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SUR LE CULTE RENDU À CHRIST

 

Darby J.N.

Lettre de Juillet 1881 — ME 1895 p. 446

 

 

…La question que vous posez a exercé les saints, et a été placée devant nous il y a longtemps ; mais je ne pourrais pas recevoir une personne qui refuserait d’adorer Christ. C’est la position que j’ai prise à Auburn, dans le Maine. Il y a certaines vérités vitales qui se rattachent à la personne du Seigneur, et qui, lorsqu’on les possède, gardent l’âme contre des interprétations auxquelles est exposé celui qui s’attache simplement aux mots. Si vous me dites que je ne dois pas adorer Christ, vous m’ôtez le seul Christ que je connaisse. Je n’en ai point d’autre que Celui que j’adore et bénis avec un cœur reconnaissant qui lui doit tout.

L’objet de Jean 16:26, 27, est d’inspirer une confiance immédiate dans le Père, en contraste avec la pensée de Marthe (chap. 11:22). Ici, le Seigneur dit : « Je ne vous dis pas que moi je ferai des demandes au Père pour vous ; car le Père lui-même vous aime ». D’ailleurs, dans ce passage, il n’est pas du tout question d’adorer. Les disciples ne feraient pas de demandes (ερωταω) à Jésus, mais devraient demander (αιτεω) au Père en son nom (*). Mais tous les anges de Dieu doivent l’adorer, tout genou doit se ployer devant lui. Il y a plus : invoquer le nom du Seigneur est, pour ainsi dire, une définition d’un chrétien. Trois fois Paul supplie le Seigneur, afin que l’écharde dans sa chair soit retirée, et le Seigneur entend son cri et lui répond. Etienne « priait, et disait : Seigneur Jésus, reçois mon esprit ». Christ est l’Adonaï (Seigneur) de l’Ancien Testament, comme on le voit en Ésaïe 6, comparé avec Jean 12 ; de même aussi dans le Psaume 110, et en d’autres endroits. Celui qui est assis sur le trône et l’Agneau sont associés ensemble en Apocalypse 5 :13 ; et, en fait, on peut se poser la question si le chapitre 4 ne présente pas le Fils dans sa Personne divine. On ne peut séparer l’Ancien des jours et Christ, en Daniel 7. Comme Fils d’homme, il vient et est amené devant l’Ancien des jours ; mais au verset 22, c’est l’Ancien des jours qui vient. Et le jugement est donné au Fils, « parce qu’il est fils de l’homme », — et encore « tous doivent honorer le Fils comme ils honorent le Père ». Je ne cite pas des passages pour prouver sa Déité, comme quoi lui et le Père sont un ; que la plénitude de la Déité demeure en lui corporellement ; qu’il était Dieu et a créé toutes choses : cela n’est pas mis en question.

 

(*) ερωταω est familier ; αιτεω a quelque chose de sollicitant, comme d’un inférieur vis-à-vis de son supérieur, et n’est jamais dit de Christ à l’égard de son Père, sauf une fois par Marthe (Jean 11:22). Αιτεω est dit des disciples vis-à-vis du Père. Les disciples se servent de l’un et de l’autre dans leurs relations avec Jésus (Note sur Jean 14:13. Edit. de 1872).

 

Quant à l’emploi du nom du Seigneur en s’adressant au Père, je le rejette entièrement, si, en substance, la prière n’est pas en son nom. L’emploi du précieux nom du Seigneur n’appartient pas à un état inférieur de christianisme, car Jésus dit : « Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom », tandis que près de s’en aller, il dit : « Quoi que vous demandiez au Père en mon nom », de sorte que cela appartient distinctement au temps de son absence. S’il s’agit simplement de la forme des expressions, c’est autre chose ; on peut tomber dans la routine et perdre la force des mots. Mais ce n’est qu’au nom de Jésus que nos prières sont avec justesse adressées au Père, et, en marchant ici-bas, ce n’est pas comme étant en lui que nous prions, ni que nous prions en son nom, tout vrai qu’il soit que nous sommes en lui. La prière est avec justesse adressée au Père selon toute la valeur de Christ pour le Père, mais comme une Personne à part [de nous] et à part du Père également.

