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LE CONSEIL DU SAINT
ou : les plans de Dieu et leur accomplissement
Darby J. N.
Exposé à Genève 1839. Original en français dans ME 1898 p. 3-241
Paru dans CW 2 p.266 avec le titre « Le propos de Dieu »
Le sous-titre principal et les sous-titres du point 6 (Israël) ont été ajoutés
par Bibliquest
Table des matières abrégée :
Table des matières détaillée :
2.2 Le repos de Dieu dans la nouvelle création par le moyen du dernier Adam
3.1 L’Église cohéritière avec lui par la résurrection
3.2 Toutes choses mises sous les pieds de l’homme
3.3 Christ, comme héritier, reçoit l’héritage par voie de promesse
3.6 À son avènement, Christ reçoit l’héritage avec l’Église ressuscitée
6.2 Quelques principes et voies de Dieu
6.2.1 Voies de Dieu avant le déluge
6.2.2 Le gouvernement placé entre les mains de l’homme
6.2.3 L’appel de Dieu : sa nécessité
6.2.4 L’appel d’Abraham qui sépare du monde
6.2.5 Deux principes concomitants en Israël : gouvernement et appel de Dieu
6.2.6 Promesses inconditionnelles : leur nécessité
6.2.7 L’alliance conditionnelle
6.3 Trois instruments médiatoriaux dans les relations de Dieu avec les hommes : Moïse Aaron et Marie
6.4 Histoire sommaire du peuple d’Israël jusqu’à la restauration finale
6.5 Relations de Dieu avec l’homme : la médiation
6.5.1 Médiation de Moïse — rappel des promesses faites à Abraham
6.5.2 Présentation du type de Christ : David
6.6 La prophétie comme témoin de la promesse
6.6.1 La prophétie donnée en temps de ruine
6.6.2 La prophétie concernant les temps de la fin
6.6.3 Trois classes de prophétie : avant, pendant et après la captivité
6.6.4 Le gouvernement du monde confié aux Gentils
6.6.5 Babylone, l’Assyrien et Israël — Ésaïe et autres prophètes d’avant la captivité
6.6.6 Prophètes pendant la captivité — Annonce de la victoire finale de Christ
6.6.7 Prophètes d’après la captivité
6.6.8 Prophéties annonçant le retour d’Israël vers Christ
6.6.9 Prophéties sur l’intervention de l’Éternel lui-même
6.6.10 Prophéties sur l’intervention de l’Éternel en jugement
6.6.11 Prophéties sur le bonheur pendant le règne
6.6.12 La restauration d’Israël se fera dans un contexte hostile
6.6.13 Prophéties sur les riches bénédictions finales
6.6.14 Sacrificature de bénédiction de Christ : Melchisédec — la part de l’Église
« Nous ayant fait connaître le mystère de sa volonté selon son bon plaisir, qu’il s’est proposé en lui-même pour l’administration de la plénitude des temps, savoir de réunir en un toutes choses dans le Christ, les choses qui sont dans les cieux et les choses qui sont sur la terre » (Éphésiens 1:9, 10).
Le bon plaisir de la Divinité a été que toute sa plénitude habitât et se manifestât en Christ, le Fils.
Tel était le Conseil du Saint : conseil plein de bénédiction. La manière dont Dieu nous l’a manifesté et dont nous y sommes associés, est infiniment intéressante pour nous.
Dans les pages suivantes, on n’a traité qu’une petite partie, et, pour ainsi dire, une partie extérieure de ce Conseil, partie qui cependant n’en est pas moins d’un profond intérêt.
C’est à dessein que Dieu s’est plu à l’accomplir d’une manière visible, afin que ce Conseil nous fût révélé par des vérités positives qui, tout en faisant entrer le chrétien en communion avec Dieu, qui en est la source, le préservent, lui faible créature, de substituer les écarts de son imagination aux saintes manifestations que Dieu nous a données de lui-même.
Le sujet que nous traitons est contenu dans la prière de l’apôtre Paul, à la fin du premier chapitre de l’épître aux Éphésiens. Ce sujet trouve une source plus profonde encore (à laquelle nous avons fait allusion) dans ce qui nous est annoncé à la fin du troisième chapitre de la même épître ; mais on ne peut point jouir véritablement du sujet dont Éphésiens 1 traite, sans avoir senti en quelque mesure la puissance d’Éphésiens 3.
Au reste, en communiquant ceci, je ne réponds qu’avec faiblesse aux désirs de quelques personnes, et j’ai la confiance que Dieu suppléera à ce qui manque.
Deux grands objets sont offerts à notre contemplation par les prophéties et les témoignages des Écritures qui se rapportent au millénium : d’une part, l’Église et sa gloire en Christ ; de l’autre, les Juifs et la gloire qu’ils posséderont comme nation rachetée en Christ. C’est le peuple céleste et le peuple terrestre ; l’habitation et la scène de gloire de l’un étant les cieux, et de l’autre, la terre. Christ déploiera sa gloire dans l’un, selon ce qui est céleste ; dans l’autre, selon ce qui est terrestre. Lui-même, le Fils, qui est l’image et la gloire de Dieu, sera leur centre commun et le soleil qui les éclairera tous les deux. Et quoique le lieu qu’habite sa gloire dans l’Église soit le ciel, où il a mis une tente pour le soleil (Psaume 19:4), « les nations marcheront par sa lumière ». Il sera manifesté sur la terre, et la terre jouira de ses bénédictions. Lorsque tout sera accompli, Dieu sera tout en tous ; le tabernacle de Dieu sera avec les hommes, non pas descendant, pour ainsi dire, mais descendu du ciel.
Toutes ces choses, et la manière dont elles auront leur accomplissement, sont révélées en détail dans les Écritures. Bien que l’Église et Israël, dans leur union avec Christ, soient l’un et l’autre respectivement les centres de la gloire céleste et de la gloire terrestre, et qu’ils jettent l’un sur l’autre un éclat réciproque de bonheur et de joie, cependant chacun d’eux a une sphère qui lui est propre, et dans laquelle toutes choses lui sont subordonnées. À l’Église, les anges, les principautés et les puissances, avec tout ce qui appartient au ciel, domaine de sa gloire ; au peuple d’Israël, les nations de la terre.
Nous nous bornerons ici à l’histoire et à la condition de l’Église, d’une part, et à celles du peuple d’Israël, de l’autre.
« Au commencement Dieu créa », nous dit l’Ancien Testament ; « au commencement était la Parole », dit le Nouveau, pour annoncer la fondation d’une gloire plus relevée et plus durable que celle de la première création, fondation sur laquelle devait reposer la restauration de celle-ci, ruinée par la faiblesse de l’homme et par le péché.
« Au commencement Dieu créa les cieux et la terre ». En sortant des mains du Créateur, toutes ses œuvres étaient très bonnes. Le péché paraît, et elles sont souillées (comp. Colossiens 1:20, et Éphésiens 1:10). Pour un moment, Dieu, pour ainsi dire, se reposa en elles ; mais ce repos cessa. Les Écritures ne nous disent que peu de chose sur la souillure qui envahit les cieux ; tout ce que nous savons, c’est qu’il y eut des anges qui tombèrent. Mais c’était sur la terre et parmi les hommes que l’œuvre divine et magnifique de la rédemption devait être manifestée, et ce sujet nous est révélé dans toute sa plénitude.
Le repos de Dieu, après la première création, fut court. Le repos de l’homme avec Dieu passa comme un songe au matin. Mais la bénédiction de Dieu ne devait pas passer de la même manière. Ce qui fut passager, à cause de la faiblesse du premier Adam, devait être rétabli sur un pied infiniment plus excellent, par le déploiement de la force et de la puissance du dernier Adam ; Dieu voulant réunir en lui toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre.
C’est de cette réunion de toutes choses à Christ et en Christ, comme leur Tête (ανακεφαλαιωσις), que dépend le caractère et la substance de l’espérance de l’Église jusqu’à ce que Dieu soit tout en tous. Sous ce point de vue, l’Écriture parle de Christ manifesté, comme étant l’héritier de toutes ces choses, et de l’Église, comme étant cohéritière avec lui. C’est là, en quelque sorte, le caractère formel qui lui est attribué à l’égard de toutes choses, afin que nous comprenions quelle est notre place avec lui. C’est ainsi qu’il est écrit que Dieu a établi le Fils « héritier de toutes choses » (Hébreux 1:2) ; qu’en lui, « nous avons été faits héritiers » (Éphésiens 1:11) ; que « nous sommes héritiers de Dieu et cohéritiers de Christ » (Romains 8:17).
Ce titre glorieux de Christ, l’Héritier, a une origine plus glorieuse encore : Il est « le premier-né de toute la création ; car par lui ont été créées toutes choses, les choses qui sont dans les cieux et les choses qui sont sur la terre… elles ont été créées par lui et pour lui » (Colossiens 1:15, 16). L’Église, les enfants de Dieu sont cohéritiers avec lui. Comment le sont-ils ? C’est ce que nous allons développer.
Christ reçoit l’héritage en sa qualité d’homme, d’homme ressuscité, auparavant notre compagnon de souffrance à cause du péché, et ensuite la Tête, le Chef, la source de toute bénédiction.
Remarquons d’abord que le premier Adam, « figure de celui qui devait venir », est un type du dernier Adam dont nous parlons. Il en est question dans ce sens, en Éphésiens 5:30, 31. Avant sa manifestation en résurrection et en gloire, le dernier Adam est en quelque sorte caché, comme le premier a été enseveli dans le sommeil. Ève, qui figure l’Église, est tirée de son côté, et Dieu la lui présente comme l’aide qui lui convient, pour être sa compagne dans le gouvernement et dans l’héritage de toutes les choses que Dieu lui a données dans le paradis.
Ainsi Christ, qui est Dieu aussi bien qu’homme, se présente l’Église à lui-même, lorsqu’il s’éveille dans sa gloire, pour qu’elle partage avec lui cette gloire et cette domination qu’il possède déjà en titre et par le don de Dieu. « La gloire que tu m’as donnée, moi, je la leur ai donnée » (Jean 17:22). Adam et Ève, pris collectivement, sont appelés Adam, comme s’ils n’étaient qu’un (Genèse 1:27 ; 5:2), bien que, dans un sens, Ève fût inférieure à son époux, et qu’elle fût venue après lui. Il en est de même de Christ et de l’Église, qui sont une seule personne mystique.
Ce type, familier à ceux qui lisent les Écritures, présente d’une manière très simple toutes les formes de la réalité préfigurée, avec cette exception que le dernier Adam, étant le Seigneur qui est du ciel (1 Corinthiens 15:47), est aussi le Chef et le Seigneur des choses célestes.
Voyons maintenant les passages qui parlent de la domination de l’homme, et de l’union de l’Église avec Christ dans cette domination. Il résulte clairement des termes mêmes dans lesquels ils sont conçus, que leur accomplissement n’a point encore eu lieu. Tous ces passages reposent sur le Psaume 8. L’Esprit Saint y dit : « Tu l’as couronné (l’homme, le Fils de l’homme) de gloire et d’honneur ; tu as mis toutes choses sous ses pieds » ; puis il nous apprend (Hébreux 2:7-9) que cela ne se voit point encore ; mais que Jésus a été couronné de gloire et d’honneur, afin qu’il fût désigné à l’Église comme Celui qui doit, comme homme, avoir toutes choses mises sous ses pieds. En attendant, et jusqu’à ce que les desseins de Dieu soient accomplis, jusqu’à ce que les ennemis de Christ, qui retiennent injustement le pouvoir, viennent à lui servir de marchepied, en un mot, pendant la durée de l’économie actuelle, Christ est assis à la droite de la Majesté dans les lieux très hauts : Il siège, comme ayant vaincu, sur le trône du Père. C’est ainsi qu’il donnera à celui qui vaincra, de s’asseoir sur son propre trône (Apocalypse 3:21), lorsqu’il en prendra possession pour régner.
