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PREMIÈRE ÉPÎTRE AUX CORINTHIENS

 

F.B.Hole

ME 2003 page 19 à ME 2004 page 96

1     Introduction

2     Chapitre 1

3     Chapitre 2

4     Chapitre 3

5     Chapitre 4

6     Chapitre 5

7     Chapitre 6

8     Chapitre 7

9     Chapitre 8

10      Chapitre 9

11      Chapitre 10

12      Chapitre 11

13      Chapitre 12

14      Chapitre 13

15      Chapitre 14

16      Chapitre 15

17      Chapitre 16

 

 

1                    Introduction

Plus que toutes les autres, cette épître traite ce qui concerne l’assemblée locale et l’ordre divin qui doit y être observé. L’Église — ou assemblée — de Dieu à Corinthe était grande, comme nous l’apprenons par Actes 18:10. Cependant, il y avait en son sein quelques éléments perturbateurs, ce qui n’est pas inhabituel dans un tel cas. Et ces éléments introduisaient des us et coutumes, et même des doctrines, d’un genre peut-être commun dans le monde de Corinthe, mais qui étaient absolument étrangers à la nature et à l’esprit de l’assemblée de Dieu. Peut-être cela était-il dû en partie à l’ignorance des Corinthiens. En effet, ils avaient écrit une lettre de questions à l’apôtre Paul, qui leur avait apporté l’Évangile, pour lui soumettre certains problèmes (cf. 7:1). Quoi qu’il en soit, Paul ne répond pas seulement à leurs questions, mais il place devant eux, dans un langage des plus vigoureux, leurs graves erreurs de comportement et de doctrine. Il ne le fait pas comme quelqu’un de contrarié, ou irrité, ou sur un ton ironique, mais « dans une grande affliction et avec serrement de cœur, avec beaucoup de larmes » (2 Cor. 2:4). De là l’effet puissant que cette lettre a produit, comme nous pourrons le constater dans la deuxième épître (7:8-11).

 

2                    Chapitre 1

Ayant à écrire une lettre de répréhension, Paul insiste dès le début sur la position d’autorité apostolique qu’il détenait de la part de Dieu. En outre, il s’associe Sosthène, un croyant qui venait de Corinthe (Actes 18:17). Celui-ci s’était apparemment converti après les coups qu’il avait reçus de la part des Grecs comme chef de la synagogue. Sosthène avait succédé à Crispus, qui avait cru au Seigneur quelque temps auparavant (18:8).

Deux faits importants nous frappent dans le verset 2. Premièrement, l’Église de Dieu à Corinthe était constituée exclusivement par ceux qui étaient sanctifiés dans le Christ, qui étaient saints par l’appel de Dieu, et qui invoquaient Jésus comme Seigneur. Deuxièmement, bien que l’épître soit adressée d’abord à l’assemblée à Corinthe, tous ceux qui invoquent Jésus Christ comme Seigneur, où qu’ils puissent se trouver, sont inclus comme destinataires de l’épître. Le Seigneur Jésus Christ était « et leur Seigneur et le nôtre » et ainsi tous les saints étaient sous une autorité commune.

Nous ferons bien de noter soigneusement le premier fait, car le mot église est utilisé aujourd’hui dans des sens bien divers. Ce verset nous donne une idée de sa véritable signification selon l’Écriture. Les vrais croyants seuls sont des « saints », des « sanctifiés dans le Christ ». D’un autre côté, il est vrai qu’on peut invoquer le nom de notre Seigneur Jésus Christ sans être un vrai croyant. Et cela explique certains passages de cette épître, dans lesquels l’apôtre considère les Corinthiens sur le plan de leur profession chrétienne et sous-entend que quelques-uns d’entre eux pourraient ne pas être de vrais croyants. Quoi qu’il en soit, de façon générale, si un homme fait profession d’avoir la foi, on doit le considérer comme vrai croyant, jusqu’à preuve du contraire.

Arrêtons-nous maintenant sur le second fait, et sur les conséquences qui en découlent. Il est clairement établi ici que, même si chaque assemblée a ses propres conditions locales, son propre état et ses propres responsabilités, elle ne peut être dissociée de l’assemblée de Dieu dans son aspect universel. L’ordre que cette épître enjoint aux Corinthiens est également enjoint à tous les saints. La discipline qui devait être exercée à Corinthe, bien que s’appliquant directement dans cette localité, avait finalement une portée pour toute l’Église. La reconnaissance de ce fait nous préservera de l’erreur de traiter chaque assemblée comme étant une unité indépendante et autonome. Si nous mettons un accent exagéré à la notion d’assemblée locale, nous obscurcissons le fait de l’unité de l’Église de Dieu considérée dans son ensemble.

Le désir de Paul pour les Corinthiens était que la grâce et la paix leur soient accordées (v. 3). Certainement, une grande part des discordes qui sévissaient parmi eux aurait pu être éliminée s’il y avait eu une plus grande mesure de grâce au milieu d’eux. « La grâce de Dieu » leur avait cependant été « donnée dans le Christ Jésus » (v. 4), et cela amenait l’apôtre à remercier Dieu. De plus, tous les dons qui étaient en leur possession découlaient de la grâce de Dieu, tandis qu’ils attendaient la venue du Seigneur. Le Dieu qui les avait appelés à la communion de son Fils est fidèle aussi bien qu’il est plein de grâce, et par conséquent, l’apôtre était confiant qu’ils seraient affermis « jusqu’à la fin », « pour être trouvés irréprochables » (v. 8, 9).

Notez à combien de reprises le Seigneur Jésus Christ est nommé dans les neuf premiers versets, comment toutes choses lui sont attribuées, comment tout fait référence à lui. Il nous est parlé de son nom, de sa grâce, de son témoignage, de sa révélation, de sa journée, de sa communion. Toutes ces mentions renforcent, et ont pour but de renforcer, la sévère remontrance que l’apôtre commence au verset 10. Il y avait des divisions et des partis parmi eux, et cela conduisait à des disputes et à des conflits. Ces partis portaient atteinte au fait qu’ils avaient été appelés à la communion de cette personne unique qui est le Fils de Dieu et notre Seigneur.

Au temps du rejet de David, lorsqu’il demeurait dans la caverne d’Adullam, des hommes s’étaient rassemblés autour de lui et il était devenu leur chef. Ils avaient communion avec lui et il était leur centre. S’il avait été frappé, mis à mort, toute communion aurait cessé. Nous sommes appelés à la communion de Celui qui est aussi rejeté, mais qui est infiniment plus grand que David. Celui qui est notre chef est le Fils de Dieu. La communion à laquelle nous sommes appelés n’a sa raison d’être que par lui ; il n’y a pas de rival possible.

À la lumière de ceci, combien est grave l’esprit de parti ! — même si des noms honorés y sont attachés, y compris le beau nom de Christ adopté comme bannière de parti. Par le verset 6 du chapitre 4, nous apprenons qu’en fait les Corinthiens avaient le tort de suivre des hommes capables et doués de leur propre assemblée. Mais l’apôtre évite de mentionner leurs noms en utilisant à la place son propre nom, ainsi que ceux d’Apollos et de Pierre. Ce faisant, il agit avec la délicatesse qui caractérise le christianisme, et il augmente l’effet de son argument. Paul était leur père spirituel ; mais bien qu’il en soit ainsi, il n’était pas admissible de dire : « Moi, je suis de Paul ».

Quelle chose misérable que les divisions, les partis, les disputes ! Le désir de Dieu est que nous soyons unis dans un même sentiment et dans un même avis. Malgré la distance, les nouvelles du triste état des Corinthiens étaient parvenues aux oreilles de Paul et il s’en occupe diligemment. Tout d’abord, il déclare ouvertement d’où l’information lui est parvenue. La maison de Chloé ne pouvait donner des informations à la charge des Corinthiens et rester anonyme en disant, par exemple : Et surtout, que personne ne sache que c’est nous qui te l’avons dit. De la même manière, Paul lui-même évite toute accusation vague ou imprécise. Dans sa déclaration, il est tout à fait clair et explicite : «Or voici ce que je dis... ». Si seulement nous pouvions toujours imiter cette manière d’agir, lorsqu’il faut apporter des informations à la charge de quelqu’un !

Les questions du verset 13 vont droit au but. Christ est un. Lui seul a été crucifié pour nous. C’est pour son nom seul que nous avons été baptisés. Paul, bien qu’il ait séjourné longtemps à Corinthe, n’avait baptisé que deux ou trois d’entre eux ; et il en était reconnaissant. Dans la mission qui avait été confiée aux douze (Matthieu 28 et Marc 16), le baptême avait une grande place. Mais dans la mission que Paul avait reçue de Christ, tout l’accent avait été mis sur la prédication de l’évangile, et non pas sur le baptême. Il est possible que le baptême ait joué un rôle dans les divisions et les disputes à Corinthe. Quoi qu’il en soit, le verset 17 établit clairement que la chose importante n’est pas le baptême mais l’évangile de la croix de Christ. Et surtout, la croix doit être prêchée d’une manière telle que sa signification et sa puissance ne soient pas annulées.

Ceci nous amène au magnifique passage des versets 18 à 24 où toute la force, toute la portée, de la croix de Christ nous est révélée. C’est à la croix qu’est prononcée la sentence de condamnation sur l’homme et sur sa sagesse. En même temps, la croix introduit la puissance et la sagesse de Dieu pour le salut de ceux qui croient. La croix de Christ est le point culminant de la rébellion du monde contre Dieu. Le monde a mis à mort le Fils de Dieu ; il lui a infligé la mort la plus honteuse. Mais Dieu a relevé le défi. Et le résultat, c’est que la croix est devenue la preuve suprême de la folie de la sagesse humaine. La croix est la disqualification et la mise de côté, par Dieu lui-même, de l’homme le plus grand et le plus sage. Et pour cette raison, Paul avait été envoyé pour prêcher l’évangile d’une manière qui ne donnait aucune place à la sagesse humaine.

Pour cette raison aussi, la croix constitue la ligne de partage entre les hommes, si du moins elle est prêchée avec fidélité. De l’un de ses côtés, il y a ceux qui périssent, et de l’autre, ceux qui sont sauvés. En observant l’attitude des hommes face à la prédication de la croix, on peut discerner à quel groupe ils appartiennent. Pour les uns, ce n’est qu’une folie, car ils adhèrent au monde et à sa sagesse. Pour les autres, c’est la puissance de Dieu et le salut. Dieu sauve par la folie de la prédication. Ce verset 21 ne signifie pas que la prédication soit une activité folle — comparée avec le travail, par exemple — mais que la substance du message prêché — la parole de la croixest incompréhensible selon les notions humaines, et, inversement, sagesse et puissance selon l’estimation de Dieu.

Le monde a sa propre sagesse. Lorsque le Fils de Dieu est venu sur la terre, le monde l’a examiné et évalué selon ses standards de sagesse ; il l’a même accusé d’agir par la puissance du prince des démons et l’a crucifié. La sagesse du monde n’a nullement rendu les hommes capables de reconnaître Dieu ; au contraire, lorsqu’ils l’ont vu en Christ, ils ont pris celui-ci pour le messager du diable. Si c’est là le fruit le plus mûr de la sagesse du monde, alors elle est manifestement sans valeur dans les choses de Dieu. C’est pourquoi Dieu l’a condamnée. Et il en est ainsi, que nous considérions les Juifs ou les Gentils.

Aussi bien les Juifs que les Grecs avaient leurs formes de pensée particulières. Les premiers demandaient des signes ; c’était le résultat des fréquentes interventions miraculeuses de Dieu au cours de leur histoire. Qui plus est, les signes devaient-ils être d’une certaine importance pour les satisfaire. Les seconds n’admiraient que l’intellect humain et n’acceptaient rien qui ne soit en accord avec leurs notions philosophiques. Pour les uns et les autres, le Christ crucifié était une pierre d’achoppement. Les Juifs attendaient bien le Christ ; mais, selon leurs espérances, ce devait être un personnage extraordinaire, dont l’éclat fasse sensation. Les Grecs auraient souhaité la bienvenue à un nouveau philosophe qui aurait pu porter leurs spéculations à un niveau ignoré jusque-là. Mais Juifs et Grecs se sentaient outragés par la prédication d’un Christ crucifié. Un tel Christ était une occasion de chute inévitable pour les Juifs, et il apparaissait absolument insignifiant aux Grecs. En fait, il n’existe aucun autre Christ que celui qui a été crucifié.

Par grâce, nous ne désirons pas un autre Christ. Et ainsi, nous sommes de ceux qui obtiennent le salut. Nous sommes « appelés » de Dieu, que notre origine soit juive ou gentile, et nous pouvons discerner que Christ est réellement la puissance et la sagesse de Dieu. Dans une sagesse parfaite et avec une puissance invincible, il mettra à néant tous les brillants concepts que l’homme a élaborés, et il établira ce que Dieu s’est proposé. En même temps, sa sagesse et sa puissance sont intervenus en vue de notre salut. D’un point de vue humain, la croix peut paraître la folie et la faiblesse de Dieu, mais en réalité elle est tout à la fois plus sage et plus forte que les hommes.

Passons maintenant en revue ces vingt-cinq premiers versets afin de bien saisir la portée des paroles de l’apôtre dans tout ce développement. Les Corinthiens plaçaient très haut des hommes — sans doute des croyants, et peut-être des hommes tout à fait respectables — pour en faire des chefs de partis dans l’assemblée de Dieu. Mais cela portait atteinte à la position suprême et prééminente de Christ. Cela montrait que l’homme, ses capacités, sa sagesse, ses dons, avaient une beaucoup trop grande place dans leurs pensées. En fin de compte, cela montrait qu’ils n’avaient que peu compris la signification de la croix de Christ, qui inscrit la sentence de condamnation de Dieu sur l’homme et sur sa sagesse. C’est précisément pour cela que l’apôtre prêchait la croix, et qu’il mettait de côté la sagesse humaine dans la manière dont il la prêchait.

La nécessité de prêcher la croix à la manière de Paul n’est pas moindre aujourd’hui qu’au premier siècle. Elle est probablement plus grande encore, parce que jamais plus qu’aujourd’hui on n’a exalté la grandeur, la gloire et la sagesse de l’homme. Jamais les hommes, même parfois ceux qui professent être chrétiens, ne se sont autant complu dans leurs capacités. Et jamais leur manque de vraie sagesse n’a été aussi manifeste. La croix met toute chose à sa vraie place. Elle fait que le Christ qui y a été crucifié est tout, et que l’homme qui l’a placé là n’est rien. Et c’est juste.

Avons-nous compris et assimilé la signification de la croix ? Des millions de personnes, dans la chrétienté, en ont fait un symbole élégant que l’on place sur des édifices religieux, ou même un pendentif d’or que l’on porte sur sa poitrine. Qu’il nous soit accordé d’avoir cette croix gravée sur « les tables de chair » de nos cœurs (cf. 2 Cor. 3:3), de sorte que nous puissions tout voir à travers elle, en détournant nos regards de la gloire clinquante de l’homme, et en recherchant toujours et uniquement la gloire de Christ ! Que nous soyons gardés de mettre l’homme en avant — même le meilleur d’entre eux — et par-dessus tout de nous mettre nous-mêmes en avant ! Que Christ soit pour nous le premier et le dernier, celui qui est tout, toujours et partout ! Il est la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu.

Après avoir exposé la signification de la croix de Christ, l’apôtre confirme ce qu’il vient de dire en montrant les effets qu’avait produits sa prédication. Il invite les Corinthiens à considérer leur propre appel, car c’est par la prédication de la croix qu’ils avaient été appelés. Peu d’entre eux pouvaient être mis au rang des sages, des puissants ou des nobles de ce monde. Bien au contraire, les hommes de cette sorte étaient généralement enclins à s’achopper au message de la croix. Mais Dieu avait choisi les choses folles, les choses faibles, les choses viles, les choses méprisées et même les choses qui ne sont pas.

En disant cela, l’apôtre parle des Corinthiens selon ce qu’ils étaient aux yeux des hommes, et il était bien frappant que Dieu ait choisi et utilisé de telles personnes pour confondre des hommes qui leur paraissaient très sages et honorables et montrer leur nullité. En même temps, ces paroles peuvent sans doute aussi être appliquées à ce que les Corinthiens étaient avant de se convertir. Quelle merveille qu’ils soient devenus ce qu’ils étaient maintenant, en raison du choix de Dieu et de son travail ! Que l’on comprenne ces mots d’une manière ou de l’autre, le sens général est le même. Les effets pratiques du choix de Dieu et de son appel par la prédication de la croix étaient tels qu’il n’y avait aucun honneur pour l’homme. Aucune chair ne peut se glorifier en la présence du Seigneur ; toute gloire doit lui être rendue.

Les nombreuses raisons pour lesquelles les croyants peuvent se glorifier dans le Seigneur nous sont données au verset 30. Nous sommes « dans le Christ Jésus » ; nous participons de sa vie et partageons sa place et son acceptation par Dieu. Et tout cela parce que nous sommes de Dieu, et en aucune manière de l’homme. Dieu lui-même est la source de toute cette grâce qui nous a été apportée. Il est très certainement vrai que nous sommes de Dieu, comme cela est clairement dit dans 1 Jean 4:4, et c’est comme étant « dans le Christ Jésus » que nous le sommes. Toutefois ce n’est pas cela qui est mis en évidence dans le verset qui est devant nous, mais plutôt le fait que tout est de Dieu et non de l’homme, que nous considérions ce que nous sommes en Christ ou ce que nous avons en lui.

Le Christ qui a été crucifié « nous a été fait sagesse de la part de Dieu... ». La sagesse vient naturellement en premier, puisque c’est le sujet de tout ce passage. Nous en avions besoin, car le péché nous avait plongés dans l’ignorance et la folie. Mais le péché nous avait aussi plongés dans la culpabilité et sous la condamnation, et c’est pourquoi nous avions besoin de justice. De plus, la souillure et la corruption dans lesquelles nous étions montrait notre besoin de sainteté. Enfin, en raison de notre esclavage, nous avions besoin de rédemption. La rédemption termine cette liste parce qu’elle inclut la délivrance finale : la rédemption de nos corps à la venue du Seigneur.

Donc la croix exclut dans le principe toute glorification de l’homme. Et le travail de Dieu en relation avec la prédication de la croix l’exclut aussi dans la pratique. C’est seulement dans le Seigneur que nous avons à nous glorifier, si nous avons à nous glorifier.

 

3                    Chapitre 2

Lorsque Paul a été envoyé pour prêcher l’Évangile, il a reçu le mandat de le faire d’une manière qui soit en accord avec le message prêché. C’est ce qu’il déclare au verset 17 du premier chapitre. A-t-il effectivement agi de cette manière ? Certainement ! Dans les premiers versets du chapitre 2, il rappelle aux Corinthiens de quel esprit il avait été animé lorsqu’il s’était approché d’eux, et quel avait été le caractère de sa prédication. Le verset 1 nous décrit le style de sa prédication ; le verset 2 nous dit quel était le sujet de son message ; et le verset 3, l’esprit qui l’avait caractérisé. Le verset 4 revient au style de sa prédication, en précisant en quoi résidait sa puissance. Enfin, le verset 5 nous montre le but qu’il poursuivait.

Concernant le style, l’apôtre n’était pas un orateur versé dans l’art de remuer les hommes par des discours brillants et séduisants. Il avait évité tout cela, s’appuyant uniquement sur l’Esprit de Dieu et sa puissance.

Le sujet de sa prédication avait été Christ et sa croix. Remarquez les mots « parmi vous » (v. 2). Paul connaissait les tendances des Corinthiens ; il connaissait la haute idée qu’ils avaient de la philosophie et de l’intelligence humaine. Mais il n’avait pas voulu les rencontrer sur leur terrain et se laisser entraîner dans des discussions philosophiques. Il était fermement déterminé à ne leur parler que d’une chose, à savoir de Christ crucifié. Tout en ayant commencé sa carrière en présence d’un Christ glorifié, Paul connaissait la nécessité pour ses auditeurs de croire d’abord en un Christ crucifié et de se reposer sur lui. La vérité d’un Christ crucifié était ce qui jetait dans la poussière toute leur fierté et toute leur gloire ; et tant qu’il n’est pas abaissé jusque dans la poussière, l’homme reste sans relation avec Dieu.

L’esprit de Paul était bien pénétré de cela. Il n’était pas arrivé parmi eux avec une fanfare, s’annonçant comme « le plus puissant prédicateur du Proche Orient », ou quelque chose de ce genre, comme cela arrive aujourd’hui. Bien au contraire, il rappelle la faiblesse, la crainte et le tremblement qui l’avaient caractérisé. Il était bien conscient que la chair était encore en lui, et qu’il pourrait facilement être détourné d’une vraie fidélité à son maître et entraîné dans quelque chose qui ne soit pas de Dieu. Il connaissait la puissance du diable — toujours aux aguets dans le cœur des Corinthiens. De là sa crainte et son tremblement. De là aussi la place laissée à la puissance de l’Esprit de Dieu, et à la destruction des forteresses de l’Ennemi dans les cœurs des hommes. Dieu veuille qu’il y ait davantage de place faite au déploiement de cette puissance aujourd’hui ! Nous verrions alors plus de convertis dont la foi repose non pas sur la sagesse de l’homme, mais sur la puissance de Dieu.

Jusqu’à la fin du verset 5, l’apôtre mentionne la sagesse humaine à huit reprises, et chaque fois pour la discréditer entièrement. Certains pourraient en conclure que toute espèce de sagesse est sans valeur. D’autres encore pourraient supposer que la foi chrétienne fait uniquement appel aux sentiments et aux émotions, et qu’il n’y a rien en elle qui mérite l’attention de l’homme qui pense.

Alors, au verset 6, Paul rappelle aux Corinthiens que la foi abonde en sagesse ; mais c’est la sagesse de Dieu et non la sagesse des grands de la terre. De plus, c’est une sagesse qui s’adresse aux « parfaits », c’est-à-dire à ceux qui ont obtenu un bon degré spirituel ou qui sont parvenus à l’état d’hommes faits. Tout en étant des croyants, aussi longtemps que nous sommes incertains quant à notre position devant Dieu, aussi longtemps que nous nous débattons avec nous-mêmes, soupirant après la délivrance du pouvoir du péché, nous n’avons ni le cœur ni le loisir d’apprendre la sagesse de Dieu, telle qu’elle s’exprime dans ses conseils et ses desseins, autrefois secrets mais maintenant révélés.

Il est parlé ici de « ce siècle » et des « chefs de ce siècle ». Dans la seconde épître, Satan est appelé « le dieu de ce siècle ». Le dieu de ce siècle se sert des chefs de ce siècle pour propager la sagesse de ce siècle. En même temps, il aveugle leur esprit de sorte qu’ils n’aient pas connaissance de la sagesse de Dieu qui a été ordonnée avant les siècles. Lorsque le Seigneur de gloire était sur la terre, Satan a aveuglé leur esprit au point qu’ils l’ont crucifié.

