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Jugement d’hommes et jugement divin

J.-A. Monard

ME 2007 p. 143-150

Table des matières :

1      Introduction : sens du mot juger

2      Le Père a remis tout le jugement au Fils

3      Ne jugez pas

4      Chacun... rendra compte pour lui-même à Dieu

5      Ne jugez rien avant le temps

 

 

1         Introduction : sens du mot juger

Le mot juger (comme aussi le mot jugement qui lui est apparenté) peut avoir divers sens :

Juger peut signifier évaluer, discerner le caractère, apprécier la valeur d’une chose, particulièrement dans le domaine moral. C’est ainsi que le Seigneur dit aux foules : « Et pourquoi aussi ne jugez-vous pas par vous-mêmes de ce qui est juste ? » (Luc 12:57) ou : « Ne jugez pas sur l’apparence, mais portez un jugement juste » (Jean 7:24). De même, l’apôtre Paul dit aux Corinthiens : « Je parle comme à des personnes intelligentes : jugez vous-mêmes de ce que je dis » ou encore : « Que les prophètes parlent, deux ou trois, et que les autres jugent » (1 Cor. 10:15 ; 14:29). Dans ce sens, nous sommes exhortés à juger — et à juger justement.

 

Juger exprime aussi la fonction caractéristique d’un tribunal, et jugement désigne soit la comparution elle-même soit le verdict qui est rendu. Il y a des tribunaux humains — par exemple ceux devant lesquels l’apôtre Paul a dû comparaître (cf. Act. 23:3 ; 25:10, 21) — mais le plus important est le tribunal dont Dieu est le Juge, et devant lequel tous les hommes rendront compte de leurs actions, au « jour du jugement » (Matt. 12:36). « Dieu amènera toute œuvre en jugement, avec tout ce qui est caché, soit bien, soit mal » (Eccl. 12:14).

 

3° Dans le langage biblique, les mots juger et jugement évoquent parfois la condamnation, la punition qui résultent du tribunal divin. Ce sens apparaît dans des passages tels que : « Serpents, race de vipères ! comment échapperez-vous au jugement de la géhenne ? » (Matt. 23:33) ou « Ceux qui résistent (à l’autorité) feront venir un jugement sur eux-mêmes » (Rom. 13:2). « Celui qui vous trouble, quel qu’il soit, en portera le jugement » (Gal. 5:10). Dans ces cas-là, le châtiment et le jugement prononcé sont identifiés. C’est là le sens du mot « jugement » dans le passage : « En vérité, en vérité, je vous dis que celui qui entend ma parole et qui croit celui qui m’a envoyé a la vie éternelle et ne vient pas en jugement ; mais il est passé de la mort à la vie » (Jean 5:24). Celui qui a reçu Jésus échappe à toute condamnation au jour du jugement, mais de nombreux passages nous disent bien clairement que tous les hommes, y compris les croyants, « comparaîtront devant le tribunal de Dieu » et devront rendre compte de toutes leurs actions (Rom. 14:10, 12 ; Héb. 13:17).

 

2         Le Père a remis tout le jugement au Fils

Abraham connaissait Dieu comme « le juge de toute la terre » qui fera « ce qui est juste » (Gen. 18:25). David déclare que « Dieu est un juste juge » (Ps. 7:11). Les passages qui parlent du jugement de Dieu peuvent se référer à son gouvernement sur la terre ou à son jugement final, sans que les deux choses soient nécessairement distinguées.

De nombreuses prophéties de l’Ancien Testament annoncent la venue du Messie et le juste jugement qu’il exercera. Par exemple : « Voici, les jours viennent, dit l’Éternel, et je susciterai à David un Germe juste ; et il régnera en roi, et prospérera, et exercera le jugement et la justice dans le pays » (Jér. 23:5).

Lors de sa première venue sur la terre, le Seigneur Jésus est venu dans l’humilité et pour faire connaître la grâce de Dieu. Lui-même dit : « Je ne suis pas venu afin de juger le monde, mais afin de sauver le monde »  (Jean 12:47 ; cf. 3:17). Cependant, il révèle que « le Père... a donné tout le jugement au Fils » et qu’il « lui a donné autorité de juger aussi, parce qu’il est fils de l’homme » (Jean 5:22, 27). Le jugement de Dieu s’effectuera par le moyen de celui qui, comme Dieu, a toute l’autorité de Juge, et qui, ayant été manifesté en chair, a connu par expérience la condition humaine et a été parfaitement fidèle dans cette condition.

« C’est lui qui est établi de Dieu juge des vivants et des morts » (Act. 10:42). Dieu « a établi un jour auquel il doit juger en justice la terre habitée, par l’homme qu’il a destiné à cela, de quoi il a donné une preuve certaine à tous, l’ayant ressuscité d’entre les morts » (Act. 17:31).

Ainsi, le trône de jugement devant lequel tous les hommes comparaîtront peut être appelé « le tribunal de Dieu » ou « le tribunal du Christ » (Rom. 14:10 ; 2 Cor. 5:10). Dieu est le « juge de tous » (Héb. 12:23) et le Seigneur est le « juste juge » auquel l’apôtre fait une entière confiance (2 Tim. 4:8).

