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MONTRE-MOI TA FOI

 

Épître de Jacques

 

par Hamilton Smith

 

Table des matières

 

1     Introduction — Chapitre 1:1

2     La vie chrétienne pratique — Chapitre 1:2-27

3     La vie chrétienne — preuve de la foi — Chapitre 2

3.1      Incompatibilité de la vie de foi avec la vie du monde

3.2      La réalité de la foi prouvée par les oeuvres de foi

4     La méchanceté de la nature humaine — Chapitre 3:4

4.1      La langue indomptée — 3:1-12

4.2      La jalousie et l’esprit de querelle — 3:13-18

4.3      Les passions non contrôlées — 4:1-3

4.4      L’amitié du monde — 4:4

4.5      L’orgueil de la chair — 4:5-10

4.6      La médisance — 4:11, 12

4.7      La volonté propre et la confiance en soi — 4:13-17

5     La venue du Seigneur — Chapitre 5

5.1      Les riches de ce monde — 5:1-6

5.2      Les pauvres du troupeau — 5:7-11

5.3      Que votre oui soit oui — 5:12

5.4      Ressources devant les injustices — 5:13

5.5      La maladie — 5:14-15

5.6      Confession — 5:16-18

5.7      Chercher la bénédiction des autres — 5:19-20

 

 

1                    Introduction — Chapitre 1:1

L’auteur de l’épître s’intitule «esclave de Dieu et du Seigneur Jésus Christ». Tout permet de penser qu’il s’agit du Jacques qui a eu une place prédominante parmi les croyants d’entre les Juifs à Jérusalem (Actes 12:17 ; 15:13 ; 21:18 ; Gal. 2:12). Cet apôtre semblerait spécialement qualifié pour adresser une épître «aux douze tribus qui sont dans la dispersion». C’est à elles qu’il envoie sa salutation.

Pour comprendre cette épître, il convient de se souvenir de la position des croyants d’origine juive en Judée et à Jérusalem, telle qu’elle nous est présentée dans les Actes des Apôtres. Il est clair qu’à cette époque, un grand nombre de croyants ne s’étaient pas vraiment séparés du système juif. Nous en voyons qui «persévéraient d’un commun accord dans le temple». Plus loin, nous trouvons «une grande foule de sacrificateurs [qui] obéissait à la foi». Nous lisons ailleurs que «quelques-uns de la secte des pharisiens, qui avaient cru,» insistaient sur la nécessité de circoncire les croyants. Enfin, il est question «de milliers de Juifs» qui avaient cru et étaient «tous zélés pour la loi» lesquels, semble-t-il, n’avaient même pas renoncé aux sacrifices, aux offrandes et aux coutumes juives (Actes 2:46 ; 3:1  ; 6:7 ; 15:5 ; 21:20).

 

C’était certes une condition anormale. Mais il s’agissait d’une période de transition, le passage du judaïsme au christianisme et, dans cet intervalle, Dieu supportait beaucoup de choses qui n’étaient pas selon sa pensée. Nous le savons par l’épître aux Hébreux, écrite plus tard dans le but principal de séparer entièrement les chrétiens du système juif. Ils sont exhortés à sortir hors du camp et à rompre leurs liens avec la religion terrestre, pour occuper leur position céleste en relation avec Christ, dans la place de l’opprobre.

En outre, il semble que, dans cette époque transitoire, Dieu reconnaissait officiellement comme son peuple non seulement les chrétiens associés aux Juifs, mais aussi les douze tribus au milieu desquelles ils se trouvaient, bien que seuls parmi ceux-ci, les croyants aient eu la foi qui confessait Jésus comme Seigneur.

Ainsi, l’épître n’est pas adressée à l’Église comme telle, ni exclusivement aux chrétiens d’entre les Juifs. Elle est destinée aux douze tribus qui sont dans la dispersion, tout en reconnaissant et en exhortant particulièrement les chrétiens au milieu d’elles.

Cette épître a été souvent mal comprise et, il est à craindre, assez négligée par les vrais croyants qui n’ont pas su discerner son vrai caractère. On a bien vu qu’elle répondait à la première phase du christianisme, avant que les croyants se soient séparés de la nation d’Israël ; mais on en a faussement déduit qu’elle avait peu d’application directe pour nos jours où la pleine lumière des vérités concernant l’Église et ses bénédictions célestes a été révélée.

Quant aux faits, l’histoire s’est répétée et, aujourd’hui comme autrefois, les chrétiens fidèles se trouvent disséminés au milieu d’une vaste profession religieuse qui, de même que les douze tribus, n’est pas païenne mais prétend reconnaître le vrai Dieu. C’est pourquoi l’épître, qui répondait à la première phase du christianisme, a une application toute spéciale à la période de la fin.

Ne nous attendons pas à trouver dans ses cinq chapitres un exposé de la doctrine chrétienne, ni non plus la présentation des privilèges exclusifs de l’Assemblée. Toutes ces vérités si importantes sont développées dans d’autres épîtres inspirées. L’objet principal de celle qui nous occupe est d’interpeller ce qui porte le nom de peuple de Dieu et d’exhorter les croyants à une marche pratique qui prouve la réalité de leur foi, en contraste avec la profession religieuse au milieu de laquelle ils se trouvent. La conduite chrétienne doit toujours avoir une grande importance, et jamais autant que quand une religion de pure forme s’est parée des vêtements du christianisme, sans la foi personnelle au Seigneur Jésus. Ici donc, notre foi est éprouvée, et notre conduite sondée.

Le chapitre 1 place devant nous la vie chrétienne pratique.

Le chapitre 2 présente la vie pratique comme la preuve de notre foi dans le Seigneur Jésus Christ.

Les chapitres 3 et 4 font défiler devant nous sept différentes fautes qui caractérisent la vaste profession religieuse et dans lesquelles le vrai chrétien est en danger de tomber, sans la grâce de l’Esprit de Dieu.

Dans le chapitre 5, l’apôtre met en contraste l’état de la masse professante et celui des enfants de Dieu dans la souffrance, et présente la venue du Seigneur en relation avec les deux classes.

2                    La vie chrétienne pratique — Chapitre 1:2-27

Le premier chapitre présente le grand sujet de l’épître — le développement d’un caractère chrétien complet au sein d’un système religieux sans vie.

 

v. 2-4 — L’apôtre commence par nous encourager à nous réjouir dans les épreuves, celles-ci devenant l’occasion de développer la vie pratique de piété. D’abord, il nous dit qu’elles constituent comme un test de la réalité de notre foi. Deuxièmement, elles sont le moyen dont Dieu se sert pour produire la patience. Troisièmement, si la patience a son oeuvre parfaite, elle aboutira à une vie chrétienne bien équilibrée, dans laquelle notre volonté sera bridée, et celle de Dieu accomplie. Pour cela, il faut que la patience puisse avoir son oeuvre parfaite. L’oeuvre de la patience consiste à briser la confiance en soi et la volonté propre et à nous enseigner que, séparés de Dieu, nous ne pouvons rien faire. Lorsque la patience aura eu son oeuvre parfaite, l’âme manifestera sa soumission à Dieu dans l’épreuve en s’inclinant devant ce qu’Il permet et en s’attendant au Seigneur. «C’est une chose bonne qu’on attende, et dans le silence, le salut de l’Éternel» (Lament. 3:26).

 

L’apôtre commence donc par présenter de quelle manière Dieu développe dans les siens une vie accomplie, ne manquant d’aucun caractère chrétien. Cette vie a été parfaitement manifestée en Christ sur la terre au milieu des épreuves et des souffrances ; elle l’est dans les croyants par l’épreuve et la souffrance.

 

v. 5 — Toutefois, même si la volonté est soumise et même si nous désirons vraiment faire la volonté de Dieu, il peut nous arriver souvent, dans nos épreuves, de manquer de sagesse pour agir selon Sa volonté. Si l’un d’entre nous se trouve dans ce cas, «qu’il demande à Dieu», dit l’apôtre. Dieu est notre ressource. Nous pourrions appréhender de nous adresser aux hommes, non seulement parce que leur conseil risquerait de ne pas être bon, mais parce qu’ils pourraient le donner à contre-coeur, blâmer notre ignorance ou trahir notre confiance. Avec Dieu, nous n’avons rien à craindre. Il donne libéralement, sans nous reprocher nos inconséquences et notre faiblesse.

 

v. 6-8 — Le besoin qui nous conduit à Dieu devient une occasion de développer notre foi. Aussi sommes-nous exhortés non seulement à demander à Dieu, mais encore à le faire «avec foi, ne doutant nullement». En nous adressant à Dieu, nous devons compter sur une réponse à nos prières. Douter que Dieu répondra, en son propre temps et à sa propre manière, prouverait que notre esprit est «semblable au flot de la mer, agité par le vent et jeté çà et là». La vague est le jouet des vents venant de quelque direction que ce soit. Ne nous laissons pas influencer dans nos prières par la difficulté des circonstances ou par la puissance de mal qui est contre nous. Avec une foi simple, regardons à Celui qui est au-dessus de toutes les influences contraires — à Celui qui peut marcher sur les vagues et apaiser la tempête. Lui seul est en mesure de nous donner la sagesse d’agir selon sa volonté. Les prières que nous adressons à Dieu sont peut-être souvent arrêtées par l’incrédulité qui regarde aux circonstances. Si nous sommes incertains dans nos pensées, nous serons inconstants dans toutes nos voies, et nous nous laisserons entraîner dans un sens ou dans l’autre selon que les circonstances nous paraîtront favorables ou non.

