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L’ÉPÎTRE aux PHILIPPIENS

 

ou

 

L’EXPÉRIENCE CHRÉTIENNE

 

par Hamilton  Smith

 

Table des matières abrégée :

1     Chapitre 1

2     Chapitre 2

3     Chapitre 3

4     Chapitre 4

 

 

Table des matières détaillée :

 

1     Chapitre 1

1.1      Versets 3 à 6

1.2      Versets 7 et 8

1.3      Versets 9 à 11

1.4      Versets 12 à 14

1.5      Versets 15 à 18

1.6      Verset 19

1.7      Verset 20

1.8      Verset 21

1.9      Versets 22 à 26

1.10      Versets 27 à 30

2     Chapitre 2

2.1      Versets 1 et 2

2.2      Versets 3 et 4

2.3      Versets 5 à 8

2.4      Versets 9 à 11

2.5      Versets 12 et 13

2.6      Versets 14 à 16

2.7      Versets 17 et 18

2.8      Versets 19 à 24

2.9      Versets 25 à 30

3     Chapitre 3

3.1      Verset 1

3.2      Versets 2 et 3

3.3      Versets 4 à 6

3.4      Verset 7

3.5      Versets 8 et 9

3.6      Versets 10 et 11

3.7      Verset 12

3.8      Versets 13 et 14

3.9      Versets 15 à 17

3.10      Versets 18 et 19

3.11      Versets 20 et 21

4     Chapitre 4

4.1      Verset 1

4.2      Versets 2 et 3

4.3      Verset 4

4.4      Verset 5

4.5      Versets 6 et 7

4.6      Verset 8

4.7      Verset 9

4.8      Versets 10 à 13

4.9      Versets 14 à 18

4.10      Versets 19 et 20

4.11      Versets 21 à 23

 

1                        Chapitre 1

L’étude des différentes épîtres montre que chacune a été écrite dans un but particulier, en sorte que Dieu, dans sa sagesse et sa bonté, a pleinement pourvu à l’affermissement du croyant dans la vérité, aussi bien qu’à sa conduite en toutes circonstances, et à toutes les époques.

 

Dans l’épître aux Romains nous avons des vérités qui établissent le croyant sur les grands fondements de l’évangile. Les épîtres aux Corinthiens nous instruisent quant à l’ordre dans l’Assemblée. Les épîtres aux Éphésiens et aux Colossiens développent les plans de Dieu, et les doctrines concernant Christ et l’Église.

 

Dans l’épître aux Philippiens nous avons peu ou pas d’exposé formel de doctrine, mais une magnifique présentation de vraie expérience chrétienne. Les croyants sont vus, non pas assis ensemble dans les lieux célestes en Christ, comme dans les Ephésiens, mais en voyage à travers le monde, oubliant les choses qui sont derrière, et se hâtant vers le Christ Jésus dans la gloire. Elle traduit l’expérience de quelqu’un qui entreprend ce voyage avec la puissance fournie par l’Esprit de Jésus Christ (1:19). Ce n’est pas, remarquons-le, nécessairement l’expérience des chrétiens qui nous est présentée, car celle-ci, hélas ! peut rester très en dessous de la vraie expérience chrétienne. Néanmoins, c’est une expérience qui n’est pas réservée à un apôtre, mais qui est possible pour tout croyant, dans la puissance de l’Esprit. C’est peut-être pour cette raison que Paul ne se présente pas lui-même ici comme apôtre, mais comme esclave de Jésus Christ.

L’occasion qui a donné lieu à l’épître est un témoignage de communion des saints de Philippes, qui vient de s’exprimer par un don envoyé pour lui aider à faire face à ses besoins. Cette communion pratique avec l’apôtre alors dans les liens était pour lui la preuve de leur bon état spirituel, car il en était d’autres qui l’avaient abandonné et s’étaient détournés de lui pendant qu’il était en prison.

1.1   Versets 3 à 6

Cette heureuse disposition spirituelle amenait l’apôtre à la louange et à la prière à leur sujet. Nous pouvons être capables de remercier Dieu les uns pour les autres quand nous nous souvenons de la grâce divine manifestée dans des occasions particulières ; mais, à propos de ces saints, l’apôtre pouvait dire : «Je rends grâces à mon Dieu pour tout le souvenir que j’ai de vous». Plus encore, alors que parfois nos prières pour les autres s’accompagnent de tristesse à cause de leurs défaillances et de leur mauvaise marche, au sujet de ces Philippiens, l’apôtre pouvait «faire des supplications avec joie».

 

En outre, l’état spirituel de ces croyants lui donnait la ferme assurance que Celui qui avait commencé une bonne oeuvre en eux l’achèverait jusqu’au jour de Jésus Christ. Ainsi, le fait qu’ils avaient montré leur dévouement par leur communion avec l’apôtre, et cela depuis le premier jour jusqu’à ce moment, lui donnait la conviction qu’ils seraient maintenus dans la même grâce durant leur pèlerinage jusqu’au jour de Jésus Christ.

1.2   Versets 7 et 8

De plus, l’apôtre était fortifié dans cette confiance par la pensée qu’il était si manifestement porté dans leurs coeurs. Preuve en était le fait qu’ils n’avaient pas honte d’être associés avec l’apôtre dans ses liens, et dans sa défense de l’évangile. Ayant communion avec lui dans ses épreuves, ils partageraient aussi la grâce particulière dont lui-même était l’objet. Cet amour était réciproque ; car s’ils portaient l’apôtre dans leurs coeurs, lui, de son côté, languissait à leur sujet, animé par la même tendresse que celle de Jésus Christ. Ce n’était pas un simple amour humain en réponse à de la bonté, mais un amour d’essence divine — l’amour ardent de Jésus Christ.

1.3   Versets 9 à 11

En priant pour eux, l’apôtre désire que cet amour qui lui avait été manifesté d’une manière si bénie puisse abonder encore de plus en plus, se manifestant en connaissance et en toute intelligence : car, rappelons-le, dans les choses de Dieu, l’intelligence spirituelle a sa source dans l’amour. Le coeur qui est attaché à Christ, c’est celui-là qui apprendra l’esprit de Christ — pas simplement une connaissance de la lettre de l’Écriture, mais bien la compréhension de sa signification spirituelle. Avec cette intelligence donnée par Dieu, nous serons capables de discerner les choses excellentes. Il est relativement facile de condamner ce qui est mauvais. Dans une grande mesure, l’homme naturel en est capable. Mais pour apprécier les choses moralement excellentes, il faut du discernement spirituel. Plus nous sommes attachés à Christ, plus nous aurons cette intelligence spirituelle qui nous rendra capables de faire en toutes circonstances ce qui convient, de la bonne manière et au bon moment. Appréciant les choses excellentes, et agissant avec des motifs purs, nous ne serons une cause d’achoppement «ni aux juifs, ni aux Grecs, ni à l’assemblée de Dieu» (1 Cor. 10:32). Nous serons gardés sans broncher jusqu’au jour de Jésus Christ.

 

De plus, comme les saints de Philippes, nous ne serons pas seulement gardés de chute, et d’être ainsi une pierre d’achoppement pour d’autres, mais nous porterons du fruit par Jésus Christ, à la gloire et à la louange de Dieu. Nous savons que c’est seulement en demeurant en Christ que nous porterons du fruit : nous manifesterons alors les merveilleuses qualités qui ont été vues en Christ comme homme ; et si du fruit est produit, ce sera à la gloire du Père, et en témoignage devant les hommes que nous sommes disciples de Christ (Jean 15:4-8).

1.4   Versets 12 à 14

L’apôtre fait ensuite allusion aux circonstances particulières auxquelles il avait à faire face, qu’on aurait pu considérer comme un obstacle à la propagation de l’évangile, et bien déprimantes pour lui. Cependant, Paul évalue chaque circonstance par rapport à Christ. Il était dans la solitude d’une prison, et apparemment toute occasion de prêcher l’évangile était ôtée ; son service public était terminé. Mais il voulait que les saints sachent que ces circonstances visiblement contraires avaient tourné en bénédiction pour lui-même et étaient pour l’avancement de l’évangile. En ce qui le concernait, bien loin d’être découragé par ses liens, il pouvait se réjouir, car il était évident que ces liens étaient «en Christ». Il n’était pas accablé par la pensée d’être emprisonné pour une faute quelconque qu’il aurait commise, mais se réjouissait de ce qu’il était estimé digne de souffrir pour Christ.

 

En ce qui concerne l’évangile, les liens de Paul étaient devenus une occasion d’atteindre des hommes du prétoire (le plus haut rang social). Chacun des saints savait que lorsqu’il était avec eux à Philippes et qu’il avait été jeté dans la prison intérieure, il avait pu chanter les louanges de Dieu. Alors, ses liens étaient devenus le moyen d’atteindre un pécheur qui, lui, était tout au bas de l’échelle sociale. Les chaînes, le cachot, la nuit... tout avait contribué à l’avancement de l’évangile.

