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SECONDE ÉPÎTRE AUX CORINTHIENS

 

F.B.Hole

ME 2004 page 116 à ME 2005 page 119

1     Introduction

2     Chapitre 1

3     Chapitre 2

4     Chapitre 3

5     Chapitre 4

6     Chapitre 5

7     Chapitre 6

8     Chapitre 7

9     Chapitre 8

10      Chapitre 9

11      Chapitre 10

12      Chapitre 11

13      Chapitre 12

14      Chapitre 13

 

 

 

1                    Introduction

La seconde épître aux Corinthiens a manifestement été rédigée peu après la première. Dans le dernier chapitre de cette première épître, Paul indique qu’il écrit d’Éphèse, où une porte grande et efficace lui était ouverte par le Seigneur, et où il y avait beaucoup d’adversaires (v. 8, 9). Dans le premier chapitre de la seconde, il fait allusion à la grande émeute qui avait eu lieu dans le théâtre d’Éphèse et qui avait mis fin à un service de plus de deux ans dans cette grande ville (v. 8 ; cf. Act. 19:23 et suiv.). Plus loin dans l’épître, il mentionne certains de ses déplacements qui ont suivi ces événements. Nous allons commencer par considérer ces mentions, car elles éclairent certaines remarques de l’apôtre.

Avant l’émeute, l’intention de l’apôtre était de traverser la Macédoine et 1’Achaïe, d’aller à Jérusalem, et ensuite de se rendre à Rome. C’est ce que dit expressément Actes 19:21. En 1 Corinthiens 16:5, ainsi que dans les versets 15 et 16 de notre chapitre, nous trouvons une confirmation de la première partie de ce plan. Cependant, les projets de l’apôtre avaient dû être modifiés. Tout d’abord, l’émeute avait précipité son départ pour la Macédoine. Il s’était rendu jusqu’en Troade, où le Seigneur avait de nouveau ouvert une porte devant lui (2:12, 13). Il restait pourtant trop préoccupé par les Corinthiens et par l’effet qu’aurait pu produire sur eux la première épître ; ainsi, au lieu d’aller en Macédoine en passant par chez eux (1:16), il y était allé directement. Arrivé là, il avait trouvé des circonstances encore plus éprouvantes (7:5), mais il allait bientôt être réjoui par les bonnes nouvelles de Tite au sujet des Corinthiens. Ces nouvelles lui ont apporté un immense soulagement. Ce sont elles qui sont à l’origine de la seconde épître, que nous allons maintenant considérer.

2                    Chapitre 1

Durant le séjour de Paul à Éphèse, Timothée avait été envoyé à l’avance en Macédoine (Act. 19:22), d’où probablement l’omission de son nom au début de la première épître. Lors de la rédaction de la seconde épître, Paul et Timothée étaient ensemble en Macédoine, d’où la mention explicite du nom de ce dernier.

Tout de suite après la salutation d’introduction, l’apôtre laisse déborder la reconnaissance, la consolation et l’encouragement qui remplissaient son cœur. Il en fait remonter toute la gloire au « Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation ». La consolation avait été versée dans son cœur, et il la rendait à Dieu sous forme de bénédiction et d’actions de grâces.

Mais, plus que cela, elle se déversait aussi au-dehors en faveur de ceux qui en avaient besoin. Ayant traversé de douloureuses tribulations et y ayant goûté d’abondantes consolations de la part de Dieu, l’apôtre était capable de réconforter à son tour ceux qui traversaient des souffrances semblables. Sans aucun doute, nous avons ici un principe divin important. Quel que soit le privilège spirituel que nous recevions de Dieu, que ce soit sous forme de consolation, de joie, d’avertissement, d’instruction ou d’autre chose, nous n’avons pas à le considérer comme s’il n’était que pour nous, mais comme une chose qui nous est donnée pour la partager avec autrui. Ne perdons jamais de vue l’unité des saints de Dieu. En fait, nous ne possédons jamais réellement les choses dans leur plénitude jusqu’à ce que nous les ayons communiquées à d’autres. Un poète chrétien a dit : Si nous voulons garder les bénédictions d’en haut, nous devons les partager. Si nous cessons de donner, nous cessons de posséder. Telle est la loi de l’amour.

C’est profondément vrai. Si nous ne faisons pas usage de ce que nous possédons, nous finissons par le perdre. Le Seigneur fait souvent passer ses serviteurs par des circonstances éprouvantes, afin qu’ils puissent apprendre les leçons nécessaires et recevoir la grâce dont ils ont besoin. Ayant été fortifiés par ces expériences, ils pourront être plus utiles en aidant les autres.

Un autre principe important est mis en lumière au verset 5. Dieu adapte et proportionne la consolation aux souffrances. Quand les souffrances sont légères, la consolation l’est aussi. Quand les souffrances abondent, la consolation abonde aussi. Les souffrances dont il est question ici, remarquons-le, sont appelées celles « du Christ ». Elles ne sont pas seulement endurées pour son nom, mais elles portent le même caractère que celles qu’il a endurées à cause de son identification absolue avec Dieu et ses intérêts. De telles souffrances — les souffrances du Christ dans les siens — sont toujours suivies ou accompagnées de la consolation, par l’opération de Christ lui-même.

Dans les versets 3 à 7, les mots consolation ou consoler ne figurent pas moins de dix fois. Il s’agit de réconfort ou de soutien, et l’on pourrait aussi bien utiliser les termes encouragement ou encourager. Le Seigneur utilise un mot de la même famille lorsque, faisant allusion au Saint Esprit, il parle du Consolateur (Jean 14-16). Dans les mêmes versets 3 à 7 de notre chapitre, l’affliction et les souffrances ne sont mentionnées que sept fois, si bien qu’ici aussi l’encouragement surabonde par rapport aux souffrances. Sans aucun doute c’est ici que se trouve la source de la force surnaturelle des martyrs. Appelés de Dieu à connaître des souffrances hors du commun, ils étaient portés à travers elles par une puissance d’encouragement hors du commun. Ils ont fait l’expérience que le réconfort et le soutien ont abondé.

De nos jours, dans les pays d’Europe, il n’y a que très peu de persécution de la part du monde contre les chrétiens. Durant les deux derniers siècles, la tranquillité et la tolérance ont régné à l’extérieur, alors que l’éclatement et le laxisme doctrinal se sont développés à l’intérieur. Les souffrances qui atteignent les croyants sont souvent du genre de celles qui sont mentionnées dans la première épître : « plusieurs sont faibles et malades parmi vous », ou alors ce sont des afflictions en relation avec des épreuves. Nous connaissons très peu les souffrances dont Paul parle dans ces versets. La consolation correspondante est aussi très peu connue. On voit rarement un croyant débordant de joie lorsqu’il est l’objet d’une persécution sévère. Nous le disons à notre honte, et c’est une perte pour nous.

Dans les versets 6 et 7, l’apôtre identifie les Corinthiens avec lui d’une façon très belle. Bien que charnels et faibles à bien des égards, ils avaient part à des souffrances semblables à celles de l’apôtre, et ce seul fait pouvait déjà leur apporter quelque encouragement. En outre, le moment venu, ils auraient certainement part à la consolation.

Ceci amène Paul à évoquer la tribulation particulière qu’il avait endurée à Éphèse, la capitale de l’Asie mineure (v. 8). En Actes 19, il est question d’un « grand trouble », mais ce que Paul dit ici nous apprend que la situation était encore plus critique et dangereuse que nous ne pourrions le déduire du récit de Luc. L’apôtre s’est réellement trouvé en face de la mort. Plus loin dans l’épître, il raconte ses expériences de serviteur du Seigneur ayant été « dans les morts souvent ». Cette circonstance en est un exemple.

La populace déchaînée d’Éphèse avait placé sur lui la sentence de mort, et avait fait tout ce qu’elle pouvait pour l’exécuter. L’apôtre abordait cette situation en réalisant que la sentence de mort se trouvait en lui-même. Par cela, toute confiance en lui-même, ou en quelque puissance se trouvant en lui, était anéantie. Il était entièrement rejeté sur Dieu et sur sa puissance. Le Dieu en qui il se confiait était celui qui ressuscite les morts et qui par conséquent annulerait tout ce que la foule pourrait faire, même s’il lui était permis de commettre le pire.

Cependant, Dieu était intervenu et avait retenu la foule. Paul et ses compagnons avaient été délivrés ce jour-là, et continuaient à faire l’expérience de cette délivrance. L’apôtre n’envisageait pas que le danger disparaisse. Au contraire, il savait qu’il continuerait à l’affronter tout au long de sa carrière. Ainsi il s’attendait à être délivré encore, et à ce que les Corinthiens aient le privilège d’y contribuer par leurs prières. Alors les réponses de grâce de Dieu multiplieraient les effusions de reconnaissance. Tous ceux qui se seraient joints dans les supplications se joindraient dans les actions de grâces (v. 11).

Ce qui donnait à Paul une telle assurance en demandant aux Corinthiens de prier pour lui, c’est qu’il avait une bonne conscience quant à toute sa conduite. Il avait été marqué par la simplicité et la sincérité qui vient de Dieu, toute sagesse charnelle étant exclue. Cela était vrai quant à son comportement général dans le monde, mais surtout quant à sa manière d’être parmi les croyants. Il savait qu’en se glorifiant ainsi, il ne faisait que dire ce que les Corinthiens eux-mêmes reconnaissaient très bien. Il y avait eu parmi eux des personnes qui avaient cherché à le diffamer et à créer des préjugés contre lui. Mais les effets s’en étaient déjà partiellement estompés, car il peut dire au verset 14 : « Vous nous avez reconnus en partie ». Ils avaient reconnu en partie qu’il était leur sujet de gloire, comme ils étaient aussi le sien, dans la journée du Seigneur Jésus. Il y avait donc entre eux un heureux accord, dans une bonne mesure au moins.

C’est de cette façon délicate que l’apôtre indique la grande amélioration qui s’était produite dans les sentiments des Corinthiens à son égard, à la suite de l’envoi de sa première épître. Prenons à cœur le fait qu’il fondait sa demande de prière sur la simplicité et la sincérité de sa vie de foi. Nous entendons assez souvent des chrétiens demander aux uns et aux autres de prier pour eux. Et quelquefois, nous demandons que l’on prie pour nous. Mais pouvons-nous toujours le faire sur la même base que l’apôtre ? Si ce n’est pas le cas, ce pourrait être la cause de beaucoup de prières et d’intercessions non exaucées. Souvenons-nous que nos vies et tous les motifs secrets qui les gouvernent sont totalement transparents aux yeux de Dieu.

Même auparavant, lorsqu’il écrivait aux Corinthiens sa première épître, Paul était confiant que leurs relations réciproques resteraient heureuses, bien qu’elles aient été passagèrement mises en danger. C’est à cause de cela qu’il s’était proposé de leur rendre visite d’abord (v. 15), même avant d’entreprendre son voyage pour la Macédoine. Mais il devait en être autrement, et la visite projetée n’avait pas pu se réaliser. Arrêtons-nous ici un instant. Même un apôtre pouvait voir ses plans dérangés et renversés, et Dieu l’a conduit à enregistrer ce fait pour nous dans l’Écriture. Ce changement — comme nous le verrons bientôt — bien qu’il n’ait pas été strictement ordonné de Dieu, accomplissait en fait les plans divins en vue d’une bénédiction finale. Un croyant peut être conduit de plusieurs façons ; et même s’il lui arrive de ne pas discerner une direction claire de Dieu, il peut voir ses erreurs tourner en bénédiction. Notre affaire est de maintenir avec soin cette simplicité et cette sincérité dont parle le verset 12.

À Corinthe, les opposants s’étaient même emparés de ce changement de projet pour fonder leurs attaques. Selon eux, cela montrait que Paul était un homme léger et superficiel dans ses intentions, de caractère peu profond, disant une chose un jour et le contraire le lendemain. L’apôtre en était bien conscient, et c’est pour cela qu’il pose la question du verset 17. Était-il un homme ballotté par des impulsions charnelles, changeant facilement de cap, disant oui un jour et non le lendemain ?

Pour répondre à cette question, il en appelle à sa prédication lors de sa première visite parmi eux, avec Sylvain et Timothée. Il n’y avait rien eu de vague ou de contradictoire. Quand il dit : « Notre parole que nous vous avons adressée, n’est pas oui et non » (v. 18), il fait sans doute allusion à sa façon de prêcher. Et dans le verset suivant, il mentionne le grand thème de sa prédication : Jésus Christ, le Fils de Dieu. En lui tout est fermement établi par Dieu ; en lui est la stabilité éternelle.

Ayant un tel sujet, la prédication de Paul était caractérisée par une clarté et une certitude absolues. Ces mêmes traits devraient être le propre de toute prédication de la Parole aujourd’hui. Les prédicateurs modernistes (*) ne peuvent, par la force des choses, que prêcher des idées qui changent continuellement, parce qu’elles sont basées sur les dernières avancées de la science spéculative. Leurs propos sont essentiellement caractérisés par « oui et non ». Et leurs déclarations péremptoires d’aujourd’hui seront contredites avant beaucoup d’années, de même que leurs déclarations d’il y a peu d’années sont remises en question aujourd’hui. Ne nous laissons pas ébranler par ces intellectuels. Ils passeront bientôt, tout comme leurs déclarations hésitantes. Un Christ immuable doit être prêché d’une façon immuable.

 

(*) Modernisme : mouvement chrétien préconisant une nouvelle interprétation des croyances et des doctrines traditionnelles en accord avec l’exégèse moderne.

 

Il y a un grand contraste entre le « oui et non » du verset 19, et « le oui et... l’amen » du verset suivant. La première expression concerne ce qui est vacillant et contradictoire, tandis que la seconde se rapporte à ce qui est clairement affirmé, et sera confirmé dans les faits au temps opportun.

L’homme est instable ; avec lui, c’est souvent le oui dans une occasion et le non dans une autre. De plus, il a un esprit de contradiction à l’égard de Dieu et de sa volonté. De son côté c’est encore et toujours la faillite, et par conséquent il ruine tout ce que Dieu désire pour lui. Sa réponse à la volonté de Dieu est invariablement « non ». Or on trouve tout le contraire en Christ, car « il y a oui en lui ». Il a répondu « oui » à tous les desseins de Dieu et à tous ses désirs.

Et ce n’est pas seulement le oui mais aussi l’amen que l’on trouve en lui. Il n’est pas seulement en plein accord avec toute la volonté de Dieu exprimée dans ses promesses, mais il opère en vue de tout accomplir et de tout amener dans un état final de plénitude et de perfection. En lui tout se réalise et se réalisera jusqu’à ce qu’un grand amen puisse être prononcé sur tout ce qui est selon le plaisir de Dieu. Ainsi, Dieu est pleinement glorifié. De plus, il s’est acquis un peuple de rachetés qui sont ses serviteurs pour accomplir la volonté de Dieu ; c’est pour cela que les mots « par nous » peuvent être ajoutés à la fin du verset 20. Quelle stabilité et quelle sécurité glorieuses nous trouvons ici ! Quelle confiance, quel calme peut remplir le cœur de celui qui se repose en Christ !

Le Fils de Dieu que Paul avait prêché parmi les Corinthiens portait ce magnifique caractère, d’où la solidité et la certitude de sa prédication. D’où aussi la stabilité qui caractérisait Paul lui-même, et qui est véritablement le caractère de tout vrai chrétien. Nous avons été liés à Christ, et c’est Dieu qui a fait cela (v. 21). Ce que l’homme fait, il se peut fort bien qu’il le défasse un peu plus tard. Mais ce que Dieu fait, il le fait pour toujours.

Ainsi donc, par un acte de Dieu, nous sommes fermement liés à Christ, celui en qui tout le conseil de Dieu est établi. Saisissons-en bien la portée, car cela nous transporte à un niveau infiniment plus élevé que celui de l’homme. C’est aussi par un acte de Dieu que nous avons reçu l’onction de l’Esprit.

Il faut nous souvenir que « Christ » signifie « Celui qui est oint ». Le verset 21 nous montre donc que nous sommes oints en tant que ceux qui sont liés à l’Oint de Dieu. L’onction nous atteint parce que nous sommes liés à lui. Lors de l’onction d’Aaron, « l’huile précieuse » répandue sur sa tête « descendait sur le bord de ses vêtements » (Ps. 133:2). Il s’agit d’un type ou d’une allégorie : par l’onction de l’Esprit, la grâce et la puissance de notre Chef exalté dans les cieux ont été répandues sur nous qui sommes ses membres. C’est ainsi, et seulement ainsi, que les promesses de Dieu peuvent se réaliser à la gloire de Dieu « par nous ». C’est Christ lui-même qui amènera le plein accomplissement des promesses de Dieu dans le jour à venir, mais il le fera par nous. Il en accomplira tout le détail au travers de ses saints, qui sont ses membres oints. Si nos cœurs saisissent vraiment cela, combien nous serons élevés au-dessus de ce présent siècle mauvais !

Mais l’Esprit de Dieu n’est pas seulement l’onction : il est aussi le sceau et les arrhes. Comme l’onction, c’est lui qui nous lie à Christ. Comme le sceau, il est sur nous la marque de ceux qui appartiennent entièrement à Dieu. Nous sommes la possession divine et marqués comme tels, un peu comme l’éleveur qui met d’emblée sa marque sur les moutons qu’il achète afin qu’on puisse les reconnaître comme étant les siens. En Apocalypse 13, on voit comment les deux « bêtes » à venir feront qu’on donne à tous une marque (v. 16). Ceux qui l’auront reçue auront affaire au courroux de Dieu, comme on le voit dans le chapitre suivant. Le chapitre 7 du même livre nous révèle aussi que Dieu aura anticipé l’action inique des bêtes en mettant « le sceau du Dieu vivant » sur les siens (v. 2).

« Dieu... aussi nous a scellés », et nous pouvons bien nous réjouir de ce fait magnifique. Mais réalisons-nous toujours ce que cela implique ? Si la marque qui a été mise sur nous est celle de Dieu, nous ne pouvons pas en porter une seconde. Notre Dieu est un Dieu jaloux. La marque qui est sur nous est exclusive. Si nous essayons de porter aussi la marque du monde — pour ne pas parler de celle du diable — nous le provoquerons à jalousie, et nous attirerons sur nous-mêmes discipline et tristesse. Jeunes chrétiens, prenez-y bien garde, car le monde cherche toujours à mettre sa marque impie sur vous, comme si vous lui apparteniez. Or vous ne lui appartenez pas, vous appartenez à Dieu. Gardez-vous soigneusement de porter les marques et les signes distinctifs que le monde désire vous donner.

Le Saint Esprit est aussi « les arrhes » dans nos cœurs. Si, dans l’onction, nous le voyons en relation avec Christ et, dans le sceau, plutôt en relation avec Dieu le Père, les arrhes indiquent ce qu’il est lui-même. Bientôt, quand les promesses de Dieu s’accompliront, nous serons portés par le flot puissant de l’énergie de l’Esprit de Dieu. Mais aujourd’hui, il est les arrhes dans nos cœurs de ce qu’il sera alors. Remarquez : « dans nos cœurs », pas simplement dans nos corps ou dans nos esprits. Nos corps sont en vérité son temple. Nos esprits peuvent être heureusement inondés de sa lumière. Mais nous avons les arrhes dans les affections les plus profondes de nos cœurs, le gage et l’avant-goût de la gloire à venir. Par le Saint Esprit qui nous a été donné, nous pouvons saisir à l’avance quelque chose de la plénitude des richesses que nous posséderons quand les promesses de Dieu trouveront leur plein accomplissement, pour sa gloire et en notre faveur.

Les versets 20-22 nous ont amenés à des sommets de bénédiction magnifiques. Or l’origine de ce développement, c’est une circonstance apparemment peu importante : l’apôtre s’est trouvé contraint de montrer qu’il n’était pas un homme léger, promettant des choses qu’il n’avait pas vraiment l’intention de réaliser. Cependant, il ne se contente pas de se défendre, il profite de l’occasion pour apporter quelque chose d’utile.

Ayant fait cela, l’apôtre retourne au sujet qui le concerne plus personnellement (v. 23). Il y avait une autre chose qui avait sans aucun doute pesé dans sa décision, et qui l’avait momentanément retenu d’effectuer une nouvelle visite à Corinthe. Il ne désirait pas se trouver parmi eux en étant dans l’obligation d’agir avec sévérité à cause du péché et des graves désordres qui se trouvaient encore au milieu d’eux. C’est pour cette raison qu’il avait attendu jusqu’à ce que lui parviennent des nouvelles des effets de la première lettre qu’il leur avait écrite. Il espérait une amélioration. Il ne voulait pas dominer sur leur foi ; il ne faisait que les aider à être délivrés, travaillant ainsi en vue de leur joie.

Le chapitre se termine par les mots : « c’est par la foi que vous êtes debout ». Il y a là un fait que nous devrions vraiment prendre à cœur. Si, en une chose ou une autre, l’apôtre avait exercé une domination sur la foi des Corinthiens, leur foi à cet égard aurait cessé d’exister. Il leur aurait simplement ordonné de faire certaines choses — sans aucun doute des choses tout à fait justes — et ils les auraient exécutées, non comme résultat de l’activité de leur foi, mais d’une façon mécanique. La foi aurait manqué ; il y aurait eu seulement une sorte de coquille extérieure. Et puis un jour, ils auraient scandalisé tout le monde par un effondrement complet ; tout comme une cabane dans les tropiques qui s’effondre soudain, lorsque les termites ont rongé l’intérieur des piliers qui la supportent.

Il y a des chrétiens qui aimeraient beaucoup vivre leur vie par la foi de quelqu’un d’autre. Ils aimeraient qu’on leur dise ce qu’ils doivent faire. Que quelqu’un d’autre porte leurs exercices, résolve leurs problèmes, et décrète ce qu’il est juste de faire ! Ils seront bien obéissants et feront ce qu’on leur dira. Mais cela conduit à des résultats désastreux. C’est par la foi que nous sommes debout — non par la foi de quelqu’un d’autre. Par la foi de quelqu’un d’autre, nous tombons. Et puis, pour cet autre, c’est une très mauvaise chose. Les personnes énergiques auxquelles on tend ce piège se mettent à aimer dominer sur la foi de leurs frères, et finissent par devenir de petits papes. Leur fin ne peut qu’être désastreuse.

 

3                    Chapitre 2

L’apôtre avait décidé de reporter sa visite à plus tard, quand des circonstances plus heureuses le permettraient. Alors qu’il rédigeait cette seconde lettre aux Corinthiens, les sujets d’inquiétude s’estompaient et une amélioration de la situation était en vue. La première lettre les avait attristés — c’était bien l’effet qu’il avait escompté — et maintenant leur tristesse le réjouissait (v. 2). Cette missive leur avait été envoyée dans le but de rétablir la confiance entre eux et de leur permettre de se réjouir ensemble le jour où il se retrouverait au milieu d’eux.

Dans le verset 4, nous avons une indication très touchante et fort utile quant à la manière et à l’esprit dans lesquels Paul écrivait ses lettres. En lisant la première épître, on constate un style vigoureux et incisif, dont le but délibéré est d’amener les Corinthiens à réfléchir sérieusement et à s’humilier. Cependant nous saurions difficilement qu’il l’a écrite « dans une grande affliction et avec serrement de cœur, avec beaucoup de larmes », s’il ne nous le disait pas ici. Mais il en était bien ainsi. Si insensés et charnels que ces croyants aient été, l’apôtre avait pour eux une tendre affection. C’est ainsi que la Parole inspirée de Dieu leur parvenait par le canal humain d’un cœur affligé et plein d’amour — et cela était bien propre à avoir sur eux un puissant effet. Que Dieu nous accorde d’apprendre quelque chose par l’exemple de Paul, par sa manière de faire ! Notre service serait plus efficace.

