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Épître de Jacques

 

F. B. Hole

 

Table des matières abrégée :

1     Introduction

2     Chapitre 1

3     Chapitre 2

4     Chapitre 3

5     Chapitre 4

6     Chapitre 5

 

Table des matières détaillée :

1     Introduction

2     Chapitre 1

2.1      Chapitre 1:1

2.1.1       Le caractère spécial de l’épître

2.1.2       Les destinataires de l’épître

2.2      Chapitre 1:2

2.3      Chapitre 1:3-8 — épreuve, discipline, patience, prière

2.4      Chapitre 1:9-12 — condition sociale

2.5      Chapitre 1:13-15 — tentation

2.6      Chapitre 1:16-18

2.7      Chapitre 1:19-20

2.8      Chapitre 1:21

2.9      Chapitre 1:22

2.10     Chapitre 1:23-24

2.11     Chapitre 1:25

2.12     Chapitre 1:26-27

3     Chapitre 2

3.1      Chapitre 2:1-4

3.2      Chapitre 2:5-7

3.3      Chapitre 2:8-9

3.4      Chapitre 2:10-11

3.5      Chapitre 2:12-13

3.6      Chapitre 2:14

3.7      Chapitre 2:15-18

3.8      Chapitre 2:19-26

3.8.1       Chapitre 2:19

3.8.2       Chapitre 2:20-25

3.8.3       Chapitre 2:26

4     Chapitre 3

4.1      Chapitre 3:1

4.2      Chapitre 3:2

4.3      Chapitre 3:3-6

4.4      Chapitre 3:7-8

4.5      Chapitre 3:9-12

4.6      Chapitre 3:13-14

4.7      Chapitre 3:15

4.8      Chapitre 3:16

4.9      Chapitre 3:17

4.10     Chapitre 3:18

5     Chapitre 4

5.1      Chapitre 4:1

5.2      Chapitre 4:2-3

5.3      Chapitre 4:4

5.4      Chapitre 4:5

5.5      Chapitre 4:6-7

5.6      Chapitre 4:8a

5.7      Chapitre 4:8b-10

5.8      Chapitre 4:11-12

5.9      Chapitre 4:13-16

5.10     Chapitre 4:17

6     Chapitre 5

6.1      Chapitre 5:1-6 et Ps. 73

6.2      Chapitre 5:7-8

6.3      Chapitre 5:9

6.4      Chapitre 5:10-11

6.5      Chapitre 5:12

6.6      Chapitre 5:13

6.7      Chapitre 5:14-16

6.8      Chapitre 5:17-18

6.9      Chapitre 5:19-20

 

 

1                        Introduction

Nous sommes enclins à penser que l’épître de Jacques est la moins lue de toutes les épîtres. C’est dommage car elle traite de questions très pratiques. On n’y trouve guère quoi que ce soit qu’on puisse qualifier d’exposé de doctrine chrétienne, mais on y trouve beaucoup de choses qui inculquent la pratique chrétienne. Nous pourrions presque l’appeler l’épître des œuvres, du comportement chrétien quotidien. La difficulté qu’elle présente réside dans le point de vue sous lequel elle est écrite, et qui diffère de toute autre épître. Mais ce n’est pas une raison pour la négliger.

Le Jacques qui l’a écrite n’est pas le frère de Jean. Ce dernier a été très tôt tué par Hérode, selon Actes 12:2. L’auteur de l’épître est le Jacques dont il est parlé en Actes 15:13 et 21:18. Paul l’appelle « Jacques le frère du Seigneur » en Gal. 1:19, et il le reconnaît comme étant une « colonne » de l’assemblée de Jérusalem en Gal. 2:9. On ne voit pas qu’il soit allé en Judée ni en Samarie ni aux bouts de la terre, mais il paraît être resté à Jérusalem et y avoir accédé à une position de grande autorité.

 

2                        Chapitre 1

2.1   Chapitre 1:1

2.1.1        Le caractère spécial de l’épître

L’épître n’est pas écrite à une assemblée particulière de croyants, ni même à toute l’église de Dieu. Elle est, de fait, adressée aux « douze tribus qui sont dans la dispersion », et c’est ce qui lui donne son caractère inhabituel. Essayons de saisir le point de vue selon lequel Jacques parle avant d’entrer dans les détails.

Bien que l’évangile ait commencé à Jérusalem et y ait remporté ses premiers triomphes, les chrétiens de cette ville furent plus lents que d’autres à entrer dans le vrai caractère de la foi qu’ils avaient embrassée. Ils s’accrochaient avec beaucoup de ténacité à la loi de Moïse et à tout l’ordre religieux reçu par lui — cela ressort à l’évidence de passages comme Actes 15 et 21:20-25. Il n’y a là rien de surprenant, car le Seigneur n’est pas venu pour abolir la loi et les prophètes, mais plutôt pour les accomplir [ou : leur donner leur plénitude], comme Il dit. Ces chrétiens de Jérusalem le savaient bien, mais ce qu’ils étaient lents à voir, c’est qu’ayant maintenant la substance en Christ, les ombres de la loi avaient perdu leur valeur. Mettre en vigueur ce fait, c’est le thème principal de l’épître aux Hébreux, qui nous dit que « ce qui devient ancien et qui vieillit, est près de disparaître » (Héb. 8:13). Peu après que ces paroles aient été écrites, tout le système juif — le temple, l’autel, les sacrifices, les sacrificateurs — tout disparut lors de la destruction de Jérusalem par les Romains.

Jusque là, ces chrétiens de Jérusalem se considéraient simplement comme faisant partie du peuple Juif, avec seulement des espérances nouvelles centrées sur un Messie ressuscité d’entre les morts. Cette même idée était commune parmi les Juifs convertis à Christ, où qu’ils se trouvent, et par conséquent ils avaient tendance à rester attachés à leurs synagogues. Il y avait une exception à cet état de choses là où l’apôtre Paul avait travaillé et enseigné « tous le conseil de Dieu ». Dans ces cas-là, le caractère réel du christianisme était manifesté, et les disciples Juifs étaient séparés de leurs synagogues, comme on le voit en Actes 19:8-9. Jacques, comme nous l’avons vu, resta à Jérusalem, et écrivit son épître de ce point de vue propre à Jérusalem, — point de vue correct pour ce qui concerne le domaine où il se place et l’époque où elle fut écrite.

On pourrait aborder le problème d’une autre manière en disant que les premières années du christianisme ont été une période de transition. L’histoire de ces années-là avec la révélation de cette transition, nous est donnée dans le livre des Actes : elle commence avec la constitution de l’église à Jérusalem, formée exclusivement de Juifs, et elle s’achève avec la sentence d’aveuglement prononcée définitivement sur les Juifs comme peuple, et avec la communication de l’évangile directement aux nations. Jacques écrit du point de vue usuel parmi les Juifs chrétiens au cœur de cette période. C’est ce qui explique les aspects particuliers de cette épître.

 

2.1.2        Les destinataires de l’épître

Bien que l’apôtre s’adresse lui-même à l’ensemble de la nation dispersée, il ne cache à aucun moment sa position d’esclave du Seigneur Jésus Christ, encore rejeté par la majorité de son peuple. De plus, en le lisant, on s’aperçoit bientôt que ce sont les croyants d’entre son peuple que Jacques a réellement en vue, et que c’est à eux surtout que s’adresse ce qu’il avait à dire. Ici et là, on trouve des remarques adressées plus spécialement à la masse non croyante, ainsi que d’autres remarques visant les non croyants, sans pour autant leur être adressées directement.

 

2.2   Chapitre 1:2

Prenez par exemple le début du v. 2. Quand il dit « mes frères », il ne pensait pas simplement à eux en tant que ses frères selon la chair, les Juifs comme lui, mais en tant que frères dans la foi du Christ. Cela ressort à l’évidence du verset suivant où leur foi est mentionnée. C’était la foi en Christ, et cela seulement, qui les différenciait alors de la masse non croyante de la nation. Pour un observateur ordinaire, tous avaient la même apparence, car ils assistaient tous aux mêmes services au temple à Jérusalem, ou participaient aux mêmes synagogues dans les nombreuses villes de leur dispersion, et pourtant cette immense ligne de démarcation était une réalité. La minorité croyait en Christ, et la majorité Le refusait. Ce clivage s’était déjà manifesté durant la vie du Seigneur Jésus, car nous lisons : « et il y eut de la division parmi le peuple à cause de Lui » (Jean 7:43). Cette division se poursuivit, et s’aggrava au temps où Jacques écrivait, et comme toujours, la minorité chrétienne souffrait la persécution de la part de la majorité.

Il subissaient à cette époque des tentations diverses et variées. De plusieurs côtés il leur arrivait des épreuves, et des mises à l’épreuve, qui les aurait détournés de la simplicité de leur foi en Christ s’ils y avaient succombé. Inversement, si au lieu d’y succomber, ils les traversaient avec Dieu, ils étaient rendus plus forts en les endurant : c’était un grand gain dont il y avait bien lieu de se réjouir. C’est pourquoi, quand les épreuves arrivaient, au lieu d’en être abattus, ils avaient à les considérer comme un sujet de joie. Quelle parole pour nous aujourd’hui ! Elle est d’ailleurs amplement corroborée par les apôtres Paul et Pierre (voir Rom. 5:3-5 ; 1 Pierre 1:7).

 

2.3   Chapitre 1:3-8

Ces tentations étaient permises par Dieu pour éprouver leur foi, et elles produisaient un accroissement de leur patience. Or la patience opérait en eux à son tour, et si on lui laissait avoir son œuvre parfaite, elle aboutissait à l’achèvement de l’œuvre de Dieu dans leur cœur. Les termes utilisés sont très forts : « parfaits et accomplis, ne manquant de rien ». À la lumière de ces expressions, c’est à bon droit qu’on peut dire que la tentation et l’épreuve jouent un grand rôle dans notre éducation spirituelle. C’est comme un tuteur à l’école de Dieu, bien capable de nous instruire et de développer nos esprits jusqu’au diplôme final attestant que nous avons achevé le cursus complet de la formation. Et pourtant, combien nous fuyons l’épreuve ! Que d’efforts ne faisons-nous pas pour l’éviter ! En agissant ainsi, nous sommes comme des enfants qui combinent avec ingéniosité les moyens de faire l’école buissonnière, et finissent pas être des cancres. N’est-ce pas de la folie ? N’est-ce pas là l’explication pour laquelle tant d’entre nous font si peu de progrès dans les choses de Dieu ?

Beaucoup de nous dirons sans doute : « Oui, mais ces épreuves exigent tellement de nous. On est continuellement enchevêtré dans un écheveau de problèmes compliqués nécessitant une sagesse surhumaine pour les résoudre ». C’est bien ainsi, et c’est pourquoi Jacques donne ensuite des instructions sur ce qui doit être fait dans ces situations embarrassantes. Si nous manquons de sagesse, nous avons simplement à la demander à Dieu, et nous sommes assurés qu’Il nous répondra libéralement sans un mot de reproches ; car personne ne s’attend à ce que nous ayons en nous-mêmes cette sagesse qui est en Dieu, et qui vient d’en haut. Assurément, nous pouvons demander à Dieu tout ce qui nous manque et nous attendre à ce qu’Il réponde libéralement, mais l’obtenir toujours sans un mot de reproches, c’est une autre question. Il y a eu des occasions où les disciples ont demandé des choses au Seigneur Jésus, et quand ils les ont obtenues, elles étaient accompagnées de quelques reproches tendres : voir par exemple Luc 8:24, 25 et 17:5-10. Mais il s’agissait de circonstances où ce dont ils manquaient était la foi, et en tant que croyant, nous devons en avoir.

Combien cette parole est précise et certaine : « Il lui sera donné ». Prenez-en note, car plus l’assurance en est ancrée profondément dans le cœur, plus nous demanderons de la sagesse avec foi, « ne doutant nullement ». Cette foi simple, qui ne soulève pas de questions et prend Dieu au mot absolument, est des plus nécessaires. Si nous doutons, nous devenons incertains dans nos pensées et inconstants dans toutes nos voies. Nous sommes comme les vagues de la mer, agitées par le vent, poussées d’abord dans une direction, puis dans une autre, tantôt soulevés et tantôt enfoncés. Nos espoirs commencent par monter en flèche, puis nous sommes remplis de mauvais pressentiments et de craintes. Si telle est notre condition, nous pouvons demander de la sagesse, mais il n’y a pas de raison de s’attendre à en recevoir, ni à recevoir quoi que ce soit d’autre du Seigneur.