 

Qui plus est, l’opposition du monde à Christ et à l’évangile, mise en évidence par l’emprisonnement de l’apôtre des nations, était devenue l’occasion de stimuler quelques-uns d’entre eux, de naturel plutôt timide, à s’avancer hardiment pour annoncer sans crainte la parole de Dieu.

1.5   Versets 15 à 18

Il y avait malheureusement des personnes qui prêchaient l’évangile avec un motif qui n’était pas pur. Mus par la jalousie et par le désir pervers d’augmenter les tribulations de l’apôtre, ces gens profitaient de son emprisonnement pour chercher à se faire valoir eux-mêmes en annonçant l’évangile. Mais lui, ayant Christ devant lui et ne pensant pas à lui-même, pouvait se réjouir de ce que Christ était annoncé. En dépit des mauvais motifs, des façons de faire défectueuses et des procédés charnels de ces prédicateurs, Paul pouvait laisser au Seigneur le soin de s’en occuper en son temps et à sa manière, tout en se réjouissant de ce que Christ était prêché.

1.6   Verset 19

Oui, l’apôtre pouvait se réjouir de savoir que le fait de prêcher Christ — que ce soit par lui-même, par des frères fidèles ou par ceux dont les motifs n’étaient pas purs —, en même temps que les prières des saints et les secours de l’Esprit de Jésus Christ, tout cela tournerait à sa complète et finale délivrance de tout le pouvoir de Satan. Souvenons-nous que, si grand que soit notre besoin, nous avons dans le Saint Esprit une ample et immanquable ressource. En y faisant appel, nous expérimenterons que, ni la fureur des hommes, ni la jalousie de ceux qui prêchent avec de mauvais motifs, ni l’opposition des adversaires, pas plus que l’inimitié de Satan, ne pourront rien contre nous.

1.7   Verset 20

L’apôtre montre de façon claire le caractère du salut qu’il a devant lui. Il ne pense évidemment pas au salut de l’âme, lequel dépend exclusivement de l’oeuvre de Christ. Cette question était pour lui réglée pour toujours et ne reposait pas plus sur ce qu’il pouvait faire que sur les prières des saints. Et pas davantage, ajouterons-nous, sur les ressources présentes du Saint Esprit. D’autre part, en parlant du salut, Paul n’envisage pas d’être délivré de prison, autrement dit de circonstances éprouvantes. Le salut qu’il a en vue correspond de toute évidence à la délivrance complète de tout ce qui, dans sa vie comme dans sa mort, constituerait un obstacle pour que Christ soit magnifié dans son corps. Christ remplissait le coeur de l’apôtre. Son plus ardent désir était d’être préservé de tout ce qui pourrait le rendre confus dans sa confession de Christ, et de pouvoir rendre témoignage à Christ avec toute hardiesse, en sorte qu’il le glorifie soit par la vie soit par la mort.

1.8   Verset 21

Ceci conduit l’apôtre à déclarer que Christ était le seul objet devant lui, la source et le motif de tout ce qu’il faisait : «Pour moi, vivre c’est Christ ; et mourir, un gain». Toute notre traversée de ce monde est résumée dans ce verset par les deux verbes contraires : vivre et mourir. Il est particulièrement édifiant de voir que pour Paul, la vie aussi bien que la mort étaient envisagées par rapport à Christ. S’il vivait, c’était pour Christ ; s’il devait mourir cela signifierait qu’il serait avec Christ. Avoir Christ comme unique raison de vivre le soutenait au travers de toutes les circonstances changeantes du temps présent, et non seulement dépouillait la mort de toutes ses terreurs, mais la rendait bien meilleure qu’une vie dans un monde dont Christ était absent.

Ceci est en fait la vraie expérience chrétienne ; elle est à la portée de tous les croyants. Mais hélas ! il nous faut confesser dans quelle faible mesure nous la réalisons en comparaison avec le bienheureux apôtre. Comment ceux qui alors prêchaient Christ par esprit de parti (1:15), cherchaient leurs propres intérêts (2:21) ou avaient leurs pensées aux choses terrestres (3:19) auraient-ils pu connaître quoi que ce soit de cette vraie expérience chrétienne ? Et nous-mêmes, sondons nos propres coeurs ! Ne sommes-nous pas enclins à nous contenter de goûter occasionnellement la bénédiction qui consiste à ne vivre que pour Christ ? Pour Paul, c’était l’expérience continuelle de son âme. Ce n’était pas seulement que Christ était sa vie, mais il dit : «Pour moi, vivre c’est Christ». C’est une chose d’avoir Christ comme notre vie — chaque croyant peut dire cela —, c’en est une autre de vivre la vie que nous possédons. Christ est-il vraiment le seul objet devant nos yeux, qui nous occupe de jour en jour, le motif de tout ce que nous pensons, disons ou faisons ?

1.9   Versets 22 à 26

L’apôtre parle de sa propre expérience ; c’est pourquoi il dit et répète «Je». De ce fait, s’il déclare : «Pour moi, vivre c’est Christ», il peut aussi ajouter : «Si je dois vivre dans la chair, il en vaut bien la peine». Il vaut la peine de vivre si Christ est l’unique Objet de la vie. Certes, pour sa joie personnelle, il serait bien meilleur de partir et d’être avec Christ. Mais en pensant au Seigneur, à ses intérêts et à la bénédiction de son peuple, il sent qu’il serait utile qu’il demeure plus longtemps avec les saints sur la terre. Fort de cette assurance, il savait qu’il serait laissé pour la bénédiction et la joie des saints, et ceux-ci sont invités à se réjouir dans le Seigneur à la perspective d’une nouvelle visite qu’il lui serait accordé de leur faire.

1.10                      Versets 27 à 30

D’ici là, il désire que leur conduite soit digne de l’évangile du Christ, parole qui sonde chacun de nous, car nous avons la chair en nous. Et s’il n’y avait la grâce de Dieu, la chair pourrait nous conduire, non seulement en dessous de ce qui convient à un croyant, mais bien en dessous même de la conduite d’un honnête homme du monde, comme cela a été le cas pour ces quelques-uns qui prêchaient Christ par envie et par esprit de dispute.

Pour que ces saints puissent marcher dignement, il désire qu’ils soient trouvés tenant ferme contre tout adversaire. Et pour tenir ferme, il importe qu’ils soient d’un même esprit, de manière à combattre ensemble d’une même âme, avec la foi de l’évangile. Le grand effort de Satan consiste à priver les saints de la vérité. Tenir ferme en combattant ensemble pour la foi peut entraîner des souffrances. Mais ne nous laissons pas épouvanter par la pensée qu’une quelconque des souffrances que nous pourrions être appelés à traverser soit la destruction de tous nos espoirs. En réalité, s’il s’agit de souffrances pour Christ, cela fera tourner à notre salut toutes les ruses par lesquelles l’Ennemi chercherait à nous détourner de «la foi de l’évangile». Considérons toujours les souffrances pour Christ comme un privilège accordé à ceux qui croient en lui. L’apôtre donnait l’exemple d’un tel combat et de telles souffrances, comme ils avaient déjà pu le voir pendant qu’il était parmi eux à Philippes et comme ils l’apprenaient de nouveau. Un fidèle croyant d’autrefois, qui était comme Paul, prisonnier pour Christ, pouvait dire : «La cause de Christ, même avec la croix, a plus de prix que la couronne royale. Souffrir pour Christ, voilà quel est mon diadème».

2                        Chapitre 2

Les derniers versets du chapitre 1 nous rappellent que non seulement il nous est donné de croire en Christ, «mais aussi de souffrir pour lui». Si Christ a dû rencontrer l’adversaire au long de son chemin à travers ce monde, nous pouvons être sûrs que plus les croyants manifesteront les caractères de Christ, plus grande sera l’opposition de l’ennemi. Nous devons donc être préparés pour le combat, tout comme les saints de Philippes, qui, étant les objets de tant de grâces de la part de Christ, se trouvaient, pour cette raison même, confrontés à des adversaires.

Ce deuxième chapitre nous apprend que l’ennemi cherchait à nuire au témoignage qu’ils rendaient à Christ, non seulement par des adversaires venus du dehors, mais aussi en suscitant la discorde parmi les chrétiens. Dans les deux premiers versets, l’apôtre attire notre attention sur ce grave danger. Les versets 3 et 4 nous enseignent ensuite que l’unité parmi les enfants de Dieu ne peut être maintenue que si chacun demeure dans l’humilité. Et pour que celle-ci soit produite, nos regards sont dirigés vers Christ, comme l’expriment les versets 5 à 11. Résultat béni, ceux qui vivent selon ce modèle d’humilité deviendront des témoins de Christ, ainsi que le montrent les versets 12 à 16. Enfin, le chapitre se termine en plaçant devant nous trois exemples de croyants dont les vies ont été façonnées d’après le parfait Modèle, et caractérisées ainsi par cette humilité qui s’oublie pour ne s’occuper que des autres (v 17-30).