Quelle montagne de controverses n’y a-t-il pas eu dans l’histoire de l’Église ! À combien de polémiques s’est-on livré ! Et pour bien peu de résultats ! Il est permis de penser que s’il n’avait été écrit qu’un dixième de cela, mais par des hommes de Dieu ayant réellement « une grande affliction », éprouvant « un serrement de cœur » et versant « beaucoup de larmes » à cause de ce qui rendait ces écrits nécessaires, un résultat dix fois plus grand aurait été produit, pour la gloire de Dieu.

En fin de compte, l’amour est le fondement absolu de tout. Le moyen divin de bénédiction, ce n’est pas l’intelligence, l’habileté, les sarcasmes ou la colère, c’est l’amour.

Cela pouvait paraître dur de la part de Paul d’appeler « méchant » l’homme qui était tombé dans un mal grave à Corinthe, et de donner des instructions pour qu’il soit ôté du milieu de l’assemblée. Mais tandis qu’il écrivait ces mots, son cœur aimant le menait aux larmes. Les paroles et les larmes de Paul avaient eu tout leur effet, et comme l’indique le verset 6, la punition avait été infligée, non par Paul seulement, ou par quelques-unes des personnes les plus spirituelles de Corinthe, mais par « le grand nombre », c’est-à-dire l’ensemble des croyants. C’est ainsi que cet homme a été amené à réaliser qu’ils avaient tous en abomination son péché et qu’ils s’en désolidarisaient. Sa conscience a été touchée, et il a été amené à la repentance.

Ceci est évidemment le but que tout acte de discipline cherche à atteindre. La discipline exercée envers des croyants qui se sont égarés n’est pas simplement une punition, mais elle a lieu pour qu’ils soient amenés à la repentance, et qu’ainsi ils soient restaurés quant à leur âme et quant à leur position de communion au milieu du peuple de Dieu. C’est cette fin heureuse qui avait été atteinte avec l’homme de Corinthe qui avait dû être exclu.

Hélas ! ce n’est pas toujours le cas aujourd’hui ! Il arrive que la mise à l’écart soit faite avec dureté et dans un esprit de jugement. Le serrement de cœur et les larmes sont absents, et cela conduit celui qui a péché à voir le traitement dur qui lui est infligé par ses frères plus que ses propres manquements. Et ainsi le moment de sa repentance est retardé, à son détriment et à celui de ses frères.

Les mesures prises à Corinthe avaient été telles que l’homme avait été amené à une grande affliction et à un réel brisement de cœur. Le danger était maintenant que, dans son zèle contre le péché, l’assemblée ne tienne pas compte de sa tristesse, et ne lui pardonne pas administrativement en lui redonnant sa place au milieu d’elle. C’est pour cela que Paul doit les presser de le faire, et de ratifier ainsi leur amour envers lui. Sinon, cet homme aurait pu être accablé par une tristesse excessive. La tristesse à cause du péché est une bonne chose, mais il arrive un moment où elle peut devenir excessive et faire du mal. Il y a un moment où la tristesse doit cesser et la joie du pardon être goûtée. C’est la joie du Seigneur qui est notre force, et non la tristesse à cause du péché.

Le verset 10 montre que si l’assemblée à Corinthe accordait son pardon à l’homme, alors Paul lui pardonnait aussi. De même, si Paul pardonnait à quelqu’un en raison de son autorité apostolique, il le faisait à cause d’eux et en agissant de la part de Christ. Le pardon que mentionne ce verset peut être appelé le pardon administratif. C’est celui dont parle le Seigneur dans des passages tels que Matthieu 16:19, où il a le caractère de pardon apostolique, Matthieu 18:18, où il est délégué à l’assemblée, et Jean 20:23, où il est confirmé à la compagnie des apôtres par le Seigneur ressuscité. En 1 Corinthiens 5, nous avons un cas où le pouvoir de « lier » ou de « retenir » est exercé. Dans notre chapitre nous avons un exemple de ce que signifie « délier » ou « remettre ».

Paul n’écrivait donc pas simplement pour le bien du frère attristé, mais pour le bien de tous, de crainte que Satan ne prenne occasion de cela pour leur faire du tort à tous. Remarquez bien ceci ! Le diable lui-même aime parfois voir les croyants commettre des excès de justice, si c’est au détriment de « la douceur et la débonnaireté du Christ ». Et l’apôtre ajoute : « car nous n’ignorons pas ses desseins ». Hélas, souvent nous ne pourrions pas dire ceci en vérité ! Nous ignorons les desseins de Satan et, malgré nos bonnes intentions, nous tombons dans les pièges qu’il nous tend.

De quelle sagesse nous avons besoin pour garder un sain équilibre, dans la pratique, entre les exigences de la justice et celles de l’amour ! Souvenons-nous que toute discipline est appliquée en justice, que ce soit par Dieu lui-même ou par les hommes, afin qu’il puisse y avoir repentance. Et quand cette repentance est produite, les droits de l’amour doivent être reconnus. Ne continuons pas à frapper en discipline une âme repentante ; autrement, nous nous exposons nous-mêmes à la discipline de Dieu.

Une caractéristique remarquable de cette épître est la manière selon laquelle les détails historiques des déplacements et des expériences de Paul constituent une sorte de trame de fond. Sur celle-ci se place le développement de beaucoup de vérités importantes, introduites plutôt sous forme de digressions, souvent longues. L’épître a débuté en nous montrant les souffrances de l’apôtre lors des troubles survenus en Asie et les changements de plans dont ils ont été la cause. C’est cela qui a conduit à la digression importante des versets 19 à 22 du chapitre 1. Ensuite Paul reprend le fil de ses voyages ultérieurs pour s’arrêter de nouveau, au chapitre 2, sur le pardon à accorder au pécheur repentant.

Au verset 12, il revient à ses déplacements. Cette courte visite en Troade est à distinguer de celle qui est rapportée en Actes 20 (v. 6). Elle se situe apparemment entre son départ d’Éphèse et son arrivée en Macédoine indiqués au début de ce chapitre. Malgré la porte ouverte que le Seigneur avait placée devant lui, il était incapable d’en tirer parti, si grande était son anxiété dans l’attente de nouvelles des Corinthiens. Dans ce cas, sa sollicitude de pasteur prévalait sur sa ferveur d’évangéliste. Si le serviteur n’est pas tranquille dans son esprit, il ne peut pas efficacement servir le Seigneur.

L’apôtre était bien conscient qu’il y avait là une faiblesse de sa part. Pourtant, en regardant en arrière, il était tout aussi conscient que Dieu avait fait tourner les choses à la gloire de Christ ; et ceci l’amenait à éclater en actions de grâces à Dieu. Cela le conduit une fois de plus à s’éloigner de la description de ses expériences, pour ne plus y revenir avant le verset 5 du chapitre 7. La longue digression qui commence ici au verset 14 contient les enseignements principaux de l’épître.

Pour ce qui concernait son service, une chose était sûre : il manifestait Christ, réellement et en vérité. Nombreux étaient ceux qui se permettaient de manipuler la parole de Dieu pour servir leurs propres intérêts. Lui, par contre, parlait en toute sincérité comme de la part de Dieu, comme étant sous les yeux de Dieu et comme représentant Christ. De plus, Christ était son grand thème. C’est pourquoi Dieu le menait « toujours en triomphe dans le Christ ».

Le langage utilisé par l’apôtre semble se référer à la coutume qui consistait à célébrer le triomphe d’un général victorieux dans l’ambiance de parfums que l’on brûlait, et où certains des prisonniers étaient voués à la mort, d’autres à la vie. Le triomphe était celui de Christ, mais Paul y avait sa part en répandant la bonne odeur de Christ où qu’il aille — une odeur infiniment agréable à Dieu. Il en était ainsi qu’il soit en Troade ou en Macédoine.

Il prêchait un Christ mort et ressuscité. Les hommes pouvaient croire en lui et être sauvés, ou ne pas croire et périr. S’ils ne croyaient pas, alors le message de la mort de Christ signifiait la mort pour eux. Jésus était mort pour les péchés ; s’ils le refusaient, ils mourraient certainement dans leurs péchés. Si d’autres croyaient, alors le message de la vie de Christ ressuscité leur apportait l’odeur de vie. Parce qu’il vivait, ils vivraient aussi.

Combien solennel est l’effet d’une vraie prédication de Christ ! Des destinées éternelles en dépendent. Il en est ainsi, que le message provienne des lèvres de Paul dans le premier siècle, ou des nôtres aujourd’hui. Il n’est pas surprenant que la question soit posée : « Et qui est suffisant pour ces choses ? » (v. 16). Cette question est posée, mais la réponse n’y est pas donnée immédiatement. Elle se trouve cependant au verset 5 du chapitre suivant. Toute chose venant de Dieu, il n’y a aucune capacité si ce n’est celle que Dieu donne. Que tout serviteur de Dieu garde toujours ceci en mémoire ! S’il en était ainsi, quel profond sérieux cela produirait en nous, quelle dépendance de la puissance de Dieu ! Prenons bien garde à ne pas altérer le message divin, à ne pas accomplir notre tâche à notre idée, selon ce que nous estimons être le mieux, mais à servir Dieu conformément à sa Parole.

 

4                    Chapitre 3

Paul vient d’évoquer la manière dont il prêche la Parole, mais cela ne signifie pas qu’il cherche à se recommander lui-même auprès des Corinthiens, ou qu’il ait besoin que d’autres le fassent. En fait, ils étaient eux-mêmes sa « lettre de recommandation », étant manifestement, malgré leurs tristes manquements, le fruit d’un réel travail de Dieu par son moyen. Il parle d’eux comme étant une lettre de deux façons. D’abord, ils étaient écrits dans son propre cœur. S’il parle ainsi, c’est sans doute pour qu’ils se rendent compte à quel point ils étaient gravés dans ses affections. Ils n’avaient qu’une faible idée de l’intensité de son amour pour eux en Christ. Cependant, ils étaient la lettre de Christ d’un point de vue plus objectif, et c’est ce que présente le verset 3.

L’expression « la lettre de Christ » a un sens double. D’une part, ce qui est écrit se résume en un mot : Christ. Et d’autre part, c’est Christ lui-même qui est effectivement le grand Écrivain. Il est vrai qu’il écrit par la main de son serviteur, et c’est pour cela que nous trouvons les mots : « dressée par notre ministère ». Paul n’était que le serviteur, ou le ministre, mais cela était bien suffisant pour le recommander.

Ensuite nous sommes placés devant un double contraste. Cette « lettre de Christ » dressée par le ministère de l’apôtre n’était pas de celles qui s’écrivent avec de l’encre. Elle n’était pas non plus gravée sur des tables de pierre, comme la loi que Dieu avait donnée par le ministère de Moïse, mais « sur les tables de chair du cœur ». C’était une lettre vivante, écrite sur les tables vivantes du cœur, par l’Esprit du Dieu vivant. L’évangile était vraiment pour les Corinthiens « une odeur de vie pour la vie ».

Dans ce verset, le travail de Dieu dans le cœur des Corinthiens est vu comme le fruit de l’opération de Christ aussi bien que celle de l’Esprit du Dieu vivant. Christ et l’Esprit sont très intimement liés, dans tout ce passage remarquable, comme nous allons le voir.

L’œuvre de Christ et de l’Esprit avait été accomplie par Paul, qui en avait été le ministre. Chaque serviteur de Dieu qui prêche l’évangile se trouve dans cette position. Mais Paul occupait cette place d’une façon toute particulière. Quant à lui-même, il n’était pas plus suffisant que nous ne le sommes, mais, de façon très distincte, il avait été rendu propre à être ministre de la nouvelle alliance, dont la base et le fondement sont la mort et la résurrection de Christ. La nouvelle alliance — annoncée prophétiquement par Jérémie —doit bien sûr être établie, dans un temps à venir, en faveur de la maison d’Israël et de Juda. Mais son fondement a déjà été posé, et l’évangile qui est prêché aujourd’hui est déjà d’un nouvel ordre. On y trouve les bénédictions promises dans le cadre de la nouvelle alliance, de même que des bénédictions qui la dépassent de beaucoup.

Dans le verset 6, le caractère vivant du ministère de l’évangile est à nouveau souligné, alors que la loi amène la mort. On y trouve deux fois l’expression « la lettre », et ce terme est repris au verset 7. Il désigne manifestement la loi. La lettre (ou la loi) tue. Son ministère est pour la mort, mais l’Esprit vivifie.

Le point que nous venons de toucher mérite que nous nous y arrêtions un peu. Certains ont pensé pouvoir déduire de ce passage que la lettre de l’Écriture tue. Si on admet cela, on peut se sentir libre de ne pas tenir compte de la lettre de l’Écriture, et mettre en avant ce qu’on veut comme étant son esprit. Ce que l’Écriture dit peut alors être balayé pour être remplacé par ce qu’elle est censée signifier. Et si d’autres passages viennent contredire la signification imaginée, on peut les mettre de côté comme étant aussi la lettre qui tue. Et ainsi, en affirmant que la lettre tue, on tue la lettre. Prenons garde ! Une pareille interprétation de ce verset est bien loin de la vérité.

Nous avons attiré l’attention sur les digressions de cette épître. On peut remarquer maintenant qu’il y a une grande parenthèse, comportant les versets 7 à 16, au milieu de la longue digression qui nous occupe. Le contraste saisissant entre le ministère de la loi et celui de la nouvelle alliance y est développé. Il est aussi clairement établi que la gloire associée à la nouvelle alliance dépasse de beaucoup celle qui caractérise la loi.

D’abord, la loi était un ministère de mort, tandis que l’évangile est un ministère de l’Esprit qui vivifie. Il y avait cependant une gloire en relation avec la loi, une gloire telle que les fils d’Israël ne pouvaient pas la contempler, ni même supporter d’en voir le reflet sur le visage de Moïse. Cette gloire devait prendre fin : elle n’a pas toujours été visible sur la face de Moïse, et les signes de la présence divine ont disparu de la montagne de Sinaï. Comme le dit le verset 7, le système de la loi « a été introduit avec gloire ». Il a été introduit ainsi, mais cela n’a été que pour un temps. Suit alors l’exclamation : « combien plus le ministère de l’Esprit ne subsistera-t-il pas en gloire ! ». La gloire de la loi a été vue au début, mais son éclat s’est bientôt terni alors que la loi se révélait ministère de mort pour tous ceux qui étaient sous son autorité. Par contre, quand le ministère de l’Esprit vivifiant est introduit, il demeure en gloire.

Ensuite, la loi était un ministère de condamnation, tandis que l’évangile est un ministère de justice (v. 9). La loi exigeait une justice de l’homme, et, comme il n’en possédait aucune, elle le condamnait inexorablement. L’évangile apporte la justice et la donne à l’homme moyennant la foi. Il ne fait aucun doute qu’un ministère qui confère la justice, et permet ainsi à l’homme pécheur de se tenir dans la présence de Dieu, surpasse incomparablement en gloire un ministère qui se limite à exiger la justice là où elle n’existe pas, et qui par conséquent ne peut que condamner.

Il y a un autre contraste au verset 11. Le système légal et sa gloire devaient « prendre fin » en Christ, alors que la gloire que celui-ci introduit subsiste. Le Seigneur Jésus a introduit quelque chose qui demeure pour l’éternité et dont la gloire est si élevée qu’elle éclipse toute gloire qui a pu exister autrefois en relation avec la loi (v. 10).

Voici donc le magnifique caractère du ministère confié à l’apôtre Paul, et qui imprègne tout son exposé. Tout ce que le ministère de l’évangile présente n’est pas encore pleinement manifesté, mais le sera en son temps. C’est pourquoi l’apôtre peut parler ici d’une espérance, en fait d’une telle espérance, et en faire part à d’autres en usant « d’une grande liberté ». Il peut en parler sans aucune réserve, tout à fait ouvertement. Il devait y avoir de la réserve en relation avec la loi, car les hommes ne pouvaient pas se tenir dans la présence de sa gloire.

Moïse avait dû mettre un voile sur sa face quand il était descendu de la montagne, afin de cacher la gloire divine de devant les fils d’Israël. La loi, qui devait prendre fin, avait un but qu’ils ne pouvaient voir. Le terme « consommation » évoque ici le propos de Dieu dans la loi, ce propos qui est Christ (cf. Rom. 10:4). La loi offrait à l’homme un chemin plein d’épines, mais elle conduisait à Christ, de même que tout autre chemin disposé par Dieu conduit à Christ. La gloire qui brillait sur la face de Moïse était en réalité un faible reflet de celle de Christ, mais les fils d’Israël ne pouvaient pas la voir. S’ils l’avaient vue, ils se seraient condamnés eux-mêmes et auraient ardemment désiré l’avènement de Christ, le Libérateur.

Cependant, « jusqu’à aujourd’hui », dit l’apôtre, « ce même voile demeure sans être levé » (v. 14). Les Israélites étaient encore, hélas ! aveuglés. Ils se servaient de la loi comme d’une sorte d’objet de prestige leur donnant une place prééminente parmi les nations. Et c’est comme si le voile placé autrefois sur la face de Moïse était maintenant sur leurs esprits et sur leurs cœurs. Il y a sans doute aujourd’hui des Israélites qui sont les objets de l’élection de la grâce, mais de façon générale, ce peuple a toujours un voile sur le cœur lorsqu’il lit l’Ancien Testament.

Mais le jour vient où ce voile sera ôté. Le verset 16 fait allusion à Exode 34:33-35. Moïse voilait sa face quand il parlait avec le peuple, mais quand il se tournait vers l’Éternel et avait affaire avec lui, il ôtait le voile. On a ici une sorte d’allégorie de ce qui va arriver à Israël. Quand finalement ce peuple se tournera vers le Seigneur avec sincérité et repentance, le voile sera ôté de son entendement et la gloire de Christ qu’il a autrefois crucifié brillera sur lui.

Le verset 16 termine la parenthèse ouverte au verset 7. Le verset 17 reprend le fil du verset 6, où il nous est dit que l’Esprit vivifie. Ici nous trouvons le Seigneur et l’Esprit remarquablement identifiés : l’Esprit est l’Esprit du Seigneur, comme aussi il est l’Esprit de Dieu. Nous sommes tellement habitués à distinguer les personnes de la déité, que nous pouvons facilement commettre l’erreur de les séparer les unes des autres. Gardons-nous en, car l’Écriture nous enseigne aussi la vérité de l’unité de la déité. Ne perdons jamais de vue cette unité essentielle.

Le Seigneur est l’Esprit vivifiant de la nouvelle alliance, et « là où est l’Esprit du Seigneur, il y a la liberté ». La vie et la liberté vont de pair, tout comme la loi et l’esclavage. La vie divine ne doit pas être embarrassée par des contraintes légales. Celles-ci sont superflues. Des contraintes légales sont nécessaires et à leur place quand il s’agit de la chair ou du monde. Mais elles ne sont pas efficaces, car la chair et le monde les outrepassent et les transgressent. C’est d’une autre manière que la loi est efficace : elle maudit le transgresseur et amène la mort sur lui. Mais tout change là où l’Esprit a donné la vie. Alors la liberté peut sans danger être accordée, car l’Esprit du Seigneur est là avec sa puissance.

Le verset 18 introduit une troisième chose merveilleuse. En plus de la vie et de la liberté, il y a une transformation. L’expression « à face découverte » est un peu ambiguë et pourrait s’interpréter comme s’appliquant à nous. Il est clair que nous n’avons pas de voile sur nous comme Israël, mais il semble plutôt qu’ici, ce qui n’est pas voilé, c’est la gloire du Seigneur que nous contemplons. Il n’y a pas de voile sur la face de notre Seigneur, comme il y en avait un sur la face de Moïse. De plus, la gloire qui brille en lui n’a pas pour effet de repousser, comme celle qui brillait sur la face de Moïse. Au contraire elle attire ; et plus que cela, elle transforme. Plus Christ glorifié est présent à nos yeux, plus nous devenons comme lui.

Cette transformation est un processus progressif ; elle n’est pas atteinte en une fois. Nous sommes transformés « de gloire en gloire », c’est-à-dire d’un degré de gloire à un autre. C’est une œuvre divine, « comme par le Seigneur en Esprit ». Ici à nouveau, le choix des mots est remarquable. En grec, l’article défini est absent devant Seigneur et Esprit. Les mots nous manquent devant cette expression d’une profondeur insondable. Mais nous pouvons au moins y voir que le Seigneur et l’Esprit travaillent ensemble à cette transformation, le Seigneur étant l’objet placé devant les yeux de la foi, et l’Esprit la puissance qui opère en nous.

Que Dieu nous accorde de garder les yeux fixés sur Christ, en lui étant fidèles comme l’aiguille de la boussole l’est au pôle !

 

5                    Chapitre 4

Le ministère de la nouvelle alliance confié à l’apôtre Paul a été placé devant nous au chapitre précédent. Au début de celui-ci, nos pensées sont dirigées vers ce qui caractérisait Paul comme ministre de cette alliance. Il y a tout d’abord sa persévérance. En lui confiant son ministère, Dieu lui avait accordé aussi la « miséricorde » qui lui était adaptée. Ainsi, quelles que soient l’opposition ou les difficultés, l’apôtre ne se lassait pas. Il en est de même pour nous : le Seigneur ne nous appelle jamais à un service sans nous donner en même temps la miséricorde nécessaire. Le ministère, c’est le service : c’est la tâche qui peut être confiée à chacun de nous, bien que ce terme ait un sens large et recouvre des choses que la plupart d’entre nous peuvent ne pas être appelés à accomplir.

Le deuxième verset met en évidence l’honnêteté et la transparence qui caractérisaient Paul dans son service. Il ne s’abaissait à aucun des artifices habituels de la propagande du monde. Beaucoup de ceux qui se démènent pour convaincre, que ce soit dans le domaine religieux ou politique, utilisent abondamment la ruse et la falsification. La fin justifie les moyens — estiment-ils. Paul était bien conscient qu’il proclamait « la parole de Dieu », et qu’elle ne devait pas être falsifiée, mais énoncée dans toute sa vérité. L’entière probité de l’apôtre dans sa manière de traiter la vérité était ainsi rendue manifeste à toute conscience droite.

Son attitude avait d’ailleurs un autre résultat. Elle rendait claire la situation de ceux qui ne recevaient pas son message. « Si aussi notre évangile est voilé, il est voilé en ceux qui périssent » (v. 3). Comme à la fin du chapitre précédent, il est question de voile. Or il n’y avait pas de voile sur l’évangile ; Paul le présentait dans toute sa pureté et sa clarté. Mais il y avait un voile sur les cœurs et les entendements de ceux qui ne croyaient pas et qui périssaient — un voile jeté sur leurs esprits par le dieu de ce siècle. Si Paul avait prêché la Parole de façon partielle ou trompeuse, le résultat n’aurait pas été aussi clair.

Quel enseignement pour ceux d’entre nous qui prêchons l’évangile ! Sommes-nous pénétrés par la solennelle responsabilité de prêcher la parole de Dieu ? Avons-nous renoncé à toutes les choses « qui se font en secret », qu’il s’agisse de malhonnêteté, d’artifices, de tromperie ou de quelque autre procédé indigne ? Rendons-nous manifeste la vérité, et rien que la vérité ? Voilà des questions de toute importance. Si nous ne sommes pas soigneux à cet égard, l’incrédulité de nos auditeurs pourrait bien être attribuée plus à notre infidélité qu’à leur aveuglement.

