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Évangile de Jean

 

Jésus le Fils de Dieu

 

Hamilton Smith

 

Table des matières abrégée :

1     Introduction

2     La Parole éternelle — Jean 1:1-18

3     Le triple témoignage de Jean le Baptiseur — Jean 1:19-37

4     Le triple ministère de Christ — Jean 1:38 à 2:11

5     La ruine de l’homme et la gloire de Christ — Jean 2

6     La souveraineté de Dieu et la responsabilité de l’homme — Jean 3

7     Les voies de la grâce dans la bénédiction des pécheurs — Jean 4

8     Les voies de la grâce pour délivrer de la loi — Jean 5

9     Les voies de la grâce pour répondre aux besoins — Jean 6

10      Christ glorifié et l’Esprit donné — Jean 7

11      Le rejet des paroles de Christ — Jean 8

12      Le rejet des œuvres de Christ — Jean 9

13      Le Berger et les brebis — Jean 10

14      Le témoignage au Fils de Dieu — Jean 11

15      Le témoignage au Fils de David et au Fils de l’homme — Jean 12

16      Le lavage des pieds — Jean 13

17      La relation des disciples avec le Seigneur, le Père et le Saint Esprit — Jean 14

18      Du fruit pour le Père et un témoignage pour Christ — Jean 15

19      Instruits quant à la pensée de Christ — Jean 16

20      La prière du Seigneur — Jean 17

21      L’arrestation et les comparutions du Seigneur — Jean 18

22      La condamnation du Seigneur et sa crucifixion — Jean 19

23      Le jour de la résurrection — Jean 20

24      La troisième apparition du Seigneur ressuscité et la restauration de Pierre — Jean 21

 

 

Table des matières détaillée :

