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Jésus devant Pilate

J. A. Monard

ME 2005 p. 132-140


: Perfection de Jésus en face de la perversion de l'homme, et de l'homme religieux en particulier : le procès inique de Jésus


Table des matières :

1      Le récit de Matthieu (27:11-26)

2      Le récit de Luc (23:1-25)

3      Le récit de Jean — première partie (18:28-40)

4      Le récit de Jean — seconde partie (19:1-16)

 

 

Les quatre évangiles présentent cette scène douloureuse et émouvante. Nous nous arrêterons d’abord sur le récit de Matthieu, qui nous en donne les éléments essentiels, puis sur les compléments que nous fournissent Luc, et surtout Jean. Le récit de Marc est assez semblable à celui de Matthieu.

 

1         Le récit de Matthieu (27:11-26)

Jésus vient de comparaître devant le sanhédrin — le tribunal religieux des Juifs — qui a conclu : « Il mérite la mort » (26:66). Puis les principaux sacrificateurs et les anciens du peuple livrent Jésus à Ponce Pilate, le gouverneur romain, pour qu’il prononce sa condamnation.

La grande différence entre les chefs religieux juifs et Pilate est que les premiers haïssent Jésus et veulent à tout prix le mettre à mort, tandis que le second est indifférent. Il s’efforcera d’éviter une condamnation qu’il estime injuste. Néanmoins, par faiblesse, il cédera.

L’attitude de Jésus, dans tout ce procès, est admirable. Nous pourrons voir avec quelle sagesse il garde le silence ou prononce une parole, quand celle-ci est nécessaire.

Pilate entre en matière en reprenant le sujet d’accusation que les Juifs portent à Jésus. Il lui demande : « Es-tu, toi, le roi des Juifs ? » (v. 11). À la question fondamentale que le souverain sacrificateur avait posée à Jésus — à savoir s’il était le Fils de Dieu — notre Seigneur avait clairement répondu, ne faisant rien pour esquiver un témoignage qui allait entraîner sa condamnation (cf. 26:63). De même, à la question fondamentale de Pilate, qui a pour objet le point sur lequel le gouverneur doit être le plus sensible, Jésus répond : « Tu le dis ». Il n’adapte pas sa réponse, comme nous avons parfois tendance à le faire, pour en atténuer les conséquences possibles. Il rend clairement témoignage de ce qu’il est. « Il a fait la belle confession devant Ponce Pilate » (1 Tim. 6:13).

En revanche, en face des nombreuses accusations erronées dont les Juifs l’accablent, le Seigneur ne répond rien. Le gouverneur s’en étonne et lui demande : « N’entends-tu pas de combien de choses ils portent témoignage contre toi ? » Mais Jésus ne lui répond « pas même un seul mot » (v. 14).

Se rendant compte que les Juifs lui ont livré Jésus « par envie », Pilate essaye d’échapper à sa responsabilité en utilisant une coutume de l’époque : celle de relâcher un prisonnier à la foule, lors de la fête annuelle. Mais son stratagème échoue. La foule, incitée par ses conducteurs spirituels, lui demande de relâcher Barabbas, un meurtrier. Et la question de Pilate, au sujet de Jésus : « Mais quel mal a-t-il fait ? » ne les amène qu’à crier encore plus fort : « Qu’il soit crucifié ! » (v. 23).

Tous les éléments sont là, sur le plan humain, pour que Pilate puisse conclure à l’innocence de Jésus. En outre, Dieu lui-même intervient pour qu’un témoignage supplémentaire à ce sujet lui soit fourni de façon providentielle. Cette nuit-là, la femme de Pilate a un songe qui la fait beaucoup souffrir. Et le matin, alors que son mari est « assis sur le tribunal », elle lui envoie dire : « N’aie rien à faire avec ce juste » (v. 19). Si indigne et lâche que nous paraisse le gouverneur, Dieu fait encore appel à sa conscience, pour le détourner si possible de son mauvais chemin.

