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ÉTUDE sur DANIEL
par J. N. Darby
Tables des matières:
Le livre de Daniel traite du temps où Israël, le peuple de Dieu, est assujetti aux Gentils. La première chose qui nous y est présentée, c’est l’accomplissement de la menace faite à Ézéchias, en Ésaïe 39:6, 7. Le trône de Dieu est enlevé à Jérusalem ; la puissance et le royaume sont transportés au milieu des Gentils, et, quant à son état, Israël, en vertu du jugement de Dieu, n’étant pas désormais son peuple, est retenu en captivité. Cependant Dieu ne l’abandonne pas, et approprie ses bénédictions à cet état, quel qu’il soit. Dans les circonstances dont je viens de parler, la chose qu’il importait le plus à l’Israélite fidèle de connaître, était l’histoire de la puissance des Gentils, à laquelle le peuple de Dieu était assujetti, ou, en d’autres termes, le caractère et la conduite de cette puissance, et quelle serait la condition du peuple de Dieu sous son Empire ; enfin quel serait l’effet de ces choses sur l’accomplissement des promesses faites à Israël. Comme il s’agissait en tout cela de la gloire de Dieu, puisque Dieu avait confié à ces Gentils la puissance sur la terre, il importait aussi de connaître quelle serait leur conduite sous cette responsabilité.
Ce livre embrasse donc deux sujets principaux : en premier lieu, le caractère et la conduite des quatre monarchies qui remplissent la période appelée «le temps des Gentils», depuis le moment où Dieu s’est retiré de Jérusalem, où son trône a cessé d’y être, où il a transféré aux Gentils la puissance impériale du monde, jusqu’au moment du rétablissement de ce trône en Israël ; — en second lieu, les rapports de ces nations avec Israël son peuple, pendant la période où elles exercent la suprématie qui leur a été confiée.
Il ne faudrait pas penser qu’il n’y ait rien de pratique en tout cela : d’abord le chrétien y est informé du résultat du train de ce monde, et averti des choses qui ne se voient pas encore — il s’en sépare, et s’éloigne de l’esprit de ces choses, dont le dénouement sera si terrible. De plus, il est tranquille et heureux ; il ne sent pas le besoin de livrer son coeur au monde qui l’entoure, car Dieu a d’avance ordonné quel en sera le cours et révélé quelle en sera la fin.
Mais il y a encore un autre point : non seulement le contenu de ce livre nous est précieux, en tant que tout se rapporte à Christ, et au peuple aimé de Dieu, mais, comme il arrive pour toute communication de la part de Dieu, il y a une joie particulière dans le fait qu’Il s’entretient avec nous. Nos âmes ne sont-elles pas heureuses quand Dieu nous parle? Or, il ne fait autre chose que nous parler dans les prophéties comme dans toute autre partie de la Parole. Cela nous fait sentir à la fois notre proximité de lui, et sa bonté envers nous ; aussi notre foi en est-elle fortifiée, et la sanctification de nos âmes augmentée et affermie.
Le livre de Daniel se divise en deux parties distinctes, selon les deux grands sujets qu’il contient : six chapitres composent la première, et les six autres la seconde.
Les six premiers renferment, non des communications faites à Daniel, sauf quant aux sujets qu’il doit interpréter, mais les songes du roi Nébucadnetsar, ou les circonstances survenues aux chefs de l’empire. On trouve ici les grands principes généraux des monarchies des Gentils, ou leur histoire publique dans le monde, communiquée prophétiquement à leurs chefs, ou manifestée dans leur conduite. Les six derniers chapitres sont des communications faites au prophète lui-même. Elles relèvent, non seulement les circonstances de l’histoire de ces empires, mais ce qu’ils sont aux yeux de Dieu, ainsi que les détails de leurs rapports avec les Juifs, et avec le culte célébré au milieu de ce peuple. Cela regardait Daniel, comme prophète de Dieu, ayant le peuple de Dieu et la gloire de Dieu à coeur, et ne se bornait pas uniquement à une histoire générale des empires.
Voyons maintenant ce qui met Daniel en mesure d’être le dépositaire des voies de Dieu, au temps de la détresse et de la captivité de son peuple. Il refuse de se souiller en mangeant la nourriture de ce monde. Dieu qui prépare et ordonne tout pour le bien-être des siens, quelles que soient leurs circonstances, quand ils veulent marcher fidèlement, avait disposé le coeur du chef des eunuques en faveur de Daniel et de ses trois compagnons ; cet homme qui les surveillait avait beaucoup de bonté pour eux. Dieu répond aussi aux prières de Daniel, qui, de son côté, ainsi que ses compagnons, est aussi bien, et même mieux de santé, que tous ceux qui s’accommodaient aux voies et à la nourriture de ce monde. En un mot, Daniel est fidèle à ce qui constitue la séparation complète du monde selon la loi juive, et refuse de se nourrir des viandes de la table du monarque païen, conduite, en apparence, condamnable — mais Dieu répond pleinement à sa foi. Ce fait est donné comme base et introduction à toutes les révélations de ce livre. Il en est de même pour nous. C’est la séparation du monde, le refus complet de nous nourrir de ce qu’il pourrait nous donner, qui nous met en position de recevoir les communications de Dieu. Leur plénitude est dans la Parole écrite, mais nous ne les recevons jamais que par l’enseignement direct de Dieu, afin que ce soit par la foi, quel que soit l’instrument dont Dieu se serve pour nous les présenter.
Dieu prépare bientôt l’occasion où Daniel devra lui servir de témoin, après l’avoir, par sa grâce, disposé à cette mission. Il agit par des voies qui laissent le monde complètement en défaut ; il permet que la mémoire manque à Nébucadnetsar, afin de le placer forcément sous la dépendance du prophète qui possédait le témoignage de Dieu, et dont le Tout-Puissant voulait faire ressortir l’intelligence divine.
Cependant, au moment de la difficulté, Daniel ne sait pas la résoudre plus que les autres. Dieu lui fait sentir sa dépendance, mais il a la foi ; et la dépendance et la foi s’identifient. À la demande de Daniel, lui et ses compagnons se mettent à prier le Dieu des cieux, car c’était sous le caractère de Dieu des cieux, que Daniel le connaissait. Plus tard, Il sera aussi, de fait, le Dieu de la terre, comme il l’est toujours de droit.
Dieu leur répond, en se servant de toutes ces difficultés pour s’identifier avec le pauvre Résidu de son peuple.
La première chose que fait Daniel n’est pas de courir vers le roi pour annoncer la découverte du secret, et jouir de la délivrance ; il se tourne, avec actions de grâces, vers Dieu qui l’a exaucé ; il Lui attribue tout ce qui pouvait consoler le Résidu pendant la domination de ces puissances rebelles à Dieu (2:21).
Auprès du roi, Daniel ne s’élève pas ; il se cache, pour ainsi dire, derrière la gloire de Dieu. C’est quand nous savons nous anéantir complètement que nous sommes vraiment élevés, car si Daniel disparaît, Dieu lui-même se manifeste en lui. Puissions-nous avoir la sagesse et la force spirituelle de disparaître ainsi derrière Jésus, pour le mettre toujours en avant, afin que Lui seul paraisse, car tel est notre grand et précieux triomphe.
Quant à l’interprétation du songe, peu de mots suffiront, vu les lumières généralement répandues aujourd’hui sur ce sujet. Tous y reconnaissent les quatre grandes monarchies : la Babylonienne, celle des Perses, la Grecque et la Romaine. Dans les versets 37 et 38, la domination est donnée à Nébucadnetsar par le Dieu des cieux, une domination universelle, unique et absolue sur la terre (et non sur les mers). Il ne nous est pas dit jusqu’à quel point cela a été réalisé, , mais le don en a été fait, et cette monarchie est la première qui, à ce qu’il paraît, ait possédé cette puissance de la manière la plus pure et la plus absolue, c’est-à-dire directement de la part de Dieu. Elle était dans la personne de son chef, la tête d’or. La quatrième devait tout écraser par sa force ; mais à la fin elle serait divisée, et dans cet état elle serait mélangée de force et de faiblesse : résultat de l’union de l’empire, avec des éléments hétérogènes, c’est-à-dire, selon moi, les Barbares avec ce qui était proprement Romain.
A la fin, le Dieu des cieux établira le royaume du Christ, qui mettra de côté, par le jugement, toutes ces monarchies. Remarquons ici que le royaume du Christ est son royaume établi en puissance dans le monde, et non la douce influence de l’Evangile de la grâce. La première chose que fait la petite pierre avant de croître et de devenir une grande montagne qui remplit toute la terre, est de frapper la statue, en sorte qu’elle devienne «comme la balle de l’aire d’été». Ce n’est qu’après cela que la pierre devient une montagne, c’est-à-dire, quand Christ aura exécuté le jugement qui brise et détruit la puissance des Gentils. Alors son royaume remplira la terre, comme un royaume terrestre et de jugement. Jusqu’ici nous n’avons que l’histoire des monarchies, sans les caractériser moralement devant Dieu, ni signaler leur conduite ; c’est ce que l’on trouve dans les quatre chapitres suivants.
Je ne ferai qu’indiquer, pour y revenir plus tard, les traits qui nous en sont donnés :
Le premier, c’est l’idolâtrie, ou la puissance civile s’efforçant de soumettre le peuple à la loi d’une unité religieuse, dont cette puissance a établi l’objet, savoir la statue d’or.
Le second trait, c’est que les chefs de l’Empire deviennent des Bêtes, c’est-à-dire, qu’ils perdent la conscience de leur relation avec Dieu. Au lieu d’être sous Sa dépendance, selon les lumières du pouvoir d’en haut — ce qui est la seule et vraie gloire de l’homme — ayant perdu ces lumières, ils se placent au rang des bêtes.
Le troisième trait est l’impiété. Elle se montre dans la conduite de la puissance impériale envers les Juifs et le Dieu des Juifs, dont ils déshonorent le nom, ainsi que tout ce qui sert à son culte.
Le quatrième trait est l’exaltation de l’homme — le chef de l’Empire se faisant Dieu, et défendant qu’on adresse des prières à d’autres qu’à lui seul.
Dans tous ces cas, l’histoire se termine par l’exaltation du vrai Dieu.
Dans le premier cas, le Gentil reconnaît le Dieu de ceux qui ont préféré la fournaise à l’idolâtrie.
Dans le second, les Gentils eux-mêmes, reconnaissent le Dieu des cieux, qui les a abaissés quand ils marchaient dans leur orgueil, orgueil dont Babylone avait été le centre.
Dans le troisième, le jugement est exécuté contre le roi impie.
Dans le quatrième, ce n’est pas seulement le Dieu des cieux qui est proclamé, mais sa puissance est établie avec autorité, et il est reconnu que son royaume est celui qui durera à toujours.
Si vous vous en souvenez, le chapitre 2 que nous avons lu l’autre jour, nous a donné l’histoire générale de la période dont ce livre s’occupe, communiquée dans un rêve dont Nébucadnetsar reçoit l’interprétation par le prophète Daniel. C’est l’histoire du temps des Gentils. Les quatre monarchies nous y sont présentées, puis leur dispersion finale, par le jugement que la petite pierre (le royaume du Christ, le Christ lui-même) exécutera contre toute la puissance des Nations.
Nous l’avons vu, c’est après avoir détruit la statue que la petite pierre devient une grande montagne qui remplit toute la terre.
Puis nous avons dit que les chapitres suivants, jusqu’à la fin du 6°, nous présentent le caractère et la conduite de ces empires : les grands principes qui les gouvernent ; et qu’au lieu d’être soumis à Dieu, ils sont en rébellion contre Lui, persécutent son peuple et s’élèvent contre lui, ce qui attire sur eux le jugement de Dieu.
Dans ce chapitre 3 nous voyons le premier péché, l’idolâtrie, qui caractérise la puissance des Gentils, ou la puissance qui règne de leur temps.
Au chapitre 4, ces empires, au lieu d’être soumis à Dieu, deviennent des Bêtes, agissent comme elles, comme des bêtes redoutables, cessent d’être soumises (tandis que les hommes reconnaissent leur assujettissement à Dieu) et perdent l’intelligence.
Dans le chapitre 5, l’impiété est manifestée, et au chapitre 6, le chef de l’empire s’élève pour se faire Dieu lui-même. Dès lors vient le détail des circonstances de ces empires, et leur relation spéciale avec le peuple de Dieu.
Les principes sont donnés dans toute la première partie, et les détails de l’histoire dans la seconde, le livre se divisant exactement en deux parties de six chapitres chacune. Celui que nous lisons ce soir nous donne les grands principes de conduite de la puissance qui domine pendant le temps des Gentils.
Dans ce chapitre 3, l’idolâtrie est la première chose que la puissance civile établisse, dans le but de fonder l’unité religieuse, en éloignant tout le peuple du vrai Dieu, et en lui substituant autre chose. Tel est le grand principe qui nous est présenté comme caractérisant l’empire des Gentils ; il donne occasion à la fidélité du peuple de Dieu de se manifester. Nébucadnetsar veut que tout le peuple, même que tous les peuples (car il en avait plusieurs sous sa domination), qui étaient réunis dans son empire, adorent cette statue. C’est l’idolâtrie.
C’est ainsi que la puissance de Satan se manifeste ; il pousse la puissance civile à produire l’unité, car il n’y a pas de motif plus puissant que la religion pour les masses. (Je ne parle pas ici de la vérité qui rend à Dieu sa suprématie sur la conscience, en liant cette dernière à Lui.) Satan pousse les puissances civiles à établir l’unité, afin que tout soit bien uni et réglé sous sa domination. C’est ce que fait Nébucadnetsar. Il dresse cette statue dans la province de Babylone, et veut que tous les gouverneurs se réunissent pour reconnaître ses dieux.
Effectivement, c’est un moyen extrêmement puissant pour exercer une grande influence sur les peuples, les tenir soumis et les unir les uns aux autres, ainsi qu’à la puissance civile qui s’en fait le centre, ou du moins qui soutient cette religion et s’identifie avec elle. Dès lors, si c’est la puissance civile qui fait cela, il faut absolument qu’il y ait persécution, plus ou moins violente, il est vrai, mais de fait persécution.