Éphésiens 1:17-2:7, nous montre l’Église unie à Christ dans toutes ces circonstances, selon l’efficacité de la puissance par laquelle il a été ressuscité d’entre les morts ; le verset 7 du second chapitre en assigne la cause, le motif glorieux. Au chapitre 1, verset 22, nous retrouvons la citation du Psaume 8 : « Et il a assujetti toutes choses sous ses pieds », et l’apôtre ajoute : « Et l’a donné pour être chef (ou tête) sur toutes choses à l’assemblée, qui est son corps, la plénitude de celui qui remplit tout en tous ».
Ainsi donc l’Église est unie à Christ, comme un corps dont il est la Tête, et sous les pieds duquel Dieu a mis toutes choses. Christ est « Tête sur toutes choses à l’assemblée, qui est son corps ». Ce caractère, c’est en sa qualité de ressuscité qu’il le possède, ainsi que le passage même l’établit clairement.
Mais ce dernier point est traité d’une manière spéciale dans 1 Corinthiens 15, versets 21 à 28, où nous retrouvons encore la citation du Psaume 8 : « Car puisque la mort est par l’homme, c’est par l’homme aussi qu’est la résurrection des morts ; car comme dans l’Adam tous meurent, de même aussi dans le Christ tous seront rendus vivants ; mais chacun dans son propre rang : les prémices, Christ ; puis ceux qui sont du Christ, à sa venue ; ensuite la fin, quand il aura remis le royaume à Dieu le Père, quand il aura aboli toute principauté, et toute autorité, et toute puissance. Car il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait mis tous les ennemis sous ses pieds : le dernier ennemi qui sera aboli, c’est la mort, Car « il a » assujetti toutes choses sous ses pieds ». Or, quand il dit que toutes choses sont assujetties, il est évident que c’est à l’exclusion de celui qui lui a assujetti toutes choses. Mais quand toutes choses lui auront été assujetties, alors le Fils aussi lui-même sera assujetti à celui qui lui a assujetti toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous » (*).
(*) Dieu, mais non pas Christ considéré sous le point de vue de son caractère médiatorial. Il n’est pas dit : Afin que le Père soit tout en tous, parce que, bien que Christ remette le royaume comme homme médiateur, il n’en est pas moins Dieu sur toutes choses, béni éternellement avec le Père et le Saint-Esprit.
Christ, en sa qualité d’homme ressuscité, règne donc sur un royaume qu’il remettra, afin que Dieu soit tout en tous. Toute cette administration et cette domination humaine, dont il est question au Psaume 8, prend fin, pour que la gloire de Dieu, purement et simplement, soit universelle.
Christ, avons-nous vu, est l’héritier en titre en sa qualité de Créateur de toutes choses, toutes choses ayant été faites par lui et pour lui, le Fils ; il l’est aussi, parce qu’il est établi tel dans le conseil de Dieu, de sorte que Dieu agissant par voie de promesse, toutes les promesses se concentrent en Christ. « C’est à Abraham que les promesses ont été faites, et à sa semence. Il ne dit pas : « et aux semences », comme parlant de plusieurs ; mais comme parlant d’un seul, — « et à ta semence », qui est Christ » (Galates 3:16). « Autant il y a de promesses de Dieu, en lui (Christ) est le oui et en lui l’amen, à la gloire de Dieu par nous » (2 Corinthiens 1:20). Ainsi Christ est l’héritier, la semence à qui la promesse avait été faite.
Relativement à cette terre, le peuple d’Israël, semence d’Abraham selon la chair, était, de tout le genre humain, le mieux placé pour recevoir le Seigneur dans un monde qui ne le connaissait pas. En venant chez eux, il venait chez soi (Jean 1:11). Ce peuple possédait la loi, les promesses, les alliances, les oracles de Dieu. C’est dans son sein que, selon la promesse, le Seigneur devait venir, et qu’il vint en effet (Romains 9:4, 5). C’est ce peuple qui, au milieu d’un monde perdu, possédait, par ses relations avec Dieu, le sabbat, ce signe qui devait lui rappeler l’espérance du repos de l’Éternel. Mais quand le Messie parut, bien que sa venue fût parfaitement en harmonie avec les prédictions de leurs propres prophètes, les Juifs ne le reçurent point. Ils dirent bien, et avec raison : Voici l’héritier, mais comme ils le haïssaient, ils ajoutèrent : « Venez, tuons-le, et l’héritage sera à nous » (Marc 12:7). Ainsi s’évanouit la dernière espérance du repos de Dieu sur la terre. Après tout ce qui s’était passé, Dieu avait bien voulu envoyer encore son propre Fils ; mais cette épreuve acheva de démontrer que l’homme est entièrement dénué de toute ressource, et qu’il n’est que vanité, quoiqu’il se tienne debout (Psaume 39:5).
Mais cela ne fit qu’ouvrir la porte à une économie bien autrement admirable, bien autrement glorieuse. La terre et le peuple d’Israël comme nation furent mis de côté pour un temps, quoique les dons et l’appel de Dieu soient sans repentance. Le dessein qui était caché en Dieu dès les siècles (Éphésiens 3:9, 10) allait être révélé : c’est la réunion en un seul corps, et en Christ, du résidu juif et de la plénitude des gentils (Romains 11:25), pour les introduire dans les lieux célestes. La compagne et l’épouse de Celui qui avait été rejeté, mais qui est ressuscité, l’Église, est rassemblée parmi toutes les nations, pendant que son Époux est assis à la droite de Dieu, et elle resplendira de la même gloire que lui, lorsqu’il apparaîtra (Colossiens 3:4 ; 1 Jean 3:2).
Christ, en sa qualité de semence d’Abraham, est l’héritier des promesses. S’il eût pris possession de cet héritage pendant sa vie terrestre, il l’aurait possédé pour lui seul. En effet, après qu’il eut manifesté sa gloire comme Fils de Dieu, par la résurrection de Lazare, et comme Roi des Juifs, par son entrée dans Jérusalem, quand des Grecs vinrent aussi le chercher, il dit que l’heure était venue, où (malgré le rejet par les Juifs de la semence promise) le Fils de l’homme devait être glorifié ; mais le Seigneur ajoute aussitôt : « En vérité, en vérité, je vous dis : À moins que le grain de blé, tombant en terre, ne meure, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jean 12:1-24).
C’est comme ressuscité que Christ devait entrer en possession de l’héritage avec l’Église, épi sorti de ce grain jeté dans le tombeau ; avec l’Église, désormais parfaitement justifiée (Romains 4:25). Ainsi Christ hérite les promesses, non pas comme venu en chair sur la terre, mais comme ressuscité. Il les hérite après avoir fait tout ce qui était nécessaire pour la rédemption de l’Église, et dans la puissance de cette vie qu’il a reprise, à laquelle il associe son Épouse. De cette union, il résulte que les âmes qui composent l’Église, lorsqu’elles sont nées du Saint-Esprit, sont considérées comme ressuscitées avec lui. En un mot, Christ est héritier en qualité d’homme ressuscité, de Tête ressuscitée de l’Église.
En Galates 3:17, Paul parle de la confirmation de la promesse faite à Christ, et ce qu’il dit s’accorde parfaitement avec ce que nous venons d’exposer. Au reste, l’apôtre ne fait que citer Genèse 22:18 : « Et toutes les nations seront bénies en ta semence, parce que tu as écouté ma voix ». Dans ces paroles, on voit, en effet, que la promesse faite à Abraham au chapitre 12, et relative à la bénédiction des nations, est confirmée à la semence du patriarche, après que celle-ci lui a été rendue par une résurrection en figure (Hébreux 11:19). Nous avons donc vu l’Écriture établir, sous différents points de vue, cette précieuse vérité, que l’Église a été rachetée pour être unie à Jésus, afin que, lorsqu’il prendrait possession de son héritage, il eût une compagne propre pour lui, qui lui fût associée en toutes choses, et parfaitement semblable à son Époux glorifié.
Pour l’entier établissement de ces choses, il était nécessaire non seulement que l’Église fût rachetée, mais encore que Christ fût allé lui préparer une place.
La résurrection du Sauveur eut pour double résultat d’accomplir la rédemption de l’Église, et de placer Christ dans un lieu où il pouvait assurer les gratuités promises à David (Actes 13:34), c’est-à-dire confirmer en son propre nom toutes les promesses faites à Israël. D’ailleurs il fallait aussi qu’il prit possession des lieux célestes, afin d’établir le royaume des cieux et de remplir toutes choses (Éphésiens 4:10 ; comp. avec Jean 20:17). C’était aussi pour associer l’Église à cette gloire nouvelle, et pourtant éternelle, préparée avant la fondation du monde, et pourtant cachée aux siècles précédents, mais dont la manifestation avait été déterminée, selon la sagesse de Dieu, par le rejet du Messie par le peuple juif. Ici, il faut distinguer deux choses : Christ préparant une place, une habitation céleste ; — et Christ rassemblant d’entre toutes les nations ceux qui doivent être ses cohéritiers, appelant l’Épouse qui doit entrer en possession avec lui.
Ainsi, dans Jean 14:2, 3, le Seigneur dit : « Je vais vous préparer une place. Et si je m’en vais, et que je vous prépare une place, je reviendrai, et je vous prendrai auprès de moi ; afin que là où moi je suis, vous, vous soyez aussi ».
Dans Jean 17:24 : « Père, je veux, quant à ceux que tu m’as donnés, que là où moi je suis, ils y soient aussi avec moi, afin qu’ils voient ma gloire, que tu m’as donnée ; car tu m’as aimé avant la fondation du monde ».
En Romains 8:29, il est écrit : « Ceux qu’il a préconnus, il les a aussi prédestinés à être conformes à l’image de son Fils, pour qu’il soit premier-né entre plusieurs frères ».
En Colossiens 1:18, Christ est appelé « le chef (la Tête) du corps, de l’assemblée, le premier-né d’entre les morts ». Mais de quelle manière cela a-t-il lieu ? « Comme nous avons porté l’image de celui qui est poussière, nous porterons aussi l’image du céleste ». — « Tel qu’est celui qui est poussière, tels aussi sont ceux qui sont poussière ; et tel qu’est le céleste, tels aussi sont les célestes ». Ces paroles se lisent en 1 Corinthiens 15, qui traite exclusivement du sujet de la résurrection. C’est ainsi qu’il est encore écrit, en Romains 8:30, et cela non en vue de la sanctification, mais de la gloire : « Ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés », sans qu’il soit parlé de la sanctification. « Il transformera le corps de notre abaissement en la conformité du corps de sa gloire » (Philippiens 3:21).