1     Introduction

2     La Parole éternelle — Jean 1:1-18

2.1      Les gloires de la Personne de Christ — 1:1-13

Ch. 1:1, 2

Ch. 1:3

Ch. 1:4

Ch. 1:5

Ch. 1:6-9

Ch. 1:10, 11

Ch. 1:12, 13

2.2      L’incarnation — 1:14-18

Ch. 1:14

Ch. 1:15

Ch. 1:16, 17

2.3      Ch. 1:18 — La révélation de Dieu.

3     Le triple témoignage de Jean le Baptiseur — Jean 1:19-37

3.1      Le témoignage de Jean le Baptiseur au premier jour — 1:19-28

Ch. 1:19-21

Ch. 1:22, 23

Ch. 1:24, 25

Ch. 1:26-28

3.2      Le témoignage de Jean le Baptiseur au deuxième jour — 1:29-34

Ch. 1:29

Ch. 1:30

Ch. 1:31

Ch. 1:32

Ch. 1:33, 34

3.3      Le témoignage de Jean le Baptiseur au troisième jour — 1:35-37

Ch. 1:35-37

4     Le triple ministère de Christ — Jean 1:38 à 2:11

4.1      Le premier jour du ministère de Christ — 1:38-43

Ch. 1:38-40

Ch. 1:41-43

4.2      Le deuxième jour du ministère de Christ — 1:44-52

Ch. 1:44-46

Ch. 1:47-49

Ch. 1:50

Ch. 1:51, 52

4.3      Le troisième jour du ministère de Christ — 2:1-11

5     La ruine de l’homme et la gloire de Christ — Jean 2

5.1      La noce — 2:1-11

5.2      La purification du temple — 2:13-17

5.3      « Le temple de son corps » — 2:18-22

5.4      L’esprit naturel de l’homme — 2:23-25

6     La souveraineté de Dieu et la responsabilité de l’homme — Jean 3

6.1      La souveraineté de Dieu — 3:1-16

Ch. 3:1-3

Ch. 3:4

Ch. 3:5, 6

Ch. 3:7, 8

Ch. 3:9, 10

Ch. 3:11

Ch. 3:12, 13

Ch. 3:14

Ch. 3:15

Ch. 3:16, 17

6.2      La responsabilité de l’homme — 3:18-21

Ch. 3:18

Ch. 3:19-21

6.3      Le dernier témoignage de Jean le Baptiseur à la gloire de Christ — 3:22-34

Ch. 3:22-27

Ch. 3:28-30

Ch. 3:31-33

Ch. 3:34

Ch. 3:35, 36

7     Les voies de la grâce dans la bénédiction des pécheurs — Jean 4

7.1      L’histoire de la femme à la fontaine — 4:1-30

Ch. 4:1-3

Ch. 4:4

Ch. 4:5-8

Ch. 4:9

Ch. 4:10

Ch. 4:11, 12

Ch. 4:13, 14

Ch. 4:15

Ch. 4:16

Ch. 4:17, 18

Ch. 4:19

Ch. 4:20

Ch. 4:21-24

Ch. 4:25, 26

Ch. 4:27

Ch. 4:28-30

7.2      La volonté du Père au service des pécheurs — 4:31-38

Ch. 4:31-34

Ch. 4:35-38

7.3      Le Sauveur du monde — 4:39-42

7.4      L’histoire du seigneur de la cour — 4:43-54

8     Les voies de la grâce pour délivrer de la loi — Jean 5

8.1      L’histoire de l’homme au réservoir, ou la délivrance de la loi — 5:1-9

8.2      Le repos de Dieu atteint par la délivrance de l’homme — 5:9-15

8.3      La gloire de la personne qui délivre l’homme et assure le repos de Dieu — 5:17-31

Ch. 5:17-19

Ch. 5:20

Ch. 5:21-23

Ch. 5:24

Ch. 5:25-27

Ch. 5:28, 29

8.4      Les différents témoignages à la gloire de Christ — 5:30-47

Ch. 5:30, 31

Ch. 5:32-35

Ch. 5:36

Ch. 5:37, 38

Ch. 5:39, 40

Ch. 5:41, 42

Ch. 5:43

Ch. 5:44

Ch. 5:45-47

9     Les voies de la grâce pour répondre aux besoins — Jean 6

9.1      Les cinq mille hommes nourris — 6:1-14

Ch. 6:1-9

Ch. 6:10-14

