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Jésus, notre souverain sacrificateur

dans l’épître aux Hébreux

J. A. Monard

ME 2007 p. 295-305 ; 327-336

Table des matières :

1      Introduction

2      Le but particulier de l’épître aux Hébreux

3      Sacrifice et sacrificateur

4      Aaron, type de Christ

5      La présence et l’activité de notre souverain sacrificateur dans le ciel

6      Christ, sacrificateur selon l’ordre de Melchisédec

7      Il a été consommé

8      Approchons-nous

9      Conclusion

10        Le service du Seigneur Jésus en faveur de ses rachetés, ailleurs dans le Nouveau Testament

 

 

1         Introduction

Le livre de l’Exode et les trois livres qui suivent nous présentent la délivrance d’Israël hors d’Égypte et la première alliance que Dieu a faite avec ce peuple. Nous y trouvons la loi (les dix commandements et de nombreuses ordonnances), la construction du tabernacle (une habitation de Dieu au milieu de son peuple) et l’institution d’un culte consistant essentiellement en sacrifices d’animaux, en aspersions de sang et en lavages d’eau. Des sacrificateurs officiaient dans ce service, ayant à leur tête Aaron, le souverain sacrificateur. La charge de celui-ci devait ensuite se transmettre à ses descendants.

Le système lévitique (du nom de Lévi, ancêtre de la tribu privilégiée qui avait reçu ce service, et à laquelle appartenait Aaron) a été en fonction jusqu’au temps de la venue de Jésus sur la terre, et même un peu après. Dans les évangiles et les Actes, il est souvent question des sacrificateurs et du souverain sacrificateur. La plupart d’entre eux ont été des ennemis de Jésus. Ce sont eux qui ont incité Pilate, le gouverneur romain, à ordonner sa crucifixion, et plus tard, ils ont déployé toute leur énergie à persécuter ses témoins. Néanmoins, le nombre de disciples se multipliant dans Jérusalem, beaucoup de sacrificateurs ont été amenés à la foi.

Dans le service lévitique, les sacrificateurs étaient en quelque sorte les intermédiaires entre les hommes et Dieu. Quand un Israélite apportait à l’Éternel une offrande — holocauste, offrande de gâteau, sacrifice de prospérités, sacrifice pour le péché (Lév. 1 à 4) — c’est le sacrificateur qui la présentait sur l’autel. Le souverain sacrificateur était le représentant du peuple devant Dieu et le chef spirituel du peuple (cf. Act. 23:5).

Les institutions de la loi nous présentent de nombreux types de Christ et des réalités du christianisme. Les sacrifices sont des types de Christ s’offrant à Dieu. Aaron, le souverain sacrificateur qui fait propitiation pour les péchés du peuple, est un type de Christ. Mais le changement de dispensation — le passage de celle de la loi à celle de la grâce — fait qu’il y a souvent d’immenses différences entre les « images », ou même les « ombres », et les « choses » elles-mêmes (Héb. 9:23 ; 10:1). L’épître aux Hébreux nous présente Christ comme « souverain sacrificateur ». C’est le seul livre du Nouveau Testament qui nous le présente sous ce caractère. Dans son enseignement, il se réfère constamment aux éléments typiques de la loi, principalement au jour des propitiations de Lévitique 16.

En tant qu’adorateurs, tous les croyants, tous ceux qui ont été lavés de leurs péchés dans le sang de Jésus, sont des « sacrificateurs » (Apoc. 1:6) ; ils constituent « une sainte sacrificature, pour offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ » (1 Pierre 2:5).

 

2         Le but particulier de l’épître aux Hébreux

Cette épître s’adresse aux Juifs devenus chrétiens. Comme le montrent abondamment le livre des Actes et plusieurs épîtres, les Juifs qui avaient reçu Jésus, même avec une foi réelle, avaient beaucoup de peine à se détacher des cérémonies et des prescriptions dans lesquelles ils avaient été élevés, et à comprendre la liberté chrétienne. L’épître aux Hébreux a pour but de les éclairer à ce sujet. En outre, elle adresse des exhortations solennelles à des personnes qui semblaient avoir adopté la foi chrétienne, mais étaient en danger de l’abandonner pour retourner au judaïsme.

D’un bout à l’autre, l’épître s’attache à montrer la grandeur et l’excellence de Jésus, et sa supériorité incomparable. Il est présenté comme le chef de notre salut (2:10), l’apôtre qui nous a apporté le message de Dieu et le souverain sacrificateur de notre confession (3:1). Dans cette perspective, l’auteur de l’épître compare Jésus — surtout sa personne, mais aussi son office — au souverain sacrificateur du judaïsme maintenant révolu.

