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Réflexions sur l’Évangile selon LUC
F.B. Hole
Les Réflexions sur les évangiles et les Actes de F.B. Hole ont premièrement paru en anglais en 1937-1939 dans le périodique « Edification » et en 1940 à 1944 dans le périodique « Scripture Truth ».
Table des matières :
Dans les premiers versets de son évangile, Luc déclare le but qu’il s’est proposé en l’écrivant. Il souhaite apporter la certitude à l’esprit d’un certain païen converti. Dieu avait donné à Luc une parfaite connaissance de toutes choses depuis le commencement, aussi maintenant il les écrit « par ordre » : nous allons voir, à mesure que nous avançons, que parfois il laisse de côté l’ordre historique pour présenter les choses dans un ordre moral et spirituel. La compréhension de cet ordre moral et spirituel, ajoutée au récit ordonné de ces faits, devait apporter la certitude à Théophile, et l’apportera à nous aussi. Nous voyons ici comment la certitude est liée aux Saintes Écritures : la Parole de Dieu. Si nous n’avions pas les Saintes Écritures, nous ne serions sûrs de rien.
Le premier et le deuxième chapitres nous présentent les faits se rapportant à la naissance de Christ ainsi que des tableaux attachants du résidu pieux en Israël, ce résidu duquel, selon la chair, est issu le Christ. Le premier tableau aux versets 5 à 25 est celui du sacrificateur Zacharie et de sa femme Élisabeth. Ils étaient « justes devant Dieu » et nous pouvons en déduire que leur vie était caractérisée par la foi et donc aussi par l’obéissance aux ordonnances de la loi. Pourtant, lorsqu’un ange dit à Zacharie que sa femme avancée en âge et stérile enfantera un fils, il demande que lui soit accordé un signe à l’appui de la simple Parole de Dieu. En ceci, il montre bien qu’il est un « croyant incrédule » quoique tout à fait conforme à sa race, car « les Juifs demandent des miracles » (= signes) (1 Cor. 1:22). Et il en supporte la peine en gouvernement, puisque le signe accordé est la perte de la parole. Mais ce signe est tout à fait à propos. Le Psalmiste avait dit : « J’ai cru, c’est pourquoi, j’ai parlé » (Ps. 116:10). Zacharie n’a pas cru, c’est pourquoi il ne peut parler.
L’ange prédit à Zacharie que son fils sera grand devant le Seigneur et sera rempli de l’Esprit Saint, afin que dans l’esprit et la puissance d’Élie il « prépare au Seigneur un peuple bien disposé ». Aux versets 6, 9, 11, 15, 16 et 17, « Seigneur » est l’équivalent de « l’Éternel » de l’Ancien Testament : aussi la venue du Messie sera-t-elle la venue de l’Éternel. Il devait y avoir sur la terre des gens préparés à recevoir le Christ lorsqu’Il viendrait. Cet évangile nous présente donc au début un sacrificateur pieux accomplissant les rites de la loi dans le temple, et recevant une promesse concernant un peuple qui attend l’apparition du Messie sur la terre.
Il nous faut apporter une attention particulière à ce point, car nous allons voir que cet évangile nous fait passer de la loi à la grâce et de la terre au ciel, si bien qu’il se termine par la grâce annoncée à toutes les nations et par l’ascension de Christ dans les cieux, où Il prendra son service de souverain sacrificateur. Au chapitre 1 le sacrificateur terrestre est muet. Dans les derniers versets de l’évangile, les hommes qui vont être sacrificateurs dans la nouvelle dispensation du Saint Esprit sont dans le temple et rien moins que muets : ils louent et bénissent Dieu.
Dans les versets 26 à 38 l’ange annonce à Marie la conception et la naissance de son Fils. Marie est le vase d’élection pour ce grand événement. Il nous faut relever brièvement quelques détails fort importants. En premier lieu le verset 31 déclare sans équivoque que ce Fils est véritablement homme « né de femme » selon Galates 4:4.
En second lieu, les versets 32 et 33 déclarent qu’Il est bien plus qu’un homme ordinaire. Il est « grand » comme personne ne le fut jamais, puisqu’Il est Fils du Très-haut. Il est appelé à être le roi attendu par la maison de Jacob et à recevoir un royaume qui demeure à toujours. Nous remarquons que jusqu’ici il n’y a aucune allusion à quoi que ce soit en dehors de cette attente du Messie qui avait son fondement dans les prophéties de l’Ancien Testament. Le Fils du Très-haut venait pour régner, et rien dans le message ne précisait que ce règne ne s’établirait pas immédiatement.
Une difficulté se présente à l’esprit de Marie, qu’elle exprime au verset 34. L’enfant qui allait venir devait avoir David pour père et pourtant être le Fils du Très-haut ! Marie ne demande pas un signe, puisqu’elle accepte les paroles de l’ange, mais bien une explication. Comment cela arrivera-t-il ? La question de Marie et la réponse de l’ange aux versets 35 à 37 déclarent à l’évidence — troisième point — la réalité de la naissance miraculeuse de Jésus et le caractère tout à fait surnaturel de sa nature humaine.
Il y aurait une intervention du Saint Esprit pour la conception de la « sainte chose », puis la puissance du Très-haut couvrirait Marie de son ombre — opération qui se poursuivrait, croyons-nous — jusqu’à la naissance de la « sainte chose » pour la protéger. Un vase de chair et de sang serait ainsi préparé pour l’incarnation du Fils de Dieu. Il est véritablement Fils de David, comme l’indique la fin du verset 32, mais Rom. 1:3 montre que c’est le Fils de Dieu qui est devenu Fils de David selon la chair. Au verset 35 de notre chapitre il n’y a pas d’article devant « Fils de Dieu » — « La sainte chose »… sera appelée « Fils de Dieu » — cela indique le caractère plutôt que la personne elle-même. Lorsque le Fils de Dieu devint le Fils de David par l’intermédiaire de Marie, il y eut un déploiement de la puissance de Dieu tel que la « sainte chose » née de Marie fut « Fils de Dieu » en caractère, et en conséquence le vase qui convenait à son incarnation. C’était un miracle de premier ordre, mais l’ange avait bien dit : « rien ne sera impossible à Dieu ».
La foi de Marie et sa soumission au bon plaisir de Dieu la concernant ressortent magnifiquement au verset 38. Les versets 39 à 45 montrent la piété et l’esprit de prophétie qui caractérisent Élisabeth, car en voyant Marie, elle reconnaît immédiatement en celle-ci la mère « de mon Seigneur ». Elle est remplie de l’Esprit Saint et reconnaît Jésus comme son Seigneur avant même sa naissance, exemple instructif de ce qui est dit en 1 Cor. 12:3.
Puis nous avons aux versets 46 à 55 le cantique de Marie aux accents prophétiques. Celui-ci est produit par la conviction qu’a Marie de l’extraordinaire miséricorde dont elle est l’objet dans son humble position. Quoiqu’elle descende de David, elle n’est que la fiancée de l’humble charpentier de Nazareth. Dans la miséricorde dont elle est l’objet, elle voit le gage que ceux qui craignent Dieu seront élevés et que les orgueilleux et les puissants de ce monde seront dispersés. Elle comprend, de plus, que la venue de son enfant allait être l’accomplissement de la promesse faite à Abraham — promesse inconditionnelle de Dieu — loin d’elle la pensée qu’Israël ait mérité quoi que ce soit sous l’alliance de la loi. Tout repose sur l’alliance de la promesse. Ceux qui avaient faim sont remplis de biens, les riches renvoyés à vide. C’est toujours ainsi que Dieu agit.
Ne manquons pas de remarquer que Marie parle de « Dieu, mon Sauveur ». Quoiqu’elle fût la mère de notre Sauveur, elle-même trouvait son Sauveur en Dieu.
Au temps attendu, le fils est né à Zacharie et Élisabeth, et au moment de la circoncision de l’enfant, la bouche de Zacharie est ouverte. Il écrit : « Jean est son nom », montrant que maintenant il accepte sans réserve la parole de l’ange et qu’ainsi le nom de son fils est une question réglée. Il croit enfin, bien que ce soit une foi qui suive la vue — tout à fait à la façon juive. En conséquence Zacharie cesse d’être muet, il loue Dieu et, rempli de l’Esprit Saint, prophétise.
Il est frappant de remarquer que, bien que cette prophétie soit motivée par la naissance de son fils Jean, cet enfant n’occupe dans l’esprit de Zacharie qu’une place secondaire et accessoire. Le grand thème de ses paroles est le Christ de Dieu encore à naître. Il met toutes choses à leur juste place, conséquence du fait qu’il était rempli de l’Esprit, qui magnifie toujours le Christ. Si Zacharie s’était simplement exprimé dans l’enthousiasme causé par la naissance de ce fils inespéré, il aurait parlé surtout ou uniquement de ce fils et de la charge élevée de prophète à laquelle il était appelé.
Il parle de la venue du Christ comme si elle avait déjà eu lieu et il en célèbre les effets comme s’ils étaient déjà réalisés. Ceci est particulier à la prophétie : elle parle, comme étant déjà accomplies, de choses qui, historiquement, sont encore à venir. Pour l’instant, le prophète est transporté dans son esprit en dehors de toute considération de temps. Dans l’apparition imminente du Christ, Zacharie voyait le Seigneur, le Dieu d’Israël visitant son peuple pour le racheter. Le salut qu’Il apporterait, délivrerait les siens de tous leurs ennemis et leur permettrait de Le servir en toute liberté, sainteté et justice tous les jours de leur vie. Et tout ceci serait l’accomplissement de Sa promesse et de Son serment à Abraham. Remarquons comment le Saint Esprit inspire Zacharie pour qu’il parle de la promesse inconditionnelle faite à Abraham, exactement comme Marie l’avait fait. La bénédiction d’Israël reposera sur cette base et non sur celle de l’alliance de la loi.
Dans tous ces événements, nous n’observons pas encore une nette distinction entre la première et la seconde venues du Christ. Les versets 68 à 75 envisagent des choses qui ne s’accompliront dans toute leur acception qu’à Sa seconde venue. Il est exact que le Christ a accompli la rédemption à Sa première venue, mais c’est une rédemption par le sang, et non par puissance. Et il est bien vrai que la sainteté et la droiture avec lesquelles le peuple d’Israël, restauré et délivré, servira son Dieu durant le glorieux millénium, seront fondées sur l’œuvre de la croix. Néanmoins, dans ces versets, les deux venues sont considérées comme un tout.
Les versets 76 à 77 se rapportent directement à Jean, qui vient de naître. Il ira devant la face de l’Éternel pour préparer ses voies. Il donnera la connaissance du salut à son peuple dans la rémission de leurs péchés. C’est ce qu’il a fait comme indiqué au verset 3 du chapitre 3 en relation avec le baptême qu’il prêchait. Remarquons qu’ici « son peuple » prend un sens assez nouveau, non pas Israël en tant que nation, mais ceux qui composaient le résidu croyant au milieu de ce peuple. Tout se trouve sur le terrain de la miséricorde, même pour Jean et son ministère semblable à celui d’Élie. C’est « la rémission de leurs péchés, par les entrailles de miséricorde de notre Dieu » (v. 77 et 78).
Dans les versets 78 et 79, Zacharie revient à la venue du Christ, et évidemment tout se situe sur le terrain de cette même miséricorde, car l’expression « selon lesquelles » lie ce qui suit à la miséricorde mentionnée juste avant. L’« Orient d’en Haut » est une description du Christ particulièrement belle. On pourrait remplacer « Orient » par « Aube du jour » ou « Lever du soleil ». La venue du Christ marquait à la vérité l’aube d’un jour nouveau. L’homme sur la terre a toujours vu le soleil qui se lève monter à l’horizon. Ce lever de soleil descend « d’en Haut ». L’Esprit de Dieu pousse Zacharie, à annoncer l’aube d’un jour nouveau, bien que l’extraordinaire beauté en soit encore cachée à ses yeux.
Il comprend cependant que ce jour introduira à la fois lumière et paix pour les hommes. Et ici, il se met en effet à parler de choses qui ont trouvé leur heureux accomplissement à la première venue du Christ. Lorsque débuta le ministère public du Christ, la lumière commença à briller et le chemin de la paix fut véritablement établi par Sa mort et Sa résurrection : chemin où les disciples furent conduits aussitôt après. La prophétie de Zacharie se termine sur cette note d’une beauté remarquable. La première mention que nous avons de Zacharie, le montre homme troublé et craintif. Le dernier mot de lui que rapporte l’Écriture est « paix ». Par la foi, il avait vu la venue du Sauveur, semblable à l’aube d’un jour nouveau de bénédiction et cela changeait tout.
Le verset 80 résume toute la vie de Jean jusqu’au début de son ministère. Dieu s’occupe de lui en secret dans les déserts, l’instruisant en vue du service solennel qui serait le sien dans les jours à venir : prêcher la repentance.