Quelle terrible accusation ! Le Seigneur de gloire a été condamné à une mort suprêmement dégradante et honteuse, et cela, moins par la foule ignorante que par les chefs de ce siècle. L’inscription sur sa croix était écrite en grec, en latin et en hébreu. Les Grecs étaient incontestablement les chefs intellectuels de cette époque. Les Romains étaient les chefs par leurs prouesses militaires et leur art du gouvernement. Les Hébreux étaient les chefs sans rivaux en matière de religion. Tous ont été impliqués dans la crucifixion du Seigneur de gloire. Par là, tous ont manifesté leur complète ignorance de Dieu et se sont placés eux-mêmes sous son jugement.

Les chefs de ce siècle « s’en vont » ; ils seront réduits à rien. Quelle humiliation ! Non seulement la sagesse des sages sera détruite (1:19), mais il en sera de même des chefs de ce siècle. Le résultat final, la somme de toutes leurs actions intelligentes est zéro. Les hommes intelligents eux-mêmes seront réduits à rien. En contraste avec cela, l’apôtre Jean nous dit que « celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement » (1 Jean 2:17). Et le Seigneur parle à ses disciples du fruit qui demeure (Jean 15:16). Le croyant seul peut s’engager dans quelque chose qui demeure éternellement. Retenons bien cela ; et que nos vies en soient marquées !

Il est merveilleux de penser que la sagesse de Dieu, autrefois cachée, maintenant révélée, a été « préordonnée avant les siècles pour notre gloire ». Non seulement, nous avons été nous-mêmes choisis en Christ avant la fondation du monde, mais la sagesse de Dieu avait notre gloire en vue avant que les siècles commencent. Tout a été alors ordonné. Et ce que Dieu ordonne ne manque jamais de s’accomplir lorsque l’heure qu’il a fixée est arrivée. Notre gloire est donc certaine. Elle est liée à la gloire de Christ. La gloire de Christ est la chose la plus excellente, mais notre gloire est aussi certaine que la sienne et est également ordonnée par Dieu.

Ce qui a été préordonné (v. 7) a aussi été « préparé » (v. 9), et les choses préparées sont entièrement au-delà de la portée de l’homme, aussi bien de ses yeux, de ses oreilles que de son cœur. Nous percevons beaucoup de choses au moyen de nos yeux, c’est-à-dire par l’observation. Nous en percevons bien d’autres par nos oreilles, en écoutant ce qui nous est transmis, c’est-à-dire par tradition. D’autres choses encore, nous les saisissons instinctivement par le cœur, c’est-à-dire par intuition. Mais nous n’apprenons les choses de Dieu par aucun de ces moyens. Nous les apprenons par révélation, comme le dit le verset 10.

Les choses préparées ont été révélées par l’Esprit de Dieu. Le « nous » de ce verset concerne en premier lieu les apôtres et prophètes à qui la vérité a été d’abord révélée. La vérité a atteint l’ensemble des croyants par leur moyen, comme nous le verrons plus loin. Mais le verset 11 attire notre attention sur la capacité exclusive de l’Esprit à la révéler, puisqu’il est l’Esprit de Dieu. Chez les hommes, seul l’esprit humain peut connaître les choses de l’homme. Ainsi, seul l’Esprit de Dieu connaît les choses de Dieu et peut nous les faire connaître.

Cependant, les croyants ont reçu l’Esprit de Dieu (v. 12). C’est par cet Esprit que nous avons la capacité de comprendre les choses de Dieu. Aucune recherche, aucune expérience, aucun apprentissage, aucune puissance intellectuelle ne peuvent nous donner cette capacité ; seul l’Esprit de Dieu peut le faire.

Gardons fermement ceci dans notre cœur, car nous vivons dans une période marquée par la recherche, les expériences et l’activité intellectuelle. On admet communément que l’esprit humain est capable de traiter des choses de Dieu de la même manière qu’il peut traiter des choses de l’homme, mais ce n’est pas le cas. Preuve en est les terribles bévues spirituelles commises par des hommes instruits. Ils peuvent être hautement qualifiés dans les choses humaines, mais pitoyablement aveugles et ignorants dans les choses divines.

Sommes-nous tous avides de connaître les choses de Dieu ? Certes, nous devrions l’être. Nous y avons un intérêt personnel. Les choses « ordonnées », « préparées » et « révélées » nous ont été « données par Dieu ». Nous les sommes-nous appropriées spirituellement pour les comprendre et en jouir ?

Nous pouvons le faire puisque les choses révélées par les saints apôtres et prophètes de Dieu nous ont été communiquées en des paroles divinement ordonnées. C’est ce que nous dit le verset 13. Et la fin de ce verset montre que l’apôtre revendique l’inspiration — l’inspiration verbale — de ses prédications orales. Et d’autant plus, si cela était possible, pour ses écrits. Cette inspiration se réfère très clairement aux mots employés. Si nous n’avons pas dans les Écritures (telles qu’elles ont été données originalement) les pensées de Dieu exprimées par les mots choisis par Dieu, nous n’avons aucune inspiration de réelle valeur.

Le dernier chaînon de cette chaîne magnifique est « discernées » (elles se discernent ; v. 14). Si aujourd’hui nous ne discernons pas les choses de Dieu par le moyen de la parole de Dieu, il ne nous sera pas d’une grande utilité qu’elles aient été ordonnées, préparées, révélées, données et communiquées. Elles peuvent être nôtres ; et elles le sont si vraiment nous sommes chrétiens. Mais pour en retirer aujourd’hui une bénédiction pratique, nous devons les discerner. Et le discernement nécessaire nous est donné par le même Esprit, par celui qui les a révélées et communiquées.

Pour avoir du discernement, nous devons être en bonne condition spirituelle. « L’homme animal », c’est-à-dire l’homme dans son état naturel ou inconverti, ne les discerne pas du tout. L’homme spirituel, c’est-à-dire le croyant non seulement habité mais aussi gouverné et caractérisé par l’Esprit de Dieu, peut seul se les approprier. En possédant l’Esprit, nous avons la pensée de Christ. En étant gouvernés par l’Esprit, les yeux de nos cœurs sont ouverts pour comprendre. Seul le croyant spirituel, ayant une vision spirituelle, peut voir toutes choses clairement (v. 15).

Il y a bien longtemps, un homme se plaignait : « Je ne discerne pas bien, j’aurais besoin de plus de lumière ! » On lui répondit : « Vous n’avez pas besoin de plus de lumière, vous avez besoin de fenêtres ! » C’était vrai. Si nous permettons à l’Esprit de Dieu de laver les fenêtres de notre âme, nous verrons vite bien plus clairement.

 

4                    Chapitre 3

Dans les premiers versets du chapitre 3, en termes très clairs, l’apôtre met les Corinthiens en face de leur véritable état. Ayant « été enrichis... en toute parole et toute connaissance » (1:5) ils pouvaient s’être imaginés dignes de grands éloges. Mais en fait, c’est un blâme sévère qu’ils reçoivent : ils n’étaient pas « spirituels » mais « charnels ».

Ils n’étaient pas des hommes naturelscar cette expression désigne l’homme étranger à la vie de Dieu. Ils n’étaient pas des hommes spirituels — car de tels hommes sont éclairés et dirigés par l’Esprit de Dieu. C’étaient des hommes charnels. L’homme charnel, comme nous le présente ce passage, est un homme qui, bien que possédant l’Esprit, n’est pas dirigé par l’Esprit, mais par la chair. À cause de leur état charnel, Paul les avait nourris jusque-là de lait et non de viande. Cela signifie qu’il ne leur avait enseigné que les éléments de la foi, et ne leur avait guère parlé de la sagesse cachée de Dieu dont il est question au chapitre 2.

Les Corinthiens auraient pu se sentir froissés de l’accusation de Paul et être tentés de la réfuter. Paul étaye donc son affirmation en faisant de nouveau allusion à leurs divisions sous des chefs de partis, ce qui générait des jalousies et des conflits. En tout cela, ils marchaient selon l’homme et non selon l’Esprit de Dieu.

Et si l’apôtre Paul nous écrivait aujourd’hui, que pourrait-il dire, si ce n’est les mêmes choses dans un langage beaucoup plus sévère ? En effet, la division des véritables chrétiens en partis ou en sectes ne pourrait guère être plus grande qu’elle ne l’est aujourd’hui. Et si nous écartions le reproche en objectant : Ne sommes-nous pas sérieux, n’avons-nous pas de grandes lumières, n’interprétons-nous pas l’Écriture correctement ? — il pourrait nous répondre : Puisque les uns disent : je suis de A ; d’autres, je suis de B ; plusieurs, je suis de X ; et un grand nombre, je suis de Z — n’êtes-vous pas charnels ?

Nous disons cela tout en étant bien conscients qu’il y a des chrétiens spirituels ; et il y en avait parmi les Corinthiens, comme nous le verrons plus loin. Mais soyons bien sûrs que ceux qui sont vraiment spirituels seront les derniers à se présenter comme des exceptions, à se distinguer et à se mettre en avant. Ils savent qu’un tel comportement ne ferait qu’encourager le mal dénoncé ici, car ils deviendraient rapidement des chefs de partis. Au contraire, leur spiritualité s’exprimera dans une réelle humilité d’esprit, et dans ce genre de confession qui fait sien le péché du peuple de Dieu. Ils prieront dans l’esprit d’Esdras. Celui-ci disait : « Nos iniquités se sont multipliées par-dessus nos têtes, et notre coulpe a grandi jusqu’aux cieux », même s’il avait personnellement une bien petite part dans le mal qu’il confessait, et était lui-même caractérisé par une piété exceptionnelle (Esd. 9:6).

Le même esprit d’humilité caractérise Paul dans ce passage. Il rejette catégoriquement toute place en vue, que ce soit pour lui ou pour Apollos. Ils ne sont rien de plus que des serviteurs par lesquels Dieu se plaît à travailler. Dieu est le grand Ouvrier. Dans ce passage (v. 5 à 11) les Corinthiens sont vus de deux manières : comme « le labourage de Dieu » et comme « l’édifice de Dieu ». Paul et Apollos ne sont que des « collaborateurs de Dieu » (v. 9). Ce ne sont pas des ouvriers concurrents, encore moins des ouvriers antagonistes. Ce sont des collaborateurs, sous l’autorité de Dieu.

Chacun a cependant un travail bien distinct. Dans le champ, Paul plante, puis Apollos arrose les jeunes pousses. Dans le bâtiment, Paul est le sage architecte qui a posé le fondement, et Apollos construit par-dessus. Leurs activités sont différentes, mais l’objet en est unique (v. 7 et 8). En eux-mêmes, Paul et Apollos ne sont rien, mais ils travaillent chacun dans la sphère qui leur est assignée. Ils sont un quant à leur objet et à leur but, bien que chacun d’eux doive finalement être récompensé selon son propre travail. C’est ainsi que Dieu maintient parmi ses serviteurs tout à la fois l’unité et la diversité, et il ne doit y avoir aucun tiraillement entre l’un et l’autre.

Il en était ainsi de Paul et d’Apollos. Mais ce ne sont pas les seuls ouvriers qui ont pris part au travail à Corinthe. À la fin du verset 10, l’application de cette image s’élargit jusqu’à embrasser « chacun », c’est-à-dire tous ceux qui ont contribué à l’œuvre à Corinthe. Cela s’applique également, bien sûr, à tous ceux qui collaborent d’une manière ou d’une autre à l’œuvre de Dieu, où que ce soit et à n’importe quelle époque — donc aussi à nous aujourd’hui.

Le fondement avait été correctement et définitivement posé par Paul, lorsqu’il était venu à Corinthe, où il avait demeuré un an et demi. C’était le vrai fondement : Jésus Christ. Mais une question se posait quant à ses successeurs. Non pas tellement quant à la manière dont ils bâtissaient, mais quant aux matériaux qu’ils utilisaient. S’agissait-il de matériaux précieux et capables de résister au feu, ou de matériaux de peu de valeur, facilement consumables ? Le jour approche où tout sera éprouvé par le feu. Toutes choses seront alors manifestées. Le vrai caractère de tous nos travaux sera révélé. Et il ne s’agira pas alors de la quantité de travail accompli, mais de sa qualité. Cette pensée que « le jour le fera connaître » doit nous sonder.

Lorsque ce jour répandra sa lumière sur nous et mettra tout à l’épreuve, il se peut que notre ouvrage demeure. S’il en est ainsi, nous recevrons une récompense. Dieu veuille que ce soit le cas pour chacun de nous !

D’un autre côté, il se pourrait que notre ouvrage soit consumé et anéanti, mais que nous-mêmes nous soyons sauvés, « comme à travers le feu ». Lorsque les trois jeunes Hébreux passèrent à travers le feu, comme le rapporte Daniel 3, eux-mêmes et leurs habits ne furent aucunement touchés : seuls leurs liens furent consumés. Quelle perte pour nous si nous devions sortir du feu nus, dépouillés de tout ce avec quoi nous nous étions parés comme étant le fruit de nos travaux sur la terre !

Mais de plus, nous voyons qu’il y avait un doute dans l’esprit de l’apôtre quant à savoir si tous ceux qui avaient travaillé à Corinthe étaient vraiment des croyants. D’où l’avertissement solennel des versets 16 et 17. Il existe des œuvres dont l’effet est absolument destructeur pour l’édifice. Cela soulève une autre question importante : Quelle est la nature de ce bâtiment qui est le temple de Dieu ?

L’apôtre demande aux Corinthiens s’ils ignoraient que, étant le temple de Dieu, ils portaient le caractère de ce temple. En eux comme étant son temple, Dieu habitait par son Esprit. Cela leur donnait collectivement un caractère particulier de sainteté. Faire un travail qui « corrompt » ou « détruit » le temple de Dieu est une chose terriblement grave. Et si, dans le jour qui vient, l’œuvre de quelqu’un est trouvée porter ce caractère destructeur, Dieu le détruira.

Apparemment, quelques-uns de ceux qui circulaient en ces jours-là, et qui, comme Paul le craignait, faisaient une œuvre destructrice, étaient des hommes richement pourvus de la sagesse de ce monde, qui se présentaient parmi les croyants comme des gens d’une classe supérieure. Cela peut expliquer les paroles très sévères des versets 18 à 20. La sagesse de ce monde est folie pour Dieu. Que personne ne se trompe lui-même à ce propos ! Et si des ouvriers de destruction continuent leur travail, se trompant eux-mêmes et trompant les autres, ne nous laissons pas tromper par eux.

Quelle malédiction, quelle destruction, attend les docteurs modernes de la chrétienté, les critiques destructeurs de l’Écriture Sainte ! Étant remplis de la sagesse de ce monde, ils se permettent de nier et de contredire la sagesse de Dieu. Ils peuvent imaginer que leurs seuls opposants sont des chrétiens peu instruits ou vieux jeu, mais ils oublient le jour qui révélera le jugement de Dieu. Que ce jour soit sans cesse devant nos yeux !

« Que personne donc ne se glorifie dans les hommes ! » Quelques-uns de ceux dans lesquels les Corinthiens se glorifiaient étaient peut-être des personnages peu recommandables. Mais ne nous glorifions même pas dans les meilleurs des hommes. D’une part, aucun homme n’en est digne, comme le chapitre 1 nous l’a montré. Et d’autre part, comme cela est souligné ici, la grâce nous a donné une place qui devrait nous ôter toute idée de nous glorifier dans un simple être humain. « Toutes choses » sont à nous. Toutes choses ? C’est une affirmation plutôt surprenante. S’agit-il vraiment de toutes choses ? Eh ! bien, regardons l’immense domaine esquissé par le verset 22. Les meilleurs des saints d’un côté et le monde de l’autre. La vie d’un côté et la mort de l’autre. Les choses présentes d’un côté et les choses à venir de l’autre. Toutes sont à nous.

Comment sont-elles à nous ? Le verset 23 donne la réponse. Elles sont à nous parce que nous sommes à Christ, et Christ à Dieu. Toutes choses sont à Dieu ; personne ne peut mettre cela en question ; c’est là que nous commençons. Mais ensuite, Dieu a son Christ, qui est l’héritier de toutes choses. Or Christ veut entrer pratiquement en possession de tout ce qui lui revient en mettant ses saints en possession de toutes ces choses. Quelle merveille ! On trouve une allusion à cela au chapitre 7 de Daniel. « L’Ancien des jours » s’assied sur le trône suprême. Lorsqu’il l’a fait, « quelqu’un comme un Fils d’homme » apparaît, et on lui donne « la domination et l’honneur et la royauté ». Et ce n’est pas tout. Le temps arrive où « les saints des lieux très hauts » reçoivent le royaume. Il vaut la peine de lire ce chapitre avant de continuer.

Donc toutes choses sont à nous et nous ne devons jamais l’oublier. Le souvenir de cela nous élèvera au-dessus du monde et de tous ses attraits trompeurs, au-dessus de la sagesse de ce monde, au-dessus de toute envie de nous glorifier dans l’homme, et même dans le meilleur des saints.

5                    Chapitre 4

Les hommes de ce monde — et souvent aussi des prédicateurs modernes — ont les yeux fixés vers la terre. Ils professent une religion purement terrestre, dont le but est de produire un peu plus d’ordre à la surface des choses, mais qui, en même temps, néglige complètement le fond. Mais qu’en était-il de Paul et d’Apollos ? Qu’étaient-ils ? Avait-on sujet de se glorifier en eux ? Ils n’étaient que des serviteurs et des administrateurs. Le chapitre 4 commence par rappeler que la vertu essentielle d’un administrateur, c’est la fidélité. Et cela ramène nos pensées vers « le jour » qui rendra manifeste toute chose (cf. 3:13).

Au verset 3, l’expression « jugement d’homme » est, si on la traduit littéralement, « jour d’homme », ce qui souligne tout à la fois la relation et le contraste avec « le jour » qui va venir. Dans la lumière de ce « jour », Paul n’était pas particulièrement troublé ou préoccupé par un jugement d’homme, fût-il celui des Corinthiens eux-mêmes. S’ils avaient été dans une bonne condition spirituelle, l’apôtre aurait certainement écouté avec patience les critiques qu’ils auraient pu avoir à lui faire. Mais ils étaient charnels, et par conséquent, leur jugement n’avait que peu de valeur. C’est ce que Paul leur fait savoir.

De plus, Paul avait une bonne conscience. Et il précise : « Je n’ai rien sur ma conscience ; mais par là je ne suis pas justifié » (v. 4). Ah ! si seulement nous pouvions tous parler ainsi ! — si nous étions assez fidèles à ce que nous avons appris de la pensée de Dieu pour entretenir toujours une bonne conscience ! Mais Paul lui-même devait admettre que cela ne le justifiait pas ; il devait être jugé non par ce qu’il savait de lui même, mais par le Seigneur et par ce que le Seigneur savait. Il en est de même pour nous. Il y a une grande différence entre les normes fournies par nos consciences et celles qui sont fondées sur l’omniscience du Seigneur.

Qu’est-ce que le Seigneur sait ? Le verset 5 nous le déclare ; et c’est l’un des versets les plus scrutateurs de la Bible. Lorsque le Seigneur viendra, il apparaîtra au grand jour, et les rayons de sa lumière feront un travail semblable à celui des rayons X. Ce verset est écrit, non pas au sujet du mal grossier qui se commet dans le monde sans Dieu, mais au sujet des actions qui ont lieu parmi les chrétiens.

Ils sont innombrables, les tristes événements qui ont eu lieu parmi les saints de Dieu ! — les uns d’une nature plus ou moins privée, les autres publics et ecclésiastiques. Nous pouvons former nos jugements et même devenir de violents partisans d’une cause ; et en même temps, il peut y avoir des coins sombres qui échappent à nos yeux, dans lesquels des choses cachées sont tenues en secret. Il peut y avoir dans les cœurs des motifs secrets, entièrement voilés à notre vue. Tout sera révélé à la lumière du jour. La cour d’appel de dernière instance se tiendra en la présence du Seigneur. Et son verdict pourra infirmer de manière irrévocable tous les verdicts des cours inférieures. Si nous avons l’impression d’être mal jugés, ayons patience. Et si nous sommes prêts à entreprendre une action énergique, prenons bien garde.

Cherchons bien dans les coins sombres, pour voir s’il n’y a pas des choses cachées qui devraient venir à la lumière. Scrutons nos propres cœurs pour voir si de mauvais motifs ne s’y cachent pas. Laissons-nous d’abord sonder par le Seigneur de façon patiente et répétée, spécialement s’il s’agit d’une action ecclésiastique qui peut avoir beaucoup de conséquences.

« Et alors chacun recevra sa louange de la part de Dieu » (v. 5). Cela ne signifie pas que tout homme recevra une louange, mais que tous ceux qui en recevront une la recevront de la part de Dieu et non pas de leurs semblables. Les Corinthiens avaient leurs chefs de partis. Ils louaient ceux-ci de façon extravagante et ils condamnaient ceux-là — chacun à son gré. Cela n’avait aucune valeur. Que Dieu nous donne la grâce d’éviter ce genre de choses ! La seule louange qui ait de la valeur est celle qui vient de Dieu.

Le verset 6 nous montre que les véritables chefs de partis à Corinthe étaient d’autres personnes que Paul et Apollos. Il s’agissait probablement de conducteurs locaux doués, ou peut-être même de frères de tendance judaïsante qui les visitaient ; l’apôtre fait plus clairement allusion à ces personnes dans la seconde épître. Paul évite de mentionner leurs noms, mais il veut que chacun apprenne à ne pas s’enfler « pour l’un contre un autre ». Personne n’a de raisons de se vanter, aussi brillant que soit son don, parce que tout don vient de Dieu.

Cette manière de se glorifier dans l’homme vient de l’esprit du monde. Et si le monde s’infiltre sournoisement en un endroit, il va bientôt s’infiltrer en d’autres. C’est ce qu’il avait fait parmi les Corinthiens. Ils étaient rassasiés et riches, et régnaient comme des rois, menant une vie agréable, tandis que leur Seigneur était toujours rejeté et que les apôtres du Seigneur partageaient son rejet. Il y a une pointe d’ironie dans les mots « je voudrais bien que vous régnassiez, afin que nous aussi nous régnassions avec vous ! » (v. 8). Les saints régneront lorsque Christ régnera, et les apôtres seront alors sur leurs trônes.

Quel tableau des apôtres nous avons dans les versets 9 à 13 ! Il n’a pas besoin de commentaires, mais laissons-le se graver dans nos esprits. Paul nous donne ce tableau, non pas pour nous faire honte, mais pour nous avertir. Mais sans aucun doute, nous devons être honteux aussi bien qu’avertis. Paul était un père spirituel pour les Corinthiens, et pas simplement un instructeur, car il avait été l’instrument de leur conversion. Nous aussi, en tant que Gentils, nous avons été convertis par son moyen, bien qu’indirectement, et il est notre instructeur par ses écrits inspirés. Prenons-le donc comme modèle, et imitons sa foi et son dévouement.