Nous pensons que le verset 7 veut nous présenter cette pensée que celui qui demande à Dieu, et qui doute malgré tout, — s’il reçoit quelque chose, il ne le prendra pas comme venant du Seigneur. On demande à Dieu de la sagesse ou des directions, ou n’importe quoi d’autre, et au lieu de se reposer calmement sur Sa parole, l’esprit est plein de questions et est ballotté entre des craintes et des espoirs. Comment recevoir alors de la vraie sagesse et de vraies directions ? et si une aide quiconque est accordée, comment peut-elle être reçue de la part de Dieu ? Cela n’explique-t-il pas largement pourquoi beaucoup de chrétiens sont troublés sur les questions concernant les directions de Dieu ? Et quand la providence de Dieu en grâce s’exerce envers eux, et que les choses se terminent heureusement, ils n’y voient pas Sa main ni ne le reçoivent comme venant de Lui. Ils l’attribuent à leur bonne chance ; ils disent comme diraient le monde : « c’est ma chance ».

 

2.4   Chapitre 1:9-12

Les versets 9 à 12 forment un petit paragraphe à eux seuls, et ils fournissent un exemple instructif du point de vue de Jacques. Il met en contraste « le frère de basse condition » avec « le riche », et non pas, comme nous nous y serions attendus, avec « le frère de condition élevée ». Le riche, selon l’usage de ce terme par Jacques, signifie les riches non croyants, ceux qui sont à la tête quant à la richesse, l’influence, et le religieux sacré, — ceux qui en sont presque à une opposition mortelle contre Christ, comme on le voit tout le long des Actes. Dieu a choisi les pauvres de ce monde, et les riches jouent le rôle d’oppresseurs à leur égard, comme on le trouve dans notre épître au ch. 2 v. 5 et 6. Combien l’apôtre avertit clairement les oppresseurs riches de la nation de ce qui va leur arriver ! Même s’ils paraissent grands aux yeux de leurs concitoyens, ils ne sont que comme de l’herbe aux yeux de Dieu. L’herbe produit des fleurs dont la forme a beaucoup de grâce, mais sous la chaleur brûlante du soleil, tout est rapidement desséché. Ainsi ces grands chefs Juifs peuvent paraître très dignes aux yeux de leurs contemporains, et pourtant ils se flétriront bientôt et disparaîtront.

Et quand le riche se flétrit et disparaît, voici ce « frère », le chrétien, qui émerge de ses épreuves et reçoit la couronne de vie ! Il a été exalté même durant sa vie de peines et d’épreuves dans la mesure où Dieu l’a considéré digne d’être mis à l’épreuve. Les hommes ne font pas de mise à l’épreuve pour la boue, sauf cette sorte d’argile bleue où l’on trouve des diamants. Les métaux de base ne sont pas mis dans le creuset du raffineur, mais l’or est traité de cette manière. Dieu prend ce frère pauvre de basse condition, que les riches de la nation mettraient au rang de la boue des rues (voir Jean 7:47-49), et Il l’exalte en le proclamant être un objet en or. En conséquence Il permet qu’il soit raffiné par des épreuves. Si nous comprenons réellement cela, nous serons en mesure de dire de tout notre cœur : « bienheureux est l’homme qui endure la tentation ». Le processus lui-même de mise à l’épreuve n’est pas une source de joie, mais d’affliction, comme dit l’apôtre Pierre, et pourtant il permet de faire de la place dans nos cœurs pour y faire briller l’amour de Dieu, et nous devenons caractérisés comme ceux qui aiment le Seigneur. En conséquence l’épreuve s’achève par une couronne de vie lors de l’apparition de la gloire. Le saint mis à l’épreuve peut avoir perdu sa vie dans ce monde, mais il sera couronné par la vie dans le monde à venir.

 

2.5   Chapitre 1:13-15

Bien que la pensée première de ce passage soit l’épreuve que Dieu permet sur les Siens, nous ne pouvons cependant pas exclure entièrement l’idée de tentation, car toute épreuve contient une part de tentation à laquelle on peut succomber, en se donnant satisfaction à soi plutôt que de chercher à glorifier Dieu. C’est pourquoi, quand Dieu nous met à l’épreuve, nous pouvons être insensé au point de L’accuser de nous tenter. C’est ce qui conduit au paragraphe suivant, des versets 13 à 15.

Dieu Lui-même est au-dessus de tout mal. Le mal est absolument étranger à Sa nature. Il Lui est autant impossible d’être tenté par le mal qu’il Lui est impossible de mentir. Il Lui est également impossible de tenter qui que ce soit par le mal, quoi qu’Il puisse permettre à Son peuple d’être tenté par le mal, sachant bien comment l’emporter même sur cela en vue de leur bien final. La racine réelle de toute tentation réside en nous-mêmes, dans nos convoitises. Nous pouvons blâmer ce qui, de l’extérieur, nous a été présenté et nous a entraîné, mais le trouble réside en réalité dans les désirs de la chair à l’intérieur.

Saisissons bien ce fait, et regardons-le en face honnêtement. Quand nous péchons, nous avons beaucoup tendance à jeter le blâme sur les circonstances, ou en tout cas sur les choses extérieures, alors que, si nous sommes honnêtes devant Dieu, nous n’avons personne ni rien à blâmer que nous-mêmes. Combien il est important d’être honnête devant Dieu et de nous juger nous-mêmes justement en Sa présence, car c’est la voie principale de restauration de l’âme. De plus, cela nous aidera à juger et à refuser les convoitises de nos cœurs, et le péché sera tué dans l’œuf. La convoitise est la mère du péché ; si elle opère, elle enfante le péché, et le péché étant consommé produit la mort.

Dans ce verset 15, le péché réside clairement dans l’acte de pécher. D’autres passages comme par exemple Rom. 7:7, montrent que la convoitise elle-même est péché par nature. Il suffit de laisser le péché dans la nature concevoir pour que le péché en acte soit enfanté.

Arrivés à ce point, pensons à notre Seigneur Jésus et rappelons nous ce qu’Il est dit de Lui dans l’épître aux Hébreux 4:15. Lui aussi a été tenté, tenté de la même manière que nous, et non seulement cela, mais Il a été tenté « en toutes choses » — à quoi il est rajouté un qualificatif de toute importance : « à part le péché ». Il n’y avait pas de péché ni de convoitises en Lui. Les choses les plus attrayantes pour nous ne trouvent absolument aucun répondant chez Lui, et pourtant Il « a souffert étant tenté » comme Héb. 2:18 nous le dit.

Il est facile de comprendre comment la tentation, si nous la refusons, entraîne de la souffrance pour nous. C’est parce nous ne nous en détournons qu’au prix du refus des désirs naturels de nos propres cœurs. Peut-être ne nous est-il guère facile de comprendre pourquoi la tentation a amené de la souffrance chez Lui. L’explication réside dans le fait que non seulement il n’y avait pas de péché en Lui, mais Il était entièrement saint. Étant Dieu, Il était infiniment saint, et étant devenu Homme, Il a été oint de l’Esprit de Dieu, et il a fait face à toutes les tentations en étant rempli de l’Esprit. C’est pourquoi Il avait le péché infiniment en horreur, et le simple fait de le Lui présenter comme une tentation venant du dehors lui causait une souffrance aiguë. Hélas ! en ce qui nous concerne, ayant le péché en nous, nous nous y sommes tellement habitués que nous sommes bien peu capables de le ressentir comme Lui le ressentait.

 

2.6   Chapitre 1:16-18

Loin d’être l’origine de la tentation, Dieu est la Source et le Donateur de tout don bon et parfait. L’apôtre est très énergique sur ce point ; il ne veut pas qu’en aucune manière nous nous égarions à cet égard. Les versets 16 à 18 constituent un nouveau paragraphe court dans lequel Dieu nous est présenté d’une manière très remarquable. Non seulement Il est la Source de tout don bon et parfait, mais aussi de tout ce dont on peut parler comme étant lumière. La lumière de la création vint de Lui. Tout rayon de vraie lumière pour le cœur ou la conscience ou l’intelligence vient de Lui. Ce que nous savons réellement, nous le savons comme le résultat d’une révélation divine, et Il est le « Père » ou la « Source » de toute lumière de ce genre. Les lumières de l’homme sont très incertaines. La lumière de ce qu’on appelle « science » est fort variable. Elle brille avec éclat, puis s’éteint subitement presque entièrement, puis réapparaît, puis augmente d’intensité, puis disparaît (*), éteinte finalement par une génération montante qui est très sure d’en savoir plus que la génération précédente. Avec le Père des lumières, et donc avec toute lumière qui vient réellement de Lui, il n’y a pas de variation ni d’ombre de changement. Béni soit Dieu pour cela.

 

(*) voir les « étincelles » d’Ésaïe 50:11 (note du Traducteur)

 

Cependant il y a une troisième chose dans ce court paragraphe. Dieu est la Source non seulement des dons bons et parfaits et des lumières qui ne varient pas, mais des gens mêmes qui Lui appartiennent. Nous aussi nous sommes issus de Lui, comme engendrés de Lui, selon Sa volonté. Nous sommes ce que nous sommes selon Son plaisir souverain, — et non selon nos pensées ou nos volontés, qui par nature sont déchues et dégradées, — et aussi selon la « parole de vérité » par laquelle nous sommes nés de Lui.

Le diable est le père du mensonge. Le monde aujourd’hui est ce qu’il en a fait ; il a commencé à mentir avec le mensonge de Gen. 3:4. À l’opposé de cela, le chrétien est celui qui a été engendré par la Parole de vérité. Bientôt Dieu va avoir un monde de vérité, mais entre temps nous avons à être comme les prémices de cette nouvelle création.

N’est-ce pas merveilleux ? Un lecteur réfléchi pourrait en déduire qu’un chrétien doit être un être merveilleux dans la mesure où il est engendré de Dieu. Nous pourrions dire : « Si Dieu est la Source de dons, et que ces dons sont bons et parfaits ; s’Il est la Source des lumières et que ces lumières sont sans variation ni ombre de changement, alors s’Il est devenu la Source d’êtres, ces êtres sont certainement pareillement merveilleux ». Nous ne sommes pas abandonnés à nos déductions à ce sujet : il nous est parlé avec clarté, et des résultats très importants en découlent comme nous allons le voir.

 

2.7   Chapitre 1:19-20

Le v. 19 commence par le mot « ainsi » (au sens de « c’est pourquoi ») qui indique que maintenant nous allons être introduits dans les résultats découlant de la vérité du verset précédent. Parce que nous sommes une sorte de prémices des créatures de Dieu, que nous sommes comme engendrés de Lui par la Parole de vérité, nous avons à être « prompts à écouter, lents à parler, lents à la colère ».

Toute créature intelligente, qui n’est pas déchue, est marquée par l’obéissance à la voix du Créateur. L’homme déchu, hélas ! ferme son oreille à la voix de Dieu et insiste pour parler. Il voudrait légiférer pour lui-même et pour tout le reste du monde, et c’est à la suite de cela que viennent la colère et les querelles qui remplissent la terre. Nous avons toujours été des créatures, mais maintenant, étant nés de Dieu, nous sommes une sorte de prémices de Ses créatures. Ce qui devrait donc caractériser toutes les créatures, devrait nous caractériser plus particulièrement. Écouter la Parole de Dieu devrait nous attirer. Nous devrions nous hâter vers cela comme ceux qui font leurs délices d’écouter Dieu.

Nous ne parlons correctement que quand nos pensées sont contrôlées par Dieu. Si nous pensons les pensées de Dieu, nous serons capables de parler en disant des choses justes. Mais même si nous sommes prompts à écouter les pensées de Dieu, nous ne dirons ces choses justes que quand nous les aurons assimilées pour nous-même, et que nous nous les serons appropriées. Nous ne les assimilons que lentement, c’est pourquoi nous avons à être lents à parler. Si nous avons un sens correct de combien peu nous sommes entrés jusqu’ici dans les pensées de Dieu, cela nous délivrera de cette confiance en nous-mêmes et de cette tendance creuse à la domination, qui rendent les hommes prompts à parler sur-le-champ de n’importe quel sujet.

En outre, nous devons être lents à la colère. L’homme dominateur qui ne peut guère s’arrêter pour écouter quoi que ce soit, mais s’estime obligé d’exprimer toute de suite son opinion, est très enclin à se mettre en colère quand il découvre que les autres n’acceptent pas son opinion selon la haute valeur qu’il lui attribue ! Cette exhortation peut aussi concerner un croyant pieux qui tient le plus grand compte de la Parole de Dieu, et ne parle qu’avec considération et prière, et voilà pourtant son opinion mise pareillement de côté ! Eh bien, qu’il soit lent à la colère, car si ce n’est qu’une colère d’homme, elle n’accomplit rien qui soit juste aux yeux de Dieu. Il y aura la colère divine pour servir Sa juste cause, mais non pas la colère de l’homme.

