cyrus (lisez v. 1 à 3) est importante ici, parce que les Juifs (ou du moins un Résidu d’entre eux) étaient de retour dans leur pays, dès la première année du règne de ce Prince ; ce n’était donc pas la captivité de Babylone qui préoccupait le coeur de Daniel dans ce moment. Il était resté à Babylone après le départ d’un très grand nombre de Juifs pour le pays de Canaan ; mais le peuple n’était nullement dans l’état que l’esprit prophétique de Daniel aurait approuvé pour l’accomplissement des bénédictions. La conséquence en est que l’esprit prophétique de Christ dans Daniel est toujours préoccupé de l’état de ce peuple, et ne peut nullement s’en contenter, quand même une certaine bénédiction reposait sur lui.

Cyrus avait beaucoup fait, on peut le voir, soit en 2 Chron. 36:22, 23, soit en Esdras 1:1-4. Le décret pour rebâtir le temple était déjà donné par Cyrus, la première année de son règne. Mais l’Esprit de Dieu avait fait penser Daniel à toute la période du temps des Gentils, et il comprenait parfaitement bien (v. 1), malgré une certaine délivrance, malgré quelque peu de relâche par la bonté de Dieu, et quelque rafraîchissement d’en haut, que rien des promesses de Dieu n’était vraiment accompli. Il était impossible que l’Esprit prophétique de Christ, qui était là, dans la personne de Daniel, se tînt tranquille, tout en attendant l’accomplissement des desseins de l’amour de Dieu envers son peuple, en sorte que Daniel continuait, comme si la captivité n’eût pas encore été finie, à affliger son âme devant Dieu.

Il y eut quelque chose, qui se rapportait à cet état d’âme, chez d’autres personnes qui revinrent à Jérusalem, quand la maison de l’Éternel fut rebâtie (Esdras 3). Les anciens du peuple qui avaient vu le premier Temple pleuraient, en même temps que les jeunes qui ne l’avaient pas connu, poussaient des cris de joie. Cette tristesse a souvent lieu en des circonstances semblables chez ceux qui ont saisi la pensée de Dieu, qui ont compris ce qu’Il avait établi au commencement, ou ont l’intelligence de ce qu’il établira plus tard : Ils pleurent au milieu de bénédictions qui remplissent de joie ceux qui ne pensent qu’aux circonstances du moment. C’était bien là le cas de Daniel. Impossible qu’il n’y eût pas de pleurs, malgré un certain rafraîchissement. Pour ceux du dehors les cris de joie prévalaient, car il est dit que le bruit s’entendait au loin (v. 13); mais parmi le peuple on ne pouvait distinguer les cris de joie d’avec les pleurs. Mais, à Jérusalem ainsi qu’à Babylone, celui qui avait un sentiment quelque peu profond sur ce que l’état du peuple de Dieu devait être, ne manquait pas de reconnaître le misérable état de ce peuple, au milieu des cris de joie. «Voici, nous sommes aujourd’hui serviteurs ; et quant au pays que tu donnas à nos pères... il rapporte beaucoup aux rois que tu as établis sur nous à cause de nos péchés» (Néh. 9:36, 37). Quels étaient ces rois auxquels Néhémie fait allusion ? Les rois de Perse, qui étaient tout à fait favorables au peuple juif. Il est vrai que leur domination n’était pas sans angoisses ; un moment, les conseils de Dieu prévalaient, un autre les conseils de Satan, pour empêcher le peuple de rebâtir le temple. Mais en général les rois de Perse étaient favorables aux Juifs. Seulement aussi longtemps que les Gentils étaient les dominateurs du peuple de Dieu, il était impossible que l’Esprit, dans le prophète, pût reconnaître que les pensées de Dieu, à l’égard de son peuple, fussent accomplies. Il pouvait bénir Dieu de tout le bien qui était là, mais lors même que le décret avait été émis, les anciens pleuraient, et, bien plus encore, Néhémie disait : Nous sommes esclaves dans le pays que tu as donné à nos pères, et Daniel, pour sa part, continuait à affliger son âme devant l’Éternel. C’était là que l’Esprit de Dieu se manifestait.

On trouve quelquefois, dans la Parole de Dieu, de très petites choses en apparence, mais qui sont pour nous des indices de la pensée du Saint Esprit. Par exemple ici (v. 1), la date de la troisième année du règne de Cyrus nous montre que la réintégration des Juifs n’empêchait pas la position d’humiliation chez Daniel. Il s’affligeait devant Dieu pendant trois semaines entières pour son peuple. C’était à lui seul par conséquent que Dieu révélait ses conseils, ses intentions pour l’avenir d’Israël. Evidemment Dieu séparait Daniel des choses qui avaient lieu pour le rétablissement momentané de son peuple, afin de porter son coeur en avant, sur ce qui devait arriver à la fin de l’indignation, laquelle n’était nullement épuisée.

Nous trouvons encore dans ce passage une autre instruction que je ne veux pas omettre : elle a trait aux opérations de Dieu par le moyen de ses anges, et au fait qu’il y avait des démons qui cherchaient à empêcher le ministère de la Providence de Dieu à l’égard de son peuple. «Ne crains pas», dit l’ange à Daniel, «car dès le premier jour où tu as appliqué ton coeur à comprendre et à t’humilier devant ton Dieu, tes paroles ont été entendues, et moi, je suis venu à cause de tes paroles».

Toutefois, quoique les paroles de Daniel eussent été exaucées dès le premier jour, la réponse de Dieu par l’ange n’arriva que trois semaines après. Alors cet ange raconta à Daniel comment cela avait eu lieu, et la lutte qu’il avait eu à soutenir à la cour de Perse, en vertu de l’opposition du chef de ce royaume contre les Juifs, et qu’il n’y avait que Micaël, l’un des principaux chefs, qui fût venu pour l’aider. Daniel n’en savait rien : c’est de cette manière que Dieu exerce l’obéissance de ses anges, et met, en même temps, la foi de ses serviteurs à l’épreuve. Daniel, préoccupé de son peuple et de la gloire de Dieu au milieu de son peuple, ne peut se contenter de quoi que ce soit, jusqu’à ce que les promesses de Dieu soient accomplies. C’est pourquoi il s’humilie et s’identifie avec la misère et l’affliction de son peuple, selon l’Esprit de Celui dont il a été dit : Dans toutes leurs détresses, il a été en détresse. Alors Dieu qui a fait la grâce à son serviteur de faire cela, agit en même temps d’en haut pour lui révéler tout son conseil, mettant d’autre part la patience de Daniel à l’épreuve pendant que l’ange lutte à la cour de Perse. Je ne doute pas que cela ne nous arrive aussi, c’est-à-dire que Dieu ne mette notre foi à l’épreuve ; ce n’est pas qu’il ne nous ait entendus et exaucés (il sait très bien d’avance quelle sera la fin), mais il veut voir si la foi va jusqu’au bout de la difficulté, et alors il répond. Cette épreuve de la foi, bien plus précieuse que celle de l’or qui périt est trouvée tourner à louange dans la révélation de Jésus Christ. D’un autre côté nous voyons le service même des anges dans le gouvernement de Dieu et l’épreuve à laquelle ils sont exposés.

«Et je suis venu pour te faire comprendre ce qui arrivera à ton peuple à la fin des jours» (v. 14). Voilà la réponse, mais cette réponse à l’affliction de Daniel n’était pas accomplie pour le moment. Sans doute Daniel jouissait du retour du Résidu de son peuple, mais malgré cela il ne pouvait être satisfait que toutes les promesses ne fussent accomplies. Il y a deux moyens de juger des pensées de Dieu quant à son peuple. Le premier, c’est de considérer l’état dans lequel Dieu l’avait placé au commencement, et comment il l’avait formé, façonné depuis longtemps, comme le dit Ésaïe, chapitre 22. Le second est de considérer en quel état sera le peuple de Dieu à la fin, quand Dieu l’aura rétabli selon ses conseils, c’est-à-dire son état originel ou son état final.

Ainsi, lorsque Daniel prenait connaissance de l’état de son peuple, il pouvait s’y trouver bien des bénédictions passagères de Dieu ; il pouvait aussi y avoir des châtiments, mais les pensées du prophète, de l’homme spirituel, étaient tournées, ou vers ce que Dieu avait fait au commencement, ou vers ce qu’il fera à la fin. On peut dire aussi cela de l’homme. Si je pense à mon état actuel, je puis me souvenir de l’état d’Adam sans péché, ou je puis regarder à l’état de résurrection dans lequel je serai plus tard, et réaliser en esprit l’un ou l’autre : comparer mon état actuel à l’état d’innocence d’Adam, ou à l’état de gloire en Christ.

Eh bien ! il en est de même de l’Église et du peuple juif. Si j’examine la condition du peuple juif, au commencement, ou à la fin, dans la gloire du Messie, l’un et l’autre font sentir l’état d’imperfection où il se trouvait lors de son rétablissement après la captivité de Babylone.

Si je considère l’Église au commencement, je vois l’effet de la puissance de l’Esprit de Dieu. Je puis aussi, en examinant les promesses de Dieu, considérer l’état de l’Église quand elle sera dans la gloire avec Christ, et alors je puis juger de son état actuel.

Daniel a fait ces deux choses. Dans la confession du chapitre 9, il avait considéré beaucoup plus l’état passé du peuple, et ici c’est beaucoup plus l’état à venir, l’état de bénédiction qui doit arriver à la suite de ce qui est dit spécialement au chapitre 12.

L’introduction de Micaël, un des premiers chefs qui tient ferme pour le peuple de Dieu, nous conduit nécessairement aux événements de la fin, selon les conseils dont il assure l’accomplissement. Les circonstances dans lesquelles les Juifs se trouvaient à ce moment-là donnent le fil conducteur jusqu’au temps où tous les conseils de Dieu seront accomplis.

Je passerai rapidement sur la première partie, c’est-à-dire sur la partie historique. Les empires persan et grec forment ici le cadre du récit historique, mais le but de la prophétie, comme vous le voyez au verset 14, c’est ce qui doit arriver au peuple de Daniel à la fin des jours.

Verset 20. Et l’ange dit : «Sais-tu pourquoi je suis venu vers toi ? Et maintenant, je m’en retournerai pour combattre contre le chef de la Perse ; et quand je sortirai, voici, le chef de Javan viendra». Tels sont les deux empires dont il s’agit ici, en rapport avec le peuple de Dieu, savoir la Perse et la Grèce qui était la troisième monarchie.