9.2      Christ sur la montagne et les disciples sur la mer — 6:15-21

9.3      Le discours du Seigneur à Capernaüm — Ch. 6:22-71

Ch. 6:22-25

Ch. 6:26, 27

Ch. 6:28

Ch. 6:29

Ch. 6:30, 31

Ch. 6:32, 33

Ch. 6:34

Ch. 6:35

Ch. 6:36

Ch. 6:37

Ch. 6:38-40

Ch. 6:41, 42

Ch. 6:43-45

Ch. 6:46

Ch. 6:47-50

Ch. 6:51-55

Ch. 6:56-58

Ch. 6:59-62

Ch. 6:63

Ch. 6:64, 65

Ch. 6:66-71

10      Christ glorifié et l’Esprit donné — Jean 7

Ch. 7:1, 2

Ch. 7:3-5

Ch. 7:6-9

Ch. 7:10-13

Ch. 7:14-16

Ch. 7:17, 18

Ch. 7:19, 20

Ch. 7:21-24

Ch. 7:25-27

Ch. 7:28, 29

Ch. 7:30, 31

Ch. 7:32

Ch. 7:33, 34

Ch. 7:35, 36

Ch. 7:37-39

Ch. 7:40-44

Ch. 7:45-53

11      Le rejet des paroles de Christ — Jean 8

Ch. 8:1, 2

Ch. 8:3-6

Ch. 8:7-9

Ch. 8:10, 11

Ch. 8:12

Ch. 8:13, 14

Ch. 8:15, 16

Ch. 8:17, 18

Ch. 8:19, 20

Ch. 8:21, 22

Ch. 8:23, 24

Ch. 8:25, 26

Ch. 8:27-29

Ch. 8:30-32

Ch. 8:33

Ch. 8:34-36

Ch. 8:37

Ch. 8:38-41

Ch. 8:41

Ch. 8:42-44

Ch. 8:45-47

Ch. 8:48

Ch. 8:49, 50

Ch. 8:51

Ch. 8:52, 53

Ch. 8:54-56

Ch. 8:57

Ch. 8:58

Ch. 8:59

12      Le rejet des œuvres de Christ — Jean 9

Ch. 9:1

Ch. 9:2, 3

Ch. 9:4, 5

Ch. 9:6, 7

Ch. 9:8-12

Ch. 9:13-17

Ch. 9:18-23

Ch. 9:24-29

Ch. 9:30-34

Ch. 9:35-38

Ch. 9:39-41

13      Le Berger et les brebis — Jean 10

Ch. 10:1

Ch. 10:2

Ch. 10:3

Ch. 10:4, 5

Ch. 10:6

Ch. 10:7

Ch. 10:8

Ch. 10:9, 10

Ch. 10:11-13

Ch. 10:14, 15

Ch. 10:16

Ch. 10:17, 18

Ch. 10:19-21

Ch. 10:22-24

Ch. 10:25, 26

Ch. 10:27

Ch. 10:28-30

Ch. 10:31

Ch. 10:32

Ch. 10:33

Ch. 10:34-36

Ch. 10:37, 38

Ch. 10:39-42

14      Le témoignage au Fils de Dieu — Jean 11

Ch. 11:1-5

14.1    La voie parfaite de l’amour divin — 11:6-16

Ch. 11:6, 7

Ch. 11:8-10

Ch. 11:11-15

Ch. 11:16

14.2    La voie parfaite des compassions divines — 11:17-37

Ch. 11:17-20

Ch. 11:21, 22

Ch. 11:23, 24

Ch. 11:25-27

Ch. 11:28

Ch. 11:29-32

Ch. 11:33-35

Ch. 11:36, 37

14.3    Le Seigneur agissant maintenant selon la puissance divine — 11:38-44

Ch. 11:38-40

Ch. 11:41, 42

Ch. 11:43, 44

14.4    Effet sur le monde de cette merveilleuse révélation de la gloire du Fils de Dieu — 11:45-57

Ch. 11:45

Ch. 11:46

Ch. 11:47, 48

Ch. 11:49-52

Ch. 11:53

Ch. 11:54-57

15      Le témoignage au Fils de David et au Fils de l’homme — Jean 12

15.1    Le souper de Béthanie — 12:1-11

Ch. 12:1-3

Ch. 12:4-6

Ch. 12:7, 8

Ch. 12:9

Ch. 12:10, 11

15.2    Témoignage rendu à la gloire du Seigneur comme Fils de David — 12:12-19

Ch. 12:12-19

15.3    Témoignage rendu à la gloire du Seigneur comme Fils de David — 12:20-36

Ch. 12:20-23

Ch. 12:24

Ch. 12:25

Ch. 12:26

Ch. 12:27, 28

Ch. 12:29, 30

Ch. 12:31-33

Ch. 12:34

Ch. 12:35, 36

15.4    Résultat du triple témoignage à la gloire de Christ — 12:37-50

Ch. 12:37, 38

Ch. 12:39-41

Ch. 12:42, 43

Ch. 12:44-50

16      Le lavage des pieds — Jean 13

16.1    Le lavage des pieds — 13:2-17

