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DEMEURE DANS LES CHOSES QUE TU AS APPRISES

 

2 Timothée 3:14

 

Jacques-André Monard

 

 

Table des matières :

1     Introduction

2     Des élèves et des enseignants

3     Communion

4     Le bon usage de l’Ancien Testament

4.1      Les principes immuables

4.2      Les types

4.3      Les pensées générales

5     Souillure par contact, ou par association

6     La seule cause de souillure ?

7     L’enseignement de 1 Corinthiens 5

8     L’enseignement de Josué 7

9     L’enseignement de 2 Timothée 2

9.1      Les deux faces du sceau

9.2      Des vases à honneur

9.3      Une portée à la convenance du lecteur ?

10       L’enseignement d’Aggée 2:11-14

11       Association et communion

12       Points de vue sur l’Écriture

13       Discernement spirituel

14       Conclusion

 

 

1                        Introduction

 

Une brochure d’origine hollandaise, intitulée Avec tous les saints, a été plus ou moins répandue parmi des assemblées. Elle met en cause de façon profonde l’enseignement que nous avons reçu concernant la séparation ecclésiastique. Dans la situation de crise où se trouvent actuellement les assemblées, elle suscite chez plusieurs des interrogations, de sorte que le besoin d’une mise au point est vivement ressenti.

 

Dans les pages qui suivent, la brochure Avec tous les saints est appelée simplement : la brochure, et ceux qui l’ont écrite : les auteurs (D. Steenhuis, W.J. Ouweneel, H. Medema). Les citations de la brochure sont imprimées en retrait, dans un caractère spécial. Le titre de la brochure est abrégé ATS.

 

Combien j’aurais préféré laisser cette tâche à d’autres ! Mais la pensée de pouvoir être utile à quelques-uns de mes frères et sœurs a eu raison de mes réticences. Et, le travail achevé, je peux remercier Dieu de l’aide que de nombreux frères m’ont apportée.

Je n’ai pas fait une étude systématique de cette brochure, mais me suis contenté d’en mettre en évidence quelques points. Cela suffit à montrer son caractère et son but. Il n’est pas nécessaire de la posséder pour suivre mes remarques.

Dans plusieurs cas, j’ai éprouvé le besoin de présenter ce que je crois être l’enseignement de la Parole avant d’aborder les points controversés. D’où la présence, parfois, de développements assez longs sans référence à la brochure. Nous avons toujours à nous souvenir que la parole de Dieu nous a été donnée, non pour argumenter, mais pour former nos pensées.

À plus d’une reprise, la brochure attire l’attention sur la nécessité d’écouter la Parole, et rien que la Parole, ce qui est évidemment une excellente recommandation. Mais en fait, ce texte mêle le juste et le faux d’une façon déconcertante.

Que le Seigneur lui-même daigne enseigner ses brebis !

Bien connaître sa voix est leur seule sauvegarde.

 

2                        Des élèves et des enseignants

La citation suivante montre l’intention des auteurs :

Ainsi nous espérons pouvoir emmener le lecteur pas à pas dans le récit de nos découvertes et de nos expériences. ATS p. 2.

Ce voyage pas à pas est réalisé au moyen d’une argumentation qui emporte facilement l’adhésion. Les auteurs ont fait des découvertes. Ils veulent nous y conduire à leur suite, sans nous bousculer. Ils nous expliquent leur cheminement :

Nous n’avons pas seulement été des enseignants ; nous sommes aussi restés des élèves. ATS p. 3.

Il y a quelques années, des frères ont manifesté leur inquiétude en percevant des changements importants dans les enseignements des auteurs de la brochure (*). Avec la même capacité de conviction que précédemment, ils s’étaient mis à enseigner des choses substantiellement différentes. Mais voici une déclaration qui désamorce les reproches et qui semble tout régler : nous ne sommes pas seulement des enseignants, mais des élèves.

 

(*) Voir notamment l’opuscule : H. Wijnholds, Conséquences graves résultant de changements d’opinions.

 

Il est bien vrai que nous sommes toute notre vie à l’école du Seigneur, et que nous avons à faire des progrès — même « des progrès évidents à tous » (1 Tim. 4:15). Mais je dois pourtant être conscient que si je donne aujourd’hui un enseignement qui contredit celui que j’ai donné hier, je crée un malaise profond chez mes frères et sœurs.

Et en voici la bonne raison : « Suivant que chacun de vous a reçu quelque don de grâce, employez-le les uns pour les autres, comme bons dispensateurs de la grâce variée de Dieu. Si quelqu’un parle, qu’il le fasse comme oracle de Dieu » (1 Pierre 4:10, 11). Parler comme oracle de Dieu... Quelle immense responsabilité ! Ai-je présenté la parole de Dieu, ou mes idées sur la parole de Dieu ?

Cette « grande plénitude d’assurance » (1 Thess. 1:5) qui avait caractérisé l’apôtre Paul tandis qu’il avait annoncé « le témoignage de Dieu » s’était alliée à « la faiblesse », à « la crainte » et à « un grand tremblement ». Ses prédications n’avaient pas été « avec excellence de parole ou de sagesse », ni « en paroles persuasives de sagesse », afin que la foi des croyants « ne repose pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu » (1 Cor. 2:1-5).

Mais il y a davantage. Si je devais m’apercevoir que ce dont j’ai cherché à convaincre mes frères est faux, cela ne devrait-il pas me jeter dans la plus profonde humiliation devant Dieu, et m’amener à mettre ma main sur ma bouche ? Quelle devrait être la confusion de l’enseignant qui se rend compte qu’il a enseigné l’erreur ! Je le dis en tremblant.

Le serviteur du Seigneur qui a reçu la tâche de présenter la Parole n’est nullement dans la situation des enseignants des grandes écoles de ce monde. Dans celles-ci les changements de pensée sont courants, et suscitent même l’admiration. Il n’en est pas ainsi parmi ceux qui attachent leur foi à la « vivante et permanente parole de Dieu » (1 Pierre 1:23).

 

3                        Communion

Comment est-il possible que nous reconnaissions que d’autres croyants puissent vivre en communion avec le Seigneur, puissent même être un exemple pour nous, mais que, par contre, nous ne puissions pas avoir communion avec eux parce que cela nous souillerait ? ATS p. 3.