 

3         Sacrifice et sacrificateur

Dès son début, l’épître met en évidence l’œuvre accomplie par le Seigneur Jésus à la croix et la place glorieuse qu’il occupe maintenant : « Ayant fait par lui-même la purification des péchés, il s’est assis à la droite de la majesté dans les hauts lieux » (1:3). Ce thème est comme un refrain qui revient sans cesse dans l’épître.

Les sacrificateurs lévitiques offraient à Dieu des sacrifices d’animaux. Les victimes offertes représentaient Christ dans son excellence s’offrant à Dieu — celui qui « s’est offert lui-même » « une fois pour toutes » (7:27), qui « s’est offert lui-même à Dieu sans tache » (9:14), qui a « été offert une fois pour porter les péchés de plusieurs » (9:28), celui qui « ayant offert un seul sacrifice pour les péchés, s’est assis à perpétuité à la droite de Dieu » (10:12). En ce qui concerne l’œuvre de la croix, Jésus est évidemment le sacrifice et non le sacrificateur. C’est seulement dès son élévation dans le ciel qu’il nous est présenté comme souverain sacrificateur.

 

4         Aaron, type de Christ

Aaron est un type de Christ en ce qui concerne la fonction qui lui était dévolue, mais quant à sa personne, il ne l’a guère été.

L’institution lévitique essentielle, dont s’occupe l’épître aux Hébreux presque exclusivement, est le grand « jour des propitiations », le dixième jour du septième mois (Lév. 23:27). On en trouve la description détaillée dans le chapitre 16 du Lévitique. Seul le souverain sacrificateur, et ce jour-là seulement, était autorisé à pénétrer dans le lieu très saint du tabernacle, au-delà du voile qui séparait le lieu saint du lieu très saint. Autrement, personne ne pouvait entrer, sous peine de mort, dans le lieu où se trouvait l’arche, symbole de la présence de Dieu. Cette prescription mettait en évidence que l’homme pécheur ne pouvait s’approcher du Dieu saint (cf. Héb. 9:8). Dieu manifestait sa bonté ou son jugement dans ses voies envers son peuple, mais l’homme était tenu à distance, parce que la véritable propitiation pour les péchés n’était pas encore accomplie.

En ce jour des propitiations, le souverain sacrificateur devait d’abord apporter à Dieu le sang d’un taureau qu’il avait offert pour lui-même en sacrifice pour le péché et en faire aspersion dans le sanctuaire, devant le propitiatoire. Ensuite, il devait égorger un bouc en sacrifice pour le péché pour le peuple, traverser de nouveau le voile, entrer dans le lieu très saint avec le sang de ce bouc et faire propitiation pour les fils d’Israël. Dans ce second acte, il est l’image de Christ qui, après s’être offert lui-même à Dieu, est entré dans le ciel même « avec son propre sang » (Héb. 9:12).

 

5         La présence et l’activité de notre souverain sacrificateur dans le ciel

L’épître accentue de la façon la plus forte l’importance de la présence de Christ dans le ciel. Ce n’est pas simplement en raison de l’office qu’il y accomplit en notre faveur, mais parce que sa présence là, son œuvre étant achevée, a une signification et une portée qui doivent retenir toute notre attention. Nous sommes sur la terre, mais le chef de notre salut est entré dans le ciel et s’est assis à la droite de Dieu (1:3 ; 2:9...). Il y est entré avec son propre sang et a obtenu pour les siens une rédemption éternelle. Un homme est maintenant dans le ciel, Jésus, le Fils de Dieu. Il y est « entré comme précurseur pour nous » (6:20). Il a amené ses rachetés à Dieu, les ayant rendus propres pour sa présence. Ils peuvent s’approcher de Dieu en toute confiance et en toute liberté.

La première apparition de ce titre de souverain sacrificateur se trouve à la fin du chapitre 2 : « C’est pourquoi il dut, en toutes choses, être rendu semblable à ses frères, afin qu’il fût un miséricordieux et fidèle souverain sacrificateur dans les choses qui concernent Dieu, pour faire propitiation pour les péchés du peuple. Car, en ce qu’il a souffert lui-même, étant tenté, il est à même de secourir ceux qui sont tentés » (2:17, 18).

Son humanité est mise en évidence ici. C’est comme homme que Jésus est souverain sacrificateur, et non comme Dieu.