2.1   Versets 1 et 2

L’apôtre reconnaît avec joie que, grâce au dévouement et à la générosité des saints envers lui dans toutes ses épreuves, il avait goûté quelque chose des consolations que l’on trouve en Christ et en ceux qui lui appartiennent. Il avait été réconforté par leur amour, et par la communion découlant du fait que l’Esprit occupait leurs coeurs de Christ et de ses intérêts. Il avait une nouvelle fois fait l’expérience de la compassion de Christ, manifestée à travers eux envers quelqu’un qui endurait l’affliction. Toutes ces preuves de leur dévouement lui donnaient une grande joie. Mais il voyait que l’ennemi cherchait à ruiner leur témoignage commun en suscitant parmi eux des querelles. C’est pourquoi il doit dire : «Rendez ma joie accomplie en ceci que vous ayez une même pensée, ayant un même amour, étant d’un même sentiment, pensant à une seule et même chose». Avec une grande délicatesse de sentiment, l’apôtre fait allusion à ce manque d’unité. Mais il en sent évidemment tout le sérieux, puisqu’il touche ce sujet quatre fois au cours de son épître. Dans le premier chapitre, il exhorte les saints à «tenir ferme dans un seul et même esprit» (v 27). Il les invite ici à avoir «une même pensée». Dans le troisième chapitre, il leur dit : «marchons dans le même sentier» (v 16), et dans le dernier chapitre, une exhortation est adressée à deux soeurs pour qu’elles aient «une même pensée dans le Seigneur» (v 2).

2.2   Versets 3 et 4

Après avoir fait une allusion discrète à cette faiblesse qui se manifestait parmi eux, l’apôtre montre maintenant que le seul remède à cela est l’humilité cultivée par tous. Il les met en garde contre le danger de faire quoi que ce soit «par esprit de parti ou par vaine gloire». Ce sont les deux causes majeures du manque d’unité parmi ceux qui appartiennent au Seigneur. Ce n’est pas que nous devions être indifférents au mal qui peut surgir au sein du peuple de Dieu, mais nous sommes mis en garde contre le danger d’y répondre avec un esprit contraire à celui de Christ. Trop souvent, hélas ! les troubles qui surgissent dans une assemblée sont des occasions de mettre en lumière des sentiments non jugés de jalousie, de méchanceté ou de vanité qui couvaient dans les coeurs. Il s’ensuit des querelles. Nos luttes visent à nous rabaisser les uns les autres, dans la poursuite de cette «vaine gloire» qui cherche à exalter le «moi». Combien nous avons besoin de juger nos propres coeurs ! Car, comme quelqu’un l’a fait remarquer, «il n’y en a pas un parmi nous qui n’attache pas une certaine importance à lui-même».

Pour éviter ce danger, nous voyons bien l’utilité de l’exhortation : «que, dans l’humilité, l’un estime l’autre supérieur à lui-même». Nous ne pouvons la réaliser que dans la mesure où nous détachons nos regards de nous-mêmes et de nos qualités personnelles, pour considérer celles des autres. Le passage ne parle pas de dons, mais de qualités morales qui devraient caractériser tous les saints. Il ne considère, en outre, que des saints en bon état moral. Quand un frère vit dans le mal, je ne suis pas exhorté à l’estimer supérieur à moi-même si je vis droitement. Mais entre croyants ayant une conduite normale, c’est-à-dire droite, il est facile à chacun d’estimer l’autre supérieur à lui-même, à condition d’être près du Seigneur. En effet, dans sa présence, aussi correcte que soit notre vie extérieure aux yeux des autres, nous découvrons la méchanceté cachée de notre chair ; nous voyons combien nos défauts sont nombreux et quelles pauvres créatures nous sommes devant lui, et en comparaison de lui ! Par contre, en regardant notre frère, nous ne voyons pas ses défauts cachés, mais plutôt les qualités que la grâce de Christ lui a données. De telles dispositions nous garderont sûrement dans l’humilité, et permettront à chacun d’«estimer l’autre supérieur à lui-même». Nous serons délivrés de cet esprit de vaine gloire qui engendre les querelles et brise l’unité des saints. Il est clair, alors, que la véritable unité dans le peuple de Dieu n’est pas le fruit d’un compromis aux dépens de la vérité ; elle vient du bon état moral de chacun devant le Seigneur, état qui se traduit par l’esprit d’humilité.

2.3   Versets 5 à 8

Pour produire en nous cette humilité, l’apôtre dirige nos regards vers Christ, en disant : «Qu’il y ait donc en vous cette pensée qui a été aussi dans le Christ Jésus...». Il fait ensuite une magnifique description de l’humilité que Christ a manifestée lorsqu’il a pris le chemin qui descendait de la gloire divine jusqu’à la honte de la croix. Christ est ainsi placé devant nous, dans toute sa grâce et son humilité, comme notre parfait Modèle. Si le troupeau suit le Berger, les yeux des brebis sont fixés sur lui. Et ce n’est que dans la mesure où chacun de nous regarde à lui que l’unité sera maintenue dans le troupeau. Plus nous serons près de Christ, plus nous serons près les uns des autres.

En Christ sont mis en évidence les traits admirables de quelqu’un de parfaitement humble. Il met de côté toute recherche de lui-même, prenant le chemin du Serviteur, et devenant obéissant jusqu’à la mort. En évoquant ce chemin, l’apôtre nous montre non seulement chaque étape de cet abaissement, mais aussi l’esprit — celui d’humilité — dans lequel Christ marcha. Il nous est impossible de mettre nos pas dans chacun des siens, car nous n’avons jamais été à sa hauteur, et il ne nous est pas demandé de descendre dans les mêmes profondeurs que lui. Nous sommes toutefois exhortés à marcher sur ses traces, en ayant la même pensée que lui.

1° Nos regards sont d’abord dirigés vers Christ occupant la place la plus élevée : «en forme de Dieu». C’est d’une telle place qu’il «s’est anéanti lui-même» ; sa pensée a été de n’avoir pour lui-même aucune considération. Pour accomplir la volonté de son Père et assurer la bénédiction des siens, il était prêt à prendre la dernière place. Comme il a pu le dire, touchant sa venue dans le monde : «Voici, je viens... pour faire, ô Dieu, ta volonté» (Héb. 10:7).

 

2° C’est avec cette pensée que le Seigneur prit «la forme d’esclave». Lorsqu’il était sur la terre, il pouvait dire à ses disciples : «je suis au milieu de vous comme celui qui sert» (Luc 22:27). Quelqu’un a dit : «Non seulement Christ a pris la forme d’esclave, mais il ne l’abandonnera jamais... En Jean 13, au moment où notre Sauveur béni allait entrer dans la gloire, nous aurions pu dire que c’était la fin de son service. Il n’en est rien. Quittant la place qu’il occupait, assis au milieu des siens comme leur compagnon, il se lève pour leur laver les pieds, et c’est ce qu’il fait encore aujourd’hui... En Luc 12, nous apprenons qu’il continue ce service dans la gloire — Il se ceindra et les fera mettre à table, et, s’avançant, il les servira... Il ne cesse jamais de servir. L’égoïsme aime être servi, mais l’amour aime servir. Ainsi Christ ne cesse jamais de servir, car il ne cesse jamais d’aimer» (J.N. Darby).

 

3° Non seulement le Seigneur prit «la forme d’esclave», mais il fut «fait à la ressemblance des hommes». Il aurait pu continuer à servir tout en étant à la ressemblance des anges, puisque ceux-ci sont envoyés comme serviteurs, mais il a été fait un peu moindre que les anges, «étant trouvé en figure comme un homme».

 

4° Si le Seigneur a été fait à la ressemblance des hommes, il a refusé de tirer parti de cette condition pour s’élever au-dessus des hommes. Son humilité l’a conduit à s’abaisser lui-même. À sa naissance, il a été couché dans une crèche, et il a vécu parmi les humbles de ce monde.

 

5° Bien qu’il se soit abaissé lui-même pour marcher avec les humbles, il aurait pu prendre une place d’autorité dans ce monde — la place qui lui revient de droit. Toutefois, dans son humilité, il est «devenu obéissant». En entrant dans le monde, il dit : «Voici, je viens... pour faire, ô Dieu, ta volonté» ; en le traversant : «Je fais toujours les choses qui lui plaisent» ; et en le quittant : «Que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui soit faite».

 

6° Dans son humilité, le Seigneur devint non seulement obéissant, mais «obéissant jusqu’à la mort».

 

7° Dans son humilité encore, le Seigneur n’a pas seulement affronté la mort, mais il s’est soumis à la mort la plus ignominieuse qu’un homme puisse endurer : «la mort de la croix».

