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Messages aux sept Églises d’Apocalypse

 

 

Hamilton Smith

 

 

1     PRÉFACE

2       INTRODUCTION — Apocalypse 1:1-8

3     LA VISION DU FILS DE L’HOMME

4     LES MESSAGES AUX ASSEMBLÉES — Apocalypse 1:19, 20

5     ÉPHÈSE — Apocalypse 2:1-7

6     SMYRNE — Apocalypse 2:8-11

7     PERGAME — Apocalypse 2:12-17

8     THYATIRE — Apocalypse 2:18-29

9     SARDES — Apocalypse 3:1-6

10          PHILADELPHIE — Apocalypse 3:7-13

11          LAODICÉE — Apocalypse 3:14-22

 

 

 

1                    PRÉFACE

Les pages qui suivent sont un simple exposé sur les messages aux sept églises ; j’ai cherché à suivre le déclin de ce qui porte le nom d’Église depuis son abandon du premier amour, jusqu’au moment solennel où elle sera vomie de la bouche de Christ.

D’autre part, j’ai cherché à présenter- la pensée du Seigneur au sujet de l’Église vue dans sa responsabilité à chaque étape de son histoire, afin que les consciences des siens soient touchées par ses avertissements et leurs cours réconfortés par ses paroles d’encouragement.

 

2                    INTRODUCTION — Apocalypse 1:1-8

q v. 1 : En commençant l’étude du dernier livre de la Bible, on se rend compte dès les premiers versets qu’il s’agit d’un livre de jugement ; chaque vérité y est présentée en parfait accord avec ce sujet solennel.

Vu dans son ensemble, le livre est présenté comme étant la «Révélation», terme qui évoque la présentation d’une vérité qui, autrement, serait cachée. De plus, c’est la «Révélation de Jésus Christ, que Dieu lui a donnée». Ainsi, Christ est vu ici, comme du reste dans tout le livre, dans sa parfaite humanité, bien que, comme toujours, il y ait des déclarations qui sauvegardent et maintiennent sa divinité. En gardant à l’esprit le fait que l’Apocalypse est le livre du jugement, qui prépare le chemin pour que Christ hérite de la terre, on verra immédiatement combien il convient que Christ soit présenté dans son humanité, car c’est comme homme que Christ est appelé à être le Juge et comme homme qu’il héritera de toutes les choses créées (Jean 5:27 ; Act. 17:31 ; Ps. 8:4-8).

Ensuite, la Révélation fut donnée à Christ «pour montrer à ses esclaves». Ainsi, les croyants ne sont pas vus dans leur relation avec le Père comme fils, mais en relation avec Christ comme esclaves. À nouveau, cela est parfaitement compréhensible quand nous nous souvenons que le livre ne développe pas les privilèges de fils (comme nous le trouvons dans les épîtres), mais exprime plutôt le jugement du Seigneur sur le chemin de ceux qui, professant être croyants, se sont acquittés de leur responsabilités d’esclaves.

De plus, nous apprenons par l’introduction, que le grand dessein de Christ dans l’Apocalypse est de «montrer à ses esclaves les choses qui doivent arriver bientôt». Le contenu du livre montre clairement que ces choses sont les jugements qui vont fondre bientôt sur la chrétienté et sur le monde en général. Ces jugements sont donnés à connaître, non pour satisfaire la curiosité ou alimenter l’esprit charnel dans sa recherche du sensationnel, mais afin que les esclaves du Christ, avertis du jugement qui vient, marchent dans une sainte séparation d’un monde impie et condamné au jugement. L’Apocalypse, comme toutes les autres communications de Dieu, est donnée pour produire un effet moral actuel sur ceux qui écoutent. Elle n’est pas seulement communiquée mais «signifiée», terme qui implique une communication accompagnée de signes visibles, nous préparant ainsi aux visions de ce livre.

Jean, qui reçoit ces communications, est vu, non comme le disciple que Jésus aimait, qui se penchait sur la poitrine de Jésus et partageait les pensées intimes de son coeur, ni même comme un apôtre envoyé vers les autres pour communiquer les pensées de l’amour, mais comme un esclave responsable devant son Maître.

q v. 2 : Ayant reçu ces communications, Jean les transmet à d’autres. Il «a rendu témoignage de la parole de Dieu et du témoignage de Jésus Christ». La Révélation vient avec toute l’autorité de la parole de Dieu. De la même manière, elle est le témoignage de Jésus, non un témoignage à Jésus, bien qu’elle contienne des vérités qui réellement rendent témoignage à Jésus. Le témoignage de Jésus est ce qu’il communique lui-même quant aux choses qui doivent arriver bientôt, choses que Jean a vues (Comp. 22:8).

 

q v. 3 : Ces versets d’introduction se terminent en apportant une bénédiction spéciale à celui qui lit et à ceux qui entendent les paroles de cette prophétie, bénédiction qui ne sera effective que si les paroles lues et entendues sont gardées. Garder implique la soumission à ces paroles qui agiront ainsi pratiquement sur notre conduite. Certes, cela réclamera de nous bien des sacrifices, mais, comme toujours, le chemin de l’obéissance sera un grand gain, bien qu’il comporte le renoncement à soi-même.

Le livre entier de l’Apocalypse est considéré ici comme une prophétie, montrant nettement que même les messages aux sept églises ont un caractère prophétique.

Enfin, il nous est rappelé que «le temps est proche». L’esclave ne doit pas attendre quelque nouvelle révélation, mais doit marcher avec patience à la lumière de la révélation des choses qui doivent arriver bientôt, sachant que «le temps est proche».

q v. 4-6 : Après les versets d’introduction, nous avons la salutation de l’apôtre par laquelle nous apprenons que le témoignage rendu par Jean prend la forme d’une lettre adressée aux sept assemblées de la province romaine d’Asie.

La salutation est caractéristique du livre. La grâce et la paix sont promises aux assemblées, non comme étant composées d’enfants en relation avec le Père, mais d’esclaves sur la terre en rapport avec le trône du gouvernement. Ainsi Dieu est vu sous le nom de l’Éternel, nom qu’il prend en rapport avec Israël et la terre, celui qui est, et qui était, et qui vient (*). Ensuite, l’Esprit est vu dans sa plénitude comme les sept Esprits devant le trône de l’Éternel, montrant, sans aucun doute, la plénitude de l’Esprit prêt à être «envoyé sur toute la terre», comme nous l’apprenons par le verset 6 du chapitre 5. N’avons-nous pas en Ésaïe 11:2, la signification de cette septuple perfection de l’Esprit en rapport avec Christ, la branche fertile de la racine d’Isaï ? Nous y lisons : «L’Esprit de l’Éternel reposera sur lui, l’esprit de sagesse et d’intelligence, l’esprit de conseil et de force, l’esprit de connaissance et de crainte de l’ÉTERNEL».

(*) Le mot hébreu traduit par «l’Éternel» dans l’Ancien Testament, signifie : Celui qui est.

 

De même aussi, Christ est présenté en rapport avec le gouvernement de la terre. Il est le «témoin fidèle», celui qui a parfaitement révélé Dieu sur la terre. Il est le premier-né des morts, celui qui a brisé la puissance de la mort sur la terre. Il est aussi «le prince des rois de la terre», celui qui régnera sur tous ceux qui règnent sur la terre.

Combien il est heureux que les Personnes divines, qui sont vues ici en rapport avec le gouvernement de la terre — ayant la charge du contrôle, de la direction et du jugement — assurent grâce et paix aux assemblées et aux serviteurs qui sont encore sur cette terre où le jugement s’exerce.

Cette salutation appelle immédiatement une heureuse réponse de l’Église. Jean, qui la représente, dit : «À celui qui nous aime, et qui nous a lavés de nos péchés dans son sang ; — et il nous a faits un royaume, des sacrificateurs pour son Dieu et Père ; — à lui la gloire et la force aux siècles des siècles ! Amen». Son amour est vu comme une réalité présente, permanente, bien que l’oeuvre par laquelle il a été si parfaitement manifesté soit accomplie. C’est un amour sans borne, car qui peut estimer la valeur du sang par lequel l’amour a été ainsi montré ? Par le sang précieux, les croyants ont été lavés de leurs péchés et sont ainsi assurés, lorsqu’ils ouvrent le livre du jugement, qu’ils sont eux-mêmes à l’abri du jugement.

De plus, non seulement les croyants sont lavés de leurs péchés, mais comme tels, ils sont constitués en un royaume. Cela ne suggère-t-il pas un groupe de personnes qui sont soumises à Dieu pour faire sa volonté, et non leur propre volonté comme autrefois (Comp. 1 Pierre 4:2, 3) ?

Ensuite, les croyants sont vus comme sacrificateurs pour le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ et, comme tels, ils ont accès auprès de Dieu pour l’intercession et la louange.

Cette réponse à la gloire de Jésus Christ se termine par un jaillissement de louange au Seigneur :

«À lui la gloire et la force aux siècles des siècles ! Amen»

Combien belle est cette présentation de l’Église dans ses privilèges ! Aimée de Christ, lavée par son sang précieux, soumise à Dieu, ayant accès auprès du Père, et louant le Seigneur Jésus — un peuple aimé, un peuple purifié, un peuple obéissant, un peuple de sacrificateurs et un peuple d’adorateurs.

Quand nous en arrivons aux messages aux sept assemblées, qui présentent l’église dans sa responsabilité, nous apprenons (et cela est solennel) combien elle est loin d’avoir répondu à ses privilèges. Il y a, il est vrai, deux assemblées, Smyrne et Philadelphie, auxquelles le Seigneur ne trouve rien à reprocher, mais les cinq autres se sont gravement écartées de ce qui était leurs privilèges normaux, tels qu’ils nous sont présentés dans cette magnifique doxologie. À Éphèse, il y a eu abandon de l’amour de Christ. À Pergame, au lieu d’une condition convenant à ceux qui ont été lavés dans le sang de l’Agneau, la souillure est tolérée. À Thyatire, au lieu d’un royaume où tous sont soumis au Seigneur, l’assemblée s’arroge la place d’autorité. Sardes a devant les hommes le nom de vivre, mais, devant le Seigneur, elle est morte ; elle a perdu le service de la sacrificature devant Dieu. À Laodicée, au lieu d’exalter le Seigneur et de lui attribuer toute gloire et domination, l’église s’exalte elle-même et, dans la pratique, ignore Christ.

q v. 7 : Ce jaillissement de louange est suivi par un témoignage à Jésus Christ. Jean s’est adressé aux assemblées, plaçant devant elles Christ dans sa gloire et éveillant un écho fervent dans leur coeur. Maintenant, il annonce Celui qui vient sur la terre comme juge. «Voici, il vient avec les nuées, et tout oeil le verra, et ceux qui l’ont percé ; et toutes les tribus de la terre se lamenteront à cause de lui.»

En fait, ceci n’est pas l’espérance de l’Église, mais le témoignage qu’elle rend. Elle ne se lamentera pas quand elle sera enlevée à la rencontre du Seigneur en l’air. Alors, vraiment, pour elle, toutes les larmes seront essuyées. Cependant pour le monde qui a rejeté Christ et s’est moqué de sa venue, ce sera un temps de lamentation, quand le Seigneur viendra «au milieu de ses saintes myriades, pour exécuter le jugement contre tous, et pour convaincre tous les impies d’entre eux de toutes leurs oeuvres d’impiété qu’ils ont impiement commises et de toutes les paroles dures que les pécheurs impies ont proférées contre lui» (Jude 14, 15).

q v. 8 : À ce témoignage, le Seigneur lui-même répond : «Moi, je suis l’alpha et l’oméga, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, et qui était, et qui vient, le Tout-Puissant». Le Juge qui vient est l’alpha et l’oméga ; comme un autre a justement dit «celui dont la parole est le commencement et la fin de tout discours : tout ce qui peut être dit est dit quand il a parlé». Au commencement, sa parole a amené toutes choses à l’existence et, à la fin, sa parole — «C’est fait» —, fixera leur état éternel.

D’autre part, il est le Seigneur Dieu, l’Éternel, comme il a été dit : «Le Dieu qui garde l’alliance, immuable en face de tous les changements, dont les menaces comme les promesses se réaliseront pareillement.»

Il est aussi le Tout-Puissant, celui qui, avec une puissance irrésistible est à même de mettre à exécution ses menaces et d’accomplir ses promesses.

 

3                    LA VISION DU FILS DE L’HOMME

Apocalypse 1:9-18

La vision du Fils de l’homme, dans sa dignité de Juge, sert d’introduction aux messages qui donnent son jugement sur les sept assemblées. Il nous convient de nous attarder sur la vision, car c’est la grandeur de Celui qui parle qui donne de la valeur à ses paroles. Ainsi plus nous aurons conscience de la gloire de Celui qui parle, plus nous prêterons attention à ce qu’il dit.

q v. 9, 10 : Avant d’avoir la vision de Christ, nous apprenons que de telles révélations demandent des circonstances spéciales ; elles exigent un état d’âme convenable et un temps approprié. C’est ainsi que Jean se trouve dans des circonstances éprouvantes, et, bien que vraiment sujet du royaume comme soumis à Christ, il n’a pas encore sa part dans le royaume en gloire, mais «au royaume et à la patience en Jésus». En outre, il est exilé dans l’île aride de Patmos. Cependant, s’il est banni par les décrets de l’homme dans un lieu désolé, c’est afin de recevoir, à l’abri de toute autre influence, la Parole de Dieu et le témoignage de Jésus Christ. Bien souvent, dans l’histoire du peuple de Dieu, des temps d’épreuve sont devenus des temps de progrès spirituel. Comme un autre l’a montré, il faut que joseph aille en prison pour devenir un révélateur de secrets ; il faut que David soit conduit dans les antres de la terre pour chanter ses chants les plus doux ; il faut que Paul souffre l’emprisonnement pour recevoir ses plus hautes révélations et Jean doit être exilé à Patmos pour entendre des paroles et voir des visions, qu’un mortel n’avait jamais entendues, ni vues auparavant.

Jean n’est pas dans ce lieu solitaire comme un ermite exilé, aigri contre le monde, mais comme un proscrit pour qui le monde n’a pas de place. Bien que séparé des rachetés du Seigneur, il peut toujours parler de lui-même comme leur frère, qui a part avec eux à la tribulation, et le Seigneur fait de la solitude de Patmos une occasion pour Jean de servir les autres en amour.

De plus, Jean n’était pas seulement dans le lieu qui convenait pour recevoir la révélation de l’Apocalypse, il était aussi dans un état moral convenable, car il peut dire : «Je fus en Esprit». Cela indique quelque chose de plus que le fait d’être dans l’état approprié et normal du croyant, c’est-à-dire dans l’Esprit, selon Romains 8:9. Il semblerait plutôt que ce soit un état spécial dans lequel l’apôtre se trouvait, si complètement sous la puissance de l’Esprit qu’il en était étranger à toute autre chose que la vision et les communications merveilleuses qui allaient être devant lui.

Ensuite, l’Apocalypse fut donnée à l’apôtre à un moment particulier. C’était «dans la journée dominicale». Ce terme ne doit pas être confondu avec «le jour du Seigneur», expression trouvée dans les prophètes et utilisée par les apôtres Paul et Pierre pour désigner le jour où le Seigneur viendra soudainement, comme un voleur dans la nuit pour exécuter le jugement (1 Thess. 5:2 ; 2 Thess. 2:2 ; 2 Pierre 3:10). Manifestement, les choses qui sont décrites dans les chapitres 2 et 3 de l’Apocalypse, et la plus grande partie des «choses qui doivent arriver après celles-ci» (1:19) n’ont pas lieu au cours du jour du Seigneur. Cela n’aurait pas de sens que l’apôtre soit en esprit au jour du Seigneur pour voir des choses qui doivent avoir lieu deux mille ans avant ce jour. Ainsi, il semble clair que le jour du Seigneur est le jour de la résurrection, vu dans d’autres Écritures comme le premier jour de la semaine. Il est appelé la journée dominicale pour indiquer que ce n’est pas un jour ordinaire, comme aussi la cène dominicale est ainsi appelée pour la distinguer d’un repas ordinaire. C’est un jour spécialement mis à part, non par un commandement légal, comme dans le cas du sabbat juif, mais comme un privilège spécial pour l’adoration et le service du Seigneur.

Ainsi, c’est dans un lieu retiré du monde que, dans un état moral convenable — en Esprit — et au cours d’une journée particulière — la journée dominicale — Jean est interpellé par une grande voix, comme d’une trompette, pour voir ces visions merveilleuses et entendre ces solennelles communications.

q v. 11 : Ce que Jean voit, il lui est dit de l’écrire dans un livre et de l’envoyer aux sept assemblées. L’apôtre a déjà envoyé des salutations aux sept assemblées ; maintenant, elles sont désignées par leur nom. Le livre est adressé à sept assemblées seulement ; néanmoins, l’Esprit de Dieu a choisi la forme écrite de communication plutôt que la forme orale afin que l’Église tout entière, dans tous les temps, en fasse son profit.

q v. 12, 13 : Jean se retourna pour voir Celui qui lui parlait, et nous avons immédiatement la première grande division du livre, appelée par le Seigneur : «les choses que tu as vues» (1:19). Jean a d’abord devant lui la vision de sept lampes d’or. Un peu après, nous apprenons que les lampes représentent sept assemblées. Ce symbole de la lampe suggère immédiatement qu’elles représentent l’Église vue dans sa responsabilité de maintenir une lumière pour Christ dans les ténèbres de ce monde. L’or indique que l’Église a été établie au début de son histoire sur la terre, pour être un témoignage pour Christ, dans un caractère qui convient à la gloire divine. De plus, c’est sûrement l’église professante qui est en vue, car plus loin, nous apprenons qu’il est possible que la lampe soit ôtée et que, finalement, ce que la lampe représente devienne un objet de dégoût pour Christ.

Ensuite, Jean voit, au milieu des sept lampes, quelqu’un de semblable au Fils de l’homme. C’est, nous le savons, une vision de Christ sur le point de juger, car tout jugement est donné au Fils de l’homme, afin qu’il soit honoré dans cette condition humaine où il a connu le mépris et le rejet des hommes. Néanmoins, il est parlé de lui comme Celui qui est semblable au Fils de l’homme, indiquant qu’Il est une personne divine qui a été manifestée en chair.

Ici, Christ n’est pas présenté au milieu de l’Assemblée pour conduire les louanges de son peuple, ni au milieu de deux ou trois pour conduire leurs prières. Il n’est pas vu non plus comme le seul Berger réunissant les brebis en un seul troupeau, ni comme la Tête de l’Église — qui est son Corps. Il est vu sous l’aspect solennel du Juge au milieu de la profession chrétienne. Il marche (2:1) au milieu des assemblées, observant leur état et prononçant le jugement, que ce soit approbation ou reproche. Tous les traits par lesquels il est décrit sont en accord avec son caractère de Juge.

