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Commentaires sur l’épître aux Colossiens

 

Jean Muller

«Sondez les Écritures», vol. 9 p. 385 — Ed. BPC

 

Table des matières abrégée :

1       Introduction à l’épître aux Colossiens

2       Colossiens 1:1-8 — Les Colossiens et la grâce de Dieu

3       Colossiens 1:9-29 — La prière de Paul et les gloires de Christ

4       Colossiens 2:1-19 — La pleine valeur de Christ et de son œuvre

5       Colossiens 2:20 à 4:6 — Morts et ressuscités avec Christ. La vraie vie chrétienne

6       Colossiens 4:7-18 — Paul et les Colossiens

7       Résumé de l’épître aux Colossiens

 

 

Table des matières détaillée :

1       Introduction à l’épître aux Colossiens

1.1         Colosses et l’évangile

1.2         Le but de la lettre aux Colossiens

1.3         Place de l’épître aux Colossiens dans les écrits de Paul

1.3.1      La responsabilité de l’homme et les desseins de Dieu

1.3.2      Le désert et les lieux célestes

1.3.3      La vie de Christ et le Saint Esprit

1.3.4      Christ et son corps

1.3.5      Plan de l’épître aux Colossiens

2       Colossiens 1:1-8 — Les Colossiens et la grâce de Dieu

2.1         Salutations : 1v1, 2

2.2         Les actions de grâces de Paul : 1v3-8

2.2.1      La foi et l’amour :

2.2.2      L’espérance réservée dans les cieux :

2.2.3      L’évangile parvenu aux Colossiens :

2.3         Épaphras et les Colossiens

3       Colossiens 1:9-29 — La prière de Paul et les gloires de Christ

3.1         La prière de Paul (1) : Colossiens 1:9-11

3.1.1      Les quatre prières de Paul en prison à Rome

3.1.2      La prière de l’apôtre pour les Colossiens

3.1.3      Remplis de la connaissance de la volonté de Dieu : 1v9

3.1.4      Marcher d’une manière digne : 1v10

3.1.5      Fortifiés pour endurer les souffrances avec joie : 1v11

3.2         La prière de Paul (2) : Colossiens 1:12-14

3.2.1      Les actions de grâces rendues au Père : 1v12, 13

3.2.2      La rédemption et la rémission des péchés en Christ

3.2.3      Introduction aux gloires et aux dignités de Christ

3.3         Christ, premier-né de la création : Colossiens 1:15-17

3.3.1      Christ, image du Dieu invisible

3.3.2      Christ, Premier-né de toute la création

3.3.3      Christ, Créateur des mondes

3.4         Christ, premier-né d’entre les morts : Colossiens 1:18-20

3.4.1      Christ, Chef (Tête) du corps, de l’assemblée

3.4.2      Christ, le commencement

3.4.3      Christ, le Premier-né d’entre les morts

3.4.4      Christ, l’habitation de la plénitude de la déité

3.4.5      Propitiation et réconciliation

3.4.6      La paix par le sang de la croix (de Christ)

3.5         La réconciliation des croyants et l’évangile : Colossiens 1:21-23

3.5.1      La réconciliation des croyants

3.5.2      L’évangile, le premier ministère (ou service) de Paul

3.6         Le mystère de l’assemblée : Colossiens 1:24-29

3.6.1      Les souffrances de l’apôtre pour l’assemblée

3.6.2      Paul révèle le mystère divin de l’assemblée

3.6.3      Christ en nous, l’espérance de la gloire

3.6.4      La prédication et le combat de Paul : 1v28, 29

3.6.5      Les deux ministères de l’évangile et de l’assemblée

4       Colossiens 2:1-19 — La pleine valeur de Christ et de son œuvre

4.1         Marcher en Christ : Colossiens 2:1-7

4.1.1      Le combat de Paul : 2v1

4.1.2      Des cœurs consolés et unis en amour : 2v2

4.1.3      Une intelligence éclairée : 2v2-5

4.1.4      Une marche chrétienne en Christ : 2v6, 7

4.2         La philosophie. La circoncision du Christ et le baptême : Colossiens 2:8-12

4.2.1      Le danger de la philosophie : 2v8

4.2.2      Christ, plénitude de la déité dans le ciel : 2v9, 10

4.2.3      La circoncision du Christ : 2v11

4.2.4      Le baptême et la résurrection avec Christ : 2v12

4.3         Le légalisme et la croix de Christ : Colossiens 2:13-15

4.3.1      La vie divine et le pardon : 2v13

4.3.2      La délivrance des ordonnances de la loi : 2v14

4.3.3      La victoire sur Satan et ses anges : 2v15

4.4         Liberté chrétienne, ritualisme et mysticisme : Colossiens 2:16-19

4.4.1      La liberté chrétienne et le ritualisme : 2v16, 17

4.4.2      Les dangers du mysticisme : 2v18

4.4.3      Tenir ferme le Chef, Christ : 2v19

5       Colossiens 2:20 à 4:6 — Morts et ressuscités avec Christ. La vraie vie chrétienne

5.1         Morts avec Christ aux éléments du monde. Le danger de l’ascétisme : Colossiens 2:20-23

5.2         Morts et ressuscités avec Christ, notre vie : Colossiens 3:1-4

5.2.1      Morts et ressuscités avec Christ

5.2.2      Les choses qui sont en haut et celles qui sont sur la terre

5.2.3      Christ, notre vie

5.2.4      Christ manifesté

5.3         Mortifier nos membres sur la terre : 3:5-7

5.4         Dépouiller le vieil homme et revêtir le nouvel homme : Colossiens 3:8-11

5.4.1      Renoncer : 3v8, 9

5.4.2      Ayant dépouillé le vieil homme et ses actions : 3v9

5.4.3      Ayant revêtu le nouvel homme : 3v10

5.4.4      Christ est tout et en tous : 3v11

5.5         Revêtir les caractères de Christ : Colossiens 3:12-15

5.5.1      Mortifier pour revêtir

5.5.2      « Élus de Dieu, saints et bien-aimés »

5.5.3      Les vêtements intérieurs

5.5.4      Les vêtements extérieurs

5.5.5      Le vêtement excellent

5.5.6      La paix du Christ dans le cœur

5.6         La parole du Christ en nous : Colossiens 3:16:17

5.7         Le chrétien et le mariage : Colossiens 3:18, 19

5.7.1      Les exhortations pratiques et le devoir d’obéissance

5.7.2      Le mariage ; les épouses : 3v18

5.7.3      Le mariage ; les maris : 3v19

5.8         Le chrétien dans la famille : Colossiens 3:20, 21

5.9         Le chrétien dans la société : Colossiens 3:22 à 4:1

5.9.1      Exhortations aux esclaves

5.9.2      Exhortations aux maîtres chrétiens

5.10       La prière et le témoignage devant le monde : Colossiens 4:2-6

5.10.1        Persévérer dans la prière et les actions de grâces

5.10.2        L’évangile et le mystère du Christ

5.10.3        La sagesse devant le monde ; la grâce et le sel

6       Colossiens 4:7-18 — Paul et les Colossiens

6.1         Le message de Paul par Tychique et Onésime : 4:7-9

6.1.1      Tychique

6.1.2      Onésime

6.2         Les salutations : 4:10-18

6.2.1      Le bel exemple d’Épaphras : 4v12, 13

6.2.2      Luc et Démas : 4v14

6.2.3      Laodicée et Colosses : 4v15, 16

6.2.4      Un dernier avertissement à Archippe (et à nous) : 4v17

6.2.5      Le touchant adieu de Paul : 4v18

7       Résumé de l’épître aux Colossiens

7.1         Les Colossiens et la grâce de Dieu : ch. 1:1-8

7.2         La prière de Paul et les gloires de Christ : ch. 1:9-29

7.3         La pleine valeur de Christ et de son œuvre : ch. 2:1-19

7.4         Morts et ressuscités avec Christ. La vraie vie chrétienne : ch. 2:20 à 4:6

7.5         Paul et les Colossiens : ch. 4:7-18

 

 

1         Introduction à l’épître aux Colossiens

1.1        Colosses et l’évangile

Colosses était une petite ville de la province de Phrygie, en Asie mineure, la Turquie actuelle. Située à 160 km à l’est d’Éphèse, elle était proche de Laodicée et de Hiérapolis, deux autres villes mentionnées dans l’épître (2:1 ; 4:13, 16). L’apôtre Paul avait traversé la Phrygie à deux reprises (Act. 16:6 ; 18:23), mais il ne semble pas qu’il se soit arrêté à Colosses ; en effet, les Colossiens ne connaissaient pas son visage (2:1).

L’évangile avait donc été prêché dans cette région par d’autres que Paul, notamment Épaphras, fidèle serviteur du Christ et compagnon de service de l’apôtre (1:7). Les assemblées formées à la suite de son travail entretenaient d’heureuses relations de communion (4:15, 16).

 

1.2        Le but de la lettre aux Colossiens

Paul a écrit cette lettre au cours de sa première captivité à Rome (dans les années 62-63). Il jouissait alors d’une certaine liberté, entouré de quelques fidèles amis : Timothée, Luc, Aristarque, Tychique et Épaphras. Ce dernier lui avait apporté des nouvelles récentes de Colosses. L’état général de l’assemblée était très bon, comme le montre le début de la lettre ; l’apôtre reconnaît tout le travail de la grâce de Dieu qui entretenait chez les Colossiens la foi, l’amour et l’espérance.

Mais de faux docteurs essayaient de propager parmi eux des erreurs dangereuses qui ont causé plus tard de grands ravages dans l’assemblée. Chez les Galates, des docteurs judaïsants avaient déjà prêché le retour à la loi (l’obligation de la circoncision en particulier), en annulant ainsi la grâce de l’évangile (Act 15:1-5 ; Gal. 2:12 ; 5:2, 11, 12). À Colosses, le danger était différent, et tout aussi subtil. D’un côté, les faux docteurs étaient aussi des judaïsants qui voulaient imposer les ordonnances de la loi aux chrétiens. Mais, de l’autre côté, sous le couvert de différentes philosophies (grecque, égyptienne, perse et hindoue), ils propageaient des idées gnostiques (*) et s’attaquaient aux gloires de Christ. Ils accordaient aux anges une puissance excessive dans le monde invisible, tandis qu’ils rabaissaient la personne de Christ au rang inférieur d’une créature, osant ainsi nier même sa prérogative et ses gloires de Dieu Créateur. Ils affirmaient que la matière est la vraie source du mal dans le monde ; par suite, ils niaient que la création soit l’œuvre de Dieu. Pour se libérer de la nature mauvaise, il fallait se soumettre à un ascétisme (**) poussé à l’extrême. Ils propageaient ainsi des enseignements de démons, en interdisant de manger des viandes et de se marier (1 Tim. 4:3). Chose étrange, cette recherche d’une fausse spiritualité s’accompagnait d’une vie dissolue (ce qui est souvent le cas des faux docteurs dans tous les temps).

 

(*) Le mot « gnosticisme » vient du grec « gnôsis », connaissance ou science. L’apôtre en parle comme de « la connaissance faussement ainsi nommée » (1 Tim. 6:20).

(**) « Ascétisme » : ensemble de règles ayant pour objet de libérer l’esprit de l’homme par le mépris du corps, auquel on impose des exercices de pénitence, de privation et de mortification.

 

La lettre que Paul écrit aux Colossiens, (l’une des quatre qui datent de la première captivité de l’apôtre à Rome (*)) répond à ces dangers et développe les ressources de la grâce de Dieu en Christ pour nous en garder. Dieu a laissé le mal doctrinal se propager dans les assemblées déjà du temps des apôtres; ainsi, des instructions morales nous sont données par l’enseignement même de leurs épîtres, pour nous avertir et nous garder de tels dangers.

 

(*) Ce sont les épîtres aux Éphésiens, aux Philippiens, aux Colossiens et à Philémon.

 

À notre époque, le légalisme remplace le judaïsme, tandis que l’intellectualisme et le mysticisme remplacent le gnosticisme. Pour ne pas nous laisser entraîner par ces deux courants, notre sécurité est de revenir toujours à la simplicité quant au Christ (2 Cor. 11:3), en tenant ferme à ce qui nous a été enseigné dès le commencement (1 Jean 2:24).

 

1.3        Place de l’épître aux Colossiens dans les écrits de Paul

1.3.1        La responsabilité de l’homme et les desseins de Dieu

Les écrits de Paul montrent les résultats de l’œuvre de Christ (sa mort et sa résurrection) et de son élévation dans la gloire : former pour Dieu un peuple céleste destiné à habiter le ciel pour l’éternité. Le Saint Esprit présente cette vérité sous deux aspects différents, bien qu’inséparablement liés :

1. La responsabilité de l’homme : par nature, l’homme est coupable, souillé et ennemi de Dieu. Il faut une œuvre de Dieu en sa faveur pour répondre à son état : c’est la croix de Christ, la base de tout. Mais il faut aussi un travail dans l’homme pour qu’il soit placé au bénéfice de l’œuvre de Christ : la foi et la grâce, le don de la justice qui justifie et qui communique la vie éternelle. L’épître aux Romains présente cet aspect de la vérité de Dieu.

2. Les desseins de Dieu : par nature, tous les hommes sont morts dans leurs fautes aux yeux de Dieu. Dans ses desseins éternels, Dieu voulait choisir, du milieu de cette humanité perdue, un peuple céleste pour lui. L’œuvre de Christ en permet l’accomplissement : tirer des hommes de leur mort morale, pour les vivifier (spirituellement), les ressusciter avec Christ, les faire asseoir dans les lieux célestes et là, enfin, les bénir dans le Christ Jésus pour l’éternité. L’épître aux Éphésiens montre cet autre aspect du christianisme.

Ces deux points de vue sont développés simultanément dans l’épître aux Colossiens. Ainsi, dans son état antérieur, le croyant y est vu à la fois comme étant autrefois mort dans ses fautes (2:13), mais aussi comme vivant dans ce qui appelle la colère de Dieu (3:7). L’épître aux Colossiens établit ainsi le lien entre les deux épîtres aux Romains et aux Éphésiens.

 

1.3.2        Le désert et les lieux célestes

Pour Israël autrefois, le Jourdain, image du fleuve de la mort, séparait le désert du pays de la promesse. Après avoir sacrifié la Pâque et traversé la mer Rouge, le peuple racheté d’Égypte a passé le Jourdain en laissant le désert derrière lui pour entrer dans sa terre. Le chrétien, lui, est encore dans le monde (le désert spirituel), mais se tient déjà par la foi dans le pays (les lieux célestes) jusqu’à la réalisation de son espérance, la venue de Christ. L’épître aux Romains (comme celle aux Hébreux et les épîtres de Pierre) montre le croyant encore dans le monde. L’épître aux Colossiens le montre comme venant de traverser le Jourdain. Il est ressuscité avec Christ (le symbole des douze pierres placées à Guilgal), ayant passé par la circoncision du Christ (2:11), le secret de la liberté chrétienne. Toutes les instructions pratiques de l’épître en découlent. Mais une espérance est aussi réservée au chrétien en Christ dans les cieux (1:5, 27). L’épître aux Éphésiens complète le tableau des desseins de Dieu à notre égard. Les croyants sont déjà vus dans les lieux célestes, là où Christ se trouve ; ils sont bénis en lui, assis avec lui, rendant témoignage devant les autorités célestes, et ils sont engagés dans un combat pour acquérir la jouissance de leur héritage. Là encore, l’épître aux Colossiens relie les deux épîtres aux Romains et aux Éphésiens.

 

(*) Voir commentaires sur le livre de Josué.

 

1.3.3        La vie de Christ et le Saint Esprit

Dans l’épître aux Éphésiens, le Saint Esprit tient une place importante. On le trouve successivement mentionné en rapport avec :

 

·         le sceau de l’appel céleste et les arrhes de l’héritage (ch. 1);

·         tous les croyants (juifs et ceux des nations) unis ensemble pour constituer une habitation de Dieu (ch. 2);

·         la révélation du mystère de Dieu et l’intelligence pour le comprendre (ch. 3);

·         le sceau de l’unité pratique des croyants sur la terre et le secret de leur marche à la gloire de Dieu (ch. 4 et 5);

·         enfin, les deux armes offensives du croyant dans le combat : l’épée de l’Esprit et la prière par l’Esprit (ch. 6).

 

Dans l’épître aux Colossiens, au contraire, le Saint Esprit n’est mentionné qu’une seule fois, et encore d’une manière incidente (1:8). Mais Christ est présenté avec beaucoup de détails, comme étant la vie du croyant (3:4), ce qui est d’une importance égale.

L’apôtre présente plutôt aux Éphésiens la position des chrétiens (« nous en Christ »), aux Colossiens, le caractère de leur vie et de leur marche (« Christ en nous »). Toutefois, le caractère de ces deux épîtres est très proche.

 

1.3.4        Christ et son corps

Les trois épîtres de Paul aux Éphésiens, aux Colossiens et aux Corinthiens présentent les croyants formant ensemble le corps de Christ, unis indissolublement à lui, la Tête, le Chef. Chaque épître montre un aspect particulier de ce joyau des desseins éternels de Dieu :

·         L’épître aux Colossiens montre les gloires de la Tête du corps, en qui habite toute la plénitude de la déité (1:19 ; 2:9).

·         La première épître aux Corinthiens montre la vie du corps de Christ sur la terre, dont tous les croyants sont les membres 1 Cor. 12:12, 27).

·         L’épître aux Éphésiens montre l’assemblée, corps de Christ, comme la plénitude (le complément) de celui qui remplit tout en tous (Éph. 1:23) . Tous les dons pour le corps découlent de la Tête, Christ dans le ciel (Éph. 4:7-13).

 

TABLEAU COMPARATIF DE CES ÉPÎTRES :

 

Épître

État initial de l’homme

Œuvre de Dieu

Position du croyant

Christ et l’Assemblée

Romains

Coupable

Souillé

Ennemi de Dieu

Dieu justifie

sanctifie

réconcilie

Dans le « désert », marchant dans le monde

Mystère révélé

Colossiens

Vivant dans le péché,

Mort dans ses fautes

Dieu réconcilie –

Christ en espérance

Au « Jourdain ».

Mort avec Christ.

Christ en nous

Christ plénitude de la déité, la tête du corps

Éphésiens

Mort dans ses fautes

Dieu vivifie, ressuscite,

fait asseoir dans les lieux célestes

En « Canaan ».

Assis dans les lieux célestes.

Nous en Christ

L’Assemblée

plénitude de Christ

La tête et le corps

1 Corinthiens

 

 

 

La vie du corps de Christ sur la terre

 

1.3.5        Plan de l’épître aux Colossiens

Dans sa sollicitude pour les Colossiens, l’apôtre doit reprendre point par point toutes les erreurs déjà infiltrées parmi eux, et qui les détachaient de la personne de Christ, voilant ses gloires merveilleuses à leurs yeux.

Avant de le faire, il se plaît d’abord à reconnaître tout ce qu’il y avait de bon parmi eux ; puis, il prie pour eux et leur parle de Christ, le Créateur, le centre de l’univers et des desseins éternels de Dieu.

Alors, il les met en garde contre tous les dangers qui les guettaient (c’est le but principal de sa lettre) ; puis, il déploie devant eux le tableau le plus complet de la vie de Christ dans la marche des croyants sur la terre.