 

Lorsque nous suivons ce chemin merveilleux qui descend toujours plus bas, depuis la gloire suprême jusqu’à la honte de la croix, ne nous contentons pas d’être simplement des admirateurs de ce qui est moralement si beau, ce que peut faire l’homme naturel lui-même. Nous avons besoin de la grâce, non seulement pour admirer, mais pour que cela produise des effets pratiques dans nos vies, selon l’exhortation de l’apôtre : «Qu’il y ait donc en vous cette pensée qui a été aussi dans le Christ Jésus». À la lumière de cette humilité que l’on voit en Jésus, nous ferons bien d’interpeller nos coeurs, pour voir dans quelle mesure nous avons jugé cette vaine gloire qui nous est si naturelle, et cherché humblement à nous oublier nous-mêmes afin de servir les autres avec amour. C’est de cette manière que nous manifesterons quelque chose de la grâce et de l’humilité de Christ.

2.4   Versets 9 à 11

Cependant, si nos coeurs sont attirés vers Christ en voyant la grâce et l’humilité qui l’ont fait s’abaisser de la gloire à la croix, nous voyons aussi en lui le plus parfait exemple de cette vérité : «Celui qui s’abaisse sera élevé» (Luc 14:11). «Il s’est abaissé lui-même... C’est pourquoi aussi Dieu l’a haut élevé». Si, dans son humilité, il est descendu plus bas que tous, Dieu «lui a donné un nom au-dessus de tout nom», et l’a exalté au-dessus de tous. Dans l’Écriture, le «nom» met l’accent sur la renommée d’une personne. Il y a eu bien des hommes célèbres, dans l’histoire du monde et parmi les saints de Dieu, mais le renom de Christ, comme homme, surpasse tous les autres. Sur la montagne de la transfiguration, les disciples, dans leur ignorance, auraient voulu mettre Moïse et Élie sur le même plan que Jésus. Mais ces grands hommes de Dieu s’effacent de la vision, et les disciples «ne virent plus personne, sinon Jésus seul», tandis que la voix du Père proclamait : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé».

Le nom de Jésus exprime qui est cet Homme humble. Nous savons qu’il signifie Sauveur, et comme tel, c’est un nom au-dessus de tout nom. Ne peut-on pas dire que c’est le seul nom que le Seigneur ne pouvait porter à juste titre qu’en descendant de la gloire jusqu’à l’ignominie de la croix ? Sur la croix était écrit : «Celui-ci est Jésus». Les hommes, dans leur mépris, disaient : «Qu’il descende maintenant de la croix !». S’il l’avait fait, il aurait abandonné le nom de Jésus. Il aurait toujours été le Créateur, le Dieu tout-puissant, mais plus jamais il n’aurait été Jésus — le Sauveur. Béni soit son nom ! Son humilité l’a conduit à être obéissant jusqu’à la mort de la croix, et il en résulte qu’au nom de Jésus, tout genou se ploiera et toute langue confessera que Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père.

2.5   Versets 12 et 13

Après avoir dirigé nos regards vers Christ dans toute sa grâce et son humilité, l’apôtre nous exhorte à juger toutes les tendances de la chair à la contestation et à la vaine gloire, et nous invite à marcher dans l’esprit d’humilité de Christ, notre Modèle, en résistant ainsi aux efforts que fait l’ennemi pour semer la discorde parmi les saints. Lorsqu’il était présent parmi ces croyants, l’apôtre les avait gardés des attaques de l’ennemi, mais maintenant, beaucoup plus encore du fait de son absence, ils devaient se méfier des adversaires du dehors et des querelles du dedans. En marchant dans l’esprit d’humilité de Christ, ils travailleraient vraiment à leur propre salut ; ils triompheraient de tous les efforts de l’ennemi en vue de détruire leur unité et de ruiner leur témoignage pour Christ. Mais c’est avec «crainte et tremblement» qu’ils devaient travailler à cette délivrance. Si nous avons conscience du caractère séducteur du monde qui nous entoure, de la faiblesse de la chair qui est en nous, et de la puissance satanique qui est contre nous, nous avons bien des raisons de craindre et de trembler ! Mais cette crainte et ce tremblement ne se rapportent-ils pas aussi à ce qui suit ? L’apôtre, en effet, ajoute aussitôt : «car c’est Dieu qui opère en vous...». Tout en n’oubliant pas la puissance formidable qui est contre nous, nous devons craindre de sous-estimer — et donc de mépriser — la toute-puissance qui est pour nous, et qui opère en nous «et le vouloir et le faire, selon son bon plaisir». Dieu ne nous amène pas seulement à «faire», mais à «vouloir faire» ce qui est son bon plaisir. Là est la vraie liberté. Sans le «vouloir», le «faire» ne serait qu’un simple légalisme servile. Naturellement nous aimons faire notre propre volonté pour notre plaisir à nous, mais le travail de Dieu en nous nous amène à vouloir faire ce qui est son bon plaisir, et à avoir ainsi l’humilité de Christ, notre Modèle, qui pouvait dire : «C’est mes délices, ô mon Dieu, de faire ce qui est ton bon plaisir» (Ps. 40:8).

2.6   Versets 14 à 16

Ayant les yeux fixés sur Christ, et dans la mesure où nous avons son esprit d’humilité, nous serons à l’abri des séductions du monde et du pouvoir de l’ennemi. Nous serons alors un témoignage pour Christ devant le monde. C’est là, certainement, le «bon plaisir» de Dieu, ainsi qu’il a été pleinement manifesté en Christ, lui qui a pu dire : «moi, je fais toujours les choses qui lui plaisent» (Jean 8:29). Les exhortations qui suivent présentent ainsi un merveilleux portrait de Christ.

Nous devons faire toutes choses «sans murmures et sans raisonnements». Le Seigneur, en fait, a gémi devant les souffrances des hommes, mais aucun murmure n’a jamais franchi ses lèvres. On a dit fort justement : «Dieu permet un gémissement, mais jamais un murmure». Puis, nous sommes mis en garde contre les raisonnements ; ils pourraient mettre en question les voies de Dieu à notre égard. Aussi douloureux que fut le chemin du Seigneur, aucun raisonnement quant aux voies de Dieu ne fut l’objet de ses pensées ou de ses propos. Au contraire, lorsqu’il dut constater que tout son ministère de grâce n’avait pas touché les coeurs des hommes, et qu’il fut accusé d’avoir accompli ses oeuvres par la puissance du diable, il put dire : «Oui, Père, car c’est ce que tu as trouvé bon devant toi» (Matt. 11:26). Il est bon pour nous, lorsque nous recevons quelque insulte ou que nous rencontrons une épreuve, de marcher sur Ses traces et de nous soumettre sans raisonnements à ce que Dieu permet, dans l’esprit d’humilité du Seigneur.

 

En agissant dans cet esprit, nous serons «sans reproche» devant Dieu, et «purs» devant les hommes. Ces mots expriment encore quelque chose de la perfection de Christ, car il était «innocent, sans souillure, séparé des pécheurs» (Héb. 7:26). En suivant ses traces, nous devrions être des «enfants de Dieu irréprochables». Le Seigneur a pu dire : «À cause de toi j’ai porté l’opprobre» (Ps. 69:7), mais jamais aucun reproche fondé n’a pu lui être fait. Au contraire, les hommes ont dû dire : «Il fait toutes choses bien» (Marc 7:37). Nous avons nous aussi le privilège de porter l’opprobre pour son nom, mais prenons garde, dans nos manières d’agir et de parler, à tout ce qui est inconvenant pour des enfants de Dieu et qui donnerait ainsi occasion à des reproches justifiés. Par une marche droite, irréprochable, nous devrions manifester que nous sommes les enfants de Dieu, au milieu d’une génération dont les moeurs dévoyées et perverses prouvent qu’elle n’a pas de relation avec Dieu.

 

Moïse, en son temps, témoigne que Dieu est «un Dieu fidèle, et il n’y a pas d’iniquité en lui ; il est juste et droit», mais il doit ajouter aussitôt qu’il se trouve au milieu d’un peuple qui s’est corrompu à son égard : «leur tache n’est pas celle de ses fils ; c’est une génération tortue et perverse» (Deut. 32:4, 5). Malgré la lumière du christianisme, le monde n’a pas changé. C’est toujours un monde où les hommes «se réjouissent à mal faire,... dont les sentiers sont tortueux et qui s’égarent dans leurs voies» (Prov 2:15). Nous sommes laissés dans un tel monde pour y «reluire comme des luminaires», pour y «présenter la parole de vie», suivant ainsi les traces du Seigneur. Lui a été «la lumière du monde» et a dit : «les paroles que moi je vous ai dites sont esprit et sont vie». La lumière évoque ce que quelqu’un est, plutôt que ce qu’il dit. Présenter «la parole de vie» parle du témoignage rendu en proclamant la vérité de la parole de Dieu. Nos vies doivent refléter quelque chose de la perfection de Christ, pour que nos paroles annoncent le chemin de la vie.