Il faut donc que tout soit établi par la puissance civile. C’est ce que fait Nébucadnetsar. Il dit : «Que celui qui ne le fera pas soit jeté à l’heure même au milieu d’une fournaise de feu ardent». Telle est la conséquence pour ceux qui manquent à cette unité religieuse idolâtre, établie pour tous les peuples de la terre.
Une autre conséquence manifeste, et l’une des marques de toute cette puissance des Gentils, c’est l’impiété, qui non seulement ne veut pas respecter la conscience, mais de plus, ne tient pas compte du droit de Dieu, et c’est là son côté important. La conscience est importante, sans doute, mais les droits de Dieu le sont encore davantage.
Voici ce que dit Nébucadnetsar (v. 15) : «Qui est le Dieu qui vous délivrera de ma main ?» C’est l’impiété, le principe de blasphème qui a été celui de la Bête de tout temps et dans toute circonstance, l’idée de la puissance qu’elle possède et qu’elle tient (*). Souvenons-nous que le Dieu qui l’a donnée est Celui qui la domine. L’impiété, en oubliant la source de la puissance, veut s’arroger tous les droits en dépit de Dieu Lui-même. Elle se lie immédiatement à l’idolâtrie, à l’unité en matière de religion, car elle tombe dans les mains de l’ennemi en s’éloignant de Dieu. Puis quand la puissance civile veut absolument établir cette unité, elle met de côté, non seulement les droits de la conscience, mais les droits de Dieu lui-même.
(*) «Cette puissance qu’il a, est devenue son Dieu» (Habakuk 1:11).
Cette remarque s’applique aussi d’une manière plus spéciale à la Parole de Dieu. Ce n’est pas seulement que l’homme ait droit à la Parole de Dieu, et que le prochain ne puisse s’y opposer ; mais un droit plus sacré encore est contesté, si on la lui ôte : c’est que Dieu a le droit d’adresser ce qu’il veut aux âmes des hommes, et que, leur ayant adressé sa parole, ceux qui les en privent agissent contrairement à ses droits, et méconnaissent l’autorité de Dieu qui a voulu la leur envoyer.
J’ai des serviteurs, des personnes sous ma dépendance, et je leur envoie mes ordres. Evidemment, si quelqu’un empêche les serviteurs de recevoir ces ordres, il empiète, non seulement sur leurs droits, mais sur les miens, et c’est là le grand point ; Dieu tirera vengeance de tout cela sans doute. C’est une chose terrible de violer la conscience d’autrui pour satisfaire à sa propre méchanceté. Mais Nébucadnetsar mettait complètement de côté les droits du vrai Dieu. C’est là le principe blasphématoire qui s’attache aux Gentils dès le commencement, le premier acte de cette tête d’or, fondement même de la puissance des Gentils, qui nous est présentée dans ce chapitre 3°.
D’autre part un fait très touchant quant à Shadrac, Méshac et Abed-Négo, est qu’ils ne s’inquiètent de rien. «Il n’est pas nécessaire», disent-ils au roi Nébucadnetsar, «que nous te répondions sur ce sujet» (v. 17, 18).
La conséquence de cette confiance ne sera-t-elle pas que ces fidèles échapperont à la persécution ? Aucunement ; ils n’y échappent pas ; Dieu permet qu’ils soient mis à l’épreuve ; Il ne se manifeste pas avant l’épreuve, mais il permet à Nébucadnetsar d’accomplir tout ce qu’il veut. Ils sont jetés dans la fournaise de feu ardent, comme plus tard Daniel lui-même dans la fosse aux lions.
Ils n’offrent aucune résistance à l’ardeur de la persécution, ils ne veulent pas faire la volonté de Nébucadnetsar en violant leur conscience, mais ils se soumettent complètement à ses ordres quant au corps, et ne lui cèdent rien quant à l’âme. Or en voici la conséquence : ils sont déliés par le feu, et rien n’est brûlé que les liens dont le monde avait réussi à les charger ; bien plus, ils trouvent dans le feu le Fils de Dieu. Il n’y a pas d’autre conséquence pour eux, et c’est, en outre, un témoignage immédiat de l’intérêt que Dieu prend à ses pauvres serviteurs. Or la conséquence de leur délivrance est de forcer la puissance civile à reconnaître que leur Dieu est un Dieu qui délivre son peuple, et qui daigne allier Son nom au leur. C’est ce que dit Nébucadnetsar : «Béni soit le Dieu de Shadrac, de Méshac et d’Abed-Négo, qui a envoyé son ange et a sauvé ses serviteurs qui se sont confiés en lui», etc. (v. 28, 29).
Tel est le principe du fidèle : il a livré son corps afin de ne servir aucun autre Dieu que son Dieu. De plus, ces fidèles sortent, témoins de la puissance de Dieu, leur Dieu, à la vue de tout le monde. Satrapes, gouverneurs, tous les dignitaires disent : Il est le Dieu de Shadrac, Méshac et Abed-Négo. Il en arrivera de même aux Juifs fidèles ; ils seront dans la fournaise de feu à la fin, mais, en même temps, Dieu sera manifesté comme leur Dieu. Nous avons une espérance plus élevée que celle-là, même si nous devions être mis à mort. Notre espérance est l’espérance de la gloire de Celui qui nous a sauvés, dont nous jouirons avec lui, là où il est. Mais quant à ceux qui composent le Résidu juif, liés par la puissance de la mort, ils seront délivrés par la puissance de Dieu, et le vrai Dieu sera reconnu être leur Dieu.
Nous avons indiqué le premier caractère de ces Bêtes et nous allons poursuivre, dans les chapitres suivants, le tableau qui nous est fait des autres Bêtes.
Dans le chapitre 4°, nous trouvons le songe de Nébucadnetsar, de cet arbre élevé qui domine toute la terre. Voici ce qui en est dit : «Les visions de ma tête, sur mon lit, étaient celles-ci : je voyais, et voici, un arbre au milieu de la terre, et sa hauteur était grande» (v. 10). Un grand arbre est toujours le symbole d’un personnage très puissant sur la terre. Ici c’était un seul arbre qui suffisait pour tout abriter et tout remplir de sa gloire, car en effet Nébucadnetsar dominait sur toute la terre civilisée ou prophétique. Il n’y avait qu’un seul arbre pour ainsi dire. Sous son ombre se tenaient les bêtes des champs; elles cherchaient un abri sous lui, et dans ses branches habitaient les oiseaux des cieux.
Mais quelle en est la suite? L’élévation de l’homme. Dieu avait confié la puissance à Nébucadnetsar, il avait été extrêmement béni de Dieu temporellement. La conséquence en est que l’orgueil s’empare de lui ; et cela malgré l’avertissement qui lui est donné par l’interprétation de son songe et la prédiction expresse de ce qui allait lui arriver, car le coeur s’aveugle par les choses que les yeux voient.
Ce n’est donc pas ici l’unité d’une religion extérieure, ce n’est pas non plus maintenant la délivrance de Dieu ; c’est un autre caractère de la Statue, c’est-à-dire de la puissance des Gentils. Du moment où Dieu, dans sa providence, élève l’homme, l’homme s’élève dans son coeur. Alors tout est perdu.
Voici, par rapport aux voies de Dieu, la portée de ce second caractère des Bêtes. Le trône de Dieu avait été ôté des Juifs ; Dieu place alors les Gentils, en la personne de Nébucadnetsar, dans cette position de puissance. Dans le premier cas, la position de l’homme était celle de l’obéissance ; dans le second, le pouvoir lui est confié, mais dans l’un, comme dans l’autre, la conséquence est toujours la même: l’homme est coupable; comme il n’a pu observer la loi, ainsi le pouvoir ne peut lui être confié sans qu’il s’élève contre Dieu qui le lui a donné : «N’est-ce pas ici Babylone la grande, que j’ai bâtie... par la puissance de ma force et pour la gloire de ma magnificence ?» C’est donc lui qui a fait la chose ! Incontinent il est changé en Bête et perd complètement la raison. Une bête peut être puissante, énorme, plus forte qu’aucun homme, faire preuve de beaucoup de sagacité dans sa conduite, mais elle regarde en bas ; il ne s’agit pas pour elle de conscience dans sa conduite, il n’y a point de relation connue entre elle et Dieu.
La chose qui élève véritablement l’homme, c’est la soumission, la capacité de comprendre la volonté de Dieu, capacité qui le lie à ce qui est plus élevé que lui. Mais du moment qu’il dit : «J’ai bâti» il perd moralement sa relation avec Dieu. Il s’élève lui-même, et tout ce qu’il y a de vraiment élevé en lui est perdu, il prend en cela le caractère d’une Bête ; il peut être très fort, très puissant extérieurement, mais ce qui élève légitimement l’homme, ce qu’il y a de plus élevé en lui, c’est, je le répète, une capacité de maintenir des relations avec Dieu. Dès lors, il faut que Dieu reste Dieu ; c’est-à-dire : pour que l’homme maintienne sa véritable élévation, il faut qu’il soit soumis à Dieu. Lorsqu’il sort de cette soumission, il a des objets au-dessous de lui-même, auxquels ses affections s’attachent ; il se dégrade immédiatement. C’est ce qui est arrivé à Nébucadnetsar. Il est là avec les bêtes, ayant perdu la raison, l’intelligence.
Enfin, nous voyons l’effet de tout cela. Dieu est glorifié, et il en arrive toujours ainsi : «Dans ce temps-là, mon intelligence me revint» (v. 36, 37).
Tel est l’effet des jugements de Dieu sur la puissance des Gentils. On ne trouve pas ici la manifestation de ses relations avec le pauvre Résidu de son peuple, comme on le voit dans le cas de Shadrac, Méshac et Abed-Négo; mais il abaisse ici l’orgueil de la puissance terrestre. L’homme s’est élevé contre Dieu, et là où il a cru être le plus fort, l’Éternel a le dessus sur lui (Exode 18:11).
C’est le grand principe du chapitre 4°, et en outre le principe de la mauvaise conduite de cette puissance des Nations. Elle s’élève contre Dieu, descend au niveau de la Bête dans son intelligence ; elle est jugée (*). Sept ans passent sur elle ; enfin elle reconnaît Dieu. C’est-à-dire que la puissance souveraine des Gentils est livrée à un état de folie, et privée de toute vraie intelligence pendant la période complète de son existence impériale. Après cela elle reconnaît Dieu.
(*) On peut consulter à ce sujet le prophète Habakuk, dont la prophétie est une espèce de commentaire raisonné sur ces deux chapitres.
Dans ce chapitre le roi Belshatsar fait un festin, et commande qu’on lui apporte les vases d’or et d’argent que Nébucadnetsar, son père, a tirés du Temple qui était à Jérusalem ; afin que le roi et ses gentilshommes, ses femmes et ses concubines, y boivent (v. 2, 3).
Un autre caractère de l’iniquité des Gentils est développé ici avec plus de détails. C’est l’impiété complète, cause immédiate de la destruction de la puissance de Babylone. L’impiété qui, dès le début, forme le caractère de la Bête est vue ici sous cette autre et troisième forme ; impiété toujours en rapport avec les Juifs, parce qu’il s’agit du Dieu de la terre, d’un Dieu exerçant son gouvernement sur la terre, et non pas de l’espérance de l’Église dans le ciel. Les Gentils, le chef des Gentils, sont toujours en scène. Dieu a livré les Juifs entre les mains de ce chef ; ils sont en captivité ; Dieu a livré son autel, son sanctuaire (Lament. 2:7), tous les signes extérieurs de Sa présence et de Sa gloire, entre les mains des Gentils.
Alors le chef des Nations s’en prévaut, et parce que Dieu leur a ainsi livré les Juifs, les Nations glorifient leurs faux dieux, les exaltent, et déshonorent Dieu de tout leur pouvoir. Telle sera, à la fin, la conduite du chef de Babylone : l’impiété ouverte. Ce n’est pas seulement le principe d’idolâtrie pour parvenir à ses fins ici-bas, ni l’orgueil du coeur qui dit : «J’ai bâti» ; sans doute, ces principes le caractérisent, car il est homme, mais c’est de plus un acte immédiat qui déshonore le vrai Dieu, le Dieu qui, par son châtiment, a livré lui-même son peuple entre les mains des méchants. Le chef de l’empire s’élève contre le Dieu des Juifs. Or, au moment où il fait cela, une main d’homme écrit vis-à-vis du chandelier, sur l’enduit de la muraille, ces mots : «Mené, Mené, Thekel, Upharsin», le roi voyant cette partie de la main qui écrivait.
«Alors Daniel répondit et dit devant le roi... Ô roi, le Dieu Très haut donna à Nébucadnetsar, ton père, le royaume, et la grandeur, et l’honneur, et la majesté... Et toi, son fils Belshatsar, tu n’as pas humilié ton coeur, bien que tu aies su tout cela. Mais tu t’es élevé contre le Seigneur des cieux ; et on a apporté devant toi les vases de sa maison, etc.»
Alors le jugement tombe sur Belshatsar, et son royaume est détruit (v. 30). En cette même nuit Belshatsar, roi de Chaldée, est tué, et Darius, le Mède, s’empare du royaume.
Au chapitre 6°, nous trouvons le quatrième principe du mal qui existait parmi les nations, au milieu de cette puissance des Gentils, et qui met le comble à toute cette iniquité. Ce n’est pas seulement l’impiété qui déshonore Dieu, c’est l’homme qui s’élève, et se met à la place de Dieu lui-même. Poussés par un esprit de flatterie et mus par le désir de la ruine totale du témoignage juif et par la jalousie de la bénédiction que Dieu accordait à ce peuple, les satrapes s’assemblent vers le roi, et lui disent, v. 6, 7 : «Roi Darius, vis à jamais ! Tous les présidents du royaume, les préfets et les satrapes, les conseillers et les gouverneurs ont tenu conseil ensemble pour établir un statut royal et mettre en vigueur une défense, portant que quiconque, etc.»