Dans les versets précédents, il est rappelé que si, par notre naissance, nous avions « part au sang et à la chair » — c’est-à-dire à la condition humaine — « lui aussi semblablement y a participé » (2:14), afin de pouvoir mourir et nous délivrer par sa mort. Et maintenant que nous sommes ses rachetés, il n’a pas honte de nous appeler « frères » (v. 11).

Par son sang, il a fait propitiation pour nos péchés. L’auteur de l’épître dit : « pour les péchés du peuple » parce qu’il s’adresse à des Juifs et qu’il leur rappelle l’institution du Lévitique (cf. 16:24, 30, 33, 34).

Mais ce n’est pas seulement l’œuvre de propitiation accomplie par Jésus qui est placée ici devant nous. Son humanité et toute sa vie sur la terre l’ont conduit à connaître expérimentalement la condition de l’homme. Dans sa nature humaine sans trace de péché, il a souffert étant tenté, et ainsi il est à même de secourir ceux qui sont tentés. Le mot tentation, dans la Bible, peut avoir le sens d’une incitation au mal (Matt. 4:1 ; Luc 4:13 ; Jacq. 1:13, 14) comme aussi celui d’une épreuve (Luc 22:28 ; 1 Cor. 10:13 ; Gal. 4:14 ; Jacq. 1:2, 12). Notre Seigneur a connu toutes les épreuves qu’un homme peut connaître. Mais en ce qui concerne l’incitation au mal, il y a une grande différence entre lui et nous. Lorsque nous sommes tentés ainsi, à la sollicitation extérieure répond le désir de notre nature pécheresse. Par contre, la nature humaine de notre Seigneur était absolument exempte de péché et la tentation, ne venant que de l’extérieur, ne pouvait être qu’une souffrance pour lui. Elle est d’ailleurs aussi une souffrance pour le nouvel homme.

Malgré la différence entre l’homme parfait et les hommes que nous sommes, ce passage nous dit que, parce qu’il a « souffert lui-même, étant tenté, il est à même de secourir ceux qui sont tentés ».

Nous trouvons un passage similaire à la fin du chapitre 4 : « Ayant donc un grand souverain sacrificateur qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu, tenons ferme notre confession ; car nous n’avons pas un souverain sacrificateur qui ne puisse sympathiser à nos infirmités, mais nous en avons un qui a été tenté en toutes choses comme nous, à part le péché. Approchons-nous donc avec confiance du trône de la grâce, afin que nous recevions miséricorde et que nous trouvions grâce pour avoir du secours au moment opportun » (4:14-16).

Jésus a « traversé les cieux ». Il ne s’agit pas ici de sa venue du ciel sur la terre, car il n’est pas venu ici-bas comme souverain sacrificateur. C’est une allusion au souverain sacrificateur de Lévitique 16 qui, traversant le voile, pénétrait dans le lieu de la présence de Dieu. Jésus, son œuvre de rédemption achevée, est monté au ciel et s’est assis à la droite de Dieu.

Ayant donc un tel souverain sacrificateur, « tenons ferme notre confession », c’est-à-dire la foi chrétienne que nous professons. L’exhortation avait une résonance particulière pour les chrétiens juifs de cette époque.

Le passage de la fin du chapitre 2 nous parlait du secours que nous trouvons en lui dans nos difficultés ; celui-ci nous parle de sa sympathie dans nos infirmités. Comme le précédent, il mentionne les tentations, ou les épreuves, auxquelles il a été soumis lors de son passage sur la terre. Rien de ce qui peut nous arriver ne lui est inconnu, il a été tenté en toutes choses comme nous. Mais : « à part le péché » ! Dans son humanité parfaite, il n’y avait rien qui ressemble à cette volonté propre, à ces convoitises ou à cet orgueil qui sont incrustés dans notre nature.

Notre Seigneur, en raison de ce qu’il a vécu et souffert comme homme, sympathise à nos infirmités, mais il ne peut pas sympathiser à nos manquements. Le péché, sous toutes ses formes, est toujours odieux à ses yeux. Il a souffert à cause de nos péchés. Sur la croix, il a subi le jugement qu’ils méritaient de la part du Dieu saint. Il ne les prendra jamais à la légère. Il n’aura jamais d’indulgence pour nos péchés, comme pourrait en avoir un homme qui est lui-même sujet à pécher. En revanche, il peut sympathiser à nos infirmités, à notre faiblesse.

