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L’ARGILE ET LE POTIER

J. A. Monard

ME 2008 p. 353-360


: Petitesse de l'homme, sa responsabilité devant Dieu ; souveraineté de Dieu. Le croyant a un trésor dans un vase de terre afin que l'excellence de la puissance soit de Dieu et non pas de nous.


Table des matières :

1      La place de l’homme devant son Créateur

2      Tu m’as façonné comme de l’argile

3      Je suis fait d’argile, moi aussi

4      Un peuple formé comme de l’argile

5      Comme il plut aux yeux du potier

6      Le potier a pouvoir sur l’argile

7      Un trésor dans des vases de terre

 

Plusieurs passages de la Bible décrivent la place de l’homme devant Dieu au moyen de l’image de l’argile façonnée par le potier. En elle-même, cette matière est sans forme et sans grande utilité. Son intérêt réside dans ce que l’on peut en faire, en la modelant et en la cuisant pour la durcir. La beauté d’un vase témoigne du savoir-faire du potier, mais même cuite, l’argile demeure très fragile. (*) On comprend que des objets de cette sorte soient utilisés comme images de l’homme — créature de Dieu témoignant de la puissance et de la sagesse du Créateur, mais bien petit et bien chétif quant à lui-même.

 

(*) La fabrication des briques avec l’argile cuite date des temps les plus reculés (cf. Gen. 11:3 ; Jér. 43:9). La fragilité de l’argile est évoquée plusieurs fois dans la Parole (cf. Dan. 2:33, 42 ; Apoc. 2:27).

 

1         La place de l’homme devant son Créateur

Deux passages d’Ésaïe rappellent à l’ordre l’homme qui, dans son audace, se permet de contester avec son Créateur :

« Le potier sera-t-il estimé comme l’argile, pour que la chose faite dise de celui qui l’a faite : Il ne m’a pas faite ? et que ce qui est formé dise de celui qui l’a formé : Il n’a pas d’intelligence ? » (29:16).

« Malheur à celui qui conteste avec celui qui l’a formé ! Qu’un tesson conteste avec des tessons de la terre... ! L’argile dira-t-elle à celui qui la forme : Que fais-tu ? — et ton œuvre : Il n’a pas de mains ? Malheur à celui qui dit à son père : Qu’as-tu engendré ? et à sa mère : Qu’as-tu enfanté ? » (45:9).

Ces versets décrivent l’attitude, très courante aujourd’hui, des hommes qui nient l’existence de Dieu et pensent n’avoir de compte à rendre à personne. Ils ferment les yeux sur l’évidence de la création. Celle-ci témoigne de la sagesse et de la puissance du Créateur, en particulier dans la créature privilégiée qu’est l’homme. Leur folie est comparable à celle d’un vase de poterie qui affirmerait qu’il n’y a pas eu de potier pour le former.

De plus, le Créateur n’a aucun compte à rendre à sa créature. Qu’il s’agisse de ce que nous sommes comme l’ouvrage de ses mains, ou de ce qu’il accomplit dans ses voies envers nous, « d’aucune de ses actions il ne rend compte » (Job 33:13). Gardons humblement notre place devant lui.

 

2         Tu m’as façonné comme de l’argile

Dans la grande épreuve que Dieu lui avait envoyée, Job avait tout d’abord montré une soumission exemplaire. Dépouillé de tous ses biens et privé de tous ses enfants, il avait dit : « L’Éternel a donné, et l’Éternel a pris ; que le nom de l’Éternel soit béni ! » (Job 1:21). Et même, douloureusement atteint dans sa santé, il n’avait pas prononcé une parole déplacée. Jacques fait allusion à cela quand il dit : « Vous avez entendu parler de la patience de Job » (5:11).

Cependant les propos injustes et les insinuations de ses amis — qui étaient venus « pour le plaindre et le consoler » — ont progressivement usé sa résistance et l’ont conduit à prononcer des paroles inconvenantes. Sans aller si loin que les impies dont Ésaïe nous parle, Job s’est permis de demander à Dieu pourquoi il agissait ainsi envers lui. Bien conscient d’être une créature de Dieu, il dit : « Souviens-toi, je te prie, que tu m’as façonné comme de l’argile, et que tu me feras retourner et la poussière » (Job 10:9). Mais il demande à Dieu : « Prends-tu plaisir à opprimer, que tu méprises le travail de tes mains ? » (v. 3).

Dans la suite, les visiteurs accumuleront outre mesure leurs maladresses et leurs méchancetés, et Job s’obstinera à défendre sa propre justice. Quand il aura achevé l’éloge de sa propre personne, Dieu enverra vers lui Élihu avec des paroles pleines de sagesse. Puis il se révélera lui-même à Job et l’amènera à confesser les paroles inconvenantes qu’il a prononcées et à se repentir profondément. Finalement, Dieu rétablira l’ancien état de Job et sa fin sera plus bénie que ne l’avait été son commencement.