 

2.8   Chapitre 1:21

Il faut nous rappeler que nous sommes les prémices (premiers-fruits) des créatures de Dieu en tant que nés de Lui. Il s’ensuit que non seulement nous devons être des créatures modèles, mais en outre, bien qu’étant des créatures, nous devons manifester la ressemblance de Celui qui est notre Père. Tout mal doit être ôté, et la Parole doit être reçue avec douceur. Nous sommes en premier lieu engendrés par la Parole ; puis avec douceur nous continuons à la recevoir. Ces deux choses apparaissent en 1 Pierre 1:23 à 2:2, où il est dit que nous sommes « régénérés… par la … parole de Dieu » et nous sommes aussi exhortés, comme des enfants nouveau-nés, à « désirer ardemment le pur lait… » de la Parole de Dieu.

La Parole dont il est parlé est désignée comme étant la Parole « implantée ». Ceci suppose qu’elle a pris racine en nous et qu’elle s’est développée jusqu’à être une partie de nous-même. C’est tout à fait le contraire « d’entrer par une oreille et de sortir par l’autre ». Si la Parole se borne à traverser nos esprits, elle ne fait pratiquement rien pour nous. Si elle est implantée, elle sauve nos âmes. La pensée première ici, c’est de sauver nos âmes des pièges du monde, de la chair et du diable, — un salut dont nous avons besoin à chaque instant.

 

2.9   Chapitre 1:22

Au v. 22, nous avons une troisième chose. Non seulement nous devons être prompts à écouter la Parole de Dieu, non seulement il faut qu’elle soit implantée en nous, mais nous devons la pratiquer (en être des faiseurs d’œuvres). Ce qui vient en premier, c’est l’oreille pour écouter ; ensuite vient le cœur dans lequel la Parole de Dieu est implantée ; ensuite vient la main gouvernée par elle, en sorte qu’elle en vient à s’exprimer extérieurement à travers nous. Ce n’est que quand ce troisième point est atteint que la Parole est opérante de manière vitale en nous. Si écouter ne se traduit pas en action, notre écoute est vaine.

 

2.10                      Chapitre 1:23-24

Pour renforcer cette affirmation, l’apôtre Jacques utilise une expression très vivante. Quand un homme se tient en face d’un miroir, son image ne s’y reflète que le temps qu’il est devant le miroir. Il n’y a rien d’implanté dans le miroir. Sa face s’y réfléchit, mais sans avoir aucun effet subjectif sur le miroir : celui-ci reste absolument inchangé, même si dix mille choses s’y reflètent dessus l’une après l’autre. L’homme s’en va, son image disparaît, et tout est oublié. C’est juste comme si un homme entend simplement la Parole sans penser aucunement à lui obéir. Il regarde dans la Parole, puis s’en va et oublie. Si nous ne nous bornons pas à regarder seulement dans la vérité, mais si nous demeurons en elle, et de là devenons des faiseurs d’œuvres, alors nous serons bénis (bienheureux) dans notre faire. Jacques traitera plus abondamment ce sujet au chapitre suivant à propos de la foi et des œuvres.

 

2.11                      Chapitre 1:25

Notons bien l’expression dont Jacques se sert pour décrire la révélation qui les avait atteints en Christ. La révélation que les Juifs avaient connue par Moïse était une loi et une Écriture pour les Juifs, et Jacques utilise ici le même terme. Le christianisme aussi peut être qualifié de loi — la loi de Christ — bien qu’il soit beaucoup plus que cela. En contraste avec la loi de Moïse, il est la loi parfaite de la liberté. La loi de Moïse était imparfaite et elle était un esclavage.

La loi de Moïse était bien sûr parfaite dans la mesure de ce qu’elle traitait, mais elle était imparfaite dans le sens qu’elle ne traitait pas de tout. Elle établissait le minimum requis par Dieu, en sorte que si l’homme manquait tant soit peu — faillissant sur un point (2:10) — il était entièrement condamné. Si nous voulons le maximum des pensées de Dieu envers l’homme, c’est vers Christ qu’il faut nous tourner, car Lui l’a pleinement manifestées dans Sa vie et Sa mort incomparables, bien au-delà de ce que demandait la loi de Moïse. Dans ses premiers enseignements, Christ a montré clairement que la loi de Moïse n’était pas une chose complète et parfaite (voir Matt. 5:17-48).

En Christ nous avons la loi parfaite, celle même de la liberté. Nous aurions pu imaginer que si la mise en place du minimum de Dieu produit l’esclavage, la révélation de Son maximum aurait conduit à un esclavage encore plus grand. Mais non ! Le minimum nous atteignait en ce qu’on peut appeler une loi d’exigence, et il générait l’esclavage. Le maximum nous a atteint en rapport avec la loi qui fournit des ressources en Christ, et donc là, tout est liberté. Les normes les plus hautes possible sont placées devant nous dans le christianisme, mais en relation avec une puissance qui soumet nos cœurs et nous donne une nature qui aime faire ce que la révélation nous enjoint. Si une loi imposait à un chien de manger du foin, elle démontrerait qu’elle est une loi d’esclavage pour le pauvre animal. Imposer la même loi à un cheval, c’est une loi de liberté.

 

2.12                      Chapitre 1:26-27

Il est donc clair selon le v. 25 que nous avons à être des faiseurs d’œuvre, et non pas seulement des auditeurs de la Parole. Cependant nos actes aussi ont besoin d’être testés, car un homme peut paraître religieux, zélé dans toutes ses œuvres, et cependant être démontré n’avoir qu’une religion vaine par le fait qu’il ne tient pas sa langue en bride. Il n’a pas appris à être « lent à parler » comme le v. 19 l’enjoint. En laissant libre la langue, il laisse libre le moi.

Or la religion pure et sans tache, celle qui supporte la présence de Dieu, est de nature à mettre le moi dehors. Celui qui visite les orphelins et les veuves dans leur affliction ne trouvera pas beaucoup de quoi nourrir le moi ou lui plaire. S’il fréquente ces gens pauvres et affligés, il aura continuellement à subvenir aux besoins des autres, au lieu d’avoir à chercher de quoi subvenir à ses propres besoins. Oui, mais il se gardera séparé du monde, pour ne pas être entaché par ses souillures.

« Conservé pur du monde » est une manière forte de l’exprimer. Le monde est comme un lieu bourbeux dans lequel beaucoup trop de gens aiment se divertir (voir 2 Pierre 2:22). Le vrai chrétien ne se vautre pas dans le bourbier. C’est bien vrai ! et s’il pratique la religion pure, il s’en va plus loin. Il marche tellement en dehors du bourbier qu’il ne reçoit même aucune giclure de boue.

Hélas ! que notre religion est faible ! S’agissant d’observer des choses extérieures, des rites, des cérémonies, des sacrements, des services, la chrétienté en fait bien l’étalage — tandis que le vrai christianisme consiste dans l’épanchement de l’amour divin s’exprimant dans la compassion et les services envers ceux qui n’ont aucun moyen de récompenser en retour, et une sainte séparation du système du monde qui souille et qui nous environne.

 

3                        Chapitre 2

3.1   Chapitre 2:1-4

Ces chrétiens juifs des premiers temps étaient beaucoup trop influencés par les idées ordinaires du monde, et du fait que le monde se moquait des pauvres, eux aussi méprisaient les pauvres. Ils auraient dû être dirigés par la foi du Seigneur Jésus, et non par les normes et les coutumes du monde. Bien qu’Il fût le Seigneur de gloire, Il s’est pourtant toujours abaissé vers les pauvres et les orphelins. La pauvreté et le besoin peuvent être incompatibles avec la gloire humaine, mais elles sont tout à fait compatibles avec la gloire divine.

En conséquence, quand un Juif riche entrait en grande pompe dans leur synagogue, paré de ses plus beaux atours, il faisait l’objet d’une attention servile, apparemment autant par les chrétiens que par les non chrétiens. Quand un pauvre entrait, il était relégué sans cérémonie à une place obscure. C’est tout à fait naturel selon les manières du monde, mais tout à fait étranger à la foi de Christ. Ils pouvaient se constituer eux-mêmes juges des hommes de cette manière, mais ils démontraient par là qu’ils n’étaient que « des juges ayant de mauvaises pensées » ou « des juges ayant de mauvais raisonnements ».

 

3.2   Chapitre 2:5-7

Aux v. 5 à 7, Jacques rappelle à ses frères la situation réelle. Les Juifs riches étaient pour la plupart les opposants orgueilleux à Christ et aux Siens, les blasphémateurs de Son beau nom. Le choix de Dieu s’était porté dans la plupart des cas vers les pauvres, — ce qui est en accord avec les paroles de l’apôtre des nations en 1 Cor. 1:26-31. Ces pauvres choisis de Dieu — de vrais chrétiens — étaient riches en foi et héritiers du royaume à venir. L’attention servile rendue aux blasphémateurs orgueilleux et aux persécuteurs à cause de leur richesse, et le mépris envers ceux qui suivaient Christ à cause de leur pauvreté, — tout cela ne faisait que démontrer l’aveuglement et la folie de ceux qui agissaient ainsi. Ils voyaient les riches et les pauvres, tous les deux, avec l’œil superficiel du monde, et non pas avec l’œil pénétrant de la foi.

Notez qu’il est dit du royaume (2:5) qu’il est « promis à ceux qui L’aiment ». La plupart de ceux auxquels Jacques s’adressait auraient soutenu résolument que le royaume était promis aux Juifs comme nation, et exclusivement à eux. Il était démontré maintenant que c’était une erreur. Il est promis à ceux qui aiment Dieu, qu’ils soient Juifs ou Gentils, comme on le voit dans les écrits de Paul.

Notez aussi l’expression « le beau nom invoqué sur vous » (2:7) (*). Les riches blasphémaient ce nom, mais Dieu le déclarait beau. Il était « invoqué sur eux » [ou : ils étaient appelés de ce nom] — ceci semble indiquer que quand Jacques écrivait, le nom de chrétien avait déjà circulé depuis Antioche — là où on l’avait inventé en premier (Actes 11:26) — jusqu’à Jérusalem. Les pauvres étaient les objets de la persécution, non pas tellement parce qu’ils étaient pauvres, mais plutôt parce qu’ils étaient identifiés avec Christ et que Lui était l’objet de la haine du monde.

 

(*) Note du traducteur : l’auteur utilise, pour cette expression du v. 7, la traduction de la version autorisée (anglaise) du roi Jacques : « ce beau nom par lequel vous êtes appelés ».

 

3.3   Chapitre 2:8-9

Faire ainsi acception de personnes est non seulement contraire à la foi de Christ, mais même à la loi elle-même, qui nous commande d’aimer notre prochain comme nous-mêmes. Cela est appelé au v. 8, la loi « royale ». Cela résume en un mot ce que devrait observer tout roi qui voudrait régner avec justice, et gouverner selon Dieu. Faire acception de personnes, c’est violer la loi, et être convaincus d’être transgresseur.

 

3.4   Chapitre 2:10-11

Si nous nous tenons devant Dieu sur le terrain de garder la loi, et que nous sommes convaincu sur un point de l’avoir violée, qu’en résulte-t-il ?

Rien de plus vaste que la déclaration du v. 10, et à première vue, certains d’entre nous seraient enclins à mettre en doute qu’elle soit juste. Rappelons-nous cependant que la loi est traitée comme un tout, une et indivisible. Un garçon de courses portant un panier de bouteilles, peut glisser et casser une bouteille dans sa chute ; son employeur ne saurait être juste s’il l’accuse de les avoir toutes cassées, car chaque bouteille est distincte et à part des autres. Mais si par contre, le jeune portait le panier suspendu à son épaule en bandoulière par une chaîne, et qu’en tombant il ait aussi cassé un maillon de la chaîne, son maître peut bien l’accuser à juste titre d’avoir cassé la chaîne. Si en plus il s’était permis de jouer brutalement avec d’autres jeunes, et qu’en lançant une pierre il l’a envoyée à travers la vitrine d’un magasin, c’est correct de dire de parler d’une vitrine cassée.

Il en est ainsi avec la loi. La chaîne peut comprendre plusieurs maillons, mais c’est quand même une seule chaîne. La vitrine peut faire plusieurs mètres carré de verre, mais c’est quand même un seul panneau. La loi a plusieurs commandements, mais c’est une seule loi. Un commandement peut être soigneusement observé comme le dit le v. 11, et même beaucoup de commandements peuvent être gardés, et pourtant il suffit d’un commandement violé pour que la loi soit transgressée.