Ch. 13:4, 5

Ch. 13:6, 7

Ch. 13:8

Ch. 13:9-11

Ch. 13:12-17

16.2    Le départ du traître — 13:18-30

Ch. 13:18-20

Ch. 13:21, 22

Ch. 13:23

Ch. 13:24, 25

Ch. 13:26

Ch. 13:27

Ch. 13:28-30

16.3    Dieu glorifié en Christ — 13:31-38

Ch. 13:31, 32

Ch. 13:33

Ch. 13:34, 35

Ch. 13:36-38

17      La relation des disciples avec le Seigneur, le Père et le Saint Esprit — Jean 14

17.1    La relation des disciples avec Christ — 14:1-3

Ch. 14:1

Ch. 14:2

Ch. 14:3

17.2    La relation des disciples avec le Père — 14:4-14

Ch. 14:5, 6

Ch. 14:7

Ch. 14:8-11

Ch. 14:12-14

17.3    La relation des disciples avec le Saint Esprit — 14:15-31

Ch. 14:15

Ch. 14:16

Ch. 14:17

Ch. 14:18-20

Ch. 14:21-24

Ch. 14:25, 26

Ch. 14:27-31

18      Du fruit pour le Père et un témoignage pour Christ — Jean 15

18.1    Porter du fruit — 15:1-8

Ch. 15:3

Ch. 15:4, 5

Ch. 15:6

Ch. 15:7, 8

18.2    La compagnie chrétienne — 15:9-17

Ch. 15:9, 10

Ch. 15:11

Ch. 15:12, 13

Ch. 15:14, 15

Ch. 15:16

Ch. 15:17

18.3    Le monde — 15:18-25

Ch. 15:18, 19

Ch. 15:20, 21

Ch. 15:22-25

18.4    La puissance pour rendre témoignage — 15:26, 27

19      Instruits quant à la pensée de Christ — Jean 16

19.1    La persécution de la part du monde religieux — 16:1-4

Ch. 16:1

Ch. 16:2, 3

Ch. 16:4

19.2    La nécessité du départ de Christ — 16:5-7

19.3    Le monde actuel mis à découvert — 16:8-11

19.4    Le monde à venir révélé — 16:12-15

19.5    Le jour nouveau — 16:16-33

Ch. 16:16

Ch. 16:17, 18

Ch. 16:19-22

Ch. 16:23, 24

Ch. 16:25

Ch. 16:26-28

Ch. 16:29-32

Ch. 16:33

20      La prière du Seigneur — Jean 17

20.1    Le Père glorifié dans le Fils — 17:1-5

Ch. 17:2

Ch. 17:3

Ch. 17:4

Ch. 17:5

20.2    Christ glorifié dans les saints — 17:6-21

Ch. 17:6-8

Ch. 17:9-11

Ch. 17:12-14

Ch. 17:15, 16

Ch. 17:17

Ch. 17:18

Ch. 17:19

Ch. 17:20, 21

20.3    Les saints glorifiés avec Christ — 17:22-26

Ch. 17:22

Ch. 17:23

Ch. 17:24

Ch. 17:26

21      L’arrestation et les comparutions du Seigneur — Jean 18

Ch. 18:1

Ch. 18:2-9

Ch. 18:10, 11

Ch. 18:12-14

Ch. 18:15-18

Ch. 18:19-24

Ch. 18:25-27

Ch. 18:28

Ch. 18:29, 30

Ch. 18:31, 32

Ch. 18:33-37

Ch. 18:38-40

22      La condamnation du Seigneur et sa crucifixion — Jean 19

Ch. 19:1-5

Ch. 19:6

Ch. 19:7

Ch. 19:8, 9

Ch. 19:10, 11

Ch. 19:12

Ch. 19:13-16

Ch. 19:17, 18

Ch. 19:19-22

Ch. 19:23, 24

Ch. 19:25-27

Ch. 19:28-30

Ch. 19:31-37

Ch. 19:38-42

23      Le jour de la résurrection — Jean 20

23.1    Le matin de la résurrection — 20:1-18

Ch. 20:1, 2

Ch. 20:3, 4

Ch. 20:5-10

Ch. 20:11-16

Ch. 20:17, 18

Ch. 20:19-23

23.2    Apparition du Seigneur aux siens 8 jours plus tard — 20:24-31

Ch. 20:24-29

Ch. 20:30, 31

24      La troisième apparition du Seigneur ressuscité et la restauration de Pierre — Jean 21

Ch. 21:1, 2

Ch. 21:3

Ch. 21:4, 5

Ch. 21:6

Ch. 21:7, 8

Ch. 21:9-14

Ch. 21:15-22

 

