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Sacrifices insuffisants

J. A. Monard

ME 2011 p. 302-309

Table des matières :

 

1      Sacrifices d’animaux

2      Sacrifie à Dieu la louange (Ps. 50:14)

3      Les sacrifices de Dieu sont un esprit brisé (Ps. 51:17)

4      L’état d’Israël à l’époque d’Ésaïe (És. 1)

5      ... et à celle de Jérémie (Jér. 7)

6      Une première conclusion (Michée 6:6-8)

7      Un seul sacrifice, suffisant et parfait

8      Résumé et conclusion

 

1         Sacrifices d’animaux

Les sacrifices tiennent une place importante dans l’Ancien Testament. Leur institution formelle et détaillée se trouve particulièrement dans le livre du Lévitique, à l’intention du peuple d’Israël, mais dès le livre de la Genèse, les patriarches offrent à Dieu des holocaustes et des sacrifices.

Leur valeur résidait

·         du côté de Dieu, dans le fait qu’ils étaient des images du sacrifice de Christ à la croix, jusque dans les détails de leur institution ;

·         et du côté de l’homme, dans l’enseignement qu’ils apportaient quant à la gravité du péché aux yeux de Dieu et à la nécessité d’une expiation.

Dieu les appréciait en ce qu’ils figuraient le sacrifice de Christ qui aurait lieu plus tard et sur la base duquel il pouvait déjà pardonner les péchés. Et l’Israélite pieux pouvait se saisir par la foi du moyen que Dieu avait donné pour régler la question des péchés. C’était l’époque du « support des péchés précédents, dans la patience de Dieu », en attendant la venue de Christ, « l’agneau sans défaut et sans tache, préconnu dès avant la fondation du monde, mais manifesté à la fin des temps » (cf. Rom. 3:25 ; 1 Pierre 1:19, 20).

À toutes les époques, l’homme a été enclin à se contenter d’une religion de formes et à oublier l’essentiel. L’histoire d’Israël nous enseigne que l’accomplissement des devoirs religieux extérieurs — tels que les jeûnes ou les sacrifices, par exemple — pouvait s’allier à un état de cœur très éloigné de Dieu. Nous allons considérer quelques passages qui mettent cela en évidence, et qui sont une mise en garde contre un danger auquel nous sommes aussi exposés.

 

2         Sacrifie à Dieu la louange (Ps. 50:14)

Dans les premiers versets de ce psaume, Dieu est présenté comme celui qui va « juger son peuple » — c’est-à-dire se prononcer sur l’état moral de ceux qui ont fait alliance avec lui (v. 4-6). Il n’a pas de reproche à exprimer concernant les sacrifices et les holocaustes qui ont été offerts. « Ils ont été continuellement devant moi », dit-il (v. 8). Tous les animaux de la terre sont à lui, et il n’a pas besoin qu’on lui en offre. Il ne mange pas leur chair ni ne boit leur sang (v. 10-13).

Mais il ajoute : « Sacrifie à Dieu la louange » (v. 14). Dieu apprécie ce qui sort du cœur, l’expression de la reconnaissance. À la fin du psaume, il confirme : « Celui qui sacrifie la louange me glorifie » (v. 23).

Au verset 16, Dieu s’adresse avec sévérité à celui dont l’état de cœur ne correspond pas aux paroles justes qu’il prononce. Il dit au méchant : « Qu’as-tu à faire de redire mes statuts, et de prendre mon alliance dans ta bouche ? Toi qui hais la correction, et qui as jeté mes paroles derrière toi... » Cependant, c’est encore le temps de se repentir : « Considérez donc cela, vous qui oubliez Dieu, de peur que je ne déchire, et qu’il n’y ait personne qui délivre » (v. 22).

 

3         Les sacrifices de Dieu sont un esprit brisé (Ps. 51:17)

Durant sa vie, David n’a pas été en retrait pour offrir des sacrifices à l’Éternel. (Voir 2 Sam. 6:13-19 ; 24:22-25 ; 1 Chron. 16:37-40 ; 29:20-22.)

Mais dans le Psaume 51, il exprime sa conviction de l’inutilité des sacrifices s’ils ne sont pas associés à un état de cœur convenable devant Dieu. Ce psaume a été écrit « lorsque Nathan le prophète vint à lui, après qu’il fut entré vers Bath-Shéba ». David avait gravement péché, et la parole du prophète avait réveillé sa conscience longtemps endormie (2 Sam. 12). Maintenant qu’il a les yeux ouverts sur la réalité de son péché, il comprend que l’offense faite à Dieu lors de sa faute est plus importante que l’offense faite aux hommes, aussi grande que soit celle-ci. « Contre toi, contre toi seul, j’ai péché, et j’ai fait ce qui est mauvais à tes yeux », dit- il (v. 4). Et alors il fait cette déclaration remarquable : « Tu ne prends pas plaisir aux sacrifices, autrement j’en donnerais ; l’holocauste ne t’est point agréable. Les sacrifices de Dieu sont un esprit brisé. Ô Dieu ! tu ne mépriseras pas un cœur brisé et humilié » (v. 16, 17).