Les questions et les remarques de cette sorte, qui reviennent de nombreuses fois dans le texte, appellent deux observations :

— La première, c’est que personne ne peut être juge de la communion que son frère réalise avec le Seigneur. Il s’agit d’un état pratique de l’âme, dont le Seigneur seul est juge. Elle peut être plus ou moins profonde, plus ou moins réalisée, et par conséquent ne saurait être la base de notre conduite envers une personne. D’ailleurs, l’évaluation de cette communion pratique, pour soi-même ou pour autrui, peut laisser place à bien des erreurs. Combien de fois n’a-t-on pas vu un croyant revendiquer la communion avec le Seigneur alors qu’il désobéissait ouvertement à la Parole !

— La seconde observation, plus importante, est que la question posée ici trahit une confusion grave entre deux sens différents du mot communion : d’une part l’état pratique d’une âme et d’autre part l’acte de rompre le pain ensemble, de participer à la même table. Cette différence est mise en évidence, par exemple, par la déclaration de l’apôtre : « Or je ne veux pas que vous ayez communion avec les démons » (1 Cor. 10:20). Je ne parle pas du genre de table, mais de la signification de l’acte. En allant se mettre à table dans un temple d’idoles, les chrétiens auraient établi une communion avec les démons. Il s’agit de la signification et de la portée spirituelle d’un acte, nullement d’un état pratique. De même, en Israël, ceux qui mangeaient les sacrifices avaient communion avec l’autel (1 Cor. 10:18). Pour autant, leur état pratique n’était pas en cause.

Bien sûr, notre état pratique doit être celui d’une vraie communion avec le Seigneur, et tout particulièrement lorsque nous exprimons la communion à sa table. Mais ce lien nécessaire n’est pas une raison pour confondre les deux choses.

Prétendre qu’un croyant qui vit en communion avec le Seigneur peut sans autre être reçu à la table du Seigneur est totalement faux. Si c’était juste, on pourrait recevoir, par exemple, un prêtre catholique croyant qui marche fidèlement selon la lumière qu’il a reçue.

C’est le Seigneur qui juge les pensées, l’état intérieur, et qui agit en conséquence, selon sa souveraineté (1 Cor. 11:27-32). En revanche, l’assemblée a la responsabilité d’apprécier, de « juger », la conduite d’un croyant (1 Cor. 5:12). Or ce à quoi il s’associe fait partie de sa conduite. Il n’est donc pas juste que l’assemblée reçoive quelqu’un sans tenir compte de ses associations.

 

4                        Le bon usage de l’Ancien Testament

Les auteurs mettant en cause la manière d’utiliser l’Ancien Testament, je ferai à ce sujet quelques remarques d’ordre général.

 

4.1   Les principes immuables

Il y a dans la parole de Dieu des principes immuables, qui ont autant de force si nous les rencontrons dans l’Ancien Testament que si nous les trouvons dans le Nouveau. D’autre part, il y a des changements extrêmement importants entre la dispensation de la loi et celle de la grâce, entre la condition d’un peuple terrestre (Israël) et celle d’un peuple céleste (l’Église).

Ces deux affirmations, qui vont en quelque sorte en sens inverse, montrent que pour faire une application juste des enseignements de l’Ancien Testament, nous avons besoin, non seulement d’une bonne connaissance des Écritures, mais du secours de l’Esprit de Dieu.

L’exemple suivant montre que les mêmes passages peuvent contenir des enseignements qui nous sont directement applicables, et d’autres qui ne concernent qu’Israël. Tandis que le peuple était au désert, l’Éternel l’avertit de ne pas faire alliance avec les nations païennes de Canaan, de les chasser et de les exterminer. Ceci, évidemment, ne saurait s’appliquer aux chrétiens. Mais les raisons que Dieu donne à son peuple d’agir ainsi sont pleines d’instruction pour nous. La cohabitation d’Israël et des nations païennes, si elle devait avoir lieu, aurait des conséquences néfastes pour le peuple de Dieu. « Ils n’habiteront pas dans ton pays, de peur qu’ils ne te fassent pécher contre moi, car tu servirais leurs dieux ; certainement ce serait un piège pour toi » ; « tu ne donneras pas ta fille à leur fils, et tu ne prendras pas leur fille pour ton fils ; car ils détourneraient de moi ton fils » ; « prends garde à toi, de peur que tu ne sois pris au piège pour faire comme elles » (Ex. 23:33 ; Deut. 7:3 ; 12:30 ; 20:18 ; etc).. Je crois qu’à la seule lecture de ces passages, le chrétien spirituel comprend que l’avertissement donné à Israël est aussi pour lui.

Et en plus, cet enseignement se retrouve dans le Nouveau Testament : « Ne soyez pas séduits : les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs » (1 Cor. 15:33).

 

4.2   Les types

Les types de l’Ancien Testament constituent l’un des modes par lesquels Dieu nous instruit, mais c’est sans doute celui qui requiert le plus de discernement spirituel.

D’une part nous n’avons pas le droit de mettre de côté le langage de ces figures ; nous devons en rechercher la portée pour nous. C’est ainsi qu’au sujet d’une prescription du Deutéronome concernant la façon de traiter les bœufs, l’apôtre Paul dit : « Dieu s’occupe-t-il des bœufs ? ou parle-t-il entièrement pour nous ? » Et il ajoute : « C’est pour nous que cela est écrit » (1 Cor. 9:9, 10).

Mais d’autre part nous devons être gardés dans la sobriété et ne pas laisser libre cours à notre imagination. Si nous n’y veillons pas, nous risquons d’ajouter à la parole de Dieu (Prov. 30:6). Le manque de rigueur dans l’explication ou dans la présentation de la Parole peut aussi nous amener à fournir de mauvais arguments pour soutenir une bonne cause. Ce faisant, nous affaiblissons la vérité. L’apôtre Paul recommande cette sobriété à Tite lorsqu’il lui dit : « faisant preuve, dans l’enseignement, de pureté de doctrine, de gravité, de parole saine qu’on ne peut condamner » (Tite 2:8).

J’ajouterai que notre sécurité, dans l’interprétation des types, c’est de nous assurer que l’enseignement que nous en tirons est en accord avec celui du Nouveau Testament. Lorsqu’il en est ainsi, le type apporte une confirmation divine à cet enseignement, et lui donne une force particulière. En outre, il met en évidence la permanence des pensées de Dieu.

 

4.3   Les pensées générales

Ces dernières remarques m’amènent à une autre considération. Il y a dans l’Écriture des pensées générales, que l’on retrouve plusieurs fois, de la Genèse à l’Apocalypse, sous des formes variées, dans des circonstances et dans des cadres très différents. Ces pensées sont d’une grande importance, et nous servent de guides pour faire des applications correctes des enseignements de l’Ancien Testament, notamment des types.