Les derniers versets de ce chapitre montrent que quelques-uns parmi les Corinthiens non seulement couraient après des chefs de partis et étaient mondains, mais qu’ils étaient pétris d’amour-propre et remplis d’orgueil. À de telles personnes, l’apôtre écrit en termes très clairs. Pour le moment, Timothée était venu leur rappeler ce qui était juste et bienséant, les faire souvenir de ses voies en Christ, mais Paul prévoyait de venir bientôt lui-même. Et lorsqu’il viendrait dans la puissance du royaume de Dieu, avec l’autorité de Dieu, ces frères enflés d’orgueil pourraient se mesurer eux-mêmes à lui, s’ils le désiraient.

Mais le désiraient-ils ? Cela aurait pour effet d’anéantir leurs prétentions démesurées ! N’était-il pas bien préférable qu’ils s’humilient eux-mêmes devant Dieu et qu’ils permettent ainsi à Paul de les visiter dans un esprit beaucoup plus heureux ?

Et, en terminant la lecture de ce chapitre, ne serait-il pas opportun pour chacun de nous de nous laisser sonder et de nous humilier devant Dieu ?

 

6                    Chapitre 5

Dans les premiers versets de ce chapitre, nous voyons que les Corinthiens méritaient entièrement la verge dont Paul a parlé à la fin du chapitre précédent. Il y avait au milieu d’eux un cas d’immoralité très grave. Corinthe était une ville licencieuse et le niveau de moralité parmi les Gentils était déplorablement bas ; et pourtant le péché particulier commis par un homme qui professait être chrétien ne se produisait pas parmi ceux des nations (5:2). La chose n’avait pas été faite en secret, elle était connue de tous.

Mais, bien que cela soit publiquement connu, l’assemblée à Corinthe n’avait entrepris aucune action. C’était déjà très grave, et ils ajoutaient encore à l’indifférence la suffisance. Ils auraient peut-être pu s’excuser en disant qu’ils n’avaient pas encore reçu d’instructions pour agir dans un tel cas. Mais, même si c’était vrai, ce n’était pas une réelle excuse ; en effet, tant soit peu de sensibilité spirituelle les aurait amenés à s’humilier du déshonneur qui était jeté sur le nom du Seigneur, comme aussi à prier pour que Dieu intervienne en ôtant du milieu d’eux celui qui vivait dans le péché. Au lieu de cela, ils étaient « enflés » d’un orgueil insensé.

Dans les versets 3 à 5, nous voyons la sainte vigueur et la fermeté de Paul, en contraste avec l’indécision indolente des Corinthiens. Ils auraient dû être réunis ensemble au nom du Seigneur Jésus Christ et agir en ôtant le méchant du milieu d’eux, comme l’indique le dernier verset du chapitre. Mais ils ne l’avaient pas fait. Paul intervient alors ; il juge et agit avec son autorité apostolique, bien qu’il associe les Corinthiens à son jugement et à son action. Il serait prêt à livrer un tel homme à Satan, car même Satan peut être utilisé pour la discipline d’un croyant qui est tombé.

On voit ici que la limite extrême à laquelle Satan peut aller est la destruction de la chair. Dans le cas de Job, il n’a pas été autorisé à aller jusqu’à cette limite, mais il a terriblement fait souffrir cet homme dans sa chair. Et si même la chair devait être détruite et la mort intervenir, c’est afin que l’esprit soit sauvé dans le jour qui vient. Ceci suppose que celui qui est l’objet de cette forme extrême de discipline est malgré tout un vrai croyant.

Il y avait un autre fait que les Corinthiens négligeaient aussi, et qui montrait l’erreur et la folie de leur esprit orgueilleux. Ils constituaient comme une masse de pâte dans laquelle un peu de levain avait été introduit. Le levain a une propriété bien connue : la fermentation se développe jusqu’à ce que toute la pâte en ait été atteinte. Ainsi les Corinthiens ne pouvaient pas considérer le péché de l’un des leurs comme une chose qui ne les concernait pas, bien au contraire ! Il s’agissait en fait de « vieux levain », du mal même qui avait sévi parmi eux lorsqu’ils n’étaient pas convertis, et qui se développerait certainement à nouveau s’il restait non jugé. C’est pourquoi ils devaient s’en purifier en ôtant le méchant du milieu d’eux.

S’ils agissaient ainsi, ils deviendraient pratiquement « une nouvelle pâte », et l’apôtre ajoute : « comme vous êtes sans levain » (v. 7). Ils étaient réellement une nouvelle pâte sans levain quant à leur place et leur condition devant Dieu ; et ils devaient agir de telle sorte qu’ils soient en pratique ce que Dieu les avait fait devenir en Christ. Il est important pour nous de bien saisir le principe qui est sous-jacent, car, sous la grâce, c’est le principe selon lequel Dieu agit toujours. La loi demandait à l’homme d’être ce qu’il n’était pas. La grâce nous fait être ce qui est selon la pensée de Dieu, puis nous appelle à agir en accord avec ce que nous sommes. Ce principe s’applique de bien des manières. Vous devez toujours agir « afin que vous soyez... comme vous êtes ».

L’apôtre se sert bien sûr d’une image lorsqu’il parle ainsi du levain. Mais c’est une image particulièrement bien appropriée. Le repas de la Pâque, pour Israël, devait être mangé sans levain ; et il était suivi par la fête des pains sans levain, qui durait une semaine. La Pâque préfigurait la mort de Christ ; celle-ci a été son accomplissement. Et l’Église, durant tout le temps de son séjour ici-bas, doit accomplir le type de la fête des pains sans levain, en s’éloignant de tout mal et en marchant en « sincérité » et en « vérité » (v. 8).

De même que les Israélites devaient ôter tout levain de leurs maisons, ainsi aussi vous et moi, nous devons ôter tout mal de nos vies. Et en plus de cela, il y a des cas où la parole de Dieu demande l’action de l’assemblée. De tels cas dans le domaine du mal moral sont mentionnés au verset 11. Le transgresseur peut être « quelqu’un appelé frère ». Comme il a professé être converti, il se trouve au-dedans de l’assemblée et non au-dehors ; et parce qu’il est dedans, il est soumis au jugement de l’assemblée et doit être placé dehors. Cette mise à l’écart n’est pas simplement une excommunication formelle et administrative. C’est une action d’une telle réalité que les saints ne doivent plus avoir de commerce en aucune manière avec celui qui a péché. Lorsque nous avons affaire avec les hommes de ce monde pour les choses d’ici-bas, nous ne pouvons pas faire une discrimination semblable sur la base de leurs caractères moraux. Mais si un homme qui professe être chrétien est coupable des péchés mentionnés au verset 11, nous devons en avoir fini avec lui et, pour le moment, ne plus le reconnaître du tout comme un chrétien. Le futur révélera ce qu’il est réellement.

Ce chapitre montre très clairement que lorsqu’il fallait s’occuper d’un mal grave, du vivant des apôtres, sur la base de l’autorité et de l’énergie apostoliques, le chemin normal était, comme il l’est toujours, par l’action de l’assemblée rassemblée au nom du Seigneur. Son domaine de compétence se limite à ceux qui sont « de dedans ». Ceux qui sont « de dehors » doivent être laissés au jugement de Dieu qui les atteindra au moment convenable.

 

7                    Chapitre 6

Il y avait un autre fait scandaleux parmi les Corinthiens, et Paul l’aborde au chapitre 6. Le mal était peut-être moins grave que le précédent, mais apparemment il était plus répandu. Quelques-uns parmi eux étaient querelleurs et amenaient leurs disputes jusque devant les tribunaux publics. Ainsi, ils lançaient leurs accusations et exposaient leurs torts, réels ou imaginaires, devant les incrédules.

Ici encore, l’instinct spirituel aurait dû les préserver d’une telle erreur. Leur façon de faire revenait à dire qu’il n’y avait pas un seul homme sage parmi eux, capable de juger et de décider en de tels cas. Ainsi, ils étalaient bruyamment ce qui était à leur honte.

En plus de cela, ils proclamaient leur propre ignorance. Le verset 2 commence par « Ne savez-vous pas », et cette expression est répétée cinq fois dans ce chapitre. Comme beaucoup d’autres croyants charnels, les Corinthiens n’avaient pas autant de connaissance qu’ils le pensaient. Si la vérité nous gouverne, nous la connaissons réellement. Une simple connaissance intellectuelle ne sert à rien.

Ils auraient réellement dû savoir que « les saints jugeront le monde ». Cela avait été annoncé dans l’Ancien Testament. On lit en Daniel : « ... jusqu’à ce que l’Ancien des jours vint, et que le jugement fut donné aux saints des lieux très hauts, et que le temps arriva où les saints possédèrent le royaume » (7:22). S’ils avaient vraiment su cela, ils ne se seraient pas traînés l’un l’autre devant les tribunaux païens. Et si nous en étions davantage conscients, nous éviterions peut-être de faire certaines choses que nous nous permettons. Au verset 3, nous sommes placés devant un fait encore plus étonnant : « nous jugerons les anges » — bien que le changement de « les saints » à « nous » indique peut-être que le jugement des anges ne sera confié qu’aux apôtres.

Quoiqu’il en soit, ces versets ouvrent devant nous une perspective d’autorité et de responsabilité extraordinaire, à la lumière de laquelle les choses qui appartiennent à cette vie peuvent être considérées comme de plus petites affaires (v. 2). En accord avec cette évaluation, l’enseignement donné ici est que, si de telles questions sont placées devant les saints pour être jugées, ceux qui sont les moins estimés dans l’assemblée doivent s’en occuper. Nous remarquons qu’il n’est pas dit que tous les saints jugeront dans le temps à venir. Peut-être que tous n’y sont pas destinés, et ainsi ceux qui paraissent le moins à même d’être juges dans ce temps futur peuvent l’être maintenant. Telle est l’évaluation que l’Écriture nous donne de l’importance relative des choses du temps à venir et de celles du temps présent.

Il est donc tout à fait évident que si un croyant se plaint d’une injustice de la part d’un autre, il doit exposer son cas devant les saints et non devant le monde. Il y a cependant quelque chose de bien meilleur que cela, et c’est ce qu’indique le verset 7. Le meilleur chemin, c’est de souffrir docilement le tort en laissant le Seigneur s’en occuper et produire la repentance chez celui qui l’a fait. Le pire de tout, c’est de commettre des torts et des injustices, et cela à ses frères même.

Si quelqu’un appelé un chrétien agit de manière injuste, de sérieuses questions se posent, puisque « les injustes n’hériteront point du royaume de Dieu ». La première question que nous nous posons est : est-ce un vrai croyant, après tout ? Dieu seul sait ce qui en est. Quant à nous, nous demeurons dans le doute à cet égard. Un vrai croyant peut tomber dans n’importe lequel des terribles péchés énumérés aux versets 9 et 10 ; mais il n’est pas caractérisé par cela, et, par la repentance, il peut être finalement restauré. Ceux qui sont caractérisés par ces choses n’ont aucune part au royaume de Dieu, ni maintenant ni plus tard. Par conséquent, ils sont manifestement en dehors de la communion de l’assemblée de Dieu.

Certains d’entre les Corinthiens avaient été des pécheurs de ce type, mais par leur conversion, ils avaient été lavés, sanctifiés et justifiés (v. 11). Le lavage dont il est question ici est le travail profond et fondamental de renouvellement moral accompli par la nouvelle naissance. La sanctification est la mise à part pour Dieu, afin d’être maintenant à sa disposition pour lui plaire. La justification est l’annulation de toute charge qui pourrait être portée contre nous ; c’est une mise en ordre judiciaire, grâce à laquelle nous nous tenons maintenant en justice devant Dieu. Ces trois choses ont été faites pour nous « au nom du Seigneur Jésus », c’est-à-dire en vertu de son sacrifice ; et « par l’Esprit de notre Dieu », c’est-à-dire par son œuvre effective dans nos cœurs. Nous aurions peut-être eu tendance à lier le lavage avec le travail de l’Esprit exclusivement, et la justification avec l’œuvre de Christ. Mais ce n’est pas présenté comme cela ici. Ce qui est objectif va de pair avec ce qui est subjectif.

Nous aurions aussi pu être inclinés à placer la justification en première place. Mais le lavage vient en premier ici parce que le point important du passage est que le croyant manifeste un caractère entièrement nouveau. Les anciens caractères de souillure sont lavés avec la nouvelle naissance. Et s’ils ne sont manifestement pas lavés, quoi qu’un homme professe, il ne peut pas être considéré comme étant un vrai croyant, ou comme appartenant au royaume de Dieu.

Le paragraphe qui commence au verset 12 introduit une nouvelle ligne de pensées. Il va être question des viandes au verset suivant, et nous aurons plus de détails à ce propos dans le chapitre 8. C’était une question brûlante parmi les premiers chrétiens. À ce sujet, Paul montre qu’il n’était pas sous la loi. Mais même ainsi, ce qui est « permis » peut ne pas être du tout « avantageux ». De plus, même une chose permise peut avoir tendance à nous rendre esclave, et nous devons bien nous garder de nous laisser asservir par quoi que ce soit. Au contraire, nous devons rester libres pour être les esclaves de notre Seigneur et Sauveur. Combien souvent on entend à propos d’une chose controversée : Mais ce n’est pas interdit... Quel mal y a-t-il à cela ? On peut répondre en posant une autre question : Est-ce avantageux ? Nous avons à rechercher les choses qui n’ont pas seulement la vertu négative de ne pas être mauvaises, mais qui ont la vertu positive d’être avantageuses.

Le dernier paragraphe du chapitre comporte des enseignements très importants à propos du corps du croyant. Pour le moment, nos corps n’ont pas encore connu la rédemption ; ils sont par conséquent le siège de diverses convoitises et, à cet égard, doivent être tenus pour morts. Nous ne devons cependant pas commettre l’erreur de les traiter avec légèreté. Trois grands faits à leur sujet sont mentionnés dans ce passage :

1) Nos corps sont « des membres de Christ » (v. 15). S’il est vrai qu’ils ne sont pas encore rachetés, ils doivent pourtant l’être, et le Seigneur les réclame déjà comme étant siens. Ils sont siens d’une manière si réelle que la vie de Jésus peut être manifestée dans nos corps (cf. 2 Cor. 4:10). Ils sont les membres dans lesquels doit être manifestée la vie de Celui qui est notre Tête.

2) Le corps de chaque croyant est « le temple du Saint Esprit » (v. 19). Notre ancienne vie a été jugée. Le péché dans la chair, qui nous dominait jadis, a été condamné ; et maintenant l’Esprit habite en nous comme l’énergie de la nouvelle vie que nous avons en Christ. Chaque croyant devrait considérer son corps comme la demeure où habite le Saint Esprit qu’il a reçu de Dieu. Dieu a pris possession de son corps de cette manière. C’est un fait d’une importance capitale.

3) Nous avons « été achetés à prix » (v. 20). Ce rachat implique notre corps aussi bien que notre âme. Le prix qui a été payé pour cela est au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer, nous le savons bien. Mais nous pourrions parfois oublier qu’il concerne aussi le rachat de nos corps.

Et maintenant, voyons les conséquences de ces trois grands faits. Comment pourrions-nous faire des membres de Christ les membres d’une prostituée ? Pourrais-je traiter mon corps comme étant exclusivement à moi ? Nous ne sommes pas à nous-mêmes. Nous sommes à un autre — esprit, âme et corps. « Glorifiez donc Dieu dans votre corps ». La seule pensée des hommes inconvertis est de se satisfaire et de se glorifier eux-mêmes dans et par leur corps. Qu’il nous soit donné de plaire à Dieu et de le glorifier Lui !

Quel standard est placé devant nous ici ! Nous avons peut-être le sentiment qu’il est bien haut et que nous ne pouvons pas l’atteindre. Et pourtant, nous ne voudrions pas qu’il soit différent. Il y a ici une grande bénédiction pour le présent et un gage certain de la gloire à venir. Si nos corps sont déjà maintenant le temple du Saint Esprit, combien certaine est la rédemption future de nos corps ! Alors le Saint Esprit aura un temple caractérisé par une sainteté parfaite. En attendant, il nous encourage à la sainteté, et cela pour notre plus grande bénédiction.

Arrêtons-nous encore sur le verset 17. Il élimine d’emblée l’idée que notre union avec Christ se trouve dans son incarnation — idée qui est à la base de bien des erreurs répandues dans la chrétienté. Cette union ne réside pas dans la chair mais dans l’esprit. On a ici l’un des cas où l’on pourrait se demander s’il faut mettre au mot « esprit » une majuscule ou une minuscule. L’Esprit qui habite en nous est l’Esprit de Christ ; et par Lui nous sommes un seul esprit avec le Seigneur. Quel fait merveilleux ! Méditons-le bien.

 

8                    Chapitre 7

Le premier verset du chapitre nous montre que Paul a écrit cette épître en réponse à une lettre de questions qu’il avait reçue des Corinthiens. Seulement, tandis qu’il y répondait, il y avait des problèmes plus graves et plus urgents qui devaient être traités premièrement ; ce sont ceux qui remplissent les chapitres 1 à 6. Il s’occupe maintenant de leurs questions, et c’est ainsi que nous lisons : « Or pour ce qui est des choses au sujet desquelles vous m’avez écrit », paroles qui sont d’ailleurs répétées au début des chapitres 8, 12 et 16. De toute évidence, ils avaient posé des questions à propos du mariage, des choses offertes aux idoles, des dons spirituels et des collectes.

Le chapitre 7 est presque entièrement consacré au sujet du mariage, bien que les versets 17 à 24 comportent des instructions concernant les diverses vocations terrestres dans lesquelles les croyants peuvent se trouver, des principes similaires s’y appliquant.

Il semble que les questions à propos du mariage aient été soulevées par le fait que Paul, qui était leur père spirituel et leur exemple, n’avait lui-même pas de femme. La plupart d’entre eux avaient une origine païenne, et ils avaient eu des pensées complètement erronées et corrompues quant à cette grande institution de Dieu. L’apôtre saisit cette occasion pour établir les choses sur la base voulue de Dieu, tout en maintenant qu’il y ait des personnes qui, comme lui-même, puissent vivre au-dessus de ce que réclame la nature, et renoncer au mariage pour être entièrement occupés du Seigneur et de son service.

Il est donc clair que, pour le croyant, le chemin normal est le mariage, avec tous les devoirs et toutes les responsabilités qu’il implique. Au verset 5, nous voyons que le mari et la femme peuvent se priver l’un de l’autre pour un temps, afin d’être plus entièrement à la disposition du Seigneur ; mais cela doit être fait d’un consentement mutuel, et en vue de la prière, de peur que l’adversaire n’en tire un avantage.

Aux versets 10 et 11, l’apôtre confirme les enseignements que le Seigneur avait déjà donnés. Dans les versets 12 à 16, il donne de plus amples instructions en vue des problèmes qui peuvent se présenter lorsque l’un des conjoints a reçu l’évangile et que l’autre est encore inconverti. Si un Juif, homme ou femme, contractait un mariage avec une personne appartenant aux nations environnantes, il y avait souillure, tant pour le couple que pour les enfants. Cela ressort très clairement de passages tels que Esdras 9 et Néhémie 13.

Avec l’évangile c’est le contraire, comme le verset 14 nous le montre. La sanctification et la sainteté dont il est parlé ne sont pas intrinsèques, bien sûr, mais relatives. Si seule la femme est croyante, Dieu reconnaît la famille comme mise à part pour lui. Il peut arriver que le conjoint non croyant haïsse la lumière qui est venue dans la maison au point de ne plus vouloir y rester. Mais s’il veut demeurer là, il jouit, avec les enfants qui y demeurent aussi, des privilèges que la lumière confère ; et on peut espérer qu’ils seront tous amenés un jour au salut.

Ces instructions peuvent peut-être paraître de peu d’intérêt pour nous. S’il en est ainsi, c’est parce que nous vivons dans les conditions anormales que la chrétienté a créées. Si l’Église avait maintenu son caractère propre, comme une sphère de bénédiction et de lumière, entourée des ténèbres de ce monde et bien séparée de lui, nous verrions plus clairement l’intérêt de tout cela. Ceux qui prêchent l’évangile parmi les païens, et qui cherchent avec amour à aider les nouveaux convertis dans les problèmes qu’ils rencontrent, trouvent ici les directions dont ils ont besoin.

Pour ce qui concerne la vocation terrestre, comme pour le mariage, le chemin du croyant consiste à accepter la situation existante, seulement en y introduisant une nouvelle puissance, à la gloire de Dieu. Nous devons demeurer dans l’état dans lequel nous avons été appelés par l’évangile, mais sous la condition : « auprès de Dieu » (v. 24). Si nous ne pouvons pas avoir Dieu avec nous dans cet état, nous ne devons pas y rester.

Après avoir donné ces instructions à ceux qui sont mariés, Paul se tourne, au verset 25, vers « ceux qui sont vierges » — et les instructions les concernant vont jusqu’au verset 38. Les deux derniers versets du chapitre contiennent quelques directives quant à la conduite des veuves.

Le mot « vierge » est utilisé ici pour parler des personnes non mariées des deux sexes. L’enseignement de l’apôtre peut être résumé ainsi : le mariage est bon, comme l’est toute institution divine ; il est entièrement juste et autorisé. Cependant, rester dans un état non marié est encore mieux, si c’est dans le but de demeurer plus pleinement à la disposition du Seigneur, pour se dévouer à ses intérêts. Si ceux qui suivent ce chemin ne peuvent « vaquer au service du Seigneur sans distraction », leur célibat ne fera que les « enlacer dans des liens » (v. 35).

Remarquons que cette préoccupation se retrouve tout au long du chapitre. Si des époux se privent momentanément l’un de l’autre, ce doit être pour se livrer au jeûne et à la prière. Si dans un mariage mixte, le conjoint converti poursuit paisiblement et patiemment son chemin avec celui qui ne l’est pas, c’est qu’il cherche la gloire du Seigneur dans le salut de celui qui ne le connaît pas encore. Si l’esclave converti persévère avec humilité et contentement dans ses occupations ingrates, c’est parce qu’en cela il demeure auprès de Dieu. Celui qui est célibataire peut renoncer au mariage parce qu’il désire ne pas être absorbé par les choses de la terre, mais se préoccuper seulement de la sainteté et du service du Seigneur. Si la veuve se remarie, elle le fait « dans le Seigneur », ce qui signifie : conformément à sa volonté et à ses directions.

Ce chapitre, sur lequel certains pourraient être enclins à passer rapidement comme étant sans intérêt particulier, ne contient pas seulement des instructions pour le mariage — instructions qui ont en elles-mêmes toute leur valeur — mais il met en évidence le principe que, pour le croyant, les intérêts de Dieu et de son service ont la priorité sur toute autre chose. Nous devons le reconnaître car « le temps est difficile » ou « raccourci » (v. 29). Hélas, combien souvent nous ne reconnaissons pas que nous vivons dans un temps raccourci, dont la fin a été rapprochée par la mort et la résurrection de Christ ! Et ainsi nous devrions retenir d’une main légère tout ce que nous possédons dans ce monde, en étant prêts à tout quitter d’un moment à l’autre.

