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Thèmes de l’épître aux Philippiens

 

 

Jean Muller

 

Table des matières :

1     L’assemblée à Philippes :

2     Les quatre épîtres de la captivité de Paul :

3     Christ, notre vie  (ch.  1) — «Pour moi, vivre c’est Christ» (v. 21)

3.1      Adresse de la lettre (v. 1-2)

3.2      Actions de grâces et prières (v. 3-11)

3.3      Les circonstances de l’apôtre (v. 12-14)

3.4      Christ prêché par envie ou en vérité (v. 15-18)

3.5      Christ magnifié dans l’apôtre (v. 19-26)

3.6      La conduite des Philippiens (v. 27-30)

4     Christ, notre modèle  (ch. 2) — «Qu’il y ait donc en vous cette pensée, qui a été aussi dans le Christ Jésus (v. 5)

4.1      Une même pensée (v. 1-4)

4.2      L’exemple du Christ Jésus (v. 5-11)

4.3      La marche des Philippiens en l’absence de Paul (v. 12-18)

4.4      L’exemple de Paul (v. 16-18)

4.5      L’exemple de Timothée (v. 19-24)

4.6      L’exemple d’Épaphrodite (v. 25-30)

5     Christ, notre but ( ch.  3 ) — «Je cours droit au but pour le prix de l’appel céleste de Dieu dans le Christ Jésus» (v. 14).

5.1      La joie en Christ en face des dangers (v. 1-3)

5.2      L’expérience de Saul de Tarse (v. 4-7)

5.3      L’excellence de la connaissance du Christ Jésus pour Paul (v. 8-11)

5.4      La course chrétienne et son but (v. 12-16)

5.5      Le salut du corps (v. 17-21)

6     Christ, notre joie et notre  force ( ch. 4) — «Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur» (v. 4) — «Je puis toutes choses en celui qui me fortifie» (v. 13)

6.1      Le lavage des pieds (v. 1-3)

6.2      Christ, notre joie (v. 4-9)

6.3      Christ, notre force (v. 10-14)

6.4      Les remerciements et salutations de l’apôtre (v. 15-23)

6.5      Conclusion

 

 

1                    L’assemblée à Philippes :

 

Dans la province grecque de Thrace (en Macédoine), Philippes (une colonie romaine) a connu l’évangile par le service de Paul, au cours de son deuxième voyage missionnaire (Act. 16:9-40). Lydie, une femme grecque, puis le geôlier de la prison et sa famille ont été les premiers convertis par la grâce, en face de la puissance de Satan, qui déchaînait les passions des nations contre l’apôtre et son témoignage. Première ville d’Europe à entendre l’évangile, Philippes a reçu à nouveau la visite de l’apôtre au cours de son troisième voyage (Act. 20:6).

Malgré leur grande pauvreté (2 Cor. 8:1, 2), les Philippiens étaient généreux, et n’oubliaient pas l’apôtre dans le besoin (4:15) ; ils manifestaient ainsi pratiquement la profondeur de leur affection pour lui, que Paul leur rendait.

 

2                    Les quatre épîtres de la captivité de Paul :

 

La mention répétée des «liens» de l’apôtre (1:7, 13, 14, 17) permet de placer l’épître aux Philippiens parmi celles qu’il a écrites de Rome, au cours de sa première captivité (vers les années 62-63).

Les deux épîtres aux Éphésiens et aux Colossiens présentent la révélation la plus complète du mystère de Dieu touchant l’assemblée, corps de Christ. Les deux autres (aux Philippiens et à Philémon) complètent admirablement le tableau pour montrer les effets pratiques de la connaissance des desseins divins dans la vie chrétienne ordinaire. Dans l’une (à Philémon) l’affection de l’apôtre se concentre sur un pauvre esclave fugitif que la grâce de Dieu lui avait confié, tandis que dans l’autre (aux Philippiens) le propre exemple de Paul montre l’expérience de la vie chrétienne normale (non pas idéale) sous la puissance de l’Esprit de Dieu ; aussi, cette lettre ne mentionne-t-elle pas le péché.