Ensuite nous avons la première partie de l’histoire de cette monarchie grecque, au commencement du chapitre 11:1-4.

Ces quelques versets donnent le fil de l’histoire. Cette histoire de l’empire grec se rattache à celle de la Perse, qui n’a pas d’autre importance ici. Puis nous voyons la monarchie des Grecs, divisée en quatre parties après son établissement par le premier puissant roi, Alexandre. Nous en avons eu déjà quelques aperçus. Les deux principaux chefs de cet empire, étaient le roi du Nord et le roi du Midi ; ils n’étaient pas les principaux chefs de l’empire, eu égard à leur puissance seulement, mais eu égard au peuple de Dieu, parce que c’était toujours l’un ou l’autre de ces deux pouvoirs qui possédait le pays de Canaan, la Terre Sainte. C’est pourquoi ils sont introduits ici. Ce que nous lisons est l’histoire de la Terre Sainte et du peuple de Dieu, après l’établissement de la monarchie de Javan ou grecque, soit de la troisième monarchie.

Je n’insiste pas sur l’histoire des relations entre le roi du Nord et le roi du Midi. Tout le monde s’accorde à y voir l’histoire des deux familles des Séleucides et des Lagides ou Ptolémées ; et l’histoire est tellement exacte, que plusieurs personnes incrédules prétendent qu’elle a été écrite après les événements.

Au verset 20 nous en venons au dernier de ces rois dont nous avons l’histoire ici. Je ne dis pas que ce qui est dit de ce roi s’accomplisse à la fin, mais, en tout cas, il est le type de ce qui arrivera à la fin. Toutefois mon dessein n’est pas d’entrer dans tous les détails de la partie historique. Il a fait une expédition contre le roi du Midi, puis une seconde (chap. 11:29). Je passe aussi sur les détails de la conduite de ces deux rois. Ce qui suit est plus important : «Au temps déterminé il retournera et viendra dans le midi ; mais il n’en sera pas la dernière fois comme la première ; car les navires de Kittim viendront contre lui ; et il sera découragé, et retournera.»

Voici où la puissance de l’Occident (Kittim) commence à s’introduire dans cette histoire des deux monarchies. Toujours le peuple de Dieu se trouvait là entre la monarchie du Nord et celle du Sud, comme la Terre Sainte était, il y a relativement peu d’années (*), un objet de contestation entre Méhémet-Ali et le Sultan.

(*) écrit en 1850

Mais à la dernière expédition dont il est question ici, les navires de Kittim arrivent sur la scène. Il ne s’agit plus seulement de deux rois orientaux, mais les navires de l’Occident, de l’autre côté de la Méditerranée, que ce soit la Grèce ou l’Italie, interviennent.

Ensuite nous rencontrons ici «ceux qui abandonnent la sainte alliance», c’est-à-dire, d’une part les Juifs reconnus comme objets de l’alliance de Dieu, et ceux qui ont abandonné cette alliance ; d’autre part ceux de l’Occident, du Nord de la Méditerranée qui se mêlent de la querelle. Ces nouveaux éléments changent complètement la scène. Alors, au verset 31, nous avons le dernier de ces rois, c’est-à-dire des rois du Nord, devant nos yeux : «Et des forces se tiendront là de sa part».

Ces mots peuvent être employés en deux sens : Le lieutenant d’un roi, quelqu’un qui prend sa place comme commandant, ou quelqu’un qui lui succède dans la régence. «Des forces se tiendront là... et elles (ces forces) profaneront le sanctuaire de la forteresse, et ôteront le sacrifice continuel, et elles placeront l’abomination qui cause la désolation» (v. 31).

Ce passage, je n’en doute pas, se rapporte aux actes d’Antiochus Épiphane, lors de son retour d’Égypte, quand les navires de Kittim l’ont arrêté dans ses desseins, mais la circonstance est de toute importance, quoique ce ne soit ici qu’un accomplissement partiel qui donne la figure par anticipation de ce qui arrivera à la fin, parce que l’acte même est ce qui nous donne, lorsqu’il sera réellement accompli, la date de la fin de l’indignation.

Le Seigneur Jésus a attiré notre attention en Matthieu 24, d’une manière particulière, sur cette date, mais en faisant allusion au verset 11 du chapitre 12 de cette prophétie, où le calcul qui sert de date au temps de la bénédiction, a ces deux circonstances pour point de départ : «Et depuis le temps où le sacrifice continuel sera ôté et où l’abomination qui désole sera placée, il y aura 1290 jours. Bienheureux celui qui attend et qui parvient à 1335 jours».

Pour en revenir au verset 31, du chapitre 11, quant aux «forces qui se tiendront là», ce fait est arrivé historiquement. Ce sont les généraux d’Antiochus Épiphane qui ont souillé le sanctuaire. Je ne dis point que ce soit là l’accomplissement complet de la profanation du sanctuaire que l’Esprit a en vue. Le Seigneur Jésus nous apprend lui-même que cet accomplissement est encore à venir (Matt. 24:15). Longtemps après le règne de ce roi, c’est-à-dire deux ou trois siècles après Antiochus Épiphane, Jésus est venu au monde, et a parlé lui-même de l’accomplissement de cet événement comme étant encore à venir.

Nous avons encore une autre preuve très évidente de l’époque où ces choses atteindront leur dénouement final. Cette preuve se trouve au commencement du chapitre 12 de notre prophète, au v. 1 : «Ce sera un temps de détresse tel, qu’il n’y en a pas eu depuis qu’il existe une nation jusqu’à ce temps-là». Or c’est précisément ce que le Seigneur Jésus dit de ce qui arrivera à la fin : «Car alors il y aura une grande tribulation, telle qu’il n’y en a point eu depuis le commencement du monde jusqu’à maintenant, et qu’il n’y en aura jamais». Puis le peuple de Dieu sera délivré, ce qui n’était point arrivé au temps de Jésus, et ne l’est pas encore. En somme, un événement analogue à celui que le Seigneur annonce, et dont le chapitre 11 nous parle, est arrivé du temps d’Antiochus, tandis que le chapitre 12 mentionne son accomplissement final. C’est à ce dernier que le Seigneur fait allusion (Matt. 24:15).

Quoique je ne m’arrête pas sur ce point, il est évident qu’il faut mettre de côté ici toute question de ce qui arrivera au milieu des chrétiens ou de la chrétienté, parce que ce que nous lisons est dit tout simplement de ce qui doit arriver au peuple de Daniel. Or nous ne sommes pas le peuple de Daniel, et pour ce qui regarde l’accomplissement final, les derniers jours ne sont pas arrivés pour les Juifs. Ayant parlé des armes, des forces qui viennent de la part du roi du Nord et qui souillent le sanctuaire et ôtent le sacrifice continuel, profanation (*) qui a eu lieu historiquement du temps d’Antiochus Épiphane, mais qui aura un accomplissement bien autrement important aux derniers jours, ce qui donne lieu à mettre le fait en saillie, l’abomination qui cause la désolation, le prophète continue l’histoire en général.

(*) Apollonius était le nom du général envoyé par Antiochus lors de son retour d’Égypte, pour accomplir cette profanation.

«Et, par de douces paroles, il entraînera à l’impiété ceux qui agissent méchamment à l’égard de l’alliance ; mais le peuple qui connaît son Dieu sera fort et agira» (v. 32).

Remarquez maintenant l’état du peuple de Dieu, lorsque ces malheurs arriveront à Jérusalem. La première chose, c’est que le roi du Nord, qui sera dans ce moment-là dans le pays de Canaan, fera pécher par flatteries ceux qui se comporteront méchamment, à l’égard de l’alliance, c’est-à-dire les Juifs qui seront infidèles aux espérances juives elles-mêmes ; il les poussera à l’apostasie (*), car c’est là la force du mot traduit par entraîner à l’impiété : mais le peuple qui connaît son Dieu sera fort et agira. Nous voyons ici les fidèles et les infidèles, et le développement du bien et du mal. Il y a encore une chose à remarquer : «Les sages du peuple enseigneront la multitude» (v. 33). Ce sont les maskilim, des personnes instruites dans les pensées de Dieu, classe tout à fait à part. «Les sages comprendront» comme il est dit en 12:10. Je trouve ici un Résidu des Juifs, non seulement ceux qui, en général, seront épargnés, mais des personnes instruites des pensées de Dieu, ces mêmes sages mentionnés aussi au chap. 12:3. Le même Résidu, spécialement distingué dans les derniers jours, se trouve désigné dans Ésaïe 65 et 66, outre d’autres qui échapperont au jugement qui sera exécuté contre les méchants. Ces personnes instruites d’entre le peuple (v. 33) enseigneront la multitude (**), ou lui donneront instruction.

(*) Ou il les induira à l’apostasie ; à se rendre profanes. Je m’étends sur ces circonstances de l’histoire, bien que je la croie accomplie, parce que je crois que l’Esprit de Dieu les mentionne pour mettre en relief les éléments de l’état des Juifs jusqu’à la fin, malgré l’immense parenthèse que le rejet du Messie a introduite dans leur histoire.

(**) Litt.: les plusieurs, mot qui s’emploie dans ces chapitres spécialement dans le sens de multitude. Voici les passages où cette expression se trouve : chap. 9:27 ; 11:33, 39 et 12:3. Dans les chapitres 11:34, 44 et 12:4, 10, ce n’est pas le cas.