Le début de ce chapitre montre comment Dieu peut employer les grands de la terre — à leur insu — pour l’accomplissement de Ses desseins. Le cas dont il s’agit ici est d’autant plus remarquable que le décret d’Auguste ne fut pas exécuté immédiatement mais fut différé jusqu’à l’époque où Cyrénius eut le gouvernement de la Syrie. La prophétie avait, cependant, indiqué que le Messie devait naître à Bethléhem et le décret de l’Empereur arrive au moment propice pour faire monter Joseph et Marie à Bethléhem, quoiqu’un retard intervînt par la suite pour le recensement lui-même. C’est sans doute à cause de cet état de perturbation que l’hôtellerie était pleine. Le fait que le Christ est né dans une étable témoigne de la pauvreté de Joseph et Marie, l’argent pouvant toujours — hier comme aujourd’hui — parer au manque de confort. Toutefois, c’est un symbole de la place extérieure au monde et à sa gloire que Christ allait occuper dès le début.
Les versets 8 à 20 s’occupent de l’épisode relatif aux bergers. Nous connaissons si bien ces faits par les cantiques et les chants de Noël que nous courons peut-être le danger de ne pas en saisir toute l’importance. Garder les troupeaux, n’était pas une occupation très prisée en ces jours-là. Et les bergers qui gardaient les troupeaux pendant la nuit n’avaient pas la compétence de ceux qui s’en occupaient dans la journée. C’est à ces gens humbles et ignorés à l’extrême que les anges apparaissent. Le secret du ciel concernant l’arrivée du Sauveur est dévoilé à des gens aussi insignifiants que ceux-ci !
Cela paraît encore plus extraordinaire lorsque nous comparons ce chapitre avec Matthieu 2. Dans l’évangile de Matthieu la scène se passe parmi les grands de Jérusalem : le roi Hérode, ses courtisans, les souverains sacrificateurs et les scribes, mais tous ceux-ci ignorent complètement ce merveilleux événement pendant des mois et encore n’en entendent-ils parler que par les Mages de l’Orient qui arrivent à Jérusalem, personnages totalement étrangers à la nation d’Israël. L’explication nous en est donnée par les paroles du Psalmiste : « le secret de l’Éternel est pour ceux qui Le craignent » (Ps. 25:14). Dieu ne fait pas acception de personnes, mais Il a égard à ceux qui sont humbles et intègres de cœur devant Lui. Aussi ne tient-Il pas compte des grands de Jérusalem et Il dépêche des anges vers ces bergers méprisés qui gardent leur troupeau pendant les veilles de la nuit pour leur faire connaître le secret des voies divines. Ces quelques bergers faisaient partie du résidu pieux qui attendait le Messie, comme nous le montreront par la suite leurs paroles et leurs actions.
D’abord vient le message de l’ange, et ensuite la louange de l’armée céleste. Si le message était un grand sujet de joie, c’est parce que le Messie venait comme Sauveur. Les Israélites avaient eu le législateur et les prophètes, mais maintenant était venu le Sauveur, et un Sauveur si grand que c’était le Christ, le Seigneur. Cette bonne nouvelle est pour « tout le peuple » : pour le moment, elle ne s’adresse pas au-delà du cercle d’Israël. Le signe annonçant cet événement extraordinaire est tel que personne n’aurait jamais pu le concevoir. Les hommes auraient pu s’attendre à voir un puissant homme de guerre assis sur un trône en tenue d’apparat. Le signe est un petit Enfant, emmailloté et couché dans une crèche. Mais c’est un signe annonçant de quelle manière et dans quel esprit le Seigneur allait maintenant s’approcher des hommes.
Les louanges des anges — rapportées au verset 14 — ne sont exprimées qu’en peu de mots, des mots lourds de sens. Ils rapportent les ultimes conséquences qui devaient découler de l’arrivée de ce petit Enfant : Dieu sera glorifié dans les lieux très-hauts, centre de Sa puissance, l’endroit même où le plus léger discrédit jeté sur Son nom serait le plus vivement ressenti. Sur la terre, où depuis la chute, guerres et querelles ne cessent pas, la paix sera établie. Dieu trouvera Son « bon plaisir dans les hommes ». Depuis le moment où le péché est apparu, Dieu n’a trouvé de plaisir ni en Adam ni en sa descendance : mais voici maintenant Celui dont la nature humaine est d’un autre ordre que celle d’Adam, grâce à Sa naissance miraculeuse, ce qui a été clairement exposé au premier chapitre. En Lui, le bon plaisir de Dieu repose au suprême degré, comme aussi il reposera dans les hommes qui sont en Lui, comme fruits de Son œuvre : conséquence merveilleuse, en vérité !
À tout ceci, les bergers donnent la réponse de la foi. Ils ne disent pas : « Allons... et voyons si cette chose est arrivée », mais « voyons cette chose qui est arrivée ». Ils s’en vont en hâte et voient le petit Enfant de leurs yeux. Puis ils rendent témoignage à d’autres. Ils peuvent alors dire : « Dieu l’a dit et nous l’avons vu » — ils divulguent ce que le Seigneur a fait connaître et ce dont ils ont été personnellement témoins. Un tel témoignage ne peut qu’avoir de l’effet. Beaucoup s’étonnent, et Marie garde ces choses par devers elle, les repassant dans son esprit ; car il est clair qu’elle-même ne comprend pas encore toute la portée de ces événements. Quant aux bergers, à l’instar des anges, ils glorifient et louent Dieu. Ainsi, en cette grande occasion, la louange éclate aussi bien sur la terre qu’au ciel. Et ne pouvons-nous pas penser que, dans la louange de ces humbles hommes d’ici-bas, se trouvait une note qui manquait à la louange des anges de Sa force au ciel.
Aux versets 21 à 24, il nous est donné de voir que tout ce que la loi ordonnait a été accompli à l’égard du Saint Enfant. Lorsque Celui-ci est présenté au Seigneur dans le temple, il y a là pour l’accueillir — guidés par l’Esprit de Dieu — deux vieillards, qui marchent dans la crainte du Seigneur. Nous avons remarqué dans un paragraphe précédent comment les grands de Jérusalem étaient absolument étrangers aux pensées de Dieu et n’avaient aucune connaissance de Lui ; à l’opposé, il y avait ceux qui avaient des relations avec Lui et eux furent bientôt au courant de la grande nouvelle, même si aucun ange ne leur apparut. Le Saint Esprit est sur Siméon et, par l’Esprit, non seulement il sait qu’avant de mourir, il verra le Christ du Seigneur, mais en outre, il arrive au temple au moment précis où l’enfant Jésus y est. C’est également ce qui se passe pour Anne. L’heure de sa visite est dirigée d’en haut, si bien qu’elle voit le Seigneur.
En lisant les versets 28 à 35, nous ressentons combien cette scène a dû être émouvante. Le vieillard s’adresse à Dieu, puis à Marie. Il est maintenant prêt à partir en paix car il a vu le salut du Seigneur dans le Saint Enfant. En fait, il va plus loin que l’ange, car il reconnaît que le salut de Dieu a été préparé devant la face de « tous les peuples » (Cette fois-ci le mot « peuple » est au pluriel). Non seulement Jésus allait être la gloire d’Israël mais aussi une lumière pour éclairer les Gentils. À Siméon est révélé que la grâce allait se répandre au-delà des étroites limites d’Israël.
Il lui est aussi révélé que le Christ est venu pour être « un signe que l’on contredira ». C’est peut-être indistinctement qu’il la voyait, mais elle était bien là, l’ombre de la croix, lorsque l’épée transpercerait l’âme de Marie — ce que nous apprenons par les paroles de Siméon à Marie.
Peut-être nous étonnons-nous que Siméon, à qui il avait été accordé de vivre jusqu’à ce que, effectivement, il tienne le Sauveur dans ses bras, soit si disposé à « s’en aller en paix ». Nous aurions pu nous attendre à ce qu’il ait ressenti une cruelle déception : il voyait comment Dieu commençait à intervenir et pourtant il lui fallait quitter cette scène avant que se termine cette intervention. Mais manifestement, il lui est donné, comme prophète, de prévoir que le Christ serait rejeté. Aussi n’attend-il pas la gloire dans un proche avenir et il est prêt à s’en aller.
Il annonce que l’Enfant mettrait Israël à l’épreuve. Beaucoup qui étaient haut élevés tomberaient et ceux qui étaient abaissés et méprisés se relèveraient. Et comme le Christ connaîtrait la contradiction et serait rejeté, les pensées de plusieurs cœurs seraient révélées au moment où ils Le rencontreraient. Dans la présence de Dieu, tous les hommes sont obligés de se montrer tels qu’ils sont réellement : ainsi ce caractère concernant le Christ est un hommage involontaire à Sa déité. De plus, Marie elle-même serait transpercée par la douleur comme par une épée : parole qui trouva son accomplissement alors qu’elle se tenait près de la croix.
Anne, très avancée en âge, complète ce très beau tableau du résidu pieux en Israël. Elle servait Dieu continuellement et, quand elle eut vu le Christ, elle « parla de Lui ».
Au point où nous sommes parvenus, nous pouvons résumer les caractères marquants de toutes ces âmes pieuses :
La conduite des bergers est une illustration de la foi qui les anime. Ils acceptent immédiatement la parole qui leur est adressée par le moyen de l’ange, puis ce qu’ils voient confirme cette parole, et enfin ils glorifient et louent Dieu.
Marie est une âme portée à revenir et à méditer sur les choses pour l’intelligence desquelles elle s’attend à Dieu (v. 19).
Siméon attendait le Christ, instruit par l’Esprit de Dieu et sous Sa puissance. Son attente reçoit toute satisfaction lorsqu’il rencontre Christ et il prophétise à son sujet.
Anne servait Dieu continuellement et rendit témoignage du Christ dès qu’elle L’eut rencontré.
En dernier lieu, un soin extrême fut apporté à l’accomplissement de tous les détails concernant le Christ comme l’ordonnait la loi du Seigneur. Cinq fois il est déclaré que la loi a été observée (aux versets 22, 23, 24, 27, 39). Ce trait remarquable doit probablement être attribué à Joseph, le mari de Marie — cette obéissance attentive à la Parole de Dieu.
Nous-mêmes attendons maintenant la seconde venue du Seigneur. Comme ce serait heureux si nous nous distinguions par ces remarquables caractères.
Le verset 40 couvre les douze premières années de la vie de notre Seigneur : nous y apprenons que le développement normal du corps et de l’esprit, propre au genre humain, caractérisa aussi le Seigneur : témoignage à Sa vraie humanité.
Ceci est encore souligné par ce que nous entre-voyons de Lui lorsqu’Il avait douze ans. Il n’enseignait pas les docteurs, mais Il les écoutait et les interrogeait de telle sorte que ceux-ci s’étonnaient de ses réponses. Ici encore nous Le voyons montrer à la perfection l’attitude qui convient à un enfant de cet âge en même temps que des traits surnaturels. La réponse qu’Il fait à Sa mère montre également qu’Il avait conscience de Sa mission. Toutefois, pendant de nombreuses années, Il allait garder sa position de soumission devant Joseph et Marie, montrant ainsi la perfection de Sa nature humaine au cours de cette période de Sa vie.
Le début du ministère de Jean est indiqué avec grande précision dans les deux premiers versets. Nous apprenons que les choses étaient tout à fait anormales : le gouvernement était aux mains des Gentils, et même en Israël régnait le désordre, car il y avait deux souverains sacrificateurs au lieu d’un seul. C’est pourquoi les appels à la repentance dominent dans la prédication de Jean. Les prophètes d’autrefois avaient plaidé avec Israël pour le ramener à la loi transgressée. Jean n’agit plus ainsi : c’est à la repentance qu’il appelle les foules. Les Israélites devaient reconnaître que, sur le terrain de la loi, ils étaient perdus sans espoir et que leur place était dans la mort, dans les eaux du baptême que Jean prêchait. C’était le « baptême de repentance en rémission de péché ». S’ils écoutaient Jean et se repentaient, ils étaient moralement prêts pour recevoir la rémission des péchés qu’apporterait Celui qui allait venir. Ainsi le chemin serait rendu droit devant le Seigneur.
Remarquons comment cette citation d’Ésaïe parle de la venue de l’Éternel, et comme il est manifeste que cette venue de l’Éternel a trouvé son accomplissement en Jésus. Le verset 5 exprime la même vérité que celle que nous avons vue aux versets 52 et 53 du chapitre 1 et au verset 34 du chapitre 2, seulement exprimée d’une façon plus figurée. Le verset 6 montre que puisque Celui qui allait venir n’était pas moins que l’Éternel, le salut qu’Il apporterait ne serait pas restreint aux étroites limites d’Israël mais serait annoncé à « toute chair ». La grâce allait venir et elle se répandrait dans toutes les directions. Cette grâce est l’un des thèmes particuliers à l’Évangile de Luc.
Mais Jean ne prêche pas seulement la repentance d’une façon générale, il en fait aussi une question très nette et personnelle. Les foules affluaient vers lui et son baptême était en passe de provoquer leur engouement, presque de devenir une distraction au goût du jour. Les choses se passent exactement de la même façon aujourd’hui : toute ordonnance religieuse, par exemple le baptême, dégénère très facilement en une sorte de fête générale. Il est évident que Jean ne craignait nullement de blesser ses auditeurs et de perdre de sa popularité. Rien ne pouvait être plus énergique que ses paroles rapportées aux versets 7 à 9. Il dit très clairement aux gens ce qu’ils sont ; il les avertit de la colère qui vient ; il demande la vraie repentance qui produise des fruits. Il leur montre qu’aucun privilège religieux ne leur servirait, car Dieu allait juger des choses à leurs racines mêmes. La cognée allait maintenant faire son travail, non pas élaguer des branches mais frapper à la racine pour abattre l’arbre tout entier : et nous avons là une image très réaliste de ce qui s’accomplira, non pas dans l’exécution d’un jugement extérieur comme celui qui marquera la Seconde Venue, mais dans ce jugement moral qui a été opéré à la Croix. La Seconde Venue sera caractérisée par le feu qui consumera l’arbre mort — la Première Venue aboutit à la Croix, où la sentence judiciaire de condamnation fut promulguée contre Adam et sa race : en d’autres mots, l’arbre a été abattu.