L’épître parle du pèlerinage du chrétien dans le monde (le désert) et considère notre «propre salut» (2:12) comme un résultat à acquérir au terme du chemin (*). Le fondement de notre foi reste évidemment la rédemption déjà accomplie par Christ, mais Paul présente ici les chrétiens comme ressuscités et glorifiés devant Dieu, lorsque toutes les difficultés de la vie chrétienne ont été surmontées. L’assemblée sur la terre est déjà vue dans son déclin, à un moment où «tous cherchent leurs propres intérêts, et non pas ceux de Jésus-Christ (2:21). La stabilité demeure dans la personne de Christ, présentée comme notre vie (ch. 1), notre modèle (ch. 2), notre but (ch. 3), notre joie et notre force (ch. 4).

 

(*) La Parole présente le salut comme celui de l’âme (pour la vie éternelle), de la course chrétienne, et du corps, au terme de celle-ci. Le premier est développé dans l’épître aux romains, et les deux autres dans la présente épître.

 

3                    Christ, notre vie  (ch.  1) — «Pour moi, vivre c’est Christ» (v. 21)

 

3.1   Adresse de la lettre (v. 1-2)

Paul (avec Timothée) se présente comme esclave de Jésus Christ (et non comme apôtre). Son expérience nous est donc en exemple, sans restriction. Il s’adresse à tous les saints à Philippes, en nommant les surveillants et les serviteurs, responsables d’une charge dans l’assemblée locale, à un moment où celle-ci était déjà privée des soins personnels de l’apôtre. L’assemblée est alors immédiatement et complètement rejetée sur Dieu, seule source de grâce et de force. Cette lettre a donc une importance spéciale pour nous.

 

3.2   Actions de grâces et prières (v. 3-11)

Le souvenir heureux que Paul conservait des Philippiens produisait en lui de la joie, dans la confiance que Dieu achèverait Son oeuvre en eux. Pour sa propre gloire, Dieu achève son oeuvre :

·     dans la création (Gen. 2:1-3),

·     dans la rédemption, par Son Fils (Jean 17:4),

·     dans les rachetés du Seigneur (1:6), et même

·     en jugement (1 Sam. 3:12).

Les Philippiens portaient Paul dans leur coeur, et n’avaient pas eu honte de s’associer à lui, dans la prédication de l’évangile, comme dans sa captivité. Onésiphore manifestera le même dévouement à l’occasion de la seconde captivité de l’apôtre (2 Tim. 1:16). Paul était profondément sensible à cette affection.

Comme il le fait aussi pour les Éphésiens et les Colossiens, Paul en prison prie pour les Philippiens, et demande quatre choses pour eux :

(1) que leur amour abonde,

(2) qu’ils discernent les choses excellentes, car l’intelligence spirituelle prend sa source dans l’amour

(3) qu’ils soient purs et gardés de broncher, et,

(4) qu’ils soient remplis du fruit de la justice (Héb. 12:11 ; Jacq. 3:18), en demeurant attachés au Seigneur.

 

3.3   Les circonstances de l’apôtre (v. 12-14)

Sans murmures ni regrets, l’apôtre rapporte à Christ toutes ses circonstances et ses peines. Non seulement, ses liens n’avaient pas empêché la propagation de l’évangile ; ils avaient au contraire permis son entrée dans la forteresse inaccessible de l’empereur, la maison même de César (4:22). L’opposition du monde à Christ avait aussi donné du courage à d’autres frères pour annoncer la parole sans crainte.

 

3.4   Christ prêché par envie ou en vérité (v. 15-18)

Quelques-uns (animés par des motifs impurs, jalousie et envie) profitaient des liens et de l’absence de l’apôtre pour se mettre eux-mêmes en valeur en prêchant l’évangile. D’autres, heureusement, continuaient le travail de Paul avec fidélité, bonne volonté et vérité. Incapable d’intervenir directement, l’apôtre remettait tout à Christ ; sa joie était de savoir Christ prêché, même s’il ne pouvait pas approuver tous les motifs, ni tous les moyens employés.