 

3         Je suis fait d’argile, moi aussi

Relevons juste ces quelques mots dans les propos d’Élihu : « Voici, je suis comme toi quant à Dieu, je suis fait d’argile, moi aussi. Voici, ma terreur ne te troublera pas, et mon poids ne t’accablera pas » (Job 33:6, 7). Conduit par Dieu pour ouvrir les yeux de Job sur ses erreurs et ses défaillances, cet homme s’approche avec humilité et délicatesse. Il ne prend pas une attitude de supériorité vis-à-vis de Job, mais se place à son niveau. Il reconnaît sa propre faiblesse et sa fragilité. Il va lui parler de manière à ne pas l’effrayer ni l’écraser. Quelle leçon pour tous ceux que le Seigneur appelle à adresser une parole de répréhension !

Dans ses voies miséricordieuses envers nous, Dieu « se souvient que nous sommes poussière » (Ps. 103:14). Souvenons-nous-en aussi dans nos rapports fraternels.

 

4         Un peuple formé comme de l’argile

Dans les passages précédemment considérés, c’est l’homme individuellement qui est comme l’argile sortie des mains du potier. Le prophète Ésaïe emploie la même image d’une façon un peu différente, en ce qui concerne le peuple d’Israël. « Or maintenant, Éternel, tu es notre père : nous sommes l’argile, tu es celui qui nous as formés, et nous sommes tous l’ouvrage de tes mains » (64:8). Ce passage présente l’Éternel comme le « père » d’Israël. Il évoque la position de ce peuple choisi de Dieu, formé par lui-même et objet de ses soins.

Ceci doit être bien distingué de la relation individuelle des « enfants de Dieu » avec leur Père, qui est la part des croyants aujourd’hui. Cette relation, qui découle du fait que nous sommes « nés de Dieu », n’est révélée que dans le Nouveau Testament. Elle ne pouvait être connue avant la venue de Jésus Christ, le Fils de Dieu. « À tous ceux qui l’ont reçu, il leur a donné le droit d’être enfants de Dieu » (Jean 1:12).

Israël connaissait l’Éternel comme Celui qui avait amené le peuple à l’existence, qui l’avait « créé » et « formé » (És. 43:1).

 

5         Comme il plut aux yeux du potier

Un passage de Jérémie nous présente l’action du potier envers l’argile dans un sens encore différent. Le prophète est invité à descendre dans la maison du potier pour y apprendre une leçon (18:1-12). Le potier travaillait l’argile sur son tour. Soudain, le vase qu’il faisait fut gâté, et le potier en fit un autre vase, comme il lui plut (v. 4). L’Éternel révèle alors ceci : « Ne puis-je pas faire de vous comme fait ce potier, ô maison d’Israël ?... Voici, comme est l’argile dans la main du potier, ainsi êtes-vous dans ma main, ô maison d’Israël ! » (v. 6). L’Éternel explique alors plus en détail que ses voies envers une nation peuvent changer, si l’attitude de cette nation change. Dieu annonçait à Juda un jugement imminent — la destruction de la ville et la déportation. Mais si le peuple se repentait, Dieu se repentirait aussi du mal qu’il avait décidé de lui faire.

C’est ce qui est arrivé dans le cas de Ninive. Jonas a prêché : « Encore quarante jours, et Ninive sera renversée » (Jonas 3:4). Mais les hommes de Ninive se sont repentis à la parole de Jonas et le jugement n’est pas venu sur eux. En fait, il s’est exécuté plus tard (cf. Nah. 1:1).

 

6         Le potier a pouvoir sur l’argile

Dans le Nouveau Testament, nous trouvons encore une fois l’image du potier qui forme l’argile. L’apôtre Paul l’utilise dans l’épître aux Romains, quand il présente le sujet de l’élection, pour affirmer la souveraineté de Dieu. L’enseignement de la Parole à ce sujet est une pierre d’achoppement pour les incrédules, et même pour les croyants lorsqu’ils veulent introduire le raisonnement humain dans ce que Dieu a révélé. Quand l’homme pense pouvoir comprendre à fond, et selon sa logique, toutes les pensées de Dieu, il quitte la place qui lui convient devant son Créateur. Il est comme le vase qui contesterait avec le potier. « La chose formée dira-t-elle à celui qui l’a formée : Pourquoi m’as-tu ainsi faite ? Le potier n’a-t-il pas pouvoir sur l’argile pour faire de la même masse un vase à honneur et un autre à déshonneur ? » (Rom. 9:20, 21).

L’esprit humain ne peut pas saisir comment se concilient la responsabilité de l’homme et la souveraineté de Dieu. La Parole nous présente les deux choses comme étant entières.

D’une part, l’appel de la grâce est adressé à tous les hommes : « Que celui qui a soif vienne ; que celui qui veut prenne gratuitement de l’eau de la vie » (Apoc. 22:17). À ceux qui refusaient la grâce, le Seigneur a dit : « Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie » (Jean 5:40). Ainsi chacun est pleinement responsable d’accepter le salut que Dieu offre gratuitement à tous.