Nous allons maintenant considérer quelques passages qui présentent le contraste ou la relation entre le jugement divin et les jugements que les hommes se permettent facilement de prononcer.

 

3         Ne jugez pas

« Ne jugez pas, afin que vous ne soyez pas jugés : car, du jugement dont vous jugerez, vous serez jugés ; et de la mesure dont vous mesurerez, il vous sera mesuré » (Matt. 7:1-5).

Le Seigneur nous met ici en garde contre l’esprit de jugement, contre cette tendance de nos cœurs à évaluer et à critiquer le comportement de notre prochain. À notre époque, les croyants sont probablement plus exposés à ce travers que les gens du monde. L’esprit du siècle est la tolérance de toutes les idées et de presque tous les comportements. Par contre, le chrétien a ses pensées formées par les normes de la parole de Dieu, et, surtout s’il n’est plus un « petit enfant », il a « les sens exercés à discerner le bien et le mal » (cf. Héb. 5:14). Il ne peut être indifférent à tout ce qu’il sait être contraire à la volonté de Dieu. Et ainsi, tout naturellement, il peut être porté à juger.

Le Seigneur ne veut certainement pas dire ici que nous ayons à fermer les yeux sur les erreurs ou les manquements de ceux qui nous entourent. Et d’ailleurs, la parole de Dieu nous encourage à développer notre discernement spirituel et à être en aide à des frères ou des sœurs qui s’engageraient dans un mauvais chemin. « Vous qui êtes spirituels, redressez un tel homme dans un esprit de douceur, prenant garde à toi-même » (Gal. 6:1). Mais le Seigneur attire solennellement notre attention sur notre responsabilité personnelle. D’une part, en raison du juste gouvernement de Dieu, nous serons nous-mêmes jugés selon la mesure d’exigence que nous avons eue envers les autres — « car le jugement est sans miséricorde pour celui qui n’a pas usé de miséricorde » (Jacq. 2:13). D’autre part, pour être en état de discerner « le fétu » qui est dans l’œil de notre frère, il nous faut ôter « la poutre » qui peut se trouver dans le nôtre (Matt. 7:5).

 

4         Chacun... rendra compte pour lui-même à Dieu

L’assemblée à Rome comportait des personnes issues du judaïsme et d’autres du paganisme. Pour les Juifs, il était difficile de mettre de côté les pratiques que leur avait imposé la loi de Moïse, par exemple l’observation des jours solennels ou la distinction entre des viandes pures et impures. Pour les croyants des nations, ces prescriptions n’entraient pas en ligne de compte, Dieu les ayant clairement mises de côté dès le début de la période chrétienne (cf. Act. 10 et 11). Les croyants juifs étaient portés à juger leurs frères qui n’y attachaient pas d’importance, et ces derniers étaient exposés à mépriser leurs frères qui ne pouvaient se libérer du joug de la loi. Le chapitre 14 de l’épître aux Romains donne un enseignement complet sur cette difficulté. On y trouve en particulier ceci :

« Mais toi, pourquoi juges-tu ton frère ? Ou aussi toi, pourquoi méprises-tu ton frère ? Car nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Dieu... Ainsi donc, chacun de nous rendra compte pour lui-même à Dieu. Ne nous jugeons donc plus l’un l’autre ; mais jugez plutôt ceci, de ne pas mettre une pierre d’achoppement ou une occasion de chute devant votre frère » (Rom. 14:10-13).

Chacun a sa responsabilité personnelle devant Dieu, et rendra compte devant lui de tous ses actes. Tout sera mis en lumière et pesé dans la balance divine. Il y aura des « récompenses » (1 Cor. 3:14), des « louanges » (4:5), des « prix », des « couronnes » (9:24, 25), selon l’évaluation du Juge. Ou bien, il y aura « une perte », pour ceux qui seront sauvés « comme à travers le feu ». Même à des croyants très fidèles est donné l’avertissement : « Tiens ferme ce que tu as, afin que personne ne prenne ta couronne » (Apoc. 3:11).

Le fait que chacun rendra compte pour lui-même à Dieu n’est certainement pas une raison pour nous affranchir des conseils que nos frères auraient à cœur de nous donner ou pour repousser les réprimandes qu’ils pourraient être conduits à nous faire. Nous avons besoin de tels conseils et de telles répréhensions.

Mais d’autre part, soyons très réservés dans notre appréciation du comportement de nos frères et sœurs, surtout lorsqu’il s’agit de choses sur lesquelles la parole de Dieu ne nous donne pas d’instructions précises. Ils ont leur propre responsabilité devant Dieu, comme nous avons aussi la nôtre.

Dans ce même chapitre 14 de l’épître aux Romains, l’apôtre dit aussi : « Qui es-tu, toi qui juges le domestique d’autrui ? Il se tient debout ou il tombe pour son propre maître ; et il sera tenu debout, car le Seigneur est puissant pour le tenir debout » (v. 4). Ce passage introduit la pensée de la responsabilité dans le service, sujet particulièrement traité dans les épîtres aux Corinthiens.