Pilate se montre incapable d’en profiter. Devant le tumulte qui s’élève parmi le peuple, le gardien de l’ordre relâche Barabbas et prononce la crucifixion de Jésus, espérant échapper à sa responsabilité en se lavant les mains devant la foule. Mais sa déclaration publique « Je suis innocent du sang de ce juste » n’a pas la moindre valeur. Elle établit sa culpabilité.

Il y ajoute encore en donnant à ses soldats l’ordre de faire fouetter Jésus, quelles que puissent être ses intentions en faisant cela.

 

2         Le récit de Luc (23:1-25)

Luc nous fournit quelques détails supplémentaires. Il nous apprend en quels termes les chefs religieux ont accusé Jésus lorsqu’ils l’ont livré à Pilate : « Nous avons trouvé cet homme pervertissant notre nation et défendant de donner le tribut à César, se disant lui-même être le Christ, un roi » (v. 2). Leurs propos ne convainquent pas le gouverneur, qui leur déclare une première fois : « Je ne trouve aucun crime en cet homme ». Mais ils insistent, affirmant qu’il « soulève le peuple, enseignant par toute la Judée, ayant commencé depuis la Galilée jusqu’ici » (v. 5). Cette déclaration offre à Pilate l’espoir d’une échappatoire. Si l’homme est Galiléen, c’est par Hérode que l’affaire doit être tranchée. Hérode est justement à Jérusalem à ce moment-là, et Pilate lui renvoie les plaignants.

Hérode se réjouit d’abord, espérant voir quelque miracle opéré par Jésus. Mais la curiosité, ou l’intérêt intellectuel pour cette personne exceptionnelle, n’ont aucune valeur aux yeux de Dieu. Hérode interroge longuement Jésus, mais celui-ci ne lui répond pas un mot. Finalement, Hérode le traite avec mépris, le revêt d’un vêtement éclatant et le renvoie à Pilate (v. 8-11).

Celui-ci assemble alors les principaux sacrificateurs, les chefs et le peuple, et leur déclare que ni lui ni Hérode n’ont trouvé quoi que ce soit de mal en Jésus, « rien qui soit digne de mort ». « L’ayant donc châtié — dit-il — je le relâcherai » (v. 16).

Quand le peuple doit choisir entre Barabbas et Jésus, et que toute la multitude s’écrie : « Ôte celui-ci, et relâche-nous Barabbas », Pilate s’adresse de nouveau à la foule, « désirant relâcher Jésus » (v. 20). Alors qu’ils s’écrient : « Crucifie, crucifie-le ! », Pilate « leur dit pour la troisième fois : Mais quel mal celui- ci a-t-il fait ? » Cependant ils insistent à grands cris, demandant qu’il soit crucifié.

Finalement, Pilate se plie à la volonté du peuple ; il condamne le juste et libère le coupable.

En lisant ce récit, nous ne pouvons être insensibles à la pression morale que Pilate a dû subir de la part des Juifs. Mais il demeure que celui qui détient une autorité la détient de la part de Dieu (cf. Rom. 13:4 ; 1 Pierre 2:14), et il porte l’entière responsabilité qui s’y rattache.

 

3         Le récit de Jean — première partie (18:28-40)

Jean ne mentionne ni le songe de la femme de Pilate, que nous avons trouvé en Matthieu, ni le renvoi de Jésus à Hérode, dont nous parle Luc. En revanche, il nous fournit de très nombreux détails sur l’ensemble de la scène. Son récit est le plus complet de tous.

Tout d’abord, nous apprenons que les Juifs ne veulent pas entrer au prétoire pour ne pas se souiller. Leur conscience endurcie leur permet de condamner Jésus, l’innocent, le bienfaiteur, l’envoyé de Dieu... mais ils respecteront scrupuleusement les ordonnances de la loi, y ajoutant même. Quel tableau de la religion de l’homme !