Cependant, même quand l’évangile est prêché comme il doit l’être, il y en a qui ne croient pas. La raison en est que le diable a aveuglé leurs yeux. Le soleil dans les cieux n’a pas diminué sa clarté, mais un rideau épais est tiré devant la fenêtre de leur chambre. La lumière de l’évangile de la gloire du Christ resplendit, mais elle ne resplendit pas jusqu’en eux. Le dieu de ce siècle utilisera n’importe quel moyen pour occulter l’évangile — quelquefois des choses matérielles, mais souvent des théories et des enseignements d’hommes. Depuis le milieu du XIXe siècle, l’ennemi a très efficacement aveuglé les foules par la relance d’une spéculation du monde païen avant Christ, la théorie de l’évolution. Là où le rideau de l’évolutionnisme a été bien tiré, la lumière de l’évangile de la gloire du Christ ne pénètre pas. L’âme aveuglée qui cultive les idées misérables de l’homme ne peut pas connaître Christ comme étant « l’image de Dieu », bien que l’on puisse parler du Christ issu de sa propre imagination. Il y a beaucoup de Christ imaginaires, de Christ tels que l’homme voudrait qu’il soit. Il n’y a qu’un seul vrai Christ, « l’image de Dieu », le Christ tel qu’il a été et qu’il est, le Christ de la Bible.

Dans la prédication de l’apôtre, le Christ Jésus était le grand thème, et sa position de Seigneur était mise en relief. Il veillait à ne pas être lui-même en vue, ne voulant être que l’esclave des autres. En prêchant Christ comme Seigneur, il le présentait dans sa gloire actuelle à la droite de Dieu. Ainsi, il pouvait parler de son message comme étant « l’évangile de la gloire du Christ » (v. 4). En Actes 20:24, il l’appelle « l’évangile de la grâce de Dieu ». Il est bien clair qu’il n’y a pas deux évangiles. L’unique évangile de Dieu a aussi bien la grâce de Dieu que la gloire du Christ comme traits essentiels, de sorte que l’un ou l’autre peut être mentionné comme le caractérisant. Ici c’est la gloire du Christ qui est le trait dominant, en contraste avec la gloire passagère de l’ancienne alliance qui avait brillé un jour sur la face de Moïse et dont l’apôtre a parlé au chapitre précédent. Nous pouvons proclamer que la gloire de Dieu resplendit maintenant, et resplendira à toujours, dans la face de Jésus Christ.

Le verset 6 est très frappant. Il fait d’abord clairement allusion à l’action de Dieu lors de la création, puis à son intervention dans la conversion de Paul lui-même, et enfin au ministère auquel celui-ci était appelé. Dieu avait dit : « Que la lumière soit ! » et la lumière avait resplendi du sein des ténèbres. Il s’agissait alors de la création matérielle. Mais maintenant, l’œuvre d’une nouvelle création est en cours et quelque chose de semblable a lieu. La lumière divine

la lumière de la gloire de Dieu dans la face de Christ

reluit dans des cœurs remplis de ténèbres, comme ce fut remarquablement le cas pour Paul sur le chemin de Damas, avec des effets merveilleux. Elle brille au-dedans afin de pouvoir briller au-dehors — « pour faire luire la connaissance de la gloire de Dieu ». C’est ainsi que le croyant devient lumière lui-même. Il se met à luire, comme la lune à la lumière du soleil, sauf bien sûr que la lune est un corps mort dont la surface ne fait que réfléchir la lumière sans qu’elle en soit affectée elle-même.

Ce que nous avons ici explique le caractère admirable du ministère de Paul. Il n’était pas un simple prédicateur, un évangéliste professionnel se déployant dans une abondance de prédications chaque semaine. Il prêchait en effet plus que d’autres, mais sa prédication était le resplendissement de la lumière qui brillait au-dedans de lui, la proclamation de choses qui imprégnaient chaque fibre de son être. Personne ne savait mieux que lui que toute excellence divine brille en Jésus, et que celui-ci demeure dans une lumière bien plus élevée que celle du soleil. Cette lumière, Paul l’avait vue sur la route de Damas. Ce qu’il connaissait était comme un trésor précieux déposé en lui.

Nous n’avons certes pas vu Christ dans sa gloire comme Paul l’a vu, mais nous le voyons là par la foi. Ainsi, nous pouvons aussi parler du trésor que nous possédons. Et comme Paul, nous pouvons dire que « nous avons ce trésor dans des vases de terre ». Il y a ici une allusion à nos corps mortels, car pour ce qui est du corps, « Dieu forma l’homme, poussière du sol » (Gen. 2:7). Dans sa création originelle, le corps humain était parfait, entièrement adapté à son environnement et à sa place dans l’arrangement de la création. Par la chute, le corps a été gâté, et ainsi les vases de terre où se trouve le trésor sont pauvres et faibles. Mais cela ne fait que rendre plus manifeste le fait que la puissance qui y agit est de Dieu et non de l’homme.

Dans ce passage, et jusqu’aux premiers versets du chapitre 5, on trouve plusieurs allusions au corps. Elles envisagent celui-ci de différentes manières. Le verset 10 mentionne clairement : « notre corps », sans utiliser de langage symbolique. Ensuite on trouve : « notre chair mortelle » (v. 11), « notre homme extérieur » (v. 16), « notre maison terrestre qui n’est qu’une tente » (5:1) et « cette tente » (5:2). Le passage complet nous instruit sur la manière d’agir de Dieu avec Paul en ce qui concerne son corps, et il jette une grande lumière sur plus d’un fait de notre propre histoire.

Tout ce que Dieu fait envers nous en ce qui concerne le vase de terre qu’est notre corps a pour objet un resplendissement meilleur et plus adéquat du trésor qu’il y a placé. Il y a une « excellence » de puissance liée à ce trésor, qui était particulièrement manifeste dans le cas de Paul. Par l’effet de celle-ci, il n’était pas seulement soutenu au milieu d’afflictions sans pareilles, mais la vie travaillait en ceux envers lesquels son ministère s’exerçait (v. 12). Comme nous le savons, il y a réellement une excellence de puissance dans la vie naturelle, quelque chose qui nous dépasse entièrement. Des graines peuvent être enterrées sous de lourdes dalles de pierre, et voici qu’un jour de jeunes pousses vertes pleines de vie démontrent une énergie inattendue, suffisante pour soulever la pierre et la déplacer. La vie d’ordre spirituel démontre une puissance encore plus surprenante.

Or cette puissance opérait d’une façon particulièrement remarquable dans un homme d’apparence frêle tel que Paul. S’il avait été envoyé dans le monde pour y exercer son service revêtu d’un splendide corps de gloire, on l’aurait considéré comme une sorte de surhomme, auquel on aurait attribué l’essentiel de la puissance. Mais étant donné ce qu’il était, l’excellence de la puissance qui opérait en lui et à travers lui était évidemment de Dieu.

En ce qui nous concerne, une difficulté réside bien souvent dans notre désir de disposer de la puissance comme si elle était liée à nous-mêmes. Nous ne nous satisfaisons pas d’être des vases de terre remplis d’une puissance qui ne vient manifestement pas de nous. De là vient la très faible puissance, ou même l’absence totale de puissance, qui nous caractérise. Voilà la tendance invétérée de nos pauvres cœurs humains !

Et c’était aussi la tendance du cœur de Paul, un homme qui avait les mêmes passions que nous. Les versets 8 à 11 le montrent très clairement. Il était continuellement en butte à d’immenses difficultés. Mais d’autre part, il était continuellement soutenu et porté à travers elles, de sorte qu’il pouvait être en bénédiction à d’autres par la puissance de Dieu.

En examinant ces versets d’un peu plus près, on voit que ce qu’il devait rencontrer lui arrivait de trois manières. Il y avait d’abord les circonstances adverses, telles qu’elles sont évoquées dans les versets 8 et 9 : tribulation, perplexité, persécution, abattement... Paul avait connu tout cela. Il était un homme, et par conséquent n’était pas au-dessus de ces choses. Il savait ce que c’était que la perplexité et l’abattement, comme chacun de nous.

En deuxième lieu, il y avait l’exercice spirituel et l’expérience exprimés par les mots : « portant toujours partout dans le corps la mort de Jésus » (v. 10). La mort du Seigneur Jésus était gravée de façon constante dans l’esprit de l’apôtre, de sorte que cette pensée l’occupait continuellement. Mais ce qu’il dit ici semble avoir une signification plus profonde : la mort de Jésus mettait son sceau, pour ainsi dire, sur chaque faculté et sur chaque membre de son corps, contrôlant tous ses faits et gestes. Par exemple, elle avait un effet sur sa langue, réprimant toute parole qui en aurait été indigne. Bien sûr, il ne réalisait pas cela en perfection, mais c’est ce qui le caractérisait habituellement, malgré des écarts et des manquements occasionnels.

En troisième lieu, il y avait l’action de Dieu en discipline décrite par l’expression : « nous sommes toujours livrés à la mort pour l’amour de Jésus » (v. 11). Dans ses expériences parmi des hommes violemment opposés à l’évangile, Dieu avait permis que beaucoup de choses lui arrivent dans lesquelles il était comme voué à la mort. C’est ce qui avait eu lieu lors de l’épisode d’Éphèse, qu’il qualifie dans le premier chapitre de « si grande mort ». Ainsi, l’expérience spirituelle intérieure du verset 10 était complétée par des expériences extérieures envoyées par Dieu pour lui fournir une aide supplémentaire dans son service. C’est par ces choses qu’il vivait, et sa lumière n’en était que plus brillante.

Cependant, il y a un autre aspect des choses, c’est celui des résultats. C’est la manière selon laquelle l’excellente grandeur de la puissance de Dieu était manifestée dans et par le moyen de ces épreuves. Malgré les circonstances constamment adverses, l’apôtre n’était « pas réduit à l’étroit », « pas sans ressource », « pas abandonné », « ne périssant pas ». De toute évidence, une puissance travaillait en lui, le soutenait et contrecarrait tout ce qui se liguait contre lui. Il était comme l’un de ces canots de sauvetage qui est toujours maintenu à l’endroit, même lorsque la mer en fureur semble vouloir le retourner, parce qu’il refait surface et se redresse après le passage des lames les plus fracassantes. C’était incontestablement la puissance de la vie divine en Paul qui accomplissait cela.

Qu’il s’agisse de l’action de la foi et de l’amour dans l’expérience de Paul — ce qui le conduisait à porter partout dans son corps la mort de Jésus — ou qu’il s’agisse des actions disciplinaires de Dieu en harmonie avec cette expérience, un même but était atteint. Et c’était un but merveilleux. La vie de Jésus était manifestée dans sa chair mortelle, dans son corps. Au verset 2, se référant à son service, il avait parlé de la manifestation de la vérité. Au verset 6, encore en rapport avec son service, il avait dit que sa mission était de faire luire la connaissance de la gloire de Dieu dans la face de Christ. Ici nous avons quelque chose de plus, car la manifestation de la vie de Jésus n’est pas simplement un service. C’est un caractère du chrétien. Avant sa conversion, Saul de Tarse se manifestait lui-même dans sa chair mortelle — un homme caractérisé par son énergie indomptable et sa propre volonté. Maintenant tout avait changé. La mort de Jésus avait un tel impact sur lui que le personnage Saul était effectivement tenu dans la mort et que la vie de Jésus était manifestée.

Il ne faut rien de moins que cela pour un vrai témoignage chrétien. Derrière toute prédication et tout service se trouve la vie. La gloire de Christ doit être clairement manifestée dans la prédication, mais cette manifestation n’aura son plein effet et sa pleine puissance que si Christ est manifesté dans la vie. Ceci est autant valable pour nous aujourd’hui que pour l’apôtre Paul autrefois. On trouve sans doute ici l’une des raisons principales du peu d’efficacité de tant de prédications d’aujourd’hui, même si l’enseignement lui-même est fondé et correct.

Les versets 10 et 11 nous montrent donc ceci : le résultat de la mort qui travaillait en Paul, c’était que la vie opérait en lui et qu’il vivait la vie de Jésus. Le verset 12 montre encore un autre résultat : la vie opérait aussi en ceux qu’il servait, en particulier les Corinthiens. Quelques années auparavant, la vie avait opéré en vue de leur conversion. Maintenant, l’apôtre était rempli de joie de voir de nouvelles preuves de la vie dans leur repentance sincère quant à leurs égarements, et dans leur affection pour lui malgré la répréhension qu’il leur avait adressée. Finalement, ses yeux se portaient sur le jour de la résurrection, où ils seraient tous ensemble présentés devant Dieu (v. 14).

Les mots : « J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé » sont tirés du psaume 116. En étudiant ce psaume, on verra que les circonstances du psalmiste étaient très semblables à celles de Paul. Il avait été placé en face de la mort, de la détresse et de la défaillance, mais en avait été délivré. Il avait confiance qu’il marcherait « devant l’Éternel dans la terre des vivants », c’est-à-dire que la résurrection était devant ses yeux. Dans cette foi, il pouvait ouvrir sa bouche pour en témoigner. Paul avait « le même esprit de foi ». La résurrection occupait totalement son champ de vision.

En est-il ainsi de nous ? Notre Sauveur « a fait luire la vie et l’incorruptibilité par l’évangile » (cf. 2 Tim. 1:10). Ce que le psalmiste ne connaissait qu’en partie peut être connu maintenant en plénitude. Ce n’est qu’en vivant à la lumière de la résurrection que nous pouvons être satisfaits de porter partout dans nos corps la mort de Jésus. Et c’est seulement si nous le faisons que la vie de Jésus est manifestée dans nos corps et que la vie opère en ceux que nous pouvons servir.

Le ministère de Paul est encore devant nous au verset 15. L’expression « toutes choses » se réfère au trésor qui lui avait été confié, à la grâce qui le portait en triomphe à travers persécutions et discipline, et à la résurrection tout à la fin. Toutes ces choses n’étaient pas pour Paul seulement, mais, à travers lui, elles étaient pour le bien de toute l’église de Dieu. Ainsi les Corinthiens y étaient intéressés, y participaient, et pouvaient joindre leurs actions de grâce à celles de l’apôtre, pour la gloire de Dieu. Nous pouvons aussi le faire, près de vingt siècles plus tard. En effet, quelles immenses bénédictions nous ont été apportées par le moyen de ces épîtres inspirées, alimentées par les expériences personnelles de l’apôtre, et écrites pour nous aussi bien que pour les Corinthiens ! Nous serons aussi présentés avec Paul et les Corinthiens, dans la résurrection.

Il n’y a rien de tel que d’avoir la résurrection devant les yeux ; c’est le meilleur antidote contre les défaillances. Cette espérance glorieuse soutenait l’apôtre et nous soutiendra aussi. On voit par le dernier verset de 1 Corinthiens 15 comment elle est à la base de l’activité dans l’œuvre du Seigneur. Ici nous découvrons combien elle soutient et encourage dans les épreuves les plus intenses, même celles qui pourraient amener le dépérissement de l’homme extérieur jusqu’à la mort.

Et il n’y a pas seulement la résurrection dans le futur ; il y a une œuvre de renouvellement dans le présent. « Notre homme extérieur », c’est le corps matériel dont nous sommes revêtus. « L’homme intérieur » n’est pas matériel, mais spirituel ; c’est cette entité spirituelle que chacun de nous possède (depuis que nous sommes croyants) et qui est devenue l’objet de l’œuvre de Dieu en nouvelle création.

L’homme extérieur est sujet à toute sorte d’accidents et à l’usure. Par la grâce de Dieu, il peut recevoir quelque renouvellement, mais cela ne fait que repousser pour un temps l’échéance ultime de la mort. Par contre, l’homme intérieur est renouvelé de jour en jour, et ce renouvellement est produit par le ministère de grâce de l’Esprit de Dieu qui habite en nous.

Quelle image extraordinaire et stimulante ce passage place devant nos yeux ! L’apôtre a derrière lui des années de labeur exténuant et périlleux. Il est continuellement soumis aux outrages, aux persécutions et aux coups que lui infligent les hommes. Encore et toujours il est « livré à la mort », dans les voies providentielles de Dieu. Cependant il poursuit sa course avec un courage sans faille, ayant devant les yeux la lumière de la gloire future de la résurrection. Malgré l’usure de son corps et les signes de déclin qui apparaissent, il est renouvelé journellement dans son esprit, de sorte qu’il va de l’avant sans faiblir, et même avec une vigueur spirituelle croissante. Il pressent toute la tribulation qui va l’atteindre, mais la met de côté comme étant « légère ».

La tribulation n’est pas seulement « légère », elle n’est aussi que « d’un moment ». Pour Paul, elle datait des jours qui avaient suivi sa conversion, quand les Juifs de Damas avaient comploté de le tuer, et elle allait s’achever par son martyre — une période de trente ans ou davantage. Mais ce temps n’est qu’un moment pour lui, car son esprit est fixé sur l’éternité de gloire qui est devant lui. Quel contraste extraordinaire nous avons ici ! La gloire à venir a du « poids », elle n’est pas « légère » ; elle est pour l’éternité et non seulement pour un moment ; et c’est « en mesure surabondante ». Il aurait pu paraître suffisant de dire « en mesure abondante », mais l’apôtre emploie les mots les plus expressifs possibles. Il savait de quoi il parlait : quatorze ans auparavant, il avait été enlevé jusqu’au troisième ciel, et avait pu y jeter quelques regards. Il désire que nous connaissions aussi cela.

On trouve le secret de la merveilleuse carrière de l’apôtre dans le dernier verset de ce chapitre. Les « regards » dont il parle sont, bien sûr, les regards de la foi. Paul traversait les scènes et les circonstances de cette terre en les voyant bien, mais il ne fixait pas son regard sur elles. Il regardait vers les choses éternelles, celles qui sont invisibles à nos yeux de mortels. On trouve certainement ici une raison de notre faiblesse. Notre foi est faible comme celle de Pierre quand il marchait sur les eaux pour aller vers Jésus. Quand il s’est mis à regarder aux vagues furieuses tellement visibles, il a commencé à sombrer. Si, comme Paul, nous avions les yeux fixés sur Christ, sur la résurrection, sur la gloire, nous serions portés par la puissance divine et renouvelés intérieurement de jour en jour.

 

6                    Chapitre 5

Il n’y a pas de réelle coupure entre les chapitres 4 et 5. L’apôtre enchaîne en montrant que si notre homme extérieur dépérit effectivement, et que notre maison terrestre qui n’est qu’une tente est détruite, nous recevrons une maison d’un autre ordre, qui sera éternelle. La pensée de ce qui est éternel relie la fin du chapitre 4 au début du 5. Les choses éternelles sont amenées devant les yeux de notre foi. Un poids éternel de gloire nous attend. Et nous aurons besoin d’un corps de résurrection éternel pour pouvoir soutenir ce poids éternel de gloire sans en être écrasés. L’apôtre dit : « nous savons » ; c’est un fait absolument certain que nous aurons un tel corps de résurrection. Il l’avait exposé dans le chapitre 15 de la première épître ; donc les Corinthiens le savaient bien.

Nos corps sont considérés ici comme des maisons dans lesquelles nous habitons. Nos corps actuels ne sont que des « tentes », des structures fragiles et facilement jetées par terre. Nos corps de résurrection seront d’un ordre bien différent (cf. 1 Cor. 15:35-50). Nous apprenons ici qu’ils seront « une maison qui n’est pas faite de main », c’est-à-dire qu’ils seront spirituels et non terrestres ou d’origine humaine. Ils seront éternels, car c’est en eux que nous entrerons dans des scènes éternelles, et ils seront célestes. Nos corps actuels sont naturels et terrestres, et ne durent qu’un temps.

Dans ces premiers versets du chapitre 5, il est question d’être « vêtus » et « dépouillés », d’avoir « revêtu » quelque chose et d’être « nus ». Nous habitons maintenant dans une tente terrestre, vêtus de corps d’humiliation. Bientôt nous serons vêtus de corps glorifiés, d’un ordre spirituel, éternel et céleste. Tous les morts seront ressuscités ; même les méchants apparaîtront devant leur Juge vêtus de corps. Mais bien que vêtus, ils seront trouvés spirituellement nus devant le grand trône blanc. Si nous sommes de vrais croyants, nous ne serons jamais trouvés nus ainsi, bien que nous puissions être dépouillés, ce terme décrivant l’état des saints qui, dans la présence du Seigneur, sont « absents du corps » (v. 8). Paul lui-même, et des myriades avec lui, sont aujourd’hui dépouillés, mais cet état de dépouillement, si heureux soit-il, n’est pas le grand objet de nos désirs. Ce que nous désirons ardemment, tandis que nous gémissons dans la faiblesse qui nous caractérise actuellement, c’est d’avoir revêtu notre domicile qui est du ciel.

Tous ceux qui seront ressuscités seront « vêtus », mais seuls les saints seront « revêtus », car le passage se réfère à ce qui arrivera au retour du Seigneur. Ce terme est peut-être particulièrement bien approprié pour ceux qui seront encore vivants lors de son retour. Ils seront tous transformés et entreront dans l’état de résurrection. En un clin d’œil, ils échangeront leur corps mortel contre un corps glorifié et seront ainsi revêtus de leur maison céleste. Ainsi ce qui est mortel, c’est-à-dire ce qui se rattache à notre corps actuel, sera en un instant absorbé par la vie.

Il ne faut pas nous représenter nos corps glorifiés à venir comme de nouveaux habits déjà préparés quelque part dans les cieux et qui nous seront donnés à la venue du Seigneur. Cette pensée serait en contradiction avec 1 Corinthiens 15:42-44, où l’on voit qu’il subsiste une certaine identité entre le corps d’humiliation qui est déposé dans la terre et le corps de gloire qui est ressuscité. Ces derniers sont « dans les cieux » ou « du ciel » (v. 1, 2) : il s’agit de nature plus que d’emplacement. Le ciel est notre destinée et nous y entrerons dans des corps qui sont célestes dans leur origine et leur nature.

Nous avons l’heureuse assurance de ces choses et pouvons affirmer : « nous savons », car Dieu a parlé et nous les a révélées. De plus il a agi en accord avec ce qu’il a révélé. Il nous a déjà « formés à cela même » (v. 5). Ceci fait allusion au travail spirituel effectué en nous et avec nous par le Saint Esprit. Par son Esprit, Dieu a été le potier et nous avons été l’argile. L’acte par lequel nous sommes « revêtus » est décrit en Romains 8 comme la vivification de nos corps mortels (v. 11). Ceux-ci seront vivifiés un jour, mais Dieu a déjà effectué une œuvre de vivification en ce qui concerne nos âmes, comme anticipation du travail qui doit être encore accompli pour nos corps. De plus, il nous a déjà donné son Esprit comme arrhes de ce qui est à venir.

Ce que Dieu a opéré par son Esprit doit être distingué de l’Esprit lui-même, qui est donné à ceux en qui son œuvre a été faite. Le verset 5 indique en premier lieu l’œuvre de l’Esprit, et en second lieu l’habitation de l’Esprit, comme arrhes. La première chose prépare la seconde.

Ainsi l’apôtre peut dire : « Nous avons donc toujours confiance » (v. 6). Comment pourrait-il en être autrement ? Nous avons la révélation parfaite de Dieu à ce sujet. Nous avons l’œuvre de Dieu en accord avec elle. Nous avons le don de Dieu — en la personne du Saint Esprit — comme gage et prémices. Une chose pourrait-elle être plus certaine et plus sûre ? Les difficultés peuvent s’accumuler autour de nous, comme elles le faisaient autour de Paul. Nous aussi pouvons gémir, étant chargés dans nos corps mortels. Mais ce qui est devant nous dans la résurrection est parfaitement clair et sûr. Nous aussi pouvons avoir toujours confiance, dans les jours où des nuages d’orage s’amoncellent à l’horizon comme dans les jours où le ciel est d’azur.

Pour l’instant, nous sommes chez nous dans notre corps et ainsi absents du Seigneur. Nous sommes laissés ici-bas pour marcher non par la vue, mais par la foi. La confiance de Paul était telle qu’il désirait — plus précisément : qu’il aimait mieux — être absent du corps et présent avec le Seigneur. C’est sa part aujourd’hui, ainsi que la part de tous ceux qui sont morts dans la foi en Christ. Ils sont absents de leur corps qui a été déposé dans la tombe, attendant le moment où ils seront vêtus de leur corps de gloire. Mais déjà maintenant ils sont présents avec le Seigneur dans la bénédiction consciente de sa présence, comme les versets du début du chapitre 12 en témoignent.