Cet ordre moral de l’épître conduit ainsi naturellement au plan suivant, adopté pour le commentaire :

 

Première partie : Les Colossiens et la grâce de Dieu : Ch. 1:1-8

1. Salutations : 1v1, 2

2. Les actions de grâces de Paul : 1v3-8

 

Deuxième partie : La prière de Paul et les gloires de Christ : Ch. 1:9-29

1. La prière de Paul : 1v9-14

2. Christ, premier-né de la création : 1v15-17

3. Christ, premier-né d’entre les morts : 1v18-20

4. La réconciliation des croyants et l’évangile : 1v21-23

5. Le mystère de l’assemblée : 1v24-29

 

Troisième partie. La pleine valeur de Christ et de son œuvre : Ch. 2:1-19

1. Marcher en Christ : 2v1-7

2. La philosophie. La circoncision du Christ et le baptême : 2v8-12

3. Le légalisme et la croix de Christ : 2v13-15

4. Liberté chrétienne, ritualisme et mysticisme : 2v16-19

 

Quatrième partie : Morts et ressuscités avec Christ. La vraie vie chrétienne : Ch. 2:20 à 4:6

1. Morts avec Christ aux éléments du monde. Le danger de l’ascétisme : 2:20-23

2. Morts et ressuscités avec Christ, notre vie : 3:1-4

3. Mortifier nos membres sur la terre : 3:5-7

4. Dépouiller le vieil homme et revêtir le nouvel homme : 3:8-11

5. Revêtir les caractères de Christ : 3:12-15

6. La parole du Christ en nous : 3:16, 17

7. Le chrétien et le mariage : 3:18, 19

8. Le chrétien dans la famille : 3:20, 21

9. Le chrétien dans la société : 3:22 à 4:1

10. La prière et le témoignage devant le monde : 4:2-6

 

Cinquième partie : Paul et les Colossiens : Ch. 4:7-18

1. Le message de Paul par Tychique et Onésime : 4v7-9

2. Les salutations : 4v10-18

 

 

2         Colossiens 1:1-8 — Les Colossiens et la grâce de Dieu

2.1        Salutations : 1v1, 2

C’est de Rome où il était prisonnier, que Paul écrit cette lettre (elle a été écrite en l’année 62 environ) qu’il a chargé Tychique de porter aux Colossiens, comme celle aux Éphésiens (4:7-9) (Éph. 6:21). Onésime a accompagné Tychique pour aller à Colosses, de même qu’il portera en personne à Philémon, la lettre qui le concernait particulièrement.

Paul se présente comme apôtre du Christ Jésus par la volonté de Dieu (*). Sans en tirer de gloire pour lui-même, il revendique son titre d’apôtre (c’est-à-dire d’envoyé). Christ, le Chef glorieux de l’Église, lui avait confié son autorité pour prêcher ou enseigner. Le message de Paul est donc non seulement inspiré, comme le sont toutes les Écritures (2 Tim. 3:16), mais il émane directement de Jésus Christ, par la volonté de Dieu.

 

(*) Dans les treize épîtres signées par l’apôtre, il se présente :

·         deux fois comme esclave de Jésus Christ et apôtre appelé (Rom. et Tite),

·         sept fois comme apôtre de Jésus Christ selon la volonté ou le commandement de Dieu (1 et 2 Cor. ; Gal. ; Éph. ; Col. ; 1 et 2 Tim.),

·         une fois comme esclave seulement (Phil.),

·         une seule fois comme prisonnier de Jésus Christ (Philémon),

·         deux fois sans titre particulier (1 et 2 Thess.).

Il s’associe souvent d’autres serviteurs du Seigneur.

 

Paul s’adjoint Timothée, son cher enfant dans la foi et fidèle compagnon de service. Ils avaient été ensemble en Phrygie (Act 16:6), et la signature de deux témoins renforçait le message de l’apôtre.

Paul s’adresse aux Colossiens comme à de « saints et fidèles frères en Christ ». Comme « saints et fidèles », les chrétiens sont en relation avec Dieu et le Seigneur. Le titre de « frères » ajouté ici ne figure pas dans la salutation aux Éphésiens. En effet, l’apôtre voit les Colossiens comme marchant sur la terre et jouissant ensemble de la communion fraternelle. Par contre, les Éphésiens sont déjà par la foi dans les lieux célestes. Par grâce, tous les chrétiens sont des saints en Christ, sanctifiés et mis à part par appel. Le Seigneur peut-il dire de chacun de nous que nous sommes de fidèles frères en lui ?

Paul souhaite aux Colossiens : « Grâce et paix... de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ ». L’apôtre commence ses treize épîtres par cette même salutation, ce qui n’en réduit pas la valeur, au contraire. Dans ses messages à des personnes (comme Timothée), Paul y ajoute la miséricorde, expression de l’amour divin approprié aux besoins personnels du croyant.

 

2.2        Les actions de grâces de Paul : 1v3-8

Paul ne connaissait pas personnellement les Colossiens, mais il rend grâces à leur sujet et prie pour eux.

 

2.2.1        La foi et l’amour :

Épaphras lui avait parlé de leur foi en Christ et de leur amour pour tous les saints. Ces deux fruits de la grâce de Dieu étaient la preuve de la vie divine en eux (Gal. 2:20 ; 1 Jean 3:14). Quand le cœur contemple Christ par la foi, son amour s’élargit pour tous les chrétiens : c’est « la foi opérante par l’amour » (Gal. 5:6).

Dès le début de sa lettre, l’apôtre se plaît ainsi à souligner tout le bien qui se trouvait chez les Colossiens. Il est touchant de retrouver cette même disposition de cœur de l’apôtre dans le motif de sa première prière en faveur des Éphésiens (Éph.1:15). L’Esprit Saint nous place bien sur le même terrain élevé de la grâce.

 

2.2.2        L’espérance réservée dans les cieux :

Toutefois, Paul ne présente pas ici aux Colossiens, comme aux Éphésiens, l’exposé des desseins de Dieu envers Christ et envers nous (Éph. 1. 3-14). Il leur parle plutôt de l’espérance qui les attache au ciel en attendant qu’ils y soient introduits.

Les ordonnances du judaïsme et les spéculations philosophiques du gnosticisme tendaient à diriger les regards des Colossiens vers la terre. Au contraire, la parole de la vérité de l’évangile leur révélait qu’une espérance céleste leur était réservée dès maintenant.

Tout croyant est spirituellement ressuscité avec Christ, pour vivre de sa vie. Or, Christ est dans le ciel, assis à la droite de Dieu (3:1). Même si nous sommes encore sur la terre, le christianisme fait donc de nous des hommes célestes, dont la destinée est le ciel, là où Christ se trouve. Cette espérance est un des thèmes de l’épître (1v5, 27 ; 3:4). C’est un motif puissant invoqué par l’apôtre pour nous détacher des préoccupations de la terre et lier nos âmes à Christ dans la gloire. Si nous perdons de vue notre espérance céleste, nous manquerons notre vie et notre service chrétiens.

 

2.2.3        L’évangile parvenu aux Colossiens :

L’évangile nous délivre de la puissance du péché, et nous introduit en espérance dans la gloire céleste avec Christ. Cette bonne nouvelle était déjà parvenue aux Colossiens, en Asie mineure. Contrairement au judaïsme, qui concernait un peuple particulier, Israël (*), l’évangile de Dieu est destiné à tous, sans restrictions ni barrières : il est pour tous les hommes, « en tous lieux » (Act 17:30) ; « dans tout le monde » (1v6), « dans toute la création qui est sous le ciel » (1v23). L’apôtre souligne ici le caractère universel de la prédication de l’évangile du salut, plutôt que sa diffusion historique dans toutes les nations de la terre, qui n’était pas achevée lorsqu’il écrivait son épître.

 

(*) Dieu n’avait eu autrefois de relations qu’avec son peuple terrestre, à l’exclusion de toutes les autres nations (Amos 3:2).

 

Le caractère de l’évangile est remarquable : c’est entendre et connaître la grâce de Dieu en vérité. Le cœur est ouvert pour recevoir le message de Dieu envoyé au monde par son Fils venu dans notre humanité : « la grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ » (Jean 1:17). Connaître « en vérité » cette « parole de la vérité », c’est accepter par la foi en toute simplicité de cœur le témoignage de Dieu, en dehors de tout raisonnement humain.

L’évangile était prêché pour porter du fruit et pour croître. Ce n’était pas une doctrine stérile, comme les spéculations des hommes. La parole de vérité de cette bonne nouvelle avait produit du fruit pour Dieu, non seulement à Colosses, mais ailleurs aussi : des personnes étaient sauvées, amenées à Christ, et leur marche chrétienne, dans la foi et l’amour, était un fruit à la gloire de Dieu.

La paresse ou la décadence de l’homme infidèle ne doivent pas voiler la vitalité de l’évangile. Celui-ci conserve aujourd’hui la même puissance qu’au début du christianisme pour sauver des âmes. Et Dieu désire aussi que nous fassions des progrès dans notre vie chrétienne : « Croissez dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ » (2 Pi. 3:18). L’état du monde et la ruine publique de l’Église ne sont pas des excuses valables à notre nonchalance spirituelle et à la mondanité dans notre vie chrétienne.

 

2.3        Épaphras et les Colossiens

En apportant à Paul des nouvelles des Colossiens, Épaphras avait souligné leur « amour dans l’Esprit » (1v8). C’est la seule mention de l’Esprit Saint dans cette épître. L’amour des Colossiens n’avait pas sa source dans des affections naturelles, mais dans le Saint Esprit : c’était le fruit de la vie divine qui est en Christ. L’Esprit de Christ ressuscité (Jean 20:22) dirigeait ainsi les affections renouvelées des Colossiens. Il devrait en être de même pour nous aujourd’hui.

 

3         Colossiens 1:9-29 — La prière de Paul et les gloires de Christ

3.1        La prière de Paul (1) : Colossiens 1:9-11

Paul était en prison, apparemment écarté d’un service public, auquel il avait consacré toute sa vie et toute son énergie. Pendant les longues journées (et les nuits plus longues encore) de sa solitude, il priait pour tous les saints. C’était ainsi que s’exprimait sa « sollicitude pour toutes les assemblées » (2 Cor. 11:28).

 

3.1.1        Les quatre prières de Paul en prison à Rome

La Parole a conservé pour notre méditation attentive quatre prières remarquables de l’apôtre : deux pour les Éphésiens (Éph. 1:16-23 ; 3:14-21), une en faveur des Philippiens (Phil. 1:9-11), et une pour les Colossiens (1:9-14).

Pour les Éphésiens qui sont déjà vus comme spirituellement assis dans les lieux célestes, il demande à Dieu que les yeux de leur cœur soient éclairés pour comprendre les desseins divins, et la puissance qui les mène à bonne fin (c’est le thème de sa première prière, de caractère objectif). Il demande ensuite au Père que les Éphésiens entrent dans la jouissance effective de ces merveilles, dont le centre connu est l’amour de Christ (tel est le sujet de sa deuxième prière, de caractère subjectif).

Dans sa sollicitude pour les Philippiens, Paul désire que leur amour abonde, qu’ils discernent les choses excellentes et qu’ils portent le fruit de la justice pour la gloire de Dieu.

 

3.1.2        La prière de l’apôtre pour les Colossiens

Après avoir rendu grâces à Dieu pour le bien produit chez les Colossiens, l’apôtre présente à Dieu leurs besoins spirituels. L’expression : « C’est pourquoi » montre bien que les demandes de l’apôtre découlent de ce qu’il a dit précédemment. Paul demande quatre choses pour eux :

·         qu’ils connaissent la volonté de Dieu ;

·         pour pouvoir marcher d’une manière digne du Seigneur et lui plaire ;

·         qu’ils soient fortifiés pour endurer les souffrances avec joie ;

·         enfin, qu’ils soient remplis de reconnaissance envers Dieu, le Père.

 

3.1.3        Remplis de la connaissance de la volonté de Dieu : 1v9

Les Colossiens sont encore vus comme marchant sur la terre (*) ; aussi Paul demande-t-il pour eux que les ressources divines leur soient données pour régler leur marche. Pour cela, ils doivent connaître la volonté de Dieu. Celle-ci se découvre dans la communion intime avec Dieu, que le Saint Esprit entretient dans notre âme. Le chrétien ne marche pas sur la terre en se soumettant à des « commandements et des enseignements des hommes », qui ont seulement « une apparence de sagesse » (2:22, 23). Au contraire, il reçoit ses instructions directement de Dieu, par le secours de sa Parole (Jean 17:17, 19).qui agit en lui (3:16).

 

(*) À la différence des Éphésiens qui sont considérés déjà dans les lieux célestes.

 

Cette connaissance de Dieu, qui doit « remplir » le croyant et rayonner dans son être intérieur, est « en toute sagesse et intelligence spirituelle ». La sagesse divine, qui est Christ lui-même (1 Cor. 1:30), nous donne le discernement spirituel des choses, et l’intelligence (spirituelle aussi) ; la connaissance de la volonté de Dieu dirige alors les circonstances de notre vie chrétienne sur la terre.

Si nous demandons avec Job : « La sagesse, d’où vient-elle ? et où est le lieu de l’intelligence ? » Dieu nous répond : « Voici, la crainte du Seigneur, c’est là la sagesse, et se retirer du mal est l’intelligence ». Tel est le sûr moyen pour découvrir ce « sentier que l’oiseau de proie ne connaît pas, et que l’œil du vautour n’a pas aperçu » (Job 28:7, 20, 28). Le but pratique de cette première demande de Paul est donc de régler la conduite des Colossiens (et de tous les croyants) au diapason de leur espérance céleste.

 

3.1.4        Marcher d’une manière digne : 1v10

La mesure de la marche chrétienne est donc qu’elle soit « digne du Seigneur » (1v10). Comme souvent dans cette épître, les vérités sont rapportées à Christ, notre vie (3:4). D’autres épîtres présentent des aspects différents du mobile de la marche du croyant sur la terre. Elle doit être :

·         « digne de Dieu » (1 Thess. 2:12). Les Thessaloniciens venaient de se tourner vers Dieu, qui les appelait « à son propre royaume et à sa propre gloire ». Ils devaient maintenant marcher pour lui plaire.

·         « digne de l’appel », c’est-à-dire du Saint Esprit (Éph. 4:1). Le saint appel dont nous sommes appelés est une expression des desseins de Dieu (le thème de l’épître) et doit régler la marche des croyants sur la terre (Cette marche est mentionnée sept fois dans l’épître aux Éphésiens : 2:2, 10 ; 4:1, 17 ; 5:2, 8, 15).

·         « digne de l’évangile » (Phil. 1:27). Il s’agit ici de la conduite (*), plutôt que de la marche. La conduite du croyant doit être en pleine harmonie avec la bonne nouvelle de l’évangile qui délivre l’homme de la puissance du péché pour lui présenter Christ comme vie, comme modèle, comme but et comme la source de toute joie et de toute force.

 

(*) C’est plutôt ici la tenue morale du croyant que les actes de la vie. Le même mot est employé par Paul devant le sanhédrin pour caractériser sa propre conduite (Act. 23:1).

 

·         « digne du Seigneur ». Le premier but d’une marche digne du Seigneur est de lui plaire en toutes choses. Comment ne pas penser au parfait modèle, Christ, qui a dit de son Père : « Moi, je fais toujours les choses qui lui plaisent » Jean (8:29) ? Cette marche digne du Seigneur se réalise dans la connaissance de la volonté de Dieu. Là encore, Christ est le parfait modèle, lui qui trouvait ses délices à accomplir la volonté de son Père, celui qui l’avait envoyé (Jean 4:34 ; Héb. 10:7).

Si nous nous appliquons à plaire au Seigneur, nous porterons aussi du fruit pour lui. Nous grandirons dans la connaissance de Dieu lui-même, et non seulement dans la connaissance de sa volonté. Le fruit confirme l’existence de la vie divine en nous, qui est Christ. Quelques caractères de ce fruit, en toute bonne œuvre, sont détaillés dans les exhortations pratiques de l’épître (3:12-17).

 

3.1.5        Fortifiés pour endurer les souffrances avec joie : 1v11

Pour réaliser ces choses et faire des progrès, il faut une force spirituelle et non humaine. La connaissance de Dieu nous révèle que cette force est en lui ; elle vient d’en haut, du lieu même de la gloire, où la puissance de Dieu a placé Christ, après l’avoir ressuscité d’entre les morts (Éph. 1:1,20).

Cette puissance divine infinie est vue comme détenue par Christ, qui la confie au croyant sur la terre. Le langage de l’apôtre est ici particulièrement fort : « fortifiés en toute force » (*), la « puissance de sa gloire » (ou sa glorieuse puissance), « toute patience ». Il n’y a aucune limite aux effets de cette puissance divine. Comment peut-elle s’exercer dans de faibles créatures comme nous ? Précisément par l’opération de la puissance de Christ, celle-là même qui fortifiait son apôtre en toutes choses, même dans ses liens (Phil. 3:21 ; 4:13).

 

(*) II semble qu’il s’agisse ici de la force du Seigneur, celle qui nous est nécessaire pour marcher d’une manière digne de lui.

 

La force est donnée pour la patience et la constance (ou longanimité, c’est-à-dire la patience à supporter les souffrances). Il ne s’agit pas d’accomplir de grandes actions d’éclat devant les hommes, mais de tenir ferme dans le chemin de la foi. La patience n’est ni de l’indifférence, ni de la résignation, ni du fatalisme ; mais elle exprime la vraie force morale pour attendre de Dieu seul la délivrance (Lam. 3:26). Peut-être celle-ci n’arrivera-t-elle qu’au retour du Seigneur (Jac. 5:7).

« Avec joie » : et pourtant, dans ce chemin de patience et d’endurance, la joie du ciel nous est promise au milieu des souffrances. C’est la joie même de Christ, que personne ne peut nous ôter (Jean 15:11 ; 16:22-24 ; 17:13). C’est ainsi que se complète le beau tableau moral de la vie de Christ révélée dans les siens sur la terre.

 

3.2        La prière de Paul (2) : Colossiens 1:12-14

3.2.1        Les actions de grâces rendues au Père : 1v12, 13

Alors, l’apôtre remonte aux sources mêmes de cette vie de Christ, pour rendre grâces au Père. Sa prière pour les Colossiens devient ainsi l’occasion de développer l’exposé le plus complet des gloires de Christ et des résultats de son œuvre. Nous rendons grâces au Père pour ce qu’il a fait (Nom. 23:23 ; Ps. 22:31). Trois précieux motifs de reconnaissance sont mentionnés :

1. La participation à l’héritage des saints dans la lumière. Ce privilège n’est pas futur ; c’est une part (*) présente, qui découle d’une œuvre déjà accomplie. Nous en goûtons les effets dans la lumière, la nature même de Dieu (1 Jean 1:5).

 

(*) Le mot traduit ici par « lot » est rendu par « part » ou « portion », en Actes 26:18, pour exprimer la même pensée. Il s’agit d’une bénédiction partagée, celle de l’héritage (Éph. 1:18), et non pas de l’appartenance à un groupe particulier de personnes. Le mot « lot » désignait autrefois la terre donnée à chaque tribu d’Israël, comme une partie de l’héritage commun (Jos. 14:1-9). Pour les chrétiens, maintenant, l’héritage est dans la lumière du ciel.

 

2. La délivrance du pouvoir des ténèbres. Autrefois, nous étions dans les ténèbres (Act 26:18 ; Éph. 6:12), le domaine moral où règne Satan (2 Cor. 4:4). L’œuvre de Christ nous en a délivrés : c’est le thème de la louange.