 

Si, comme résultat du ministère de l’apôtre, les saints étaient amenés à avoir l’humilité de Christ et à devenir ainsi ses témoins, l’apôtre pourrait se réjouir de ne pas avoir «couru en vain ni travaillé en vain». Ici, en ce qui le concerne, il semble faire une distinction entre la «vie» et le «témoignage». En effet «courir» dirige nos pensées vers sa manière de vivre, et «travailler» vers son ministère.

 

Ces sept exhortations de l’apôtre nous offrent un tableau touchant d’une vie vécue conformément au parfait modèle que nous avons en Christ : une vie sans murmures quant à notre sort, sans raisonnements sur le pourquoi de telle ou telle épreuve rencontrée sur le chemin, une vie irréprochable quant à ce que nous disons ou faisons, une vie pure, qui évite tout mal infligé aux autres par des paroles ou des actes, une vie dans laquelle il n’y a rien qui puisse nous attirer le reproche d’être des enfants de Dieu inconséquents, une vie qui brille comme un luminaire dans un monde de ténèbres, et qui présente la parole de vie dans un monde où règne la mort. En vivant ainsi, nous réjouirions le coeur de Dieu, nous glorifierions Christ, nous aiderions les saints, nous serions en bénédiction au monde, et nous aurions notre récompense au jour de Jésus Christ. Si tous les saints, les yeux fixés sur Jésus, menaient cette vie merveilleuse, il n’y aurait pas de discorde parmi les chrétiens. Nous serions un seul troupeau, suivant un seul Berger.

2.7   Versets 17 et 18

Dans le reste de ce chapitre, sont placés devant nous trois exemples de croyants vivant alors, qui, dans une grande mesure, manifestèrent cette humilité de Christ, s’oubliant eux-mêmes pour servir les autres, et qui, pour cette raison, brillèrent comme des luminaires dans ce monde et présentèrent la parole de vie.

 

Tout d’abord, dans l’apôtre lui-même, l’Esprit de Dieu veut nous faire voir quelqu’un qui a vécu ayant Christ pour modèle. La foi des saints de Philippes, en subvenant aux besoins de l’apôtre, avait fait un sacrifice pour le servir. Mais si, malgré ce service, son emprisonnement devait aboutir à la mort, il se réjouirait encore d’avoir eu le privilège de souffrir pour Christ, et il leur demande de s’en réjouir avec lui. C’est ainsi qu’il fait preuve de cette humilité qui, par égard pour les autres, le rend capable de s’oublier lui-même et de suivre Christ jusqu’à la mort.

2.8   Versets 19 à 24

Paul passe ensuite à Timothée. Il en parle comme de quelqu’un qui est «animé d’un même sentiment» que lui, qui est marqué du sceau de cette humilité qui fait que l’on s’oublie soi-même pour penser au bien des autres. L’état général de l’Église primitive, déjà au temps de l’apôtre, avait hélas tellement décliné — était si loin de porter la marque de cet amour qui s’oublie lui-même — qu’il doit dire : «tous cherchent leurs propres intérêts, non pas ceux de Jésus Christ». En Timothée, l’apôtre avait trouvé quelqu’un qui avait de la «sollicitude» pour les autres, et qui «servait» avec lui dans l’évangile en présentant la parole de vie. Comme Timothée portait la marque de l’humilité de Christ, Paul pouvait se servir de lui pour prendre soin des saints, et il espérait l’envoyer à l’assemblée de Philippes dès qu’il connaîtrait l’issue de son jugement.

2.9   Versets 25 à 30

Finalement, en Épaphrodite, nous avons un exemple frappant de cette humilité qui s’oublie dans l’ardent désir de faire du bien aux autres. Épaphrodite n’était pas seulement un «frère» en Christ, mais un «compagnon» dans l’oeuvre du Seigneur, un «compagnon d’armes» dans le combat pour la vérité, un «envoyé» des saints et un «ministre» pour les besoins de l’apôtre. Dans son amour désintéressé, il pensait aux saints avec une vive affection, et il était fort abattu à l’idée qu’ils puissent être excessivement inquiets à son sujet à cause de sa maladie. Il avait été en effet fort près de la mort, mais, par la grâce de Dieu, il avait été épargné. Paul, maintenant, sans penser à lui-même ni au fait qu’un ami aussi précieux allait beaucoup lui manquer, envoie ce serviteur bien-aimé aux Philippiens, pour leur joie. C’est avec toute sorte de joie qu’ils peuvent recevoir dans le Seigneur et honorer un tel homme. L’apôtre ajoute quelques mots qui montrent admirablement quel est cet «honneur» si précieux aux yeux de Dieu. Épaphrodite était remarquable par sa fidélité dans l’oeuvre de Christ, et, rempli d’humilité, il était prêt, suivant l’exemple de Christ, à affronter la mort dans son service pour les autres.

 

Étant donné qu’en ces commencements de l’Église, tous cherchaient déjà leurs propres intérêts, et que les saints n’étaient plus animés d’une même pensée avec l’apôtre, nous ne devons guère nous étonner si, dans ces temps de la fin, le peuple de Dieu est divisé et dispersé. Quelqu’un a dit : «Il est peu probable que nous soyons jamais un seul coeur, avant de connaître la joie d’être tous ensemble dans un seul ciel». Toutefois, encouragés par ces exemples admirables de croyants caractérisés par leur humilité, détachons nos regards de toute la ruine qui nous entoure et fixons-les sur Christ, notre divin modèle, en nous efforçant de marcher selon sa pensée ! Nous deviendrons ainsi, dans une petite mesure, des témoins de Christ et traverserons ce monde selon le bon plaisir de Dieu.

3                        Chapitre 3

Le chapitre 2 présente la vie chrétienne sous l’aspect de la grâce qui fait que l’on s’oublie soi-même par égard pour les autres, et que l’on marche dans l’esprit d’humilité dont Christ a donné l’exemple. Dans ce troisième chapitre, l’accent est mis sur l’énergie de la vie chrétienne, qui triomphe des dangers qui nous environnent, oublie les choses qui sont derrière, et court droit au but — Christ, notre objet, dans la gloire.

 

Nous avons besoin à la fois de grâce et d’énergie. Car, comme on l’a fait remarquer, il arrive qu’un caractère aimable manque d’énergie, et que beaucoup d’énergie aille de pair avec un manque de douceur et de considération pour les autres.

 

Au cours de ce chapitre, nous sommes mis en garde contre certains dangers. L’ennemi voudrait chercher à empêcher les croyants de «reluire comme des luminaires» et de «présenter la parole de vie». Il s’efforce de gâter ainsi notre témoignage pour Christ, tandis que nous traversons un monde plongé dans les ténèbres et l’ombre de la mort.

 

Dans les versets 2 et 3, nous sommes mis en garde contre les mauvais ouvriers qui corrompaient le christianisme par leur enseignement judaïsant. Les versets 4 à 16 nous avertissent du danger qu’il y a à faire confiance à la chair dans son caractère religieux. Les versets 17 à 21 nous montrent des ennemis de la croix de Christ parmi les chrétiens professants. Et afin que nous ayons l’énergie nécessaire pour triompher de ces dangers, l’apôtre présente Christ dans la gloire comme notre ressource infaillible.

3.1   Verset 1

Avant de parler des dangers particuliers auxquels nous sommes exposés, Paul place devant nous le Seigneur comme celui en qui nous pouvons nous réjouir. L’apôtre était en prison depuis quatre ans, et il était sur le point d’être jugé et peut-être condamné à mort. Mais, malgré ses propres circonstances, malgré les grands manquements du peuple de Dieu, et malgré les dangers contre lesquels il nous met en garde, son exhortation finale est : «Réjouissez-vous dans le Seigneur». Le Seigneur est dans la gloire, témoignage éternel de l’infinie satisfaction de Dieu dans l’oeuvre qu’il a accomplie sur la croix. C’est en lui que toute la bénédiction qu’il a acquise pour les croyants est manifestée. S’il est dans la gloire, nous y serons aussi, malgré tout ce que nous devrons peut-être rencontrer en chemin : circonstances éprouvantes, manquements de la part des uns et des autres, ou puissance de l’ennemi. Ainsi donc, réjouissons-nous dans le Seigneur.

3.2   Versets 2 et 3

Ayant dirigé nos regards vers Jésus Christ comme le Seigneur devant lequel tout genou se ploiera bientôt, l’apôtre nous met en garde contre certains dangers particuliers auxquels nous devons faire face : «Prenez garde aux chiens, prenez garde aux mauvais ouvriers, prenez garde à la concision». Ces expressions semblent se rapporter toutes trois aux docteurs judaïsants, qui, parmi les chrétiens, cherchaient à mêler la loi et la grâce. Cela revenait à mettre de côté l’évangile de la grâce, et à rétablir la chair que l’évangile met de côté. Comprenant que ce mal s’attaque au fondement de toute notre bénédiction, Paul le condamne impitoyablement. Le chien retourne à ce qu’il a vomi et n’en a pas honte. Se conduire d’une manière manifestement mauvaise tout en refusant de reconnaître le mal, c’est agir sans conscience et sans pudeur.

