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Le pardon

J.-A. Monard

ME 2009 p. 308-315


: Différentes sortes de pardon : éternel de Dieu, fraternel, gouvernemental, administratif.


Table des matières :

1      Le pardon éternel de Dieu

2      Le pardon fraternel

3      Le pardon gouvernemental

4      Le pardon administratif

5      Quelques remarques sur le pardon dans l’Ancien Testament

 

 

Nous nous proposons de considérer différents aspects du pardon, tel qu’il nous est présenté dans le Nouveau Testament.

 

1         Le pardon éternel de Dieu

« Bienheureux ceux dont les iniquités ont été pardonnées et dont les péchés ont été couverts ; bienheureux l’homme à qui le Seigneur ne compte point le péché » (Rom. 4:7, 8). Tel est le merveilleux message de l’évangile.

Le Nouveau Testament nous révèle — ce que l’Ancien avait déjà annoncé sous forme de figures et de types — comment il est possible que le Dieu juste et saint pardonne les péchés. Sur la croix, Jésus Christ a porté les péchés de tous ceux qui l’ont reçu comme Sauveur. Il a été notre substitut sous le jugement divin. Il a enduré la colère de Dieu durant les trois heures de ténèbres, lorsqu’il a été abandonné de lui. Nos péchés sont pour toujours expiés, effacés, abolis. Ainsi, nous sommes justifiés devant Dieu, déclarés justes. Nous sommes des enfants de Dieu.

Ce pardon nous est acquis de façon définitive lors de notre nouvelle naissance. À ce moment décisif de notre vie, nous passons « de la mort à la vie » (Jean 5:24 ; cf. Luc 15:24), « des ténèbres à la lumière », « du pouvoir de Satan à Dieu » et nous recevons « la rémission des péchés » (Act. 26:18). Nous sommes « lavés de nos péchés » dans le sang de Christ (Apoc. 1:5).

Ce qui se passe alors en nous est au-dessus de toute compréhension humaine, mais la parole de Dieu nous montre qu’il y a deux aspects distincts :

·        le côté de l’homme : la foi en Jésus et la repentance (Act. 2:37, 38 ; 1 Jean 1:9),

·        le côté de Dieu : le pardon (ou la rémission) des péchés, la création d’une vie nouvelle, éternelle. Ainsi le croyant est « né de nouveau », « né de l’Esprit », « né de Dieu », « engendré de lui » (Jean 3:3, 5, 6 ; 1 Jean 5:1). Nous sommes « rachetés... par le sang précieux de Christ », « régénérés... par la vivante et permanente parole de Dieu » (1 Pierre 1:18, 19, 23).

La Parole abonde en expressions qui décrivent le pardon de nos péchés. Nous sommes purifiés, lavés de nos péchés ; ils sont effacés, ôtés ; Dieu dit qu’il ne les compte pas (ou ne les impute pas, ne les met pas en compte), et qu’il ne s’en souviendra plus jamais.

Par comparaison avec une dette qui est remise ou acquittée, il nous est dit que nos péchés sont remis. Nous avons la rémission de nos péchés, ce qui signifie le pardon.

Dans le récit de Luc 7:36-50, deux pécheurs sont placés devant nous : Simon le pharisien, homme qui pouvait donner l’impression d’être juste, et une femme connue dans la ville pour être une pécheresse. Le premier n’était guère conscient de sa culpabilité, mais la seconde savait qu’elle avait besoin d’un Sauveur, et elle l’avait trouvé en Jésus. Dans la maison de Simon où Jésus a été invité, elle s’approche de lui et verse sur ses pieds les larmes de sa repentance et le parfum qui témoigne de sa reconnaissance et de son amour. L’étonnement du pharisien amène le Seigneur à énoncer la parabole d’un créancier qui avait deux débiteurs, lui devant l’un 500 deniers et l’autre 50. Comme ils étaient tous deux insolvables, il avait remis la dette à l’un et à l’autre. L’amour reconnaissant de celui dont la grande dette avait été acquittée était magnifiquement illustré par l’attitude de cette femme. Le Seigneur dit à son sujet : « Ses nombreux péchés sont pardonnés » et il lui confirme : « Tes péchés sont pardonnés... Ta foi t’a sauvée » (v. 47, 48, 50).

Sommes-nous conscients de l’immense dette qui nous a été acquittée, et de la grâce de Dieu qui continue à s’exercer envers nous, alors que tant de faux pas marquent notre chemin de croyants ? Y a-t-il dans nos cœurs une réponse à l’amour infini du Seigneur qui s’est donné lui-même pour nous afin de nous racheter de tous nos péchés ?