 

v. 9-11 — Nous pourrions aussi chercher une échappatoire aux épreuves dans notre situation sociale ou de fortune. Comme croyants nous devrions nous réjouir de ce que notre position devant Dieu ne dépend en aucune façon de notre rang social dans ce monde. Le frère de basse condition a de quoi se réjouir de ce que le christianisme l’a élevé à une nouvelle position spirituelle infiniment supérieure à toute la gloire que ce monde peut offrir. Il a part avec Christ et les siens dans le temps présent ; il aura part à la gloire de Christ dans le monde à venir. Souvenons-nous que Dieu a choisi «les pauvres quant au monde, riches en foi et héritiers du royaume qu’il a promis à ceux qui l’aiment».

Les riches de leur côté ont de quoi se réjouir dans leur abaissement. Leurs possessions terrestres et les honneurs humains ont cessé d’avoir de l’emprise sur eux maintenant qu’ils ont part aux richesses insondables du Christ. Comparées à Christ et à sa gloire, les distinctions et les richesses de ce monde ne sont que des fleurs qui se fanent et périssent. L’apôtre Paul, après avoir trouvé Christ dans la gloire, regarde tous ces avantages terrestres comme une perte ; plus encore, il les estime comme des ordures. Le chrétien qui se glorifie dans sa naissance et sa position sociale se glorifie dans ce que l’apôtre, pour ce qui le concernait, couvre de mépris. Quelqu’un a dit : «Le monde passera, et l’esprit de ce monde a déjà passé du coeur du chrétien spirituel. Celui qui prend la place la plus basse sera grand dans le royaume de Dieu» (J.N.D).

Unis par les liens de l’amour divin, le pauvre et le riche peuvent laisser en arrière tout ce qui touche à la position dans le monde et aux possessions terrestres, pour jouir ensemble des choses qui se rattachent à cette précieuse communion à laquelle ils sont l’un et l’autre appelés, «la communion de son Fils Jésus Christ, notre Seigneur» (1 Cor. 1:9).

 

v. 12 — Bienheureux l’homme, riche ou pauvre, qui évite ces pièges et endure l’épreuve, ne regardant qu’au Seigneur pour connaître sa pensée et marcher dans l’obéissance à sa volonté. Il réalise la vie chrétienne pratique et lorsque le sentier de la foi, avec ses épreuves, sera terminé, il recevra la couronne de vie que le Seigneur a promise à ceux qui l’aiment. Souvent nous nous rebellons dans les épreuves, parce que nous sommes égoïstes et voulons nous défendre et nous justifier, mais si nous l’aimions Lui davantage, nous serions prêts à souffrir pour Lui.

 

v. 13-15 — L’apôtre nous met ensuite en garde contre un autre caractère de l’épreuve. Il a parlé de l’épreuve de la foi, due aux circonstances extérieures (v. 2, 3) ; maintenant il nous invite à ne pas confondre cette forme de tentation avec celles qui proviennent de la chair qui est en nous. Dieu peut nous éprouver par les circonstances extérieures, mais Lui ne peut être tenté par le mal, ni non plus induire un homme à faire le mal. Nous pouvons, nous, par la convoitise qui est en nous, être tentés par le mal, et être ainsi entraînés à le faire. C’est parce qu’il a été séduit par la convoitise de l’argent dans son coeur que Judas est tombé dans la tentation du diable qui l’a amené à satisfaire son désir en trahissant le Seigneur. La convoitise en lui a conduit au péché de la trahison et le péché de la trahison a produit la mort.

 

v. 16-18 — En contraste avec le mal venant de la chair, «tout ce qui nous est donné de bon» et «tout don parfait» ne peut venir que de Dieu. Le mot grec traduit par «ce qui est donné de bon» se réfère au fait de donner ; tandis que «don parfait» se rapporte à la chose donnée. Tout ce qui est bon, tant dans la manière de donner que dans la chose elle-même, vient de Dieu. Il est aussi le «Père des lumières». Dans le monde physique, c’est lui qui a placé les luminaires «dans l’étendue des cieux pour donner de la lumière sur la terre». Il est également la source de toute lumière spirituelle. Aucunes ténèbres ne viennent de lui. Il est non seulement bon et lumière pure, mais toute bonté et toute lumière viennent de Lui ; et en Lui il n’y a pas de variation ou d’ombre de changement. Il ne change pas avec nos circonstances instables ou nos dispositions variables.

Nous avons une expression magnifique de la bonté de Dieu dans le don qu’il nous a fait d’une nouvelle nature pour que nous soyons une sorte de prémices de ses créatures. Ayant cette nouvelle nature produite en nous par la parole de la vérité, nous devenons les prémices de la nouvelle création.

 

v. 19-21 — Ainsi le chrétien est appelé à être un témoin de la nouvelle création, en vivant dans la puissance qui opère par la nouvelle nature, au lieu d’agir selon les désirs corrompus de l’ancienne. Nous sommes appelés à nous comporter d’une manière pratique conséquente avec cette nouvelle nature. Nous devons être prompts à écouter, lents à parler et lents à la colère. Écouter correspond à une attitude de dépendance, attentive à ce que Dieu dit. Parler, c’est exprimer nos propres pensées. Nous devons donc être prompts à écouter les paroles de Dieu, expression de sa pensée et de sa volonté, et être lents à exprimer ce qui trop souvent ne fait que manifester notre nature et notre volonté. En outre il nous faut non seulement être lents à donner expression aux pensées de notre esprit, mais aussi lents à la colère qui traduit les sentiments de notre coeur. La colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu et n’est pas compatible avec la piété. Aussi sommes-nous exhortés a rejeter toute saleté de la chair et tout débordement de malice du coeur, qui se manifeste par des paroles vives et une colère injuste. Nous devons juger le mal qui se cache derrière les paroles malicieuses et les explosions de colère. Cela, non pas en cherchant à obéir à une loi extérieure, propre seulement à exciter la chair, mais en rejetant chacune de ses phases et en recevant avec douceur la parole de Dieu implantée. C’est la parole reçue dans l’âme, non pas avec des raisonnements et des questions, mais dans la douceur qui se soumet à ce que Dieu a à dire. La parole ainsi implantée dans l’âme agira pour nous délivrer de tout le mal de la chair et du monde. Nous sommes ainsi non seulement engendrés par la Parole, mais nous sommes transformés dans notre caractère et nous croissons dans la grâce par la même Parole.

 

v. 22-24 — Nous avons été exhortés à être prompts à écouter ce que Dieu nous dit dans sa Parole ; maintenant nous sommes engagés à mettre en pratique ce que nous entendons. Nous devons être des «faiseurs» de la Parole, et non pas seulement des auditeurs. Qu’est-ce sinon l’écho des paroles mêmes du Seigneur : «Si vous savez ces choses, vous êtes bienheureux si vous les faites» (Jean 13:17). Quelqu’un a dit que cette «déclaration pourrait être considérée comme une évidence et même une banalité ; dans la pratique rien ne saurait être plus nécessaire, tant nous sommes enclins à nous contenter d’approuver ou d’admirer une belle action ou une bonne habitude, comme si nous l’avions accomplie nous-mêmes. Retenons bien cette exhortation». Celui qui se vante de connaître la Parole sans la mettre lui-même en pratique ne fait que s’abuser sur sa vraie condition devant Dieu. Il ne se sert de la Parole que comme d’un miroir dans lequel il se considère un moment, puis il oublie tout. Ses voies ne sont pas gouvernées par la Parole.

 

v. 25 — Celui qui possède la nouvelle nature et qui est conduit par la Parole découvrira que celle-ci est la «loi parfaite, celle de la liberté». La loi de Sinaï était écrite sur des tables de pierre ; elle n’inscrivait rien sur le coeur. Elle disait aux hommes ce qu’ils devaient faire, mais ne leur donnait ni le désir ni la capacité d’obéir. Recevoir l’ordre de faire ce que je ne désire pas du tout faire n’est rien d’autre que de l’esclavage, même si j’obéis. Maintenant, par la parole de Dieu non seulement une révélation parfaite de la volonté de Dieu nous a été donnée, mais aussi, par la même Parole, une nouvelle nature a été engendrée en nous, laquelle se plaît à agir selon la Parole. Recevoir le commandement de faire ce que je désire faire, c’est la liberté. La parole de Dieu devient ainsi une loi de la liberté et celui qui est conduit par cette loi-là sera «bienheureux dans son faire».

 

v. 26, 27 — Les derniers versets du chapitre nous invitent à la piété pratique selon la parole de Dieu qui porte avec elle la bénédiction de Dieu. La langue trahit vite la simple prétention d’être religieux. La langue débridée démasquera bientôt un coeur dans lequel la convoitise et la méchanceté ne sont pas jugées. La religion pure se manifestera non pas dans des paroles, mais en pratique. Elle conduira à la sympathie envers les affligés et à la séparation du monde.