En voici un exemple, en raccourci. Au commencement, « Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres » (Gen. 1:4). Par la voix des prophètes, l’Éternel dit : « Malheur à ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal, qui mettent les ténèbres pour la lumière, et la lumière pour les ténèbres, qui mettent l’amer pour le doux et le doux pour l’amer » (És. 5:20) ; « Si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est vil, tu seras comme ma bouche » (Jér. 15:19). Jésus est venu, « la lumière du monde » (Jean 8:12). Mais « la lumière luit dans les ténèbres ; et les ténèbres ne l’ont pas comprise » (Jean 1:5). « Quelle participation y a-t-il entre la justice et l’iniquité ? ou quelle communion entre la lumière et les ténèbres ? » (2 Cor. 6:14). « C’est pourquoi sortez du milieu d’eux, et soyez séparés, dit le Seigneur, et ne touchez pas à ce qui est impur, et moi je vous recevrai » (6:17). Lumière, ténèbres, séparation !

Médités dans leurs contextes propres et dans les liens qui les unissent, de tels groupes de textes contribuent à former le discernement spirituel de celui qui vit près du Seigneur et qui tremble à sa Parole.

Ne nous attendons pas à découvrir dans l’Écriture des directives explicites répondant à toutes les situations où nous pouvons nous trouver. Mais faisons confiance à Dieu : il a mis dans sa Parole les éléments qui sont nécessaires — conjointement à l’action du Saint Esprit en nous — pour nous donner de saines pensées.

Le Seigneur Jésus a dit : « Celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres » (Jean 8:12). Et il demeure toujours vrai que « le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent » (Ps. 25:14).

 

5                        Souillure par contact, ou par association

Au sujet de la réception de croyants de divers milieux chrétiens à la table du Seigneur, les auteurs écrivent :

La vision de la souillure que nous avions empruntée à nos anciens frères et que nous avions si souvent expliquée à d’autres paraît belle et logique, mais est-elle scripturaire ? ATS p. 3.

Selon ce qu’ils disent, leur enseignement passé se fondait sur des exemples de l’Ancien Testament tels que : le contact avec un corps mort ou avec un lépreux rendait l’Israélite impur, de la viande impure souillait ce qui est pur, etc. Je crains que ces exemples aient l’effet d’induire le lecteur en erreur, en lui faisant penser que l’enseignement qui a été donné parmi nous quant à la table du Seigneur repose sur des prescriptions cérémonielles de la loi. Or il ne peut faire de doute qu’un enseignement correct sur ce sujet se fonde en premier lieu sur 1 Corinthiens 10, puis sur d’autres passages du Nouveau Testament, et que les types de l’Ancien Testament n’interviennent qu’ensuite. Concernant ces types, les auteurs écrivent :

Si nous voulons faire une bonne application de la typologie de l’Ancien Testament, nous devons considérer que la souillure extérieure de l’Ancien Testament nous parle, dans notre situation néo-testamentaire, de la souillure intérieure. ATS p. 4.

Je crois que, fondamentalement, le principe posé ici est juste. Et de plus, qu’il correspond à l’enseignement qui a été donné parmi nous. Mais je suis surpris qu’on le présente comme une « découverte », et même une découverte qui produisit un « choc » lorsqu’elle fut faite. Ici encore, je crains que le lecteur en conclue que nous avons entretenu des idées aberrantes qu’il était grand temps de rectifier.

Mais il faut préciser ceci. Si les choses matérielles ou extérieures de la loi correspondent en général aux choses spirituelles ou intérieures du christianisme, il faut remarquer que, dans le Nouveau Testament comme aussi dans l’Ancien, certains actes extérieurs peuvent avoir une portée spirituelle.

Il en est ainsi, par exemple, du fait d’être assis à table dans un temple d’idoles (1 Cor. 8:10). Les croyants de Corinthe, qui savaient « qu’une idole n’est rien dans le monde, et qu’il n’y a point d’autre Dieu qu’un seul » (v. 4), auraient pu être tentés de s’asseoir à la même table que les païens, et de manger avec eux des viandes sacrifiées aux idoles. Leur discernement spirituel étant peu exercé, ils auraient même pu le faire sans avoir conscience de mal agir. Par cet acte extérieur, ils auraient eu « communion avec les démons » (1 Cor. 10:20) et auraient participé aux « souillures des idoles » (Actes 15:20, 29). Aux yeux de Dieu, ils auraient été souillés. Dieu tient compte de nos associations.

Les souillures extérieures de l’Ancien Testament (contact avec une chose impure, comme en Lévitique 15 ou en Nombres 19) sont bien l’image de souillures intérieures. Mais il serait faux de penser qu’on peut dissocier totalement ce qui est extérieur de ce qui est intérieur. Ce que nous faisons de nos corps, de nos membres, n’est pas sans importance ! (Cf. 1 Cor. 6:15-17). Les chemins dans lesquels nous marchons, les sièges sur lesquels nous nous asseyons (Ps. 1:1), les tables auxquelles nous mangeons (1 Rois 13:9, 15), les entreprises auxquelles nous collaborons (2 Chron. 18:3 ; 20:36) ne sont pas sans incidence spirituelle. Et les passages auxquels je fais allusion ici ne sont aucunement caractéristiques de l’époque de la loi. Ces récits nous donnent des instructions morales valables dans tous les temps, des principes immuables.

 

6                        La seule cause de souillure ?

On lit dans la brochure :

Aucune quelconque « communion » inconsciente avec les péchés d’autrui ne peut nous rendre impurs. En effet, ce qui nous souille, ce n’est pas une relation « extérieure » avec des pécheurs, mais le fait qu’intérieurement et consciemment nous sympathisions avec leurs péchés ou le fait qu’intérieurement et consciemment nous soyons indifférents à leurs péchés. C’est notre propre péché de bienveillance, d’excuse, d’indifférence par rapport au mal — et rien d’autre — qui nous souille. ATS p. 12.

Les auteurs insistent fortement sur ce principe, qu’ils répètent sous différentes formes. Ils l’utilisent pour conclure qu’un croyant n’est pas rendu impur par ses associations extérieures, s’il est inconscient du péché de ceux auxquels il est lié. Selon eux, s’il vit en communion avec le Seigneur, il est pur, et il doit être reçu pour la fraction du pain.

Je ne doute pas que sympathiser ou être indifférent au péché de ceux auxquels nous sommes liés nous souille. Mais il n’est pas correct d’en conclure qu’il n’y a que cela qui peut nous souiller.