Ayant donc ce « grand souverain sacrificateur », « approchons-nous... avec confiance du trône de la grâce ». C’est le trône de Dieu. Comme résultat de l’œuvre de propitiation accomplie par notre Seigneur, nous pouvons nous approcher de Dieu lui-même, que nous connaissons comme un Dieu de grâce. Il peut déployer toute sa grâce envers nous parce que sa justice a été satisfaite. Et c’est auprès de ce trône de grâce, auprès de Dieu lui-même, que nous trouvons le secours au moment opportun.

Le chapitre 5 de l’épître introduit le titre glorieux de « souverain sacrificateur selon l’ordre de Melchisédec », sujet sur lequel l’épître s’étend abondamment et sur lequel nous reviendrons plus loin.

Toujours en rapport avec la présence et l’activité de notre Seigneur dans le ciel, nous nous arrêtons maintenant sur quelques versets du chapitre 7. En contraste avec les sacrificateurs lévitiques qui n’exerçaient leur fonction qu’un temps, puis mouraient et la transmettaient à d’autres, l’auteur parle de Celui qui, « parce qu’il demeure éternellement, a la sacrificature qui ne se transmet pas » (v. 24). Il ajoute : « De là vient aussi qu’il peut sauver entièrement ceux qui s’approchent de Dieu par lui, étant toujours vivant pour intercéder pour eux. Car un tel souverain sacrificateur nous convenait, saint, innocent, sans souillure, séparé des pécheurs, et élevé plus haut que les cieux » (v. 25, 26).

Deux éléments de son activité en notre faveur sont présentés ici : son intercession et, ce qui en résulte, le fait qu’il nous sauvera entièrement, c’est- à-dire jusqu’à l’achèvement. Dans le Nouveau Testament, le verbe « intercéder » ne se trouve que quatre fois : ici et trois fois en Romains 8. Là il nous est dit que l’Esprit de Dieu intercède pour nous (v. 26, 27) et un peu plus loin : « C’est Christ qui est mort, mais plutôt qui est aussi ressuscité, qui est aussi à la droite de Dieu, qui aussi intercède pour nous » (v. 34). En substance, c’est la même déclaration qu’ici. Christ a achevé l’œuvre de propitiation qui nous a réconciliés avec Dieu, et tandis que nous marchons sur la terre, en butte à toutes sortes de difficultés et de tentations, nous sommes les objets de la fidèle intercession et du secours efficace de Celui qui nous a devancés dans la gloire du ciel. Et ainsi nous l’atteindrons certainement. Quelle bénédiction pour nous de le savoir !

Le chapitre 8 commence par une sorte de résumé de ce qui a été exposé précédemment dans l’épître : « Or la somme de ce que nous disons, c’est que nous avons un tel souverain sacrificateur qui s’est assis à la droite du trône de la majesté dans les cieux » (8:1). L’accent est mis ici sur la valeur pour nous de la présence du Seigneur dans le ciel, auprès de Dieu.

Le chapitre 9 développe avec force l’analogie — mais aussi le contraste — entre le service d’Aaron le jour des propitiations et l’élévation du Seigneur Jésus dans le ciel, lorsque son œuvre a été achevée. « Mais Christ étant venu, souverain sacrificateur des biens à venir, par le tabernacle plus grand et plus parfait qui n’est pas fait de main, c’est-à-dire qui n’est pas de cette création, et non avec le sang de boucs et de veaux, mais avec son propre sang, est entré une fois pour toutes dans les lieux saints, ayant obtenu une rédemption éternelle » (v. 11, 12).

Aaron entrait dans le lieu très saint une fois par année. Jésus est entré « une fois pour toutes » dans le ciel — le tabernacle qui n’est pas fait de main. Aaron devait d’abord présenter le sang « pour lui-même » avant de pouvoir le présenter « pour le peuple » (5:3 ; 9:7). Rien de tel en ce qui concerne le Seigneur ! Aaron apportait « un sang autre que le sien », mais Jésus s’est présenté devant Dieu « avec son propre sang ». C’est un langage figuré qui exprime qu’il est entré dans le ciel dans toute la valeur et la portée de l’œuvre accomplie à la croix. Par son entrée dans le sanctuaire, Aaron obtenait une rédemption temporaire, extérieure et bien insuffisante — « car il est impossible que le sang de taureaux et de boucs ôte les péchés » (10:4). Mais par son entrée dans le ciel, Christ a « obtenu une rédemption éternelle ».

Et maintenant, il paraît pour nous devant Dieu. « Car le Christ n’est pas entré dans des lieux saints faits de main, copie des vrais, mais dans le ciel même, afin de paraître maintenant pour nous devant la face de Dieu » (v. 24). Ce verset ne mentionne pas son activité, quelque précieuse qu’elle soit, mais le fait qu’il est là — qu’il est là pour nous. Sa présence auprès de Dieu est notre sécurité ; elle est le témoignage que notre place est là.