«Et ils tomberont par l’épée et par la flamme, par la captivité et par le pillage, plusieurs jours.» Tel est l’état du peuple (*) : «Et quand ils tomberont, ils seront secourus avec un peu de secours, et plusieurs se joindront à eux par des flatteries. Et d’entre les sages il en tombera (savoir par l’épée) pour les éprouver ainsi, et pour les purifier, et pour les blanchir, jusqu’au temps de la fin ; car ce sera encore pour le temps déterminé» (v. 34, 35). L’épreuve de la foi sera par leur moyen, parce que, comme Juifs fidèles, on aurait pu supposer : «Ceux-là peuvent compter sur le secours de Dieu ; ils en ont encouragé d’autres à se confier en l’Éternel». Néanmoins quelques-uns d’entre eux tomberont ; et alors, si la foi n’est pas ferme, les autres pourront dire : «Où est leur Dieu ?» comme dans les Psaumes 42 et 43, Psaumes qui expriment, dans le langage de l’Esprit de Christ, l’angoisse de ce Résidu auquel les ennemis diront : «Où est ton Dieu ?». Or voici que les intelligents, ceux qui avaient leur confiance en Dieu, tombant comme les autres, les incrédules diront : Dieu n’intervient pas en leur faveur. Ces paroles donc nous présentent l’histoire du peuple depuis le temps d’Antiochus Épiphane jusqu’aux derniers jours. Cette histoire est donnée en termes généraux pour reprendre ensuite le fil des détails, lorsque le roi du Nord sera de nouveau sur la scène, et que les circonstances seront l’accomplissement final de ce dont l’histoire d’Antiochus a présenté un tableau partiel.

(*) À moins qu’on ne veuille l’appliquer aux Maskilim. Mais je ne pense pas que ce soit le sens, à cause du verset 35.

Le peuple est laissé, tout ce temps-là, en général, à passer par ces épreuves, et à subir la conséquence de sa position.

11               CHAPITRE 11:36 - 45

Après cette histoire générale de l’état des Juifs, nous trouvons, au verset 36, un nouvel élément de la plus grande importance. Le roi impie et idolâtre est introduit. Les expressions : plusieurs jours (v. 33), le temps déterminé (v. 35) montrent déjà que l’Esprit va jusqu’à la fin, en supprimant, ainsi que nous l’avons dit, les détails depuis Antiochus jusqu’aux derniers jours. Or ce «temps déterminé» ayant été annoncé, le Saint Esprit désigne immédiatement l’homme qui caractérisera les temps auxquels nous sommes arrivés. «Le roi agira selon son bon plaisir, et s’exaltera, et s’élèvera contre tout dieu» (v. 36). «Et il n’aura point égard au Dieu de ses pères, et il n’aura point égard à l’objet du désir des femmes (c’est-à-dire au Messie qui avait été promis), ni à aucun dieu ; car il s’agrandira au-dessus de tout» (v. 37).

Il ne faut jamais perdre de vue que, quand le prophète considère dans ces chapitres ce que Dieu fait à l’égard de son peuple, soit dans les temps historiques, soit à la fin de l’indignation, il s’occupe des rois du Nord et du Midi, et de la Palestine, qui est entre ces deux, et cela en rapport avec ce qui doit arriver à la fin au sujet de son peuple. Il sera sous le jugement de Dieu dans cette terre qui appartient à Dieu, mais où il y aura un petit Résidu fidèle qui tiendra compte de la sainte alliance, au milieu de beaucoup de monde prêt à apostasier. C’est ce dont l’Esprit de Dieu s’occupe. Ce roi, surnommé le Méchant, introduit entre les rois du Midi et du Nord, habitera la Palestine et se trouvera dans ses terres. Dans le Nouveau Testament il s’agit chez ce Méchant de certaines sources d’iniquité tout autres, l’Esprit de Dieu y est sur le terrain de l’état moral de la chrétienté, où l’apostasie a son point de départ. Là, par conséquent, je trouve le Méchant comme un apostat public : mais on ne saurait douter que ce ne soit la même personne. Ici, c’est un roi qui participe à l’histoire géographique de ces pays d’Orient, et se trouve au milieu du peuple juif.

C’est le roi, parce qu’il occupe aux yeux du prophète la position de roi ; c’est lui qui s’élève et qui prétend être le roi et le pasteur du peuple de Dieu. Ce sera un bien mauvais roi et pasteur, mais il se présentera comme tel, et vous trouvez dans Ésaïe qu’il est nommé ainsi : «Topheth est préparé depuis longtemps : pour le roi aussi il est préparé». C’est l’Antichrist qui devient roi. Peut-être Ésaïe 57:9, qui parle de l’état des Juifs et présente les accusations de Dieu contre eux, s’applique-t-il à ce roi qui à la fin est l’Antichrist, dont nous avons l’histoire ici.

Je n’ai plus qu’une remarque à faire pour aider à lier avec le reste du chapitre cette parenthèse remarquable du roi introduite ici, parce que ce dernier se trouve dans les pays du roi du Nord et du roi du Midi, c’est-à-dire que, depuis le verset 21 jusqu’à la fin du v. 33, la prophétie parle toujours du même personnage. Depuis le verset 33 jusqu’au v. 36, la tribulation et la captivité des Juifs jusqu’aux derniers jours sont prédites, ensuite depuis le v. 36 jusqu’à la fin du v. 39, nous avons l’histoire de ce roi extraordinaire. Les derniers versets cités ci-dessus désignent proprement l’Antichrist, et je crois que depuis le verset 21 jusqu’à la fin du v. 33, c’est plutôt le roi du Nord, mais qui est le type de l’Antichrist.

Je dis cela, parce que plusieurs personnes qui ont étudié ce chapitre, ont beaucoup de peine à décider si l’histoire de l’Antichrist commence au verset 21 ou au 36. C’est la même personne depuis le verset 21 au 33, Antiochus Épiphane devenu le type de l’Antichrist.

L’Esprit de Dieu n’avait rien à faire avec d’autres personnes qui sont venues après lui ; c’était Antiochus qui fournissait les circonstances typiques, et qui, par conséquent, répondaient partiellement elles-mêmes à la prophétie. Au verset 36, l’Esprit parle de l’Antichrist lui-même, «du roi qui agira selon son bon plaisir». Avant cela nous avons des applications typiques à l’Antichrist, c’est ce qui est très évident, au moins à ce qu’il me semble.

J’espère que, quoique nous fassions partie matériellement, pas spirituellement, de la dernière monarchie, nous aurons clairement compris que ce que Dieu dit ici au prophète, s’applique immédiatement et simplement au peuple juif, au peuple de Daniel, aux derniers jours. L’Antichrist est le lien entre cette histoire et ce qui nous regarde, c’est-à-dire que l’esprit d’apostasie décrit dans l’épître aux Thessaloniciens, est effectivement la source de la conduite de ce dernier roi, présenté ici dans ses rapports avec les Juifs en Orient, mais moralement lié à ceux qui ont abandonné le christianisme, lumière qui existe actuellement.

Ailleurs on voit qu’il se liera au commencement avec les Juifs, puis les reniera, et se fera Dieu lui-même. Que Dieu nous garde de toute trace et de toute apparence de l’esprit qui anime ceux qui se trouveront en opposition, soit avec le Dieu Tout-Puissant et Souverain, soit avec le Prince des princes, le Seigneur Jésus, dans ces derniers jours.

Qu’il nous garde en toute humilité de coeur, ayant nos affections attachées au Seigneur Jésus, lequel, lui-même, nous garde de tout. Si nous sommes satisfaits de n’être rien, contents que Jésus soit tout, nous serons gardés par lui, pour lui, et pour toujours.

Nous avons dit en général quelque chose sur le roi, et avons parlé de la liaison de ce roi avec les événements historiques qui le précèdent, mais indépendamment des circonstances, il est lui-même assez important comme personnage pour nous arrêter un moment. Nous avons vu, ce qui est admis partout, que ces versets parlent de celui qu’on appelle l’Antichrist, le Méchant, mais sous un caractère spécial, comme je l’ai indiqué plus haut, c’est-à-dire dans ses rapports avec les Juifs et dans le territoire contesté entre le roi du Midi et le roi du Nord. Je dis cela, parce que le fait est que le Méchant réunira en lui toute sorte de caractères d’iniquité : Il sera blasphémateur contre le vrai Dieu, persécuteur des saints, chef de l’apostasie, il encouragera l’idolâtrie, enfin, il sera «le roi qui agira selon son bon plaisir».

On ne peut manquer de retrouver ici bien des traits de la personne mentionnée au chap. 2 de la 2° épître aux Thessaloniciens. «Se présentant lui-même comme étant Dieu» (v. 4). Je ne fais qu’indiquer ce trait, mais il nous permettra de considérer quelques passages qui font mention des divers caractères de ce roi, à commencer par Daniel 11:36, que nous examinons.

Voici le premier trait : cet homme est en Palestine, dans le pays des héritiers de la sainte alliance, et là, il s’élève contre tout dieu, et par dessus tout objet qu’on puisse adorer, qu’il soit faux ou vrai. Malgré cela, il prospérera jusqu’à ce que l’indignation soit accomplie. Dieu permet toute cette iniquité parce qu’il s’agit de son indignation contre les Juifs (8:19). C’est l’époque spéciale de cette indignation. L’indignation est une période reconnue (Ésaïe 10:5). «C’est pourquoi... l’indignation sera accomplie» (Ésaïe 10:24, 25). Voilà donc une indignation qui a un certain terme. Il n’est pas dit que le temps de ce roi soit le terme de cette indignation, mais c’est un temps où Dieu n’intervient pas pour délivrer Israël de son iniquité; il laisse aller les événements, et Israël en subit l’effet : par conséquent l’Antichrist prospère jusqu’à ce que l’indignation soit accomplie (Dan. 11:36), c’est-à-dire jusqu’à cette époque. Il n’est pas dit que, quand l’indignation cessera, Israël soit rétabli dans la jouissance des promesses. Mais Christ pourra agir pour Israël au lieu de le laisser sous l’indignation. Il aura encore à soumettre toutes les nations, dans l’exercice de sa puissance royale, au milieu de son peuple terrestre.

«Il n’aura point égard au Dieu de ses pères, et il n’aura point égard à l’objet du désir des femmes, ni à aucun dieu ; car il s’agrandira au-dessus de tout» (v. 37). Nous avons spécialement ici l’orgueil de l’homme «il s’agrandit au-dessus de tout». Il prospère, il veut effacer toute idée du vrai Dieu ; il ne s’inquiète, ni de la vraie religion du coeur, ni de la religion de ses pères ; il n’en veut pas même la forme, ni le nom du Christ (qui est appelé le désir des femmes) ; il ne veut pas même des habitudes, pas même des apparences religieuses nationales ; il ne se soucie d’aucun Dieu. Mais, arrivé à ce point, il faut qu’il tienne le peuple en bride, qu’il ait des instruments, et ses dieux mahuzzim (des forteresses), genre d’idolâtrie, qu’il introduira quand il aura rejeté tout Dieu. Cela sera lié aux intérêts temporels des instruments de sa puissance qui se joindront à lui : «il les fera dominer sur la multitude» (ou les plusieurs, la masse), savoir du peuple d’Israël, et le pays sera partagé entre ses chefs. Telle est l’histoire royale et judaïque de ce roi.