 

3. L’entrée dans le royaume du Fils de l’amour du Père. L’œuvre de Christ envers nous est complète. Arrachés à un lieu de souillure, nous avons été transportés dans un lieu de sainteté et de bonheur, le royaume du Fils de Dieu. Mais si Dieu est lumière, il est aussi amour dans sa nature (1 Jean 4:8,16). Aussi le royaume est-il celui du « Fils de son amour », expression admirable qu’on ne trouve qu’ici dans toute l’Écriture. Le royaume est appelé ailleurs comme royaume des cieux, ou de Dieu, ou du Christ, ou encore du Fils de l’homme. Mais ici, le titre du royaume dans lequel la grâce de Dieu nous donne une place est lié à la relation éternelle du Fils unique avec son Père (Prov. 8:30). En résumé, nous avons une part dans la lumière de Dieu et une place dans le royaume du Fils de l’amour du Père. Nous sommes introduits ensemble dans la demeure de l’amour et de la lumière pour y contempler les grâces et les beautés de celui qui en est le centre et l’ornement de toute éternité. Dans ce palais, tout rend gloire au Fils !

 

3.2.2        La rédemption et la rémission des péchés en Christ

Voici les deux fondements des bénédictions précédentes : la rédemption et la rémission des péchés.

La rédemption est l’œuvre par laquelle Dieu rachète l’homme pécheur et le délivre du joug de l’esclavage. Elle est dans le Christ Jésus, et par son sang (Rom. 3:24, 25 ; Éph. 1:7 ; 1 Pi. 1:18,19). Le croyant est ainsi délivré de toutes les servitudes : celles de Satan, de la loi, du péché, du monde et de la mort.

La Parole parle de la rédemption (ou du rachat) de l’âme et du corps du croyant (Rom. 8:23). La rédemption n’est ni temporelle, ni passagère ; elle est pour l’éternité (Héb. 9:11, 12). La rédemption est donc une délivrance du pouvoir des ténèbres, jusqu’à l’entrée dans le royaume du Fils de l’amour du Père.

La rémission des péchés est le pardon accordé au croyant par le moyen de la foi en Christ ; ses péchés ne lui sont plus imputés, car ils ont été portés par Christ à la croix. La rémission est définitive ; elle est aussi en Christ et par son sang (Act 5:31 ; Héb. 9:22)

 

3.2.3        Introduction aux gloires et aux dignités de Christ

L’apôtre, ayant introduit le Fils comme objet suprême de l’amour du Père, semble interrompre sa prière pour se concentrer sur les gloires et les dignités de Christ, dans les deux créations (voir tableau en fin de section suivante). Il n’est désormais plus question de nous, jusqu’au verset 21. Tout est ramené à Christ, la Tête du corps, que les Colossiens avaient un peu perdu de vue. Il est le Créateur, comme il est le rédempteur. Chef de la première création, il est aussi le commencement de la nouvelle. Venu comme homme sur la terre pour accomplir la rédemption (1v14), il demeure à jamais l’Homme glorifié dans le ciel. D’existence éternelle (1v17), il a été manifesté dans le temps, pour vivre selon la puissance d’une vie impérissable (Héb. 7:16).

 

3.3        Christ, premier-né de la création : Colossiens 1:15-17

3.3.1        Christ, image du Dieu invisible

Selon le plan divin, Adam, le premier homme, a été créé à l’image de Dieu, selon sa ressemblance (Gen. 1:26, 27 ; 5:1). Ce n’était pas par la forme de son corps qu’Adam exprimait le conseil divin (*) ; mais, dans son état initial d’innocence (encore sans péché avant la chute), il était placé comme centre et chef de la première création pour y représenter Dieu. Adam, par la chute, a perdu cette position ; désormais ses fils sont « à sa ressemblance » (semblables à lui comme pécheurs), avant d’être « selon son image » (Gen. 5:3).

 

(*) Attribuer à Dieu une forme ou des caractères humains est la grave erreur de l’anthropomorphisme.

 

Par contraste, Christ, lui, est parfaitement et en plénitude « l’image du Dieu invisible ». C’est ce qu’il est, et non pas ce qu’il était, ni ce qu’il sera. En lui, nous voyons tout ce que Dieu est, dans sa nature, ses attributs et ses caractères. Il n’est pas dit que Christ soit la ressemblance de Dieu, parce qu’il est lui-même Dieu. Par contre, dans son incarnation, il a été fait à la ressemblance des hommes (Phil. 2:7 ; Rom. 8:3 ; Héb. 2:17). Il a revêtu la nature humaine et a été vu sur la terre comme un homme au milieu des hommes, en apparence semblable à eux. Mais il était l’homme parfait, séparé du péché, l’homme céleste. Dès lors, en lui, l’homme pouvait voir le Dieu invisible (Jean 1:18 ; 1 Tim. 3:16). En même temps, il révélait le Père et son nom (Jean 14:9) ; mais il n’est pas dit qu’il soit l’image du Père, car ce nom de Père évoque la pensée d’une relation. C’est un nom que Christ fait connaître aux enfants de Dieu par la foi (Jean. 17:26 ; 20:17).

 

3.3.2        Christ, Premier-né de toute la création

Lorsque Christ vient sur la terre, il occupe de droit sa place comme chef sur toutes choses. Il est le dernier Adam, le second homme (1 Cor. 15:45, 47)

Le « premier-né » de Marie (Matt. 1:25 ; Luc 2:7) n’était rien de moins que le « Premier-né » introduit par Dieu dans le monde habité (Héb. 1:6). Le fils de l’humble charpentier, né dans une étable à Bethléem, est servi par les anges de Dieu qui lui rendent hommage.

L’expression : « Premier-né de toute la création » exprime la suprématie de Christ sur tout l’univers créé (créatures et choses) en dehors de toute idée de temps ou de chronologie. Le même sens figuré est employé pour exprimer la suprématie de Salomon : « Je ferai de lui le premier-né, le plus élevé des rois de la terre » (Ps. 89:27. De même, Christ est le divin Joseph, qui a reçu le droit de premier-né dans la famille d’Israël (1 Chr. 5:1, 2).

 

3.3.3        Christ, Créateur des mondes

Christ possède la primauté dans la première création tout d’abord parce qu’il en est l’auteur, le créateur. Tout est inclus dans cette primauté, sans réserve ni omission :

1.      dans l’espace physique ou moral : cieux et terre ;

2.      dans le domaine de la perception : choses visibles ou invisibles, toutes réelles ;

3.      dans les hiérarchies : trônes, seigneuries, principautés ou autorités.

 

Cette autorité sera un jour reconnue à Jésus, le Seigneur, par toutes les créatures (Phil. 2:10, 11). La vénération rendue par les gnostiques aux créatures et puissances célestes était donc hors de place. La gloire ne revient qu’à Christ seul !

 

« Par lui » : Christ possède toute puissance créatrice ;

« Pour lui » : mais la finalité, le but divin, est la gloire de Christ. C’est un second droit à sa primauté. Dans la scène céleste, les saints glorifiés sauront bien le reconnaître, en jetant leurs couronnes royales devant le trône du Créateur (Apoc. 4:10).

« Lui est avant toutes choses » : La parole affirme ensuite la préexistence du Fils de Dieu. Il doit en être ainsi, puisqu’il a créé toutes choses. L’évangile de Jean présente l’existence éternelle du Fils de Dieu, la Parole (Jean 1:1). Paul ajoute ici la permanence de l’Être en Christ. Avant toutes choses, il « est », il existe et il subsiste. Il est l’Éternel, le Jean « JE SUIS » (8: 58), qui transcende le temps.

« Toutes choses subsistent par lui » : Une dernière gloire de Christ dans cette première création s’ajoute à toutes les autres. Il soutient toutes choses par la parole de sa puissances (Héb. 1:3). La puissance divine, qui a fait sortir les mondes du néant, s’exerce maintenant pour y maintenir l’harmonie (en particulier les saisons fertiles) et préserver la création de retomber dans la désolation et le vide (Gen. 1:2).

Combien est grand le témoignage rendu par toute la création à Dieu le Fils, à sa puissance et à sa bonté ! « Les cieux racontent la gloire de Dieu, et l’étendue annonce l’ouvrage de ses mains » (Ps. 19:1-6).

 

Les deux créations

 

La première création

La nouvelle création

Les deux primautés de Christ

Premier-né de la création

Premier-né d’entre les morts

Les deux suprématies de Christ

Chef de toute autorité

Chef (tête) du corps, de l’assemblée

Les deux réconciliations

La réconciliation des choses créées

La réconciliation des croyants

Les deux ministères confiés à Paul

Paul, serviteur de l’évangile

Paul, serviteur de l’assemblée

 

3.4        Christ, premier-né d’entre les morts : Colossiens 1:18-20

Christ est le Dieu créateur et possède toute autorité sur toute la première création. Mais il est aussi devenu homme, pour accomplir le grand mystère de la piété. Il est mort, il a été ressuscité : Homme glorieux, il a vaincu la mort, il est ressuscité pour devenir le commencement, le fondement d’une autre création. Il possède aussi la primauté dans cette sphère nouvelle, comme dans la première. Quatre choses glorieuses sont dites de lui :

1. il est chef du corps ;

2. il est le commencement ;

3. il est le premier-né d’entre les morts ;

4. en lui, habite la plénitude de la déité.

 

3.4.1        Christ, Chef (Tête) du corps, de l’assemblée

Tous ceux qui ont en Christ la rédemption et la rémission de leurs péchés (1v14) forment ensemble le corps de Christ, l’assemblée. Parmi les images employées dans le N.T. pour représenter collectivement les croyants sur la terre ou dans le ciel (*), l’apôtre choisit ici le symbole du corps pour souligner le lien indissoluble qui unit Christ à tous ses rachetés.

 

(*) Ces différentes images sont :

(1) L’assemblée de Dieu ; la maison de Dieu sur la terre ; un temple saint (Matt. 16:18 ; Éph. 2:21, 22). Christ est Chef sur cette maison (Héb. 3:6).

(2) Le corps de Christ. Christ est Chef et Tête de son corps (Éph. 1:23 ; 1 Cor. 12:12, 27).

(3) L’épouse de Christ, la femme de l’Agneau. Christ est l’époux (Éph. 5:25, 29 ; Apoc. 19:7-9).

(4) Le troupeau du Seigneur. Christ est le Berger, le souverain Pasteur (Act. 20:28 ; 1 Pi. 5:1-4).

(5) La nouvelle Jérusalem, la sainte cité. Christ est sa lampe et sa gloire (Héb. 12:22 ; Apoc. 21:2, 10).

(6) Une compagnie de sanctifiés, unis à Celui qui les sanctifie (Héb. 2:11)

(7) La famille céleste du Père, formée par tous les enfants de Dieu (Jean 1:12).

 

Glorifié au ciel, il est le Chef, la Tête de ce corps spirituel qui vit sur la terre. Il possède toute autorité sur son corps et sur chacun de ses membres ; mais il est aussi la source de la vie du corps et lui dispense sa nourriture spirituelle.

 

3.4.2        Christ, le commencement

Comme Dieu créateur, Christ est le premier-né, le commencement de la première création (1v15). Comme homme et Rédempteur, il est maintenant présenté comme le premier-né, le commencement de la nouvelle création, la création de Dieu (Apoc. 3:14).

Par une seule parole, la puissance divine du Fils de Dieu avait fait sortir du néant des êtres célestes et terrestres pour les faire habiter les cieux et la terre de la première création. Dans la nouvelle création, Christ a fait sortir ses rachetés du domaine de la mort (morale), pour les introduire dans le lieu de la vie. Mais il fallait pour cela que Jésus, comme homme, traverse la mort (Héb. 2:9, 14)

 

3.4.3        Christ, le Premier-né d’entre les morts

Christ est le premier homme qui soit sorti de la mort pour ne plus jamais la connaître. Il devient le chef d’une nouvelle race d’hommes rachetés, qui appartiennent désormais à un nouveau domaine moral, la nouvelle création (2 Cor. 5:17). « Premier-né des morts » (Apoc. 1:5), il est aussi appelé le « Premier-né entre plusieurs frères » (Rom. 8:29). En lui conférant cette primauté, Dieu veut lui donner la première place en toutes choses. Il est « les prémices, Christ » (1 Cor. 15:23).

Après la Pâque (figure de la mort de Christ), Israël célébrait la fête des prémices et de la gerbe tournoyée, le lendemain du sabbat (Lév. 23:11), symbole de la résurrection de Christ, au premier jour de la semaine. Il est le premier au milieu de ceux qui sont associés à sa résurrection. Cette compagnie de rachetés est pour Dieu comme « une sorte de prémices de ses créatures » (Jac.1:18).

 

3.4.4        Christ, l’habitation de la plénitude de la déité

Cette gloire de l’Homme Christ Jésus englobe toutes les autres ; elle forme la base de l’œuvre de la rédemption, mais elle en introduit aussi les résultats.

En Christ, homme sur la terre, a été déployé en plénitude (rien ne manque et rien ne peut être ajouté) absolument tout ce qu’est :

1. Dieu, le Père ;

2. Dieu, le Fils ;

3. Dieu, le Saint Esprit.

De Christ seul, il peut être dit : « Dieu était en Christ » (2 Cor. 5:19). En lui seul, s’est réalisée sa propre déclaration : « Dieu ne donne pas l’Esprit par mesure » (Jean 3:34).

Mais cette plénitude demeure aussi en lui pour l’éternité, au ciel comme sur la terre (2:9). Cette vérité sera reprise plus loin par l’apôtre pour introduire les enseignements pratiques donnés aux chrétiens sur la terre.

 

3.4.5        Propitiation et réconciliation

Comme plénitude de la déité sur la terre, Christ a opéré, par sa mort, l’œuvre de la réconciliation, c’est-à-dire le rétablissement de relations avec Dieu, qui avaient été interrompues par le péché. Ainsi, la croix de Christ est le moyen divin de la réconciliation (Rom. 5:10 ; 2 Cor. 5:18) ; elle s’accomplit à l’égard des choses (1v20) et à l’égard des personnes, les croyants (1v21). La première est encore à venir, tandis que la seconde est déjà pour le présent.

L’entrée du péché dans les lieux célestes (par la révolte de Satan contre Dieu) et sur la terre (par la désobéissance d’Adam) a terni la gloire de Dieu dans la création (la première). Pour Dieu, désormais, même « les cieux ne sont pas purs à ses yeux » (Job 15:15). Les lieux célestes devaient donc être purifiés par un meilleur sacrifice que les sacrifices lévitiques (Héb. 9:23). Mais la terre aussi a été souillée par le péché de l’homme (elle n’en est pas coupable) : épines et ronces, bêtes mauvaises et maladies sont le témoin permanent de cet asservissement de toute la création à la servitude du péché (Rom. 8:20-22). La dégradation de la nature par l’homme lui-même confirme cette servitude. La délivrance de ce triste état ne pouvait être opérée que par l’œuvre de Christ. Cette réconciliation est faite, mais ses effets réels sont encore à venir.

Les lieux célestes seront débarrassés de la présence du mal lorsque Satan et les anges déchus en seront chassés à l’issue d’un terrible combat (Apoc. 12:8). Désormais, ils n’en auront plus jamais l’accès. Mais la terre sera aussi délivrée du joug du péché pendant le règne millénaire de Christ, alors que Satan sera lié dans l’abîme. À la fin du temps, Christ remettra entre les mains de son Père une création en ordre, avant qu’elle ne soit remplacée par de nouveaux cieux et une nouvelle terre. Toutes ces bénédictions sont selon le bon plaisir de la déité qui habite en Christ ; elles sont rendues possibles par sa mort.

La réconciliation de la création avec Dieu inclut donc les choses qui sont sur la terre et celles qui sont dans les cieux. Il n’est pas question ici de ce qui est « au-dessous de la terre » (Apoc. 5:13). Le monde des perdus n’est pas réconcilié ; mais les êtres infernaux, éternellement perdus et éloignés de Dieu, jugés sans espoir de réconciliation, devront se prosterner devant le nom de Jésus.

 

3.4.6        La paix par le sang de la croix (de Christ)

« Ayant fait la paix par le sang de sa croix » (1v20). Dans une proposition incidente de toute importance, l’apôtre introduit le sujet de la propitiation, et sa base, l’effusion du sang de Christ à la croix. C’est le fondement des deux réconciliations, celle des choses créées et celle des croyants.

La paix est faite et Dieu est rendu favorable à l’homme. Sa justice est « envers tous » (offerte à tous les hommes), mais seulement « sur tous ceux qui croient » (Rom. 3:22), ceux qui saisissent la grâce de Dieu par le moyen de la foi.

La propitiation est donc l’œuvre qui a été faite entre Christ et Dieu et selon laquelle Dieu peut recevoir en justice tout homme qui vient à lui. L’expiation (ou substitution) est, au contraire, l’œuvre accomplie entre Christ et les croyants. Soigneusement distinguées par l’Écriture, la propitiation et la substitution présentent toutefois deux aspects complémentaires d’une même offrande, celle de Christ à la croix.

Pour nous qui croyons, Christ est notre paix et, par lui, nous avons la paix avec Dieu (Éph. 2:14 ; Rom. 5:1).

 

3.5        La réconciliation des croyants et l’évangile : Colossiens 1:21-23

3.5.1        La réconciliation des croyants

L’œuvre de Christ à la croix a donc opéré une seconde réconciliation, celle de créatures humaines, mais non celles d’êtres célestes ou infernaux. C’est la réconciliation des croyants, qui ôte leur inimitié contre Dieu, leur accorde le pardon de leurs péchés et les purifie de toute leur souillure, pour les introduire dans la nouvelle création.

Auparavant, nous étions, comme les croyants à Colosses, étrangers et ennemis. Souillés et coupables, nous avions toutefois un entendement (*), la faculté morale qui distingue l’homme de la bête et qui nous aurait permis d’être en relation avec Dieu. Mais le péché nous avait éloigné de Dieu (étrangers), nous opposait à lui (ennemis) ; toutes nos capacités naturelles étaient au service du mal pour produire des œuvres mauvaises. Triste tableau des ténèbres morales d’où Dieu nous a tirés !

 

(*) L’entendement exprime, pour l’homme, la faculté de penser, grâce à l’intelligence de son esprit. L’entendement des incrédules est corrompu (1 Tin 6: 3 ; 2 Tim. 3:3) et obscurci (Éph. 4:3), alors que celui des croyants est renouvelé (Éph. 4:3).

L’entendement signifie aussi simplement les pensées de l’homme (2 Cor. 3:3) ou la source profonde de celles-ci (Rom. 12:3).

 

Mais maintenant, nous sommes réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils incarné (1v22) (Rom. 5:10). Désormais, Dieu nous confie le service de la réconciliation, le thème et la bénédiction les plus élevés de l’évangile (2 Cor. 5:18, 19).