 

3.5   Chapitre 2:12-13

S’il doit en être ainsi, faut-il alors que nous plaidions tous coupables, et que nous commencions à nous demander si, après tout, nous devrons nous tenir devant Dieu pour être jugé par Lui sur la base de la loi de Moïse ? C’est à cette question que Jacques répond au v. 12. Nous nous tenons devant Dieu, et nous serons jugés sur la base de la « loi de la liberté » — une expression qui désigne la révélation de la volonté de Dieu qui nous a atteint en Christ, comme nous l’avons vu en considérant le v. 1:25. Nous aurons à répondre comme nous trouvant dans la lumière beaucoup plus brillante apportée par le christianisme. Étant dans la lumière de la manifestation suprême de la miséricorde de Dieu en Christ, nous sommes responsables de manifester nous-mêmes de la miséricorde. Cette pensée nous ramène au sujet du commencement du paragraphe. La manière de traiter « le pauvre en vêtements sales » n’est pas selon la miséricorde manifestée dans l’évangile. Ils s’établissaient eux-mêmes en « juges ayant de mauvaises pensées », mais hélas ! c’est eux-mêmes qui tomberaient sous le jugement.

C’est effectivement une position bien solennelle ! Sommes-nous dans une position de ce genre ? Nous aurons à répondre devant Dieu comme nous trouvant dans la lumière de la miséricorde de l’évangile et sous la loi de la liberté, comme eux.

Notez qu’il est dit au v. 13 « la miséricorde se glorifie vis-à-vis du jugement » et non pas « … vis-à-vis de la justice ». La miséricorde divine va la main dans la main avec la justice, et par là elle triomphe vis-à-vis du jugement qui autrement nous était dû.

 

3.6   Chapitre 2:14

Le changement de sujet au v. 14 peut nous paraître bien abrupt, mais il découle tout naturellement de ce que Jacques, par l’Esprit, saisissait en profondeur les œuvres insensées du cœur humain. Il commençait le chapitre en disant « mes frères n’ayez pas la foi ». Ceux auxquels il s’adressait ne désiraient que prétendre le contraire, et dire : « oh ! si, nous l’avons. Nous avons la foi de du Seigneur Jésus autant que toi ». Y a-t-il un test permettant de contrôler ces affirmations contraires, et de découvrir où se trouve la vérité ?

Certainement, il y en a un. Il réside en ce que la vraie foi est quelque chose de vivant qui manifeste sa vie dans des œuvres. C’est pourquoi on peut la distinguer de ce genre de foi morte qui consiste à accepter seulement les faits, sans que le cœur soit amené sous la puissance qui s’y rapporte. Nous pouvons professer avoir accepté l’enseignement de Christ, mais si ce que nous croyons ne gouverne pas nos actions, nous ne pouvons pas prétendre avoir réellement la foi de Christ. C’est pourquoi la seconde partie de ce chapitre 2 a une immense importance.

Notons soigneusement que les œuvres sur lesquelles Jacques insiste si vigoureusement dans ces versets, sont les œuvres de foi. Ayant pris note de cela, nous ferons bien d’aller relire Romains 3 et 4, ainsi que Galates 3 où l’apôtre Paul démontre de manière si convaincante que notre justification est par la foi et non par les œuvres. Cependant ces œuvres que Paul élimine si complètement sont les œuvres de la loi.

Beaucoup de gens ont supposé qu’il y avait opposition et contradiction entre les deux apôtres sur ce sujet ; mais ce n’est pas le cas. La distinction que nous venons de signaler aide beaucoup à éliminer la difficulté ressentie. Les deux parlent d’œuvres, mais il y a une différence immense entre les œuvres de la loi et les œuvres de foi.

Les œuvres de loi que Paul présente, sont des œuvres faites par obéissance aux exigences de la loi de Moïse par laquelle on espère obtenir une justice qui passera l’examen dans la présence de Dieu. « Fais ceci et tu vivras » dit la loi, et les œuvres sont faites dans l’espoir d’obtenir par elle la vie qui est offerte — une vie sur la terre. Personne de nous n’a jamais obtenu cette vie terrestre qui demeure en gardant la loi, parce que, comme Jacques vient de nous le dire, nous sommes devenus entièrement coupables dès l’instant où nous avons violé la loi sur un point. Nous sommes donc tous sous sentence de mort, et les œuvres de la loi sont des œuvres mortes, même si elles sont faites dans le but d’obtenir la vie.

Les œuvres de foi dont parle Jacques, sont celles qui proviennent d’une foi vivante, comme en étant son expression directe et son résultat. Il y a autant de preuves de la vitalité de la foi que les fleurs et les fruits prouvent la vitalité et la nature d’un arbre. L’absence d’œuvre de ce genre démontre publiquement que notre foi est morte, car rien ne l’accompagne.

Y a-t-il aucune contradiction entre ces deux séries de déclarations ? Point du tout. Elles sont entièrement complémentaires, et notre vision du sujet est incomplète sans les avoir les deux. Les œuvres faites pour être justifié sont rigoureusement exclues. Il est insisté vigoureusement sur les œuvres découlant de la foi qui justifie non seulement par Jacques, mais aussi par Paul ; car en écrivant à Tite, il dit : « Cette parole est certaine, et je veux que tu insistes sur ces choses, afin que ceux qui ont cru Dieu s’appliquent à être les premiers dans les bonnes œuvres » (Tite 3:8). Ceux qui doivent s’appliquer aux bonnes œuvres sont « ceux qui ont cru » ; autrement dit, ce sont des œuvres de foi.

Les considérations ci-dessus n’enlèvent pas totalement la difficulté, car il reste une certaine contradiction dans les mots, comme par exemple : « nous concluons que l’homme est justifié sans œuvres de loi » (Rom. 3:28), et dans notre passage « vous voyez que l’homme est justifié par les œuvres, et non par la foi seulement ». Et encore nous lisons « si Abraham a été justifié par des œuvres, il a de quoi se glorifier, mais non pas devant Dieu » (Rom. 4:2), et dans notre passage « Abraham notre père n’a-t-il pas été justifié par des œuvres, quand il a offert son fils sur l’autel ? ». Certains lecteurs intrigués peuvent nous demander si nous pouvons nous en sortir de ces conclusions contradictoires selon lesquelles dans ce lointain passé Abraham a été à la fois justifié et non justifié par des œuvres ; et en outre que dans le présent, un homme est justifié par la foi sans œuvres, et aussi par les œuvres et non par la foi seulement ?

Notre réponse est qu’il n’y a pas de difficulté réelle dont nous ayons à sortir. Il suffit de remarquer que chez Jacques, la seule question est de savoir ce qui est valable devant l’homme, comme le montre le v. 18 de notre chapitre. Un homme a le droit de demander que nous manifestions notre foi dans nos œuvres, ce qui permet à la fois de nous justifier devant lui et de justifier nos œuvres. Dans les Romains, la seule question est de savoir ce qui est valable devant Dieu. Ces mots précis « devant Dieu » figurent en Rom. 4:2 comme nous l’avons vu. Notre foi est tout à fait apparente à Son œil qui voit tout. Il n’a pas besoin d’attendre pour que soient manifestées les œuvres qui sont le fruit de la foi, pour être assuré que la foi existe réellement.

 

3.7   Chapitre 2:15-18

Dans le monde des hommes toutefois, les œuvres sont une nécessité, car il n’y a pas d’autre moyen d’être assuré que la foi qui est là est vivante. Les illustrations des v. 14 à 16 sont tout à fait concluantes. Nous pouvons professer la foi en les soins de Dieu pour Son peuple dans le domaine matériel, mais à moins que notre foi dans ces soins ne nous conduise à être prêt à être le canal par lequel ils peuvent être acheminés, notre foi est sans profit pour le frère ou la sœur dans le besoin ; ni pour nous d’ailleurs. Notre foi sur ce point particulier est morte, et par conséquent inopérante, comme nous le dit le v. 17, et il ne faut pas nous étonner si d’autres la mettent en doute.

Un homme peut venir à vous et vous dire : « eh bien, tu dis que tu crois, mais tu ne produis aucune preuve visible de ta foi ; je te prie donc de produire ta foi elle-même pour que je la voie ». Que pouvez-vous faire ? rien bien sûr ! Vous pouvez continuer à répéter « j’ai la foi, j’ai la foi », mais à quoi cela sert-il ? Votre confusion ne fera que croître si l’autre répond : « en tout cas j’ai fait telle chose et telle autre, ceci et cela, qui prouve clairement que personnellement je crois, bien que je n’aie pas l’habitude de parler de ma foi ».

 

3.8   Chapitre 2:19-26

3.8.1        Chapitre 2:19

Jusqu’ici l’apôtre a insisté auprès de nous sur des considérations très pratiques en relation avec des questions de la vie quotidienne dans le monde, mais ces considérations restent également vraies en rapport avec des questions de doctrine, avec des questions relatives à la foi de l’évangile dans son ensemble. Au v. 19 est soulevée la question très fondamentale de la foi en l’existence du seul vrai Dieu. Chacun de nous va s’exclamer en disant : « bien sûr, je crois en Lui ! » C’est bien, mais une telle foi, si elle est réelle, est tenue de produire des effets en nous. Il faut au moins trembler, car même les démons vont jusque-là, eux qui savent très bien qu’Il existe, et qui le haïssent. Les multitudes qui acceptent mollement l’idée de Son existence et en restent totalement impassibles, n’ont qu’une foi morte.

 

3.8.2        Chapitre 2:20-25

« Quoi ! » remarquera quelqu’un, « est-il possible que trembler puisse être compté comme une œuvre ? » Certainement, cela est possible. Cela nous amène à remarquer que Jacques parle simplement d’œuvres, non pas de bonnes œuvres. Il ne s’agit pas du fait que tout vrai croyant doit faire un certain nombre d’actions bonnes et charitables — c’est bien sûr bon et juste qu’il le fasse — mais il s’agit de ce que ses œuvres doivent être telles qu’elles manifestent sa foi en action, si les hommes veulent voir que sa foi est réelle. C’est un point important : assurons-nous tous que nous l’avons bien saisi.

À titre d’illustration, supposons que vous allez visiter un ami malade. Vous vous assurez de sa santé, quand soudain il vous assure qu’il est parfaitement certain d’aller mieux. Comme il ne paraît pas particulièrement gai à cette idée, vous demandez ce qui lui a donné cette assurance — sur quoi sa foi repose ? en guise de réponse, il vous dit qu’il a un certain médicament merveilleux au sujet duquel il a lu des centaines de témoignages flatteurs ; et il vous désigne une grosse bouteille de médicament dessus la cheminée. Vous remarquez que la bouteille est toute pleine, en sorte que vous lui demandez pendant combien de temps il a pris le remède, et là il vous étonne en répondant qu’il n’en a jamais pris ! N’allez-vous pas dire « mon ami, vous ne pouvez pas réellement croire que ce médicament va vous guérir immanquablement, sinon vous auriez commencé à en prendre » ?

Vous seriez encore bien plus surpris si en réponse à cela, il remarque calmement : « oh, mais ma confiance dans ce médicament est très réelle, et la preuve en est que je viens d’envoyer dix euros à nos œuvres locales de bienfaisance ». « Quel est le rapport avec le sujet ? » vous exclamez-vous. « Votre don semble montrer que vous avez bon cœur, et que vous avez confiance dans les œuvres de bienfaisance locales, mais cela ne prouve rien quant à votre confiance dans le remède. Commencez par prendre le médicament, c’est cela qui prouvera que vous y croyez ! »

Voici un homme riche qui, quand on lui demande, tire un chèque portant sur de grosses sommes et il le signe en faveur d’œuvres de bienfaisance. Voilà ailleurs une pauvre femme étonnamment gentille et secourable auprès de ses voisins, qui sont aussi pareillement humbles. Qu’est-ce que montrent leurs œuvres ? leur foi en Christ ? pas nettement du tout. Il est effectivement possible que leur esprit bienveillant soit le résultat de leur conversion, mais il peut aussi ne résulter que d’un désir de notoriété ou d’avoir l’approbation de ses semblables. Supposons maintenant que tous les deux commencent à montrer un grand intérêt pour la Parole de Dieu, allant de pair avec une obéissance de cœur à ses directions, et une réelle affection pour tout le peuple de Dieu. Alors nous pourrons conclure à bon droit qu’ils croient réellement en Christ, car c’est la seule racine d’où croissent de tels fruits.

Ces deux cas sont cités aux v. 21 à 25, ceux d’Abraham et de Ruth. Ils forment un contraste sur tous les plans. L’un, le père des Juifs, un serviteur de Dieu honorable ; l’autre, une pauvre femme des nations, de mauvaise renommée. Pourtant ils illustrent tous les deux le sujet. Les deux ont la foi et les deux ont des œuvres — des œuvres exactement appropriées au genre de foi qui est la leur, et qui par conséquent montrent cette foi aux autres.