Le chapitre 7 nous fait voir le temps qui est déterminé pour la fin de la persécution des saints. «Jusqu’à ce que l’Ancien des jours vint» (7:22), non pas jusqu’à ce que l’Ancien des jours s’assit sur le trône (7:9) ; (voilà Christ qui vient) «et que le jugement fut donné aux saints des lieux très hauts, et que le temps arriva où les saints possédèrent le royaume» (v. 22). Tout cela indique l’époque de la fin de la guerre faite par les instruments de Satan contre les saints. Voici les trois choses signalées dans ce passage : 1° la venue de l’Ancien des jours, 2° le jugement donné aux saints des lieux très hauts, 3° le temps où les saints obtiennent le royaume.

D’autres passages dans le Nouveau Testament parlent de ce temps et de ce roi, sous d’autres points de vue : de même que nous pouvons considérer Christ sous différents points de vue. Dans la seconde épître aux Thessaloniciens, nous avons ce Méchant sous le caractère d’un chef, résultat de l’apostasie qui envahira la chrétienté. «Or nous vous prions, frères ... de ne pas vous laisser promptement bouleverser ... car ce jour-là ne viendra pas que l’apostasie ne soit arrivée auparavant» (2 Thess. 2:3).

La première chose c’est donc l’apostasie, non pas des Juifs ; nous avons vu celle de ce peuple en Daniel, mais de la chrétienté, et elle arrivera nécessairement avant l’exécution du jugement, avant le jour de Christ, aussi bien qu’avant l’homme de péché qui n’est pas, cela est clair, l’apostasie elle-même : l’Apôtre signale celui-ci ou celle-là avant le jugement. Avant ce dernier, l’apostasie sera arrivée, et l’homme de péché, le fils de perdition, sera révélé, expression qui signifie qu’il tient à la perdition par sa nature, son caractère, et ses actes.

«Qui s’oppose et s’élève contre tout ce qui est appelé Dieu ou qui est un objet de vénération.» Tel est son caractère en rapport avec la chrétienté, telle est la chrétienté en rapport avec ces principes. Premièrement il y avait un mystère d’iniquité qui opérait déjà du temps des apôtres, et qui a dû continuer un certain temps, puis il y aura une apostasie, et ensuite l’homme de péché sera révélé. Le Seigneur l’anéantira par l’apparition de sa venue.

Mais nous trouvons ici une autre chose (car le Nouveau Testament nous donne les traits moraux de la présence de ce Méchant), savoir, que sa venue est selon l’opération de Satan ; et ce qui rend ces versets très remarquables, c’est que les mots employés pour les manifestations de la puissance de Satan : «En toute sorte de miracles et signes et prodiges de mensonge» (2 Thess. 2:9), sont les mêmes que ceux dont l’Esprit se sert en parlant des preuves données de la mission du Seigneur Jésus comme Messie : «homme approuvé de Dieu... par les miracles et les prodiges et les signes que Dieu a faits par lui au milieu de vous» (Actes 2:22).

Il y a deux choses remarquables, c’est-à-dire, qu’il soit parlé de la venue de l’Antichrist, comme il est parlé de la venue de Christ, d’un mystère d’iniquité, comme du mystère de la piété. De même que le Fils de l’homme doit venir, de même l’Antichrist viendra, et sa venue sera selon l’efficace de Satan ; il fera des «prodiges de mensonge», ce ne sera pas seulement une série de principes, l’effet sera puissant en «toute séduction d’injustice pour ceux qui périssent». C’est la conséquence positive de n’avoir pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés. Dieu leur enverra une énergie d’erreur... parce qu’ils ont pris plaisir à l’injustice, un aveuglement positif. Il a été dit à Ésaïe : «Engraisse le coeur de ce peuple» (6:10). Après la longue patience de Dieu, ce peuple a été aveuglé quand il a rejeté le Messie. Lorsqu’il n’y aura plus lieu à la patience, il sera livré à l’esprit d’idolâtrie, cet esprit dont il est dit qu’il «prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui-même» et rentre avec eux dans sa maison longtemps délaissée, et la dernière condition de cet homme-là sera pire que la première. De même quand les hommes, soi-disant chrétiens, auront absolument refusé la vérité, quoiqu’elle leur ait été proposée, il y aura un aveuglement positif et spécial qui viendra de la part de Dieu, «afin que tous ceux-là soient jugés qui n’ont pas cru la vérité» (*).

(*) La même fin arrive à l’homme qui possède la lumière de la création : Rom. 1:18 ; aux Juifs : Ésaïe 6:10 ; et à la chrétienté : 2 Thess. 2:12.

Il est souvent question de ce Méchant dans les Psaumes.

Voici encore d’autres détails sur ce Roi. Au chapitre 12 de l’Apocalypse, v. 9, nous voyons le dragon, qui est le diable et Satan et qui séduit la terre habitée tout entière, précipité du ciel. Cette triste puissance du ciel prend fin, mais quand elle a pris fin, c’est un temps de malheur épouvantable sur la terre, le commencement de la grande fureur du dragon, «sachant qu’il a peu de temps» (v. 12).

Puis nous avons une révélation au sujet de la femme. Elle est nourrie dans le désert mille deux cent soixante jours ; c’est-à-dire que, lorsque Satan sera chassé du ciel, une période de trois ans et demi sera écoulée avant qu’il soit jugé sur la terre, et pendant cette période le Résidu juif, qui plus tard sera une grande nation revêtue de l’autorité suprême sur la terre (12:1), s’enfuira et se réfugiera dans le désert. Puis nous trouvons au chapitre 13, que le dragon donne sa puissance, son trône, et une grande autorité à la Bête, à cette Bête dont nous avons lu la description dans ce même chapitre 13 de l’Apocalypse. «Et le pouvoir d’agir quarante-deux mois lui fut donné.» Nous retrouvons en général ici les mêmes traits que dans la Bête de Daniel, seulement en Daniel les circonstances historiques sont plus détaillées, en rapport avec elle. Voici les traits dont nous parlons : «Il lui fut donné une bouche qui proférait de grandes choses et des blasphèmes» (v. 5). «Et elle ouvrit sa bouche en blasphèmes contre Dieu... et ceux qui habitent dans le ciel» (v. 6). Satan ne pouvant plus se mêler du ciel, pousse la Bête à blasphémer contre ceux qui y habitent. «Et il lui fut donné de faire la guerre aux saints et de les vaincre» ; ce seront les saints d’entre les Juifs sur la terre, «et il lui fut donné pouvoir sur toute tribu et peuple et langue et nation» (v. 6, 7).

Une petite circonstance mérite ici d’être remarquée. C’est une espèce d’imitation des voies de Dieu. Comme le Père a donné la puissance au Fils, à l’homme ressuscité, et que le Saint Esprit exerce toute la puissance de Christ devant lui, l’imitation satanique de la même chose arrivera en mal. Le dragon donnera son trône à la Bête, et voici ce qui est dit du caractère sous lequel on l’adorera : «Et sa plaie mortelle avait été guérie» (v. 3). C’est quand cette plaie sera guérie, qu’il y aura eu une espèce de résurrection (non pas personnelle, mais en puissance) de la Bête guérie et que tout le monde sera en admiration. Ensuite la seconde Bête exercera toute la puissance de la première devant elle.

Or voici cette Bête :

«Et je vis une autre Bête montant de la terre, etc.» (v. 11). Elle fait que les habitants de la terre adorent la première Bête dont la plaie avait été guérie. Nous voyons ici une puissance qui prétend être celle de Christ ; non pas sa puissance céleste, mais qui prétend être semblable à Christ sur la terre ; mais de fait, une oreille qui sait écouter aurait reconnu le dragon lui-même. Comme le Pharaon avait dit à Joseph : «Seulement quant au trône, je serai plus grand que toi» (Gen. 41:40), ainsi cette seconde Bête qui parle comme un dragon et a des cornes comme l’agneau sur la terre, exercera toute la puissance de la première Bête devant elle. «Et elle fait de grands miracles, en sorte que même elle fait descendre le feu du ciel sur la terre, devant les hommes. Et elle séduit ceux qui habitent sur la terre» (versets 13, 14). Dans ces versets, il est parlé de la première Bête ressuscitée. La seconde Bête veut qu’on l’adore, et qu’on lui fasse une image, et elle séduit toute la terre, mais elle-même se présente comme Messie. Elle n’imite pas Christ comme sacrificateur céleste, mais comme Roi. Ensuite, nous retrouvons cette seconde Bête au verset 20 du chapitre 19 de l’Apocalypse, désignée comme «le faux prophète». Or comme l’Esprit du Père qui parlait dans les disciples, agissait pour la gloire de Christ, ainsi cette Bête parle le langage du dragon. Mais elle veut établir la gloire de la dernière Bête. Ce sera un esprit qui voudra l’idolâtrie et même exercera le jugement sur la terre, comme ont fait les prophètes.

Ce qu’Élie a donné comme signe que Jéhovah était le vrai Dieu, cette seconde Bête le fera aux yeux des hommes ; de même 2 Thessaloniciens montre que le Méchant fera devant les hommes les signes qui ont démontré, faussement sans doute, qu’il est le Christ. C’est, je n’en doute pas, le même personnage.

Dans ce même livre nous trouvons les rapports de la Bête avec Babylone, ce qui est encore une autre chose. Il dit : «Je te montrerai la sentence de la grande prostituée» (17:1, 3). «Et je vis une femme assise sur une bête écarlate... ayant sept têtes et dix cornes». Je ne m’arrête pas ici sur ces circonstances, parce que ce n’est pas notre sujet. Je ne les cite que pour donner l’ensemble du tableau.