 

·    L’analogie avec le grand jour des expiations (Lév. 16:15, 16, 33). Plusieurs vérités essentielles de la foi chrétienne viennent d’être présentées : la propitiation, l’expiation (et la substitution), les deux réconciliations (des choses et des croyants). Toutes fondées sur l’œuvre de Christ, ces vérités étaient déjà annoncées par les ordonnances lévitiques, particulièrement celles du grand jour des expiations. Cinq sacrifices étaient offerts à cette occasion : trois sacrifices pour le péché (un jeune taureau et deux boucs) et deux holocaustes (les deux béliers). Le sang du taureau et du premier bouc (choisi par le sort pour l’Éternel) était porté dans le sanctuaire. Placé sur le propitiatoire de l’arche, le sang parle de la propitiation (la paix faite par le sang de la croix). Mais le tabernacle et les ustensiles étaient aussi aspergés du sang des sacrifices : c’est le symbole de la réconciliation de toutes choses. Enfin, le second bouc (choisi par le sort pour azazel (*) est l’image de Christ, comme la sainte victime de substitution, opérant par son œuvre la réconciliation des croyants.

 

(*) Le bouc « azazel » signifie littéralement le « bouc qui s’en va », c’est-à-dire en langage plus habituel, le « bouc émissaire ». Le sacrificateur avait posé ses mains sur la tête du bouc, le chargeant ainsi des péchés du peuple. Alors, le bouc allait seul dans le désert, voué à une mort certaine. Quelle solennelle et merveilleuse image de Christ dans son sacrifice de substitution !

 

·    Saints et irréprochables et irrépréhensibles devant Christ. Alors que les effets de la réconciliation de la création sont encore futurs, ceux de la réconciliation des croyants sont notre part actuelle. Toutefois, ses résultats ne seront vus que dans la gloire future.

Selon les desseins éternels de Dieu, nous sommes déjà en Christ « saints et irréprochables devant lui en amour » (Éph.1:4). Mais ici l’apôtre présente le but final que Dieu s’est proposé pour nous, qui est de nous placer devant lui dans sa propre gloire, revêtus des caractères et des perfections de Christ : 1. saints (purs et sans tache) ; 2. irréprochables (ou sans reproche) ; 3. irrépréhensibles, qui ne méritent plus les répréhensions de la discipline.

Ce qui est dit de chaque croyant sera vrai aussi de l’assemblée dans la gloire (Éph. 5:27 ; Jude 24).

 

·    Les conditions pratiques : fondés et fermes dans la foi. Notre position en Christ, selon les desseins de Dieu, n’est subordonnée à aucune condition. Mais l’expression « si du moins » introduite ici (1v23) rappelle aux Colossiens qu’ils étaient en danger de se laisser détourner de l’espérance de l’évangile qui leur avait été annoncé.

Les « si » soulignent donc notre responsabilité comme chrétiens sur la terre, afin que notre conduite soit en accord avec les pensées de Dieu à notre égard (Phil. 2:15). Pour cela, nous sommes gardés par la puissance de Dieu par la foi (1 Pi. 1:5) ; maintenus dans la dépendance de Dieu, nous avons pleine confiance en sa fidélité pour le faire. Nous devons d’abord être fondés dans la foi, comme un arbre dont les racines profondes s’étendent vers le courant (Jér 17:8) ou comme une maison bâtie sur le roc (Matt. 7:24, 25). Mais il faut aussi tenir ferme, pour ne pas se laisser emporter par toutes les doctrines perverses qui circulent dans le monde, aujourd’hui plus que jamais. La conscience de notre union avec Christ et de la valeur de son œuvre est essentielle dans notre vie pratique.

 

3.5.2        L’évangile, le premier ministère (ou service) de Paul

À la seule mention de l’évangile prêché aux Colossiens, les pensées de l’apôtre s’élargissent aux dimensions de la sphère où s’exerce la puissance de Christ : « toute la création qui est sous le ciel », c’est-à-dire le monde entier (1v6, 23).

Au moment où Paul écrivait, l’évangile, annoncé premièrement à Jérusalem (Luc 24:47), avait déjà franchi les étroites limites de la terre d’Israël. L’Asie mineure, le monde grec (Corinthe et Thessalonique), puis le monde latin (Rome) étaient déjà sous le son de cette bonne nouvelle, annoncée à toutes les nations. Toute barrière entre Juifs et nations était à jamais abolie dans le christianisme.

Paul avait reçu directement de Christ le service d’annoncer l’évangile à Israël comme aux nations (Act. 9:15, 16) ; et, par la grâce de Dieu, il s’en était acquitté fidèlement (Act. 26:20), au prix de grandes souffrances, et même de sa liberté. Il était maintenant prisonnier du Christ Jésus pour les croyants d’entre les nations (Éph. 3:1).

De la part de Christ, son Maître, l’apôtre était ainsi devenu le serviteur de l’évangile prêché dans la première création. Il s’était identifié à son œuvre dans une mesure telle qu’il peut parler en toute humilité de « mon évangile » (2 Tim. 2:8). Cette œuvre s’est accompagnée pour Paul de beaucoup de persécutions de la part des Juifs, comme des nations (1 Thess. 2:15,16 ; 2 Tim. 3:11). À la fin de sa vie, il engage alors son enfant Timothée à poursuivre le travail d’évangéliste, et à accepter à son tour de prendre part aux souffrances qui s’y rattachent (2 Tim.1:8 ; 2:3 ; 4:5).

 

3.6        Le mystère de l’assemblée : Colossiens 1:24-29

L’apôtre introduit le second objet de son ministère, le service en faveur de l’assemblée du Christ, accompli à travers d’autres souffrances que celles de l’évangile. Car Paul souffrait aussi pour l’assemblée, corps de Christ, ce joyau du dessein éternel de Dieu autrefois caché. La révélation de ce mystère divin par le ministère écrit de l’apôtre en prison devait rendre complète la parole de Dieu.

 

3.6.1        Les souffrances de l’apôtre pour l’assemblée

Sur la croix, Christ a enduré les souffrances de l’expiation par amour pour l’assemblée, afin de la racheter et de sauver tous ses rachetés ; tel est le travail de son âme, dont il goûtera le fruit en gloire. Mais, « maintenant » (1v24), pendant toute la période de la grâce, l’Esprit Saint opère dans les croyants et Paul souffrait en coopérant à ce travail, comme serviteur de l’assemblée. Par amour pour Christ et pour son Église, Paul acceptait avec joie ces souffrances, comme s’il les partageait avec son Maître : c’était « les afflictions du Christ ». Il ne s’agit pas des souffrances de l’expiation, que Christ a supportées absolument seul pendant les heures de ténèbres, et que personne ne peut partager avec lui. Au reste, son œuvre est complète et achevée. Ces afflictions de Christ expriment en perfection l’amour que Christ avait pour son assemblée, celle qu’il aimait, la perle de très grand prix que son cœur désirait. Le Sauveur avait souffert pour Paul, comme pour chacun de nous, ses rachetés.

Mais, maintenant, Christ invitait l’apôtre à partager ses propres afflictions. Paul devait bien souffrir pour le nom de Christ (Act. 9:16) ; et, dans une mesure plus ou moins grande, tous les chrétiens fidèles souffrent pour Christ et pour la justice (1 Pi. 3:14 ; 4:13). Mais les souffrances dont Paul parle ici — les afflictions du Christ — avaient un caractère particulier : elles étaient de même nature que celles que Christ avait supportées sur la terre. Paul souffrait par amour pour Christ et pour son assemblée ; il endurait tout « pour l’amour des élus » (2 Tim. 2:10).

C’est seulement lorsqu’il reviendra pour prendre son épouse auprès de lui, que les afflictions du Christ seront complètes. Mais l’apôtre travaillait avec ardeur à l’accomplissement du dessein divin. Il souffrait afin que la vérité de l’assemblée soit pleinement révélée ; non seulement comme elle existait aux jours de l’apôtre ou à notre époque, mais l’Église dans son entier, formée au cours des âges : « l’assemblée des premiers-nés écrits dans les cieux » (Héb. 12:23).

 

3.6.2        Paul révèle le mystère divin de l’assemblée

Ce travail de l’apôtre ne découlait pas de son initiative personnelle ; il avait reçu de Dieu une administration, une mission spéciale, dont il s’acquittait avec fidélité (1 Cor. 4:2). Ce n’était rien de moins que « compléter la parole de Dieu » (1v25). En exposant le mystère de l’assemblée, Paul ajoutait aux révélations antérieures ce qui manquait encore pour que tous les sujets que Dieu veut faire connaître à l’homme par sa Parole soient traités. Dès lors, il n’y a rien à ajouter.

Il ne s’agit évidemment pas des dates chronologiques des écrits du N.T. En particulier, les écrits de Jean sont postérieurs à ceux de Paul ; l’Apocalypse a été écrite au moins trente ans après les épîtres aux Éphésiens et aux Colossiens. Avant que Paul n’écrive ces dernières, Dieu avait choisi ses instruments pour exposer ses voies envers l’homme, introduire la loi et le royaume. Annoncé depuis longtemps, Christ était venu au temps propre pour accomplir le grand mystère de la piété. Les Évangiles racontaient l’œuvre de la rédemption et le livre des Actes en décrivait les glorieux effets. Mais rien n’était encore connu du mystère divin touchant l’assemblée.

Alors, maintenant, Dieu révèle le plus ancien de ses desseins (dès avant la fondation du monde) par la plume inspirée de l’apôtre Paul en prison. Il n’y aura pas d’autre révélation que celle-là : c’est la dernière. Dieu nous a désormais ouvert la plénitude de son cœur dans son amour envers nous dans le Christ Jésus. Ce mystère maintenant dévoilé contient des richesses de gloire gratuitement données à tous les croyants, particulièrement ceux d’entre les nations

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3.6.3        Christ en nous, l’espérance de la gloire

Toutes les richesses de gloire du mystère de Christ et de l’assemblée sont résumées dans cette expression. Elle contient deux vérités merveilleuses :

 

1. Christ habite dans les croyants et au milieu d’eux ;

2. Christ, dans sa personne, est le garant de la gloire céleste pour les croyants.

 

Christ en nous : Dieu avait autrefois habité au milieu d’Israël dans la nuée et l’obscurité profonde. Ensuite, le Messie était venu visiter ce peuple terrestre, comme Emmanuel, Dieu avec nous. Et les Juifs attendaient le retour du Messie pour partager sa gloire sur la terre. Mais maintenant, une bénédiction entièrement nouvelle était annoncée par la révélation du mystère caché : Christ demeurant en nous, c’est-à-dire dans tous les croyants, particulièrement ceux d’entre les nations, auparavant exclus de tout privilège spirituel. Cette demeure de Christ est présente et réelle, bien qu’elle ne puisse être perçue par les sens de la nature humaine. Sa réalisation par la foi attache nos cœurs à Christ, pour établir nos âmes sur le fondement inébranlable de son amour qui surpasse toute connaissance (Éph. 3. 17, 19).

 

Christ, l’espérance de la gloire. Nous ne possédons pas encore la plénitude de la gloire qui doit nous être révélée (Rom. 8:18) et à laquelle Dieu nous destine (1 Thess. 2:12) ; cette gloire est donc encore en espérance. Mais la présence de Christ par la foi dans tous les croyants, comme au milieu d’eux, donne l’assurance que cette espérance sera transformée un jour prochain en une bienheureuse réalité. Dans cette épître, Christ est présenté lui-même comme le garant de cette promesse. Ailleurs, Paul déclare que le Saint Esprit constitue les arrhes de cet héritage céleste (2 Cor. 1:22 ; Éph. 1:14).

 

3.6.4        La prédication et le combat de Paul : 1v28, 29

Paul annonçait Christ ; il était le thème de toute sa prédication. Dès après sa conversion sur le chemin de Damas, l’apôtre prêchait déjà Jésus comme le Fils de Dieu, le Christ (Act. 9:20, 22). Son message, adressé sans distinction à tous les hommes de la terre (Juifs ou nations), n’a pas varié tout au long de son service.

Mais Christ était aussi la substance de sa prédication envers les croyants, pour que chacun d’eux soit instruit par la sagesse divine à discerner les gloires du Seigneur et le connaître toujours mieux. Sous cet aspect de son service, l’apôtre travaillait pour « présenter tout homme parfait en Christ ». Un croyant « parfait » est celui qui a fait des progrès dans la connaissance de Christ, jusqu’à atteindre l’état de maturité d’un homme fait, un adulte dans le sens spirituel (Éph. 4:13 ; Phil. 3:15). Pour autant, un tel croyant n’est pas encore parvenu à la perfection, c’est-à-dire à la gloire (Phil. 3:12). Et précisément, Christ en lui en est l’espérance. Tout croyant parfait en Christ était ainsi « présenté », d’abord devant les hommes, mais surtout devant Dieu pour la gloire de son Fils (Héb. 2:13).

Pour atteindre ce but, Paul travaillait et combattait avec ardeur, en acceptant toutes les souffrances liées à son service. Thème de sa prédication, Christ était aussi pour l’apôtre la puissance qui lui permettait d’accomplir son travail et de mener ses combats. Ainsi, il n’agissait pas par sa propre énergie, mais Christ opérait à la fois en lui et par lui, dans le but de former les croyants à l’image de Christ, par la contemplation de ses gloires (2 Cor. 3:18).

 

3.6.5        Les deux ministères de l’évangile et de l’assemblée

Bien des vérités viennent de nous être révélées en rapport avec les gloires de Christ dans les deux créations. Retenons en particulier ce double aspect du service confié à l’apôtre par son Seigneur dans la gloire, pour que s’accomplisse le dessein divin dans sa plénitude :

1. Amener des hommes à Christ par la prédication de l’évangile ;

2. Travailler pour que les croyants fassent des progrès dans la grâce de Christ, et qu’ils comprennent leur union avec lui dans la gloire, et leur unité en lui. Ces deux services ne peuvent jamais s’opposer, même si aujourd’hui, ils sont souvent accomplis par des serviteurs différents. Au contraire, ils s’unissent pour coopérer ensemble à la réalisation de la pensée éternelle de Dieu, qui est de s’acquérir une assemblée pour lui et de la donner à Christ, pour sa joie et sa gloire.

 

4         Colossiens 2:1-19 — La pleine valeur de Christ et de son œuvre

4.1        Marcher en Christ : Colossiens 2:1-7

L’apôtre révèle que Christ demeure dans les vrais chrétiens (1:27). Il développe ensuite les conséquences pratiques de cette vérité essentielle. Christ, reçu par la foi, console notre cœur et illumine notre intelligence spirituelle pour que nous marchions « en lui » (2:7).

 

4.1.1        Le combat de Paul : 2v1

L’apôtre mentionne d’abord ses propres exercices intérieurs. En général, Paul travaillait, par la puissance de Christ, pour présenter tous les croyants parfaits en lui (1:28). Mais ce travail prenait le caractère d’un véritable combat spirituel, car les croyants à Colosses et à Laodicée étaient exposés à de dangereux ennemis. En perdant de vue que toutes les richesses du croyant sont en Christ, ils risquaient de ne pas tenir ferme le chef (2:19) et de se laisser entraîner dans le monde par toutes sortes de courants dangereux. L’histoire de l’assemblée de Laodicée montre combien les craintes de l’apôtre étaient justifiées : plus tard, elle prétendra être riche sans Christ (Apoc. 3:17), le comble d’un cœur partagé. Paul, par sa sollicitude et ses prières, poursuivait néanmoins le combat en faveur de ces croyants qu’il ne connaissait pas personnellement, mais qu’il aimait profondément.

 

4.1.2        Des cœurs consolés et unis en amour : 2v2

Le combat de l’apôtre pour les saints avait pour premier objet de leur apporter la consolation ; consoler leur cœur, le siège des affections, le vrai centre moral de l’homme. La consolation répond d’abord à la peine et aux afflictions (2 Cor. 1:3) ; mais c’est aussi un encouragement et la communication d’une force spirituelle en face de la faiblesse (1 Thess. 3:2). C’est le résultat du service du prophète dans l’assemblée, qui présente la Parole d’une manière appropriée aux besoins spirituels du moment (1 Cor. 14:3). Nos cœurs sont consolés et affermis, par la jouissance de l’amour de notre Dieu et Père, qui « nous a donné une consolation éternelle et une bonne espérance par grâce » (2 Thess. 2:16, 17).

L’apôtre désirait aussi que les croyants soient unis ensemble dans l’amour, dont la source est en Christ, la Tête du corps. Ajouter l’amour selon Dieu à l’affection fraternelle (2 Pi. 1:7), permet de réaliser en pratique le lien entre les saints et leur union mutuelle avec Christ.

 

4.1.3        Une intelligence éclairée : 2v2-5

Enfin, l’apôtre combattait en prière pour que les Colossiens entrent par leur intelligence spirituelle dans la révélation du mystère de Dieu et des richesses qu’il contient. Il voulait que cette connaissance soit le fruit d’une pleine certitude (*), la conviction profonde que toute la vérité divine est en Christ qui en est le centre. Tous les trésors de la sagesse et de la connaissance sont donc en Dieu qui nous a révélé le mystère de ses desseins. Il n’existe pas d’autre source et toutes les spéculations de l’esprit humain ou ses raisonnements ne peuvent qu’égarer les âmes. Les douces paroles et le beau langage des mauvais bergers séduisent le cœur des simples (Rom. 16:18). Notre sécurité est de rester simplement, mais fermement, attachés à Christ.

 

(*) La Parole parle d’une pleine certitude ou assurance :

·         de foi (Héb. 10:22),

·         d’intelligence (1:9 ; 2:2),

·         d’espérance (1:27 ; Héb. 6:11).

Enfin, un avenir de gloire, assuré en Christ, s’ouvre devant nous.

 

Éloigné des Colossiens par les liens qui le retenaient à Rome, Paul était néanmoins présent au milieu d’eux en esprit. Leur marche intègre et la fermeté de leur foi en Christ était un sujet de joie pour l’apôtre. Il était cependant pleinement conscient des dangers subtils qui les menaçaient ; aussi persévérait-il dans ses combats pour eux. Nous vivons aujourd’hui dans un temps d’intense activité intellectuelle et nous sommes en butte à des dangers comparables ; soyons donc tous attentifs à ne rien accepter qui soit en dehors de Christ et qui pourrait, à terme, renverser notre foi.

 

4.1.4        Une marche chrétienne en Christ : 2v6, 7

L’apôtre s’appuie sur l’heureux état spirituel manifesté à ce moment-là par les Colossiens pour les encourager à y persévérer. Toutefois, le sérieux de leur conduite et la fermeté de leur foi en Christ n’étaient pas en eux-mêmes un rempart contre le mal qui les guettait. S’ils avaient reçu le Christ Jésus par la foi, ils devaient maintenant marcher en lui d’une manière habituelle et continue.

La pensée de marcher en Christ va plus loin que de marcher pour lui (afin de lui plaire), ou avec lui, comme les disciples d’Emmaüs (Luc 24:15), ou même par lui, avec la force qu’il nous accorde. Marcher en Christ implique une communion intime de l’âme avec le Seigneur, dans la conscience que nous sommes unis à lui. Les expressions de l’apôtre révèlent le ressort intérieur de cette marche : enracinés en Christ, édifiés (ou fondés) en Christ, affermis dans la foi, et enfin, remplis de reconnaissance.

1. Enracinés en Christ. Le croyant est comparé à un arbre dont les racines profondes assurent la stabilité contre les tempêtes. Par ces racines, même invisibles, l’arbre reçoit la nourriture nécessaire à sa croissance et à son existence même. Un croyant qui trouve son plaisir dans la Parole et met sa confiance en Dieu est comparé à un arbre prospère dont les racines se dirigent vers les eaux (Ps. 1:3 ; Jér. 17:7, 8).