Certains essayeront peut-être d’agir conformément à une partie du verset et oublieront l’autre. On peut accomplir beaucoup de bonnes oeuvres et marcher cependant la main dans la main avec le monde. Ou au contraire, on réalisera la séparation du monde mais on négligera les bonnes oeuvres pratiques. Le service religieux pur et sans tache réclame l’obéissance aux deux exhortations. Celui qui va au-devant des besoins du monde doit veiller à ne pas être souillé par sa méchanceté. Avec quelle perfection ce service religieux pur et sans tache n’a-t-il pas été accompli par Christ ! Quelqu’un a dit : «Sa sainteté a fait de lui un parfait étranger dans un monde si souillé ; sa grâce a fait de lui un parfait serviteur dans un monde si misérable et affligé ... Bien que contraint à la solitude morale par la scène de péché qu’il traversait, il était poussé à l’activité d’amour par la misère et les besoins qu’il y rencontrait» (J.G.B).

Ainsi, dans ce premier chapitre, l’apôtre place devant nous la vie chrétienne pratique,

fortifiée par les épreuves et la dépendance de Dieu,

vécue dans la puissance d’une nouvelle nature qui se plaît à écouter la parole de Dieu et à lui obéir,

se manifestant dans l’amour qui va au-devant des pauvres dans ce monde,

mais dans la sainteté qui marche dans la séparation de ce dernier.

3                    La vie chrétienne — preuve de la foi — Chapitre 2

L’un des grands buts de l’épître est d’insister sur la vie chrétienne pratique et de préserver ainsi le croyant du danger de séparer la foi de la pratique. Dans le premier chapitre, la vie pratique de piété, développée dans une nouvelle nature , a été placée devant nous. Dans le deuxième, cette même vie est présentée comme la preuve d’une foi véritable.

La vie de foi fera toujours contraste avec la vie du monde ; elle est, en outre, caractérisée par des oeuvres de foi. Voilà donc les deux grands thèmes du chapitre 2. D’abord, mettre en garde ceux qui font profession de foi chrétienne contre la conformité à ce monde (v. 1-13) ; secondement, signaler le risque d’une simple profession de foi sans les oeuvres qui sont le fruit de la foi (v. 14-26).

3.1   Incompatibilité de la vie de foi avec la vie du monde

v. 1-3 — D’une manière générale, le monde estime les hommes non pas en fonction de leur valeur morale, mais d’après leur position sociale et leur apparence extérieure. Ceux qui ont la foi de notre Seigneur Jésus Christ, Seigneur de gloire, ne doivent pas porter ainsi des appréciations sur les uns et sur les autres. L’homme du monde aura du respect pour celui qui a de la fortune et une bonne situation sociale ; mais la foi nous met en contact avec le Seigneur de gloire. En sa présence, tous les hommes, aussi élevée que soit leur position dans le monde, deviennent très petits.

 

v. 4 — Les croyants sont avertis de ne pas faire entre eux de telles distinctions mondaines, et de ne pas nourrir par là de mauvaises pensées en jugeant selon les apparences, en méprisant un pauvre à cause de sa pauvreté, ou en flattant un riche à cause de sa richesse.

 

v. 5-7 — Un contraste est ensuite établi entre la manière d’agir de Dieu et celle de plusieurs qui prétendent être des croyants. Dieu a choisi ceux qui sont pauvres quant au monde, mais riches en foi. Bien qu’ils soient pauvres aujourd’hui dans ce monde, ils sont héritiers des richesses du royaume à venir promis à ceux qui aiment Dieu. La grande religion formaliste est ainsi mise à l’épreuve. Comment considère-t-elle le monde ? Comment traite-t-elle les croyants ? Avant tout, quelle valeur attribue-t-elle au Nom de Christ ? Hélas ! le système religieux est mis à nu ici, avec toute sa vanité : il respecte le riche, méprise le pauvre, opprime le croyant et blasphème le précieux Nom de Christ.

 

v. 8, 9 — L’apôtre écrit à ceux qui, tout en faisant profession de christianisme, étaient zélés pour la loi (Actes 21:20). Qu’en est-il donc de leur profession chrétienne relativement à l’essence de la loi — la loi royale — telle qu’elle est présentée par le Seigneur ? Aujourd’hui, la chrétienté s’est placée sous la loi et, par conséquent, elle peut aussi être mise à l’épreuve par la loi. La loi royale est celle de l’amour. Le Seigneur pouvait dire qu’aimer le Seigneur son Dieu de tout son coeur et de toute son âme, et de toute sa pensée, est le grand et premier commandement, et le second lui est semblable, ajoutait-il : «Tu aimeras ton prochain comme toi-même». Aimer Dieu et aimer son prochain, c’est accomplir la loi tout entière. Si ces deux commandements étaient gardés, il serait impossible d’en transgresser aucun autre. La loi de l’amour est la loi royale qui résume toutes les autres. Accomplir cette loi, c’est faire bien. Celui qui faisait acception de personnes n’aimait manifestement pas son prochain comme lui-même. Au contraire, il estimait davantage son prochain riche que son frère pauvre. Il était ainsi convaincu d’être un transgresseur.

 

v. 10, 11 — À quoi bon prétendre que tous les autres commandements ont été gardés, si celui-ci est transgressé ? Faillir en un seul point, c’est être coupables sur tous, de même que la rupture d’un seul anneau dans une chaîne entraîne la chute du poids suspendu.

 

v. 12, 13 — La foi au Seigneur Jésus Christ que nous prétendons avoir suppose une nature qui se plait à faire ce que Dieu désire que nous fassions. Voilà la liberté. Il s’ensuit que nos paroles et nos actions devraient être en accord avec cette loi de la liberté.

Dieu se plaît à manifester la miséricorde. Si nous professons la foi en notre Seigneur Jésus Christ et que nous n’usions pas de miséricorde, nous n’agissons pas selon les préceptes de la nouvelle nature qui aime à exercer celle-ci plutôt que le jugement. Manquer de miséricorde peut attirer sur nous la discipline gouvernementale de Dieu.

3.2   La réalité de la foi prouvée par les oeuvres de foi

v. 14 — Ce qu’un homme dit est vérifié par ce qu’il fait. Quelqu’un peut dire qu’il a la foi, mais le dire simplement ne sera d’aucun profit s’il n’y a pas d’oeuvres venant en prouver la réalité.

 

v. 15-17 — Qui oserait prétendre qu’il y a le moindre bien dans le seul fait de dire à des pauvres : «Allez en paix, chauffez-vous et rassasiez-vous», sans rien faire pour répondre au besoin ? Les paroles, aussi belles soient-elles, ne seraient d’aucun profit si elles n’étaient pas accompagnées d’actes. «De même aussi la foi, si elle n’a pas d’oeuvres, est morte par elle-même».

 

v. 18 — Les oeuvres de foi sont donc la preuve de celle-ci devant les hommes. Nous ne pouvons pas voir la foi ; aussi, pour en prouver l’existence, avons-nous besoin de quelque chose de visible. Dire à quelqu’un : «Tu as la foi, et moi j’ai des oeuvres» revient à dire : «Tu te vantes de ta foi et tu es indifférent aux oeuvres ; mais si tu as la foi, montre-la moi ; et comment peux-tu sans oeuvres me montrer ta foi ? Moi, je peux te montrer ma foi par des oeuvres».

 

v. 19, 20 — Le Juif croyait que Dieu est un. C’est exact ; les démons aussi le croient et cela les fait trembler, mais ne les met pas en relation avec Dieu. Ainsi l’homme peut croire ce qui est vrai quant à Dieu, et pourtant ne pas avoir la foi en Dieu. La foi est le fruit d’une nouvelle nature qui croit en Dieu et qui prouve son existence par ses oeuvres. Aussi celui qui dit qu’il a la foi et qui néanmoins est «sans oeuvre» est un homme vain et sa foi n’est qu’une profession morte. Voilà la condition de la vaste chrétienté professante qui adhère bien aux vérités et qui fait des «oeuvres», mais sans la foi qui met l’âme en contact personnel avec Christ.

 

v. 21 — L’apôtre présente deux cas tirés de l’Ancien Testament pour montrer, premièrement, que la foi qui a Dieu pour objet produit des oeuvres et, secondement, que les oeuvres produites par la foi ont un caractère distinct. Ce sont des oeuvres de foi, et non pas seulement des bonnes oeuvres, comme les hommes les appellent.

L’apôtre parle d’abord d’Abraham et montre qu’il avait été justifié par des oeuvres lorsqu’il avait offert son fils Isaac sur l’autel. Le patriarche a prouvé par cette oeuvre l’authenticité de sa foi, une foi si absolue qu’il croyait Dieu capable d’agir d’une manière contraire à tout ce qui s’était jamais vu dans l’histoire de l’homme.

 

v. 22 — Nous voyons donc ici non seulement les oeuvres d’Abraham mais la foi agissant avec ses oeuvres. Il s’ensuit de manière évidente que lorsque l’apôtre parle d’oeuvres prouvant notre foi, il entend non pas simplement de bonnes oeuvres telles que la nature aimable de l’homme est capable d’en produire, mais les oeuvres que la foi seule peut opérer. Ce sont des oeuvres de foi ; et par de telles oeuvres la foi est rendue parfaite. Si, d’une part, l’apôtre insiste sur les oeuvres comme étant le critère de la foi devant les hommes, d’autre part, il insiste sur la foi comme étant le critère des oeuvres.

 

v. 23 — Ainsi, d’une manière pratique, l’Écriture a été accomplie qui dit : «Et Abraham crut Dieu». Il a prouvé d’une manière bienheureuse sa confiance en Dieu avec, pour résultat, que Dieu l’a reconnu et s’est fié à lui, l’appelant «ami de Dieu».