Avant de passer au chapitre 8, regardons plus particulièrement les versets 6, 10, 12, 17, 25 et 40. Certaines des expressions utilisées dans ces versets ont été exploitées par ceux qui voudraient nier ou du moins affaiblir l’inspiration de l’Écriture.

Le verset 6 dit : « Je dis ceci par indulgence, non comme commandement ». Certaines choses en relation avec le mariage sont commandées, d’autres permises ; c’est très simple.

Le verset 10 se réfère à certains de ces commandements, et Paul rappelle qu’il n’y a rien de nouveau à leur sujet, car le Seigneur lui-même avait commandé ainsi lorsqu’il était ici-bas.

D’un autre côté, depuis le verset 12, l’apôtre donne des commandements qui n’avaient pas été précédemment exprimés par le Seigneur. Le temps d’en parler n’était pas encore venu puisque les problèmes dont il est question résultent de la large diffusion de l’évangile. Il n’y a aucune difficulté en cela, car ce que l’apôtre commandait et ordonnait dans toutes les assemblées, comme il le dit au verset 17, avait une pleine autorité. Il n’y a pas de différence d’autorité entre les commandements qui viennent des lèvres du Seigneur sur la terre et ceux qui viennent de lui dans le ciel par les lèvres ou par la plume de ses apôtres.

Au verset 25, l’apôtre fait une soigneuse mise en garde pour que les instructions qui suivent ne soient pas utilisées comme des commandements absolus qui puissent enlacer dans des liens (cf. v. 35). Elles ne sont que son appréciation des choses, mais une appréciation d’une très haute spiritualité — ainsi que l’expriment d’une façon significative les derniers mots du chapitre : « Or j’estime que moi aussi j’ai l’Esprit de Dieu ». L’application de toutes ces instructions données par l’Esprit dépendait entièrement de l’état spirituel de ceux qui les entendaient. C’est ainsi que Paul est inspiré ici à ne pas donner de commandements mais son appréciation.

Ces distinctions fines sont très frappantes. Elles sont révélatrices de la sagesse de Dieu, comme aussi de la réalité et de la portée de l’inspiration divine. Au lieu de l’affaiblir, elles la confirment.

 

9                    Chapitre 8

Les mots « Pour ce qui est... », par lesquels s’ouvre le chapitre, montrent que les Corinthiens étaient perplexes quant à l’attitude qu’ils devaient avoir en rapport avec les choses sacrifiées aux idoles, et qu’ils avaient mentionné ce sujet dans leur lettre à l’apôtre. Bien que nous ne soyons pas confrontés aux mêmes problèmes, nous verrons que les instructions données ont une grande valeur pour nous diriger dans des cas concrets qui peuvent se présenter à nous.

Avant d’aborder ce sujet, l’apôtre insère une parole de mise en garde. Les Corinthiens se vantaient de leur connaissance. Or elle est bien peu de chose en comparaison de l’amour. La connaissance, par elle-même, ne sert qu’à enfler, alors que l’amour édifie. De plus elle est toujours partielle ; elle a des limitations sévères. Nous ne savons rien avec une connaissance pleine et absolue. Si nous nous imaginons que nous connaissons de cette manière, nous démontrons par là que nous ne connaissons encore rien comme nous devrions connaître. Alors que si nous aimons Dieu, nous pouvons être assurés que nous sommes connus de Lui. C’est la chose importante.

Au verset 4, l’apôtre entreprend le sujet. Premièrement, qu’en est-il des idoles elles-mêmes ? La vérité est qu’elles ne sont rien dans ce monde. Des hommes égarés peuvent bien vénérer ces étranges objets et les traiter comme des dieux, mais nous savons qu’ils ne sont rien de plus que l’œuvre des mains de l’homme « et qu’il n’y a point d’autre Dieu qu’un seul ». En parlant ainsi, Paul n’oublie pas que les démons et leur pouvoir se cachent derrière les idoles ; il fait allusion à ce fait sinistre aux versets 19 et 20 du chapitre 10.

Les païens peuvent vénérer bien des dieux et bien des seigneurs, mais ceux-ci ne sont rien pour nous. Nous ne connaissons qu’un seul Dieu et qu’un seul Seigneur. Il y a le Père, l’origine et la source de tout, et nous sommes pour lui. Il y a le Seigneur Jésus, le grand administrateur dans la déité ; et toutes choses sont par lui, y compris nous-mêmes. Ceci étant, nous pouvons refuser entièrement de reconnaître les idoles des païens en quelque manière que ce soit, et traiter toutes les viandes comme identiques, qu’elles aient été offertes aux idoles ou non.

Cependant cette connaissance n’est nullement la part de tous (v. 7). Parmi les croyants, il y en aura toujours qui ne peuvent pas voir de telles choses à la lumière calme et non passionnée de la connaissance pure. Ils ne s’élèvent pas au-dessus de leurs sentiments et de leurs impressions subjectives. Sachant qu’une viande avait été offerte, de telles personnes ne pouvaient pas se débarrasser des sentiments que cela avait engendrés. Ils avaient « conscience de l’idole » et cela les troublait continuellement. Leur conscience était « faible », car elle n’était pas fortifiée par la connaissance claire et joyeuse dont Paul jouissait ; et étant faible, elle était « souillée ». Comment fallait-il se comporter dans cette situation ? Que devait faire le croyant qui était plus fort ?

La réponse est pleine d’instructions. L’apôtre maintient fermement la liberté du frère plus fort. Il est bien clair que la viande ne nous recommande pas à Dieu. Nos façons de faire peuvent différer. Certains peuvent manger de la viande et d’autres ne pas en manger. Mais il n’y a aucun avantage à faire d’une manière, comme il n’y a aucun inconvénient à faire de l’autre. Quant à Dieu, il n’y a pas de différence à cet égard.

Mais quant à ce qui nous concerne, dans la sphère chrétienne, il y a quelque chose qui doit être pris en considération. Il semble que certains Corinthiens, forts de leur connaissance du néant des idoles, allaient jusqu’à s’asseoir dans l’enceinte d’un temple d’idoles. C’était se laisser emporter très loin par la connaissance et courir le risque de devenir une pierre d’achoppement pour d’autres. En effet, des croyants plus faibles pouvaient être tentés de les imiter, en désirant une liberté plus grande ; ce faisant, ils allaient être accablés par une conscience réprobatrice, et ainsi périr. Ceci n’a rien à voir avec le salut de l’âme. Cela signifie que le frère faible serait paralysé, qu’il serait détruit quant à son état spirituel et par conséquent quant à son témoignage et à son service — sa conscience faible étant blessée. Aucun croyant qui est dans l’obscurité à cause d’une conscience souillée n’est en état de servir dans les guerres du Seigneur.

Certains d’entre nous pourraient être tentés de dire : Oh ! ce n’est finalement qu’un frère faible ; par conséquent il ne compte que très peu comme serviteur ou comme soldat pour le Seigneur. En parlant ainsi, nous serions coupables d’oublier qu’il s’agit de l’un de ceux « pour lesquels Christ est mort », et qui a pour lui une valeur incalculable. Voilà la vraie lumière dans laquelle nous devons voir notre frère. Il a un tel prix que pécher contre lui revient à pécher contre Christ.

L’apôtre n’a jamais oublié les mots : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » Nous-mêmes, nous ne devons jamais les oublier. La vérité qu’ils contiennent se retrouve dans bien des passages. Ceux qui veulent nuire à Christ aujourd’hui font du tort aux croyants. Ceux qui veulent servir Christ aujourd’hui prennent soin des siens et les servent. Ce qui est fait même au plus petit de ses frères, il le considère comme fait à lui-même. Que Dieu nous accorde de ne pas oublier cela ! Un réel dévouement pour Christ s’exprime de manière bien plus vraie et réelle par un service dévoué à sa cause et à son peuple, que par une abondance de belles paroles pieuses — que ce soit en s’adressant à lui ou en parlant de lui.

L’attitude qu’adoptait Paul lui-même est brièvement résumée dans le dernier verset du chapitre. Il préférait ne plus jamais manger de viande que d’être une occasion de chute pour son frère. Il préférait se mettre lui-même de côté et ôter de sa vie ce qui était parfaitement légitime, si ce pouvait être en vue du bien de son frère. C’est le fruit de l’amour divin en activité. Dieu veuille qu’il y en ait beaucoup plus à l’œuvre dans nos cœurs !

Il y a encore une remarque à faire à propos de ce chapitre. Le verset 6 est parfois cité par ceux qui cherchent à nier la divinité du Seigneur Jésus. Selon eux, puisqu’il y a « un seul Dieu, le Père » et qu’il est parlé du Seigneur Jésus seulement comme étant « un seul Seigneur », il n’est pas juste de parler de lui comme étant Dieu — même si d’autres passages le font clairement.

Dans ce verset, sans aucun doute, la divinité est attribuée au Père seul, et la seigneurie à Jésus seul. Cependant, il a été dit avec raison que « la divinité de Christ ne peut pas être plus niée parce qu’ici le Père est appelé un seul Dieu, que la seigneurie du Père ne peut être niée parce que le Fils est appelé un seul Seigneur » — à quoi nous ajoutons : ou que la divinité et la seigneurie de l’Esprit ne peuvent être niées parce qu’elles ne sont pas mentionnées ici.

Manifestement, la déité est présentée ici en contraste avec les nombreux dieux et seigneurs du monde païen ; et dans la déité, le Fils est Celui qui a la place de Seigneur. Si on laisse ce verset dans son contexte, il n’y a pas de difficulté réelle.

 

10               Chapitre 9

À la fin du chapitre 8, nous avons vu l’attitude pleine d’égards de Paul : il était disposé à renoncer à ses droits incontestables, si, par là, il pouvait sauver un de ses frères plus faible d’un désastre spirituel. Le chapitre 9 s’ouvre par une vigoureuse affirmation de sa position apostolique et des privilèges qui lui sont liés. Les deux choses s’accordent parfaitement, mais l’apôtre savait bien que ses adversaires — et ceux du Seigneur — essaieraient de le trouver en défaut à ce sujet. Ils insinueraient que son attitude bienveillante n’était qu’un artifice destiné à camoufler le fait qu’il n’était pas réellement apôtre, mais quelqu’un qui s’était élevé lui-même. Les Corinthiens avaient manifestement été influencés par les prétentions osées de ses adversaires et leurs pensées avaient par conséquent été quelque peu faussées. C’est ce qui conduit Paul à parler ouvertement de l’autorité que Dieu lui a donnée.

Il était réellement apôtre ; et il était entièrement à l’aise quant aux objets mentionnés plus haut. Il n’avait pas été avec Christ durant les jours de sa chair, comme les douze, mais il avait vu le Seigneur dans sa gloire. Les Corinthiens eux-mêmes étaient le fruit de son travail apostolique. Le verset 2 fournit un argument incontournable à ceux d’entre eux qui, influencés par les adversaires, pouvaient être enclins à mettre en question son apostolat : ils étaient eux-mêmes la preuve de la validité de son œuvre ! Jeter un doute sur la réalité de son travail revenait à en jeter un sur la réalité de leur propre conversion. À la fin de la deuxième épître, il reprend cet argument et le développe (13:3-5).

Si on l’interrogeait à ce sujet, il avait là une réponse qui ne pouvait être contredite. Ses adversaires faisaient feu de tout bois pour le discréditer. Maintes et maintes fois, il s’abstenait de manger ou de boire quelque chose par égard pour d’autres. Il n’avait pas, contrairement à d’autres apôtres, d’épouse pour l’aider et l’accompagner dans ses voyages. Lui et Barnabas avaient voyagé et travaillé sans relâche, sans prendre les moments de repos dont d’autres jouissaient. De plus, au lieu d’être à charge à d’autres pour ses besoins matériels, il avait travaillé de ses propres mains pour gagner sa vie et n’avait rien reçu de qui que ce soit à Corinthe. Or chacune de ces choses était utilisée dans le but de le discréditer. En fait, elles étaient toutes à son crédit, car il s’agissait là de ses droits. Il renonçait à des choses auxquelles il avait droit en tant qu’homme et en tant que serviteur du Seigneur ; et il le faisait par dévouement entier aux intérêts de son Maître.

Paul était donc contraint de parler de ce qui le concernait personnellement. Mais le Saint Esprit — qui s’exprime ici par sa plume — se sert de cette occasion pour exposer la volonté du Seigneur quant à ceux qu’il a appelés à consacrer tout leur temps à l’Évangile ou au service de Dieu. Il est ordonné « à ceux qui annoncent l’évangile de vivre de l’évangile » (v. 14). Il s’agit évidemment du cas normal. Si un ouvrier du Seigneur a des moyens financiers personnels et n’a pas besoin d’une telle aide — ou si quelqu’un, comme Paul, tout en en ayant besoin, a la force de s’en passer, c’est une autre affaire. Il y a toutefois cette différence à observer : il n’y a pas de vertu à décliner de l’aide quand on a suffisamment de ressources ; il y en a quand on n’a rien et qu’on renonce à ses droits.

Le principe que Paul expose est appuyé par un raisonnement spirituel au verset 7. Mais alors, il ne s’agit pas simplement d’une idée d’homme, ni même d’un homme spirituel : la loi s’exprimait exactement de la même manière. La petite prescription qui semble si abruptement placée en Deutéronome 25:4 établit ce principe en rapport avec une humble bête de somme. Il est appuyé en outre par les ordonnances concernant le service du temple et les autels juifs. Et finalement, le Seigneur lui-même en a ordonné ainsi pour la période actuelle. C’est ce que l’on voit en Matthieu 10:10 et dans d’autres passages des évangiles. Ce principe est donc établi de manière surabondante. Que tous ceux qui aiment le Seigneur prennent bien garde de ne négliger aucun vrai serviteur qu’il a appelé à son service ! Si nous le faisions, nous irions à l’encontre de sa Parole et en éprouverions nous-mêmes une grande perte.

En passant, remarquons que la manière dont Deutéronome 25 est cité ici nous conduit à nous attendre à trouver dans la loi, insérés et illustrés, bien des principes de conduite que le Nouveau Testament nous enseigne être selon la volonté de Dieu. Il n’y a rien de surprenant à cela, car Dieu est toujours le Même. En revanche, nous trouverons dans le Nouveau Testament de nouveaux principes de conduite qui ne sont pas dans l’Ancien. Il peut être opportun de faire ici une brève mise en garde. Tenons notre imagination bien en bride lorsque nous scrutons la loi donnée à Israël. L’esprit rêveur peut trouver des analogies apparentes qui, malgré des intentions pieuses, ne sont qu’un débordement de fantaisie.

Le verset 10 s’achève par les mots : « Celui qui foule le grain doit le fouler dans l’espérance d’y avoir part ». Cela signifie que celui qui travaille pour partager avec nous des choses spirituelles ne doit pas être privé de partager avec nous les choses charnelles — c’est-à-dire celles qui sont liées aux besoins de nos corps.

Y a-t-il eu quelqu’un d’autre, dans l’histoire de l’Église, qui ait vécu comme Paul, ayant autant de droits, mais si peu porté à demander ? Il préférait supporter toutes les souffrances plutôt que d’être le plus petit obstacle à la progression de l’Évangile. Il aurait préféré mourir plutôt que de manquer en cela. Heureux homme ! Il n’est pas étonnant qu’il puisse ensuite exhorter les croyants en disant : « Soyez mes imitateurs ».

Voyez aussi combien il ressentait intensément l’appel de Dieu à prêcher l’évangile. Il savait qu’une administration lui avait été confiée ; malheur à lui s’il y manquait ! La tâche confiée aurait pu lui déplaire et ne pas être conforme à sa volonté — comme cela avait été le cas pour Jonas quand il devait aller prêcher à Ninive — mais c’était une nécessité qui lui était imposée (v. 16). Il aurait alors été contraint de servir au travers de grandes difficultés, comme Jonas l’a été. Bien sûr, sa tâche ne lui était pas désagréable. Il se glorifiait en elle, bien qu’en l’accomplissant il n’y avait rien de quoi il puisse se glorifier. Le faisant volontairement, il en recevrait certainement la rétribution. Or cela faisait partie de son salaire que de pouvoir prêcher l’évangile sans frais. Qu’il est beau de pouvoir annoncer le salut qui est « sans argent et sans prix », sans soulever aucune question quant à l’argent ou à la rémunération de la prédication !

Mais le zèle de l’apôtre pour l’Évangile le poussait encore plus loin. Il était parfaitement libre, il n’avait d’obligation envers personne. Pourtant, son amour le conduisait à se faire l’esclave de tous, afin de gagner « le plus de gens » possible. Il était sorti pour en conquérir autant que possible ; c’est pourquoi, dans les limites qui respectent la volonté de Dieu, il s’adaptait à ceux qu’il cherchait à conquérir. Il énumère quatre classes de personnes : les Juifs, ceux qui sont sous la loi, ceux qui sont sans loi et les faibles. Il s’adaptait à chacune de ces classes lorsqu’il les approchait, mais bien sûr sans faire quoi que ce soit de contraire à la volonté de Dieu. C’est ce dont témoignent les expressions des versets 20 et 21 : « n’étant pas moi-même sous la loi » et « non que je sois sans loi quant à Dieu, mais je suis justement soumis à Christ ».

Lorsque Paul s’approchait d’un homme sous la loi, il observait les prescriptions de la loi, pour ne pas blesser sa sensibilité. Il se soumettait à tout, pour autant qu’il ne renie pas par là le fait qu’il n’était lui-même plus sous la loi. Lorsqu’il approchait un homme sans loi, il le faisait sur ce terrain-là. Toutefois, il prenait toujours soin de montrer qu’il n’était pas un homme sans loi, mais qu’il était justement soumis au Seigneur. Il est donc évident que l’apôtre regardait de quelles gens il s’approchait et tenait compte de leurs particularités, afin d’éviter tout ce qui aurait pu les indisposer inutilement à l’égard du message qu’il leur apportait. Il était bien loin d’avoir cet esprit qui conduit à dire : Dieu peut sauver et s’occuper de ceux qu’il a élus — et qui, par conséquent, lance presque l’Évangile à la tête des gens sans se préoccuper du résultat.

Essayez de vous figurer l’apôtre devenant faible pour les faibles, parlant en termes simples et élémentaires à des gens peu instruits ! Cela ne devait pas être une tâche facile pour un homme si instruit ! Et pourtant, il l’a fait. C’est l’art que doit apprendre tout moniteur d’école du dimanche dévoué et efficace. Il faut qu’il devienne comme un enfant pour gagner des enfants, sans pour cela devenir enfantin. Il doit comprendre l’esprit d’un enfant, et avoir devant lui comme but final : le salut.

En abordant le verset 24, les pensées de l’apôtre s’élargissent : il s’occupe de l’esprit et du caractère qui devraient marquer tout serviteur du Seigneur. Nous sommes vus comme des athlètes en compétition dans un stade, engagés dans une course ou un combat. C’est pour cela que nous devrions être caractérisés par le zèle, par un objectif bien précis, et par une vie de modération en tout et de renoncements. L’athlète, que ce soit celui des jeux pratiqués en Grèce il y a deux mille ans ou celui des compétitions actuelles, prend bien soin de ne pas se laisser dominer par son corps. Bien au contraire, il maîtrise son corps et le soumet à un régime très strict, tout en l’endurcissant par un entraînement continuel. Et il fait tout cela pour une couronne qui se flétrit rapidement. Cherchons à faire les mêmes efforts, mais sur un plan spirituel, afin de recevoir un jour une couronne incorruptible. Car, à l’inverse, il est possible de négliger tout cela et, après avoir été un prédicateur éloquent pour les autres, d’être finalement réprouvé soi-même.

Notre chapitre se termine par un mot très déplaisant : « réprouvé ». Il y a eu beaucoup de controverses au sujet de ce mot. Plusieurs s’en sont servis pour chercher à prouver que le vrai croyant peut-être rejeté, et perdu pour toujours. D’autres, réalisant que bien des passages disent positivement le contraire, ont cherché à l’expliquer comme signifiant désapprouvé ou rejeté quant au service, privé de recevoir un prix, disqualifié.

Nous croyons cependant que, pour saisir la véritable portée du verset, il faut laisser au mot « réprouvé » son poids et sa pleine signification, et qu’il faut lire ce passage en relation avec les douze premiers versets du chapitre 10. Le mot « Car », au début de celui-ci, indique que ce qui suit illustre ce qui vient d’être dit. « Car... nos pères ont tous été sous la nuée... Mais Dieu n’a pas pris plaisir en la plupart d’entre eux, car ils tombèrent dans le désert ». La plupart des Israélites présentaient les signes extérieurs d’une relation avec Dieu, mais il leur en manquait la puissance vitale : ils n’avaient pas la foi. Ils n’ont pas « mortifié » leur corps, mais se sont adonnés à leurs convoitises et ont misérablement péri. Dans ce sens, ce sont des types de ceux qui, tout en professant hautement être chrétiens, ne sont pas de vrais croyants et périront.

Le sens du mot « réprouvé » semble donc être clairement précisé par le contexte. Mais il reste la difficulté : pourquoi Paul parle-t-il de lui-même en ces termes ? Pourquoi est-il si emphatique en disant « que... je ne sois moi-même réprouvé » ? Nous croyons qu’en écrivant ainsi, Paul n’avait pas seulement en vue les Corinthiens qu’il venait de blâmer pour leur grand relâchement, mais aussi, et peut-être surtout, les fauteurs de trouble qui les avaient conduits à l’égarement. Ces adversaires étaient sans aucun doute des hommes qui, tout en jouant les grands prédicateurs, se complaisaient eux-mêmes dans des principes relâchés — bien loin de mortifier leurs corps. Toutefois Paul ne les nomme pas directement, pas plus qu’il n’avait cité les chefs de parti au début de l’épître. Là, il avait reporté les choses sur lui et sur Apollos. Ici, il ne cite même pas Apollos, mais les reporte sur lui seul. C’est d’ailleurs une façon de parler très habituelle. Par exemple, un prédicateur s’adresse à la foule en disant : « Si je dois une année de loyer, et que je ne puisse en payer un centime, alors... ». De toute sa vie, cet homme n’a jamais eu de dette quant à son loyer, mais, pour illustrer son message, il transfère la chose sur lui. La délicatesse l’empêche de mentionner ses auditeurs, et de suggérer qu’ils ne sont pas capables de payer leur loyer.

Paul n’a aucun doute quant à lui-même. Au verset précédent, il a dit : « Moi donc je cours ainsi, non comme ne sachant pas vers quel but » (v. 26). Mais il a de sérieux doutes quant à ses adversaires, et quelques doutes quant aux Corinthiens. En appliquant son avertissement à lui-même, il ne le rend que plus efficace. Le simple fait d’être un prédicateur ne garantit rien du tout.