Le cas d’Abraham est particulièrement instructif car Paul le cite en Romains 4 pour établir ce qu’il développe sur ce grand sujet, en faisant référence à ce qui était arrivé lors de cette nuit tranquille et étoilée où Dieu fit Sa grande promesse à Abraham, et qu’Abraham l’accepta avec une foi toute simple. Jacques se réfère au même chapitre (Gen. 15) dans notre v. 23, mais il le cite comme ayant eu son accomplissement bien des années plus tard quand il « offrit son fils Isaac sur l’autel » selon le récit de Gen. 22. Le sacrifice d’Isaac était l’œuvre par laquelle Abraham a montré la foi qu’il avait eue depuis longtemps dans le cœur.

Bien des critiques sont portés à faire des objections au sacrifice d’Isaac et à le dénoncer comme indigne d’être qualifié de « bonne œuvre ». C’est parce qu’ils sont entièrement aveugles quant au point que nous venons de nous efforcer de présenter. Quand Abraham crut Dieu lors de cette nuit étoilée, il crut qu’Il allait susciter un enfant vivant de parents morts. Comment pouvait-il le croire sinon parce qu’il avait cru que Dieu était capable de ressusciter les morts et les rendre à la vie ? or qu’est-ce que montrait son sacrifice d’Isaac ? il montrait qu’il croyait en Dieu réellement et exactement de cette manière. Il l’offrit « ayant estimé que Dieu pouvait le ressusciter même d’entre les morts » (Héb. 11:19). Son œuvre manifestait sa foi de manière très précise et exacte.

Il en est de même avec Rahab. Elle reçut les espions de Josué et les renvoya par un autre chemin. Voilà nos critiques de nouveau fort mécontents, et dénonçant son action. C’était antipatriotique ! c’était une trahison ! elle a menti ! Eh bien, misérable créature ! elle n’était qu’un élément dépravé d’une race maudite, tâtonnant vers la lumière. Ses actes sont faciles à critiquer, et pourtant elle a eu ce mérite suprême de démontrer clairement qu’elle avait perdu la foi en les dieux immondes de son pays, et qu’elle avait commencé à croire en la puissance et la miséricorde du Dieu d’Israël. Or c’est justement le point caractérisant la foi dont elle fit profession auprès des espions : « je sais que l’Éternel vous a donné le pays… car l’Éternel votre Dieu est Dieu dans les cieux en haut, et sur la terre en bas » (Josué 2:9-11). Le croyait-elle ? Bien sûr, car ses œuvres le montraient. Elle risqua sa propre vie pour s’identifier avec le peuple qui avait l’Éternel pour son Dieu.

N’est-ce pas là une vérité salutaire et importante ? bien sûr. On rapporte que Luther se laissa aller à parler de Jacques avec mépris, qualifiant son épître « d’épître de paille ». Si ce qu’on dit est vrai, le grand réformateur s’est trompé, et n’a pas saisi la force réelle de ces passages. Si nous la saisissons, nous affirmerons certainement qu’elle est plutôt du genre « épître de fer ». Jacques porte des coups directs comme une massue à un point qui n’est guère égalé par aucun autre écrivain du Nouveau Testament.

 

3.8.3        Chapitre 2:26

Le résumé du sujet que nous venons de considérer, c’est que « comme le corps sans esprit est mort, ainsi aussi la foi sans les œuvres est morte » (Jacques 2:26). On peut parler de notre foi en Christ, ou de notre foi en tel ou tel détail de la vérité chrétienne ; mais à moins de s’exprimer par des œuvres appropriées, notre foi est MORTE ! quel coup de massue ! laissons-le exercer son plein effet sur nos consciences.

 

4                        Chapitre 3

4.1   Chapitre 3:1

Avec le chapitre 3 commence une nouvelle série d’exhortations. Jacques passe du sujet des œuvres de foi à une exhortation à ses frères contre la faute si commune de vouloir être maître des autres quand on n’a appris en aucune manière à être maître de soi-même. Le mot traduit dans la version autorisée (anglaise) du roi Jacques par « maître » signifie « enseignant » [la version J. N. Darby traduit ici par « docteur » et en Rom. 2:20 par « maître »], et si nous comparons avec Rom. 2:17-21, nous verrons que les Juifs étaient particulièrement enclins à s’imaginer être tels, et s’ils se convertissaient, il ne fait pas de doute que la même tendance subsistait chez eux. Ils étaient encore enclins à se placer en docteur enseignant, et parallèlement ils étaient réticents à se laisser enseigner et à recevoir avec douceur la Parole implantée.

D’autres passages de l’Écriture montrent très clairement que Dieu s’est plu à susciter des docteurs [« enseignants »] dans l’église, entre autres dons, et que tous ces dons ont à être reçus avec reconnaissance. Les versets placés devant nous ne militent pas le moins du monde contre cela, mais ils sont un avertissement contre le désir si naturel de la chair de continuellement instruire et légiférer pour autrui. Le fait que ceux qui enseignent recevront un jugement plus sévère que ceux qui sont enseignés, mérite qu’on s’arrête un peu.

Jacques ne fait que renforcer ici ce que le Seigneur Jésus Lui-même enseignait en Matt. 23:14 quand Il s’adressait aux scribes et aux pharisiens qui étaient les docteurs-enseignants autoproclamés de son temps. Au vu de ces passages, il est évident qu’il y a différents degrés de sévérité dans le jugement divin, et que ceux qui ont plus de lumière et d’intelligence auront plus à s’attendre à ces jugements, et seront jugés selon des critères plus rigoureux. Il est aussi évident que nous serons jugés selon la place que nous prenons, que nous y ayons été appelés par Dieu ou non. À la lumière de ceci, qu’aucun de nous ne se précipite dans la position de maître-enseignant. D’un autre côté, si Dieu a réellement appelé quelqu’un à être un docteur-enseignant, ou à se charger de n’importe quel autre service, malheur à celui qui se soustrait à sa responsabilité et qui cache sa mine dans un linge.

 

4.2   Chapitre 3:2

La vérité toute simple est que « nous faillissons tous à plusieurs égards », c’est-à-dire nous faillissons tous souvent. De plus nos offenses les plus fréquentes sont celles en rapport avec nos paroles, et offenser Dieu dans nos paroles est spécialement grave si nous sommes docteurs-enseignants, puisque c’est par des paroles que nous enseignons. Ceci est illustré par le cas de Moïse. Il était un docteur-enseignant divinement suscité et doué ; ses paroles devaient donc être les paroles de Dieu. Quand il faillit en paroles, il subit un jugement plus sévère que celui qu’aurait subi un Israélite ordinaire ayant fauté de la même manière.

Combien les fautes en paroles sont terriblement courantes ! Il est bien vrai que nous faillissons souvent, et quant à nos paroles, nous faillissons très souvent. Ceci est tellement vrai que si un homme ne faillit pas en paroles, on peut dire de lui qu’il est un homme parfait — un objet d’art accompli pour ainsi dire. En outre, il est capable de se contrôler lui-même en toutes choses. Quant à ce que nous pensons de nous-mêmes et quant à ce que les autres voient de nous, nous pouvons bien nous demander où trouver un homme parfait et quelqu’un se contrôlant parfaitement ? Oui, où est-ce ? nous n’en connaissons pas. Mais cela devrait nous enseigner à être lents à prendre la place de maître-enseignant, car il est absolument vrai que celui qui aspire à être maître-enseignant des autres, doit d’abord être maître de lui-même.

 

4.3   Chapitre 3:3-6

L’apôtre va nous parler très clairement sur la langue, et il se sert de deux figures expressives : d’abord la bride ou le mors pour diriger les chevaux ; ensuite le gouvernail pour diriger les navires.

Le mors est un appareil tout petit par rapport à la grande masse d’un cheval, et pourtant cette simple contrainte permet à l’homme d’en avoir le contrôle complet, et une fois l’animal maté et docile, il suffit pour faire tourner son corps tout entier.

Les navires sont grands et poussés par des vents violents, ou de nos jours, ils sont poussés par la force de la vapeur ou des hélices tournant par un moteur. Pourtant, on les fait tourner au moyen d’un gouvernail tout petit par rapport à la masse du navire.

Ainsi aussi, la langue est un petit membre. Pourtant elle peut être un instrument de grandes choses, soit pour le bien soit pour le mal. Si les langues des hommes étaient utilisées pour la proclamation de la bonne nouvelle, leurs pieds mêmes ne seraient-ils pas beaux sur les montagnes (És. 52:7). Hélas ! vu la manière dont la langue est utilisée ordinairement parmi les hommes, Jacques a bien raison de déclarer qu’elle « est un feu, un monde d’iniquité ». Bien qu’elle soit petite, elle se vante de grandes choses. Elle peut être comme une petite étincelle de feu, mais quelle déflagration destructrice peut être déclenchée par une petite étincelle !

L’apôtre avait fait une première allusion à la langue au ch. 1:26. Au ch. 2 il met en contraste les œuvres de foi avec ce qui n’est qu’une affirmation de la langue prétendant avoir la foi. Dans le chapitre qui est devant nous, aux versets 6 et 8, il use d’un langage très dur à son égard. Pourtant celui qui connaît les dégâts terribles engendrés par la langue, dira-t-il que son langage est trop fort ? Quels dommages ont été causés parmi les chrétiens par un usage rude, insensé et méchant de la langue ! Quand nous lisons : « la langue … est établie parmi nos membres ; c’est elle qui souille tout le corps » (3:6), le contexte indique que Jacques se réfère au corps humain, et pourtant il serait tout autant vrai si nous le lisions comme se rapportant à l’église corps de Christ, dont nous sommes tous membres. Il a été introduit plus de souillure dans l’église de Dieu par la langue que par tout autre moyen.

Et puis, il n’y a pas seulement les dégâts directs produits par la langue, mais pensez aux dégâts indirects ! Le cours de la nature tout entier peut être enflammé par elle. Tous les instincts et les facultés des hommes peuvent être déchaînés par elle ; les passions les plus basses et les plus profondes peuvent être mises en action. Et quand la langue est utilisée de cette manière, nous pouvons être sûr que la langue elle-même a été enflammée par le feu de la géhenne. Le diable en a fait un esclave pour s’en servir à ses fins. C’est lui qui jette l’étincelle qui, au moyen de la langue, enflamme tout le train du mal.

 

4.4   Chapitre 3:7-8

Un autre caractère marque la langue selon les v. 7 et 8 : elle est rebelle. L’homme peut dompter toutes sortes d’animaux, mais non pas la langue. La raison en est bien évidente. La parole est le grand boulevard par lequel le cœur de l’homme s’exprime, et par conséquent, le seul moyen de dompter la langue, c’est de dompter le cœur. Mais c’est impossible pour l’homme ; il faut la grâce et la puissance de Dieu pour cela. En elle-même, la langue ne fait qu’exprimer le poison mortel caché dans le cœur humain.

 

4.5   Chapitre 3:9-12

Au v. 9 et suivants, il est mentionné encore un autre aspect de ce sujet. Il y a une incohérence étrange de la langue quand il s’agit du peuple de Dieu. Les inconvertis ne bénissent pas Dieu, même pas le Père. Ils ne connaissent pas Dieu du tout, et encore moins le connaissent-ils comme Père. Les chrétiens Le connaissent et Le bénissent sous ce caractère, et pourtant il arrive des moments où des expressions tout à fait contraires sortent de leurs lèvres. Quelquefois ils vont jusqu’à maudire les hommes faits à la ressemblance de Dieu, de sorte que, de la même bouche, il sort de la bénédiction et de la malédiction. Il ne faut pas s’étonner que Jacques dise de façon si solennelle : « mes frères, il ne devrait pas en être ainsi ».

La nature nous l’enseigne. On peut trouver des fontaines d’eau douce, et des fontaines d’eau salée ou amère. Mais jamais ces deux sortes d’eau ne sortent par le même goulot d’une fontaine. On trouve toutes sortes d’arbre à fruits, chacun produisant sa propre sorte de fruit, mais jamais un arbre ne viole ces lois fondamentales de la nature en produisant un fruit qui n’est pas de sa nature. Pourquoi donc voit-on ce phénomène étrange chez les chrétiens ?

La réponse est double, bien sûr. D’abord, ils étaient, pour commencer, des créatures pécheresses, possédant une nature mauvaise, tout comme les autres. En second lieu, ils sont nés de nouveau, et par conséquent ils possèdent maintenant une nature nouvelle, sans que la vieille nature ait été éradiquée d’eux. Il s’ensuit donc qu’à l’intérieur d’eux-mêmes, il y a pour ainsi dire deux fontaines : l’une n’est capable que de produire du mal, l’autre n’est capable que de produire du bien. D’où ce mélange étrange que l’apôtre condamne si vigoureusement.