Bien plus, ces docteurs judaïsants recouvraient leurs mauvaises oeuvres d’un vernis de religion. C’est contre de tels hommes que le Seigneur mettait en garde ses disciples lorsqu’il disait : «Ne faites pas selon leurs oeuvres». Ils pouvaient avoir professé être la circoncision, c’est-à-dire avoir rejeté la chair ; mais, en cherchant à mêler la loi et la grâce, ils faisaient place à la chair au lieu de la mettre de côté. L’apôtre dénonce de tels hommes en termes de mépris.

En contraste avec le système de ces docteurs judaïsants, Paul place devant nous les principales caractéristiques du christianisme. Dans celui-ci, ceux qui n’ont pas confiance dans la chair rendent culte par l’Esprit de Dieu, et non par des cérémonies religieuses rituelles. Ils se glorifient dans le Christ Jésus, et non dans les hommes et leurs oeuvres. Ils ne mettent pas leur confiance dans la chair, mais dans le Seigneur, et forment ainsi la vraie circoncision spirituelle.

 

Il y a bien les convoitises de la chair qu’il nous faut juger, mais ici, c’est contre la religion de la chair que l’apôtre nous met en garde. Elle constitue pour les chrétiens un danger beaucoup plus subtil. En effet, sous ce caractère, la chair a une apparence aimable, tandis que les convoitises de la chair sont manifestement mauvaises, même aux yeux de l’homme naturel. Quelqu’un a dit : «La chair a sa religion aussi bien que ses convoitises, mais la chair a obligatoirement une religion qui ne tue pas la chair» !

 

Sans aucun doute, ces avertissements de l’apôtre s’adressent tout spécialement à nous, en ces temps de la fin. L’enseignement judaïsant, qui était si dangereux pour l’église primitive, s’est développé dans la chrétienté pour donner un mélange corrompu de judaïsme et de christianisme. Il est apparu une vaste profession dont les formes et les rites ont remplacé le culte par l’Esprit, et où les oeuvres des hommes — selon la loi — ont mis de côté l’oeuvre de Christ — selon l’évangile. Cette religion plaît à l’homme naturel en ce qu’elle ne soulève pas la question de la nouvelle naissance ou de la foi personnelle en Christ. S’étant ainsi formée d’après le modèle judaïque, la chrétienté est devenue une imitation du camp juif, «ayant la forme de la piété, mais en ayant renié la puissance». L’apôtre, dans ses autres épîtres, nous avertit de nous «détourner» de cette corruption, et de sortir vers Christ «hors du camp, portant son opprobre» (2 Tim. 3:5 ; Héb. 13:13).

3.3   Versets 4 à 6

Paul dénonce ensuite le caractère méprisable de la chair dans son caractère religieux, en rappelant ce qu’était sa propre vie avant sa conversion. S’il y avait quelque vertu en elle, il aurait eu plus de raisons que d’autres de lui faire confiance. Selon celle-ci, il était d’une piété exceptionnelle et sincère. Les ordonnances prescrites par la loi avaient été observées ; il avait été circoncis le huitième jour. C’était un juif de la plus pure ascendance. Quant à sa vie religieuse, il appartenait à la secte juive la plus stricte — celle des Pharisiens. Nul ne pouvait douter de sa sincérité et de son zèle, car, en cherchant à défendre sa religion, il avait persécuté l’assemblée. Quant à la justice qui consistait à observer les rites de la loi, il était sans reproche.

3.4   Verset 7

Toutes ces choses étaient un gain pour lui en tant qu’homme naturel. Elles auraient pu lui assurer une place élevée parmi les hommes. Mais dès l’instant où il avait été amené à voir Christ dans la gloire, il avait découvert que, malgré tous ces avantages religieux, il était le premier des pécheurs, et qu’il n’atteignait pas à la gloire de Dieu. En outre, il avait vu que toute bénédiction dépendait de Christ et de son oeuvre, si bien que désormais les choses qui avaient été un gain pour lui en tant qu’homme naturel, il les regardait à cause du Christ comme une perte. Continuer à faire confiance au fait qu’il était Hébreu des Hébreux, et que, en ce qui concerne la justice qui est par la loi, il était sans reproche, aurait été mépriser l’oeuvre de Christ au profit de ses oeuvres à lui, et se réjouir en lui-même plutôt qu’en Christ.

3.5   Versets 8 et 9

Et ce n’était pas seulement au moment de sa conversion que Paul avait regardé ces pratiques religieuses charnelles comme une perte, mais il continuait à le faire tout au long de sa carrière. En effet, si, tourné vers le passé, il peut dire «je les ai regardées... comme une perte», il dit aussi, au présent, «et je regarde même aussi toutes choses comme étant une perte». De plus, ce n’était pas seulement ce dont il venait de parler qu’il regardait comme une perte, mais tout ce dont la chair pouvait s’enorgueillir et qui aurait pu lui valoir un certain rang dans ce monde. Paul était un homme bien né, de bonne société, citoyen de Tarse — ville d’une certaine renommée. Il était cultivé, ayant été instruit aux pieds de Gamaliel. Il était bien connu des principaux des juifs, sous l’autorité desquels il avait exercé une fonction officielle. Mais la connaissance du Christ Jésus, dont il peut parler comme de son Seigneur, éclipsait toutes ces choses. L’excellence de Christ est telle que, comparées à lui, toutes les choses dont la chair pouvait s’enorgueillir, l’apôtre les estimait comme des «ordures», au point qu’il n’avait aucune difficulté à les abandonner. Qui, en effet, aurait des regrets en abandonnant derrière lui un tas d’ordures ?

 

Dans ce passage, qui nous interpelle profondément, l’apôtre nous fait part de son expérience personnelle. Mais nous ferons bien d’interroger nos propres coeurs pour savoir dans quelle mesure nous sommes devenus ses imitateurs. Entrons-nous si bien dans l’excellence de la connaissance du Christ Jésus, notre Seigneur, que, comparés à lui, tous les avantages susceptibles de nous assurer une place parmi les hommes ne sont à nos yeux que des ordures à rejeter ? Nous sommes naturellement enclins à nous glorifier de tout ce qui pourrait nous distinguer de nos voisins ou qui serait susceptible de nous honorer personnellement : notre naissance, notre rang social, notre richesse ou notre intelligence. «Quelle que soit la chose dont nous nous parons, — peut-être même d’une certaine connaissance de l’Écriture — nous nous glorifions dans la chair. Il suffit d’une chose infime pour que nous soyons contents de nous-mêmes. Ce que nous ne remarquerions même pas chez un autre, suffit à exalter le sentiment de notre propre importance» (J.N. Darby).

 

Ayant, par l’excellence de la connaissance de Christ, découvert la vanité du formalisme religieux et des choses qui sont un gain pour l’homme naturel, et ayant Christ dans la gloire pour unique objet, l’apôtre peut exprimer librement les désirs de son coeur. Ils sont tous liés à Christ :

— «afin que je gagne Christ»,

— «et que je sois trouvé en lui...»,

— «pour le connaître, lui...»,

— «cherchant à le saisir (le prix), vu aussi que j’ai été saisi par le Christ».

Quand l’apôtre dit «afin que je gagne Christ», il contemple la fin du voyage. Il court dans l’arène, et il voit que le but est d’être avec Christ et comme Christ dans la gloire. Christ ici-bas est le modèle de la vie chrétienne ; Christ dans la gloire est l’objet de nos coeurs, celui vers qui nous courons.

À propos de ce grand jour, l’apôtre peut dire qu’il sera «trouvé en Lui». On verra alors que chaque bénédiction qui a été acquise pour le croyant par l’oeuvre de Christ à la croix est manifestée «en Lui» dans la gloire. Cela veut dire que notre justice, manifestée en Lui, ne sera pas celle qui résulterait de nos oeuvres, mais celle qui résulte de ce que Dieu a fait par Christ. Il a été livré par Dieu «pour nos fautes et il a été ressuscité pour notre justification». Et le croyant entre dans cette bénédiction par la foi : nous sommes justifiés par la foi.

3.6   Versets 10 et 11

En attendant, tout en courant droit au but qui est Christ, l’apôtre exprime son désir par ces mots : «pour le connaître, lui». Nous désirons le connaître dans toute sa beauté, telle qu’elle est révélée par son humilité, sa grâce et son obéissance «jusqu’à la mort». Nous désirons le connaître dans toute sa puissance en notre faveur, telle que la manifeste sa résurrection. Nous désirons le connaître dans sa gloire, comme celui à qui nous allons être rendus conformes et avec qui nous serons pour toujours. Le connaître, lui, dans sa grâce et son humilité, comme notre divin modèle, nous enseignera comment vivre pour lui. Le connaître dans la puissance de sa résurrection nous rendra capables d’affronter la mort, même si, comme Paul, nous étions appelés à mourir pour son nom. Enfin, le connaître dans la gloire nous aidera à courir droit au but, quelle que soit l’opposition. Le grand désir de l’apôtre était d’atteindre Christ dans la gloire, et ayant ce but devant lui, il était prêt à être rendu conforme à la mort de Christ, c’est-à-dire à mourir à tout ce à quoi Christ était mort, même si cela signifiait pour lui le martyre, afin d’atteindre la bienheureuse condition de «la résurrection d’entre les morts».