Son vêtement n’est pas ceint pour le service de grâce et d’amour, comme au jour heureux encore à venir où ses esclaves seront rassemblés dans le ciel ; alors «il se ceindra et les fera mettre à table, et, s’avançant, il les servira» (Luc 12:37). Ici, le Seigneur est vu «vêtu d’une robe qui allait jusqu’aux pieds», convenant à la dignité du Juge. De plus, il est «ceint, à la poitrine, d’une ceinture d’or», indiquant que les affections sont retenues par tout ce qui est dû à la gloire divine.

q v. 14-16 : «Sa tête et ses cheveux étaient blancs comme de la laine blanche, comme de la neige». Ces symboles, comme nous le savons par Daniel 7:9, montrent la gloire de Dieu comme Juge sur son trône. Ainsi nous apprenons que le Fils de l’homme lui-même possède les caractères de l’Ancien des jours de la vision de Daniel. En temps voulu, il s’avancera, couronné de plusieurs couronnes ; ici, il n’y a pas de couronne, car le temps du règne n’est pas encore arrivé. Le trône de jugement doit précéder les gloires du royaume. Il doit premièrement purifier la scène de tout mal comme Juge, avant de régner en gloire comme Roi.

«Ses yeux, comme une flamme de feu», montrent le caractère scrutateur de ce regard auquel rien n’est caché.

«Ses pieds, semblables à de l’airain brillant, comme embrasés dans une fournaise» parlent de l’inflexible sainteté de la marche, qui jamais ne se tourne vers un chemin tortueux, et qui est pure de toute souillure de la terre.

«Sa voix, comme une voix de grandes eaux» exprime la puissance de sa parole à laquelle aucun homme ne peut résister.

«Il avait dans sa main droite sept étoiles». Toute autorité subordonnée, représentée par les étoiles, est sous son contrôle et est maintenue par sa puissance.

«De sa bouche sortait une épée aiguë à deux tranchants». Tout est jugé par sa parole infaillible, épée à deux tranchants qui s’occupe non seulement de la conduite extérieure, mais discerne les pensées et les intentions du coeur (Héb. 4:12, 13).

«Son visage, comme le soleil quand il luit dans sa force», symbole qui implique que, comme Juge, il est investi de l’autorité suprême.

q v. 17, 18 : L’effet de cette grande vision du Fils de l’homme comme Juge a un tel effet que même un apôtre tombe à ses pieds comme mort. Jean avait connu Christ dans son humiliation dans les jours de sa chair, et avait autrefois reposé sa tête dans le sein de Jésus ; sur la montagne, il avait vu Christ dans les gloires de son royaume ; il avait parlé avec Christ revêtu de son corps de ressuscité, mais jamais, auparavant il n’avait vu Christ dans sa dignité de Juge. Cependant, il faut se souvenir que c’est l’attitude que Christ prend envers la chrétienté professante. Il est vrai que, comme croyants, nous le connaissons comme notre Sauveur ; comme membres de son Corps, nous le connaissons comme la Tête ; comme serviteurs, nous le connaissons comme notre Seigneur ; néanmoins, comme faisant partie de la grande profession chrétienne, (*) nous avons affaire à lui comme Juge dans toute notre marche d’assemblée. Nous l’avons déjà dit, le croyant le connaît sous des caractères différents et plus précieux, mais la grande multitude de la profession chrétienne, composée de simples professants, ne peut le connaître que comme Juge. La multitude peut professer l’honorer en érigeant des temples magnifiques pour son culte et en faisant de grandes oeuvres en son Nom ; cependant, s’ils saisissaient un seul rayon de sa gloire, ils prendraient conscience qu’il marche au milieu de la profession comme un Juge, et ils tomberaient à ses pieds comme morts.

(*) Dans tout ce texte «professer» signifie «faire profession de», la profession désigne l’ensemble des «professants», de ceux qui déclarent être chrétiens, qui en portent le nom. Parmi eux, on distingue les croyants, ceux qui ont la vie par la foi personnelle en J.-C. et les «simples professants» qui portent le nom de chrétiens sans foi personnelle.

 

Il en allait tout autrement pour Jean : «votre frère» ayant part «à la tribulation et au royaume et à la patience en Jésus». Il n’y avait aucune raison d’avoir peur. La main du Seigneur et sa voix lui rappellent la personne si bien connue dans les jours de son humiliation, Jésus, dont il avait si souvent entendu la voix annoncer la paix : «Ne crains point». Celui qui est le Juge — le premier et le dernier — est celui qui a été mort et qui maintenant vit à jamais. Tout ce qui serait de nature à troubler le croyant — ici Jean — (et l’humilité lui convient toujours dans son témoignage) devant le Juge, a été porté et à jamais ôté par la mort de celui qui va juger. Les clefs de la mort et du hadès sont dans sa main. Le croyant n’a donc aucune raison de craindre, car ces clefs ne peuvent être utilisées par aucun autre que celui qui nous aime et qui est mort pour nous. Comme quelqu’un l’a dit, notre Seigneur «est le Maître absolu de tout ce qui pourrait menacer l’homme, qu’il s’agisse du corps ou de l’âme».

 

4                    LES MESSAGES AUX ASSEMBLÉES — Apocalypse 1:19, 20

q v. 19 : Les deux derniers versets du premier chapitre forment une introduction appropriée aux messages du Seigneur aux sept assemblées. Ses craintes dissipées, l’apôtre est invité à mettre par écrit les choses qu’il a vues, les choses qui sont et les choses qui doivent arriver après celles-ci.

Nous avons donc ici la division de l’Apocalypse que le Seigneur donne lui-même. Premièrement, «les choses que tu as vues», se rapportant à la vision du Fils de l’homme comme Juge (1:9-18). Deuxièmement, «les choses qui sont», c’est-à-dire les messages aux sept assemblées, représentant les choses qui existaient alors, et la condition qui continuera d’exister durant la période de l’Église (Ch. 2 et 3). Troisièmement, «les choses qui doivent arriver après celles-ci», comprenant les grands événements prophétiques qui suivront, lorsque la période de l’Église sera terminée (Ch. 4 à 22).

q v. 20 : Comme introduction nécessaire aux messages aux assemblées, le Seigneur explique le mystère des sept étoiles et des sept lampes d’or : les sept étoiles sont les anges des sept assemblées, et les sept lampes sont les sept assemblées.

Les anges des assemblées paraissent représenter ceux qui y sont établis pour donner la lumière céleste, comme les étoiles, qui sont les symboles des anges, donnent de la lumière dans les cieux. Mais, comme les étoiles par rapport à la lumière du soleil, ils sont des porteurs de lumière subordonnés, agissant sous l’autorité de Christ. Le soleil est la grande et suprême source de lumière pour la terre entière. On a besoin des étoiles quand le soleil est couché, et la faible lumière qu’elles émettent a le même caractère et la même nature que celle du soleil. Durant l’absence de Christ, la perfection du témoignage de l’Église serait de répandre une lumière semblable à celle de Christ dans la gloire céleste — la même en qualité, bien que fort inférieure en intensité. D’une manière spéciale, les anges des églises sont responsables devant Christ de l’état moral des assemblées car, si les églises dans leur ensemble sont responsables de leur état moral, celui-ci dépend dans une grande mesure du caractère du ministère qu’elles reçoivent.

Si dans chaque église, le Seigneur s’adresse à l’ange et le tient ainsi pour responsable de l’état de l’assemblée, cependant on peut voir qu’il passe constamment de paroles adressées directement à l’ange à des avertissements à l’église. Ainsi, dans le message à Pergame, il parle d’un martyr fidèle «qui a été mis à mort parmi vous» (2:13) ; et encore, dans le message à Smyrne «le diable va jeter quelques-uns d’entre vous en prison» (2:10). Ce passage du singulier au pluriel ne permet pas de considérer l’ange comme une personne exerçant la fonction de président, et nous oblige à voir en lui un représentant symbolique de l’église.

Les sept lampes sont les symboles des sept églises. Dans les versets 4 et 11 du chapitre 1, il est clair que nous avons sept églises qui ont réellement existé dans la province d’Asie. Il est cependant également clair que ces assemblées retracent l’histoire de toute la période de l’Église. Sept églises d’Asie, alors sur la scène, ont été choisies, car elles présentaient des traits moraux qui ont été utilisés par Christ pour montrer prophétiquement l’état moral de l’Église professante, dans son ensemble ou dans un de ses aspects, à différentes périodes de son histoire.

Il y a de solides raisons de penser ainsi. En premier lieu, au verset 3 du chapitre premier, le livre entier de l’Apocalypse est vu comme une prophétie. Cela donne un caractère prophétique à ces messages. Ensuite, le chiffre sept, dans l’Écriture, est un symbole constant d’un état complet et, de même que les sept esprits parlent de la plénitude du seul Esprit, de même nous concluons que les sept églises présentent une vue complète des diverses phases de toute la profession chrétienne. Peut-être cependant, l’argument le plus convaincant en faveur du caractère prophétique des églises est, comme quelqu’un l’a dit, «la correspondance étroite entre le tableau donné par les sept assemblées et l’histoire bien connue de l’Église professante».

Pour tirer profit des messages aux sept assemblées, il ne faut pas seulement reconnaître leur caractère prophétique, mais il est aussi de première importance de ne pas perdre de vue l’aspect particulier sous lequel le Seigneur est vu en relation avec l’assemblée, ainsi que l’aspect sous lequel l’Église est vue en relation avec Christ.

L’Église est considérée non comme le Corps, dont Christ est la Tête dans le ciel, et dans lequel rien de ce qui est sans la vie ne peut entrer, mais comme une apparence de corps, constitué d’hommes qui, sur la terre, se réclament du nom de Christ, ensemble qui peut renfermer — et renferme de fait — une grande profession sans vie. Cette profession a pris le nom de Christ, qu’elle lui appartienne ou non. Ce fait la rend responsable de marcher en accord avec l’ordre de la maison de Dieu et ainsi de représenter sur la terre Christ qui est dans le ciel, dans tout son amour, sa fidélité et sa sainteté, en un mot d’être une lumière pour Christ ici-bas. Si l’Église est vue comme le Corps de Christ, on ne pourrait dire qu’il la rejette. Cependant ce qui professe être l’Église sera finalement un tel objet de dégoût qu’il la vomira de sa bouche quand ce qui est réellement l’église — le Corps de Christ — aura été enlevé.

De plus, souvenons-nous que Christ n’est pas vu ici comme la Tête de son Corps, accordant des dons au Corps, pourvoyant en grâce à ses besoins et révélant les privilèges célestes des saints comme dans l’épître aux Éphésiens. Il n’instruit pas les assemblées quant aux principes de l’ordre et de la discipline dans l’Église comme dans les épîtres aux Corinthiens. Le Seigneur n’instruit pas non plus le fidèle quant à la manière dont il doit se conduire en un temps de ruine, comme dans la seconde épître à Timothée. Ici, le Seigneur est présenté comme marchant dans son caractère de Juge au milieu de la profession chrétienne, avec des yeux comme une flamme de feu ; il sonde l’état de ce qui professe son Nom : dans quelle mesure les assemblées ont répondu à leurs privilèges célestes ou s’en sont écartées ; jusqu’à quel point elles se sont acquittées de leurs responsabilités à maintenir l’ordre divin et à obéir aux instructions divines, ou y ont failli. Ensuite, ayant sondé l’état des assemblées, le Seigneur prononce le jugement sur ce qu’il trouve : il approuve ce qui est bien, il condamne tout ce qui n’est pas selon lui ; il avertit à l’égard du mal, il donne des encouragements au vainqueur.

Pour aider à comprendre le caractère prophétique de ces messages, on peut indiquer brièvement les différentes périodes de l’histoire de l’Église telles qu’elles sont révélées par les sept messages.

Le message adressé à l’ange de l’assemblée qui est à Éphèse, présente clairement la condition de l’assemblée au début de son déclin, à la fin des jours du dernier apôtre et pendant les années qui ont suivi son départ.

Le message à l’assemblée qui est à Smyrne semblerait présenter l’état général de l’Église durant la période des persécutions venant du monde païen.

Dans le message à l’assemblée qui est à Pergame, nous avons l’état général de l’Église lorsque les persécutions venant des païens firent place à la protection du monde.

Le message à l’assemblée qui est à Thyatire montre l’état de l’Église, telle qu’elle est aux yeux de Dieu, quand, au lieu d’être protégée par le monde, elle chercha à le dominer. Cet état a connu son apogée au temps de la Papauté. Il a cessé, après un temps, de représenter l’ensemble de la profession chrétienne, mais dure jusqu’à la fin de la période de l’église.

Dans le message à l’assemblée qui est à Sardes, nous voyons l’état qui résulte, pour une partie de la profession chrétienne, de la corruption introduite par l’homme dans la Réforme. C’est un état qui se développe à partir de Thyatire et en opposition à Thyatire, bien que coexistant avec elle jusqu’à la fin.

Dans le message à l’assemblée à Philadelphie se trouve présenté un résidu fidèle, séparé de la corruption de Thyatire et de l’état de mort de Sardes, et qui continue jusqu’à la fin.

Dans le message à l’assemblée qui est à Laodicée (le dernier des sept) se trouve présentée la phase finale de la profession chrétienne : elle est un objet de dégoût pour Christ, à un tel point qu’il vomira de sa bouche ce grand ensemble sans vie.

Pour nous aider dans l’interprétation des messages, remarquons une distinction entre les trois premières et les quatre dernières assemblées : dans les trois premières, l’appel adressé à celui qui a des oreilles à écouter ce que l’Esprit dit aux assemblées, précède la promesse au vainqueur tandis que, dans les quatre derniers messages, cet appel vient après la promesse. De plus, dans les trois premiers messages, il n’est pas fait mention de la venue du Seigneur, tandis que dans les quatrième, cinquième et sixième, la venue du Seigneur est présentée, soit comme une espérance, soit comme un avertissement. Par ailleurs, dans les quatre derniers messages, nous voyons un résidu fidèle, séparé de la corruption croissante.

Ces différences peuvent s’expliquer par le fait que les trois premiers messages montrent l’état général de l’Église durant les trois premières périodes successives de son existence sur la terre, phases qui ont disparu, tandis que les quatre dernières représentent des étapes distinctes de la profession chrétienne qui ne succèdent pas l’une à l’autre, mais coexistent jusqu’à la venue du Seigneur.

Dans les trois premiers messages, représentant l’état général de l’église, celui qui a des oreilles se trouve au sein de l’assemblée. Dans les quatre derniers, l’église entière a fait faillite ; elle est dans un tel état de ruine que ceux qui écoutent ce que l’Esprit a à dire ne se trouvent que parmi les vainqueurs, et par conséquent, l’appel vient après la promesse.

Dans les trois premiers messages, il y a un appel à la repentance et la possibilité pour l’église de revenir à sa condition originelle. Dans les quatre derniers, l’état est tel que cette possibilité n’est plus placée devant elles et, par conséquent, la venue du Seigneur est présentée comme la seule espérance du résidu pieux. (*)

(*) Note du traducteur : Dans les églises à Thyatire, Sardes et Laodicée, on voit bien aussi un appel à la repentance (2:21 ; 3:3, 19), mais le retour à la condition originelle n’est plus possible. Si d’un côté le rétablissement de l’assemblée dans son état primitif n’est plus envisagé, d’un autre coté, le fait qu’une porte — la repentance — soit placée devant chaque assemblée, constitue un grand encouragement.

 

Ainsi, il apparaît clairement que les quatre dernières églises sont distinguées des premières par trois faits précis :

q l. Un résidu fidèle est distingué de la multitude corrompue.

q 2. La venue du Seigneur est placée devant les églises.

q 3. Celui qui écoute ne se trouve que parmi les vainqueurs.

Dans la structure des messages, il y a une similitude quant à la manière dont la vérité est chaque fois présentée. Chaque message commence par une présentation de Christ dans un caractère qui, s’il avait été compris et retenu, aurait empêché le déclin de l’Église, ou qui, au sein de ce déclin, aurait soutenu la foi des fidèles dans leurs épreuves. Suit la déclaration de la parfaite connaissance que le Seigneur a de l’état de chaque assemblée, qui motive l’approbation ou la condamnation de ce qu’il y trouve. Ensuite, nous avons des avertissements spéciaux et des paroles d’encouragement. Enfin, chaque message se termine par une promesse spéciale au vainqueur.

 

5                    ÉPHÈSE — Apocalypse 2:1-7

L’apôtre Paul avait longuement exercé son ministère dans l’assemblée à Éphèse, et elle avait aussi joui de privilèges qu’aucune assemblée, avant ou après, n’a connus. C’est peut-être pour cette raison qu’elle est la première sur laquelle le Seigneur prononce son jugement.

C’est à cette assemblée que l’apôtre avait annoncé tout le conseil de Dieu. C’est aux saints d’Éphèse qu’il avait exposé l’amour qui surpasse toute connaissance ; il leur avait révélé leur relation d’épouse de Christ. C’est eux qu’il avait avertis de la dispersion du troupeau après son départ ; c’est là qu’il avait exhorté les anciens à prendre garde à eux-mêmes (Actes 20:27, 28).

Ces privilèges et ces avertissements auraient dû amener les saints à briller pour Christ dans les ténèbres du monde, à prendre garde à eux-mêmes et à se montrer vigilants face au déclin. À de grands privilèges correspondent de grandes responsabilités. Ainsi l’assemblée qui, plus que toutes les autres, avait été privilégiée, est la première sur laquelle se pose le regard scrutateur du Seigneur. Ceux à qui avait été annoncée la vérité la plus élevée, devraient reconnaître que c’était parmi eux que le déclin avait commencé. La plus haute vérité — l’amour de Christ pour l’assemblée — est la vérité qu’ils n’ont pas su maintenir. Ils n’ont pas pris garde à eux-mêmes, comme l’apôtre les y avait exhortés. Autrefois, le sage avait dit : «Garde ton coeur plus que tout ce que l’on garde» (Prov. 4:23). Hélas ! malgré une conduite extérieure correcte, ils n’ont pas su garder leur coeur. Ils ont abandonné leur premier amour.

Nous devons cependant nous souvenir que l’état de cette première assemblée montre l’état spirituel de l’Assemblée entière, aux yeux de Christ, au soir de la vie du dernier apôtre dans la période qui a suivi son départ. Elle nous donne ainsi la pensée de Christ sur le déclin de l’Assemblée entière, l’abandon de sa vraie place et de son caractère de témoin pour Christ dans ce monde.

q v. 1 : Le message est adressé «à l’ange de l’assemblée». L’ange semble représenter ceux qui sont établis pour transmettre la lumière céleste dans chaque assemblée. Comme une étoile émet sa lumière en l’absence du soleil, ainsi, les anges (qui sont assimilés aux étoiles), sont les représentants d’un Christ absent, pour apporter la vérité céleste à l’assemblée qui est solidairement responsable d’être une lumière pour Christ dans le monde. Il s’ensuit que l’ange, d’une manière particulière, est tenu pour responsable de l’état de l’assemblée.

Le Seigneur se présente à cette assemblée comme «Celui qui tient les sept étoiles dans sa droite, qui marche au milieu des sept lampes d’or». Les anges sont vus ici dans leur place personnelle de dépendance à l’égard du Seigneur. Ils sont tenus dans sa main droite, ce qui indique qu’ils accomplissent leur ministère sous l’autorité directe et avec la puissance de Christ. À ce début de l’histoire de l’Église, le temps n’était pas encore venu où ceux qui sont responsables de transmettre la lumière céleste se retireraient de la main de Christ, pour recevoir leur autorité de la main de l’homme.