 

v. 24 — Il est ainsi évident «qu’un homme est justifié par les oeuvres et non par la foi seulement». Il est également clair que l’apôtre ne parle pas de la justification devant Dieu, par l’expiation des péchés, mais de la justification visible par les hommes. L’apôtre Paul parle de la première et déclare : «Si Abraham a été justifié sur le principe des oeuvres, il a de quoi se glorifier, mais non pas relativement à Dieu». Jacques parle de la seconde et demande : «Abraham, notre père, n’a-t-il pas été justifié par des oeuvres ?» En conséquence, il a été appelé «ami de Dieu», et n’était-ce pas là un titre de gloire ?

 

v. 25, 26 — L’histoire de Rahab nous offre un autre exemple remarquable de ce qu’est une oeuvre de foi. C’était une femme de mauvaise réputation et qui plus est, coupable aux yeux de tous de trahison envers sa patrie. Or ce qu’elle fait prouve qu’en dépit de toutes les apparences contraires, sa foi reconnaissait les Israélites comme étant le peuple choisi de Dieu et Jéricho comme étant condamnée.

Les deux récits montrent qu’une simple profession de foi n’est pas suffisante. Il doit y avoir la réalité, attestée par les oeuvres de foi. «Comme le corps sans esprit est mort, ainsi aussi la foi sans les oeuvres est morte». Dans les deux cas, les oeuvres prouvent l’existence de la foi en Dieu, mais elles la prouvent en vertu de leur caractère spécial, car ce ne sont nullement des oeuvres que l’homme naturel pourrait approuver. Abraham va égorger son fils, et Rahab trahir son pays. Ce ne sont pas là des «bonnes oeuvres» selon l’appréciation des hommes. La vie pratique du chrétien doit certes être caractérisée par des «bonnes oeuvres», comme l’apôtre l’a déjà montré par son exhortation adressée aux croyants de «visiter les orphelins et les veuves dans leur affliction». Mais les oeuvres qui prouvent la foi sont parfois tellement contraires à la nature que, séparées de la foi, elles seraient condamnées par tout homme bien-pensant. Ainsi, sur la base de la volonté de Dieu et dans la soumission à celle-ci, la foi produit des oeuvres spéciales, et les oeuvres prouvent la foi.

Dans ce chapitre, la foi qu’une personne prétend avoir dans le Seigneur Jésus Christ est mise à l’épreuve par les questions suivantes :

comment se comporte-t-elle avec les pauvres (v. 1-6) ;

comment se comporte-t-elle envers les croyants (v. 6) ; comment traite-t-elle le beau nom de Christ (v. 7) ;

en est-elle relativement à la loi royale (v. 8-11) ;

en est-elle relativement à la loi de la liberté (v. 12-15) ;

enfin, quelle est sa position quant aux oeuvres (v. 14-26)  ?

4                    La méchanceté de la nature humaine — Chapitre 3:4

Dans le chapitre 2, l’apôtre a placé devant nous divers critères par lesquels nous pouvons éprouver la réalité de la foi chez ceux qui prétendent l’avoir.

Dans les chapitres 3 et 4, nous sommes mis en garde contre sept formes différentes de mal qui caractérisent la profession chrétienne et dans lesquelles tout croyant, sans la grâce, est capable de tomber.

1 . La langue indomptée (3:1-12).

2. La jalousie et l’esprit de querelle (3:13-18).

3. Les passions non contrôlées (4:1-3).

4. L’amitié du monde (4:4).

5. L’orgueil de la chair (4:5-10).

6. La médisance (4:11, 12).

7. La volonté propre et la confiance en soi (4:13-17).

4.1   La langue indomptée — 3:1-12

v. 1 — L’apôtre introduit ses avertissements au sujet des méfaits de la langue en nous exhortant à ne pas être beaucoup de docteurs. Il ne parle pas du bon usage du don d’enseigner (Rom. 12:7), mais de la tendance de la nature humaine à vouloir enseigner les autres, et de son désir d’avoir un rôle dans le ministère. Ce penchant peut se trouver en chacun, doué ou non. Même là où le don d’enseigner existe, la chair, en celui qui la laisse agir, peut s’en servir pour nourrir sa propre vanité. Mais, indépendamment de la possession d’un don, nous sommes tous en danger de vouloir enseigner aux autres ce qui est bon, et d’oublier que nous-mêmes sommes capables de faillir dans les choses mêmes contre lesquelles nous les mettons en garde. On a dit : «Il est plus facile d’enseigner les autres que de se gouverner soi-même», et encore : «L’humilité dans le coeur rend lent à parler». Enseigner les autres tout en manquant soi-même, ne fait qu’augmenter notre culpabilité.

 

v. 2 — Souvenons-nous donc qu’en reprenant les autres, nous pouvons être nous-mêmes coupables, car «nous faillissons tous à plusieurs égards», même si parfois nous le faisons sans en avoir conscience. C’est en paroles que nous manquons le plus facilement. Celui qui sait dompter sa langue sera un chrétien accompli — un homme parfait, capable de tenir aussi tout autre membre de son corps en bride.

 

v. 3-5 — Cela conduit Jacques à nous mettre en garde au sujet de l’usage immodéré de la langue. Le mors dans la bouche du cheval est un petit objet, mais par lui nous pouvons contraindre la bête à obéir. Un gouvernail est de faible dimension, mais par lui de grands navires peuvent être contrôlés malgré «des vents violents». De même la langue est un petit membre qui peut gouverner tout le corps, pourvu que l’homme parvienne, comme un pilote, à en assurer la maîtrise. Mais si elle n’est pas tenue en bride, elle peut devenir le moyen d’exprimer la vanité de notre coeur, en condamnant les autres et en nous exaltant nous-même, car elle se vante de «grandes choses». Elle peut ainsi devenir la source de beaucoup de mal, car bien qu’étant un «petit membre» seulement, elle est semblable à une allumette capable de détruire une forêt entière.

La main et le pied peuvent, hélas ! devenir des instruments pour exécuter la volonté de la chair ; mais il n’est aucun de nos membres qui soit plus rapide que la langue pour manifester notre volonté, découvrir notre faiblesse et révéler l’état véritable de notre coeur. Un rien suffit pour qu’elle soit excitée par la méchanceté du coeur, et qu’elle enflamme d’autres, produisant un mal infini par une seule parole vaine et méchante.

 

v. 6 — L’apôtre décrit la langue comme un feu qui, non seulement engendre du trouble, mais encore l’alimente. Elle est capable de produire toute forme d’injustice et devient ainsi un monde d’iniquité. Par ses mauvaises suggestions, elle peut entraîner la souillure de chaque membre du corps, et mettre en mouvement tout le cours de la nature déchue. Les mauvais esprits de l’enfer trouvent dans la langue un instrument tout prêt pour leur oeuvre destructrice, de sorte qu’il peut être dit qu’elle «est enflammée par la géhenne».

 

v. 7, 8 — La langue ne peut être domptée par la nature. Toute espèce de créature a été domptée par l’espèce humaine, mais personne ne peut dompter la langue. C’est un mal désordonné, dit Jacques, plein d’un venin mortel. Non seulement il souille le corps, mais il peut empoisonner l’esprit. On a dit très justement : «La plupart de ceux qui auraient honte de frapper quelqu’un, ne peuvent retenir une parole passionnée ou dure contre leur prochain». Il n’est rien de plus facile que d’empoisonner l’esprit d’un frère contre un autre par une critique irréfléchie et méchante.

 

v. 9-12 — De plus, la langue peut être très inconséquente, car tout en étant capable de bénir Dieu, elle peut aussi maudire l’homme fait à la ressemblance de Dieu. De la même bouche procède la bénédiction et la malédiction. C’est contraire à la nature, car aucune fontaine ne peut faire jaillir de l’eau douce et de l’eau amère par une même ouverture, pas plus qu’un figuier ne produit des olives ou une vigne des figues. L’ordre divin exige qu’un objet d’une certaine nature produise toujours des fruits de la même nature. Les chrétiens, en tant que nés de Dieu et moralement participants de la nature divine, doivent dans leurs paroles et dans leurs actes être conséquents avec l’ordre selon Dieu.

L’apôtre ne parle pas de la langue lorsqu’il en est fait usage par la grâce et sous le contrôle de l’Esprit, mais de la langue employée sous l’influence de la chair et activée par le diable. Rien sinon la puissance de l’Esprit remplissant le coeur de la grâce de Christ ne peut retenir la langue. Lorsque le coeur jouit de la grâce et de l’amour de Christ, la langue s’exprime en grâce, de l’abondance du coeur.

4.2   La jalousie et l’esprit de querelle — 3:13-18

Après avoir exposé en termes incisifs les méfaits d’une langue indomptée, l’apôtre met en garde contre la jalousie et l’esprit de querelle. Dans ce contexte, il établit un contraste frappant entre l’homme sage et ceux qui nourrissent dans leur coeur la jalousie et les querelles.

 

v. 13 — Celui qui est sage, ayant l’intelligence de la pensée de Dieu, le manifestera, non par de la vanterie, ni même nécessairement par des paroles, mais par une bonne conduite et des bonnes oeuvres faites dans la douceur qui est le résultat de la vraie sagesse. Trop souvent la chair cherche à se mettre en avant par la vanterie et par des oeuvres accomplies avec ostentation. L’homme sage n’agit pas ainsi.