 

2         Le pardon fraternel

Le passage de Matthieu 18:20 — « Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux » — est pour ainsi dire encadré par des enseignements du Seigneur concernant les torts faits par un croyant à un autre (v. 15, 21). Ceci attire notre attention sur le fait que, nos cœurs naturels étant ce qu’ils sont, la vie collective des croyants implique nécessairement d’innombrables occasions de pardonner, et l’absolue nécessité de le faire.

Pierre demande s’il faut pardonner jusqu’à sept fois les torts qu’il pourrait subir. Le Seigneur lui répond qu’il faut pardonner jusqu’à 70 x 7 (ou 490) fois, c’est-à-dire sans limite. Il fonde sa réponse sur une parabole semblable à celle de Luc 7. Un souverain remet à l’un de ses esclaves la dette colossale de 10’000 talents, parce qu’il n’a pas de quoi la payer. Ensuite, cet esclave exige impitoyablement de l’un de ses collègues le paiement d’une petite dette de 100 deniers. Lorsque le croyant agit de cette façon, il attire sur lui la discipline de Dieu dans son juste gouvernement : « Ainsi aussi mon Père céleste vous fera, si vous ne pardonnez pas de tout votre cœur, chacun à son frère » (v. 35).

Le Seigneur donne un enseignement analogue en Luc 17. Il prescrit un pardon illimité à son frère, même dans le cas où son repentir est douteux : « Si sept fois le jour il pèche contre toi, et que sept fois il retourne à toi, disant : Je me repens, tu lui pardonneras » (v. 4). Il s’agit dans ce verset des torts qui me sont faits et que je dois pardonner, et non des soins spirituels dont mon frère a besoin — ce qui est un autre sujet.

La manière et la mesure du pardon que Dieu attend de ses rachetés les uns envers les autres sont mises en évidence dans deux passages des épîtres : « Soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant les uns aux autres comme Dieu aussi, en Christ, vous a pardonné » (Éph. 4:32). « Vous supportant l’un l’autre et vous pardonnant les uns aux autres, si l’un a un sujet de plainte contre un autre ; comme aussi le Christ vous a pardonné, vous aussi faites de même » (Col. 3:13). Remarquons bien le mot « comme », dans les deux versets.

 

3         Le pardon gouvernemental

Dans plusieurs des passages où le Seigneur demande aux siens de pardonner, il donne un avertissement très solennel quant à la discipline de Dieu envers ceux qui refusent de le faire. Nous en avons trouvé un exemple en Matthieu 18:35.

Le fait que Dieu rétribue est présenté dans toute la Bible. « Il rend à l’homme selon son œuvre » (Prov. 24:12). « Du jugement dont vous jugerez, vous serez jugés ; et de la mesure dont vous mesurerez, il vous sera mesuré » (Matt. 7:2). « Ce qu’un homme sème, cela aussi il le moissonnera » (Gal. 6:7). C’est le principe du gouvernement de Dieu. Pour le croyant, cette rétribution n’a rien à voir avec le salut éternel. Si nous sommes nés de nouveau, si nous avons reçu la vie éternelle, il n’y pas de retour en arrière possible. Quant à la rétribution, Dieu peut l’effectuer durant notre vie sur la terre, comme encouragement ou comme discipline, mais il y aura aussi des récompenses ou des pertes à la venue de Christ.

La manière dont Dieu exerce envers nous son gouvernement est diverse et complexe, car ses voies sont caractérisées aussi bien par sa grâce que par son gouvernement. Dans tous les cas il agit souverainement, selon sa sagesse et pour notre bien.

Il est digne de remarque que le Seigneur lie le pardon à la prière.

Dans le Sermon sur la montagne, il enseigne à ses disciples une prière correspondant à leur situation à ce moment-là. L’une des demandes est : « Remets-nous nos dettes, comme nous aussi nous remettons à nos débiteurs » (Matt. 6:12). Ou bien, selon la formulation de Luc : « Remets-nous nos péchés, car nous-mêmes aussi nous remettons à tous ceux qui nous doivent » (11:4). Par cette déclaration, l’âme de celui qui prie est sondée, placée dans la lumière de Dieu. On ne peut pas prononcer de telles paroles tout en gardant rancune contre son prochain. Dans Matthieu, le Seigneur ajoute : « Car si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi à vous ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes leurs fautes, votre Père ne pardonnera pas non plus vos fautes » (Matt. 6:14, 15). La sévérité, l’intransigeance, la dureté que nous pouvons avoir envers autrui appelle, selon le gouvernement de Dieu, une sévérité qui est la moisson de ce que nous avons semé.

Dans Marc également, on trouve ce rapport étroit entre la prière et l’état de notre cœur vis-à-vis de notre prochain. « Et quand vous ferez votre prière, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez-lui, afin que votre Père aussi, qui est dans les cieux, vous pardonne vos fautes. Mais si vous ne pardonnez pas, votre Père qui est dans les cieux ne pardonnera pas non plus vos fautes » (Marc 11:25, 26). Dans nos prières, Dieu ne veut pas de vaines redites, ni des paroles que nos esprits ont forgé avec plus ou moins d’adresse, mais des paroles qui viennent de cœurs droits, entièrement dans sa lumière.