Personne ne contestera qu’une association consciente et volontaire avec le mal est plus grave aux yeux de Dieu qu’une association marquée par l’ignorance, la négligence ou le manque de discernement spirituel. Mais est-ce une raison pour traiter à la légère une telle association ? La responsabilité que nous portons devant Dieu est fonction de ce qu’il nous a confié. L’esclave qui a connu la volonté de son maître est plus coupable, s’il agit mal, que celui qui ne l’a pas connue (Luc 12:47, 48). Mais oserions-nous dire que ce dernier n’a pas de responsabilité ? Dans nos pays, tous les chrétiens ont la parole de Dieu à leur disposition et sont responsables de s’y soumettre. Demeurer attaché à un système qui remplace les instructions divines par les pensées des hommes, est-ce une chose sans importance ?

Dans la citation ci-dessus, les auteurs énoncent en fait un principe qui est étranger à la parole de Dieu — ce qui est toujours dangereux —, et de plus, qui lui est contraire. Dire que nous ne pouvons jamais être souillés que par notre propre mal (en l’occurrence : « notre propre péché de bienveillance, d’excuse, d’indifférence par rapport au mal »), c’est mettre de côté un principe de solidarité que l’on trouve dans toute l’Écriture. Et les auteurs cherchent à détruire la portée de ce principe, notamment par leur commentaire sur Josué 7, sur lequel nous reviendrons plus loin.

Aux croyants qui se trouvent liés au système religieux décrit sous les traits de la grande Babylone, l’Esprit Saint dit : « Sortez du milieu d’elle, mon peuple, afin que vous ne participiez pas à ses péchés et que vous ne receviez pas de ses plaies » (Apoc. 18:4). Il ne dit pas : « Restez au milieu d’elle afin d’y rendre témoignage ». Demeurer au milieu de ce système, c’est être solidaire de ses péchés.

 

 

7                        L’enseignement de 1 Corinthiens 5

Le cas d’immoralité qui subsistait dans l’assemblée de Corinthe — un inceste — a déclenché les reproches les plus sévères de l’apôtre Paul, et lui a fourni l’occasion d’enseigner des principes généraux concernant la souillure de l’assemblée entière par la souillure de l’un de ceux qui la composent. L’enseignement de ce chapitre est complété par ce que nous retrouvons concernant ce même cas dans la seconde épître, aux chapitres 2 (v. 2-11) et 7 (v. 6-16).

La vérité solennelle enseignée ici, c’est que le mal dans l’assemblée agit à la manière du levain dans une pâte : « Ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever la pâte tout entière ? » (1 Cor. 5:6). Et l’apôtre exhorte : « Ôtez le vieux levain, afin que vous soyez une nouvelle pâte » (v. 7). Pour ôter le vieux levain, c’est-à-dire se purifier d’un mal qui avait souillé l’assemblée entière, il fallait mener deuil (v. 1) et ôter du milieu de l’assemblée celui qui avait commis ce mal (v. 13).

Concernant ce chapitre 5, les auteurs écrivent :

Nous n’y lisons nulle part que toute l’assemblée à Corinthe était « souillée » — d’ailleurs nous ne lisons pas non plus qu’elle ne l’était pas ! ATS p. 9.

Et plus loin :

Le Nouveau Testament ne nous dit nulle part qu’une assemblée est « souillée » quand il y a du mal au milieu d’elle dont elle est ignorante. Une assemblée n’est même pas souillée lorsqu’un mal est rendu public parmi elle. Une assemblée est seulement souillée lorsqu’elle minimise ou excuse ce péché et refuse ainsi de s’en séparer (comp. 1 Cor. 5:2). Elle ne se souille que si elle est indifférente au péché. ATS p. 13.

C’est une répétition, sous une forme un peu différente, d’un enseignement erroné signalé plus haut ; ce sont des affirmations sans fondement scripturaire. Bien au contraire, le lien profond qui existe entre les membres du corps — lien qui se retrouve dans son expression locale, comme on le voit admirablement en 1 Corinthiens 12 — fait que le péché de l’un devient le péché de tous.

En outre — personne ne songerait à le contester — l’indifférence à l’égard du mal et le refus de le juger aggravent la situation. Cette indifférence et ce refus ajoutent la culpabilité à la souillure déjà existante.

Il est clair à tout esprit soumis à la parole de Dieu que l’image du levain qui fait lever la pâte tout entière est là pour nous faire comprendre que la souillure de l’un était devenue une souillure collective. Et l’insinuation que l’assemblée n’était pas souillée par la présence du mal au milieu d’elle est une violence grave faite à la parole de Dieu.

Au verset 7, l’apôtre dit : « Ôtez le vieux levain », et la note précise : ôter, avec le sens de « purifier de ». Il y avait une souillure dont l’assemblée devait se purifier.

 

 

8                        L’enseignement de Josué 7

Ce passage établit de façon remarquable la solidarité du peuple de Dieu. Acan a péché, et Dieu dit : « Israël a péché » (v. 11). Ce qui donne toute sa force à ce passage de l’Ancien Testament, c’est qu’il est en accord avec l’enseignement du Nouveau. Là, le principe : « un peu de levain fait lever la pâte tout entière » est énoncé une fois en rapport avec le mal moral et une fois en rapport avec la fausse doctrine (1 Cor. 5:6 ; Gal. 5:9).

Au sujet de Josué 7, les auteurs osent écrire :

L’expression « Israël a péché » signifie ici : « Il y a du péché en Israël ». ATS p. 13.

C’est une affirmation très grave ! Pour nous convaincre de la véritable portée de la déclaration de Dieu, considérons le contexte. L’Éternel prononce les mots « Israël a péché » (v. 11) juste après la défaite d’, lorsque Josué se tient devant lui, effondré. Sur qui la discipline de Dieu vient-elle de tomber ? Sur Acan ou sur tout le peuple ? Sur tout le peuple ! Donc tout le peuple est considéré comme lié à Acan. Au verset 11, Dieu ajoute : « Ils ont pris de l’anathème... ils ont volé... ils ont menti ». En outre, au verset 12, Dieu dit : « les fils d’Israël sont devenus anathème » (et non : ils deviendront anathème s’ils ne jugent pas le coupable). Et encore : « Je ne serai plus avec vous si vous ne détruisez pas l’anathème du milieu de vous ». Il y avait certes du péché en Israël (v. 13), mais Dieu le considère ici comme le péché d’Israël. Dire le contraire, c’est faire violence au texte biblique, c’est « tordre les Écritures ».