 

v. 14, 15 — En contraste avec celui qui est sage, il y a ceux qui nourrissent une jalousie amère et un esprit de querelle dans leur coeur. Le mal, comme toujours, commence dans le coeur ; la jalousie dans le coeur conduit à la vanterie, et cette dernière au mensonge contre la vérité. Que de fois l’envieux cherchera à cacher sa jalousie en protestant qu’il n’a pas de rancune dans son coeur, mais qu’il ne fait que résister au mal et défendre la vérité. Si, sous le prétexte de découvrir un mal et de dire à un frère toute la vérité pour son bien, nous exprimons délibérément des choses blessantes, nous pouvons être bien certains que la méchanceté dans le coeur est derrière nos paroles offensantes. Que de fois n’a-t-on pas excusé les paroles les plus méchantes en citant : «Mieux vaut une réprimande ouverte qu’un amour caché. Les blessures faites par un ami sont fidèles». Mais saurions-nous citer les paroles qui précèdent immédiatement celles-ci ? Elles nous rendraient attentifs à ne pas user légèrement de ces versets, car la question y est posée : «Qui subsistera devant la jalousie ?» (Prov. 27:4-6).

Hélas ! qu’il est facile de nous tromper nous-même dans notre effort pour nous excuser ! Qu’il est facile de justifier notre méchanceté en prétextant que nous agissons avec fidélité ! La méchanceté est une mauvaise herbe qui prolifère dans notre coeur ; mais combien il est rare d’entendre quelqu’un confesser qu’il nourrit de méchants sentiments dans son coeur, ou que les paroles qu’il prononce sont méchantes.

La jalousie amère et l’esprit de querelle ne sont pas le produit de la sagesse d’en haut. Ce sont des manifestations terrestres, non pas célestes ; ils expriment les sentiments du vieil homme, non pas ceux du nouvel homme. Ils sont du diable, non de Dieu.

En outre, souvenons-nous que la jalousie est toujours un aveu d’infériorité. Envier un homme qui a un revenu élevé, c’est reconnaître que le mien est plus petit. De même, être jaloux d’un homme possédant un don, c’est confesser que celui que j’ai est inférieur.

 

v. 16 — Si la jalousie et l’esprit de querelle dans le coeur mènent à des paroles de vanterie et de mensonge pour tenter d’excuser ou de couvrir l’envie, à leur tour la vantardise et l’hypocrisie produiront désordre et confusion, ouvrant la porte à «toute espèce de mauvaises actions». Ici donc, la cause première de toute scène de désordre qui pourrait se passer parmi les enfants de Dieu est exposée en termes clairs et exerçants. La jalousie amère et l’esprit de querelle dans le coeur, s’exprimant en paroles de vanterie et de tromperie, conduisent à «du désordre et toute espèce de mauvaises actions»..

 

v. 17, 18 — En contraste frappant avec les activités du vieil homme marqué par la jalousie et l’esprit de querelle, l’apôtre place devant nous, dans les derniers versets, une belle image du nouvel homme, caractérisé par «la sagesse qui descend d’en haut». Nous savons que Christ est en haut, assis dans la gloire, et qu’il «nous a été fait sagesse de la part de Dieu». Christ est la Tête du Corps et toute la sagesse de la Tête est à notre disposition. On a dit très justement : «Il se plait autant à être «Tête» au croyant le plus simple qu’à l’apôtre Paul. Il a été Tête et sagesse à l’apôtre, mais il est prêt à être Tête et sagesse au chrétien le moins intelligent». Combien ces paroles sont vraies ! Le passage qui nous dit que «Dieu a choisi les choses folles du monde» ajoute en effet immédiatement : «Vous êtes de lui dans le Christ Jésus, qui nous a été fait sagesse de la part de Dieu» (1 Cor. 1:27, 30). Hélas ! ce que nous imaginons être notre propre sagesse nous empêche souvent de bénéficier de la sagesse d’en haut — la sagesse de notre «Tête». Quelle chose heureuse pour nous de reconnaître notre folie, et de nous rejeter sur la sagesse qui est en Christ notre Tête, pour découvrir qu’aussi peu intelligents que nous soyons par nature, nous recevrons une sagesse donnée pour chaque détail de notre vie et de notre service.

Si nous sommes caractérisés par la sagesse d’en haut, nous ressemblerions à Christ. «La sagesse d’en haut est premièrement pure, ensuite paisible, modérée, traitable, pleine de miséricorde et de bons fruits, sans partialité, sans hypocrisie». Qu’est-ce sinon une belle description de Christ quand il a traversé ce monde ?

La sagesse de la Tête s’occupe d’abord de notre coeur. Elle nous amène à juger le mal secret, afin que nous soyons purs de coeur. Puis, dans nos relations avec les autres, elle nous enseignera à être paisibles. Elle mettra un frein à notre langue et à notre propension à la dispute, nous conduisant ainsi à chercher la paix. En recherchant celle-ci, nous nous exprimerons avec modération plutôt que selon la manière violente de la chair. Au lieu de l’agressivité de la chair qui veut toujours s’affirmer, nous céderons aux autres, étant prêts à écouter ce qu’ils ont à dire. En outre, la sagesse d’en haut est disposée à manifester de la miséricorde plutôt que de condamner hâtivement. Elle est «sans partialité» et «sans hypocrisie». Elle ne cherche pas à faire étalage d’une grande sagesse en soulevant des questions sans fin. Elle est caractérisée par la simplicité et la sincérité. La sagesse d’en haut produit ainsi le fruit de la justice, semé dans un esprit de paix par ceux qui cherchent à procurer la paix. La sagesse de la Tête ne produira jamais ni désordre ni querelle. Celui qui est caractérisé par cette sagesse procurera la paix et, dans la condition paisible ainsi créée, il moissonnera les fruits de la justice.

4.3   Les passions non contrôlées — 4:1-3

v. 1-3 — L’apôtre vient de parler de désordre et de querelle parmi ceux qui portent le nom de peuple de Dieu. Il demande maintenant : «D’où viennent les guerres, et d’où les batailles parmi vous ?»

Il fait remonter les conflits parmi le peuple de Dieu aux convoitises du coeur trouvant expression dans les membres du corps. Pour satisfaire ses passions, la chair est prête à tuer et à se battre. Dans un sens littéral, c’est vrai du monde et de ses guerres. Dans un sens moral, si nous sommes résolus à exécuter notre propre volonté, la triste nature humaine rabaissera et écrasera tout ce qui se mettra en travers de l’accomplissement de nos désirs.

Si ces désirs sont légitimes, il n’est pas nécessaire de nous battre entre nous pour les obtenir ; nous pouvons demander à Dieu de nous les accorder. Trop souvent, hélas ! nous n’obtenons pas de réponse à nos prières, parce que peut-être nous demandons avec le mauvais motif de satisfaire quelque volupté.

4.4   L’amitié du monde — 4:4

Ces considérations sur la convoitise de la chair conduisent l’apôtre à nous mettre en garde contre l’amitié du monde, lequel offre toutes les occasions de satisfaire ses désirs. Le monde est caractérisé par la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie. Il a manifesté son inimitié à l’égard de Dieu en rejetant et en crucifiant le Fils de Dieu. Pour quelqu’un qui professe avoir la foi dans le Seigneur Jésus, entrer en amitié avec le monde qui a crucifié le Fils de Dieu, équivaut à commettre spirituellement adultère. «L’amitié du monde est inimitié contre Dieu». Notre attitude vis-à-vis du monde déclare notre attitude vis-à-vis de Dieu. «Celle qui vit dans le plaisir est morte en vivant», dit l’apôtre Paul (1 Tim. 5:6). Cultiver la complaisance mondaine produit une rupture entre l’âme et Dieu. «Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui», dit l’apôtre Jean (1 Jean 2:15). «Quiconque donc voudra être ami du monde, se constitue ennemi de Dieu», déclare l’apôtre Jacques.

4.5   L’orgueil de la chair — 4:5-10

v. 5, 6 — L’apôtre montre maintenant que derrière l’amitié du monde se cache l’orgueil de notre vieille nature. Désirant être quelque chose, la chair se tourne naturellement vers le monde pour essayer de trouver dans ses richesses, sa position sociale et ses honneurs ce qui satisfera son besoin impérieux de se distinguer. Toutefois, ce n’est pas en vain que l’Écriture nous met en garde contre le monde ; et l’Esprit qui demeure dans les chrétiens ne nous conduira pas à convoiter les choses du monde. Au contraire, Il leur donnera la grâce nécessaire pour résister au monde et à la chair, suivant cette promesse : «Dieu résiste aux orgueilleux, mais il donne la grâce aux humbles». Si nous nous contentons d’être petits et même de n’être rien dans ce monde, la puissance et la grâce pour résister à la chair et au monde nous seront accordées.

 

v. 7 — Sept exhortations sont données maintenant pour répondre à l’orgueil de la chair. Elles sont toutes si contraires à l’orgueil naturel de nos coeurs que rien, sinon la grâce administrée par l’Esprit, ne nous permettra d’y répondre dans quelque mesure.