Le temps auquel ces choses seront accomplies est clairement enseigné dans l’Écriture. Christ est maintenant caché en Dieu, et notre vie y est cachée avec lui (Colossiens 3:3). Le temps actuel est celui pendant lequel sont rassemblés, par le Saint-Esprit, les membres de son corps, ses cohéritiers, tandis que lui est assis à la droite de Jéhovah, jusqu’à ce que ses ennemis soient faits le marchepied de ses pieds. « Par une seule offrande », dit l’apôtre, « il a rendu parfaits à perpétuité ceux qui sont sanctifiés », — et « il s’est assis à perpétuité à la droite de Dieu, attendant désormais jusqu’à ce que ses ennemis soient mis pour marchepied de ses pieds » (Hébreux 10:12-14). Il a achevé tout ce qu’il y avait à faire pour notre rédemption, à nous ses amis ; et tandis qu’encore aujourd’hui il rassemble les siens, par la puissance du Saint-Esprit qu’il a envoyé et qui le révèle lui, et le Père par lui, il est assis, dans l’attente de la possession, et non encore dans la possession effective de la terre, de la création, jusqu’à ce que le nombre de ses cohéritiers soit accompli. Il siège sur le trône du Père ; c’est là que l’Église la connaît, actuellement.
Mais tandis qu’il attend, nous attendons aussi ; et même la création tout entière attend de son côté la manifestation des fils de Dieu. Quant au temps et au mode de cette manifestation, les Écritures sont claires.
Puisque nous devons être rendus conformes à l’image du Seigneur Jésus, il est évident que ce doit être par la résurrection et la glorification, car il est ressuscité et glorifié. C’est pourquoi il est dit que la création tout entière attend la révélation des enfants de Dieu ; « et non seulement elle », ajoute l’apôtre, « mais nous-mêmes aussi, qui avons les prémices de l’Esprit, nous soupirons en nous-mêmes, attendant l’adoption, la délivrance de notre corps » (Romains 8:19, 23). Il est encore écrit : « Quand le Christ, qui est notre vie, sera manifesté, alors vous aussi, vous serez manifestés avec lui en gloire » (Colossiens 3:4). « Nous savons que, quand il sera manifesté, nous lui serons semblables, car nous le verrons comme il est » (1 Jean 3:2).
Nous avons déjà vu que le Seigneur a dit : « Je reviendrai, et je vous prendrai auprès de moi ; afin que là où moi je suis, vous, vous soyez aussi » (Jean 14:3). C’est ce qui aura lieu, soit par la résurrection, soit en étant changés, car « nous ne nous endormirons pas tous, mais nous serons tous changés » (1 Corinthiens 15:51). C’est là l’entrée de l’Église dans la gloire, ainsi que nous en sommes instruits avec détails par 1 Thessaloniciens 4:16, 17. « Le Seigneur lui-même, avec un cri de commandement, avec une voix d’archange, et avec la trompette de Dieu, descendra du ciel ; et les morts en Christ ressusciteront premièrement ; puis nous, les vivants qui demeurons, nous serons ravis ensemble avec eux dans les nuées à la rencontre du Seigneur, en l’air ; et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur ».
On peut lire, dans Apocalypse 19, la description de cette scène : les noces de l’Agneau, puis le jugement subséquent de la terre, ou tout au moins des chefs de la révolte antichrétienne. Ce jugement est encore décrit en termes plus généraux, dans Jude, versets 14:15 : « Voici, le Seigneur est venu au milieu de ses saintes myriades, pour exécuter le jugement contre tous », et nous lisons, dans Zacharie 14:5 : « L’Éternel, mon Dieu, viendra, et tous les saints avec toi ».
Ô temps heureux que celui où Christ se sera présenté l’Église à lui-même, comme une épouse « glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable » ! (Éphésiens 5:27). Parée de la beauté et de la gloire qui lui sont propres, voyant dans son Seigneur la beauté et la gloire du Père, elle est de plus associée à la gloire de son Époux, dans la puissance de cet amour dont il l’a aimée et par lequel il s’est donné pour elle, afin qu’elle fût parfaitement purifiée et qu’elle fût rendue glorieuse avec lui là où il est ; puis manifestée en gloire, tout entourée d’honneurs pareils à ceux qu’il reçoit lui-même ; rendue participante de toute sa gloire, de cette gloire que le Père lui a donnée, et cela parce qu’elle a été aimée, comme le Père l’a aimé, lui, Jésus. Associés au Seigneur de gloire, les saints jugeront les anges et le monde. Ils seront les ministres et les instruments qui dispenseront la lumière et les bénédictions de son règne sur une terre affranchie de toutes ses misères, et où Satan ne sera plus ; « car ce n’est point aux anges qu’il a assujetti le monde habité à venir dont nous parlons » (Hébreux 2:5). « Ceux qui seront estimés dignes d’avoir part à ce siècle-là et à la résurrection d’entre les morts… ne peuvent plus mourir » (Luc 20:35, 36). « Sur eux la seconde mort n’a point de pouvoir », mais ils vivent et règnent avec Christ mille ans (Apocalypse 20:6). Bienheureux sont ces fidèles-là !
À la venue de Christ, ceux-ci (déjà ressuscités quant à leurs âmes) sont ressuscités quant à leurs corps, par son Esprit qui habite en eux (Romains 8:11). C’est là la résurrection, non de jugement, mais de vie (Jean 5:29), qui appartient à l’Église en vertu de son union avec Christ par le Saint-Esprit. Elle ne saurait donc concerner les méchants, bien qu’eux aussi doivent être ressuscités en leur temps par la parole du Fils, mais pour être jugés. Ceux donc qui sont du Christ ressusciteront à son avènement ; quant au reste des morts, leur résurrection aura lieu lorsque Christ, après avoir remis le royaume, s’assiéra, comme Fils de Dieu, sur le grand trône blanc pour juger les morts, et que le ciel et la terre se seront enfuis de devant sa face (Apocalypse 20:11).
Tels sont les enseignements de la parole de Dieu. La prise de possession du royaume par Christ est décrite dans Daniel ; mais ce sujet nous conduirait à notre seconde partie, la gloire terrestre ; nous le laisserons donc de côté pour le moment. Nous avons seulement voulu montrer ici la place que l’Église occupe dans cette scène, et la liaison qui existe entre cette doctrine bien comprise et les vérités les plus fondamentales et les plus consolantes qui font l’espérance et la joie du croyant.
Il est un point de ce sujet que nous avons à peine effleuré, mais dont la contemplation nous entraînerait trop loin de notre but principal, et risquerait de nous le faire perdre de vue : c’est la place qu’y tient l’amour du Père, sujet également plein de puissantes consolations. C’est pour le règne du Père que Jésus a enseigné ses disciples à prier ; c’est dans le royaume du Père que « les justes resplendiront comme le soleil » (Matthieu 13:43), c’est-à-dire comme Christ, le Soleil de justice. C’est dans la gloire du Père que Christ doit paraître (Luc 9:26), et c’est là pour nous une circonstance bien réjouissante, du bonheur de ce grand jour. Ici, nous entrons dans des eaux plus profondes, et cependant plus calmes ; dans cette éternité, océan immobile et sans bornes d’une joie infinie, d’une joie dont nous connaîtrons cependant la longueur et la largeur, la profondeur et la hauteur, qui surpassent toute intelligence. Car c’est là que nous apprendrons ces choses ; c’est là que nous étudierons la gloire. Ici-bas, nous éprouvons peut-être plus profondément ce qu’est la grâce ; là, nous en serons la pleine manifestation, nous pécheurs, rendus semblables à Christ lui-même (Éphésiens 2:7).
Mais les passages que nous avons mis sous les yeux du lecteur, avec les réflexions qui y sont jointes, peuvent suffire pour guider ceux qui désirent s’enquérir de cette simple, mais réjouissante vérité, et en recevoir la révélation dans leurs âmes. Ils ne tarderont pas à éprouver qu’elle renferme toutes choses ; qu’elle est la plénitude de Celui qui, sans avoir eu de commencement, voulut naître, et qui, n’ayant point de fin, veut accomplir éternellement en nous cette joie infinie dont la jouissance même nous rendra capables d’en jouir dans une mesure toujours croissante. Nous aurons de grandes leçons à apprendre dans la gloire avec Christ, l’Agneau, en qui nous est révélé tout ce qu’est le Père. La vie que nous avons reçue nous donne dès maintenant un droit de propriété à toutes ces bénédictions.
Nous n’avons fait que tracer un simple aperçu de la place qu’occupera l’Église, lorsque Christ sera révélé dans sa puissance et sa gloire. Alors elle sera manifestée comme son Épouse, sa compagne, dans la même gloire que lui, et par elle, par son moyen, toutes choses seront bénies, car elle sera la sphère et l’intermédiaire du déploiement de la gloire et de la bénédiction de Christ.
Nous avons vu, dans la première partie de ce traité, la grâce infinie de Dieu manifestée par l’exaltation de l’Église dans les lieux célestes.
Dans cette seconde partie, nous passerons à ce qui concerne le peuple terrestre, ce « peuple merveilleux dès ce temps et au delà » (Ésaïe 18). De même que nous avons vu dans l’Église la pleine manifestation de la grâce, de même nous verrons ici déployés, d’une manière suprême, toute la providence, tout le conseil, toute la patience et le support miséricordieux de Dieu, se manifestant en souveraineté et montrés déjà et qui le seront encore avant la fin de l’histoire de cette terre, théâtre merveilleux de toutes ses dispensations. Et voici quelle est l’importance de la chose : il fallait que Dieu choisit une nation entre toutes ; pour le faire, il était à la fois souverain et sage. Il choisit Israël ; il forma ce peuple pour lui-même, afin qu’il fût son témoin et racontât ses louanges (Ésaïe 43:10, 21). Suivons l’histoire de ce peuple de Dieu, à l’égard duquel « les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance » (Romains 11:29).
Les deux passages que nous venons de citer sont assez remarquables en eux-mêmes pour attirer toute notre attention sur Israël. Dieu a formé ce peuple pour lui-même, et c’est à son sujet qu’il est dit que « les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance ». Il en résulte que la fidélité de Dieu d’un côté, et son caractère de l’autre, doivent se trouver spécialement manifestés dans cette nation. En effet, c’est dans la contemplation des dispensations de Dieu envers Israël que le grand apôtre des gentils s’écrie : « Ô profondeur des richesses et de la sagesse et de la connaissance de Dieu ! Que ses jugements sont insondables, et ses voies introuvables ! » (Romains 11:33).
Mais c’est sur la terre que les Juifs sont les témoins. Quant au ciel, « il n’y a pas Grec et Juif, circoncision et incirconcision, barbare, Scythe, esclave, homme libre ; mais Christ est tout, et en tous » (Colossiens 3:11). Par conséquent, ce témoignage agit sur les nations de la terre. Dieu lui-même, au milieu de ce peuple et par son moyen, agit sur ces nations et se manifeste parmi elles par sa justice et sa puissance envers Israël, par les relations d’Israël avec les nations, et de celles-ci avec Israël, et selon leur conduite à l’égard de ce peuple.
C’est donc là que toute sa providence trouve son centre, comme il est écrit : « Quand le Très-haut partageait l’héritage aux nations, quand il séparait les fils d’Adam, il établit les limites des peuples selon le nombre des fils d’Israël » (Deutéronome 32:8). Ainsi donc la fidélité, le caractère et le gouvernement providentiel de Dieu, se trouvent déployés sur la terre.
J’essaierai d’exposer, selon les Écritures, quelques-uns des faits, des principes et des témoignages qui se rapportent à ce peuple et nous instruisent touchant les jugements et les voies de Dieu.