De plus, le Seigneur n’est pas vu seulement au milieu des lampes comme il est apparu à Jean, mais comme celui «qui marche au milieu des sept lampes d’or». Il n’est pas là comme spectateur, mais comme quelqu’un qui visite les assemblées, prenant un intérêt actif et profond à l’état des siens, porteurs de lumière divinement établis afin de briller pour lui dans ce monde.

q v. 2 : Après cette présentation préliminaire du Seigneur, le message commence par ces mots : «Je connais». Ce sont des paroles scrutatrices qui montrent les assemblées comme étant sous le regard de celui à qui rien ne peut être caché.

Nous sommes limités dans notre connaissance et, par conséquent, souvent partiaux dans nos jugements. Le Seigneur connaît tout ce qui est de lui et tout ce qui n’est pas de lui, bien que souvent cela reste inconnu des autres. Il n’y avait rien dans cette assemblée que le monde puisse considérer comme étant incompatible avec la profession chrétienne ; néanmoins le Seigneur savait ce qu’il lui manquait. «Je connais» : voilà des mots encourageants pour le coeur, bien qu’ils sondent aussi la conscience.

Comme toujours, le Seigneur parle d’abord de ce qui a son approbation ; dans cette assemblée, il y avait bien des choses en accord avec sa pensée. D’abord, le Seigneur dit : «Je connais tes oeuvres». C’était certainement des oeuvres que le Seigneur pouvait approuver, car il y avait dans cette assemblée beaucoup de dévouement dans le service.

Ensuite, le Seigneur approuve le «travail» qui marquait leurs oeuvres. Il peut y avoir beaucoup de service et cependant peu de travail. Le mot indique que leur service demandait de l’énergie et du labeur ; les saints s’y dépensaient avec dévouement.

Puis le Seigneur relève et approuve leur patience (ou «persévérance»). Leur service n’était pas marqué par la simple énergie humaine qui se traduit si souvent par un grand déploiement d’activité. Il était marqué par cette calme persévérance qui ne se lasse pas dans l’oeuvre du Seigneur, face à tous les obstacles, les découragements et même l’opposition.

De plus, le Seigneur peut manifester son approbation en disant : «Tu ne peux supporter les méchants». Ils refusaient de tolérer le mal ou de transiger avec lui ; ils ne voulaient pas non plus s’associer avec ceux qui pactisaient avec le mal.

Le Seigneur trouve encore un motif pour les approuver : leur refus ferme et sans équivoque de recevoir quelqu’un sur sa propre recommandation. Quelle que soit sa profession extérieure, jusqu’à même se dire apôtre, ils le mettaient à l’épreuve et rejetaient ceux qui étaient trouvés menteurs.

q v. 3 : Enfin, le Seigneur se complaît à rendre témoignage à leur amour fidèle et fervent. Leur patience, leurs afflictions, leur travail inlassable avaient pour objet le nom de Christ ; ils ne cherchaient pas à se faire un nom à eux-mêmes ; ils agissaient par amour pour son nom.

Combien belles sont ces qualités que le Seigneur souligne pour les approuver ; il est certes souhaitable que ceux qui cherchent à être une lumière pour Christ dans ce monde de ténèbres aspirent à revêtir des traits aussi excellents et cherchent à les posséder dans une heureuse harmonie, car chaque trait complète l’autre. Leur «travail» les gardait de n’accomplir des oeuvres approuvées par le Seigneur que d’une façon froide et mécanique. La persévérance empêche le travail de n’être qu’une manifestation passagère de ferveur. La haine du mal empêche la patience de dégénérer en tolérance. En mettant à l’épreuve les professants et en démasquant leur prétention, ils prouvaient que leur haine du mal n’était pas une simple profession des lèvres, simple protestation non suivie d’action. De plus, le fait qu’ils faisaient tout pour le nom de Christ, prouvait que leurs oeuvres, leur travail, leur persévérance et leur manière de traiter le mal, n’avaient pas simplement pour but d’établir ou de maintenir leur réputation religieuse. C’était pour l’amour de Christ.

q v. 4 : Il est ainsi évident qu’il y avait bien des choses, dans l’assemblée à Éphèse, qui méritaient l’approbation sans réserve du Seigneur. Bien qu’il ait discerné quelque défaut, le Seigneur ne refuse pas son approbation. Mais tout le bien qu’il a pu approuver ne l’empêche pas de signaler la défaillance. Sous son regard, il y avait dans cette assemblée un déclin d’une très sérieuse nature. Malgré bien des choses louables, il doit dire : «Mais j’ai contre toi que tu as abandonné ton premier amour». Cet abandon était si sérieux à ses yeux qu’il faisait de cette assemblée une assemblée déchue. Extérieurement, il n’y avait rien en elle que le Seigneur condamne et rien à quoi le monde puisse trouver à redire. Certes, l’assemblée pouvait être marquée par des traits que le monde ne pouvait ni comprendre, ni imiter ; mais de toute façon, le monde pouvait difficilement condamner ceux qui étaient caractérisés par les oeuvres, le travail, la persévérance, la haine du mal et l’absence de prétention. Extérieurement, tout était beau et la lampe paraissait briller avec suffisamment d’éclat devant le monde. Cependant, sous la surface, il y avait ce qui, aux yeux du Seigneur, gâtait toute cette belle apparence. L’assemblée avait abandonné son premier amour pour Christ. Ce n’était pas qu’ils aient abandonné leur amour, mais ils avaient perdu leur premier amour. Quelqu’un a dit : «Quel terrible déshonneur on jette sur Christ quand on perd son premier amour ! C’est comme si, après un premier contact, Christ perdait à être connu de plus près.»

Nous pouvons nous demander alors, qu’est-ce que le premier amour ? N’est-ce pas un amour qui ne souffre pas de partage, qui trouve une entière satisfaction dans son objet. Un tel amour ne saurait souffrir de partage ; il remplit l’esprit et le coeur, à l’exclusion de tout autre objet ; il satisfait le coeur parce qu’il le remplit.

Il fut un temps où Christ était tout en tous pour l’assemblée à Éphèse. Alors, vraiment, Christ satisfaisait leur coeur, remplissait leurs pensées et absorbait leur énergie. Mais cette fraîcheur primitive avait passé. Ils n’avaient pas cessé de travailler pour Christ, ni de l’aimer, ni de souffrir pour lui, mais leur travail et leur amour avaient perdu leur fraîcheur primitive. Le premier amour s’en était allé.

Qu’est-ce donc qui avait alimenté leur amour dans ces premiers jours ? N’était-ce pas la réalisation de l’amour de Christ pour eux ? L’amour qui surpasse toute connaissance — l’amour de Christ pour son Assemblée — avait été placé devant eux, mais, au fil des jours, la conscience de son grand amour pour eux s’était émoussée et ainsi ils avaient abandonné leur premier amour pour lui.

Le fait que Christ reproche à l’assemblée d’avoir abandonné son premier amour est une preuve de la grandeur de son amour pour elle. Car son amour est tel qu’il ne peut être satisfait s’il ne trouve pas en retour un coeur tout entier pour lui. L’amour ne peut se satisfaire que d’une réponse sans réserve. Des oeuvres faites pour Christ, si grandes soient-elles, ne sauraient satisfaire son coeur. L’amour fervent de Marie reçoit l’approbation du Maître plus que le service empressé de Marthe. Ce n’est pas que les oeuvres manqueront là où il y a l’amour. Marie qui a choisi «la bonne part» a fait «la bonne oeuvre», et le Seigneur lui-même, dans le message à Éphèse, lie le «premier amour» avec les «premières oeuvres». Il y avait certes à Éphèse des oeuvres que le Seigneur pouvait approuver, mais elles n’étaient pas les premières oeuvres qui étaient le fruit du premier amour.

Le Seigneur nous révèle donc ici la racine de tout déclin, soit dans l’Assemblée dans son ensemble, soit dans le croyant individuellement. Toute la ruine qui a été introduite, tout le mal subséquent qui se développe dans les autres assemblées, ont leur racine dans ce premier abandon. À Éphèse, nous voyons le premier pas qui conduit à la faillite complète de l’assemblée dans sa responsabilité. À Laodicée, nous voyons la dernière étape du déclin. À Éphèse, le Seigneur n’a plus la première place ; à Laodicée, il n’a plus de place du tout ; il est dehors à la porte. Si Christ n’a plus sa place dans le coeur de l’Assemblée, le temps viendra où il sera dehors, à la porte de l’Assemblée.

q v. 5 : La mise à nu de cette source cachée du déclin est suivie par une parole solennelle d’avertissement. Le Seigneur peut dire : «Souviens-toi donc d’où tu es déchu». Aux yeux des autres, l’assemblée à Éphèse pouvait bien être considérée comme une assemblée modèle ; au regard de Christ, elle était déchue. L’assemblée est invitée non seulement à se souvenir, mais à se repentir. Il est inutile de pleurer la perte de la fraîcheur primitive s’il n’y a pas de repentance. Et qu’est-ce que la repentance, si ce n’est reconnaître notre état réel devant le Seigneur ? Si nous sommes vraiment repentants, nous mettrons nos pieds dans les mains du Seigneur afin qu’il puisse ôter la souillure qui est venue entraver la jouissance de son amour pour nous, et affaiblir notre premier amour pour lui. Si nos pieds sont dans ses mains, il pourra ôter toute la poussière du chemin, afin que comme jadis Jean, nous puissions, pour ainsi dire, reposer notre tête dans son sein et y goûter à nouveau la joie du premier amour.

Le résultat de ce retour au premier amour sera vu dans les premières oeuvres. Les Thessaloniciens, comme les Éphésiens, étaient caractérisés par leur «oeuvre», leur «travail» et leur «patience», mais nous lisons que leur oeuvre était une oeuvre de foi, leur travail, un travail d’amour et leur patience, une patience d’espérance.

Alors vient une dernière parole d’avertissement. Si l’assemblée ne se repent pas — s’il n’y a pas de guérison, s’il n’y a pas de retour au premier amour — le Seigneur les avertit qu’il viendra vers eux comme juge et qu’il ôtera la lampe de son lieu. La mission de l’Assemblée était d’être une lumière pour Christ dans ce monde de ténèbres. Cette mission ne peut être remplie que si le coeur est en bon état devant Christ. Le jugement qui menace l’assemblée, si elle faillit à sa mission, est vu comme un acte accompli par le Seigneur. Il ôtera la lampe comme, dans le passé, il ôta Israël du pays dans lequel il aurait dû être un témoin pour l’Éternel. Dans les deux cas, le jugement peut être exécuté par l’intermédiaire du monde ; néanmoins c’est le Seigneur qui en est l’auteur.

q v. 6 : Cependant, s’il y avait abandon du premier amour pour Christ, les Éphésiens continuaient à haïr ceux qui étaient un déshonneur pour Christ. Les Nicolaïtes semblent avoir été ceux qui faisaient de la profession chrétienne une couverture pour le péché. Ils utilisaient la grâce de Dieu pour se livrer aux convoitises de la chair. Une telle conduite était haïe par Christ, et justement haïe par l’assemblée à Éphèse. Au début, ce mal se traduisait par une conduite abominable. Plus tard, dans la période de l’histoire de l’Église qui correspond à Pergame, le mal fit de tels progrès que les mauvaises oeuvres furent cautionnées par une doctrine perverse.

q v. 7 : Après cet avertissement, on trouve l’appel, pour celui qui a des oreilles, à écouter ce que l’Esprit a à dire aux assemblées. Le Seigneur envoie ces messages aux assemblées, mais à travers tous les âges, l’Esprit a appliqué les paroles du Seigneur au coeur et à la conscience de celui qui a des oreilles pour entendre. Ainsi, dans le message du Seigneur à l’ange de l’assemblée à Éphèse, se trouve révélée pour celui qui a l’oreille ouverte, la racine cachée de tout le déclin grandissant qui a marqué l’Assemblée, comme témoin responsable de Christ sur la terre durant sa longue histoire. Le premier manquement n’a pas été dans son témoignage devant le monde, mais dans ses relations secrètes avec Christ. L’éloignement intérieur précède toujours le déclin extérieur.

Le message se termine par la promesse du Seigneur au vainqueur. La victoire, pour l’Assemblée, s’entend normalement par rapport au monde, ainsi que Jean nous le dit : «C’est ici la victoire qui a vaincu le monde, savoir notre foi» (1 Jean 5:4). Ici la victoire doit être remportée à l’intérieur de la profession chrétienne, triste témoignage à l’état de déchéance de l’Église. Pour l’encouragement du vainqueur, le Seigneur présente la promesse de manger de l’arbre de vie qui est dans le paradis de Dieu. Dans le paradis de l’homme, il y avait deux arbres, l’un en rapport avec le privilège et l’autre avec la responsabilité. L’homme a désobéi et a perdu toute bénédiction sur le terrain de la responsabilité. Dieu n’entra dans le jardin que pour chasser l’homme déchu. Maintenant, comme conséquence de la rédemption, le chemin est ouvert et l’homme peut entrer dans le paradis de Dieu et se nourrir là de Christ, l’arbre de vie, pour ne plus jamais en sortir. Le vainqueur, c’est-à-dire celui qui se repent et retrouve le premier amour, a la promesse d’être éternellement satisfait du fruit de l’arbre de vie dans le paradis de Dieu. D’autre part, la pensée du Seigneur est certainement que le vainqueur ait un avant-goût de ces encouragements dans son combat ici-bas pour la victoire.

 

6                    SMYRNE — Apocalypse 2:8-11

Si le message à Éphèse place devant nous l’état de l’Église dans les derniers jours de l’époque apostolique, celui adressé à Smyrne décrit de façon frappante la condition de l’Église durant les années de persécution qu’elle a connues pendant deux siècles après le départ des apôtres.

L’assemblée à Éphèse est décrite comme extérieurement unie et séparée du monde ; mais ayant abandonné son premier amour : elle est aux yeux de Christ une église déchue. Elle est invitée à se repentir : faute de retrouver son premier état, elle perdra sa position de témoignage devant le monde. Hélas ! il n’y a pas eu un tel retour de l’Assemblée dans son ensemble ; aussi bien, jusqu’à la fin de son séjour sur la terre, l’Église est vue comme une Église déchue. Il peut certes y avoir des réveils, et des croyants qui ici et là sont des vainqueurs, mais ce qui est considéré sur la terre comme étant l’Église, est déchu et cesse d’être un vrai témoin pour Christ. Ne remplissant plus ce rôle devant le monde, elle se conforme graduellement à lui ; et, dans sa dernière étape, elle en arrive à être le monde. Une fois enlevé tout ce qui est de Christ au sein de la chrétienté, il ne reste plus qu’une grande profession sans réalité qui tombe sous le même jugement que le monde. Dans la fraîcheur du premier amour, l’Église était entièrement séparée du monde et ce dernier n’avait pas d’influence sur elle. Les séductions de ce monde n’ont pas d’attrait pour un coeur que satisfait l’amour de Christ. L’abandon du premier amour, que ce soit chez un individu, ou dans l’Église dans son ensemble, ouvre la porte au monde, qui peut alors pénétrer et affirmer sa puissance. Quand l’Église abandonna son premier amour, elle fit le premier pas qui conduit vers le monde, là où Satan habite.

Il convient alors de se souvenir que, dans la période de Smyrne, l’Église est déjà une Église déchue. Dans son tendre amour, le Seigneur s’occupe de cette Église déchue d’une manière qui arrêtera pour un temps son déclin. Le Seigneur la fait passer par la fournaise de l’affliction. Éphèse était sans reproche devant le monde, mais déchue devant Christ. À la suite des voies du Seigneur envers elle, Smyrne fut persécutée par le monde, mais fut fidèle devant le Seigneur.

q v. 8 : Le Seigneur se présente à cette église dans la gloire de sa Personne, comme le premier et le dernier et, dans la gloire de son oeuvre, comme celui qui a été mort et qui a repris vie.

Rien n’est plus propre à soutenir et encourager ceux qui sont appelés à rencontrer la puissance de Satan et à affronter le martyre que de savoir qu’ils sont dans les mains d’une Personne divine — le premier et le dernier — celui qui existait avant toute puissance adverse, et qui demeurera quand le dernier ennemi aura été mis sous ses pieds ; celui qui, par conséquent, est au-dessus de tout. Le Seigneur peut certes se servir de l’hostilité de l’ennemi pour faire passer son peuple par l’épreuve, mais s’il est le premier et le dernier, aucune puissance du diable ne peut finalement prévaloir contre ceux qui sont à lui. Bien plus, s’ils sont appelés à endurer une mort de martyr, Christ lui-même a marché devant eux dans ce chemin, car il a souffert la mort de la main de l’homme. Il a été mort et a repris vie ; apparemment défait et vaincu, il remporte la victoire sur le dernier et le plus grand des ennemis. La mort n’a pas pu prévaloir contre lui et, par conséquent, elle ne prévaudra pas non plus contre ceux qui sont à lui.

q v. 9 : S’étant présenté d’une manière si heureusement appropriée à leur état et à leurs circonstances, le Seigneur révèle à ces saints dans la souffrance que tout est sous son regard. «Je connais» dit-il. Il veut qu’ils réalisent que les épreuves qu’ils traversent, les circonstances où ils se trouvent, l’opposition de Satan qu’ils peuvent avoir à rencontrer et les souffrances auxquelles ils peuvent encore avoir à faire face, lui sont toutes connues.

Il n’en est pas autrement aujourd’hui. Nos épreuves, nos circonstances, l’opposition que nous pouvons avoir à rencontrer, soit à l’intérieur du cercle chrétien, soit à l’extérieur, sont toutes connues de celui qui, étant le premier et le dernier, peut voir la fin dès le commencement. Cependant, s’il est le premier et le dernier, ayant toute la puissance dans ses mains, pourquoi permet-il que son peuple passe par l’épreuve ? N’est-ce pas parce qu’il a non seulement toute puissance dans ses mains, mais aussi l’amour parfait dans son coeur ? L’amour divin sait parfaitement que les épreuves sont nécessaires à notre bénédiction et, parce qu’il nous aime, il envoie des épreuves selon cette parole : «Celui que le Seigneur aime, il le discipline» (Héb. 12:6). Nous pouvons perdre notre premier amour pour le Seigneur, mais son amour à lui ne faiblira jamais. «Jésus... ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin» (Jean 13:1). Si, dans son amour invariable, il doit nous faire passer par l’épreuve, c’est pour notre profit, afin que nous participions à sa sainteté. Connaissant toutes choses, il savait d’où l’Église était déchue et dans quelles profondeurs elle tomberait encore. Celui qui est le premier et le dernier s’occupe de nous selon sa parfaite connaissance et son amour infini. Dans ses soins à notre égard, non seulement il nous discipline pour les manquements passés, mais il veut aussi nous former dans le temps présent selon sa propre sainteté et nous préparer pour les choses que nous pouvons avoir encore à rencontrer dans l’avenir.