Le peuple n’était sans doute pas dans un bon état. La victoire de Jéricho lui avait donné quelque confiance en ses propres forces. En effet, les hommes envoyés pour explorer Aï reviennent en disant à Josué : « Ne fatigue pas tout le peuple en l’envoyant là, car ils sont peu nombreux » (v. 3). De plus, on monte à la bataille sans interroger l’Éternel (*). Mais ce n’est pas cette suffisance, si déplorable qu’elle soit, qui est mentionnée comme étant le motif de « la colère de l’Éternel... contre les fils d’Israël » (v. 1). C’est le péché d’Acan. Le peuple était ignorant, inconscient, de la présence du péché dans le camp. Mais cela ne l’empêche pas d’être anathème à cause de cela.

 

(*) Si on avait consulté l’Éternel, ou bien il n’aurait pas répondu, à cause de l’anathème, ou bien il aurait signalé celui-ci.

 

En fait, le péché grave d’un individu et l’état déficient de la collectivité sont liés. Et Dieu se sert du péché d’un homme pour discipliner l’ensemble de son peuple. Il sait parfaitement allier son jugement à l’égard d’un individu et son gouvernement à l’égard de la collectivité.

Cette solidarité du peuple de Dieu se montre aussi — et combien cela est beau ! — dans les expressions qu’emploient les fidèles serviteurs dans leurs prières d’humiliation. « Mon Dieu, je suis confus, et j’ai honte de lever ma face vers toi... car nos iniquités se sont multipliées... nous avons été grandement coupables » dit Esdras, s’identifiant à son peuple (9:6, 7). De même Néhémie : « Nous avons agi méchamment » (9:33). Et Daniel : « Nous avons péché, nous avons commis l’iniquité, nous avons agi méchamment, et nous nous sommes rebellés et nous nous sommes détournés de tes commandements et de tes ordonnances, et nous n’avons pas écouté tes serviteurs les prophètes... À nous la confusion de face ! » (9:5, 6). Esdras, Néhémie, Daniel, réalisant profondément le lien qui les unit au peuple de Dieu, confessent les fautes du peuple comme étant les leurs. Savons-nous nous approcher de Dieu dans cet esprit-là ?

 

9                        L’enseignement de 2 Timothée 2

La seconde épître à Timothée est la dernière que l’apôtre Paul ait écrite. Elle date d’une époque où le mal s’était déjà largement développé dans l’Église, et où beaucoup s’étaient détournés de l’apôtre et de son enseignement (1:15). Non seulement on se livrait à des « disputes de mots » et à des « discours vains et profanes » (2:14, 16), mais des hommes tels que Hyménée et Philète s’étaient écartés de la vérité, disant « que la résurrection a déjà eu lieu », et ils renversaient la foi de quelques-uns (2:17, 18). Un redressement général n’était plus à espérer, les choses devaient aller de mal en pis (3:13) et un temps viendrait où on ne supporterait plus le sain enseignement (4:3). La première épître à Timothée présentait encore la maison de Dieu comme étant en ordre et indiquait comment il fallait s’y conduire (3:15). La seconde épître l’évoque sous la figure d’une grande maison, dans laquelle se trouvent toutes sortes de vases (2:20).

Sur ce fond de tableau bien sombre apparaissent plusieurs traits lumineux, pour notre encouragement. Voici l’un d’eux : « Le solide fondement de Dieu demeure » (2:19). Ce que Dieu a établi, ce qu’il a institué une fois, est à l’abri des atteintes de Satan, est invariable, comme Dieu lui-même. Notre foi peut s’y appuyer.

 

9.1   Les deux faces du sceau

Ce fondement a un sceau, et le sceau, deux faces : l’une présente le côté de Dieu, l’autre le côté de l’homme. Premièrement, « le Seigneur connaît ceux qui sont siens » (v. 19). Certitude à la fois humiliante et consolante ! L’état de confusion de la chrétienté peut devenir tel que Dieu seul sait quels sont ceux qui lui appartiennent réellement. Mais il les connaît, et prendra soin d’eux. Le berger connaît ses propres brebis. C’est le côté de Dieu. L’autre côté est celui de la responsabilité de l’homme, responsabilité individuelle, constamment mise en évidence dans cette épître : « Qu’il se retire de l’iniquité quiconque prononce le nom du Seigneur » (v. 19). L’iniquité (ou : injustice, selon la note) est tout ce qui n’est pas selon la vérité, tout ce qui n’est pas conforme à la pensée de Dieu telle qu’il l’a révélée dans sa Parole. Quiconque « prononce le nom du Seigneur », c’est-à-dire professe reconnaître l’autorité de Celui qui est le Seigneur, est tenu de se retirer de tout ce qui, par sa nature ou par son état, est contraire à la volonté du Seigneur.

En particulier, lorsque l’homme a établi des structures religieuses selon ses propres pensées, les organisant à sa façon et mettant de côté les pensées de Dieu, le fidèle n’a qu’une chose à faire, s’en retirer. Ceci implique évidemment que celui qui obéit au Seigneur ne saurait prendre la cène dans une communauté religieuse où l’autorité du Seigneur et de sa Parole ne sont pas reconnues, mais cela implique beaucoup plus. L’injonction est exprimée en termes généraux, afin que nous en saisissions toute la portée. Comment un croyant fidèle pourrait-il être associé à quelque chose que le Seigneur réprouve ?

Cependant, nous avons besoin d’être gardés dans de saines pensées, et dans l’humilité. La portée générale de l’injonction « Qu’il se retire de l’iniquité » ne doit pas nous faire oublier que « nous faillissons tous à plusieurs égards » (Jacq. 3:2). Nous n’avons pas à confondre un manquement avec un état mauvais. Nous avons à distinguer entre un mauvais enseignement et des défaillances dans la mise en pratique d’un bon enseignement. Nous avons à user de douceur et de patience, ce chapitre même y insiste (v. 24, 25). Et nous serions grandement coupables si nous utilisions ce passage pour justifier une attitude d’orgueil et de supériorité à l’égard de qui que ce soit.

 

9.2   Des vases à honneur

Ensuite, l’apôtre évoque la chrétienté sous la figure d’une grande maison contenant de multiples vases. « Or, dans une grande maison, il n’y a pas seulement des vases d’or et d’argent, mais aussi de bois et de terre ; et les uns à honneur, les autres à déshonneur » (v. 20). Les vases à honneur seront propres au service du Maître ; ils seront à l’honneur du Maître.