Jean réclame des actes, non des paroles, comme fruits pratiques de la repentance, et ceci conduit à la question que posent les foules, rapportée au verset 10. Les publicains et les soldats suivent avec des questions semblables. Par les réponses qu’il donne dans chaque cas, Jean met le doigt sur les péchés particuliers qui marquaient les différentes classes de gens. Quoique les réponses varient, nous voyons pourtant que la convoitise est à la base de tous les maux dont il s’occupe. De toutes les mauvaises herbes qui s’épanouissent dans le cœur de l’homme, la convoitise est peut-être la plus profondément enracinée et la plus difficile à arracher : comme le pissenlit, ses racines sont très profondes. La véritable repentance conduit à une conversion véritable — abandon de la voie de péché — et ceci, Jean le savait.
Ainsi Jean, non seulement prépare le chemin du Seigneur, mais en toute fidélité, il dirige les regards vers Lui, sans laisser un seul instant les foules avoir une haute opinion de lui-même. Il déclare qu’il n’est que le plus humble des serviteurs de la merveilleuse Personne qui allait venir — si humble qu’il n’était pas digne d’accomplir ce très humble service de délier la courroie de Ses sandales. Celui qui allait venir était si grand qu’Il baptiserait de l’Esprit Saint et de feu : de l’Esprit Saint en bénédiction, de feu en jugement, comme l’explique clairement le verset suivant. Nous remarquons de nouveau ici qu’il n’y a pas encore une différence très nette entre les deux Venues. Il y eut un baptême de l’Esprit, rapporté en Actes 2, comme résultat de la Première Venue, mais le baptême de feu, selon le verset 17, est réservé pour la Seconde Venue.
Luc nous rapporte donc le fidèle ministère de Jean, puis rapidement l’écarte du récit pour céder la place à Jésus. L’emprisonnement de Jean n’eut pas lieu à ce moment-là, mais Luc abandonne l’ordre historique pour placer devant nous l’événement dans un ordre moral et spirituel. Le ministère de Jean — semblable à celui d’Élie — s’efface devant Celui qui allait être le vase de la grâce de Dieu, qui fut baptisé et ainsi introduit dans Son ministère. Il ne nous est même pas dit ici que c’est Jean qui baptisa Jésus, mais il nous est dit que Celui-ci priait quand il fut baptisé, ce qui n’est mentionné nulle part ailleurs. Cet Évangile insiste d’une façon évidente sur la perfection de la nature humaine de notre Seigneur. La grâce envers l’homme appartient à Celui qui est l’Homme parfait, et le tout premier caractère de perfection dans l’homme est celui de dépendance envers Dieu. La prière est une expression de cette dépendance et nous allons voir dans cet Évangile combien de fois il est rapporté que Jésus prie. Nous en avons ici le premier cas.
Sur cet Homme dépendant en prière, le Saint Esprit descend sous une forme corporelle, comme une colombe, et en même temps la voix du Père déclare que Celui-ci est Son Fils bien-aimé, l’Objet de tout Son plaisir. De la sorte est enfin révélée la vérité de la Trinité. Un instant on peut voir l’Esprit, on entend le Père, et le Fils est là, sang et chair, et par conséquent, on peut non seulement, Le voir et L’entendre mais aussi Le toucher. C’est une chose merveilleuse que le ciel soit ouvert et toute son attention concentrée sur un Homme qui prie, sur la terre. Mais en cet Homme qui prie, Dieu allait se faire connaître, car « en Lui, toute la plénitude s’est plu à habiter » (Colossiens 1:19).
Le Père ayant ainsi proclamé que Jésus est Son Fils bien-aimé, Luc introduit maintenant Sa généalogie par Marie pour montrer comme Il est réellement aussi Homme. Matthieu fait remonter Ses origines jusqu’à Abraham qui a reçu la promesse, et à David qui a reçu la royauté. Luc fait remonter Jésus jusqu’à Adam et à Dieu, car la question est simplement Sa nature humaine — transmise par Marie, Joseph étant seulement Son père présumé. Jésus est véritablement Homme, quoique Fils de Dieu. Il est le Second Homme, le Seigneur venu du ciel, Celui qui apporte la grâce de Dieu en surabondance.
Le début de ce chapitre nous présente Jésus, plein de l’Esprit Saint, remontant du Jourdain. Mais avant de commencer Son service, il faut qu’Il soit tenté quarante jours par le diable. L’Esprit L’emmène vers cette épreuve et nous voyons ici le merveilleux contraste entre le Second Homme et le premier.
Lorsque fut créé le premier homme, Dieu déclara que tout était très bon, mais Satan vint sans retard tenter l’homme et fut la cause de sa ruine. Le Second Homme est apparu, la voix du Père s’est fait entendre pour déclarer l’excellence de Son Fils, aussi Satan s’empresse-t-il à nouveau de venir en ce lieu : mais cette fois-ci il rencontre l’Homme, plein de l’Esprit Saint, que les artifices du diable ne peuvent atteindre. Lorsque le premier homme est tombé, il n’a pas connu les affres de la faim, car il demeurait dans le jardin fertile planté par son Créateur. Le Second Homme est victorieux, quoique le jardin ait été transformé en désert et que Lui-même connaisse la faim.
Il est clair que Luc nous donne les tentations dans l’ordre moral, et non dans l’ordre historique. Matthieu nous donne l’ordre historique et nous montre que la dernière tentation est celle où le Seigneur ordonne à Satan « Va arrière de moi », tentation relatée au verset 8 de notre chapitre. L’ordre que nous avons ici correspond à l’analyse du monde qu’en fait Jean au chapitre 2 de sa première épître. La première tentation avait clairement pour but de s’adresser à la convoitise de la chair, la deuxième à la convoitise des yeux et la troisième à l’orgueil de la vie. Mais notre Seigneur est étranger à toute convoitise, à tout orgueil : ces trois épreuves ne servent qu’à révéler Son absolue perfection.
En réponse à la première tentation, le Seigneur Jésus, véritablement Homme, prend la place propre à l’homme, de dépendance complète envers Dieu. La vie naturelle de l’homme dépend du pain qu’il s’assimile, parallèlement sa vie spirituelle dépend de la Parole de Dieu qu’il s’assimile et à laquelle il obéit.
À la deuxième tentation, le Seigneur répond par son entière consécration à Dieu. Puissance, gloire, domination en elles-mêmes ne sont rien pour Lui. Il n’a qu’un but : adorer et servir Dieu.
Le Seigneur fait face à la troisième tentation — où Satan L’incite à mettre la fidélité de Dieu à l’épreuve — par Sa confiance inébranlable en Dieu. Le grand adversaire ne trouve aucune prise pour L’attaquer. Le Seigneur se confie en Dieu sans avoir à Le mettre à l’épreuve.
Ces trois caractères exposés ainsi d’une manière si marquante — dépendance, consécration, confiance — sont ceux qui distinguent l’Homme parfait. On les voit nettement dans le Psaume 16, qui par l’Esprit de prophétie, présente Christ dans Ses perfections comme Homme.
Après avoir été tenté par Satan et être sorti victorieux de ces épreuves par la puissance du Saint Esprit, le Seigneur Jésus s’en retourne en Galilée pour commencer Son ministère public dans la puissance du même Esprit : les premières paroles qui nous sont rapportées de Lui sont prononcées dans la synagogue de Nazareth, l’endroit où Il avait été élevé. Il lit le début d’Ésaïe 61 et s’arrête à l’endroit où la prophétie passe de la première Venue à la seconde. « Le jour de la vengeance de notre Dieu » n’est pas encore arrivé. Mais en s’arrêtant à cet endroit-là, où notre traduction n’a aucun signe de ponctuation, Jésus peut commencer Son sermon en disant : « Aujourd’hui cette écriture est accomplie, vous l’entendant ». Ce passage présente le Seigneur comme Celui que l’Esprit de Dieu a oint, en qui la plénitude de la grâce de Dieu allait se faire connaître aux hommes.
Présenter ainsi le Seigneur semble caractériser l’Évangile de Luc. Quoiqu’Il fût Dieu dans la plénitude de Sa Personne, le Seigneur se présente pourtant à nous comme l’Homme dépendant, plein de l’Esprit Saint, parlant et agissant dans la puissance de l’Esprit et débordant de grâce envers les hommes. Ceux qui L’entendaient à Nazareth étaient frappés par les « paroles de grâce qui sortaient de Sa bouche ». La loi de Moïse avait été maintes fois proclamée dans l’enceinte de la synagogue, mais jamais auparavant la grâce n’y avait été ainsi annoncée. Pourtant, il n’était pas suffisant d’annoncer la grâce en théorie : le Seigneur poursuit en expliquant ce qu’est la grâce afin que Ses auditeurs comprennent ce que cela impliquait. Il cite deux exemples tirés de leurs propres Écritures où la bonté de Dieu s’était montrée, et dans les deux cas les bénéficiaires de cette grâce étaient des pécheurs d’entre les Gentils. La veuve de Sidonie était dans une situation désespérée — « sans force ». Le soldat Syrien était d’entre les « ennemis » de Dieu et de Son peuple. C’est ainsi que ces deux cas éclairent très justement Romains 5 : 6-10, car la femme fut sauvée et sustentée, l’homme fut rendu net et réconcilié.
Cette magnifique présentation de la grâce agissante ne plaît pas aux gens de Nazareth. Les paroles de grâce sont bien agréables en théorie, mais dès que ces gens se rendent compte que la grâce implique nécessairement que ceux qui la reçoivent ne la méritent pas, ils se lèvent révoltés et orgueilleux, hors d’eux-mêmes, et ils auraient tué Jésus, si Celui-ci, passant au milieu d’eux, ne s’en était allé. Les heureux effets de la grâce étaient les bienvenus, mais ils n’en voulaient pas sur le terrain de la grâce, puisque cela supposait qu’ils n’étaient pas meilleurs que les pécheurs d’entre les Gentils. En toute probabilité, l’esprit moderne accepterait que la grâce soit prêchée dans les taudis, mais considérerait comme un affront qu’elle le soit dans la synagogue. L’esprit juif ne pouvait pas même souffrir qu’elle soit apportée dans les taudis !
Ainsi la grâce est rejetée d’une façon catégorique la toute première fois qu’elle est proclamée : et ceci ne se passe même pas à Jérusalem parmi les scribes et les pharisiens, mais dans les contrées plus humbles de Galilée, à l’endroit même où le Seigneur avait été élevé. Il y était très connu et cela mettait comme un voile sur leurs cœurs.
À la lumière de tout cela, la fin du chapitre est très belle. Si un service offert dans un esprit de grâce est refusé avec mépris et violence, le bienfaiteur s’en offense et se détourne avec dégoût. Ce n’est pas ainsi que Jésus agit. Si tel était le cas, où serions-nous ? Jésus se retire alors de Nazareth, mais passe à Capernaüm et y prêche. Son enseignement les étonne, sans doute à cause de cette note nouvelle de grâce qui en était le caractère marquant, et puis aussi parce que cet enseignement était revêtu de l’autorité divine.
Dans la synagogue, le Seigneur entre en conflit avec les puissances des ténèbres. La synagogue était quelque chose de mort, c’est pourquoi des gens possédés de démons pouvaient s’y trouver sans être connus comme tels. Mais dès que le Seigneur est là, le démon se manifeste et montre également qu’il sait qui est Jésus, même si les gens eux-mêmes l’ignorent. Jésus était bien le « Saint de Dieu » mais au lieu d’accepter le témoignage du démon, Il le tance et le chasse hors de sa victime. Jésus témoignait ainsi de la puissance de Sa Parole.
Au verset 36 nous avons et l’autorité et la puissance, ce dernier mot ayant le sens de dynamisme. Au verset 32, c’est vraiment l’autorité. Ainsi, nous avons la grâce de Sa parole, suivie de l’autorité de Sa parole et de la puissance de Sa parole. Il n’est pas surprenant que les gens disent : « Quelle parole est celle-ci ! » Et nous-mêmes, qui avons maintenant reçu l’Évangile de la grâce de Dieu, nous avons les mêmes raisons de faire une réflexion semblable. Quels prodiges de régénération spirituelle l’Évangile n’accomplit-il pas aujourd’hui !
Sortant de la synagogue, Jésus vient à la maison de Simon où régnait la maladie. Celle-ci disparaît à Sa parole. Puis, dans la soirée, se produit cet extraordinaire déploiement de la puissance de Dieu dans la plénitude de la grâce. Des gens affligés de toutes sortes de maladies et de misères sont amenés à Jésus et tous en sont délivrés. « Ayant imposé les mains à chacun d’eux, Il les guérit ». Il montre ainsi pratiquement ce qu’est la grâce de Dieu, car c’est précisément le caractère de la grâce que d’aller vers chacun sans tenir compte de mérites ou de torts. Du côté de Dieu, la grâce est offerte librement, à chacun.