Avant de clore cette partie du sujet, remarquons que la prière du Seigneur sur la croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font » (Luc 23:34), place aussi devant nous un pardon gouvernemental. En réponse à cette intercession de Jésus, Dieu a accordé à Israël un délai supplémentaire, avant d’exercer son jugement. Bien que la culpabilité du peuple ait été entièrement démontrée dans le rejet du Messie, la grâce de Dieu lui a été offerte dans les prédications que nous trouvons au début du livre des Actes, par la puissance du Saint Esprit. Pierre s’exprime ainsi : « Et maintenant, frères, je sais que vous l’avez fait par ignorance, de même que vos chefs aussi ; mais Dieu a ainsi accompli ce qu’il avait prédit par la bouche de tous les prophètes, savoir que son Christ devait souffrir. Repentez-vous donc et vous convertissez, pour que vos péchés soient effacés : en sorte que viennent des temps de rafraîchissement de devant la face du Seigneur » (Act. 3:17-19). Cette offre de pardon n’a pas été saisie par le peuple comme tel, mais par beaucoup d’individus qui ont appris à connaître le pardon de leurs péchés et ont reçu la vie éternelle.

 

4         Le pardon administratif

Nous ne faisons ici que mentionner brièvement ce sujet. Il s’agit d’une compétence donnée à l’assemblée (et autrefois aux apôtres) de « remettre les péchés » ou de « délier », en rapport avec le témoignage chrétien sur la terre. Le Seigneur dit aux siens : « Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel » (Matt. 18:18), et « À quiconque vous remettrez les péchés, ils sont remis ; et à quiconque vous les retiendrez, ils sont retenus » (Jean 20:23). « Pardonner » correspond à « délier » et à « remettre ». Cela a trait à la discipline publique.

Dans la première épître aux Corinthiens, l’apôtre Paul enjoint à l’assemblée d’exclure un homme dont la conduite était gravement immorale (1 Cor. 5), et dans la seconde épître, ayant appris que la discipline de l’assemblée avait produit la repentance, il écrit : « Vous devriez plutôt pardonner et consoler, de peur qu’un tel homme ne soit accablé par une tristesse excessive » (2 Cor. 2:7). Et il ajoute : « Or à celui à qui vous pardonnez quelque chose, moi aussi je pardonne » (v. 10).

 

5         Quelques remarques sur le pardon dans l’Ancien Testament

La forme de pardon que nous avons appelée pardon gouvernemental se trouve abondamment dans l’Ancien Testament. En réponse à l’intercession d’Abraham, l’Éternel dit : « Si je trouve dans Sodome cinquante justes, au-dedans de la ville, je pardonnerai à tout le lieu à cause d’eux » (Gen. 18:26). Pardonner signifie ici : ne pas détruire la ville. En face de l’incrédulité d’Israël, à Kadès-Barnéa, Dieu annonce à Moïse qu’il va frapper son peuple de peste et le détruire (Nomb. 14:12). Moïse supplie l’Éternel : « Pardonne, je te prie, l’iniquité de ce peuple, selon la grandeur de ta bonté, et comme tu as pardonné à ce peuple depuis l’Égypte jusqu’ici » (v. 19). Et l’Éternel répond : « J’ai pardonné selon ta parole » (v. 20). Ici de nouveau, pardonner signifie ne pas détruire le peuple. Le pardon est un acte du gouvernement de Dieu envers le peuple. Il n’est pas question de l’état des âmes.

Dans le cadre de la révélation partielle que Dieu avait faite avant la venue de Christ, il ne faut pas s’étonner que le pardon ne soit pas présenté d’une manière aussi claire que dans le Nouveau Testament. On trouve toutefois des cas où une âme a été enseignée de façon très profonde quant à sa culpabilité devant Dieu, a été amenée à une véritable repentance et a connu le pardon de ses péchés dans le même sens que celui que les croyants d’aujourd’hui ont le bonheur de posséder. David en est un des exemples les plus remarquables (Ps. 51 ; Ps. 32:1-5). Il connaît le pardon entier de son péché quant à la position de son âme devant Dieu, mais il sait que, sous le gouvernement de Dieu, il subira les conséquences douloureuses de sa faute sa vie durant (2 Sam. 12:13, 14).

Encore une remarque avant de clore. Nous avons considéré quatre aspects du pardon. Il ne faudrait pas en conclure que tous les passages de la Bible où il est question de pardon peuvent être mis sans hésitation dans une catégorie ou dans une autre. La profondeur de la révélation de Dieu dépasse infiniment ce que nous pouvons comprendre et exprimer.