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Esclaves

J.-A. Monard

ME 2008 p. 65-72


: Aspects humains et chrétiens de l'esclavage. Différents variétés d'esclavage : des hommes, des frères, de Christ. Affranchissement.


Table des matières :

1      Des esclaves rachetés et affranchis

2      Des esclaves et des hommes libres

3      Des esclaves et leurs maîtres terrestres

4      Caractères des esclaves de Christ et de Dieu

5      Esclaves des hommes ou de Christ

6      Esclave de ses frères

 

 

1         Des esclaves rachetés et affranchis

« Jamais nous ne fûmes dans la servitude de personne », disaient les Juifs au Seigneur Jésus, alors qu’ils étaient sous la sévère domination des Romains (Jean 8:33). De même, tous les hommes sont dès leur naissance dans une situation d’esclavage et s’imaginent être libres. « Quiconque pratique le péché est esclave du péché », dit le Seigneur (v. 34). Mais il est venu « pour publier aux captifs la délivrance.., pour renvoyer libres ceux qui sont foulés » (Luc 4:19). Par son œuvre à la croix, il a rendu impuissant le diable, afin de délivrer ceux qui, pendant toute leur vie, étaient assujettis à la servitude (Héb. 2:14, 15).

Les croyants sont des rachetés. Le verbe « racheter » exprime particulièrement la libération d’une condition d’esclavage. Nous avons été rachetés « de toute iniquité » (Tite 2:14) et rachetés « de notre vaine conduite » (1 Pierre 1:18). Nous avons aussi (cela concerne plus particulièrement les Juifs) été rachetés de la malédiction de la loi (Gal. 3:13 ; cf. 4:5).

Ce rachat implique qu’un prix a été payé : c’est « le sang précieux de Christ ». À deux reprises, l’apôtre rappelle aux Corinthiens : « Vous avez été achetés à prix », et en tire les importantes conséquences (1 Cor. 6:20 ; 7:23). Nous ne sommes plus à nous-mêmes ; nous appartenons à Christ.

Le Seigneur Jésus a payé ce prix, d’une part afin que nous lui appartenions, et d’autre part afin de nous affranchir, c’est-à-dire de nous placer dans la liberté. Jésus avait déjà parlé de cet affranchissement lorsqu’il avait dit : « Si donc le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres » et « la vérité vous affranchira » (Jean 8:36, 32). Cependant, le sujet est traité en détail dans les épîtres aux Romains (cf. 6:16-22 ; 8:2 et suiv.) et aux Galates. Ainsi, « Christ nous a placés dans la liberté en nous affranchissant » (Gal. 5:1). Il s’agit pour nous de nous tenir fermement dans cette liberté et de ne pas nous laisser retenir « sous un joug de servitude », quel qu’il soit.

 

2         Des esclaves et des hommes libres

Nous sommes tout à la fois des esclaves et des hommes libres. Le Seigneur dit aux disciples : « L’esclave n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; s’ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre » (Jean 15:20). Il laisse bien entendre par là qu’il est le Maître, et que ses disciples lui appartiennent. Mais dans le même entretien, le Seigneur dit : « Je ne vous appelle plus esclaves, car l’esclave ne sait pas ce que son maître fait ; mais je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai ouï de mon Père » (v. 15). Il traite les siens en amis, leur ouvre son cœur, leur parle des plans divins. Toute la « Révélation de Jésus Christ » que constitue l’Apocalypse est « pour montrer à ses esclaves les choses qui doivent arriver bientôt » (Apoc. 1:1).

Dans la première épître aux Corinthiens, Paul rappelle que chaque croyant est à la fois « un homme affranchi » et « un esclave ». Il a été affranchi de la domination du péché et de Satan et il est devenu un esclave de Christ. Et alors, parlant de la condition de l’esclavage terrestre, il dit : « L’esclave qui est appelé dans le Seigneur est l’affranchi du Seigneur ; de même aussi l’homme libre qui a été appelé est l’esclave de Christ » (7:22). Le chrétien qui est encore dans la condition d’esclave se réjouit à la pensée qu’il est devenu l’affranchi du Seigneur. Et le chrétien qui est dans la condition d’homme libre se souvient qu’il est l’esclave de Christ.

La plupart des écrivains du Nouveau Testament se présentent une fois ou l’autre, et avec bonheur, comme « esclaves de Jésus Christ » ou « de Dieu » (Rom. 1:1 ; Jacq. 1:1 ; 2 Pierre 1:1 ; Jude 1:1 ; Apoc. 1:1). Nous devrions tous suivre l’exemple du serviteur hébreu qui, au moment où il est déclaré libre, continue à servir son maître parce qu’il l’aime (cf. Ex. 21:5). Les « commandements » de notre Maître « ne sont pas pénibles » (1 Jean 5:3).