D’abord, l’apôtre dit : «Soumettez-vous donc à Dieu». La grâce seule conduira à la soumission. Le sentiment de la grâce et de la bonté de Dieu donnera une telle confiance en Dieu, que l’âme renonce avec bonheur à sa volonté propre et se soumet à Dieu. Au lieu de chercher à être quelqu’un et quelque chose dans le monde, le chrétien accepte avec joie les circonstances ordonnées par Dieu. Le Seigneur Jésus est l’exemple parfait de Celui que sa confiance en Dieu a amené à se soumettre parfaitement à Lui. Dans les circonstances les plus douloureuses, quand par exemple, il était rejeté par les villes dans lesquelles il avait opéré ses miracles d’amour, il dit : «Oui, Père, car c’est ce que tu as trouvé bon devant toi» (Matt. 11:26).

Deuxièmement, Jacques nous dit : «Résistez au diable, et il s’enfuira de vous». Nous soumettre à Dieu et être content de ce que nous avons nous permettra de résister à Satan qui nous tente et nous provoque par les choses de ce monde. Comme lors des tentations de notre Seigneur, le diable cherchera à nous séduire pour satisfaire les besoins de la vie courante, nos aspirations religieuses, ou tout ce que nos regards pourraient convoiter. Mais si les tentations qu’il présente se heurtent à l’épée de l’Esprit, qui est la parole de Dieu, ses artifices seront découverts et il ne pourra pas se maintenir contre la grâce de l’Esprit qui demeure en nous. Le Seigneur a vaincu Satan et, dans Sa grâce, nous a donné le moyen de résister au diable qui doit alors s’enfuir.

 

v. 8 — Troisièmement, il nous est dit : «Approchez-vous de Dieu, et il s’approchera de vous». Si l’on résiste au diable, il est contraint de fuir, laissant l’âme libre de s’approcher de Dieu et de découvrir qu’Il est tout près de nous. Si, comme le Seigneur dans sa marche parfaite, nous nous proposons toujours le Seigneur devant nous, nous expérimenterons, comme lui l’a fait, que l’Éternel est à notre droite et que, du fait qu’Il est près de nous, nous ne serons pas ébranlés (Ps. 16:8). S’approcher de Dieu est l’expression de la confiance active en Lui et de la dépendance de Lui, provenant d’un coeur amené par la grâce à découvrir que Son trône est un trône de grâce.

Quatrièmement, Jacques dit : «Nettoyez vos mains». Pour nous approcher de Dieu, nous devons juger tout acte qui ne convient pas à sa sainte présence, ne mettant pas les mains à quoi que ce soit qui risque de nous souiller.

Cinquièmement, «Purifiez vos coeurs, vous qui êtes doubles de coeur». Il ne suffit pas de se nettoyer les mains ; nous devons aussi juger le mal dans notre coeur. Les pharisiens pouvaient faire grand étalage de purification extérieure en se lavant les mains, mais le Seigneur doit dire : «Leur coeur est fort éloigné de moi» (Marc 7:3, 6). Celui qui monte en la montagne de l’Éternel et qui se tient dans le lieu de sa sainteté doit avoir «les mains innocentes et le coeur pur» (Ps. 24:3, 4). Le coeur est le siège des affections chrétiennes. Celles-ci doivent être purifiées de tout objet incompatible avec la volonté de Dieu.

 

v. 9 — Sixièmement, «Menez deuil et pleurez». Si nous sommes conduits par la grâce de l’Esprit de Dieu, nous ne pourrons pas être indifférents à la condition solennelle de ce qui prétend être le peuple de Dieu, et nous ne trouverons aucun motif de nous réjouir dans son triste état. Le chrétien a des joies que personne ne peut lui ravir, et il peut se réjouir dans la grâce de Dieu qui opère au milieu du mal des derniers jours. Mais, le rire vain du monde religieux professant et les fausses joies par lesquelles il ne fait que se tromper lui-même en croyant soulager ses misères, conduiront le coeur touché par la grâce de Dieu à mener deuil et à pleurer.

 

v. 10 — Septièmement, l’apôtre dit : «Humiliez-vous devant le Seigneur, et il vous élèvera». Nous avons bien de quoi être confus en pensant à la condition dans laquelle se trouve ce qui se prétend le peuple de Dieu, mais par-dessus tout nous avons à nous humilier à cause de ce que nous découvrons dans notre propre coeur. L’humiliation doit avoir lieu dans la présence du Seigneur. C’est une oeuvre intérieure par laquelle l’âme est rendue consciente de sa propre insignifiance face à la grandeur de Dieu. Notre tendance naturelle est de chercher à nous élever les uns par rapport aux autres ; seule la grâce nous amènera à nous humilier devant le Seigneur. Si nous le faisons, c’est Lui qui nous élèvera au moment qu’Il choisira. Au contraire si nous cherchons à nous élever, nous serons abaissés et humiliés.

On remarquera que ces sept exhortations impliquent que nous nous trouvons au milieu d’une vaste profession religieuse caractérisée par les maux contre lesquels nous sommes mis en garde. Bien loin de se soumettre à Dieu et de résister au diable, la chrétienté se rebelle de plus en plus contre Dieu et se soumet toujours davantage au diable. Insouciance et autosatisfaction la caractérisent. Elle poursuit gaiement son chemin au lieu de mener deuil et de pleurer ; et elle est fière de ses succès, au lieu d’être humiliée de son état. De toute manière, il n’est possible de répondre à ces exhortations que dans la puissance et la grâce de l’Esprit qui demeure en nous (v. 5). En réalisant la condition dans laquelle se trouve la chrétienté professante, ceux qui sont conduits par l’Esprit seront gardés de s’enorgueillir. Ils seront amenés à s’humilier devant Dieu, afin de trouver grâce au milieu de toute la ruine, et gloire dans le jour à venir où ceux qui s’humilient maintenant seront élevés, car «plusieurs qui sont les premiers seront les derniers ; et les derniers seront les premiers» (Marc 10:31).

4.6   La médisance — 4:11, 12

v. 11, 12 — L’apôtre nous a mis en garde contre l’orgueil de la chair qui cherche à s’élever. Maintenant, il nous avertit contre la tendance à rabaisser les autres en parlant mal contre eux. Médire des autres est une tentative indirecte pour s’élever soi-même. Aussi la médisance n’est que la triste conséquence de l’importance que l’on s’attribue à soi-même. L’amour ne voudrait, ni ne pourrait, parler mal. De l’abondance du coeur la bouche parle. Mal parler indique donc infailliblement que l’orgueil et la méchanceté, plutôt que l’amour, ont trouvé place dans le coeur.

En outre, celui qui médit de son frère a oublié la loi royale qui nous exhorte à aimer notre prochain comme nous-même. Et la loi du Sinaï dit aussi clairement : «Tu ne diras point de faux témoignage contre ton prochain». Déjà selon la loi, notre frère ne doit pas être déprécié, mais doit être un objet d’amour, et sa réputation doit être sauvegardée par la bouche de ses frères. Lorsque ce n’est pas le cas, cela signifie que nous ne vivons pas même au niveau de la loi. Il est alors évident que parler contre notre frère, c’est parler contre la loi ; au lieu d’accomplir la loi, nous agissons comme si nous étions au-dessus d’elle. Nous jugeons la loi plutôt que de laisser la loi nous juger. De plus, transgresser la loi, c’est mépriser le Législateur et usurper sa place. Si notre frère a mal agi, le Législateur peut lui-même absoudre ou condamner selon sa sagesse parfaite. Qui sommes-nous pour nous juger les uns les autres ?

Devons-nous alors être indifférents au mal que nous pouvons constater chez les autres ? Loin de là ! D’autres passages nous instruisent quant à la manière de le traiter, lorsque la triste nécessité s’en présente. Mais ce verset nous met en garde contre le fait de parler l’un contre l’autre. Celui qui médit de son frère ne s’occupe pas du mal et n’a pas l’intention de le faire. Il parle simplement contre son frère pour le déprécier. Puissions-nous nous souvenir, lorsque nous sommes tentés de satisfaire un peu notre malveillance vindicative en disant du mal de notre frère, que non seulement nous nous abaissons au-dessous du niveau chrétien, mais que nous n’accomplissons même pas la justice de la loi.

4.7   La volonté propre et la confiance en soi — 4:13-17

Finalement, l’apôtre nous avertit à l’égard de deux formes de mal qui vont souvent ensemble — la volonté propre qui laisse Dieu en dehors de nos circonstances (v. 13, 14) et la confiance en soi qui nous amène à nous vanter de nos activités (v. 15-17).

 

v. 13, 14 — Sans s’inquiéter de Dieu ni de nos frères, la chair peut annoncer : «nous irons dans telle ou telle ville, et nous y passerons une année, et nous trafiquerons et nous gagnerons». La volonté propre décide où aller, combien de temps rester et ce qui sera fait. Ces projets ne sont pas nécessairement mauvais. Ce qui l’est, c’est le fait que Dieu n’a aucune place dans nos pensées. La vie de volonté propre est une vie sans Dieu. Nous en disposons comme si nos jours nous appartenaient. Nous oublions d’abord que nous ne savons pas ce qui arrivera demain, ensuite que notre vie n’est qu’une vapeur.

 

v. 15-17 — Vu l’incertitude de nos circonstances et le caractère transitoire de la vie, notre sagesse consiste à marcher dans une humble dépendance du Seigneur et à subordonner tous les projets que nous faisons à la réserve : «Si le Seigneur le veut». Hélas ! la chair non seulement se vante de faire sa propre volonté, mais elle se glorifie dans ses vanteries. Aussi sommes-nous prévenus que si nous savons faire le bien et que néanmoins nous refusions de le faire par volonté propre, nous péchons. L’apôtre ne dit même pas que faire le mal est pécher, mais que ne pas faire le bien, quand nous savons ce qui est juste, c’est pécher.