 

11               Chapitre 10

Les privilèges extérieurs et la pratique d’une religion ne sont nullement une garantie. C’est ce dont témoigne l’histoire d’Israël, résumée dans les premiers versets du chapitre 10. Il y avait pour les Israélites des choses présentant une certaine analogie avec le baptême et la cène du Seigneur, et pourtant ils sont tombés dans le désert et ont été détruits. En cela, ils sont des types pour nous.

Le passage de la mer Rouge est un type du baptême. À ce moment, les Israélites se sont soumis de façon bien définie à l’autorité et à la conduite de Moïse. De même, par le baptême chrétien — administré au nom du Seigneur Jésus — nous sommes placés de façon bien définie sous son autorité et sa conduite. Bien que ni la nuée ni la mer ne les aient touchés, les fils d’Israël ont été sous la première et ont passé à travers la seconde.

Le verset 3 se réfère à la manne ; le verset 4 parle du rocher duquel ils ont bu en Exode 17 et en Nombres 20. Mais autant la manne que le rocher étaient « spirituels », étant surnaturels ; l’un et l’autre étaient des types de Christ. Pourtant, en dépit de ces privilèges particuliers dont jouissait tout Israël, la grande majorité d’entre eux sont tombés dans le désert. Ce triste fait est rappelé dans Hébreux 3 et 4, où il est précisé que la raison de leur chute est qu’ils n’avaient pas de foi (Héb. 4:2). Notre passage nous indique ce qui, par contre, les caractérisait : les convoitises, l’idolâtrie, la fornication et une disposition d’esprit à tenter Dieu et à murmurer. Lorsque la foi apparaît, ces mauvaises choses disparaissent.

L’Esprit de Dieu a enregistré ces choses pour nous servir d’avertissement. Le vrai croyant est caractérisé par la confiance en Dieu, et plus sa confiance est simple et absolue, mieux cela vaut. Parallèlement, il est caractérisé par une absence de confiance en lui-même, et plus il se méfie de lui-même, mieux cela vaut. C’est lorsque nous croyons que nous sommes debout que nous sommes en danger de tomber. C’est une tout autre chose, bien sûr, lorsqu’un croyant est confiant que « le Seigneur est puissant pour le tenir debout » (Rom. 14:4).

Et non seulement Dieu est puissant pour nous soutenir, mais, dans sa fidélité, il garde un œil vigilant sur nous et ne permettra pas que nous soyons tentés au-delà d’une certaine limite. Les tentations auxquelles nous sommes soumis sont des « tentations humaines ». Elles ne sont pas d’une nature surhumaine, et il y a avec elles une « issue ». Le fait qu’il y ait une issue ne signifie pas que nous devions nous attendre à trouver toujours un chemin qui nous permette d’échapper entièrement à la mise à l’épreuve. Mais cela veut dire que Dieu veille toujours à ce qu’il y ait un chemin par lequel nous puissions finalement en sortir indemnes. La tentation peut ressembler à un long tunnel noir, mais la lumière du jour est toujours visible à son extrémité.

Ayant exprimé cette solennelle mise en garde, l’apôtre lui donne une tournure très personnelle au verset 14. Tout le chapitre 8 avait été consacré au problème des idoles et des viandes qui leur avaient été offertes, et ce verset nous ramène à cet objet. Le chapitre 8 affirmait la liberté du croyant par rapport aux viandes offertes aux idoles. Ce verset contrebalance cet enseignement en soulignant le caractère odieux des idoles elles-mêmes. L’idolâtrie ne doit pas simplement être évitée ; il faut la fuir, comme étant une chose absolument horrible.

Gardons-nous des idoles, dans tous les sens du terme.

Jusqu’ici dans cette épître, l’apôtre s’était adressé aux Corinthiens sur le plan de leur responsabilité, en supposant qu’il pouvait y avoir parmi eux des hommes qui n’avaient que l’apparence chrétienne. Au verset 15, il change un peu son point de vue et s’adresse à eux comme à des « personnes intelligentes ». Il est à craindre que tout croyant ne puisse être désigné ainsi ; et il est certain qu’aucune personne inconvertie ne peut l’être. L’apôtre parle aux membres du corps de Christ, qui possèdent son Esprit, et qui sont donc capables de juger de ce qu’il va maintenant développer devant eux. Les versets 16 à 22 contiennent une argumentation dont la force spirituelle devrait s’imposer à nous.

La signification première de la coupe et du pain auxquels nous participons dans la cène du Seigneur, c’est le sang et le corps de Christ. Cela apparaît de manière très évidente dès l’institution de la cène, ainsi qu’elle nous est rapportée dans trois des Évangiles. Mais il y a une autre signification, sous-jacente à la première, qui n’a pas été mise en lumière avant que soient donnés les versets qui sont devant nous : c’est la pensée de la « communion ». La cène n’est pas seulement un acte qui fait appel aux sentiments les plus profonds de la piété personnelle de chaque individu ; c’est un acte de communion, exprimant le fait que nous qui participons à un seul et même pain, nous sommes « un » comme le pain auquel nous participons.

Cependant, arrivés à ce point, veillons à distinguer soigneusement les choses qui diffèrent. Le seul pain représente le corps de Christ qui a été livré à la mort pour nous. Le fait que nous, croyants, bien qu’étant plusieurs, nous participions tous à ce même pain signifie que nous sommes un seul corps. Nous sommes un seul corps par un acte divin (cf. 12, 13). Participer tous à un seul pain ne fait pas de nous un seul corps, mais c’est le signe que nous sommes un seul corps. Et Paul fait appel à ce signe pour donner du poids à son argumentation.

Le point qu’il souligne ici, c’est que la cène du Seigneur implique la communion — non seulement la communion les uns avec les autres, mais la communion du sang et du corps de Christ. Il n’y a rien ici pour nourrir la superstition. Ce que nous rompons, c’est du pain. Ce à quoi nous participons, c’est du pain. Mais en buvant et en participant, nous avons communion avec ce que la coupe et le pain représentent ; et c’est à l’égard de cela que nous serons tenus pour responsables, comme le verset 27 du chapitre suivant l’affirme expressément. C’est une vérité extrêmement solennelle, sur laquelle on ferme trop souvent les yeux.

Au verset 18, l’apôtre montre qu’il y avait en Israël une préfiguration de cette vérité. En effet, les sacrificateurs pouvaient manger certaines parties de certains sacrifices, et dans le cas du sacrifice de prospérités, même celui qui l’offrait en avait sa part. Les chapitres 6 et 7 du Lévitique nous donnent des détails à ce sujet. Ils nous montrent aussi qu’il y avait des restrictions pour ceux qui mangeaient. Toute souillure devait être éloignée d’eux, car, par leur participation au sacrifice, ils étaient en communion avec l’autel de Dieu, et avec tout ce qu’il représentait. S’ils avaient pris des libertés avec leur nourriture sainte et l’avaient traitée d’une manière indigne, ils en auraient subi des conséquences graves.

Il en était de même en principe quant aux sacrifices idolâtres des gentils. Les idoles que les païens vénéraient représentaient des démons ; et ces démons n’étaient rien d’autre que des subordonnés de Satan. En leur offrant des sacrifices, ces gens entraient en communion avec les démons. Et l’enfant de Dieu doit fuir à tout prix une telle communion.

Les versets 16 à 20 placent ainsi devant nous trois communions : celle des chrétiens, celle des Juifs et celle des païens. Elles sont centrées respectivement sur la table du Seigneur, sur l’autel d’Israël et sur les sacrifices idolâtres du paganisme. Elles s’expriment dans tous les cas par le fait de manger. Dans ce passage, l’autel d’Israël n’est pas en question ; il est seulement introduit comme illustration, puis laissé de côté. (Il y a aussi une allusion à lui en Héb. 13:10.) Le problème, ici, se situe entre la communion de la mort de Christ et la communion des démons. Ces deux choses sont totalement, fondamentalement et continuellement opposées. Il est impossible de participer à l’une et à l’autre. « Vous ne pouvez », dit l’apôtre à deux reprises au verset 21.

En supposant que quelqu’un ignore ce « vous ne pouvez », et soit assez effronté pour participer à la table des démons après avoir participé à la table du Seigneur, qu’en sera-t-il alors ? Il provoque le Seigneur à la jalousie, à l’égard de son nom et de sa gloire. Le Seigneur ne donnera pas sa gloire à un autre, et celui qui l’offense ainsi entre en conflit aigu avec le Seigneur lui-même. Il connaîtra l’amertume de ses voies en discipline, qui peuvent aller jusqu’à la mort. Sous la discipline du Seigneur, il découvrira vite qu’il n’est pas plus fort que lui, et il devra parcourir la route pénible de la repentance, qui est le seul moyen qui conduit à la restauration.

Par la grâce de Dieu, nous ne sommes que très peu menacés par la « communion avec les démons ». Mais, à cause de cela, n’écartons pas avec légèreté de nos pensées ce qui nous est enseigné ici, car le principe a une portée beaucoup plus large. Si nous participons à la table du Seigneur, nous devons être vigilants pour ne pas participer aussi à des choses qui sont en contradiction avec elle et avec sa sainteté. Si nous avons communion avec le sang et le corps de Christ, nous comprendrons que celle-ci a une valeur telle qu’elle exclut toute communion incompatible. Nous nous tiendrons éloignés de toute communion qui puisse nous lier, et même nous souiller. Nous craignons que les implications de cette vérité soient souvent ignorées. On participe à la coupe et au pain sans se préoccuper beaucoup des obligations solennelles qui y sont rattachées. Or nous ne pouvons avoir aucune communion avec des choses mauvaises.

Ce sérieux problème traité, il reste la question des viandes offertes aux idoles, à laquelle l’apôtre avait déjà fait allusion. Il s’en était écarté au début du chapitre 9 pour ouvrir une digression, et il y revient au verset 23 du chapitre qui nous occupe. Le monde païen était si rempli d’idoles que la plupart des animaux en vente dans les boucheries avaient été tués lors de sacrifices ou de cérémonies idolâtres. Si un chrétien achetait sa viande à la boucherie, ou s’il mangeait chez quelqu’un qui n’était pas croyant et qui était donc indifférent à ces choses, que devait-il faire ?

À ce sujet, Paul affirme à deux reprises : « Toutes choses sont permises ». Il nous place donc dans une position de liberté. Mais il nous rappelle que toutes choses sont bien loin d’être avantageuses ou édifiantes, et de plus, que nous ne devons pas simplement considérer ce qui est bon pour nous, mais aussi ce qui est bon pour les autres. Le double test qu’il mentionne peut avoir des milliers d’applications. Sans cesse se présentent de nouvelles situations où nous ne devons pas seulement nous demander : est-ce permis ? mais aussi : est-ce avantageux ? cela tend-il à l’édification ? De plus, nous avons à considérer l’avantage et l’édification de tous. Si nous ordonnions nos vies selon ce standard, nous nous passerions de bien des choses dont la nature est douteuse et sans profit.

Nous pouvons bien remercier Dieu pour la liberté donnée dans ce passage. Quel fardeau insupportable pour les premiers chrétiens, s’ils avaient été responsables de rechercher l’historique de chaque morceau de viande acheté dans leurs marchés, ou consommé dans la maison de quelque connaissance ! Et pour nous aujourd’hui, qui vivons dans un monde hautement compliqué et artificiel, cela serait encore dix fois pire. La volonté de Dieu pour les siens est évidemment qu’ils acceptent les conditions dans lesquelles ils sont placés, et qu’ils cheminent avec simplicité, sans chercher d’un œil inquisiteur tous les problèmes possibles, qu’il s’agisse de viande ou de n’importe quelle autre chose.

Par contre, si, sans s’être spécialement enquis, quelqu’un est informé d’une souillure — comme dans le cas qui est supposé au verset 28 — alors cette souillure doit être soigneusement évitée. En disant cela, l’apôtre réaffirme ce qu’il avait dit à la fin du chapitre 8.

Cela nous amène à l’enseignement très général du verset 31, à une affirmation qui couvre l’ensemble de nos vies. En toutes choses, nous devons rechercher la gloire de Dieu. Et le verset suivant ajoute que nous devons éviter de devenir une pierre d’achoppement pour un homme quelconque. En considérant ce passage dans son ensemble, nous pouvons y observer cinq points très utiles pour nous aider à discerner si un chemin est, ou n’est pas, selon la volonté de Dieu.

Ce qui est selon sa volonté est :

·       permis,

·       avantageux,

·       pour l’édification (de soi-même ou des autres),

·       pour la gloire de Dieu,

·       et ne donne pas d’occasion de chute pour qui que ce soit.

 

La question est souvent posée : comment puis-je connaître la volonté de Dieu et être dirigé par lui ? Eh bien ! voilà quelques éléments de direction très sûrs et bien définis. Mais sommes-nous toujours disposés à nous laisser diriger lorsque nous recevons les directions divines ?

Le verset 32 partage l’humanité en trois classes. Remarquez comment l’assemblée de Dieu est distinguée des Juifs et des Grecs (les gentils). L’Ancien Testament partageait les hommes en deux catégories : Israël et les nations (les païens). L’Église, un corps tiré à la fois des Juifs et des gentils, n’apparaît que dans le Nouveau Testament. Bien que nous ayons été appelés hors de l’ensemble de l’humanité, nous devons considérer les hommes en cherchant leur plus grand bien, leur salut. C’était la façon de faire de Paul, comme c’était celle de Christ. Et nous devons être imitateurs de Paul. Le verset 1 du chapitre 11 peut être considéré comme étant le dernier verset du chapitre 10.

 

12               Chapitre 11

Le nouveau sujet commence au verset 2 , qui fait un net contraste avec le verset 17. Au chapitre 10, comme nous l’avons vu, l’apôtre a parlé de l’institution de la cène du Seigneur. En relation avec elle, il y avait de graves désordres à Corinthe, exigeant une réprimande sévère. Il y avait cependant certains points en lesquels l’apôtre pouvait louer les Corinthiens. Il commence donc par quelques mots de louange. Des « enseignements » leur avaient été donnés ; ils s’étaient souvenus de Paul et les avaient gardés. Ainsi, même en cela, nous voyons l’apôtre confirmer par l’exemple ce qu’il venait de dire. Il cherchait le profit des Corinthiens en les louant avant de les blâmer. Et en agissant de cette manière, il suivait Christ. En effet, c’est bien là sa manière d’agir, comme nous le voyons dans les messages aux sept assemblées, en Apocalypse 2 et 3.

Cependant, même à cet égard, il y avait des choses au sujet desquelles les Corinthiens étaient ignorants. Il semble qu’ils observaient les enseignements qui leur avaient été donnés quant à l’attitude des hommes et des femmes dans la prière et la prophétie, sans comprendre la vérité qui motivait ces enseignements. Le fait que l’homme doive accomplir ces exercices spirituels avec la tête découverte, et la femme avec la tête couverte, n’était pas un ordre arbitraire. Au contraire, c’était en accord avec l’ordre divin établi en relation avec Christ. Trois « chefs » ou « têtes » sont mentionnés au verset 3.

Si Dieu est le plus élevé d’entre eux, c’est parce qu’en devenant homme, afin de pouvoir assumer sa fonction de médiateur, le Seigneur Jésus a pris une place de soumission. Ésaïe avait annoncé la venue du serviteur de l’Éternel, qui aurait l’oreille de celui qu’on enseigne et qui ne dévierait jamais de ses commandements (50:4, 5) — c’est-à-dire que l’Éternel serait sa tête ou son chef en toutes choses. Cela a été parfaitement accompli en Christ, et le fait qu’il soit maintenant ressuscité et glorifié n’a pas altéré cette position. Il est toujours le serviteur qui accomplit la volonté de Dieu, bien qu’il ne soit jamais moins que Dieu lui-même, et « le plaisir de l’Éternel prospérera en sa main » pour l’éternité (És. 53:10). Ainsi, « le chef du Christ, c’est Dieu ».

Ensuite, Christ est le chef de l’homme — distingué ici de la femme. Un ordre déterminé a été établi à la création, « Adam a été formé le premier, et puis Ève » (1 Tim. 2:13). Cet ordre est réaffirmé par les versets 8 et 9 de notre chapitre. Ève participait à la place d’honneur que possédait Adam ; mais, même pendant le temps de l’innocence, la direction était dévolue à Adam. Le péché n’a pas changé cet ordre, non plus que la venue de la grâce de Dieu en Christ. Ainsi, Christ est le chef de l’homme — de tout homme. Et l’homme est le chef de la femme.

Les membres du corps humain sont tous dirigés par la tête — ou le chef. Ainsi, l’image est très simple et très expressive. En un mot, c’est une affaire de direction. La femme doit accepter la direction de l’homme. L’homme doit accepter la direction de Christ. Christ accepte la direction de Dieu, et le fait d’une manière parfaite. Quant aux autres relations, la soumission se réalise d’une manière très imparfaite. Les hommes, pour la plupart, ne reconnaissent pas Christ du tout ; et nous assistons à la grande révolte féministe contre l’autorité et la direction de l’homme — spécialement dans les nations « christianisées », ce qui est bien significatif. Mais aucun de ces faits n’altère l’ordre divin.

Dans des activités spirituelles qui touchent directement Dieu — que ce soit en priant (c’est-à-dire en s’adressant à lui) ou en prophétisant (c’est-à-dire en parlant de sa part) — il faut que le croyant, homme ou femme, observe ces enseignements quant à la tête découverte ou couverte. C’est un signe que l’ordre divin est reconnu et obéi. Les versets 14 et 15 montrent en outre que c’est en accord avec cela que l’homme a des cheveux courts et la femme des cheveux longs.

Il n’y a pas de contradiction entre le verset 5 de notre chapitre et le verset 34 du chapitre 14, pour la simple raison que là il est question de parler dans l’assemblée, alors qu’ici le fonctionnement de l’assemblée n’est pas en vue avant le verset 17. C’est seulement depuis ce verset que le chapitre commence à considérer ce qui se passe lorsqu’on se réunit. La prière et la prophétie envisagées au verset 5 ne sont pas en relation avec les rassemblements formels des saints de Dieu.

C’est lorsqu’il se met à parler des choses qu’il avait apprises au sujet de leurs réunions en assemblée que l’apôtre se voit contraint de les blâmer (v. 17). Ils ne se réunissaient pas pour leur profit, mais pour leur détriment. Au premier chapitre, Paul avait déjà fait allusion à ces divisions parmi eux, et c’est lorsqu’ils se réunissaient qu’elles étaient rendues manifestes. Ils se réunissaient encore en un même lieu. Les choses n’avaient pas atteint un point tel qu’ils refusent de se rencontrer et qu’ils se réunissent dans des locaux différents. Et pourtant il y avait des fissures internes dans l’assemblée, avec tout leur cortège d’effets désastreux.

Ces nouvelles étaient parvenues aux oreilles de Paul et il leur dit ouvertement qu’il les croit en partie, car il connaissait leur état charnel. Le mot « sectes » du verset 19 signifie « écoles d’opinion ». Les sectes sont mentionnées en Galates 5:20, parmi les affreuses « œuvres de la chair ». Lorsque des croyants se trouvent dans une condition charnelle, les sectes surviennent inévitablement. C’est pourquoi l’apôtre dit à ces Corinthiens charnels : « il faut aussi qu’il y ait des sectes parmi vous ». Ces sectes peuvent avoir l’effet de manifester ceux qui sont follement « approuvés » par les hommes. Elles auront certainement pour effet de révéler ceux qui refusent cet esprit de parti, et qui par conséquent ont l’approbation de Dieu.

Quel doit être le jugement de l’Esprit de Dieu sur nous aujourd’hui, en raison de la manière dont les écoles d’opinion prospèrent dans l’Église de Dieu !

Le verset 20 montre clairement que les croyants de Corinthe, bien que très nombreux, se réunissaient encore ensemble dans un même bâtiment. Ils se réunissaient « en assemblée », c’est-à-dire pas seulement pour être ensemble mais comme assemblée (v. 18). Et alors, les sectes et les partis se manifestaient douloureusement. En outre, leur façon d’agir était désordonnée. Elle l’était tellement que l’apôtre refuse de reconnaître leurs festins, qu’ils appelaient la cène, comme étant véritablement la cène du Seigneur. Ce n’est pas « manger la cène dominicale », dit-il, mais chacun prenant « son propre souper ».

Nous croyons qu’il y a ici un double contraste. Premièrement un contraste entre les termes « du Seigneur » et « son propre ». Ils traitaient la question comme s’ils en étaient maîtres, et pouvaient par conséquent l’arranger à leur guise en célébrant la cène comme ils le voulaient. Cela conduisait à un désordre scandaleux, certains ne recevant rien et d’autres buvant tellement de vin qu’ils s’enivraient. Si un désordre aussi choquant semble ne plus avoir lieu de nos jours, n’y a-t-il pas beaucoup de chrétiens qui s’estiment maîtres de cette sainte ordonnance et se croient parfaitement libres de la modifier à leur convenance ? — libres de la changer en une messe ou en un sacrifice, libres de l’ornementer ou de l’agrémenter par des chœurs, libres d’en limiter l’administration à une caste sacerdotale, libres de la célébrer si fréquemment qu’elle en devient presque continue, libres de la réaliser une fois seulement en plusieurs mois ou de l’abolir complètement.

Mais il y a aussi un contraste entre la cène du Seigneur qui est une affaire de communion, comme le chapitre 10 l’a exposé, et « chacun » prenant son propre souper, ce qui en fait une affaire purement individuelle. Si des croyants se réunissent et respectent cette institution de façon extérieurement impeccable, mais qu’en même temps ils la traitent comme un privilège purement personnel, en lui ôtant, dans leur esprit, la pensée que ceux qui la célèbrent le font comme étant un seul corps, ils se fourvoient complètement. Ce n’est pas chacun agissant et mangeant pour lui-même, mais plutôt tous agissant ensemble.

Le seul remède au désordre quant à la cène du Seigneur était de revenir, et cela même aux temps apostoliques, à son institution originale — à son esprit, à sa signification et à toute sa simplicité. Paul ne développe pas d’arguments à ce sujet. Dans les versets 23 à 27, il revient simplement à ce qui avait été institué par le Seigneur lui-même. Et il le fait, non pas comme s’il avait reçu des informations authentiques de la part des autres apôtres qui avaient été présents alors, mais comme ayant reçu directement ces instructions du Seigneur, par une révélation divine. Cette révélation confirme le compte-rendu donné par les évangélistes inspirés et en clarifie la signification. Beaucoup de ce qui peut être considéré par les hommes comme la beauté et la grandeur de la célébration de cette institution n’est, selon l’estimation divine, rien d’autre que du désordre. Tout ordre qui n’est pas l’ordre divin, aussi ornementé et magnifique qu’il soit aux yeux des hommes, n’est que du désordre aux yeux de Dieu.