Certains peuvent se sentir pousser à remarquer que, si le croyant est tel, il ne faudrait pas le condamner si sévèrement puisque la langue agit comme le goulot d’où coulent les eaux amères de la vieille nature. Mais ceux qui pensent ainsi oublient que la chair, notre vieille nature, a été jugée et condamnée à la croix. Le « péché dans la chair », selon la formule de Rom. 8:3, a été condamné, et le croyant, le sachant, est responsable de le traiter comme une chose jugée et condamnée, à laquelle il n’est par conséquent pas permis d’agir. Le croyant DOIT donc être réprimandé si sa langue agit comme un exutoire pour le mal de la chair.

 

4.6   Chapitre 3:13-14

L’apôtre Jacques ne déploie pas devant nous la vérité concernant la croix de Christ. Ce ministère a été confié non pas à lui, mais à l’apôtre Paul. Ce qu’il dit concorde pourtant pleinement avec ce que nous dit l’épître aux Romains. L’homme sage doit manifester sa sagesse dans la douceur qui doit contrôler à la fois ses œuvres et sa manière de vivre. Si c’est le contraire qui est manifesté — une jalousie amère et un esprit de querelle, d’où jaillissent les maux en relation avec la langue — un tel homme est en voie de se vanter et de mentir contre la vérité.

Qu’est-ce que la vérité, contre laquelle nous sommes trop souvent trouvés en train de mentir ? Toute manifestation de la chair, soit de la langue, soit d’une autre manière, est la négation pratique du fait que le péché dans la chair a été condamné à la croix de Christ. Quelle est la vérité ? — la croix de Christ, ou mon esprit de querelle amer et ma langue brûlante ? Ils ne peuvent pas être tous les deux la vérité. La croix de Christ est VÉRITÉ, et le mal chez moi est un mensonge contre la vérité.

Le mal chez moi est aussi un mensonge contre la vérité que nous sommes nés de Dieu, et qu’Il nous reconnaît maintenant comme identifiés avec la nouvelle nature qui est nôtre en tant que nés de Lui, et non pas avec la vieille nature que nous tirons d’Adam par descendance naturelle.

 

4.7   Chapitre 3:15

Au v. 15 les deux sagesses sont clairement distinguées. Si nous voulons trouver les deux natures clairement distinguées, il nous faut lire attentivement Rom. 7. Les deux natures sont à la racine respectivement de deux sagesses. La sagesse qui est de Dieu manifeste les caractéristiques de la nouvelle nature, et elle est d’en haut comme la nature qu’elle manifeste. L’autre sagesse manifeste les caractéristiques de la vieille nature, et comme la nature qu’elle manifeste, elle est de la terre ; elle est sensuelle ou naturelle, elle est même diabolique, car, hélas ! la pauvre nature humaine est tombée sous le pouvoir du diable, et a revêtu les caractéristiques qui sont les siennes.

 

4.8   Chapitre 3:16

Son caractère est résumé au v. 16. À la racine il y a la jalousie ou l’envie. C’est le péché originel du diable. En aspirant à s’exalter, en enviant ce qui était au-dessus de lui, il est tombé. Quand il y a cet état d’esprit, la querelle est inévitable, et de celle-ci à son tour, il résulte du désordre et toute sortes de mauvaises actions. Beaucoup de ces choses, peut-être toutes, sont considérées comme étant de la sagesse par l’homme déchu. L’homme moyen considère comme assez sage de faire des projets et de lutter pour soi-même — d’être toujours le « numéro un » comme on dit.

 

4.9   Chapitre 3:17

Combien le contraste est grand avec la sagesse d’en haut, selon les détails du v. 17 ! Ses caractéristiques ne sont pas forcément du genre à amener une grande réussite dans ce monde, mais elles font les délices de Dieu et du cœur renouvelé ; et celui qui les manifeste peut compter avoir Dieu de son côté. Notez que la pureté vient en premier dans la liste, avant même la paix. Si nous réfléchissons, nous réaliserons tout de suite qu’il doit en être ainsi, car tout est de Dieu. Il ne fait jamais de compromis avec le mal, et il ne peut donc pas y avoir de paix, sinon dans la pureté. Cela a été à tant de reprises le refrain des prophètes. Voir par exemple És. 48:22 ; 57:21 ; Jér. 6:14 ; 8:11 ; Éz. 13:10, 16.

La paix et la modération, être traitable et miséricordieux devraient effectivement nous marquer, mais toujours comme auxiliaires de la pureté, et jamais pour faire des compromis avec le mal.

 

4.10                      Chapitre 3:18

Il y a toutefois un autre côté à la question, même sur ce sujet. Bien que la sagesse d’en haut soir premièrement pure, et seulement après, paisible et modérée, elle avance toujours selon les directions génératrices de paix. Elle n’est jamais marquée par un esprit batailleur. Le dernier verset de ce chapitre l’exprime clairement. Ceux qui procurent la paix sèment fidèlement ce qui procurera une moisson du fruit de justice. La paix et la justice ne sont pas dissociées dans le christianisme, et elles sont encore moins antagonistes. Elles vont plutôt la main dans la main.

Un prophète d’autrefois déclare que « l’œuvre de la justice sera la paix, et le travail de la justice, repos et sécurité à toujours » (Ésaïe 32:17). Cela s’accomplira au jour du royaume de Christ, mais déjà aujourd’hui l’évangile apporte la paix exactement sur le même principe. Romains 3 parle de justice manifestée, et établie dans la mort de Christ. Rom. 4 parle de justice imputée, ou comptée, au croyant ; en conséquence Rom. 5 s’ouvre par ces mots : « Ayant donc été justifiés sur le principe de la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre seigneur Jésus Christ ».

Ceci étant, procurer la paix est, de la part du chrétien, simplement de la justice pratique qui produira le fruit de la justice en sa saison. La pureté doit toujours venir en premier, mais même la pureté doit être poursuivie dans un esprit non pas batailleur, mais générateur de paix.

 

5                        Chapitre 4

5.1   Chapitre 4:1

La dernière note frappante en terminant le chapitre 3 était celle de la paix. La première note du chapitre 4 est exactement l’opposé : c’est celle de la guerre. Ce qui est derrière la paix est la pureté qui est la première marque de la sagesse d’en haut. Ainsi nous découvrons maintenant que ce qui figure derrière les guerres et les batailles, ce qui est si commun parmi ceux qui professent faire partie du peuple de Dieu, c’est la convoitise impure du cœur humain, la convoitise liée à cette sagesse qui est terrestre, sensuelle, diabolique.

Le mot traduit par « voluptés » dans la version J.N. Darby aux v. 1 et 3 est traduit par « convoitises » dans la version autorisée (anglaise) du roi Jacques avec une note marginale suggérant le sens de « plaisirs ». Le mot utilisé en grec signifie le plaisir provenant de la satisfaction de nos désirs ou de nos convoitises, plutôt que les désirs eux-mêmes. Si nos désirs se déchaînent et que nous trouvons un plaisir pécheur à les satisfaire, nous avons sur-le-champ la racine de guerres et de batailles sans fin.

 

5.2   Chapitre 4:2-3

Les v. 2 et 3 nous disent comment ces maux opèrent. Il y a d’abord le désir d’avoir ce qu’on n’a pas. Or ce désir peut amener l’homme jusqu’au meurtre pour parvenir à ses fins, et en tout cas, il le remplit de jalousie s’il n’arrive pas à accomplir ce désir. Si nous sommes réellement chrétiens, il y a après tout une manière très simple de recevoir ce que nous désirons. Nous pouvons lutter et batailler et remuer ciel et terre sans jamais rien recevoir. Pourtant le Sauveur Lui-même nous a dit de demander et nous recevrons. Nous n’avons pas parce que nous ne demandons pas.

Combien ceci nous enseigne clairement que Dieu regarde au cœur. Il scrute les motifs cachés derrière nos demandes. Ceci sonde profondément, et explique pourquoi beaucoup de prières n’ont pas de réponses. Nous pouvons demander des choses tout à fait justes, et subir un refus parce que nous demandons pour des motifs qui ne sont pas bons du tout.

Peut-être que vous servez le Seigneur. Peut-être avez-vous commencé à prêcher l’évangile, et vous désirez alors que vos paroles soient empreintes de grâce et de puissance. N’est-ce pas juste ? C’est tout à fait juste, mais faites attention de peur de ne demander ceci que par désir d’avoir une parfaite maîtrise, pour être un prédicateur à succès. Votre prière peut paraître très belle à nous tous, mais Dieu saura la pensée que vous avez derrière la tête.

Je suis maintenant en train d’écrire cet article. J’ai demandé au Seigneur de me guider pour qu’il apporte de la lumière et de l’aide à beaucoup. Pourtant je me demande tout à fait sérieusement : « pourquoi ai-je demandé ceci ? Était-ce parce que j’ai un souci authentique de la prospérité spirituelle des autres, ou est-ce simplement pour accroître ma réputation comme auteur d’articles dans le domaine religieux ? » Je le répète, cela sonde profondément.

 

5.3   Chapitre 4:4

Le v. 4 amène une autre considération. Nous ne pouvons pas être très accrochés à nos voluptés sans être empêtrés dans le monde. Le monde est pour ainsi dire l’arène où les plaisirs s’ébattent, et où peuvent être satisfaites toutes les convoitises qui trouvent place dans le cœur de l’homme. Or pour le croyant, faire alliance avec le monde, c’est de l’adultère dans sa forme spirituelle.

L’apôtre Jacques est extrêmement précis sur ce point. Le monde est en état de rébellion ouverte contre Dieu. Il en a toujours été ainsi depuis la chute, mais sa terrible inimitié n’est venue au grand jour que quand Christ a été manifesté. C’est alors que le monde a à la fois vu et haï et Lui et le Père. C’est alors que la cassure est devenue irrémédiable.

Nous parlons évidemment du monde comme système. S’il s’agit des gens de ce monde, alors nous lisons : « Dieu a tant aimé la monde ». C’est du monde comme système qu’il s’agit ici ; il est dans un état d’hostilité mortelle à l’égard de Dieu, au point que l’amitié avec l’un entraîne l’inimitié avec l’autre. Le langage utilisé est très fort : « Quiconque donc voudra être ami du monde, se constitue ennemi de Dieu » (4:4). Il n’est pas dit que Dieu est son ennemi, mais la rupture est si complète du côté du monde que l’amitié avec lui ne peut avoir lieu que sur la base d’une inimitié avec Dieu. Ne l’oublions jamais.

Et n’oublions jamais non plus que, comme croyants, nous sommes amenés dans des relations si proches et si intimes avec Dieu, que si j’agis faussement envers Lui et que j’entre dans une alliance coupable avec le monde, le seul péché auquel on peut comparer ce comportement parmi les hommes, c’est le terrible péché de l’adultère.

 

5.4   Chapitre 4:5

Le v. 5 est difficile même à traduire. La version J.N. Darby donne : « Ou pensez-vous que l’écriture parle en vain ? L’Esprit qui demeure en nous, désire-t-il avec envie ? » (4:5). La force du passage semble alors être la suivante : l’Écriture ne vous a-t-elle pas averti de ces choses, et ne veut-elle pas toujours dire ce qu’elle dit ? Pouvez-vous vous imaginer un instant que le Saint Esprit de Dieu a quoi que ce soit à faire avec ces désirs profanes ?

La version autorisée (anglaise) du roi Jacques traduit : « pensez-vous que l’Écriture dise en vain que l’esprit qui demeure en nous convoite avec envie ? » Nous comprenons qu’elle veut dire que, tout au long de l’Écriture il est rendu témoignage que l’esprit de l’homme est la source de ses convoitises envieuses. La vérité à laquelle cette traduction conduit est la même que l’autre version.

 

5.5   Chapitre 4:6-7

Le chapitre 4 a commencé avec les convoitises de la chair ; de là il est passé aux mises en garde contre l’alliance avec le monde. Maintenant au v. 7, le diable est mentionné, et il nous est dit qu’il s’enfuira si on lui résiste. Mais combien nous devons être reconnaissants de ce que le v. 6 qui précède cette mention du diable contienne l’assurance « qu’Il donne une plus grande grâce ». La chair, le monde, le diable peuvent exercer une grande puissance contre nous. Mais Dieu nous donne une grâce qui est plus grande encore. Et si la puissance qui est contre nous devient plus grande et abonde, alors la grâce surabonde. La grande chose est d’être dans cet état où l’on est vraiment réceptif vis-à-vis de la grâce de Dieu.