3.7   Verset 12

Paul était encore dans le corps, aussi ne prétend-il pas — et il ne pouvait pas le faire — avoir déjà reçu le prix, lequel consiste à être avec Christ et comme Christ dans la gloire. Toutefois, c’était le but qu’il avait en vue ; et, tout en poursuivant sa course, il s’efforçait de mieux saisir la fin glorieuse à laquelle la grâce de Christ l’avait destiné.

3.8   Versets 13 et 14

S’il n’avait pas encore atteint le prix, il ne prétendait pas non plus avoir saisi dans toute sa plénitude la valeur de ce prix. Cependant, il pouvait dire : «Je fais une chose : oubliant les choses qui sont derrière et tendant avec effort vers celles qui sont devant, je cours droit au but pour le prix de l’appel céleste de Dieu dans le Christ Jésus». Comme il serait souhaitable que nous ayons nous aussi une vision si forte de Christ dans la gloire, et de la réalité des choses qui sont devant nous, que nous en arrivions à oublier celles qui sont derrière ! Paul non seulement considérait celles-ci comme une perte, mais il les avait oubliées. Impossible de s’enorgueillir de quelque chose qu’on a oublié ! Comme toutes nos autres bénédictions spirituelles, notre appel céleste est manifesté en Christ.

3.9   Versets 15 à 17

Après avoir placé devant nous le chemin qu’il suivait dans ce monde, l’esprit dans lequel il y marchait, et le but glorieux qui en était la fin, l’apôtre exhorte maintenant tous ceux qui ont le bonheur de faire pleinement cette expérience chrétienne à avoir un même sentiment. Il se peut, bien sûr, que certains, faute de maturité, ne soient pas encore très avancés sur ce chemin, mais même s’il en est ainsi, Dieu peut nous conduire et nous révéler la bénédiction qu’il y a à oublier les choses qui sont derrière et à courir vers Christ dans la gloire. Et s’il subsiste des différences quant au niveau spirituel atteint, il n’y a aucune raison pour que nous ne marchions pas sur les mêmes traces. L’un voit peut-être plus loin qu’un autre sur la route, mais cela ne doit pas empêcher celui-ci de suivre le même chemin et de regarder dans la même direction.

Nous sommes ensuite exhortés à être les imitateurs de l’apôtre dans le chemin qui fut le sien ; et non seulement cela, mais à être «ensemble ses imitateurs», ayant un même sentiment et un même but. En nous oubliant nous-mêmes avec humilité, et en fixant les yeux sur Jésus dans la gloire, nous serons attirés tous ensemble vers lui.

Nous devons porter notre attention sur ceux qui marchent ainsi. Il ne s’agit pas seulement de ce que l’on fait profession d’être, ni des belles paroles que l’on peut prononcer, mais de la marche. C’est de vivre cette vie qui a une grande valeur aux yeux de Dieu. Paul pouvait dire : «Pour moi, vivre c’est Christ».

3.10                      Versets 18 et 19

Nous sommes ensuite avertis que déjà dans ces temps du commencement, il y en avait «plusieurs» d’entre ceux qui faisaient profession d’appartenir au peuple de Dieu, dont la marche prouvait qu’ils étaient ennemis de la croix du Christ, et dont la fin était la perdition. Bien loin d’avoir cette humilité qui oublie les choses qui sont derrière et qui court droit au but vers Christ dans la gloire, ils étaient entièrement occupés par les choses terrestres dont ils pouvaient se glorifier. Si l’apôtre doit mettre en garde contre de tels hommes, c’est en pleurant qu’il le fait. Il nous a déjà mis en garde contre les docteurs judaïsants qui flattaient la chair. Il le fait maintenant contre ceux qui cherchaient à faire du christianisme un simple instrument de civilisation, visant à améliorer ce monde et à le rendre plus attrayant. De tels hommes avaient leurs pensées aux choses terrestres. C’est ainsi que nous sommes mis en garde contre deux maux qui sévissent en ces temps de la fin : le premier se sert du christianisme pour donner de l’apparence à la chair, l’autre voudrait s’en servir pour améliorer celle-ci. L’un et l’autre mettent de côté Christ, son oeuvre, et le caractère céleste du christianisme.

3.11                      Versets 20 et 21

Par contraste avec de telles personnes, l’apôtre peut dire des croyants : «notre bourgeoisie est dans les cieux, d’où aussi nous attendons le Seigneur Jésus Christ comme Sauveur». À sa venue, le corps de notre abaissement sera transformé «en la conformité du corps de sa gloire». Cette transformation se fera «selon l’opération de ce pouvoir qu’il a de s’assujettir même toutes choses». Tout pouvoir contre nous, — que ce soit la chair en nous, le diable en dehors de nous, le monde autour de nous, ou la mort elle-même — Christ est capable de l’assujettir. Le commencement du voyage a donc consisté pour nous à être amenés à saisir quelque chose de «l’excellence de la connaissance du Christ Jésus», notre Seigneur, et la fin en sera d’être, malgré tout pouvoir qui s’y oppose, avec lui dans le ciel, ayant comme lui un corps glorieux.

Cette glorieuse espérance étant devant nous, nous pouvons bien sonder nos coeurs et nous poser la question : Christ est-il si totalement, si exclusivement au centre de nos affections, que sa puissance suffit à remplacer tout ce à quoi nous nous sommes trop attachés dans le passé, à laisser tout ce qui nous entraverait et nous ferait tourner le dos à la croix dans le présent, et à dominer tous nos projets, nos attentes, nos craintes et nos pressentiments quant à l’avenir ?

4                        Chapitre 4

Dans le chapitre 2, l’apôtre a présenté Christ s’abaissant de la gloire jusqu’à la croix, manifestant l’humilité qui devrait caractériser les croyants, et nous permettre d’être de vrais témoins pour Christ dans le monde que nous traversons. Dans le chapitre 3, il a dirigé nos regards vers Christ exalté dans la gloire comme Seigneur, celui en qui nous voyons le but glorieux vers lequel nous marchons. Dans ce chapitre 4, il nous exhorte quant à ce qui doit caractériser pratiquement la vie journalière de ceux qui ont Christ devant eux comme leur parfait modèle et leur unique but ; et il présente Christ comme celui qui peut nous fortifier en toutes choses.

4.1   Verset 1

Nous sommes exhortés à demeurer «fermes dans le Seigneur». Les ennemis auxquels nous sommes confrontés — que ce soit la chair en nous, le diable au-dehors ou le monde autour de nous sont trop forts pour nous, mais le Seigneur a le pouvoir de «s’assujettir même toutes choses». Il ne nous est pas demandé de vaincre par nos propres forces ou par notre sagesse — nous en serions bien incapables — mais de demeurer «fermes dans le Seigneur», dans la puissance de sa force.

4.2   Versets 2 et 3

Nous sommes ici exhortés à «avoir une même pensée dans le Seigneur». Il y avait à Philippes une divergence de pensée entre deux femmes pieuses, et l’apôtre prévoyait que ce fait — dont les saints pensaient peut-être qu’il était peu important — pourrait facilement engendrer beaucoup de souffrance et de faiblesse dans l’assemblée. «Voici, un petit feu, quelle grande forêt allume-t-il !» (Jacq. 3:5). Cependant, l’apôtre, qui sait «séparer ce qui est précieux de ce qui est vil», ne manque pas de souligner la piété de ces soeurs qui avaient combattu avec lui dans l’évangile, en dépit de l’opposition, des insultes et des persécutions. Leur piété même ne faisait qu’ajouter à sa douleur qu’il y ait entre elles un différend quant à ce qui touchait aux intérêts du Seigneur. C’est pourquoi il ne se contente pas de les supplier d’avoir une même pensée, mais il prie Épaphrodite de les aider. En s’efforçant de le faire, il devait se rappeler que leurs noms «sont dans le livre de vie». Parmi les enfants de Dieu, il se peut qu’il n’y ait «pas beaucoup de sages selon la chair, pas beaucoup de puissants, pas beaucoup de nobles», mais pourrions-nous faire peu de cas d’aucun de ceux «dont les noms sont dans le livre de vie» ?

4.3   Verset 4

Ce verset nous invite à nous réjouir toujours dans le Seigneur. L’apôtre nous a déjà exhortés à nous réjouir dans le Seigneur, mais maintenant il dit non seulement : «Réjouissez-vous», mais «Réjouissez-vous toujours». Quelque pénibles que soient nos circonstances, quelque grande que soit l’opposition de l’ennemi et navrantes les défaillances de ceux qui appartiennent au Seigneur, nous pouvons toujours nous réjouir dans le Seigneur. Il est celui à qui nous pouvons dire : «Tu demeures» et «Tu es le même».