Il a plu à Dieu de nous donner quatre comptes rendus de l’institution de la cène du Seigneur. Le quatrième, donné par Paul, revêt une importance particulière. Il établit clairement que cette institution doit être observée par les croyants d’entre les nations aussi bien que d’entre les Juifs, et qu’elle doit se continuer jusqu’à ce que le Seigneur vienne. Les objets matériels employés sont des plus simples : le pain, la coupe, objets connus dans chaque maison à cette époque. Leur signification est profonde : « mon corps », « la nouvelle alliance en mon sang ». Et l’esprit entier de cette institution est défini par les mots : « en mémoire de moi ». Nous devons nous souvenir de lui dans les circonstances par lesquelles il a passé : il a été dans la mort, bien que nous le connaissions comme celui qui est maintenant glorifié dans le ciel.

La cène commence donc avec le souvenir du Seigneur dans sa mort. Beaucoup de choses découlent de ce souvenir. Nous ne manquerons pas d’être conscients de la bénédiction qui est la nôtre — c’est « la coupe de bénédiction » — et nous pourrons bénir Dieu en retour. Mais il nous faut aller au-delà des symboles et voir ce qu’ils représentent. Nous devons discerner le corps et le sang de Christ. Et en discernant cela, nous serons gardés de traiter ces choses saintes d’une manière profane et indigne, comme les Corinthiens le faisaient. Le Seigneur ne les tenait pas pour innocents, et ils mangeaient et buvaient un jugement contre eux-mêmes. Ils étaient coupables du déshonneur qu’ils jetaient, non seulement sur un pain et une coupe, mais sur le corps et le sang de Christ représentés par ce pain et cette coupe. C’est le sens profond des versets 27 et 29.

Que devrions-nous faire alors ? Lorsque l’Éternel exerça le jugement sur Uzza, parce qu’il avait traité l’arche comme si elle était un objet ordinaire (voir 2 Sam. 6), David fut irrité et laissa l’arche entièrement de côté pour un temps. C’était une faute, qu’il rectifia par la suite en honorant l’arche et en la traitant comme Dieu l’avait ordonné. Les instructions de Paul aux Corinthiens, dans les versets 28 à 30, sont en plein accord avec cela. Dieu était intervenu en jugement parmi eux ; plusieurs étaient faibles et malades, et certains avaient même été retranchés par la mort. Mais cela ne devait pas les conduire à renoncer à célébrer la cène du Seigneur. Au contraire, cela devait les amener à s’éprouver eux-mêmes et à y participer dans un esprit de jugement de soi. Il y avait eu abus, et la solution n’était pas l’abstention, mais la réalisation soigneuse de ce mémorial, dans l’obéissance à l’intention de Dieu.

Les derniers versets de ce chapitre nous fournissent un exemple du châtiment de Dieu en rétribution. Les Corinthiens étaient sous la discipline divine à cause du mal qu’ils avaient commis. Dieu châtie ses enfants afin qu’ils ne soient pas condamnés avec le monde. Si nous nous jugeons nous-mêmes, nous serons gardés du mal et il ne sera pas nécessaire que la main de Dieu s’appesantisse sur nous. Notons bien cela. Exerçons-nous au jugement de nous-mêmes ; il est hélas si peu mis en pratique. Cultivons-le toujours plus. Par lui, nous serons préservés d’innombrables fautes. Les Corinthiens l’avaient manifestement négligé, et il y avait beaucoup à reprendre parmi eux. L’apôtre a maintenant corrigé leurs erreurs les plus flagrantes en relation avec la Cène. Il y en avait d’autres, mais elles pouvaient attendre jusqu’à ce qu’il vienne en personne. Il termine donc le chapitre en disant : « Or quant aux autres points, je les réglerai quand j’irai vers vous ».

 

13               Chapitre 12

Les croyants de Corinthe se réunissaient en assemblée non seulement pour participer à la cène du Seigneur, mais aussi pour l’exercice des dons spirituels, en particulier celui de la prophétie. À cette époque, il y avait des prophètes que le Saint Esprit utilisait pour délivrer des communications inspirées dans l’assemblée. C’est de cette manière que Dieu fournissait des instructions et des directions, alors que les écrits du Nouveau Testament, étant en formation, n’étaient pas encore à la disposition des croyants, comme ils le sont aujourd’hui. Il y avait cependant un grand danger lié à cela.

Autrefois, lorsque Dieu suscita des prophètes en Israël, Satan s’empressa de semer la confusion en faisant apparaître de nombreux faux prophètes. Au temps d’Achab, il y avait huit cent cinquante faux prophètes pour un vrai. L’adversaire a utilisé la même tactique aux premiers jours de l’Église, en introduisant, dans les rassemblements de croyants, des hommes qui fournissaient des communications inspirées non par l’Esprit Saint mais par des démons. C’est la raison du test présenté au verset 3 : la confession de Jésus comme Seigneur. Beaucoup de témoignages pourraient être apportés, confirmant l’efficacité de ce test. Il fonctionne infailliblement. Dans les séances spirites modernes, les démons exprimeront facilement des sentiments de très belle apparence et de haut niveau, mais ils ne reconnaîtront jamais Jésus comme Seigneur.

Dans le monde païen, on pensait que chaque démon avait une spécialité dans laquelle il exerçait son activité. L’un était un esprit guérisseur, un autre, un esprit de prophétie ou de divination, etc. L’apôtre apprend donc aux Corinthiens, dans les versets 4 à 11, que tous les dons d’origine divine qui peuvent être manifestés dans l’Église procèdent d’un seul et même Esprit, le Saint Esprit de Dieu. L’Esprit est un, ses opérations et ses manifestations de puissance sont multiples. Qu’il s’agisse de l’Esprit (v. 4), du Seigneur (v. 5) ou de Dieu (v. 6), le trait dominant est la diversité procédant de l’unité. Les dons sont en relation avec l’Esprit, les services avec le Seigneur et les opérations avec Dieu.

Or, dans l’assemblée de Dieu, les dons ou les manifestations de l’Esprit s’expriment à travers des hommes. Aucun homme ne possède tous les dons. Occasionnellement, un homme peut en posséder plusieurs. Le plus souvent, il n’en possède qu’un. Toutefois, qu’il en possède un ou plusieurs, ce qui lui a été confié n’est pas pour son propre profit, mais pour le profit de tous. « Or à chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue de l’utilité » (v. 7). Les Corinthiens agissaient manifestement un peu comme des enfants ; c’était comme si le don spirituel conféré était une sorte de nouveau jouet qu’ils pouvaient utiliser pour leur plaisir personnel et pour se distinguer. Or il ne s’agissait pas du tout de cela, mais d’un don fourni à un membre pour le bien du corps tout entier.

Alors, ayant énuméré les différents dons et ayant de nouveau souligné que tous procèdent du même Esprit, étant accordés selon sa volonté souveraine et comme il lui plaît, l’apôtre en vient, au verset 12, au seul corps pour le profit duquel tout est donné. Le corps humain est utilisé comme illustration. Il a plusieurs membres et pourtant il constitue une unité organique. L’apôtre ajoute : « Ainsi aussi est le Christ ». (*)

 

(*) L’article défini « le » est dans l’original grec

 

C’est une expression remarquable. Elle ne désigne pas Christ personnellement ; mais elle indique que le seul corps — l’Église — étant le corps de Christ, son nom peut être placé sur lui.

L’Église donc, comme corps de Christ, est une unité organique, exactement comme l’est le corps humain. Elle a été formée par un acte de Dieu, par l’énergie du seul Esprit. Il est important que nous nous en souvenions, car c’est par ce fait qu’elle subsiste dans son intégrité. Elle ne peut pas être altérée ou détruite par l’homme ou par la puissance du diable, bien que sa manifestation visible durant son séjour sur la terre puisse être, et a effectivement été, gravement détériorée. Ce qui a été divinement formé demeure et sera parfaitement manifesté dans la gloire.

L’action de l’Esprit pour former le seul corps est décrite comme un baptême collectif : « Nous avons tous été baptisés d’un seul Esprit pour être un seul corps » (v. 13). C’est sur cette base que le seul corps a été formé, et que nous avons été placés en lui. Et l’apôtre ajoute : « Nous avons tous été abreuvés pour l’unité d’un seul Esprit ». Cela paraît être une allusion à Jean 7:37-39. Chaque membre du corps a personnellement reçu le seul Esprit — ou en a été imprégné —de sorte que celui-ci le caractérise et le gouverne. Ainsi, l’unité est produite de cette double manière : nous avons tous été baptisés d’un seul Esprit, et l’Esprit est en chacun parce qu’il en a été personnellement abreuvé.

Les versets 12 et 13 nous donnent donc ce qui a été opéré par Dieu lui-même dans l’énergie de son Esprit, et par conséquent les défaillances humaines sont hors de cause. Ce n’est pas simplement une belle idée qui appartient à un domaine purement théorique. C’est un fait qui existe actuellement par un acte divin ; et la foi le saisit et agit en conformité avec lui. Si nous ne le saisissons pas, nous ne pouvons pas agir en conformité avec lui.

Saisissons par la foi ce qui a eu lieu par un acte de l’Esprit et ce que nous avons reçu en étant abreuvés par un seul Esprit, en buvant à cette source. Et que notre vie entière, en relation avec Christ lui-même et avec les autres membres du corps, en porte l’empreinte !

Si le verset 13 enseigne que tous les vrais croyants ont été constitués en un seul corps, le verset suivant souligne de nouveau la vérité correspondante que le corps est composé de plusieurs membres. L’unité que Dieu a établie dans le seul corps ne doit pas être confondue avec l’uniformité. Celle-ci caractérise largement le travail de l’homme, spécialement de nos jours, mais non le travail de Dieu. L’homme invente des machines qui fabriquent des objets par milliers ou par millions et qui sont tous exactement les mêmes à tous égards. Dans l’ouvrage de Dieu, nous voyons la plus grande diversité dans l’unité, et l’unité dans la plus merveilleuse diversité. (*)

 

(*) Dans le passage considéré et dans tout ce texte, la diversité est celle des personnes — membres du corps de Christ — et non celle des rassemblements qu’ils peuvent former. Ce chapitre montre que Dieu ne reconnaît comme entité collective locale que celle de l’assemblée, corps de Christ. (Note de la rédaction).

 

Dans les versets 14 à 26, le corps humain est utilisé comme illustration de cela, et ce sujet est développé avec une abondance de détails. De façon évidente, l’apôtre jugeait qu’il était de la plus grande importance que ce sujet soit clairement compris. Et pourquoi cela ?

La raison, à notre avis, en est qu’il connaissait les tendances invétérées du cœur humain. Il est si naturel, même pour les croyants, de s’attacher à un petit groupe de gens qui sont tous absorbés par le même objet — groupe dans lequel tous peuvent s’installer aimablement et confortablement sans frictions pour jouir d’eux-mêmes, en liaison avec ce qu’ils poursuivent ensemble. Bien sûr, quant à ceux dont les pensées, les activités ou les fonctions sont notablement différentes, on peut se passer d’eux. C’est alors qu’arrive le schisme ou la division dont parle le verset 25.

L’illustration de cela, au verset 21, est très frappante. L’œil est l’organe de la vue ; la main, celui du travail. Certains croyants sont caractérisés par une vue claire — l’intelligence et le discernement spirituels. Ils ont une grande compréhension des choses de Dieu. Ils s’adonnent à l’étude et à la contemplation, et consacrent peut-être très peu de temps à l’activité. D’autres croyants sont des travailleurs inlassables : pour les intérêts de leur Seigneur, ils mettent la main à de nombreuses tâches difficiles. En fait, ils travaillent si dur que leur labeur risque de ne pas être selon la connaissance, et par conséquent de s’éloigner de la volonté de Dieu. Alors, le danger est que « l’œil » dise à « la main » : « Je n’ai pas besoin de toi ». L’apôtre ne suppose pas que « la main » puisse dire cela à « l’œil ». L’expérience pratique prouve que c’est habituellement le frère intellectuel, clairvoyant, qui est tenté de parler ainsi au frère qui est nettement moins doué spirituellement, mais qui est un beaucoup plus grand travailleur.

Puis, la tête et les pieds sont mis en contraste. Ce n’est pas seulement la vue qui se trouve dans la tête, mais aussi l’ouïe, l’odorat et le goût. Un seul des cinq sens, le toucher, se trouve réparti dans tout le corps. Pour pouvoir exercer ses fonctions, la tête a besoin de tranquillité et de repos. Mais les pieds sont des instruments de mouvement. La tête aspire à ce qui est tranquille et stable, afin d’être capable d’observer, d’écouter et de penser, tandis que les pieds sont tout prêts pour l’activité et le mouvement qui vont la déranger. La tête peut être fortement tentée de dire aux pieds : « Je n’ai pas besoin de vous ».

Dans le corps humain, tous les membres sont nécessaires, et Dieu les a adaptés les uns aux autres. Il a donné un honneur plus abondant aux parties qui pouvaient être estimées sans honneur, et a donné une parure abondante à ce qui pouvait paraître indécent. La science médicale met en évidence le rôle de glandes obscures, auxquelles précédemment personne ne pensait beaucoup, mais qui sont en réalité de grande importance, exerçant une telle influence que, si elles cessent de fonctionner, le corps ne peut pas vivre. Il en est ainsi dans le corps de Christ, et c’est pourquoi les membres doivent se vouer mutuellement soin et intérêt. Si l’un est affecté, d’une façon ou de l’autre, tous sont affectés.

Remarquez que, dans toute cette illustration, le corps humain est vu comme l’œuvre de Dieu. Le verset 18 le dit, et le verset 24 le confirme ; ainsi, tout schisme est exclu. Et dans le verset 21, il n’est pas dit que l’œil ne doit pas dire à la main « Je n’ai pas besoin de toi », mais qu’il ne peut pas le dire. Exactement de la même manière, le corps de Christ est considéré comme le fruit du travail de Dieu. C’est ce que Dieu a établi ; le travail de Dieu qui ne peut jamais être défait par l’homme.

D’un autre côté, remarquons-le, bien que ce soit le travail de Dieu, ce n’est pas pour autant une chose idéaliste, détachée de la sphère de la vie pratique actuelle, sans conséquence sur l’Église dans sa condition présente. Bien au contraire, et l’apôtre s’empresse de donner cette application présente.

Cette application commence au verset 27. L’article défini « le » n’est pas dans le grec et il vaudrait mieux l’omettre, même si cela donne à la phrase une tournure étrange. Il ne dit pas : « Vous être le corps de Christ », ce qui aurait pu indiquer à ces croyants de Corinthe qu’ils étaient le corps tout entier, et aurait pu conduire en outre à la supposition qu’ils étaient simplement le seul corps à Corinthe. Car alors il y aurait eu le seul corps à Éphèse, et dans d’autres localités, ce qui aurait conduit à l’idée contradictoire et inconsistante d’une pluralité de seuls corps. Il dit littéralement : « Vous êtes corps de Christ », c’est-à-dire qu’ils appartenaient au corps de Christ et portaient ensemble le caractère de corps de Christ à Corinthe, chacun d’eux en étant un membre particulier.

Ils étaient donc membres du corps de Christ. Dans le verset suivant, l’apôtre montre comment Dieu a placé quelques-uns de ces membres dans l’assemblée. Nous faisons bien de différencier dans nos pensées le corps de Christ, formé par un acte divin, et l’assemblée telle qu’on la trouve dans ce monde, que ce soit localement à Corinthe ou dans sa totalité. Mais tandis que nous les distinguons, nous ne devons pas les séparer, car l’action des membres du corps a lieu dans l’assemblée, et cette action doit être gouvernée et régulée par la vérité que la Parole présente quant au corps.

Les « dons » ou « manifestations » de l’Esprit qui étaient accordés à divers membres sont détaillés dans le verset 28. Leur ordre doit être noté. Les apôtres viennent en premier lieu, les diverses sortes de langues, en dernier. Les Corinthiens, qui étaient charnels, faisaient grand cas des dons les plus spectaculaires, comme le font aujourd’hui bien des chrétiens charnels. Parler dans une langue inconnue était pour eux la chose la plus désirable de toutes. Cependant, leur estimation était fausse. Les dons sont distribués selon la volonté souveraine de l’Esprit. Aucun don n’était donné à tous. Dans la règle, chaque croyant avait son propre don distinctif.

Les versets 29 et 30 contiennent sept questions. Celles-ci sont posées, mais les réponses ne sont pas données, parce qu’elles sont évidentes. Uniformément la réponse est : non. Remarquez la sixième question, en rapport avec ceux qui prétendent que personne n’a véritablement reçu le Saint Esprit s’il ne parle pas en langue. L’apôtre demande : « Tous parlent-ils en langues ? » — Non. Pourtant tous avaient « été abreuvés pour l’unité d’un seul Esprit ».

Quelle doit donc être notre attitude à l’égard des différents dons ? Nous devons désirer avec ardeur les plus grands, notamment de prophétiser ou d’enseigner, comme cela ressort clairement des premiers versets du chapitre 14. Ils sont « plus grands » parce qu’ils sont d’un profit plus vaste et plus général ; et les dons sont donnés à chacun pour le profit de tous. Et il y a un chemin encore plus excellent par lequel ce but peut être atteint. C’est le chemin de l’amour, de l’amour divin, tel qu’il est décrit dans le chapitre 13. L’apôtre s’écarte alors un moment de la ligne principale de son sujet pour souligner la suprême excellence de cet amour, qui n’est autre que la nature de Dieu lui-même.

 

14               Chapitre 13

Le chapitre 13 est devenu célèbre. Sa force extraordinaire est reconnue non seulement par les croyants, mais par une multitude d’autres personnes. Les hommes les plus éminents le déclarent merveilleux, et le considèrent comme l’un des chefs-d’œuvre littéraires du monde, sans peut-être apprécier la portée réelle de son enseignement. Mais que dit-il en fait ? Le premier verset du chapitre 8 nous a dit que « l’amour édifie » et le chapitre 13 développe ce fait. En premier lieu, il nous montre que même les dons les plus brillants n’ont aucune valeur s’ils ne sont pas accompagnés de l’amour. En second lieu, il nous fait voir que l’amour est la force qui fait vraiment le travail, même lorsque les dons sont là.

Les trois premiers versets considèrent des dons que l’on pourrait posséder et exercer sans amour. S’il en était ainsi, le bénéfice total de leur action serait rigoureusement nul. Le don des langues est mentionné d’abord, car c’est lui particulièrement qui était devenu un piège pour les Corinthiens. Mais il est suivi de la prophétie, dont l’apôtre fait plus loin l’éloge comme étant le premier en importance. Ensuite viennent la connaissance et la foi, et tous les actes de bienfaisance que l’on désigne aujourd’hui sous le terme de « charité ». Enfin, l’apôtre mentionne un sacrifice de soi-même tout à fait remarquable. Quelles bouleversantes déclarations Paul fait ici !

Si un frère pouvait, par le don des langues, prononcer dans l’assemblée des paroles d’une élévation sublime, mais qu’il fasse cela sans que l’amour en soit le mobile, quel bien en résulterait-t-il pour les intérêts du Seigneur ? Il aurait tout aussi bien pu amener à la réunion un gong ou une cymbale et les faire retentir.

Si quelqu’un a une connaissance extraordinaire de l’Écriture et la capacité de transmettre à d’autres, grâce à un don de prophétie, ce qu’il a lui-même reçu — s’il a aussi une foi d’une puissance presque miraculeuse — mais qu’il n’ait pas l’amour, qu’est-il ? Il n’est pas dit qu’il soit semblable à un airain qui résonne, car il est possible que nous retirions quelque instruction de ce qu’il dit, ou que nous soyons stimulés par sa grande foi. Ce qui nous est dit, c’est que lui-même n’est rien. Par manque de discernement spirituel, nous pourrions le considérer comme un géant. En réalité, il est moins qu’un nain. Il n’est rien.

Si quelqu’un était prêt à distribuer tous ses biens en aliments pour les pauvres ou à livrer son corps pour être brûlé, mais que l’amour ne soit pas le motif qui l’anime, son action aurait-elle quelque valeur ? Aurait-elle quelque récompense dans le jour qui vient ? Cela ne lui profite de rien. L’absence d’amour a enlevé toute valeur à son acte. À la lumière de ces faits, bien que négatifs dans leur caractère, nous voyons la valeur sans égale de l’amour.

Nous sommes invités ensuite à voir de plus près les caractères de l’amour. Le premier est manifestement positif. L’amour use de longanimité (il a une longue patience) et il est plein de bonté. Y a-t-il quelque chose qui pourrait surpasser la patience et la bonté de Dieu dans ses voies envers l’homme rebelle ? Non. Dieu est amour. Et dans la mesure où nous manifestons la nature divine, nous manifesterons de la longanimité et de la bonté envers les hommes en général, et envers nos frères en particulier.

Ce caractère positif est suivi de traits négatifs. L’amour est marqué par l’absence totale de certains traits hideux de caractère ou de comportement, qui sont parfaitement naturels à notre chair. Paul les énumère. Ce sont : 1) l’envie de ce que possèdent les autres, 2) la vantardise ou la vaine gloire, 3) l’orgueil, qui conduit à s’enfler de sa propre importance, 4) l’inconvenance, qui suit rapidement l’orgueil, 5) la recherche de son propre intérêt, 6) l’irritabilité, qui s’offense de la moindre des choses et donne libre cours à la colère, 7) la promptitude à imputer le mal aux autres, 8) le plaisir malsain de mettre le doigt sur l’injustice chez d’autres, et de la dénoncer. Le tronc commun de ces huit choses est l’amour de soi-même.

Hélas, hélas ! combien souvent ces traits peuvent être observés chez nous, alors que nous sommes pourtant des croyants ! Nous ressemblons alors à des bateaux couchés sur le sable. Qu’est-ce qui peut nous tirer de là ? Rien, si ce n’est le flux puissant de la marée de l’amour divin. Lorsque les croyants s’oublient eux-mêmes sous l’effet de cette marée, il en résulte les transformations les plus merveilleuses.

Le verset 6, qui mentionne le huitième caractère négatif, introduit aussi le deuxième trait positif. L’amour se réjouit, car c’est effectivement une chose joyeuse, mais il se réjouit avec la vérité. L’amour et la vérité vont la main dans la main, et la vérité est joyeuse et remplit nos cœurs de joie.

D’autres traits positifs suivent. Quatre sont mentionnés au verset 7. L’amour supporte tout (ou couvre tout) (*). Bien sûr il n’excuse jamais l’injustice, cependant il ne trouve pas son plaisir à publier les méfaits des autres. Il croit tout ce qu’il peut découvrir de vrai ; il espère que tout ce qui manque sera donné en temps opportun ; en attendant, il endure toute la faiblesse qui peut exister. Il est évident que le mot « tout », répété ici à quatre reprises, doit être compris dans les limites de son contexte. Celui qui croirait « tout », sans discernement aucun, serait vite piégé dans un marais d’incertitudes et de tromperies.

