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F. B. Hole
Les subdivisions et sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest
Table des matières abrégée :
Table des matières détaillée :
5.3.4 Rapport entre ces unités et le v. 2
6.10.3 Pas question ici d’assemblée locale
6.10.4 Deux positions, corps de Christ et épouse
7.3.2 La cuirasse de la justice
7.3.3 Les pieds chaussés de la préparation de l’évangile de paix
7.3.6 L’épée de l’Esprit, qui est la parole de Dieu
À la fin de l’épître aux Romains (16:25), nous avons remarqué que l’apôtre Paul désirait vivement l’affermissement des saints sur deux plans, d’une part « selon mon évangile » et d’autre part « selon la révélation du mystère ». L’épître aux Romains nous donne un exposé complet du premier côté, tandis que l’épître aux Éphésiens, plus que tout autre épître, nous révèle le second.
En outre, tout en nous instruisant sur la plénitude de la grâce de Dieu, l’épître aux Romains nous présente cette grâce comme répondant en tout point à nos besoins tels que créés par le péché. À l’inverse, l’épître aux Éphésiens nous révèle la grâce de Dieu selon Son propos. Les expressions « selon que » ou « selon » n’apparaissent pas moins de six fois dans le chapitre 1, et toujours en rapport avec Sa volonté, Son plaisir, Son propos, Sa puissance, plutôt qu’en rapport avec nos besoins.
Un homme riche et charitable pourrait montrer une grande bienveillance à un pauvre gamin des rues inculpé pour quelque petit délit. Il peut, par exemple, non seulement le délivrer des griffes de la loi en payant une amende, mais aussi le délivrer de son ignorance en lui faisant donner de l’éducation, et le délivrer de la pauvreté en payant son entretien. Ce serait de la bienveillance en rapport avec ses besoins. Mais s’il formait le projet de le placer dans une position de grande proximité auprès de lui, disposant d’une grande richesse et d’une grande influence, ce ne serait pas agir selon ses besoins effectifs, mais selon le plaisir et le dessein de son propre esprit bienveillant. Ceci peut nous servir d’illustration.
Après quelques paroles de salutations, l’apôtre aborde directement le cœur de son sujet dans un esprit d’adoration. Nous avons été bénis si richement par le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, qu’il bénit Dieu en retour, et que ce faisant, il entraîne nos cœurs à le faire avec lui. Les bénédictions qui sont les nôtres sont caractérisées par trois choses. Elles sont spirituelles, non pas matérielles comme l’étaient les bénédictions d’Israël sous l’ancienne alliance, dans des domaines tels que la nourriture abondante, la santé et la paix sous le gouvernement divin. Elles sont célestes, et non pas terrestres, puisque le ciel est la sphère où elles doivent être pleinement réalisées et parachevées, et que leur administration actuelle envers nous vient du ciel. Elles sont en Christ. C’est Lui, en tant que Ressuscité, qui est la Source de toutes les bénédictions, et non pas Adam, l’homme déchu. Si nous sommes en Christ, ces bénédictions sont toutes à nous.
Or en nous bénissant aussi merveilleusement, Dieu a agi en harmonie avec l’une de Ses pensées de l’éternité passée. Avant la fondation du monde, Il nous a choisis en Christ. Remarquons ces deux mots « en Lui », ou leurs équivalents, car ils apparaissent maintes et maintes fois dans ce chapitre. Historiquement, chacun de nous était en Adam avant d’être en Christ, mais avant qu’Adam soit créé, Dieu nous voyait en Christ, et nous avons été choisis sur cette base. Ce qui était en vue dans Son choix, c’était que nous soyons « saints et irréprochables devant lui en amour ».
L’efficace de l’œuvre de Christ est telle que chaque croyant se tient aujourd’hui devant Dieu, saint et irréprochable, et comme enlacé par cet amour divin dont rien ne peut nous séparer. C’est ce que nous avons vu en Romains 8. L’application pleine et finale de ces paroles du verset 4 devra toutefois s’accomplir dans l’éternité future. On a remarqué que la Bible nous dit très peu de choses sur le ciel ; mais ces paroles en sont pratiquement la description exacte. Quand l’œuvre de l’Esprit de Dieu en nous sera achevée, y compris la vivification de nos corps mortels lors de la première résurrection, nous serons transportés au ciel. Nous serons alors caractérisés par la sainteté parfaite de nature, et nous ne serons plus sujet à aucun blâme de conduite. Nous serons pour toujours dans la présence du Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, dans une atmosphère d’amour parfait. Ce sera vraiment le ciel. Ainsi le verset 4 commence dans l’éternité passée et se termine dans l’éternité future.
Le verset 5 fait un pas de plus. Dieu pensait à une certaine relation pour nous, et Il nous destinait à cette relation quand Il nous a choisis : l’état et la position de fils. Or ce n’était pas un besoin ni une nécessité pour nous. Nous aurions été déjà très heureux si, sauvés de nos péchés, il nous avait été attribué une place parmi Ses serviteurs. La relation n’est pas selon nos besoins, mais « selon le bon plaisir de sa volonté ». Combien devrions-nous être reconnaissants que « le bon plaisir de sa volonté » aille jusque là ! Nous sommes déjà fils de Dieu maintenant, mais nous allons bientôt être promus à la pleine dignité et la gloire de fils quand nous aurons atteint le ciel. C’est alors que la gloire de Sa grâce sera vraiment manifestée, d’où il résultera une louange éternelle.
L’exécution de ce dessein glorieux a comporté certaines étapes qui nous sont maintenant détaillées : être rendus agréables, la rédemption, le pardon (ou rémission des fautes). Nous descendons vers le plus simple et le plus fondamental. Dans notre compréhension des choses, nous commençons d’habitude par le pardon des péchés. Ensuite nous saisissons peut-être la signification de la rédemption que nous avons dans le sang de Christ, et nous commençons à faire l’expérience de la liberté que la rédemption nous a acquise. Enfin le point culminant arrive avec la découverte de ce que non seulement nous sommes libérés de l’esclavage, mais aussi que nous sommes positivement agréables devant Dieu, et même agréables en Christ, qui est le Bien-aimé. Nous sommes agréés selon le caractère et selon la mesure où Christ l’est. En Col. 3:12, les saints sont vus comme des bien-aimés de Dieu, et cela découle bien sûr du fait qu’ils sont agréables dans le Bien-aimé.
Tout ceci, que ce soit la rédemption ou le pardon [la rémission des fautes] est notre part « selon les richesses de Sa grâce ». Nous étions dans la pauvreté de notre péché, et ceci est devenu l’occasion du déploiement des richesses de Sa grâce. En lisant 1 Rois 10, nous voyons que Salomon donna à la reine de Sheba tout ce qu’elle désirait, et qu’il s’y rajouta ce qu’il lui donna « selon son pouvoir », celui de sa bonté royale. Une fois les immenses désirs de la reine satisfaits, il alla au-delà, dans la suprême grandeur de sa munificence royale. En cela, il agissait comme un type. Dieu a agi selon les immenses richesses de Sa grâce (Éph. 2:7). Le pardon même des péchés qu’Il nous a accordé, nous a été accordé d’une manière et dans une plénitude dignes du Dieu grand et plein de grâce qu’Il est.
Mais il y a plus. Non seulement Il a ainsi fait abonder Sa grâce envers nous, mais Il l’a fait en toute sagesse. Le verset 8 parle de toute « sagesse et intelligence ». Il a fait connaître les secrets de Sa sagesse afin que nous puissions y entrer intelligemment, et en jouir. Dieu a toujours agi selon Sa propre volonté, bien qu’en présence du péché et de ses ravages, Il ait choisi de garder secret, ou à l’état de mystère, le principal propos de Sa volonté, et cela durant de longs siècles ; et le plaisir de Sa volonté et de Son propos ont toujours été bons, car Lui est bon. C’est un grand fait que nous ferions bien de tenir fermement. Le « plaisir de Sa volonté » est un bon plaisir (1:5) ; le « plaisir qu’Il s’est proposé en lui-même » est un bon plaisir (1:9). Le plaisir et le propos de Dieu n’ont pas trait au jugement, quoique celui-ci (qu’Il appelle « Son oeuvre étrange » en És. 28:21) soit nécessaire et doive être exercé en son temps.