Le caractère distinctif de ces saints n’était pas les oeuvres, mais la souffrance. Les saints d’Éphèse étaient des faiseurs d’oeuvres et ceux de Smyrne connaissaient de grandes souffrances. Souvenons-nous que souffrir est un aspect du service, tout comme faire des oeuvres.

Le Seigneur a permis que les épreuves aux jours de Smyrne aient un triple caractère : souffrances de la part du monde, pauvreté due aux circonstances et opposition du diable.

Une église qui a perdu son premier amour est en danger d’être entraînée dans le monde ; pour arrêter cette dérive, le Seigneur permet que le monde la persécute. Bien plus, une église qui est entraînée vers le monde risquera toujours d’adopter les méthodes du monde, et d’essayer de faire prospérer les intérêts du Seigneur en usant des richesses terrestres et en se servant de la puissance et de l’influence du monde. Combien différente était l’Église du début, composée principalement de pauvres, n’ayant ni la puissance ni la faveur du monde. Alors vraiment ils étaient enrichis d’«une grande puissance» et d’une «grande grâce» (Act. 4:33). Mais c’était une force spirituelle et cette grâce avait une autre origine. Prévoyant ce danger, le Seigneur dépouilla l’église de Smyrne d’une manière telle qu’ils étaient pauvres dans les choses qui, pour le monde, sont un gain, comme la richesse, la puissance et l’autorité, et cela afin de les rendre riches dans son estimation. Ainsi le Seigneur peut dire de cette église : «Je connais ta tribulation, et ta pauvreté (mais tu es riche)». Il vaut bien mieux être pauvre aux yeux du monde et riche dans l’estimation du Seigneur, qu’être comme l’Église dans sa dernière étape, riche et enrichie, mais aux yeux du Seigneur «le malheureux et le misérable, et pauvre» (3:17).

Hélas ! En contraste avec l’église de Smyrne, nous voyons la profession chrétienne tomber rapidement, de tous côtés, dans un état laodicéen, dans lequel ceux qui professent suivre celui qui n’avait pas où reposer sa tête, rivalisent d’ardeur pour s’assurer pouvoir et influence dans le monde. Aux jours de Smyrne, pour enrayer le glissement vers le monde, le Seigneur utilisa la persécution, qui entraîna l’appauvrissement des saints. Mais, l’ennemi chercha d’une autre façon à semer la confusion dans l’assemblée et à l’attirer dans le monde. Aux jours de Smyrne, l’Église dut faire face à l’opposition de ceux qui insistaient sur des principes juifs et cherchaient ainsi à attirer l’Église dans une religion mondaine. Le mot «juif» est probablement utilisé dans un sens figuré, pour désigner ceux qui, comme les juifs, se glorifiaient d’un système cérémonial héréditaire de sacrements, qui associait la religion au monde et cherchait à la rendre attrayante pour la chair au moyen d’édifices magnifiques, de vêtements somptueux et de cérémonies grandioses. L’ennemi s’efforçait ainsi de faire du christianisme un système, qui, tout en étant très agréable pour la chair, tient l’âme à distance de Dieu. De plus, un tel système nécessite une sacrificature humaine selon le modèle juif, car, comme cela a été justement dit : toutes les fois que le monde est lié à la religion, une sacrificature doit être introduite, car le monde, comme tel, ne peut pas et ne veut pas se tenir devant Dieu.

On peut bien comprendre que ces docteurs judaïsants paraissent sur la scène dans des temps de persécution, car leur enseignement offrait un moyen spécieux d’y échapper. L’apôtre Paul demande : «Si je prêche encore la circoncision, pourquoi suis-je encore persécuté ? — alors le scandale de la croix est anéanti» (Gal. 5:11). La loi, avec ses édifices imposants, ses cérémonies somptueuses et son rituel chargé d’ornements, reconnaît la chair et s’adresse à elle. Si nous acceptons de reconnaître la chair et adoptons ses méthodes, le monde n’aura pas d’objection à être religieux et, au lieu d’être persécuteur, commencera à protéger un christianisme corrompu correspondant à ses goûts. L’attaque du diable contre l’Église dans la période de son histoire représentée par Smyrne, prit une double forme. D’abord, il chercha à saper ses fondements en l’associant au judaïsme. Devant l’échec de cette attaque, il s’opposa à elle par la persécution. C’est toujours ainsi qu’agit le diable. Aiguillonné par la naissance du Seigneur, il montra d’abord sa méchanceté en essayant la corruption, quand Hérode chercha le petit enfant sous prétexte de vouloir lui rendre hommage. N’y ayant pas réussi, le diable chercha à détruire l’enfant par la violence, en tuant tous les enfants de Bethléem. De même, lors de la première prédication de l’évangile en Europe, nous voyons un autre déchaînement de la haine du diable, quand il chercha à arrêter l’oeuvre, par cette femme possédée d’un esprit de python qui semblait aider cette oeuvre, mais en fait la corrompait. Cette ruse étant découverte, il eut recours à la violence, excitant les hommes à battre les apôtres et à les jeter en prison. Ici, au début de l’histoire de l’Église, les apôtres ayant été retirés de la scène, le diable, à nouveau, lança une double attaque contre l’Église. Il chercha premièrement à la détourner de son appel céleste par les influences corruptrices de ceux qui, par leurs pratiques, se disaient juifs, mais ne l’étaient pas. Ces personnes cherchaient à former une église selon le système juif en y ajoutant les enseignements chrétiens. Un tel système ne serait ni une vraie synagogue juive, ni une simple assemblée chrétienne, mais un mélange des deux et par conséquent rien d’autre qu’une contrefaçon, une synagogue de Satan. À ce stade de l’histoire de l’Église, cet effort échoua manifestement, car ces instruments de Satan ne sont pas considérés comme étant l’Église. Ils cherchaient peut-être de fait à agir dans l’assemblée, mais le Seigneur dit : «Je connais... l’outrage de ceux qui se disent être juifs». Le Seigneur les connaissait et l’Église leur résista.

q v. 10 : L’attaque par la corruption ayant échoué, il fut permis à Satan d’avoir recours à la violence ; le Seigneur dit : «Le diable va jeter quelques-uns d’entre vous en prison». La violence du diable peut certes causer des souffrances pour le peuple de Dieu, mais elle est moins dangereuse pour lui que ses ruses. Le Seigneur permet cette attaque, car, comme Pierre le dit dans son épître, les saints peuvent être «affligés maintenant pour un peu de temps par diverses tentations, si cela est nécessaire» (1 Pierre 1:6). Cependant si le Seigneur juge que l’épreuve est «nécessaire», il y mettra aussi une limite, et nous lisons : «vous aurez une tribulation de dix jours». Pierre dit pareillement que ces diverses tentations ne sont que «pour un peu de temps». Le Seigneur peut laisser Satan jeter quelques-uns en prison, mais il ne lui permet pas de dépasser les dix jours qu’il a fixés.

Le Seigneur ne cache pas aux fidèles le chemin qui est devant eux. Souffrance, prison, et peut-être martyre, seront leur portion. Néanmoins, il les encourage : «Ne crains» pas, «Sois fidèle», et cela même jusqu’à la mort, car au-delà de la mort il y a la couronne de vie. Le Seigneur place devant eux la croix pour le temps présent, et la couronne pour l’avenir. Autrefois, le Seigneur avait dit à ses disciples : «Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui après cela ne peuvent rien faire de plus» (Luc 12:4). Au-delà de la mort, ni hommes ni démons n’ont plus aucun pouvoir. Ils ne peuvent toucher l’arbre de vie qui est dans le paradis de Dieu, ni la couronne de vie qui attend le martyr fidèle.

Si, dans cette vie, il est parfois permis au diable de susciter des persécutions contre les saints, il n’est pas à craindre qu’ils soient vaincus, mais, comme le Seigneur dit à ces saints dans la souffrance : C’est «afin que vous soyez éprouvés». Cette épreuve n’est pas l’épreuve de la chair, mais l’épreuve de la foi. C’est pourquoi, le Seigneur dit : «Sois fidèle». Le Seigneur pouvait dire à Pierre : «Simon, Simon, voici, Satan a demandé à vous avoir pour vous cribler comme le blé ; mais moi, j’ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas ; et toi, quand une fois tu seras revenu, fortifie tes frères» (Luc 22:31, 32). Des années plus tard, nous entendons Pierre fortifier ses frères. Il leur rappelle que les hommes éprouvent leur or par le feu, mais que l’épreuve de leur foi est bien plus précieuse que celle de l’or qui périt (1 Pierre 1:7). Aussi, ne doivent-ils pas être surpris si Dieu éprouve la foi de ses saints en les faisant passer par la fournaise ardente de la persécution. S’il les afflige ainsi, c’est afin que l’épreuve de leur foi «soit trouvée tourner à louange, et à gloire, et à honneur, dans la révélation de Jésus Christ». La mort du martyr au jour de la souffrance aboutira à la couronne de vie au jour de la gloire.

q v. 11 : Les «dix jours» de violente persécution peuvent être passés, mais nous devons néanmoins écouter ce que l’Esprit dit aux assemblées. Le message à Smyrne aux jours de sa violente persécution s’adresse à nous, en ce temps de profession facile. Il nous parle du vrai caractère du monde sous le pouvoir de Satan et nous rappelle les deux manières par lesquelles le monde peut détourner l’Église de sa fidélité à Christ. D’une part, il corrompt l’Église par une religion mondaine, mélange de judaïsme et de christianisme ; ou, si cela est sans effet, il la persécute ouvertement. Nous sommes aux derniers jours de la chrétienté : la corruption a si entièrement imprégné la vaste masse de la profession chrétienne, qu’il est à peine nécessaire que Satan la persécute. Néanmoins, ni le diable, ni le monde n’ont changé dans leur hostilité à Christ.

La promesse au vainqueur est bien de saison en ce jour de persécution. Il n’aura point à souffrir de la seconde mort. Le corps peut souffrir sur le chevalet du bourreau ou dans les flammes du bûcher, mais l’âme du croyant ne peut pas souffrir de la seconde mort. Le martyre peut séparer l’âme du corps, mais la seconde mort ne séparera jamais de Dieu l’âme du croyant. Cette promesse est de nature à encourager le vainqueur au travers des souffrances qui peuvent aller jusqu’à la mort.

 

7                    PERGAME — Apocalypse 2:12-17

Le message adressé à Éphèse montre clairement que si la profession chrétienne a perdu sa position de témoin pour Christ sur la terre, l’abandon du premier amour pour lui en fut l’origine. Dans le message à Smyrne, nous apprenons comment ce déclin fut arrêté pour un temps par la persécution que le Seigneur laissa son Église traverser. En même temps, elle fut troublée par des docteurs judaïsants qui cherchaient manifestement à échapper à la persécution du monde en tentant de lier les formes du judaïsme avec les enseignements du christianisme. Pour un temps, la persécution réveilla la fidélité des saints. Néanmoins, le levain du judaïsme, bien qu’alors rejeté avec indignation, fermentait durant la période de Smyrne. Cet effort pour changer l’assemblée chrétienne composée uniquement de vrais croyants, en une pseudo-synagogue juive, composée d’un mélange de croyants et d’incrédules, ouvrirait naturellement la porte de l’Église au monde et préparerait ainsi le chemin qui l’amènerait à s’installer dans le monde

C’est là la phase suivante du déclin de la profession chrétienne, le caractère dominant de l’Église dans la période de Pergame. Une Église judaïsée n’est plus un scandale pour le monde. Un peu plus tôt, l’apôtre Paul pouvait écrire : «Si je prêche encore la circoncision, pourquoi suis-je encore persécuté ? — alors le scandale de la croix est anéanti» (Gal. 5:11).

q v. 12 : La présentation de Christ à l’ange de l’église à Pergame fait référence à l’état de l’Église dans cette période. Le Seigneur se présente comme «celui qui a l’épée aiguë à deux tranchants». Nous savons par Hébreux 4:12 que l’épée à deux tranchants est une figure de la Parole de Dieu. Le psalmiste peut parler de la Parole comme d’une lampe à son pied (Ps. 119:105). Ici, elle n’est pas vue comme une lumière pour le chemin du chrétien, mais comme une épée qui s’occupe de tout ce qui est contraire à la lumière. La Parole vue comme l’épée a toujours un aspect judiciaire. Elle peut certes être utilisée par l’Esprit pour protéger le chrétien des ruses du diable (Éph. 6:11-17), ou, comme dans ce passage solennel, elle peut être utilisée par Christ contre le corps public de la profession chrétienne, à moins qu’il n’y ait repentance.

q v. 13 : Le Seigneur en vient tout de suite à ce qui est si sérieux à ses yeux. Il dit : «Je sais où tu habites, là où est le trône de Satan». Satan, nous le savons, est le prince de ce monde et il siège là où il gouverne. Son trône n’est pas en enfer comme l’imaginent faussement des poètes. Il siège là où il règne et non dans le lieu où il sera lié quand son trône sera anéanti et le temps de son règne terminé. Il ne règne pas seulement à Rome, ou à Pergame. Son royaume n’est pas limité à un lieu, il s’étend au monde entier. Si l’église professante habite là où est le trône de Satan, nous pouvons être sûrs que l’Église a abandonné son caractère d’étrangère et s’est installée dans le monde.

Le Seigneur a dit des siens : «Vous n’êtes pas du monde, mais... moi, je vous ai choisis du monde» (Jean 15:19). De plus, le Seigneur Jésus Christ «s’est donné lui-même pour nos péchés, en sorte qu’il nous retirât du présent siècle mauvais» (Gal. 1:4). En outre, les chrétiens ont reçu un appel céleste, leur habitation est dans le ciel. L’Église appartient au ciel et devrait porter un caractère céleste. Combien c’est alors solennel pour ce qui a la position de l’Église devant le monde, d’abandonner l’appel céleste, de rejeter son caractère céleste et de s’installer dans le monde. Il est vrai que le chrétien est dans le monde et, en effet, le Seigneur parle de ses disciples comme étant envoyés dans le monde, car il peut dire au Père «Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde» (Jean 17:18). Comment donc y a-t-il été envoyé ? Assurément pas pour «habiter» dans le monde, mais pour rendre témoignage à Dieu comme la lumière du monde. Celui qui, quand il était sur la terre, pouvait parler de Lui-même comme «le Fils de l’homme qui est dans le ciel» (Jean 3:13), n’était pas un «habitant» de ce monde. Certes, il marchait sur la terre, mais sa demeure était dans le ciel. L’Écriture montre d’une manière absolument claire que le monde est le lieu de notre pèlerinage, où nous sommes laissés pour un temps afin de reluire «comme des luminaires dans le monde» (Phil. 2:15). Habiter dans le monde, c’est chercher à s’y établir comme si c’était notre habitation permanente.

Tel était donc l’état solennel de l’Église dans la période de son histoire décrite dans le message à Pergame. Elle n’était plus un témoin dans le monde, mais une habitante du monde. Habiter montre le caractère moral de la profession, tout comme l’expression «ceux qui habitent sur la terre», utilisée ensuite dans l’Apocalypse, montre le caractère d’une certaine classe de personnes. Les anges visitèrent Sodome, ayant à y rendre témoignage ; Lot y habita, il trouva là son chez-lui et son caractère fut formé par le lieu où il habitait.

S’étant installée dans le monde, l’Église cesse d’être un témoin pour Christ, et le monde cesse de la persécuter. Quand le monde et l’Église s’associent, il ne reste plus aucun motif de persécution. À partir de cette période, l’Église dans son ensemble a perdu son caractère céleste et ne le retrouvera jamais tout au long de son histoire sur la terre ; et il y eut pire, car le christianisme est devenu parmi les hommes simplement un moyen pour élever le niveau des masses et faire prospérer des intérêts matériels.

Néanmoins, il y avait encore ce que le Seigneur pouvait approuver, car nous l’entendons dire : «Tu tiens ferme mon nom, et tu n’as pas renié ma foi». Le nom dans l’Écriture est toujours l’expression de ce qu’est une personne et cela parle de la vérité concernant la personne de Christ. «Ma foi» désigne les grandes vérités du christianisme concernant l’incarnation, la mort et la résurrection de notre Seigneur.

En dépit du fait que le corps professant s’était installé dans le monde et avait ainsi abandonné son caractère céleste, l’Église, pendant cette période, tenait encore ferme la vérité concernant la personne de Christ et refusa de se laisser entraîner en aucune manière à renier la foi chrétienne.

Cela implique toutefois que, à cette époque, il y eut des attaques pour enlever à l’Église les grandes vérités du christianisme. L’arianisme qui niait la divinité de Christ, l’apollinarisme qui attaquait son humanité et le nestorianisme qui faisait de notre Seigneur deux personnes, surgirent au quatrième siècle. L’Église, en condamnant l’hérésie au cours de différents conciles, tint ferme la vérité concernant la personne de Christ, certains sacrifiant même leur vie plutôt que d’abandonner la vérité. Antipas fut un brillant exemple de ceux dont le Seigneur parle «Mon fidèle témoin, qui a été mis à mort parmi vous, là où Satan habite». Le Seigneur ne pouvait plus parler de l’Église dans son ensemble comme «Mon fidèle témoin», mais il y avait encore des individus fidèles.

Il est extrêmement encourageant que le Seigneur nous fasse connaître que, si grand que soit le déclin général et si sombre que soit l’époque, il y a toujours des personnes isolées qu’il peut approuver et dont il peut parler comme étant «à lui», et pas seulement comme étant des témoins pour lui, mais de «fidèles témoins». De même l’apôtre Paul, nous donnant des instructions pour un jour de ruine, envisage manifestement l’existence de telles personnes, car il charge Timothée de transmettre la vérité «à des hommes fidèles» (2 Tim. 2:2).

La fidélité d’Antipas lui valut une mort de martyr. Il fut un lumineux témoin de Christ dans le monde de Satan et, par là, un brillant exemple de ce que toute l’Église aurait dû être dans ce monde ; et par contraste, il condamnait le bas état de l’Église. Il est vrai que l’Assemblée n’était pas en association reconnue avec le monde gouverné par Satan, qui avait déjà montré son vrai caractère en mettant à mort le fidèle témoin du Seigneur ; néanmoins, les paroles du Seigneur semblent faire un sérieux reproche à l’Église déchue, car il dit de ce fidèle témoin qu’il «a été mis à mort parmi vous, là où Satan habite». C’est comme s’il disait à l’Église «vous vivez où Satan habite, mais mon fidèle témoin y est mort».

q v. 14 : Ainsi, nous comprenons que, si le Seigneur aura toujours des témoins fidèles, à partir de ce moment-là, l’Église dans son ensemble est désormais installée dans le monde. Le pas suivant dans le déclin est de composer avec le monde où elle s’est installée. On pourrait objecter que le monde avait changé de caractère, puisqu’il avait cessé de persécuter l’Église. Ce n’était qu’un changement extérieur, un changement de comportement. Il couvrait sa nudité d’une profession extérieure de christianisme ; de coeur, il demeurait le même : il aimait le péché et haïssait Christ. Néanmoins, l’Église ayant abandonné son premier amour était prête à devenir la proie de ses séductions.