Voilà donc ce qui est proposé, c’est que personne ne soit reconnu Dieu, qu’on ne fasse requête à personne si ce n’est à Darius lui-même. C’est ce qui arrivera, nous est-il dit, au Méchant, qui s’élève contre tout ce qui est appelé Dieu, en sorte que lui-même s’assiéra au temple de Dieu, se présentant lui-même comme étant Dieu (2 Thess. 2:4). Voici ce qui, plus loin dans ce livre, est dit de lui (Daniel 11:36, 37) : «Le roi agira selon son bon plaisir, et s’exaltera, et s’élèvera contre tout dieu, et proférera des choses impies contre le Dieu des dieux ; et il prospérera jusqu’à ce que l’indignation soit accomplie ; car ce qui est déterminé sera fait. Et il n’aura point égard au Dieu de ses pères... ni à l’objet du désir des femmes, ni à aucun dieu ; car il s’agrandira au-dessus de tout».
C’est alors qu’il est détruit. Le dernier terme de l’iniquité est arrivé : c’est-à-dire l’élévation de l’homme contre Dieu, sa tentative de se mettre à la place de Dieu sur la terre. C’est une triste histoire. Toutefois, dans chaque cas où les fidèles ont été mis à l’épreuve (soit par Nébucadnetsar, soit par Darius) à la suite de l’humiliation des chefs des Nations, leur puissance qui s’était élevée auparavant, a reconnu Dieu, et c’est là que les Gentils sont amenés par l’intervention de Dieu.
Darius aussi en vient là. «De par moi l’ordre est donné que, dans tous les gouvernements de mon royaume, on tremble devant le Dieu de Daniel et on le craigne ; car il est le Dieu vivant, et il subsiste à jamais, et son royaume... ne sera pas détruit, et sa domination durera jusqu’à la fin.»
Il y a une différence à faire remarquer ici : Nébucadnetsar reconnaît que le Dieu des cieux, est le Dieu des Juifs, de Shadrac, de Méshac, et d’Abed-Négo, et qu’il n’y a point de Dieu qui puisse délivrer de la sorte.
Ici aussi nous avons le Dieu de Daniel, soit du Résidu fidèle des Juifs ; mais c’est le Dieu vivant et permanent à toujours, dont le royaume ne sera jamais dissipé, et dont la domination subsiste à jamais. C’est ce qui aura lieu à la révélation de Jésus Christ, à l’établissement de son royaume, qui n’aura pas de fin. «Il sauve et il délivre, et il opère des signes et des prodiges dans les cieux et sur la terre : c’est lui qui a sauvé Daniel de la puissance des lions» (v. 27).
C’est toujours la délivrance des Juifs, du Résidu juif, qui est la manifestation publique de la pensée de Dieu sur la terre, et qui donne lieu à ce que les Gentils reconnaissent que Dieu est le vrai Dieu, comme cela se voit dans bien des passages des autres prophètes. Ils diront ce que Jéthro dit à Moïse : «Maintenant je connais que l’Éternel est plus grand que tous les dieux».
Voilà donc le vrai Dieu reconnu par la délivrance de son peuple, des Juifs, et en même temps par les jugements qu’il exécute, au temps voulu, sur ceux qui s’élèvent contre lui. Le premier jugement, car c’en est un, est que le chef des Gentils perd la raison, l’intelligence des voies de Dieu, de ses jugements; le second jugement est la destruction complète du roi de Babylone. Il est détruit la nuit même où il déshonore le Seigneur. Celui-ci le met hors du royaume, le dépose et lui ôte sa puissance. C’est une triste histoire que celle des Gentils : elle est glorieuse dans son résultat, qui est la manifestation des voies de Dieu envers son peuple, mais elle n’en est pas moins affligeante.
Au 3° chapitre nous avons vu l’idolâtrie, ou plutôt l’unité établie dans l’idolâtrie par la puissance de l’autorité civile, laquelle, en apparence, est maîtresse, tandis qu’en réalité elle n’est que l’esclave de Satan. Le 4° chapitre nous montre l’élévation de soi-même, le 5°, l’impiété ouverte contre l’Éternel, et enfin, le 6°, le chef des Gentils usurpant la place de Dieu. Malgré cela nous voyons le peuple de Dieu complètement soumis à la puissance temporelle de ces rois, car leur puissance vient de Dieu ; c’est le principe tout simple du chrétien ; il se soumet. L’usage que font les puissances établies, de la force que Dieu leur a donnée, ne change pas la source de leur puissance. Jésus reconnaît que la puissance de Ponce Pilate, par laquelle ce gouverneur le condamne, vient de Dieu. Il rend témoignage, accomplit la volonté de Dieu et, quand son heure est arrivée, se soumet aux actes du chef ordonné de Dieu.
Il est clair que les Gentils, dans cet emploi de leur puissance contre Dieu, sont conduits par Satan ; ainsi, tout en tenant de Dieu cette puissance, ils s’en servent pour Satan.
Que doit faire l’enfant de Dieu ? Il ne se maintient pas en s’appuyant sur la puissance ; il agit selon sa conscience qui ne cherche que la volonté de Dieu, mais il se soumet ; il livre son corps, car sa conscience n’est soumise à nul autre qu’au Seigneur, et il ne peut avoir deux maîtres. Shadrac, Méshac et Abed-Négo subissent leur sort, mais en même temps, il ne font rien de tout ce que le roi, par l’emploi de sa puissance, voudrait qu’ils fissent. Ils ne cherchent pas à détourner Nébucadnetsar de ses projets, cela ne se pouvait pas ; ils sont menacés et punis par lui, mais ils sont fidèles à leur Dieu, et Dieu les délivre. Ils s’abandonnent à Lui ; il nous délivrera, disent-ils, mais s’il ne nous délivre pas, nous ne ferons absolument rien de ce que le monde exige de nous, de ce qui est contraire à la volonté de Dieu. Tel est toujours le principe du fidèle.
Je ferai ici encore une remarque, c’est que, lors même que l’homme est infidèle (comme l’étaient alors les Juifs), Dieu ne perd jamais ses droits. Il peut donner la puissance aux Gentils pour un temps, mais la conséquence de ne jamais perdre ses droits est qu’Il n’abandonne jamais son peuple, comme il dit au Pharaon : «Laisse aller mon peuple». Le peuple d’Israël était en quelque sorte un sujet de controverse entre le Pharaon et Dieu. Et quelle en a été la conséquence ? Nous avons d’autres espérances, nous chrétiens, mais le principe dont nous parlons reste toujours vrai. Daniel qui a la foi, parle comme la foi parle toujours, au point de vue de Dieu lui-même. Dieu, il est vrai, avait dit : «Ce n’est plus mon peuple», mais Daniel parle toujours d’Israël comme du peuple de Dieu, parce que la foi reconnaît tous les droits de Dieu. Quand un Juif avait la foi dans le coeur, malgré ses circonstances, Dieu le reconnaissait et cela est extrêmement précieux.
Il est impossible, malgré tout ce que Satan a pu faire dans l’Église de Dieu, qu’il nous mette dans une position où Dieu ne reconnaisse pas cette foi. Si cela était possible Dieu perdrait ses droits.
Les grands traits qui caractérisent la puissance des Gentils, depuis Nébucadnetsar jusqu’à la fin, sont de toute importance pour comprendre les choses de Dieu. Car, quoique nous, chrétiens, nous ayons une tout autre espérance, nous sommes dans le temps des Gentils. Plus nous approchons de la fin, plus Israël gagnera en importance, et les chrétiens peuvent voir à la manière dont vont les choses, que le train actuel du monde avance rapidement vers la fin ; aussi, plus Israël gagne en importance, plus il nous importe de connaître les vues de Dieu envers son peuple.
Pour conclure, voici toute l’histoire des Gentils, de la part de Dieu et au point de vue de Dieu. C’est l’idolâtrie, la persécution pour forcer le peuple à embrasser l’idolâtrie, la privation de l’intelligence ; ils ne reconnaissent pas Dieu ; ils ne veulent pas le connaître. «N’est-ce pas ici Babylone la grande, que j’ai bâtie?» C’est l’impiété, c’est enfin l’orgueil de vouloir être Dieu, au point que le roi ne permet pas qu’aucune requête soit adressée à d’autres qu’à lui.
Quand je dis l’histoire des Gentils, je parle de celle des quatre empires depuis Nébucadnetsar, depuis le temps de la ruine de Jérusalem jusqu’au moment où le Seigneur Jésus viendra et détruira cette puissance impie et apostate, car ce que nous venons de lire maintenant, prédit l’établissement du royaume de Dieu sur les ruines causées par la folie de l’impiété de l’homme.
Nous avons vu, dans ce qui précède, la manière dont les grands principes nous sont présentés. Mais, après cela, Daniel lui-même reçoit des révélations de Dieu. C’est lui qui représente le Résidu des Juifs fidèles, c’est à lui que Dieu fait ses communications, c’est lui qui interprète les songes que les autres ont reçus, c’est à lui que sont confiés les détails qui concernent le peuple de Dieu. Jusqu’ici, nous avons vu la conduite publique des Gentils ; mais ce qui regarde les Juifs, c’est à son prophète que Dieu le communique.
J’ai encore une remarque à faire en terminant cette sorte de préface. Ces communications de Dieu, ces révélations de Dieu ont pour effet de nous détacher complètement du monde, de nous faire comprendre que, quant à ce monde, Dieu ne voit, pour ainsi dire, que les Juifs, et les Gentils apostats. Je ne parle pas des chrétiens, mais de la puissance extérieure dans ce monde. Il ne voit que ces grandes et terribles Bêtes ou les Juifs ; pas autre chose. Quand il s’agit des chrétiens, alors Dieu les place tout à fait en dehors de ce monde. Jésus Christ dit : «Ils ne sont pas du monde comme moi je ne suis pas du monde». Il en doit être ainsi pour notre activité de chaque jour, à laquelle nous poussent l’énergie et l’activité de l’amour. Quant aux espérances, au but que nous nous proposons, aussi longtemps que Dieu retarde encore son jugement, ce qui peut nous diriger n’est pas l’espérance que le monde doive s’améliorer, car nous voyons que, jusqu’à ce que la sentence soit exécutée, le train du monde n’aboutit qu’à l’impiété et à l’élévation de l’homme, qui amène la malédiction de Dieu sur lui.
Tel est le monde dans lequel nous vivons et ce que Dieu nous en a révélé , mais Il nous a aussi révélé les choses du ciel, il nous a fait connaître Celui que le monde a rejeté, et qui est monté au ciel, de sorte que nous avons un but et des motifs qui doivent gouverner et diriger entièrement toute notre marche. Il faut que, par ces motifs présentés au coeur, et desquels s’occupe le nouvel homme, nous vivions et marchions par l’Esprit dans un monde à nous ; et si nous nous intéressons à cette terre, que ce soit telle qu’elle sera dans le monde à venir dont nous parlons ; mais d’un autre côté, par les avertissements que Dieu nous a donnés ici, par ces détails qu’Il nous a fournis, Il veut nous détacher, et cela avec un esprit intelligent, du monde que nous traversons, scène de notre pèlerinage. C’est une terrible chose que la facilité avec laquelle le monde s’attache à nos coeurs ; je ne dis pas que nos coeurs s’attachent au monde maintenant, quoique cela aussi en soit vite la conséquence, mais que le monde s’attache à nos coeurs.
Si un homme est avare, n’est-il pas une image du monde ? Si un homme est très actif, il s’occupe du monde, il y vit, il est toujours en danger d’être sous l’influence de l’esprit qui le gouverne. Il y a pour nous une difficulté extraordinaire à nous affranchir de l’ensemble des principes de ce monde. Je le sens pour moi-même. Cela varie dans la forme : chez l’un c’est l’avarice, chez l’autre une belle position dans le monde, chez un autre un esprit actif, qui se mêle des affaires politiques. Mais ce n’est pas notre monde, que celui dont je parle ; nous en avons un autre, celui dont Christ sera le chef, le centre et la joie, un ensemble dont la partie céleste avec sa gloire nous appartient, tandis que la paix d’un monde terrestre à venir sera aussi pour nous une jouissance continuelle. Dieu veuille donner que dans tous les détails de notre vie, dans nos circonstances de chaque jour, ce détachement se réalise et se manifeste, et que nous puissions dire : «Ma vie est cachée avec le Christ en Dieu». C’est là le trésor et la joie des âmes de tous ceux qui ont compris le bonheur d’être avec Lui.
Je rappelle ici la division très évidente du livre de Daniel. La première partie se termine à la fin du 6° chapitre. Les communications que cette première partie renferme n’étaient pas faites immédiatement à Daniel, mais à Nébucadnetsar, par un songe ; à Belshatsar, et à Darius, par les choses qui leur sont arrivées, et dont Daniel a donné l’explication.
Dans la seconde partie du livre qui commence ici, nous avons les communications faites à Daniel lui-même. Je rappelle aussi que tout le sujet dont s’occupe la prophétie de Daniel, et ce qui sert même de base à tout le livre, ce sont les Juifs. L’ancien peuple de Dieu était en captivité, et avait été remplacé, quant au trône du monde, du moins quant aux droits à ce trône, par les Gentils. Dieu avait eu son trône à Jérusalem, il n’y était plus, alors qu’il y avait été littéralement. Avant la captivité Dieu avait placé Sa gloire dans le temple ; Il exerçait le gouvernement, punissait les méchants ; c’était un jugement immédiat, la théocratie pure, en rapport avec la royauté ; tout cela avait complètement cessé.
Les Juifs, au lieu d’agir comme auraient dû agir ceux qui étaient sous le gouvernement de Dieu, avaient été totalement infidèles ; ils avaient détruit leurs petits enfants, les brûlant dans le feu à Moloch, et avaient adoré les idoles. La conséquence de cette conduite avait été, que Dieu n’avait pu s’identifier avec une nation pareille. Il l’avait rejetée, avait ôté son trône de Jérusalem, et avait confié la domination et l’empire du monde aux Gentils, comme on le voit au chapitre 2° de ce livre, verset 38. Dès lors le trône était établi parmi les Gentils ; Nébucadnetsar avait pris Jérusalem, et le temps des Gentils avait commencé.