Ainsi, l’accès à Dieu nous a été ouvert. Nous pouvons nous présenter devant lui en toute liberté. Non seulement pour le prier, comme à la fin du chapitre 4, mais pour l’adorer. « Ayant donc, frères, une pleine liberté pour entrer dans les lieux saints par le sang de Jésus, par le chemin nouveau et vivant qu’il nous a consacré à travers le voile, c’est-à-dire sa chair, et ayant un grand sacrificateur établi sur la maison de Dieu, approchons-nous avec un cœur vrai, en pleine assurance de foi, ayant les cœurs par aspersion purifiés d’une mauvaise conscience et le corps lavé d’eau pure » (10:19-22).

Nous avons un grand sacrificateur auprès de Dieu, nous avons un chemin vivant ouvert jusqu’à Dieu, nos cœurs ont été purifiés d’une mauvaise conscience, nous avons été lavés de tous nos péchés. Nous avons donc une pleine liberté d’entrer jusque dans la présence de Dieu. Alors approchons-nous de lui dans la reconnaissance et dans l’adoration. Notre grand sacrificateur est là, et c’est sous son regard que nous nous approchons. Il a fait tout ce qui était nécessaire pour cela.

 

6         Christ, sacrificateur selon l’ordre de Melchisédec

Aaron et Melchisédec sont tous deux des types de Christ. Mais, contrairement aux sacrificateurs lévitiques, auxquels sont consacrés de nombreux chapitres de la loi de Moïse, toute l’histoire de Melchisédec tient en trois versets de Genèse 14 (v. 18-20). Il s’agit d’un personnage mystérieux, dont l’ascendance et la descendance ne sont pas connues, qui apparaît au moment opportun pour accomplir un service auprès d’Abraham, puis disparaît. Il est à la fois roi et sacrificateur. Son nom, « Melchisédec », signifie « roi de justice » et son titre, « roi de Salem », « roi de paix ». Ce qui nous est dit de lui en fait un type de Christ dans le Millénium, lorsqu’il « sera sacrificateur sur son trône » (Zach. 6:13).

Le psaume 110, qui s’applique clairement à Christ, fait une mention brève mais très importante de Melchisédec : « L’Éternel a juré, et il ne se repentira point : Tu es sacrificateur pour toujours, selon l’ordre de Melchisédec » (v. 4). Cette déclaration est citée plusieurs fois dans l’épître aux Hébreux et fournit à son auteur l’occasion de montrer la supériorité de Melchisédec sur Aaron. Ce ne sont pas les services de ces deux hommes qui sont comparés, mais la gloire de leur personne. En réalité, la comparaison — faite surtout de contrastes — est entre Aaron et Christ (sacrificateur selon l’ordre de Melchisédec) de manière à montrer aux Hébreux que la dispensation de la loi était révolue et qu’ils devaient fixer les yeux sur Jésus dans le ciel.

Au chapitre 5 (v. 4-6), nous trouvons d’abord une similitude : Aaron ne s’est pas arrogé l’honneur de la sacrificature, mais Dieu l’a appelé à cela. « De même le Christ aussi ne s’est pas glorifié lui-même pour être fait souverain sacrificateur », mais ce titre lui a été décerné par Dieu. Suivent les deux déclarations divines des psaumes 2 et 110 : « Tu es mon Fils ; moi je t’ai aujourd’hui engendré » et « Tu es sacrificateur pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédec ». Celui qui a été appelé à cette fonction sacerdotale n’est pas un homme ordinaire, mais Celui auquel Dieu peut dire : « Tu es mon Fils ».

L’auteur de l’épître avait « beaucoup de choses à dire » au sujet de Melchisédec, des choses « difficiles à expliquer ». Il consacre tout le chapitre 7 à ce sujet et mentionne de nombreux contrastes. Melchisédec, présenté sans généalogie, sans commencement de jours ni fin de vie (v. 3), mais comme un homme qui vit (v. 8) est bien l’image de Christ qui « demeure sacrificateur à perpétuité » (v. 3). Melchisédec était plus grand qu’Abraham — aussi élevé qu’ait été le patriarche — puisque celui-ci lui a donné la dîme (v. 4). À travers Abraham, la tribu de Lévi (tribu à laquelle appartient Aaron et qui reçoit les dîmes des fils d’Israël) a pour ainsi dire donné la dîme à Melchisédec (v. 9, 10). Autre marque de supériorité, Melchisédec a béni Abraham, « celui qui avait les promesses » (v. 6), et « sans contredit, le moindre est béni par celui qui est plus excellent » (v. 7).