Le verset 40 a inspiré un cantique qui débute ainsi : « Le soir, lorsque le soleil se couchait » .. .
et assurément nous aimons tous chanter :
« Tes mains n’ont rien perdu de leur puissance d’autrefois,
Aucune parole ne peut tomber de tes lèvres sans porter de fruit ».
Mais bien que ce cantique soit très beau, la réalité exprimée dans ce verset 40 le surpasse en beauté. Telle est la grâce de Dieu.
Et la grâce déployée en cette soirée mémorable n’est pas tarie pour autant. Jésus s’en va ailleurs prêcher le royaume de Dieu — un royaume dont le fondement allait reposer non sur les œuvres de la loi, mais sur les fruits de Son œuvre — produits par la grâce.
Dans le chapitre précédent, nous avons vu le Seigneur Jésus s’avancer dans la puissance de l’Esprit pour annoncer la grâce de Dieu, et se heurter immédiatement à la réjection de la part de l’homme. Nous avons vu que, malgré tout, le Seigneur ne se laisse pas détourner de son travail de grâce. Ce chapitre-ci nous offre maintenant une série de délicieux tableaux qui illustrent ce que la grâce accomplit chez ceux qui la reçoivent. Quatre hommes paraissent devant nos yeux : Pierre, le lépreux, le paralytique, Lévi — chacun marqué d’un caractère différent. Ils se suivent dans un ordre qui est moral, non rigoureusement chronologique.
Matthieu et Marc nous racontent tous deux comment le Seigneur a appelé les quatre pêcheurs à devenir Ses disciples, mais Luc seul nous fait part de la pêche miraculeuse qui fit une si profonde impression sur Pierre. Le Seigneur avait employé la barque de Pierre et ne voulait pas être son débiteur, mais c’est la grâce qui, en retour, répand sur Pierre un si riche bienfait. Cela est d’autant plus saisissant que les pêcheurs venaient de se dépenser toute la nuit en efforts complètement stériles. Maintenant ce n’est pas seulement l’abondance mais la surabondance ; là où de vains efforts s’étaient multipliés, là se multiplient les prises du filet. La seule ombre au tableau vient de leur faible capacité à retenir ce que la grâce a donné.
La barque de Pierre est sortie deux fois sur le lac, une fois de nuit quand on pouvait compter sur du poisson, une fois de jour quand on n’y comptait pas. L’endroit est le même, les deux fois, et les mêmes hommes avec le même matériel. D’où vient la différence ? D’une chose, d’une seule. Christ était monté dans la barque. Les yeux de Pierre furent ouverts à ce fait et il est clair que cela fit briller le Sauveur devant lui d’une lumière qui venait de Dieu. Se trouver en la présence de Dieu, même si c’est Dieu présent dans la plénitude de la grâce, produit dans le cœur de Pierre la conviction de son état de péché.
Or c’est la première chose que la grâce apporte avec elle — la conviction de péché. Elle la produit d’une façon bien plus profonde que ne le fit jamais la loi, et elle attire, tout en produisant cette conviction de péché. Là se trouve ce merveilleux contraste. La loi de Moïse, lorsqu’elle fut donnée au Sinaï, amena le peuple à sentir sa carence, mais cela les repoussa et les éloigna de la montagne brûlante. La grâce, dans la personne de Jésus, amena une telle conviction chez Pierre qu’il confessa son état de péché et se jeta pourtant aux genoux de Jésus, s’approchant du Sauveur autant qu’il le pouvait.
L’incident suivant — suite très appropriée — concerne un homme qui n’est pas à proprement parler rempli de péché, mais plein de cette lèpre qui est un type du péché. Il était si plein de lèpre qu’il sentait qu’il offrait un aspect trop repoussant pour pouvoir vraiment compter sur la bonté de Jésus. Il était convaincu de Sa puissance mais incertain quant à Sa grâce. Aussi s’approche-t-il en disant : « Si tu veux… », il révèle ainsi que son corps est plein de lèpre et que son cœur est plein de doute. Immédiatement, la grâce du Seigneur montre sa pleine mesure. Sa parole était toute puissante, pourtant le Seigneur étend la main et le touche comme pour effacer à jamais de l’esprit du lépreux le dernier doute qui persisterait et pour le tranquilliser parfaitement.
Nous voyons donc ici que la grâce apporte la guérison, une guérison que la loi n’apportait pas, bien qu’elle contînt des instructions pour que les sacrificateurs puissent reconnaître toute guérison qui serait opérée par la puissance de Dieu. Ici la puissance de Dieu est à l’œuvre dans la plénitude de la grâce : scène merveilleuse en vérité ! Nous ne sommes pas surpris que de grandes foules se soient « assemblées pour l’entendre, et pour être guéries » (v. 15).
Ne négligeons pas le verset 16. Jésus a pris la place de l’Homme qui se tient devant Dieu et agit dans la puissance de l’Esprit. La grâce a découlé, abondante, de Sa personne et Il consacre du temps à la communion dans la prière, loin des lieux fréquentés par l’homme, avant de reprendre contact avec les besoins humains.
Ensuite vient le cas de l’homme frappé de paralysie et réduit à un état de complète dépendance. Il n’est rien dit quant à sa foi personnelle, quoique la foi montrée par les hommes qui apportent le malade soit extraordinaire et active, et le Seigneur y répond abondamment. Les pharisiens et les docteurs de la loi, qui sont là, forment une sorte de sombre arrière-plan au tableau. Ils avaient de nombreux besoins et la puissance du Seigneur était là pour les guérir, puisque la grâce apporte ses abondantes ressources avec générosité et pour chacun. Pourtant ils sont là pour donner et non pour recevoir. Ce qu’ils apportent, ce sont des critiques, et encore se révèlent-elles erronées ! Ils lancent violemment leurs critiques et passent à côté de la bénédiction.
C’est le paralytique qui reçoit la bénédiction — et la puissance lui est accordée. C’est précisément ce dont il a besoin. L’homme plein de péché a besoin non seulement de la purification de ses péchés mais de puissance sur le péché, cette puissance étant liée au pardon. Dans le cas de cet homme, sa paralysie était manifestement le résultat du péché et le Seigneur s’attaque à la racine du mal avant de s’occuper du fruit. C’est toujours ce chemin que suit la grâce car il n’y a jamais rien de superficiel dans la façon dont elle agit. Les pharisiens, avec toutes leurs critiques, ne pouvaient pas plus délivrer le corps du malade de l’emprise de sa paralysie, qu’ils ne pouvaient délivrer son âme de la coulpe de ses péchés. Jésus peut faire l’un et l’autre : et Il démontre qu’Il a la puissance d’accomplir le miracle du pardon — ce que l’œil humain ne pouvait observer — en accomplissant le miracle de la guérison devant leurs yeux.
Les pharisiens avaient bien raison de croire que personne ne peut pardonner les péchés, si ce n’est Dieu seul. Mais lorsqu’ils entendent Jésus remettre les péchés, ils L’accusent d’être blasphémateur. Nous, nous en déduisons que Jésus est Dieu. Chacun de nous se trouve obligatoirement devant ce choix net et bien défini et heureux sommes-nous si nous choisissons bien. La guérison dont cet homme est l’objet lui est accordée d’une façon divine. Il se lève, ayant retrouvé ses forces, capable, à l’instant, de prendre son petit lit et de s’en aller dans sa maison, ce qu’il fait en glorifiant Dieu. Les spectateurs sont touchés de la même façon : la grâce, lorsqu’elle se manifeste, conduit en effet à glorifier Dieu.
En quatrième lieu, Lévi paraît sur la scène ; il montre que la grâce pourvoit le cœur d’un Objet. Lorsque Jésus l’appelle, Lévi est occupé à un travail agréable : celui de recevoir de l’argent. Aussitôt son esprit et son cœur se détournent de cet argent et il se met à suivre le Seigneur, si bien que nous le voyons ensuite agir à l’opposé : il distribue son argent, donnant aux nécessiteux selon le Psaume 112 :9 (« Il répand, il donne aux pauvres »). Lévi invite une grande foule de publicains et d’autres gens à son festin, montrant que ses pensées se sont mises immédiatement à l’unisson de celles de son nouveau Maître, et qu’il avait saisi l’esprit de la grâce. Christ pourtant est le vrai Objet du festin, car il est dit : « Lévi Lui fit un grand festin dans sa maison » (v. 29). Les pharisiens étaient totalement insensibles à cet esprit de grâce, mais leurs objections ne servent qu’à faire proclamer par le Seigneur ce merveilleux message : « Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs à la repentance » (v. 32).
Tout ce que nous avons dit pourrait se résumer ainsi : la grâce produit la conviction de péché et ensuite opère la purification du péché. Puis elle confère la puissance et de plus rend celui qui la reçoit conforme à Celui qui en est l’expression. Christ devenant l’Objet du cœur de Lévi, nous voyons comment celui-ci commence à être imprégné de l’esprit de son Maître.
Depuis le verset 33 et jusque dans le chapitre 6, un autre point est assez nettement mis en relief : c’est que la grâce fait sortir de l’esclavage et conduit à la liberté. Les pharisiens dédaignaient la grâce et étaient fort attachés aux jeûnes, aux prières, et aux cérémonies prescrites par la loi. La loi produit l’esclavage mais la grâce apporte la liberté : c’est ce que nous enseigne longuement l’épître aux Galates. La pleine vérité exposée dans cette épître ne pouvait pas être révélée avant la mort et la résurrection de Christ, ni avant que l’Esprit ait été donné ; pourtant nous voyons ici le Seigneur commencer à parler des choses qui dans un proche avenir allaient être clairement manifestées. Il emploie des paraboles ou des illustrations, mais Sa pensée est claire. Étant le vrai Messie, il est l’« Époux » et Sa présence auprès de Ses disciples les empêchait d’être assujettis aux contraintes indiquées au verset 33.
Puis un peu plus loin, le Seigneur introduit quelque chose de nouveau. En Lui, la grâce de Dieu commence à rayonner, et comme un morceau de drap neuf, on ne pouvait pas s’en servir comme d’une pièce à mettre au vieil habit de la loi. Le tissu neuf imposerait une telle fatigue au vieux tissu qu’il le déchirerait ; en outre, le neuf et le vieux ne s’accorderaient pas. Ils se révéleraient tout à fait incompatibles.
Puis, nouvelle illustration : la grâce, par sa force, peut être comparée à l’action du vin nouveau, tandis que les formes et les ordonnances de la loi ont le caractère rigide de vieilles outres. Si l’on essaie d’enfermer le vin nouveau de la grâce dans la vieille outre de la loi, on peut être sûr d’une catastrophe. Il faut trouver des vases neufs capables de contenir la puissance nouvelle.
C’est de cette façon remarquable que le Seigneur montre que la grâce de Dieu, qui était venue en Sa Personne, allait produire ses propres conditions nouvelles et que les « ordonnances chamelles » instituées en Israël sous la loi n’étaient imposées « que jusqu’au temps du redressement » (Hébreux 9 : 10). Mais en même temps le Seigneur montre que les hommes, par tempérament, préfèrent la loi à la grâce — le vieux vin leur convient mieux que le nouveau. Il y a une raison évidente à cela : le fait même de donner la loi à l’homme suppose qu’il peut être capable de l’accomplir — tandis que la grâce est offerte sur le fondement éprouvé que l’homme est une créature irrémédiablement perdue.
Au début de ce chapitre, nous voyons les pharisiens et les scribes essayer de restreindre les actions des disciples, ainsi que la puissance en grâce du Seigneur, aux limites du sabbat juif, comme ils avaient coutume de l’observer. Cela illustre l’enseignement du Seigneur donné à la fin du chapitre 5 : en conséquence 1’« outre » du sabbat juif se rompt et la grâce se répand malgré les pharisiens.
L’expression « le jour du sabbat, second-premier » se rapporte, croyons-nous, à Lévitique 23 : 9-14 et est employée pour nous montrer que la « gerbe tournoyée » avait déjà été offerte, aussi n’y avait-il rien à objecter à la façon d’agir des disciples, sinon la façon stricte dont eux, pharisiens, observaient le sabbat. La réponse du Seigneur à leur objection est formée de deux éléments : d’abord Sa position, ensuite Sa personne.
Sa position est analogue à celle de David lorsqu’il entra dans la maison de Dieu et prit les pains de proposition. David était le roi oint par Dieu et pourtant rejeté : il n’était pas dans la pensée de Dieu de laisser Son Oint et ceux qui étaient avec lui avoir faim pour respecter les menus détails de la loi. Tout le régime d’Israël était désorganisé par le rejet du roi, et ce n’était pas le moment de centrer son attention sur les points de détail de la loi. De même, ici, les pharisiens se soucient de minuties tout en rejetant Christ.
Le verset 5 met en relief la Personne de Christ. L’homme, lorsqu’il fut créé, fut fait seigneur de la création terrestre. Le Fils de l’Homme est Seigneur d’une sphère bien plus vaste. Il n’est pas lié par le sabbat, le sabbat est à Sa disposition. Qui est donc ce Fils de l’Homme ? C’est ce que les pharisiens ne savaient pas, mais le Seigneur montre Sa grandeur par ce titre qu’Il revendique.