Quel est cet état ? C’est la condition d’humilité qui conduit à la soumission à Dieu et, par conséquent à la proximité avec Lui. Cela ressort très clairement de ces versets. Dieu donne la grâce aux humbles tandis qu’Il résiste aux orgueilleux. Le roi sage d’autrefois avait noté que « l’orgueil va devant de la ruine, et l’esprit hautain devant la chute » (Prov. 16:18), bien qu’il ne nous en ait pas donné la raison. C’est ici que nous trouvons l’explication. L’orgueilleux ne reçoit pas de grâce de la part de Dieu, mais plutôt de la résistance. Dès lors, rien d’étonnant qu’il tombe. Et il n’y a pas de ruine plus éclatante que celle des croyants orgueilleux, car Dieu agit promptement en gouvernement avec Ses enfants. Dieu laisse souvent le mondain sans le toucher, jusqu’à la ruine finale, quand il arrive à l’éternité.

Si nous sommes marqués par l’humilité, nous n’aurons pas de difficulté à nous soumettre à Dieu, et en nous soumettant à Dieu nous serons capables de résister au diable. Bien trop souvent les choses fonctionnent en sens inverse chez nous. Nous commençons par nous soumettre au diable, qui nous conduit à développer l’orgueil (c’est ce qui le caractérise), et par conséquent à résister à Dieu ; et le résultat de cette résistance à Dieu est une chute inévitable, avec l’humiliation qui en est la conséquence. Si seulement nous étions humbles, nous échapperions à l’humiliation.

 

5.6   Chapitre 4:8a

L’ordre est donc clair. D’abord l’humilité ; ensuite la soumission à Dieu, qui a pour conséquence la résistance au diable ; troisièmement s’approcher de Dieu. Bien sûr personne ne peut s’approcher de Dieu sinon en se soumettant heureusement à Lui. Si on s’approche de Lui, Lui s’approchera de nous. C’est la manière dont fonctionne Son gouvernement. Si la semence que nous semons consiste à rechercher diligemment Sa face, nous récolterons une moisson de lumière et de bénédiction à partir de la réalisation du sens de Sa proximité de nous.

Maintenons toujours clairement la distinction entre la grâce de Dieu et Son gouvernement. Dans Sa grâce Il a pris l’initiative et Il s’est approché de nous quand nous ne soucions aucunement de Lui. Tout découle de cela. Mais sauvés par grâce, nous sommes amenés sous le saint gouvernement de Dieu, et ici-bas, nous récoltons ce que nous semons. Si nous Le recherchons, Il sera trouvé de nous, et plus nous nous approchons de Lui, plus notre jouissance de Sa proximité, et des privilèges qui s’y rapportent, sera grande.

 

5.7   Chapitre 4:8b-10

Dès que nous pensons à nous approcher de Dieu, il se pose immédiatement la question de si notre état moral. Comment s’approcher sinon lavés et purifiés ? D’où ce que nous trouvons dans la dernière partie du v. 8 ainsi que dans les v. 9 et 10. Jacques parle très vigoureusement de l’état de ceux auxquels il s’adresse, les accusant de péché et de duplicité et de beaucoup d’indifférence quant à leur condition réelle, en sorte qu’ils étaient remplis de rire et de joie d’amusement malgré un triste état. Ce dont ils avaient besoin, c’était de se purifier eux-mêmes, non pas extérieurement seulement (« les mains »), mais à l’intérieur (« les cœurs »), et ils avaient aussi besoin de se repentir et de s’humilier eux-mêmes devant Dieu.

Sommes-nous quelquefois conscients que nos cœurs sont loin de Dieu ? Sentons-nous quelquefois comme une impossibilité de nous approcher de Lui ? Si oui, les versets qui sont devant nous, nous expliquent le sujet et nous montrent le chemin. La seule route disponible qui mène à la présence divine, est celle de la purification, au-dedans comme au-dehors, de la repentance et de l’humiliation renouvelée de nous-mêmes devant Dieu. Alors Lui nous élèvera, et nous aurons la pleine jouissance de la lumière de Son visage.

 

5.8   Chapitre 4:11-12

Dans les v. 11 et 12, l’apôtre revient sur la question de la langue. Aucun péché parmi les chrétiens n’est plus commun que de parler en mal contre ses frères. Or ceux auxquels Jacques s’adressait étaient très familiers avec la loi et avaient un grand respect pour ses commandements, en sorte qu’il leur rappelle combien la loi avait traité ce sujet avec clarté. Sachant ce que la loi disait, parler mal contre son frère, ou le juger, revenait à parler mal de la loi et à la juger, elle qui l’interdisait. Au lieu d’obéir à la loi, ils se plaçaient eux-mêmes en législateurs. Ces premiers chrétiens de Jérusalem étaient « tous zélés pour la loi » (Actes 21:20). Mais cela ne faisait qu’aggraver leur cas. Nous ne sommes pas sous la loi, mais sous la grâce, mais nous ferons tous bien de nous rappeler la parole de l’Éternel à Moïse « Tu n’iras point çà et là médisant parmi ton peuple » (Lév. 19:16).

 

5.9   Chapitre 4:13-16

Un autre aspect triste de ce temps-là était le manque de piété, et à cet égard Jacques prononce des paroles de répréhension dans le paragraphe couvrant les v. 13 à 17. Le Juif fidèle à sa nature allait de ville en ville pour acheter et pour vendre pour gagner de l’argent. S’il était inconverti, il ne pensait qu’aux exigences de ses affaires, et tirait des plans en conséquence. S’il était converti, le Juif était sous des obligations d’ordre plus élevé que celles des affaires. Il avait un Seigneur dans le ciel devant qui il était responsable, et tous ses mouvements devaient être planifiés en rapport avec Sa volonté et y être soumis.

La vraie piété introduit Dieu et Sa volonté en toutes choses. Il est salutaire de reconnaître notre petitesse et la brièveté de nos jours. Si nous avons un esprit de vanterie, nous pouvons commencer à prendre des décisions sur notre futur, mais c’est du mauvais travail. Nous n’avons pas pouvoir de légiférer puisque nous ne pouvons même pas commander ce qui arrivera demain. Et pourquoi voudrions-nous légiférer quand nous sommes du Seigneur, et qu’Il a une volonté à notre égard ? Ne reconnaîtrons-nous pas Ses directions, et n’en serons-nous pas satisfaits ?

Non seulement il faut que nous reconnaissions Ses directions, mais nous devrions être heureux de les reconnaître en toutes nos voies, et aussi par la parole de Sa bouche. Nous devons DIRE « si le Seigneur le veut et si nous vivons, nous ferons aussi ceci ou cela » (4:15). Ce n’est pas quelque chose que nous pouvons éventuellement dire et voir si Dieu l’approuve. C’est quelque chose que nous devons dire si nous voulons Lui donner la place qui Lui revient dans nos vies.

 

5.10                      Chapitre 4:17

Sachant ceci, faisons attention de le faire, car notre chapitre se termine par une déclaration très frappante. Le péché ne consiste pas seulement à faire ce qui est mauvais : il consiste aussi à ne pas faire ce que nous savons être juste. C’est pourquoi la connaissance confère une grande responsabilité.

Fuirons-nous alors la connaissance ? Cela ne ferait que rendre les affaires pires dans la mesure où cela fermerait nos yeux à la lumière ; et ceux qui le font n’auront aucune raison de se plaindre contre Dieu s’Il fait pour eux ce qu’Il a fait depuis longtemps pour d’autres, les enfermant dans les ténèbres sans espoir. Non, accueillons la lumière, et regardons comme un très grand privilège la responsabilité qui en découle de mettre en pratique le bien que nous savons.

 

6                        Chapitre 5

6.1   Chapitre 5:1-6 et Ps. 73

Dans les derniers versets du ch. 4, Jacques s’adressait à ceux de son peuple qui faisaient partie de la classe des commerçants prospères, et qui professaient recevoir Jésus comme leur Seigneur. Au début du ch. 5, ses pensées se tournent vers les Juifs riches, visant surtout ceux qui appartenaient à la majorité incrédule. Dans les six premiers versets, il a des paroles sévères, et même décapantes à leur dire à leur sujet.

Il dresse une triple accusation contre eux. D’abord il les accuse de fraude, et de fraudes du genre le plus méprisable. Ils tiraient profit des gens les plus humbles, les moins capables de se défendre. Ensuite ils avaient l’habitude de ne rien se refuser, ne pensant guère qu’à leurs voluptés. Enfin ils persécutaient, et même tuaient leurs frères qui avaient embrassé la foi en Christ, et qui sont désignés ici par le terme « le juste ».

En conséquence ils poursuivaient leur propre enrichissement, et ils y réussissaient. Ils « avaient amassé un trésor ». Pendant ce temps, les ouvriers qui ne pouvaient pas se défendre eux-mêmes faisaient entendre leur cri à cause de leur pauvreté, et les chrétiens qui auraient très bien pu se défendre eux-mêmes, suivaient les pas de leur Maître, et ne leur résistaient pas. Les riches avait des succès éclatants, et il semblait que tout leur réussissait.

Mais les apparences sont trompeuses. Ils n’étaient en réalité que comme des bêtes brutes engraissées pour l’abattage. « Vous avez rassasié vos cœurs comme en un jour de sacrifice », comme Jacques l’exprime. Si on lit le Ps. 73, on découvre que cela n’a rien de nouveau. Asaph avait été grandement troublé en observant la prospérité des méchants, tandis que le peuple de Dieu était sous le châtiment et les douleurs ; il ne trouva aucune solution satisfaisante à ce problème jusqu’il fût entré dans les sanctuaires de Dieu.

À la lumière du sanctuaire tout lui devint clair. Il vit que le chemin tant des riches impies que des saints harcelés et foulés aux pieds, ne pouvait être correctement apprécié qu’en en voyant l’issue. Peu avant il avait été près de tomber parce qu’il avait été consumé d’envie en voyant la prospérité des méchants : maintenant il s’exclame : « comme ils sont détruits en un moment ! » Asaph était lui-même un de ces hommes pieux, battu tout le jour, et dont le « châtiment revenait chaque matin ». Cependant dans le sanctuaire, il lève ses yeux vers Dieu avec joie, et il confesse « Tu me conduiras par ton conseil, et après la gloire tu me recevras ». La fin de l’un est la destruction ; la fin de l’autre, c’est d’être reçu dans la gloire. Le contraste est complet.

 

6.2   Chapitre 5:7-8

Ce contraste est aussi très apparent dans notre chapitre. Les richesses accumulées par les riches étaient pourries et rongées par les vers. Une misère complète allait venir sur eux. Quant aux saints éprouvés, ils n’avaient qu’à attendre avec patience la venue du Seigneur ; alors leur heureuse moisson de bénédiction serait récoltée, comme les v. 7 et 8 le font voir.

Les menaces inspirées annonçant le jugement ont trouvé leur accomplissement presque immédiat dans la destruction de Jérusalem sous Titus. L’histoire nous informe que la majorité des chrétiens reçurent l’avertissement et quittèrent la cité avant qu’elle fusse entourée des armées romaines, tandis que la masse incrédule fut prise dans le piège et que les misères leur arrivèrent sans qu’aucun pleur ou hurlement ne put les détourner. Pourtant, si c’était un accomplissement de ces paroles, ce n’en était pas l’accomplissement : « vous avez amassé un trésor pour (*) les derniers jours » dit-il, ce qui ne veut pas dire simplement les quelque dernières années de ce triste chapitre de l’histoire de Jérusalem, mais les jours situés juste avant la venue du Seigneur.

 

(*) J.N. Darby traduit « dans les derniers jours »

 

Vous noterez que Jacques corrobore les autres apôtres Paul, Pierre et Jean. Tous les quatre présentent la venue du Seigneur comme imminente, comme l’espérance immédiate du croyant. On trouve des expressions comme « la nuit est fort avancée, et le jour s’est approché », « la fin de toutes choses est proche », « petits enfants, c’est la dernière heure », « la venue du Seigneur est proche ». Pourtant près de 2000 ans se sont écoulés depuis que ces paroles ont été écrites. Se sont-ils trompés ? aucunement. Cependant il n’est pas facile de saisir leur point de vue exact, et ainsi de comprendre leurs paroles.

Une illustration peut aider. Un drame est joué sur une scène, et le rideau du dernier acte vient de se lever. C’est la première fois qu’il est produit en public, et quelqu’un qui l’a vu jouer en privé chuchote à un ami : « maintenant c’est la fin ! c’est le dernier acte ». Pourtant on dirait que rien n’arrive. Les minutes passent, les acteurs paraissent complètement immobiles. Pourtant quelque chose se fait sentir. Des mouvements lents, furtifs commencent ; quelque chose se glisse sur la scène ; il faut de bonnes jumelles d’opéra et de bons yeux derrière pour s’en rendre compte ! La foule devient ouvertement impatiente. L’homme qui disait « maintenant c’est la fin » a l’air d’un insensé ; pourtant il avait parfaitement raison.