Le verset 10 nous dit ce qu’est le vrai secret de Sa volonté et de Son propos. Dans une ère à venir, appelée ici « la plénitude des temps », Il va rassembler en un toutes choses dans le Christ, les choses qui sont dans les cieux et les choses qui sont sur la terre. Il n’est pas fait mention ici des choses infernales, car ce rassemblement en un est annoncé en relation avec un monde de bénédiction, et par conséquent les choses infernales y sont en dehors. Du fait de l’établissement de Christ comme le Chef exalté et glorifié de toutes choses, un système divin d’unité et de bénédiction sera établi sur la terre et dans les cieux. Le péché est une marche sans loi, sans frein : il fait de chaque homme une petite unité autonome, centrée sur elle-même. C’est pourquoi pendant tous ces âges où le péché a régné, quelle que soit l’habileté des hommes pour tenter de manœuvrer ces unités, la désintégration a été l’ordre du jour. Dieu a Son unité. Il travaille en vue de cette unité. Quand Christ sera publiquement établi en gloire comme Chef, le propos de Dieu quant à l’unité sera atteint, en ce qui concerne Son gouvernement des choses célestes et terrestres.
L’ère [ou : âge] à venir va enfin être témoin de l’harmonie la plus complète possible entre les cieux et la terre, — Christ, le Chef dans ces deux sphères, produisant l’unité. Tout est en Lui. Mais voilà que, par grâce, nous sommes déjà en Lui, et nous avons ainsi obtenu en héritage toute cette richesse de bénédiction. Ce à quoi nous sommes destinés a été réglé d’avance, non selon nos besoins, ni même selon nos pensées ou nos désirs, mais selon le propos de Dieu qui opère tout comme il Lui plaît. Par conséquent nous sommes assurés qu’absolument rien ne peut s’interposer entre nous et l’héritage qui nous est destinés.
L’apôtre ne s’en arrête pas là pour nous instruire du caractère particulier de cet héritage, mais il nous dit que, quand tout sera achevé, nous serons à la louange de la gloire de Dieu. Les anges et les hommes contempleront ce que Dieu aura accompli à notre égard, et ils y verront un nouveau déploiement de Sa gloire, et Lui exprimeront leur louange. Nous, nous n’avons pas besoin d’attendre jusqu’à ce jour-là. Ces choses nous sont données à connaître pour que, instruits en elles, nous ayons de nouveaux aperçus de Sa gloire, et nous soyons remplis de louanges dès maintenant. Nous pouvons jouir de la communion avec Dieu au sujet de Ses desseins de grâce, et réalisant que tout est centré en Christ et pour Sa gloire, nous trouvons sujets et matière pour notre louange et notre adoration.
En passant du verset 12 au verset 13, on remarque le changement de pronoms, du « nous » au « vous ». En écrivant « nous qui avons espéré à l’avance dans le Christ », la pensée de l’apôtre visait les saints issus d’Israël, lui-même en faisant partie, tandis que le « vous » se référait aux saints issus des nations. Les croyants Juifs étaient une sorte de prémices de leur nation. Un Israël racheté et restauré sera bientôt sur terre à la louange de l’Éternel. Mais ceux qui se sont confiés en Christ à l’avance, durant cette période de l’évangile, auront part à l’appel céleste et seront à Sa louange dans les lieux célestes.
Cependant dans tout cela, les croyants des nations y avaient pleinement leur part. Eux aussi avaient entendu l’évangile qui leur apportait le salut, et ayant cru ils étaient scellés de l’Esprit qui est les arrhes de leur héritage. Dans Son caractère de sceau, l’Esprit les marquait comme appartenant à Dieu. En tant qu’arrhes, l’Esprit est le gage de l’héritage qui est devant eux, et Il donne aussi un avant-goût des bénédictions qui s’y rattachent.
Notons soigneusement l’ordre qui est devant nous dans ce verset 13. D’abord on entend l’évangile, puis on le croit et enfin on reçoit l’Esprit. Cet ordre est tout à fait invariable. Nous ne croyons jamais avant d’avoir entendu. Nous ne recevons jamais avant d’avoir cru. Si quelqu’un demande : « ai-je reçu l’Esprit ? », nous devons lui soumettre la question précédente : « avez-vous entendu et cru à l’évangile de votre salut ? ». L’un procède et découle de l’autre.
Nous ferions bien encore de remarquer le fait que non seulement nous avons cru en Christ, mais nous avons été scellés du Saint Esprit de la promesse en Christ. « En qui … vous avez été scellés ». Tout cela se trouve être en Christ. Le Saint Esprit est une Personne divine de la Déité, distincte de Christ, mais que nous ne devons pas totalement séparer de Christ dans nos esprits. Il en est de même pour les trois Personnes sacrées. On doit les distinguer, mais non pas les séparer. L’Esprit a été envoyé par Christ d’auprès du Père, et en Christ Il nous a scellés, — scellés jusqu’à ce que la possession entière, achetée par la mort de la croix, soit rachetée de la dernière puissance adverse tendant à la maintenir en esclavage ; c’est-à-dire, jusqu’à la venue du Seigneur. L’Esprit est donné pour demeurer avec nous éternellement. Nous pouvons l’attrister, mais non pas l’attrister au point de le faire partir.
Ayant donc déployé devant nous les bénédictions caractéristiques du chrétien individuellement, Paul se met à parler aux Éphésiens de ses actions de grâce et de ses prières en leur faveur. Il rendait grâce pour eux en pensant à la richesse de bénédictions spirituelles dans lesquelles ils avaient été introduits, et il priait qu’ils aient une compréhension intelligente et spirituelle de tout ce qui se rattachait à l’appel et à l’héritage qui étaient les leurs. Nous pouvons être assurés que ce qu’il désirait pour les Éphésiens est exactement ce qui est hautement désirable pour nous aujourd’hui.
Dans ces prières, l’apôtre s’adressait au « Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père de gloire ». Dieu est vraiment l’Auteur et la Source de toute gloire, et c’est Lui que notre Seigneur Jésus, quand Il était ici-bas l’Homme soumis, considérait comme Son Dieu, selon l’expression prophétique du Psaume 16. C’est donc bien à propos que nos pensées sont dirigées vers la position que le Seigneur Jésus a prise comme Homme, puisque c’est comme Homme qu’Il prend Sa place comme le Chef exalté dans la vaste création de bénédiction. En outre c’est en Lui comme Homme que nous voyons le Modèle et la Plénitude de tout ce que nous avons en Lui. Tout est exprimé en Christ, et nous n’avons rien en dehors de Christ. Ce qui est tant à désirer, c’est que nous ayons la pleine connaissance de tout ce qui est contenu dans le propos de Dieu en relation avec Christ.
La connaissance des merveilles des propos et de l’œuvre de Dieu découle de la connaissance de Lui-même. Comme nous Le connaissons, nous connaissons ce qui jaillit de Lui. C’est pourquoi la première requête de l’apôtre concerne « l’esprit de sagesse et de révélation dans Sa connaissance ». Nous ne pouvons Le connaître que par révélation, car aucune recherche n’arrivera jamais à Le découvrir ; et répétons-le, de notre côté, il est besoin de sagesse, de cet esprit de sagesse qui vient de l’Esprit de Dieu.
Les yeux de votre cœur : Il n’est pas question d’une froide compréhension intellectuelle, mais plutôt de la compréhension d’une affection vive. Quelque chose peut-il être froid quand il a Christ pour centre ? Et les yeux du cœur sont centrés sur Christ, car bien que le « sa » de « sa connaissance » à la fin du verset 17 se réfère grammaticalement à Dieu le Père, il ne peut que se rapporter à Christ, car Lui seul révèle le Père. Pour avoir la pleine connaissance du Père, il faut connaître Christ, le Fils.
La prière de l’apôtre s’occupait en premier lieu de l’état spirituel de ses lecteurs. Les choses de Dieu ne peuvent être discernées que par ceux dont les yeux du cœur ont été éclairés. Il y a de nombreuses choses, tant dans le monde qui nous entoure que dans notre chair au-dedans de nous, qui, si nous laissons faire, forment inévitablement une sorte de film opaque sur nos yeux spirituels, et entravent notre compréhension. Ceci nous aide à comprendre pourquoi, en écrivant à Timothée, Paul dit « Sois attentif à toi-même, et à l’enseignement [ou : doctrine] » (1 Tim. 4:16). À moins de commencer par être attentif à lui-même, il ne pouvait guère profiter de la doctrine, ni nous non plus.
Après cela la prière de l’apôtre se divise en trois parties concernant respectivement l’appel, l’héritage et la puissance par laquelle Dieu amène Ses desseins à s’exécuter en ce qui nous concerne. L’appel a été indiqué aux versets 3 à 7, l’héritage dans les versets 10 à 14, tandis que la puissance n’a pas été mentionnée auparavant, mais nous est révélée dans les derniers versets du chapitre 1 et au chapitre 2.