 

3         Des esclaves et leurs maîtres terrestres

En ce qui concerne la position des chrétiens devant Dieu, toutes les différences raciales, sociales ou autres sont effacées. « Nous avons tous été baptisés d’un seul Esprit pour être un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit hommes libres » (1 Cor. 12:13). Et dans ce sens, « il n’y a ni Juif, ni Grec ; il n’y a ni esclave, ni homme libre ; il n’y a ni mâle, ni femelle » (Gal. 3:28). « Il n’y a pas Grec et Juif, circoncision et incirconcision, barbare, Scythe, esclave, homme libre » (Col. 3:11). Tels sommes-nous quant à notre véritable condition devant Dieu.

Mais ceci n’est nullement une raison de mettre de côté les devoirs liés à notre condition d’hommes sur la terre. L’apôtre Pierre dit : « Soyez donc soumis à tout ordre humain pour l’amour du Seigneur » (1 Pierre 2:13). « Vous, domestiques, soyez soumis en toute crainte à vos maîtres » (v. 18). La situation de ces serviteurs pouvait être difficile. Ceux qui étaient au-dessus d’eux, pas nécessairement croyants, se montraient parfois durs envers eux. Cependant ils sont encouragés à être soumis à leurs maîtres « en toute crainte », « non seulement à ceux qui sont bons et doux, mais aussi à ceux qui sont fâcheux ; car c’est une chose digne de louange, si quelqu’un, par conscience envers Dieu, supporte des afflictions, souffrant injustement » (v. 19). Et c’est à eux qu’il adresse, comme encouragement, les paroles bien connues : « Car aussi Christ a souffert pour vous, vous laissant un modèle, afin que vous suiviez ses traces » (v. 21).

Dans la même ligne, l’apôtre Paul exhorte bien des fois les croyants à la soumission à ceux qui ont une place d’autorité. Et il a des paroles particulièrement encourageantes pour les esclaves chrétiens. Ne les lisons pas distraitement, elles nous concernent aussi. En effet, même si la condition officielle d’esclave n’existe plus dans les pays où nous vivons, nous sommes pour la plupart, sinon tous, dans une situation de subordination. Nous avons au-dessus de nous un maître, un chef, un supérieur, auquel nous devons la soumission — dans les limites où cela ne nous conduit pas à désobéir à Dieu (cf. Act. 4:19 ; 5:29).

Dans l’épître aux Éphésiens, les esclaves sont appelés à obéir à leurs maîtres « avec crainte et tremblement, en simplicité de cœur, comme à Christ.., comme esclaves de Christ.., comme asservis au Seigneur et non pas aux hommes » (6:5-8). Tout est changé quand on voit Christ au-dessus de son maître. La soumission qu’on lui doit devient la soumission à Christ. Même si le maître terrestre est dur et ingrat, le Seigneur récompensera celui qui le sert fidèlement. Dans l’épître aux Colossiens, il est ajouté : « Quoi que vous fassiez, faites-le de cœur, comme pour le Seigneur... vous servez le Seigneur Christ » (3:23, 24). Quel privilège, pour des esclaves pas toujours bien traités, de voir au-delà de leur maître terrestre, et de savoir qu’en le servant, ils servent en fait leur Maître dans le ciel.

Dans la première épître à Timothée, on apprend qu’une attitude d’insoumission des esclaves chrétiens aurait des conséquences graves. Elle jetterait du discrédit sur la foi chrétienne : « Que tous les esclaves qui sont sous le joug estiment leurs propres maîtres dignes de tout honneur, afin que le nom de Dieu et la doctrine ne soient pas blasphémés » (1 Tim. 6:1).

Et ce qui est présenté sous une forme négative dans cette épître à Timothée l’est sous une forme positive dans l’épître à Tite. Les esclaves sont exhortés à montrer « toute bonne fidélité, afin qu’ils ornent en toutes choses l’enseignement qui est de notre Dieu sauveur » (2:10). Il leur revient le grand honneur d’orner l’enseignement chrétien par leur comportement.

 

4         Caractères des esclaves de Christ et de Dieu

La liberté dans laquelle Dieu nous a placés ne doit pas être utilisée comme « une occasion pour la chair », mais pour accomplir ce qui plaît à Dieu, et en particulier pour nous servir l’un l’autre (Gal. 5:13). Cette liberté ne nous est pas donnée pour « voile de la méchanceté » (1 Pierre 2:16). Après nous avoir exhortés à être « soumis à tout ordre humain », Pierre nous enseigne à avoir devant les hommes le témoignage et le comportement « d’esclaves de Dieu ». Jésus a dit : « Il suffit au disciple qu’il soit comme son maître, et à l’esclave qu’il soit comme son seigneur » (Matt. 10:25). « Tout homme accompli sera comme son maître » (Luc 6:40).