Certaines personnes pensent que l’assurance et la confiance quant à l’avenir ne peuvent avoir qu’un effet désastreux sur le comportement. Le verset 9 montre le contraire. Il n’est pas écrit : Nous avons de la confiance... c’est pourquoi aussi nous prenons nos aises, nous sommes indifférents et insouciants, mais : « nous nous appliquons avec ardeur à lui être agréables ». L’expression est très forte. Cette confiance même que nous avons nous incite à un vrai zèle, afin que, quoi qu’il arrive, vie ou mort, nous lui soyons « agréables ». Nous avons été « rendus agréables dans le Bien-aimé » (Éph. 1:6), et maintenant nous désirons lui être agréables, lui plaire.

Ce désir de plaire au Seigneur est certainement instinctif dans tout cœur qui l’aime, mais trop souvent il n’est pas ardent comme il le devrait. C’est pourquoi l’apôtre introduit un autre motif pour stimuler ce désir. Quand Christ viendra, il dressera son trône de jugement. Il ne s’agit pas ici d’une cour pénale — ce qui est réservé pour le jour où il s’assiéra sur le grand trône blanc (Apoc. 20). Mais ce sera une séance d’évaluation de nos vies, dans laquelle le juge décernera les récompenses.

Nous devrons tous comparaître devant ce tribunal, c’est-à-dire que nous devrons tous être « manifestés ». Tout doit être mis en lumière dans la présence de notre Seigneur. Souhaiterions-nous qu’il en soit autrement ? S’il devait rester des événements de nos vies, notamment des manquements et des sujets de honte, pour lesquels le Seigneur n’aurait jamais rien pu nous dire, n’y aurait-il pas une certaine réserve dans notre relation avec lui ? La brillante éternité qui est devant nous ne serait-elle pas quelque peu assombrie par le sentiment qu’un jour ces choses pourraient être amenées à la lumière ? Quelque solennel que ce tribunal puisse être, c’est plutôt un sujet de réjouissance qu’il soit placé au seuil même de l’éternité de gloire qui nous attend. Nous devrons y être manifestés, et ainsi tout ce que nous aurons été ou aurons fait sera examiné en détail par notre Seigneur. Nous verrons tout comme à travers ses yeux et accepterons sans peine son verdict. Tous les épisodes mystérieux qui auront marqué notre chemin seront élucidés ; les pourquoi et les comment d’innombrables expériences éprouvantes seront levés ; nous aurons une pleine compréhension de la grâce ineffable de Dieu et nous réaliserons l’efficacité de la sacrificature et de l’intercession de Christ.

Il y aura aussi des « récompenses » et des « pertes », selon ce qui aura été accompli « dans le corps », c’est-à-dire durant toute notre vie d’hommes responsables. C’est ce que nous voyons aussi en 1 Corinthiens 3:14, 15. Mais là, il est question de façon distincte du caractère de notre ouvrage comme serviteurs du Seigneur. Ici c’est plus général et plus complet ; il s’agit de l’ensemble de nos actions et de nos voies.

La pensée de ce tribunal amène naturellement l’apôtre à réaliser qu’un jour tous les hommes se tiendront devant le Seigneur Jésus, qu’ils soient sauvés ou non. Et en considérant les hommes de cette dernière catégorie et la terreur qui sera leur part alors, il était poussé à les avertir et les persuader. Il était aussi poussé dans une direction plus personnelle, qui concernait également les Corinthiens ; il désirait vivre d’une manière telle qu’il soit déjà manifesté à Dieu, comme aussi dans les consciences de ses frères.

Le terme « manifestés » apparaît trois fois dans ces deux versets 10 et 11. Si nous marchons dans la pleine conscience que nous serons manifestés devant le tribunal de Christ, nous veillerons déjà maintenant à ce que nos rapports avec Dieu soient ouverts, honnêtes et dans la lumière. Si nous péchons, nous nous humilierons immédiatement devant lui en lui confessant nos fautes, sans tenter d’en cacher ou d’en minimiser quoi que ce soit. De plus, en suivant l’exemple de Paul, nous n’essayerons pas de paraître autres que nous sommes aux yeux de nos frères et sœurs. Nous serons ouverts et transparents dans nos rapports avec eux, et ne désirerons pas acquérir à bon marché une réputation de dévouement et de sainteté qui ne correspond pas à la réalité. Il y en avait à l’époque de Paul qui essayaient de faire cela (v. 12).

Vivons-nous à la lumière du tribunal de Christ ? C’est une question importante. Que chacun y réponde dans sa conscience devant Dieu ! S’il en est ainsi, nos vies seront caractérisées par le dévouement, l’absence de mondanité et le zèle. Nous serons transparents devant Dieu et devant les hommes. Nous saisirons toutes les occasions de persuader les hommes, comme Paul le faisait. Nous rechercherons ardemment le salut des âmes, pour la gloire de Dieu.

L’apôtre Paul était marqué par un zèle hors du commun. Cela produisait en lui un profond désir d’être agréable au Seigneur, d’être ouvert et transparent avec ses frères, et de persuader les hommes en vue du jugement à venir. Son zèle était tel qu’il le mettait parfois « hors de lui-même », de sorte que les hommes le traitaient de fanatique. C’est ce que nous voyons en Actes 26:24, lorsque Festus lui dit : « Tu es hors de sens, Paul ». Mais Paul n’était pas un fanatique, car quand il était ainsi hors de lui-même, c’était « pour Dieu ». C’est-à-dire que Dieu était l’objet qui captait toute son attention. Il était hors de lui-même, parce que Dieu était pleinement en lui — « Celui qui demeure dans l’amour, demeure en Dieu et Dieu en lui » (1 Jean 4:16).

Ce que signifie l’expression « hors de nous-mêmes » peut nous paraître difficile à comprendre, et encore plus à expliquer. Peut-être est-ce parce que cette expérience nous est presque, si ce n’est entièrement, inconnue. Nous vivons peut-être dans un environnement où un zèle tel que celui de Paul serait considéré, d’un point de vue spirituel, comme de l’énergie charnelle ; et dans la société, ce serait très mal vu. Quelle perte pour nous !

Mais Paul n’était pas toujours dans un état d’extase devant Dieu. Il savait aussi très bien veiller aux intérêts de son Seigneur avec une attention sobre et sage. Il vouait alors ses soins au peuple de Dieu de façon soigneusement mesurée. C’est en particulier de cette façon qu’il avait agi avec les Corinthiens. Et lorsqu’il en était ainsi, tout comme lorsqu’il était « hors de sens », l’amour de Christ était la puissance qui l’étreignait et opérait en lui. Cet amour de Christ avait été exprimé dans sa mort, et il stimulait Paul dans ses affections envers Dieu et envers les siens. C’est aussi lui qui formait son jugement. Sous l’étreinte de l’amour, il était capable d’évaluer de façon juste la signification de cette mort dans laquelle l’amour s’était exprimé.

Christ « est mort pour tous ». Nous avons ici sa mort dans son sens le plus large. Il n’est pas mort seulement pour le Juif, ni pour un cercle plus restreint que « tous ». C’est un fait dont nous pouvons nous réjouir, mais qu’implique-t-il ? Il implique que tous étaient dans un état de mort spirituelle : tous n’étaient rien d’autre que des hommes morts devant Dieu.

Mais quel était le but de cette mort ? C’était d’ouvrir le chemin de la vie, pour quelques-uns au moins, et pour ceux-là, pour « ceux qui vivent », de transformer entièrement le caractère de leur vie.

On peut remarquer que le verset 15 commence avec la mort de Christ et se termine avec sa résurrection. Le milieu du verset présente le plan divin qui est en relation avec ces deux grands faits. Il faut que ceux qui ont été vivifiés trouvent dans le Christ ressuscité l’objet et le but de leur nouvelle vie. Avant d’être converti, chacun de nous n’avait que soi-même comme objet et but de sa vie. Tout était centré sur le moi et devait contribuer à son intérêt. Mais maintenant, il doit en être autrement. Tout, dans notre vie, doit être centré sur les intérêts et la gloire de Christ et y contribuer. C’est, du moins, le but et l’intention de Dieu à notre égard.

Le verset 16 en indique la conséquence directe, comme le montrent les premiers mots : « en sorte que ». Par le fait que Christ ne se trouve plus corporellement au milieu de nous, et que nous vivons maintenant en relation avec lui, un nouvel ordre de choses a été établi. Christ lui-même est connu d’une façon nouvelle. Paul n’avait pas été de ceux qui avaient « connu Christ selon la chair » — dans les jours de sa chair. Et même s’il l’avait été, il ne le connaîtrait plus ainsi. Mais en outre, nous ne connaissons personne selon la chair. Et ce n’est pas parce que les hommes ne sont plus dans leur ancienne condition selon la chair, car la plupart d’entre d’eux le sont encore. C’est à cause d’un changement opéré en nous-mêmes. Le chrétien apprend à considérer les hommes d’une manière nouvelle, non à cause de ce qui les concerne, mais à cause de ce qui a été opéré en lui-même.

Ce qui a été opéré est précisé au verset 17 : il s’agit d’une œuvre de nouvelle création en Christ. Ayant été nouvellement créés ainsi, nous nous trouvons dans un monde nouveau. Nous n’y sommes pas encore en ce qui concerne nos corps ; il nous faut attendre pour cela la venue du Seigneur. Mais nous y sommes en ce qui concerne nos entendements et nos esprits. Déjà aujourd’hui, nos esprits s’occupent de choses totalement nouvelles, de choses qui nous étaient entièrement inconnues alors que nous étions inconvertis. Et même, les vieilles choses de la création actuelle, parmi lesquelles nous évoluons, sont perçues d’une façon nouvelle.

Cette vérité doit être profondément assimilée par chacun de nous. Combien de difficultés surgissent parmi les chrétiens parce qu’ils se connaissent et ont entre eux des rapports « selon la chair », c’est-à-dire sur l’ancienne base et à la manière du monde. Alors, c’est la chose la plus facile et la plus naturelle de constituer des partis et des clans en fonction de nos préférences. Nous sommes très aimables avec tel ou tel ami chrétien jusqu’à ce qu’un désaccord éclate, et que naisse un antagonisme tout aussi grand que l’amitié passée. Même l’amitié, l’amabilité et la concorde peuvent être établies sur un fondement faux : « selon la chair », et non selon « la nouvelle création » et selon l’Esprit de Dieu. Si tous les croyants se connaissaient selon le nouveau fondement, combien l’aspect que présente aujourd’hui l’Église de Dieu serait différent !

Un élément supplémentaire apparaît au verset 18. Nous sommes réconciliés avec Dieu par Christ, aussi bien que nous sommes une nouvelle création en Christ. La réconciliation ôte tout ce qui, en nous et en ce qui nous concerne, est une offense à Dieu, y compris l’inimitié de notre cœur qui nous maintenait éloignés de lui. En vertu de cette réconciliation, Dieu peut nous considérer avec joie et avec satisfaction, et nous pouvons regarder à lui avec confiance, en l’aimant en retour.

Quand Christ était ici-bas, Dieu était en lui, en vue de la réconciliation du monde entier. Christ est venu pour amener les hommes à Dieu, et non pour les inculper devant Dieu en les chargeant de leurs péchés. On en trouve un exemple frappant en Jean 8:2-11. Mais les offres que Dieu a faites aux hommes par Christ, et dont le but était la réconciliation, ont été rejetées et il a été mis à mort. C’est une des merveilles de l’évangile qu’en dépit de cela, sa mort soit devenue le fondement de la réconciliation qui est annoncée aujourd’hui.

Quant à nous, croyants, nous sommes maintenant réconciliés avec Dieu ; et étant tels, nous avons une part dans le ministère de la réconciliation. Quand l’apôtre écrivait : « nous sommes ambassadeurs pour Christ », il pensait probablement à lui-même, à ses collaborateurs et aux autres apôtres ; ils étaient d’une façon particulière chargés du message de l’évangile. Mais ces paroles peuvent néanmoins s’appliquer à tout croyant. L’Église de Dieu est comme une ambassade divine dans un monde hostile. Nous devons nous souvenir que nous sommes membres de cette ambassade, et que notre attitude envers les hommes doit être en accord avec la parole de réconciliation que nous apportons. À la fin du verset 20, nous avons un condensé de cette parole de la réconciliation : « Dieu, pour ainsi dire, exhortant par notre moyen ; nous supplions pour Christ : Soyez réconciliés avec Dieu ! »

Et si, alors que nous supplions les hommes, ils nous demandent sur quel fondement une telle réconciliation est possible, nous pouvons répondre par les paroles du dernier verset. Ce fondement est l’œuvre de Dieu lui-même, accomplie par la mort de Christ.

La profondeur de ce verset 21 défie nos faibles tentatives d’explication. Que Dieu ait fait de Christ un sacrifice pour le péché, cela correspond à ce que nous apprend l’Ancien Testament au sujet de tels sacrifices, qui sont des types de celui de Christ. Mais que Dieu l’ait « fait péché » pour nous, lui qui n’avait « pas connu le péché », est au-delà de toute explication possible. De même nous pouvons comprendre en quelque mesure comment nous sommes justifiés, comment la justice est imputée à ceux qui croient. Mais le fait que nous « devenions justice de Dieu en Lui » nous dépasse totalement. Le péché nous caractérisait entièrement, et lorsque Christ mourut sur la croix, il a été fait tout ce que nous étions. La justice caractérise Dieu pleinement, et nous sommes faits en Christ ce qu’il est lui-même.

D’un côté, tout ce que nous étions a été ôté, et tout ce que Dieu est a été établi, et nous en lui. Ici nous trouvons certainement le fondement parfait — et qui ne peut être remis en question — de la réconciliation dont nous jouissons et que nous avons le privilège de proclamer à d’autres.

Arrêtons-nous ici pour observer comment l’apôtre a été conduit tout au long d’une digression importante. Commençant au verset 7 du chapitre 4, elle part de la mention des circonstances qui le pressaient comme ministre de la nouvelle alliance et comme vase faisant resplendir la lumière. La digression se termine à la fin du chapitre 5, et nous y voyons de nouveau l’apôtre comme ministre, mais cette fois de la parole de la réconciliation (v. 18, 19). La parole de la réconciliation va sans aucun doute au-delà de ce qu’apporte la nouvelle alliance, et il est utile de distinguer ces deux ministères. Mais nous ne devons pas les séparer comme s’il s’agissait de deux évangiles. L’unique évangile de Dieu est si grand et si complet qu’on peut le considérer sous ces angles variés.

 

7                    Chapitre 6

Au début de ce chapitre, Paul applique ce qu’il vient de dire à ce qui le concerne personnellement et fait un appel aux Corinthiens à ce sujet. Paul et ses compagnons travaillaient à une même œuvre dans le ministère et avaient fidèlement apporté la parole aux Corinthiens, que ce soit celle de la grâce de la nouvelle alliance ou celle du ministère de la réconciliation. Maintenant, l’exhortation était que la grâce de l’évangile n’ait pas été reçue en vain. La grâce est reçue en vain si elle ne peut pas opérer en vue de l’effet qu’elle doit accomplir. Nous trouvons dans l’épître à Tite que la grâce nous enseigne à vivre sobrement, justement et pieusement. Or les Corinthiens manquaient gravement à cet égard et ils avaient besoin de cette exhortation. Nous en avons certes également besoin.

Le verset 2 constitue une parenthèse. Sa première partie est une citation d’Ésaïe 49, passage qui s’adresse prophétiquement au Messie. Celui-ci devait être rejeté, mais deviendrait une lumière pour les nations et le salut de Dieu jusqu’au bout de la terre. Malgré son rejet, il allait être exaucé et secouru de l’Éternel. Le jour où cela arriverait serait le temps agréé et le jour du salut. La seconde partie du verset indique que nous vivons précisément ce temps-là. Le Messie a été exaucé en ce qu’il a été ressuscité ; et, avec sa résurrection, le jour du salut a commencé. Il subsistera jusqu’à l’arrivée du jour du jugement. C’est ainsi que la grâce nous a tous visités. Que ce ne soit pas en vain !

L’apôtre n’ajoute pas d’autres exhortations pour le moment (il le fera à partir du verset 11), et il se remet à parler des traits moraux qui les avaient caractérisés, lui et ses compagnons. Il s’était déjà passablement arrêté sur ce sujet au chapitre 4, et on pourrait se demander pourquoi il est conduit à y revenir ici. C’est, nous en sommes convaincus, parce que le caractère, le comportement et l’état d’esprit des ministres de Dieu sont d’une importance capitale. Ces choses ont sur le ministère un effet incalculable. Lorsque nous lisons le livre des Actes, nous constatons la puissance exceptionnelle qui caractérisait le ministère de Paul. Soit ce ministère déclenchait l’opposition la plus acharnée, soit il apportait avec lui une immense bénédiction ; il ne pouvait être ignoré. La puissance de Dieu était avec l’apôtre ; voilà l’explication. Mais pourquoi la puissance de Dieu était-elle avec lui d’une façon si exceptionnelle ? Parce qu’il était caractérisé par les traits mentionnés dans les versets 3 à 10 de notre chapitre.

Tout d’abord, il prenait grand soin d’éviter tout ce qui pouvait être des motifs de scandale, car il savait bien que tout manquement aperçu dans le serviteur serait enregistré comme un point noir sur son service. Le grand adversaire déclenche continuellement ses attaques contre l’œuvre de Dieu, d’abord en incitant les serviteurs à des choses qui sont des motifs de scandale, et ensuite en donnant à celles-ci une grande publicité de façon à discréditer leur travail. Parfois, chose triste à dire, les croyants font son affaire en agissant comme ses agents publicitaires. Ils répandent sans retenue les manquements de leurs frères, ce qui amène du déshonneur sur le ministère de l’évangile.

Cependant il n’est pas suffisant d’éviter les scandales. Il faut que le service se recommande lui-même par ses traits positifs. C’est ce qu’on pouvait voir abondamment réalisé chez l’apôtre. Une grande patience le caractérisait alors qu’il vivait de nombreuses circonstances adverses et éprouvantes. Il les résume ici en neuf points. La plupart de ces situations sont racontées en clair dans le livre des Actes, notamment les tribulations, les coups, les prisons, les troubles, les travaux. Quant aux autres, on peut les lire entre les lignes. L’apôtre traversait toutes ces épreuves avec patience, poursuivant son ministère de grâce.

De plus, il était lui-même caractérisé par la grâce. Il était ainsi en harmonie avec le message qu’il proclamait. C’est ce que nous disent les versets 6 et 7. À nouveau ceci est résumé en neuf points, commençant par « la pureté » et se terminant par « les armes de justice de la main droite et de la main gauche ». La pureté et la justice sont postées comme des sentinelles, l’une à droite, l’autre à gauche — l’une devant, l’autre derrière. Protégées ainsi, les autres vertus — la connaissance, la longanimité, la bonté, l’amour, la vérité — sont soutenues par l’énergie de l’Esprit et par la puissance de Dieu. Quel bel assemblage des grâces spirituelles nous avons ici. Le serviteur de Dieu, armé de justice et cependant rempli de patience, de bonté et d’amour véritable, est alors comme une épée bien polie dans la main de l’Esprit Saint.

Nous avons donc, dans ces versets, tout d’abord une qualité négative : l’absence de motifs de scandale. Ensuite, il y a la recommandation positive que constitue la patience face à toute sorte de forces contraires. En troisième lieu, nous trouvons les qualités positives qui sont liées à la justice et à l’amour. Et finalement, depuis le verset 8, nous avons la situation paradoxale résultant de la contradiction entre ce que l’apôtre était quant à son apparence extérieure, et ce qu’il était quant à la réalité intérieure. Et une fois encore, cela est présenté en neuf points.

Pour quelqu’un qui aurait considéré les choses superficiellement et d’un point de vue mondain, ce qui aurait immédiatement frappé était qu’il n’y avait là rien de brillant. Voici un homme qui avait rejeté toutes ses perspectives intéressantes. Des rumeurs malveillantes circulaient en permanence à son sujet. Il avait la réputation d’être un séducteur, un inconnu nullement reconnu par les éminences religieuses. Sa vie semblait être celle d’un mort vivant. Même Dieu semblait le châtier. Les sujets de tristesse surgissaient de toute part autour de lui. Il était pauvre et ne possédait pratiquement rien. Quel destin !

Cependant, il y avait un autre aspect des choses. Dans cette vie, il y avait la gloire et la bonne renommée de la part de Dieu. Parfois, il pouvait y avoir une bonne renommée de la part de ceux qui avaient été convertis par son moyen. Paul était un homme vrai, et bien connu dans les cieux. Il saisissait ce qui est vraiment la vie. Intérieurement, il était toujours joyeux. Son service contribuait à enrichir de nombreuses personnes. Il se mouvait dans les richesses spirituelles, car il possédait toutes choses. De nouveau, nous pouvons dire : quel destin ! Mais cette fois, sur un autre ton.

Ce serviteur de Dieu remarquable était le conducteur du petit groupe dont on disait : « Ces gens... ont bouleversé la terre habitée » (Actes 17:6). Et ce n’est pas surprenant ! On trouve, dans les versets que nous venons de considérer, la source de la puissance spirituelle qui animait l’apôtre. Puisons abondamment à la même source. Il en résultera une bénédiction pour nous, en ces jours d’abondance de mal dans le monde, de faible foi et de rare dévouement dans le peuple de Dieu.

L’apôtre a déjà parlé à deux reprises de son ministère d’exhortation (5:20 ; 6:1). Ces exhortations avaient un caractère assez général, mais au verset 11, Paul en vient à une exhortation de caractère très personnel, en s’adressant aux Corinthiens de façon directe. Il est évident qu’à ce moment sa bouche pouvait s’ouvrir envers eux et que son cœur était libre de les mettre clairement en face de la faute qui était à la racine de tant de choses répréhensibles au milieu d’eux. Ils n’avaient jusque-là pas compris que s’ils restaient liés par un même joug avec des incroyants, ils seraient nécessairement entraînés dans leurs mauvais chemins.

Paul n’avait pas brusquement repris les Corinthiens à ce sujet dès le début de la première épître. Mais d’où provenait la tendance à se diviser en partis et en écoles de pensée ? D’où provenait l’immoralité, l’amour des litiges, l’insouciance quant à l’idolâtrie, le désordre dans les réunions, les fausses doctrines quant à la résurrection ? De la chair sans doute, mais aussi du monde environnant. Corinthe était remplie de choses de cette espèce. Nous pouvons apprendre une leçon salutaire de la manière sage dont Paul s’y prend. Dans sa première épître, il s’était borné à s’occuper des erreurs visibles à la surface, et avait attendu que la lettre produise son effet pour exposer les causes profondes du mal. Mais maintenant, une atmosphère spirituelle convenable s’établissait. Paul avait pu diriger les pensées des Corinthiens vers le ministère de la réconciliation. Et puisqu’il y a l’opposition la plus complète entre Dieu et le monde, la réconciliation de l’homme avec Dieu implique la séparation du monde. Le moment opportun pour parler clairement de ce sujet était arrivé.

L’apôtre Paul était un homme au cœur large, tandis que les Corinthiens étaient des croyants aux affections étroites. (Les « entrailles » évoquent les affections). Les hommes de ce monde jugeraient les choses d’une façon totalement différente de celle que nous avons ici, et bien des croyants seraient d’accord avec eux. Ils qualifieraient d’étroit d’esprit le croyant séparé, et d’homme au cœur large celui qui se laisse aller et qui est du type mondain. Mais en fait, celui qui a le cœur large, c’est le croyant séparé pour lequel Christ est tout, et qui entre ainsi dans le vaste domaine des intérêts de son Seigneur. Le croyant mondain limite sa vue à ce petit monde et se rétrécit à ses propres intérêts égoïstes. Paul exhortait les Corinthiens à s’élargir en se séparant du monde.