Nous pourrions peut-être résumer « Son appel », comme les premiers versets l’exposent, en une seule expression : notre relation de fils. Cependant la prière n’est pas simplement que nous connaissions l’appel, mais plutôt que nous connaissions ce qu’est l’espérance de Son appel. Or quelle est cette espérance ? Si Celui qui appelle est DIEU, — si la position à laquelle nous sommes appelés est celle de FILS, — si cette position est nôtre par Jésus Christ, et comme celle de Jésus Christ, — autrement dit « EN CHRIST » ; à quoi devons-nous nous attendre, à quoi sinon à la gloire céleste ?
Cette prière de l’apôtre n’est vraiment pas une prière secondaire. Allons-nous la considérer à la légère, et dire : « Oh ! mais nous connaissons tous cela : nous espérons tous aller au ciel quand nous mourrons » — cela ne ferait que montrer que nous ne connaissons pas encore réellement ce que l’espérance implique et signifie. Si les yeux de notre cœur étaient assez éclairés pour connaître cette espérance, nous serions entièrement délivrés des attractions et des pièges du système du monde qui nous entoure. Nous serions entièrement au-dessus de ses influences profanes, et ainsi rendus propres à le traverser d’une manière qui glorifie Dieu.
Pour l’héritage aussi, il ne suffit pas de connaître quel il est. On pourrait facilement arriver à cette connaissance d’une manière intellectuelle en lisant les quelques versets qui en parlent. Mais que sont les richesses de la gloire de cet héritage ? Remarquez que c’est Son héritage, non pas le nôtre, et qu’il est « dans les saints », ce qui signifie, selon ce que nous comprenons, non pas tellement que les saints forment l’héritage — bien qu’ils en fassent partie, sans aucun doute — mais que c’est par et dans les saints qu’Il prendra Son héritage.
Quand Dieu fit traverser le Jourdain à Israël pour conquérir le pays de Canaan, Il prit Lui-même l’initiative au moyen de l’arche. Il fut dit : « l’arche de l’alliance du Seigneur de toute la terre va passer devant vous dans le Jourdain » (Josué 3:11). La position était que Dieu prenait possession du pays dans Son peuple Israël, c’est-à-dire en les mettant en possession de ce pays. Il va bientôt faire valoir Son droit sur toute la terre par le moyen d’Israël (en Israël), et la gloire de l’ère millénaire commencera. Ce sera une très grande gloire sur terre. Dès lors, que seront les richesses de cette gloire céleste quand Satan et ses armées seront chassés du ciel, et que les saints seront établis dans le ciel, et que, comme le verset 10 nous le dit, Christ sera le centre suprême et unificateur dans ces royaumes de bénédictions ? Ce seront des richesses au-delà de ce que nous pouvons concevoir. Seul le Père de gloire peut nous donner le discernement spirituel pour y entrer.
Troisièmement, nous devons connaître la grandeur de la puissance de Dieu qui agit en faveur de nous qui avons cru. Cette puissance s’est pleinement manifestée dans la résurrection de Christ d’entre les morts et dans Son exaltation, et maintenant elle travaille activement envers nous. Il nous suffit de penser à la résurrection de Christ et à Son exaltation pour comprendre combien est approprié l’adjectif « excellente », ou « qui surpasse tout ». Sa puissance est caractérisée, non pas simplement par sa grandeur, mais par son excellente grandeur.
Nous ferons bien de garder à l’esprit que, quand le Seigneur Jésus est entré dans la mort, Il s’est mis Lui-même, pour ainsi dire, sous tout le poids dela puissance humaine adverse, et aussi sous toute la puissance des ténèbres maniée par Satan, et encore sous tout le poids du jugement divin dû au péché. La puissance de Dieu L’a sorti de tout cela et L’a élevé en résurrection. Cela fait ressortir très clairement la grandeur de la puissance de Dieu.
Mais en outre, nous devons considérer tout ce en quoi Il a été élevé, comme la fin de ce chapitre nous le détaille. Nous voyons ici une grandeur qui est effectivement « excellente », autrement dit « qui surpasse tout ». Il est monté dans les lieux célestes, et est assis à la droite de Dieu, c’est-à-dire à la place de l’administration suprême. Dans cette position, Il est au dessus de tout autre nom, et de tout autre puissance, que ce soit dans ce siècle ou dans celui qui est à venir. Et non seulement au-dessus, mais bien au-dessus. Aucune comparaison ne peut être faite entre un autre, quel qu’il soit, et Lui. Toutes choses sont assujetties sous Ses pieds, et Il est donné pour être chef sur toutes choses. Toutes ces choses sont des faits, bien que nous ne voyions pas encore que toutes choses Lui soient assujetties.
Dans tout cela, il y a quelque chose qui nous concerne très intimement. Dans cette place d’exaltation suprême où Il est chef sur toutes choses, Il est chef [ou : tête] à l’assemblée [ou : église] qui est Son corps. Tout vrai croyant appartient à cette assemblée [ou : église]. Il y a une grande différence dans la signification de ces deux prépositions (« sur » et « à »), dont on peut trouver une illustration dans le cas d’Adam qui est « la figure de Celui qui devait venir » (Rom. 5:14). Adam fut créé pour être le chef sur toutes les autres créatures qui emplissaient le jardin, mais il était la tête [ou : chef] à Ève qui était son corps aussi bien que sa femme. La seconde primauté est bien plus intime et merveilleuse que la première.
Christ n’est pas seulement le chef sur toutes choses, mais Il doit remplir toutes choses, afin que toutes choses tirent finalement leur caractère de Lui. L’église est Son corps, et par conséquent Sa plénitude — le corps dans lequel Il trouve Son expression adéquate. Ce passage contemple évidemment l’église dans son aspect le plus grand et le plus vaste, comme la somme totale des saints de cette dispensation, c’est-à-dire les saints appelés depuis la venue de l’Esprit au jour de la Pentecôte jusqu’à la venue du Seigneur Jésus.
L’église n’est pas encore complète, et les saints sont ici-bas en faiblesse, mais notre Chef est exalté bien au-dessus de tout par l’excellente grandeur de la puissance divine, et ceci montre combien grande est la puissance qui opère envers nous avec une énergie qui donne la vie. C’est pourquoi le chapitre 2 s’ouvre simplement par ces mots : « et vous, lorsque vous étiez morts dans vos fautes et dans vos péchés ». Cette puissance a « opéré dans le Christ … et [en] vous » (1:20 et 2:1). Elle a opéré dans le Christ quand il était mort à cause de nos fautes et de nos péchés. Elle a opéré en nous quand nous étions morts dans nos fautes et dans nos péchés. Sa puissance vivifiante est selon ce suprême déploiement qui a eu lieu à l’égard de Christ.
Dans les versets 2 et 3, nous retrouvons la distinction entre les Gentils (= les nations ; « vous ») et les Juifs (« nous »). Toutefois tous les deux exerçaient leurs activités dans ce qui est entièrement mauvais. La marche des Gentils est dite avoir été particulièrement caractérisée par le monde et le diable, vu qu’ils suivaient des faux dieux derrière lesquels se trouve la puissance des démons. La marche des Juifs était plus particulièrement caractérisée par les convoitises de la chair selon le verset 3. Ils n’adoraient pas des démons, mais ils étaient par nature enfants de la colère, tout comme les autres. Ce sont les mêmes accusations qu’on peut porter aujourd’hui d’une part contre ceux qui sont ouvertement irréligieux et profanes, et d’autre part contre ceux qui professent une forme de piété, et néanmoins suivent simplement « les volontés de la chair et des pensées ». Les désirs des pensées peuvent avoir souvent une apparence très attrayante, intellectuelle même, et cependant être complètement éloignés de Dieu.
Et nous étions tels, que nous fussions Juifs ou des nations (= Gentils). Nous étions à la fois morts dans nos fautes et dans nos péchés, et néanmoins actifs dans toutes sortes de mal. Très vivants pour tout ce qui était mauvais, nous étions néanmoins entièrement morts pour Dieu. Étant morts quant à Dieu, nous étions sans espoir de guérison en nous-mêmes : notre seul espoir se trouvait en Lui. D’où ces mots magnifiques qui débutent le verset 4 : « Mais Dieu… ».
Qu’a fait Dieu ? Nous étions pleins de péchés et objets de la colère de Dieu méritée par nos péchés. « Mais Dieu est riche en miséricorde » et Il a un grand amour pour des êtres tels que nous. En conséquence Il nous a vivifiés ensemble avec Christ. Et non seulement nous avons été vivifiés, mais nous avons été ressuscités et Il « nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus ». Remarquons trois choses en rapport avec ce passage frappant.