 

3.5   Christ magnifié dans l’apôtre (v. 19-26)

Paul était assuré que Christ serait magnifié en lui, jusqu’au terme de sa vie sur la terre (par la vie), et plus encore au-delà (par la mort). Les prières des Philippiens et les ressources du Saint Esprit (*) coopéraient à ce but. Christ vivait en lui (Gal. 2:20), et Christ était sa vie (Col. 3:4). Paul le réalisait en pratique, de sorte que, pour lui, vivre c’était Christ (v. 21) ; dès lors, mourir devenait un gain, puisque le résultat de ce changement de domicile (déloger) serait d’être avec Christ, une bien meilleure part que de vivre sur la terre. S’il vivait, c’était pour Christ; et s’il mourait, c’était pour être avec Christ. Quelle part choisir ? Désirer avec ardeur revêtir dès maintenant son domicile céleste (2 Cor. 5:2), ou rester encore ici-bas pour servir encore les saints à la gloire de Christ. Cette dernière option était meilleure pour les Philippiens, et Paul l’acceptait de coeur comme conforme à la volonté du Seigneur.

 

(*) Le même mot grec est traduit ailleurs par «fournissement» (Éph. 4. 16 ; Col. 2. 19). Les dons de Christ, Tête du corps, sont communiqués par le Saint Esprit, aux membres du corps sur la terre. Chacun coopère alors, dans sa mesure, au bien spirituel de l’ensemble du corps.

 

3.6   La conduite des Philippiens (v. 27-30)

Que Paul soit absent (comme lorsqu’il leur écrivait) ou présent au milieu d’eux (comme il le souhaitait ardemment), les Philippiens devaient se conduire d’une manière «digne de l’évangile». Il s’agit ici de la conduite (*), plutôt que de la marche. La conduite du croyant doit être en pleine harmonie avec la bonne nouvelle de l’évangile qui délivre l’homme de la puissance du péché pour lui présenter Christ comme vie, comme modèle, comme but et comme la source de toute joie et de toute force. D’autres épîtres présentent d’autres aspects du mobile de la marche «digne» du croyant sur la terre :

 

(*) C’est plutôt ici la tenue morale du croyant que les actes de la vie. Le même mot est employé par Paul devant le sanhédrin pour caractériser sa propre conduite (Act. 23. 1)

·     «digne de Dieu» (1 Thess. 2:12). Les Thessaloniciens venaient de se tourner vers Dieu, qui les appelait «à son propre royaume et à sa propre gloire». Ils devaient maintenant marcher pour Lui plaire.

·     «digne de l’appel», c’est-à-dire du Saint Esprit (Éph. 4:1). Le saint appel dont nous sommes appelés est une expression des desseins de Dieu (le thème de l’épître) et doit régler la marche des croyants sur la terre (*).

 

(*) Cette marche est mentionnée sept fois dans l’épître aux Éphésiens : 2. 2 ; 2. 10 ; 4. 1 ; 4. 17 ; 5. 2 ; 5. 8 ; 5. 15

·     «digne du Seigneur» (Col. 1:10). Le premier but d’une marche digne du Seigneur est de Lui plaire en toutes choses. Comment ne pas penser au parfait modèle, Christ qui a dit de Son Père : «Moi, je fais toujours les choses qui lui plaisent» (Jean 8:29) ? Cette marche digne du Seigneur se réalise dans la connaissance de la volonté de Dieu.

Les Philippiens devaient tenir ferme et combattre ensemble le même combat que l’apôtre, sans crainte des adversaires, que Dieu rendrait confus. Les souffrances endurées pour Christ sont un honneur qu’il confère à ceux qui le servent fidèlement.

 

4                    Christ, notre modèle  (ch. 2) — «Qu’il y ait donc en vous cette pensée, qui a été aussi dans le Christ Jésus (v. 5)

 

4.1   Une même pensée (v. 1-4)

L’apôtre était sensible au témoignage pratique de l’amour des Philippiens, qui lui avait apporté :

(1) la consolation en Christ,

(2) le soulagement de l’amour,

(3) la communion de l’Esprit,

(4) les tendres compassions.

 

Toutefois, des germes de division opéraient dans l’assemblée (en particulier les difficultés entre deux soeurs Évodie et Syntyche). Aussi, la joie de Paul ne serait-elle parfaite que si les Philippiens manifestaient l’unité pratique dans leur vie collective sous les quatre aspects suivants, à savoir être :

(1) d’une même pensée, empreinte de l’humilité de Christ,

(2) d’un même amour, aimer comme Christ,

(3) d’un même sentiment, d’un seul coeur et d’une seule âme (Act. 4:32),

(4) occupés d’un seul et même objet, Christ.