2. Édifiés en Christ. La comparaison est faite aussi avec une maison. Sa stabilité suppose une fondation de qualité ; Christ est le seul rocher sur lequel le sage bâtit sa maison pour le salut de son âme (Matt. 7:24, 25).

3. Affermis dans la foi. Christ est aussi le fondement de notre foi pratique et l’ancre de nos âmes pour que nous résistions aux fausses doctrines, comparées aux tempêtes qui frappent les arbres et les maisons. Nous sommes fortifiés dans la foi, au moyen de l’enseignement de la parole de Dieu que nous avons reçu par le Saint Esprit. Selon que son onction nous enseigne, nous demeurons en Christ (1 Jean. 2:27) Nous sommes invités à demeurer dans les choses du commencement, sans prêter l’oreille aux nouveautés de toute nature, qui se propagent aujourd’hui dans le monde chrétien.

4. Remplis de reconnaissance. Si la connaissance de la vérité est vécue dans notre marche avec le Seigneur, nous abonderons dans la foi ; nos cœurs remplis déborderont de reconnaissance.

Un cœur consolé, une intelligence spirituelle éclairée et une marche soigneuse, conduisent ainsi à une louange incessante vers Dieu. C’est sur cette note encourageante que l’apôtre termine cette partie de sa lettre.

 

4.2        La philosophie. La circoncision du Christ et le baptême : Colossiens 2:8-12

Si Satan, l’ennemi de nos âmes, ne parvient pas à nous renverser par ses attaques de front, il emploiera des stratagèmes plus subtils pour nous surprendre par le travers. Ainsi, trois formes particulières de dangers guettaient les Colossiens : (1) la philosophie, (2) le légalisme et le judaïsme, (3) le ritualisme et la superstition.

 

4.2.1        Le danger de la philosophie : 2v8

Par la philosophie, l’homme pense pouvoir atteindre à la connaissance des choses par son propre raisonnement. C’est la connaissance faussement ainsi nommée (1 Tim. 6:20). En effet, le centre du merveilleux système des voies de Dieu n’est pas l’homme, mais Christ. Et les pensées de l’homme ne lui permettent d’explorer que son propre domaine, humain et terrestre. Ses raisonnements le conduiront donc infailliblement à nier ce qu’il ne peut comprendre ou démontrer. C’est exactement l’inverse de la foi qui accepte sans discussion la révélation de Dieu.

Dans la culture grecque de l’époque, certains s’efforçaient d’adapter l’enseignement chrétien à la philosophie helléniste, pour rendre la révélation divine plus accessible à l’esprit humain. Une telle alliance conduisait virtuellement à la destruction de la foi chrétienne.

Le danger n’est pas moins grand de nos jours. Que la philosophie humaine contemporaine s’associe ou s’oppose au christianisme, elle ignore les grands faits de l’histoire du monde et des voies de Dieu envers l’homme : la création, la chute d’Adam et le péché, la venue de Christ et la rédemption par son œuvre. La connaissance de Dieu ne peut pas être acquise par un raisonnement humain, mais par Christ et la parole de Dieu révélés par le Saint Esprit (1 Cor. 2:10-13). Les faux docteurs philosophes tendaient un piège aux chrétiens pour les dépouiller de leurs certitudes en Christ. À leur philosophie délétère, l’apôtre associe : d’une part, les enseignements et la tradition des hommes et, d’autre part, les éléments du monde. Ce sont les deux leviers par lesquels Satan cherche à agir sur l’âme du chrétien pour le détourner de Christ. Un système religieux qui s’appuie sur les spéculations de l’esprit humain et sur les principes moraux du monde ne peut pas être selon Christ, qui possède tous les trésors de la sagesse et de la connaissance (2:3). Sa mort et sa résurrection sont le moyen pour les chrétiens d’avoir part à de tels trésors.

 

4.2.2        Christ, plénitude de la déité dans le ciel : 2v9, 10

Au lieu des spéculations humaines trompeuses de la philosophie, qui n’engendrent que des désillusions, nous avons la plénitude divine dans la personne de Jésus Christ.

L’apôtre reprend l’exposé des gloires de Christ (1:19), pour les compléter. La plénitude de la déité avait habité en Christ, homme sur la terre, lors de sa première venue. Descendu sur la terre comme la Parole incarnée (Jean 1:14) dans le temps [le « temps », par contraste avec l’éternité (passée ou à venir)], Christ demeure éternellement Homme, dans le ciel comme sur la terre. En Christ, vrai homme et vrai Dieu, la plénitude de la déité (Père, Fils et Saint Esprit) habite corporellement (dans son corps glorieux), et non pas spirituellement seulement. Cette plénitude comporte tout ce que Dieu est dans son essence et sa nature, ses attributs, ses perfections et ses gloires. La vérité est déclarée avec force, en face des opposants gnostiques ou judaïsants, qui rejetaient sa divinité (en prétendant que ce n’était qu’une apparence) ou niaient son humanité réelle.

C’est dans cette personne glorieuse que les croyants sont accomplis, connaissent la plénitude de la vie divine et de toutes ses bénédictions. Nous sommes en Christ devant Dieu dans la perfection et la plénitude de ce qu’il est.

Enfin, Christ est chef de toute principauté et autorité. Son premier droit sur elles est celui de Créateur (1:16). Mais, après sa résurrection, Dieu a aussi élevé son Fils au-dessus d’elles toutes (Éph. 1:21).

L’apôtre peut alors entrer dans les applications pratiques.

 

4.2.3        La circoncision du Christ : 2v11

La circoncision était le signe de l’alliance de Dieu avec Israël, peuple élu sur la terre (Gen. 17:10). Donnée à Abraham et à sa descendance, elle avait été confirmée à la sortie d’Égypte [dans la loi (*)] et à l’entrée dans le pays (Ex. 12:48 ; Jos. 5:2-5). On se rappelle que la circoncision du peuple a été opérée à Guilgal, le premier campement après le Jourdain. C’était un point de passage obligé pour atteindre les plaines de Jéricho, là où se goûtait la nourriture du pays de Canaan.

 

(*) Le Seigneur le déclare : « non qu’elle soit de Moïse, mais elle est des pères » (Jean 7:22).

 

Sa portée spirituelle était le « dépouillement du corps de la chair » (ce principe mauvais qui est en tout homme), exigé pour faire partie du peuple de Dieu. Ceci se réalise par la mort de Christ : c’est la « circoncision du Christ ». Il n’est pas possible de combattre la chair par la chair.

Les chrétiens peuvent goûter l’efficacité de la mort de Christ par le moyen de la puissance de la vie qui est en lui. Ils se tiennent pour morts, et ont dépouillé le corps de la chair et du péché par la foi. La circoncision juive était le symbole de ce qu’est maintenant la réalité du privilège du chrétien en Christ.

 

4.2.4        Le baptême et la résurrection avec Christ : 2v12

L’autre figure évoquée par l’apôtre est la cérémonie chrétienne du baptême ; comme la circoncision juive, sa portée spirituelle est en rapport avec la mort de Christ. En entrant dans les eaux du baptême, nous sommes ensevelis avec Christ dans sa mort. C’est moralement la fin de l’homme en Adam. Mais en sortant des eaux du baptême, nous sommes introduits dans une position nouvelle de vie : nous sommes ressuscités ensemble avec le Christ (3:1).

La foi en Dieu et en sa puissance est le moyen par lequel ces vérités opèrent en nous pour nous en communiquer la réalité vivante. La puissance de Dieu qui a ressuscité Christ d’entre les morts, opère maintenant en notre faveur pour ressusciter nos âmes comme nos corps (Éph. 1:19 ; 1 Thess. 4:14).

 

4.3        Le légalisme et la croix de Christ : Colossiens 2:13-15

Comme tous les hommes dans leur état naturel, les Colossiens étaient morts dans leurs fautes. Il s’agit d’une mort morale, l’éloignement de Dieu dans l’incapacité foncière de faire un seul mouvement vers lui. Et sur eux, comme sur nous, reposait aussi la culpabilité du péché. À la différence des Juifs, qui possédaient le gage des promesses de l’alliance par la circoncision, les croyants d’entre les nations n’avaient aucun droit ; ils étaient sans Dieu et sans espérance dans le monde (Éph. 2:12). Tout changement dans cette situation sans issue ne peut donc intervenir que par la pure grâce de Dieu. À la mort morale va répondre la vie, et à la culpabilité du péché répondra le pardon.

 

4.3.1        La vie divine et le pardon : 2v13

Nous sommes d’abord vivifiés ensemble avec Christ. En mourant pour nous (les croyants), Christ nous donne la vie avec lui. C’est une vie nouvelle, la vie éternelle, qui nous sauve à jamais de la seconde mort, l’éloignement définitif de Dieu. L’apôtre présente objectivement ce fait glorieux, sans insister sur le moyen divin d’y avoir part en réalité : la foi personnelle en Jésus Christ comme Sauveur.

Mais si Dieu nous vivifie et nous ressuscite ainsi avec Christ, c’est aussi pour nous délivrer du poids de la condamnation et de la culpabilité du péché. Tous nos péchés, nos fautes, nos transgressions nous sont pardonnés. En sortant de la mort, dans la puissance de sa vie de résurrection, Christ a laissé derrière lui la mort et la condamnation sous lesquelles nous étions. Pour cela, il a dû passer personnellement par la mort et porter lui-même le poids de notre condamnation. Désormais, pour nous, le pardon est complet et aucune condamnation ne subsiste (Rom. 8:1).

L’apôtre Jean présente ces vérités du don de la vie et du pardon, comme la preuve et la conséquence de l’amour de Dieu envers nous (1 Jean 4:9, 10).

 

4.3.2        La délivrance des ordonnances de la loi : 2v14

En prenant son propre exemple et celui du peuple juif, l’apôtre montre qu’un autre joug, un autre poids, pesait sur la conscience de tous les hommes avant leur conversion : c’était une obligation, des ordonnances légales. La loi de Moïse avait, pour ainsi dire, été contresignée par le peuple, lorsqu’il avait dit : « Tout ce que l’Éternel a dit, nous le ferons » (Ex. 19:8). Incapable d’en respecter le premier commandement, Israël s’était placé sous son joug et, par conséquent, sous sa malédiction. Ainsi, la loi était comme un écrit de reconnaissance de dette auquel il était impossible de se soustraire.

La situation des hommes des nations n’était pas moins grave (Rom. 2:14). Les obligations religieuses que l’homme s’impose pour soulager sa conscience chargée ne font que confirmer son incapacité à sortir de son état d’esclavage.

La merveilleuse réponse à cette situation commune à tous (Juifs ou nations) est dans la croix de Christ. Là, l’ordonnance et les obligations légales ont été annulées, effacées et détruites à jamais. Au don de la vie divine et au pardon, l’œuvre de Christ ajoute donc la liberté, la seule véritable libération (Jean 8:36).

Ainsi, la mort de Christ rompt définitivement tout lien entre le chrétien et la loi, puisque l’obligation de celle-ci a été détruite à la croix. Pour réaliser la portée de cette délivrance, le chrétien doit comprendre qu’il a été « mis à mort par le corps du Christ » (Rom. 7:4).

 

4.3.3        La victoire sur Satan et ses anges : 2v15

Nous avions aussi contre nous les mauvaises « principautés et autorités », la puissance spirituelle de méchanceté, tout le pouvoir du mal : Satan et les anges déchus. Leur vrai caractère a été dévoilé à la croix de Christ : moralement, elles ont été exposées publiquement, et tout pouvoir leur a été définitivement ôté : c’est un dépouillement et une victoire. Bien que crucifié en infirmité, Christ a été le plus fort (2 Cor. 13:4 ; Luc 11:22). Ainsi, de droit, Christ demeure le chef de toute principauté et autorité de bien (2v10) ; par sa croix, il devient le vainqueur de toutes les principautés et autorités de mal (2v15).

L’apôtre ne développe pas ici les pleins résultats de l’œuvre de Christ pour le ciel, au-delà de la vie, du pardon et de la liberté. Les Colossiens sont encore vus sur la terre, et en butte à divers dangers. Paul leur présente ces résultats de l’œuvre de Christ, pour leur permettre de se libérer des liens des obligations légales et des éléments du monde.

 

4.4        Liberté chrétienne, ritualisme et mysticisme : Colossiens 2:16-19

 

Note : Mysticisme : Croyances et pratiques qui tendent vers l’union de l’homme et de la divinité. Une part excessive est donnée aux sentiments au détriment de la raison. La philosophie gnostique était une forme de mysticisme.

 

L’apôtre avait déjà adressé deux avertissements aux Colossiens : « Que personne ne vous séduise par des discours spécieux » (2v4) et, « Que personne ne fasse de vous sa proie par la philosophie » (2v8). En reprenant l’exposé des dangers qui les guettaient, Paul montre maintenant les résultats de l’œuvre de Christ pour libérer le croyant des différents jougs qui l’asservissent. Il adresse à cette occasion deux autres avertissements :

« Que personne ne vous juge » (2v16). Il s’agit d’abord des ordonnances légales : c’est l’aspect juif des dangers.

« Que personne ne vous frustre du prix du combat » (2v18). Il traite ensuite de la philosophie et des traditions humaines : c’est l’aspect gnostique des dangers.

En résumé, la vraie sécurité est de rester ensemble fermement attachés à Christ, la Tête du corps (2v19).

 

4.4.1        La liberté chrétienne et le ritualisme : 2v16, 17

Cinq classes d’ordonnances légales sont mentionnées : celles qui concernent la nourriture, la boisson, les fêtes, la nouvelle lune et les sabbats. Toutes ces choses matérielles, comme le montre l’épître aux Hébreux, sont une ombre des « choses à venir », célestes et encore futures (Héb. 8:5 ; 10:1). Mais la substance de ces choses, « le corps », découle de Christ.

Les docteurs judaïsants voulaient donc non seulement imposer les rites de la loi de Moïse aux chrétiens, mais ils y ajoutaient encore d’autres prescriptions, liées à la tradition. Les mêmes dangers guettaient les Galates (Gal. 4:10). La chrétienté n’a pas échappé à ce piège, en reprenant des pratiques juives et en y ajoutant des fêtes de sa propre invention, comme Jéroboam autrefois (1 Rois 12:33). La liturgie, la pompe extérieure sont autant de choses qui éloignent les âmes de « la simplicité quant au Christ » (2 Cor. 11:3).

Le sabbat, figure du repos de Dieu dans la première création, est aujourd’hui mis de côté comme obligation légale. L’Écriture montre que, maintenant, le souvenir de la mort et de la résurrection du Seigneur est célébré le premier jour de la semaine, le dimanche (Jean 20:19, 26 ; Act. 20:7). Imposer à nouveau le respect d’un sabbat (de jours ou d’années) aux chrétiens, comme le font certains milieux religieux, c’est les placer à nouveau sous le joug des ordonnances.

Le chrétien fidèle à Christ se garde de ces choses et ne permet à personne de le « juger », c’est-à-dire de lui imposer des règles humaines, qui porteraient atteinte à sa liberté en Christ. Réciproquement, nous sommes exhortés à la modération dans les jugements que nous portons sur la conduite et les habitudes de vie de nos frères (Rom. 14:4-8).

 

4.4.2        Les dangers du mysticisme : 2v18

L’autre danger était que les croyants soient privés du prix de la course chrétienne (1 Cor. 9:24), en se laissant entraîner par les funestes influences de faux docteurs qui prêchaient en particulier le culte des anges. Tout enseignement contemporain qui tend à placer des intermédiaires entre les âmes et Christ (croyants canonisés par exemple) procède du même principe délétère que la philosophie gnostique. Sous une apparence d’humilité qui cachait un fol orgueil, certains prétendaient sonder le monde invisible et pénétrer les secrets du ciel, en se plaçant à leur propre gré en relation directe avec les anges. Les saints anges de Dieu, créatures célestes d’un ordre plus élevé que les humains, sont des esprits administrateurs et des serviteurs de Dieu. Ils ne peuvent être l’objet de notre hommage (Ps. 103:20). L’apôtre Jean lui-même est mis en garde par deux fois contre ce danger (Apoc. 19:10 ; 22:8, 9). Tout hommage revient à Dieu seul (Deut. 6:13 ; Matt. 4:10). Satan et les anges déchus peuvent convoiter les hommages des hommes. Quel aveuglement ! Mais ils ont été vaincus à la croix par l’homme Christ Jésus (2v15).

Les pratiques de méditation transcendantale d’origine orientale, et les formes diverses d’occultisme, constituent la version actuelle des dangers gnostiques. Le mystère d’iniquité opérait déjà du temps des apôtres (2 Thess. 2:7) ; à combien plus forte raison aujourd’hui ! Il inondera le monde après l’enlèvement de l’Église pour polluer toutes les sources des pensées des hommes et envahir la chrétienté apostate (Apoc. 17:5 ; 18:2).

 

4.4.3        Tenir ferme le Chef, Christ : 2v19

En s’adonnant au culte des anges, on reniait aussi en pratique l’union des croyants avec Christ, la Tête du corps. Christ est au-dessus des anges et tous les croyants sont unis à lui dans le ciel. Il ne peut y avoir aucun intermédiaire entre lui et le chrétien.

Chaque membre du corps de Christ, uni à la Tête, reçoit d’elle la vie et la nourriture spirituelle. Participant ensemble des mêmes ressources et des mêmes grâces, tous les membres sont ainsi bien unis ensemble en un seul corps. Les différentes parties du corps ne s’isolent pas ; elles croissent ensemble d’un même accroissement divin. La ruine présente de l’Église sur la terre ne montre pas en pratique ce dessein divin. Néanmoins, nous avons à nous appliquer à en réaliser quelque chose collectivement, malgré notre faiblesse.

Jusque-là, l’apôtre a jugé tout le système judéo-gnostique, au regard de l’œuvre de Christ, de la puissance de sa mort et de sa résurrection, et de l’union des croyants avec lui dans le ciel. Il va maintenant en tirer les conséquences pratiques du point de vue de la position des chrétiens sur la terre.

 

5         Colossiens 2:20 à 4:6 — Morts et ressuscités avec Christ. La vraie vie chrétienne

5.1        Morts avec Christ aux éléments du monde. Le danger de l’ascétisme : Colossiens 2:20-23

Toutes les exhortations de l’apôtre découlent maintenant du grand fait que, puisque Christ est mort et ressuscité, tous les croyants sont à la fois morts et ressuscités avec lui. Nous pouvons et devons réaliser par la foi que la position de Christ est la nôtre, à la fois sur la terre maintenant (1 Jean 4:17) et dans le ciel en espérance (3:1). Voici quelques aspects de cette vérité, qui vont être développés par l’apôtre dans cette partie de sa lettre :

 

Christ

Les croyants

Christ est mort

Il est mort pour nous et nous sommes morts avec lui

Christ est ressuscité

Nous sommes ressuscités avec lui

Christ est caché

Notre vie est cachée avec lui en Dieu

Christ est assis dans le ciel

Nous sommes assis en lui

Christ sera manifesté

Nous serons manifestés avec lui en gloire

 

La première conséquence de notre mort avec Christ est de nous préserver des dangers de l’ascétisme (*). La doctrine des docteurs judaïsants conduisait à juger les autres et à les culpabiliser (2v16). Les gnostiques, qui prônaient le mysticisme, dérobaient à leurs adeptes éventuels la juste récompense de leur carrière chrétienne (2v18).