 

1                    Introduction

L’évangile selon Jean est avant tout celui de la révélation de la gloire du Fils. Les évangiles synoptiques présentent d’autres gloires du Seigneur : Matthieu expose sa gloire officielle comme Messie ; Marc décrit la gloire de son humiliation comme Serviteur ; Luc parle de sa gloire morale comme Fils de l’homme ; mais Jean a le privilège élevé de placer devant nous sa gloire personnelle comme Fils.

Or la présentation de Christ comme une personne divine implique la révélation de chacune des personnes divines. L’évangile commence par l’énumération des gloires du Fils. Puis nous trouvons la révélation du cœur du Père (1:18), de la main du Père (5:17) et de la maison du Père (14:1-3). Dans les derniers chapitres, le Saint Esprit nous est présenté d’une manière très complète.

De plus, cet évangile introduit un Homme entièrement nouveau selon un ordre nouveau. Le Seigneur se présente lui-même comme « le Fils de l’homme qui est dans le ciel » (3:13) ; comme le Fils de l’homme « qui vient (ou : qui est descendu) du ciel » (6:33, 50) ; et comme le Fils de l’homme qui va « monter où il était auparavant » (6:62). Ainsi, dans l’évangile selon Jean, Christ nous est montré sous un double aspect : d’abord comme le Fils unique qui révèle le Père ; puis comme le Fils de l’homme qui présente un homme d’un ordre nouveau — un homme qui marche sur la terre et vit dans le ciel.

Différentes figures sont employées pour placer devant nous ces gloires variées de Christ. Au chapitre 2, il est le temple dans lequel habite la gloire de Dieu. Au chapitre 6, il est le véritable pain qui vient du ciel pour satisfaire les besoins de l’homme. Aux chapitres 8 et 9, il est la lumière du monde pour tirer les hommes hors des ténèbres. Au chapitre 10, il est le berger qui fait sortir ses brebis de l’ancienne bergerie juive pour les ajouter au nouveau troupeau chrétien. Au chapitre 11, il est la résurrection et la vie, afin de délivrer les hommes de la mort. Au chapitre 12, il est le grain de blé qui meurt pour assurer une semence à sa ressemblance. Au chapitre 15, il est le vrai cep afin de rendre ses disciples capables de porter du fruit pour le Père.

Le grand but de l’évangile étant de présenter la gloire du Fils de Dieu comme personne divine, on comprendra facilement pourquoi on n’y trouve pas de généalogie, ni le récit de la naissance et des premières années du Seigneur. Ces détails, si précieux à la foi, merveilleux et nécessaires à leur place, ne seraient pas en harmonie avec un évangile qui expose la gloire de sa personne comme Fils. En tant que personne divine, il est au-dessus de toute généalogie, de même que, comme Serviteur, dans l’évangile selon Marc, il prend une place excluant le besoin d’une généalogie.

De plus, dans la présentation de la Parole devenue chair, nous ne trouvons aucun détail qui relie Christ à la terre et à la nation d’Israël. Le propos de cet évangile n’est pas de montrer l’accomplissement de promesses faites dans le passé, d’annoncer l’établissement du royaume dans l’avenir ou de nous instruire quant à la forme qu’il revêt actuellement. Rappelons une fois encore que ces vérités sont nécessaires et précieuses à leur place, mais elles n’entrent pas dans le grand but de Jean, qui est de présenter la gloire du Fils de Dieu. La venue du Fils de Dieu, et la révélation qui s’ensuit des personnes divines et d’un homme selon un nouvel ordre impliquent la mise de côté de l’ancien ordre judaïque et l’introduction du christianisme. Dès le début de l’évangile, tant la nation d’Israël que le monde en général sont vus comme ayant complètement failli à leur responsabilité et comme mis de côté par le jugement, afin d’introduire le christianisme. En outre, l’évangile présente le christianisme selon la pensée de Dieu et non pas selon les corruptions de la chrétienté ; souvenons-nous en effet que l’évangile a probablement été écrit à une date tardive, quand la ruine annoncée par l’apôtre Paul avait déjà frappé la profession chrétienne. Ainsi, dans cet évangile, nous sommes élevés au-dessus du monde et sortis du judaïsme et de la chrétienté corrompue, pour découvrir la bénédiction du christianisme selon la pensée de Dieu, fondé sur la personne du Fils de Dieu.