Ainsi, l’Ancien Testament annonçait déjà que devait se lever un sacrificateur d’un autre ordre que celui d’Aaron. Cela indiquait que le système de la loi n’était que pour un temps, car le changement de sacrificature implique nécessairement un changement de loi (v. 12). Or notre Seigneur a surgi de la tribu de Juda, non de celle de Lévi, et il a été établi « selon la puissance d’une vie impérissable », non dans la condition des sacrificateurs que la mort empêchait de demeurer (v. 16, 23).

« Il y a abrogation du commandement qui a précédé, à cause de sa faiblesse et de son inutilité (car la loi n’a rien amené à la perfection), et introduction d’une meilleure espérance par laquelle nous approchons de Dieu » (v. 18, 19). Christ est « médiateur d’une meilleure alliance... établie sur de meilleures promesses » (8:6).

Autre fait qui établit la supériorité de la nouvelle alliance, les sacrificateurs de l’ancienne recevaient leur fonction sans serment, mais Jésus, garant de la nouvelle, l’a été fait par serment divin : « Le *Seigneur a juré et ne se repentira pas... » (7:20-22).

De plus, ces sacrificateurs exerçaient leur service pendant un temps, puis mouraient et étaient remplacés par d’autres, mais notre sacrificateur, parce qu’il demeure éternellement, parce qu’il est « toujours vivant », peut sauver jusqu’à l’achèvement ceux qui s’approchent de Dieu par lui (v. 24, 25).

Il faut bien distinguer le sacrificateur selon l’ordre de Melchisédec et une sacrificature selon cet ordre. Concernant cette sacrificature, l’Écriture ne nous dit que très peu de chose : il n’y a que le tableau typique de Genèse 14, évoquant ce qui aura lieu dans le Millénium, et la prophétie de Zacharie 6, annonçant que le Messie sera alors sacrificateur sur son trône. Cette sacrificature est future, et s’exercera sur la terre. En revanche, quant à sa personne, Christ dans le ciel est actuellement sacrificateur selon l’ordre de Melchisédec. L’épître aux Hébreux le présente ainsi pour mettre en évidence sa gloire personnelle, mais quant au service accompli, elle le compare ou le met en contraste toujours avec Aaron.

En ce qui concerne le service de Melchisédec, le chapitre 14 de la Genèse nous apprend qu’il bénit Abraham de la part de Dieu (v. 19) et bénit Dieu qui a accordé à Abraham une victoire entière dans la guerre contre les rois coalisés (v. 20). En type, ceci porte nos regards sur Christ dans la gloire millénaire.

Mais le service de Melchisédec envers le patriarche comporte encore d’autres traits d’un intérêt particulier : Il lui fait apporter du pain et du vin pour le réconforter après une bataille, et lui parle du « Dieu Très-Haut, possesseur des cieux et de la terre » (v. 19). Abraham saisit la portée de cette communication, dont l’effet est de fixer ses yeux sur Celui qui est le possesseur de toutes choses. Ainsi fortifié dans sa foi, un instant après, il décline sans hésitation les offres du roi de Sodome (v. 22). Il a déjà tant reçu et doit encore tant recevoir de ce Dieu Très-Haut, possesseur des cieux et de la terre, qu’il ne peut accepter d’être enrichi par l’un des rois de ce monde. Non, il ne prendra rien de lui, ni un fil ni une courroie de sandale, de peur que celui-ci puisse se vanter de l’avoir enrichi.

 

7         Il a été consommé

Trois fois dans l’épître aux Hébreux, il est dit que Jésus a été « consommé » (version Darby) ou rendu parfait. Une note nous indique que ce mot exprime l’idée de « faire tout ce qui est nécessaire pour rendre propre à remplir un office ».

Le premier passage est : « Car il convenait pour [Dieu], à cause de qui sont toutes choses et par qui sont toutes choses, que, amenant plusieurs fils à la gloire, il consommât le chef de leur salut par des souffrances » (2:10). C’est par les souffrances qu’il a endurées sur la terre — les souffrances pendant sa vie et les souffrances de la croix — que notre Seigneur a été rendu propre à accomplir son office de souverain sacrificateur dans le ciel, où il se trouve maintenant.