Enfin, les tenants de l’ascétisme cherchaient à imposer des règles, et privaient ainsi les chrétiens de leur joie et de leur liberté en Christ (2v20). Tous étaient dans l’erreur, et leurs attaques devaient être repoussées par le chrétien. Dans les trois cas, il s’agit d’une ingérence de l’homme dans le domaine de la conscience, qui conduit à l’esclavage, au lieu de la dépendance de Dieu et de son Esprit.

 

(*) L’ascétisme comprend l’ensemble des pratiques qui prétendent libérer l’esprit par le mépris du corps (par des pénitences, des privations et des mortifications).

 

Tout système humain qui se fonde sur le fait que l’homme naturel en vie sur la terre possède les moyens d’établir des relations avec Dieu est voué à l’échec. En effet, par nature, l’homme est mort devant Dieu (2v13) et, comme tel, il ne peut avoir de rapports avec lui. Mais, par sa mort avec Christ, le croyant est désormais mort au monde et à tout son système. Il ne vit plus de la vie du vieil homme sur la terre. Dans une seule phrase principale et cinq propositions incidentes, l’apôtre présente une grande concentration d’enseignements moraux. Essayons d’identifier les unes et les autres pour mieux saisir le sens général.

D’abord, la phrase principale sans les parenthèses : « Si vous êtes morts avec Christ aux éléments du monde, pourquoi (1) établissez-vous des ordonnances, (2), (3), selon les commandements et les enseignements des hommes, (4), (5), pour la satisfaction de la chair ? » Ensuite, les cinq propositions incidentes :

1. « comme si vous étiez encore en vie dans ce monde »,

2. « ne prends pas, ne goûte pas, ne touche pas ! »,

3. « choses qui sont toutes destinées à périr par l’usage »,

4. « qui ont bien une apparence de sagesse en dévotion volontaire et en humilité »,

5. « en ce qu’elles n’épargnent pas le corps, ne lui rendant pas un certain honneur ».

Les ordonnances, c’est-à-dire les principes moraux à caractère légal, ont toutes une source humaine (et non divine) : elles sont établies selon les enseignements et les commandements des hommes. Elles ignorent le fait que le croyant est mort au monde et à « ses éléments » c’est-à-dire ses objets, ses buts et tous ses principes.

Ce sont plutôt des restrictions et des défenses (« ne prends pas, ne goûte pas, ne touche pas ! »), que des instructions positives. Même celles-ci n’ouvriraient pas la porte au bonheur.

En outre, le domaine d’application des ordonnances est la terre ; aussi se rattachent-elles à des objets temporaires et même éphémères (« destinées à périr par l’usage »). Ce sont des choses terrestres et corruptibles, par opposition aux vraies valeurs spirituelles et éternelles du chrétien.

Les pratiques ascétiques présentent quatre autres caractères :

1. elles ont une apparence de sagesse ;

2. elles expriment une dévotion volontaire, qui est un véritable culte, offert non pas à Dieu, mais aux anges ;

3. elles paraissent être le fruit de l’humilité ;

4. enfin, l’ascétisme est un mépris volontaire du corps. Or le corps du croyant est le temple du Saint Esprit et doit être respecté et honoré. Dieu doit y être glorifié et le chrétien est invité à l’offrir à Dieu en sacrifice vivant (1 Cor. 6:19, 20 ; Rom. 12:1). Cet appel se réalise dans la sainteté et la séparation pratique de toutes les souillures de la chair (2 Cor. 7:1).

Sous le couvert d’une apparence de sincérité et d’humilité, la satisfaction de la chair est le ressort profond de toutes ces pratiques ascétiques.

Les exhortations qui précèdent découlent du fait que le croyant est mort avec Christ. Celles qui suivent se rattachent au fait également important que le chrétien est aussi ressuscité avec Christ.

 

5.2        Morts et ressuscités avec Christ, notre vie : Colossiens 3:1-4

L’apôtre vient de montrer que le croyant est identifié avec Christ dans sa mort (2:20). Il est séparé du système du monde et de sa religion ainsi que de l’homme naturel avec sa sagesse. Il ne regarde plus en bas vers la terre.

Mais le croyant est aussi ressuscité avec le Christ (3v1). Désormais, il est en relation avec l’univers de Dieu et avec toutes ses richesses. Il regarde en haut vers le ciel. Les conséquences pratiques de cette double vérité vont être maintenant développées.

 

5.2.1        Morts et ressuscités avec Christ

Puisque nous sommes ressuscités avec le Christ, nous devons chercher les choses qui sont en haut (3v1). Et puisque nous sommes morts avec Christ, nous devons mortifier nos membres sur la terre, les actions de la chair (3v3, 5). Le chrétien, considéré dans cette épître comme étant encore sur la terre, dans une position transitoire, est donc invité à rechercher certaines choses, et à en rejeter d’autres. L’ordre de ces exhortations n’est pas indifférent ; le cœur du croyant (et de tout homme) ne peut pas rester vide. Il doit être en pratique rempli de Christ et des choses excellentes, pour pouvoir être libéré de ses propres pensées et des choses du monde. Les choses célestes et les choses terrestres sont incompatibles et ne peuvent cohabiter dans le cœur du chrétien.

L’histoire d’Israël traversant le Jourdain est une illustration vivante de ces vérités. Les douze pierres tirées du Jourdain pour être placées dans le pays sont une figure de notre résurrection avec Christ. Le premier privilège du peuple a été de goûter là une nouvelle nourriture, image des choses qui sont en haut, les bénédictions célestes. Les douze pierres déposées au fond du lit du fleuve nous rappellent que nous sommes aussi morts avec Christ. La mort de Christ (symbolisée par le Jourdain) nous sépare désormais du monde (figuré par le désert). Cette séparation est constatée à Guilgal, précisément le lieu de la circoncision. C’est la condition pratique pour pouvoir jouir effectivement des privilèges du pays de la promesse. À Guilgal, le peuple trouvait le secret de la force pour vaincre ses ennemis ; c’est l’image pour nous de la force qui nous est donnée pour mortifier nos membres qui sont sur la terre.

 

5.2.2        Les choses qui sont en haut et celles qui sont sur la terre

Nous sommes donc invités à chercher les choses qui sont en haut (3v1) et à y penser (3v2), c’est-à-dire à y mettre notre cœur et nos affections. Cette exhortation suppose un effort constant de notre part, comme Paul le rappelait à Timothée : « Occupe-toi de ces choses, sois-y tout entier » (1 Tim. 4:15).

Leur valeur vient du fait qu’elles appartiennent au ciel, le lieu où Christ est assis, à la droite de Dieu. En lui sont tous les trésors de la sagesse et de la connaissance (2:3).

Par opposition, les choses de la terre ne doivent pas occuper nos pensées, ni attirer nos cœurs. Il ne s’agit pas seulement des ordonnances et des pratiques religieuses que les philosophes judéo-gnostiques voulaient imposer aux Colossiens. Plus généralement, ce sont aussi les pensées, les mobiles et les affections du vieil homme qui se complaît sur la terre.

 

5.2.3        Christ, notre vie

Par la foi, nous recevons la vie divine, qui est Christ lui-même (1 Jean 5:11, 12), selon le triple témoignage de l’Esprit, de l’eau et du sang. Cette vie est maintenant cachée en Christ, qui lui-même est caché en Dieu. Christ est la source de la vie éternelle, et sa sûreté permanente.

L’apôtre ne présente pas ici les vérités de l’assemblée et de notre union avec Christ, sauf pour faire ressortir la gloire personnelle de Christ comme Tête et Chef du corps. Le Saint Esprit n’est pas vu non plus comme coopérant à l’accomplissement des desseins de Dieu, comme dans l’épître aux Éphésiens. La vie de Christ et la vie du croyant en lui sont les grandes vérités présentées aux Colossiens. La possession de la vie de Christ est le fondement de toutes les exhortations données dans l’épître.

Comme Christ ne peut être vu par le monde, notre vie en Christ aussi lui est cachée (1 Jean 3:1). Le monde ne peut pas comprendre les chrétiens, pas plus qu’il n’a pu comprendre Christ sur la terre. Le chrétien doit accepter d’être incompris du monde et différent des autres hommes.

 

5.2.4        Christ manifesté

Mais Christ et sa vie ne seront pas toujours cachés aux yeux du monde. Un jour, il sera manifesté publiquement et les siens seront avec lui. Dans ce jour-là, celui de son apparition en gloire, il sera « glorifié dans ses saints et admiré dans tous ceux qui auront cru » (2 Thes. 1:10). Le monde connaîtra alors que les rachetés du Seigneur appartenaient au ciel et n’étaient plus de ceux qui habitent sur la terre (Apoc. 3:9 ; 13:14).

 

5.3        Mortifier nos membres sur la terre : 3:5-7

La conséquence pratique des vérités rappelées ci-dessus est de mortifier nos membres qui sont sur la terre. Il ne s’agit pas du corps du croyant et de ses facultés naturelles, mais des actions de la chair, le principe de mal qui est en chacun de nous. Le corps du croyant et ses capacités physiques et intellectuelles sont appelés ailleurs : « vos membres » (Rom. 6:13). Ils doivent servir d’instruments à la vie divine, et non pas être à la disposition du péché. Ici (3v5) « vos membres » désignent les convoitises et les actions du vieil homme. L’appel de l’apôtre à mortifier ces choses est exactement à l’opposé des théories de l’ascétisme dénoncées auparavant, qui professent le mépris du corps. Une différence importante existe entre mourir et mortifier. Mourir exprime la faiblesse (c’est passif), tandis que mortifier suppose la force pour le faire (c’est actif). Appliquer la mort de Christ à notre chair par la puissance du Saint Esprit la rend comme morte : elle n’est pas nourrie en pratique, mais placée dans la mort.

L’apôtre met donc en garde contre les convoitises et leurs conséquences : les actes (fornication et impureté) sont le fruit des mauvaises pensées (affections déréglées, mauvaise convoitise et cupidité). La cupidité est l’avidité à s’emparer de ce qui appartient aux autres, dans tous les domaines. L’avarice en est une forme. Le cœur poursuit ainsi des objets impurs ou illicites, en oubliant Dieu : c’est une véritable idolâtrie (Éph. 5:5). De telles choses appellent la colère de Dieu, et ceux qui les poursuivent sont pour lui des « fils de la désobéissance ». Telle est la condition de tous les hommes par nature, particulièrement ceux des nations (comme les Colossiens). Ils y marchaient (ce sont les fruits de l’arbre, la conduite et les actes) et ils y vivaient (c’est la nature même de l’arbre qui produit les mauvais fruits).

Mais désormais, le christianisme, qui contient la pleine révélation de Dieu, apporte le souverain remède de la mort et de la résurrection de Christ.

 

5.4        Dépouiller le vieil homme et revêtir le nouvel homme : Colossiens 3:8-11

Pour réaliser en pratique les résultats de notre mort et de notre résurrection avec Christ, il faut d’abord être dépouillé de soi-même. Dans ce processus, le renoncement à certaines choses (3v8) suit la mortification (3v5), c’est-à-dire l’application de la mort de Christ. Mais le dépouillement, pour nécessaire qu’il soit, ne suffit pas et n’apporte pas la joie ; il faut réaliser que l’on a revêtu le nouvel homme, et avoir Christ, notre vie, comme seul objet du cœur.

 

5.4.1        Renoncer : 3v8, 9

Dans les versets précédents, il s’agissait de mortifier la chair, en rapport avec les péchés grossiers dans le corps, qui sont le fruit des mauvaises convoitises du cœur. Il s’agit ici de brider les mouvements de la volonté propre de l’homme qui demeure étrangère à la crainte de Dieu. Le croyant doit renoncer à six choses qui souillent son esprit : (1) colère, (2) courroux, (3) malice, (4) injures, (5) paroles honteuses, et (6) mensonge.

Les péchés signalés ici sont encore le fruit des mauvaises pensées, mais sont commis avec la langue. Or « la mort et la vie sont au pouvoir de la langue » (Prov. 18:21), et « la langue est un feu » (Jacq. 3:6), qui peut faire de terribles ravages. En nous appliquant à imiter Christ, nous serons gardés en pratique de toutes ces choses qui nous souillent (Matt. 15:20).

Le mensonge est le signe distinctif du vieil homme, le caractère même de Satan, menteur et père du mensonge (Jean 8:44). Souvenons-nous que la première intrusion du mal dans l’assemblée a été par le mensonge d’Ananias et de Sapphira. Le mensonge peut être envers Dieu (toute forme d’idolâtrie est un mensonge), envers soi-même ou envers les autres hommes, et particulièrement les frères. L’hypocrisie est une forme courante et subtile du mensonge à l’égard des autres, qui ruine les relations fraternelles. Au contraire, la vérité et la paix vont ensemble. Que le Seigneur nous aide à les aimer et à parler la vérité chacun à son prochain ! (Zach. 8:16, 19).

 

5.4.2        Ayant dépouillé le vieil homme et ses actions : 3v9

L’apôtre emploie l’image très simple de quelqu’un qui aurait changé de vêtement : en enlever un pour le remplacer par un autre. Il s’agit de dépouiller le vieil homme (le vieil habit) pour revêtir le nouvel homme (l’habit neuf). Ce changement est considéré comme un fait acquis et déjà accompli (« ayant dépouillé » et « ayant revêtu ») ; l’exercice permanent du chrétien est d’en tirer les conséquences pratiques dans sa vie.

Il n’est pas question d’une amélioration du vieil homme, mais de son dépouillement. Mettre un morceau de drap neuf sur un vieil habit rend la déchirure plus mauvaise ; et de vieilles outres ne peuvent pas contenir le vin nouveau (Matt. 9:16, 17). Toutes les tentatives dans ce sens déjà dénoncées par l’apôtre (mysticisme, légalisme, ritualisme ou ascétisme) sont vouées à l’échec. En fait, rien n’est à faire, puisque l’œuvre de Christ est parfaite et complète.

L’expression « vieil homme » (3v9) (Rom. 6:6 ; Éph. 4:22) englobe tout ce qu’est la créature en Adam, homme pécheur responsable. Pour le croyant, son « vieil homme a été crucifié » avec Christ à la croix (*). Sous cet aspect, le « vieil homme » est aussi appelé la « chair » ; c’est ainsi qu’il est écrit : « Ceux qui sont du Christ ont crucifié la chair » (Gal. 5:24).

 

(*) Le Seigneur a porté les péchés d’un chrétien, avant même qu’ils soient commis. Son vieil homme a été crucifié avec Christ à la croix. Alors Dieu a condamné le péché dans la chair (Rom. 8:3). Le fait devient effectif pour le croyant lors de sa conversion ; il lui est appliqué et devient vrai pour lui. Voir aussi Complément « Le vieil homme » vol. 3 ; p. 491-492.

 

Mais la « chair » caractérise aussi la nature pécheresse elle-même, à laquelle le croyant était totalement identifié avant sa nouvelle naissance. C’est une source et une puissance de mal qui subsistent dans le croyant après sa conversion, tant qu’il vit encore dans le corps auquel la chair est attachée. Cette situation présente du chrétien explique le conflit intérieur qui lui est propre (les inconvertis ne le connaissent pas) entre la chair et l’Esprit, deux puissances opposées l’une à l’autre (Gal. 5:17). Ce conflit se déroule dans le cœur du croyant et son enjeu est la jouissance présente des bénédictions spirituelles en Christ.

 

5.4.3        Ayant revêtu le nouvel homme : 3v10

Si notre vieil homme a été crucifié à la croix de Christ (nous l’avons dépouillé) c’est dans le but de revêtir le nouvel homme, l’homme nouveau, Christ lui-même. L’apôtre révèle une vérité nouvelle par rapport à l’enseignement de l’épître aux Romains, qui ne montre que notre mort avec Christ. Ici, nous apprenons que si nous sommes aussi ressuscités avec lui, c’est pour vivre de sa vie. Nous avons revêtu un nouvel homme qui vit dans une nouvelle création.

Le nouvel homme est renouvelé en connaissance ; ce n’est pas l’innocence, mais la connaissance de Dieu, dans une mesure que les croyants de l’A.T. ne possédaient pas. Le nouvel homme est aussi créé selon l’image de Dieu, lui-même étant connu dans sa nature (amour et lumière) ; et le chrétien est rendu moralement participant de cette nature divine. Aux Éphésiens, Paul précise que le nouvel homme est « créé selon Dieu, en justice et sainteté de la vérité » (Éph. 4:24). Les chrétiens sont ainsi formés selon le caractère de Dieu en rapport avec le bien et le mal. Par opposition au vieil homme, qui porte le caractère d’Adam, chef d’une race d’hommes pécheurs, le nouvel homme porte tous les caractères de Christ, le commencement d’une nouvelle création, la création de Dieu (2 Cor. 5:17 ; Apoc. 3:14). Ainsi, le nouvel homme reçoit de Dieu seul la capacité de juger moralement le vieil homme dans la lumière divine. C’est ainsi que le croyant peut réaliser le dépouillement des actions du vieil homme.

 

5.4.4        Christ est tout et en tous : 3v11

« Christ est tout ». En lui, toutes les différences d’origine ethnique ou religieuse, ainsi que toutes les inégalités sociales, sont effacées (*). Pour le nouvel homme dans la nouvelle création, tous sont égaux. Et non seulement toutes ces différences de l’ancienne création disparaissent, mais Christ seul doit être vu et reconnu dans chaque croyant. Ensuite, « Christ est en tous » : Christ habite par la foi dans le cœur de tous les chrétiens. Le lien qui les unit tous ensemble, c’est Christ lui-même. La première vérité efface tout ce qui est du premier Adam, tandis que la seconde confère toute la plénitude de la valeur de Christ à ceux qui appartiennent à Dieu.

Dans l’état éternel, quand le temps ne sera plus, Dieu sera tout en tous (1 Cor. 15:28). Alors Dieu — Père, Fils et Saint Esprit — sera connu par une multitude d’êtres heureux qui goûteront le bonheur divin.

Avant que nous soyons introduits dans cette éternité de bonheur (le repos et la gloire célestes) notre foi peut saisir et posséder « Christ » comme le seul objet de nos cœurs, et savoir que « Christ est en tous », comme puissance de la vie divine dans tous les croyants.

 

(*) Grec et Juif : distinction entre les païens et le peuple de Dieu sur la terre.

Circoncision et incirconcision : distinction religieuse entre les classes ci-dessus.

Barbare, Scythe : populations sous-développées en dehors des civilisations grecque ou latine. Objets de mépris pour les hommes raffinés.

Esclave et homme libre : inégalités sociales entraînées par le règne du péché dans le monde. L’apôtre reviendra sur cette distinction dans ses exhortations pratiques.

 

 

5.5        Revêtir les caractères de Christ : Colossiens 3:12-15

5.5.1        Mortifier pour revêtir

Morts avec Christ, nous avons dépouillé le vieil homme : c’est le point de départ de la mortification des actions de la chair. Ressuscités avec Christ, nous avons revêtu le nouvel homme : c’est l’autre point de départ pour manifester les caractères de ce dernier, ceux mêmes de Christ.

La Parole déclare que les chrétiens ont revêtu Christ (Gal. 3:27) et le nouvel homme (3v10) (Éph. 4:24). En conséquence, ils sont invités à manifester pratiquement les caractères de Christ et, par-dessus tout, l’amour.

Le nouvel homme est semblable à un vêtement de vertus morales. Le fait pour le croyant de l’avoir revêtu entraîne toute une chaîne de conséquences dans sa vie chrétienne.