Il y a une différence très nette entre les voies de Dieu avant et après le déluge. Depuis la chute, il y a toujours eu un peuple de Dieu et un monde des impies. Jamais Dieu ne s’est laissé sans témoignage. Les prophéties d’Enoch furent, pour ces temps-là, l’instruction du peuple de Dieu, et elles sont, de nos jours, l’espérance des fidèles. Cependant il n’y avait alors point de jugement manifesté, point de nation, point d’appel extérieur qui formât les croyants ou un peuple élu en un corps reconnu devant Dieu : il n’y avait, par conséquent, point de développement des principes du caractère de Dieu. C’était une race déchue, et la nature déchue de l’homme se manifestait et suivait son cours en dépit du témoignage de Dieu ; et Dieu ne fit rien jusqu’à ce que, le mal étant devenu intolérable, il le balayât de devant sa face par un jugement auquel nul ne put échapper, sauf le petit nombre de ceux qui se trouvaient dans l’arche. Le monde périt, englouti dans les eaux. Dieu « se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre », car « la terre était corrompue devant Dieu, et la terre était pleine de violence », et Dieu la détruisit.
Le monde qui existe maintenant est un nouveau monde, gardé pour le feu au jour du jugement. Dans ce monde, il y a deux grands principes : le gouvernement placé entre les mains des hommes, et la séparation du monde par l’appel de Dieu.
Le premier est aisément corrompu ; et les hommes se montrent en cela, comme en toute autre chose, infidèles dans le maintien de la gloire de Dieu. Mais là où il y a la possibilité du mal, où il y a des principes qui, laissés à eux-mêmes, peuvent produire le mal et la misère, là le règlement de toutes choses sur des principes divins, selon la volonté de Dieu, est le premier principe de bonheur, principe qui, dans son caractère, embrasse toute l’étendue de la terre. Tel est le principe qui, dans sa racine, fut établi pour la première fois avec Noé, pour le gouvernement de ce nouveau monde qui sortait de la ruine causée par la corruption et la violence : « Qui aura versé le sang de l’homme, par l’homme son sang sera verse ». C’était la puissance de Dieu sur la vie, placée entre les mains de l’homme et dont il devait être responsable. L’exercice de ce pouvoir était la manifestation du jugement de Dieu, et rappelait la sainteté, l’autorité et la vigilance constante du Très-haut. Tel était du moins son vrai caractère. Mais pour que la valeur de ce principe de gouvernement fût acceptée dans ses détails, soit par les gouvernants, soit par les gouvernés, il fallait que la source d’où il émane fût reconnue. La valeur de ce principe était de rappeler au cœur et de représenter aux yeux l’autorité de ce Dieu qui l’avait établi, autorité qui, ainsi reconnue, réfrénerait les convoitises de la chair, avant qu’elles se manifestassent par des actes auxquels le pouvoir du glaive devait être appliqué, ou qui empêcherait les effets de ces convoitises, quand ils ne seraient pas assez graves pour tomber sous l’application immédiate de la loi.
Mais non seulement nous voyons le chef de ce nouveau monde manquer, dès le commencement, au gouvernement de soi-même, et, par conséquent, perdre le respect de celui qui aurait dû le premier lui obéir, c’est-à-dire son fils, nous apercevons de plus un esprit malin et méchant, qui savait comment détruire l’efficacité de ce pouvoir de gouvernement dans sa source, en se l’appropriant lui-même, se présentant comme la source des maux et des biens qui résultaient de la conduite de l’homme, ou qui étaient l’effet de la puissance et du gouvernement de Dieu. Et dans l’état de chute et de péché de l’homme, il était capable en quelque degré de justifier ses prétentions, ou au moins de les faire respecter.
Là-dessus est introduit le second principe : l’appel de Dieu, principe qui, en mettant à part une personne, un peuple, une famille, une assemblée, reconnaissant le vrai Dieu, était capable de les rendre témoins de son caractère, et d’être le théâtre où il déploierait sa puissance selon ce caractère. « Et Josué assembla toutes les tribus d’Israël à Sichem, et il appela les anciens d’Israël, et ses chefs, et ses juges, et ses magistrats ; et ils se tinrent devant Dieu. Et Josué dit à tout le peuple : Ainsi dit l’Éternel, le Dieu d’Israël : Vos pères, Térakh, père d’Abraham et père de Nakhor, ont habité anciennement au delà du fleuve, et ils ont servi d’autres dieux ; et je pris votre père Abraham d’au delà du fleuve, et je le fis aller par tout le pays de Canaan » (Josué 24:1-3). Ce récit nous montre l’occasion et la nécessité de cet appel, chose inconnue avant le déluge, malgré tout le mal qui avait offensé Dieu à cette époque. « Vos pères ont servi d’autres dieux » : nouveau crime, nouveau piège de Satan, qui exigent de nouvelles mesures de la part d’un Dieu tout bon. Les luttes et la violence se manifestèrent au temps de Nimrod, et peut-être l’orgueil et l’ambition s’élevant contre Dieu, se montrèrent-ils aussi en ceux qui voulaient se faire un nom, de peur d’être dispersés. Là Satan fit découler le principe du gouvernement de la volonté et de la violence de l’homme, et la concentration du pouvoir du désir de se faire un nom. Mais le jugement de Dieu confondant les projets des hommes et les forçant à se disperser, suffit pour montrer la suprématie de sa puissance et humilier leur orgueil. Par la confusion des langues, ce jugement donna en même temps naissance à la séparation des hommes en nations et forma les liens de patrie, qui devaient être l’occasion de toutes ces organisations diverses que régit sa providence.
Mais tandis que l’orgueil de l’homme était confondu par le jugement de Dieu, et servait seulement à la manifestation de sa puissance et à l’accomplissement de ses desseins providentiels, le remplacement dans le cœur des hommes de son pouvoir par celui de Satan, sous la forme des faux dieux, comme étant la source du gouvernement et les auteurs des jugements, donnait occasion au Dieu tout-puissant qui peut toujours tirer le bien du mal, de manifester l’autre principe que nous avons mentionné, c’est-à-dire l’appel de Dieu. Ainsi Dieu se glorifie lui-même, même par la perversité et la folie de ses créatures.
Dieu appela Abraham — type selon la chair et selon l’esprit de la famille de Dieu, et dépositaire de toutes ses promesses. Voici les termes de cet appel : « Et l’Éternel avait dit à Abram : Va-t’en de ton pays, et de ta parenté, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai ; et je te ferai devenir une grande nation, et je te bénirai, et je rendrai ton nom grand, et tu seras une bénédiction ; et je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront ; et en toi seront bénies toutes les familles de la terre » (Genèse 12:1-3). C’était la dans son principe la séparation d’avec le monde, brisant tous les liens les plus forts et les relations les plus intimes, afin qu’il se donnât lui-même à Dieu seul, lui, son cœur, sa foi et sa confiance.
Le principe du gouvernement chez les nations et de l’autorité dans la famille subsistait dans toute sa force, mais Satan s’en était emparé, et notre Dieu, le Dieu de bonté, en attirant plus près de lui une famille et une nation, introduisait un nouveau et puissant principe pour faire valoir son nom, son caractère et sa grâce, au milieu de ce monde qui s’était retiré de ses jugements providentiels en se jetant entre les mains du grand adversaire de son bonheur, tout comme il l’est de la gloire de Dieu. Le manque de fidélité et de force dans l’homme placé sous sa responsabilité, s’était ainsi montré de nouveau d’une manière fatale au monde entier, parce que la faiblesse de l’homme l’avait placé sous la main et l’autorité de Satan, non seulement en conséquence du péché de toute la race humaine, mais par rapport au principe de gouvernement introduit pour le régir. Mais le principe de l’appel de Dieu maintenait sa suprématie d’une manière qui la plaçait au-dessus des effets de la responsabilité de l’homme, et en conséquence Dieu pouvait y ajouter des promesses inconditionnelles. C’est ce qui eut lieu par rapport à Abraham, et, dans ce qui suit, nous en verrons toute l’importance dans l’histoire du peuple élu. C’est là la différence entre l’appel extérieur en lui-même et le principe de gouvernement (deux choses néanmoins qui ont leurs droits clairs et positifs sur le cœur de l’homme), d’un côté, et d’un autre, la certitude des promesses et de l’appel de Dieu selon la grâce, soit pour les Juifs soit pour l’Église. Le droit de Dieu est reconnu par le croyant dans le premier cas, mais aussi l’entier manquement de l’homme en toutes choses ; la puissance efficace de Dieu est sentie et produit ses effets dans le second cas.
L’existence du principe de l’appel de Dieu a été développé sous diverses formes depuis le temps d’Abraham, mais Dieu a constamment maintenu le principe. Il y a eu dès ce temps, dans l’histoire du gouvernement du monde, plusieurs changements de la plus grande importance, dans lesquels s’est montré le gouvernement de Dieu ; et la vérité de ce gouvernement sera glorifiée dans les résultats qui surgiront de ces événements dans les derniers jours. Ils sont les sujets dont traitent les prophéties de l’Ancien Testament, de même que les précieux sujets du Nouveau Testament sont la fidélité de Dieu à son appel quant à son ancien peuple, et la manifestation de cet appel sous une forme nouvelle qui conduit l’Église dans la connaissance et la jouissance des choses célestes — choses clairement révélées par l’Esprit Saint qui lui a été donné.
Ainsi, avant le déluge, nous voyons l’entière opposition entre l’homme déchu et le caractère de Dieu ; alors Dieu, après un simple mais puissant et patient témoignage, balaie de devant sa face cette masse d’iniquité et lave dans les eaux du déluge la terre souillée. Nous avons vu le principe de jugement et de rétribution introduit sous Noé, comme constituant le nouveau monde. C’est le principe du gouvernement. Puis nous avons trouvé, dans l’histoire d’Abraham, le principe de l’appel de Dieu. C’est le principe de la grâce, de la sainteté et de la suprématie de Dieu. Mais l’union de ces deux principes nous est aussi présentée dans les Écritures ; union très remarquable pour un temps, comme une nouvelle épreuve de la fidélité de l’homme placé sous sa responsabilité et dans des circonstances tout à fait particulières, et accompagnée aussi par une manifestation plus étonnante encore de patience de la part de Dieu. C’est ce qui fournira dans les derniers temps le sujet de cette louange solennelle : « Sa bonté demeure à toujours ». Quant à l’avenir, l’union de ces deux principes est la source d’un état de choses qui sera la manifestation de la puissance et de la sagesse insondables de Dieu, lorsqu’il prendra dans ses propres mains les rênes du gouvernement.
L’histoire de l’union de ces deux principes, soit sous la responsabilité de l’homme soit selon l’efficacité de la suprématie de Dieu, est celle du peuple juif. La loi en est le principe dirigeant, comme étant l’expression des conditions positives du gouvernement de Dieu. C’est, par conséquent, dans l’histoire de ce peuple que l’on doit chercher le centre de l’administration du gouvernement du monde. Elle renferme, dans le passé, d’un côté, le témoignage donné par un peuple élu à la connaissance du seul vrai Dieu contre les faux dieux des gentils, ainsi qu’il est dit : « Écoute, Israël : L’Éternel, notre Dieu, est un seul Éternel » ; d’un autre côté, on y voit le témoignage rendu aux principes du gouvernement du vrai Dieu, par la manière dont il agit envers son peuple élu, le bénissant ou le châtiant ouvertement selon sa conduite. « Je vous ai connus, vous seuls, de toutes les familles de la terre ; c’est pourquoi je visiterai sur vous toutes vos iniquités » (Amos 3:2). Dans l’histoire future d’Israël (que la prophétie nous présente), la souveraineté et l’efficacité de l’appel de Dieu seront clairement et ouvertement manifestées ; le gouvernement de toute la terre sera placé dans les mains du roi que Dieu a établi, et sera régi selon les principes d’une loi que Dieu aura écrite dans les cœurs de son peuple : ce sera une alliance abondant en précieuses et souveraines bénédictions qui démontreront en même temps les richesses de sa bonté et sa fidélité à ses promesses, et auxquelles les gentils participeront dans leur mesure, sur une terre qui sera remplie de la connaissance de la gloire de Dieu, comme le fond de la mer est couvert par les eaux (Habakuk 2:14).