Ce palier dans le déclin est illustré par l’histoire de Balaam. Cet homme profondément méchant nous est présenté dans les chapitres 22 à 24 des Nombres. Il fut soudoyé par Balak pour maudire le peuple de Dieu. Empêché d’aider Balak à le détruire par les malédictions, il lui enseignait comment en provoquer la chute par la corruption. Contraint de donner la pensée de Dieu quant à Israël, il avait dit «Voici, c’est un peuple qui habitera seul, et il ne sera pas compté parmi les nations» (Nomb. 23:9). C’était cette barrière entre Israël et le monde que Balaam essayait de renverser. L’association avec le monde que Moab représente, est la doctrine de Balaam. Pour s’assurer «le salaire d’iniquité» (2 Pierre 2:15), il enseigne à Balak «à jeter une pierre d’achoppement devant les fils d’Israël», en renversant le mur de séparation et en établissant ainsi des relations entre Israël et les nations (Nomb. 31:16). Balak agit selon ce conseil pervers et on en trouve le résultat dans le chapitre 25 des Nombres. Au lieu de chercher à soulever une opposition plus violente contre Israël, Balak permet au peuple de s’installer dans son pays. Ainsi, nous lisons : «Israël habitait en Sittim» (Nomb. 25:1), ville des plaines de Moab (Nomb. 33:49). Installé dans le pays de Moab, le peuple de Dieu tombe dans les voies idolâtres et impies de ce monde. Il en va de l’Église comme d’Israël : elle s’est installée dans le monde, elle y habite, elle a contracté une alliance impie avec lui et adopte son idolâtrie. Ainsi, à cette étape de l’histoire de l’Église, des hommes ont été laissés libres d’enseigner qu’il serait avantageux pour l’Église et pour le monde que les chrétiens se mêlent aux hommes du monde. Il pouvait y avoir des protestations isolées, mais il n’y avait plus d’opposition générale à ces faux docteurs. Le Seigneur ne dit pas comme à Éphèse : «Tu hais» ou «Tu as éprouvé ceux qui se disent apôtres... et tu les as trouvés menteurs» (2:2), mais : «Tu as là des gens qui tiennent la doctrine de Balaam». Des faux docteurs étaient tolérés et de mauvaises pratiques suivirent. Comme toujours, une doctrine mauvaise conduit à une pratique mauvaise.

q v. 15 : Balaam enseignait au peuple de Dieu à s’associer au monde. En outre, la période de l’histoire de l’Église représentée par Pergame, fut marquée par ceux qui tenaient la doctrine des Nicolaïtes. Leur doctrine perverse était manifestement de tourner la grâce de Dieu en licence. Au début, cela se montra par l’introduction dans le milieu chrétien de pratiques immorales venant du monde païen. Ces pratiques dissolues étaient haïes et rejetées à Éphèse. À Pergame, ce mal affreux avait pris une forme plus subtile, cette licence ayant le support de la doctrine. Pierre fait probablement référence aux docteurs de cette doctrine perverse quand il avertit l’Église qu’il «y aura parmi vous de faux docteurs qui introduiront furtivement des sectes de perdition» et il ajoute «Plusieurs suivront leurs excès» (2 Pierre 2:1, 2).

On ne peut absolument pas ajouter foi aux allusions à la secte des Nicolaïtes que l’on trouve dans les écrits profanes ; c’est pourquoi, il est difficile d’y glaner quoi que ce soit de sûr concernant ces personnes. Pour cette raison, certains ont pensé que le mot est pris dans un sens symbolique. Ils disent que le mot signifie «conquérants du peuple» et se réfère à la naissance du cléricalisme. Contre cette manière de voir, nous devons nous souvenir que l’étymologie du mot est fondée sur de simples suppositions.

À terme, la tolérance de ces fausses doctrines ouvre la voie de façon inévitable à l’union de la profession chrétienne, dans ses dernières étapes, avec le monde : l’Église s’est avilie en tombant dans l’idolâtrie du monde, et le monde s’est donné un vernis extérieur de respectabilité en adoptant la profession chrétienne.

q v. 16 : Suivent des avertissements et un appel à la repentance. Si cet appel n’est pas entendu, le Seigneur viendra à ce corps professant comme un juge, et promptement. Il ne s’agit pas là de la venue du Seigneur qui va effectivement enlever au ciel ceux qui constituent son Église, son Corps ; — et l’Écriture dit que cette venue aura aussi lieu promptement. Il viendra à Pergame d’un point de vue moral et agira judiciairement contre ceux qui corrompent la profession chrétienne. Il ne dit pas : Je combattrai contre «toi» mais : Je combattrai contre «eux». Si l’Église n’a plus de puissance pour s’occuper des faux docteurs et des méchants, le Seigneur peut agir directement pour ôter le mal et maintenir l’honneur de son nom. Ce jugement sera exécuté par l’épée de sa bouche. Ces faux docteurs seront démasqués et condamnés par la Parole de Dieu. La Parole qui est une lumière et une consolation pour ceux qui lui obéissent, devient une épée pour condamner ceux qui méprisent ses avertissements et ses instructions.

q v. 17 : L’invitation à écouter ce que l’Esprit dit aux assemblées est suivie de la promesse au vainqueur, liée à «la manne cachée», au «caillou blanc» et au «nouveau nom».

La manne était la provision de Dieu venant du ciel pour nourrir Israël durant son voyage dans le désert. Spirituellement, nous savons que Christ est «le pain qui est descendu du ciel» (Jean 6:58) pour être la nourriture de son peuple dans le désert. La manne présente Christ venu ici-bas, non seulement dans la condition humaine — à part le péché — mais aussi dans les circonstances d’ici-bas pour connaître tout ce que nous avons à rencontrer dans un monde déchu. La «manne cachée» fait référence à l’omer de manne qui était placé dans l’arche en mémorial. Christ est maintenant exalté dans le ciel ; il n’est plus vu dans l’humiliation. Cependant le privilège du vainqueur est de savoir que celui qui est maintenant dans la gloire, fut autrefois dans le désert où il parcourut son chemin solitaire, débonnaire et humble, et rencontra le mépris d’un monde hostile et la contradiction des pécheurs.

Hélas ! Le corps professant s’était installé dans le monde pour y trouver son chez-soi ; il s’associait à lui par une alliance impie et mangeait des choses sacrifiées aux idoles. Le vainqueur refuse de se laisser entraîner dans le monde qui est toujours pour lui un désert qu’il traverse en n’étant qu’étranger et pèlerin. Ayant refusé de manger les choses sacrifiées aux idoles, il reçoit la promesse du Seigneur : «Je lui donnerai de la manne cachée».

Ensuite, le Seigneur dit : «Je lui donnerai un caillou blanc». C’est sans doute là une image : lors d’une élection, le citoyen déposait un caillou dans l’urne, blanc ou noir selon qu’il approuvait le candidat ou non. Cette image exprime que la pensée du Seigneur donne au vainqueur le sentiment de son approbation. Le vainqueur peut certes se heurter à la désapprobation des hommes quand il résiste à l’alliance impie de l’Église avec le monde ; cependant, la pensée de l’approbation du Seigneur exprimée par le caillou blanc sera pour lui un encouragement.

De plus, sur le caillou se trouve un nouveau nom écrit. Les noms dans l’Écriture ne sont pas utilisés simplement pour distinguer une personne d’une autre, mais pour montrer le caractère particulier d’une personne. Le nouveau nom n’indique-t-il pas le caractère que Christ voit et apprécie chez celui à qui il donne un nouveau nom ? Le monde peut diffamer et chercher à attribuer de mauvais motifs au vainqueur qui refuse d’aller avec la foule pour faire le mal. Quoi qu’il en soit, le Seigneur donne au vainqueur la joie secrète de réaliser que son vrai caractère est connu et apprécié par lui-même.

 

8                    THYATIRE — Apocalypse 2:18-29

Afin de bien interpréter le message à Thyatire et ceux qui suivent, il est important de voir les différences caractéristiques entre les trois premiers messages et les quatre derniers.

Il est clair que les trois premières assemblées présentent l’état de l’Église professante tout entière à trois périodes successives de son histoire. De plus, l’état général manifesté par ces assemblées ne se perpétue pas tout au long de l’histoire de l’Église, bien qu’il soit vrai que les maux qui se développent au cours des siècles de leur existence continuent de marquer la profession chrétienne jusqu’à la fin.

Le témoignage collectif rendu par l’Église au temps d’Éphèse est passé, bien que l’abandon du premier amour ait toujours marqué la profession chrétienne depuis lors...

De même, l’Église dans son ensemble n’est plus persécutée comme au temps de Smyrne, bien que le levain des docteurs judaïsants continue de travailler tout au long de son histoire.

Pareillement, tenir ferme le nom de Christ, garder la foi, ne sont plus des traits caractéristiques de l’Église dans son ensemble comme dans la période de Pergame ; tandis que, hélas, d’une façon générale, la profession a oublié son appel céleste et est devenue complètement mondaine.

Si l’on en vient aux quatre derniers messages, il est à remarquer qu’en général, trois choses les distinguent des trois premiers. D’abord, nous trouvons que la venue du Seigneur y est présentée, soit en termes précis, soit implicitement, pour encourager ou avertir. Ensuite, dans chacune de ces assemblées, nous avons un résidu distingué de la masse du corps professant. Enfin, l’appel à écouter ce que l’Esprit dit aux assemblées suit la promesse au vainqueur.

Ces trois points sont profondément significatifs. Le premier — le fait que la venue du Seigneur est annoncée aux églises — indique que l’état présenté par ces quatre assemblées continuera jusqu’à la fin. En outre, le fait qu’un résidu est mis à part conduit à la conclusion qu’il n’y a plus aucun espoir pour le rétablissement de l’Église dans son ensemble. La possibilité de se repentir est offerte aux trois premières églises, ce qui aurait rétabli un état normal. À Thyatire, il y a bien une invitation à la repentance, mais il est nettement déclaré : «elle ne veut pas se repentir». La masse que la corruption gagne de plus en plus, est atteinte par le jugement, bien que, au sein de la ruine, Dieu se garde un résidu. Enfin, le fait que l’appel à écouter ce que l’Esprit dit aux assemblées suive la promesse au vainqueur, est une autre preuve que la profession chrétienne est si irrémédiablement corrompue que celui qui écoute ne se trouve plus parmi elle, mais seulement parmi les vainqueurs.

Cependant, tandis qu’il est important de faire la distinction entre les trois premières et les quatre dernières églises, il est également important de remarquer le rapport entre les trois premières et Thyatire. À Éphèse, il y avait encore un témoignage collectif devant le monde. Le germe de la faillite était pourtant là : l’affaiblissement du premier amour pour Christ — ce solennel abandon — ouvrait la voie qui amènera l’Église au niveau du monde.

Dans la période suivante de l’histoire de l’Église, présentée par Smyrne, le déclin du témoignage public fut arrêté pour un temps par la persécution.

Avec Pergame, la persécution ayant cessé, l’état de la chrétienté se dégrade rapidement. Déjà l’Église avait abandonné son premier amour, elle oublie maintenant son appel céleste ; elle cesse d’être un groupe séparé et s’installe dans le monde où Satan habite. Elle y a établi sa demeure et n’est plus persécutée. L’alliance impie entre l’Église et le monde amène celle-ci à adopter les pratiques du monde, et ce dernier revêt une profession extérieure de christianisme. Nous voyons ainsi se former cette vaste profession mondaine appelée la chrétienté.

Avec Thyatire, il y a un nouveau progrès dans le mal. Sous la figure de la femme Jézabel, nous assistons au développement d’un système ecclésiastique mondain qui cherche à s’assurer la domination universelle sur la chrétienté. Tout au long du Moyen Age, durant près de mille ans, la profession chrétienne porte les caractères présentés par Jézabel. Sardes se développe après et Thyatire, tout en étant toujours sur la scène, cessa d’être représentative de toute l’Église.

Si nous gardons présentes à l’esprit les différences caractéristiques entre les messages aux assemblées, nous serons mieux préparés pour voir en détail la lettre à Thyatire.

q v. 18 : Christ se présente à cette église comme «le Fils de Dieu, qui a ses yeux comme une flamme de feu, et dont les pieds sont semblables à de l’airain brillant». Le titre «Fils de Dieu», dans ce contexte, est profondément significatif. Nous savons par les propres paroles du Seigneur à Pierre, que Christ, le Fils de Dieu, est le roc sur lequel l’Église est bâtie. Avec Thyatire, nous avons la naissance d’un système qui rejette le Fils de Dieu et exalte un homme pour en faire le roc sur lequel l’Église est bâtie.

Christ est aussi présenté comme celui dont les yeux sont comme une flamme de feu ; ce qui parle du regard pénétrant et scrutateur auquel rien n’est caché : tout mal doit tomber sous la condamnation de cette flamme. Ses pieds sont semblables à de l’airain brillant, nous rappelant l’absolue fermeté et la justice inflexible de ses jugements face au mal que découvre son regard scrutateur.

q v. 19 : Après s’être ainsi présenté, le Seigneur parle de ce qu’il approuve chez les siens. Il dit : «Je connais tes oeuvres, et ton amour, et ta foi, et ton service, et ta patience, et tes dernières oeuvres qui dépassent les premières». Il est bien remarquable que, dans ces sombres jours de l’histoire de l’Église, le Seigneur trouve tant de choses à approuver. Ni dans la période de Smyrne, ni dans celle de Pergame, ne se trouvaient des oeuvres que le Seigneur pouvait approuver. Au temps de Smyrne, la violence de la persécution entraîna de grandes souffrances chez les fidèles pour l’amour de Christ ; ce temps par contre n’offrait guère d’occasion pour des oeuvres. À Pergame, l’Église à l’aise dans le monde, ne pouvait guère se glorifier d’oeuvres que le Seigneur pouvait approuver. À Éphèse, il y avait certes de telles oeuvres, mais il y manquait «l’amour» et «la foi» qui se trouvaient dans celles de Thyatire. Bien plus, le Seigneur dit : «Je connais... tes dernières oeuvres qui dépassent les premières». L’activité des fidèles ne tiédissait pas sous l’influence de la corruption environnante, ni ne s’affaiblissait au fil des années.

Le fait que le Seigneur ait eu une si haute appréciation des siens en un temps où l’état général de la chrétienté était si bas, démontre clairement que, plus la corruption de la masse professante est grande, plus l’énergie et le dévouement d’un résidu fidèle sont grands. C’est dans les jours sombres que se trouvent les saints les plus pieux. Il n’y a pas eu de jour plus sombre dans l’histoire d’Israël que lors du règne de l’impie Jézabel. L’idolâtrie remplissait le pays ; les faux prophètes et les sacrificateurs idolâtres étendaient leur domination sur le peuple ; tout était en désordre. Néanmoins, au sein de ces ténèbres, il y avait sept mille hommes qui n’avaient pas fléchi les genoux devant Baal ; et il y avait des hommes de Dieu dévoués, comme Elie et Elisée, bien connus par leurs «oeuvres», qui dépassaient celles de tous les autres saints de cette dispensation-là. Quant à l’Église, l’histoire se répète. À nouveau survient un temps que le Seigneur assimile aux sombres jours de Jézabel, et à nouveau au milieu de la méchanceté de cette époque-là brillent, face à ces ténèbres, des croyants fidèles dont le dévouement à Christ surpasse peut-être celui des saints de n’importe quelle autre période depuis les jours de la Pentecôte.

Au sujet de ces saints dévoués, quelqu’un a écrit ces mots touchants : «Quelle place ont tenue, dans la pensée et dans le coeur des chrétiens sérieux, les peines et les souffrances et le labeur et le dévouement semé d’épreuves de ces témoins traqués mais résolus de cette époque de ténèbres ! Nulle part peut-être on ne trouve une histoire si pleine d’intérêt ; nulle part une patience aussi inlassable ; nulle part des coeurs davantage attachés — ou même aussi attachés — à la vérité et à Christ, fidèles à sa Personne en face d’une église corrompue, que ces saints du Moyen Age. Au travers de fatigues et de labeur, traqués et maltraités par un système beaucoup plus acharné, beaucoup mieux organisé que lors des persécutions païennes, quelque violentes que celles-ci aient certainement été pendant un temps ; sans révélation miraculeuse nouvelle, sans soutien d’un corps constitué, sans possibilité de s’appuyer sur la profession de foi de l’église universellement reconnue comme telle ; poursuivis par tous les quolibets ignominieux que populace et clergé pouvaient inventer, ils continuaient leur chemin semé d’embûches, sans jamais s’en détourner, avec une constance reçue d’en-haut ; ils maintenaient le témoignage pour Dieu, et l’existence, assurée par la promesse, de l’Assemblée en face des portes du hadès ; au prix de leur repos, de leur foyer, de leur vie et de tout ce que la terre peut offrir ou la nature désirer. Et Christ l’avait prévu et ne l’avait pas oublié. De la faiblesse certes, peut-être bien des pensées marquées par l’ignorance ; des efforts de Satan pour mêler le mal et le bien, couronnés parfois de succès ; et certains, menant aujourd’hui une vie facile, se plaisent à trouver les points faibles et les erreurs, avec succès aussi peut-être. Mais le livre de souvenir est écrit là-haut ; et l’approbation du Maître sera manifestée, quand les livres écrits sur eux par des critiques aimant leurs aises, seront comme la poudre des ailes d’un papillon de nuit quand il est mort ; et ils seront couverts de honte — s’il y a place pour la honte (si l’on peut avoir cette pensée) quand ils seront en présence de ceux qu’ils ont méprisés. Voici ce que le Seigneur met au crédit de Thyatire. Pour les hommes de ce temps, ils ne faisaient pas partie de l’Église, pas plus que pour bien des sages d’aujourd’hui. Mais pour Christ, ils en sont ce qu’il y a de plus précieux.» (J.N. Darby)

q v. 20 : Ainsi, le Seigneur se plaît à approuver ces saints dévoués qui vivaient au milieu des épaisses ténèbres du Moyen Age. Il leur apportera encore une parole d’encouragement ; mais il ouvre d’abord une parenthèse pour prononcer la condamnation sur ce qu’il réprouve si énergiquement. Les versets 20 à 23 placent devant nous, sous le symbole de Jézabel et de ses enfants, l’état effrayant qui était le résultat d’un système ecclésiastique mondain dont l’ambition était de gouverner la chrétienté.

Pour comprendre la signification de «la femme Jézabel», nous devons nous rappeler l’histoire d’Israël dans les jours de la reine portant ce nom. Achab était le roi qui «fit ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel, plus que tous ceux qui avaient été avant lui» (1 Rois 16:30). Il pécha grandement en prenant pour femme Jézabel, la fille d’Ethbaal, roi des Sidoniens. En contractant cette alliance impie, il perdit son autorité royale et permit à cette méchante femme de gouverner et même d’écrire des lettres en son nom et de les sceller de son sceau. Sous son autorité, le pays tout entier tomba dans l’idolâtrie ; les faux prophètes de Baal furent protégés et les prophètes de l’Éternel persécutés.