 

Quatre obstacles pratiques s’opposent à cette unité :

(1) l’esprit de parti, qui substitue l’autorité de l’homme à celle de Christ,

(2) la vaine gloire qui exalte l’homme et le moi, et qui vient des hommes et non de Dieu (Jean 5:44),

(3) l’orgueil, à l’opposé de l’humilité, le vrai caractère de Christ,

(4) l’égoïsme et l’absence d’égards pour les autres.

Le seul remède à ces maux est dans l’anéantissement de soi-même, dans l’humilité et dans l’esprit d’abaissement pour servir. C’est ce que Christ, par contraste avec le premier Adam, a parfaitement manifesté dans son incarnation , dans son abaissement puis dans son élévation.

 

4.2   L’exemple du Christ Jésus (v. 5-11)

Christ est en forme de Dieu (la réalité profonde de son être inconnaissable), car Christ est Dieu, le «JE SUIS»,  «Jéhovah» de l’AT. À l’instigation de Satan, Adam, créature humaine, a cherché à se rendre semblable à Dieu par une rapine (un vol). Christ, au contraire, s’est anéanti comme Dieu pour devenir un homme, s’abaissant volontairement pour obéir jusqu’à la mort. Dans ce chemin glorieux de Sa demeure céleste à la croix, l’apôtre signale sept étapes descendantes :

(1) Dans sa position suprême, il accepte de faire la volonté de son Dieu pour accomplir le dessein divin (Héb. 10:7),

(2) Comme Dieu, Il s’est anéanti lui-même pour devenir un homme,

(3) Comme homme, Il prend volontairement la forme d’esclave,

(4) Il est fait à la ressemblance des hommes,

(5) Il est trouvé en figure comme un homme,

(6) Il s’abaisse lui-même pour obéir jusqu’à la mort,

(7) À la mort même de la croix, le supplice infamant des malfaiteurs, infligé au  seul homme innocent et juste.

 

Mais celui qui s’abaisse sera élevé (Luc 14:11). Dieu lui-même élève son Fils, le vrai serviteur de l’Éternel (És. 52:13), en sept étapes ascendantes :

(1) Il l’a haut élevé,

(2) Il lui a donné un nom au-dessus de tout nom,

(3) Tout genou devra se ployer au nom de Jésus (le nom de Son abaissement). Sa seigneurie sera reconnue par toutes les créatures, sans exception :

(4) Les êtres célestes, les saints anges de Dieu,

(5) Les êtres terrestres (tous les hommes) sauvés ou perdus (*),

 

(*) La destruction de ces vases de colère (le jugement final des rebelles) sera un témoignage à la puissance de Dieu (Rom. 9. 21).

(6) Même les êtres infernaux (*) (ceux qui sont au-dessous de la terre), c’est-à-dire Satan et les anges déchus, ceux pour qui est préparé le feu éternel (Matt. 25:41).

 

(*) Il n’y pas de réconciliation pour eux, ceux qui sont au-dessous de la terre ; toutefois, ils seront contraints de rendre gloire à l’Agneau (Apoc. 5. 13, 14).

(7) Enfin, toute langue confessera Jésus Christ comme Seigneur (le nom de Son élévation), à la gloire de Dieu le Père.

 

4.3   La marche des Philippiens en l’absence de Paul (v. 12-18)

Les Philippiens avait obéi aux instructions de l’apôtre lorsqu’il était parmi eux ;  ils devaient continuer d’autant plus en son absence, pour résister aux adversaires de l’extérieur, et retrouver l’unité et la paix intérieures, dans la contemplation du parfait modèle de Christ.

Ils devaient travailler en vue d’obtenir le salut de leur course chrétienne (pas celui de leur âme qui est assuré à jamais), avec crainte et tremblement, dans la conscience de l’aide divine. Il faut non seulement le vouloir, mais aussi le faire, la capacité pour l’accomplir, et Dieu produit les deux choses.

Loin des murmures et des raisonnements de l’homme, notre conduite doit être dans la lumière, avec un oeil simple, de sorte que nous manifestions que nous sommes des luminaires pour le Seigneur au milieu des ténèbres morales du monde. C’est exactement ce que Christ a été, lui, le parfait modèle. L’apôtre illustre alors son exhortation par trois exemples : le sien, celui de Timothée et celui d’Épaphrodite.