 

(*) Cf. note du texte biblique.

 

Le septième caractère positif de l’amour est qu’il ne périt jamais. Ce fait est manifesté dans toute sa plénitude en Dieu lui-même. Si l’amour divin avait défailli, toutes les sphères qui ont été une fois touchées par le péché seraient encore dans les ténèbres d’une nuit sans fin. En face du péché, cette grande catastrophe, l’amour divin n’a jamais vacillé ou manqué. Au contraire, il a conçu le chemin de justice par le moyen duquel la situation pourra être bien plus que rétablie, par lequel l’homme peut être béni et le nom de Dieu triomphalement glorifié. Il est vrai que ce plan divin peut donner l’impression de faillir pour un temps. Mais Dieu voit loin et il planifie par millénaires plutôt que par jours. L’amour triomphe toujours à la fin. Et il en est aussi ainsi lorsque l’amour divin travaille dans et à travers de faibles croyants tels que nous. Il peut donner l’impression d’être vaincu cent fois, mais il ne l’est pas. À la fin, il triomphe ; il ne périt jamais.

Or cela ne peut pas être dit des dons, même des plus grands. Les prophéties auront leur fin, ayant atteint leur but. Le jour viendra où les langues cesseront, elles ne seront plus nécessaires. Même la connaissance aura sa fin. Les versets qui suivent montrent ce que signifie « avoir sa fin ». Notre connaissance et nos prophéties — cela est vrai même pour Paul — ne sont que partielles. Bientôt, la perfection sera atteinte concernant la connaissance et la prophétie, et alors tout ce qui est partiel aura sa fin, comme la lune disparaît à la lumière du soleil.

L’apôtre illustre cela en parlant de son enfance. Alors, il parlait, pensait et raisonnait comme un enfant. Quand il est devenu homme, il en a fini avec ce qui appartenait à son enfance. L’application de cette image se trouve au verset 12. Le contraste réside entre les mots « maintenant » et « alors », entre notre condition présente d’hommes limités par la chair et le sang, bien qu’habités par l’Esprit Saint, et la condition céleste dans laquelle nous allons entrer, lorsque nous serons semblables à Christ même en ce qui concerne nos corps. Maintenant nous voyons comme au travers d’un verre obscurément ; alors nous connaîtrons comme aussi nous avons été connus.

Les dons spirituels sont vraiment des choses merveilleuses, mais nous pourrions être enclins à les surestimer. Aussi merveilleux qu’ils soient, ils sont partiels, même le plus grand d’entre eux. Prenez bien note de cela, vous qui êtes doués. Votre connaissance et vos prophéties, même si elles sont remplies de l’énergie de l’Esprit, ne sont que partielles. Elles sont loin d’être parfaites et complètes. Si vous ne vous en souvenez pas, vous pourriez devenir présomptueux dans votre connaissance. Si vous gardez cela en mémoire, vous serez humbles.

Nous sommes très reconnaissants de la connaissance et des prophéties, mais nous savons cependant que tout disparaîtra devant l’éclat de la lumière parfaite vers laquelle nous allons. C’est là que sont les choses qui demeurent — la foi, l’espérance et l’amour — et la plus grande de celles-ci, c’est l’amour. Le contraste réside entre les dons les plus éclatants qui passent et les caractéristiques permanentes de la vie divine dans les croyants. Plus nous sommes près de ce qui est charnel, plus nous sommes susceptibles d’être aveuglés par de simples dons. Et plus nous sommes près de ce qui est spirituel, plus nous apprécierons la foi, l’espérance, l’amour, et plus nous verrons que l’amour est la plus grande de toutes.

Finalement, nous découvrirons que le plus grand des croyants n’est pas celui qui a le don le plus marqué, mais celui ou celle qui demeure le plus fidèlement dans l’amour, car « celui qui demeure dans l’amour, demeure en Dieu et Dieu en lui » (1 Jean 4:16).

Un don n’a de valeur que s’il est dirigé et stimulé par l’amour. L’amour est vraiment le chemin le plus excellent.

 

15               Chapitre 14

Le chapitre 13 — qui nous a montré l’excellence suprême de l’amour divin — est une parenthèse. Ainsi, le premier verset du chapitre 14 se relie au dernier verset du chapitre 12. L’amour doit être recherché comme la chose la plus importante, car où il se trouve, les dons spirituels peuvent sans danger être désirés. Là où l’amour règne, les dons ne seront pas recherchés pour se mettre personnellement en avant ou pour se distinguer, mais pour le profit et la bénédiction de tous. De là vient la place prééminente du don de prophétie. C’est l’un des dons les plus grands, et il doit être désiré avec ardeur.

D’emblée, l’apôtre établit le contraste entre le don de prophétie et le don des langues. Ce dernier avait un grand attrait pour les Corinthiens, étant clairement surnaturel dans son origine. Paul ne jette aucun doute sur la réalité de cette manifestation spirituelle particulière. Les « langues » auxquelles il fait allusion étaient la manifestation véritable de la puissance de l’Esprit Saint, et cela sous le contrôle de celui qui s’exprimait. L’apôtre parlait lui-même plus en langues que tous les croyants de Corinthe, mais il le faisait d’une manière contrôlée et restreinte. C’est ce que montrent les versets 6, 15, 18 et 19. Même si le don des langues est exercé au mieux, il est inférieur au don de prophétie.

Lorsque les croyants de Corinthe se réunissaient en assemblée devant le Seigneur, ils devaient s’attendre à sa direction en toutes choses, et toute leur activité devait se dérouler dans l’énergie de l’Esprit de Dieu. Ce chapitre nous fournit beaucoup de directions du Seigneur, directions d’un caractère général et valables dans tous les temps. Quant à savoir si, dans une réunion donnée, un frère ou un autre doit prendre une part audible (et, si c’est le cas, quelle part), c’est une question qui relève de la volonté du Seigneur à ce moment-là. Mais s’ils prennent part au service, ils doivent le faire dans la soumission aux instructions générales données par le Seigneur dans ce chapitre ; ils doivent agir comme des hommes sains d’esprit, éclairés par la parole du Seigneur. Paul dit à Timothée : Dieu nous a donné un esprit « de puissance, et d’amour, et de conseil (ou de sobre bon sens) » (2 Tim. 1:7). C’est ce qui est développé ici. Le chapitre 12 nous montre l’Esprit de puissance dans l’assemblée, le chapitre 13, l’esprit d’amour, et le chapitre 14, l’esprit de sobre bon sens.

Les activités spirituelles dans l’assemblée s’adressent soit à Dieu soit aux hommes. Celles qui s’adressent à Dieu sont mentionnées dans les versets 14 à 17 : la prière, les cantiques, les actions de grâces. Mais l’essentiel de ce chapitre traite de ce qui s’adresse aux hommes : la prophétie, les langues, la doctrine, l’interprétation. Ces dons doivent être exercés pour le bien des autres et le critère que l’apôtre nous donne est celui de l’édification générale. Si l’exercice d’un don édifie, celui-ci est profitable. S’il n’édifie pas, il n’est d’aucune utilité.

D’après le verset 3, le but à atteindre est triple. En premier lieu, il y a l’édification. La signification première du mot est la construction. Les fondations sont posées lorsque l’évangile est reçu ; mais sur ces fondations, il y a encore tout un ouvrage à construire, et ainsi l’édification peut se poursuivre pendant toute la vie chrétienne. L’exhortation (ou l’encouragement) est mentionnée ensuite. Nous passons à travers un monde hostile, étant sujets à toutes sortes d’influences adverses. Nous avons donc constamment besoin de ce qui peut ranimer notre vigueur spirituelle. Troisièmement, il y a la consolation. C’est un besoin continuel dans l’assemblée : il y a toujours des personnes qui doivent affronter la souffrance, les problèmes, les déceptions, et qui ont besoin de ce qui les élève au-dessus de leurs tristesses. Ce but triple pourrait s’exprimer par les trois mots : construire, ranimer et élever. La prophétie conduit à la réalisation de ces trois choses.

La prophétie n’est pas seulement la prédiction des événements futurs. Elle inclut la communication de la pensée et du message de Dieu. Aux temps apostoliques, avant que les Écritures du Nouveau Testament soient disponibles, il pouvait y avoir une prophétie de type inspiré, telle que l’apôtre Paul la revendique pour lui et pour d’autres dans le chapitre 2, au verset 13. Nous n’avons plus cela aujourd’hui, ni n’avons besoin de cela, ayant dans nos mains les Écritures inspirées. La prophétie de type non inspiré existe encore, car nous pouvons trouver des hommes doués par Dieu pour nous ouvrir, à partir des Écritures inspirées, la pensée de Dieu, et nous donner de sa part un message approprié aux circonstances du moment. Lorsque nous en trouvons, soyons reconnaissants. Un tel ministère de la parole de Dieu a bien pour effet de construire, de ranimer, d’élever.

Quant au don des langues, son exercice n’est pas interdit, mais il est clairement et strictement limité dans ce chapitre. Les limitations stipulées sont d’une grande importance. Elles assurent que ce don, s’il est réellement présent, s’exerce en vue de l’utilité. De plus, nous pouvons dire sans hésitation que si ceux qui prétendent le posséder ignorent systématiquement les directions divines concernant son exercice, cela jette d’emblée, pour toute personne saine d’esprit, un doute quant à l’authenticité de ce don.

Mais outre cela, les directives données ici nous sont de la plus grande utilité, car ce qui est exposé s’applique visiblement aussi dans d’autres domaines. À titre d’exemple, prenons les versets 6 à 9. Le sens premier de ces versets est que de simples sons sortant de nos bouches n’ont aucune valeur. Ce qui est exprimé par la voix doit avoir quelque sens pour ceux qui écoutent. Cela doit être intelligible. Est-ce important seulement en relation avec le don des langues ? Certainement pas. Ce principe a une portée universelle. Dans nos réunions, il n’est pas suffisant que l’orateur parle la langue du pays. S’il se laissait entraîner à faire étalage de son savoir en utilisant une foule de longs mots difficiles, il laisserait un vide complet dans l’esprit de ses auditeurs quant au sens de son discours. Il en serait de même s’il parlait avec une telle rapidité, ou une telle obscurité mystique, qu’il en devienne inintelligible. Dans tous ces cas, il ne ferait que parler en l’air et il n’y aurait aucun profit.

Nous pourrions nous étonner de ce que Paul écrit aux versets 14 et 15 si nous ne savions pas ce qui se passe quelquefois de nos jours. Ce n’est pas la pensée de Dieu que l’orateur lui-même ignore la signification des paroles qu’il vient de prononcer. Qu’il s’adresse à d’autres ou à Dieu, qu’il prie ou qu’il chante, il faut qu’il comprenne lui-même ce qu’il exprime, et que ses paroles soient compréhensibles par les autres.

Si quelqu’un s’adresse à Dieu dans l’assemblée, que ce soit en prière ou en actions de grâces, il doit se rappeler qu’il le fait comme donnant expression aux désirs ou aux louanges de l’assemblée. Il ne parle pas simplement à titre personnel. Par conséquent, ce qu’il dit doit entraîner l’adhésion de l’assemblée. Ses frères et sœurs, comprenant et suivant ses paroles, les ratifient devant Dieu et se les approprient en disant « amen » à la fin, c’est-à-dire « ainsi soit-il ». Ils ne peuvent pas intelligemment et honnêtement dire « amen » s’ils n’ont pas saisi ce qui a été exprimé. Dans l’assemblée, il vaut beaucoup mieux ne dire que cinq mots profitables pour instruire les auditeurs, que de prononcer dix mille mots qui ne signifient rien pour eux.

Le verset 16, remarquons-le, suppose que chacun dans l’assemblée, même l’homme simple et peu cultivé, dise « amen ». Ce mot doit être dit, et non seulement pensé. Si, dans sa prière, un frère exprime ce que nous désirons aussi (ou pouvons désirer), ratifions ses paroles par un « amen » bien clair. Si les prières sérieuses et ferventes qui expriment nos désirs étaient ratifiées par chacun de nous au moyen d’un « amen » sortant du cœur, nos réunions de prière n’auraient-elles pas davantage d’authenticité ?

Le verset 20 nous montre que nous devons aussi cultiver notre faculté de compréhension des choses de Dieu, tout en conservant un esprit de petit enfant quant à d’autres choses. Lorsque le don des langues était employé à tort, cela ne faisait que mettre en évidence un manque complet de sens rassis (v. 23). Mais le croyant doit agir comme ayant l’entendement d’un homme et non celui d’un enfant. Le ministère prophétique de la parole de Dieu amène l’âme jusque dans la présence de Dieu. Et la puissance d’un tel ministère peut être ressentie même par un incroyant qui se trouverait là.

Cependant il ne suffit pas qu’il y ait prophétie. Ce don doit être exercé selon l’ordre divin, tel qu’il est exposé dans les versets 29 à 33. Les croyants de Corinthe étaient éminemment doués, et leur tendance, dans leurs réunions, était manifestement de parler avec excès. C’est ce qu’indique le verset 26. Chacun était désireux d’exercer son don et de le mettre en évidence. Il en résultait confusion, désordre et tumulte. Mais Dieu n’était pas l’auteur de tout cela.

C’est la raison pour laquelle des instructions bien définies sont données. Le parler en langues n’est pas interdit, mais il est strictement limité dans les versets 27 et 28 ; et s’il n’y a pas d’interprète, il est interdit. La prophétie, elle aussi, est limitée. Dans une réunion donnée, deux ou trois orateurs suffisent. Combien sage est cette limitation ! Le Seigneur connaît la capacité de réception du croyant moyen. Si deux personnes parlent longuement, c’est assez. Si les orateurs parlent plus brièvement, trois peuvent s’exprimer, et cela suffit. Si quelqu’un ignore cette directive et veut absolument ajouter quelque chose, les auditeurs sont fatigués, et finalement ils retiennent moins que s’ils avaient entendu trois orateurs.

De plus, ceux qui écoutent doivent « juger » (v. 29). Cela veut dire que même aux jours où des paroles inspirées étaient données dans l’assemblée par révélation directe (voir v. 30), ceux qui écoutaient devaient avoir du discernement. Ils ne devaient pas recevoir tout ce qu’ils entendaient sans l’éprouver. Ils ne devaient jamais adopter l’attitude passive de celui qui dit : « Oh ! tout ce que dit notre cher frère X est certainement juste ! ». Une telle attitude risque de pervertir les idées du frère X et d’entraîner la chute de plusieurs. C’est un désastre pour le frère X, comme pour ses admirateurs.

Il y a la liberté pour que tous les prophètes puissent prophétiser, mais bien sûr pas à chaque réunion. S’il arrive qu’un prophète ait quelque chose à dire, mais que l’occasion ne lui en soit pas fournie, il doit se contenir et s’attendre à Dieu jusqu’à ce que l’occasion soit là. Il doit être maître de son propre esprit et non être dominé par lui.

Les versets 34 et 35 traitent du silence des femmes dans l’assemblée. L’enseignement est très clair et le mot employé pour « parler » est le mot ordinaire ; il ne signifie pas « bavarder », comme certains l’ont avancé. Sans aucun doute, cette règle va à l’encontre de l’esprit de notre époque ; mais si c’était une raison suffisante pour ne pas tenir compte de ce qui est écrit, il ne resterait pas grand-chose de l’Écriture que l’on soit tenu de mettre en pratique aujourd’hui.

L’Esprit de Dieu savait à l’avance que ces directives seraient laissées de côté ou mises en question. Manifestement, certains hommes à Corinthe étaient enclins à cela. Cela explique les versets 36 et 37. La parole de Dieu est procédée du Seigneur lui-même et de ses apôtres, et non pas des Corinthiens. Elle est parvenue à eux. Ils s’imaginaient être des personnes spirituelles. Ils prouveraient qu’ils l’étaient vraiment en discernant que les règles énoncées par Paul n’étaient pas seulement ses idées, mais les commandements du Seigneur donnés par son moyen. Aujourd’hui, le test de notre spiritualité est exactement le même.

Notez bien que la parole de Dieu ne procède pas de l’Église, mais qu’elle parvient à l’Église. La suprême prétention du grand système romain est que « l’Église » (entendez par là : les autorités romaines) est le corps qui enseigne. Laissons ici de côté leur prétention à être « l’Église », et remarquons que ce passage montre de façon évidente que les apôtres sont les fontaines desquelles ont jailli les eaux pures de la Parole, et que nous les possédons aujourd’hui comme des écrits inspirés, le Nouveau Testament. L’Église n’est pas le corps enseignant, c’est le corps enseigné. La parole de Dieu lui parvient, et son devoir est de s’incliner devant elle.

 

16               Chapitre 15

Les mots par lesquels commence ce chapitre semblent un peu surprenants. Nous pouvons en effet nous demander pourquoi l’apôtre « fait savoir » l’évangile à des personnes qui l’avaient déjà reçu. Il y a vraisemblablement là une pointe d’ironie, comme dans les versets 37 et 38 du chapitre précédent. Ainsi que nous l’avons déjà remarqué à plusieurs reprises, les Corinthiens avaient une très haute idée d’eux-mêmes, de leurs dons et de leurs actions. Il fallait donc que le Saint Esprit les place devant la réalité. L’intellectualisme dont ils faisaient parade les conduisait à nier, ou du moins à remettre en question, la résurrection d’entre les morts — une vérité fondamentale de l’évangile. Paul doit donc reprendre à la base l’évangile qu’il leur avait annoncé.

L’évangile nous sauve si nous « tenons ferme » son message. Si nous ne tenons pas ferme la Parole, elle ne nous sauve pas. Certaines personnes n’aiment pas le « si », mais il est là néanmoins. Il est facile de dire : « je crois », et de se ranger ainsi parmi les croyants. Mais le temps nous teste. Le vrai croyant tient ferme, mais non celui qui n’a que l’apparence. C’est sous réserve de cette condition que nous pouvons dire à tous ceux qui prennent la place de chrétiens : l’évangile vous a sauvés et vous êtes en lui (cf. v. 1). Par conséquent, celui qui altère la vérité de l’évangile sape le terrain qui est sous ses pieds.

La bonne nouvelle de l’évangile est basée sur des faits. Premièrement, le fait de la mort de Christ pour nos péchés, comme les Écritures l’avaient annoncé —en Ésaïe 53:5 et 8, par exemple. Secondement, les deux faits (que l’apôtre groupe ici) de son ensevelissement et de sa résurrection, conformément aux Écritures — par exemple Ésaïe 53:9 et 10.

Le premier et le deuxième de ces faits n’étaient pas mis en doute ; ils étaient connus de chacun. En revanche, le troisième — la résurrection de Christ — n’était pas connu publiquement, et nous voyons dans les Actes qu’il constituait le thème essentiel de la prédication des apôtres. Or c’était ce troisième fait qui était mis en question parmi les Corinthiens. C’est la raison pour laquelle Paul leur rappelle qu’il y avait un témoignage irréfutable à sa véracité. Il cite six occasions distinctes où le Seigneur a été vu ressuscité, la dernière étant celle qui le concerne personnellement ; et alors, le Seigneur était non seulement ressuscité, mais dans la gloire du ciel. Cette liste n’est nullement exhaustive, puisqu’elle ne cite aucune des occasions où Jésus est apparu aux femmes.

Paul vient donc à la suite d’une longue file de témoins et cela lui rappelle que lorsque les apôtres ont vu le Seigneur ressuscité, il était alors un opposant et un persécuteur, du moins dans son cœur. Cette pensée l’humilie et l’amène à se sentir indigne d’être compté au nombre des apôtres. En même temps, elle remplit son cœur du sentiment de la grâce de Dieu — grâce qui non seulement l’avait appelé, mais l’avait aussi conduit à une vie de labeur pour son Seigneur plus abondante que tous les autres.

Et pourtant, en ce qui concerne leur témoignage, il n’y avait aucune différence. Qu’il s’agisse des douze ou de lui-même, tous avaient également prêché l’évangile du Christ ressuscité. De la part de tous les apôtres, les Corinthiens n’avaient entendu aucun autre évangile que celui-là. Et ils avaient cru en un Christ ressuscité.

Or toute la vérité de la résurrection dépend de la résurrection de Christ. C’est ce que montre le verset 12. Comment la résurrection peut-elle être niée, si Christ est ressuscité ?

Pourtant, l’apôtre continue son argumentation d’une manière bien ordonnée. Premièrement, il examine l’hypothèse qu’il n’y a pas de résurrection, et montre quelles en sont les conséquences logiques. Ceci fait l’objet des versets 13 à 19. Il est évident que s’il n’y a pas de résurrection, Christ n’est pas ressuscité. Et si Christ n’est pas ressuscité... qu’en résulte-t-il ?

Toute une série de conséquences s’ensuivent nécessairement. La prédication de Paul était vaine, car il prêchait un mythe et non pas un fait. Leur foi était vaine, car ils avaient cru un mythe. Ceci explique ce qui est dit à la fin du verset 2 ; l’expression « à moins que vous n’ayez cru en vain » ne se réfère pas à une foi de qualité inférieure ou défectueuse, mais à une foi, aussi vigoureuse soit-elle, qui s’appuierait sur un fondement erroné.

En outre, cela aurait impliqué que les apôtres n’étaient pas honnêtes, qu’ils n’étaient que de faux témoins, et que les Corinthiens eux-mêmes, en dépit de leur foi au témoignage des apôtres, étaient encore dans leurs péchés. Cela aurait sous-entendu que les croyants déjà morts, en particulier ceux de Corinthe, n’étaient pas entrés dans la félicité, mais avaient péri. En vérité, cela limitait tout bénéfice ou toute espérance découlant de Christ aux choses de cette vie. Quelle tragédie ! La brillante espérance d’une éternité de gloire était anéantie dans la nuit d’une mort sans réveil. Tout ce que Christ apporte se réduisait à un bon exemple pouvant améliorer quelque peu nos courtes vies dans ce monde.

L’apôtre affirme alors que, s’il en est ainsi, « nous sommes plus misérables que tous les hommes ». Chaque chrétien digne de ce nom a délibérément tourné le dos aux plaisirs corrompus de ce monde. Il serait alors dans la situation où il se refuserait ce qu’il pourrait se procurer — les plaisirs et la satisfaction de ses convoitises — dans l’espoir d’un futur qui finalement n’existerait pas. Le mondain complet a au moins les plaisirs du péché, alors que nous devrions tirer un trait sur les deux mondes.

Au verset 20, l’apôtre passe d’une forme de raisonnement négative à une argumentation positive. Il part du fait glorieux que Christ est ressuscité d’entre les morts, et qu’il est ressuscité comme étant les prémices — ou les premiers fruits — de ceux qui sont endormis. Les croyants sont les fruits qui viennent après, du même ordre que lui. Cette vérité est développée amplement dans la dernière partie du chapitre ; elle est indiquée implicitement ici par l’usage du mot « prémices ». Personne ne présenterait une prune comme premier fruit de la cueillette des pommes. Bien que Christ soit Dieu, il est devenu homme ; et comme l’homme ressuscité, il est les prémices de ceux qui sont morts dans la foi. Sa résurrection implique nécessairement la résurrection de tous ceux qui lui appartiennent.