Il y a, dans ce sujet, deux parties ; nous l’avons déjà fait remarquer : d’un côté, la responsabilité des Gentils ; de l’autre, les circonstances des Juifs pendant ce temps-là, spécialement celles du Résidu fidèle, objet spécial des pensées de Dieu. Au cours de la première partie, nous avons vu les caractères généraux des rois Gentils.
Maintenant nous en venons aux détails, beaucoup plus suivis, du caractère et de l’histoire des Bêtes, particulièrement dans leurs relations avec le peuple juif, et avec le Résidu qui s’attendait à Dieu. Non seulement ces Bêtes avaient perdu leur intelligence en refusant d’être soumises à Dieu, mais elles persécutaient Son peuple ; aussi, pour développer plus complètement les circonstances du peuple de Dieu, nous avons, dans cette partie, une histoire plus détaillée de quelques-unes de ces Bêtes, et en même temps les circonstances du Résidu sous leur domination, ainsi que d’autres détails, comme nous verrons plus tard, sur divers événements qui doivent arriver au peuple Saint.
Il y a une autre chose à remarquer : le caractère de ce livre de Daniel qui, dans la partie prophétique, est aussi celui de l’Apocalypse ; c’est-à-dire que rien n’est adressé au peuple de Dieu. Dans les autres prophètes en général, par exemple en Ésaïe, en Jérémie, etc., bien des prophéties concernant les choses à venir, nous sont données : mais le prophète s’adressait alors au peuple de Dieu, parce que ce peuple était encore reconnu. Mais quand le peuple de Dieu n’est plus reconnu du tout, Dieu peut donner à un prophète, à un Résidu, à un Daniel, des révélations qui regardent ce peuple, mais le prophète ne s’adresse plus à lui. Eh bien ! c’est le caractère du livre de Daniel. Ce dernier ne s’adresse pas du tout aux Juifs ; il se réjouit des communications de Dieu ; mais il ne leur en dit pas un mot. Dieu, avons-nous dit, ne reconnaissait plus son peuple, mais il y avait un Résidu représenté par Daniel tout seul (*). Dieu ne reconnaissait plus son peuple dans le gouvernement du monde, mais Il avait un Résidu, et Il communiquait aux fidèles qu’il avait choisis le sort de ce Résidu, et ce qui allait lui arriver.
(*) Sous bien des rapports Daniel est un type de Christ, comme ayant l’Esprit de Christ dans ses sympathies avec le Résidu, et comme étant leur représentant devant Dieu.
Il en est de même dans la partie prophétique de l’Apocalypse, c’est-à-dire que ce sont des communications faites à Jean, et non pas Jean qui parle aux chrétiens. Seulement l’Église étant encore en existence, il est ordonné à Jean de lui faire part de ces communications. Un dépôt de certaines vérités, de certains événements, est fait là pour la bénédiction de l’Église dans tous les temps, ici, pour les Juifs quand ils viendront à croire. Ce qui est important, c’est que cela suppose que le peuple de Dieu n’est plus reconnu ; et je crois aussi que cela a de la force quant à l’Apocalypse, toujours en parlant de sa partie prophétique.
Maintenant, nous allons considérer la seconde partie, ou les six derniers chapitres du livre de Daniel dans lesquels la conduite des Bêtes, ou des diverses puissances des Gentils, nous est détaillée ; ainsi que les circonstances des saints pendant que les Bêtes exercent cette domination, puis le jugement de Dieu qui arrive à la fin.
Dans le chapitre 7°, qui est l’introduction de cette seconde partie, nous trouvons trois visions, dont voici les objets : Le fait général est qu’il y aura ces quatre Bêtes, mais que la quatrième aura une tout autre importance parce que, quoique les trois premières eussent agi méchamment contre Dieu et contre son peuple, ce sera sous la domination de la quatrième et dernière Bête qu’aura lieu la révolte ouverte contre Dieu, soit des Juifs, soit de la chrétienté, soit de la puissance impériale des Gentils ; révolte, dont le résultat sera une destruction totale de la Bête, parce qu’elle se sera élevée d’une manière ouverte contre Dieu, contre son autorité et sa gloire.
La première vision (v. 3-6) ne donne la description que des trois premières Bêtes. La domination leur est, il est vrai, successivement ôtée, mais leur vie est prolongée : elles ne sont pas détruites.
La seconde vision (v. 7) est l’histoire détaillée de la quatrième Bête dont il avait été fait mention.
La troisième vision (v. 13) est l’opposé de tout ce qui précède, c’est-à-dire que la domination est donnée au Fils de l’homme. La formule : «Je voyais dans les visions de la nuit» (v. 2, 7, 13), souligne les trois parties distinctes de la vision du prophète. Ensuite vient l’explication de ces choses.
Daniel donc prend la parole et dit : «Je voyais dans ma vision de nuit, et voici, les quatre vents des cieux se déchaînèrent sur la grande mer. Et quatre grandes bêtes montèrent de la mer, différentes l’une de l’autre» (v. 2, 3). La grande mer signifie constamment, dans le langage prophétique, les masses des peuples, ainsi : Babylone «assise sur plusieurs eaux». Ces grandes eaux sont les peuples qui ne sont pas encore formés en royaumes, en empires, en monarchies, mais qui sont reconnus par Dieu comme objets prophétiques. Ce qui est organisé est plutôt la terre. Vous trouverez, par exemple, la distinction entre la terre et la mer, au chapitre 13° de l’Apocalypse, où la première Bête sort de la mer, tandis que la seconde sort de la terre, parce que la première Bête était l’empire qui surgissait de la confusion des nations et prenait naissance au milieu des peuples, tandis que la seconde Bête se lève, quand la première est déjà sur la terre, et son empire établi. Ces quatre Bêtes sont quatre monarchies.
«La première Bête était comme un lion, et elle avait des ailes d’aigle. Je vis jusqu’à ce que ses ailes furent arrachées, et qu’elle fut soulevée de terre, et mise debout sur ses pieds, comme un homme ; et un coeur d’homme lui fut donné» (v. 4). C’est la monarchie babylonienne, la première qui ait tout envahi. Le Pharaon a voulu faire de même, mais ses deux bras ont été cassés à Carkemish, près de l’Euphrate (Jér. 46).
Nébucadnetsar fut donc ce lion avec des ailes d’aigle, cette puissance qui envahissait tout. Son empire a duré soixante-dix ans seulement. Darius, le Mède, a pris le royaume. Babylone est restée une très grande ville après que son empire lui eut été ôté ; il y eut même plus tard un jugement sur Babylone ; elle fut assiégée et prise. Elle a donc été mise sur ses pieds comme un homme, soumise et ne s’emparant plus des nations ; elle était devenue une province, et n’était plus l’empire de la terre.
«Et voici une autre, une seconde Bête, semblable à un ours, et elle se dressait sur un côté. Et elle avait trois côtes dans sa gueule, entre ses dents ; et on lui dit ainsi : Lève-toi, mange beaucoup de chair» (v. 5).
C’est l’empire des Perses. Je ne m’y arrête pas parce que quiconque a étudié ces prophéties sait de quoi il s’agit.
La troisième Bête était «comme un léopard ; et elle avait quatre ailes d’oiseau sur son dos ; et la Bête avait quatre têtes ; et la domination lui fut donnée» (v. 6).
La seule remarque à faire, c’est qu’il s’agit de la monarchie d’Alexandre. La Bête nous est présentée aussi bien sous la forme qu’elle revêtit après la mort de ce Prince, lorsque son empire fut divisé en quatre parties, que sous la forme qu’elle avait lorsque cet empire était uni sous une seule puissance. Cette remarque est importante, parce qu’effectivement deux des parties dans lesquelles il fut divisé, ont eu beaucoup plus à faire avec les Juifs que l’empire du temps d’Alexandre lui-même. Elles ont eu des relations constantes avec les Juifs, dont le pays formait une portion de l’empire à l’égard de laquelle deux de ses chefs, savoir le roi du Nord, et le roi du Midi, chacun de son côté, élevaient des prétentions dont nous verrons le détail au chapitre 11°.
Daniel a dit en général (v. 3) qu’il y avait quatre Bêtes ; il vient de parler de trois, la quatrième est réservée pour une autre vision (v. 7).
«Après cela je vis dans les visions de la nuit, et voici une quatrième Bête, effrayante et terrible et extraordinairement puissante, et elle avait de grandes dents de fer : elle dévorait et écrasait ; et ce qui restait, elle le foulait avec ses pieds. Et elle était différente de toutes les Bêtes qui étaient avant elle ; et elle avait dix cornes» (v. 7).
Ce qui distinguait particulièrement cette Bête, c’est qu’elle avait dix cornes (dix Rois). «Je considérais les cornes, et voici une autre corne, petite, monta au milieu d’elles, et trois des premières cornes furent arrachées devant elle. Et voici, il y avait à cette corne des yeux comme des yeux d’homme, et une bouche proférant de grandes choses» (v. 8).
Ce n’était pas seulement une puissance agissant comme emportée par ses passions, quand l’occasion s’en présentait, ni un conquérant allant saisir partout ce qu’il pouvait ; il y avait, dans les mouvements de cette petite corne, une vanterie extraordinaire, de l’intelligence, des desseins, des intentions, des conseils, des réflexions ; il y avait des yeux d’homme pénétrants. Il est dit, par exemple, de l’Agneau dans l’Apocalypse, qu’il avait sept yeux, la perfection de la vision et de l’intelligence ; c’est-à-dire qu’il voyait tout. Ici ce n’était pas la perfection, mais au moins de l’intelligence qui considérait les choses et qui avait des intentions : ce sont les yeux. «Et une bouche proférant de grandes choses.» Cela signifie une vanterie extraordinaire, qui caractérise particulièrement cette corne. C’est à cause des paroles que cette petite corne proférait que la Bête a été détruite. Car cette petite corne, nous le verrons, est ici le sujet principal. C’est elle qui fait tout, qui est cause du jugement de la quatrième Bête. La Bête a pu être l’instrument employé, mais c’est la petite corne qui, moralement, est tout.
«Je vis jusqu’à ce que les trônes furent placés, et que l’Ancien des jours s’assit. Son vêtement était blanc comme la neige, et les cheveux de sa tête, comme de la laine pure ; son trône était des flammes de feu ; les roues du trône, un feu brûlant. Un fleuve de feu coulait et sortait de devant lui. Mille milliers le servaient, et des myriades de myriades se tenaient devant lui. Le jugement s’assit, et les livres furent ouverts» (v. 9, 10).
La séance qui vient de passer sous nos yeux est une séance de jugement. La vraie force du mot employé ici n’est pas : rouler les trônes, mais les placer. Voici l’Ancien des jours qui s’assied pour juger ; des myriades de myriades sont là devant Lui. Les livres sont ouverts. Nous n’avons pas encore le Fils de l’homme. C’est l’Ancien des jours qui juge. Christ était lui-même, sous un autre rapport, l’Ancien des jours ; mais ici il lui est présenté comme Fils de l’homme.
Dans l’Apocalypse, quand Jean regarde, il le voit comme Fils de l’homme, avec tous les attributs de l’Ancien des jours (Apoc. 1:13, 14). Mais ici nous avons proprement l’Ancien des jours, parce que Christ est considéré comme le Messie, ou plutôt comme l’Oint (donc aussi comme homme), parce que c’était sous ce caractère qu’il était connu des Juifs, et comme héritant des droits de l’homme, de la part de Dieu, dans ce monde.
C’est ce qui fait la différence de l’expression : Messie, d’avec celle de : Fils de l’homme. J’en ai été frappé tout récemment en lisant l’évangile de Matthieu.
En tant qu’Oint, il vint comme Roi ici-bas. Quand il est venu comme Messie, nous savons tous qu’il a été rejeté ; le Messie a été retranché, est-il dit, et il n’a rien eu. Mais quand Dieu l’établira plus tard (je ne parle pas de sa gloire dans le ciel, parce que c’est une chose déjà accomplie), quand, dis-je, Dieu l’établira sur son trône, ce ne sera pas seulement comme Messie ; Dieu ne rétablit jamais ce qui est gâté, parce que cette manière d’agir serait indigne de Lui ; si Satan a gâté son oeuvre, Dieu ne se contente pas de raccommoder ce qui est devenu mauvais. Quand la folie de l’homme et la malice de Satan ont détruit quelque bénédiction passagère que Dieu avait présentée à l’homme ou dans l’homme, alors Dieu établit toujours quelque chose d’infiniment supérieur. On trouve un exemple frappant de cela dans la personne de Jésus Christ lui-même. L’homme innocent avait été introduit sur la terre, eh bien ! la folie de l’homme a gâté cette innocence. Est-ce que Dieu rétablit l’homme innocent ? Non, il établit son propre Fils, un homme glorieux dans les cieux et sur la terre. Ainsi Dieu permet que les choses qu’il présente ou confie à l’homme, soient gâtées ; ensuite il établit à leur place quelque chose d’infiniment supérieur, selon son propos arrêté.
Eh bien ! il en est de même du Messie. Il était présenté comme roi des Juifs, il était reconnu, par la foi, comme étant Fils de Dieu. Or, comme Fils de David, il aurait dû gouverner sur le trône de David, s’il avait été reçu.
L’homme, être pécheur, n’a pas voulu le recevoir ; mais, quand il reviendra, ce ne sera pas comme Messie, ni comme fils de David seulement, qu’il sera reçu. Il a fallu qu’il allât recevoir le royaume des mains de son Père ; c’est pourquoi il dit aux femmes, en établissant de nouvelles relations entre Dieu et ses disciples en vertu de son oeuvre et de son ascension auprès du Père : «Ne me touchez pas». Il fallait qu’il s’en allât pour recevoir le royaume en haut, ce n’était plus le royaume dont il ne recevait rien ici-bas, mais le règne sur toutes choses, non pas seulement comme Messie, mais comme Fils de l’homme: la domination sur toutes choses, puisque Dieu a décrété que toutes choses lui seraient assujetties. C’est pour cela que nous le voyons ici venant avec les nuées des cieux comme Fils de l’homme.