Verset 8. «La Bête que tu as vue était, et n’est pas... et elle sera présente.» C’est la mort, puis la résurrection. Quand elle paraît pour la dernière fois, elle a un caractère diabolique, elle sort de l’abîme, puis elle va à la perdition. Et les habitants de la terre s’étonnent, en voyant la Bête qui était, et qui n’est pas, et qui sera présente. C’est un avènement de cette Bête. Quand le monde voit cela, il est étonné. Il y a encore quelques circonstances à noter :

«Et la Bête qui était et qui n’est pas, est, elle aussi, un huitième (roi), et elle est d’entre les sept, et elle s’en va à la perdition. Et les dix cornes que tu as vues sont dix rois qui n’ont pas encore reçu de royaume, mais reçoivent pouvoir comme rois, une heure, avec la Bête.» Cela est encore à venir.

Nous voyons ici que ces rois subsisteront en même temps que la Bête. Il y en a trois qui tomberont, mais, les sept autres rois subsisteront en même temps qu’elle. La Bête domine, elle réunit en un seul corps la puissance de ces rois, mais ces rois existent ; c’est une espèce de confédération où chaque corne agit royalement de son côté, mais qui donne sa puissance à la Bête qui blasphème contre Dieu. «Car Dieu a mis dans leurs coeurs d’exécuter sa pensée, et d’exécuter une seule et même pensée, et de donner leur royaume à la Bête, jusqu’à ce que les paroles de Dieu soient accomplies» (17:17).

Voici encore un élément de plus dans le caractère de la femme : Les dix rois haïront la prostituée, qui a longtemps dominé cette Bête (v. 16). En même temps nous avons vu au chapitre 7 de Daniel que, parmi ces dix rois, une petite corne s’élèvera avec toute la puissance de la Bête. Elle sera la Bête moralement, et fera tomber trois rois. Aux yeux de Daniel et de fait dans toute sa conduite, elle sera la Bête ; ce sera elle qui aura la domination, qui conduira, qui dirigera tout.

Tels sont donc les autres chapitres qui se rapportent à ces mêmes scènes, en partie au même personnage. Ici, en Daniel, nous avons la seconde Bête beaucoup plus personnellement, et ce qu’elle fera en Palestine.

 

Mentionnons encore quelques circonstances dans le chapitre 11 de Daniel. «Et, au temps de la fin, le roi du Midi heurtera contre lui, et le roi du Nord fondra sur lui comme une tempête... et il viendra dans le pays de beauté» (v. 40, 41). C’est le moment où Dieu va mettre fin à tout cela. Le roi du Midi et le roi du Nord sont les mêmes, dans leur position géographique, que dans tout le chapitre, et sont caractérisés par cette position ; l’un et l’autre font la guerre à celui qui est appelé le Roi. Le roi du Midi vient heurter contre lui de ses cornes. Le roi du Nord fondra sur lui comme une tempête. Il paraît que c’est une puissance extraordinaire, qui possède le territoire des anciens rois de Syrie. Le reste du chapitre s’applique au roi du Nord. Pendant longtemps j’ai cru, mais à tort, qu’il s’appliquait au Roi.

Daniel continue maintenant le fil de l’histoire, interrompu par l’histoire du Roi, c’est-à-dire qu’il reprend ce qui concerne les Juifs, et les rois du Nord et du Midi. Il y a une circonstance qui me confirme dans cette opinion : Ce sont les mots : «Il viendra dans le pays de beauté», tandis que s’il s’agissait du Roi, il y est déjà.

Le roi du Nord entre donc avec des gens de guerre innombrables, passe outre, vient dans le pays de beauté, plusieurs pays tombent, mais ceux-ci échappent de sa main : Édom, Moab, et les principaux des fils d’Ammon (v. 41).

Il y a ici une circonstance que je ne veux pas omettre ; elle fait voir l’exactitude de la Parole de Dieu dans ces détails. Si vous lisez le chapitre 11 d’Ésaïe, v. 13, vous trouverez que ces trois nations qui échappent au roi du Nord subsistent en effet encore après lui. «Éphraïm ne sera pas rempli d’envie contre Juda, et Juda ne sera pas l’adversaire d’Éphraïm ; mais ils voleront sur l’épaule des Philistins vers l’ouest, ils pilleront ensemble les fils de l’orient : Édom et Moab seront la proie de leurs mains, et les fils d’Ammon leur obéiront.»

Le roi du Nord «étendra sa main sur les pays, et le pays d’Égypte n’échappera pas». Le roi du Midi perdra donc son caractère de souverain du Midi (Ésaïe 11:15).

«Il aura sous sa puissance les trésors d’or et d’argent, et toutes les choses désirables de l’Égypte ; et les Libyens et les Ethiopiens suivront ses pas» (Daniel 11:43). «Mais des nouvelles de l’orient et du nord l’effrayeront, et il sortira en grande fureur, etc., et il viendra à sa fin, et il n’y aura personne pour le secourir.» Telle sera la fin du roi du Nord.

12               CHAPITRE 12

En abordant ce chapitre je désire dire quelques mots pour en montrer l’idée générale et la liaison avec ce qui précède.

«Et en ce temps-là se lèvera Micaël, le grand chef, qui tient pour les fils de ton peuple.» Ce passage regarde donc spécialement le peuple de Daniel, auquel ce dernier s’intéressait comme nous l’avons vu, jeûnant et priant pour lui durant trois semaines. Après avoir décrit les circonstances des rois du Nord et du Midi, l’ange dit que Micaël tiendra ferme au milieu de toutes ces scènes de guerre. Toutefois, «ce sera un temps de détresse tel, qu’il n’y en a pas eu depuis qu’il existe une nation».

Nous retrouvons ici tout simplement ce qui est décrit au chap. 24 de Matthieu comme arrivant en Judée. «Quand donc vous verrez l’abomination de la désolation, dont il a été parlé par Daniel le prophète, etc.» (v. 15-21). Il est évident que cela ne peut pas arriver deux fois. Toutefois tout pénible et sans pareil que soit ce temps-là, c’est le temps où Israël sera délivré : «En ce temps-là ton peuple sera délivré : quiconque sera trouvé écrit dans le livre» (v. 1). Comp. Jérémie 30:7, 8.

Verset 2. «Et plusieurs qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront.» Ici je m’arrête pour le moment, parce que si j’entrais plus avant dans ce chapitre, il faudrait aborder le sujet de l’état des Juifs dans les derniers jours, c’est-à-dire dans la dernière demi-semaine de Daniel.

Ce qui frappe certainement en lisant les chapitres dont j’ai donné le résumé, c’est le personnage terrible de ces temps-là. Il y aura des méchants, le roi du Nord, par exemple, qui conquerra, qui envahira tout, qui pillera, saccagera ; mais quand il s’agit du roi, c’est la guerre contre Dieu : ce n’est pas seulement un désir de conquête, mais la guerre contre Dieu et l’Agneau ; c’est l’efficace de Satan, du mensonge ; ce sont des blasphèmes ; c’est la persécution ; c’est tout ce qu’il y a de plus terrible dans la haine de l’homme, animé par la puissance de Satan précipité du ciel et qui établit son trône sur la terre, contre le Dieu des cieux et contre l’Agneau. C’est de l’avenir de ce Méchant qu’il est question, soit comme l’expression de l’iniquité des Juifs ou de la chrétienté, soit comme l’expression aussi de l’orgueil de l’homme.

Une chose me frappe en lisant ce chapitre : le caractère spécial de ce livre, et de voir, en arrivant à la fin, l’intérêt que Dieu prend à consoler le Résidu ou plutôt à manifester la plus complète sympathie pour lui, dans les circonstances pénibles où il se trouve.

Tandis que le Résidu était de retour à Jérusalem, Daniel était resté en captivité à Babylone, d’où, à ce qu’il paraît, il n’est jamais sorti. En sorte qu’il représente beaucoup plus l’état du peuple en captivité parmi les Gentils, qu’il n’est le prophète du peuple quand Dieu le reconnaît (*).

(*) Il est digne de remarque que, parmi les prophètes, de la première captivité, Dieu, par l’Esprit, n’appelle jamais Israël «mon peuple». Il déclare qu’Israël le sera et l’Esprit reste parmi eux comme lorsqu’ils sortirent d’Égypte, mais Lo-Ammi demeure encore non révoqué.

Il est bien vrai que le Résidu échappera à la fin, mais c’était une chose que Daniel voyait de loin. Il représentait spécialement le Résidu souffrant, et les sympathies de Dieu avec ce Résidu. Nous trouverons ailleurs, en Zacharie et en Ésaïe, de magnifiques promesses pour ce Résidu, auquel Dieu se manifestera après que Christ sera apparu. Il fera de la maison de Juda «son cheval de gloire dans la bataille» et «celui qui chancelle parmi eux sera en ce jour-là comme David» (Zach. 10:3 ; 12:8). Là, nous voyons la puissance de Dieu qui se manifestera dans le peuple à Jérusalem. La dernière chose que nous y voyons en rapport avec Jérusalem, c’est que le roi du Nord plante ses tentes «entre la mer et la montagne de sainte beauté» (11:45). Il ne s’agit pas en Daniel de la pleine et remarquable délivrance de Zacharie. C’est du Résidu que ce livre s’occupe, dans le pays, et battu par la tempête au milieu des monarchies des Gentils.

Toutefois, Dieu sympathise avec ce Résidu, mais ce n’est pas Dieu avec son peuple d’une manière évidente. Son peuple est en captivité. Ce n’est pas Dieu se manifestant ouvertement avec son peuple, mais plutôt une intervention de sa Providence d’une manière cachée, qui délivre, qui garantit au milieu des misères et des difficultés. Voyez le Psaume 44:10, 11, où cet état de choses est dépeint.

«Et en ce temps-là se lèvera Micaël, le grand chef, qui tient pour les fils de ton peuple ; et ce sera un temps de détresse tel, qu’il n’y en a pas eu depuis qu’il existe une nation jusqu’à ce temps-là. Et en ce temps-là ton peuple sera délivré : quiconque sera trouvé écrit dans le livre» (12:1). Ce Micaël paraît être le chef des anges, ou l’archange. On parle parfois des archanges, mais la Parole de Dieu ne parle que d’un chef des anges. Je ne dis pas qui il est, parce que la Parole ne le dit pas ; mais quoi qu’il en soit, l’intervention est une intervention providentielle angélique.