Pilate donc doit sortir vers eux pour leur demander quelle accusation ils portent contre Jésus. « Si cet homme n’était pas un malfaiteur, nous ne te l’aurions pas livré », disent-ils (v. 30). Leur réponse — qui est plutôt une dérobade — trahit la fragilité de leurs motifs. Pilate en profite pour se dérober lui-même : « Prenez-le, vous, et jugez-le selon votre loi ». Mais les choses ne se passeront pas ainsi. Il faut que les Gentils portent avec les Juifs la responsabilité du rejet de Jésus. Et d’ailleurs, il a lui-même annoncé « de quelle mort il devait mourir » (v. 32). Il faut qu’il soit « élevé » (Jean 3:14) ; les Juifs « le livreront aux nations pour s’en moquer, et le fouetter, et le crucifier » (Matt. 20:19). Les Juifs donc déclarent à Pilate : « Il ne nous est pas permis de faire mourir personne ». Au-dessus de tous les motifs humains, la main de Dieu dirige toutes choses.

Pilate entre alors dans le prétoire et pose à Jésus la question que tous les évangiles mentionnent : « Toi, tu es le roi des Juifs ? » (v. 33). Mais Jean seul rapporte l’échange qui sépare cette question de la réponse « Tu le dis », mentionnée également dans tous les évangiles. Jésus répond d’abord à Pilate : « Dis-tu ceci de toi-même, ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? » (v. 34). Le Seigneur place Pilate devant sa responsabilité personnelle. Il ne s’agit pas tellement de savoir ce que les autres disent ou pensent, mais toi, que dis-tu ?

Pilate se dérobe, puis demande à Jésus : « Qu’as-tu fait ? » (v. 35). C’est la question que le Créateur peut poser à sa créature (cf. Gen. 3:13 ; 4:10). Adressée par un homme à son Créateur, combien elle est déplacée ! Néanmoins, le Seigneur ne s’y arrête pas et continue à rendre son fidèle témoignage, de manière à toucher, si possible, l’homme qui se trouve devant lui. Il revient à la question précédente du gouverneur, la question fondamentale, en décrivant le caractère moral de son royaume. Il déclare : « Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu... mais maintenant mon royaume n’est pas d’ici » (v. 36). Il fait plus que répondre affirmativement à la question ; il évoque un autre monde auquel il appartient, dans lequel il a ses serviteurs prêts à combattre, et laisse entendre qu’un jour ses droits seront revendiqués dans ce monde-ci. Pilate saisit quelque chose de cette réponse et lui dit : « Tu es donc roi ? » (v. 37). Jésus le confirme, puis lui déclare, en termes majestueux, son origine divine : « Moi, je suis né pour ceci, et c’est pour ceci que je suis venu dans le monde, afin de rendre témoignage à la vérité » (v. 37). Aucun homme comme nous ne pourrait dire : « je suis né pour ceci », ni « je suis venu dans le monde ». C’est le langage de Celui qui, étant Dieu, est devenu homme. De plus, il y a un appel à la conscience de Pilate : « Quiconque est de la vérité écoute ma voix ».

Pilate, comme tant d’incrédules désabusés à toutes les époques, demande : « Qu’est-ce que la vérité ? » Quand on ne reçoit pas la vérité divine, celle que Jésus a révélée, il n’y a que le marais de l’incertitude et de l’erreur.

Pilate sort vers les Juifs — qui sont restés dehors — et leur déclare qu’il ne trouve aucun crime en Jésus (v. 38). Ici, le récit de Jean reprend ce que nous avons considéré en Matthieu et en Luc.

 

4         Le récit de Jean — seconde partie (19:1-16)

Au début du chapitre 19 est décrite l’intervention cruelle des soldats. Les autres évangiles n’en parlent qu’après le jugement final prononcé par Pilate, mais Jean nous montre qu’une partie tout au moins de ces sévices a été infligée à Jésus au cours du procès. Il est fouetté et souffleté. Les soldats tressent une couronne d’épines qu’ils mettent sur sa tête ; ils le revêtent d’un vêtement royal, et se moquent de lui. Et c’est ainsi qu’il est amené dehors, vers les Juifs qui attendent. Pilate le leur présente en disant : « Voici l’homme ! », puis confirme qu’il n’a trouvé en lui aucun crime (v. 4, 5).