L’incident se rapportant à l’homme à la main sèche vient ensuite aux versets 6-11. Ici encore la question du sabbat est soulevée, et les Pharisiens auraient poussé leurs subtiles objections jusqu’à interdire l’exercice de la miséricorde en ce jour-là. Nous voyons ici, non pas la revendication de la position du Seigneur, ni de Sa Personne, mais de Sa puissance. Il a le pouvoir de guérir en grâce, et ce pouvoir Il l’exerce, que les pharisiens le veuillent ou non. Le Seigneur relève leur défi et, faisant lever l’homme devant eux, Il le guérit à la vue de tous. Les princes des Philistins avaient essayé de lier les mains de Samson avec « sept cordelettes fraîches », mais ils l’avaient fait en vain. Les chefs d’Israël essaient ici de faire des cordelettes avec la loi du sabbat pour en lier les mains pleines de grâce de Jésus, et eux aussi le font en vain.
N’y réussissant pas, ils sont hors d’eux-mêmes et se mettent à comploter pour faire mourir Jésus. Face à cette haine croissante, Celui-ci se retire dans la solitude de la communion avec Dieu. Dans le chapitre précédent, nous L’avons vu se retirer pour prier, au moment où de grandes foules s’assemblaient autour de Lui et où Il semblait sur le point de connaître le triomphe. Il fait exactement la même chose lorsque les épais nuages de l’opposition semblent L’entourer. Dans toutes les circonstances, la prière est la ressource de l’Homme Parfait.
De plus, il est significatif que ce qui a suivi cette nuit de prière fut le choix qu’Il fait des douze qui allaient être envoyés comme Apôtres. Parmi eux se trouvait Judas Iscariote ; pourquoi devait-il en faire partie ? Cela reste un mystère pour nous. Quoi qu’il en soit, le Seigneur l’a choisi, et Son choix était bon. Aucune erreur ne pouvait suivre après cette nuit de prière.
À partir du verset 17, jusqu’à la fin du chapitre, nous avons l’enseignement que le Seigneur a donné à Ses disciples, et plus particulièrement à ces douze. Nous pouvons résumer Ses paroles en disant que le Seigneur instruit Ses disciples quant au caractère qui serait produit chez eux par la grâce de Dieu qu’Il faisait connaître. Ce discours ressemble beaucoup au Sermon sur la Montagne de Matthieu 5 à 7, mais il semble que celui-ci ait été fait à un moment différent. Il n’y a pas de doute que le Seigneur a répété à maintes reprises des choses très semblables, à des foules différentes.
En cette occasion, le Seigneur s’adresse à Ses disciples eux-mêmes. Dans l’Évangile de Matthieu, il décrit une certaine classe de gens et dit que le royaume est « à eux ». Ici, Il dit « à vous est le royaume », identifiant cette classe avec les disciples. Ses disciples sont les pauvres, ceux qui ont faim, ceux qui pleurent, ceux qui sont haïs et insultés. Une telle description indique que le Seigneur considère déjà Son rejet comme certain, et les versets suivants (24-26) montrent qu’Il divise les gens en deux classes. Il y avait ceux qui étaient identifiés avec Lui-même, partageant Ses souffrances, et ceux qui étaient du monde et en partageaient les joies éphémères. Sur les premiers Il invoque une bénédiction, sur les seconds une malédiction. Ceci implique évidemment une profonde antinomie : ceux qui sont affligés et rejetés sont les bienheureux ; ceux qui sont heureux et populaires sont sous le jugement. Mais les premiers suivent les traces du Fils de l’Homme et souffrent pour Son nom, tandis que les autres suivent le sentier des faux prophètes.
Ayant ainsi appelé une bénédiction sur Ses disciples, le Seigneur leur donne des instructions qui, s’ils les suivent, montreront qu’ils reflètent l’esprit de grâce du Seigneur. En fait, il n’envoie pas encore Ses disciples, mais Il les instruit en vue de la mission qu’ils auront de Le représenter et de servir Ses intérêts. Cet esprit de grâce est spécialement marqué dans les versets 27 à 38. L’amour qui peut se montrer et même faire du bien à un ennemi n’est pas humain, mais vient de Dieu ; alors que n’importe quel homme pécheur peut montrer de l’amour à qui lui en montre. Le disciple de Jésus se reconnaît parce qu’il aime, il bénit, il donne. D’autre part, il ne faut pas qu’il juge et condamne. Cela ne veut pas dire qu’un disciple ne doit pas exercer ses facultés pour juger sainement et agir avec discernement, mais au contraire, qu’il ne doit pas être caractérisé par un esprit de critique prompt à imputer aux autres de mauvais motifs et ainsi à les juger.
Ces enseignements convenaient parfaitement à ceux qui étaient appelés à suivre Christ pendant Son séjour sur la terre. L’essence de ces enseignements s’applique également à ceux qui sont appelés à Le suivre pendant Son absence dans les cieux. C’est maintenant le jour de la grâce, pendant lequel l’évangile de la grâce est prêché, et c’est pourquoi il est de la plus grande importance que nous soyons marqués par l’esprit de grâce. Hélas, comme notre conduite a souvent démenti la cause avec laquelle nous sommes identifiés ! L’effet de mainte prédication pleine de grâce peut être totalement annulé s’il y a manque de grâce dans la conduite du prédicateur ou de ses amis. C’est en manifestant de l’amour que nous montrons que nous sommes les vrais enfants de Dieu — du Dieu qui est « bon envers les ingrats et les méchants ».
Il n’est pas facile de discerner l’enchaînement de l’enseignement contenu dans les versets 39 à 49, mais il s’y trouve assurément. Ces disciples allaient avant longtemps, être envoyés comme Apôtres, aussi devaient-ils être eux-mêmes des personnes capables de voir. Pour être capables de voir, ils devaient être enseignés ; et pour cela, ils avaient à prendre la place d’humilité aux pieds de leur Maître. Ils n’étaient pas au-dessus de Lui : Lui était au-dessus d’eux et le but placé devant eux était de Lui ressembler. Il était la perfection et, une fois leur « temps d’études » terminé, ils Lui seraient semblables.
Pour qu’il en soit ainsi, il faut cultiver un esprit de jugement de soi-même. Notre tendance naturelle est de juger les autres et d’en remarquer les plus petits fétus. Si nous nous jugeons nous-mêmes, il se peut que nous nous découvrions de vraies poutres. Et si nous nous jugeons honnêtement nous-mêmes, nous pourrons peut-être alors aider les autres.
À partir du verset 43, est examinée la profession extérieure de disciple. En parlant ainsi, il se peut que le Seigneur ait eu particulièrement en vue quelqu’un comme Judas. Parmi ceux qui prenaient la place de disciples, il se trouverait peut-être un « homme mauvais », aussi bien qu’un « homme bon ». Ceux-ci seront discernés par leurs fruits, vus à la fois dans leurs paroles et leurs actions. La nature se révèle par les fruits. Il ne nous est pas possible de pénétrer les secrets de la nature soit dans un arbre, soit chez un homme. Mais nous pouvons reconnaître la nature — sans difficulté et sans erreur — d’après les fruits.
Cela conduit à prendre conscience que la simple profession ne compte pour rien. Les hommes peuvent, à maintes reprises, appeler Jésus leur Seigneur, mais si l’obéissance à Sa Parole est absente, le Seigneur ne les reconnaît pas comme disciples. Le seul fondement qui ne puisse être ébranlé par les épreuves est celui qui est établi sur l’obéissance. Écouter simplement la Parole sans lui obéir peut ériger un édifice qui ressemble à la chose réelle ; mais au jour de l’épreuve, ce sera le désastre.
Plaçons-nous tous sous la puissance pénétrante de cette parole. Le croyant le plus sincère a besoin de se tenir devant elle et aucun de nous ne peut y échapper. Ceci s’applique à la sphère complète de la vérité. Rien ne nous appartient réellement et pleinement jusqu’à ce que nous nous soumettions avec l’obéissance de la foi — non seulement l’acquiescement de la foi, mais l’OBÉISSANCE de la foi. Alors — et seulement alors — nous serons établis dans la vérité, de telle sorte que nous serons « fondés sur le roc ».
Ces paroles de notre Seigneur nous dévoilent, sans aucun doute, le secret de mainte chute tragique de vrais croyants dans leur témoignage ; comme aussi la chute et l’abandon de la profession de disciple de la part de ceux qui s’y sont engagés sans réalité.
La réalité est ce que — par-dessus toutes choses — le Seigneur demande.
Luc vient de relater que le Seigneur a choisi Ses douze Apôtres, puis qu’Il leur a donné des enseignements qui concernaient spécialement l’esprit de grâce et la réalité qui devaient les caractériser. Nous constatons qu’Il ne les envoie pas immédiatement en mission, mais qu’Il les retient auprès de Lui afin qu’ils continuent à apprendre de Lui, et par Ses paroles et par Ses actes. L’envoi des disciples n’a pas lieu avant le début du chapitre neuf.
Nous avons déjà remarqué comment cet Évangile se caractérise par le déploiement de la grâce. Ce chapitre poursuit le sujet en montrant d’une manière saisissante jusqu’où elle se déploie. La bénédiction va atteindre les Gentils, les morts, les dépravés. De plus, la manière dont on reçoit la grâce est clairement révélée : c’est par la repentance et par la foi.
Le premier cas rapporté est celui du Gentil. En envoyant les anciens des Juifs intercéder pour lui, le centurion montre qu’il accepte sa place parmi ceux qui étaient « sans droit de cité en Israël et étrangers aux alliances de la promesse » (Éph. 2:12). Les anciens, fidèles à l’enseignement reçu de la loi auraient absolument annulé la grâce en présentant le centurion comme étant « digne ». Son mérite, d’après eux, résidait en ce qu’il montrait de la bonté — par son attitude et par ses actions — envers le peuple juif. C’était tout à fait typique de l’esprit juif. Au lieu de voir comment leur propre loi les condamnait, ils la considéraient comme un honneur qui leur était conféré, ils étaient pleins d’eux-mêmes, ils faisaient d’eux-mêmes et de la manière dont on les traitait, la mesure d’après laquelle ils jugeaient les autres. À leur estimation, ce Gentil était un homme « digne ».
Cependant, le centurion lui-même n’avait pas d’illusion sur ce point-là. Il confesse qu’il n’est pas digne et manifeste ainsi un esprit de repentance. En même temps il montre une foi remarquable en la grâce et en la puissance du Seigneur. Il occupait un rang subalterne dans la hiérarchie militaire de Rome, pourtant son pouvoir était absolu dans son cercle restreint. Il discerne dans le Seigneur Quelqu’un qui détenait l’autorité dans un domaine autrement plus vaste, et il a confiance qu’une parole du Seigneur opérerait le résultat souhaité. Nous devrions tenir le même langage. Il suffit que le Seigneur « dise une parole », il ne nous faut rien de plus. La foi qui prend tout simplement Dieu au mot, sans qu’il soit besoin de raisonnements, de sentiments, ou d’expériences, est une « grande foi » selon notre Seigneur. Nous voyons, de plus, comment la foi et la repentance sont intimement liées. Elles vont de pair.
Du cas du centurion nous passons à celui du mort que l’on portait à sa tombe. Ici la foi n’est pas du tout visible : les compassions et l’activité du Seigneur remplissent la scène. La grâce et l’autorité se déploient d’une façon égale et harmonieuse. La compassion divine brille dans ces paroles : « Ne pleure pas », que le Seigneur adresse à la mère affligée. Son autorité se manifeste en ce que, dès qu’Il touche la bière, tout le cortège funèbre s’arrête. Puis Sa parole de puissance ramène le jeune homme à la vie.
Ici, nous avons Quelqu’un qui parle, et les morts Lui obéissent. « Je te dis, lève-toi ». Qui est ce « Je » ? Nous pouvons bien nous poser cette question. Les gens manifestement se la sont posée et ont conclu que Dieu avait suscité un grand prophète parmi eux. Les nouvelles de ces faits se répandent et arrivent jusqu’à Jean-Baptiste dans sa prison. Or en ce temps-là, l’esprit de Jean était obsédé par cette question : qui était-Il après tout ? Aussi l’incident concernant les messagers de Jean survient-il à propos dans les circonstances du moment.
Les versets 19-35 semblent être une sorte de parenthèse : ils nous montrent que le déploiement de la puissance exercée en grâce — et non pas en pompe extérieure — est la preuve de la présence du Messie. Il est permis aux messagers de Jean d’être témoins d’abondantes preuves de ce pouvoir en grâce. Ils Le voient faire ce que Ésaïe 61:1 avait prédit. C’était une preuve suffisante pour montrer qui était Jésus.
Puis, se tournant vers les foules, une fois les messagers de Jean partis, Jésus fait remarquer que Jean lui-même, Son précurseur, n’avait pas été un personnage insignifiant et n’était pas venu non plus dans la pompe et l’opulence. Sa mission tout entière avait été en parfaite harmonie avec le caractère de Celui qu’il annonçait, qui était infiniment grand et pourtant venu en humilité et en grâce. Jésus appelle Jean un prophète, si grand qu’il n’y en eut jamais de plus grand. Immédiatement, cela montre à l’évidence que lorsque la foule parle de Christ Lui-même comme d’un « grand prophète », ils restent bien en-dessous de la vérité Le concernant.