Les sacrifices prescrits par la loi pouvaient bien être offerts à Dieu et être agréés de lui (v. 19), mais seulement après la véritable confession de la faute et un jugement réel porté sur soi-même.

À l’époque où nous vivons, celle du christianisme, les sacrifices judaïques ont entièrement disparu, car celui de Christ, accompli une fois pour toutes, a pourvu entièrement aux exigences de la justice divine. Mais le message que nous donne David dans ce psaume demeure dans toute sa force.

 

4         L’état d’Israël à l’époque d’Ésaïe (És. 1)

Toute l’histoire d’Israël, depuis l’entrée en Canaan jusqu’à la déportation à Babylone, est celle de la faillite morale complète de l’homme. Même entouré de privilèges particuliers, des soins de la grâce de Dieu et de sa discipline patiente qui s’efforce de le ramener à lui, l’homme montre inévitablement son véritable état de perdition.

Ésaïe s’adresse à un peuple qui s’approche de Dieu de sa bouche, qui l’honore de ses lèvres, mais dont le cœur est fort éloigné de lui (29:13). Le livre s’ouvre par des reproches sévères. « À quoi me sert la multitude de vos sacrifices ? dit l’Éternel. Je suis rassasié d’holocaustes de béliers, et de la graisse de bêtes grasses ; et je ne prends pas plaisir au sang des taureaux, et des agneaux, et des boucs » (És. 1:11 ; voir aussi les versets suivants). L’Éternel est las de supporter les actes extérieurs d’une religion — convocations, fêtes solennelles, offrandes, encens, prières. Il veut la réalité : « Lavez-vous, purifiez- vous ; ôtez de devant mes yeux le mal de vos actions ; cessez de mal faire, apprenez à bien faire » (v. 16, 17).

Mais même dans cette situation extrême de dépravation religieuse, Dieu offre encore son salut et sa grâce : « Venez, et plaidons ensemble, dit l’Éternel : Si vos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige ; s’ils sont rouges comme l’écarlate, ils seront comme la laine » (v. 18).

 

5         ... et à celle de Jérémie (Jér. 7)

Une bonne centaine d’années plus tard, juste avant la destruction de Jérusalem par le roi de Babylone, l’Éternel affirme encore une fois, par la bouche de Jérémie, l’inutilité des sacrifices. « Car je n’ai point parlé avec vos pères, et je ne leur ai point commandé touchant des holocaustes et des sacrifices, au jour que je les fis sortir du pays d’Égypte. Mais je leur ai commandé ceci, disant : Écoutez ma voix, et je serai votre Dieu, et vous serez mon peuple ; et marchez dans toute la voie que je vous commande, afin que vous vous trouviez bien » (v. 22, 23). Dieu demande à son peuple qu’il l’écoute et qu’il marche selon ses commandements. C’est ainsi qu’il pourra le bénir.

 

6         Une première conclusion (Michée 6:6-8)

« Avec quoi m’approcherai-je de l’Éternel, m’inclinerai-je devant le Dieu d’en haut ? M’approcherai-je de lui avec des holocaustes, avec des veaux âgés d’un an ? L’Éternel prendra-t-il plaisir à des milliers de béliers, à des myriades de torrents d’huile ? » (v. 6, 7). Dans la ligne des passages considérés plus haut, le prophète Michée confirme que les sacrifices d’animaux, ou d’autres prescriptions cérémonielles de la loi, ne peuvent pas satisfaire Dieu.

« Donnerai-je mon premier-né pour ma transgression, le fruit de mon ventre pour le péché de mon âme ? » (v. 7). Le prophète évoque une expiation des péchés commis, mais ni des animaux ni même l’être le plus cher que nous possédons ne peut être sacrifié à notre place. Le vrai substitut — Christ, dont tous les sacrifices sont l’image — n’est pas encore révélé ici. Nous sommes sur le terrain de l’Ancien Testament.