Ce triste état de la nation d’Israël sous la domination de Jézabel se répète dans la période de l’histoire de l’Église représentée par Thyatire. Par suite de l’alliance infidèle de l’Église avec le monde dans la période de Pergame, il s’élève un faux système ecclésiastique qui cherche à dominer la chrétienté ; qui se dit prophète et déclare parler avec une autorité divine et communiquer la pensée de Dieu ; qui s’érige en «docteur» et «conducteur» du peuple de Dieu ; le Seigneur dit en effet : «Tu laisses faire la femme Jézabel qui se dit prophétesse ; et elle enseigne et égare mes esclaves». Ainsi la parole de Dieu qui donne la pensée de Dieu, l’Esprit de Dieu qui est le vrai Docteur, et Christ qui est le Chef et le Conducteur de son peuple, sont mis de côté et remplacés par l’enseignement de ce système impie.

En outre, sous la figure de la fornication, nous comprenons que ce système conduit à des alliances profanes avec le monde, et à la communion avec des pratiques idolâtres qui ont un lien direct avec Satan.

Ainsi, dans ce court message à l’ange de l’assemblée qui est à Thyatire, le Seigneur résume les traits marquants de cette affreuse tyrannie ecclésiastique, qui, ayant son expression suprême dans Rome, a dominé la chrétienté au Moyen Age et continue à le faire comme aussi les mouvements apparentés, symbolisés par les enfants de Jézabel, jusqu’à la fin de la période de l’Église.

q v. 21 : Du temps lui a été donné pour se repentir, mais le Seigneur dit : «Elle ne veut pas se repentir». À Éphèse, il avait dit qu’à moins qu’il n’y ait repentance, il ôterait la lampe de son lieu. Ici, il ne parle aucunement de lampe, montrant ainsi qu’il ne reconnaissait pas Jézabel comme une lumière brillant pour lui.

q v. 22, 23 : Le Seigneur prononce ensuite le jugement de ce faux système, de ceux qui lui sont associés et de ses enfants. «Une grande tribulation» viendra sur ce système infâme. Il s’agit sûrement du temps, annoncé avec plus de détails dans les chapitres 17 et 18 de l’Apocalypse, où l’empire romain ressuscité sera un instrument dans la main de Dieu pour détruire ce système. Deux classes de personnes partageront son jugement : d’une part, ceux qui sont trouvés dans une alliance impie avec lui, les rois de la terre et les marchands qui, pour faire prospérer leurs affaires ont reconnu son sceptre et ont fait alliance avec lui (18:9). D’autre part, il y a ceux qui sont appelés «ses enfants». Il ne faut pas en déduire que quelque enfant de Dieu soit compris dans cette expression. Ces enfants sont ceux qui sont directement issus de ce système pernicieux, ces gens qui, comme Jézabel, font profession de christianisme, mais sont de vrais idolâtres. Un jugement définitif tombe sur eux. Ils sont mis à mort en séparation complète d’avec Dieu. Il ne leur est pas permis de demeurer plus longtemps sur la terre.

C’est en vain que les hommes nimbent ce système d’une auréole de ferveur religieuse ; on cherche à couvrir ces pratiques effrayantes d’une atmosphère de bonté humaine et de l’éclat d’une sentimentalité factice : toutes les églises connaîtront que le Seigneur est celui qui sonde les reins et les coeurs. Ses yeux, comme une flamme de feu, découvriront les principes directeurs et les motifs cachés qui déterminent la politique de ce système effrayant. Et celui dont les pieds, semblables à de l’airain brillant, suivent un chemin de justice absolue, rendra à chacun selon ses oeuvres.

q v. 24, 25 : Ayant condamné ce mal terrible, le Seigneur se tourne à nouveau vers ceux dont il a déjà approuvé l’amour, la foi et la patience. Ici, pour la première fois, nous avons un résidu distingué de la multitude corrompue. Ils ont refusé l’idolâtrie et les alliances mondaines de ce système de mensonge qui les entoure ; ils n’ont pas connu les profondeurs de Satan qui sont cachées dans un système au sein duquel le Jésuitisme, l’Inquisition, les indulgences et le confessionnal peuvent trouver un terrain propice.

Au milieu des ténèbres profondes de ce système satanique, ce n’était pas peu de chose pour Dieu que de trouver des croyants caractérisés par la foi, l’amour, la patience, et des oeuvres qui ont l’approbation du Seigneur. À de tels, le Seigneur n’impose pas d’autre charge — paroles qui laissent entendre qu’ils avaient de lourds fardeaux à porter. Refuser la doctrine de Jézabel attirait continuellement sur eux souffrances et persécutions. Dans de telles circonstances, tout ce que le Seigneur demande, c’est qu’ils «tiennent ferme» ce qu’ils ont, jusqu’à ce qu’il revienne.

Ils n’étaient guère en mesure de faire des progrès dans les vérités profondes du christianisme, mais ce dont ils sont responsables devant le Seigneur, c’est de tenir ferme la lumière qu’ils ont. C’était cette mesure de lumière qui les rendait capables de refuser l’enseignement de Jézabel, d’échapper aux profondeurs de Satan et de marcher dans la piété pratique.

Ici aussi, pour la première fois au cours de ces messages, le Seigneur présente l’espérance de sa venue. Cette venue a toujours été l’espérance propre de l’Église, mais la mention de cette bienheureuse espérance à ce moment particulier indique que l’Église avait atteint un stade où il n’y avait plus aucun rétablissement possible pour la masse de la profession chrétienne. Quels que soient les réveils que le Seigneur peut accorder, il n’y aura désormais pour l’Église dans son ensemble aucun rétablissement jusqu’à ce que le Seigneur vienne. Il n’y a rien d’autre que le jugement pour Jézabel, et rien d’autre que la venue du Seigneur pour le résidu pieux. À ceux-ci aucune promesse n’est faite d’une quelconque restauration de l’Églisc dans son état antérieur ; leur espérance est dirigée vers un Christ qui est en dehors de cette scène et vers sa venue pour prendre son peuple auprès de lui.

q v. 26-28 : La promesse au vainqueur révèle une perspective bénie pour celui qui «tient ferme» au milieu des abominations de Jézabel. Thyatire est la seule église où le Seigneur impose une charge supplémentaire (*) pour la victoire. Il dit en effet : «Et celui qui vaincra, et celui qui gardera mes oeuvres jusqu’à la fin». C’est comme si le Seigneur ne voulait rien laisser dans l’ombre quant à ce qu’implique la victoire sur ce système effrayant. Il semblerait qu’au milieu des épaisses ténèbres d’un système qui ôte la Parole de Dieu aux croyants, le Seigneur n’attend pas du vainqueur qu’il se distingue par une connaissance approfondie de sa Parole, mais qu’au moins, marqué par la piété pratique, il garde ses oeuvres jusqu’à la fin. De plus, en parlant de «mes ouvres», le Seigneur nous rappelle que dans son chemin, il a toujours fait la volonté de Dieu, comme il pouvait le dire aux juifs : «Je fais toujours les choses qui lui plaisent» (Jean 8:29).

(*) Note du traducteur : Ia charge n’est pas pour l’église, mais pour le vainqueur.

Ces vainqueurs auront autorité sur les nations. L’autorité sur le monde par lequel ce système ecclésiastique a cherché sa propre gloire durant l’absence de Christ, le vainqueur persécuté et pieux l’aura à la venue de Christ. Et non seulement, le vainqueur aura cette autorité, mais il l’exercera ; il paîtra les nations avec une verge de fer au jour où Christ s’occupera de ses ennemis en les détruisant entièrement, comme sont brisés les vases de poterie.

 

Bien plus, «l’étoile du matin» leur sera donnée. Non seulement ils partageront le règne glorieux de Christ, mais ils jouiront de la connaissance présente de Christ avant qu’il vienne. L’étoile du matin se lèvera dans leurs coeurs. Christ, le soleil de justice, se lèvera sur ce monde et la guérison sera dans ses ailes, mais l’étoile du matin brille avant le lever du soleil. Le vainqueur connaîtra Christ et jouira de lui comme l’Étoile du matin, avant qu’il brille devant le monde comme le Soleil de justice.

 

9                    SARDES — Apocalypse 3:1-6

Dans l’exposé prophétique des sept églises, il est important de se souvenir que les trois premières sont représentatives de l’état de l’ensemble de la profession chrétienne à trois périodes successives de son histoire ; et l’état présenté par chacune a disparu en même temps que la période correspondante.

En contraste avec les trois premières églises, les quatre dernières présentent prophétiquement des états qui, bien que se succédant sur la scène, ne disparaissent pas, mais continuent jusqu’à la fin. Pour cette raison, les quatre dernières assemblées, pour autant qu’elles existent ensemble, ne représentent pas l’état de toute l’église à un moment donné.

Si Thyatire représente l’état de la chrétienté durant le Moyen Age, de 500 à 1 500 après Jésus Christ, alors qu’elle était dominée par le système papal, on ne peut guère faire autrement que conclure que Sardes représente l’état de l’église professante sous le protestantisme. Ici cependant, nous devons soigneusement distinguer entre le travail de l’Esprit de Dieu à la Réforme, et le travail de l’homme dont le résultat fut le protestantisme. Le message à Sardes ne présente pas la Réforme, mais plutôt l’état qui marqua ceux qui, sous l’impulsion de ce mouvement, formèrent un système ecclésiastique en opposition à Rome.

Au commencement de la Réforme, il y eut un puissant travail de l’Esprit de Dieu : les Écritures furent redécouvertes et mises à la portée de tous, et la justification par la foi prêchée. Un grand nombre de personnes qui reçurent des bénédictions spirituelles par ce mouvement, se séparèrent de la papauté. Un nombre encore plus grand, gémissant sous la tyrannie de Rome, s’unirent à ce mouvement pour des motifs politiques, et cela en dehors de tout travail de l’Esprit dans leur âme. Ainsi un mouvement qui avait été initialement, sous la direction de l’Esprit, un puissant témoignage à la vérité, finit par n’être guère plus qu’une protestation contre la tyrannie et les abominations de Rome.

Cette protestation souleva l’hostilité de Rome. À son tour, cette opposition conduisit les protestants à se ranger sous la protection du monde afin de trouver un appui contre Rome. Ainsi, en contraste avec le système romain qui cherchait à gouverner le monde, il s’éleva dans le protestantisme, un système qui cherchait la protection du monde, se mettant ainsi sous son joug. L’état qui en résulta est présenté par Sardes.

Il est instructif de suivre les relations de l’église professante avec le monde telles qu’elles évoluent dans les différents messages.

À Éphèse, l’église était séparée du monde, ce qui faisait d’elle un témoin devant le monde bien que la racine de tout déclin fût là.

À Smyrne, l’église était persécutée par le monde et ainsi, pendant cette période, le déclin fut arrêté.

Dans la période de Pergame, les persécutions cessèrent. Immédiatement, l’église s’installa dans le monde tandis que ce dernier revêtait la profession du christianisme. Ainsi s’est formée la chrétienté.

À Thyatire, l’église professante s’arroge le droit de dominer et de gouverner ce monde christianisé.

À Sardes, une partie de l’église professante se place sous la protection et l’autorité du monde.

Philadelphie présente un résidu séparé du monde religieux corrompu.

À Laodicée, la masse professante devient le monde, et est traitée comme le monde.

q v. 1 : Si nous arrêtons nos pensées sur Sardes, nous voyons que le Seigneur se présente à cette église comme «celui qui a les sept Esprits de Dieu et les sept étoiles». Si c’est là assurément un reproche pour l’église, c’est d’un autre côté un encouragement pour le résidu pieux qui s’y trouve.

Les sept Esprits de Dieu parlent de la plénitude de la puissance de l’Esprit dans la main du Seigneur. Quel reproche pour ceux qui se sont détournés afin de chercher la protection de la puissance du monde, mais quel encouragement pour le résidu pieux dans un jour de faiblesse spirituelle parmi le peuple de Dieu ! De plus, le Seigneur a les sept étoiles. Quand la masse professante se tourne vers le monde et cherche sa puissance et sa protection, il est consolant pour ceux qui sont responsables de représenter Christ dans l’assemblée et qui sont responsables vis-à-vis de Christ quant à l’état de l’assemblée, de se souvenir qu’ils appartiennent toujours à Christ ; ils sont ainsi encouragés à reconnaître son autorité et à compter sur sa direction pour être soutenus et dirigés.

Après la présentation de Christ à l’église, suit le jugement que le Seigneur porte sur l’état de Sardes : «Je connais tes oeuvres, — que tu as le nom de vivre, et tu es mort». Nous voyons ainsi à Sardes l’état d’une grande partie de l’église professante qui, ayant échappé aux abominations de Thyatire, tombe dans la torpeur spirituelle, satisfaite d’avoir une profession publique orthodoxe. La profession suffit pour se faire un nom devant les hommes qui regardent seulement à ce qui est extérieur ; mais devant Christ qui lit dans les coeurs, il n’y a pas de vie. Le protestantisme a la réputation de maintenir les vérités vitales du christianisme, contrairement à la corruption de Rome, mais, dans l’estimation du Seigneur, il n’y a pas de lien vital avec lui-même, dans la masse de ceux qui constituent cette profession. Il n’y a pas de puissance vitale dans le protestantisme comme tel. On a la vie en croyant en un Christ vivant, non en protestant contre le mal. En conséquence, tout mouvement dont l’existence dépend d’une protestation contre le mal, ne peut que tomber dans la torpeur et la mort spirituelles. La Réforme fut réellement une protestation contre les maux de la Papauté, mais elle était beaucoup plus que cela. Elle était la puissante affirmation de vérités positives. En peu de temps cependant, des multitudes s’identifièrent avec ce mouvement, non parce qu’elles aimaient la vérité, mais parce qu’elles haïssaient Rome. La conséquence en a été que, devant les hommes, elles sont considérées comme fidèles quant à la doctrine, mais qu’elles sont sans vie devant Dieu.

q v. 2 : Ayant porté ce jugement sur l’état de Sardes, le Seigneur lui adresse de solennels avertissements. Il dit d’abord : «Sois vigilant». Cet appel à la vigilance laisse entendre qu’il y a eu manquement à cet égard. L’Église, alors qu’elle ambitionnait la puissance et la protection du monde, avait été si absorbée par les avantages présents qu’elle trouvait ici-bas, qu’elle avait cessé de veiller, face aux dangers imminents, et avait aussi cessé de se souvenir de la vérité qu’elle avait reçue. Paul, dans ses paroles d’adieu aux anciens d’Éphèse, lie «veiller» et «se souvenir» : après les avoir avertis des dangers qui les menaçaient, il ajoute : «C’est pourquoi veillez, vous souvenant que...» (Act. 20:31). Ainsi aussi, le Seigneur invite l’église à Sardes d’abord à veiller, ensuite à se souvenir.

Puis, le Seigneur exhorte l’église à affermir «ce qui reste, qui s’en va mourir». À ses yeux, la masse était déjà morte et les vérités retrouvées à la Réforme étaient sur le point d’être perdues.

De plus, le Seigneur reprend l’assemblée pour son manque de piété pratique. Il dit : «Je n’ai pas trouvé tes oeuvres parfaites devant mon Dieu». Dieu n’abaisse pas ses exigences à cause du déclin spirituel de la masse professante. Les oeuvres qu’il demande sont toujours mesurées à l’aune de sa perfection. L’amour n’était pas parfait à Éphèse ; les oeuvres n’étaient pas parfaites à Sardes.

Combien solennel est l’état de la profession protestante telle qu’elle est présentée par l’assemblée à Sardes : la grande partie de la profession morte ; les vérités retrouvées au début en train de disparaître ; la piété pratique et la sainteté à leur plus bas degré. Hélas ! N’est-il pas connu que le système protestant est absolument sans force pour maintenir la vérité, pour s’occuper du mal ou refréner le désordre en son sein ? Ses oeuvres ne sont pas parfaites devant Dieu.

Néanmoins, Christ se présente à cette église d’une manière qui montre clairement que toutes les ressources de puissance et de gouvernement sont parfaites dans ses mains. Il y a donc à la disposition de l’Église une puissance pour produire des oeuvres parfaites en un jour de ruine. Hélas ! Sardes, s’étant tournée vers le monde pour y rechercher la force, ne peut pas profiter des ressources découlant de la Tête de l’Église.

q v. 3 : Se souvenir «comment» ils avaient reçu et entendu, leur rappellerait la ferveur de coeur avec laquelle ils avaient reçu la vérité, et ouvrirait leurs yeux quant à l’état présent de mort où ils étaient tombés. Il leur manquait la puissance des sept Esprits de Dieu pour maintenir le bien, et la force de serviteurs puisant en Christ lumière et vérité pour s’opposer au mal. L’exhortation à «garder» les encourageait à s’attacher aux grandes vérités qu’insensiblement ils laissaient échapper. «Se repentir» impliquait le jugement d’eux-mêmes en raison de leur bas état spirituel et de leur marche défectueuse.

Suit l’avertissement du Seigneur : «Si donc tu ne veilles pas, je viendrai sur toi comme un voleur, et tu ne sauras point à quelle heure je viendrai sur toi». Ainsi, le Seigneur blâme le bas état de ceux qui professent lui appartenir. D’abord il les invite à se souvenir du passé : se sont-ils écartés dans leur conduite de ces jours d’autrefois où ils avaient reçu la vérité ? Ensuite, il leur rappelle qu’ils ont à veiller. Qu’ils ne regardent pas seulement en arrière, mais en avant, car il vient. Sont-ils dans un état qui convient à sa venue ? Si tel n’était pas le cas, sa venue signifierait jugement plutôt que bénédiction. Ainsi, le Seigneur présente sa venue sous l’aspect qu’elle aura pour le monde, «comme un voleur». L’apôtre Paul pouvait écrire aux Thessaloniciens : «Mais vous, frères, vous n’êtes pas dans les ténèbres, en sorte que le jour vous surprenne comme un voleur» (1 Thess. 5:4). Néanmoins, il ajoute : «Ne dormons donc pas comme les autres, mais veillons et soyons sobres» (1 Thess. 5:6). Hélas ! Aux jours de Sardes, l’église professante avait cessé de veiller et était en train de tomber rapidement dans les ténèbres et la mort. Ayant fait appel au monde pour trouver protection et pouvoir, l’église professante était devenue semblable au monde et était en danger de partager son jugement. La venue du Seigneur, au lieu de les introduire dans la bénédiction comme ce sera le cas pour ceux qui ont la vie par la foi, associera dans le même jugement et cette église sans vie et le monde mort.

q v. 4 : Cependant, au sein de cet état de mort, le Seigneur voit et se plait à reconnaître ceux qui lui sont fidèles. À Thyatire, il y a ceux que le Seigneur distingue de la masse corrompue, et dont il parle comme étant «les autres». Ici, ils sont à peine une poignée, seulement «quelques noms» qu’il peut reconnaître. On comprend par là qu’il n’y a que quelques âmes isolées au milieu de la masse qui a sombré dans la torpeur spirituelle.