On ne saurait nier la place de Christ, de l’Homme Christ Jésus, comme Médiateur entre Dieu et les hommes. Il est à la fois présent devant Dieu, et Avocat auprès du Père. La perte de la position médiatoriale de notre précieux Seigneur serait la ruine du christianisme. « Pour nous il y a un seul Dieu, le Père », et « un seul Médiateur entre Dieu et les hommes, l’homme Christ Jésus ». Sa nature divine n’est pas en question ici, et je ne connais pas de prière réelle qui ne soit pas en son nom. Ce n’est pas en lui, mais « par lui, que nous avons, les uns et les autres, accès auprès du Père par un seul Esprit ».

Je ne saurais marcher avec quelqu’un qui refuse d’adorer Christ, ou qui ne reconnaîtrait pas, sous tous les aspects, son office médiatorial. Mais je pense que le culte rendu au Père, et celui rendu à Christ comme Médiateur, ont un caractère différent. En adorant le Père, je vais à Celui qui, dans son amour infini, entièrement libre (Celui qui n’a jamais quitté la forme et la gloire de la Déité), s’est révélé à moi, m’a introduit dans la relation de fils, n’a pas épargné son propre Fils pour moi, par lui m’a réconcilié avec lui-même, et m’a donné son Esprit afin que je puisse avoir la conscience de la position dans laquelle il m’a placé, en sorte que je crie : Abba, Père ! Tout est par Christ ; mais je connais le Père et ce qu’il est par lui — hélas ! bien imparfaitement encore — mais toutefois de manière à me réjouir ou à me glorifier en Dieu. C’est Dieu, mais Dieu connu comme Père (Jean 4:23) Dans Jean, nous avons toujours la différence entre ces deux noms. Ainsi Christ nous dit qu’il monte vers son Père et notre Père, vers son Dieu et notre Dieu. Ce que le Père est en lui-même, lui à qui nous sommes amenés, étant devenus ses enfants, le Père révélé en amour dans le Fils, c’est là ce qui est spécialement devant nous quand nous lui rendons culte, quoique toutes les bénédictions découlent de lui.

Dans le culte rendu à Christ devenu Médiateur, je reconnais son titre divin, bien qu’il ait mis de côté sa gloire — qu’il a reprise maintenant — mais c’est Celui qui est descendu vers moi, qui a vécu et qui est mort pour moi, qui m’a aimé et m’a lavé de mes péchés dans son sang. Il a été immolé et il a racheté pour Dieu ceux qui étaient loin de lui ; il s’est anéanti lui-même, et dans sa grâce ineffable envers moi, il a été tenté comme nous en toutes choses, à part le péché, et il peut sympathiser à nos infirmités. Or j’admets pleinement que, comme enfant de Dieu, on doive rendre culte à un Père qui nous aime ; cela est tout à fait juste ; mais les peines, les exercices d’âme, les échardes dans la chair, les circonstances où j’ai besoin de sympathie, mes besoins, et ensuite l’administration de tout ce qui concerne l’Église, tout cela se rattache au fait que je regarde à Christ envisagé comme Médiateur, et que, comme tel, je lui rends culte. Je ne le fais pas simplement comme quelqu’un qui a été rendu participant de la nature divine, qui, par l’Esprit, connaît le Père par la révélation du Fils, qui adore le Père, en le connaissant ainsi. J’entre davantage sur la scène comme connaissant Christ, un Sauveur qui a été tenté, un Ami qui a été éprouvé dans les circonstances où nous nous trouvons. S’il n’était pas Dieu, cela perdrait toute sa valeur, mais c’est d’une valeur inestimable pour toute âme exercée. Toutefois, il est évident que cela se rattache davantage à mon état ici-bas, et c’est précisément là ce qui est précieux.