Le verset 14 fait allusion à Deutéronome 22:10. Une liaison entre un croyant et un incroyant ne peut que constituer un joug mal assorti, à cause de la grande différence qui existe dans leur nature même. L’un, né de Dieu, est un enfant de lumière ; l’autre, encore dans la nature héritée d’Adam, est un enfant de ténèbres. Si deux personnes aussi différentes sont placées sous le même joug, le résultat ne peut être que désastreux.

Il est important de bien voir ce qu’évoque un joug. Le croyant est laissé dans le monde et entre nécessairement en contact avec toute sorte de gens (cf. 1 Cor. 5:9, 10). Mais, bien qu’il soit mêlé à eux par ses activités, il doit éviter soigneusement de se placer sous un « joug » avec aucun d’entre eux. Le joug du mariage est certainement le plus intime et le plus permanent de tous. Si un croyant se met sous un joug avec un incrédule pour les affaires, il s’expose à devoir partager la responsabilité de choses mauvaises accomplies par son partenaire inconverti. Tant qu’il ne s’est pas libéré de ce joug, il peut souffrir une grande perte spirituelle et déshonorer le nom du Seigneur. Mais au moins, il peut s’extraire de cette situation, même si cela implique une perte financière. En revanche, il est impossible de sortir du joug du mariage, si ce n’est par sa propre mort ou celle de son conjoint. Il existe de nombreux autres jougs ; ils sont tous à éviter, même s’ils ne sont pas aussi forts et durables que celui du mariage ou des affaires.

Ce qui est du côté du croyant, c’est la justice, la lumière, Christ, le temple de Dieu. Ce qui est du côté de l’incroyant, c’est l’iniquité, les ténèbres, Béliar, les idoles. Quelle participation, quelle communion, quel accord peut-il y avoir entre ces deux catégories ? Absolument aucun ! Alors pourquoi se mettre dans une position qui implique une tentative de mettre ensemble des choses aussi diamétralement opposées ? L’incrédule ne peut s’accorder avec les choses qui sont la vie même du croyant. Il ne possède pas la vie qui lui permettrait de le faire. Le croyant peut s’empêtrer dans les choses mauvaises qui sont la vie de l’incroyant et en subir le dommage. Car, bien qu’il soit né de Dieu, il a toujours la chair en lui. Si l’on place deux êtres si différents sous le même joug, quel sera le résultat ?

Il n’y a pas besoin d’être très perspicace pour répondre à la question. L’un ne peut marcher que dans une direction, l’autre peut aller dans les deux directions. Le chemin de l’incroyant prend le dessus, même si le croyant est entraîné bien malgré lui et s’efforce d’agir comme un frein.

L’exhortation qui résulte de tout cela est une pressante invitation à sortir du milieu des incroyants pour être séparés, ne touchant pas même ce qui est impur (v. 17). Le croyant ne sera jamais trop prudent pour éviter toute sorte de liaison et de complicité avec le mal. Et ceci en raison de son caractère individuel comme enfant de lumière, et en raison de ce qu’il constitue collectivement avec d’autres croyants : « le temple du Dieu vivant ». Non seulement le Dieu vivant habite au milieu de son peuple, mais il y marche en observant toutes ses actions. La sainteté sied à sa maison, à toujours (Ps. 93:5).

Quelqu’un dira peut-être : D’accord, mais si j’obéis à cette injonction et que je rompe tel et tel de ces liens, je subirai une perte importante et me trouverai dans une situation très difficile. C’est tout à fait possible, mais cette éventualité est prévue. Le monde peut vous rejeter, mais Dieu vous recevra et vous sera pour Père. Le dernier verset du chapitre ne se réfère pas à la relation chrétienne fondamentale qui est établie en Christ et que l’apôtre expose en Galates 3:26 à 4:7, mais de cette activité paternelle de Dieu envers le croyant, des soins dont celui-ci a besoin lorsqu’il souffre de la part du monde. Dieu lui-même agit envers nous comme étant un Père. Ainsi nous sommes appelés ses fils et ses filles. Quand il s’agit de la relation chrétienne fondamentale, nous sommes tous ses fils, que nous soyons des hommes ou des femmes.

Remarquons encore ceci : Celui qui s’engage à jouer le rôle de Père est le Seigneur, le Tout-Puissant. On trouve ici ensemble ses trois grands noms : le Père, l’Éternel (*) et le Tout-Puissant. Il est l’Éternel, celui qui ne change pas et qui est fidèle à sa Parole. De plus, il détient toute puissance. Tout ce qui est exprimé par ces deux noms, il l’introduit dans ses soins de Père. Ainsi nous n’avons pas besoin d’avoir peur de rompre nos liens avec le monde, quoi qu’il puisse en coûter.

On peut souligner un contraste intéressant et encourageant entre ce verset et Éphésiens 6:12. Il est question là des « dominateurs de ces ténèbres » ; ce sont sans aucun doute les autorités et puissances sataniques qui dominent sur ce monde de ténèbres. Nous pourrions bien en avoir peur si nous n’étions pas sous la protection du Seigneur Tout-Puissant. Ce dernier nom se traduit littéralement, Tout-dominant. Les dominateurs du monde peuvent être grands, mais ils ne sont rien en présence de Celui qui domine sur tout. De même, ce monde qui est grand à nos yeux est très petit en comparaison de l’immense univers de Dieu.

 

(*) Rappelons que le nom « Seigneur », dans le Nouveau Testament, est souvent la transcription du nom « Éternel » de l’Ancien Testament.

 

8                    Chapitre 7

Le premier verset nous reporte aux promesses frappantes qui sont mentionnées dans les deux derniers versets du chapitre 6, et qui viennent de la bouche même de Dieu. Si nous sommes séparés du monde et qu’il en résulte pour nous quelque perte, nous ferons l’expérience que Dieu agit envers nous comme un Père, et nous goûterons la valeur et la douceur de la relation dans laquelle nous avons été placés. Ayant de telles promesses, nous sommes exhortés à nous purifier nous-mêmes et par conséquent à « achever la sainteté dans la crainte de Dieu ». Remarquons qu’il est écrit : « de toute souillure de chair et d’esprit ». L’expression est très forte. Elle ne laisse rien de côté. Notre attention vient d’être attirée sur la nécessité d’une purification de toute communion avec le monde dans les choses extérieures. Cependant, si nous nous contentons de ne pratiquer la séparation que dans ces choses, nous devenons simplement des pharisiens. C’est l’opposé de ce que Dieu veut pour nous. La séparation que Dieu attend de nous va jusqu’au fond de notre être. Toute souillure de la chair doit être évitée, mais aussi toute souillure de l’esprit.

C’est bien à ces deux aspects de la séparation que nous sommes appelés, celle qui est intérieure et celle qui est extérieure. La séparation extérieure sans l’intérieure n’est rien d’autre que de l’hypocrisie. Et la séparation intérieure sans l’extérieure ne vaut pas cher. Elle est illustrée par la condition fort critique de Lot à Sodome, qui ne s’était pas abaissé jusqu’au niveau moral dégradant de cette ville. Abraham se trouvait dans l’heureux chemin de la volonté de Dieu, séparé du mal quant au lieu où il se trouvait et quant à son être intérieur. Nous sommes exposés à la pollution du monde, à celle de la chair et à celle de l’esprit. Cette dernière est la plus pernicieuse de toutes, car c’est la forme de péché la plus raffinée. Que Dieu éveille en nous une grande prudence à cet égard ! Une « sainteté achevée » englobe ces trois domaines. Et c’est notre devoir de tendre à cela déjà maintenant. Que Dieu nous vienne en aide !

L’apôtre avait ainsi déchargé son cœur envers les Corinthiens. Il était conscient que la brèche qui avait menacé de se créer entre lui et eux avait été évitée par la grâce de Dieu. Les personnes extérieures qui avaient amené du trouble et cherché à ruiner sa réputation avaient perdu de leur crédit. Par l’influence de ces hommes, les Corinthiens avaient été incités à tourner le dos à Paul. Mais maintenant les choses avaient changé, et il peut simplement leur dire : « Recevez-nous ». Ils connaissaient l’intégrité qui l’avait toujours caractérisé, ainsi que l’amour fervent qu’il y avait dans son cœur à leur égard. Il s’identifiait à eux dans ses affections, que ce soit pour la vie ou pour la mort. De plus, confiant maintenant quant à leur affection pour lui, il était pleinement encouragé et heureux. Il peut alors leur faire part de l’immense joie qu’il avait éprouvée lorsqu’il avait reçu les nouvelles de l’effet qu’avait produit sur eux la première épître.

Le verset 5 reprend le fil des événements rapportés au chapitre 2, verset 13. On pourrait passer de l’un de ces versets à l’autre comme si rien n’existait entre deux. Paul avait quitté la Troade, malgré la porte pour l’évangile que le Seigneur lui avait ouverte dans cette contrée. Très inquiet au sujet des Corinthiens, il n’était pas tranquille dans son esprit. Cependant, quand il était arrivé en Macédoine, cela avait été pire : il y avait non seulement des craintes au-dedans, mais aussi des combats au-dehors. On peut essayer de s’imaginer ce qu’il ressentait, étant toujours plus accablé par les soucis et les sujets d’affliction. Mais soudain, Tite était apparu, porteur de bonnes nouvelles quant à l’effet de la première épître. Quel immense réconfort cela lui avait procuré ! Il était réjoui par la compagnie de Tite et par la certitude que Dieu, dans ses compassions, était intervenu à Corinthe.

La première épître avait eu deux effets : premièrement une repentance complète quant aux diverses formes de mal que l’apôtre avait dénoncées, deuxièmement un renouveau dans leur affection envers lui. Il y avait bien sûr une relation étroite entre ces deux effets. Tandis qu’ils se rendaient compte de l’erreur de leurs voies, ils pouvaient découvrir que ses reproches directs et fidèles avaient été motivés par son amour pour eux. En retour, leur amour pour lui était ravivé dans leurs cœurs. À un moment ou l’autre, il avait presque regretté d’avoir écrit cette lettre, mais maintenant que son effet positif était manifesté, il ne pouvait que s’en réjouir.

Ce passage nous montre clairement ce qu’est une vraie repentance. Il ne s’agit pas simplement d’une tristesse à cause du péché, bien qu’une tristesse selon Dieu en fasse partie. Le verset 11 montre ce que la repentance impliquait pour eux, et avec quel zèle et quelle crainte ils s’étaient purifiés. Une vraie repentance est une « repentance à salut », c’est-à-dire qu’elle implique la délivrance de la chose dont on se repent. Une simple tristesse à cause du péché, ressentie à cause de ses conséquences, est ce dont le monde est capable. Cela ne conduit qu’à la mort et non au salut. Judas Iscariote en est un triste exemple.

Un beau résultat de tout ce qui s’était passé à Corinthe et de l’envoi de la première épître, c’est l’expression mutuelle d’affection entre Paul et les croyants de cette ville. On trouve aux versets 7 et 12 les expressions : « votre affection ardente envers moi » et « le zèle que nous avons pour vous ». Ce n’était pas une petite chose que de tout remettre d’aplomb entre celui qui avait fait le tort et celui à qui on avait fait tort, mais c’en était encore une plus grande que de manifester cette affection qui est le fruit de la nature divine dans les croyants.

Un trait saisissant de ce chapitre, dès le verset 5, est la façon dont on voit la main de Dieu dans toutes ces circonstances. Après avoir envoyé sa première épître, Paul était agité et inquiet au point de regretter de l’avoir écrite — bien que, comme nous le savons, ce soit une lettre inspirée de Dieu. Mais finalement, quand la situation était la plus angoissante, Tite était arrivé avec de bonnes nouvelles quant à l’effet de cette lettre sur les Corinthiens. Les compassions de Dieu étaient intervenues pour réconforter l’apôtre abattu, comme elles étaient intervenues pour produire une repentance selon Dieu dans les cœurs des Corinthiens. L’expression « selon Dieu » apparaît ici à trois reprises (v. 9, 10, 11). Dieu était intervenu ; voilà ce qui était le fondement de la consolation et de la joie de Paul.

De plus, Tite était revenu de Corinthe entièrement récréé et réjoui, ce qui dépassait certainement de beaucoup les espoirs de Paul. La première épître montre que l’apôtre avait été très anxieux à l’égard des Corinthiens, et qu’il avait dû les blâmer sur de nombreux points. Et maintenant, la façon dont ils avaient reçu Tite le comblait au-delà de son attente. Il est vrai qu’il s’était glorifié d’eux auprès de Tite, qu’il avait parlé d’eux avec une affection chaleureuse, étant assuré de la réalité de leurs sentiments. Et voilà que tout s’était trouvé comme il l’avait dit. Ainsi, l’angoisse de l’apôtre se transformait en joie débordante et en profonde reconnaissance.

Dans tout ceci, nous voyons comment Dieu trouve son plaisir à relever et à encourager ses serviteurs éprouvés. Celui qui agissait de cette manière avec Paul est encore le même aujourd’hui. Pourquoi ne sommes-nous pas remplis d’une confiance plus entière en lui ?

Les Corinthiens avaient reçu Tite « avec crainte et tremblement ». Ils avaient été caractérisés par « l’obéissance ». La lettre de Paul leur était parvenue avec une autorité divine. Dans celle-ci, il les invitait à reconnaître que les choses qu’il leur écrivait étaient « le commandement du Seigneur » (1 Cor. 14:37). Étant la parole inspirée de Dieu, cette lettre s’était imposée comme telle à leurs consciences et avait demandé leur obéissance. De nos jours, certains hommes prétendent que nous n’avons pas de raison logique d’accepter un texte comme étant la parole de Dieu, à moins qu’il ne soit authentifié par une autorité ecclésiastique. Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité ! Il n’en était pas ainsi au commencement, et il ne doit pas en être ainsi aujourd’hui. La parole de Dieu s’authentifie d’elle-même dans les cœurs et les consciences de ceux qui sont nés de lui.

L’obéissance des Corinthiens à la parole du Seigneur donnait pleine confiance à l’apôtre à leur égard ; il pouvait dire avec joie : « en toutes choses, j’ai de la confiance à votre égard ». Était-ce une surestimation quelque peu exubérante de sa part, le fruit des sentiments contrastés qu’il venait d’éprouver ? Pas du tout ! C’était l’expression d’un sobre jugement. Les croyants peuvent montrer de sérieux manquements et être blâmables à plusieurs titres, mais s’ils reconnaissent la voix de Dieu dans sa Parole et se soumettent à ses instructions, il n’y a rien à craindre à leur sujet. Tout ira bien.

Ce n’est pas que les Corinthiens tremblaient devant Tite, ou que la crainte de Paul pesait sur leurs esprits, en raison de ses lettres « graves et fortes ». La réalité, c’est que malgré toutes leurs erreurs, ils tremblaient devant la parole de Dieu.

Qu’en est-il de nous ? Notre temps est particulièrement marqué par une absence de respect de la parole de Dieu. Dans beaucoup de milieux de la profession chrétienne, la Bible est considérée comme un document qui doit être soumis à la critique. Prenons garde à ne pas être contaminés par ce mode de pensée ! Paul pourrait-il avoir en toutes choses de la confiance à notre égard ? Sommes-nous caractérisés par la soumission et l’obéissance à la Parole de Dieu ?

 

9                    Chapitre 8

Paul avait ouvert son cœur aux Corinthiens. Il leur avait parlé de ses propres expériences, comme aussi de la nécessité de se séparer du monde des incroyants. Il leur avait exprimé sa joie de les voir obéir à la parole de Dieu et la confiance que cela lui donnait à leur égard. Dès lors, l’apôtre se sentait à l’aise pour leur écrire avec plus de détails au sujet de la collecte qui se faisait parmi les assemblées des nations en faveur des croyants pauvres de Jérusalem. Il y avait fait brièvement allusion dans le dernier chapitre de la première épître, et il y consacre maintenant l’ensemble des chapitres 8 et 9. En encourageant les Corinthiens à pratiquer la libéralité, il place devant nous des instructions très importantes.

Une manifestation remarquable de la grâce de Dieu avait eu lieu dans les assemblées de Macédoine. Elle a été consignée pour toujours dans les Écritures afin que non seulement les Corinthiens, mais nous aussi, nous soyons stimulés par elle. D’aucuns pourraient se demander si le récit du dévouement de certaines personnes, dans le but de secouer des croyants assoupis, n’est pas un appel à des motifs plutôt bas et un procédé peu recommandable. Pourtant, nous voyons ici que l’Esprit conduit l’apôtre à agir précisément de cette manière. Nous n’avons donc jamais à craindre de faire savoir comment la grâce de Dieu a opéré chez d’autres personnes. De tels récits nous révèlent la grâce de Dieu comme quelque chose de réel et pratique, et ils nous amènent à réaliser notre propre insuffisance — deux résultats bien désirables.

La manière dont les croyants Macédoniens avaient donné était remarquable. Paul lui-même pouvait rendre témoignage qu’ils avaient donné « selon leur pouvoir ». C’était en soi une chose importante. Cela signifiait qu’après avoir correctement réglé toutes les dépenses de leur vie courante, ils avaient donné jusqu’aux limites de leurs possibilités. Cependant, ils avaient fait encore plus : ils avaient donné « au-delà de leur pouvoir ». Ils s’étaient privés de ce que l’on pourrait considérer comme les dépenses normales de la vie, afin de pouvoir donner au Seigneur et aux siens. Et cela, ils l’avaient fait d’une façon totalement spontanée, demandant à Paul d’accepter l’argent et de prendre la responsabilité de sa distribution aux croyants. Ils avaient montré le même état d’esprit que les fils d’Israël lors de la construction du tabernacle, lorsqu’on avait rapporté à Moïse : « Le peuple apporte beaucoup plus qu’il ne faut pour le service de l’œuvre que l’Éternel a commandé de faire » (Ex. 36:5).

Cependant ils avaient dépassé l’attente de Paul sur un autre plan. Ils avaient commencé leurs dons de la bonne manière : ils s’étaient « donnés premièrement eux-mêmes au Seigneur ». En se livrant ainsi eux-mêmes au Seigneur, ils lui livraient nécessairement tout ce qu’ils avaient. Ainsi, ils considéraient leurs biens comme étant ceux du Seigneur, pour être utilisés selon que lui le trouverait bon. Par conséquent, ils accomplissaient la volonté de Dieu en se mettant eux-mêmes, ainsi que leurs biens, entre les mains de Paul.

C’est, sans conteste, la seule vraie façon de donner. Dieu ne nous demande pas seulement notre superflu, mais tout ce que nous avons, car c’est nous-mêmes qu’il veut. En réfléchissant à cela, nous découvrons combien notre conception de la libéralité est pauvre en comparaison de celle des Macédoniens. La libéralité qui les caractérisait était rehaussée par leur profonde pauvreté, et par le fait qu’ils vivaient un temps de grande tribulation. Ce qui les poussait à la libéralité était l’abondance de leur joie dans le Seigneur. Par la foi, ils saisissaient les choses d’en haut avec une telle réalité et une telle joie, qu’ils pouvaient être généreux avec les choses de la terre.

La libéralité est-elle une des caractéristiques de la vie chrétienne actuelle ? Il est à craindre que l’on doive répondre négativement. À quels artifices n’a-t-on pas recours, parfois, lorsqu’il s’agit de récolter des fonds ! Que d’appels et de publicité ! Et on assiste à bien des événements lamentables résultant du manque de fonds. Il est vrai que beaucoup de problèmes de ce genre peuvent provenir de personnes qui se lancent dans des entreprises auxquelles elles n’ont pas vraiment été appelées par Dieu. On peut craindre que bien des croyants retiennent pour eux-mêmes plus que nécessaire, ce qui mène à la pauvreté spirituelle — et pour eux-mêmes et pour d’autres. Il y a heureusement des exceptions. Il y a ceux qui reconnaissent qu’ils ne sont que des administrateurs et qui donnent largement selon leurs moyens. Et il y a ceux qui — Dieu en soit béni — donnent avec une libéralité étonnante.

Nous ressemblons plus aux Corinthiens qu’aux Macédoniens et nous avons besoin, nous aussi, d’être secoués par ce brillant exemple. Paul avait exhorté Tite à veiller à l’achèvement de cette affaire lors de sa visite. Remarquons que la libéralité est appelée une « grâce », et il en est bien ainsi, lorsqu’elle est considérée dans son vrai caractère et exécutée correctement. Elle est un moyen puissant pour exprimer l’œuvre de grâce de Dieu en bénédiction. Si nos cœurs sont remplis à déborder de la bénédiction qui vient de Dieu, nous ne pouvons que déborder nous-mêmes en donnant aux autres.

Le verset 7 est un reproche doux et plein de tact. Il n’est sans doute pas seulement pour les Corinthiens, mais pour nous aussi. Qu’il puisse être dit de nous que nous abondons « en foi » et « en toute diligence », ce n’est pas sûr ; nous abondons plutôt « en parole » et « en connaissance ». Nous sommes exposés au danger de connaître intellectuellement et de savoir formuler de nos lèvres beaucoup plus que ce que nous exprimons par une vraie libéralité de cœur.

L’apôtre souhaitait ne pas être compris comme donnant un commandement à ce sujet (v. 8). Si nous donnons seulement parce que nous avons reçu de Dieu le commandement de le faire, cela ne peut plus être appelé une grâce ; C’est la contrainte d’une loi. L’engagement et le zèle des Macédoniens devaient être un stimulant pour les Corinthiens. La libéralité que l’apôtre souhaitait de leur part devait être l’expression de la sincérité et de l’authenticité de leur amour. L’amour se réjouit toujours quand il peut donner.

L’opération de la grâce de Dieu chez d’autres croyants peut être un stimulant pour nous. Cependant, il ne faut rien de moins que l’opération suprême de la grâce de Dieu en Christ pour produire en nous l’énergie et la motivation nécessaires, afin que nous soyons caractérisés par la grâce d’une vraie générosité. C’est ce que nous présente le verset 9.

Combien de trésors de la parole de Dieu ne sont-ils pas enchassés, tels des joyaux étincelants, dans des sujets qui semblent tout ordinaires ! Ce verset 9 en est un exemple. Les Corinthiens s’étaient montrés bien disposés concernant cette collecte. Ils s’étaient volontiers ralliés à cette idée, plus d’une année auparavant, mais jusqu’à présent, ils n’avaient pas encore réussi à la mettre à exécution et à donner effectivement l’argent. Qu’est-ce qui pouvait les y amener ? Rien, sinon un sentiment renouvelé de la grâce du Seigneur Jésus ?

Ce merveilleux verset 9 est un condensé du Nouveau Testament. « Comment, étant riche... » nous reporte aux profondeurs de la gloire divine de Jésus avant son incarnation, cette gloire qui est révélée dans les premiers versets de l’évangile de Jean et ailleurs. « Il a vécu dans la pauvreté pour vous... » nous place devant les merveilleux récits de sa vie, de ses souffrances et de sa mort, tels qu’ils sont enregistrés dans les quatre évangiles. « Afin que par sa pauvreté vous fussiez enrichis » nous rappelle la plénitude de bénédiction et de gloire dans laquelle nous avons été introduits par lui et en lui, ainsi que nous le dévoilent les épîtres et l’Apocalypse. Toute sa vie est l’expression suprême de la grâce. C’est l’amour divin s’abaissant pour répondre aux besoins des hommes, et le faisant non seulement selon la mesure des besoins rencontrés, mais selon la mesure de l’amour qui les rencontre.