Le Seigneur leur décerne un triple éloge. D’abord, ils n’ont pas souillé leurs vêtements. Sous leur apparence extérieure irréprochable, les professants avaient souillé leurs vêtements. Leur marche et leur conduite pratiques étaient affectées et souillées par leur association avec le monde, par la recherche de son pouvoir, leur adaptation à ses goûts, leur adoption de ses méthodes. Il y a cependant des fidèles — quelques noms — qui se gardent purs du monde. Le Seigneur connaît leurs noms et dit qu’ils n’ont pas souillé leurs vêtements.

Ensuite, le Seigneur dit de ceux-ci : «Ils marcheront avec moi en vêtements blancs». Telle sera la précieuse récompense de cette séparation du monde : ils marcheront avec Christ. Néanmoins, cette marche a un caractère individuel. Le Seigneur ne dit pas qu’ils connaîtront le bonheur exprimé dans cette promesse : «là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux» (Matt. 18:20), mais «Ils marcheront avec moi». Quelles que soient leurs associations ecclésiastiques, leur marche pratique plaît au Seigneur ; aussi ils marcheront avec lui «en vêtements blancs». Enfin, le Seigneur dit de ces fidèles : «Ils en sont dignes». Ceux qui constituent la masse prétendument juste sont morts, ils abandonnent les vérités dont ils font profession ; leurs oeuvres ne sont pas parfaites ; leurs vêtements sont souillés par le monde ; ils sont absolument indignes de Christ et vont au-devant du jugement qui va fondre sur le monde. En contraste avec l’état de la masse, le Seigneur trouve dans ces «quelques noms» ceux qui sont dignes d’être dans sa compagnie maintenant et de partager sa gloire dans un jour à venir.

q v. 5 : La première promesse au vainqueur est qu’il «sera vêtu de vêtements blancs». À Sardes, il y avait les quelques noms de ceux qui n’avaient pas souillé leurs vêtements ; ils avaient marché dans la séparation pratique du mal dont ils étaient environnés, et le Seigneur les encourage par la promesse que leur marche recevra sa récompense dans un jour à venir. Ils seront vêtus de vêtements blancs au jour de la gloire. Les robes qu’ils porteront dans la gloire sont tissées le long du chemin qui y mène. Ceux qui n’ont pas souillé leurs vêtements ne sont qu’une poignée de noms obscurs au milieu d’une vaste profession sans vie ; mais ils ont eu l’approbation du Seigneur lorsqu’ ils étaient méprisés par le monde et leur fidélité sera reconnue dans la présence du Seigneur au jour de sa gloire.

Ensuite, le Seigneur dit au vainqueur : «Je n’effacerai point son nom du livre de vie». Que de noms tenus en grand honneur à Sardes et inscrits dans ses registres se révéleront n’être que des professants sans vie, tandis que les quelques noms de ceux qui n’avaient pas souillé leurs vêtements étaient tenus en petite estime par Sardes et même rayés de ses registres. Mais cependant, quoique les hommes puissent faire, le Seigneur dit : «Je n’effacerai point son nom du livre de vie».

Enfin, le Seigneur dit au vainqueur : «Je confesserai son nom devant mon Père et devant ses anges». Cet honneur particulier ne laisse-t-il pas entendre que, devant les hommes, le nom du vainqueur n’avait guère eu d’éclat, si même il n’avait pas été ridiculisé ; cela ne montre-t-il pas dans quelle estime le Seigneur tient celui qui, au milieu d’une profession sans vie, confesse courageusement son nom ?

q v. 6 : L’épître se termine par cet appel : «Que celui qui a des oreilles écoute ce que l’Esprit dit aux assemblées». C’est le désir du Seigneur que nous écoutions l’Esprit qui, à travers tous les âges, prend les choses de Christ et nous les annonce, et que nous fassions notre profit des paroles que le Seigneur adresse à chaque assemblée.

Un piège toujours actuel auquel les croyants sont exposés est l’effort fait pour maintenir une réputation religieuse — «le nom de vivre» — devant les autres, devant nos compagnons chrétiens et devant le monde, tout en négligeant de cultiver les fruits qui sont le résultat et la preuve de la vie. Au milieu d’une vaste profession, nous devons être vigilants, affermir ce qui reste, nous souvenir comment nous avons reçu et entendu, garder et nous repentir de tout abandon.

 

10               PHILADELPHIE — Apocalypse 3:7-13

L’étude des messages aux sept assemblées conduit à la conclusion que les quatre dernières, en contraste avec les trois premières, présentent un état qui se continue jusqu’à la fin de la période de l’Église. On verra par la suite qu’il y a une différence d’ordre général entre les deux premières et les deux dernières de ces assemblées.

Thyatire et Sardes montrent prophétiquement les traits que présentent devant le monde ces deux grands systèmes ecclésiastiques, la papauté pour la première et le protestantisme pour la seconde. Cependant quand nous en arrivons aux deux dernières églises, il est clair que les traits que nous y trouvons ne correspondent pas à des systèmes ecclésiastiques définis qui peuvent être reconnus dans le monde ou par lui. Ces églises présentent certains traits que le Seigneur relève, soit pour les approuver, et c’est le cas de Philadelphie, soit pour exprimer son profond dégoût, et c’est le cas de Laodicée.

Ainsi, avec Thyatire et Sardes, nous avons les grands systèmes ecclésiastiques qui occupent aux yeux du monde une position importante, et dans chacun de ces systèmes un résidu pieux connu de Christ. À Philadelphie, nous avons un résidu pieux, non plus au sein de l’église, mais à part de Thyatire et de Sardes, ayant certains traits moraux approuvés par le Seigneur. Ce résidu attend la venue du Seigneur ; il ne vise nullement à former un système ecclésiastique structuré selon des moyens humains, qui pourrait compter aux yeux des hommes.

C’est là l’encouragement suprême pour ceux qui désirent être fidèles au Seigneur en un jour de ruine : ces messages assurent que, lorsque l’état de la profession chrétienne aura atteint un tel point de corruption et de mort, il se trouvera des âmes, pures de toute corruption, qui auront l’approbation de Christ, et cela jusqu’à la fin. Ainsi, par ce message à Philadelphie, nous avons le grand privilège d’apprendre ce qui a l’approbation du Seigneur en un jour de ruine, afin que nous puissions rechercher sa grâce pour répondre à sa pensée.

q v. 7 : Christ est présenté à cette église comme «le saint, le véritable, celui qui a la clef de David, celui qui ouvre et nul ne fermera, qui ferme et nul n’ouvrira». Le Seigneur ne se présente plus dans ses fonctions officielles en relation avec les églises, tenant les sept étoiles et marchant au milieu des sept lampes d’or, mais dans ses perfections morales comme celui qui est «le saint» et «le véritable». Non seulement il est absolument saint, mais il est fidèle à ce caractère de sainteté, fidèle à Dieu et fidèle à sa propre parole. Cependant, s’il se présente ainsi aux siens, c’est afin qu’ils montrent des caractères semblables. S’il se présente sous ces traits moraux, c’est pour qu’ils soient eux-mêmes moralement conformes à lui. Il ne leur demande pas de fonder une organisation ecclésiastique, ou d’essayer de faire une église modèle au milieu de la ruine, mais ce qu’il désire, c’est qu’au milieu des ténèbres grandissantes de la chrétienté, on trouve un peuple qui présente les perfections de son caractère de saint et de véritable. Cela impliquera certainement, d’un côté, la séparation de la corruption de la chrétienté, et de l’autre, le maintien de la vérité tout entière.

De plus, le Seigneur est présenté comme ayant la clef de David. C’est une allusion à Ésaïe 22:21, 22. Le prophète, prenant Eliakim comme type, parle du gouvernement de ce monde qui sera donné à Christ, car l’Éternel dit : «Je mettrai la clef de la maison de David sur son épaule». Il y a deux symboles du gouvernement : l’épée et la clef. L’épée parle du gouvernement s’occupant du mal pour le contenir. La clef parle plutôt du gouvernement ouvrant un chemin pour que le droit l’emporte. Ici, il ne s’agit pas de l’administration dans l’Église, mais plutôt du gouvernement dans le monde, un gouvernement qui ne souffre aucune résistance et qui amène, même dans un monde hostile et en dépit de l’état de l’église, un état de fait qui permet au Philadelphien de se conduire selon la pensée du Seigneur. Le temps n’est pas encore venu pour le Seigneur d’utiliser l’épée, mais ne peut-il pas agir selon son pouvoir gouvernemental, dans la mesure où cela est nécessaire, pour ouvrir une porte devant ceux qui cherchent à répondre à sa pensée, et leur permettre de mener à bien son oeuvre ? S’ils cherchent à revêtir le caractère de Christ, n’auront-ils pas le secours de Christ et n’éprouveront-ils pas qu’il les conduira, ouvrant une porte ici, en fermant une autre là, selon les décrets de sa parfaite sagesse ? Il leur appartient de veiller à ce que, séparés des vases à déshonneur et s’appliquant à porter le caractère qui plaît à Christ, ils soient préparés pour un service utile au Maître. Ils verront alors qu’il ouvre une porte pour mener à bien son service. Et il leur donne l’assurance que nul homme, quelque puissant qu’il soit dans ce monde, quelque violente que soit son opposition à la vérité, ne sera capable de fermer la porte qu’il a ouverte. Quelle consolation de savoir que le Seigneur tient la clef et qu’en dépit de la corruption à l’intérieur du cercle chrétien ou de l’opposition venant du dehors, il peut préparer pour son peuple un chemin que rien ne peut obstruer.

q v. 8 : Cette présentation du Seigneur à son église est suivie par l’expression de son approbation : il ne lui fait aucun blâme. Il relève trois traits qui motivent sa satisfaction.

D’abord, le Seigneur dit : «Tu as peu de force». Cette assemblée n’est marquée par aucune démonstration de puissance qui attirerait l’attention du monde. Au début de l’histoire de l’Église, il y avait bien eu une démonstration de puissance qui avait attiré l’attention du monde. Le don des langues avait stupéfié la multitude ; des oeuvres puissantes avaient étonné le monde, et la puissance de l’Évangile l’avait bouleversé. Manifestement, tous les dons — signes si impressionnants au yeux du monde — étaient entièrement absents à Philadelphie, et nous pouvons donc nous attendre à ce que ces manifestations miraculeuses ne soient pas trouvées parmi ceux qui ont l’approbation du Seigneur en un jour de ruine. «Peu de force», ce n’est pas là un trait qui offre de l’intérêt pour la chair ou qui attire le monde. Le monde admire la force ; Dieu se plaît à accomplir son oeuvre par de faibles instruments. Ainsi, à Philadelphie, le Seigneur s’associe à ceux qui n’ont que peu de force et les emploie à son service. Il dit : «J’ai mis devant toi» — devant celui qui a peu de force — «une porte ouverte». Leur sagesse n’est pas alors de s’attribuer une puissance qu’ils n’ont pas, ni de convoiter des dons qui ont disparu, mais plutôt de reconnaître leur état véritable — leur peu de force — et ainsi trouver le soutien du Seigneur, celui qui a toute puissance, qui tient la clef, et à qui nul homme ne peut résister.

Thyatire représente un système qui s’arroge une puissance propre à mettre le monde sous son sceptre ; Sardes, un système qui recherche la puissance et les ressources du monde. Philadelphie représente un petit résidu séparé du monde, n’ayant que peu de force, bien que derrière sa faiblesse se trouvent la grande puissance et le soutien du Seigneur.

Ensuite, le Seigneur peut dire de Philadelphie : «Tu as gardé ma parole». Pas simplement la Parole dans son ensemble, quelque vrai que cela puisse être des Philadelphiens, mais la Parole de Christ. La Parole de Christ ne désigne-t-elle pas la pleine révélation du christianisme qui nous a été communiquée par Christ lui-même lorsqu’il était sur la terre, et plus tard par les révélations faites aux apôtres par Christ dans la gloire ? Sa parole est la vérité chrétienne tout entière et suggère qu’à Philadelphie, il n’y a pas seulement la redécouverte de certaines vérités, comme à Sardes, mais la redécouverte de toute la vérité chrétienne. Ensuite, «garder» la Parole implique qu’elle est conservée précieusement dans le coeur et qu’on lui obéit dans la vie. Le Seigneur ne dit pas : tu as exposé ou enseigné la parole, bien que cela puisse être vrai, mais il met l’accent sur le grand fait que sa parole est gardée. Ceux qui ont peu de force ont peut-être peu de dons, mais ils peuvent être marqués par ce qui est d’une bien plus grande valeur aux yeux du Seigneur : l’obéissance à sa parole. Entourés par une grande profession qui a abandonné la Parole pour les traditions des hommes, ou pour la connaissance faussement ainsi nommée, ou pour des interprétations et applications ingénieuses de la Parole à l’appui de leurs idées fantaisistes, il y a ceux qui, secouant les chaînes de la tradition, reviennent à la Parole de Christ, la gardent précieusement dans leur coeur et cherchent à l’appliquer dans leur vie.

Enfin, le Seigneur dit de cette église : «Tu n’as pas renié mon nom». Le nom dans l’Écriture met en valeur la renommée d’une personne. Le nom de Christ est la parfaite expression de tout ce qu’il est dans sa glorieuse PERSONNE, aussi bien que tout ce qu’il a fait dans son oeuvre merveilleuse. Son nom de JESUS parle de son oeuvre salvatrice. Son nom d’EMMANUEL parle de sa glorieuse personne. Thyatire représente un système qui s’arroge pour lui-même la place et la puissance qui appartiennent à Christ seul, Tête de son Église, et ainsi usurpe la gloire qui appartient à Christ. Sardes prend ce nom pour en faire étalage devant le monde et déshonore ainsi le nom de Christ pour ajouter de l’éclat au sien. À Philadelphie, il y a ceux qui ne sont peut-être pas capables d’exposer toutes les gloires de ce nom, de répondre en les réfutant aux incessantes attaques contre son nom, mais il peut être au moins dit d’eux que, malgré toutes les attaques de l’ennemi contre la gloire de Christ, ils ont refusé de renier ce nom. Ils n’ont pas renié la gloire de sa Personne, ni la grandeur de son oeuvre.

On pourrait penser que le fait de ne pas renier ce nom n’est pas tellement méritoire. Il n’y a rien de directement positif dans un tel témoignage. Cependant, le Seigneur attache du prix à trouver en un jour de ruine, des âmes qui refusent de renier son Nom. Même dans les jours sombres d’apostasie, lorsqu’Achab régnait en Israël et qu’Elie défendait la gloire de l’Éternel, cela pouvait paraître peu de chose que sept mille hommes n’aient pas fléchi les genoux devant Baal, mais cette fidélité a l’approbation du Seigneur.

q v. 9 : Le message annonce ensuite que ceux qui se rassemblent dans l’amour fraternel, dans la séparation de la chrétienté corrompue et dans l’obéissance à la Parole de Christ, rencontreront l’opposition. Garder la Parole de Christ suggère que ce résidu pieux est retourné aux principes de l’Église révélés dans cette Parole. Cela excite naturellement l’hostilité de ceux qui s’en sont détournés et ont cherché à façonner l’église suivant le modèle juif.

Cette opposition, bien que sous des dehors religieux, se révèle satanique dans son origine. Face à ceux qui ont été ramenés à la vérité de la Parole de Christ et marchent alors selon la lumière qui y est révélée, Satan se dresse non par la persécution comme à Smyrne, mais en soulevant ceux qui prétendent être la vraie Église, avec une sacrificature héréditaire selon le modèle juif. Ceux-ci peuvent regarder avec un mépris non dissimulé un rassemblement qui cherche à obéir à la Parole de Christ, mais le temps viendra où ils seront contraints de reconnaître que l’amour et l’approbation de Christ reposent sur ceux qu’ils méprisent.

Ainsi, chez ce résidu philadelphien, il y a une absence totale de tout ce qui attire l’attention du monde, mais il s’y trouve ce qui est d’un très grand prix aux yeux du Seigneur — «je t’ai aimé». En rapport avec cette église, il n’est fait aucune mention d’oeuvre et de travail comme à Éphèse ; ni d’amour et de service comme à Thyatire ; il n’y a pas non plus un grand système ecclésiastique que les hommes peuvent prendre en considération, comme à Sardes. Aux yeux des hommes, tout est faiblesse, ce qui suscite leur mépris. Mais cette faiblesse même que les hommes tournent en ridicule, leur assure le soutien du Seigneur ; et les traits moraux de Christ, qui provoquent l’opposition de Satan, rendent ce petit résidu très précieux au regard du Seigneur et très cher à son coeur.

q v. 10 : De plus, si ce faible résidu est préservé de l’opposition présente de Satan, il sera aussi gardé de l’heure de l’épreuve qui va venir sur la terre habitée tout entière. Le fait que le Seigneur puisse dire à Philadelphie : «Tu as gardé la parole de ma patience» suggère qu’avec la redécouverte de la pleine vérité concernant l’Église, il y a eu un réveil de son espérance : la venue du Seigneur pour régner en gloire. Aujourd’hui, la forme que prend le royaume à venir est le «royaume et la patience en Jésus» (1:9). Les fidèles attendent le royaume et la manifestation de Jésus Christ ; et Christ attend, assis sur le trône de son Père, jusqu’à ce que ses ennemis soient devenus son marchepied. Ceux qui gardent la parole de sa patience partagent l’attente présente de Christ. Ils savent que c’est le temps d’attendre, et regardent avec bonheur vers le temps du règne.

Entre ce temps d’attente et le règne, il y aura l’heure de l’épreuve qui va venir sur la terre habitée. Aux saints qui gardent la parole de la patience de Christ, il est annoncé que l’Église sera gardée de l’heure de l’épreuve. Nous apprenons par d’autres Écritures comment cela aura lieu. L’apôtre Paul a reçu une révélation par la parole du Seigneur : à sa venue, le Seigneur enlèvera son Église de la scène de l’épreuve et la prendra auprès de lui ; et ainsi, elle viendra avec lui quand il apparaîtra pour régner.

Bien qu’il soit spécifié, en rapport avec ces fidèles, qu’ils seront gardés de l’heure de l’épreuve, il est également vrai que tous les saints de l’époque actuelle seront gardés des jugements venant sur toute la terre. De la même manière, il est absolument vrai qu’aucun croyant n’aura à souffrir de la seconde mort, et cependant cette promesse est uniquement donnée en rapport avec le vainqueur de Smyrne. Le fait est que ces promesses sont vraies pour tous les croyants ; cependant certaines sont rappelées dans des cas particuliers, pour apporter la consolation et l’encouragement nécessaires à des croyants traversant des circonstances spéciales.

q v. 11 : Suit alors une autre parole d’encouragement et d’avertissement. Le Seigneur dit : «Je viens bientôt ; tiens ferme ce que tu as, afin que personne ne prenne ta couronne». En présence des adversaires, le Seigneur encourage ce résidu par la pensée de sa venue prochaine. Ils n’auront pas longtemps à faire face à l’opposition et à lutter, car il vient bientôt. Le temps est court ; qu’ils veillent à tenir ferme, à ne pas abandonner ce qui a été remis en lumière pour eux, à ne pas capituler dans la lutte, dans les derniers moments avant le retour du Seigneur.