En premier, observez que, puisque tout vient de Dieu, Son propos et Ses actes, nous sommes rendus nets en dehors de toute question de temps. Ce qui n’existe pas pour nous, existe pour Lui. Il s’ensuit que notre séance dans les lieux célestes est une chose accomplie pour Lui, et c’est de cette manière qu’il en est parlé ici.
En second lieu, observez la place du mot « ensemble ». Dans notre état d’inconvertis, soit comme Juifs soit comme nations, nous étions très différents et hostiles les uns aux autres. Or tout ce qui a été fait l’a été envers nous ensemble ; toutes les différences ont été abolies.
En troisième lieu, tout ce que Dieu a fait, Il l’a opéré en relation avec Christ. Si nous avons été vivifiés, cela a été ensemble avec Christ. Si nous avons été ressuscités et si nous sommes assis dans les lieux célestes, cela a été en Christ. Deux prépositions sont utilisées : avec et en. Nous avons déjà été effectivement vivifiés au sens de Jean 5:25, bien que nos corps mortels attendent encore de l’être. En tant que vivifiés, nous vivons en association avec Christ, parce que vivant de Sa vie. Nous n’avons pas encore été effectivement ressuscités, ni ne sommes assis dans les lieux célestes, mais Christ l’a été, et Il est notre Chef exalté. Nous sommes en Lui, et par conséquence ressuscités et assis en Lui. Bientôt nous serons effectivement ressuscités et assis avec Lui.
Il suffit de méditer un peu ces choses merveilleuses pour nous rendre compte avec certitude qu’aucune d’elles n’a été accomplie selon nos besoins, mais selon les pensées, le cœur et le propos de Dieu. C’est pourquoi, quand tout se réalisera dans les siècles à venir, la merveilleuse bonté montrée envers nous dans le Christ Jésus manifestera les immenses richesses de la grâce de Dieu. Dieu est en effet le Dieu de toute grâce. Ce qu’Il a opéré envers Israël, les bénissant finalement en dépit de toutes leurs infidélités, sera à la louange de Sa grâce. Mais quand nous pensons à ce que nous étions et où nous étions selon les versets 1 à 3, et que nous contemplons les hauteurs auxquelles nous sommes élevés selon les versets 4 à 6, nous voyons que ce qu’Il a opéré envers nous montre une richesse de grâce qui surpasse tout ce qui a été vu en Israël ou ailleurs.
La contemplation de ceci conduit l’apôtre à insister encore sur le fait que, dans notre salut tout est par grâce. Il l’avait déjà affirmé au verset 5, sous forme d’une parenthèse. Au verset 8, il développe ce fait important, et il ajoute que c’est aussi « par la foi ». La grâce vient de Dieu, la foi vient de nous. Cependant même notre foi ne vient pas de nous-mêmes. La foi n’est pas le produit naturel du cœur humain. Les mauvaises herbes qui poussent naturellement dans le cœur de l’homme sont détaillées en Romains 3:9-19. La foi n’est pas du tout une mauvaise herbe, mais une fleur de choix qui, une fois plantée par le Père céleste, ne peut jamais être déracinée. C’est le don de Dieu.
Or ceci exclut nécessairement les œuvres, c’est-à-dire les œuvres faites pour obtenir la vie et la bénédiction. Les seules œuvres dont nous étions capables sont celles qui ont été détaillées aux versets 2 et 3, et dans lesquelles nous étions spirituellement morts. Celui qui opère, c’est Dieu Lui-même, et « nous sommes Son ouvrage », ce qui est très différent. En outre, le travail nécessaire pour cet ouvrage n’était rien moins qu’une création. Combien il est évident que toute œuvre humaine doit être exclue.
Notez que Dieu nous a créés dans le Christ Jésus. C’est une nouvelle création. Nous étions en Adam selon l’ancienne création, mais la vie adamique a été entièrement corrompue. Nous avons maintenant été créés dans le Christ Jésus en vue de ce que nous marchions dans les bonnes œuvres au milieu de ce monde de péché.
Ceci nous ramène à notre point de départ. L’excellente grandeur de la puissance de Dieu, qui a opéré dans la résurrection du Seigneur Jésus, était nécessaire pour accomplir une œuvre aussi puissante en nous.
Selon le verset 10, nous sommes une nouvelle création dans le Christ Jésus. C’est l’œuvre de Dieu en nous, mais cela ne peut être dissocié de l’œuvre de Dieu opérée pour nous par le sang et la croix de Christ. Du verset 11 au verset 22, il nous est commandé de nous souvenir de trois choses : les profondeurs desquelles nous, les nations, avons été tirés, les hauteurs où nous avons été introduits, la base sur laquelle ce puissant transfert a été accompli : la mort de Christ.
Le tableau de la condition naturelle des nations dépeinte par l’apôtre aux versets 11 et 12 est particulièrement sombre. Il ne serait pas plus brillant de nos jours au milieu de la civilisation légèrement christianisée où nous vivons. Il importe peu que nous soyons appelés incirconcision par les Juifs, mais les six autres qualificatifs contre nous comptent beaucoup.
« Dans la chair », c’était notre état, caractérisé par la nature Adamique déchue, qui donc nous dirigeait. Cela seul explique le mal grossier qui remplit le monde des nations.
Nous étions alors « sans Christ », c’est-à-dire sans Celui qui pouvait apporter le salut et nous sauver de notre état de perdition.
Redisons-le, Dieu avait autrefois introduit certains privilèges bien précis. Il avait établi le peuple d’Israël, faisant de lui le dépositaire des alliances de la promesse, bien que temporairement, Il les mît sous l’alliance de la loi. De plus, vu qu’ils avaient les alliances de la promesse, ils étaient le seul peuple à avoir des espérances précises, fondées de manière sûre sur la Parole de Dieu. Vis-à-vis de tout cela, les nations n’étaient que « sans droit de cité », « étrangers », « sans espérance ». Aucun rayon de lumière n’était en vue sur leur horizon si sombre.
Enfin, ils étaient « sans Dieu dans le monde ». Ils avaient des idoles innombrables, et le monde moderne en a pareillement, même si elles sont sous une forme différente. Dieu leur était inconnu, et l’est encore.
Pour résumer, ils avaient la chair et le monde, mais ils n’avaient ni Christ, ni privilège, ni espérance, ni Dieu. Nous aussi étions dans la même condition.
Considérons maintenant dans quoi nous avons été introduits, selon le détail qui nous en est donné aux versets 13 à 22.
Tout d’abord, nous avons été « approchés » dans le Christ Jésus. Cela signifie que maintenant nous avons Dieu. Le sang de Christ nous a donné une place de justice en Sa présence, et ce qui est merveilleux, c’est que nous sommes approchés en étant introduits dans une relation toute nouvelle. C’est ce qui est indiqué au verset 18. Nous sommes approchés de Lui, non pas simplement en tant que Dieu, mais en tant que Père.
De quelle manière sommes-nous approchés ? Israël avait une certaine proximité sous l’ancienne alliance. Allons-nous recommencer à avoir la même part qu’eux ? Non, car selon le verset 14, des deux Il en a fait un. L’expression ‘des deux’ indique les croyants Juifs d’une part et les croyants des nations d’autre part. Leur réunion a été faite par Christ. Il a détruit le mur qui les divisait, et il a fait la paix entre les factions en guerre. Il a aboli leur inimitié dans Sa chair : c’est-à-dire en livrant Son corps à la mort.
L’inimitié était liée à « la loi des commandements qui consiste en ordonnances ». La loi de Moïse contenait de grandes lois morales qui n’ont jamais été abrogées, mais il y avait aussi beaucoup d’ordonnances à caractère cérémoniel qui s’y rattachaient. Ces règles cérémonielles séparaient Israël des nations, en faisant d’eux un peuple particulier par ses coutumes ; c’était d’ailleurs fait exprès. De telles ordonnances ont été annulées pour les croyants dans la mort de Christ, et immédiatement cette grande cause d’hostilité a été éliminée. Actes 21:20-26 montre combien ceci était peu compris par les premiers croyants à Jérusalem, et comment Paul lui-même semble avoir été un moment dévié de ce qu’il établit ici. Nous voyons aussi, dans ce passage, combien l’hostilité était grande de la part des Juifs, une hostilité tout à fait réciproque de la part des nations.