Quand les principaux sacrificateurs et les huissiers le voient, ils s’écrient : « Crucifie, crucifie-le ! » Et Pilate, de nouveau pour essayer de se soustraire à sa responsabilité, leur répond : « Prenez-le, vous, et crucifiez-le ; car moi, je ne trouve pas de crime en lui » (v. 6).

Dieu permet alors que les accusateurs de Jésus prononcent une parole qui va remuer profondément Pilate. Leur volonté de condamner à mort un homme qui ne le méritait pas, et de l’associer, lui le gouverneur, à cette action, le gênait visiblement. Sa conscience, dans la mesure où elle parlait encore, était déjà fort mal à l’aise. Mais quand ils lui disent « Nous avons une loi, et selon notre loi il doit mourir, car il s’est fait Fils de Dieu », Pilate craint encore davantage (v. 7). Cet homme qui vient de lui déclarer qu’il est venu dans ce monde pour y accomplir une mission, d’où vient-il donc ? Pilate entre de nouveau dans le prétoire et demande à Jésus : « D’où es-tu ? » (v. 9).

Jésus ne lui donne pas de réponse. La vérité concernant sa personne venait d’être placée devant Pilate. C’était un témoignage suffisant. Et surtout, la justice que le gouverneur devait rendre, dans l’exercice de ses fonctions, ne dépendait pas de l’homme qu’il jugeait. Quelle que soit l’origine de celui-ci, le gouverneur était responsable de prononcer un jugement juste. Aussi, quand Pilate s’étonne que Jésus ne lui réponde pas, et se glorifie du pouvoir dont il dispose, le Seigneur oriente ses yeux vers le ciel et lui indique d’où il tient son pouvoir : « Tu n’aurais aucun pouvoir contre moi, s’il ne t’était donné d’en haut » (v. 11).

Dans tout cet entretien, on est frappé de voir combien les paroles du Seigneur sont différentes de celles que prononcerait un homme ordinaire, lorsqu’il est mis en jugement. Dans une telle situation, tout ce qu’un homme dit a pour but de s’expliquer et de se disculper. Par contre, alors qu’il est victime d’accusations injustes, le Seigneur ne fait rien pour échapper à la condamnation, mais il rend fidèlement le témoignage pour lequel il est venu dans ce monde. Il est la lumière qui éclaire tout homme, et aussi longtemps que possible, sa grâce est offerte à celui dont la conscience est touchée et qui se repent.

Plus que jamais, Pilate est désireux de relâcher Jésus. Mais la pression exercée par les Juifs devient de plus en plus forte : « Si tu relâches celui-ci, tu n’es pas ami de César ; quiconque se fait roi, s’oppose à César » (v. 12). Pilate amène de nouveau Jésus dehors et le présente aux Juifs en disant : « Voici votre roi ! » (v. 14). À leurs cris « Ôte, ôte, crucifie-le », il répond encore en leur demandant : « Crucifierai-je votre roi ? » Et finalement, après leur déclaration solennelle : « Nous n’avons pas d’autre roi que César », il cède.

Quel tableau ! Toute cette scène éveille de multiples sentiments dans nos cœurs : avant tout, l’admiration de la perfection de Jésus, la reconnaissance envers Celui qui s’est livré lui-même pour nous, et l’adoration. Mais cette scène nous amène aussi à réaliser plus profondément la perversion de l’homme, en particulier de l’homme religieux. Et Pilate lui-même, ne nous donne-t-il pas une leçon solennelle ? Combien d’hommes — et même de croyants — ont été placés dans une situation où ils voyaient quel était le chemin de la droiture et de la justice, mais sous la pression des circonstances, des hommes ou des tentations, ils n’y ont pas marché. Après beaucoup d’hésitations, ils ont fini par faire le mauvais choix !

Que la grâce du Seigneur nous en garde !