Cet appel même à tenir ferme implique qu’un effort sera fait par l’ennemi pour les amener à abandonner ce qu’ils ont. Ils n’auront pas lieu d’être surpris devant les incitations diverses à abandonner les vérités de la Parole que le Seigneur leur a fait retrouver, et à délaisser le chemin de séparation face à la corruption de Thyatire et de Sardes.

Ils sont ensuite mis en garde quant au grave danger de ne pas tenir ferme et de perdre ainsi leur couronne. Ce n’est pas simplement «une couronne», mais «ta couronne», c’est-à-dire leur couronne personnelle et distinctive, leur propre couronne. Ce qui distingue les Philadelphiens, c’est qu’ils chérissent les vérités concernant Christ et l’Église dans un jour où, de tous côtés, ces vérités sont reniées. Ayant recouvré l’intelligence et la mise en pratique des vérités concernant Christ et l’Église, ils sont constamment en danger de les abandonner et d’être entraînés dans la chrétienté environnante, corrompue, superficielle et présomptueuse. D’où l’exhortation : «Tiens ferme». Tous les efforts de Satan seront faits pour amener le Philadelphien à abandonner ce qui lui a été redonné d’une manière si précieuse. L’ennemi plaidera volontiers le service des saints et les besoins des pécheurs si, ce faisant, il peut amener le Philadelphien à abandonner ce qu’il a. «Il y a un petit nombre de saints à Sardes», dira-t-il, «qui n’ont pas souillé leurs vêtements, et il y a des pécheurs dans le besoin à Laodicée, pauvres, aveugles et nus. Va à Sardes pour aider ces saints, et va à Laodicée pour atteindre ces pécheurs». Mais retourner sous quelque prétexte que ce soit à ce que le Seigneur condamne, c’est abandonner ce que le Seigneur approuve. Toutes les séductions de l’ennemi sont réfutées par les paroles d’avertissement du Seigneur : «Tiens ferme». Si le Philadelphien «tient ferme», le Seigneur ouvrira sans aucun doute des portes pour aider son peuple où qu’il soit et répondra aux besoins des pécheurs où qu’ils se trouvent. L’exhortation à «tenir ferme» ne suggère-t-elle pas que des temps de réveil peuvent être suivis par des temps de déclin au cours desquels beaucoup risquent d’aller à la dérive et de perdre leur couronne ? Privilège précieux, certes, que d’être un Philadelphien, mais Philadelphie n’est pas un havre de paix où les fidèles peuvent s’installer, mais plutôt un cercle que Christ bénit de son approbation. Pour cette raison, Philadelphie est la cible spéciale des attaques de l’ennemi ; d’où le besoin constant de combattre pour la foi, et de «tenir ferme» ce qui a été reçu.

q v. 12 : Comme dans les autres assemblées, il y a à Philadelphie une promesse pour le vainqueur. La mention d’un vainqueur pourrait sembler singulière, vu que, dans cette église, le Seigneur ne trouve rien à condamner. Pourtant, pour vaincre, il faut faire face à l’opposition, et la nécessité de tenir ferme implique la victoire sur la tentation d’abandonner.

Les promesses au vainqueur sont très précieuses. Celui qui demeure fidèle à Christ dans les jours sombres de l’histoire de l’Église, qui est satisfait de demeurer dans l’obscurité et de n’avoir que peu de force, dans le jour où l’Église croit pour être un temple saint dans le Seigneur, deviendra une colonne dans l’Église quand le temple de Dieu sera achevé. Si, dans un jour où la profession chrétienne cherche à l’envi le pouvoir et l’approbation du monde, il se trouve des fidèles satisfaits d’avoir l’approbation secrète du Seigneur, gardant sa parole quand la profession chrétienne fait grand cas de la parole de l’homme ; si, dans un tel jour, ils placent son nom au-dessus de tout nom, alors, au jour de la gloire, il mettra sur eux le nom de son Dieu, le nom de la cité de son Dieu, et son nouveau nom à lui. S’ils ne renient pas ce nom au jour où les hommes le professent seulement pour le déshonorer, ils porteront son nom au jour de la gloire, quand le monde entier devra fléchir les genoux au nom de Jésus.

q v. 13 : Le message se termine par l’exhortation habituelle à celui qui a des oreilles pour écouter, à prendre garde à ce que l’Esprit dit aux assemblées. Il n’y a peut-être rien à condamner dans cette église ; pourtant, il incombe aux Philadelphiens d’écouter ce que l’Esprit a à dire aux autres assemblées aussi bien qu’à eux-mêmes. Pour avoir la pensée du Seigneur, ils doivent prendre garde au message qu’il adresse à chacune des assemblées. Prêter l’oreille à ce que l’Esprit a à dire à une assemblée particulière ne peut aucunement nous décharger de la responsabilité d’écouter le message adressé à d’autres assemblées et de nous conduire selon ses directives.

 

11               LAODICÉE — Apocalypse 3:14-22

Dans le message à Thyatire, nous avons, sous la figure de Jézabel, l’annonce prophétique de l’émergence d’un vaste système ecclésiastique qui cherchera à gouverner la profession chrétienne. L’histoire montre nettement l’accomplissement de cette prophétie, dans le développement de la papauté au Moyen Age. Aujourd’hui, ce système existe toujours. À Sardes, nous voyons un autre système ecclésiastique, formé par les hommes pour être une protestation contre le système papal, et qui, bien que marqué par la rectitude extérieure, est caractérisé par la mort spirituelle. Ce système aussi existe actuellement.

Ainsi, devant les hommes, il y a ces deux grands systèmes ecclésiastiques : le système catholique, comprenant l’église orthodoxe et trouvant son expression extrême dans Rome ; et le système protestant, englobant les églises nationales et les sectes dissidentes. Aux yeux du monde, tout chrétien professant appartient à l’un ou à l’autre système.

Dans le message à Philadelphie, nous voyons un résidu du peuple de Dieu qui a l’approbation du Seigneur, à l’écart des corruptions de Thyatire et de Sardes. Nous avons là une église que le Seigneur reconnaît, mais qui n’a aucune existence ecclésiastique distincte devant les hommes.

Quand nous arrivons à la dernière église, nous trouvons, en contraste avec Philadelphie, une assemblée qui est dans un état tel que le Seigneur l’a en dégoût, bien que, devant les hommes, elle n’apparaisse pas comme un système ecclésiastique distinct à côté de la papauté et du protestantisme.

Ainsi, nous concluons que, devant le monde, il y a les deux grands systèmes ecclésiastiques représentés par Thyatire et Sardes. Devant le Seigneur, il y a un résidu dans Thyatire, un résidu dans Sardes, un résidu philadelphien en dehors de Thyatire et de Sardes, et finalement, le terrible état présenté par Laodicée, dans lequel tombera la grande masse qui, distincte de ces résidus, forme les systèmes papal et protestant.

q v. 14 : Le Seigneur se présente à Laodicée d’une manière qui condamne entièrement l’état de l’assemblée et qui, cependant, est du plus grand encouragement pour le vainqueur. Il est «l’Amen, le témoin fidèle et véritable, le commencement de la création de Dieu». En tant que l’Amen, il est celui qui se charge d’accomplir — et qui ratifie — toutes les promesses de Dieu, dans tout ce qu’elles comportent, pour faire aboutir tout bien et faire échec à tout mal, et ainsi, glorifier Dieu éternellement. En tant que témoin fidèle, il fut toujours dévoué à celui qui l’avait envoyé. Il aimait le Père et vint pour faire sa volonté. Quel qu’en fut le coût pour lui-même, il ne s’écarta jamais de cette volonté et ne recula jamais devant ce qu’elle commandait. L’accomplissement de cette volonté le manifesta comme le commencement de la création de Dieu qui, dans l’immensité de sa sphère, portera l’empreinte de la volonté de Dieu.

Dans la perfection de son chemin comme l’Amen, le témoin fidèle et véritable, le commencement de la création de Dieu, il éclipsa tous les autres. Il était plus beau que les fils des hommes. Et pourtant hélas ! celui qui aurait dû être, pour le coeur de l’Église, l’incomparable, c’est celui-là qui est à la porte de Laodicée et traité avec la dernière indifférence. La mission de l’Église était de briller pour Christ afin de rendre témoignage à la grâce de Dieu et de montrer l’excellence de la nouvelle création. Hélas ! Elle a failli dans toutes ses responsabilités. Elle aurait dû briller pour Christ dans un monde ténébreux, en dirigeant les regards vers lui comme vers celui en qui toutes les promesses de Dieu ont leur complet accomplissement, vers lui qui est le Oui et l’Amen, vers lui en qui se réalisent toutes les bénédictions que Dieu a préparées pour l’homme. La mission de l’Église dans le monde était d’être un témoin fidèle et véritable de la grâce de Dieu. Hélas ! bien loin d’être un témoin de la grâce, dans la dernière étape de son histoire, la grande multitude est étrangère à la grâce et même opposée à Dieu.

Finalement, l’Église aurait dû être les «prémices de ses créatures», montrant les fruits de la nouvelle création, «l’amour, la joie, la paix, la longanimité, la bienveillance, la bonté, la fidélité, la douceur, la tempérance» (Jacq. 1:18 ; Gal. 5:22, 23 ; 6:15). Combien peu ces fruits de la nouvelle création se trouvent dans le cercle de la profession chrétienne ! La chrétienté n’est-elle pas caractérisée par la haine, la misère et la guerre plutôt que par l’amour, la joie et la paix ? N’est-il pas vrai qu’il n’y a rien sur la surface de toute la terre qui soit si diamétralement opposé à Dieu que la chrétienté inconvertie ?

Ces traits sous lesquels Christ se présente à l’assemblée à Laodicée nous montrent ainsi la manière dont l’Église aurait dû représenter Christ devant le monde.

q v. 15, 16 : Si complète est la faillite de l’Église dans son témoignage pour Christ, dans sa dernière étape, que le Seigneur ne peut rien trouver à approuver. Il n’y trouve rien qu’un état pour lequel il a le plus profond dégoût : «Je connais tes oeuvres, que tu n’es ni froid, ni bouillant». Le Seigneur voit un état moral qui n’a ni la froideur de la mort comme à Sardes, ni la chaleur du dévouement comme à Philadelphie. Rien n’est à ses yeux plus irrémédiable pour l’homme et plus déshonorant pour lui que la froideur de la mort ; aussi bien le Seigneur ajoute : «Je voudrais que tu fusses ou froid ou bouillant !». Il résume l’état de cette dernière phase par ces mots solennels : «Tu es tiède». Qu’est-ce, sinon l’indifférence pour Christ et, ce qui est toujours lié à l’indifférence, la tolérance du mal ? Dans la dernière phase de l’histoire de la chrétienté, on trouve ceux qui se réclament du nom de Christ, qui font profession de christianisme, mais qui, sondés par la question scrutatrice : «Que vous semble-t-il du Christ ?» (Matt. 22:42), se révèlent d’une totale indifférence.

Travailler à cultiver l’homme, à élever le niveau des masses, à améliorer les conditions de vie, suscite leur vif intérêt ; mais les bonnes nouvelles concernant Christ, les intérêts de Christ, le peuple de Christ, ne les touchent guère, et quant à Christ lui-même, ils lui restent totalement indifférents. Il suffit que les gens soient sincères, charitables et respectables, qu’importe pour le Laodicéen ce qu’ils croient quant à Christ. Qu’on nie sa divinité, qu’on diffame sa parfaite humanité, le Laodicéen n’en a cure. Rejeter l’expiation, nier l’inspiration de sa Parole, traiter le retour de Christ comme matière à moquerie, tout ceci ne préoccupe guère le Laodicéen tolérant, accommodant et tiède.

Un tel état est pour Christ un objet de profond dégoût. Le Seigneur exprime son aversion pour cette église, lui annonçant qu’à terme, elle va être entièrement et définitivement rejetée comme Église. Il dit : «Je vais te vomir de ma bouche».

q v. 17 : Il y a de plus, un autre grief contre elle : à l’indifférence à l’égard de Christ s’ajoutent une suffisance et une satisfaction de soi affichées avec une extrême arrogance. Laodicée dit : «Je suis riche, et je me suis enrichi, et je n’ai besoin de rien». Bien qu’indifférente à Christ, l’église laodicéenne est pleine d’elle-même et de ses prétentions. L’Église qui était laissée ici pour témoigner pour Christ, est tombée si bas, que non seulement elle cesse de témoigner pour Christ, mais qu’elle se met à rendre témoignage à elle-même. L’église cesse de parler de Christ, et parle de l’église. L’assemblée prend beaucoup d’importance et Christ est déprécié.

L’assemblée cherche à attirer à elle-même et non à Christ. Elle usurpe la place de Christ en prétendant être la dépositaire des richesses et de la grâce. Christ est dehors et cependant elle peut dire : «Je n’ai besoin de rien».

Tel est donc l’état de l’église laodicéenne indifférente à Christ, occupée d’elle-même et contente d’elle-même et, avec tout cela, totalement ignorante de son état réel devant le Seigneur. «Je connais», dit le Seigneur, mais «Tu ne connais pas». Dans leur propre estimation, les Laodicéens n’avaient besoin de rien, mais, dans la pensée du Seigneur, ils avaient besoin de tout, et il doit dire : «Tu es le malheureux et le misérable, et pauvre, et aveugle, et nu».

q v. 18 : Ayant démasqué leur terrible état, le Seigneur leur donne un conseil : «Je te conseille d’acheter de moi», paroles qui montrent que leur besoin, c’est Christ et qu’il n’y a pas de bénédiction en dehors de lui. Ils doivent venir à lui pour obtenir les vraies richesses. Quelle grâce qu’il invite à venir à lui, non seulement des pécheurs repentants, mais aussi ces professants occupés d’eux-mêmes et contents d’eux-mêmes ! Quelle manifestation précieuse de l’attitude pleine de grâce que le Seigneur continue d’avoir envers la profession sans Christ ! Ils déclarent avoir des richesses ; aussi le Seigneur les prend sur leur propre terrain et les invite à venir et à acheter. Leur seule dépense sera l’abandon de leur propre justice car, tout compte fait, les bénédictions qui sont dans la main du Seigneur s’obtiennent sans condition, sans argent et sans prix.

Ils sont invités à acheter «de l’or passé au feu», c’est-à-dire la justice divine assurée par le jugement porté à la croix, et «des vêtements blancs», c’est-à-dire la justice pratique ; lorsqu’ils sont ainsi vêtus, la honte de leur nudité ne paraît pas. Leur manque de justice pratique devant les hommes était une preuve solennelle de leur manque de justice divine devant Dieu. «Vous les reconnaîtrez à leurs fruits» (Matt. 7:15-20). Ensuite, ils ont besoin d’un collyre afin qu’ils voient, ce qui parle de l’onction de l’Esprit qui nous donne conscience du besoin que nous avons de Christ, et nous montre en même temps toute la perfection de sa Personne et de son oeuvre pour répondre à nos besoins, nous enrichir des vrais biens et nous rendre propres pour la gloire de Dieu.

q v. 19 : Le Seigneur ne se contente pas cependant de parler à la conscience de ces Laodicéens tièdes. Il cherche à atteindre le coeur de tout vrai croyant qui peut encore se trouver à Laodicée. Il dit : «Moi, je reprends et je châtie tous ceux que j’aime ; aie donc du zèle et repens-toi». L’Église avait depuis longtemps perdu son premier amour, mais le Seigneur n’a jamais abandonné son premier amour pour l’Église. Il ne peut plus parler de leur amour à eux, mais il peut toujours parler du sien. Cet amour n’exprime pas cependant la satisfaction trouvée dans son objet ; il est contraint d’agir par la répréhension.

q v. 20 : Ensuite, le Seigneur attend avec patience à leur porte. Il parle à la conscience. Il s’adresse au coeur. Il se tient à la porte, il frappe. Il appelle à la repentance, mais il ne s’attend pas à ce que la masse se repente, car ce dernier appel est uniquement individuel. «Si quelqu’un entend ma voix et qu’il ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je souperai avec lui, et lui avec moi».

Telle est la dernière étape de l’histoire de l’Église sur la terre. Celle dont la mission était de rendre témoignage à Christ sur la terre, devient le témoin de sa propre misère et met Christ à la porte. Dans l’état de Laodicée, ne voyons-nous pas le plein résultat du déclin qui a commencé à Éphèse ? Au départ, il y a eu l’abandon du premier amour pour Christ ; à la fin, il y a une totale indifférence au sein d’une Église qui se satisfait d’avoir Christ dehors. Cette dernière étape de la chrétienté qui, avec une tranquille indifférence, ferme la porte à Christ, semble presque pire dans son endurcissement que la dernière étape du judaïsme, qui, dans son hostilité, a cloué Christ sur une croix.

Tout comme il s’était attardé en pleurant sur le judaïsme corrompu, de même Christ se tient à la porte de la chrétienté, attendant avec une patience infinie si, peut-être, il y aurait «quelqu’un», au milieu de la profession chrétienne, qui lui ouvrirait la porte. Pour la masse, il n’y a pas d’espoir ; elle va être vomie de sa bouche, mais jusqu’à ce qu’arrive cet acte solennel de rejet définitif, il y a cette affectueuse invitation offerte à toute personne qui écoutera la voix de Christ. Quelqu’un est-il atteint dans sa conscience par le tableau que le Seigneur fait de la chrétienté, réveillé par ses avertissements, attentif à son conseil, touché par son amour, qu’il ouvre seulement la porte et même à cette dernière heure, Christ entrera chez lui et soupera avec lui, et lui avec Christ. Qu’est-ce, sinon la douce communion du premier amour ? Cela ne montre-t-il pas que, tout à la fin de l’histoire de l’Église sur la terre, quand le jugement va tomber sur la grande masse de la profession, il est possible pour un seul d’être ramené au premier amour ? Le Seigneur ne parle aucunement du rétablissement d’un témoignage public à sa Personne, mais de communion secrète avec lui.

q v. 21 : Pour le vainqueur, il y a la promesse de s’asseoir avec Christ sur son trône comme aussi Christ s’est assis avec le Père sur son trône. Celui qui remporte la victoire sur l’indifférence de Laodicée et ouvre la porte à Christ au jour où la grande multitude lui a fermé la porte, jouira, non seulement de la communion secrète avec lui au jour de son rejet, mais sera associé à Christ devant tous au jour de sa gloire. Christ a été vainqueur d’un monde qui a rejeté le Père et il s’est assis sur le trône de son Père ; celui qui est vainqueur d’un monde qui a rejeté Christ s’assiéra avec Christ sur son trône.

q v. 22 : Le message se termine par l’appel à celui qui a des oreilles pour entendre. Il est bon pour nous de prêter attention à ce que l’Esprit dit à l’église à Laodicée, car ne présente-t-elle pas un état qui peut se développer même parmi les Philadelphiens ? Si ce n’était la grâce de Dieu, les lumières et les privilèges mêmes qui leur sont donnés, peuvent conduire au contentement de soi laodicéen. Puissions-nous avoir la grâce nécessaire pour écouter ce que l’Esprit dit aux assemblées.