Ayant donc ainsi aboli l’inimitié, des deux [Juifs et nations], Christ en a fait un seul homme en Lui-même. Ce n’est pas que maintenant les nations soient un avec les Juifs, mais que les Juifs en Christ sont maintenant absolument un avec les Gentils en Christ. Les deux se trouvent maintenant dans une position et une condition devant Dieu qui sont tout à fait nouvelles et originales. Ils ne sont plus deux hommes mais un seul homme, et cet homme est tout à fait nouveau. C’est la résolution complète des difficultés dues à l’inimitié — « en faisant la paix ». Il se peut que deux hommes se querellent. Un homme seul ne peut guère le faire. Et il n’est pas enclin à le faire, car il est une nouvelle sorte d’homme. Dans tout ceci, nous regardons bien sûr à ce que Dieu a accompli d’une façon abstraite ; c’est-à-dire selon Son caractère essentiel, et sans introduire les nuances ou restrictions dues à la pratique, et provenant de la chair qui habite encore en nous.
Le verset 16 apporte une pensée complémentaire. Non seulement, les Juifs et les Gentils (= nations) croyants sont un seul homme nouveau — cela exprime leur caractère nouveau — mais ils sont constitués en un seul corps, et comme tels, ils sont réconciliés avec Dieu. La réconciliation était nécessaire parce que tous deux étaient dans un état d’inimitié contre Dieu et entre eux. Remarquez ensuite que la mort de Christ est introduite, cette fois par l’expression « la croix ». Par elle, Il a tué l’inimitié (celle contre Dieu), qui était dans les cœurs des deux, et pas seulement l’inimitié qu’ils avaient entretenue entre eux.
Ayant accompli Sa mort, et ayant ainsi fait la grande base de la réconciliation, Il a agi Lui-même comme Messager de paix à la fois envers les nations et envers les Juifs. Les premiers étaient « loin » dans l’ancienne dispensation, et les seconds étaient « près ». C’est une phrase remarquable. Christ est présenté comme le Prédicateur pour les Gentils et les Juifs, après la croix, c’est-à-dire en résurrection. Pourtant, et selon ce qui nous est dit dans l’Écriture, Il n’a jamais été vu ni entendu par aucun inconverti depuis qu’il était pendu, mort, à la croix. Il est apparu ressuscité à Ses disciples, et leur a parlé de paix, mais quand a-t-Il prêché la paix soit aux Juifs soit aux nations ? La seule réponse qu’on peut donner est : jamais en tant que personne ; Il ne l’a fait que par la prédication des apôtres, autrement dit par procuration.
Cette manière de parler peut nous sembler quelque peu étrange, mais on la trouve ailleurs dans la Bible. 1 Pierre 3:19 en est un exemple frappant, et 1 Pierre 1:11 fournit quelque chose de très semblable. Si 1 Pierre 3:19 avait été lu à la lumière d’Éph. 2:17, nous aurions été épargnés de bien des explications erronées de 1 Pierre 3:19, car il ne peut y avoir de doute que la prédication à laquelle il est fait allusion en Éph. 2:17 était celle des apôtres et autres serviteurs de Christ qui, au début du christianisme, ont apporté la bonne nouvelle de la paix auprès et au loin.
Pour la quatrième fois, on trouve le mot « un » au verset 18 avec une certaine insistance sur ce mot. Le verset 14 établissait le fait que nous sommes un. Le verset 15 ajoute le fait que c’est comme un seul homme nouveau. Le verset 16 montre que nous sommes un seul corps. Le verset 18 complète le tableau en montrant qu’il est donné aux deux de posséder un seul Esprit, par lequel nous avons accès auprès du Père. Combien il est dès lors évident que, parmi les chrétiens, toute distinction entre Juifs et nations a complètement disparu.
Ces faits glorieux étant établis, Paul amène ces croyants Gentils à la hauteur de leurs privilèges spirituels. Ils n’étaient plus étrangers ni forains, ni nous non plus : nous sommes plutôt des « concitoyens des saints et gens de la maison de Dieu », et édifiés en un édifice que Dieu construit. Trois figures sont utilisées dans ces quatre derniers versets : la cité, la maison et l’édifice. C’est comme si nous étions introduits pas à pas dans ce qui est de plus en plus intime.
Nous sommes concitoyens des saints. C’est plutôt une pensée générale. Dieu a préparé une cité céleste pour les croyants de l’Ancien Testament, qui doivent jouir d’une portion céleste. Ceci est affirmé en Hébreux 11:16. Les croyants d’aujourd’hui en auront leur part de toute cette portion céleste. Ses privilèges sont à nous, car nos noms ont été écrits dans les cieux (voir Luc 10:20) ; inscrits sur les registres de la cité, nous pouvons dire que notre citoyenneté est là.
Une maison, ou foyer, est un lieu de plus grande intimité qu’une cité. Le Maire d’une capitale apparaît dans toute sa splendeur quand il agit en tant que chef de la Cité, mais on le connaît sous un jour plus intime quand, ôtant ses habits d’apparat propres à sa fonction, il agit comme simple chef de sa maison. Or nous ne sommes pas de simples citoyens, mais nous sommes des gens de la maison de Dieu. C’est ainsi que nous sommes approchés, et que nous avons un libre accès ; mais c’est aussi pourquoi nous avons la responsabilité de porter le caractère de Celui à la maison duquel nous appartenons.
En arrivant à la pensée de l’édifice, nous devons nous considérer nous-mêmes comme des pierres (comme des matériaux convenant pour l’édifice) et Dieu, d’une part comme le Constructeur, et d’autre part comme Celui qui demeure dans le sanctuaire, une fois celui-ci construit. La maison de Dieu est le lieu où l’on peut contempler « la beauté de l’Éternel » (Ps. 27:4). Dans le temple de Dieu, « tout dit gloire » (Ps. 29:9). Que nous soyons ainsi « bien ajustés ensemble » sur le fondement des apôtre et des prophètes, « Jésus Christ lui-même étant la maîtresse pierre du coin », le tout proclamant la gloire de Dieu, voilà une extraordinaire intimité. Ce qui renforce son caractère merveilleux, c’est le souvenir que nous n’étions rien que des Gentils [= nations, non Juifs] par nature.
La troisième image, celle de l’édifice, se sous divise en deux aspects. Il y a d’abord l’édifice vu comme le fruit d’un travail progressif tout au long de la dispensation actuelle (l’ère chrétienne), et n’arrivant à l’achèvement que dans la gloire, même si chaque pierre ajoutée est bien ajustée à l’ensemble. Une fois l’édifice achevé, il proclamera effectivement la gloire de Dieu.
Selon l’autre aspect, l’édifice est vu comme une habitation de Dieu tout au long de la dispensation actuelle (l’ère chrétienne), — quelque chose de complet à tout moment donné, bien que ceux qui la constituent changent. Tout au cours du temps depuis le jour de la Pentecôte, Dieu a habité dans l’église par le Saint Esprit — cette église qui est composée de tous les croyants sur terre, à n’importe quel moment, dans lesquels le Saint Esprit habite. Dieu ne demeure pas dans des temples faits de mains, mais dans cette maison, Il demeure par Son Esprit.
Ne perdons pas de vue les deux mots du début des versets 21 et 22 : « en qui ». Quand nous considérions les bénédictions dans lesquelles nous sommes introduits comme individus, nous avons vu que toutes étaient à nous dans le Christ. Il en est exactement de même quand nous considérons les bénédictions dans lesquelles nous nous trouvons collectivement ou comme corps [= corporativement]. Tout est en Christ. L’église est édifiée ensemble dans le Christ, et Dieu demeure en elle en Esprit.
Toutes ces choses ne sont pas de simples idées, mais plutôt de grandes réalités. Si elles nous semblent peut-être étranges, n’est-ce pas parce que nous sommes habitués à voir ce que les hommes ont fait de l’église, la pervertissant largement selon leurs propres idées, plus qu’à voir ce que l’église est réellement selon Dieu ? Et rappelons-nous que toutes les perversions et adaptations humaines passeront, mais l’ouvrage de Dieu demeurera. Nous ferions mieux alors de nous hâter de prendre connaissance de ce que Dieu a en vue pour l’église et de ce qu’Il a fait pour qu’il en soit ainsi, sinon nous courons le risque qu’une grande partie de notre service soit perdue, et que nous-mêmes ne soyons tristement pas préparés pour ce qui va être révélé à la venue du Seigneur, et dans le clin d’œil où l’église s’en ira, entièrement selon l’ouvrage divin, et non pas du tout selon l’organisation de l’homme.