« Il t’a déclaré, ô homme, ce qui est bon. Et qu’est-ce que l’Éternel recherche de ta part, sinon que tu fasses ce qui est droit, que tu aimes la bonté, et que tu marches humblement avec ton Dieu ? » (v. 8). C’est un verset remarquable, qui résume en trois points ce que Dieu demande à l’homme : la droiture, la bonté, et une marche avec lui dans le respect de son autorité. Si l’on examine les divers commandements et prescriptions de la loi, on peut constater qu’un grand nombre d’entre eux découlent de ces trois principes de base. C’est en quelque sorte l’essence morale de la loi.

Le prophète nous amène donc à constater encore une fois — ce qui est valable pour tous les temps — que Dieu ne se contente pas de formes religieuses extérieures ou de cérémonies, mais qu’il veut la réalité, celle du cœur et des actes.

 

7         Un seul sacrifice, suffisant et parfait

« Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures » (1 Cor. 15:3). « Maintenant, en la consommation (ou à l’achèvement) des siècles, il a été manifesté une fois pour l’abolition du péché par son sacrifice » (Héb. 9:26).

L’épître aux Hébreux nous dit que la loi avait « l’ombre des biens à venir » (10:1). Ce chapitre 10 mentionne les sacrifices qui avaient lieu une fois par année en Israël, au « jour des propitiations », le dixième jour du septième mois (Lév. 16). Ils constituaient la base de la relation du peuple avec l’Éternel, et sont à distinguer de ceux que devait offrir l’homme qui avait péché (Lév. 4 et 5). Mais ces sacrifices qui devaient être répétés chaque année étaient en fait « un acte remémoratif de péchés » (Héb. 10:3). Ils ne pouvaient pas « rendre parfaits ceux qui s’approchent » de Dieu (v. 1). « Car il est impossible que le sang de taureaux et de boucs ôte les péchés » (v. 4).

Alors, l’auteur cite un passage du Psaume 40, et même de façon répétée et insistante, en montrant qu’il s’applique en fait à la venue de Christ ici-bas. « C’est pourquoi, en entrant dans le monde, il dit : Tu n’as pas voulu de sacrifice ni d’offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pas pris plaisir aux holocaustes ni aux sacrifices pour le péché ; alors j’ai dit : Voici, je viens, — il est écrit de moi dans le rouleau du livre — pour faire, ô Dieu, ta volonté... C’est par cette volonté que nous avons été sanctifiés, par l’offrande du corps de Jésus Christ faite une fois pour toutes » (v. 5-10). « Car, par une seule offrande, il a rendu parfaits à perpétuité ceux qui sont sanctifiés » (v. 14).

Ces versets placent devant nous l’immense changement amené par la venue de Christ dans le monde. Sous une forme très condensée, l’auteur décrit ainsi ce que Dieu a opéré : « Il ôte le premier afin d’établir le second » (v. 9).

 

8         Résumé et conclusion

Par plusieurs passages de l’Ancien Testament, nous avons appris qu’un culte fait d’actes visibles n’a pas de valeur aux yeux de Dieu s’il ne correspond pas à ce qu’il y a dans le cœur de ceux qui s’approchent de lui.

Quant aux péchés de l’homme, la justice de Dieu ne peut être satisfaite que par la mort d’une victime expiatoire. Les animaux offerts autrefois avaient provisoirement cette valeur parce qu’ils préfiguraient le sacrifice unique de Christ qui « s’est offert lui-même à Dieu sans tache » (Héb. 9:14).

Les péchés nécessitent aussi, aujourd’hui comme autrefois, une sincère confession à Dieu. Le sacrifice parfait de Christ, dont la valeur est infinie, ne nous dispense pas de reconnaître humblement nos fautes devant Dieu. C’est ainsi seulement que nous pouvons réaliser la communion avec lui. Que la conscience du prix que Jésus a payé pour expier nos péchés nous rende sérieux à l’égard de tout manquement !

Il demeure vrai dans tous les temps que Dieu attend des siens qu’ils « fassent ce qui est droit », qu’ils « aiment la bonté », et qu’ils « marchent humblement avec lui » — pour reprendre les expressions du prophète Michée. Par notre propre force, nous en sommes absolument incapables. Mais nous avons aujourd’hui des ressources que les Israélites ne connaissaient pas, sinon comme une espérance de ce qu’amènerait le Messie : un cœur nouveau (Ézéch. 36:26) et la loi de Dieu écrite dans leur cœur (Jér. 31:33 ; Héb. 10:16). Nous possédons une vie nouvelle (Jean 5:24), une nature nouvelle qui aime faire la volonté de Dieu (1 Jean 5:3). Il y a en nous le Saint Esprit, dont la puissance nous conduit, si nous marchons près de Dieu, à faire ce qui lui plaît — « afin que la juste exigence de la loi soit accomplie en nous, qui ne marchons pas selon la chair, mais selon l’Esprit » (Rom. 8:4).