Lorsque Christ s’est présenté aux Juifs comme Messie, et même aux Gentils sous Ponce Pilate (Jean 18:37), il a été rejeté ; après quoi Dieu ne l’établit plus seulement comme Messie, mais comme héritier de toutes choses. Comment cela se fait-il ? non point par la volonté de l’homme. Christ a été présenté au bon plaisir de l’homme, mais il n’a trouvé que haine et mépris ; ils l’ont crucifié. Cela sera proclamé par le jugement de Dieu.
Il faut donc, quand cette petite corne profère de grandes choses (v. 8), quand toute l’insolence de l’homme s’est manifestée, qu’elle est venue à son comble, il faut alors que les trônes soient placés, et que Dieu exerce sa domination. Lorsque la domination confiée à l’homme devient la révolte contre Dieu, il faut bien que Dieu y mette la main, que Dieu place des trônes pour lui, que le jugement s’asseye, que les livres soient ouverts, et que l’homme rende compte à Dieu.
Le résultat du jugement de l’Ancien des jours, est de donner le royaume au Fils de l’homme ; car il s’agit ici de la puissance et des droits de l’Ancien des jours. Ce jugement était la démonstration que Celui qui avait les droits depuis le commencement jusqu’à la fin, quoiqu’il fût caché, était Celui qui donnait la domination aux uns et aux autres.
Dieu était caché, pour ainsi dire, pendant le règne des autres Bêtes, néanmoins sa providence agissait. Les Babyloniens furent remplacés par les Perses, ceux-ci par les Grecs. Tout cela s’est fait comme cela se fait encore aujourd’hui dans les voies de la Providence qui gouverne le monde, parce que l’Ancien des jours, dont rien pourtant ne peut anéantir les droits, n’était pas encore assis pour exécuter le jugement selon les choses qui étaient faites contre lui ; mais il n’en sera plus ainsi à la fin : il n’y avait pas encore la révolte ouverte, la Bête qui dit : «Je veux moi-même être Dieu, et personne d’autre ne sera Dieu». Comme il est dit au Prince de Tyr : «Diras-tu peut-être devant celui qui te tue : Je suis Dieu ?» (Ézéch. 28:9). Ce sera le cas de la quatrième Bête, et son jugement sera le jugement de Dieu qui s’exécute contre l’homme, dans cet état de révolte et de rébellion.
Voici donc ce qui attire l’attention de Daniel : «Je vis alors, à cause de la voix des grandes paroles que la corne proférait — je vis jusqu’à ce que la Bête fut tuée ; et son corps fut détruit et elle fut livrée pour être brûlée au feu» (v. 11). Il est étonné d’entendre cette corne oser proférer de telles choses en présence de Dieu, des paroles si insolentes, si orgueilleuses, au point de dire qu’elle seule (la corne) veut être Dieu ! Il est étonné, s’il y a un Dieu, qu’il permette que de telles paroles soient prononcées. Alors il regarde pour voir quel en sera le résultat : «Je vis jusqu’à ce que la Bête fut tuée ; et son corps fut détruit et elle fut livrée pour être brûlée au feu». Voilà le résultat. Puis il ajoute : «Quant aux autres Bêtes, la domination leur fut ôtée ; mais une prolongation de vie leur fut donnée», c’est-à-dire, qu’après que l’empire eut été ôté à Babylone elle subsista pendant un certain temps, de même les Perses, etc., mais la destruction de cette quatrième Bête devait être totale. Une prolongation de vie avait été accordée aux autres après la chute de leur empire par le jugement de Dieu, mais ici le jugement et la destruction totale vont ensemble.
Voici maintenant la troisième vision. «Je voyais dans les visions de la nuit, et voici, quelqu’un comme un fils d’homme vint avec les nuées des cieux, et il avança jusqu’à l’Ancien des jours, et on le fit approcher de lui. Et on lui donna la domination, et l’honneur, et la royauté, pour que tous les peuples, les peuplades et les langues, le servissent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et son royaume, un royaume qui ne sera pas détruit» (v. 13, 14). Tel est le royaume qui lui est confié, et dont il se servira pour assujettir toutes choses à Dieu lui-même.
Nous en venons maintenant à l’explication donnée au Prophète dans les versets 15 à 17 : «Les visions de ma tête, dit Daniel, m’effrayèrent. Je m’approchai de l’un de ceux qui se tenaient là, et je lui demandai la vérité touchant tout cela. Et il me la dit, et me fit savoir l’interprétation des choses : Ces grandes Bêtes, qui sont quatre, sont quatre rois qui surgiront de la terre». Mais voici une vérité dont il n’avait pas été dit un mot encore :
«Les saints des lieux très hauts recevront le royaume, et posséderont le royaume à jamais, et aux siècles des siècles» (v. 18).
Ce qui suit donc n’est pas seulement l’histoire de ce qui arrivera par un effet de la Providence et par le jugement de Dieu : l’interprétation s’occupe de ce qui regarde le peuple de Dieu, les saints des lieux très hauts. Nous verrons que les explications, données dans des prophéties semblables, ou dans des paraboles, vont toujours au-delà des choses que ces prophéties elles-mêmes contiennent. Ainsi voici la grande vérité qui est ajoutée ici : Les saints des lieux très hauts obtiendront le royaume aux siècles des siècles. La thèse générale du chapitre, c’est qu’il y a quatre grandes Bêtes qui s’élèveront sur la terre et qui seront finalement jugées de Dieu, et l’autre vérité, ajoutée dans l’explication, c’est que les saints des lieux très hauts recevront le royaume, et que les Bêtes seront mises de côté.
«Alors je désirai de savoir la vérité touchant la quatrième Bête, qui était différente d’elles toutes, extraordinairement terrible : ses dents étaient de fer, et ses ongles, d’airain ; elle dévorait, écrasait, et foulait avec ses pieds ce qui restait» (v. 19). Le désir du prophète n’était pas seulement pour sa satisfaction, mais pour que nous comprissions la fin de la Bête, et en même temps tous les principes de conduite qui caractérisent ses pensées à elle. Elle veut tout dominer, coûte que coûte. C’est précisément ce qu’a fait la quatrième Bête, et ce qu’elle fait encore. C’est l’Europe, au moins occidentale.
«Et touchant les dix cornes qui étaient sur sa tête, et touchant l’autre qui montait, et devant laquelle trois étaient tombées, cette corne qui avait des yeux, et une bouche proférant de grandes choses, et dont l’aspect était plus grand que celui des autres» (v. 20).
La corne avait de l’intelligence, des desseins. Trois de ces cornes (royaumes) tombent devant cette petite corne ; puis cette petite corne, petite au commencement, devient plus grande en apparence que ses compagnes, c’est-à-dire, qu’elle grandit, et que finalement c’est elle qui domine au milieu des cornes. Vous allez voir dans les versets qui suivent, que cette corne envahit, pour ainsi dire, toute la puissance de la Bête, ou du moins lui prête son caractère : c’est elle qui a la domination. C’est la conduite de la petite corne qui décide de celle de la Bête, et qui en est la source, aussi est-elle de cette manière la cause de sa destruction.
«Je regardais ; et cette corne fit la guerre contre les saints, et prévalut contre eux, jusqu’à ce que l’Ancien des jours vint, et que le jugement fut donné aux saints des lieux très hauts, et que le temps arriva où les saints possédèrent le royaume» (v. 21, 22).
«Il dit ainsi : La quatrième Bête sera un quatrième royaume sur la terre, qui sera différent de tous les royaumes, et dévorera toute la terre, et la foulera aux pieds et l’écrasera. Et les dix cornes... ce sont dix rois qui surgiront du royaume. Et un autre surgira après eux ; et il sera différent des premiers ; et il abattra trois rois» (v. 23, 24).
Cette corne donc ne sera pas un royaume ordinaire, mais une puissance spéciale qui s’élèvera au milieu des autres. Ensuite elle fait trois choses : Premièrement, elle profère des paroles contre Dieu qui est là-haut, qui domine sur les cieux et la terre. Secondement, elle consume les saints des lieux très hauts, ceux qui reconnaissent Dieu dans les hauts lieux ; aussi fait-elle la guerre aux Juifs fidèles, qui sont de retour dans leur pays. Troisièmement, non seulement elle détruit les saints, mais elle pense pouvoir changer les saisons (c’est-à-dire, certains jours fériés qui reviennent d’année en année, et qui constituent des époques parmi les Juifs ; comme Pâque, Pentecôte, la fête des Tabernacles, etc.) et la Loi elle-même.
Ils seront livrés entre ses mains, savoir les temps et la Loi, jusqu’à un certain temps : ce ne sera pas pour toujours. Je la vois apostate, abandonnant Dieu dans sa puissance, je la trouve faisant la guerre aux saints qui reconnaissent Dieu, et enfin, mettant de côté complètement les ordonnances judaïques. C’est là le caractère final que porte cette Bête sous l’influence de la petite corne.
Nous aurons encore à la considérer, et il est important de suivre de près cette partie du livre, vu le caractère de cette petite corne et la place qu’elle tient dans les révélations de Dieu. Mais enfin, quelles que soient ses prétentions, le jugement viendra, et on lui ôtera la domination (v. 23-26).
Nous désirons maintenant attirer votre attention sur ceci : Nous avons vu en général, dans la partie prophétique de ce chapitre, en contraste avec l’interprétation de la prophétie, la Bête détruite et livrée au feu (v. 11), tandis que, dans l’interprétation, l’Esprit de Dieu est entièrement occupé de la petite corne. Le jugement se tiendra et on ôtera la domination à cette petite corne (v. 26). Dans l’Apocalypse, les dix cornes donnent leur puissance à la Bête (Apoc. 17:13) ; mais cette petite corne domine moralement la Bête, et par là même toutes les autres cornes, par son intelligence et son influence ; en sorte que l’Esprit de Dieu parle d’elle comme étant le personnage dont la prophétie va s’occuper.
C’est bien la Bête, puisque la petite corne possède toute la puissance de la Bête, et que sa conduite la caractérise, car comme c’est la corne qui blasphème, persécute et change les saisons et la Loi, c’est aussi sa domination, à elle, qui lui est ôtée.
Remarquez encore que, quoi que la petite corne fît devant les yeux du prophète (v. 20, 21), les autres cornes n’avaient pas cessé d’exister. Il y en avait encore sept, après qu’elle en avait abattu trois, en sorte que nous ne voyons pas dans cette petite corne tout l’empire de la quatrième Bête géographiquement. Cette petite corne est moralement toute la bête, mais ne l’est pas dans les limites géographiques. Sept des cornes qui existaient auparavant subsistent encore.
Nous avons ainsi l’état de la Bête, représenté par une corne particulière, qui est toute différente des autres. Elle est en apparence petite, se lève petite, mais est bientôt plus grande que ses compagnes. Elle est hardie ; c’est elle qui frappe, persécute, change les temps ; c’est elle qui représente complètement la Bête devant Dieu, quant au jugement. Mais en même temps, quant à la puissance personnelle et matérielle, il y a, en d’autres endroits, sept cornes, subsistant toutefois dans l’étendue de l’Empire romain, et qui sont ainsi, matériellement, les instruments du mal moral de la petite corne. Cela nous donne un détail sur l’état des choses : Nous trouvons une corne qui fait le mal, et la grande masse de l’Empire divisée en sept parties, donnant la puissance à la partie qui est grande. C’est comme s’il y avait un homme avec de grands desseins et six autres qui l’appuyassent ; ce serait lui qui les représenterait tous.
On pourrait nommer un homme qui nous donne l’idée de la chose : le premier Napoléon, par exemple ; il avait avec lui l’Espagne, la Belgique, et telles autres puissances qui le suivaient, mais qui n’étaient rien que des auxiliaires. C’est lui qui imprimait son caractère sur tout ce qui se faisait. Il en sera ainsi de cette petite corne : son caractère sera empreint sur tout ce qui se fait, et l’on pourrait ne parler que d’elle, et compter les autres cornes pour rien dans la description de l’état moral des choses devant Dieu : leur autorité existera, en un certain sens, dans les limites de leurs royaumes, mais leur puissance sera donnée à celle qui s’élèvera contre Dieu et les saints.
Tel est le résumé de l’histoire que ce chapitre nous présente. Je ne m’étendrai pas davantage sur ce sujet pour le moment.
Le 13° et le 17° chapitre de l’Apocalypse nous présentent aussi cette Bête. Dans le 13° chapitre nous la voyons assise sur le trône de Satan, tandis qu’une autre Bête qui aide à glorifier la première sur son trône, exerce la puissance de Satan. Dans le 17° chapitre c’est toujours la même Bête, mais elle nous est présentée dans ses rapports avec Babylone, la grande prostituée.
Ici, au chapitre 7 de Daniel, nous avons la Bête elle-même, et la guerre qu’elle fait contre Dieu ; nous l’avons dans ses rapports avec les saints des lieux très hauts, et avec le peuple juif.
Nous reprendrons ces choses plus tard.
Il y a, depuis le verset 36 jusqu’à la fin du 39°, du chapitre 11 de Daniel, un roi en Judée agissant plus particulièrement en Orient, dans le pays des Juifs, ou «pays de beauté». Zacharie 11 nous donne les traits spéciaux, que je n’examinerai pas ici, d’un pasteur insensé qui se trouvera en Judée et opprimera le peuple, ce qui, je le pense, se rapporte à la seconde bête d’Apocalypse 13. Au chapitre 2 de la 2° épître aux Thessaloniciens, cette puissance, envisagée sous un tout autre aspect, il est vrai, se présente en rapport avec l’apostasie de la chrétienté perverse, tandis qu’au chapitre 11 de Daniel, nous la voyons dans son iniquité comme roi en Palestine en rapport avec l’apostasie des Juifs. Ici nous la trouvons surgissant d’entre les Gentils, agissant contre les saints des lieux très hauts et les Juifs fidèles (7:25). Je ne parle pas ici du chapitre 8, parce que c’est ma conviction que la petite corne du chapitre 8 n’est pas la même que celle du chapitre 7. Il y a des personnes qui ont étudié ce sujet, qui ne pensent pas comme moi à cet égard; mais j’ai la conviction que c’est une autre puissance qui se trouvera là, spécialement en rapport avec les Juifs, qui envahira ces pays en Orient, mais qui n’est pas la petite corne dont nous parlons.