Après avoir présenté ce grand déploiement de vérité, Paul commence à nous exhorter à marcher d’une manière digne d’un appel [ou : vocation] aussi élevé. Nous le voyons si nous lisons ensemble les premiers versets des chapitres 3 et 4. Tout le chapitre trois, sauf le premier verset, est une parenthèse dans laquelle il indique combien le Seigneur lui a précisément confié le ministère en rapport avec toute cette vérité — qu’il appelle, « le mystère » ; et dans cette parenthèse, une nouvelle fois, il rapporte le contenu de ses prières pour les Éphésiens croyants.
Évidemment, il sentait que son exhortation à marcher d’une manière digne de notre appel [ou : vocation] aurait plus de force si nous comprenions combien toute l’autorité du Seigneur était derrière cette exhortation. Une « dispensation » ou « administration » de la grâce de Dieu envers des êtres tels que nous, lui avait été confiée, car le « mystère » lui avait été spécialement révélé, et il venait juste d’écrire brièvement à ce sujet. C’est une allusion, évidemment, à ce qu’il avait écrit de 1:19 à 2:22. Un résumé encore plus bref est donné en 3:6, où il insiste de nouveau sur la merveilleuse place accordée aux Gentils (= nations). Les trois expressions « cohéritier », « d’un même corps » et « coparticipants » ont le mérite de faire voir la pensée principale de l’Esprit de Dieu dans ce verset. Or c’était un aspect du propos de Dieu en bénédiction qui était tout à fait inconnu dans les siècles précédents : forcément inconnu, bien sûr, car s’il avait été connu, l’ordre de choses établi en rapport avec la loi et Israël était ipso facto détruit. C’était donc un secret caché en Dieu jusqu’à ce que Christ fût exalté dans les lieux célestes et que le Saint Esprit soit envoyé ici-bas.
Mais maintenant ce mystère est révélé, et l’apôtre Paul en était fait le serviteur. Il n’a pas été révélé qu’à lui, mais aussi aux autres apôtres et prophètes. Ainsi la réalité de ce mystère était indubitable et incontestable. Cependant le service [ou : ministère] en a été donné à Paul, selon l’affirmation claire du verset 7. En accord avec ceci, il n’est fait aucune autre allusion au mystère dans les épîtres écrites par des apôtres autres que Paul.
Nous pouvons comprendre la grandeur de ce thème si nous avons un peu saisi ce que nous venons de survoler rapidement. Paul lui-même était si impressionné par sa grandeur qu’il parle de son ministère comme consistant à annoncer [ou : évangéliser] « les richesses insondables de Christ ».
Si nous lisons cette expression « les richesses insondables de Christ » dans son contexte, nous nous apercevons qu’elle se réfère, non pas à toutes les richesses qui Lui appartiennent personnellement, mais plutôt à tout ce qui est en Lui pour les Siens. Si nous regardons de près le ch. 1, nous trouvons environ douze fois l’expression « en Christ », ou ses équivalents (« dans le Bien-aimé », « en Lui », « en qui » ; elle se trouve six fois au ch. 2, et trois fois au chapitre 3. Prenons l’un des passages seulement : « bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ ». Pouvons-nous chercher et identifier ces bénédictions de manière à dominer entièrement le sujet ? Nous ne le pouvons pas. Elles sont trop grandes pour notre petite compréhension. Elles sont insondables, et il en est de même pour tout ce que nous avons en Christ. Mais, bien qu’insondables, elles peuvent nous être données à connaître, et c’est ainsi qu’elles étaient le sujet du ministère de l’apôtre.
Son ministère recouvrait un second sujet. Il était chargé de nous faire connaître à tous, non seulement ce qu’est le mystère, mais quelle est « l’administration du mystère ». Le mystère concerne Christ et l’église, et plus particulièrement la place que les Gentils occupent en elle, comme Paul l’a déjà expliqué. L’administration concerne les dispositions pratiques pour la vie de l’assemblée, son ordre et son témoignage, que Paul avait établies partout. Ces dispositions étaient commandées par le Seigneur pour que, même dans la condition actuelle de l’église, il puisse y avoir une manifestation des choses qui sont vraies et établies concernant l’assemblée dans les conseils éternels de Dieu.
Le mystère lui-même était quelque chose d’entièrement nouveau, car depuis le commencement du monde jusqu’alors, il avait été caché en Dieu. Par conséquent l’administration du mystère était entièrement nouvelle. Auparavant Dieu ne s’était occupé que d’une seule nation, et Il l’avait fait sur la base de la loi. Or Dieu était en train d’appeler des gens élus d’entre toutes les nations selon Sa grâce, et ce qui était simplement national se retrouvait fondu dans ce propos plus vaste et plus complet. Dans l’assemblée de Dieu tout devait être mis en ordre et administré selon ces propos de Dieu. L’apôtre ne cesse pas dans cette épître de nous instruire sur les détails de cette administration ordonnée divinement ; il le fera encore en écrivant sa première lettre aux Corinthiens.
L’assemblée à Corinthe ne marchait pas en ordre, contrairement à celles d’Éphèse et de Colosses. Il y avait beaucoup d’ignorance, d’erreur et de désordre parmi eux, et ceci fournit à l’Esprit de Dieu l’occasion de leur inculquer l’administration du mystère, au moins dans beaucoup de ses détails, traitant les affaires rendues publiques dont n’importe qui pouvait se rendre compte de l’extérieur. Pour ne pas passer à côté de ceci, prenons un détail parmi beaucoup d’autres pour servir d’exemple.
Notre épître établit que nous, Juifs ou Gentils, sommes « édifiés ensemble, pour être une habitation de Dieu par l’Esprit » (2:22). C’est un des grands sujets inclus dans le mystère. Nous nous tournons alors vers l’épître aux Corinthiens, et nous découvrons que ce n’est pas une simple doctrine, une idée séparée de tout effet pratique sur les dispositions présentes concernant la vie de l’assemblée et le comportement. Tout au contraire ; Paul déclare qu’en conséquence l’Esprit est souverain dans la maison où Il habite. Il habite là pour pouvoir agir à la gloire de Dieu : « Mais le seul et même Esprit opère toutes ces choses, distribuant à chacun en particulier comme il lui plaît » (1 Cor. 12:11). Et vu que l’Esprit distribue et anime l’exercice des dons variés, nous trouvons au ch. 14 de la même épître qu’il nous est demandé de reconnaître que les instructions données sont « le commandement du Seigneur ». Le Seigneur est, voyez-vous, le grand Administrateur dans l’assemblée de Dieu, et Paul était le serviteur choisi pour nous faire connaître Son administration.
J’ai bien peur que de nos jours l’administration du mystère soit mise de côté, avec légèreté, par beaucoup de chrétiens, et même par de bons chrétiens sérieux ; mais nous sommes assurés qu’ils le font pour leur grande perte, à la fois maintenant et dans le siècle à venir. Si nous négligeons une partie quelconque de la vérité, nous devenons sous-développés en ce qui concerne cette partie, « comme un gâteau qui n’a pas été retourné », selon l’expression d’Osée 7:8. Nous devons aussi prendre en considération les versets 10 et 11 de notre chapitre qui nous disent que l’administration du mystère, telle qu’elle est appliquée dans l’assemblée, est une sorte de livre de leçons sous les yeux des anges. Le livre de leçons d’aujourd’hui que les anges regardent, est bien tristement taché et obscurci. Mais, puisque les anges ne meurent pas, ces mêmes yeux ont regardé autrefois, et ont vu la beauté de la sagesse si diverse de Dieu, quand l’excellence de l’administration divine, exercée par Paul, était vue pour la première fois aux premiers jours de l’église.
Alors, durant un brève période, les choses ont été « selon le propos des siècles, lequel il a établi dans le christ Jésus notre Seigneur » (3:11). Depuis, et pendant longtemps, les choses ont été surtout selon les désirs et arrangements décousus des hommes, bien que nombre d’entre ceux qui ont fait les arrangements étaient sans aucun doute des hommes pieux et bien intentionnés. Puissions-nous avoir la grâce de tenir, dans la mesure où cela dépend de nous, à l’administration telle qu’ordonnée par Dieu, car il est évident que ce qui était « caché en Dieu » doit être « maintenant donné à connaître par l’assemblée ». En même temps, ne nous attendons pas à faire cela sans opposition ni troubles, car Paul rencontrait passablement de tribulation, comme il y fait allusion au verset 13.