 

4.4   L’exemple de Paul (v. 16-18)

Les Philippiens avaient consenti un sacrifice pour venir en aide à l’apôtre, que Dieu appréciait comme une offrande (4:18). Pourtant, Paul était encore en prison, et il envisageait même de subir le martyre pour son Maître. Ce sera d’ailleurs une proche réalité pour lui, lors de son second emprisonnement (2 Tim. 4:6). Par le sacrifice et le service de leur foi, les Philippiens (et l’assemblée en général) constituaient comme une offrande présentée à Dieu ; Paul (par le sacrifice de sa vie pour Christ) se contentait d’être la libation de vin répandue sur ce sacrifice (Ex. 29:38, 42). Ce serait ainsi le couronnement de son oeuvre, un sujet de profonde joie pour lui, que même les Philippiens devaient partager.

 

4.5   L’exemple de Timothée (v. 19-24)

Cosignataire de la lettre, Timothée est pris comme deuxième exemple par Paul, pour souligner :

(1) son unité de pensée avec lui,

(2) sa sollicitude pour les saints, au milieu du mépris général des intérêts de Jésus Christ,

(3) sa fermeté dans l’épreuve et dans le service de l’évangile,

(4) son abnégation et son dévouement pour l’apôtre.

Paul se proposait de l’envoyer à Philippes.

 

4.6   L’exemple d’Épaphrodite (v. 25-30)

Auparavant, il leur envoyait Épaphrodite, son frère, son compagnon d’oeuvre ou de travail (portant le même joug que lui, celui de Christ), son compagnon d’armes, son messager et son ministre (pour répondre à ses besoins). Tombé gravement malade à Rome, Épaphrodite pense avec une vive affection aux Philippiens, plutôt qu’à lui-même ; et Dieu le guérit pour la consolation et la joie de l’apôtre et des Philippiens. De tels hommes doivent être reçus et honorés dans les assemblées.    

Le parfait modèle du Sauveur se reflète ainsi brillamment dans l’humilité de Paul, la sollicitude de Timothée et l’affection d’Épaphrodite.

 

5                    Christ, notre but ( ch.  3 ) — «Je cours droit au but pour le prix de l’appel céleste de Dieu dans le Christ Jésus» (v. 14).

 

L’énergie de la vie chrétienne se puise dans la contemplation de Christ, comme but de la course, pour surmonter les dangers et assurer le salut de celle-ci.

 

5.1   La joie en Christ en face des dangers (v. 1-3)

Se réjouir dans le Seigneur au milieu des circonstances et en face des dangers est la sécurité de notre âme, et le secret du vrai dévouement pour Christ et pour les siens.

 

L’apôtre met en garde contre :

(1) les chiens : les hommes judaïsants qui rejetaient la grâce,

(2) les mauvais ouvriers : les loups du dehors ou ceux qui annonçaient des doctrines perverses au sein de l’assemblée, et

(3) la concision : l’élagage, un dépouillement partiel, par opposition à la vraie circoncision du Christ, le dépouillement complet du corps de la chair. Celle-ci est mélangée ici aux choses de Dieu, non sous sa forme grossière de péché, mais sous l’apparence plus subtile de justice religieuse. C’est en fait la religion de la chair.

 

Par opposition, les vrais caractères du christianisme sont :

(1) la vraie circoncision, qui nous identifie avec Christ, dans sa mort et sa résurrection,

(2) le culte rendu par l’Esprit de Dieu,

(3) Christ, notre seul objet de gloire, et,

(4) l’absence de confiance en la chair.

 

5.2   L’expérience de Saul de Tarse (v. 4-7)

L’inutilité foncière de la chair religieuse est mise en évidence par le propre exemple de l’apôtre ; sa vie avant sa conversion, modèle de fidélité aux ordonnances de la loi de Moïse, l’avait conduit à persécuter l’assemblée, c’est-à-dire Christ lui-même (Act. 9:5). Or, ses privilèges de naissance et d’éducation religieuse étaient indéniables : circoncis comme tout vrai Israélite, originaire de Tarse (ville de renom), de la secte la plus exacte des Pharisiens (enseigné même aux pieds de l’un d’entre eux, Gamaliel), et sans aucun reproche quant à la justice légale.