Mais si, d’un côté, la responsabilité de l’homme donnait indirectement occasion à la manifestation du caractère de Dieu ; de l’autre, la faiblesse de l’homme rendait nécessaire que Dieu établit l’espérance de ses promesses sur une toute autre base que celle de la responsabilité. Et, en effet, nous voyons dans l’histoire que nous examinons, qu’Israël reçut les promesses en Abraham selon l’appel de Dieu, d’une manière absolue et inconditionnelle. Sous la loi, Israël accepte ses promesses sous la responsabilité de son obéissance. Examinons plus en détail et sous ces deux rapports ce qui concerne ce peuple.
Les promesses de bénédiction furent données à Abraham sans conditions. Nous lisons, en Genèse 17 : « Abram était âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans ; et l’Éternel apparut à Abram, et lui dit : Je suis le Dieu Tout-puissant ; marche devant ma face, et sois parfait ; et je mettrai mon alliance entre moi et toi, et je te multiplierai extrêmement. Et Abram tomba sur sa face, et Dieu parla avec lui, disant : Quant à moi, voici, mon alliance est avec toi, et tu seras père d’une multitude de nations ; et ton nom ne sera plus appelé Abram, mais ton nom sera Abraham, car je t’ai établi père d’une multitude de nations. Et je te ferai fructifier extrêmement, et je te ferai devenir des nations ; et des rois sortiront de toi. Et j’établirai mon alliance entre moi et toi et ta semence après toi, en leurs générations, pour être une alliance perpétuelle, afin que je sois ton Dieu, à toi et à ta semence après toi. Et je te donne, et à ta semence après toi, le pays de ton séjournement, tout le pays de Canaan, en possession perpétuelle ; et je serai leur Dieu » (v. 1-8). Puis Abraham reçut le sceau de la circoncision, ordonnance qui, si elle était négligée, entraînait, non la perte de la promesse comme nation, mais le retranchement de celui qui l’avait omise. La promesse inconditionnelle se trouve aussi au chapitre 15 : « Celui qui sortira de tes entrailles, lui, sera ton héritier », et encore : « Ainsi sera ta semence », puis, au verset 18 : « En ce jour-là, l’Éternel fit une alliance avec Abram, disant : Je donne ce pays à ta semence, depuis le fleuve d’Égypte jusqu’au grand fleuve, le fleuve Euphrate : le Kénien, etc. ». Cette promesse faite à Abraham est confirmée à Isaac, au chapitre 22, et à Jacob, dans la vision qu’il eut à Béthel et, dans les deux cas aussi, inconditionnellement.
Avec cela, comparons maintenant l’alliance faite avec le peuple au mont Sinaï. Dieu l’avait fait sortir d’Égypte à main forte, et l’avait conduit avec grâce et bénédiction jusqu’à cette montagne, pourvoyant à tous ses besoins et ne lui reprochant jamais ses murmures. « Israël campa là devant la montagne », et Dieu lui envoya par Moïse ce message : « Vous avez vu ce que j’ai fait à l’Égypte, et comment je vous ai portés sur des ailes d’aigle, et vous ai amenés à moi. Et maintenant, si vous écoutez attentivement ma voix, et si vous gardez mon alliance, vous m’appartiendrez en propre d’entre tous les peuples ; car toute la terre est à moi ; et vous me serez un royaume de sacrificateurs, et une nation sainte. Ce sont là les paroles que tu diras aux fils d’Israël. Et Moïse vint, et appela les anciens du peuple, et mit devant eux toutes ces paroles que l’Éternel lui avait commandées. Et tout le peuple ensemble répondit et dit : Tout ce que l’Éternel a dit, nous le ferons. Et Moïse rapporta à l’Éternel les paroles du peuple » (Exode 19:4-8).
Alors la loi fut donnée, et ainsi l’alliance fut conclue sous l’expresse condition d’obéissance de la part du peuple, s’il voulait jouir des promesses que l’alliance renfermait. Et qu’arriva-t-il ? Précisément ce que l’on pouvait attendre de l’homme — de nos misérables cœurs. Avant même que Moïse, sortant de la présence de Dieu, fût descendu, apportant les détails de l’alliance et les commandements écrits du doigt de Dieu, le peuple s’était complètement détourné de l’Éternel, et s’était fait un dieu d’or.
De la part du peuple, l’alliance était rompue dans son principe fondamental, presque avant qu’il l’eût reçue. « Et quand le peuple vit que Moïse tardait à descendre de la montagne, le peuple s’assembla auprès d’Aaron, et ils lui dirent : Lève-toi, fais-nous un dieu qui aille devant nous ; car ce Moïse, cet homme qui nous a fait monter du pays d’Égypte, nous ne savons ce qui lui est arrivé » (Exode 32:1). Quel oubli de la main de Dieu ! Mais l’Éternel prend le peuple au mot, et ne le reconnaît pas comme son peuple sous l’alliance qui avait été traitée avec lui. Il dit à Moïse : « Va, descends ; car ton peuple, que tu as fait monter du pays d’Égypte, s’est corrompu » (v. 7).
Arrêtons-nous un moment à cette conjoncture importante, et considérons, dans ce peuple, le développement des relations de Dieu avec le monde et avec les hommes ; ensuite, nous reviendrons à l’histoire d’Israël. Depuis ce moment, nous voyons les trois grands instruments de ces relations, tenant leur place au milieu du peuple de Dieu : Moïse y était le représentant de la royauté. « Moïse nous a commandé une loi, héritage de la congrégation de Jacob ; et il a été roi en Jeshurun, quand les chefs du peuple se réunirent ensemble avec les tribus d’Israël » (Deutéronome 33:4, 5). Aaron occupait la place de souverain sacrificateur, et Marie était là comme prophétesse. « Car je t’ai fait monter du pays d’Égypte, et je t’ai racheté de la maison de servitude ; et j’ai envoyé devant toi Moïse, Aaron et Marie » (Michée 6:4 ; voyez aussi Exode 15 ; Nombres 12).
Ainsi nous voyons, dans le désert, le modèle des trois instruments médiatoriaux de la puissance de Dieu : l’un pour la communication de sa volonté ; le second, comme moyen de s’approcher de lui ; et le troisième, l’instrument de son gouvernement, le dépositaire de son pouvoir.
Moïse, à différentes périodes, a rempli ces trois fonctions. Dans les plaies infligées aux orgueilleux Égyptiens, Aaron agit comme prophète et Moïse était comme Dieu pour Pharaon — mais cela, au fond, ne change rien. Durant l’union des deux principes de gouvernement et d’appel, ces choses furent pleinement développées ; mais sous sa responsabilité à leur égard, le peuple juif s’est corrompu dans chacune d’elles.
Sous la sacrificature — alors que Dieu était leur roi et qu’il y avait seulement des juges suscités de temps à autre pour les maintenir dans leur héritage, quand leur infidélité les avait fait livrer entre les mains d’oppresseurs étrangers — les fils d’Israël étaient en relation avec Dieu par le moyen du sacrificateur. Silo était le lieu où Dieu avait mis son nom. Mais quelle en fut la fin ? Un témoignage de jugement pour toutes les générations. « Allez à mon lieu qui était à Silo », dit Jérémie, « où j’ai fait demeurer mon nom au commencement, et regardez ce que je lui ai fait, à cause de l’iniquité de mon peuple Israël… Je ferai à cette maison… comme j’ai fait à Silo » (Jérémie 7:12-14). Sous la sacrificature, il y eut une entière corruption, même chez les sacrificateurs, ainsi que nous le voyons en 1 Samuel 2, et dans la scène touchante du chapitre 3 où I-Cabod fut imprimé sur le peuple de Dieu. Je ne dis pas que la sacrificature fut abolie ; loin de là : elle devait, au contraire, être un exemple de la patience de Dieu, jusqu’à ce que vînt Celui qui en remplirait efficacement toutes les fonctions.
Samuel était le représentant de la lignée prophétique, un juge aussi, gouvernant le peuple par le témoignage de Dieu, témoignage donné, ainsi que nous l’avons vu, contre l’état où se trouvait alors la sacrificature. C’est pour cette raison que Pierre dit : « Tous les prophètes, depuis Samuel et ceux qui l’ont suivi » (Actes 3:24). C’était donc là le gouvernement de Dieu par le prophète. Cependant le peuple n’en était point satisfait, et demanda un roi, et Dieu leur donna un roi dans sa colère, et l’ôta dans sa fureur (Osée 13:11). Un roi choisi selon la chair, alors que Dieu était leur Roi, ne servit qu’à montrer la faiblesse de tout ce que l’homme fait, la folie de tout ce qu’il désire. Néanmoins la royauté de Christ sur son peuple fut toujours dans les desseins de Dieu. Il leur donna un roi selon son cœur, et David et Salomon furent les types de la royauté de Christ, l’un en souffrant et vainquant tous ses ennemis, après avoir montré une obéissance complète ; l’autre, comme régnant en paix et en gloire sur un peuple heureux, obéissant et prospère. Là se termine le tableau. L’homme peut fournir des types, mais ne peut jamais accomplir parfaitement les fonctions de ce qui est vrai en Christ, et de ce qui sera accompli en lui. Le repos et la gloire dont Salomon jouit, furent la cause de sa chute. Il ne sut pas conserver sa droiture au milieu des dons de Dieu, mais, égaré par ses femmes, il servit d’autres dieux. La royauté, dernière ressource de Dieu pour maintenir ses relations avec son peuple, fut corrompue, précisément en ce en quoi Israël devait être le témoin de Dieu. Le royaume tomba et fut divisé ; néanmoins la maison de David, dans la sagesse de Dieu, conserva une tribu pour l’amour de David, son serviteur, et de Jérusalem, la ville qu’il avait choisie parmi toutes les tribus d’Israël ; car l’appel de David était selon la grâce, et le choix de Jérusalem était celui de Dieu (voyez 1 Chroniques 21:22 ; 22:7-14 ; 1 Rois 11:13, 32).