En outre nous n’entrons pas facilement ni rapidement dans la puissance et la jouissance de ces choses. C’est pourquoi, arrivé à ce point, l’apôtre se met à prier, et il est conduit à nous donner par écrit le contenu de sa prière, pour que nous en soyons ranimés. La prière est adressée au Père, et elle a trait aux opérations de l’Esprit en vue de ce que Christ ait la place qui Lui est due dans nos cœurs. Le Père, le Fils et Le Saint Esprit sont ainsi impliqués dans cette prière.
La prière s’adresse au Père comme à Celui qui confère Son nom et Son caractère à toute famille qui finalement remplira les cieux et la terre. Le Seigneur Jésus est notre Chef, et Il est aussi, en un certain sens, le Chef et le Conducteur de chacune de ces différentes familles. La traduction est bien « toute famille », et non pas « toute la famille ». Dieu aura plusieurs familles, certaines pour le ciel et d’autres pour la terre. Parmi les familles célestes il y aura l’église et les esprits des hommes justes rendus parfaits [ou : « consommés » ; Héb. 12:23], c’est-à-dire les saints de l’Ancien Testament. Parmi les familles terrestres, il y aura Israël, les Gentils rachetés, etc. De nos jours, parmi les hommes, les familles tirent leur nom de celui qui en est le père, de celui qui en est à l’origine. Or la paternité parmi les hommes n’est qu’un reflet de la paternité divine.
Le sujet principal de la prière est que Christ habite par la foi dans nos cœurs, qu’Il reste à demeure le centre de direction de nos plus profondes affections. Cela ne peut avoir lieu que si nous sommes fortifiés par la puissance de l’Esprit quant à l’homme intérieur, car par nature, c’est l’égoïsme qui nous contrôle, et nous sommes inconstants et incertains. Si Christ habite dans nos cœurs, nous devenons enracinés et fondés dans l’amour (Son amour, non pas le nôtre). C’est seulement quand nous sommes enracinée et fondés dans l’amour, que nous pouvons commencer à connaître l’amour de Christ qui surpasse toute connaissance.
Le verset 17 parle de ce qui se trouve au centre de tout, Christ habitant en nous, et nous étant enracinés et fondés dans l’amour. Aux versets 18 et 19, on passe au cercle le plus large possible de bénédiction, d’amour et de gloire. Une paire de compas peut servir d’illustration. Il n’est pas facile de dessiner un cercle à moins que l’une des branches ne soit fixée fermement. Une fois l’une des branches fixée, le cercle peut être facilement dessiné. Il en est ainsi ici. Une fois enraciné et fondés dans l’amour, le vaste et puissante embrassement du verset 18 devient possible.
Si le verset 19 nous dit que nous devons connaître ce qui surpasse toute connaissance, le verset 18 implique que nous devons comprendre ce qui échappe à toute vraie définition. Quatre dimensions sont énumérées, mais il ne nous est pas dit à quoi elles se réfèrent. Les dimensions de quoi ? Sans doute celles de toute la grande vérité que Paul avait déployée, les dimensions des richesses insondables de Christ. Ces choses ne doivent être comprises qu’avec tous les saints. Nous avons besoin l’un de l’autre quand nous commençons à les apprendre. Tous les saints devraient être désireux de les comprendre, et on ne peut les comprendre qu’en gardant en vue tous les saints. En ces jours d’éclatement et de division dans l’église de Dieu, on ne peut rassembler tous les saints ensemble, et on ne peut pas non plus inciter tous les saints à saisir ces choses, mais on peut tenir avec beaucoup de ténacité à la pensée divine de tous les saints, et dans la mesure où cela tient à nous, vivre et agir en ayant tous les saints en vue. Ceux qui font cela sont les plus propres à comprendre la portée puissante des richesses insondables de Christ, à connaître Son amour qui est centré sur tous les saints, et à être remplis de toute la plénitude de Dieu.
La contemplation, en prière, de telles hauteurs de lumière, d’affections et de bénédiction spirituelles poussait le cœur de l’apôtre à adorer, et le chapitre se termine par une doxologie attribuant la gloire au Père. Ce qu’il avait désiré dans sa prière serait impossible à accomplir s’il n’y avait pas la puissance qui opère en nous, le Saint Esprit de Dieu. Par cette Puissance, le Père peut accomplir ce qui surpasse irrésistiblement nos pensées et nos désirs. Beaucoup d’entre nous, en lisant les désirs de l’apôtre pour nous, ont pu se dire : Tout à fait merveilleux, mais tout à fait hors de ma portée. Rappelons-nous pourtant, que cela ne dépasse pas la Puissance qui opère en nous. Toute cette bénédiction peut être réellement et consciemment à nous, et à nous comme possession présente.
La gloire que le dernier verset attribue à Dieu sera certainement la Sienne. Pendant tous les âges, l’église irradiera Sa gloire. En tant qu’épouse, femme de l’Agneau, on dira d’elle : « Ayant la gloire de Dieu : son luminaire était semblable à une pierre très précieuse, comme à une pierre de jaspe cristallin » (Apoc. 21:11). Et tout ce que l’église est, et tout ce qu’elle sera à jamais, est par et dans le Christ Jésus. Jésus Christ est le plus glorieux Serviteur de la gloire de Dieu. Il a opéré cette gloire, et s’est couvert de gloire en le faisant. C’est ainsi que nous pouvons chanter avec tant de joie :
Christ, le centre de la multitude,
Brillera là dans toute Sa gloire,
Et tous les yeux de cette troupe immense
Ne verront que Sa gloire.
En commençant le chapitre 4, nous reprenons le fil du sujet laissé par Paul à la fin du v. 1 du ch. 3. En relativement peu de mots, il a été placé devant nous l’appel du chrétien dans son élévation et sa plénitude selon les pensées et les propos de Dieu. De plus, cet appel a été déployé devant nous, non seulement dans ses rapports avec chacun de nous individuellement, mais aussi dans ce qui nous concerne tous ensemble collectivement ou comme assemblée. Maintenant vient une exhortation de caractère général recouvrant toutes les exhortations plus détaillées dont sont remplis les chapitres qui restent. L’apôtre savait très bien qu’il ne suffit pas de donner des instructions générales, mais qu’il est aussi nécessaire de traiter ces détails très intimes et non équivoques, qui atteignent tous les cœurs et les consciences. Que ceux qui annoncent la Parole aujourd’hui tiennent compte de ceci, et qu’ils soient aussi sages et courageux que l’apôtre.
Les exhortations contenues dans la première partie du ch. 4 jusqu’au v. 16 ont évidemment en vue notre appel, non comme individus, mais comme membres du corps de Christ, l’église. Combien il y a souvent des frictions dans les assemblées des saints ! Un peu d’expérience de la vie d’assemblée suffira à nous en convaincre. Il y a donc ici un champ immense pour que soient cultivées les beautés et les grâces énumérées au v. 2. L’esprit humble ne pense rien de lui-même. La débonnaireté (*), l’opposé de l’autoritarisme, est bien sûr le résultat direct de l’humilité. La longanimité, l’opposé de l’esprit irréfléchi si critique vis-à-vis des autres, est fille de l’humilité et de la débonnaireté. Quand toutes ces trois vertus sont en action, qu’il est simple et heureux de se supporter les uns les autres dans l’amour ! Lions aussi l’amour avec ce que nous venons juste de voir au ch. 3. Enracinés et fondés dans l’amour, et sachant au moins quelque chose de l’amour de Christ qui surpasse toute connaissance, nous sommes rendus capables par les yeux de l’amour de regarder tous les saints, même ceux qui, parmi eux, sont le moins aimables selon la nature.
(*) J.N. Darby traduit ce mot par « douceur » en français, mais par « débonnaireté » dans sa version anglaise. Le mot à même racine que « débonnaire » en Matt. 11:29.
Parmi les hommes nous voyons la tendance de l’amour à dégénérer en une sorte d’amabilité molle qui finit par trouver des excuses à toutes sortes de choses loin d’être droites. Il ne faut pas qu’il en soit ainsi parmi les saints, car une norme bien définie est placée devant nous. Nous avons à avoir un but autre qu’un simple consensus, car nous pourrions tous avoir une même pensée et avoir un accord le plus harmonieux possible, pour quelque chose d’entièrement erroné ! Nous avons à avoir toute diligence pour garder l’unité de l’Esprit — non pas l’unité de Paul ou de Pierre, non pas la vôtre ni la mienne, mais bien plutôt l’unité que l’Esprit a produite. Nous n’avons pas fait l’unité, et nous ne pouvons pas rompre l’unité. L’Esprit l’a faite et nous avons à la garder d’une manière pratique dans le lien de la paix. Ce doit être notre effort constant. Notre réussite dans cet effort dépendra de la mesure dont nous sommes marqués par les belles caractéristiques mentionnées au v. 2.