Paul dit à Timothée : « Et il ne faut pas que l’esclave du Seigneur conteste, mais qu’il soit doux envers tous, propre à enseigner, ayant du support » (2 Tim. 2:24). La difficulté des temps de la fin n’est pas une raison pour mettre de côté la douceur et la patience qui montrent que le serviteur suit les traces de son Maître.

D’un autre côté, la douceur et la patience ne doivent pas se transformer en « la crainte des hommes », qui toujours « tend un piège » (Prov. 29:25). Servir le Seigneur conduit très souvent à servir des hommes. Mais si l’ouvrier du Seigneur a comme but de « satisfaire des hommes », il perd son caractère de serviteur de Christ. L’apôtre Paul dit à ce sujet : « Si je complaisais encore à des hommes, je ne serais pas esclave de Christ » (Gal. 1:10).

 

5         Esclaves des hommes ou de Christ

Dans la première épître aux Corinthiens, l’apôtre répond à certaines questions qui lui avaient été posées par ces croyants. Le fait d’avoir été amené au Seigneur devait-il conduire certains d’entre eux à quitter la condition dans laquelle ils se trouvaient précédemment ? La réponse est : « Que chacun demeure dans la vocation dans laquelle il était quand il a été appelé ! » (7:20). En particulier : « As-tu été appelé étant esclave, ne t’en mets pas en peine ; toutefois, si tu peux devenir libre, uses-en plutôt » (v. 21). Pour le chrétien qui est dans une position de subordination, il peut y avoir des situations difficiles, selon ce qu’exige le supérieur.

Mais les ressources du Seigneur sont là pour délivrer celui qui s’attend à lui. Ainsi, « ne t’en mets pas en peine ». Toutefois, si l’on peut se libérer d’une contrainte humaine pour être davantage disponible pour le Seigneur, il faut l’utiliser.

Cependant l’apôtre ne parle pas seulement de rester dans la condition d’esclave ou d’en sortir, il envisage aussi le danger de s’y placer. Il dit à ce sujet : « Vous avez été achetés à prix ; ne devenez pas esclaves des hommes » (7:23). On peut devenir « esclave des hommes », par exemple en se plaçant vis-à-vis d’eux dans une situation de dépendance morale, dans laquelle on n’est plus libre de servir le Seigneur et d’accomplir sa volonté telle qu’il nous l’a fait comprendre. Cela rejoint l’enseignement de la seconde épître : « Ne vous mettez pas sous un joug mal assorti avec les incrédules » (2 Cor. 6:14).

Or ce n’est pas seulement sur des plans humains tels que le travail ou le mariage que l’on peut être rendu esclave ou mis sous un joug. C’est aussi sur le plan religieux. On en a un exemple dans l’épître aux Galates. L’apôtre parle de « faux frères, furtivement introduits, qui s’étaient insinués pour épier la liberté que nous avons dans le Christ Jésus, afin de nous réduire à la servitude » (2:4). Il s’agissait alors de la servitude de la loi, mais il peut y en avoir d’autres. « Tenez-vous donc fermes, et ne soyez pas de nouveau retenus sous un joug de servitude » (5:1). Notre liberté de servir le Seigneur selon sa Parole et selon notre conscience doit être soigneusement préservée.

 

6         Esclave de ses frères

Dans son service pour le Seigneur, Paul s’était « asservi à tous », mais c’était « afin de gagner le plus de gens » à Christ. En même temps, il était « justement soumis à Christ » (1 Cor. 9:19-21). Il avait renoncé à lui-même pour l’amour des âmes, mais il ne faisait aucun compromis quant à l’obéissance à Christ pour plaire à des hommes.

Il pouvait en vérité se présenter aux Corinthiens, avec ses collaborateurs, comme « vos esclaves pour l’amour de Jésus » (2 Cor. 4:5).

Cette attitude de dévouement n’est pas réservée aux apôtres ou à ceux qui ont des dons marquants. À tous ceux que la grâce a placés dans la liberté s’adresse l’exhortation : « Par amour, servez-vous l’un l’autre » (Gal. 5:13) (et le verbe servir a ici le sens d’être esclave !).

En terminant, souvenons-nous de la parole du Seigneur Jésus : « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour plusieurs » (Matt. 20:28). Oui, il « s’est anéanti lui-même, prenant la forme d’esclave, étant fait à la ressemblance des hommes » (Phil. 2:7). Que son exemple soit toujours devant nos yeux !