En ce qui concerne Jean, quoiqu’il fût si grand, le moindre dans le royaume de Dieu à venir serait plus grand que lui — non pas moralement, mais dans la position qui serait sienne. Moralement, Jean était très grand en vérité, et son témoignage était d’une telle importance que la destinée des hommes se trouvait fixée par leur attitude envers lui. Les publicains et les pécheurs l’acceptent, et ainsi justifiant Dieu, sont finalement conduits à Christ. Les pharisiens et les docteurs de la loi le rejettent, puis le moment arrive où ils rejettent Christ. Ce verset 28 ne peut se comprendre que lorsque nous faisons la distinction entre cette grandeur morale qui dépend du caractère d’un homme et la grandeur qui provient de la position à laquelle Dieu peut se plaire à nous appeler et qui varie suivant les dispensations.
Le Seigneur donne ensuite dans une courte et remarquable parabole le caractère de la génération incrédule qui L’entoure. Ces gens ressemblent à des enfants irritables à qui rien ne convient : ils n’acceptent ni ce qui est plaisant ni ce qui est grave. De la même manière, les Juifs ne veulent pas s’incliner devant le témoignage incisif de Jean, ni se réjouir dans le ministère de grâce de Jésus. Ils accusent l’un d’être possédé par un démon, et blâment l’autre à tort. Malgré tout, il y a ceux qui perçoivent la sagesse divine de ces deux témoignages, ceux-là sont les vrais enfants de la sagesse.
Tout ceci est illustré d’une manière remarquable dans l’incident qui clôt ce chapitre. Simon, le pharisien, faisait partie des gens qui critiquaient, que rien ne contentait, bien qu’il invite Jésus à un repas chez lui. La pauvre femme de la ville faisait partie de ceux qui rendaient justice à Jésus, et de ce fait, elle montre qu’elle est une vraie enfant de la sagesse, aussi elle-même est justifiée.
La douleur et la contrition de cette femme ne touchent pas l’orgueilleux pharisien. Content de lui-même, il critique secrètement Jésus, Lui attribuant les sentiments qu’il aurait envers une telle personne. En conséquence, il est sûr que Jésus n’est pas du tout un prophète. Le verset 16 nous a montré qu’au moins les gens du commun pensaient que Jésus était un prophète, même un grand prophète. Simon n’en est pas là. Eux percevaient une lueur, lui était complètement aveugle, car une religion fausse est la chose la plus aveuglante qui soit sur terre. Cependant le Seigneur va donner rapidement à Simon un exemple du grand pouvoir de prophétie qu’Il possède.
Simon ne fait que « dire en lui-même ». Il pensait que Jésus n’avait aucun discernement quant à cette femme. En lui exposant la parabole des deux débiteurs, le Seigneur lui montre immédiatement qu’Il connaissait son hypocrisie et lisait ses pensées secrètes. Un des débiteurs avait des dettes dix fois plus grandes que l’autre ; pourtant, puisqu’aucun d’eux n’a de quoi payer, tous deux sont également en faillite. Et le créancier les traite de la même manière : la grâce remet ses dettes à chacun. Le but de cette parabole est de faire comprendre à Simon que, quoique ses péchés soient peut-être moins nombreux que ceux de la femme, lui aussi est complètement insolvable et a besoin de la grâce qui pardonne et remet les dettes, tout comme elle.
Or habituellement les débiteurs n’aiment pas leurs créanciers, pourtant un sentiment de la grâce qui pardonne provoque bien l’amour, et même Simon savait porter un jugement juste à ce propos. Mais alors l’application en est facile. Simon s’était gardé volontairement de montrer au Seigneur les attentions les plus élémentaires que demandaient les coutumes de l’époque. Ni l’eau pour les pieds, ni le baiser de bienvenue, ni l’huile pour la tête n’avaient été offerts. Simon avait reçu le Seigneur d’une manière qui équivalait à un affront ; mais la pauvre femme avait suppléé en abondance à tout ce qui manquait. Simon n’avait aucun sentiment de culpabilité, et pas d’amour pour Celui qui venait dans la grâce du pardon ; la femme, elle, ressentait une repentance réelle et profonde, ajoutée à la foi en Jésus et à un amour fervent pour Lui.
Ainsi voyons-nous comment la grâce se répand envers les dépravés, et de nouveau comment la repentance et la foi vont de pair : elles sont comme les deux côtés d’une même pièce de monnaie. La grâce qui jaillit vers cette femme est d’autant plus saisissante en ce qu’elle l’atteint d’une manière purement spirituelle. Celle-ci n’était pas venue avec des maux et des misères physiques à guérir ; ses maux étaient spirituels ! son fardeau était celui de ses péchés. La grâce lui accorde le pardon en abondance — c’est ce que le Seigneur dit clairement à Simon.
Mais le Seigneur ne parle pas au pharisien seul du pardon qu’Il accorde à la femme, Il le lui annonce personnellement à elle. Quel baume pour son esprit lassé ont dû être ces quatre mots : « Tes péchés sont pardonnés » ! Les saints de l’ancienne économie apportaient le sacrifice approprié pour chaque délit ou pour chaque péché et savaient alors que ce péché particulier était pardonné ; ils ne connaissaient guère une absolution aussi complète que celle que les paroles de Jésus donnèrent à cette femme. Ceux qui étaient là pouvaient bien demander : « Qui est celui-ci qui même pardonne les péchés ? » Dieu, dans la plénitude de la grâce, était présent dans le Sauveur abaissé.
Non seulement Jésus pardonne à la femme, mais Il lui donne l’assurance du salut et de plus déclare que sa foi en a été le moyen. S’il n’y avait pas eu cette parole, elle aurait pu croire que son chagrin ou ses larmes lui avaient procuré le salut. Mais non : c’est la foi qui établit le contact absolument nécessaire avec le Sauveur qui apporte le salut. Elle peut vraiment aller « en paix », car elle n’a pas simplement reçu le pardon — qui couvrait tout son passé — mais le salut — ce qui signifiait délivrance du mal qui l’avait asservie.
C’est cela que la grâce accomplit.
Les premiers versets de ce chapitre présentent la manière minutieuse et méthodique dont le Seigneur Jésus évangélisait les villes et les villages. Il annonçait le Royaume de Dieu, ce qui implique que, par le jugement, l’autorité de Dieu est établie et le salut de l’homme assuré. Le temps n’était pas encore venu pour que soit prêché l’Évangile de 1 Cor. 15:1-4, bien que, maintenant que nous avons cet Évangile, nous puissions encore prêcher le Royaume de Dieu dans sa forme actuelle. Les douze étaient avec le Seigneur, recevant l’instruction sous Son regard. Les autres évangiles nous présentent cela, mais Luc seul nous parle de ces quelques femmes que la puissance du Seigneur avait délivrées, et qui Le suivaient et L’assistaient de leurs biens. Ces détails sont introduits fort à propos après le récit du salut apporté à la femme pécheresse de la ville.
Dans les versets 4 à 15, nous avons la parabole du semeur et son interprétation. Celle-ci nous fait connaître le moyen par lequel la grâce divine produit ses résultats salutaires : la Parole de Dieu. Le fruit dont parle la parabole n’est pas quelque chose de naturel à l’homme : il n’est produit que par la Parole, lorsque cette Parole est reçue dans des cœurs préparés. Dans notre état naturel, nos cœurs présentent le même caractère d’insensibilité qu’un bord de chemin durci, ou bien ils sont superficiels, sans conviction, ou encore préoccupés par les soucis ou les plaisirs. Le cœur préparé comme la bonne terre est celui qui a été éveillé et exercé par le Saint Esprit de Dieu. Lorsque le cœur est ainsi rendu « honnête », la Parole est retenue précieusement, enfin du fruit est produit.
Le verset 16 ajoute ceci : en même temps que du fruit, la lumière est produite lorsque la Parole est reçue sincèrement. Toute conversion réelle est une nouvelle lampe allumée dans ce monde de ténèbres. Or, tout comme les soucis, les richesses, les plaisirs étouffent la Parole, de même un « vase » — qui parle de travail et de labeur quotidien — ou un « lit » — qui parle de confort peuvent cacher la lampe qui a été allumée. Toute lampe qui s’allume lorsque la Parole est reçue, doit être placée bien en évidence pour que d’autres en profitent. Prenons-en tous nettement conscience car, en fait, si la lumière est vraiment là, on ne peut pas la cacher complètement, comme le montre le verset 17. Si, année après année, rien ne se manifeste, une seule conclusion s’impose : il n’y a rien à manifester.
Toutes ces réflexions nous montrent en conclusion combien il nous est nécessaire d’entendre la Parole correctement. Donc, la manière dont nous entendons est de toute importance. Ce que nous entendons est d’égale importance, et ceci est mis en relief en Marc 4:24. Si nous n’entendons pas correctement, nous perdons cela même que nous paraissons avoir possédé. C’est ce qu’énonce le verset 18, et l’illustration en est donnée ci-dessus, dans le cas des auditeurs dont le cœur est semblable au bord du chemin, au terrain pierreux ou au terrain plein d’épines.
Les versets 19 à 21 ajoutent quelque chose de remarquable : si la parole est reçue correctement, elle met celui qui la reçoit en relation avec Christ Lui-même. Le Seigneur indique clairement ici que la relation qu’Il allait reconnaître n’était pas fondée sur la chair et le sang, mais sur des réalités spirituelles : sur l’écoute et la mise en pratique de la Parole. Cette pensée est développée dans les épîtres : par Paul qui parle de « l’ouïe de la foi » (Galates 3:2 ; Romains 10:8-17), par Jacques qui parle des œuvres de foi, car « la foi sans les œuvres est morte » (Jacq. 2:20). Si nous nous référons à Matthieu et à Marc, nous arriverons probablement à la conclusion que l’incident concernant la mère et les frères du Seigneur ne se place pas exactement à ce moment-là, mais une fois de plus, Luc se conforme à un ordre moral plutôt qu’historique. La Parole reçue par la foi produit du fruit pour Dieu, de la lumière pour les hommes, et elle introduit dans une vraie relation avec Christ Lui-même. Il y a un enchaînement moral dans ces choses.
Avec les versets 22 à 25, nous arrivons maintenant à la tempête sur le lac, qui fut apaisée d’une manière si miraculeuse. Ici encore, il nous semble voir un enchaînement moral. Le Seigneur venait de faire remarquer que la relation qu’Il reconnaissait avait un fondement spirituel, et c’étaient les disciples qui y étaient entrés. Il leur faut maintenant se rendre compte que la relation avec le Seigneur signifie opposition et tribulation de la part du monde. La puissance du vent soulève l’eau du lac en vagues tempétueuses, tout comme Satan, « le chef de l’autorité de l’air », excite les hommes et les nations à se dresser violemment contre Christ et tous ceux qui sont liés à Lui. Les disciples ont affronté cette tempête-là à cause de leur identification avec le Seigneur.
Cela fut, sur le moment, une expérience terrifiante, mais qui, plus tard, a dû leur apporter un grand encouragement. Car ce fut aussi pour le Seigneur l’occasion de manifester l’autorité absolue qu’Il avait sur les vents et la mer, et sur la puissance qui est derrière. En cette heure la foi des disciples est petite. Ils songent à leur propre sécurité et ne comprennent guère encore qui Il est. Lorsque, plus tard, ils reçurent l’Esprit et saisirent pleinement toutes choses, ils durent s’étonner de leur manque d’intelligence, de s’être si peu rendu compte de la majesté de l’action du Seigneur. Si seulement ils s’en étaient rendu compte, leurs cœurs se seraient calmés, en même temps que les eaux du lac.
Sur le lac, le Seigneur a triomphé de la puissance de Satan qui agissait sur les éléments ; arrivé dans le pays des Gadaréniens, le Seigneur se trouve en présence de la même puissance, mais exercée sur l’homme d’une façon beaucoup plus directe, par le moyen de démons. Il faut s’attendre à ce qu’ils résistent, mais la puissance de la parole du Seigneur est suprême. L’homme que nous rencontrons ici présente un cas extrême de possession démoniaque. Il était dans cet état « depuis longtemps » ; il était doué ainsi d’une force surhumaine, si bien qu’aucune entrave ordinaire ne pouvait le maîtriser ; il était emporté dans les déserts et dans le lieu de la mort : les sépulcres. De plus, cet homme était sous l’esclavage non pas d’un seul démon, mais de beaucoup. Pour une raison ou une autre, il était devenu pareil à une forteresse que toute une légion de démons gardait énergiquement pour Satan. Aussi, lorsque Jésus le rencontre, il y a, en fait, épreuve de force.