Ayant son fondement sur la personne de Christ, le christianisme doit nécessairement tirer son caractère de Christ — « tel qu’est le céleste, tels aussi sont les célestes ». Chapitre après chapitre, nous voyons la mise de côté de l’ancien ordre, et l’introduction de ce qui est entièrement nouveau. Au chapitre 1, la loi donnée par Moïse recule devant « la grâce et la vérité » qui vinrent par Jésus Christ. Au chapitre 2, le temple à Jérusalem est mis de côté par le temple de Son corps. Au chapitre 3, les « choses terrestres » s’effacent devant les « choses célestes ». Au chapitre 4, l’eau naturelle du puits est remplacée par la fontaine de l’eau de la vie. Au chapitre 5, le réservoir et l’activité providentielle de l’ange sont mis de côté par la voix toute-puissante du Fils de Dieu. Au chapitre 6, le pain naturel fait place au véritable pain qui descend du ciel. Dans les chapitres 8 et 9, les ténèbres sont dissipées par la lumière. Au chapitre 10, la bergerie juive est remplacée par le troupeau chrétien. Au chapitre 11, la mort est mise de côté par la vie.

Il nous est ainsi accordé de voir les choses anciennes passer et toutes choses être faites nouvelles. Le temps fait place à l’éternité, les choses terrestres aux choses célestes. En pensée, nous sommes transportés dans l’éternité passée quand le temps n’était pas ; en esprit, nous sommes conduits au-delà des limites de la terre pour goûter les joies de la maison du Père.

Lorsque tout ce qui a été confié aux mains des hommes a failli, quelle part bénie de considérer cet évangile et d’avoir nos âmes occupées par les personnes divines en qui il ne peut y avoir aucune défaillance, d’être introduits dans le propos de Dieu que la ruine ne saurait toucher et transportés dans des scènes où les manquements de l’homme n’entreront jamais.

En lisant cet évangile, nous sommes dès le début en contact avec des choses éternelles et des scènes célestes, et en compagnie de personnes divines. Et néanmoins, nous pouvons nous sentir à l’aise dans une telle compagnie, sans crainte, car cette personne glorieuse, le Fils éternel, s’est approché de nous au point de pouvoir s’asseoir à côté d’une pécheresse solitaire à un puits, et amener un disciple à se reposer sur sa poitrine. Il a demeuré au milieu de nous d’une façon si réelle qu’il a pu se rendre redevable à une femme d’une gorgée d’eau, se baisser pour laver les pieds des disciples, et, dans une autre occasion encore, leur préparer un feu afin qu’ils se réchauffent et un repas pour qu’ils aient de quoi manger.

 

2                    La Parole éternelle — Jean 1:1-18

La gloire de la personne de Christ comme la Parole éternelle est le grand thème des premiers versets de l’évangile selon Jean. Nous sommes d’abord transportés en pensée dans l’éternité pour découvrir sa gloire comme personne divine ; puis, dans le temps, sa gloire en tant que Créateur est placée devant nous ; enfin, la Parole est présentée comme devenant chair, nous révélant sa gloire comme le Fils éternel en relation avec le Père.