Comment en être un ? « Si donc quelqu’un se purifie de ceux-ci (des vases à déshonneur), il sera un vase à honneur, sanctifié, utile au maître, préparé pour toute bonne œuvre » (v. 21). Le terme « purifier » montre bien qu’il est question ici de souillure, et l’image utilisée rend claire et simple la pensée de l’apôtre : si on met de la vaisselle sale en contact avec de la vaisselle propre, celle-ci se salit. Un vase ne peut être à honneur — à l’honneur de Dieu — que s’il se sépare de tous ceux qui sont à déshonneur — de ceux dont l’état ou la conduite déshonore Dieu. Être associés à de telles personnes, c’est en être solidaires ; c’est pourquoi nous devons nous en dissocier.

Le verset suivant montre que cette purification nécessaire du mal qui est autour de nous doit aller de pair avec une séparation énergique du mal qui peut germer en nous : « Mais fuis les convoitises de la jeunesse, et poursuis la justice, la foi, l’amour, la paix, avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur » (v. 22). Si nous prenons cette position de séparation dans la crainte du Seigneur, il ne manquera pas de nous faire rencontrer d’autres croyants qui lui ont aussi obéi en se purifiant de tout ce qui le déshonore. Avec eux, nous pourrons poursuivre la justice, la foi, l’amour et la paix. Et si, comme nous l’avons remarqué, il peut devenir impossible de discerner qui appartient au Seigneur et qui ne lui appartient pas, l’Écriture suppose qu’il est possible de reconnaître ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur, et de marcher avec eux.

 

9.3   Une portée à la convenance du lecteur ?

Concernant ce passage de 2 Timothée 2, les auteurs écrivent :

Il n’y a pas le moindre doute qu’un chrétien ne peut pas se permettre de prendre à la légère le contact avec des faux docteurs qui attaquent le fondement du christianisme, (en disant par exemple que la résurrection a déjà eu lieu)... Les problèmes ne surgissent que lorsqu’on fait une application beaucoup plus étendue de ce passage, en croyant y lire qu’on doit se séparer ecclésiastiquement ou qu’on doit se séparer non seulement des fausses doctrines fondamentales, mais aussi de ce que certains appellent un « mal ecclésiastique ». ATS p. 10.

Les auteurs limitent donc singulièrement la portée du passage. Selon eux, on ne serait tenu de se retirer, de se purifier, que lorsqu’on est en présence de ce qu’ils appellent « de fausses doctrines fondamentales », ou de « faux docteurs qui attaquent les fondements du christianisme ».

Nul doute que la fausse doctrine d’Hyménée et de Philète ne soit dans la pensée de l’apôtre lorsqu’il donne cet enseignement ! Mais de quel droit limiter ainsi la portée de l’enseignement général que le Saint Esprit nous donne à cette occasion ?

Est-il nécessaire, pour que nous puissions appliquer un passage à nos circonstances, que celles qui y sont décrites soient rigoureusement les mêmes que les nôtres ? Vouloir qu’il en soit ainsi nous priverait d’une multitude d’enseignements de l’Ancien et du Nouveau Testament. On pourrait dire, par exemple, que si Lot n’était pas à sa place à Sodome, c’était seulement à cause du caractère particulier du péché de cette ville. Dans un autre ordre d’idées, on pourrait dire que les exercices de cœur de David tels qu’ils apparaissent au psaume 51 ne nous concernent pas si nous n’avons pas, comme lui, commis un adultère et un meurtre. De même, on pourrait refuser de s’approprier les encouragements et les exhortations que Dieu donne à Josué dans le premier chapitre de son livre, sous prétexte que nous ne sommes pas dans la position de conducteur du peuple.

Avec raison nous nous approprions les paroles de l’Éternel à Abraham, à David, au peuple d’Israël ou à d’autres, nous attachons notre foi aux promesses qui leur sont faites, nous nous sentons concernés par les exhortations qui leur sont adressées. C’est l’ABC d’une lecture correcte de la Bible, sans oublier, bien sûr, les transpositions rendues parfois nécessaires par les changements de dispensations.

Ce que les auteurs enseignent ici tend à annuler la parole de Dieu. Si c’est à l’homme de décider ce qui est doctrine fondamentale et ce qui ne l’est pas, où est l’autorité de Dieu ? Les hommes pourront organiser leurs églises à leur façon, au mépris de l’enseignement des Actes et des épîtres, et si je juge que ce n’est pas fondamental, je ne suis nullement tenu de me retirer de cela ! Quelle aberration !

 

10                  L’enseignement d’Aggée 2:11-14

Les auteurs parlent de leur ancienne explication de ce passage — une mise en garde contre la collaboration entre les Israélites et les Samaritains pour la reconstruction du temple (voir Esdras 4:2) — et la démontrent fausse. Je ne connaissais pas cette explication étrange, et ne vois aucune objection à ce qu’on la mette de côté. Mais ceci ne devrait pas nous faire passer à côté de la vraie portée de ce passage. Il est remarquable en ce qu’il interprète des dispositions matérielles de la loi de façon spirituelle, comme nous avons à le faire maintenant.

Les versets 11 à 13 rappellent un principe de la loi concernant la souillure : une chose impure transmet son impureté à une chose avec laquelle elle a contact ; mais une chose pure ne transmet pas sa pureté. C’est une règle de caractère cérémoniel (ou extérieur). Au verset 14, le prophète fait une application morale (ou intérieure) de ce principe : « Ainsi est ce peuple,... et ainsi est toute l’œuvre de leurs mains, et ce qu’ils présentent là est impur ». Eux-mêmes étaient souillés, moralement, intérieurement. Donc tout ce qu’ils faisaient ou ce qu’ils présentaient à l’Éternel était souillé.

Le principe général posé ici, que ce qui est souillé souille ce qui est pur, mais que ce qui est pur ne purifie pas ce qui est souillé, est en parfait accord avec l’enseignement du Nouveau Testament, ainsi que nous venons de le voir dans 2 Timothée 2.

 

11                  Association et communion

La brochure donne l’impression que toutes les questions de communion se posent en termes de souillure. Sans minimiser l’importance de cette notion, qui est au premier plan dans des passages comme 1 Corinthiens 5 et 2 Timothée 2, il importe de bien voir le caractère et la portée d’une association. Lorsque nous envisageons de nous associer avec des croyants qui ne sont pas dans le chemin que nous trace la Parole, il ne suffit pas de nous poser la question : cela nous souille-t-il, oui ou non ? Nous devons aussi nous demander si cette association est en accord avec le témoignage pour Dieu que nous avons à rendre. Ou au contraire, tend-elle à confondre le bien et le mal ? la vérité et l’erreur ? N’apporte-t-elle pas une caution, même involontaire, à une position fausse de ceux avec lesquels nous pourrions nous associer ? Légitime-t-elle quelque chose que Dieu réprouve ?