Après cela, la longue patience de Dieu attendit, enseignant, reprenant et avertissant par les prophètes. Car « l’Éternel, le Dieu de leurs pères, envoya vers eux par ses messagers, se levant de bonne heure et envoyant, car il avait compassion de son peuple et de sa demeure. Mais ils se moquaient des messagers de Dieu, et méprisaient ses paroles, et se raillaient de ses prophètes, jusqu’à ce que la fureur de l’Éternel monta contre son peuple et qu’il n’y eut plus de remède. Et il fit monter contre eux le roi des Chaldéens » (2 Chroniques 36:15-17). Le reste de leur histoire est courte. Le règne fut transféré aux gentils. Dieu, pour accomplir ses desseins, conserva et ramena un résidu, afin que son Christ apparût, au milieu du peuple, comme « serviteur de la circoncision, pour la vérité de Dieu, pour la confirmation des promesses faites aux pères » (Romains 15:8). Le prophète fut manifesté, le roi naquit, mais fut rejeté. L’histoire de cet événement de toute importance nous est donnée brièvement dans la controverse qu’il eut avec toutes les classes des Juifs, à la fin de son ministère (Matthieu 21:23, etc.). « Et enfin, il envoya auprès d’eux son fils, disant : Ils auront du respect pour mon fils. Mais les cultivateurs, voyant le fils, dirent entre eux : Celui-ci est l’héritier ; venez, tuons-le, et possédons son héritage. Et l’ayant pris, ils le jetèrent hors de la vigne, et le tuèrent ». Et leur jugement fut prononcé, et leur désolation annoncée dans ces paroles pleines d’une douloureuse tendresse : « Jérusalem, Jérusalem, la ville qui tue les prophètes et qui lapide ceux qui lui sont envoyés, que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu ! Voici, votre maison vous est laissée déserte, car je vous dis : Vous ne me verrez plus désormais, jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » (Matthieu 23:37-39). Ayant accompli son ministère auprès du peuple comme prophète, et maintenu leur cause (bien qu’ils soient sous un juste jugement jusqu’à ce jour) comme Aaron, mais n’étant pas encore sorti hors du voile (de sorte qu’ils sont ignorants de leur sort), il reviendra comme Roi, et occupera le trône de David, son père. « Il sera sacrificateur sur son trône » (Zacharie 6:13), selon la promesse : « Car les fils d’Israël resteront beaucoup de jours sans roi, et sans prince, et sans sacrifice, et sans statue, et sans éphod ni théraphim. Ensuite, les fils d’Israël retourneront et rechercheront l’Éternel, leur Dieu, et David, leur roi, et se tourneront avec crainte vers l’Éternel et vers sa bonté, à la fin des jours » (Osée 3:4, 5). En ces jours, le gouvernement et le principe de l’appel seront réunis sous le règne de Christ, et « l’Éternel sera roi sur toute la terre. En ce jour-là, il y aura un Éternel, et son nom sera un ». Jérusalem sera de nouveau bâtie et habitée en sécurité, et Dieu dira : « C’est ici mon peuple ; et lui dira : L’Éternel est mon Dieu » (Zacharie 13 et 14).
Ayant ainsi brièvement suivi l’histoire de ce peuple, jusqu’à ce que la grâce lui rende le bonheur comme nation qui portera du fruit, et qui sera le peuple que le Seigneur bénit, histoire qui nous montre comment il a été la scène de la manifestation des principes du gouvernement de Dieu — je reprendrai l’étude de ses relations avec Dieu, sous le rapport de circonstances plus générales, bien que plus profondes et plus détaillées.
Nous avons vu les promesses inconditionnelles faites à Abraham ; la sortie d’Égypte par grâce et par le bras puissant de Dieu. Nous avons vu le peuple, conduit par la grâce au mont Sinaï, entrer dans une alliance basée sur son obéissance, puis briser tout lien qui l’attachait à Dieu en se faisant un dieu d’or. Mais cette circonstance donna lieu à la révélation d’un principe de la plus haute importance — la médiation — principe qui servit à la fois à maintenir la compatibilité du caractère de Dieu avec le choix qu’il avait fait d’un peuple méchant, et à donner occasion au déploiement de ce caractère en patience, en justice, en châtiments fidèles et en pitié. La médiation rappelait toujours à Dieu sa grâce, et jamais l’alliance d’obéissance, car alors il n’en était pas besoin ; elle infligeait peut-être parfois de sévères châtiments, dont la durée et la rigueur étaient proportionnées à la ferveur des supplications médiatoriales. La médiation était par conséquent la base de toutes les relations de Dieu avec son peuple, afin qu’il pût déployer toutes les richesses de sa grâce et de sa nature, et les manifester envers le peuple qu’il avait choisi et qui était aimé de lui, le Dieu juste, mais qui en fait manquait constamment à l’obéissance qui lui était due, et qui aurait été la source de bénédictions directes.
La médiation maintenait les relations de Dieu avec son peuple, au milieu des transgressions de celui-ci, tandis qu’il faisait connaître toutes ses merveilles, jusqu’à ce que ses jugements eussent retranché les méchants et qu’il eût complété la bénédiction et la gloire de son peuple, sous la main protectrice de celui qui avait été le médiateur durant le temps de leurs épreuves : « Et l’Éternel dit : J’ai pardonné selon ta parole. Mais, aussi vrai que je suis vivant, toute la terre sera remplie de la gloire de l’Éternel ! Car tous ces hommes qui ont vu ma gloire, et mes signes, que j’ai faits en Égypte et dans le désert, et qui m’ont tenté ces dix fois, et qui n’ont pas écouté ma voix ;… s’ils voient le pays que j’avais promis par serment à leurs pères ! Aucun de ceux qui m’ont méprisé ne le verra. Mais mon serviteur Caleb, parce qu’il a été animé d’un autre esprit et qu’il m’a pleinement suivi, je l’introduirai dans le pays où il est entré, et sa semence le possédera » (Nombres 14:20-24 ; lisez tout le chapitre).
Mais nous devons remarquer les preuves historiques de l’introduction de la médiation comme soutien de l’ancienne alliance, ou comme fondation d’une nouvelle. « Et l’Éternel dit à Moïse : J’ai vu ce peuple, et voici, c’est un peuple de cou roide. Et maintenant laisse-moi faire, afin que ma colère s’embrase contre eux, et que je les consume, et je ferai de toi une grande nation. Et Moïse implora l’Éternel, son Dieu, et dit : Pourquoi, ô Éternel, ta colère s’embraserait-elle contre ton peuple, que tu (*) as fait sortir du pays d’Égypte, avec grande puissance et à main forte ? Pourquoi les Égyptiens parleraient-ils, disant : C’est pour leur mal qu’il les a fait sortir, pour les tuer dans les montagnes, et pour les consumer de dessus la face de la terre ? Reviens de l’ardeur de ta colère, et repens-toi du mal que tu veux faire à ton peuple. Souviens-toi d’Abraham, d’Isaac, et d’Israël, les serviteurs, auxquels tu as juré par toi-même, et auxquels tu as dit : Je multiplierai votre semence comme les étoiles des cieux, et je donnerai à votre semence tout ce pays dont j’ai parlé, et ils l’hériteront pour toujours. Et l’Éternel se repentit du mal qu’il avait dit qu’il ferait à son peuple » (Exode 32:9-14). Tel était le principe.
(*) Dieu avait auparavant dit à Moïse : Ton peuple, que tu… etc.
Les conséquences de cette médiation, la conduite de Moïse envers le peuple, son retour vers Dieu avec de nouvelles supplications (lui-même se plaçant comme quelqu’un qui espère faire propitiation pour le péché des Israélites), et en même temps le détail des réponses que fait Dieu, tout cela se trouve dans ce qui suit, et au chapitre 33 de l’Exode. À la fin, Moïse supplie Dieu de lui faire voir sa gloire. Cela était impossible, mais l’Éternel promet de faire passer toute sa bonté devant lui. « Et l’Éternel descendit dans la nuée, et se tint là avec lui, et cria le nom de l’Éternel. Et l’Éternel passa devant lui, et cria : L’Éternel, l’Éternel ! Dieu, miséricordieux et faisant grâce, lent à la colère, et grand en bonté et en vérité, gardant la bonté envers des milliers de générations, pardonnant l’iniquité, la transgression et le péché, et qui ne tient nullement celui qui en est coupable pour innocent, qui visite l’iniquité des pères sur les fils, et sur les fils des fils, sur la troisième et sur la quatrième génération ! » (Exode 34:5-7). Alors, sur l’intercession réitérée de Moïse, l’Éternel lui annonce quelques modifications de ses dispensations, et lui dit à la fin : « Écris ces paroles ; car, selon la teneur de ces paroles, j’ai fait alliance avec toi et avec Israël » (v. 27).
Nous voyons ici une alliance fondée sur le rappel de l’alliance faite avec Abraham (l’intercession de Moïse arrêtant la main levée de Dieu), et la révélation d’un caractère spécial de relation avec le peuple ; caractère sur lequel est basée la nouvelle alliance avec Moïse le médiateur, et le peuple. Lorsque Moïse intercède au désert lors du retour des espions, son intercession se fonde sur ce caractère que Dieu prend comme étant les termes de la relation existant entre lui et le peuple. La réponse et les jugements de Dieu sont en accord avec ce caractère, sauf seulement une marque spéciale de miséricorde qui naissait des circonstances. Le chapitre 18 d’Ézéchiel (souvent cité avec des vues réellement incrédules) annonce que Dieu agissait envers le peuple à cause de la propre iniquité de celui-ci, et non selon l’alliance dont nous parlons. En réalité, il met fin à une importante application d’un principe important. On trouve la même chose dans Jérémie, qui termine la période de leur histoire dans leur pays, de même qu’Ézéchiel le fait hors du pays ; mais le premier ajoute à ses paroles la promesse d’une alliance nouvelle et d’un nouvel ordre de choses pour la maison d’Israël et la maison de Juda dans les derniers jours (Jérémie 31:27-37). On voit aussi que Daniel qui prophétisa touchant les quatre empires, confesse à la fois leurs transgressions passées et présentes.
Ayant ainsi retracé les allusions faites à cette alliance avec Moïse et le peuple, il reste une remarque très importante à faire, à laquelle donne lieu l’intercession de Moïse lors du péché qu’Israël commit en faisant le veau d’or. C’est ceci : l’Esprit de Dieu, toutes les fois qu’il fait allusion aux vraies espérances d’Israël, en réfère à l’alliance inconditionnelle traitée avec Abraham. Ainsi Moïse dit, comme nous l’avons vu : « Souviens-toi d’Abraham, d’Isaac, et d’Israël, tes serviteurs, auxquels tu as juré par toi-même, etc. » (Exode 32:13). De même, ayant prononcé les bénédictions qui suivraient leur obéissance, et les menaces des châtiments qui seraient la conséquence de leur rébellion, jusqu’à leur dispersion actuelle, le Dieu de miséricorde ajoute, en Lévitique 26 : « S’ils confessent leur iniquité et l’iniquité de leurs pères… et qu’ils acceptent la punition de leur iniquité, je me souviendrai de mon alliance avec Jacob, et aussi de mon alliance avec Isaac, et je me souviendrai aussi de mon alliance avec Abraham, et je me souviendrai de la terre » (v. 40-42 ; voyez aussi Michée 7:20). Telle était l’espérance de Zacharie, lorsqu’il fut rempli de l’Esprit Saint (Luc 1:72, 73) ; tel aussi le cantique prophétique dans le Psaume 105:6-10, 42. Selon la déclaration solennelle de Dieu, lorsque Moïse demanda : « S’ils me disent : Quel est son nom ? que leur dirai-je ? Et Dieu dit à Moïse : JE SUIS CELUI QUI SUIS ». Il dit aussi : « Tu diras ainsi aux fils d’Israël : JE SUIS m’a envoyé vers vous. Et Dieu dit encore à Moïse : Tu diras ainsi aux fils d’Israël : L’Éternel, le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob, m’a envoyé vers vous : c’est là mon nom éternellement, et c’est là mon mémorial de génération en génération » (Exode 3:13-15). C’est pourquoi, en discutant ce sujet, Paul dit : « En ce qui concerne l’évangile, ils sont ennemis à cause de vous ; mais en ce qui concerne l’élection, ils sont bien-aimés à cause des pères » (Romains 11:28). Dans le livre du Deutéronome, nous voyons le peuple, au moment où il va entrer en Canaan, placé sous le principe d’obéissance, et la jouissance des promesses dépendant de cette obéissance. Moïse rappelle aux fils d’Israël tout ce que Dieu a fait pour eux, et ajoute : « L’Éternel ne vous a pas donné un cœur pour connaître, ni des yeux pour voir, ni des oreilles pour entendre jusqu’à ce jour… Vous garderez donc les paroles de cette alliance et vous les pratiquerez, afin que vous prospériez dans tout ce que vous ferez… afin que tu entres dans l’alliance de l’Éternel, ton Dieu… afin qu’il t’établisse aujourd’hui pour être son peuple, et pour qu’il soit ton Dieu, ainsi qu’il te l’a dit, et ainsi qu’il a juré à tes pères, à Abraham, à Isaac, et à Jacob » (Deutéronome 29). Comme il est dit, Moïse « mit devant eux la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction ». En souvenir du serment fait aux pères, c’était une alliance de bénédiction, s’ils obéissaient, et de menaces, s’ils désobéissaient. Dieu ne promettait pas qu’ils posséderaient le pays, mais qu’ils y seraient bénis, s’ils étaient fidèles ; qu’autrement, ils en seraient chassés ; mais que Dieu montrerait sa miséricorde envers eux dans les pays éloignés, si leurs cœurs se tournaient vers l’Éternel. C’est pourquoi l’apôtre cite le passage que nous trouvons en Deutéronome 30:12-14, comme gage de la justice de Dieu selon la foi, parce que l’observation de la loi était impossible dans un autre pays que celui d’Israël. Néanmoins, s’ils étaient obéissants de cœur et se tournaient vers l’Éternel dans les pays où ils seraient dispersés, ils seraient exaucés et délivrés. Le retour de la captivité au temps d’Esdras, était un accomplissement partiel de cette promesse et de cette alliance. Mais, dans ce retour, il n’était pas question des promesses faites à Abraham. C’était un événement qui montrait la miséricorde et la fidélité de Dieu, mais qui n’était pas l’accomplissement de ses promesses et de l’alliance originelle, bien qu’il renfermât des conséquences importantes. Les promesses originelles, données sans conditions et garanties par le serment de Dieu, doivent avoir un accomplissement complet et dans toute leur étendue (*). C’est ce qui reste encore pour le peuple de Dieu. Josué donne l’histoire de leur accomplissement présent et terrestre, et le livre des Juges, celle de la chute d’Israël au milieu de la jouissance humaine de ces biens.