Après avoir présenté cette grâce comme un puissant levier pour toucher et élever les cœurs des Corinthiens, l’apôtre énonce quelques principes importants qui devraient conduire le croyant lorsqu’il fait part de ses biens. D’abord, il faut que nous donnions en prenant sur ce que nous avons, non selon ce que nous avions précédemment, ou ce que nous espérons avoir plus tard. Il faut que nous vivions et agissions au présent, en nous confiant en Dieu pour ce qui concerne l’avenir.

Ensuite, l’apôtre ne voyait pas les Corinthiens comme étant toujours, et en toute chose, ceux qui donnent. Le temps viendrait où ils seraient ceux qui reçoivent, et où le flot des dons irait dans leur direction plutôt qu’en sens inverse. En Romains 15:25-27, on voit que Corinthe avait déjà beaucoup profité des biens spirituels qui étaient venus de Jérusalem. Maintenant, il fallait que Jérusalem profite de biens matériels venant de Corinthe. Selon la pensée de Dieu, il ne devrait jamais y avoir de vide parmi les siens, mais un flot de ressources se déplaçant selon les besoins.

Le verset 15 cite Exode 16:18 pour l’appuyer. En lisant l’Exode, on pourrait penser que ce verset signifie simplement que chacun de ceux qui recueillaient la manne savait bien estimer son appétit et recueillir en conséquence. La manière dont il est cité ici montre cependant qu’il va plus loin, puisqu’il est utilisé pour appuyer le principe du partage avec d’autres de ce que Dieu peut nous avoir confié.

Les versets 16 à 24 traitent de détails concernant l’administration des fonds récoltés, tâche que devaient assumer Tite et deux autres frères. Bien que les circonstances d’aujourd’hui ne soient pas celles d’alors, ne manquons pas de remarquer plusieurs points dont l’intérêt est de tous les temps. Paul avait exhorté Tite à accepter ce service, et celui-ci l’avait fait spontanément et avec promptitude. Il ne considérait pas un tel service comme trop bas pour lui. Il en était de même du frère non nommé du verset 18 — un évangéliste doué, semble-t-il — et de celui du verset 22, dont le zèle avait été plusieurs fois mis à l’épreuve — même s’il n’avait peut-être pas reçu un don particulier dans l’évangile ni, comme Tite, une délégation apostolique. Manifestement, ces trois frères reconnaissaient qu’acheminer et administrer des fonds qui avaient été donnés comme expression de l’amour divin opérant dans les cœurs des saints n’était pas un service banal.

Le verset 19 montre de façon claire que les assemblées qui donnaient l’argent avaient choisi le frère qui aurait à administrer les fonds de leur part. C’est en accord avec ce que nous avons en Actes 6, où sept hommes ayant un bon témoignage sont choisis pour « servir aux tables ». Ceux qui fournissent les moyens ont aussi compétence pour choisir ceux qui vont administrer leurs dons. En contraste avec cela, nous ne voyons pas dans l’Écriture que les croyants aient à choisir ceux qui accompliront la fonction d’ancien ou de surveillant. Ceux-ci sont appelés à remplir leurs tâches spirituelles de la part de Dieu, non de la part des hommes, et ainsi, c’est Dieu et non l’homme qui doit les choisir. Il nous est parlé de ceux que l’Esprit Saint a établis pour être surveillants (Act. 20:28). Tout ce que l’homme peut faire, c’est de reconnaître ceux que l’Esprit Saint a établis.

De plus, tout devait être fait honnêtement devant Dieu et devant les hommes. Il n’est pas suffisant qu’une affaire soit traitée correctement devant le Dieu qui connaît toutes choses. Elle doit aussi être manifestement droite aux yeux d’hommes qui ne voient qu’une petite partie des choses, mais qui se montrent souvent très critiques à l’égard de ce qu’ils voient. C’est ce que nous montrent les versets 20 et 21. Ainsi, les hommes qui avaient été choisis étaient caractérisés par le soin que tout soit administré pour la gloire du Seigneur. Ils devaient aussi se souvenir qu’ils étaient les envoyés des assemblées, « la gloire de Christ ». Rappelons-nous que c’est le caractère propre de chaque vraie assemblée. Si nous nous en souvenons vraiment, nous ne serons pas légers à cet égard.

 

10               Chapitre 9

Dans les cinq premiers versets, Paul renouvelle son plaidoyer auprès des Corinthiens. Ils s’étaient si clairement engagés, une année auparavant, quand la collecte en faveur des croyants de Judée avait été mise en route, que Paul s’était même glorifié d’eux auprès des Macédoniens. Or ceux-ci les dépassaient maintenant au niveau de la réalisation pratique. Il fallait donc que les Corinthiens agissent concrètement et tout de suite, afin que leur contribution puisse être considérée comme venant du cœur et non comme quelque chose d’extorqué. Ce nouvel appel est suivi de quelques considérations qui l’appuient. Ainsi sont mis en lumière d’autres principes importants concernant la libéralité.

Par exemple, donner c’est semer, et les règles régissant les semailles et les moissons s’appliquent aux dons. Si la semence est répandue pauvrement, la moisson est maigre ; si elle est répandue libéralement, la moisson est abondante. Il ne peut en être autrement, que ce soit dans les choses de la nature ou dans celles de Dieu. En donnant à autrui, nous semons la grâce ; et c’est ainsi que l’apôtre rappelle : « Dieu est puissant pour faire abonder toute grâce envers vous » (v. 8). Les versets 10 et 11 parlent aussi de cette moisson de bénédiction qui sera recueillie dans le domaine spirituel.

Mais pour vraiment plaire à Dieu en donnant, il faut le faire joyeusement. Donner à regret ou par contrainte n’a pas grande valeur aux yeux de Dieu. Que chacun se propose dans son cœur ce qu’il veut donner, selon son état. Si nos cœurs sont droits et au large parce qu’ils demeurent dans l’amour de Dieu, nous ne donnerons pas seulement libéralement mais aussi joyeusement. Nous donnerons à la manière de Dieu lui-même, et Dieu aime ceux qui portent ses caractères.

En donnant, nous ne semons pas seulement la grâce, mais aussi la justice. Dans le Psaume 112, dont le verset 9 est cité ici, on trouve la description d’un homme « juste », « droit » et « qui craint l’Éternel ». Un tel homme répand ses biens et donne à ceux qui sont dans le besoin. Or sa bienveillante générosité n’est pas considérée là comme une grâce, mais comme une justice qui demeure éternellement. Sommes-nous accoutumés à considérer les dons dans cette lumière ? Nous avons tellement reçu de la part de Dieu qu’il n’est que juste que nous nous trouvions à notre tour à la place de ceux qui donnent, si Dieu nous a confié des biens matériels ou spirituels. Si nous ne donnons pas, mais nous contentons d’accumuler ce qui nous est donné ou de l’utiliser pour satisfaire nos plaisirs, nous sommes franchement injustes. Considérons et assimilons bien ceci, et mettons-le en pratique dans nos vies.

De plus, une libéralité généreuse et joyeuse a des résultats magnifiques. Il y a d’abord le fait que « les besoins des saints » sont comblés, ce qui en soi est une très bonne chose. Qui pourrait en douter, après avoir vu le réconfort et la joie éprouvés par un croyant démuni qui vient d’être soulagé par la libéralité de ses frères et sœurs. Mais il y a plus cependant : Dieu est glorifié. Ce service « abonde par beaucoup d’actions de grâces rendues à Dieu » (v. 12). Le croyant qui a été aidé et soulagé rend grâces à Dieu de façon répétée pour le don reçu et pour ceux qui en sont les auteurs. Ensuite, ceux qui ont donné s’en trouvent tellement bénis et agrandis par Dieu qu’ils se mettent à rendre grâce d’avoir eu le privilège de donner. Le principe : « il est plus heureux de donner que de recevoir » a la meilleure autorité qui puisse être — c’est une parole de Jésus (cf. Act. 20:35). Et finalement, les croyants démunis, n’ayant rien à donner en retour, répondent à ce qui leur a été donné en rendant une ardente affection et d’instantes prières. Ceux qui donnent récoltent la bénédiction qui découle de l’amour et des prières de ceux qu’ils ont aidés.

Quelle merveilleuse succession d’heureux résultats de la libéralité ! Il n’est pas étonnant qu’elle soit mentionnée parmi les « dons » de Romains 12, et qu’ailleurs nous lisions « N’oubliez pas la bienfaisance, et de faire part de vos biens » (Héb. 13:16). Que d’élargissement spirituel en découle ! Et à l’opposé, combien souvent la pauvreté spirituelle résulte directement de la négligence à cet égard ! Si les croyants se montrent avares dans leur administration des choses matérielles, le gouvernement de Dieu les laissera pauvres et démunis dans les choses spirituelles.

Tout don fait par un croyant provient de ce qui lui a été donné de Dieu. C’est pourquoi l’apôtre ne peut clore son exhortation sur ce sujet sans conduire nos pensées vers le don suprême de Dieu, duquel découle tout ce que nous pouvons donner. C’est un don si grand qu’il dépasse tout ce que nous sommes capables de dire ou de décrire. Nous ne pouvons qu’exprimer des actions de grâces pour cela !

« Dieu... a donné son Fils unique ». Il y a « l’Esprit Saint que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent ». « Le don de grâce de Dieu, c’est la vie éternelle ». On pourrait citer plusieurs autres versets sur ce thème. Nous croyons qu’au verset 15, dans la pensée de l’Esprit, tous ces grands dons sont traités comme un seul don, qui requiert de notre part des actions de grâce éternelles.

En ajoutant du fond du cœur notre « Amen » à cette action de grâces, désirons avoir une appréciation si vivante de la grandeur de ce don qu’elle nous conduise à mettre nous-mêmes en pratique la grâce de la libéralité.

 

11               Chapitre 10

Les quatre derniers chapitres de l’épître traitent principalement de sujets de caractère plus personnel, concernant les relations entre Paul et les Corinthiens. Qu’il s’étende aussi longuement sur de tels sujets pourrait paraître surprenant. Paul lui-même parle de cela comme étant une « folie » de sa part (11:1). Néanmoins ce qu’il écrit là est inspiré aussi bien que le reste de l’épître, et tout aussi profitable pour nous. Ces chapitres contiennent beaucoup de choses qui sont d’une grande importance pour tous les croyants, et dans tous les temps. C’est un gain immense pour nous qu’elles soient présentées non d’un point de vue théorique, mais comme un sujet concret et pratique, à propos des relations entre Paul et quelques-uns de ses frères dans la foi.

Durant l’absence de l’apôtre, les Corinthiens avaient été influencés, et hélas ! égarés, par d’autres ouvriers qui les avaient visités. Quelques-uns de ceux-ci peuvent avoir été de vrais croyants mal instruits, de tendance judaïsante ; mais d’autres n’étaient que des « ouvriers trompeurs » (11:13), de vrais agents de Satan. Quoi qu’il en soit, ils avaient travaillé à discréditer Paul, portant contre lui toutes sortes d’accusations et d’insinuations. Ils disaient, par exemple, que s’il était capable d’écrire des lettres « graves et fortes », en revanche, lorsqu’il était présent en personne, il était faible et insignifiant, et son discours méprisable. Ils déduisaient de cela qu’il ne possédait aucune autorité particulière, et que ses instructions pouvaient être mises de côté. C’est cette insinuation-là que Paul a en vue au début du chapitre 10, et à laquelle il répond.

Il accepte le reproche, avec la plus grande objectivité : oui, il est « chétif » quant à l’apparence extérieure. À le voir, il n’y avait rien en lui de particulièrement distingué ; depuis sa conversion, il avait le nom de « Paul », ce qui signifie « Petit ». Maintenant qu’il était loin d’eux, il usait de hardiesse envers eux. Cependant il avait l’intention de les visiter prochainement ; et il les supplie de se comporter de telle manière qu’il n’ait pas besoin d’exercer envers eux une discipline énergique et hardie qui pourrait être à leur déconvenue. Et il leur adresse cette supplication « par la douceur et la débonnaireté du Christ » — un levier à la fois délicat et puissant.

La douceur et la débonnaireté ne sont ni la faiblesse ni cette souplesse versatile qui se laisse tourner dans toutes les directions. Ces vertus font contraste avec l’autoritarisme et la dureté. Le Seigneur Jésus a dit : « Je suis débonnaire et humble de cœur » (Matt. 11:29). La douceur et la bienveillance devraient marquer tout à la fois notre caractère et notre comportement. La douceur et la débonnaireté suprêmes ont été réalisées en Christ, et pourtant personne n’était plus hardi que lui quand il s’agissait d’affirmer ce qui est juste ou de s’opposer au mal. Dans une grande mesure, l’apôtre suivait les traces de Jésus ; c’est pourquoi on pouvait voir en lui la hardiesse aussi bien que la douceur et la débonnaireté.

Fidèle à ce caractère, l’apôtre supplie les Corinthiens, au lieu de leur donner des commandements péremptoires. Cependant il y avait parmi eux des hommes qui pensaient qu’il marchait selon la chair. Cela le conduit à nous donner l’enseignement important qui suit, quant au caractère de sa marche et de son combat. Le verset 3 est particulièrement instructif en ce qu’il place ensemble devant nous les deux sens du mot « chair ». Nous marchons dans la chair, c’est-à-dire dans les corps de chair venant d’Adam. Mais nous ne combattons pas selon la chair, c’est-à-dire selon la nature adamique qui est liée à nos corps.

En parlant ainsi, Paul pensait bien sûr à lui-même et à ses collaborateurs. Simultanément, il exprimait ce qui devrait normalement être vrai de tout croyant. Qu’en est-il de nous ? Reconnaissons-nous le vrai caractère de la chair — c’est-à-dire de notre nature adamique — et traitons-nous celle-ci comme une chose condamnée ? Ce qui est normal pour un chrétien, c’est qu’il marche selon l’Esprit (Rom. 8:4). Cela n’est pas exprimé ici, mais sous-entendu.

Cependant, ce qui est en vue ici, ce n’est pas précisément notre marche ; c’est notre guerre. Le croyant est-il donc appelé à la guerre ? Oui, et à une guerre énergique. Mais ses armes, comme sa guerre elle-même, ne sont pas charnelles. Elles sont spirituelles.

Chaque serviteur de Christ est engagé dans le combat. Tout travail évangélique a ce caractère, parce que l’évangile est prêché dans le but d’abattre l’orgueil de l’homme et d’amener celui-ci aux pieds de Christ. Tout l’enseignement donné dans l’assemblée doit mettre à néant les pensées purement humaines. Or, les enseignements erronés ayant envahi la profession chrétienne, il doit nécessairement y avoir une lutte pour la foi, une lutte qui porte le caractère d’un combat. Mais tout combat nous met à l’épreuve, car nous nous laissons facilement aller à utiliser des armes purement naturelles et charnelles. Le politicien expérimenté qui veut amener les gens à sa cause ne manque pas d’armes dans son arsenal : l’argumentation, l’ironie, l’exagération manifeste, etc. Seulement, il n’est en lutte qu’avec d’autres êtres humains, sur un pied d’égalité.

Mais notre guerre est entièrement différente. Nous avons des « forteresses » à détruire. Qui possède ces forteresses ? Le grand adversaire lui-même. C’est lui qui se tient retranché dans des cœurs humains, et qui les amène à être pleins de « raisonnements », à s’élever avec orgueil contre la connaissance de Dieu, et à être caractérisés par la propre volonté. Toutes ces pensées qui s’élèvent doivent être abaissées et amenées captives à Christ, de sorte que la propre volonté soit remplacée par l’obéissance à Christ. Y a-t-il des armes suffisamment puissantes pour produire un tel résultat ?

Les armes simplement humaines sont parfaitement vaines. Les armes charnelles ne peuvent pas davantage vaincre la chair, que Satan chasser Satan. Les armes spirituelles seules peuvent remporter la victoire. Et pour être efficaces, il faut qu’elles soient utilisées d’une manière qui soit selon Dieu.

Quelles sont les armes spirituelles qui sont à notre disposition ? Dans ce passage, l’apôtre ne s’arrête pas pour le spécifier, bien que les versets qui suivent semblent indiquer qu’il pensait spécialement à l’autorité qu’il possédait comme apôtre pour exercer la discipline — autorité qui lui était propre. Il y a cependant des armes spirituelles que tous peuvent utiliser, par exemple celles qui sont mentionnées par les apôtres à Jérusalem quand ils disent : « Et, pour nous, nous persévérerons dans la prière et dans le service de la parole » (Act. 6:4). Chaque croyant peut prier, et chaque croyant peut, d’une manière ou d’une autre, proclamer la Parole.

Les apôtres reconnaissaient l’immense valeur de chacune de ces deux armes, et refusaient de permettre à quoi que ce soit — même à une chose bonne en elle-même — de les distraire de leur utilisation. Maintes fois, les serviteurs de Dieu se sont trouvés en face de quelque forteresse humaine d’orgueil et d’incrédulité, comme Israël devant Jéricho. Et pourtant, lorsque celle-ci a été encerclée par les prières de la foi, le moment est venu où la parole de Dieu a pu résonner comme une trompette : les murailles de l’incrédulité ont alors croulé, et la forteresse a été détruite. Le Seigneur lui-même a indiqué une autre arme spirituelle lorsqu’il a parlé d’une espèce de démons qui ne peuvent être chassés que par la prière et par le jeûne. Le jeûne est une arme qui n’est que très peu utilisée aujourd’hui.

Dieu veuille que nous soyons tous attentifs à ces choses ! Dans la prédication de l’évangile, par exemple, sommes-nous conscients que l’œuvre implique des conflits de cet ordre ? Si nous l’étions vraiment, nous serions zélés, à la réunion de prière, pour intercéder en faveur de ceux qui prêchent — pour autant que nous ayons la gloire de Dieu à cœur et qu’il y ait en nous l’amour pour les âmes qui périssent.

L’apôtre fait une application très directe de ces principes aux Corinthiens. La discipline qu’il avait l’autorité d’exercer était une arme spirituelle, comme nous l’avons déjà dit, et il se pouvait qu’ils en éprouvent peu après le tranchant. Si la puissance de Dieu est là pour la destruction des forteresses de l’incrédulité (v. 4), la même puissance peut opérer le jugement des chrétiens charnels et désobéissants (v. 8). Mais l’usage normal et naturel de cette puissance est l’édification des saints.

L’apôtre possédait une autorité que le Seigneur lui avait donnée, et une puissance correspondant à cette autorité. Les Corinthiens, n’étant pas très spirituels, avaient tendance à s’occuper beaucoup de l’apparence extérieure (cf. v. 1). Paul pouvait leur paraître sans attrait aucun, mais qu’ils veuillent bien se souvenir qu’il était « à Christ » (v. 7), et cela au moins tout autant que ceux qui étaient ses opposants et ses détracteurs ! Et il possédait une autorité qu’eux n’avaient pas. Qu’ils sachent aussi que lorsqu’il serait présent au milieu d’eux, ils le trouveraient être exactement tel que le révélaient ses lettres — qu’ils disaient « graves et fortes ». Nous avons ici une indication, insérée incidemment, de l’effet que ses écrits inspirés avaient sur les gens de son époque. Ils étaient la parole de Dieu, et ils s’imposaient eux-mêmes comme étant tels dans les cœurs de ceux qui avaient quelque sensibilité spirituelle. C’est ce qu’ils font aussi aujourd’hui. Nous les reconnaissons comme étant beaucoup trop grands et puissants pour n’être qu’une simple parole d’homme.

En parlant de son autorité, Paul était bien loin de se livrer à une espèce de compétition avec ceux qui s’opposaient à lui. Ils étaient soucieux de se recommander eux-mêmes, et de s’affirmer auprès des Corinthiens. Ainsi un esprit de compétition se développait parmi eux, et ils se mettaient à « se mesurer eux-mêmes par eux-mêmes » et à « se comparer eux-mêmes à eux-mêmes » — ce qui était une façon de faire vraiment inintelligente. En faisant ainsi ils ne s’élevaient pas plus haut qu’eux-mêmes. Il n’y avait que le « moi » qui comptait. Un homme peut se distinguer par telle caractéristique, et un autre homme par telle autre. Mais en se comparant les uns aux autres, ils ne s’élevaient jamais jusqu’à Dieu et à la mesure que lui a fixée.

Au verset 13, Paul continue à utiliser le mot « mesure », mais dans un sens un peu différent, en le liant au mot « règle », qui apparaît encore dans les versets 15 et 16. On pourrait penser qu’il fait allusion à l’œuvre de Dieu en création, comme elle est décrite en Job. Là, Dieu lui-même demande, en parlant de la terre : « Qui lui a établi sa mesure, — si tu le sais ? Ou qui a étendu le cordeau sur elle ? » (38:5). Notre Dieu opère avec mesure et avec ordre, que ce soit dans la création ou dans l’administration qui se lie à sa grâce. Or Dieu avait réparti les choses et fixé une règle relativement au service apostolique de Paul.

Par d’autres passages nous apprenons quelle était la mesure et la règle du service de Paul. Il pouvait dire : « J’ai été établi prédicateur et apôtre... docteur des nations dans la foi et dans la vérité » (1 Tim. 2:7). Le champ de travail qui lui était assigné était extrêmement étendu. Tout le monde des Gentils se trouvait à l’intérieur de ce qui constituait sa mesure. Il ne s’était certes pas étendu au-delà de sa mesure en venant jusqu’aux Corinthiens. Sa mesure allait bien jusqu’à eux. Ils étaient sans conteste inclus dans le domaine de sa mission apostolique.

De fait, le zèle évangélique de Paul voyait, au-delà de Corinthe, des régions plus éloignées dans lesquelles il se sentait pressé d’aller prêcher la bonne nouvelle. Dans l’épître aux Romains, il rapporte qu’il a « pleinement annoncé l’évangile du Christ » « depuis Jérusalem, et tout alentour, jusqu’en Illyrie » — c’est-à-dire la région que nous connaissons sous le nom d’Albanie, sur les rives de l’Adriatique (15:19). Et finalement il est allé jusqu’à Rome. Le vrai évangéliste porte toujours son regard sur « les lieux qui sont au-delà ».

Ne manquons pas de remarquer la petite clause du verset 15 : « votre foi s’accroissant ». Il y avait un lien entre l’accroissement de la foi des Corinthiens et l’élargissement du service de Paul, en tout cas en ce qui concerne l’étendue géographique. Aussi longtemps que leur foi serait faible, tout leur état spirituel serait faible, et cela aurait des conséquences sur les activités et sur le service de Paul. Mais s’il les voyait forts dans la foi, il serait plus libre d’aller de chez eux jusque dans des régions plus éloignées. Voilà comment l’état spirituel des croyants affecte l’activité des serviteurs de Dieu. Nous sommes membres les uns des autres ; et un apôtre même ne peut être insensible à l’état des autres. Cela est entièrement vrai pour nous aujourd’hui, bien sûr. Que Dieu nous aide à rechercher consciencieusement en sa présence si notre état contribue à élargir ou à restreindre le champ de travail de ses serviteurs. C’est nécessairement l’un ou l’autre.

Plusieurs des remarques que l’apôtre fait dans ces versets ont pour but de montrer que les hommes qui s’opposaient à lui, et cherchaient à détourner de lui les Corinthiens, travaillaient d’une manière très différente. Ils se glorifiaient de choses qui étaient au-delà de leur mesure. Ils n’avaient pas reçu leur mission du Seigneur ressuscité, comme Paul l’avait reçue. Ils ne cherchaient pas à étendre leur activité à des régions plus éloignées, et n’étaient pas prêts à souffrir les privations et les persécutions qu’impliquaient un tel travail. Ils se glorifiaient « dans les travaux d’autrui », s’ingérant dans son travail (v. 15). Comme le dit le verset 16, ils se glorifiaient « dans la règle d’autrui, des choses déjà toutes préparées ».