C’est le chef des anges qui est là et qui est en relation avec les Juifs, avec le peuple d’Israël. C’est du moins ce que nous pouvons dire. Par cette assertion nous savons qui tiendra ferme pour les fils du peuple de Daniel, et quel sera le service de cette puissance angélique que Dieu emploie dans sa Providence. «Il tiendra ferme pour le peuple juif.» Ce sera un temps de trouble ; nous allons le voir. Mais notons que Dieu a deux manières d’agir : il y a l’action de sa providence qui est un gouvernement caché, et il y aura un gouvernement à découvert et public en Christ où tout se montrera : le gouvernement direct de Dieu. Il y a un gouvernement qui fait que toutes choses contribuent au bien de ceux qui aiment Dieu et à l’accomplissement de ses conseils, mais ce sont ordinairement des choses cachées. J’ajouterai que nous trouvons dans l’histoire d’Esther, un exemple remarquable de ces dernières. Le nom de Dieu ne se trouve pas dans ce livre ; le Saint Esprit ne l’a pas nommé, il a voulu faire voir que, pendant que les Juifs étaient en captivité, Dieu avait l’oeil sur eux ; mais qu’il agissait d’une manière cachée, ne voulant pas se nommer au milieu d’eux. Le gouvernement ouvert et public n’est pas le sujet des prophéties de Daniel.

Au temps de Micaël, il y aura un temps de détresse... Telle est la seconde circonstance que nous trouvons ici. Vous rencontrez ce même temps au chap. 30 de Jérémie (v. 6, 7). Il ne peut y avoir qu’un seul temps tel que celui-là, car il n’y en a point de semblable. «Le jour de l’Éternel est grand et fort terrible ; et qui peut le supporter ?» (Joël 2:11).

Toutefois ce temps de détresse tel qu’il n’y en a point eu de semblable est le jour de la délivrance de Jacob : «Ils serviront l’Éternel, leur Dieu, et David, leur roi (Christ), lequel je leur susciterai... mais quant à toi... je te corrigerai avec mesure, et je ne te tiendrai point pour innocent». Les étrangers n’asserviront plus Israël, David sera leur roi, Jacob reviendra et sera tranquille et en repos dans son pays, et il n’y aura personne qui l’effraye (Jér. 30:9-11). Evidemment, il n’y a jamais eu rien de semblable, parce que ce sera une délivrance finale.

Nous retrouvons cette même circonstance à laquelle j’ai fait allusion plus haut, en Matthieu 24:21. «Car alors il y aura une grande tribulation, telle qu’il n’y en a point eu depuis le commencement du monde jusqu’à maintenant, et qu’il n’y en aura jamais. Et si ces jours-là n’eussent été abrégés, nulle chair n’eût été sauvée.» C’est la terrible détresse sur Israël à la fin. En Marc 13:19, nous avons la même chose. Tout cela arrive à Jérusalem, où l’abomination de la désolation a été placée, ou dans le voisinage. Je parlerai plus tard de Luc, qui dépeint cet état de calamité et de châtiment, avec quelques particularités un peu différentes (chap. 21:22, 24).

«En ce temps-là ton peuple sera délivré : quiconque sera trouvé écrit dans le livre.» Ce sont les élus ; ces jours-là sont abrégés à cause d’eux, sinon nulle chair ne serait sauvée. Jérusalem aurait été comme Sodome et semblable à Gomorrhe (És. 1:9), mais quand le nombre des fils d’Israël serait comme le sable de la mer, le Résidu seul sera sauvé.

Verset 2. «Et plusieurs qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, et les autres pour l’opprobre, pour être un objet d’horreur éternelle.» L’ange, me semble-t-il, parle ici de la délivrance du peuple, ramené d’entre les nations ; des Israélites : «Plusieurs qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront». Il ne s’agit que du peuple de Daniel (*). Il y a, sans doute, des jugements qui fondent sur les Gentils, mais en parlant des personnes dont Dieu s’occupe immédiatement comme objet de ses pensées, il ne s’agit que du peuple de Daniel. Je vous rappelle ces paroles : «Je suis venu pour te faire comprendre ce qui arrivera à ton peuple (au peuple juif) à la fin des jours» (chap. 10:14). L’accomplissement de cette déclaration se trouve dans les chapitres 10, 11 et 12.

(*) Il me parait que ces paroles sont ajoutées, pour compléter le tableau dont la principale partie de la prophétie s’occupe avec détail, savoir de cette portion du peuple qui se trouvera dans la terre où le Méchant exercera sa terrible et funeste puissance. Mais, dans ce verset, le sort de ceux qui étaient perdus et recueillis parmi les nations nous est donné. Ils n’entrent que comme un accessoire au second plan dans le cadre de la prophétie de Daniel. Cette portion du peuple était hors des limites de la prophétie, n’étant pas rentrée dans la terre pour y figurer comme le peuple juif, et c’est pourquoi ils sont représentés comme dormant dans la poussière de la terre.

«Et plusieurs qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront.» C’est-à-dire qu’une multitude de Juifs en général, mais non pas tous, entreront en scène pour être bénis ; quant aux uns ce sera pour la vie éternelle ; et quant aux autres ce sera pour l’opprobre éternel.

L’expression «ceux qui dorment dans la poussière de la terre», est employée ailleurs dans les écrits des prophètes ; c’est une chose ordinaire quand une personne est en captivité, écrasée, de parler de la poussière et du sépulcre. Ésaïe 26:19, en offre un exemple. Il prononçait le jugement sur les nations. Ils sont morts (ceux qui ont maîtrisé les Juifs) ; «d’autres seigneurs que toi ont dominé sur nous», ils sont trépassés... «car tu les as visités... tu as détruit toute mémoire d’eux» (v. 14). Mais alors au verset 19 : «tes morts (les Juifs) vivront, mes corps morts se relèveront. Réveillez-vous et exultez avec chant de triomphe, vous qui habitez dans la poussière ; car ta rosée est la rosée de l’aurore, et la terre jettera dehors les trépassés». Voilà la résurrection des Juifs. «Viens, mon peuple, entre dans tes chambres et ferme tes portes sur toi ; cache-toi pour un petit moment, jusqu’à ce que l’indignation Soit passée», cette même indignation dont nous avons parlé précédemment, «Car voici, l’Éternel sort de son lieu pour visiter l’iniquité des habitants de la terre» (v. 20, 21).

Dieu avait été comme caché, avait laissé agir le mal ; mais quelle pensée ! Dieu sort de sa place ! Quand on pense à l’incapacité de faire face à la puissance du mal, combien les chrétiens tremblent à la vue de ses progrès, ne sachant plus que faire, quand ils voient la fière volonté de l’homme d’un côté ; l’influence inattendue et inexplicable qui le porte à la superstition de l’autre, la puissance des ténèbres qui envahit même les pays qui en étaient délivrés, et qui en tremblent !

Je dis que c’est une chose précieuse, en face de tout cela, de savoir que Dieu sortira de sa place. Ce sera, il est vrai, avec indignation, pour le moment, mais une indignation contre le mal, pour le mettre de côté, et afin que le bien soit devant sa face, et devant nos yeux fatigués de ce qu’ils voient. C’est pourquoi nous pouvons supporter l’idée du jugement et dire : «Jusques à quand ?» Et combien il est heureux de penser à l’indignation qui changera le mal en repos, en bénédiction, en paix, en liberté, en affranchissement de ce joug, quand le Seigneur Jésus aura exécuté son jugement. Nous ne parlons pas de l’Église maintenant, quoique ce soit la part la plus précieuse, mais de ce pauvre monde placé sous le joug de Satan ; car quand même le bien a été effectué, voilà le mal qui gagne de toutes parts.

L’apôtre a bien pu dire : «Toute la création ensemble soupire et est en travail jusqu’à maintenant» (Rom. 8:22). Nous le savons, nous qui avons le secret de la bonté de Dieu, et nous qui avons les prémices du Saint Esprit, nous gémissons aussi, à moins de nous soustraire à l’amour de Dieu et aux soupirs que pousse le Saint Esprit. Plus on verra les choses progresser, plus on sentira la nécessité de cette indignation de Dieu, et de l’exécution du jugement de Dieu en puissance dans ce monde. Si la force de la foi est dans nos coeurs, c’est précisément ce qui nous poussera à soustraire à ce jugement inévitable tous ceux que, par l’activité de l’amour, nous pouvons engager à se retirer de devant le mal, qu’ils y soient assujettis par le péché, par les erreurs ou les superstitions, car le jugement viendra sur toutes les choses qui séduisent le coeur, comme il est dit : «Sortez du milieu d’elle (de Babylone), mon peuple, afin que vous ne participiez pas à ses péchés et que vous ne receviez pas de ses plaies» (Apoc. 18:4).

Nous voyons donc que ce sera le jugement de Dieu qui ôtera la puissance du mal, c’est pourquoi dans l’Apocalypse nous entendons un appel aux saints et aux prophètes à se réjouir de la destruction de Babylone. Ce sera un terrible jugement ; mais jusqu’à sa destruction elle est un poison, un venin qui corrompt tout, quand même on y est soustrait soi-même.

J’ai été amené à cette digression sur le jugement de Dieu, à cause de la fin du 26° chapitre d’Ésaïe que j’ai cité, et pour expliquer l’application au peuple juif de la résurrection. Je citerai encore un passage dans le 37° chapitre d’Ézéchiel ; c’est celui des ossements secs qui fera aussi comprendre ce point. On veut l’entendre des âmes, et sans doute la même chose arrive aussi moralement, aux personnes qui sont vivifiées de Dieu. Dieu leur a donné la vie ; mais le seul sujet de ce chapitre est la nation d’Israël, et nullement les âmes. «Fils d’homme, ces os sont toute la maison d’Israël.» Israël dit (en captivité) : «Nos os sont desséchés». (Ce n’est pas ce que les âmes mortes disent.) «C’est pourquoi prophétise... : Ainsi dit... l’Éternel : Voici, j’ouvrirai vos sépulcres, et je vous ferai monter hors de vos sépulcres, mon peuple, et je vous amènerai dans la terre d’Israël.» On voit ici les Israélites qui rentrent dans leur pays. La prophétie les traite comme ensevelis parmi les nations. C’étaient des «habitants de la poussière». «Et vous saurez que je suis l’Éternel, quand j’aurai ouvert vos sépulcres, et que je vous aurai fait monter hors de vos sépulcres... et je vous placerai sur votre terre» (v. 12-14), Il serait triste de rester dans le pays si c’était une résurrection littérale, car l’espérance de ceux qui sont littéralement ressuscités est bien plus élevée que cela.