(*) Ce qui est dit en Deutéronome 32 va plus loin. Dieu n’y parle point selon l’alliance, mais selon sa souveraineté et ses pensées. Par conséquent la joie des Gentils avec son peuple y est introduite.
Afin donc d’accomplir la pleine manifestation de la pensée et de la volonté de Dieu, il fallait non seulement la promesse faite à Abraham, puis la médiation (qui rendait témoignage à la complète violation de la loi), pour maintenir le poids et la vérité des promesses de Dieu, conformément à sa justice, jusqu’à ce qu’eût lieu l’accomplissement des promesses (médiation qui est le type de celle de Christ) ; mais il fallait aussi la présentation du type de Celui qui devait être l’instrument de leur accomplissement et le centre des bénédictions qu’elles comprenaient. Cela doit être par grâce à l’égard d’un peuple déchu et rebelle, et qui, par conséquent, était rejeté sur la miséricorde de Dieu. Cette présentation fut faite en David parmi un peuple qui, transgresseur sous le gouvernement immédiat de Dieu, voulut, dans sa méchanceté, un autre roi que Lui, afin d’être semblable aux nations. Après qu’ils eurent ainsi mis le comble à leur iniquité, Dieu, dans sa grâce, donna aux Israélites un roi qui fut un type remarquable de Christ. Oint comme roi, rejeté, chassé, poursuivi comme une perdrix sur les montagnes, mais juste, patient, obéissant sous le poids de ses souffrances, tel fut David, l’espoir d’Israël, quand Israël ne voulait pas mettre son espoir en lui ; rempli lui-même, au milieu de ses épreuves, de toutes ces glorieuses espérances que l’Esprit lui inspirait, ensuite vainqueur de tous ses ennemis, et régnant en gloire dans son fils Salomon. Ce sont là les choses que Dieu nous a données pour servir de type à Christ rejeté — Christ, l’espérance d’Israël. Et en fait, les Psaumes sont les prophéties de l’expérience ou l’expression de la sympathie de Christ dans toutes les souffrances de son peuple. Nous y voyons révélée l’âme de Christ, soit dans les circonstances par lesquelles lui-même devait passer au milieu de son peuple (et dans ce cas, les Psaumes prennent la forme de prophétie directe), soit dans les événements qui devaient survenir chez son peuple, et alors on voit son entière sympathie, ainsi que son Esprit l’exprime par des paroles telles que celles-ci : « Dans toutes leurs détresses, il a été en détresse », ou, comme il le dit lui-même : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » Dans chacun de ces cas, les Psaumes sont des cantiques qui présentent, non point une narration historique, mais l’âme, les sentiments, les pensées, la dépendance de l’Esprit de Christ dans les circonstances diverses détaillées. Chose admirable, qui nous donne la plus parfaite connaissance de Christ, et en même temps qu’elle leur donne un intérêt personnel, elle jette la lumière sur toutes les circonstances rapportées dans les récits évangéliques, et sur les prophéties dont l’accomplissement est encore à venir.
Nous trouvons, dans les évangiles, l’Esprit et les pensées de Christ sur tout ce qui se passait autour de lui. Nous les voyons aussi dans toute l’histoire prophétique des événements futurs. Les Psaumes nous introduisent dans son cœur, soit quant à la réalité de ses souffrances, soit quant à la perfection de sa sympathie pour son peuple. Les souffrances et le royaume de Christ sont l’accomplissement de toutes les promesses qui nous ont été présentées typiquement en David et en Salomon, et l’Esprit de Christ, comme au milieu de son peuple, nous présente dans les Psaumes tout ce qu’il était en eux.
Mais il y avait aussi des prophéties qui déclaraient positivement les choses ; nous dirons quelques mots de leur caractère. Elles commencent avec la chute anticipée de la puissance royale, ce dernier moyen de maintenir l’union (sous la responsabilité de l’homme) du gouvernement et du caractère de Dieu dans ceux qu’il avait appelés selon la chair. Afin d’entrer pleinement dans le caractère de ces prophéties, nous prendrons le prophète Ésaïe, qui commence la série de ce genre de prophéties. Il débute en établissant la chute et la ruine complète de la nation ; sa gloire à venir ; l’introduction des gentils dans cette gloire révélée, et il prend Israël lui-même à témoin que Dieu avait fait pour lui tout ce qui était possible, et qu’il n’avait produit que des grappes sauvages. Il déclare, néanmoins, qu’après les jugements, la grâce triomphera et répandra les bénédictions sur ce peuple rebelle et apostat. Après cela, le prophète est régulièrement établi dans sa mission, et va à la rencontre d’Achaz.
C’est sur ces dernières circonstances que je désire attirer l’attention de mes lecteurs. La première chose à remarquer, c’est que la promesse, et la prophétie comme témoin de la promesse, s’appliquent toujours à un état de chute. Adam innocent n’avait pas besoin de promesse. Israël, marchant en toute droiture sous la loi, et se réjouissant dans les bénédictions qui en découlaient, n’était pas l’objet de reproches de la part de Dieu, ni de promesses tendant à encourager les fidèles, accablés à la vue de la prospérité des méchants ou de la misère de la nation élue. Par conséquent, les promesses et la prophétie appartiennent également à la grâce. Elles s’adressent à des pécheurs, et sont l’intervention de Dieu pour donner un objet à la foi, ou pour la soutenir, là où elle existe déjà. C’est là leur caractère, comme nous le trouvons en Ésaïe 6, — la manifestation de la gloire de Christ, comme l’Éternel, le Dieu d’Israël, convainquant de péché la nation et même le prophète, mais fortifiant la bouche de celui-ci en la purifiant, afin qu’il rendît témoignage au milieu du peuple, au jugement de Dieu et aussi à sa fidélité, en préservant pour la bénédiction future la semence qui devait être la force de l’arbre dépouillé de toute sa gloire. J’ai dit la gloire de Christ, parce que Jean 12 le prouve. Le jugement avait été suspendu sur la tête du peuple durant des siècles, mais à la fin il est exécuté après qu’il a rejeté Christ, le vrai David (voyez Jean 12:40 ; Actes 28:26-27). L’autre partie de l’esprit de prophétie est l’intercession, l’esprit de foi qui reconnaît le peuple et la fidélité de Dieu, — la réponse (Ésaïe 6:11) quant à la durée du jugement de Dieu comme n’étant pas pour toujours, réponse qui est le soutien du résidu fidèle au milieu d’un peuple méchant. La gloire de Christ et son rejet (ses souffrances) sont les deux objets de la prophétie — rejet qui montre l’entière méchanceté que la gloire condamne, et devient le fondement de l’espérance qui trouve sa bénédiction et sa fin dans cette gloire. La répréhension a toujours lieu selon les circonstances actuelles et la violation de la loi, qui était la règle du gouvernement de Dieu, en même temps que l’idolâtrie qui détruisait le témoignage qu’Israël, comme peuple choisi, devait rendre à la vérité de l’unité du seul vrai Dieu, fournissait l’occasion à ces merveilleuses expositions de la grâce, dont les prophéties sont remplies, et aussi au détail de ces circonstances par lesquelles Dieu, par de justes jugements et par le moyen d’une nouvelle alliance, revendiquait ses droits au milieu d’un peuple ingrat.
C’est la raison pour laquelle les prophètes (je ne parle pas maintenant de Daniel, ni de l’Apocalypse), omettant la dispensation présente, passent des circonstances qui donnèrent lieu à la prophétie à celles dans lesquelles et par lesquelles les jugements de Dieu sur l’infidélité (et c’est le sujet de la prophétie) se déploieront pleinement. Ils passent aux événements des derniers jours, quand Dieu se lèvera pour juger toutes les nations ; Israël, selon sa conduite comme peuple, et les gentils, selon leur conduite envers ce peuple, et quand la gloire de Christ, l’espérance des fidèles dans tous les âges, sera manifestée pour leur joie et leur complète félicité. Il est impossible de comprendre les prophéties, si l’on ne regarde pas aux circonstances des derniers jours. Certainement il y a eu des jugements remarquables qui sont tombés sur les Juifs et sur les gentils qui étaient en relation avec eux, mais rien qui accomplît les prophéties, parce qu’il n’y avait rien qui accomplît le but de Dieu. Dans ma pensée, telle est la signification du passage où Pierre, par le Saint-Esprit, dit : « Nulle prophétie de l’Écriture n’est d’une interprétation particulière » ; elle doit être un chaînon dans les conseils de Dieu, qui ne trouve son parfait accomplissement que dans les scènes solennelles et magnifiques des derniers jours. Toutes les nations qui ont persécuté Israël et qui ont outragé Dieu par leurs idoles et leur orgueil, y prendront part. Christ doit régner sur toutes les nations. La montagne de la maison de l’Éternel doit être élevée sur le sommet des montagnes, et les gentils y afflueront. Christ régnera en paix, mais les jugements doivent d’abord avoir lieu : « Lorsque tes jugements sont sur la terre, les habitants du monde apprennent la justice ». Les conséquences de ces jugements sur Israël, et même sur les nations, se lisent dans Ésaïe, du chapitre 13 au 33. Ils contiennent aussi la gloire d’Israël, qui sera accomplie. On peut voir le même sujet traité brièvement en Jérémie 25.
Il y a dans l’Ancien Testament, après l’établissement du royaume, trois classes de prophéties. D’abord, celles qui précédèrent la captivité ; en second lieu, celles qui furent données pendant la captivité, et enfin celles qui suivirent la réédification de Jérusalem. Mais il y a un événement de la plus haute importance qui donne lieu à cette division, c’est-à-dire le fait que Dieu cesse de régner au milieu de son peuple, et place l’autorité et la domination sur toute la terre dans les mains des gentils. Jérusalem cessa d’être « le trône de l’Éternel », où son gouvernement était manifesté directement, où se trouvait l’arche de l’alliance, et où Dieu était assis entre les chérubins.