Il est vrai que l’œuvre de Christ a été si divine et si glorieuse, Dieu lui-même ayant été glorifié en elle, que cela nous élève jusqu’à lui rendre culte, en considération de l’excellence de ce qu’il a été lui-même dans cette œuvre ; nous nous élevons ainsi jusqu’à la Déité : car par ceci nous connaissons l’amour, c’est que lui a laissé sa vie pour nous. Il est important, pour sa gloire, que nous retenions fermement cela. Nous voyons immédiatement l’unité de pensées, de dessein, d’esprit, de nature, dans le Fils et dans le Père. Cependant il est vrai que pratiquement des âmes ont la tendance à ne pas aller plus loin que de regarder à Christ (quoique ce soit juste) sous l’aspect médiatorial qui les concerne, et leur culte descend à ce niveau. Elles ne se réjouissent et ne se glorifient pas en Dieu, connu dans sa nature adorable, connu dans l’amour d’un Père qui est leur Père, mais dans la grâce, le service et les bienfaits qu’elles trouvent en Christ et dont elles sont les objets et les récipients. Or, quand la chose est réelle, elle ne peut être séparée de la source d’amour en Christ comme Personne divine, mais elle se rattache à nos besoins, à nos infirmités, à nos manquements en un mot. Quoique ce soit la grâce divine, cela se rapporte à nous-mêmes, et pour que le sentiment soit réel, cela doit nous faire penser, à nous-mêmes, et nous sommes ainsi remplis d’une reconnaissance produite divinement dans le cœur. Les deux choses dont j’ai parlé sont toutes deux justes, toutes deux sont douces, et doivent être cultivées par la grâce, mais elles sont différentes. L’une, nous élève simplement vers Dieu, pour que notre nouvel homme y demeure et y prenne ses délices, et l’adore. L’autre fait descendre cet amour en sympathique bonté jusqu’à notre état, bien que sentie et goûtée par le nouvel homme. C’est Dieu révélé, mais comme entrant dans tout ce que nous sommes et tout ce dont nous avons besoin, et cela même jusqu’à nos péchés. Or j’admets pleinement que reconnaître en adorant ce que Dieu est sous ce rapport est un vrai culte, et que l’exclure serait tout à fait mauvais et mortel pour les affections de l’âme ; mais c’est une chose différente de la position d’une âme, qui par l’Esprit Saint est, en adorant, auprès du Père auquel Christ nous a amenés, aimés comme lui est aimé. Je pense qu’il y avait dans l’enseignement de X. cette tendance, le désir d’atteindre au premier état en mettant de côté le dernier, et tout cela était mauvais. Mais, je le crains, les frères qui se sont occupés de cette affaire n’avaient pas appris à apprécier la différence entre les deux points de vue.

Prenez les hymnes et voyez s’il y en a beaucoup qui soient adressées au Père, ou qui continuent après la première strophe à avoir lui et non pas nous pour sujet. Il y a peut-être des hymnes adressées au Père, mais en révisant le livre d’hymnes, une grave question s’est élevée pour moi. Notre état spirituel influe tout ce que nous faisons, mais des hymnes au Père demandent un état plus spirituel que des hymnes à Christ, bien que celui-ci soit digne d’un égal honneur. Tout en faisant cette différence, j’accorde qu’on ne peut les séparer par une ligne mathématique. Les affections ne se manifestent pas ainsi ; l’amour du Père et l’amour du Fils, se confondent. Si le Père n’a pas épargné son Fils, le Fils, par le même amour divin, s’est donné lui-même. Nous avons connu le Père par la révélation que le Fils nous a donnée de lui. « Celui qui confesse le Fils a aussi le Père ». L’incarnation et le service qui la suit en grâce, ont donné un caractère spécial à la relation de notre cœur avec Christ, mais en définitive, tout procède de la même source divine. On a parlé d’adorer le Père comme étant en Christ, en substituant cette adoration à celle de Christ ; mais je ne trouve pas une telle pensée dans l’Écriture. Être en Christ est notre position et notre privilège ; le culte est une chose séparée qui, par grâce, découle de nos cœurs individuellement, ou plutôt encore, collectivement ; mais adorer en Christ est une chose dont je ne trouve point trace dans l’Écriture.

Votre affectionné dans le Seigneur.