Mais l’apôtre ne se glorifiait ni dans l’homme, ni même dans l’œuvre. Comme dans la première épître, il déclare ici : « Que celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur ! » (v. 17 ; cf. 1 Cor. 1:31). Si c’est le Seigneur qui donne la mesure et la règle, tout va bien. Si c’est lui qui fait prospérer l’œuvre de sorte que des hommes sont amenés à la foi en Christ, et qu’en temps utile leur foi augmente, c’est très bien. Mais même lorsqu’il en est ainsi, il ne faut se glorifier que dans le Seigneur, dont nous sommes les serviteurs.

D’un autre côté, la recommandation qui vient du Seigneur est la seule qui ait quelque valeur. Les hommes peuvent se mettre en avant et se glorifier eux-mêmes, comme le faisaient les opposants de Paul, mais tout cela n’a aucune valeur. Il est très naturel pour les hommes de recevoir « de la gloire l’un de l’autre » et de ne pas rechercher « la gloire qui vient de Dieu seul » (cf. Jean 5:44), mais cela conduit à la ruine. Avoir l’approbation du Seigneur lors du grand jour du tribunal de Christ, c’est cela qui compte. Que nos vies montrent que nos yeux sont fixés sur ce jour-là !

 

12               Chapitre 11

À la lumière du jour à venir où le Seigneur recommandera ses serviteurs, se recommander soi-même auprès de ses frères n’est qu’une folie. C’est ce que Paul relève dans le premier verset de ce chapitre, dans lequel il continue à parler de lui-même — plus encore que dans le chapitre précédent. Mais c’est toujours en vue de convaincre les Corinthiens de la réalité de sa mission apostolique. Il reconnaît ouvertement que c’est une folie d’agir ainsi et leur demande de le supporter.

Qu’est-ce qui conduisait l’apôtre à agir ainsi ? Dans leurs accusations et leurs insinuations contre lui, ses détracteurs n’en voulaient pas seulement à sa personne ; ils avaient un motif caché. En rabaissant Paul, ils visaient à saper, dans les esprits des Corinthiens, la vérité qu’il leur avait apportée. Démolir leur confiance en Paul était une première étape vers le renversement de l’évangile qu’il prêchait. Cela fait, Christ perdrait la première place qu’il devait occuper dans leurs cœurs.

Or cette pensée remuait très profondément le cœur de l’apôtre. Élie, à son époque, avait été très jaloux pour l’Éternel, le Dieu des armées ; et ici nous trouvons Paul jaloux d’une jalousie de Dieu quant à Christ. Lorsqu’ils avaient pleinement accepté l’évangile qu’il leur avait prêché, leurs cœurs de nouveaux convertis avaient été entièrement conquis à Christ, de sorte que l’apôtre peut leur dire : « Je vous ai fiancés à un seul mari, pour vous présenter au Christ comme une vierge chaste » (v. 2). C’est un langage imagé, mais sa signification est bien claire. Paul prêchait — et nous devrions faire comme lui — de façon que les cœurs de ceux qui croient soient totalement engagés pour Christ. Mais ceci n’est qu’un premier point.

À l’exemple de Paul, notre but devrait aussi être que chaque croyant puisse garder ce dévouement entier à Christ durant toute sa vie, jusqu’au moment de sa présentation à Christ dans la gloire. Chaque cœur de croyant devrait porter ce caractère de « vierge chaste », non corrompu et détourné par quelque autre affection ou passion. Hélas, combien peu nous portons ce caractère ! Nos pensées se laissent facilement détourner de Christ, et nous risquons de consacrer beaucoup d’énergie à poursuivre d’autres objets qui ont pris possession de nos cœurs. On peut se détourner de lui pour s’attacher à des choses qui sont franchement opposées à lui ; mais si c’est pour s’attacher à des choses qui ont quelque rapport avec lui, et qui sont bonnes en elles-mêmes, le piège est encore plus grand. Que Dieu nous aide et nous garde de cela !

Le verset 3 est très important ; il nous montre comment le grand adversaire place des pièges devant nous. Le chapitre 4 nous a parlé de ses méthodes pour aveugler les esprits de ceux qui ne croient pas. Ici nous apprenons qu’à l’égard de ceux qui ont cru, et pour lesquels ses tactiques d’aveuglement ont échoué, il pratique inlassablement la séduction. C’est ce qu’il a fait avec Ève. Or quand il agit avec ruse comme le serpent, il est bien plus dangereux que lorsqu’il attaque comme un lion rugissant.

Sous les traits du serpent, le diable a séduit Ève d’une façon très subtile et astucieuse. De manière progressive, il a corrompu ses pensées quant à Dieu, et l’a conduite à agir séparément et indépendamment de son mari. Ses méthodes d’aujourd’hui sont très semblables. Il cherche à nous détourner de la simplicité et de la vraie soumission à Christ.

L’expression « détournés de la simplicité quant au Christ » est très suggestive et mérite d’être méditée soigneusement. Dans ce monde, les choses vont du simple au complexe. Les premières machines à imprimer, par exemple, étaient fort simples ; mais à travers les siècles, elles ont acquis un haut degré de complexité. Ainsi, d’ordinaire, dans les affaires de ce monde, nous voyons les choses se développer et se perfectionner à partir de leur simplicité originelle. Mais ici nous nous occupons de choses extraordinaires et en dehors des affaires de ce monde. Les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées, et ses voies ne sont pas nos voies. Il est important que ceci soit fermement ancré dans nos âmes.

Les œuvres et les voies de Dieu sont caractérisées par la simplicité, une simplicité parfaite. Nous ne pouvons y apporter aucune amélioration. Si nous essayons d’y toucher, nous ne pouvons que les corrompre. L’évangile est l’essence même de la simplicité. Il nous présente Christ comme Celui qui est l’expression de tout ce que Dieu a à nous dire, comme aussi il est Celui qui a opéré l’œuvre nécessaire de la rédemption, et en qui nous nous tenons maintenant devant Dieu. Ceci nous amène devant lui dans une position de complète sujétion. Mais Satan est passé maître dans les artifices et la subtilité. En manipulant les hommes qui étaient les opposants de Paul, il ne niait pas entièrement le Christ que Paul prêchait (v. 4).

Au lieu de nier Christ, ils avaient la prétention de lui ajouter quelque chose. Une idée plus précise de leur position nous est fournie par l’épître aux Galates, où nous voyons ces hommes ajouter la loi à Christ, et enseigner que, bien que nous soyons justifiés par lui, nous sommes placés sous la loi en vue de réaliser la sainteté. Ils étaient prêts à admettre que Christ ait été fait notre justice, mais qu’il ait aussi été fait notre sainteté leur paraissait beaucoup trop simple (cf. 1 Cor. 1:30).

La tendance à rechercher ce qui est élaboré, compliqué, difficile à comprendre, voire tiré par les cheveux, nous guette en permanence. L’intellectuel de ce monde trouve l’évangile beaucoup trop simple et s’y achoppe. Le malheur, c’est que les croyants très doués intellectuellement sont toujours en danger de s’égarer dans la même direction, s’ils ne marchent pas dans un esprit de jugement de soi-même quant à l’intellectualisme. S’ils ne cultivent pas cet esprit de jugement, leurs constructions intellectuelles, leurs pensées profondes et difficiles à saisir, n’auront d’autre résultat que de corrompre la simplicité quant à Christ.

L’esprit est une partie très importante de l’homme, et il est la cible des séductions les plus habiles de Satan. L’esprit n’est de loin pas la totalité de l’être : les affections et la conscience occupent en lui une très grande place. Le problème, pour un intellectuel croyant, c’est qu’il a facilement tendance à accorder à son esprit une place beaucoup plus grande que celle que l’Écriture lui accorde, et d’oublier que Dieu nous révèle sa vérité non pour notre jouissance intellectuelle, mais pour qu’elle ait autorité sur nos cœurs, qu’elle fasse travailler nos consciences et qu’elle gouverne nos vies. Si nous en sommes bien conscients, nous trouverons largement de quoi occuper notre énergie spirituelle dans la simplicité profonde de la vérité. Et ainsi s’évanouiront nos envies de choses compliquées, nouvelles et obscures.

« La simplicité quant au Christ ! » — c’est bien ce dont nous avons besoin. Le connaître, l’aimer, étant unis à lui par le cœur, l’adorer, le servir... Si nos esprits sont arrêtés sur lui dans une simplicité pure, tout le reste nous sera donné par-dessus, et nous serons maintenus dans la ferveur du « premier amour ». C’est au niveau de ce point précis que le déclin s’est installé dans la chrétienté, comme on le voit en Apocalypse 2:4. Il en est de même ici : Paul savait bien que si Satan parvenait à séduire à cet égard, il réussirait sur toute la ligne.

Ainsi en défendant une fois de plus son évangile de l’attaque subtile de Satan par des hommes qui le servaient inconsciemment, l’apôtre est contraint de montrer clairement la réalité et la puissance de son apostolat, en contraste avec ce qui caractérisait ces hommes. Il était en effet un apôtre, et n’était en rien inférieur aux plus excellents parmi les douze.

En lisant les versets 6 à 9, nous comprenons que l’apôtre avait été sous-estimé non seulement à cause de son langage peu éloquent, mais parce qu’il n’avait reçu aucune aide financière de la part des Corinthiens lors de son séjour parmi eux. En touchant ce sujet, ses propos se teintent d’ironie. Il s’était abaissé lui-même pour les élever. Était-ce une faute, un péché ? Il avait accepté de l’aide d’autres assemblées, en particulier celles de Macédoine, et dit même les avoir dépouillées — façon de parler, bien sûr. Il avait été entièrement au service des Corinthiens sans que cela leur ait coûté quoi que ce soit. Et il s’en glorifie, non pas pour s’élever lui-même, comme s’il ne les aimait pas, mais justement parce qu’il les aime et qu’il désire les délivrer de la fascination que ses opposants exercent sur eux par la vantardise qu’ils se permettent avec tant de liberté.

Ceci conduit l’apôtre à parler sans ambages de ses opposants. C’étaient « de faux apôtres », car ils n’avaient jamais été envoyés par le Seigneur comme l’étaient les vrais apôtres. C’étaient bien des « ouvriers », mais « trompeurs », vu qu’ils se faisaient passer pour ce qu’ils n’étaient pas. En ceci, ils participaient du caractère de celui qu’ils servaient, et leur fin serait selon leurs œuvres.

Il est important de nous souvenir que Satan se transforme souvent en ange de lumière, et ses ministres en ministres de justice. Ainsi, nous devons nous attendre à voir le péché et l’erreur se présenter sous un jour plaisant et agréable. En de nombreuses occasions, les défenseurs de l’erreur ont été des gens très bien. Mais il est dangereux d’accepter un message parce que celui qui l’apporte semble bon, charmant, éloquent... ou même qu’il semble avoir le resplendissement d’un ange de lumière. Le seul test valable est celui-ci : apporte-t-il la doctrine de Christ, le vrai évangile ? S’il en est ainsi, recevons-le entièrement, même s’il est un peu maladroit, s’il n’est pas un brillant orateur ou s’il n’est guère attirant. Celui qui charme d’emblée ses auditeurs n’est que trop souvent un ministre de Satan déguisé.

Tel était donc le caractère de certains, si ce n’est de tous ceux qui s’opposaient à Paul. Jusqu’ici il n’a pas beaucoup parlé d’eux, mais le moment est venu pour lui de s’élever contre eux et de les exposer au grand jour. Ces gens se vantaient continuellement, dans le but de s’élever eux-mêmes. L’esprit dont ils étaient animés était totalement opposé à celui de Paul. Celui-ci s’abaissait lui-même afin d’élever ceux dont il recherchait la bénédiction (v. 7). Eux, par contre, s’élevaient eux-mêmes et ne se faisaient aucun scrupule d’exploiter ceux qu’ils prétendaient servir. Ils les asservissaient, ils les dévoraient en prenant leur bien, ils les frappaient même au visage. Cette dernière expression doit probablement être comprise au sens figuré : ils traitaient les croyants de façon grossière et hautaine, ou pratiquaient l’intimidation. Les Corinthiens, étant charnels, avaient manifestement été subjugués par leurs manières dominatrices. S’ils avaient été plus spirituels, ils auraient discerné ce que cela cachait.

Puisque ces hommes agissaient de cette manière, Paul sentait qu’il devait relever le défi. S’ils tenaient à se livrer à une sorte de compétition pour savoir qui avait les plus hautes références, il mettrait un peu plus en avant les siennes. Toute cette vantardise n’était qu’une folie, mais puisqu’ils en avaient pris l’initiative, il poursuivrait. Au verset 19, il pratique à nouveau l’ironie. Les Corinthiens, qui avaient été enrichis en toute connaissance, prenaient la place d’hommes sages et semblaient supporter allègrement les insensés qui se vantaient abondamment. En effet, leur dit-il, vous paraissez supporter que ces vantards vous rudoient et vous tyrannisent comme ils l’ont fait.

Il semble que les prétentions de ces hommes étaient centrées sur deux points : premièrement leur ascendance hébraïque et israélite — la semence d’Abraham selon la chair — et deuxièmement, leur dignité de ministres de Christ — ce qu’ils prétendaient être. Sur le premier point, quelque valeur qu’il ait pu avoir, Paul ne leur était nullement inférieur. Il peut dire sans l’ombre d’une hésitation : « Moi aussi ».

Mais quand il s’agit du deuxième point, il ne dit pas : « Moi aussi », mais : « Moi outre mesure », car il les surpasse entièrement, sans comparaison possible. Et l’apôtre poursuit, non en énumérant ses propres triomphes, mais en évoquant les souffrances qu’il a endurées.

Pesons bien ceci. Si nous avions été à la place de Paul, peut-être que nous aurions parlé de l’immense puissance de Dieu manifestée dans notre service. Nous aurions eu beaucoup à dire : des manifestations de puissance et de miracles, des conversions remarquables, de merveilleuses transformations de vie et de caractère. Aurions-nous eu l’idée de mentionner les coups, les difficultés, les souffrances endurées ? Probablement pas. Et s’il s’agissait vraiment de nous, aurions-nous beaucoup de choses de cet ordre à dire ?

Nous ne disons pas que le serviteur de Christ ne doive jamais parler de ce que le Seigneur a opéré en bénédiction par son moyen. Il y a des occasions où il est tout à fait à sa place de le faire, comme nous le voyons en Actes 14:27 et 15:12. Ce que nous voulons dire, c’est que lorsqu’il est question des bonnes références qui peuvent être au crédit de quelqu’un, lorsqu’il s’agit de rappeler des faits qui prouvent de façon certaine qu’il est un vrai serviteur de Christ, alors c’est la mention des souffrances qui est la plus significative. Des signes et des miracles peuvent être produits par une puissance autre que celle de l’Esprit de Dieu. Mais rien d’autre qu’un dévouement absolu au Seigneur ne permet de servir avec patience et persévérance durant des années de labeur et de souffrance.

En fait, Paul était plus qu’un « ministre de Christ » (v. 23). Il était un apôtre de Christ, et il était activement engagé dans la tâche qu’il décrit dans l’épître aux Colossiens : « J’accomplis dans ma chair ce qui reste encore à souffrir des afflictions du Christ » (1:24). D’après ce que les Écritures nous rapportent, nous pouvons dire qu’en ce qui concerne les souffrances, il occupe une place unique dans l’ensemble des hommes de Dieu. Abraham, Moïse, David, Daniel, ont tous eu leurs caractéristiques distinctives par lesquelles ils ont plu à Dieu ; mais en ce qui concerne les souffrances, aucun n’arrive à la cheville de Paul. Travaux, coups, prisons, morts, voyages, périls de toute sorte, peine, labeur, veilles, faim, soif, jeûnes, froid, nudité, sollicitude — quelle liste ! Elle couvre à peu près l’ensemble des souffrances humaines, dans le corps ou l’esprit.

Le livre des Actes nous relate certaines des expériences dont il parle ici. « Une fois j’ai été lapidé » se rapporte à Actes 14:19. « Dans les morts souvent » peut se référer à l’émeute dans le théâtre d’Éphèse (Actes 19:23-41), car il parle d’une « si grande mort » dans le premier chapitre de notre épître. Et quand il écrivait ces lignes, ses expériences n’étaient pas terminées. Il avait déjà fait naufrage trois fois, passant même un jour et une nuit dans les profondeurs de la mer. Et le naufrage mentionné en Actes 27 n’avait pas encore eu lieu.

Il est permis de penser que les souffrances les plus épuisantes de toutes ont été celles qui sont mentionnées en dernier : « la sollicitude pour toutes les assemblées ». Porter la faiblesse des âmes fragiles, écouter les plaintes continuelles des offensés, corriger les égarements des croyants, engager des combats contre de faux frères pour défendre la vérité — tout ceci a dû être ce qu’il y avait de plus éprouvant. Et pourtant, c’est ce que l’apôtre a fidèlement accompli.

L’incident auquel il fait allusion pour clore ce chapitre semble être un symbole de la direction générale de sa vie de service. Il a été dévalé de la muraille dans une corbeille. Cette circonstance n’a rien de glorieux. Mais ce sont justement les événements humiliants et les souffrances qu’ils impliquent qui ont inscrit sur son corps les marques du Seigneur Jésus (cf. Gal. 6:17), et qui l’ont distingué, d’une façon exceptionnelle, comme un serviteur de Christ.

 

13               Chapitre 12

La remarque par laquelle l’apôtre commence le chapitre 12 montre de nouveau qu’il lui répugne de parler de lui-même, même s’il se voit contraint de le faire. « Il est vrai qu’il est sans profit pour moi de me glorifier », dit-il. Ce qu’il avait à dire de lui-même ne lui procurerait aucun profit, aucun crédit. Coups, périls, faim, soif, nudité, infirmités — toutes ces choses qu’il venait de mentionner — ne sont pas des expériences considérées comme profitables selon les valeurs du monde. Et dans les choses dont il va parler maintenant, dans ce qu’il a reçu du Seigneur en fait de visions et de révélations, il n’y a non plus aucun crédit pour lui. Car ce n’est pas en tant qu’apôtre qu’il les a reçues, et encore moins en tant qu’homme dans la chair, mais comme étant « un homme en Christ ».

Nous n’allons pas trop loin en faisant cette distinction. C’est Paul lui-même qui la fait et il y accorde beaucoup d’importance. Remarquez comment les versets 2 à 5 développent la pensée : « un homme en Christ », « un tel homme », « un tel homme »... Des révélations célestes avaient été confiées à un homme tel que celui-là. Qui est donc, et quel est cet homme en Christ ?

Paul fait ici allusion à une expérience merveilleuse de sa propre histoire. Cependant il prend soin d’en éliminer l’élément personnel afin de nous montrer que cette expérience n’était possible que parce qu’il était « un tel homme », « un homme en Christ ». En parlant ainsi de façon impersonnelle, il pouvait garder dans sa pensée, de façon abstraite, ce que Dieu avait fait de lui en tant que « nouvelle création ». Il écrit ailleurs : « Nous sommes son ouvrage, ayant été créés dans le Christ Jésus pour les bonnes œuvres... » (Éph. 2:10), et : « Si quelqu’un est en Christ, c’est une nouvelle création » (2 Cor. 5:17). Toute personne qui croit véritablement au Seigneur Jésus est « un homme en Christ ». Chacun d’entre nous devrait désirer ardemment comprendre le sens profond de ce fait.

Par notre naissance naturelle, nous sommes des hommes en Adam, c’est-à-dire que nous recevons sa vie, nous sommes de sa race et de son ordre, héritant ainsi de son caractère de pécheur — bien que ces traits apparaissent dans les individus de façon et à des degrés divers. Par la grâce de Dieu, dans la nouvelle création, le croyant reçoit la vie du Christ ressuscité ; ainsi il est de sa race et de son ordre. La nouvelle vie qu’il a reçue a ses propres caractéristiques ; ce sont celles qui ont été vues en Christ lui-même dans toute leur beauté. Il est vrai que, dans les croyants individuellement, ces qualités ne sont vues que de façon et à des degrés divers, et, dans le meilleur des cas, de façon partielle.

Il en est ainsi parce que chaque croyant a encore la chair en lui tant qu’il demeure dans ce monde, et qu’elle obscurcit et contredit les traits de la vie de Christ chaque fois qu’il lui est permis d’opérer. Cependant, nos nombreux manquements ne doivent pas nous cacher le fait que chacun de nous est « un homme en Christ » ; c’est le résultat de l’œuvre de Dieu.

Quand le Seigneur viendra et que nous aurons « revêtu notre domicile qui est du ciel », le dernier lien que nous avons avec le premier Adam aura disparu. Nos corps mêmes appartiendront à une création d’un nouvel ordre. Il n’y aura rien en nous qui ne soit pas de la nouvelle création, et ainsi la difficulté que nous avons actuellement de comprendre ce que nous sommes aura disparu. Nous n’aurons plus besoin de faire des distinctions difficiles et de parler d’un « tel homme », car il ne sera plus question d’aucun autre. Quelle perspective glorieuse !

Pour ce qui est du présent, nous devrions toujours parler comme Paul le fait ici. Et quelle merveille de découvrir qu’un homme en Christ puisse être ravi dans le paradis, dans le troisième ciel, qu’il puisse s’y sentir à la maison et y recevoir de la part de Dieu des communications dont le caractère dépasse tout ce qui peut être connu dans ce monde ! Quel contraste pour l’apôtre entre une telle expérience et toutes celles qu’il a connues dans sa vie de service, et dont il a parlé plus haut ! Dans les unes, il a été abaissé de la façon la plus humiliante ; dans l’autre, il a été élevé jusque dans le paradis. Cette expérience a certainement été pour lui une immense récompense de ses souffrances, et ce n’était qu’un avant-goût des choses plus grandes et éternelles qui sont à venir. Il n’est pas étonnant qu’il nous parle au chapitre 4 de la « mesure surabondante » et du « poids éternel » de la gloire qui nous attend.

Cette gloire nous attend jusqu’au moment où nous aussi nous serons enlevés à la rencontre du Seigneur (cf. 1 Thess. 4:17). Quand tous les saints seront ainsi enlevés — l’apôtre Paul étant du nombre — ils seront revêtus de corps de gloire. Il n’y pas l’ombre d’un doute à ce sujet. Toutefois il y avait quelque incertitude quant à l’expérience que Paul rapporte ici, et il le mentionne à deux reprises. S’agissait-il d’une expérience surnaturelle, du genre d’une vision, qu’il aurait eue alors qu’il était encore dans le corps, c’est-à-dire dans la condition d’un homme vivant sur la terre ? Ou était-il hors du corps, son esprit était-il entré dans la présence du Seigneur, comme quelqu’un qui passe par la mort et est ensuite ramené à la vie ? La précision qu’il donne quant à la date de cet événement rend plausible l’hypothèse qu’il ait pu connaître cette expérience lors de la lapidation rapportée en Actes 14, où, alors que tous le tenaient pour mort, son corps apparemment sans vie avait été traîné hors de la ville.

C’est bien lui-même qui avait vécu cette expérience merveilleuse, bien qu’il soit incertain quant à la condition exacte dans laquelle il se trouvait alors. D’ailleurs, ceci montre que lorsqu’un croyant « s’endort », cela ne signifie pas que son âme s’endorme. Si le décès d’un croyant impliquait une inconscience totale jusqu’au retour du Seigneur, alors l’apôtre n’aurait pas été dans cet état d’incertitude. Il aurait dit : Je dois avoir été dans le corps, car j’étais conscient : si j’avais été hors du corps, je n’aurais pas été conscient du tout.