Par conséquent, il y eut des prophètes qui rendirent témoignage aux circonstances dans lesquelles se trouvaient les Juifs et les autres nations, tandis que le trône de Dieu était à Jérusalem, ou qui parlèrent des jugements de Dieu sur son peuple et sur les ennemis de celui-ci. Il y en eut d’autres qui parlèrent de l’état des gentils, durant le temps où l’autorité de Dieu en jugement fut confiée à leurs mains. Les prophètes qui vinrent après la captivité embrassent ces deux ordres de faits, et ont un caractère spécial à cause du rétablissement partiel des Juifs, pendant que l’empire gentil existait encore.
Le changement dont nous parlons, changea l’état tout entier de la terre, en séparant le gouvernement de l’appel de Dieu, deux choses qui avaient été unies pendant longtemps chez le peuple juif placé sous sa responsabilité. Cette union avait manqué par l’infidélité d’Israël, quand Dieu lui-même le gouvernait, mais elle avait été relevée et établie de nouveau sous le règne d’un homme élu pour être le type de Christ. Depuis le temps de la destruction de Jérusalem et du renversement du trône de David, le gouvernement du monde fut dans les mains des gentils, et les temps des gentils commencèrent (voyez Daniel 2:37-38) sous une responsabilité, dont les effets sont décrits dans le livre de Daniel, dans l’Apocalypse et dans Zacharie, et qui sont caractérisés par ce qui est rapporté en Daniel 4. Les quatre grands empires qui, par leur orgueil et selon la providence de Dieu, ont saisi successivement le pouvoir suprême, et par conséquent se sont placés sous la responsabilité et y ont manqué, ces quatre empires, dis-je, sont bien connus.
Tout le temps de leur domination, Israël est « Lo-Ammi », c’est-à-dire « pas mon peuple ». C’est tout ce que nous avons à dire d’eux pour le moment.
Avant cet événement, la prophétie était la voix de Dieu, jugeant les nations comme depuis son trône dans la terre promise. Le monde est vu dans son orgueil, s’élevant contre Dieu et son peuple, et Babylone se présentant seulement comme prenant la place où Israël avait régné. Par conséquent, sa destruction est prédite, mais son histoire et celle des nations qui lui ont succédé, ne sont pas données. La question est entre le Dieu d’Israël, Israël, et le monde. Il n’est pas fait mention de Babylone dans les premières prophéties d’Ésaïe, qui se terminent au chapitre 12. On voit, au chapitre 13, la destruction de Babylone qui représente le monde habitable. Au chapitre 14, il est dit : « Car l’Éternel aura compassion de Jacob et choisira encore Israël, et les établira en repos sur leur terre ; et l’étranger se joindra à eux, et sera ajouté à la maison de Jacob. Et les peuples les prendront et les feront venir en leur lieu, et la maison d’Israël les possédera, sur la terre de l’Éternel, pour serviteurs et pour servantes ; et ils mèneront captifs ceux qui les tenaient captifs, et ils domineront sur leurs oppresseurs » (v. 1, 2). Ici, Babylone est mise de côté, et remplacée par la restauration d’Israël dominant dans la terre de l’Éternel. « Et l’Éternel régnera sur eux, en la montagne de Sion, dès lors et à toujours. Et toi, tour du troupeau, colline élevée de la fille de Sion, à toi arrivera et viendra la domination première, — le royaume, à la fille de Jérusalem ». C’est l’accomplissement de la prophétie en Michée 4 : « Et il arrivera, à la fin des jours, que la montagne de la maison de l’Éternel sera établie sur le sommet des montagnes, et sera élevée au-dessus des collines ; et les peuples y afflueront et beaucoup de nations iront, et diront : Venez, et montons à la montagne de l’Éternel, et à la maison du Dieu de Jacob, et il nous instruira de ses voies, et nous marcherons dans ses sentiers. Car de Sion sortira la loi, et de Jérusalem, la parole de l’Éternel. Et il jugera au milieu de beaucoup de peuples, et prononcera le droit à de fortes nations jusqu’au loin ; et de leurs épées ils forgeront des socs, et de leurs lances des serpes ». J’ai cité tous ces passages comme étant nécessaires pour compléter la scène. Les détails appartiennent aux temps des gentils, et c’est la raison pour laquelle je renvoie à ce qui appartient à ces temps.
Mais plusieurs prophéties se rapportent à Israël, reconnu en quelque mesure, bien qu’infidèle. La grande question était entre Israël et le monde, avant et après l’existence des bêtes représentant les quatre empires, non pas comme étant sous leur domination, car les bêtes ne parurent que par le fait qu’Israël avait cessé d’exister comme peuple. L’Égypte, qui d’abord était le monde, avait déjà passé loin sous cet aspect : Dieu ayant appelé son fils hors d’Égypte (Osée 11:1). L’Assyrie était devenue le représentant du monde ; c’est pour cette raison que nous voyons tant de questions vitales entre Israël et l’Assyrie, et comme la dernière chose dans l’histoire du présent siècle.
Babylone représente le monde au temps de l’empire des gentils, lorsque Dieu leur eut donné le pouvoir, et elle était responsable de l’exercice de ce pouvoir. Daniel, nous l’avons dit, nous en a fait connaître le résultat, mais l’appel de Dieu (principe de toute importance) était séparé du gouvernement. Nous voyons, en Daniel 3, le caractère de l’union de la religion et du gouvernement sous les bêtes. La fidélité se montre en se tenant à part d’une telle union, tout en reconnaissant l’autorité du gouvernement, mais pour ce qui tient à la religion, elle en appelle à Dieu seul. Mais tant qu’Israël est encore appelé une nation, Babylone n’est pas en question.
Mais la question entre l’autorité du gouvernement de Dieu en Israël et le monde a toujours existé. Ninive et l’Assyrie ont été l’occasion de le montrer, et voici comment Dieu agit. Il permet au monde, comme exécuteur de ses jugements, de désoler son peuple pour son bien. Le jugement commence par la maison de Dieu ; mais si la mondanité et le péché de son peuple ont été châtiés par la mondanité plus grande et le péché plus inique du monde, quelle sera la fin du monde lui-même ? En conséquence, nous avons deux prophètes dont le témoignage ne concerne que Ninive seule. L’un, le dernier témoignage donné au monde dans la miséricorde de Dieu, c’est-à-dire Jonas, témoin qu’il y avait la plus grande et la plus ample miséricorde pour le monde lui-même devant Dieu ; l’autre, Nahum, témoin du jugement final : « L’Éternel a commandé à ton égard : on ne sèmera plus de semence de ton nom » (Nahum 1:14). Si « l’Éternel a détourné l’orgueil de Jacob, comme l’orgueil d’Israël », il y avait, par grâce, un résidu fidèle, bien que petit. Ici, il n’y avait rien qu’orgueil contre l’Éternel ; et qui pourra subsister au jour de sa colère ? Dans les prophéties qui mettent en contact l’état d’Israël et le monde, nous trouvons l’activité de l’Assyrien comme dernier instrument de la colère de Dieu, et le jugement d’Israël par son moyen ; mais à la fin l’Assyrien est détruit par Dieu lui-même.
Israël se trouve prisonnier à Babylone, ou, ce qui est pire, uni en désir, et en principe avec le roi du système apostat, ayant « fait une alliance avec la mort », et « un pacte avec le shéol », et disant : « Si le fléau qui inonde passe, il n’arrivera pas jusqu’à nous ; car nous avons fait du mensonge notre abri, et nous nous sommes cachés sous la fausseté » (Ésaïe 28), misérable refuge contre la justice et la colère de l’Éternel ! Le retour de Babylone, sous le règne de Cyrus, n’a rien changé en fait : « Voici, nous sommes aujourd’hui serviteurs », dit Néhémie qui sentait la réalité de la chose ; « et quant au pays que tu donnas à nos pères pour qu’ils en mangeassent le fruit et les bons produits, voici, nous y sommes serviteurs ; et il rapporte beaucoup aux rois que tu as établis sur nous à cause de nos péchés ; et ils dominent à leur gré sur nos corps et sur notre bétail, et nous sommes dans une grande détresse » (Néhémie 9:36, 37). Et le Seigneur lui-même, le Roi légitime des Juifs, s’unit lui-même, dans son infinie sagesse, à cette confession de l’état de son bien-aimé peuple Israël, lorsqu’il repousse la profane tentation des pharisiens et des hérodiens : « Rendez », dit-il, « à César les choses qui sont à César, et à Dieu les choses qui sont à Dieu ». Les misérables Juifs reçoivent une réponse, qui laisse peser sur leurs têtes le poids de leur méchanceté. Leur malice atteint son comble lorsqu’ils s’écrient : « Nous n’avons pas d’autre roi que César ! » Quoique leur état ait varié selon le caractère, la force ou la faiblesse de ceux qui dominent sur eux, ils sont toujours sous la puissance des gentils.
Il en était tout autrement de l’Assyrien, la verge de l’Éternel : il les humilie. Mais l’Éternel, en choisissant Jérusalem, la met par sa puissance au-dessus des efforts de l’orgueil du monde. Ainsi, jusqu’au chapitre 13 d’Ésaïe, où l’histoire du monde commence, le prophète poursuit l’histoire d’Israël en relation avec le roi d’Assyrie. Les autres événements ne sont que des troubles passagers ; dans les chapitres 7 et 8, le roi d’Assyrie est le sujet des menaces prophétiques contre Israël ; et depuis les chapitres 9 et 10, d’après les circonstances du moment, le prophète montre la main étendue de l’Éternel sur le peuple, jusqu’à ce que, par son bras puissant, il prenne l’Assyrien pour être le bâton de son indignation qui est accomplie et cesse avec la destruction du roi orgueilleux (chap. 10:25).
Aux chapitres 10 et 11, on voit la gloire, la joie et la paix d’Israël, et celles du monde dans la délivrance d’Israël, laquelle sera, ainsi que le dit l’apôtre, « une vie d’entre les morts » (Romains 11). Le chapitre 10 indique, d’une manière très frappante, tous les principes et les effets des jugements de Dieu, qui ne laissent de son peuple qu’un résidu fidèle, qui détruit complètement tous ses ennemis. Nous voyons là Dieu jugeant la terre, soit son peuple, soit le monde. Pour cette raison, après la destruction de Babylone et de son roi, qui avaient remplacé l’union de Dieu avec Israël, nous trouvons en Ésaïe 14:24, 25, la destruction des Assyriens sur les montagnes, et le pays purifié de tous ses ennemis. Alors la réponse aux messagers des nations sera que l’Éternel a fondé Sion, et que les pauvres de son peuple y trouvent un refuge (v. 32). Dans le reste des chapitres applicables à ce sujet, nous voyons les jugements de Dieu sur toutes les nations qui auront eu affaire avec Israël, soit celles qui sont proches, soit celles qui sont éloignées au delà des fleuves de Cush. Le sujet est aussi traité en rapport avec les derniers jours, l’occasion des prophéties étant quelquefois les Assyriens, quelquefois Nebucadnetsar. Nous y trouvons un mélange complet de dates et de circonstances, si on le rapporte au temps passé, mais exact cependant, même en détail, quant aux derniers jours, comme le montre la comparaison avec d’autres prophéties.
Entrer dans les détails serait vouloi