Le deuxième passage exprime une pensée semblable. Il évoque les souffrances de Christ de façon particulièrement émouvante et nous dit qu’il a « appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes » (5:7, 8). « Et ayant été consommé, il est devenu, pour tous ceux qui lui obéissent, l’auteur du salut éternel, étant salué par Dieu souverain sacrificateur selon l’ordre de Melchisédec » (5:9, 10).

Le troisième passage souligne le contraste entre les souverains sacrificateurs établis par la loi et « qui sont dans l’infirmité », et le Fils de Dieu, établi dans son office par le serment divin, et « qui est consommé pour l’éternité » (7:28).

Ainsi, à toute la gloire de sa personne s’ajoute tout ce qu’il a acquis par son chemin de douleurs sur la terre, pour le rendre parfaitement propre à accomplir ce merveilleux service de souverain sacrificateur. Que nos yeux soient fixés davantage sur lui !

 

8         Approchons-nous

Nous désirons revenir à quelques passages importants déjà considérés, ceux où il est question de s’approcher de Dieu.

Dans l’ordre de choses institué par la loi de Moïse, Dieu habitait au milieu de son peuple, mais il demeurait caché dans le lieu très saint du tabernacle. L’homme n’avait pas accès à sa présence. On s’approchait en quelque mesure de Dieu par des sacrifices, mais « la loi... ne peut jamais, par les mêmes sacrifices que l’on offre continuellement chaque année, rendre parfaits ceux qui s’approchent » (10:1). De fait, l’homme restait nécessairement à distance.

Mais, Christ étant venu, ayant accompli son œuvre et étant entré dans le sanctuaire, « il y a abrogation du commandement qui a précédé, à cause de sa faiblesse et de son inutilité... et introduction d’une meilleure espérance par laquelle nous approchons de Dieu » (7:18, 19). Notre souverain sacrificateur « peut sauver entièrement ceux qui s’approchent de Dieu par lui, étant toujours vivant pour intercéder pour eux » (7:25).

Et par deux fois, l’épître nous adresse la pressante invitation : « Approchons-nous » :

·         une première fois en rapport avec nos infirmités et nos besoins : « Approchons-nous donc avec confiance du trône de la grâce, afin que nous recevions miséricorde et que nous trouvions grâce pour avoir du secours au moment opportun » (4:16),

·         une seconde fois en rapport avec notre culte : « Ayant donc, frères, une pleine liberté pour entrer dans les lieux saints par le sang de Jésus, par le chemin nouveau et vivant qu’il nous a consacré..., et ayant un grand sacrificateur établi sur la maison de Dieu, approchons-nous avec un cœur vrai, en pleine assurance de foi » (10:19-22).

Ces deux invitations sont introduites par la constatation que nous avons « un grand souverain sacrificateur » (4:14) ou « un grand sacrificateur » (10:21). C’est parce que nous l’avons que nous pouvons nous approcher en toute liberté.

 

9         Conclusion

L’épître aux Hébreux nous présente la personne glorieuse de notre souverain sacrificateur. Elle souligne l’importance de sa présence dans le ciel et la valeur de sa sympathie, de son intercession et de son activité en notre faveur, le tout en rapport avec nos infirmités. Comme nous avons pu le remarquer, les mentions d’Aaron ou de ses descendants sont là plus souvent pour le contraste que pour l’analogie.

Il est hors de doute qu’Aaron, dans son office, est un type de Christ. Mais, dans les applications que nous pouvons faire en lisant l’Exode ou les livres suivants, il est important de nous souvenir des différences essentielles qui résultent du changement de dispensation. Aaron, le souverain sacrificateur, était l’intermédiaire entre le peuple et l’Éternel, à une époque où l’accès à Dieu n’était pas ouvert. Maintenant, nous avons une pleine liberté de nous approcher de Dieu « par le sang de Jésus », par le chemin qu’il nous a frayé jusqu’à lui. Comme le dit l’épître aux Éphésiens, nous avons été « approchés par le sang du Christ » (2:13). « Par lui nous avons, les uns et les autres, accès auprès du Père par un seul Esprit » (2:18). Par Christ, nous sommes amenés en contact direct avec le Père, comme le Seigneur le déclare à ses disciples en Jean 16. Et ainsi, notre souverain sacrificateur n’a pas la fonction d’un intermédiaire qui mettrait quelque distance entre Dieu et nous. Nous ne lui apportons pas des prières ou des louanges pour qu’il les transmette à Dieu. Nous nous adressons directement à Dieu. Mais nous le faisons « par lui ». « Offrons donc, par lui, sans cesse à Dieu un sacrifice de louanges, c’est-à-dire le fruit des lèvres qui confessent son nom » (Héb. 13:15). Nous sommes « une sainte sacrificature, pour offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ » (1 Pierre 2:5). Il est le chemin par lequel nous allons jusqu’à Dieu.