Il y a encore un autre passage qu’il nous faudra examiner au sujet de cette petite corne. Ce sont les derniers versets du chapitre 9 de Daniel, en rapport avec la désolation de Jérusalem. Je l’indique seulement ici pour que la liaison de ces différents passages soit complète.
En examinant ces chapitres de Daniel, je n’ai pas la prétention d’expliquer tout ce qui s’y trouve. Ma prétention se borne à communiquer ce que Dieu m’a donné de comprendre là-dessus ; cela pourra nous aider à aller plus loin dans l’examen de ces prophéties. La seule remarque que je ferai en terminant, c’est de signaler ce que nous avons vu dans Daniel lui-même : son étonnement à la voix de cette petite corne, c’est-à-dire, sa stupéfaction à la vue de l’insolence et de la rébellion de l’homme contre Dieu. À la fin l’homme s’arrogera, pour faire la guerre à Dieu, la puissance, comme si elle était en lui, au lieu d’avoir sa source en Dieu ; de même la religion de l’homme parmi les Juifs, avait osé rejeter et livrer à la mort le Messie.
Mais la puissance de l’homme, se montrant dans une apostasie complète, et s’étant livrée à Satan, est l’instrument de la guerre que celui-ci fait à Dieu et à Son Oint. Ce n’est pas simplement l’iniquité, mais la révolte ouverte du péché comme principe. Quelque forme que l’homme revête dans ses rapports avec Dieu, cette Bête se donnera la peine, pour ainsi dire, de réunir en elle-même tous ces caractères pour lui faire opposition. S’agit-il de Dieu lui-même ? elle se moque de lui et s’élève contre lui. S’agit-il des saints? elle les persécute et les détruit. Son dessein est de tout renverser et de s’établir elle-même sur ces ruines. Satan lui donne son trône après avoir été chassé du ciel, trois ans et demi avant le jugement ; — quand, sachant qu’il n’a plus que peu de temps, il agit en grande fureur, donnant au méchant pour s’y établir son trône sur la terre. En rapport avec les Juifs, il se met à changer la loi et ses ordonnances. En même temps nous voyons Satan agissant directement sur l’esprit de l’homme par des miracles, il l’anime et le pousse à faire selon sa volonté et à se mettre en avant comme chef universel, détruisant ainsi toute relation avec Dieu. C’est aussi ce qui nous est présenté en 2 Thess. 2 : la révolte contre Dieu, mais tel qu’il a été connu dans le christianisme. Cette révolte est basée sur l’apostasie ; alors l’homme de péché s’élève et se présente comme Dieu dans le temple de Dieu ; tous ceux qui n’ont pas reçu l’amour de la vérité ayant été séduits par les manifestations mensongères de la puissance de l’ennemi.
C’est ici donc que se réalise ce que nous trouvons au 13° chapitre de l’Apocalypse, savoir, que Satan lui donne son trône et c’est alors, je crois, que ce caractère horrible de pleine révolte se manifeste publiquement sous tous les rapports. Le mal est sans doute à l’oeuvre bien auparavant, par des principes et des mystères, mais quand le trône de Satan est érigé ici-bas, comme il le sera au moins trois ans et demi avant la fin, et quand le jugement ayant été exécuté sur lui dans le ciel, il ne peut plus tromper sous des apparences célestes, les saints n’ayant plus à livrer des combats dans les lieux célestes, il donne son trône à la Bête. C’est une révolte ouverte, et cette révolte est contre Dieu. Le méchant par excellence est sur la scène : «le méchant sera révélé», Dieu le détruira. La Bête, à la puissance de laquelle Satan aura prêté toutes ses énergies, sera détruite. Alors le trône sera donné au Fils de l’homme.
Il est très important, par la grâce de Dieu, de voir où le train de ce monde aboutit, et soyez certains qu’il n’est pas besoin que l’homme soit abruti extérieurement pour qu’il serve Satan, ou pour que ces choses arrivent ; car cette petite corne avait des yeux d’homme, toute sa capacité, toute sa clairvoyance ; toutes les facultés de l’homme sont en perfection dans cet homme (c’est ce qui le distingue), néanmoins il rejette Dieu, sa conscience n’est pas du tout en exercice. Ce qui lui manque totalement, c’est le sentiment de sa responsabilité envers Dieu. Cette dernière est complètement niée, et toute trace d’amour est étouffée chez lui par la soif de s’élever. C’est le cas d’Adam, qui a voulu être comme Dieu, en mettant Dieu de côté.
Alors le jugement sera amené, et Christ sera manifesté dans toute sa gloire, et c’est là ce que nous attendons quand on nous parle d’améliorer les choses d’ici-bas. Grâces à Dieu, nous avons, comme chrétiens, une meilleure portion, une part céleste qui consiste à être comme Christ, et avec Christ pour toujours.
Plusieurs versets du chapitre 7 auraient besoin d’être encore examinés au sujet de la petite corne, mais nous y reviendrons à la fin du 9°.
Nous avons vu que l’objet le plus important dans toute l’histoire du 7° chapitre, était la petite corne de la fin. Elle absorbait la puissance de la Bête elle-même ; «elle proférait de grandes choses contre Dieu», et c’était sa conduite qui amenait la destruction définitive de la Bête.
Maintenant, au chapitre 8, l’Esprit de Dieu s’occupe de deux empires, c’est-à-dire de la seconde et de la troisième Bête, pour nous en donner une histoire détaillée.
«La troisième année du règne de Belshatsar le roi, une vision m’apparut, à moi, Daniel, après celle qui m’était apparue au commencement. Et je vis dans la vision ; et il arriva, quand je vis, que j’étais à Suse, le palais, qui est dans la province d’Elam.»
C’était dans ce pays d’Elam, ou la Perse, qu’était effectivement le corps de la seconde Bête. L’ours du chapitre 7 est maintenant le bélier. «Le bélier que tu as vu, qui avait deux cornes, ce sont les rois de Médie et de Perse» (v. 20). Ces deux royaumes se sont réunis en un seul empire, mais comme les Perses avaient le dessus, leur nom est donné à l’empire.
Au chapitre 7, ce royaume est un ours, auquel il est dit : «Lève-toi, mange beaucoup de chair», et au 8°, c’est un bélier donnant de ses cornes, vers l’Occident, et vers le Nord, et vers le Midi, et aucune bête ne pouvait lui résister... et il faisait de grandes choses. L’empire des Perses s’est établi en renversant celui de Babylone. Daniel lui-même a survécu à la chute de celui-ci.
«Voici, un bouc venant du couchant sur la face de toute la terre, et qui ne touchait pas la terre ; et le bouc avait une corne de grande apparence entre ses yeux.» Ceci est très clair, c’est-à-dire que c’est l’empire des Grecs qui a commencé par Alexandre. Cette première grande corne qui paraissait beaucoup, c’est lui qui, effectivement, ayant réuni les Grecs contre l’empire des Perses, les a conduits en Asie. En trois ou quatre ans tout a été bouleversé ; l’immense empire des Perses s’est écroulé devant l’énergie d’Alexandre, qui lui a valu au milieu des hommes le nom de Grand. À la suite de ses excès, il mourut d’une fièvre chaude (v. 4, 5).
«Et le bouc devint très grand ; et lorsqu’il fut devenu fort, la grande corne fut brisée, et quatre cornes de grande apparence s’élevèrent à sa place, vers les quatre vents des cieux» (v. 8). Alexandre alla jusqu’aux Indes, traversa la plus grande partie de l’Asie avec une énergie rare, et se distingua non seulement comme général, mais comme fondateur d’un empire solide. Mais Dieu mit la main sur lui. «Quatre cornes de grande apparence s’élevèrent à sa place, vers les quatre vents des cieux.» Cela nous est dit aussi au verset 6 du chapitre 7, où la même idée nous est présentée sous la figure du léopard qui avait quatre ailes et quatre têtes. C’est-à-dire, qu’après la mort d’Alexandre, le royaume fut divisé en quatre parties distinctes, et nous avons affaire, principalement, à deux de ces quatre monarchies qui furent fondées après sa mort, parce que deux d’entre elles furent aux prises avec les Juifs, tout comme dans le siècle passé il y eut lutte entre l’Égypte et la Turquie, pour cette même «Terre Sainte».
Ce fait est assez remarquable, et pour le comprendre, il faut se souvenir que même la géographie dans la Parole de Dieu est toujours considérée selon la position de la Terre Sainte. Par exemple, s’il est question du roi du Midi, il faut toujours penser au midi de la Palestine, etc. (de même que les Français comptent les degrés de longitude de Paris, les Anglais de Greenwich), parce que la Palestine était le centre de toutes les pensées de Dieu quant au gouvernement de ce monde. C’est Jérusalem qui est la ville choisie, la ville élue. «Car l’Éternel a choisi Sion ; il l’a désirée pour être son habitation : C’est ici mon repos à perpétuité ; ici j’habiterai, car je l’ai désirée» (Ps. 132:13, 14).
Pour en revenir à notre chapitre, il y a quatre cornes et de l’un des royaumes désignés par ces cornes vint une petite corne dont les actes constituent la partie importante de ce chapitre. Il n’est même pas dit comment elle sortit, cependant il n’est question que d’une seule. «Et de l’une d’elles sortit une petite corne, et elle grandit extrêmement vers le Midi et vers le Levant, et vers le pays de beauté», c’est-à-dire vers la Terre Sainte.
Une chose qui me frappe ici, et je l’ai trouvée utile pour comprendre bien des passages de la Parole de Dieu ; c’est de se placer au point de vue de Dieu. Dieu a dit «qu’il avait continuellement ses yeux sur ce pays, depuis le commencement jusqu’à la fin de l’année» et il a ajouté : «mes yeux et mon coeur seront toujours là». Eh bien ! l’activité de la foi saisit toujours, pour ainsi dire, ce regard de l’Éternel.
Il en est de même quant aux chrétiens ; Dieu garde toujours ses brebis, c'est-à-dire, il les aime toujours. Si je vois une de ces brebis broncher, cela m’est très pénible, et en considérant les choses seulement comme homme, je pourrais l’abandonner; mais en réfléchissant que c’est une brebis, je dois toujours agir à son égard de la même manière que Dieu qui pense toujours à elle. C’est-à-dire que la foi partage les pensées de Dieu quant aux objets de son amour.
Quant aux choses de ce monde, Jérusalem n’est rien ; c’est une ville entièrement foulée aux pieds, qui n’a ni commerce, ni richesses, ni rien ; la superstition y est établie sur le sépulcre du Seigneur. Les rois de la terre commencent à y penser, il est vrai, parce que la Providence veut donner aux choses cette direction ; mais quant à Dieu, il y pense toujours. Il y a, sur l’emplacement de son temple, une mosquée de Mahomet, mais pour Lui, Jérusalem est toujours sa ville, le temple toujours sa maison, sans varier jamais. Eh bien! la foi pense de la même manière.
Maintenant, dans quelles circonstances se trouvait Daniel ? Il était captif chez les Chaldéens à Babylone ; la Palestine était pour lui le pays de beauté ; sa captivité ne changeait rien à l’intérêt qu’il lui portait. C’était une toute petite province d’un immense empire, presque inconnue dans cet empire, tellement elle était petite, relativement à lui. Mais pour Dieu, c’était le principal objet sur la terre ; si sa main était sur ce pays en jugement, c’était parce qu’il y avait pensé toujours. Son témoignage, au moment de ce jugement, s’y rapportait sans cesse.
«Et elle grandit extrêmement... vers le pays de beauté.» Jamais on ne comprendra la prophétie de l’Ancien Testament, si l’on ne saisit deux choses : Premièrement, que Dieu pense toujours à la gloire de Christ qui régnera sur la terre, quand il reparaîtra. Si l’on sépare cette pensée des détails et des circonstances de l’Ecriture, si l’on n’en tient pas compte en étudiant la prophétie, jamais on n’y comprendra rien, parce que c’est à cela que Dieu pense, et qu’il fait concourir tous les événements de ce monde à ce but. — Secondement, on ne peut avoir l’intelligence de la prophétie, à moins qu’on ne comprenne que ce sont les Juifs qui y sont l’objet habituel des pensées de Dieu. Je dis les Juifs, parce que sur la terre ce sont eux qui sont son peuple, dispersé, il est vrai, sous le châtiment et qu’il ne peut plus reconnaître pour le moment, mais néanmoins toujours son peuple, parce que «les dons de grâce et l’appel de Dieu sont sans repentir» (Rom. 11:29).
De qui cela est-il dit ? Peut-être me répondrez-vous que cela concerne l’Église. Cela est vrai, sans doute, de toute âme à qui Dieu a donné la vie ; mais cela est dit pour démontrer que si, pendant l’aveuglement judiciaire des Juifs, l’Église (*) est établie sur la terre, Dieu rétablira aussi les Juifs dans tous leurs privilèges parce qu’Il ne se repent jamais de ses dons ni de son appel (Rom. 11:29).
(*) Je me sers ici du terme Église dans un sens populaire, éloigné de ce que la Parole appelle l’Assemblée.
Une fois qu’on a bien saisi les deux pensées dont nous avons parlé plus haut, savoir : que Christ est le but de tous les conseils de Dieu et que les Juifs sont l’objet de ses conseils ici-bas, il y a une quantité d’expressions qui nous sont faciles à comprendre. Par exemple : «le pays de beauté» est le pays des Juifs ; c’est qu’il n’y a rien qui soit plus noble devant Dieu que ses dons et son appel. Eh bien ! quel est le peuple et le pays qu’il a choisis ? c’est bien la terre qu’il a promise à Abraham, etc. (Gen. 15), et que Christ, comme semence d’Abraham, héritera avec Israël, le peuple que Dieu a choisi sur la terre pour être à Lui.