Mais tout avait été renversé de fond en comble sur le chemin de Damas, lorsque la lumière divine avait éclairé l’âme de Saul (*). Là, il avait regardé ce qui pour lui était un gain, comme une perte à cause du Christ. Il avait même découvert qu’il était le premier des pécheurs, mais objet de la grâce divine.

 

(*) La lumière devient de plus en plus brillante, au fur et à mesure que Paul en parle au cours de sa vie (Act. 9. 3 ; 22. 6 ; 26. 13). Cette lumière est le vrai thème de son évangile (Act. 26. 18).

 

5.3   L’excellence de la connaissance du Christ Jésus pour Paul (v. 8-11)

La longue carrière chrétienne de Paul n’avait pas changé ses priorités. À la fin de sa vie, il regarde encore tout comme une perte, car un autre objet, Christ, captivait encore ses pensées et ses affections. Il mettait de côté, non seulement ce qu’il chérissait avant sa conversion, mais même toutes autres choses, toutes les valeurs de ce monde : pour lui, ce n’était que des ordures. En conséquence, le monde, prenant le parti de ce qui est sien, le lui rendait bien : ainsi, il était devenu «comme les balayures du monde et le rebut de tous» (1 Cor. 4:13).

Le premier but de Paul était de gagner Christ. Par opposition à tout ce qu’il avait volontairement mis de côté, il avait maintenant Christ comme son gain.

Ensuite, il désirait être trouvé en Christ, revêtu en Lui de la justice de Dieu par le moyen de la foi. Etre en Christ, est le privilège distinctif du chrétien, une nouvelle création (2 Cor. 5:17). Là, le péché et la justice humaine légale n’ont pas d’accès.

«Le connaître, Lui» ; tel était le troisième but de Paul, qui devrait être aussi le nôtre. Il désirait réaliser son identification avec Christ :

(1) dans la puissance de Sa résurrection (goûtée dans son âme) : seule, la puissance de la vie de Christ en résurrection nous permet de partager les souffrances du Christ, et faire face à la mort (1:21).

(2) dans ses souffrances : il ne s’agit pas des souffrances expiatoires de la croix, que Christ a endurées tout seul comme substitut de ses rachetés. Paul désirait que Christ lui accorde l’honneur de partager les souffrances pour Dieu et pour la justice, que Lui, fidèle témoin, avait connues pendant son rejet sur la terre.

(3) et même dans sa mort : L’apôtre attendait avec ardeur d’être avec Christ dans la gloire, prêt pour cela (s’il le fallait) à connaître la mort comme Christ (mourir à tout ce à quoi Christ était mort). Là encore, il ne s’agit pas de la mort expiatoire du Sauveur.

Mais au-delà de la mort, l’apôtre ne doutait nullement qu’il participerait à la résurrection d’entre les morts (la résurrection des corps des croyants). Il quitterait ainsi le domaine des morts pour vivre éternellement dans celui de la vie.

 

5.4   La course chrétienne et son but (v. 12-16)

Paul (comme nous aussi) était encore dans le corps, et n’avait pas encore reçu le prix de sa course chrétienne (1 Cor. 9:26) : être avec Christ, et semblable à Lui dans la gloire (la perfection). Bien que n’ayant pas encore atteint ce but (il ne l’avait pas saisi), l’apôtre avait déjà été saisi par le Christ.

Paul faisait une seule chose : il oubliait tout ce qui était derrière lui (ses fautes (*) comme ses avantages naturels) ou ce qui l’entourait (qui n’était toujours que des ordures), pour tendre avec une énergie constamment renouvelée vers le seul but, Christ dans la gloire, et la gloire avec Lui. Tel est l’appel céleste de Dieu dans le Christ Jésus.

 

(*) Nos fautes passées (abandonnées, confessées et pardonnées) ne pèsent plus sur notre conscience, et ne nous empêchent pas de courir la course ; mais le souvenir de leur purification nous garde dans l’humilité (2 Pi. 1. 9).

Ceux qui entrent avec intelligence dans le caractère et le but glorieux de cette course chrétienne, qui ainsi sont «parfaits» (dans le sens d’être accomplis ou ayant atteint la maturité spirituelle), partagent naturellement la même pensée. Toutefois, la mesure différente d’appréciation de ces vérités de l’un à l’autre ne doit pas être un obstacle à marcher ensemble dans un même sentier. Dans la compagnie chrétienne, il faut «cheminer tout doucement ...au pas des enfants» (Gen. 33:14).