Le prophète continue par l’histoire des deux bois Juda et Israël, qui deviendront un seul bois tandis qu’un seul roi sera leur roi à tous (Ézéch. 37:22). Il est évident, d’après ces paroles, que ce chapitre d’Ézéchiel s’occupe de la délivrance et de la bénédiction d’Israël par Jésus Christ. En Daniel il s’agit aussi d’Israël qui sort de ses sépulcres, où il est enseveli parmi les Gentils ; seulement il ne s’agit pas ici du résultat final sous Christ. Plusieurs, est-il dit, sortiront du milieu des Gentils ; pas tous, mais il y en aura d’entre eux qui seront pour l’opprobre éternel, comme il y en aura pour la vie éternelle. Ceci a été ajouté, comme je l’ai dit plus haut, parce que la prophétie traite essentiellement ici de la Terre Sainte et des Juifs qui s’y trouvent. Il y en aura cependant d’autres qui se manifesteront dans ces temps avant la délivrance finale d’Israël. L’Esprit de Dieu parle par conséquent ici de ces derniers. Il y aura des Juifs qui rentreront dans la Terre Sainte, qui seront pour l’opprobre éternel.

Mais de plus, parmi ceux qui seront délivrés, il y en aura qui seront mis en évidence comme occupés des choses de Dieu et qui discerneront les temps : «Et les sages brilleront comme la splendeur de l’étendue, et ceux qui ont enseigné la justice à la multitude, comme les étoiles, à toujours et à perpétuité» (v. 3).

Tout ce que contiennent ces premiers versets s’applique dans son résultat au Résidu juif, dont la délivrance termine ce temps de détresse, pendant lequel Micaël a tenu ferme, et ce passage dépeint ce qui a lieu durant cette période. La délivrance du Résidu et celle du peuple, savoir de ceux qui sont écrits dans le livre.

Si vous portez votre attention sur le chapitre précédent, vous reconnaîtrez ces sages ; ils font partie d’un Résidu qui a déjà été nommé plusieurs fois, par exemple, 11:35 : «Et d’entre les sages il en tombera» et v. 33 : «Et les sages du peuple enseigneront la multitude». Ce sera un Résidu éclairé, des personnes qui discerneront les temps, et qui s’occuperont fidèlement du bien-être de la masse du peuple, selon les lumières qu’ils posséderont.

«Et ceux qui ont enseigné la justice à la multitude...» (ou plutôt «instruit dans la justice» ; c’était le but de leurs travaux). Il ne s’agit pas ici de l’évangélisation, ni de ceux qui seront bénis par l’évangélisation. Le prophète s’occupe seulement de ce Résidu des Juifs, qui aura été occupé à soustraire la multitude du peuple aux ruses de l’Antichrist, et à tout le mal qu’il fera. Ceux qui auront ainsi travaillé auprès des plusieurs reluiront «comme les étoiles, à toujours et à perpétuité».

Il ne s’agit que de ce Résidu spécial des Juifs, dont il est parlé en Ésaïe 65 et 66. Voilà donc ce qui caractérise les derniers jours : le temps de détresse ; le peuple, c’est-à-dire un Résidu délivré ; plusieurs qui étaient comme ensevelis parmi les nations, se réveillant, soit pour le bien soit pour le mal ; le sort spécial des sages.

Nous trouvons encore, à la fin de ce chapitre, la réponse à la demande de Daniel, quant à la durée de ces choses, dont la révélation était scellée jusqu’au temps de la fin pour les Juifs.

Nous sommes dans le temps de la fin, heureusement, je l’espère, cela finira bientôt ; mais nous sommes toujours dans le temps de la fin, parce que l’Église n’appartient pas à ce présent siècle. Selon ce que dit l’apôtre Jean : 1 Jean 2:18. «Vous avez entendu que l’antichrist vient, maintenant aussi il y a plusieurs antichrists, par quoi nous savons que c’est la dernière heure», de sorte que «tous ceux qui ont de l’intelligence» peut s’appliquer moralement à l’Église, en tant qu’elle garde la place que la Parole de Dieu lui donne, quoiqu’elle ne soit pas l’objet direct de la prophétie. L’Église a connu et senti que les derniers jours sont arrivés et qu’il s’agit de l’intelligence prophétique, des avertissements de Dieu, afin que ce jour ne vienne pas sur nous comme un larron, car ce n’est pas là la portion de l’Église. Et c’est pourquoi dans l’Apocalypse, tout faibles que nous soyons pour la comprendre, il est dit : «Ne scelle point les paroles de la prophétie de ce livre ; le temps est proche». Ce qui est dit à Daniel est précisément le contraire de la position de l’Église, mais l’Église ayant l’Esprit connaît toutes choses. Dans Daniel il est dit : «Cache les paroles et scelle le livre» ; car le temps est encore loin.

Daniel 12:7. «Et lorsqu’il aura achevé de briser la force du peuple saint, toutes ces choses seront achevées. Et moi, j’entendis, mais je ne compris pas» (v. 8). «Ces paroles sont cachées et scellées jusqu’au temps de la fin... mais les sages comprendront.» Or, pour ainsi dire, l’Église est le Résidu intelligent, car elle a commencé par le Résidu intelligent des Juifs ; il a été le commencement de l’Église. Mais il y aura aussi des sages parmi les Juifs aux derniers jours. Aussi dans l’Apocalypse on est encouragé à écouter et garder les paroles du livre et l’intelligence (*) est supposée chez les chrétiens.

(*) Il faut distinguer entre l’intelligence et l’application à soi-même de ces prophéties, quelle que soit cette application. Ce qui était révélé à Abraham avait trait à Lot.

«Et depuis le temps où le sacrifice continuel sera ôté... il y aura 1290 jours. Bienheureux celui qui attend et qui parvient à 1335 jours !» (v. 11, 12).

La réponse faite ici à Daniel est le passage auquel le Seigneur Jésus fait allusion sur ce même sujet. Le Seigneur donne la même période et le même point de départ, sauf qu’il omet les jours ajoutés au v. 12. La date ne commence qu’à la dernière demi-semaine, parce que jusqu’alors il n’y a pas un événement qui donne une époque, une date de laquelle on puisse commencer à compter. Ce qui signale spécialement aux Juifs ce temps de détresse, et c’est de cela qu’il s’occupe ici, c’est l’abomination de la désolation placée à Jérusalem dans le lieu saint et cela a lieu au commencement de la dernière demi-semaine.

Voilà ce qui est l’affaire principale. Je ne crois pas qu’il y ait une date quelconque dans la Parole pour la suite générale de la prophétie, ou pour la suite des temps entre le rejet de Jésus et son retour. Qu’il y ait eu des événements adaptés aux faits prophétiques — analogues au principe — dans cet intervalle, j’en conviens, et des événements très importants à reconnaître dans leurs traits moraux. Il y a d’excellents frères dans tous les pays, qui ont cherché à faire le calcul de ces dates, mais ma conviction est que tout cela se démentira, quel que soit le calcul. Les uns ont désigné 1844, les autres 1847 ; j’ai fait moi-même dans le temps plusieurs de ces calculs, et dans le même sens. Ce n’est donc pas pour blâmer leur intention, comme si elle était mauvaise, mais je crois qu’il n’y a point de base pour cela. Je crois que le Seigneur ne fixe d’autre date que celle de la demi-semaine de Daniel, c’est-à-dire, quand l’abomination de la désolation est placée dans le lieu saint.

La prophétie parle de soixante-dix semaines, mais tout le monde reconnaît que tout cela est passé, sauf la dernière semaine, et qu’à la fin de la soixante-neuvième semaine, le Seigneur Jésus était sur la terre.

De plus, cette date d’un temps, de deux temps et de la moitié d’un temps, se rapporte entièrement à Jérusalem, et ce temps n’est pas un temps d’années du tout, mais tout simplement de jours, parce que nous avons ce temps-ci à la fin de ce chapitre, depuis que le sacrifice a été ôté, et que l’abomination de la désolation a été établie : voilà qui est très clair.

Or le Seigneur Jésus nous donne une démonstration complète, car ses paroles en sont une, que cela ne regarde pas des siècles, non plus que la chrétienté, mais un temps spécial, certains individus dans des circonstances particulières, préoccupés de ce qui a lieu à Jérusalem. Il s’agit de femmes, de celles qui sont enceintes, de fuite dans la montagne, du temps qu’il fera à ce moment-là, et même du jour du sabbat. On ne peut pas non plus supposer qu’il y ait des signes dans le soleil pendant des siècles, ou qu’il y ait 1260 années pour s’enfuir de Jérusalem. Voilà pourtant ce qui est dit dans le 24° de Matthieu et qui s’identifie avec les 1260 jours, un temps, des temps et la moitié d’un temps.

Je rappellerai la division de Matthieu 24, que j’ai signalée dans notre dernière méditation. Rappelons-nous l’occasion de cette réponse du Seigneur. Il avait déjà jugé entièrement le peuple juif à la fin du 23° chapitre. «Jérusalem, Jérusalem, la ville qui tue les prophètes, etc. Car je vous dis : Vous ne me verrez plus désormais, jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !» Tel est ce jugement positif sur la nation, à la fin du 23° chapitre de Matthieu et, faites attention, à la nation en tant que nation ; il ne s’agit pas du tout des individus, car il ne dit pas à des individus : «Vous ne me verrez plus, jusqu’à ce que...» C’est donc la nation, un résidu de la nation du moins — et cela n’est pas encore arrivé — qui dira de Jésus : «Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !» Les sacrificateurs individuellement ne l’ont jamais dit ; au contraire, ils ont dit : «Ote, ôte, crucifie-le». Le Seigneur avait déjà prononcé leur jugement, mais il dit de la nation : «Vous ne me verrez plus désormais, jusqu’à ce que...» C’est une citation du Psaume 118, Psaume très remarquable, comme prophétie de la réjection de Christ qui sera reconnu plus tard.

Puis (Matt. 24:1 et suivants) comme Jésus sortait et s’en allait du temple, «ses disciples s’approchèrent pour lui montrer les bâtiments du temple», car ils étaient encore imbus de cet esprit juif. Et ses disciples vinrent à lui en particulier et lui dirent : «Dis-nous quand ces choses auront lieu, et quel sera le signe... de la consommation du siècle». Ils pensaient que ce que le Seigneur disait du temple aurait lieu quand le Messie reviendrait, et ils demandaient quand ces choses devaient arriver.