4.4   Verset 5

En ce qui concerne le monde que nous traversons, avec toute sa violence et sa corruption, l’apôtre nous exhorte en ces termes : «Que votre douceur soit connue de tous les hommes». En son jour, le Seigneur réglera toute la question du mal, et donnera libre cours à la bénédiction. Il vient bientôt ! Ce n’est donc pas aux croyants de se mêler du gouvernement du monde, ni d’affirmer leurs droits et de se battre pour les défendre. Notre privilège et notre responsabilité, c’est de représenter Christ, et donc de manifester cette douceur qui caractérisait le Seigneur. Nous nous déprécions aux yeux du monde lorsque nous revendiquons nos droits, ou nous opposons à son gouvernement. Si nous manifestons la douceur de Christ, le monde lui-même pourra difficilement nous condamner. «La douceur est irrésistible», a-t-on dit.

4.5   Versets 6 et 7

Pour ce qui est des épreuves que nous rencontrons dans le chemin, des nécessités de chaque jour et des besoins corporels liés à notre condition présente, nous serons délivrés de toute inquiétude en exposant toutes ces choses à Dieu. S’il est vrai que notre douceur doit être connue de tous les hommes, nos requêtes doivent l’être de Dieu. Le résultat ne sera peut-être pas l’exaucement de «toutes» ces requêtes — ce qui pourrait ne pas être pour notre bien, ni à la gloire de Dieu — mais notre coeur sera délivré de son fardeau d’inquiétude et gardé dans une paix profonde, «la paix de Dieu, laquelle surpasse toute intelligence».

Ne s’inquiéter de rien ne veut pas dire être insouciants à tous égards. Cela signifie qu’au lieu d’être continuellement tracassés par les soucis d’aujourd’hui et la crainte de demain, nous confions à Dieu tous nos sujets d’inquiétude. Il remplit alors nos coeurs de sa paix bienfaisante. C’est par Jésus Christ que nous pouvons nous approcher de Dieu, et c’est par lui également que Dieu peut nous accorder sa bénédiction.

4.6   Verset 8

Lorsque nous serons délivrés de nos soucis, nos pensées seront non seulement gardées dans la paix, mais disponibles pour s’occuper de toutes les choses dont Dieu fait ses délices. Le monde que nous traversons est caractérisé par la violence et la corruption, et nous sommes appelés à rejeter le mal ; mais nous devons veiller à ce que nos «pensées» ne soient pas souillées à force de s’appesantir sur le mal. Il est bon que nous le haïssions et le redoutions, et que nous aimions et choisissions le bien. Si nos pensées étaient gouvernées par l’Esprit de Dieu, ne seraient-elles pas occupées, ne jouiraient-elles pas, de toutes les choses excellentes qui ont été vues en Christ en perfection ? Christ n’était-il pas vrai, vénérable, juste, pur, aimable, de bonne renommée, vertueux — celui qui était digne de louange à tous égards ? Avoir nos pensées occupées de ces choses ne signifie-t-il pas trouver nos délices en Christ ?

4.7   Verset 9

Après nous avoir exhortés quant aux choses auxquelles nous devrions «penser», Paul passe aux choses que nous devrions «faire». Dans notre vie pratique, nous devons «faire» comme l’apôtre lui-même. Il a déjà dit : «Je fais une chose : oubliant les choses qui sont derrière et tendant avec effort vers celles qui sont devant, je cours droit au but pour le prix de l’appel céleste de Dieu dans le Christ Jésus». En marchant ainsi, non seulement nous jouirons dans nos âmes de la paix de Dieu au milieu d’un monde où règne la confusion, mais nous aurons le Dieu de paix avec nous — la paix de Dieu gardant nos coeurs de toute inquiétude, et la présence de Dieu nous soutenant dans notre faiblesse.

En résumé, si éprouvantes que soient les circonstances par lesquelles nous pouvons avoir à passer, si terrible que soit le mal dans ce monde, la corruption dans la chrétienté et les défaillances au sein du peuple de Dieu, si grande que soit l’opposition de l’ennemi, et pénibles les insultes et les reproches que nous pouvons recevoir, nos vies seront abondamment bénies si nous les vivons en accord avec ces exhortations à :

 

1° demeurer fermes dans le Seigneur (v 1),

2° avoir une même pensée dans le Seigneur (v 2, 3),

3° nous réjouir toujours dans le Seigneur (v 4),

4° manifester la douceur du Seigneur envers tous les hommes (v 5),

5° rejeter tous nos soucis sur Dieu par la prière (v 6, 7),

6° avoir nos pensées occupées de ce qui est bon, suivant l’exemple de Christ (v 8),

7° être gouvernés, dans tout ce que nous faisons, par Christ, unique objet de nos affections (v 9).

4.8   Versets 10 à 13

Dans les derniers versets de l’épître, Paul nous apparaît comme quelqu’un qui se montre supérieur à toutes les circonstances. Il avait rejeté tous ses soucis sur Dieu, et maintenant il pouvait se réjouir de ce que Dieu avait mis son amour dans le coeur des saints de Philippes, et leur avait donné l’occasion de prendre soin de lui dans son affliction en l’aidant à subvenir à ses besoins.

Néanmoins, nous pouvons voir dans l’apôtre quelqu’un qui était réellement au-dessus des circonstances : il savait être abaissé aussi bien que dans l’abondance, rassasié aussi bien qu’affamé, dans la prospérité aussi bien que dans les privations. Il avait acquis cette sagesse par l’expérience, et sous la direction de Dieu. En effet, il peut dire : «j’ai appris» et «je suis enseigné». Si Dieu permet que nous passions par des circonstances éprouvantes, c’est pour nous instruire. «Si je suis rassasié, il me garde d’être insouciant, indifférent et satisfait de moi-même ; si j’ai faim, il me garde d’être découragé et mécontent» (J.N. Darby).

Ainsi, Paul peut dire : «Je puis toutes choses», mais il ajoute : «en Christ». Il ne dit pas «je puis toutes choses par moi-même, mais «en celui qui me fortifie».

4.9   Versets 14 à 18

Par cette dépendance de Christ pour subvenir à tous ses besoins, l’apôtre était gardé de tomber dans le piège de se laisser influencer par les hommes pour obtenir leur faveur et leur aide. Les Philippiens avaient néanmoins «bien fait» de contribuer à subvenir à ses besoins. L’amour qui les avait conduits à ce don, Dieu le recevait comme du fruit qui abondait pour leur compte, car c’était un sacrifice de leur part, un sacrifice «agréable à Dieu».

4.10                      Versets 19 et 20

D’après sa propre expérience de la bonté de Dieu, Paul peut dire en toute confiance : «Mon Dieu suppléera à tous vos besoins selon ses richesses en gloire par le Christ Jésus». Nous pouvons être soulagés de toute inquiétude en exposant tous nos besoins à Dieu par le Christ Jésus ; et Dieu y suppléera par le Christ Jésus. Nous pouvons bien dire avec l’apôtre : «Or à notre Dieu et Père soit la gloire aux siècles des siècles ! Amen».

4.11                      Versets 21 à 23

La salutation finale offre un bel aperçu de ce que fut la communion chrétienne dans l’église primitive, et montre dans quelle estime l’apôtre tenait ces croyants. En effet, il ne se contente pas de dire qu’il salue «chaque saint dans le Christ Jésus», mais aussi : «tous les saints vous saluent». Il termine en disant : «Que la grâce du Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit !» Nous avons besoin de la miséricorde de Dieu pour subvenir aux besoins de nos corps, et de la grâce de notre Seigneur Jésus Christ pour garder notre esprit.

Admirons la manière dont Christ est placé devant nous d’un bout à l’autre de cette si belle épître ! Dans le premier chapitre, c’est Christ, notre vie, qui amène le croyant à considérer toutes choses en rapport avec lui (1:21). Dans le deuxième chapitre, c’est Christ, notre modèle d’humilité, pour nous unir ensemble dans une même pensée (2:5). Dans le troisième chapitre, c’est Christ, notre but dans la gloire, pour nous permettre de vaincre ce qui nous est contraire (3:14). Dans le dernier chapitre, c’est Christ, notre force, pour subvenir à tous nos besoins (4:13).

En outre, au cours de cette épître, nous apprenons quelle heureuse expérience serait la nôtre si, dans la puissance de l’Esprit, nous traversions ce monde en ayant Christ devant nous. Nous ferions, avec l’apôtre, l’expérience de la joie dans le Seigneur (1:4 ; 3:1-3 ; 4:4, 10), de la confiance dans le Seigneur (1:6), de la paix qui surpasse toute intelligence (4:7), de l’amour mutuel (1:8 ; 2:1 ; 4:1), de l’espérance qui attend la venue du Seigneur Jésus (3:20), et de la foi qui compte sur le secours du Seigneur (4:12, 13).