 

5.5.2        « Élus de Dieu, saints et bien-aimés »

C’est à de tels que l’apôtre adresse les exhortations.

« Élus de Dieu » : les croyants sont l’objet d’un choix divin, dès avant la fondation du monde (Éph. 1:4).

« Saints » : ils sont appelés pour occuper une position de séparation, dans le caractère qui convient à la nature de Dieu.

« Bien-aimés », ayant reçu miséricorde, les croyants sont enfin les objets des délices de Dieu, de son amour. Aux Éphésiens, l’apôtre rappelle qu’ils sont appelés à être « imitateurs de Dieu comme de bien-aimés enfants » (Éph. 5:1).

Ce que nous sommes devant Dieu définit ce que nous devons être dans notre vie chrétienne. La nature humaine peut manifester l’apparence des caractères du nouvel homme, mais si la source divine manque, des manifestations réelles et durables ne pourront jamais être produites.

Sept vertus chrétiennes caractérisent le nouvel homme : les trois premières sont en rapport avec l’état intérieur du cœur, les trois suivantes en relation avec les autres. La dernière, l’amour, couronne le tout ; c’est la nature même de Dieu. Les entrailles (la source unique de toutes ces vertus) désignent le centre de l’être intérieur, le siège de ses affections (Cant. 5:4 ; Jér. 31:20). Le mot est même employé pour évoquer la source de la vie (Gen. 15:4). Toutes les vertus chrétiennes en découlent.

 

5.5.3        Les vêtements intérieurs

Ce sont les entrailles de miséricorde, de bonté et d’humilité.

La miséricorde est le sentiment du cœur sensible à la misère des autres ; non seulement les faibles et les misérables, mais aussi les coupables. C’est la compassion du Samaritain pour l’homme tombé entre les mains des voleurs (Luc 10:33), image touchante des compassions de Christ envers nous. La miséricorde de Dieu est présentée dans cette déclaration remarquable : « Les entrailles de miséricorde de notre Dieu, selon lesquelles l’Orient d’en haut nous a visités » (Luc 1:77, 78).

La bonté et l’humilité sont associées à la miséricorde dans les pensées intérieures du nouvel homme. Elles ont brillé sur la terre en Christ, notre modèle (Matt. 11:29 ; Phil. 2:2-5). Dans un monde dur, où l’orgueil prévaut, les chrétiens doivent montrer qu’ils sont différents.

 

5.5.4        Les vêtements extérieurs

Ce sont les entrailles de douceur et de longanimité et, enfin, la patience et le pardon mutuels.

La douceur n’est pas de la faiblesse, mais plutôt l’expression de la force morale nécessaire pour opérer le contrôle de soi et pouvoir s’approcher des autres en grâce. La longanimité exprime la patience dans la souffrance, particulièrement en face des injustices.

Enfin, nous devons supporter les faiblesses de nos frères et pardonner le tort qu’ils peuvent nous faire. La mesure de notre pardon envers les autres est le pardon que Christ nous a accordé (3v13), ou que Dieu nous a accordé en Christ (Éph. 4:32). Cette mesure est pratiquement illimitée, d’après la réponse du Seigneur à la question de Pierre, confirmée par la parabole qui suit (Matt. 18:21). En fait, nous ne pourrons jamais éteindre notre dette d’amour envers Christ en manifestant le pardon à l’égard des autres hommes.

 

5.5.5        Le vêtement excellent

Une chose doit couronner le tout, d’une valeur morale supérieure : il faut revêtir l’amour, le lien de la perfection. Les gnostiques pensaient que la science était le lien de la perfection, alors que les philosophes grecs pensaient plutôt que c’était l’esprit de l’homme ; c’est une théorie propagée encore par beaucoup de religions actuelles, notamment orientales. Tous sont dans l’erreur. Seul, le lien de l’amour divin peut faire, des diverses qualités morales rappelées ci-dessus, un ensemble cohérent et durable, dans lequel chaque vertu garde sa place et son équilibre.

L’apôtre Paul élève ainsi la vie chrétienne à la hauteur de la nature même de Dieu, ce que confirme l’apôtre Jean : « Dieu est amour, et celui qui demeure dans l’amour, demeure en Dieu et Dieu en lui » (1 Jean. 4:16).

 

5.5.6        La paix du Christ dans le cœur

L’ornement et le résultat de cet ensemble moral des six vertus chrétiennes couronnées par l’amour sont la paix du Christ. C’est un don que Christ a fait aux siens avant de les quitter : « Je vous laisse la paix ; je vous donne ma paix » (Jean 14:27). Cette dernière paix, celle de Christ, doit présider (ou dominer) dans nos cœurs, et marquer toute notre vie de son empreinte. L’apôtre mentionne ici l’unité du corps pour montrer que la paix du Christ, goûtée par les membres du corps, en est le lien pratique. Un bel exemple est donné par les assemblées de la Judée, de la Galilée et de la Samarie, aux premiers temps de l’Église sur la terre (Act. 9:31). Leur premier caractère était la paix. Dans la conscience de l’amour et de l’activité de Dieu, nos âmes peuvent jouir de la paix du Christ. Les actions de grâces en découlent. La reconnaissance envers Dieu et les uns envers les autres est un caractère du chrétien, comme l’ingratitude est un caractère des inconvertis (2 Tim. 3:2). La paix du cœur et l’esprit de reconnaissance expriment le contentement d’esprit, qui s’associe à la piété ; c’est un grand gain pour l’âme (1 Tim. 6:6).

 

5.6        La parole du Christ en nous : Colossiens 3:16:17

Selon le dessein de Dieu exposé tout au long de cette lettre, tout est rapporté à Christ. La Parole est donc appelée ici la parole du Christ ; il s’agit plus spécialement de ce qui, dans la révélation divine, se rapporte à lui. Déjà dans l’A.T., l’Esprit de Christ parlait par avance de ses souffrances et de ses gloires (1 Pi. 1:11), même si les croyants de l’époque  ne pouvaient pas comprendre pleinement les choses qu’ils écrivaient. Tous les écrits du N.T. nous parlent aussi de Christ ; conduits par le Saint Esprit, nous connaissons maintenant les vérités librement données par Dieu (1 Cor. 2:12).

Cette parole du Christ doit habiter richement dans nos cœurs pour que nous la mettions en pratique et que nous la gardions (Matt. 7:24 ; Apoc. 3:8, 10). Reçue avec douceur et humilité d’esprit, cette « parole implantée » dirigera notre vie personnelle (Jacq. 1:21.22). L’apôtre en tire trois conséquences.

1. Elle nous rend capables, en toute sagesse, de nous enseigner et de nous exhorter l’un l’autre. En annonçant Christ, l’apôtre réalisait déjà ce service envers tout homme (1:28) ; les chrétiens peuvent à leur tour l’accomplir les uns à l’égard des autres. En puisant à la source de la sagesse, qui est Christ (1 Cor. 1:30), chacun peut enseigner son frère en lui parlant de Christ, le terme et la somme de toute connaissance (1 Jean 2:13). L’exhortation, c’est-à-dire l’avertissement d’amour donné au temps propre, découle de la même source.

 

2. Elle produit la louange et la reconnaissance. Ce sont des cantiques spirituels, dont le support humain est le chant, comme expression de la joie du cœur (Jacq. 5:13). Cette activité spirituelle est à l’opposé de la musique profane, qui touche les sens, et dont les dangereux excès contemporains conduisent à l’idolâtrie et à l’occultisme. L’esprit d’actions de grâces est l’instrument même de l’enseignement et de l’exhortation. Le cœur (le siège des affections), nourri par la Parole du Christ, est la source de la louange.

 

3. Elle dirige toutes les paroles et tous les actes du chrétien (3v17). Le nom du Seigneur doit pouvoir être associé, sans restriction, à tout ce que nous disons et à tout ce que nous faisons. La question n’est donc pas : « Quel mal y a-t-il en ceci ou cela » ? mais plutôt : « Est-ce pour le nom de Christ » ? En définitive, la vie chrétienne est réglée par cette déclaration de l’apôtre : « Christ est tout et en tous » (3v11). Christ lui-même est le but et l’objet du cœur du croyant. Alors les actions de grâces s’élèveront à Dieu le Père par Christ.

 

5.7        Le chrétien et le mariage : Colossiens 3:18, 19

Après avoir établi les grands principes de la vie chrétienne, l’apôtre traite de leur application au croyant, dans les diverses relations où il se trouve, en particulier la famille et la société.

 

5.7.1        Les exhortations pratiques et le devoir d’obéissance

Les exhortations pratiques données aux Colossiens sont à rapprocher de celles de la lettre aux Éphésiens (Éph. 5:22-6:9). Toutefois, elles sont plus détaillées pour ces derniers, car le sujet est élargi et élevé au niveau ²des desseins de Dieu envers Christ et son assemblée.

Dans les deux lettres, six catégories de personnes (associées en trois groupes de deux) reçoivent une exhortation en rapport avec leur situation : 1. les épouses et leurs maris — le mariage et la famille — 2.1es enfants et leurs parents (particulièrement les pères) ; 3. les esclaves et leurs maîtres — le chrétien dans la société. Dans tous les cas, l’exhortation est d’abord adressée à ceux à qui l’obéissance est demandée (femmes et enfants dans la famille ; esclaves ou subordonnés dans la société). C’est un principe moral important, dans un temps où toute forme d’autorité est remise en cause. Toutes les exhortations sont rapportées au Seigneur. Non seulement, il est le Chef de l’assemblée, la Tête du corps, mais il est le Seigneur de chaque croyant, celui à qui toute obéissance est due. Mais le respect de toutes les formes d’autorité dans la famille ou dans la société est aussi une preuve de soumission à Christ. Il est pour nous le modèle parfait de l’homme obéissant. Vrai serviteur de l’Éternel, il a appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes, pour devenir obéissant jusqu’à la mort (Héb. 5:8 ; Phil. 2:8). Seigneur sur toutes choses, il s’est constitué esclave volontaire et demeure serviteur à toujours (Deut. 15:16, 17 ; Luc 12:37).

 

5.7.2        Le mariage ; les épouses : 3v18

L’affection est naturelle à la femme ; aussi n’est-elle pas exhortée, sauf une seule fois, à aimer son mari (Tite 2:4). Il convient dans le Seigneur qu’elle lui rende la soumission. Comme Christ est le Chef de l’assemblée, le mari est le chef de la femme (1 Cor. 11:3 ; Éph. 5:23). Créée pour être l’aide de son mari, Adam (Gen. 2:18), la femme, Ève, a été placée dans une position de soumission vis-à-vis de lui, après la chute en Éden : « Ton désir sera vers ton mari, et lui dominera sur toi » (Gen. 3:16). Ce n’est pas une place d’infériorité, encore moins un esclavage, comme l’imposent certaines religions humaines ou coutumes rétrogrades, pour la dégradation de la femme. Pour autant, la femme n’a pas une position égale à celle de l’homme, ni dans le foyer, ni dans le monde, ni même dans la vie de l’assemblée sur la terre (1 Cor. 14:34). Il demeure que, spirituellement en Christ, il n’y a ni homme, ni femme. C’est dans la gloire céleste que se réalisera pleinement cette pensée divine.

 

5.7.3        Le mariage ; les maris : 3v19

L’affection et la douceur sont demandées au mari à l’égard de son épouse. Le sens des responsabilités, la pression de la vie et même les penchants de son cœur naturel peuvent le rendre indifférent et même dur. Être plus faible dans son corps et plus délicat dans ses sentiments, une femme a besoin de délicatesse et d’affection. Que le mari chrétien n’oublie jamais que la mesure de l’amour qu’il doit porter à sa femme est celle de Christ pour son assemblée, sans bornes, ni limites ! L’intimité des relations de famille peut être l’occasion de manifester tout ce qu’il y a de plus pénible dans la nature humaine. Mais la grâce de Christ agissant dans les chrétiens, peut conférer à de telles relations une valeur et un parfum que n’aurait pas permis même l’état d’innocence.

 

5.8        Le chrétien dans la famille : Colossiens 3:20, 21

L’apôtre se tourne maintenant vers le foyer du chrétien, sa maison sur la terre, qu’il est invité à conduire soigneusement, de la même manière qu’il est exhorté à se conduire dans la maison de Dieu (1 Tim. 3:5, 15).

En premier lieu, l’obéissance est demandée aux enfants. Le refus de la soumission aux parents était un signe distinctif de la corruption païenne, comme il l’est maintenant de l’apostasie morale des derniers jours (Rom. 1:30 ; 2 Tim. 3:2). Les foyers chrétiens doivent montrer la différence. Là, les enfants doivent l’obéissance à leurs deux parents (père et mère), « en toutes choses » (3v20). Le motif profond est de plaire au Seigneur.

Du côté des parents, seuls les pères sont invités de ne pas irriter leurs enfants, pour ne pas les décourager. Tel serait le résultat d’une sévérité excessive. La manière dont Dieu s’occupe de ses enfants dans sa famille céleste, est le modèle de ce que doit être la conduite des pères à l’égard de leurs enfants (Héb. 12:7, 9). La fermeté dans l’amour et la droiture engendrent le respect. Une dureté paternelle excessive peut refroidir les affections des enfants, et les pousser à chercher dans le monde le bonheur qu’ils ne trouvent pas dans leur famille. Au contraire, le foyer chrétien doit être un lieu de refuge où les enfants, grandissant dans la faiblesse, trouvent la protection contre les dangers et l’atmosphère délétère du monde.

« Si Christ est reconnu, la famille est un précieux foyer de douces affections, où le cœur est élevé dans les liens que Dieu lui-même a formés... liens qui, en nourrissant les affections, préservent des passions et de la volonté propre », a écrit un croyant.

 

5.9        Le chrétien dans la société : Colossiens 3:22 à 4:1

Le domaine des exhortations s’élargit pour traiter enfin des relations du chrétien avec les autres hommes, en prenant l’exemple des esclaves et des maîtres, à un moment où l’esclavage n’était pas encore aboli (*).

 

(*) Dans un pays aussi hautement développé et industrialisé que l’Amérique du Nord, l’esclavage n’a été aboli qu’à la fin du 19e siècle, à l’issue de la guerre de Sécession.

 

Les injustices sociales, tout comme l’esclavage, sont des conséquences du règne du péché et de la mort dans le monde. L’Évangile ne s’emploie pas à les réformer, mais apporte le remède de la grâce pour sortir des âmes du système du monde et leur donner la vie divine. Cette vie de Christ change désormais les rapports de tous les chrétiens avec les autres hommes, en y introduisant Christ.

 

5.9.1        Exhortations aux esclaves

Les esclaves étaient la propriété de leurs maîtres selon la chair. Mais l’esclave chrétien devenait l’affranchi du Seigneur, sa vraie propriété, comme nous tous vis-à-vis du maître qui nous a achetés (1 Cor. 7:22 ; 2 Pi. 2:1).

Si l’esclave chrétien pouvait recouvrer sa liberté, il devait en profiter (1 Cor. 7:21) ; sinon, il devait accepter sa condition, qui lui fournissait l’occasion de servir son vrai maître, le Seigneur Christ. Que son maître soit bon ou fâcheux, chrétien ou incrédule, l’esclave chrétien doit le servir, car à travers lui, c’est Christ qu’il sert. Le nom du Seigneur n’est pas mentionné moins de quatre fois dans cette courte exhortation, pour souligner les vrais motifs qui devaient animer l’esclave chrétien.

Trois choses sont demandées à l’esclave, qui doivent trouver un écho dans le cœur de chacun de nous :

1. Ne pas servir seulement devant les yeux de ses maîtres. La tentation est constante de travailler dans le seul but de se faire apprécier de ses chefs ! Ce n’est pas servir Christ.

2. Servir en simplicité de cœur, dans la crainte du Seigneur. Tel doit être le vrai motif du chrétien : c’est dans le cœur et les affections pour Christ qu’il puise le ressort de son service.

3. Penser à la rétribution de la part du Seigneur, en particulier pour s’abstenir de commettre des injustices. La pauvreté ou l’exclusion sociale n’excusent pas l’injustice devant Dieu ; tous sont égaux devant le gouvernement de Dieu (Lév. 19:15). C’est là un autre motif d’obéissance, qui s’adresse à la conscience. Pour autant, le travail fidèle dans ce monde ne perdra pas sa récompense, s’il a été accompli comme pour le Seigneur Christ.

On notera avec profit que les instructions données ici par l’apôtre aux esclaves sont reprises ailleurs pour justifier la soumission de tous les chrétiens aux autorités de ce monde (Rom. 13:5).

 

5.9.2        Exhortations aux maîtres chrétiens

L’apôtre conclut cette série d’exhortations pratiques par un appel aux maîtres chrétiens. Il met l’accent sur la justice, plus que sur l’amour. Les maîtres devaient être justes et équitables envers leurs esclaves (croyants ou incrédules). Le motif en était qu’ils avaient Christ comme maître dans les cieux, le même que les esclaves chrétiens. La tentation, irrésistible pour l’homme naturel, est de profiter de sa position d’autorité pour exercer l’oppression sur les autres : ce n’est pas accorder ce qui est juste et équitable.

La conduite de ceux qui ont une position de responsabilité dans l’assemblée, relève du même principe moral. Elle doit être à l’image du souverain pasteur du troupeau ; ne pas dominer sur des héritages, mais être plutôt des modèles de dévouement et d’humilité (1 Pi. 5:2, 3). Au contraire, le méchant esclave, perdant de vue le retour de son maître, s’empare injustement du pouvoir pour battre les autres esclaves (Matt. 24:48, 49).

Avant que le Seigneur règne sur la terre en justice, le privilège du chrétien est de se conduire justement dans un monde d’injustice, pour glorifier Christ dans toutes ses relations en famille, et dans la société.

 

5.10   La prière et le témoignage devant le monde : Colossiens 4:2-6

Ces deux paragraphes (4v2-4 et 4v5, 6) contiennent des exhortations de caractère plus général, en rapport avec la prière, et les relations du chrétien avec les gens du monde.

 

5.10.1    Persévérer dans la prière et les actions de grâces

La prière maintient les relations de notre âme avec Dieu, dans le sentiment de notre dépendance de lui. Persévérer dans la prière et veiller en elle suppose un engagement constant du cœur. Le trône de la grâce est toujours accessible à la foi dans les temps de détresse, pour y trouver le secours, et Dieu ne méprise jamais la prière de l’affligé (Ps. 34:6 ; 102:17). Mais l’exhortation de l’apôtre va bien au-delà ; le chrétien, séparé de cœur du monde, s’entretient avec Dieu de ce qui regarde sa gloire. La communion avec lui nous donne l’intelligence pour combattre par la prière, non plus seulement pour nous-mêmes (Éph. 6:18), mais pour les autres, comme le faisait Épaphras (4v12).

La vigilance est demandée dans le service de la prière. Dans le jardin de Gethsémané, le Seigneur avait dit aux disciples et à Pierre : « Veillez et priez » (Matt. 26:41) ; et, sur le moment, ils n’avaient pas su répondre à la demande de leur Maître. Mais plus tard, Pierre, pleinement restauré dans son cœur et conscient de la valeur et de la nécessité de la prière, exhortera les autres : « Veillez pour prier » (1 Pi. 4:7).

Les actions de grâces accompagnent naturellement les demandes (Phil. 4:6). Nos cœurs ne sont-ils pas souvent plus prompts à crier à Dieu pour la délivrance, qu’à le remercier pour sa merveilleuse bonté envers nous et pour sa fidélité à répondre à nos besoins ?