La consommation de quel siècle ? Observez cette expression. Quand le Seigneur parle de ce siècle, il ne parle pas du tout du christianisme qui n’était pas encore établi. Quand ses disciples disaient : du siècle, ils ne songeaient pas au christianisme ; ils parlaient du siècle juif, qui attendait le Messie, du siècle de la Loi, jusqu’à ce que le Messie vint pour les Juifs. Ils demandaient donc quelle serait la consommation de ce siècle-là.

Alors, du verset 4 au 14°, Jésus leur parle des circonstances qui auront lieu ; ce sont des avertissements ; et il signale quelques faits qui doivent arriver avant la fin du siècle, c’est-à-dire qu’il mentionne le Résidu juif qui aura persévéré jusqu’à la fin. Au verset 14, Jésus signale un autre événement : «L’évangile du royaume sera prêché dans la terre habitée tout entière... et alors viendra la fin», c’est-à-dire, que non seulement certaines choses arriveraient à ses disciples, mais aussi qu’il y aurait l’évangile du royaume dans toute la terre habitée, et qu’alors viendrait la fin.

Ensuite le Seigneur commence ses instructions particulières pour ses disciples qui se trouveraient à Jérusalem à la fin du siècle. Comme il avait parlé de la nation juive, il parle ici à ses disciples, s’adressant, dans leurs personnes, au Résidu qui reviendrait en scène à la fin.

«Quand donc vous verrez l’abomination de la désolation... établie dans le lieu saint... alors que ceux qui sont en Judée s’enfuient dans les montagnes...» Il est très évident qu’il s’agit ici d’une époque spéciale et nullement d’une chose qui arrivera moralement et vaguement, et sera disséminée sur des siècles. «Que celui qui est aux champs ne retourne pas en arrière pour emporter son vêtement... malheur à celles qui sont enceintes et à celles qui allaitent en ces jours-là ! Et priez que votre fuite n’ait pas lieu en hiver, ni un jour de sabbat.»

On voit qu’il s’agit ici de Juifs qui n’osent pas aller plus d’une journée de sabbat. «Car alors il y aura une grande tribulation, telle qu’il n’y en a point eu... et qu’il n’y en aura jamais.»

Ici nous nous retrouvons dans ce temps de détresse (prédit en Daniel 12 et en Jérémie 30:7), à Jérusalem, suivi par la délivrance du peuple de Daniel, ou tout au moins du Résidu, et l’établissement des Juifs en Palestine avec David (Christ) leur Roi.

Mais avant cette période à laquelle il n’y aura rien de pareil, le Seigneur parle d’un commencement de douleurs (Matt. 24:8) ; et quand l’abomination de la désolation sera placée, 1290 jours s’écouleront, plus quarante-cinq jours (en tout 1335) jusqu’à la délivrance complète de Jérusalem. Les quarante-cinq jours, compris dans ce dernier chiffre, sont là pour introduire tout ce que le coeur du Résidu fidèle peut désirer pour son bonheur. L’évangile de Marc nous dit la même chose. Tous deux poursuivent cette histoire jusqu’à la manifestation de Jésus. «À cause des élus, ces jours-là seront abrégés.» Alors si quelqu’un vous dit : «Voici, le Christ est ici, ou : Il est là, ne le croyez pas (*). Car il s’élèvera de faux christs... Car comme l’éclair sort de l’orient et apparaît jusqu’à l’occident, ainsi sera la venue du fils de l’homme. Car, où que soit le corps mort, là s’assembleront les aigles». Là où est le corps mort du peuple juif, les jugements de Dieu viendront.

(*) Ceci est pour moi une preuve convaincante que ce passage ne s’applique pas à l’Église proprement dite ; parce que notre attente est d’être enlevés en l’air au-devant de Jésus. Nous serons avec Lui avant qu’Il soit sur la terre. Nous ne l’attendons pas là.

«Quel sera le signe de la venue ?» demandent les disciples (v. 3). La nation n’aura point de signe pour son instruction, quoique des signes effrayants soient là devant elle. Mais voici la réponse pour ce peuple : Le fils de l’homme viendra comme l’éclair. Dans le ciel seulement, il y aura un signe quand il sera là ; je ne dis pas quel sera le signe, mais il y en aura un quand il viendra. Tous verront «le fils de l’homme venant sur les nuées du ciel, avec puissance et une grande gloire» (Matt. 24:30).

J’ajouterai maintenant quelques remarques, sur Luc 21. Il diffère de Matthieu. Luc ne s’occupe pas des circonstances juives de la même manière. Ce n’est pas l’évangile du royaume pour les Juifs. Les disciples demandent seulement quand ces choses arriveront. Il ne s’agit pas ici de la fin du siècle. La question de ces disciples ne s’applique qu’à ce qui doit arriver lors de la destruction de Jérusalem. Il y a eu dans ce temps-là, plus ou moins de choses semblables à ce qui arrivera à la fin, mais ce n’est pas la même chose que la tribulation sans pareille. Il y aura de grands tremblements de terre. Lisez jusqu’au verset 10.

Il y a dans Luc beaucoup plus de choses qui se rapportent à l’évangélisation d’une manière directe, quoique le principe soit le même quant à la vie et au témoignage : «Vous serez haïs de tous, à cause de mon nom... Possédez vos âmes par votre patience» (Luc 21:17-19). Mais il n’y a pas dans Luc un mot de l’abomination de la désolation «Quand vous verrez Jérusalem environnée d’armées, sachez alors que sa désolation est proche» (v. 20). Et cela s’est accompli lors du siège de Jérusalem qui a eu lieu. Je ne dis pas qu’il n’y aura rien de semblable à la fin, quand les nations entoureront Jérusalem. Mais ce n’est pas ici un temps de détresse, auquel il n’y a eu et n’y aura rien de pareil. Tout ce qui est dit, c’est qu’il y aura «une grande détresse sur le pays, et de la colère contre ce peuple». «Et ils... seront menés captifs parmi toutes les nations ; et Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations jusqu’à ce que les temps des nations soient accomplis.» C’est une tout autre histoire. Il n’est pas non plus question de la délivrance du peuple. Il ne dit pas : «Bienheureux celui qui attend et qui parvient à 1335 jours !» ; au contraire, Jérusalem est foulée aux pieds des nations jusqu’à ce que les temps des nations soient accomplis ; les choses sont laissées là, la description en étant applicable jusqu’à la fin, mais accomplie en ce qui est déjà arrivé à Jérusalem. «Et il y aura des signes dans le soleil et la lune et les étoiles.» En général Luc ne s’occupe pas de l’accomplissement spécial des prophéties qui se trouvent dans Daniel, mais en grande partie de ce qui est déjà arrivé aujourd’hui, et que Jésus, sur la demande de ses disciples, a dû leur signaler comme nécessaire pour leur conduite, v. 7. Les signes des derniers temps sont applicables aux nations (v. 24, 25), autant qu’à Jérusalem et aux Juifs. Je n’ai plus, maintenant, que quelques mots à ajouter.

«Et il... jura par celui qui vit éternellement que ce serait pour un temps déterminé, et des temps déterminés, et une moitié de temps ; et lorsqu’il aura achevé de briser la force du peuple saint, toutes ces choses seront achevées» (12:7).

Voici encore une preuve remarquable que cette date a trait à la fin, car il est très évident qu’il n’a pas «achevé de briser la force du peuple saint». «Et moi, j’entendis, mais je ne compris pas» (v. 8).

Il ne faut pas comprendre : «la fin de l’indignation» (v. 4, 6), comme si c’était le rétablissement complet et entier des Juifs dans tous leurs privilèges. Quand l’indignation finit, alors le Christ, Dieu, et le Christ au nom de Dieu, prend Israël comme son peuple pour commencer à l’établir pleinement. Les Juifs sont redevenus le peuple de Dieu, et Dieu commence à les faire jouir de tous leurs privilèges ; alors toutes choses sont achevées et Christ commence à faire valoir ses droits comme Messie.

«Aucun des méchants ne comprendra» (v. 10). La même chose aura lieu lors de l’apostasie chrétienne. Dieu leur enverra une énergie d’erreur, pour qu’ils croient au mensonge ; «mais les sages comprendront» (12:10). «Et depuis le temps où le sacrifice continuel sera ôté et où l’abomination qui désole sera placée, il y aura 1290 jours.» Vous voyez ici qu’il y a trente jours ajoutés, et je ne dis point pourquoi, sauf qu’il est évident qu’après la fin de cette demi-semaine, pendant laquelle l’antichrist prospérera, il s’écoulera trente jours avant que la bénédiction finale pour les Juifs arrive. «Bienheureux celui qui attend et qui parvient à 1335 jours !» parce qu’alors le peuple sera évidemment dans un état de bénédiction.

Mais, comme je l’ai dit, il n’en donne pas l’explication et n’entre pas dans la description du bonheur du peuple, parce que le but du livre est de montrer le soin que Dieu prend du Résidu, pendant que ce Résidu était, ainsi que Daniel l’était alors, au milieu des nations.

D’autres prophètes parlent de ce que Dieu fera après, en bénédiction pour son peuple, mais non pas Daniel. Il se borne à dire que le Résidu sera heureux. Le reste est caché, ce n’est pas l’objet de ce livre.

«Et toi (Daniel), va jusqu’à la fin ; et tu te reposeras, et tu te tiendras dans ton lot, à la fin des jours.» Tu jouiras de tout ce bonheur, il ne te faut pas t’inquiéter ; Dieu aura soin de toi, va et reste tranquille, tu auras part à toutes ces choses. Nous savons que c’est à la première résurrection, à la résurrection des saints que Daniel aura cette part avec Abraham, Isaac et Jacob, et tous ceux qui ont été fidèles dans tous les temps.

Nous voici à la fin de ce livre remarquable tout ce que j’ai pensé à présenter, ce sont les grands traits que Dieu m’a donné de comprendre jusqu’à présent. Ces quelques jalons, je l’espère, pourront aider les auditeurs à aller plus loin eux-mêmes. Que Dieu veuille bénir sa Parole !