Dans les jours des apôtres, la terre était entrée au dernier acte dans le grand drame de ce que Dieu fait. Or Dieu est plein de patience, « ne voulant pas qu’aucun périsse mais que tous viennent à la repentance » (2 Pierre 3:9). Il a ralenti [retenu] l’opération du mystère d’iniquité. C’est un temps très long qui est en train d’aboutir — à notre façon de compter le temps. Quand les apôtres ont écrit que le prochain mouvement décisif dans le drame, c’était l’intervention publique de Dieu, avec la venue du Seigneur, c’était parfaitement vrai — même si nous attendons encore cette venue. Mais nous ne l’attendons pas en vain !

Sa venue est notre espérance, et ces paroles d’exhortation doivent nous arriver aujourd’hui avec une force décuplée. Sommes-nous éprouvés, nos cœurs sont-ils oppressés du fardeau de tous les maux injustes ? « Usez donc de patience » est la parole qui s’adresse à nous. Nous sentons-nous troublés, alors que tout au dedans et au dehors parait incertain et ébranlé ? Il nous vient ce message : « affermissez vos cœurs ». Nous semble-t-il que nos semailles sont perpétuellement inefficaces ? Labourons-nous et attendons-nous, re-labourons-nous et ré-attendons-nous, jusqu’à être tenté de penser que nous ne faisons pas mieux que de labourer du sable ? « Usez de patience » est la parole qui s’adresse à nous, « jusqu’à la venue du Seigneur ». Alors nous jouirons de la grandiose « fête de la moisson ».

 

6.3   Chapitre 5:9

Rappelons-nous que la venue du Seigneur ne signifie pas seulement le jugement des impies et l’élévation des saints, mais elle s’accompagnera aussi du grand redressement de tous les torts dans les relations des croyants entre eux. C’est ce dont parle le v. 9. Quoi de plus commun que les rancunes et les plaintes des croyants les uns contre les autres, et quoi de plus désastreux dans ses effets sur le bien-être spirituel de tout le corps des saints ? Sommes-nous en train de suggérer qu’il n’y a aucune raison de se plaindre, rien susceptible de nourrir des rancunes ? Il y en a probablement plus que nous ne l’imaginons, mais ne les laissons pas se transformer en rancunes. Celui qui s’assied pour le jugement va tout peser, même entre les croyants, selon une parfaite justice, et c’est Lui qui se tient debout à la porte du tribunal, la main sur la poignée, prêt à entrer ; celui qui est le plus prêt à entretenir et à nourrir une rancune sera probablement le premier à être condamné.

 

6.4   Chapitre 5:10-11

Dans tout ceci, nous devons être encouragés par l’exemple des prophètes d’autrefois, et spécialement par le cas de Job. Nous les voyons souffrir l’affliction, endurer avec patience, et dans bien des cas mourir à cause du témoignage rendu. Le cas de Job était spécial. Il n’était pas permis à Satan de lui ôter la vie, et donc de l’enlever à notre observation. Il fallait qu’il vive jusqu’à voir « la fin du Seigneur » appliquée à son cas. Quelle merveilleuse fin il a eu ! Nous pouvons voir la pitié et la tendre miséricorde de Dieu briller à travers tous ses désastres — ce qui nous les fait voir, c’est la lumière jetée par l’aboutissement de son histoire.

Le cas de Job est juste un exemple. Ce que Dieu a opéré pour lui, Il l’opère pour nous tous, car il ne fait pas d’acception de personnes. Nous ne pouvons pas voir l’aboutissement de notre propre cas ; mais à la lumière du cas de Job, Dieu nous invite à Lui faire confiance, et si nous le faisons, nous n’aurons pas plus de rancune contre nos compagnons que Job n’en a eu contre ses trois amis, quand Dieu a eu fini de l’éprouver. Pourquoi trouve-t-on Job priant avec ferveur pour ses amis, au lieu de protester contre eux ?! Faisons confiance à Dieu et acceptons ce qu’Il fait, étant assurés que Sa fin selon Sa tendre miséricorde nous atteindra à la venue de Jésus, et que nous verrons alors cette fin.

 

6.5   Chapitre 5:12

Combien il est important que la venue du Seigneur soit réellement notre ESPÉRANCE. Si la foi a de la vigueur, l’espérance continuera à luire et à briller devant nos cœurs, et alors nous endurerons avec patience, et nous nous élèverons au-dessus des rancunes et des plaintes, et nous serons marqués par la modération de langage à laquelle le v. 12  nous exhorte. Celui qui vit dans une atmosphère de vérité, n’a pas besoin de renforcer ses paroles par des serments ou des jurements. L’habitude de jurer a l’effet contraire à celui recherché. Même les gens du monde doutent bientôt de la véracité des propos d’un homme qui ne sait pas se contenter de oui ou de non clairs. C’est à quoi semble faire référence les derniers mots de ce v. 12.

 

6.6   Chapitre 5:13

Pendant que nous attendons la venue du Seigneur, nos vies sont faites d’expériences nombreuses et variées. Traverser un monde hostile est sources d’afflictions fréquentes, suivies à leur tour de temps de bonheur particuliers. Pourtant il revient des périodes de maladie, et quelquefois elles sont le résultat direct d’avoir commis le péché. C’est ce dont il est traité depuis le v. 13 jusqu’à la fin.

La ressource du saint affligé est la prière. Nous ne le réalisons pas toujours. Trop souvent nous allons simplement chez de bons amis pour leur faire le récit de nos peines, ou chez des amis riches et influents qui pourraient peut-être nous venir en aide dans nos peines, et la prière arrive en dernier lieu, alors que nous devrions penser à elle en premier. C’est l’affliction qui ajoute de l’intensité à nos prières. Vous participez à une réunion qu’on pourrait qualifier de « notre réunion de prière ordinaire » ; c’est une occasion profitable, nous avons confiance à cet égard ; mais même si c’est bien, quelle différence quand un certain nombre se réunissent ensemble pour prier pour un sujet qui pèse sur leurs cœurs jusqu’à devenir positivement de l’affliction ! Dans de telles réunions, le ciel semble se baisser jusqu’à toucher la terre.

Mais voici par ailleurs des croyants joyeux, le cœur tout heureux. C’est une joie spirituelle, au moins au commencement. Le danger est pourtant que cela dégénère en simple partie de plaisir charnelle. Si l’on veut que la joie spirituelle perdure, il lui faut un exutoire d’ordre spirituel — lequel consiste à chanter des psaumes (on entend par là n’importe quelle composition poétique ou métrique à caractère spirituel et pouvant être mise en musique). Le cœur heureux chante, et le chrétien heureux n’y fait pas exception.

Pensez un peu au grand nombre de chants figurant dans notre répertoire ! Les grands chanteurs ont tout un répertoire de chants dont ils ont l’habitude. Les cantiques de Salomon étaient au nombre de 1005, et nous, combien en avons-nous ? Les hauteurs et les profondeurs de l’amour divin n’étaient pas connues de son temps comme du nôtre. Comme sujets de cantiques, nous avons la largeur et la longueur et la hauteur et la profondeur de révélation divine, et la connaissance de l’amour de Christ qui surpasse toute connaissance. Il y a des moments où, grâce à Dieu, nous éclatons vraiment selon les paroles du cantique :

 

Chantons, chantons sans cesse,

La bonté du Seigneur.

 

Veillons seulement à ce que le caractère de notre chant soit tel qu’il continue à nous élever, et non pas à nous faire descendre.

 

6.7   Chapitre 5:14-16

Vis-à-vis de la maladie, les instructions de l’apôtre sont également claires. La maladie est vue comme la main de Dieu en châtiment sur le saint, et il est même tout à fait possible que ce soit sous forme de rétribution directe à cause de ses péchés. L’assemblée serait alors concernée, et les anciens de l’assemblée devraient être appelés. Il est laissé à leur discrétion de prier à son sujet, de l’oindre d’huile au nom du Seigneur, et alors il est guéri, ses péchés étant pardonnés au point de vue gouvernemental. Il ressort d’autres passages comme 1 Jean 5:16 que le discernement spirituel des anciens doit être en exercice pour savoir si c’est, ou non, la volonté de Dieu qu’il y ait guérison. S’ils discernent que c’est Sa volonté, ils peuvent alors être remplis de foi et de confiance pour prier en toute liberté, le rétablissement ne manquant pas alors d’intervenir à titre de réponse.

Ceci est-il valable aujourd’hui ? Nous le croyons. Pourquoi est-ce si peu pratiqué ? Il y a au moins deux raisons à cela. La première est qu’il n’est pas facile de trouver les anciens de L’assemblée — même s’il est assez facile de trouver les anciens de certains corps religieux. L’assemblée de Dieu a été ruinée quant à sa manifestation et son unité extérieures, et nous avons à en subir la peine. La seconde raison — admettant qu’on ait trouvé des anciens de l’assemblée et qu’ils soient venus en réponse à l’appel — est qu’il est très rare qu’ils aient le discernement et la foi requis pour faire monter une prière de foi telle qu’envisagée dans ce passage.

Remarquons que la foi doit se trouver chez ceux qui prient, c’est-à-dire les anciens. Il n’est rien dit de la foi du malade, bien qu’on puisse conclure qu’il ait quelque foi dans l’affaire, au moins assez pour faire appeler les anciens selon ce passage de l’Écriture. On peut aussi conclure de ce qui figure immédiatement après au v. 16, qu’il confesserait ses péchés s’il en a commis. Nous soulignons ces points car on s’est servi de ce passage pour supporter des pratiques qui ne sont justifiées ni par ce passage ni par d’autres.

La confession dont parle le v. 16 n’est cependant pas exactement la confession aux anciens. C’est plutôt « l’un à l’autre ». Ce verset n’a pas de caractère officiel comme l’ont les v. 14 et 15. Il n’y a aucune raison pour que quelqu’un d’entre nous ne puisse pas pratiquer une prière de guérison de ce genre.

Le cas dont il s’agit est celui de deux croyants dont l’un a offensé l’autre, sans pour autant qu’aucun des deux ne soit entièrement exempt de blâme, les deux étant par conséquent atteints dans leur santé. Celui qui a commis l’offense à titre principal vient avec une confession, ressentie dans le cœur, du tort qu’il a commis. L’autre est poussé par là à confesser des torts qu’il peut y avoir de son côté, et les deux étant ainsi fondus devant Dieu, ils se mettent à prier l’un pour l’autre. S’ils ont réellement cessé leur mauvaise manière d’agir et qu’ils s’engagent dans la voie de la justice, ils peuvent s’attendre à ce que Dieu les entende et les guérisse.

 

6.8   Chapitre 5:17-18

En liaison avec ce sujet, le cas d’Élie est rappelé. Le v. 17 est particulièrement intéressant dans la mesure où l’Ancien Testament ne fait aucune allusion au fait qu’Élie ait prié pour qu’il ne plût pas, alors qu’il nous est donné bien des détails sur sa prière pour qu’il pleuve à la fin des trois années et demi en 1 Rois 18. Le premier verset de 1 Rois 17 introduit Élie de façon abrupte en déclarant à Achab qu’il ne pleuvrait pas, en sorte que ce verset de Jacques nous fait entrevoir des scènes antérieures à son apparition publique, des scènes de relations personnelles et privées avec Dieu. Bien qu’ayant les mêmes passions que nous, il était juste et brûlait d’une passion fervente pour la gloire de Dieu. C’est pourquoi il était écouté par Dieu, et il le savait avec une certitude telle qu’il était capable d’affirmer avec confiance à Achab ce que Dieu allait faire. Puissions-nous lui ressembler, ne serait-ce qu’à un faible degré !

Nous apprenons de tout ceci les conditions d’une prière efficace : confession du péché, non seulement à Dieu, mais aussi l’un à l’autre ; justice pratique dans toutes nos voies ; ferveur d’esprit et dans les requêtes. Une prière fervente ne consiste pas à déclamer avec une puissante voix de stentor, mais c’est ce qui sort de cœurs chauds et ardents.

 

6.9   Chapitre 5:19-20

Les derniers versets reviennent à la pensée de notre prière l’un pour l’autre pour la guérison et la restauration. Le v. 19 fait allusion à la conversion ou à la restauration d’un frère qui s’est égaré, et de là, on passe presque insensiblement à la conversion d’un pécheur au v. 20. Celui dont Dieu se sert dans cette œuvre bénie est un instrument pour sauver des âmes de la mort et pour couvrir une multitude de péchés. Réalisons-nous l’honneur que cela représente ? Certains sont toujours enclins à dévoiler les péchés tant des croyants que du monde. Couvrir les péchés d’une manière juste, c’est ce que Dieu aime. Puissions-nous nous y engager de tout notre cœur.