Ces questions doivent être sérieusement pesées en relation avec n’importe quelle liaison ou association, et cela d’autant plus que la chrétienté est dans un grand désordre.

Elles ont une importance toute particulière en ce qui concerne le lien de communion qui s’exprime dans la participation à la table du Seigneur. La fraction du pain est un témoignage rendu à l’unité du corps de Christ. « Car nous qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps, car nous participons tous à un seul et même pain » (1 Cor. 10:17). Or ce témoignage n’est pas compatible avec l’adhésion à l’une des divisions —groupements, dénominations — de la chrétienté, adhésion qui consacre la division. Nous devons y penser lorsque nous envisageons la réception occasionnelle à la table du Seigneur.

Les frères, au commencement, ont souvent accueilli des croyants qui, sans avoir encore rompu avec leur milieu d’origine, venaient en simplicité de cœur découvrir ce qu’était le rassemblement autour du Seigneur selon l’enseignement de l’Écriture, et désiraient rompre le pain. Mais ils n’acceptaient pas qu’en venant ainsi, ces croyants veuillent prendre la cène où ils le jugeaient bon, une fois avec les frères, une autre fois dans une dénomination. Accepter cette liberté de mouvement reviendrait à approuver et perpétuer la division des chrétiens.

Pratiquer la réception occasionnelle sans le discernement spirituel nécessaire, et surtout, le faire en vue de montrer qu’on n’est pas sectaire et qu’on accepte les différences, c’est un abandon ou un reniement de la position de séparation à laquelle le Seigneur nous a appelés et une manière de refuser l’opprobre qui s’y rattache.

Ceux qui ont à cœur de se réunir simplement autour du Seigneur Jésus ne peuvent prétendre être l’Église ou l’Assemblée. Ils ne peuvent en être qu’une manifestation, une expression, un faible rassemblement qui désire en porter les caractères. Il faut qu’ils réalisent profondément et avec douleur que l’Église tout entière, dont ils font partie au même titre que tous les vrais croyants, a failli à sa mission de manifester la gloire de Dieu sur la terre. Mais la foi s’attache à Celui qui demeure le même et dont les ressources sont permanentes (Aggée 2:4, 5).

Que Dieu nous accorde d’avoir, comme les Éphésiens et les Colossiens, un véritable « amour… pour tous les saints » (Éph. 1:15 ; Col. 1:4). J. N. Darby a écrit : Nous ne pouvons pas réaliser les bénédictions qui nous appartiennent si nous n’englobons pas tous les saints dans nos affections chrétiennes (Éph. 3:18). Ne pas marcher avec eux dans un chemin qui n’est pas selon la Parole ne signifie nullement ne pas les aimer ; c’est précisément le contraire » (Letters, Vol. II, p. 386). « Par ceci nous savons que nous aimons les enfants de Dieu, c’est quand nous aimons Dieu et que nous gardons ses commandements » (1 Jean 5:2).

 

12                  Points de vue sur l’Écriture

J’attire l’attention sur l’attitude devant l’Écriture que mettent en évidence les citations suivantes.

Nous donnions donc autrefois une application beaucoup plus large aux « vases à déshonneur ». Mais en fait cela n’a rien à voir avec l’explication directe de ces versets. C’est le point de vue de celui qui étudie 2 Tim. 2 qui finalement déterminera ce qu’on croit devoir comprendre par « vases à déshonneur » — et non pas le passage lui-même. ATS p. 10.

C’est ainsi que nous donnions autrefois une application beaucoup plus étendue aux expressions « saluer » et « communion avec ses mauvaises œuvres » que nous ne le faisons aujourd’hui. ATS p. 10 (à propos de 2 Jean 10).

Ainsi ce n’est pas la stricte explication de ces passages qui crée le problème. Mais ce qui crée le problème, c’est la façon dont nous pensons pouvoir extraire des principes de ces passages, principes qui dépassent de loin le contexte strict de ces versets. ATS p. 10, 11.

Il y a plusieurs explications possibles de ce verset. Nous préférons le comprendre dans le sens d’un appel... ATS p. 14 (à propos de 1 Tim. 5:22).

 

Cette manière de traiter l’Écriture est choquante. Elle rappelle celle des théologiens. Ce n’est pas du tout celle que la Parole nous enseigne.

Au sujet de celle-ci, l’apôtre Paul a cette expression remarquable : « la parole de Dieu, laquelle opère en vous qui croyez » (1 Thess. 2:13). Pesons bien ceci. Elle n’est pas un document que j’étudie au moyen de mon intelligence et que j’analyse avec ma logique, pour chercher à discerner ce qu’il veut dire. Elle est « vivante et opérante » (Héb. 4:12).

Ce n’est pas moi qui ai à opérer sur elle, c’est à elle d’opérer en moi. Elle n’est pas l’objet que j’analyse et interprète, mais je suis l’objet qu’elle forme. C’est très différent !

Le Seigneur déjà l’a enseigné dans la parabole du semeur. La parole de Dieu est la semence, et mon cœur est le terrain où elle s’implante et produit ses propres fruits.

Cette attitude de théologien ressort clairement d’une définition exprimée par l’un des auteurs, lui-même docteur en théologie : « La théologie est une construction des hommes qui veulent se rendre compte logiquement et analytiquement des contenus de l’Écriture pour la foi » (W. J. O). Quel aveu ! Le raisonnement humain (l’analyse et la logique) se place entre l’Écriture et la foi, et se donne la mission de déterminer quels sont les contenus de l’Écriture, pour fournir à la foi ce qu’elle doit croire. Mais l’épître aux Romains nous enseigne au contraire que « la foi est de ce qu’on entend, et ce qu’on entend par la parole de Dieu » (10:17). La parole de Dieu a sa propre puissance, elle produit la foi. Elle opère dans le croyant. Entre la parole de Dieu et la foi, il n’y a pas de place pour la théologie !

Que personne ne pense que je veuille condamner l’étude de l’Écriture ! Cette étude est indispensable. Mais elle ne peut être fructueuse que si nos cœurs et nos consciences sont en éveil. Si nos intelligences seules sont en activité, il n’y aura pas de fruit pour Dieu.