Ce point est si important que l’apôtre interrompt pour un moment son argumentation, et le développe dans les versets 21 à 23. La mort a été introduite par l’homme ; de même la résurrection est par l’homme. Adam a apporté la mort, et tous ceux qui sont en lui, ceux qui sont de sa race, sont sous la sentence de mort. Christ a introduit la résurrection, et tous ceux qui sont en lui, qui sont de sa race, doivent être « rendus vivants », vivifiés. Cette vivification n’est que pour ceux qui sont « du Christ ». Les injustes seront ressuscités (*), mais leur résurrection n’impliquera pas la vivification. Les croyants vont bientôt entrer dans ce qui est proprement « la vie ». Combien complète et glorieuse est la réponse de Dieu au péché de l’homme !

 

(*) Ou « relevés » ; tel est le sens premier du mot dans l’original.

 

Mais, dans la résurrection, un ordre doit être observé : « chacun dans son propre rang » (v. 23). Tout d’abord, Christ a été ressuscité d’entre les morts. Il a la place prééminente. Ensuite, à sa venue, tous ceux qui lui appartiennent ressusciteront aussi d’entre les morts, tandis que tous ceux qui ne sont pas sauvés seront laissés dans leurs tombeaux. « Ensuite la fin ». Ces mots évoquent le moment où les incroyants seront ressuscités ; cela n’est pas dit explicitement ici, mais c’est ce qu’implique le verset 26. En lisant Apocalypse 20:11 à 21:4, on comprend que la mort est abolie — qu’elle « ne sera plus » — quand les méchants auront été ressuscités.

Ce qui est clairement établi dans notre passage, c’est que, en vertu de la résurrection, toute puissance adverse sera complètement subjuguée, afin que tout soit assujetti à Dieu, qui doit être tout en tous. Ceci nous amène à l’état éternel, auquel 2 Pierre 3:13 fait allusion et qui est décrit avec plus de détails en Apocalypse 21:1-5. Le royaume millénaire servira le but pour lequel Dieu l’a conçu. On y trouvera la perfection du gouvernement et il ne finira pas avant que le dernier ennemi soit anéanti.

À ce moment-là, l’œuvre complète de la rédemption et de la nouvelle création aura atteint son but et le Fils remettra le royaume au Père. En devenant homme, le Fils a pris une place de sujétion, et il gardera cette place durant toute l’éternité : c’est une preuve très claire qu’il est devenu homme pour toujours. La sujétion (le fait d’être assujetti) n’implique pas nécessairement l’infériorité. Le Fils n’était en rien inférieur au Père lorsqu’il était sur la terre, et il ne le sera pas non plus dans l’éternité. Dans l’état éternel, Dieu doit être tout, et en tous. Mais, bien sûr, l’Esprit est Dieu, le Fils est Dieu, comme le Père. Le Fils garde cependant sa place comme homme ; il est le chef et le soutien de l’univers de la nouvelle création qui existe comme résultat de son œuvre. Cela garantit que le mal ne pourra jamais porter atteinte à cette œuvre, et qu’elle conserve à toujours sa splendeur originale.

Avant de passer plus loin, remarquons ce contraste : alors que la négation de la résurrection — menée jusque dans ses conséquences logiques — nous laisse dans nos péchés et dans une misère sans espoir, le fait même de la résurrection, réalisé en Christ, nous emmène dans un état éternel de gloire.

Les versets 20 à 28 sont en quelque sorte une parenthèse. Le verset 29 reprend le fil du verset 19 et poursuit tout naturellement le sujet, même si sa signification peut paraître quelque peu obscure. Le mot « pour » dans ce verset a, croyons-nous, le sens de « à la place de ». Un grand nombre de ceux qui étaient morts, parmi les premiers chrétiens, avaient souffert comme martyrs. Paul voit les nouveaux convertis comme étant mis par le baptême à la place de ceux qui étaient tombés, devenant eux-mêmes des cibles pour l’adversaire. Prendre cette place était un acte courageux, mais bien sûr stupide et inutile s’il n’y a pas de résurrection.

Le verset 30 confirme cette interprétation du verset 29. Pourquoi l’apôtre et ceux qui lui étaient associés s’exposaient-ils à l’adversaire, s’il n’y avait pas de résurrection ? En posant cette question, Paul ne prononçait pas des paroles en l’air. C’était pour lui la dure réalité de tous les jours. Peu auparavant, il avait dû affronter la terrible émeute dans le théâtre d’Éphèse, comme Actes 19 le rappelle, où des hommes avaient combattu contre lui comme des bêtes sauvages. Chaque jour sa vie était en danger. Quelle absurdité de vivre une vie comme celle-là, s’il n’y a pas de résurrection ! Alors, mieux vaudrait adopter le slogan de ce monde impie : « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons ». Ainsi, une fois encore, on voit le résultat logique de la négation de la résurrection. Non seulement nous sommes les plus misérables de tous les hommes, mais nous sommes laissés sans rien de mieux que la satisfaction de nos appétits naturels.

Arrivé à ce point, l’apôtre fait un appel pressant aux Corinthiens. On les trompait. Or tout mauvais enseignement a des conséquences d’ordre moral. Si nous pensons faux, nous ne pouvons pas agir juste. Ceci jette de la lumière sur l’immoralité qui s’était développée parmi eux, et que les chapitres 5 et 6 ont dénoncée. En mettant en doute la résurrection du corps, ils étaient plus facilement tombés dans des péchés qui impliquent le corps. Ils devaient donc se réveiller pour saisir ce qui est juste et acquérir une vraie connaissance de Dieu.

Cependant, malgré leur si faible connaissance de Dieu et de la vérité, les Corinthiens étaient des intellectuels, des raisonneurs. C’est pourquoi l’apôtre anticipe au verset 35 deux questions qui allaient certainement venir sur leurs lèvres : « Comment... ? », et « avec quel corps... ? ». Les réponses à ces questions occupent pratiquement le reste du chapitre. La seconde — la mieux définie peut-être — est traitée d’abord.

L’intellectualisme se manifeste constamment comme étant un grand piège pour les croyants. Ayant commencé par la foi, plusieurs sont enclins à poursuivre par le simple intellect, oubliant le fait que les choses de Dieu sont si profondes qu’elles dépassent entièrement la plus grande intelligence humaine — comme le chapitre 2 nous le montre. Or rien ne déconcerte la pensée humaine plus que la résurrection. Quoi qu’il en soit, nous apprenons ici ce que Dieu pense des raisonneurs : ce ne sont que des insensés.

Cependant, c’était à des croyants que Paul écrivait, même s’ils avaient été contaminés par cet égarement que nous voyons si pleinement développé aujourd’hui. Ayant ainsi clairement mis les Corinthiens en garde contre cet état d’esprit, il aborde la question soulevée.

La nature elle-même nous fournit une analogie frappante à ce sujet, et le Seigneur l’avait déjà utilisée. Quand il avait dit : « À moins que le grain de blé, tombant en terre, ne meure, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jean 12:24), il parlait de sa mort et de sa résurrection.

Ici nous avons la même analogie, mais avec une application différente. Une graine est semée dans la terre et elle réapparaît avec un corps tout à fait différent, son identité étant pourtant préservée. Un gland est enterré, mais un chêne en surgit. Chaque semence possède ce que l’on pourrait appeler son propre corps de résurrection, dans lequel elle réapparaît. La portée de cela quant à notre résurrection est claire. Le corps d’un croyant est mis dans la tombe ; et lors de la résurrection il réapparaîtra sous une forme notablement différente, mais c’est la même personne.

La nature nous enseigne encore que cela ne présente aucune difficulté pour Dieu, car sa puissance est infinie. Observez la variété de la création. Il y a différentes sortes de chair — celle des hommes, celle des bêtes, celle des poissons, celle des oiseaux — et à l’intérieur de ces classes, il y a une grande diversité de corps. En outre, il y a des corps célestes, au sujet desquels nous ne connaissons maintenant que très peu de chose, et des corps terrestres, que nous connaissons bien. Il est très probable qu’il n’existe pas deux étoiles qui soient en tous points identiques.

Ceci nous conduit à la merveilleuse déclaration des versets 42 à 44. Le corps qui est semé dans la tombe est caractérisé par la corruption, le déshonneur et la faiblesse ; ce n’est qu’un « corps animal », c’est-à-dire un corps qui, par l’âme vivante, avait une vie animale. Mais il est ressuscité en incorruptibilité, en gloire et en puissance ; c’est un « corps spirituel ». Son identité est préservée, comme en témoignent les mots quatre fois répétés : « Il est semé... il ressuscite ». Néanmoins la condition dans laquelle il réapparaît est d’un ordre entièrement différent. Ceci répond à la question : « Avec quel corps viennent-ils ? »

La première question du verset 35 : « Comment ressuscitent les morts ? » obtient une réponse très complète dans les versets 45 à 54. Dans cette question, le sens du mot « comment ? » semble être plutôt « dans quelle condition ? » que « de quelle manière » ou « par quel moyen ? ». Sinon, ce chapitre n’apporterait pas de réponse à la question. Quoi qu’il en soit, une explication sur le moyen que Dieu utilisera pour ressusciter les morts nous dépasserait entièrement. La réponse se résume ainsi : nous serons ressuscités à l’image d’un Christ céleste.

Pour bien comprendre cela, il nous faut considérer le contraste entre les deux Adam, le premier et le dernier. Le premier est devenu « une âme vivante » (v. 45 ; Gen. 2:7). Le dernier est d’un ordre entièrement différent. Bien qu’il soit aussi véritablement homme que le premier (c’est la signification du mot Adam), il est « un esprit vivifiant ». L’un, par conséquent, est « naturel » ou « animal » ; l’autre est « spirituel ». On aurait pu s’attendre à une préséance du spirituel quant au temps, mais le verset 46 nous dit qu’il n’en est pas ainsi. Le premier Adam est devenu une âme vivante par la respiration de vie que Dieu a soufflée dans ses narines. C’est donc qu’il possédait un corps « naturel » ou « animal », « terrestre ». Tous ceux qui descendent de lui sont également terrestres ; ils sont du même ordre que lui (v. 48).

Le dernier Adam fait un contraste très marqué avec le premier. Bien que véritablement homme, il est Dieu, puisqu’il est un esprit vivifiant ; il est « du ciel ». Cependant, il n’est pas seulement homme — « le second homme », comme dit le verset 47 — il est « Adam », c’est-à-dire l’ancêtre et le chef d’une race. Et il est « le dernier Adam » parce qu’il n’y en aura pas d’autre après lui. En lui Dieu a atteint en perfection le but qu’il s’était proposé. Qu’il en soit loué ! Et nous sommes « les célestes » ; nous appartenons à l’ordre dont il est le chef.

Soulignons encore qu’il n’est pas seulement « le dernier Adam » mais aussi « le second homme ». Selon cette expression, entre Adam et Christ, aucun homme ne compte. Caïn n’était pas le second homme : il n’était qu’Adam reproduit à la génération suivante. Il en est de même de tous les hommes : ils ne sont qu’Adam reproduit dans leurs diverses générations. Mais Christ n’était nullement la reproduction d’Adam. Lorsqu’il est né d’une vierge par l’action du Saint Esprit, un homme entièrement nouveau est apparu, un homme digne d’être appelé « le second homme ». Et devenant à son tour le chef d’une nouvelle race, il se présente comme « le dernier Adam ».

Quant à nous, nous avons tous commencé par être enfants de l’Adam terrestre, portant son image. Amenés à Christ, objets de l’opération divine, nous avons été transférés de la lignée terrestre à celle qui est céleste. Toutefois, jusqu’à maintenant, ce transfert n’a pas touché nos corps ; nous portons encore l’image « du terrestre » et par conséquent nos corps sont sujets au déclin et à la mort. Dans la résurrection, nous porterons l’image « du céleste ». Nous devons être rendus conformes à l’image du Fils de Dieu, non seulement quant à nos caractères moraux, mais quant à nos corps eux-mêmes. Glorieuse pensée ! Comment les morts ressuscitent-ils ? Dans une condition de perfection et de gloire telle que celle-là.

Mais, bien que nous devions attendre pour que se réalise cet état de perfection, nous n’avons pas à attendre pour être dans la lignée du dernier Adam, pour être liés au second homme. Le verset 48 ne parle pas de ceux qui seront célestes, mais de ceux qui sont célestes. Nous sommes appelés « les célestes ». N’est-ce pas merveilleux ? Ou bien, cela nous paraît-il trop merveilleux ? Serions-nous tentés de reculer devant ce fait parce que ses conséquences sont immenses et que nous ne pouvons faire face à tout ce que cela implique ? Oh ! gardons-nous d’affaiblir la vérité pour qu’elle s’accorde avec notre pauvre marche pratique. Un comportement de bas niveau, charnel, terrestre et mondain ne convient certainement pas à ceux qui sont célestes.

Au verset 50, l’apôtre en vient à parler du grand moment où le changement du terrestre en céleste atteindra notre corps. Nous allons hériter du royaume dans sa partie céleste et nous trouver nous-mêmes dans une scène d’incorruptibilité absolue. Nous ne pouvons entrer là dans notre condition actuelle — « la chair et le sang » — à laquelle la corruption est attachée.

« Voici, je vous dis un mystère », ajoute-t-il (v. 51). Ces mots indiquent qu’il va annoncer quelque chose qui n’était pas révélé jusque-là. Qu’il y aurait une résurrection des morts, que le Seigneur allait venir, cela les Corinthiens le savaient. Mais ils ne savaient pas encore que, quand le Seigneur reviendra, il ressuscitera les croyants décédés et les placera dans une condition de glorieuse incorruptibilité, et qu’il transformera les croyants vivants en leur donnant la même condition glorieuse. Les saints de l’Ancien Testament pouvaient concevoir la résurrection comme étant un relèvement de l’état de mort et l’introduction dans une vie glorieuse sur la terre. Ils ne connaissaient pas la résurrection d’entre les morts, dont les croyants jouiront à la venue du Seigneur. Jusqu’à ce que soit mise en lumière la doctrine de l’appel céleste des saints et de l’appel de l’Église hors du monde, le moment n’était pas venu pour la pleine révélation de la vérité de la résurrection. Cette révélation progressive de la doctrine peut être remarquée tout au long du Nouveau Testament.

Maintenant la vérité est pleinement révélée. « Nous ne nous endormirons pas tous » — c’est-à-dire nous ne mourrons pas tous — « mais nous serons tous changés », que nous soyons vivants ou morts au moment où le Seigneur reviendra pour les siens. En quoi consistera ce changement ? Tout ce qui est mortel ou corruptible en nous sera englouti en vie et en victoire. Nous serons tous changés, remarquez-le, « en un instant, en un clin d’œil » — et non en plusieurs instants différents, comme ce serait le cas si l’Église était destinée à entrer dans sa gloire par des enlèvements partiels.

L’immense changement qui aura lieu sera opéré instantanément par la puissance de Dieu, « à la dernière trompette ». Au verset 29, les croyants avaient été considérés comme des soldats entrant dans les rangs par le baptême, pour prendre les places de ceux qui sont tombés. Au verset 52, nous les voyons tous — qu’ils soient encore dans les rangs ou qu’ils en aient été retirés par la mort — placés en un instant, à la dernière trompette, au-delà de la mort et de la corruption. Leur engagement guerrier sera terminé. Ils n’auront plus jamais à entendre le son de la trompette.

En ce qui nous concerne, la déclaration d’Ésaïe 25:8 — citée au verset 54 — s’accomplira lorsque nous serons changés corporellement et placés dans une condition d’immortalité et d’incorruptibilité. Ceci confirme ce que nous avons dit plus haut. L’Ancien Testament a en vue la puissance victorieuse de Dieu en résurrection sur la terre. Notre passage révèle dans toute sa plénitude la portée de ce verset d’Ésaïe, qui était cachée jusqu’aux jours de l’Évangile. Quand les saints porteront l’image de Celui qui est céleste, la mort sera engloutie dans une victoire que personne ne pourra nier. Notre passage, soulignons-le, ne parle pas de l’enlèvement des croyants pour être avec le Seigneur. Pour être enseignés à ce sujet, il nous faut aller à 1 Thessaloniciens 4.

Le sentiment de la grandeur de ce jour de victoire conduit l’apôtre à l’exultation. Il lance un défit triomphant à la mort. En fait la victoire nous appartient déjà. Elle a été obtenue dans la résurrection de Christ, qui a été pleinement établie dans ce chapitre. La résurrection des saints n’est que le résultat nécessaire de cette victoire, et nous pouvons la considérer comme aussi sûre que si elle était déjà accomplie. La victoire est à nous aujourd’hui, Dieu en soit béni !

Avec quelle force s’exprime alors l’exhortation terminale du chapitre ! « Ainsi... ». Derrière ce mot, il y a tout le poids des cinquante-sept versets qui précèdent. Ayant entretenu des doutes quant à la vérité de la résurrection, les Corinthiens pouvaient bien être devenus chancelants, mal affermis, relâchés et enclins à adopter la devise : « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons ».

La résurrection est une glorieuse certitude. Christ est ressuscité ; et nous, qui sommes du même ordre céleste que lui, nous allons bientôt être unis à lui dans la conformité de sa gloire céleste. Ces choses étant ainsi, une fermeté inébranlable doit nous caractériser. Au lieu de dissiper follement notre temps en mangeant et en buvant, ayons à cœur d’abonder dans l’œuvre du Seigneur, en nous souvenant que rien de ce qui aura été réellement fait pour lui ne sera perdu. Le fruit en sera manifesté au jour de la résurrection.

Vivons-nous dans la lumière de la résurrection ? Il se peut que nous soyons à même de réciter correctement un credo, et d’énoncer la grande vérité de la résurrection. Mais si nos âmes ont réellement en vue cet événement glorieux, nous serons des travailleurs diligents et infatigables au service du Seigneur, dans la tâche qu’il lui plaira de nous confier.

 

17               Chapitre 16

La dernière instruction de l’apôtre dans cette épître concerne la collecte spéciale faite à cette époque pour les croyants pauvres de Judée. Aujourd’hui, dans bien des cercles religieux, l’argent est souvent le sujet le plus important. Ici il a la dernière place. Néanmoins, il est abordé, et nous trouvons à ce propos des instructions pour tous les temps. Selon le verset 2, nous avons à donner régulièrement, et non pas au hasard. Et Dieu attend que nous donnions proportionnellement, c’est-à-dire en proportion de la prospérité qu’il nous a accordée. Sous la loi, Dieu avait fixé cette proportion à un dixième. Pour nous qui sommes sous la grâce, il n’a pas fixé de proportion ; mais selon ce que nous aurons fait, nous nous exposons à entendre quelque chose de très sérieux lors du tribunal de Christ, si nous n’atteignons même pas la mesure fixée par la loi. Si tous les croyants faisaient leurs dons de manière régulière et proportionnée, il n’y aurait aucun problème d’argent dans l’œuvre du Seigneur. La division en chapitres nous empêche peut-être de voir la relation entre le verset 58 du chapitre précédent et le verset 2 de celui-ci.

Les paroles finales de l’épître, d’un caractère personnel, viennent ensuite. Les versets 5 à 12 éclairent le récit d’Actes 18:24 à 20:6. Paul écrivait d’Éphèse alors que prospérait l’œuvre et qu’il y avait beaucoup d’adversaires, dont l’opposition a eu son point culminant lors de l’émeute dans le théâtre. Apollos avait précédé Paul à Éphèse puis, après avoir été instruit dans la voie de Dieu par Aquilas et Priscilla, il avait visité l’Achaïe, où se trouvait Corinthe. Paul était venu à Éphèse alors qu’Apollos était à Corinthe, mais bientôt Apollos avait quitté Corinthe pour aller plus loin. De son côté, Paul avait envisagé de traverser la Macédoine et de visiter Corinthe en chemin. La visite en Macédoine a bien eu lieu, comme Actes 20 le rapporte, mais la seconde épître montre que la visite à Corinthe a été remise à plus tard. L’apôtre avait prié Apollos de faire une nouvelle visite à cette assemblée, mais celui-ci n’y avait pas tenu.

On voit ici que lorsque Dieu suscite un serviteur, celui-ci n’est responsable que devant le Seigneur qui l’envoie, et non devant un homme, fût-il apôtre. Paul n’exerçait aucune autorité sur Apollos. Le fait qu’il le prie d’aller montre qu’il n’entretenait aucun sentiment de jalousie envers cet homme doué qui était apparu récemment. Le fait qu’Apollos comprenait qu’il ne devait pas aller à Corinthe à ce moment indique probablement que celui-ci n’avait aucune envie de se mettre en avant, de peur d’attiser l’esprit de parti et de rivalité qui pouvait amener à dire : Je suis d’Apollos.

Les Corinthiens n’avaient pas été vigilants. Ils s’étaient montrés vacillants quant à la foi de l’Évangile. Ils s’étaient comportés comme de faibles enfants et non comme des hommes faits. D’où les sérieuses exhortations du verset 13. Cependant, pour garder un sain équilibre, nous ne devons pas les séparer du verset 14. Tout ce que nous faisons doit être fait « dans l’amour ». Sans cela, la fermeté et la force prendront un caractère charnel, voire brutal. Être homme, être ferme tout en manifestant l’amour, voilà ce qui est selon Dieu et qui est la vraie force.

Le verset 15 met en évidence un aspect intéressant du service. Ceux de la maison de Stéphanas s’étaient « voués au service des saints ». Ils se dépensaient pour servir les croyants, sachant qu’en servant les membres de Christ, ils le servaient, lui. Il pouvait y avoir bien des choses banales ou monotones dans un tel travail, mais il était accompli pour Christ. Un service de ce genre devrait être plus fréquent. Nous le voyons hautement distingué au verset 16. C’est un exemple de ce qui est appelé « des aides », dans la liste des dons du chapitre 12 (v. 28).

Les trois derniers versets allient la solennité et la grâce. Les Corinthiens se distinguaient par leurs dons, mais ils étaient déficients quant à l’amour. C’est ce qui explique le verset 22. Prenons garde de ne pas leur ressembler. Ayons à cœur de donner à l’amour sa vraie place. Ne pas aimer le Seigneur Jésus appelle une malédiction à sa venue, lorsque toute profession sera mise à l’épreuve. « Maranatha », mot araméen et non grec, signifie : « le Seigneur vient ».

Pour ceux qui aiment le Seigneur, il y a une pleine provision de grâce de sa part, et un flot d’amour de la part de ceux qui sont siens. C’est ce que montre l’affectueuse salutation de l’apôtre Paul par laquelle l’épître se termine.