Cet homme en Christ avait été ravi jusqu’au troisième ciel, c’est-à-dire dans la présence immédiate de Dieu, dont le lieu très saint du tabernacle est le type. Nous avons une pleine liberté pour entrer dans les lieux saints par le sang de Jésus ; et Paul a expérimenté que, comme homme en Christ, il avait libre accès au troisième ciel, qu’il identifie au « paradis » dans lequel le brigand est entré pour être avec Christ. Durant le moment qu’il a passé là, il a été mis en contact avec des choses d’un ordre entièrement en dehors de tout ce qui est connu dans ce monde. Il a entendu « des paroles ineffables qu’il n’est pas permis à l’homme d’exprimer » (v. 4).

Ceci ne signifie pas qu’il ait entendu des propos mystérieux et incompréhensibles pour lui, mais que les choses qu’il a entendues, et sans aucun doute comprises jusqu’à un certain point, étaient si élevées qu’elles sont au-delà de notre entendement dans notre condition présente. Les paroles dites dans le troisième ciel ne peuvent pas nous être communiquées. Il n’existe pas de langage pour les exprimer. Et s’il était possible de nous faire part d’un petit peu de ce « poids éternel de gloire », cela ne ferait que nous écraser dans notre actuelle condition de faiblesse. Donc il n’était pas permis à Paul de transmettre les choses qu’il avait entendues, même s’il avait pu trouver les mots appropriés pour exprimer ce qui lui avait été révélé. Cette vision et cette révélation du Seigneur étaient un privilège particulier qui lui avait été accordé pour l’éclairer et le fortifier.

Dans tout ceci, il n’y avait rien dont Paul puisse se glorifier, comme il le dit au verset 5. Les circonstances que Dieu avait permises l’avaient placé dans une position où il était contraint de parler de cette expérience merveilleuse, sur laquelle il avait gardé le silence durant quatorze ans. Et ainsi, bien qu’il ait pu mentionner beaucoup d’autres choses tout en s’en tenant à la stricte vérité (ce que ses opposants ne faisaient pas toujours), il se bornait à parler de ses infirmités.

Ceci l’amène à nous révéler que lorsqu’il a repris son service actif dans le monde, Dieu l’a fait passer par une discipline particulière, de manière à le préserver des dangers qui le menaçaient. La chair de Paul n’avait pas été changée, quant à ses mauvais penchants, par une telle expérience. Facilement il aurait pu s’élever avec fierté et orgueil, et s’exposer à une chute malheureuse. Alors, une écharde dans la chair lui avait été donnée comme une sorte de contrepoids. D’un côté il y avait eu le paradis et les paroles inexprimables, d’un autre il y avait l’écharde et les soufflets.

En quoi consistait cette écharde, nous ne le savons pas. C’est probablement laissé dans le flou afin que notre attention se porte sur le fait que toute affliction, même la plus pénible qui soit, peut devenir pour nous une occasion de bénédiction, et une protection.

Quelle qu’en soit la nature, cette écharde affectait le corps de Paul pour le bien de son âme. Elle venait de la part de Satan, puisqu’il la présente comme un ange de Satan pour le souffleter. C’est sa stratégie d’attaque quand il s’agit d’un croyant fidèle et dévoué. Le diable aveugle les esprits des incrédules (chap. 4). Il s’efforce de corrompre les simples et les mal affermis (chap. 11). Mais pour Paul, pour celui qui avait été ravi dans le troisième ciel, il fallait autre chose. Et Satan faisait tomber ses coups les plus lourds sur le corps de Paul.

Il faudrait plutôt dire que le diable avait la permission de lui donner de tels coups ; car tout ce qui arrivait était sous le contrôle de la main de Dieu. Qu’il s’agisse de Paul ici ou de Job longtemps auparavant, on peut discerner trois niveaux dans l’origine des événements. Au niveau inférieur, il y avait le feu du ciel, le grand vent et des hommes méchants dans le cas de Job, et l’écharde pour la chair dans le cas de Paul. Derrière chacune de ces choses, il y avait la puissance et l’hostilité de Satan. Mais au-dessus de tout cela, il y avait la main de Dieu, la cause première de tout. Ce qui a été le salut et la bénédiction de Job, c’est qu’il n’a pas regardé les causes d’ordre inférieur — ni les causes visibles, ni même l’action de Satan — mais qu’il a tout reçu comme venant de la main de Dieu. Il en est de même pour Paul.

Tout naturellement, Paul s’est tourné vers le Seigneur par la prière. Il lui a adressé d’instantes prières. Il n’a pas seulement prié, mais « supplié » le Seigneur, et cela par « trois fois ». Et pourtant, sa demande n’a pas été accordée. Au lieu d’enlever l’écharde, le Seigneur lui a donné l’assurance de son abondante grâce, une grâce telle que l’écharde allait devenir un actif plutôt qu’un passif, un moyen de bénédiction plutôt qu’un obstacle. Le Seigneur a répondu à sa prière, mais pas comme il s’y attendait. Il lui a donné ce qui était le meilleur pour lui. Et la grâce qu’il lui a accordée était bien davantage qu’une compensation de l’écharde.

Le Seigneur répond à Paul : « Ma grâce te suffit ». Portons toute notre attention sur ce petit mot « Ma ». L’écharde était un ange de Satan, mais la grâce était celle de Christ. Le Seigneur et sa grâce sont infinis, suffisants pour des myriades de myriades de croyants — donc largement suffisants pour Paul, ou pour chacun de nous, quelles que puissent être nos circonstances. Puis le Seigneur ajoute : « Ma puissance s’accomplit dans l’infirmité ». Si l’écharde servait à augmenter et à souligner la faiblesse de Paul, par la même occasion elle ouvrait la voie à une manifestation plus complète et plus parfaite de la grâce du Seigneur.

Sans aucun doute, tout ceci va totalement à l’encontre de nos pensées naturelles. Nous associons volontiers l’idée de la puissance et de la force à celle d’un esprit et d’un corps en bonne santé. Nous aurions tendance à dire : Je me glorifierai de mon bon état, afin que la puissance du Christ demeure sur moi ; et quand je suis parfaitement au point, alors je suis fort. Mais nous nous tromperions grandement. La pensée de Dieu est toute différente, et elle seule est juste. Nous aimerions peut-être nous présenter au Seigneur pour un service en disant : « Tel que je suis, jeune, fort, libre ». Paul a dû apprendre à dire : « Tel que je suis, vieux, infirme, faible ». Et il est certain que le Seigneur a accompli beaucoup plus par Paul qu’il n’accomplira jamais par l’un de nous.

L’écharde pour la chair avait donc deux effets bénéfiques. Premièrement, elle tenait en échec la tendance à l’orgueil qui, autrement, aurait pu s’emparer de Paul et le faire tomber. Secondement, elle l’amenait à se rejeter tellement sur le Seigneur qu’elle devenait un moyen par lequel d’abondantes provisions de grâce lui étaient accordées.

Ainsi l’apôtre avait appris à se réjouir dans l’adversité sous ses diverses formes. En Romains 5, il nous dit comment il se glorifie dans les tribulations : il sait ce qu’elles sont destinées à produire dans le cœur du chrétien. Ici, il prend plaisir dans les infirmités : il a appris qu’elles sont le moyen par lequel la puissance de Christ peut opérer en lui dans son service. La faiblesse qui le caractérise fait de lui un instrument bien adapté au déploiement de cette puissance.

En ceci comme en bien d’autres choses, Paul est pour nous un exemple. Les principes divins qui étaient en vigueur au début de cette dispensation sont encore valables à la fin. Les modes, les coutumes, tout ce qui concerne la surface des choses peut varier beaucoup, mais les faits et les principes sous-jacents ne varient pas. Il n’y pas d’autre moyen pour nous de bénéficier de la puissance divine. C’est probablement là une importante raison du manque de puissance si tristement évident, et si souvent déploré aujourd’hui.

Nous ayant introduits dans le secret de ses révélations de la part du Seigneur et de la discipline par laquelle celui-ci le faisait passer, l’apôtre entame son plaidoyer final. Normalement, il aurait dû être recommandé par les Corinthiens, puisqu’ils avaient été convertis par son moyen. Au lieu de cela, il était contraint de défendre son apostolat devant eux. Bien que n’étant rien en lui-même, il n’était nullement inférieur aux plus excellents apôtres. À ce sujet, il pouvait s’en référer à toute sa carrière, et plus particulièrement à sa vie et à son service au milieu d’eux.

L’estimation que Paul avait de lui-même était : Je ne suis rien (v. 11). Tirons-en une leçon pour nous. En fait, nous ne réalisons jamais aussi clairement notre néant que lorsque nous sommes remplis de l’amour divin. Dans le passage qui nous occupe, la confession « Je ne suis rien » suit la mise en lumière de la grâce pleinement suffisante de Christ.

Pourtant, cet homme qui n’était rien avait été appelé à un service d’apôtre à un degré extraordinaire, et les signes en avaient été évidents. Ils l’avaient été non seulement par des miracles et des actes puissants, mais aussi et avant tout par sa patience — une patience qu’il montrait maintenant de façon abondante dans ses relations avec les Corinthiens. Quand il s’était trouvé au milieu d’eux, il s’était soigneusement abstenu de leur être à charge en quelque manière que ce soit, et avait même accepté le soutien financier d’autres assemblées. Il parle à nouveau avec une pointe d’ironie lorsqu’il leur dit : « Pardonnez-moi ce tort ». Et son intention est de continuer ainsi. Comme il est leur père spirituel, c’est lui qui doit suppléer à leurs besoins, et non eux aux siens.

Le verset 15 est très touchant. Paul est réellement un père en Christ. Son cœur déborde de l’amour divin ; et il peut, comme Dieu lui-même le fait, aimer ceux qui ne l’aiment pas. La tendance naturelle de nos cœurs est exactement à l’opposé de cela. Nous avons peut-être eu de bonnes dispositions à l’égard de certaines personnes auxquelles nous avons prodigué diverses faveurs. Elles les ont reçues, mais sont restées froides et ingrates. Alors, irrités, nous décidons de ne plus rien avoir à faire avec elles ! Paul n’agissait pas de cette manière. Même si les choses devaient se développer défavorablement, même si les sentiments des Corinthiens à l’égard de Paul devaient se refroidir tandis que son amour à lui augmentait, il continuerait à le leur exprimer de la façon la plus pratique qui soit. Il dépenserait et serait entièrement dépensé pour eux. On trouve quelque chose de ce bel état d’esprit en 1 Samuel 12:23, mais dans le passage qui nous occupe, c’est encore plus remarquable. La manifestation suprême de cela se trouve en Dieu lui-même, tel qu’il s’est révélé en Jésus Christ.

On trouvait les mêmes dispositions d’esprit en ceux qui étaient associés à l’apôtre dans son service, Tite et ,d’autres. Cependant, cet esprit d’amour ne signifie pas l’indifférence quant au mal, et l’approbation de choses qui ne sont pas justes. L’apôtre s’exprime d’une façon très claire quant au péché qu’il craignait de trouver encore parmi eux, et qui appellerait un jugement sévère de sa part lors d’une nouvelle visite.

Le péché se manifeste de différentes façons, mais il y en avait deux formes très présentes à Corinthe (v. 20, 21). D’abord, il y avait tous ces comportements générateurs de trouble qui résultent de la mise en avant de soi-même, de l’envie et de la jalousie. Ensuite, il y avait la satisfaction de la chair et l’immoralité qui en découle, sous des formes variées. L’apôtre craignait que toutes ces choses soient encore présentes à Corinthe et que la repentance nécessaire n’ait pas eu lieu. Il craignait que si sa troisième visite parmi eux se réalisait, il ne soit profondément affligé en voyant leur état et obligé d’exercer le jugement. Remarquons qu’il parle d’abord de son humiliation et de son affliction (v. 21), avant de parler de son autorité et du jugement (cf. 13:2).

 

14               Chapitre 13

L’apostolat de Paul lui conférait une autorité particulière en ce qui concerne le jugement. Depuis que les apôtres ont disparu de la scène, c’est à l’Église, aux saints collectivement, qu’il appartient d’exercer la discipline. Bien souvent, aujourd’hui, cette discipline apparaît réalisée avec beaucoup de faiblesse, et cela pour plusieurs raisons. Parfois, son application, détournée de son vrai but pour servir des fins personnelles ou un esprit de parti, a jeté du discrédit sur elle. Ou alors, même si elle était exercée à bon escient, elle l’a été avec un esprit de dureté judiciaire plutôt que dans l’esprit d’humiliation et de tristesse qui caractérise l’apôtre ici. Elle est alors devenue la discipline froide et sans cœur de la justice humaine, plutôt que la discipline chaleureuse et affectueuse du cercle familial.

Et pourtant, la discipline est nécessaire : celle qui s’exerce dans la maison de Dieu, sans préjugés, non excessive mais fondée sur des faits clairement établis. Ainsi, quand Paul viendrait à Corinthe, il faudrait que toute parole soit établie par la bouche de deux ou de trois témoins. Tout devrait passer au crible de l’impartialité, afin que si certains bruits n’étaient pas basés sur des faits, leur fausseté soit mise en lumière, et que la charge en retombe sur les accusateurs. Certaines personnes pouvaient être coupables d’immoralité, comme Paul le craignait ; mais d’autres pouvaient être coupables de médisance et d’avoir répandu de fausses accusations, en raison de l’envie qui remplissait leurs cœurs. Tout serait établi et jugé, comme l’indiquent les premiers versets du chapitre. Il est permis de penser que s’il y avait aujourd’hui autant de zèle à discipliner ceux qui critiquent et qui répandent de faux bruits que ceux qui tombent dans l’immoralité, ce serait pour la santé et le bien-être spirituel de l’Église de Dieu.

L’autorité apostolique de Paul avait pourtant été mise en doute, et les Corinthiens avaient malheureusement prêté l’oreille à de telles insinuations. Ils auraient dû être les derniers à penser ainsi ou à avoir un doute quant au fait que Christ avait parlé par lui. Mais puisqu’ils avaient entretenu de telles pensées, une réponse était nécessaire, sous une forme ou une autre. Paul pouvait en formuler une particulièrement incisive : « Examinez-vous vous-mêmes, et voyez si vous êtes dans la foi » (v. 5). Comme ils avaient été convertis par le moyen de Paul, qu’ils étaient le fruit de son labeur, ils étaient eux-mêmes la preuve de l’authenticité de son ministère — à moins qu’ils ne soient des réprouvés, de vils imposteurs. S’ils n’étaient que cela, alors il se pouvait que Christ n’ait pas parlé en Paul. Mais s’ils étaient de vrais chrétiens, il était évident que Christ avait parlé en Paul.

Le verset 5 a parfois été sorti de son contexte et compris comme une invitation à une inspection continuelle de soi-même, allant jusqu’à mettre en question son propre salut. On peut commettre cette erreur si l’on omet de considérer la parenthèse commençant au milieu du verset 3 et se terminant à la fin du verset 4. Par contre, si l’on relie le début du verset 3 au verset 5, le sens du passage est parfaitement clair. Il y a de nouveau une pointe d’ironie dans les propos de Paul, car les doutes que les Corinthiens avaient follement émis concernant la source de son ministère rebondissaient sur leurs propres têtes. Si en effet Christ n’avait pas parlé en Paul, puisqu’ils avaient professé leur conversion à la suite de sa prédication, Christ ne serait pas en eux. Mais si Christ était vraiment en eux, c’était bien la preuve que Christ avait parlé en lui.

Il est bien possible qu’en parlant ainsi, l’apôtre voulait leur faire comprendre qu’il n’était pas trop sûr de la sincérité de certaines personnes parmi eux, et que par ce moyen, il désirait les secouer et exercer leurs consciences. Par ailleurs, il était tout à fait confiant quant à la plupart des croyants de Corinthe.

Ceci est évident si l’on considère le début de la parenthèse. Il nous est dit là que Christ n’avait pas été « faible » envers eux, mais « puissant » au milieu d’eux. En repensant à l’œuvre qui avait été opérée quand il s’était trouvé pour la première fois au milieu d’eux, Paul était pleinement convaincu que la puissance de Christ s’y était déployée. Tout le chemin de Christ sur la terre avait été caractérisé par « l’infirmité » ; et celle-ci avait culminé à sa crucifixion. Néanmoins, Christ vit en résurrection par la puissance de Dieu. Or ce qui avait marqué le chemin du grand Maître marquait aussi le chemin du serviteur, qui le suivait dans sa vie et dans sa manière d’être. L’infirmité caractérisait ainsi la vie extérieure et le service de l’apôtre, mais sous cette apparence, la puissance de Dieu était en activité en lui.

Les mots qui terminent le verset 4 sont remarquables : « par la puissance de Dieu envers vous ». Ce qui occupe ici l’esprit de l’apôtre n’est pas la perspective prochaine de vivre en résurrection, mais le désir qu’étant associé à un Christ vivant, il montre, dans le temps présent, la puissance de cette vie envers les Corinthiens. Le christianisme est marqué par la puissance d’une vie nouvelle qui opère en bénédiction. Ni credo, ni cérémonie, ni œuvres ne peuvent atteindre ce résultat.

Tout ce passage montre une fois encore que Dieu désire la réalité et la puissance. Il souligne aussi que, pour ce qui concerne l’apparence extérieure, l’infirmité a marqué les vrais croyants et les serviteurs de Dieu dès le début, même quand l’évangile remportait ses premiers grands triomphes. Par conséquent, nous n’avons pas à être surpris si l’infirmité nous caractérise aujourd’hui. Ce qui doit nous préoccuper, par contre, c’est de juger et de refuser tout ce qui pourrait compromettre cette puissance.

L’abnégation de l’apôtre est de nouveau mise en lumière de manière frappante au verset 7. Il priait que les Corinthiens ne fassent aucun mal, et qu’ainsi, ils soient manifestement approuvés — et non réprouvés. Et cela, non afin que son travail au milieu d’eux soit approuvé et qu’il en résulte de la gloire pour lui, mais afin qu’ils puissent faire ce qui est bon et qu’ils prouvent ainsi de façon irréfutable qu’ils n’étaient pas des réprouvés. Si ce résultat était atteint, l’apôtre serait satisfait, même s’il devait lui-même apparaître comme un réprouvé. Il savait très bien qu’il n’était pas un réprouvé, et il espérait qu’eux le sauraient aussi (v. 6).

Nous voyons encore son abnégation au verset 9. Il n’était pas seulement satisfait mais heureux d’être faible, si cela pouvait conduire à un affermissement spirituel de ceux qu’il servait, car le grand but qui était devant lui était le perfectionnement des saints. Il languissait de les voir arriver à cet état d’êtres accomplis, parvenus à une pleine maturité en Christ. Quant à lui, il savait que toute la puissance dans laquelle il servait était d’origine divine et qu’elle n’était à sa disposition que s’il travaillait pour et dans la vérité. S’il avait travaillé contre la vérité, il aurait immédiatement été privé de cette puissance. Il y a des puissances qui s’opposent à la vérité, mais à la longue elles ne peuvent pas prévaloir. C’est pourquoi il ne pouvait rien contre la vérité, tandis que pour elle il était rempli de puissance.

Dans tout ce qu’il a dit jusqu’ici, l’apôtre a utilisé des propos assez tranchants et sévères. La raison nous en est donnée au verset 10. Entrevoyant le moment où il se trouverait parmi les Corinthiens pour la troisième fois, il désirait détruire le mal et le faire disparaître par le moyen de cette lettre, afin de pouvoir se concentrer sur le travail réjouissant de l’édification lors de sa visite. L’autorité que le Seigneur lui avait conférée était d’abord pour l’édification. Il peut être nécessaire de détruire, comme nous l’avons vu au début du chapitre 10, mais seulement dans le but final d’édifier. C’est là le désir du Seigneur pour son peuple.

Le verset 11 nous présente les vœux finaux. « Réjouissez-vous ; perfectionnez-vous ; soyez consolés ; ayez un même sentiment ; vivez en paix. » Il est facile de voir que ces choses étaient grandement nécessaires aux Corinthiens. Mais elles nous le sont tout autant. Toute l’Église de Dieu aujourd’hui est dans une condition très semblable à celle de Corinthe. Manque de maturité, découragement, désunion, querelles, abondent partout. Et de telles choses semblent bien découler les unes des autres. Ce qui peut y faire face et les vaincre, c’est un ministère comme celui de Paul, un ministère qui contribue à la maturité, à l’encouragement, à l’unité et à la paix. Qu’il en soit ainsi pour nous, et nous goûterons alors la présence du Dieu d’amour et de paix !

Les versets 12 et 13 nous présentent les salutations finales. Le verset 11 étant réalisé, il n’y aurait plus de difficultés entre les croyants de Corinthe. Plus de jalousies, de querelles ou de médisances qui les retiendraient de se saluer les uns les autres en sainteté. L’esprit de parti, la tendance à se glorifier d’être de Paul, de Pierre ou d’Apollos auraient disparu. Par ailleurs, « tous les saints » les saluaient, leurs affections pour eux n’ayant pas été entamées par leur état répréhensible et leur manque de spiritualité. Les croyants des autres localités n’avaient pas formé de parti contre eux, ni, ce qui aurait été encore pire, ne s’étaient divisés en partis après avoir entendu parler des schismes de Corinthe. Tous les saints les saluaient malgré leurs manquements.

La fin du verset 13 nous présente la bénédiction finale. Nous avons ici les trois grandes choses qui sont propres à produire les effets mentionnés au verset 11 : la grâce, l’amour et la communion, découlant respectivement des trois personnes de la déité. Remarquons en passant que le Seigneur Jésus, que nous appelons souvent la deuxième personne de la déité, est mentionné à la première place ici — de même que le Saint Esprit est mentionné en premier en 1 Corinthiens 12. Ceci nous montre que les qualificatifs de première, deuxième ou troisième personne de la déité devraient être utilisés avec retenue.

La grâce du Seigneur Jésus était connue des Corinthiens, comme l’apôtre l’avait dit au chapitre 8 (v. 9). C’est une chose plus profonde qu’elle soit avec nous tous. Car alors nous serons tous pénétrés par son influence bénie. Il en est ainsi de l’amour de Dieu, comme aussi de la communion du Saint Esprit. Dans cette bénédiction, la grâce est mentionnée en premier, car si elle manque en nous, tout se gâtera.

Le ciel sera rempli de l’amour de Dieu et de la communion du Saint Esprit, mais nous n’aurons pas besoin de grâce, du moins pas comme nous en avons besoin ici. C’est pendant que l’Église est sur la terre que toutes sortes de difficultés et d’épreuves apparaissent. C’est ici-bas que nous sommes confrontés à des hommes pervers et à des frères qui nous éprouvent, et qu’en même temps nous avons affaire à nos propres cœurs rebelles. Il n’y a rien d’autre que la grâce du Seigneur Jésus Christ qui puisse nous maintenir dans une attitude qui plaise à Dieu. Mais la grâce du Seigneur peut le faire.

Et si la grâce du Seigneur nous garde effectivement, alors l’amour de Dieu et la communion du Saint Esprit peuvent avoir libre cours et être avec nous tous. L’Esprit est saint et la communion qui en découle doit être sainte. Nous serons maintenus dans une communion et un partage heureux de toutes les choses qu’il nous révèle, même les choses profondes de Dieu.

L’amour de Dieu brille sur nous parce que nous sommes ses enfants, même quand notre condition pratique n’est pas ce qu’elle devrait être. Mais quand cet amour est avec nous tous, sa bénédiction est ressentie dans l’ensemble de tous les saints. Et même elle déborde de ce grand cercle et affecte le monde qui se trouve au-delà. Nous avons donc ici une magnifique image de ce que l’Église est selon la pensée de Dieu : un ensemble gouverné par la grâce, débordant d’amour, et rempli d’une sainte communion concernant les choses de Dieu.

Nous ne pouvons pas dire que l’Église soit cela d’une façon pratique, mais elle pourrait et devrait l’être. Et si nous approchons de cela, même dans une faible mesure, alors nous serons grandement bénis, et en bénédiction à d’autres.

Qu’il en soit donc ainsi de nous tous !