À propos de 2 Timothée 2, de 2 Jean 10, et de beaucoup d’autres parties des Écritures, il est bien vrai qu’un passage contient très souvent un enseignement qui dépasse son sens premier. Et il serait bon, je crois, que nous portions toujours d’abord notre attention sur le sens premier. Mais ce qui me paraît essentiel à rappeler, c’est que le sens profond, la portée spirituelle d’un passage fait partie de la révélation de Dieu aussi bien que son sens premier. Nous n’avons pas la liberté d’introduire là nos avis personnels ou nos préférences. Et l’enseignement du Saint Esprit nous est indispensable pour saisir la vraie portée d’un passage. Ce n’est pas une affaire d’analyse et de logique. « Car qui des hommes connaît les choses de l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui ? Ainsi personne ne connaît les choses de Dieu non plus, si ce n’est l’Esprit de Dieu » (1 Cor. 2:11).

 

13                  Discernement spirituel

Moïse avait reçu sur la montagne les instructions divines concernant le tabernacle (appelé aussi tente d’assignation) qu’il devait construire, et qui allait devenir l’habitation de Dieu au milieu de son peuple. Pendant que Moïse était sur la montagne, le peuple d’Israël, hélas ! a fait le veau d’or, attirant sur lui le jugement de Dieu (Ex. 32). J’attire l’attention sur un point de la conduite de Moïse dans cette circonstance. Il dresse une tente hors du camp, et l’appelle la tente d’assignation (33:7), du nom même que Dieu avait donné au tabernacle à construire (29:4). C’est vers cette tente que sortent « tous ceux qui cherchaient l’Éternel ». Ce que Moïse fait là ne nous est pas présenté comme l’exécution de commandements formels de Dieu, mais comme résultant du discernement spirituel d’un homme qui vit près de Dieu et qui a sa pensée. La colonne de nuée, symbole de la présence divine, se tient à l’entrée de la tente ; elle manifeste l’approbation de Dieu à l’égard de l’action de Moïse.

Les écrits du Nouveau Testament, pour autant que nous puissions le savoir, datent d’une époque à laquelle tous les rassemblements de croyants portaient encore le caractère d’assemblées de Dieu. Le mal s’y introduisait, de faux enseignements se développaient, le Seigneur donnait de solennels avertissements, mais rien ne montre que les choses en soient déjà arrivées à un point où la communion des fidèles ne puisse plus être possible avec tout ce qui portait encore le nom d’Église.

Lors du réveil du 19ème siècle, l’état de la chrétienté était évidemment beaucoup plus grave. Et les fidèles n’avaient pas à leur disposition des textes bibliques formels qui auraient été écrits à propos d’une situation identique à la leur. Ils avaient par contre les principes généraux que la sagesse de Dieu avait inscrits dans la Parole. Des croyants eurent le discernement spirituel nécessaire pour appliquer ces principes d’une manière conforme à la pensée de Dieu, et nous ne pouvons douter que Dieu ait mis le sceau de son approbation sur la position de séparation qu’ils prirent « hors du camp ». Dans les années qui suivirent, bien des taches — et même plus que des taches — apparurent sur le témoignage que Dieu avait produit, mais sa grâce suscita encore des conducteurs fidèles. Ce que nous connaissons d’eux par leurs écrits en témoigne.

 

 

14                  Conclusion

Mais toi, demeure dans les choses que tu as apprises et dont tu as été pleinement convaincu, sachant de qui tu les as apprises (2 Tim. 3:14).

Arrêtons-nous d’abord sur le sens premier du passage. Timothée connaissait « les saintes lettres » (l’Ancien Testament) depuis son enfance, ayant été instruit par une mère et une grand-mère pieuses. En outre, il avait bénéficié de l’enseignement direct de Paul, qui le considérait comme son enfant dans la foi. Ce passage est introduit par un « Mais toi ». En contraste avec les hommes dont il vient de parler, qui iront « de mal en pis, séduisant et étant séduits », l’apôtre exhorte Timothée à demeurer dans les choses qu’il avait apprises. Ces choses n’étaient sans doute pas des connaissances intellectuelles que sa mémoire avait emmagasinées ; il les avait saisies par la foi, il en avait été pleinement convaincu. Mais il y a davantage. Il avait à se souvenir de qui il les avait apprises. Les personnes mêmes qui l’avaient enseigné donnaient un poids moral à cet enseignement, et c’était une raison supplémentaire pour y demeurer attaché.

Et maintenant, quelle est la portée de ce passage pour nous ? Car il est bien évident que si Dieu l’a mis dans l’Écriture, ce n’est pas simplement pour nous informer quant à Timothée. C’est pour que nous en fassions une juste application à nous-mêmes. Bien sûr, l’injonction « Demeure dans les choses que tu as apprises » ne peut être adressée à n’importe qui. Ce n’est pas ce que nous recommanderions à quelqu’un qui a été élevé dans de fausses doctrines.

En ce qui nous concerne, qu’en est-il ? S’il m’est permis de répondre pour d’autres, je dirai que ceux qui nous ont enseignés ont montré de façon remarquable leur fidélité au Seigneur, leur soumission à la Parole, leur compréhension de la pensée de Dieu, leur discernement spirituel, leur séparation du monde et leur acceptation de l’opprobre de Christ. Et maintenant, les auteurs de la brochure jettent explicitement du discrédit sur ces conducteurs. Ils nous disent en substance : Ne demeurez pas dans les choses que vous avez apprises, vous avez été mal enseignés ! (quant à une partie de la vérité, bien entendu).

Nous vivons à une époque où, dans ce monde, tout est remis en question. S’il est juste que nous « considérions bien nos voies » (selon Aggée 1:5, 7) pour nous humilier de la pauvre manière dont nous mettons la Parole en pratique, s’il est juste qu’à l’écoute de tout enseignement nous « examinions chaque jour les Écritures pour voir s’il en est bien ainsi » (selon Act. 17:11), il n’est pas juste que nous nous laissions contaminer par l’esprit de ce siècle.

 

Demeurons dans les choses que nous avons apprises, sachant de qui nous les avons apprises. Nous laisserions-nous entraîner maintenant dans une autre voie ?

Que Dieu nous accorde d’être « pleinement convaincus », par l’action de la Parole et du Saint Esprit en nous, « des choses que nous avons apprises » !

 

 

Que celui qui a ma parole énonce ma parole en vérité ! — Jérémie 23:28

C’est à celui-ci que je regarderai : à l’affligé, et à celui qui a l’esprit contrit et qui tremble à ma parole. — Ésaïe 66:2