Alors cette petite corne «grandit jusqu’à l’armée des cieux, et fit tomber à terre une partie de l’armée et des étoiles, et les foula aux pieds» (v. 10). Voici maintenant la seule traduction exacte des versets suivants :
«(Et il s’éleva jusqu’au chef de l’armée (*); et le sacrifice continuel fut ôté à celui-ci, et le lieu de son sanctuaire fut renversé. Et un temps de détresse fut assigné au sacrifice continuel, pour cause de transgression). Et elle jeta la vérité par terre, et agit, et prospéra» (v. 11, 12). Il s’agit d’une chose très importante, d’ôter le sacrifice continuel ; c’est-à-dire de détruire complètement le culte de Dieu à Jérusalem.
(*) Il n’y a pas ici liaison immédiate avec la petite corne.
Voici donc ce que fait cette petite corne : il ne s’agit pas ici du fait de proférer des blasphèmes contre Dieu, de s’élever contre Dieu ; il s’agit d’une chose très distincte et précise : Elle s’agrandit jusqu’à l’armée des cieux ; elle attaque ceux qui y sont dans ce temps-là ; les Juifs qui habitent autour du chef, c’est-à-dire qui, dans le ciel moral, entourent le trône de Dieu ; il s’agit ici des sacrificateurs et des principaux parmi les Juifs à Jérusalem ou de ceux que Dieu y reconnaît. «Elle grandit jusqu’à l’armée des cieux.» Et voyez comment Dieu juge des choses. Il attache plus d’importance aux sacrificateurs et aux principaux d’entre les gouverneurs de ce pauvre peuple, qu’à tout ce que fait la petite corne dans le monde. Elle est montée «jusqu’à l’armée des cieux», parce qu’il est infiniment plus important de toucher à ce qui regarde Dieu, et ce à quoi Dieu regarde, d’effacer sa gloire, toute ternie qu’elle soit dans nos mains, que de renverser des empires et d’en fonder d’autres, de remporter des victoires (quoique Dieu prenne connaissance de tous ces événements dans sa Providence).
La petite corne aurait pu écraser nations sur nations, cela aurait été triste ; mais c’est tout autre chose que de dire : point de culte de Dieu ! car c’est détruire le seul lien par lequel Dieu puisse reconnaître un état de choses sur la terre.
Voici donc quelle est la conduite spéciale de cette petite corne : «Elle grandit jusqu’à l’armée des cieux, et fit tomber à terre une partie de l’armée et des étoiles». Et même elle s’agrandit (*) jusqu’au chef de l’armée des cieux, monte jusqu’à Celui qui est le vrai chef en toutes choses. Ceux qui étaient à Jérusalem représentaient Dieu, et puis bientôt ce sera le Christ qui sera évidemment le vrai Chef de l’armée des cieux. Dieu permet de plus que le sacrifice continuel soit ôté à ce Chef de l’armée. On voit donc qui est Chef de l’armée : c’est l’Éternel. «Le sacrifice continuel fut ôté à celui-ci, et le lieu de son sanctuaire fut renversé.» Quel temps terrible que ce temps-là !
(*) Remarquez que le mot est proprement il, non pas elle, ici.
Dieu appelle sa maison à Jérusalem le domicile de son sanctuaire, le sanctuaire de Christ. Il était le Dieu des Juifs, et il l’est toujours. Par conséquent, ce n’est pas ici une simple permission donnée de Dieu de fouler aux pieds cette nation comme châtiment pour ses péchés ; mais pour qu’elle le soit, il faut qu’il permette que son temple soit renversé, comme cela est arrivé lors de la captivité de Babylone ; et pourquoi ? parce qu’aussi longtemps que Dieu se tient là, il faut absolument qu’il se manifeste en faveur de son peuple, tout en le corrigeant ; mais quand il permet que son temple soit abattu et les murs de la ville détruits, oh ! alors il abandonne son peuple complètement, non qu’il n’ait pas l’intention de le ramener, mais il veut dire : «Je vous abandonne aux conséquences de votre péché».
On aurait pu supposer impossible que le lieu du sanctuaire fût renversé, mais l’Esprit de Dieu introduit ce contraste exprès pour faire voir que les choses que Dieu lui-même a établies, conservées pendant des siècles, il les abandonne, quoiqu’il les appelle siennes. Jamais il ne se repentira de ses dons et de son appel. Mais il renverse tout ce qu’il a placé comme témoignage dans le lieu qu’il a choisi pour sa demeure, et rompt ses liens avec le peuple, tout en disant : C’est mon autel, mon domicile, mon assemblée, mon sanctuaire (voir Lam. 2:6, 7). Le mot employé au v. 12 est : «un temps de détresse» ; c’est le même mot en Job 14:14. Dieu ne permet plus le culte qui aurait dû lui être offert, et qui aurait continué si le peuple n’eût pas été infidèle. Mais, puisqu’il l’est, Dieu l’abandonne aussi ; il permet que le sacrifice continuel soit complètement mis de côté, que le lien manifeste et extérieur entre Dieu et son peuple soit entièrement rompu, que tout ce qui manifestait sa faveur dans ce monde, son sanctuaire, son culte, soit renversé et aboli.
Verset 13. «Et j’entendis un saint qui parlait et un autre saint dit au personnage qui parlait : Jusqu’où va la vision du sacrifice continuel et de la transgression qui désole, pour livrer le lieu saint et l’armée pour être foulés aux pieds ?» Ce qu’il demande, c’est quelle sera la durée de ce temps d’affliction. Il ne demande pas ici quels seront les exploits de la petite corne, mais quelle sera la durée de ce temps d’affliction, quant au culte et au temps judaïque. Nous verrons que cette distinction est importante. Je ne dis pas que de telles choses n’annoncent pas les derniers jours ; seulement elles sont distinctes : la conduite de la petite corne et le temple foulé aux pieds. Il n’y a pas, dans l’explication qu’il donne à la fin du chapitre, un mot du culte. L’interprétation donnée de ce qui arrive à la fin de l’indignation omet entièrement ce sujet, et ne parle que des rapports du roi fourbe sans rien dire du temple, et enfin il n’est dit nulle part que ce soit cette petite corne qui ôte le sacrifice à la fin.
Voici ce que Dieu fait dans cette prophétie : il prend un personnage, disons Antiochus Épiphane, ou tel autre comme type, et il donne son histoire ; alors il prend certaines circonstances de son histoire, pour montrer ce que l’antitype fera plus tard, mais il ne s’ensuit pas que toutes les circonstances du type se retrouvent dans l’antitype. Il prend des circonstances qui sont arrivées aux Juifs sous la monarchie syrienne, et il se sert de quelques-unes de ces circonstances pour nous montrer ce qui arrivera à la fin.
La demande à laquelle le saint répond ici, a trait à la durée de la profanation du temple et du culte ; il ne parle pas des exploits de la petite corne. Cette réponse vient avant et est distincte de l’interprétation donnée à Daniel au sujet de la petite corne. Il est possible que, dans l’histoire, la petite corne ait fait toutes ces choses elle-même, mais le Saint Esprit ne les emploie pas toutes, quand il parle de ce qui remplira le cadre à la fin.
Verset 14. «Et il me dit : Jusqu’à deux mille et trois cents soirs et matins ; alors le lieu saint sera purifié.» Voici ce qui nous facilite l’intelligence de ces versets. Au verset 10, «Elle (la petite corne) grandit jusqu’à l’armée des cieux», et au verset 12 nous retrouvons : «elle jeta la vérité par terre» ; entre ces deux expressions tout est en parenthèse, c’est-à-dire tout le verset 11 et une partie du verset 12. Les mots : «Et elle jeta la vérité par terre» sont ce que sera la conduite de cette corne aux derniers jours, ce que nous trouvons expliqué à la fin.
«Gabriel vint près du lieu où j’étais, et quand il vint, je fus effrayé et je tombai sur ma face ; et il me dit : Comprends, fils d’homme, car la vision est pour le temps de la fin. Or, comme il parlait avec moi, j’étais dans une profonde stupeur, ma face contre terre ; et il me toucha et me fit tenir debout à la place où j’étais. Et il dit : Voici, je te fais connaître ce qui aura lieu à la fin de l’indignation ; car à un temps déterminé sera la fin» (v. 17-19). Le mot indignation est souvent employé dans les prophéties, il se trouve mentionné très particulièrement dans Ésaïe 10. Le mal a commencé du temps d’Achaz, successeur infidèle de David ; ce châtiment continuait, et allait en augmentant ; les Juifs n’ont pas voulu se repentir : la main de Dieu s’est appesantie ; cela a continué (voyez Ésaïe 10:5, 8, 12, 17, 21, 25), et continuera jusqu’à ce que le peuple revienne.
C’était peu de chose au commencement, en comparaison de la fin : Les attaques des Syriens, la perte de provinces ; et après cela les conquêtes des Babyloniens, puis la captivité ; mais les Juifs n’ont pas voulu écouter. Dieu leur a envoyé son Fils, vous savez ce qu’il en a été. Quand ils seront de nouveau dans leur pays, ils se livreront à l’idolâtrie, ils recevront l’Antichrist, au lieu du Christ. Enfin, l’abomination de la désolation sera établie dans le lieu saint jusqu’à ce que le Christ détruise les ennemis du peuple, alors l’indignation sera terminée. Ce temps d’indignation consiste en ce que Dieu abandonne le peuple d’Israël à la puissance de ses ennemis ; mais ce qui est spécialement appelé l’indignation, ce sont les attaques auxquelles les Juifs sont abandonnés à cause de leur iniquité aux derniers jours, au temps de l’Antichrist ; je ne dis pas que l’Antichrist soit l’indignation, mais les Juifs sont livrés aux instruments de l’indignation de Dieu, à cause de leurs relations avec lui. Dieu en a arrêté d’avance la durée. Voyez Ésaïe 10:5 à 25, où l’on voit que c’est l’Assyrien qui en est l’instrument.
«Et au dernier temps de leur royaume, quand les transgresseurs auront comblé la mesure, il s’élèvera un roi au visage audacieux, et entendant les énigmes» (v. 23).
Maintenant le type est le roi des Syriens, je n’en doute nullement : un roi de la race des Séleucides ; mais sa conduite n’est pas la fin de l’indignation, c’est ce qui est aussi très certain, et dans l’explication que Daniel en donne, il se borne à donner ce que l’antitype fera au temps de la fin (voyez le verset 17), ce qui aura lieu à la fin de l’indignation contre les Juifs, à la fin des temps (voyez verset 19). Voici ce qui aura lieu alors — et d’abord il faut mettre de côté toute pensée de l’Église : il ne s’agit aucunement des chrétiens ; il s’agit des Juifs et de tout ce qui arrivera aux Juifs aux derniers jours, à la fin de l’indignation. — Donc, au dernier temps des rois qui ont partagé l’empire grec, «il s’élèvera un roi au visage audacieux, et entendant les énigmes». Ces royaumes seront rétablis, c’est la première chose : il y aura le roi du Midi et le roi du Nord : le roi de ce qu’on appelle maintenant la Turquie d’Asie pour le Nord, et le roi d’Égypte pour le Midi. À la fin de la domination des royaumes qui ont surgi de l’empire grec, nous retrouvons ces nations ; cela s’applique à ce qui est appelé la fin, le temps de la fin, c’est-à-dire, la fin des voies de Dieu envers les Juifs : à la fin du siècle si l’on veut, on retrouve l’Égypte, sans doute, mais spécialement le roi du Nord. Cette ancienne corne de la monarchie des Grecs rentrera en scène. Je ne puis dire qui possédera ces pays, mais le territoire en est très clairement déterminé.
Autre fait qui arrivera au jour où les prophéties s’accompliront, c’est que, lorsque les Juifs seront de retour dans leur pays, leur iniquité s’accroîtra encore ; ils seront plus méchants qu’ils n’ont été. Il leur arrivera ce que le Seigneur a dit : «Un autre viendra en son propre nom et vous le recevrez». De plus il a dit aussi : «Quand l’esprit immonde est sorti d’un homme, il va par des lieux secs, cherchant du repos, et il n’en trouve point. Alors il dit : Je retournerai dans ma maison d’où je suis sorti. Et y étant venu, il la trouve vide, balayée et ornée. Alors il va, et prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui-même ; et étant entrés, ils habitent là ; et la dernière condition de cet homme-là est pire que la première. Ainsi en sera-t-il aussi de cette génération méchante» (Matt. 12:43-45). C’est-à-dire que, les Juifs étant de retour en leur pays, l’esprit impur, l’esprit d’idolâtrie qui les avait quittés (il n’y en avait pas du temps de Jésus Christ) entre dans sa maison vide, balayée et ornée, et ramène avec lui sept autres esprits impurs, et le dernier état de la nation sera infiniment pire que le premier.
Je ne dis pas que cela ne puisse arriver qu’aux Juifs, mais le Seigneur l’applique aux Juifs : «Ainsi en sera-t-il de cette génération méchante.» Quand les perfides auront atteint le plus haut degré de perfidie, la perfidie ou la rébellion des Juifs contre l’Éternel sera à son comble.
Nous trouvons donc, dans ce passage, la fin du siècle en général, et en particulier la fin de cette puissance grecque des quatre monarchies de l’empire d’Alexandre, et les Juifs devenus complètement apostats, rebelles contre Dieu : non seulement dans leur état actuel, mais bien pires, lors du retour dans leur pays. Tout cela s’accomplira en Orient, en Palestine, avec un roi des monarchies grecques, duquel le roi de Syrie Antiochus Épiphane, a certainement été le type.
Quant au «roi au visage audacieux et entendant les énigmes», il y aura, chez ce dernier roi de la monarchie grecque, non seulement une force matérielle, mais aussi un esprit de sagesse et de compréhension capable d’expliquer les énigmes ; il sera une espèce de prophète, qui (je ne le dis pas dans un bon sens) explique des choses profondes et mystérieuses. Il agit par sa fourberie et sa pénétration, et il agit sur la nation juive, de cette manière, autant que par ses forces matérielles.
«Et sa puissance sera forte, mais non par sa propre puissance» (v. 24). Ce sera un roi sous la dépendance de quelque autre puissance. Il sera fort, mais ce ne sera pas de sa propre force, comme cela arrive quelquefois.
«Et il détruira les hommes forts et le peuple des saints.» Malgré son état de perfidie et de rébellion dans son ensemble, ce peuple est pour le prophète le peuple des saints (*).