Si le v. 2 de notre chapitre nous donne les caractéristiques qui, une fois développées en nous, conduiront à garder l’unité de l’Esprit, les v. 4 à 6 nous donnent une série d’unités qui soutiennent fortement l’exhortation du v. 3. Le terme « un seul », ou « une seule », figure sept fois dans ces trois versets.
Nous avons d’abord l’unicité du corps de Christ, composé de tous les saints de la présente dispensation. Ce corps a été formé par le baptême du Saint Esprit et l’habitation du Saint Esprit, et tous les membres de ce corps partagent un seul appel, qui leur est commun, et qui a une seule espérance en vue. Rien d’irréel n’entre dans ce corps. Tout est vital ici dans la vie et l’énergie de l’Esprit.
Nous avons ensuite le Seigneur, et la foi et le baptême qui lui sont liés. L’unicité est marquée sur ces choses liées au Seigneur, pareillement à tout ce qui est relié avec l’Esprit — bien que certains puissent professer la foi et accepter la baptême, et ensuite se détourner pour n’être rien de plus que de simples professants.
Ensuite nous arrivons à Dieu le Père, et ici encore il est insisté auprès de nous sur l’unicité du fait que nous trouvons tous notre origine en Lui. Et en outre, bien qu’Il soit au-dessus de tout et partout, Il est en nous tous.
Dans ces sept unités, on trouve le fondement et le support de l’unité de l’Esprit, que nous sommes responsables de garder. Elle est soutenue de cette septuple manière qui est un témoignage bien net à son importance, comme aussi à notre faiblesse pour la garder. Nous sommes un, du fait de la présence et de l’action de l’Esprit de Dieu. Nous pouvons manquer à garder l’unité, néanmoins l’unité ne cesse d’exister, car elle subsiste dans l’énergie de Dieu.
D’un autre côté, si nous manquons à la garder, nous sommes de grands perdants, et le témoignage de Dieu en souffre. L’état si divisé du peuple de Dieu proclame à quel point affligeant nous avons manqué à cet égard, et il explique très largement la faiblesse, et le manque d’intelligence et de vigueur spirituelle qui prévalent. Nous ne pouvons pas redresser l’état présent de division, mais nous pouvons choisir comme objectif de poursuivre l’unité qui est de l’Esprit de Dieu avec toute humilité, débonnaireté, longanimité et patience. Seulement ce doit être l’unité de l’Esprit. Avoir l’objectif de garder une quelque autre unité, la votre, la mienne ou celle d’un d’autre, c’est manquer l’unité de l’Esprit.
En outre, l’unité ne signifie pas une uniformité morte — le v. 7 en est un témoignage clair. Nous sommes tous un, mais à chacun de nous sont donnés à la fois le don et la grâce qui nous sont propres. Cette pensée conduit l’apôtre à faire référence à ces dons dont la nature spéciale demeure, qui ont été accordés par Christ monté au ciel comme preuve et manifestation de Sa victoire.
La citation du v. 8 est tirée du Ps. 68, un psaume qui célèbre prophétiquement la victoire divine sur les rois rebelles et sur tous Ses ennemis, qui inaugurera l’ère millénaire glorieuse. L’apôtre savait que la victoire qui doit alors être publiquement manifestée, a déjà été accomplie dans la mort, la résurrection et l’ascension de Christ. C’est pourquoi il s’empare des termes du Psaume et les applique à Christ monté au ciel avant qu’arrive le jour de la victoire millénaire. Ayant vaincu Satan dans la mort, sa dernière forteresse, Il est monté en haut, s’étant assujetti ceux qui avaient été les esclaves de Satan. Alors Il signale Sa victoire en accordant à ceux qui sont maintenant subjugués par Lui, des pouvoirs spirituels qui devraient suffire à faire Son œuvre, même s’ils sont encore dans le territoire où il est permis à Satan d’exercer ses ruses.
Les v. 9 et 10 sont une parenthèse. Ils mettent en relief deux choses. La première est qu’avant qu’Il soit monté, Il est d’abord descendu dans la mort, où Il a vaincu la puissance de l’ennemi, et même le tombeau. La seconde, est qu’ayant achevé Sa victoire, Il a reçu l’exaltation suprême, en vue de remplir toutes choses.
« Au-dessus de tous les cieux » est une expression remarquable. En Marc 16 nous avons le Serviteur divin « élevé en haut dans le ciel ». En Héb. 4 le « grand Souverain Sacrificateur a traversé les cieux ». Ici l’homme victorieux « est monté au-dessus de tous les cieux ». Les cieux des cieux sont à Lui, et ils le sont pour qu’Il puisse « remplir toutes choses » — une autre expression remarquable. Aujourd’hui aussi tout croyant devrait être rempli de l’Esprit comme nous le voyons un peu plus loin dans cette épître. Tout croyant rempli de l’Esprit est nécessairement rempli de Christ, et par conséquent Christ se découvre chez lui. Si nous sommes remplis de Christ, nous manifestons Son caractère. Le jour vient où Christ remplira toutes choses, et par conséquent toutes choses manifesteront Lui et Sa gloire. Le « toutes choses » dont il est parlé ici est bien sûr toutes choses qui d’une manière ou d’une autre sont sous Lui comme chef — toutes choses dans l’univers de bénédiction.
Le v. 11 fait suite directement au v. 8. Les quatre grands dons sont spécifiés. Les apôtres sont les hommes envoyés pour établir l’église, et par qui, pour l’essentiel, les Écritures inspirées sont arrivées jusqu’à nous. Les prophètes sont des hommes suscités pour parler de la part de Dieu, transmettant Ses pensées — qu’ils le fassent par inspiration comme dans les premiers jours de l’église, ou non. Les évangélistes sont ceux qui diffusent dans le monde le grand message qui, une fois reçu, sert à sauver les hommes de la puissance de l’ennemi. Les pasteurs et docteurs (enseignants) sont ceux qui sont qualifiés pour instruire les croyants dans la vérité révélée, et à l’appliquer à leur état actuel, en sorte qu’ils soient nourris et maintenus en croissance et en santé spirituelle.
Le mot « pasteur » signifie simplement « berger », et les mots « pasteurs et docteurs » ne désignent pas deux dons, mais un seul. Que ceci soit pris à cœur par quiconque est doué dans ce sens. Personne ne peut bien agir comme pasteur sans faire un peu d’enseignement, mais il est possible pour un homme très doué de se concentrer sur l’enseignement au point de ne jamais se soucier d’agir en berger ; en pratique ceci se révèle très dommageable tant pour lui que pour ses auditeurs.
Les buts en vue desquels sont donnés les dons sont indiqués aux v. 12 à 15. Il faut que les saints soient perfectionnés, et qualifiés chacun pour prendre la place qui leur revient dans le corps de Christ. Le travail de ministre [celui qui exerce un don] doit se poursuivre, et ainsi le corps doit être édifié. Tout ceci doit continuer jusqu’à ce que le propos de Dieu quant au corps soit amené à l’achèvement. En attendant, les dons demeurent. Rappelons-nous que, dans ce passage, les dons ne sont pas exactement des pouvoirs conférés, mais plutôt les hommes qui possèdent ces pouvoirs et qui sont conférés comme dons à l’église. Les apôtres et les prophètes inspirés subsistent dans les Écritures qui nous sont parvenues par leur plume. Les prophètes non inspirés, en même temps que les évangélistes et pasteurs et docteurs, se trouvent encore dans l’église aujourd’hui.
Le but final en vue dans l’octroi de ces dons, est indiqué au v. 13. Il faut que nous arrivions à l’état « d’homme fait », et cela selon la mesure de ce qui est le propos de Dieu pour nous. Comme corps de Christ, nous avons à être Sa plénitude (voir 1:23), et il faut que nous arrivions à la mesure de la stature de cette plénitude. Nous y arriverons en étant un — cette unité qui découle de la foi pleinement saisie et du Fils de Dieu réellement connu.
Le but de Dieu en rapport avec les dons est à nouveau placé devant nous aux v. 14 et 15, mais cette fois on a le but immédiat, non pas le but final. C’est pour que nous soyons caractérisés par la croissance spirituelle, en sorte qu’au lieu d’être ballottés ça et là comme un bateau sans ancre, à la merci de faux docteurs, nous puissions tenir ferme la vérité dans l’amour, et que nous croissions de plus en plus en conformité avec Celui qui est