5                    La venue du Seigneur — Chapitre 5

L’apôtre a présenté la beauté de la vie pratique chrétienne au milieu d’une vaste chrétienté professante (chap. 1) ; il nous a donné les critères prouvant la réalité de la foi en notre Seigneur Jésus Christ (chap. 2) ; il nous a mis en garde contre les différentes formes de mal qui se trouvent parmi ceux qui prétendent être en relation avec le vrai Dieu (chap. 3 et 4). Maintenant, dans le dernier chapitre, il distingue clairement les deux classes de personnes, d’une part la grande masse chrétienne de nom, d’autre part, ceux qui, au milieu de celle-ci, ont une foi personnelle dans le Seigneur Jésus. Lorsque Jacques écrivait son épître, les douze tribus formaient la grande religion traditionnelle, et le résidu pieux, les vrais croyants. Aujourd’hui, c’est à la chrétienté professante et aux vrais croyants au milieu d’elle, que ces vérités s’appliquent.

L’apôtre place devant nous l’état véritable de chacune des classes, l’une extérieurement riche et prospère, l’autre, pauvre et dans la souffrance. Il présente la venue du Seigneur comme étant le terme des deux conditions. Il exhorte les fidèles à la patience au sein de la souffrance, et montre que les souffrances qu’ils traversent font partie de la discipline du Seigneur pour leur bénédiction.

5.1   Les riches de ce monde — 5:1-6

v. 1-3 — L’apôtre s’adresse d’abord à ceux qui, professant reconnaître le vrai Dieu, mais n’ayant pas de foi personnelle en Christ, font des richesses et de la prospérité dans ce monde leur principal objet. Ceux-ci feraient bien de penser au jugement qui va tomber sur la profession religieuse, et de pleurer en poussant des cris, à cause des misères qui vont venir sur eux. Non seulement leurs biens leur feraient défaut et seraient pourris, mais ils seraient le moyen de leur propre destruction, comme un feu destructeur. Que de fois les richesses, avec toutes les occasions qu’elles offrent de satisfaire chaque convoitise, n’ont-elles pas prouvé la vérité des paroles de l’apôtre, en devenant un instrument de la destruction tant du corps que de l’âme ! «Votre or et votre argent sont rouillés, et leur rouille... dévorera votre chair comme le feu». En outre, le temps va bientôt prendre fin, car nous vivons «dans les derniers jours». Ainsi, les riches de ce monde sont avertis que le jugement approche (v. 1) ; que leurs richesses sont pourries (v. 2) que leurs propriétaires seront eux-mêmes détruits, corps et âme ; et que ce sont les derniers jours (v. 3).

 

v. 4, 5 — Les richesses non sanctifiées ne détruisent pas seulement ceux qui les possèdent, mais trop souvent, au lieu d’être pour le profit des pauvres, font que ceux-ci sont dépouillés et opprimés. De plus, indépendamment de toute oppression des pauvres, les richesses orientent vers une vie de délices et de paresse, dans laquelle les pauvres n’ont pas de place et sont oubliés. On a dit très justement : «Les biens matériels sont un danger réel, même pour nous chrétiens, car ils risquent de nourrir notre orgueil et de durcir notre coeur en nous éloignant des pauvres auxquels le Seigneur lui-même s’est associé dans ce monde» (J.N.D)..

Le Seigneur, lui, veille spécialement sur les pauvres. Il n’est pas indifférent à leurs besoins, ni sourd à leurs cris. Lui-même a vécu dans la pauvreté, afin que par sa pauvreté nous soyons enrichis. C’est aux pauvres que l’évangile est envoyé ; et Dieu a choisi «les choses folles», «les choses faibles», «les choses viles», «les choses méprisées» de ce monde. Quelques puissants et quelques nobles peuvent certes être appelés, mais l’écriture dit : «pas beaucoup» (1 Cor. 1:26-29).

 

v. 6 Les riches ont non seulement frustré et négligé les pauvres, mais ils ont condamné et mis à mort le Juste. Celui qui a dit : «Je suis affligé et pauvre» n’est pas recherché par l’homme religieux fortuné qui déclare : «Je suis riche, et je me suis enrichi». Les riches en Israël ont condamné et mis à mort le Juste ; les riches dans la chrétienté le mettent à la porte (Comparer Ps. 40:17 et Apoc. 3:17).

5.2   Les pauvres du troupeau — 5:7-11

v. 7, 8 — Dieu n’est pas indifférent aux torts causés aux pauvres d’entre les siens, ni au fait que Christ est rejeté par le monde. Mais pour le moment il n’intervient pas publiquement en faveur des siens. Lorsqu’il interviendra, ce sera en jugement sur le monde. Actuellement, il agit en grâce, ne voulant pas qu’aucun périsse. Pour cette intervention publique, il nous faut attendre la venue du Seigneur. L’apôtre fait allusion à ce moment quand il dit : «Usez donc de patience, frères, jusqu’à la venue du Seigneur». En vue de tout ce que le peuple du Seigneur peut avoir à souffrir, ces deux choses sont placées devant lui : la patience présentement nécessaire et la venue toute proche du Seigneur. Lorsqu’il viendra, chacun saura que Dieu n’a pas été indifférent aux souffrances et aux torts subis par les siens. Alors la tribulation tombera sur ceux qui l’ont fait subir au peuple de Dieu, et ceux qui ont subi la tribulation, seront introduits dans «le repos» (2 Thess. 1:6-10). Dans l’intervalle, le peuple de Dieu est appelé à user de patience, comme le laboureur qui doit travailler avec «patience», attendant le fruit précieux de la terre. Lorsque le Seigneur viendra, les siens moissonneront en bénédictions célestes le fruit précieux de leur longue patience. C’est pourquoi en vue de ces fruits précieux que nous allons recevoir, et de la venue imminente du Seigneur, Jacques dit : «Affermissez vos coeurs».

L’attente réelle du Seigneur — non pas simplement la doctrine de la seconde venue — gardera l’âme dans la séparation du monde avec son abondance, ses plaisirs et sa légèreté. Elle l’élèvera au-dessus de toute souffrance et de tout mépris, quelle que soit leur provenance. Elle le rendra capable de supporter patiemment tout conflit ; et de marcher dans une calme confiance, ne rendant pas d’outrage quand elle est outragée, ne menaçant pas lorsqu’elle doit souffrir à tort, comme Christ n’a pas résisté lorsqu’il a été condamné par les chefs de ce monde (1 Pierre 2:21-23).

 

v. 9 — Il s’ensuivra aussi que nous ne murmurerons «pas les uns contre les autres». Sachant que le Seigneur, à sa venue, redressera toutes choses, nous sommes exhortés à aller de l’avant dans la tranquillité d’esprit, contents de ce que nous avons présentement, ne nous plaignant pas de notre sort, et ne condamnant pas ceux qui semblent être dans des circonstances plus faciles que les nôtres, car «le Juge se tient devant la porte». Il ne nous appartient pas de juger ce qui est préférable pour nous dans nos circonstances présentes. Murmurer, c’est nous condamner nous-mêmes en mettant en question Ses voies envers nous. Nous devrons reconnaître que le Seigneur est le Juge et qu’il sait ce qui est le meilleur pour chacun de nous.

Gardons-nous aussi de toute forme de rancune et d’irritation contre ceux qui ont peut-être dit du mal de nous. Ce n’est pas à nous de chercher à nous venger, nous avons plutôt à supporter avec patience, sachant que «le Juge se tient devant la porte». Trop souvent ce que nous faisons pour nous défendre nous-mêmes nous amène à agir par la chair et de ce fait à nous soustraire à la protection du Juge suprême pour nous placer sous la condamnation. Acceptons donc silencieusement l’injustice, sachant que le Juge se tient devant la porte. Il n’est pas indifférent aux torts faits aux siens. Il a une connaissance parfaite de tout ce qui se passe, et il est juste et impartial dans son jugement. On a dit très justement : «Il est de toute importance de tenir en échec les mouvements de la nature. Nous le ferions, si nous pouvions voir Dieu devant nous ; nous le ferions certainement en présence de quelqu’un à qui nous désirerions plaire. Or, Dieu est toujours présent ; aussi, manquer de ce calme et de cette modération est une preuve que nous avons oublié la présence de Dieu» (J.N.D). Recherchons donc la grâce dont nous avons besoin pour nous souvenir que non seulement «la venue du Seigneur est proche», mais aussi que «le Juge se tient devant la porte».

 

v. 10, 11 — L’apôtre nous rappelle l’exemple de deux hommes qui, dans le passé, ont souffert et ont usé de patience. Parmi les prophètes, nous voyons des hommes qui ont souffert injustement et qui, au lieu d’outrager leurs persécuteurs, ont supporté leurs souffrances avec patience, heureux malgré le tort qui leur était fait. Ils sont des exemples pour nous, lorsque nous sommes appelés à souffrir injustement pour le nom de Jésus et le témoignage rendu à la vérité. Nous devons suivre les traces de Celui «qui n’a pas commis de péché, et dans la bouche duquel il n’a pas été trouvé de fraude ; qui, lorsqu’on l’outrageait, ne rendait pas d’outrage, quand il souffrait, ne menaçait pas, mais se remettait à celui qui juge justement» (1 Pierre 2:22, 23). «Le Juge se tient devant la porte» ; laissons-lui le jugement.