D’autre part, Dieu révèle à ceux qui ont reçu Jésus qu’ils ont été « élus... avant la fondation du monde » (Éph. 1:4). Selon les termes d’une déclaration qui décrit l’œuvre de Dieu envers eux depuis l’éternité passée jusqu’à l’éternité future, ils ont été préconnus, prédestinés, appelés, justifiés, glorifiés (Rom. 8:29, 30). L’histoire d’Israël au moment du veau d’or nous fournit une illustration et une déclaration divine essentielle. Au moment où tout le peuple méritait la condamnation divine, Dieu dit à Moïse : « Je ferai grâce à qui je ferai grâce, et je ferai miséricorde à qui je ferai miséricorde » (Ex. 33:19 ; cf. Rom. 9:15). Cette déclaration n’explique en aucune manière à qui Dieu fait grâce. Cela reste son secret.

Le raisonneur peut formuler une objection, mais l’apôtre Paul la devance. « Tu me diras donc : Pourquoi se plaint-il encore ? car qui est-ce qui a résisté à sa volonté ? » (Rom. 9:19). Et au lieu de lui fournir une explication quelconque, l’apôtre réduit en cendres la question elle-même : « Mais plutôt, toi, ô homme, qui es-tu, qui contestes contre Dieu ? » (v. 20). Et il donne l’image de l’argile et du potier.

Dieu a supporté avec une grande patience « des vases de colère tout préparés pour la destruction », et au terme de sa patience, il fera connaître en eux sa colère et son jugement. D’autre part, il y a « des vases de miséricorde qu’il a préparés d’avance pour la gloire », et en eux il fera connaître les richesses de sa gloire (v. 22, 23).

 

7         Un trésor dans des vases de terre

Pour terminer, arrêtons-nous sur un passage de la seconde épître aux Corinthiens : « Mais nous avons ce trésor dans des vases de terre, afin que l’excellence de la puissance soit de Dieu et non pas de nous » (4:7). Le mot « argile » ne s’y trouve pas, mais le mot « terre » a ici le même sens.

Dans toute cette épître, l’apôtre Paul parle de son ministère, qui était contesté par certaines personnes à Corinthe. Au début du chapitre 4, il parle des révélations divines qu’il avait reçues afin de les transmettre à d’autres. Nous y voyons l’effet qu’elles avaient produit dans son âme et la manière dont elles en rayonnaient pour éclairer autour de lui. La lumière qu’il faisait briller était en fait « la lumière de l’évangile de la gloire du Christ qui est l’image de Dieu ». Pour ceux dont les pensées avaient été aveuglées par Satan, cet évangile était voilé, et ces gens demeuraient dans les ténèbres. Néanmoins, « par la manifestation de la vérité », l’apôtre se recommandait « à toute conscience d’homme devant Dieu ». Heureux ceux qui se laissaient éclairer par cette lumière divine !

Au verset 6, l’apôtre reporte nos pensées sur ce que Dieu avait fait lors de la création : « Dieu... a dit que du sein des ténèbres la lumière resplendît ». Et cet acte de la toute-puissance de Dieu avait un parallèle dans ce qu’il avait opéré dans le cœur de ses messagers — celui de l’apôtre tout particulièrement. Il avait « relui dans leurs cœurs pour faire luire la connaissance de Dieu dans la face de Christ ». La « vraie lumière » est sans aucun doute celle que Christ a fait briller ; c’est lui seul qui a été la pleine révélation de Dieu ici-bas, comme le montre particulièrement l’évangile de Jean (1:4, 5, 9 ; 3:19 ; 8:12 ; 9:5 ; 12:35, 36, 46). « La connaissance de la gloire de Dieu » ne peut être que « dans la face de Christ ». Néanmoins, Dieu avait déposé une lumière dans le cœur de ses messagers afin qu’elle luise au-dehors pour le faire connaître. Quel trésor dans des cœurs humains !

« Mais nous avons ce trésor dans des vases de terre » (v. 7). Il faut qu’il en soit ainsi, « afin que l’excellence de la puissance soit de Dieu et non pas de nous ». Immense contraste entre la faiblesse des vases et la valeur du trésor qu’ils contiennent ! Et ainsi il est manifeste que si la lumière qu’ils font briller autour d’eux en éclaire d’autres, rien ne vient d’eux-mêmes. Tout vient de Dieu.

Dans les versets qui suivent, l’apôtre décrit les circonstances difficiles par lesquelles le Seigneur le faisait passer, dans lesquelles il réalisait le néant des ressources humaines, mais la valeur et l’efficacité de celles de Dieu. Il portait toujours partout dans son corps la mort de Jésus, afin que la vie aussi de Jésus soit manifestée dans son corps (v. 10).