Le cri de l’homme possédé par les démons, par lequel il reconnaît que Jésus est « Fils du Dieu Très-haut » offre un contraste remarquable avec l’exclamation des disciples : « Qui donc est celui-ci ? » Les démons n’avaient aucun doute quant à la personne de Jésus et ils savaient qu’ils avaient rencontré leur Maître suprême, qui aurait pu, d’une seule parole, les chasser dans « l’abîme ». Au lieu de cela, Il leur permet d’entrer dans les pourceaux. Cela signifie délivrance pour l’homme, mais catastrophe pour les pourceaux. Soit dit en passant, cela a dû être une humiliation pour les démons que de quitter un corps d’homme pour aller habiter des pourceaux, mais ce ne fut pas pour longtemps : quelques instants plus tard, les pourceaux mouraient étouffés dans le lac. À peine une heure auparavant, Satan aurait bien aimé engloutir le Maître et Ses disciples ; en fait, ce sont les pourceaux dont il avait pris possession par ses représentants, les démons, qui ont été noyés.
Tout comme le vent et les flots avaient obéi à la parole du Seigneur, les démons eux aussi ont dû obéir. L’homme est complètement délivré et tout son être en est changé. Dans les mots employés : « assis, vêtu et dans son bon sens, aux pieds de Jésus », nous pouvons voir une belle image de ce que la grâce accomplit aujourd’hui pour les hommes qui ont été tenus captifs sous la puissance de Satan. Nous pouvons également voir chez cet homme délivré autre chose qui nous est applicable aujourd’hui. À nous non plus, il n’est pas encore permis d’être avec notre Libérateur : il nous faut retourner vers nos amis et leur montrer le travail qui a été accompli en nous. Plus le changement opéré a été complet, comme dans le cas de cet homme, plus un tel témoignage aura de l’effet.
Pourtant le témoignage est perdu pour les Gadaréniens, qui ont perdu leurs pourceaux. Des pourceaux, ils en faisaient grand cas ; de la grâce, aucun, c’est pourquoi ils refusent le Libérateur. Jésus se rend à leur requête et s’en retourne à l’autre rive du lac pour y poursuivre Son œuvre de grâce.
Les disciples avaient été témoins du triomphe de leur Seigneur sur l’opposition rencontrée et sur le lac et dans le pays des Gadaréniens ; ils allaient maintenant voir d’autres triomphes sur la rive de Capernaüm. Le monde des démons avait reconnu la puissance du Seigneur, comme l’avaient fait les éléments naturels ; maintenant la maladie et la mort vont céder devant Lui. Il est digne de remarque que la première personne à s’approcher du Seigneur n’allait pas être la première à recevoir la bénédiction.
Jaïrus était un fils représentatif d’Israël ; la mort étendait son ombre sur sa maison, et il fait appel au Seigneur, qui accueille aussitôt sa demande. En route vers la maison de Jaïrus, Jésus est arrêté au passage par cette femme — dont le nom ne nous est pas donné — qui souffre d’une maladie incurable. Avec foi, elle touche le bord de son vêtement et reçoit une guérison instantanée. Quoiqu’elle soit venue après Jaïrus et que sa manière d’agir ait été insolite, elle est la première à faire l’expérience de la grâce du Seigneur en délivrance. Nous pouvons saisir ici une analogie avec les voies actuelles de Dieu. Alors qu’Il est encore en chemin pour redonner vie et bénédiction à la « fille d’Israël », d’autres — parmi ceux-ci, surtout des Gentils — s’approchent par la foi et reçoivent la bénédiction.
Elle ne fait que toucher, et toucher que le bord du vêtement du Seigneur, cependant la bénédiction est accordée à cette femme, en plénitude : illustration du fait que la mesure de notre foi ne détermine pas la mesure de bénédiction accordée par la grâce — car la femme est complètement guérie. Nous comprenons aussi qu’en soi, toucher le Seigneur n’apportait rien, car les remontrances de Pierre prouvent que, pour diverses raisons, plusieurs L’avaient touché. Seul a compté un contact où intervenait la foi. En d’autres termes, la foi était la chose absolument essentielle, et cela, nous pouvons le connaître aujourd’hui, bien que seulement d’une manière spirituelle et non matérielle.
Par Ses questions, Jésus amène la femme à la confession. En accord avec l’esprit de l’Évangile, il fallait que la foi de son cœur soit suivie par la confession des lèvres, et cela lui ouvre la bénédiction, car le Seigneur lui dit : « ta foi t’a guérie ; va-t’en en paix ». S’il n’y avait pas eu ces paroles, son esprit aurait pu être envahi par la crainte d’une récidive de son mal. Sa foi, exprimée par son geste, amena la guérison ; mais sa confession reçut une réponse de paix, qui donna pleine assurance à son esprit. Combien aujourd’hui manquent peut-être de la pleine assurance du salut parce qu’ils ont manqué de courage pour confesser clairement le Nom du Seigneur !
À ce moment-là arrive la nouvelle de la mort de la jeune fille, et cela va offrir une nouvelle occasion pour que soit mise en relief l’importance de la foi. Pour les hommes, la mort chasse tout espoir ; cependant Jésus dit : « Ne crains pas, crois seulement ». Pour les parents et les amis de la jeune fille, elle était morte, mais pour le Seigneur, elle dormait seulement ; pourtant, l’incrédulité même de ceux qui se lamentent nous permet de comprendre que la jeune fille était bien morte, comme nous disons. Les incrédules moqueurs sont tous mis dehors, et seuls quelques-uns qui croient sont témoins de l’œuvre de puissance du Seigneur. À Sa parole, l’esprit de la jeune fille retourne en elle et elle est rappelée à la vie.
La recommandation « de ne dire à personne ce qui était arrivé » était entièrement contraire à toute idée humaine. Les hommes aiment la notoriété, le Seigneur, non. Le Seigneur travaillait à faire connaître Dieu, et seule la foi comprenait Ses œuvres et en était fortifiée.
Les disciples ont maintenant eu toute occasion de mieux connaître l’esprit du Maître, sa manière de faire, sa puissance. Aussi sont-ils envoyés prêcher, et les versets 1 à 6 nous disent de quelle façon leur mission leur est confiée. « Et ayant assemblé les douze, Il leur donna... Il les envoya... Il leur dit... ».
L’ordre dans lequel apparaissent ces quatre verbes est très instructif. C’est le Seigneur qui choisit, non pas nous. Ensuite non seulement Il rassemble, mais Il donne aussi l’autorité et la puissance que requiert le service auquel Il appelle. Il n’envoie qu’après avoir donné la puissance. Alors, en envoyant, Il donne les instructions particulières qui doivent diriger et guider les disciples dans leur service. Les instructions qu’Il leur donna convenaient exactement à des hommes envoyés pour appuyer le témoignage rendu par le Messie, le Fils de l’Homme, présent en personne sur la terre.
Le témoignage que nous sommes appelés à rendre aujourd’hui ne concerne pas le Messie, mais plutôt le Christ ressuscité et glorifié dans les cieux ; toujours est-il que tout service que nous pouvons accomplir est soumis exactement aux mêmes conditions. Il faut que le Maître appelle et envoie. S’Il appelle l’un quelconque d’entre nous, Il donnera la puissance et la grâce nécessaires au travail ; et lorsque nous sommes envoyés, il nous faut, nous aussi, faire attention à observer les instructions qu’Il nous a laissées.
Les disciples s’en vont soutenus par la puissance de leur Seigneur, et le témoignage se multipliant ainsi, même un monarque incrédule comme Hérode a son attention portée vers le Seigneur. La grande question est : « Qui est celui-ci ? » Les foules la posent et se livrent à des conjectures. Hérode la pose, l’esprit tourmenté, car il a déjà fait décapiter Jean. Son désir de voir Jésus fut satisfait, mais non sans doute comme il l’avait pensé (voir ch. 23:8-11).
Tous les détails de la mission des disciples sont passés sous silence. Le verset 10 relate qu’ils sont de retour et qu’ils racontent à leur Maître tout ce qu’ils ont fait ; puis Il les prend avec Lui à l’écart. Il en sera ainsi de nous tous lorsque nous irons à Sa rencontre à Sa venue. Cela veut dire que nous serons manifestés devant son tribunal, et ce sera dans l’intimité et le repos de Sa présence.
En cette occasion-là, le Seigneur connaît très peu de repos. Quoique l’endroit fût désert, les foules Le suivent et Il ne renvoie personne. Il les reçoit, leur parle du royaume de Dieu, les guérit et lorsque le soir approche et qu’ils ont faim, Il les nourrit.
Les disciples nous ressemblent : ils avaient beaucoup à apprendre. Bien qu’ils aient été envoyés comme messagers du Seigneur, ils connaissaient mal Sa puissance et la pleine suffisance de Ses ressources ; aussi jugent-ils de cette situation difficile à la lumière de leur puissance et de leurs ressources personnelles, au lieu de voir toute chose en fonction de Lui. Lorsqu’Il leur dit : « Vous, donnez-leur à manger », les disciples pensent aux pains et aux poissons qu’ils ont — si petits, hélas, et en si petite quantité. Ils auraient pu dire : « Seigneur, c’est à Toi que nous regardons : nous leur donnerons avec joie tout ce que Toi tu nous donnes ».
Comme facilement nous savons trouver ce qu’ils auraient pu dire, et en même temps nous montrer aussi inconséquents qu’eux ! Il nous faut apprendre que si le Seigneur commande, Il donne les capacités. C’est bien ce qu’Il fait en cette occasion-là, et le Seigneur emploie ses disciples à distribuer Ses richesses. Ils apprennent ainsi toute l’abondance de Ses ressources.
Avant de multiplier les pains et les poissons, Jésus regarde vers le ciel, associant ainsi publiquement Dieu à ce qu’Il fait. Au verset 18, nous Le retrouvons priant à l’écart, exprimant ainsi la place de dépendance qu’Il a prise dans Son humanité. La grâce était la grâce de Dieu, quoique se répandant par Lui vers les hommes.
Après avoir ainsi fait entrevoir Sa perfection à Ses disciples, le Seigneur les avertit de Son rejet prochain et de ce qui en résultera pour eux-mêmes. Les foules ignoraient encore complètement qui Il était, mais Pierre — et certainement les autres disciples aussi — savait qu’Il était le Christ de Dieu, le Messie. À cette confession de Pierre, le Seigneur répond en défendant d’en rien dire à personne. Cet ordre a dû beaucoup les surprendre, puisque jusqu’alors l’heureuse nouvelle qu’ils avaient trouvé le Messie avait été le point principal de leur témoignage. Pourtant, le moment était maintenant arrivé pour que les disciples sachent que ce qui était devant le Seigneur n’était pas la gloire terrestre du Messie, mais la mort et la résurrection. En leur annonçant cette nouvelle, le Seigneur parle de Lui-même comme du Fils de l’Homme — titre à la portée plus vaste. Le Messie doit régner sur Israël et les nations selon le psaume 2 ; le Fils de l’Homme doit avoir toutes choses sous Ses pieds selon le psaume 8.
En parlant de Lui-même de cette manière, le Seigneur commençait à orienter leurs pensées vers l’évolution prochaine des événements, sans révéler cependant encore ce que serait cette évolution. Toutefois Il leur donne à entendre très clairement que si la mort était devant Lui, elle serait aussi devant eux. C’est certainement le sens des paroles : « qu’il se renonce soi-même et qu’il prenne sa croix chaque jour ». Se renoncer soi-même, c’est accepter la mort dans son être intérieur, la mort appliquée aux mouvements de sa propre volonté. Prendre sa croix chaque jour c’est, dans son comportement extérieur, accepter la mort, car si on voyait un homme porter sa croix, on savait qu’il se trouvait sous une sentence de mort.
Les versets 24 à 26 développent cette pensée. Il s’agit de la vie telle que le monde la conçoit, faite de toutes les choses qui s’adressent aux goûts naturels de l’homme. Si nous cherchons à sauver cette vie, nous ne faisons que la perdre. Le chemin pour le disciple est de perdre cette vie pour l’amour de Christ, et ainsi de sauver la vie au sens vrai, celle qui est vraiment la vie. L’homme du monde saisit avidement la vie de ce monde et pour finir, se perd lui-même — et cela est une perte irréparable et éternelle. Le disciple qui perd la vie de ce monde n’est pas perdant, en fin de compte. Le verset 26 ne parle que de celui qui a honte. Cependant la réciproque est vraie. Celui qui n’a pas honte sera reconnu par le Fils de l’Homme au jour de Sa gloire.
Le Seigneur savait que ces paroles qu’Il prononçait allaient tomber comme un soufflet sur l’esprit des disciples, aussi les fait-Il suivre immédiatement d’un précieux encouragement, non pas tant par des mots qu’en leur permettant de voir Sa gloire. Cela est accordé, non pas à tous, mais aux trois disciples privilégiés, et ceux-ci purent en faire part aux autres. Dans la transfiguration, ils ont vu le royaume de Dieu, puisque pendant ces brefs instants ils furent « témoins oculaires de Sa majesté » (2 Pierre 1:16). L’expression employée par le Seigneur : « goûter la mort » est digne de remarque. Cela comprendrait non seulement le fait de mourir réellement, mais aussi l’expérience spirituelle qu’Il avait indiquée au verset 23. Il en est de même pour nous dans le principe. Ce n’est que lorsque nous voyons le royaume par la foi que nous sommes prêts à goûter la mort de cette manière expérimentale.