Nous avons en outre l’exemple magnifique de Job. Dans son cas, nous voyons non seulement la patience de quelqu’un qui souffre, mais aussi le but poursuivi par le Seigneur. Si nous endurons avec patience la souffrance et les injustices, nous découvrirons qu’à la fin, «le Seigneur est plein de compassion et miséricordieux». Le cas de Job est spécialement instructif. Il nous apprend que, quelles que soient les épreuves que nous pouvons être appelés à traverser, Dieu s’en sert pour notre instruction. Dans tout ce par quoi Job a passé, nous voyons la discipline de Dieu en vue de la bénédiction de son serviteur. Job s’était mis à se complaire dans sa propre bonté et à se confier dans sa propre justice. Pour détruire cette autosatisfaction, il est permis à Satan dans sa malveillance, de cribler le patriarche, jusqu’à un point déterminé, par de terribles épreuves. Le résultat de tous les assauts que Job a subis de la part de Satan l’accusateur, de sa femme et de ses amis, fut que non seulement il triompha de toute la puissance de l’Ennemi, mais que, par ces épreuves, il découvrit et jugea la méchanceté secrète et insoupçonnée de son propre coeur. Se complaisant dans sa propre bonté, qui certes était réelle et reconnue de Dieu, il avait déclaré : «Quand l’oeil me voyait, il me rendait témoignage» ; mais quand enfin il se trouve dans la présence de Dieu, il s’exclame : «Mon oeil t’a vu : C’est pourquoi j’ai horreur de moi, et je me repens dans la poussière et dans la cendre» (Job 29:11 ; 42:5,6).

Par la grâce de Dieu, Job endure triomphalement les épreuves et par cette même grâce, il est amené à se connaître lui-même dans la présence du Seigneur. Puis ayant découvert son propre coeur, il est en mesure de discerner le coeur du Seigneur, car il comprend que «le Seigneur est plein de compassion et miséricordieux». Après avoir sondé le coeur de Job et avoir repris ses contradicteurs, Dieu le bénit abondamment, car nous lisons : «L’Éternel rétablit l’ancien état de Job... et l’Éternel donna à Job le double de tout ce qu’il avait eu... Et l’Éternel bénit la fin de Job plus que son commencement» (Job 42:10, 12).

 

5.3   Que votre oui soit oui — 5:12

v. 12 — L’apôtre nous a mis en garde contre l’impatience en présence de torts, qui nous inciterait à la vengeance en oubliant que «le Juge se tient devant la porte». En prenant ainsi nous-mêmes notre cause en main, nous sommes condamnés (v. 9). Il nous avertit maintenant qu’il y a une autre manière d’oublier Dieu et de tomber sous son jugement. En murmurant contre les hommes, nous pouvons oublier la présence de Dieu ; mais aussi en nous défendant nous-mêmes nous risquons d’oublier ce qui est dû au Dieu souverain au point de l’invoquer légèrement en jurant, pour confirmer nos déclarations. N’est-ce pas le manque de respect le plus élémentaire que dans le feu de la discussion quelqu’un vienne se servir des Noms divins pour gagner du crédit devant les hommes. Aussi l’apôtre dit-il : «Avant toutes choses, mes frères... que votre oui soit oui, et votre non, non».

 

5.4   Ressources devant les injustices — 5:13

v. 13 — L’apôtre aborde à présent notre grande ressource face aux injustices. Il suppose que nous sommes en présence d’une vaste profession religieuse et que les vrais enfants de Dieu auront à souffrir de sa part. Quelle que soit la source d’où viennent les torts, que ce soit du monde ou de nos frères, il nous a avertis de veiller à ne pas murmurer et à ne pas chercher à nous venger nous-mêmes de celui qui a mal agi (v. 9) ; et de ne pas nous protéger par des serments (v. 12). Que devons-nous donc faire ? Sa réponse est simple : «Quelqu’un parmi vous est-il maltraité, qu’il prie». Notre tendance naturelle est de répondre aux outrages par des outrages, aux accusations par des contre-accusations, à la méchanceté par la méchanceté. C’est tout simplement répondre à la chair par la chair. Le chemin de Dieu pour nous est à la fois très différent et très simple. Face à n’importe quel tort qui nous est fait, nous avons une ressource donnée par Dieu. Au lieu de prendre notre cause en main, apportons-la à Dieu par la prière. Il n’est pas nécessaire de sous-estimer le mal ; nous pouvons le considérer dans toute sa méchanceté et sa laideur ; mais après cela, nous avons à nous approcher de Dieu et à le placer devant lui par la prière. Le sentiment charnel de revanche sera ainsi étouffé, le coeur consolé et l’esprit apaisé. Quelqu’un a dit : «Dans tous les cas d’affliction, la prière est notre ressource ; nous reconnaissons notre dépendance du Seigneur et nous nous confions dans sa bonté. Le coeur s’approche de lui, il lui parle de ses besoins et de sa peine, les plaçant devant le trône de la grâce et sur le coeur de Dieu». En outre, ce ne sont pas seulement nos peines qui nous conduisent à Dieu, ce sont aussi nos joies. Aussi l’apôtre nous dit-il : «Quelqu’un est-il joyeux, qu’il chante des cantiques». Nos peines comme nos joies doivent être l’occasion de nous tourner vers Dieu. Il y a une issue pour nos peines dans la prière, et une issue pour notre joie dans les cantiques.

 

5.5   La maladie — 5:14-15

v. 14, 15 — L’apôtre a parlé des torts que nous pouvons subir de la part d’autrui. Il mentionne maintenant une autre forme d’affliction — les voies du Seigneur. Indépendamment de ce que les autres peuvent faire par méchanceté pour nous causer du préjudice, le Seigneur peut s’occuper de nous en amour, pour notre bénédiction. Ainsi, la maladie peut nous frapper. Cette maladie est peut-être simplement inhérente à nos corps d’infirmité, mais elle peut aussi être le châtiment direct du Seigneur ; dans les deux cas, notre ressource est la prière. Nous ne devons pas considérer la maladie comme un événement fortuit, mais voir en elle la main du Seigneur ; et si nous nous tournons vers Lui avec la foi, nous verrons qu’il est prêt à écouter la prière de la foi et à y répondre. Si des péchés ont été commis, ils seront pardonnés. Ici, le fait de prier et de rechercher les prières de ses frères exprime la soumission de l’âme à ce que Dieu a permis, au lieu de se laisser aller à des plaintes et à des murmures qui seraient l’expression d’un coeur en rébellion.

 

5.6   Confession — 5:16-18

v. 16-18 — La prière à Dieu peut être accompagnée par la confession l’un à l’autre. Il n’y a pas la moindre idée de confession unilatérale à un prêtre ou à un ancien, mais «l’un à l’autre». On a dit très justement : «Quel que puisse être l’état de ruine dans lequel l’Assemblée de Dieu se trouve, nous pouvons toujours confesser nos fautes l’un à l’autre, et prier l’un pour l’autre, en sorte que nous soyons guéris. Cela ne demande pas l’existence d’un ordre officiel, mais cela suppose l’humilité, la confiance fraternelle et l’amour. Nous ne pouvons en effet pas confesser nos fautes si nous n’avons pas confiance dans l’amour d’un frère. Nous pouvons choisir un frère sage et discret (plutôt que d’ouvrir notre coeur à des personnes indiscrètes), mais ce choix ne change rien quand à l’état d’âme du coupable. Ne cachant pas le mal, mais ouvrant son coeur, il libère sa conscience humiliée ; peut-être aussi son corps» (J.N.D).

Pour nous encourager à la prière, l’apôtre dirige nos pensées vers Élie et nous montre que «la fervente supplication du juste peut beaucoup». Élie était un homme ayant les mêmes passions que nous. Il avait lui aussi ses périodes de faiblesse et de découragement, et cependant, en réponse à sa prière, il ne plut pas durant trois ans et six mois. Dans son histoire en 1 Rois 17:1, nous ne voyons que le déploiement extérieur de la puissance de Dieu à travers son serviteur. Élie déclare en effet : «L’Éternel, le Dieu d’Israël, devant qui je me tiens, est vivant, qu’il n’y aura ces années-ci ni rosée ni pluie, sinon à ma parole». Mais dans notre passage la source secrète de cette manifestation publique de puissance nous est révélée. Il pria et Dieu entendit sa prière et y répondit.

Ainsi, dans toute cette portion de l’épître, nous apprenons qu’en présence aussi bien de torts causés par les autres, que de la maladie ou de fautes que nous avons pu commettre, la prière est notre ressource, et la prière de la foi — la fervente supplication du juste — peut beaucoup.

 

5.7   Chercher la bénédiction des autres — 5:19-20

v. 19, 20 — L’apôtre termine l’épître en détournant nos pensées de nos fautes et de nos maladies, pour les diriger vers les besoins et la bénédiction des autres. Si quelqu’un s’égare de la vérité, l’amour ne sera pas indifférent à l’égard de celui-ci et cherchera à le ramener, sachant que s’il l’est, il est sauvé de la mort et ses péchés sont couverts. Car, hélas ! la vanité offensée et la méchanceté découlant de la jalousie découvriront, pour servir leurs propres fins, les fautes de celui qui s’est égaré, même si celles-ci ont été confessées depuis longtemps et que le coupable a été restauré. L’amour couvre toujours ce qui a été jugé et ôté.