 

5         Ne jugez rien avant le temps

Les croyants de Corinthe étaient, spirituellement parlant, les enfants de l’apôtre Paul. Il avait passé là « un an et six mois, enseignant parmi eux la parole de Dieu » (Act. 18:11). Son affection pour eux était grande et il était prêt à se dépenser entièrement pour leurs âmes (1 Cor. 4:14, 15 ; 2 Cor. 12:15). Hélas ! il s’était introduit parmi eux de mauvais ouvriers qui cherchaient à les détourner de l’apôtre et de son enseignement. Paul fait brièvement allusion à eux dans sa première épître et les démasque entièrement dans la deuxième. C’étaient des hommes « enflés d’orgueil » (1 Cor. 4:18), « de faux apôtres, des ouvriers trompeurs » (2 Cor. 11:13).

L’apôtre écrit : « Au reste, ce qui est requis dans des administrateurs, c’est qu’un homme soit trouvé fidèle. Mais il m’importe fort peu, à moi, que je sois jugé par vous, ou de jugement d’homme ; et même je ne me juge pas moi-même. Car je n’ai rien sur ma conscience ; mais par là je ne suis pas justifié ; mais celui qui me juge, c’est le Seigneur. Ainsi ne jugez rien avant le temps, jusqu’à ce que le Seigneur vienne, qui aussi mettra en lumière les choses cachées des ténèbres, et qui manifestera les conseils des cœurs ; et alors chacun recevra sa louange de la part de Dieu » (1 Cor. 4:2-5).

En lisant ce passage, il nous faut bien distinguer ce qui concerne l’apôtre personnellement et ce qui s’applique à chaque serviteur du Seigneur. Nous sommes tous dans la situation d’administrateurs, qui ont reçu de la part du Seigneur des « biens » à faire valoir durant son absence, et dont ils auront à rendre compte à son retour (cf. Matt. 25:14-30 ; Luc 19:12-26). Cependant, une « administration » spéciale avait été confiée à Paul en rapport avec le « mystère caché dès les siècles en Dieu », mais révélé au temps convenable (Éph. 3:2-10 ; Col. 1:25-27). Et pour l’accomplissement de ce service, Paul avait reçu des dons exceptionnels. Mais quelle que soit la nature ou l’importance du service reçu, ce qui compte, c’est qu’un administrateur soit trouvé fidèle. Sa grande récompense, c’est l’approbation du Maître : « Bien, bon et fidèle esclave ; tu as été fidèle en peu de chose... entre dans la joie de ton Maître » (Mats. 25:21).

La distance que l’apôtre exprime relativement à l’appréciation des Corinthiens à son égard (v. 4) s’explique par l’existence des mauvais ouvriers qui étaient parmi eux. Il est bien clair qu’un serviteur du Seigneur, aujourd’hui, s’il a tant soit peu d’humilité, ne dira pas que l’avis de ses frères lui « importe fort peu ». Il est particulièrement précieux qu’un service chrétien puisse s’accomplir avec la communion de l’assemblée.

Il demeure pourtant vrai pour chacun de nous que notre responsabilité primordiale est devant le Seigneur. C’est à lui que nous rendrons compte. L’avis de nos frères et sœurs peut nous être utile, mais leur appréciation est sujette à défaillance, comme tout ce qui est humain. Comme l’apôtre, nous avons à écouter la voix de notre conscience, mais même si elle est entièrement à l’aise, nous pouvons nous tromper. Nous avons besoin d’être instruits par le Seigneur lui-même afin de discerner sa volonté. Il a toute autorité sur nous et c’est lui — le « juste juge » (2 Tim. 4:8) — qui évaluera notre vie et nos comportements selon sa parfaite justice.

Tout cela est de nature à nous donner une crainte salutaire dans l’accomplissement de notre service.

Au verset 5, Paul fait allusion au « temps » auquel le Seigneur jugera de tout. Ceci rappelle le « jour » du chapitre 3, dans lequel « l’ouvrage de chacun sera rendu manifeste » (v. 13). Quand le Seigneur viendra, il « mettra en lumière les choses cachées des ténèbres, et... manifestera les conseils des cœurs » (4:5). Actuellement, les motifs profonds de nos comportements et de nos actions demeurent hors de la vue de nos frères et sœurs, et nous-mêmes n’en avons pas toujours une conscience claire. En ce jour-là, le Seigneur mettra tout cela en lumière.

« C’est pourquoi aussi, que nous soyons présents ou que nous soyons absents, nous nous appliquons avec ardeur à lui être agréables. Car il faut que nous soyons tous manifestés devant le tribunal du Christ, afin que chacun reçoive les choses accomplies dans le corps, selon ce qu’il aura fait, soit bien, soit mal. Connaissant donc combien le Seigneur doit être craint, nous persuadons les hommes... » (2 Cor. 5:9-11).