Une fois de plus, nous trouvons le Seigneur en prière, et c’est Luc seul qui rapporte que la transfiguration eut lieu tandis qu’Il priait. Il est remarquable que ce soit l’Homme dépendant et pieux qui resplendisse en gloire comme Roi. Longtemps auparavant David avait dit : « Celui qui domine parmi les hommes sera juste, dominant en la crainte de Dieu » (2 Sam. 23:3). Nous voyons ici Celui qui prendra le royaume et le gardera pour Dieu, dominer comme l’Homme dépendant. Tous les éléments du royaume à venir étaient là en figure. Le Roi lui-même est manifesté comme le centre. Moïse et Élie apparaissent venant du monde céleste, invisible, représentant les saints célestes qui paraîtront avec le Roi lorsque Celui-ci sera manifesté : Moïse représentant les saints qui auront été ressuscités d’entre les morts, et Élie ceux qui seront enlevés au ciel sans connaître la mort. Puis Pierre, Jacques et Jean représentent les saints qui seront sur la terre, bénis dans la lumière de Sa gloire.
Alors que les disciples étaient accablés de sommeil, les saints célestes s’entretiennent avec leur Seigneur de Sa mort prochaine, qui assurera le fondement sur lequel doit reposer la gloire. Luc en parle comme de Son « départ » ou « sortie » (exode), car cela signifiait que le Seigneur allait sortir de l’ordre terrestre dans lequel Il était entré, puis qu’Il entrerait, par la résurrection d’entre les morts, dans le monde où se trouvaient Moïse et Élie. Quand les disciples se réveillent enfin, la seule pensée de Pierre est de perpétuer cet ordre terrestre et d’y garder son Maître. Il y aurait aussi retenu Moïse et Élie, s’il lui avait été accordé de faire ses trois tentes. Il ne comprenait pas encore la réalité de l’ordre céleste des choses déployé devant ses yeux, et n’avait pas encore la juste perception de la gloire suprême de Jésus.
En conséquence, à ce moment précis vint la nuée — évidemment la nuée bien connue de la présence divine — qui les couvrit de sa splendeur et les réduisit au silence par la peur. Alors la voix du Père proclame la gloire suprême de Jésus et Le désigne comme étant la seule et unique personne que tous doivent écouter. Un Moïse, un Élie, ne peuvent être associés à Lui un seul instant. En vérité, Jésus doit « se trouver seul ». Quoique, à ce moment-là, Pierre n’ait pas compris le sens profond de tout cela, et en conséquence n’ait rien rapporté à personne « en ces jours-là », il le fit plus tard, comme le montre si clairement le passage de sa seconde épître, se rapportant à la transfiguration. C’était une confirmation pour lui, et pour nous aussi, de la parole prophétique nous donnant la certitude que, si nous attendons le « royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ » (2 Pierre 1:11), nous ne suivons pas « des fables ingénieusement imaginées » (1:16) mais nous nous reposons sur une vérité inébranlable.
Quel immense contraste lorsque le jour suivant ils descendent de la montagne ! En haut, tout avait été gloire — la puissance et la gloire de Christ — avec l’ordre et la paix qui les accompagnent. En bas, tout était sous le pouvoir de Satan, avec la confusion et le trouble. Les neuf disciples laissés au pied de la montagne avaient été mis à l’épreuve par le cas de l’enfant possédé d’un démon particulièrement violent, et ils n’avaient rien pu. Le père bouleversé fait appel au Seigneur, quoique manifestement sans grand espoir qu’Il puisse rien faire. Jésus agit aussitôt pour délivrer l’enfant et « tous furent étonnés de la grandeur de Dieu ». La puissance pleine de majesté qu’Il manifeste au milieu de la confusion qui régnait au pied de la montagne allait de pair avec la gloire déployée au sommet de la montagne le jour précédent.
Puis une fois de plus, juste après avoir ainsi manifesté Sa puissance, Il parle de Sa mort : « Gardez bien ces paroles que vous avez entendues ». Quelles paroles ? pouvons-nous demander, car Luc n’a pas rapporté de paroles particulières prononcées lors de la guérison de l’enfant possédé par l’esprit immonde. Cette parole se rapporte peut-être à l’entretien sur la sainte montagne, au sujet de Sa mort. Mais la difficulté pour les disciples était alors qu’ils ne pouvaient détacher leur esprit de l’espoir d’un royaume terrestre immédiat, pour prendre conscience que le Seigneur allait mourir. Nous en voyons la triste conséquence au verset 46.
Par nature, nous sommes des êtres présomptueux, nous aimons l’importance et la grandeur par-dessus tout ; et la chair chez un disciple n’est pas différente de la chair chez un incroyant. Jésus prend le contre-pied de la pensée de leur cœur : Il place un petit enfant auprès de Lui et leur enseigne que la vraie grandeur se trouve dans une âme qui s’assimile à un petit enfant, et qui, vue là comme « le plus petit », y est véritablement au nom de son maître. Recevoir un enfant sans importance, c’est recevoir le divin Maître, si l’enfant est reçu « en Mon Nom ». L’importance se trouve dans le Nom, pas dans l’enfant.
De toute évidence, cet épisode a touché la conscience de Jean, si bien qu’il mentionne un cas qui s’était produit quelque temps auparavant. Ils avaient vu quelqu’un chasser les démons, et le lui avaient défendu « parce qu’il ne te suit pas avec nous ». Les disciples attachaient beaucoup trop d’importance au « nous » qui, après tout, ne se compose que d’individus dont chacun n’a pas d’importance en soi. Toute l’importance, comme le Seigneur venait de le leur montrer, se trouvait dans le Nom. Or celui qui venait de chasser les démons — la chose même qu’eux n’avaient pas pu faire — l’avait fait « en Ton Nom ». Aussi avait-il la puissance du nom et eux la prétendue importance du « nous ». Le Seigneur s’occupe de Jean avec douceur mais aussi avec fermeté. Il ne fallait pas empêcher l’homme. Il était pour le Seigneur, pas contre Lui.
Luc rassemble maintenant quatre autres incidents à la fin du chapitre. Il semble que le Seigneur, ayant montré aux disciples la puissance de Sa grâce et du royaume de Dieu, les instruit maintenant quant à l’esprit qui convient à ceux qui ont été amenés sous cette puissance ; et Il les avertit également de choses qui seraient des obstacles.
Le premier obstacle est visiblement l’égoïsme. Cela peut revêtir une forme extrêmement personnelle comme au verset 46, ou bien elle peut être collective comme au verset 49. Ou encore, ce peut être sous couvert de zèle pour la réputation du Maître, et ceci en est la forme la plus subtile. L’attitude des Samaritains était foncièrement mauvaise. Mais Jésus montait à Jérusalem pour y mourir, alors que Jacques et Jean désiraient revendiquer Son importance — et incidemment la leur — en apportant la mort à d’autres. Certes, Élie avait agi de cette façon lorsqu’il s’était trouvé en présence de la violence d’un roi apostat, mais le Fils de l’Homme est animé d’un esprit différent. Ce qui manquait aux disciples, c’est qu’ils n’entraient pas encore dans l’esprit de grâce — la grâce qui caractérisait leur Maître.
Les trois incidents qui terminent brièvement le chapitre nous montrent que si nous voulons vraiment être des disciples, et des disciples propres au royaume, il nous faut nous méfier de la simple énergie naturelle. Une énergie supérieure à l’énergie naturelle est nécessaire si nous voulons suivre un Christ rejeté. Et également, il ne faut pas de cœur partagé ni hésitant. Les droits du royaume doivent passer avant toute autre chose.
Les disciples ayant été ainsi instruits, le Seigneur accroît encore le champ du témoignage qui devait être rendu en relation avec Sa présence sur la terre, en désignant et en envoyant soixante-dix autres disciples, deux à deux devant Sa face. Ce qu’Il dit concernant la grande moisson et le petit nombre d’ouvriers semble, d’après Matthieu 9:37-38, avoir été prononcé en une autre occasion. Dans Matthieu, la prière reçoit sa réponse par l’envoi des douze, dans Luc, par l’envoi des soixante-dix.
Les directives que le Seigneur donne aux soixante-dix sont semblables à celles données aux douze. Il devait y avoir la même simplicité, la même absence de recherche de soi, la même dépendance du Seigneur pour la réponse à leurs besoins. Ils reçoivent cependant des avertissements supplémentaires qui indiquent une opposition croissante de la part du peuple. Le Seigneur les envoie comme des agneaux au milieu des loups, image des plus saisissantes. Pourtant, même si on ne les recevait pas, ils devaient bien faire comprendre aux gens que le royaume de Dieu s’était approché d’eux.
Ces soixante-dix n’ont pas la place privilégiée des douze, mais néanmoins ils représentent pleinement le Seigneur, comme le verset 16 l’exprime clairement. Ce verset établit le même principe que le verset 48 du chapitre précédent, seulement ici, le Seigneur ramène les choses à « Celui qui M’a envoyé ». C’était peut-être des gens humbles que ces soixante-dix, pourtant de grandes choses dépendaient de l’attitude des hommes à l’égard de leur message. Capernaüm et les autres villes de ce temps-là, entendant ce témoignage, auraient des responsabilités plus grandes, et leur refus amènerait un jugement plus sévère que celui des villes auxquelles un tel témoignage n’avait jamais été rendu.
Aucun détail n’est donné de ce qui s’est passé pendant le service des soixante-dix, et un seul verset (ch.9 v. 6) avait suffi à résumer ce que les douze avaient accompli auparavant. Nous en faisons la remarque parce que Luc a été choisi par Dieu pour consigner le travail des disciples dans le livre des Actes ; mais ce fut après que le Saint Esprit eut été donné. Avant la venue du Saint Esprit, leur œuvre avait beaucoup moins d’importance et quelque lumière qui s’y trouvât était éclipsée par la lumière qui brillait en perfection chez leur Maître. Au verset 17, nous assistons à leur retour, à la fin de leur mission.
Ils s’en reviennent avec joie, se réjouissant surtout de ce qui était le plus spectaculaire : même les démons leur sont assujettis par le nom de leur Maître. Or c’était assurément une grande chose, et le gage que Satan serait finalement chassé du ciel. Le verset 18 ne fait pas allusion — croyons-nous — à la chute originelle de Satan mais à l’expulsion finale prédite en Apocalypse 12:7-9. Le passé est souvent employé dans les paroles prophétiques pour décrire des événements futurs. Il est employé dans ces versets d’Apocalypse comme aussi en Ésaïe 53:3-9. Ainsi le Seigneur confirme l’autorité — reçue de Lui à ce moment-là — qui s’était exercée sur toute la puissance de l’ennemi, mais en même temps Il montre quelque chose qui dépasse toute puissance exercée sur la terre.
Il leur dit : « Vos noms sont écrits dans les cieux ». Il est plus que probable qu’ils n’ont pas été alors très sensibles à l’extraordinaire de cette déclaration. Ils ont dû l’être plus tard. Nous devrions y être sensibles puisqu’elle s’applique aussi à nous. Le symbole en est simple. Nos noms sont inscrits dans la ville ou le district où se trouve notre domicile. Le Seigneur dit en effet à ces hommes : un droit de bourgeoisie céleste sera votre part, et c’est une plus grande cause de joie que n’importe quel pouvoir accordé sur terre. L’évangile de Luc nous présente particulièrement le passage de la loi à la grâce, et de la terre au ciel, et ce verset représente un point de repère précis dans cette transition. C’est la première annonce de la vérité révélée dans son entier en Philippiens 3:20 : « Notre bourgeoisie est dans les cieux ».
En cette même heure — l’heure où les soixante-dix se réjouissaient — Jésus Lui-même se réjouit. Il voit non seulement la chute future de Satan, et en conséquence, le renversement de tous ses desseins pervers, mais l’activité du Père en vue de l’accomplissement de tous ses desseins. Ces desseins glorieux ont comme fondement le fait que Lui-même sera révélé et connu en perfection et que les « petits enfants » plutôt que les sages et les intelligents de ce monde en recevront la révélation.
Le Fils s’était fait Homme afin de révéler le Père aux hommes. Et non seulement cela, Il est Lui-même l’héritier de toutes choses. L’Homme dépendant sur la terre savait que toutes choses lui avaient été livrées par son Père. En outre, le fait même qu’Il était devenu Homme ajoute ici un élément, qui échappe à toute compréhension humaine. Il est devenu Homme afin que le Père soit connu — comme Homme, Il est l’héritier de toutes choses — mais qu’aucune créature humaine ne prétende sonder le mystère qui doit entourer un abaissement aussi incommensurable ! Si nous estimons que nous sommes sages et intelligents, nous pouvons tenter de le faire, mais ce sera notre ruine. Si nous sommes en vérité des petits enfants, nous accepterons le mystère avec un esprit d’humilité et de soumission, et nous réjouirons plutôt de tout ce que le Fils nous a révélé du Père et des desseins du Père.
S’étant ainsi réjoui de sa propre mission et de la grâce qui prend « les petits enfants » sans importance, le Seigneur se tourne vers les disciples pour leur montrer la grandeur de leur privilège actuel. Ils voyaient des choses que les hommes pieux des siècles précédents avaient désiré voir. Ils voyaient et entendaient des choses qui se rapportaient à la manifestation du Père sur la terre et assistaient à l’accomplissement d’une œuvre qui aboutirait à l’appel d’un peuple pour le ciel. Tout ceci était pour le moment un secret réservé aux disciples.
Hors de ce cercle intime, tout n’était que conflits. La question du docteur de l