 

5.5   Le salut du corps (v. 17-21)

Paul, conduit par l’Esprit, invite les Corinthiens et les Philippiens à l’imiter (v. 17 ; 1 Cor. 4:16 ; 11:1). Qui d’autre que lui pourrait demander cela ?

Depuis que l’apôtre, sur le chemin de Damas, avait vu Christ dans la gloire, il ne cessait de contempler cet objet glorieux ; il courait toujours vers Lui, le but de l’appel céleste. Ainsi, il pouvait se présenter comme modèle à ses frères ; et certains (comme Timothée, Épaphrodite et Onésiphore) avaient marché selon ce modèle, devenant des exemples pour d’autres.

Tristement, d’autres étaient des contre-exemples flagrants. Avec larmes, Paul constate que des certains chrétiens (de nom seulement) marchaient d’une manière opposée à leur profession, en manifestant leur véritable état :

(1) ils sont ennemis de la croix de Christ,

(2) leur fin est la perdition,

(3) leur dieu est le ventre,

(4) leur gloire est dans leur honte,

(5) leurs pensées sont aux choses de la terre.

Comment de tels hommes peuvent-ils rester associés à la compagnie chrétienne ? Dénoncer leur présence et leur marche c’est avoir pitié du troupeau du Seigneur.

Par contraste, le vrai chrétien est déjà citoyen du ciel (par foi, bourgeois des cieux), bien que vivant encore sur la terre. Il attend du ciel le Seigneur Jésus Christ comme Sauveur, qui le délivrera à jamais de la terre et du système éloigné de Dieu qui l’entoure encore. Son corps d’infirmité sera alors transformé à la ressemblance du corps glorieux de Christ, selon la puissance de Celui à qui tout est soumis (puissances, autorités et même la mort). Tel est le dernier acte de grâce et de puissance de ce salut complet (âme, course et corps) opéré par le Seigneur de gloire, en faveur de ceux qu’il veut avec Lui pour toujours.

 

 

6                    Christ, notre joie et notre  force ( ch. 4) — «Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur» (v. 4) — «Je puis toutes choses en celui qui me fortifie» (v. 13)

 

Le parfait exemple d’humilité de l’homme Christ Jésus est un puissant motif pour amener les chrétiens à avoir un même sentiment (2:2, 5). Le partage du même but et de la même espérance en Christ renforce encore cet appel à la communion fraternelle (3:16). C’est ainsi que l’apôtre amène doucement les Philippiens à l’un des buts de sa lettre, le lavage de leurs pieds, avant de leur présenter Christ comme la joie et la force du chrétien.

 

 

6.1   Le lavage des pieds (v. 1-3)

Le ton de l’apôtre est empreint d’une tendre affection pour inviter tous les Philippiens à demeurer fermes dans le Seigneur, non seulement en face des dangers extérieurs, mais aussi au milieu des difficultés intérieures à l’assemblée. En effet, deux soeurs, Évodie et Syntyche, après avoir combattu avec Paul pour l’évangile, avaient maintenant un désaccord, une racine d’amertume qui risquait de troubler l’assemblée entière (Héb. 12:15 ; Jacq. 3:5). L’apôtre invite un de ses compagnons de travail (peut-être Épaphrodite) à apporter son aide pour régler le cas à son début. Pour autant, l’apôtre n’oublie personne, de tous ceux qui sont écrits dans le livre de vie.

 

 

6.2   Christ, notre joie (v. 4-9)

L’apôtre nous invite à nouveau à nous réjouir dans le Seigneur, ajoutant à son exhortation antérieure (3:1) de le faire toujours, malgré les difficultés extérieures et le déclin de l’assemblée.

Bien des obstacles pratiques s’opposent à la réalisation de cette joie entière. La douceur d’esprit en face de l’opposition et la pensée du retour du Seigneur pour nous délivrer nous permettront de les surmonter.

En outre, la réponse aux soucis légitimes de la vie est l’esprit de prières et de reconnaissance : alors la paix de Dieu sera goûtée dans nos coeurs et nos pensées.