(*) C’est l’expression du chapitre 7:27 ; seulement, là, les mots des lieux très hauts sont ajoutés à saints, vu le sujet du chapitre.
«Et, par son intelligence, il fera prospérer la fraude dans sa main ; et il s’élèvera dans son coeur ; et, par la prospérité il corrompra beaucoup de gens» (v. 25). C’est-à-dire que ce ne sera pas purement par la force des armes, mais il s’occupera des Juifs par des moyens de paix; et par cette pénétration, par cette subtilité, comme une espèce de rabbin, ce roi aura une grande influence sur la nation juive.
Finalement, «il se lèvera contre le prince des princes, mais il sera brisé sans main» (v. 25). Ce roi fourbe, non seulement renversera beaucoup de Juifs, et obtiendra en même temps une grande influence sur la nation ; mais s’élevant contre Christ qui est le Prince des princes, il sera détruit sans main.
Vous pouvez voir que dans l’explication de la conduite de la petite corne, il ne s’agit pas du sacrifice continuel, cela ne lui est pas attribué du tout ; ainsi nous sentons d’autant plus l’importance de la correction du verset 11.
Il opprime les Juifs, triomphe des Juifs par la subtilité de son esprit, en perd plusieurs par la paix et la prospérité. Voilà ce qui nous est révélé d’une puissance qui sort de la monarchie grecque en Orient, qui agira au milieu du peuple juif à la fin, et qui sera détruite parce qu’elle s’élèvera à la fin contre le Christ.
Telle est son origine, sa conduite et sa fin.
Revenons maintenant au sacrifice continuel, v. 13, 14 : «Et j’entendis un saint qui parlait et un autre saint dit au personnage qui parlait : Jusqu’où va la vision du sacrifice continuel et de la transgression qui désole, pour livrer le lieu saint et l’armée pour être foulés aux pieds? Et il me dit : Jusqu’à deux mille et trois cents soirs et matins ; alors le lieu saint sera purifié». Comme faisant suite à ces versets, nous trouvons au verset 26 : «Et la vision du soir et du matin, qui a été dite, est vérité. Et toi, serre la vision, car elle est pour beaucoup de jours». Je trouve une remarque importante à faire ici quant aux dates et aux calculs : je crois que ce passage, ainsi que les passages de Daniel, qui parlent de 1260 ou 90 jours ou trois temps et demi, ne se prêtent pas à des computations par années, et je suis prêt à croire que les 2300 jours ont été accomplis dans les temps anciens. Mais dans tous les cas, si l’on veut compter des dates, il faut appliquer ces dates aux Juifs et à Jérusalem, et non pas à des circonstances de la chrétienté.
Il peut y avoir des circonstances analogues dans celle-ci, parce que le mystère d’iniquité est déjà en train, quoique le Méchant ne soit pas encore révélé ; mais, dans son développement sous tous les rapports, le mystère en a déjà les principes et l’orgueil ; seulement, dès qu’on en vient à préciser les choses et à se demander si elles ont été de fait accomplies, on est obligé d’appliquer ces passages à Jérusalem, aux Juifs, à ce qui arrivera à la fin de l’indignation. Or la fin de l’indignation n’est aucunement arrivée.
Je n’ai qu’un mot à ajouter. Ce que nous venons de traiter paraît un peu moins en rapport avec ce qui nous concerne. Ce qui avait trait à l’autre petite corne se rattachait beaucoup plus à nous, parce que cette petite corne appartient à la dernière Bête, à laquelle nous avons affaire, étant dans les pays qui doivent lui être assujettis, en France, en Suisse, en un mot dans l’Europe occidentale comme ayant fait partie de l’empire romain où le christianisme a eu son développement, et non pas dans les territoires orientaux de la Bête dont nous venons de parler. Mais s’il est important, d’un côté, d’être séparé du mal qui doit arriver au milieu des choses avec lesquelles nous sommes en relation, de l’autre, le besoin de cette séparation tend à fausser notre jugement, parce que, attachant une grande importance à nous-mêmes, nous ne sommes occupés que de nous-mêmes, tandis que Dieu attache beaucoup plus d’importance aux Juifs qu’à nous en ce qui regarde la possession et les promesses de ce monde. Mais voici ce qui ramène cette histoire dans le cadre de ce qui nous intéresse, c’est-à-dire, des conseils de Dieu quant à Son Christ : La dernière chose que nous voyons ici dans les grands événements qui doivent avoir lieu, c’est que cette petite corne s’élève contre le Seigneur des seigneurs ; or pour que le monde soit béni, il faut que le Seigneur brise cette petite corne, afin que sous sa domination à Lui, tous soient bénis et jouissent de la paix.
Nous avons vu dans les deux chapitres précédents, l’histoire des quatre Bêtes en général, spécialement celle de la petite corne qui proférait de grandes choses, et des blasphèmes contre Dieu, qui était l’ennemie des saints, qui représentait la Bête romaine, c’est-à-dire, qui agissait à son gré, selon la puissance de cette Bête (chapitre 7). Dans le chapitre 8°, nous avons trouvé une nouvelle petite corne qui s’élève au milieu des monarchies grecques, qui à la fin s’élèvera contre le prince des princes et qui, enfin, sera détruite sans main.
Maintenant le prophète porte sa pensée et son coeur vers un autre sujet que celui au milieu duquel il se trouvait, savoir, vers les désolations de Jérusalem. Tel est spécialement le sujet de ce chapitre. Or voici ce qui y conduit le prophète. Il était de ceux qui avaient ces paroles dans le coeur : Jusques à quand, Seigneur ? C’est en effet ce qui signale spécialement la foi, quand des jugements pèsent sur le peuple de Dieu, parce que la foi voit toujours ce peuple selon les promesses que Dieu lui a faites. Tous ses privilèges, la jouissance de ses bénédictions, la joie, les relations de ce peuple avec Dieu, les conséquences bénies de ces relations, comme il est dit : «Puisses-tu voir le bien de Jérusalem tous les jours de ta vie» (Ps. 128:5), font la joie d’une personne qui a saisi la pensée de Dieu, en qui la foi agit et dont le coeur bat, pour ainsi dire, avec le Sien.
Mais quand l’affliction pèse sur ce peuple, et qu’il ne jouit plus de tous les privilèges que la foi reconnaît lui appartenir, alors cette même foi dit : «Jusques à quand, Seigneur ?» D’un côté, elle ne peut être contente du malheur dans lequel le peuple se trouve, et, de l’autre, elle sait très bien qu’il est impossible que Dieu l’abandonne. Elle dit : «Cet état de malheur doit cesser». Les méchants, il est vrai, ne sont pas relevés quand ils tombent, mais, quant au peuple de Dieu, il faut absolument qu’il soit relevé. De là, dans les Psaumes et les Prophètes, cette expression : Jusques à quand ? Il n’y a personne avec nous qui sache Jusques à quand ? (Psaume 74:9), c’est-à-dire, il n’est personne qui sache assez compter sur la fidélité de Dieu à ses promesses. Quand cela arrive, quand il n’y a pas la foi qui dit : Jusques à quand ? lorsque le malheur et le châtiment pèsent sur le peuple, alors on s’abandonne au mal, ou bien l’on dit : «C’est en vain ; ... car j’aime les étrangers, et j’irai après eux» (Jérémie 2:25).
Or c’est ce besoin de la foi qui agit ici en Daniel. Il avait cette consolation que, lorsque Dieu avait prononcé le jugement de la captivité de Babylone sur son peuple, il avait aussi déclaré quel serait le terme de ses souffrances. Jérémie avait prédit que la captivité durerait soixante-dix ans, et qu’au bout de ces années Dieu jugerait Babylone par Cyrus. À la fin de cette période, Daniel, s’intéressant au peuple de Dieu, s’occupe de la délivrance de Jérusalem, des promesses qui lui sont faites, ainsi qu’à la nation, de sa délivrance à la fin des soixante-dix années.
Mais alors, ce qui accompagne toujours la foi, c’est que, si elle compte sur la bonté de Dieu, si elle comprend les privilèges de son peuple et soupire après le moment où il jouira de tous ces privilèges, elle reconnaît aussi le péché qui a forcé Dieu de les en priver pour un temps. La foi ne peut se décourager comme si Dieu était infidèle, mais elle reconnaît que la faute est du côté du peuple, et que Dieu est fidèle dans ce qu’il a fait. C’est de cette manière que ce chapitre commence. L’intérêt que Daniel avait mis à la bénédiction d’Israël l’a poussé à considérer la prophétie de Jérémie, et alors il tourne sa face vers le Seigneur, pour lui demander de confirmer la bénédiction dont il avait parlé par Jérémie, c’est-à-dire, d’accomplir la délivrance du peuple de la captivité.
Une autre chose que nous voyons ici au sujet de la foi, et qui, du reste, a été parfaitement manifestée en Jésus, c’est que la foi s’identifie complètement avec l’affliction du peuple de Dieu, et de plus avec tous les péchés de ce peuple. C’est ce qui distingue l’esprit de Christ. Lui est allé plus loin, parce qu’il a pu faire l’expiation de ces péchés : mais le privilège de tous les saints est de s’identifier, dans la mesure de leur foi, avec tous les péchés du peuple de Dieu, avec tout ce qui a été l’occasion du châtiment qui pèse sur lui. La foi peut être faible, mais il est impossible qu’avec le sentiment de la bénédiction qui appartient au peuple de Dieu et de la gloire de Dieu dans son peuple, elle ne tienne pas compte de cet état. Mais si elle tient compte de toutes ces choses, elle reconnaît aussi tous les péchés qui ont été l’occasion du jugement par lequel le peuple est privé des bénédictions. La foi s’identifie avec cet état, et, en portant les conséquences, elle en réalise la cause. Car la foi identifie la gloire de Dieu avec son peuple, et s’identifie elle-même avec les deux. L’état de ce peuple vis-à-vis de Dieu devient le principe qui anime le coeur. Plus il y a de foi, plus cette foi, selon la mesure de son intelligence, tiendra compte de tout ce que le peuple de Dieu a fait contre Lui, repassera tous ses péchés, les reconnaîtra, s’identifiera avec eux. Si la foi ne faisait pas cela, elle ne pourrait pas présenter ces péchés dans la confession pour qu’ils fussent pardonnés. L’Esprit qui est en nous, l’esprit de prophétie, prend nécessairement connaissance, au point de vue moral, de toute l’affaire. Or, ou je ne m’inquiéterai pas de l’état du peuple, ou bien, si je m’en inquiète, je devrai prendre connaissance de tout ce qui a causé cet état devant Dieu, sans quoi tout resterait imparfait. Il en était ainsi du souverain Sacrificateur, quand il confessait tous les péchés du peuple sur le bouc Azazel.
J’admets pleinement qu’il peut y avoir de l’imperfection dans l’acte de la confession, mais selon les principes de la foi, il doit y avoir identification, une confession plénière devant Dieu. Si je pensais avoir la rémission (nous parlons dans le sens d’ôter le châtiment gouvernemental de Dieu dans le temps actuel) ; si je pensais que le châtiment fût ôté, en confessant une partie des péchés (je puis les ignorer), ou sans sentir leur gravité, il est très évident que ce serait se moquer de Dieu dans son gouvernement ; en sorte qu’il est absolument nécessaire, si, par exemple, je veux souffrir avec Christ, pour son Église, et si je suis conduit par son Esprit dans l’amour des siens, que je m’humilie et que je confesse tous ses péchés. Or, c’est précisément ce que Daniel fait ici.
«La première année de Darius, fils d’Assuérus, de la semence des Mèdes, qui fut fait roi sur le royaume des Chaldéens, la première année de son règne, moi, Daniel, je compris par les livres que le nombre des années touchant lequel la parole de l’Éternel vint à Jérémie le prophète, pour l’accomplissement des désolations de Jérusalem, était de soixante-dix années. Et je tournai ma face vers le Seigneur Dieu, pour le rechercher par la prière et la supplication, dans le jeûne, et le sac et la cendre. Et je priai l’Éternel, mon Dieu, et je fis ma confession, et je dis : Je le supplie, Seigneur, le Dieu grand et terrible, qui gardes l’alliance et la bonté envers ceux qui t’aiment et qui gardent tes commandements...» (v. 1-4). Daniel a présente à l’esprit la prophétie de Jérémie. Quand j’ai parlé, plus haut, de l’esprit de prophétie, je n’ai pas parlé d’une révélation faite au prophète, il ne s’agit pas de la réponse que Dieu fait à un prophète quand il présente les besoins de son peuple. Daniel ici était prophète, mais, dans sa confession, il ne s’agit pas du tout d’une révélation spéciale faite à lui ; c’est pourquoi l’Esprit de Dieu fait comprendre ici qu’il avait entendu par les livres. C’était un fidèle qui étudiait la prophétie. Dieu lui répond après par une révélation précise. La foi agissait chez lui, cette foi toute simple qui s’identifie avec les intérêts du peuple de Dieu. C’est aussi ce que nous pouvons faire tout comme Daniel, savoir, comprendre ce que Dieu a déjà dit à l’égard de son peuple.
Tout est révélé dans la Bible. Il y a des questions que nous ne savons résoudre, parce que nous ne sommes pas assez spirituels, mais nous nous attendons à l’enseignement de Dieu qui est aussi nécessaire pour l’intelligence que pour la révélation des pensées de Dieu. Il est intéressant de faire cette remarque. Daniel avait entendu par les livres que la captivité devait durer soixante-dix années. C’est un fidèle, c’est l’esprit d’un prophète qui s’intéresse au peuple de Dieu, et qui cherche par l’intelligence spirituelle qui est donnée à ceux qui marchent avec Dieu, quelles sont les pensées et les voies de Dieu, et quel est le nombre des années desquelles Il avait parlé.
Je ne dis pas que nous ayons la même foi, la même intelligence, mais nous sommes sur le même terrain. Daniel représente ici ce résidu fidèle ayant le coeur rempli du désir que la grâce de Dieu soit sur son peuple, et qui étudie la parole de Dieu dans ce but. La conséquence en est que l’Esprit le pousse à tourner