 

5.10.2    L’évangile et le mystère du Christ

Un sujet de prière tenait particulièrement au cœur de Paul : le service de l’évangile et la révélation du mystère de Christ. L’apôtre demande le secours des prières des Colossiens à cet égard, exactement comme il le demandait des Éphésiens (*). Réciproquement, Paul priait sans cesse pour tous les saints, assiégé par la sollicitude pour toutes les assemblées (2 Cor. 11:28).

 

(*) Quelle remarquable preuve de l’humilité du grand apôtre des nations de demander les prières des saints en sa faveur ! Il le fait sept fois dans ses lettres : Rom. 15:30 ; 2 Cor. 1:11 ; Éph. 6:18, 19 ; Col. 4:3 ;1 Thess. 5:25 ; 2 Thess. 3:1 ; Héb. 13:18 (cette dernière mention sous réserve que Paul soit bien l’auteur de l’épître aux Hébreux).

 

Paul ne demandait pas que la porte de sa prison lui soit ouverte, ni qu’il soit libéré de ses liens, mais plutôt que Dieu lui ouvre une porte pour l’évangile. Pour lui, les chaînes et l’opprobre de sa prison faisaient partie des souffrances de l’évangile (2 Tim. 1:8) ; mais il rendait grâces de ce que la parole de Dieu, elle, n’était pas liée (2 Tim. 2:9). Dieu a répondu au désir de l’apôtre, selon le témoignage de la fin du livre des Actes (Act. 28:30, 31). La prédication de l’évangile déclarait la bonne nouvelle du salut par la foi en Christ ; mais c’était aussi la révélation d’un mystère, « le mystère du Christ », dont l’apôtre avait déjà parlé (1:26, 27). Longtemps perdue de vue par une Église assoupie dans ce monde, la portée pratique de cette révélation divine a été remise en lumière par la miséricorde de Dieu au début du 19e siècle. Que le Seigneur nous accorde la grâce de mettre notre marche collective plus en harmonie avec sa propre pensée à l’égard de son assemblée !

 

5.10.3    La sagesse devant le monde ; la grâce et le sel

Les chrétiens sont maintenant exhortés à marcher dans la sagesse envers ceux de dehors.

Le « dehors » ici désigne le monde, qui comprend ceux qui n’ont pas la vie de Dieu. Par opposition, le « dedans » est le cercle qui inclut tous ceux qui appartiennent à Dieu. Tous ceux qui n’ont pas la vie de Dieu seront en « dehors » de la sainte cité, pour connaître les tourments éternels (Apoc. 21:8 ; 22:15).

L’apôtre Paul emploie aussi le mot « dehors » pour désigner le domaine dans lequel Dieu exerce directement son gouvernement, par contraste avec le « dedans », le cercle où les chrétiens sont responsables collectivement de maintenir les droits du Seigneur, le Saint et le Véritable (1 Cor. 5:12, 13). La portée de cette dernière expression est donc plus restreinte que dans l’exhortation aux Colossiens. En rapport avec la discipline ecclésiastique, le « dedans » est donc le cercle où s’exprime en pratique l’unité du corps de Christ à la table du Seigneur. Un homme exclu comme méchant peut être placé de façon temporaire en dehors de ce cercle ; il est alors « dehors », mais sans cesser d’être dans la maison de Dieu sur la terre, en tant que membre du corps de Christ. Il aura donc aussi sa part dans la sainte cité pour l’éternité. Les chrétiens sont laissés sur la terre pour être des témoins pour Christ devant les gens du monde (« ceux de dehors »), qui les observent avec lucidité, pour tenter de les prendre en faute. La sagesse envers eux est donc de marcher d’une manière irréprochable (1 Pi. 3:16 ; 4:15, 16). Le chrétien pourra alors saisir toutes les occasions pour parler de Dieu et de son amour. Saisir l’occasion, c’est aussi racheter le temps (Dan. 2:8 ; Éph. 5:16). En effet, le temps de la grâce est compté pour le monde, c’est un temps difficile, court (1 Cor. 7:29) et aucune occasion de présenter Christ ne doit être négligée.

À l’esprit de grâce, toujours en activité, doit s’associer le « sel », symbole de l’énergie qui juge le mal pour s’en séparer. L’équilibre est ainsi maintenu entre les besoins profonds du cœur et la voix de la conscience, entre la grâce et la vérité, complètement et parfaitement révélées et manifestées par Jésus Christ. C’est la base de la paix entre les croyants (Marc 9:51), la paix du Christ (3:15), que le Seigneur de paix désire nous donner (2 Thess. 3:16).

L’enseignement doctrinal et les exhortations pratiques qui en découlent se terminent ainsi par cet appel à savoir comment répondre aux hommes du monde, dans un esprit de grâce et de vérité.

 

6         Colossiens 4:7-18 — Paul et les Colossiens

6.1        Le message de Paul par Tychique et Onésime : 4:7-9

La fin de la lettre montre la profondeur des affections de l’apôtre pour tous les saints et le dévouement pour Christ de beaucoup de fidèles serviteurs. Douze noms sont mentionnés dans l’épître ; n’est-ce pas pour souligner l’harmonie de l’assemblée, cet édifice divin ? L’apôtre a chargé Tychique et Onésime de porter sa lettre aux chrétiens de Colosses, dans le double but de s’enquérir de leur bien-être spirituel et de leur apporter de ses nouvelles. Paul voulait ainsi les consoler et les encourager.

 

6.1.1        Tychique

Originaire de l’Asie mineure, où se trouvaient les assemblées d’Éphèse, de Colosses et de Laodicée, Tychique est mentionné pour la première fois comme un des compagnons de l’apôtre dans son voyage à Jérusalem. Il a été aussi chargé de porter la lettre de Paul aux Éphésiens. Pour l’apôtre, Tychique était un « bien-aimé frère », un « fidèle serviteur » et un « compagnon de service dans le Seigneur ». En demeurant dans la proximité de l’apôtre pour le servir avec dévouement, c’est Christ qu’il servait. La même pensée était déjà exprimée aux esclaves pour élever la valeur de leur dur service à la hauteur de Christ lui-même (3:24). Dans un temps où les affections de plusieurs pour Christ s’étaient déjà refroidies au profit de la recherche de leurs propres intérêts (Phil. 2:21), l’exemple de Tychique est bien instructif pour nous. Son dévouement s’est poursuivi jusqu’à la fin de la vie de l’apôtre. Celui-ci pourra encore compter sur lui pour l’envoyer auprès de Tite ou auprès de l’assemblée à Éphèse.

 

6.1.2        Onésime

En s’enfuyant d’auprès de son maître Philémon, Onésime s’était réfugié à Rome. Là, la grâce de Dieu l’avait trouvé, par le moyen de l’apôtre, prisonnier de Jésus Christ. Autrefois inutile, cet esclave était maintenant un « fidèle et bien-aimé frère » (4v9), utile pour le service de l’évangile. Quel touchant exemple de la puissante grâce du Seigneur ! La fidélité d’Onésime est prouvée par le fait que l’apôtre lui confie la lettre pour les Colossiens et le service d’amour qui s’y rattachait.

 

6.2        Les salutations : 4:10-18

Aristarque, Marc et Jésus, appelé Juste (4v10, 11) : Trois compagnons de l’apôtre envoient leurs salutations aux Colossiens.

Originaire de Macédoine (au nord de la Grèce), Aristarque avait accompagné Paul à Éphèse, en Troade, puis jusqu’à Rome, après avoir partagé avec lui les épreuves du naufrage. Là, il est compagnon de captivité de l’apôtre.

Marc avait bien commencé son service pour Christ avec son oncle Barnabas et l’apôtre Paul. Puis, découragé par les difficultés de l’œuvre, il avait abandonné les apôtres pour retourner à Jérusalem (Act. 13:13). Ce triste épisode sera l’occasion de tensions momentanées entre Paul et Barnabas ; ce dernier prend avec lui Marc (son neveu), pour retourner à Chypre (son pays), tandis que Paul (accompagné de Silas) est recommandé à la grâce du Seigneur par les frères. Mais la grâce de Dieu relèvera Marc, et le rendra même capable d’être utile à celui qu’il avait autrefois abandonné. Lui confier la rédaction d’un évangile de son Fils, n’est pas un mince honneur que Dieu lui accordera. L’absence de ressentiment chez l’apôtre est remarquable. Pensons aussi à la consolation que Marc a été pour le cœur de Paul, alors que tous ceux d’Asie s’étaient détournés de lui et l’avaient abandonné (2 Tim. 1:15 ; 4:11). Les Colossiens devaient recevoir un tel frère.

Jésus appelé Juste, était Juif, comme Marc. Son dévouement et son affection pour l’apôtre contrastent avec l’attitude de plusieurs Juifs de Rome qui s’étaient éloignés de lui (Phil. 1:17).

 

6.2.1        Le bel exemple d’Épaphras : 4v12, 13

Épaphras avait apporté à Colosses la bonne nouvelle de la grâce de Dieu. Son nom n’apparaît que trois fois dans l’Écriture (1:7 ; 4:12 ; Phm. 23)

Il est dit peu de chose de lui ; suffisamment, toutefois, pour dépeindre son caractère moral et souligner la valeur de son service. Épaphras avait été « esclave du Christ Jésus » (4:12) avec l’apôtre, avant de partager sa captivité. Dégagé de toute jalousie, Paul se plaisait à partager ainsi les peines et les joies de l’œuvre avec ses « compagnons de service » (1:7). Il souhaitait aussi ardemment que Dieu envoie d’autres ouvriers dans le champ. Ainsi, Épaphras avait été un fidèle serviteur du Christ pour les Colossiens. Maintenant, son service d’amour à leur égard se continuait encore au cours de sa captivité : il combattait toujours par des prières. Quel bel exemple à imiter pour ceux qui ont à cœur le bien des assemblées !

 

6.2.2        Luc et Démas : 4v14

Luc, « le médecin bien-aimé », est peut-être le plus fidèle compagnon de l’apôtre, le seul qui soit resté auprès de lui aux derniers jours de sa vie sur la terre, avant son martyre.

Le nom de Démas est ici associé à celui de Luc ; mais quelle différence dans la carrière de ces deux chrétiens ! En contraste complet avec la fidélité de Luc, l’amour du monde (« le présent siècle ») conduit Démas à abandonner l’apôtre ; mais en fait il abandonnait Christ que Paul suivait de près. Il ne nous est pas possible de servir deux maîtres (Matt. 6:24), le monde et Christ. L’exemple de Démas confirme l’opportunité de l’exhortation de l’apôtre Jean : « N’aimez pas le monde, ni les choses qui sont dans le monde » (1 Jean 2:15).

 

6.2.3        Laodicée et Colosses : 4v15, 16

Paul mentionne les frères de l’assemblée voisine de Laodicée (*), pour leur adresser ses salutations. Les deux assemblées devaient se communiquer les lettres reçues ; « celle qui viendra de Laodicée » n’est pas nécessairement une lettre spéciale écrite par Paul aux Laodicéens ; si elle existe, elle n’est pas contenue dans le canon des Saintes Écritures. Peut-être s’agit-il de la lettre aux Éphésiens, qui avait été transmise à Laodicée. Tous les écrits inspirés de l’apôtre sont destinés au corps de Christ entier et à chacun de ses membres.

Il est triste de constater que toutes les gloires de Christ dévoilées dans l’épître aux Colossiens, n’ont pas eu sur les chrétiens de Laodicée l’effet durable de les garder de leurs prétentions et de les amener à juger leur manque de cœur pour Christ. Celui en qui habite « toute la plénitude de la déité » (2:9) se présentera trente ans plus tard à l’ange de cette assemblée comme « l’Amen, le témoin fidèle et véritable, le commencement de la création de Dieu » (Apoc. 3:14). Les reproches et la menace de jugement faits à l’assemblée étaient la conséquence du fait que les Laodicéens n’avaient « pas tenu ferme le chef » (2:19).

 

(*) Les deux villes de Colosses et de Laodicée sont distantes de 35 km. Les deux assemblées semblent avoir eu d’étroites relations, ainsi qu’avec l’assemblée à Hiérapolis.

 

6.2.4        Un dernier avertissement à Archippe (et à nous) : 4v17

Nommé dans l’épître à Philémon comme « compagnon d’armes » de l’apôtre, Archippe reçoit ici un appel à remplir fidèlement son service pour le Seigneur. Bien des motifs nous empêchent en pratique d’accomplir la tâche que Christ nous confie : pour Timothée, c’était sa jeunesse et une réserve personnelle excessive (1 Tim. 4:14 ; 2 Tim. 1:6) ; pour Démas, c’était l’amour du monde. L’apôtre donne ici l’exemple d’une parole de grâce, assaisonnée de sel (4v6).

 

6.2.5        Le touchant adieu de Paul : 4v18

Selon son habitude, l’apôtre signe la lettre de sa propre main pour l’authentifier (2 Thess. 3:17), comme aussi pour marquer son affection. Cette précaution était devenue nécessaire, à cause du manque de scrupules de certains, qui se revêtaient de l’autorité de l’apôtre pour égarer le troupeau du Seigneur (2 Thess. 2:2).

En terminant, il s’adresse à ces croyants de Colosses et de Laodicée, qu’il n’avait jamais vus, mais qu’il aimait profondément, pour leur rappeler ses liens. Prisonnier des nations, il était en fait prisonnier du Christ Jésus pour le compte des chrétiens, un ambassadeur lié de chaînes pour leur révéler le mystère de Christ et de son assemblée (Éph. 3:1 ; 6:19, 20). Quel souvenir inoubliable pour nous de cet homme heureux dans la souffrance. Il a Christ comme seul objet du cœur !

 

7         Résumé de l’épître aux Colossiens

La lettre de Paul aux Colossiens est l’une des quatre qui ont été écrites au cours de sa première captivité à Rome.

 

7.1        Les Colossiens et la grâce de Dieu : ch. 1:1-8

L’apôtre rend grâces pour la foi et l’amour des Colossiens, et pour l’espérance qui leur était réservée dans les cieux (1v4, 5).

 

7.2        La prière de Paul et les gloires de Christ : ch. 1:9-29

Les requêtes pour les Colossiens suivent les actions de grâces à leur sujet. Dans la connaissance de la volonté de Dieu, ils devaient « marcher d’une manière digne du Seigneur pour lui plaire à tous égards ». Délivrés du pouvoir des ténèbres, nous sommes déjà dans le royaume du Fils de l’amour du Père, pour y contempler les gloires de Christ et les résultats de son œuvre de rédemption.

 

Image du Dieu invisible, Christ possède une double primauté :

1. il est le premier-né de toute création (la première),

2. il est aussi le premier-né d’entre les morts, le commencement de la création de Dieu (la nouvelle création).

 

Par son œuvre, Christ a opéré une double réconciliation :

1. celle des choses créées avec la plénitude de la déité (ses effets sont encore à venir) ;

2. celle des croyants (elle est déjà effective).

 

L’apôtre avait un double service de la part de Christ :

1. il était serviteur de l’évangile pour ceux qui appartiennent encore à la première création ;

2. il était aussi serviteur de l’assemblée qui déjà de la nouvelle création.

Dans les souffrances et les liens, Paul révélait ainsi le mystère caché de Dieu. Christ est non seulement l’objet de ce mystère, mais son plein accomplissement repose sur lui : Il est « en nous l’espérance de la gloire ».

 

7.3        La pleine valeur de Christ et de son œuvre : ch. 2:1-19

En danger de se laisser entraîner par plusieurs erreurs propagées par des docteurs judaïsants ou gnostiques, les Colossiens devaient contempler Christ, être fortifiés et enracinés en lui, pour pouvoir marcher en lui (2v7).

L’apôtre identifie ensuite les différentes erreurs de ces docteurs, pour les placer en face de la gloire de Christ et les juger par sa croix. Toutes les philosophies judéo-gnostiques sont annulées par la présence dans le ciel de l’homme Christ Jésus, en qui habite toute la plénitude de la déité pour le temps et l’éternité.

La mort de Christ (présentée en figure par la circoncision juive et par le baptême chrétien) et la puissance de sa résurrection (2v11, 12) délivrent le chrétien des pièges de la philosophie.

Ensuite, la croix de Christ ôte le poids de toute la condamnation et de la culpabilité du péché pour tout croyant ; elle répond à toutes les obligations légales et les annule (2v13-15).

Enfin, les rites et les traditions sont abandonnés et font place à la liberté chrétienne. Fondé sur des faits, le christianisme est vécu dans toute sa simplicité ; ainsi, nous serons gardés des dangers du mysticisme et des égarements de notre esprit (2v16-19). Tous les chrétiens, unis ensemble en un seul corps, doivent tenir ferme le chef, Christ.

 

7.4        Morts et ressuscités avec Christ. La vraie vie chrétienne : ch. 2:20 à 4:6

Christ est mort et ressuscité ; tous les croyants sont morts et ressuscités avec lui. Par la foi, nous réalisons que la position de Christ est donc aussi la nôtre, maintenant sur la terre et plus tard dans le ciel, en espérance.

La première conséquence est de nous garder des dangers de l’ascétisme qui prétend libérer l’esprit de l’homme par le mépris de son corps (2:20-23).

Puisque nous sommes ressuscités avec Christ, nous devons chercher les choses d’en haut ; et, puisque nous sommes morts avec lui, nous devons mortifier les actions de la chair qui est en nous. Ces exhortations sont basées sur la vérité que Christ est notre vie (3:1-4)

Il faut non seulement mortifier en nous ce qui doit l’être (3:5-7) et brider les mouvements de notre propre volonté (3:8, 9) : ce sera la preuve que nous avons dépouillé le vieil homme. Mais il faut aussi montrer que nous avons revêtu le nouvel homme. Alors, Christ est tout et en tous (3:10, 11). Cet « habit moral » du nouvel homme porte les caractères de Christ lui-même, et l’amour divin assure le lien entre toutes les vertus chrétiennes. La paix du Christ remplit le cœur (3:12-15). Lorsque la parole du Christ habite en nous, elle contrôle toute notre vie, nos paroles et nos actes (3:16, 17).

De ces grands principes de la vie chrétienne découlent des exhortations pratiques pour le croyant vivant en famille et dans la société. Les épouses et leurs maris, les enfants et leurs parents (particulièrement les pères), les esclaves et leurs maîtres (chrétiens) reçoivent à leur place une exhortation toujours rapportée au Seigneur (3:18 à 4:1). Ces exhortations se terminent par un appel à persévérer dans la prière ; enfin, le croyant doit manifester la grâce et la vérité de Christ devant le monde (4:2-6).

 

7.5        Paul et les Colossiens : ch. 4:7-18

La fin de la lettre montre la touchante affection de Paul pour tous les saints, ainsi que le dévouement pour Christ de fidèles serviteurs. Que de situations variées et toutes instructives dans ces salutations ! La grâce de Dieu avait trouvé Onésime, un esclave fugitif, pour en faire un serviteur utile. La même grâce avait relevé Marc, un moment défaillant dans son service, pour consoler le cœur de l’apôtre à la fin de sa vie. Que nous soyons gardés de la démission de Démas, pour imiter l’énergie spirituelle d’Épaphras !

Prisonnier à cause de sa foi, l’apôtre nous laisse en terminant, le témoignage de cet homme moralement libre et heureux, pour lequel en vérité, Christ, sa vie, était « tout » (3:11).