Celles-ci doivent être occupées de toutes les choses :

(1) vraies, car la vérité est en Jésus,

(2) vénérables (ou nobles : És. 32:8),

(3) justes, en marchant dans la justice pratique,

(4) pures, selon le caractère même de Dieu,

(5) aimables, qui suscitent l’amour,

(6) de bonne renommée, selon la bonne odeur de Christ,

(7) de ce qui mérite vertu et louange (de la part de Dieu et non pas des hommes).

Paul avait donné l’exemple : ce qu’il avait appris et reçu pour lui-même avait été entendu de lui et vu en lui. La présence du Dieu de paix (*) est alors promise à ceux qui l’imitent.

 

(*) Dieu est appelé sept fois le «Dieu de paix» dans les épîtres : Rom. 15. 33 ; 16. 20 ; 1 Cor. 14. 33 ; 2 Cor. 13. 11 ; Phil. 4. 9 ; 1 Thess. 5. 23 ; Héb. 13. 20.

 

6.3   Christ, notre force (v. 10-14)

La joie de l’apôtre dans le Seigneur était entretenue par l’affection des Philippiens. En pratique, Paul, bien que sensible à toutes les circonstances, se tenait moralement au-dessus d’elles, car il goûtait le grand gain du contentement lié à la piété (1 Tim. 6:6). La force de Christ , venait toujours au secours de sa faiblesse. Aussi peut-il dire aux Colossiens que nous pouvons être, à notre tour, «fortifiés en toute force... avec joie» (Col. 1:11). Pour autant, la délicate attention des Philippiens ne lui était pas moins précieuse.

 

6.4   Les remerciements et salutations de l’apôtre (v. 15-23)

Seuls, les Philippiens avaient envoyé des dons, à plusieurs reprises et même «au-delà de leur pouvoir» (2 Cor. 8:3), à Paul, ce pauvre prisonnier, déjà abandonné par le grand nombre, et incapable de leur rendre matériellement le sacrifice qu’ils avaient consenti. Mais Dieu le leur compenserait, et au-delà,  selon Ses richesses en gloire.

La salutation de clôture donne un beau tableau de la communion entre tous les saints, au début de la vie de l’Église sur la terre, malgré le déclin qui y apparaissait déjà .

 

6.5   Conclusion

À travers l’expérience personnelle de l’apôtre, proposée en exemple à chaque chrétien, cette lettre présente de façon touchante divers caractères du fruit de l’Esprit (Gal. 5:22) :

(1) l’amour, la nature même de Dieu, qui prévaut dans les rapports mutuels entre les saints (1:8 ; 2:1 ; 4:1).

(2) la joie en Christ : en rapport avec

·     la communion fraternelle des saints (1:4 ; 2:2) ;

·     la prédication de l’évangile et ses résultats (1:18) ;

·     la fin glorieuse de la vie et du service de l’apôtre (2:18) ;

·     la guérison et le retour d’Épaphrodite parmi les Philippiens (2:28) ;

·     la libéralité de ces derniers (4:10).

La jouissance de la joie est dans le Seigneur, en dehors et au-dessus des circonstances (3:1 ; 4:4).

(3) la paix : la paix de Dieu, celle du Dieu de paix (4:7, 9). Avec la justice et la joie, la paix est un caractère moral du royaume de Dieu (Rom. 14:17).

Les six autres caractères du fruit de l’Esprit (longanimité, bienveillance, bonté, fidélité, douceur, tempérance) marquaient de leur empreinte la conduite de Paul et des Philippiens, et leurs heureuses relations mutuelles. L’épître souligne en outre :

(4) la confiance en Dieu, qui se repose sur Sa fidélité à l’égard des siens, de l’apôtre en particulier (1:6, 25).

(5) la force du Seigneur (4:13) : car «la force et la joie sont dans le lieu où il habite» (1 Chron. 16:27).

(6) la communion :

·     communion dans l’évangile (1:5),

·     communion dans la grâce (1:8),

·     communion de l’Esprit (2:1),

·     communion des souffrances de Christ (3:10),

·     communion pratique dans la libéralité des saints (4:14, 15).

(6) la foi, dans une confiance inébranlable en Dieu (4:12, 13).

(7) l’espérance en Christ, dans l’attente de Son retour (3:20).

 

·     «Que la grâce du Seigneur Christ soit avec votre esprit !» (4:23),  avec chacun de nous !