 

10    Le service du Seigneur Jésus en faveur de ses rachetés, ailleurs dans le Nouveau Testament

Nous nous sommes arrêtés en détail sur ce qui nous est présenté de ce service dans l’épître aux Hébreux : son activité comme souverain sacrificateur.

La première épître de Jean nous présente un autre aspect de son service envers nous : « Si quelqu’un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus Christ, le juste ; et lui est la propitiation pour nos péchés » (1 Jean 2:1, 2). Le mot traduit ici par avocat désigne le soutien et le défenseur des intérêts de celui pour lequel il plaide (cf. note de la version J.N. Darby). Ce service de Jésus n’a rien de commun avec celui des avocats de ce monde, qui cherchent à minimiser la culpabilité de leurs clients. Nos péchés sont aussi horribles aux yeux de Christ qu’à ceux de Dieu. Mais son œuvre à la croix les a expiés, et il est lui-même la propitiation pour nos péchés. Soulignons qu’il est question ici de nos manquements, tandis que l’épître aux Hébreux nous parle de son service en rapport avec nos infirmités. Il ne nous est pas toujours possible de tracer une frontière nette entre les uns et les autres, mais quoi qu’il en soit, son activité est ce qui répond à nos besoins.

Dans ces deux fonctions de souverain sacrificateur et d’avocat, le Seigneur agit auprès de Dieu, ou auprès du Père. Mais le Nouveau Testament nous révèle encore d’autres formes de son activité en notre faveur.

Le chapitre 13 de Jean nous rapporte la scène dans laquelle le Seigneur lave les pieds de ses disciples. Il explique à Pierre : « Celui qui a tout le corps lavé n’a besoin que de se laver les pieds » (v. 10). Il y a un lavage initial complet, puis un lavage nécessaire lorsque, dans la marche, les pieds ont été souillés.

Ceux qui ont reçu Jésus comme leur Sauveur ont été purifiés de leurs péchés une fois pour toutes. Ils ont été, comme le dit l’épître aux Hébreux, « rendus parfaits à perpétuité » (10:14). Mais la marche dans un monde souillé amène des souillures à nos pieds. C’est l’image des manquements que nous commettons au cours de notre vie. Le Seigneur lui-même s’en occupe en « lavant nos pieds », c’est-à-dire en nous amenant, par les divers moyens dont il dispose, à confesser nos fautes. Il le fait pour que nous ayons communion avec lui (cf. Jean 13:8).

Dans ce qu’ils nous rapportent du reniement de Pierre, et particulièrement de ce qui l’a précédé et l’a suivi, les Évangiles nous donnent une grande instruction quant au service du Seigneur en notre faveur. Pierre avait de la confiance en lui-même, ce qui est déjà une faute sérieuse. Alors, Jésus l’avertit de la chute grave qu’il va faire, et Pierre se permet de le contredire (Marc 14:31). Mais le Seigneur avait prié pour son disciple, afin que sa foi ne défaille pas. Et avant sa chute, il lui donne des encouragements en rapport avec sa restauration et son service futur (Luc 22:32). Au moment du reniement, il y a le regard du Seigneur qui amène Pierre à se souvenir de l’avertissement qu’il avait reçu, et qui produit chez lui une vraie repentance (v. 61). Le jour de la résurrection, le Seigneur continue ses soins envers son disciple dans un entretien particulier sur lequel la Parole ne nous donne aucun détail (Luc 24:34). Et quelques jours plus tard, il y a cet entretien au bord du lac de Génésareth, où le Seigneur sonde profondément le cœur de son disciple et produit sa pleine restauration.

L’apôtre Paul a fait bien des fois l’expérience de la sympathie et du secours du Seigneur dans ses infirmités et ses circonstances difficiles. Sans nous arrêter en détail sur ce sujet, signalons simplement l’infirmité particulière dont souffrait l’apôtre — cette « écharde dans la chair » — au sujet de laquelle il avait supplié trois fois le Seigneur (2 Cor. 12:7-9). Le secours qu’il lui accordait à cet égard n’était pas une délivrance de l’écharde, mais la force de la supporter. Le Seigneur savait qu’elle lui était nécessaire et lui avait dit : « Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans l’infirmité ».

Tous ces passages se complètent mutuellement et nous encouragent.