 

2.1     Les gloires de la Personne de Christ — 1:1-13

Ch. 1:1, 2

L’évangile commence par la déclaration sublime : « Au commencement était la Parole ». Tout de suite, nous sommes transportés en pensée dans l’éternité passée, avant que le temps commence ou que la création existe, et nous apprenons que la personne glorieuse appelée « la Parole » n’a pas eu de commencement. Au commencement de tout ce qui a eu un commencement, la Parole était, non pas « commença ». « L’expression ‘Au commencement était’ est l’expression formelle que la Parole n’a pas eu de commencement » (J.N.D.).

D’emblée, il nous est dit que la Parole est une personne éternelle. Étant la Parole, cette personne bénie est Celui qui révèle Dieu — la personne dans la Déité qui, en elle-même, comme aussi dans ses actes et dans ce qu’elle est devenue, est l’expression de Dieu et de ses pensées.

Nous lisons encore que la Parole était « auprès de Dieu ». Non seulement la Parole est une personne éternelle, elle est aussi une personne distincte dans la Déité. Outre la distinction des personnes, le « auprès de » dénote encore l’intercommunion entre les personnes de la Déité. Puis il est dit que « la Parole était Dieu ». La première déclaration, selon laquelle la Parole est une personne éternelle, impliquait qu’Il doit être une personne divine. Mais, dans un sujet qui touche à la gloire de sa Personne, nous ne sommes pas laissés à une déduction, aussi correcte soit-elle. Il est dit nettement que « la Parole était Dieu » — une personne divine.

Enfin, nous apprenons que la Parole « était au commencement auprès de Dieu ». Il ne s’agit pas d’une simple répétition du fait déjà établi qu’il était une personne distincte auprès de Dieu. Ici, nous trouvons la vérité supplémentaire qu’il était éternellement une personne distincte. Ainsi, l’Esprit de Dieu défend avec soin la gloire du Fils contre ceux qui admettraient qu’il est une personne distincte et qui pourtant soutiendraient qu’il y a eu un moment où il a commencé à avoir une existence personnelle distincte.

Tant le Seigneur, se référant au commencement de son ministère, que Jean, parlant du début du christianisme, emploient l’expression « au commencement ». Ici, quant à ce qui n’a pas de commencement, nous trouvons deux fois l’expression « au commencement ». Remarquons ensuite qu’il est dit : « la Parole était auprès de Dieu » — non pas du Père. La Parole et Dieu sont corrélatifs, de même que le Fils et le Père. L’appellation Dieu comprend non seulement le Père, mais aussi le Saint Esprit et le Fils. La Parole et Dieu parlent de la nature des personnes divines ; le Père et le Fils impliquent des relations entre des personnes divines. Le grand but de ces versets est d’établir la gloire de Christ, en tant que personne divine dans sa nature.

Dans ces premiers versets, en quelques mots très clairs, le Saint Esprit a présenté la gloire divine du Seigneur. La Parole est une personne éternelle, une personne distincte dans la Déité, une personne divine et une personne éternellement distincte.

Tout le merveilleux déploiement de « choses célestes » placées devant nous dans cet évangile est fondé sur la gloire de la personne de Christ. Mettre en doute la divinité du Fils revient à saper le fondement sur lequel repose toute bénédiction pour l’homme. Peu importent les systèmes religieux élaborés que construisent les hommes ou leur prétention élevée d’honorer le nom de Christ : s’ils ne bâtissent pas sur ce fondement, tout sera ruiné.

 

Ch. 1:3

Après la déclaration de la gloire de la Parole comme personne divine, nous passons de l’éternité dans le temps et découvrons les deux grands moyens au travers desquels Dieu a été révélé par la Parole : premièrement, la création (v. 3), et secondement, l’incarnation (v. 14). Ainsi, nous apprenons ici que « toutes choses furent faites par elle » — la Parole. Cette affirmation positive est soulignée par la constatation négative que « sans elle pas une seule chose ne fut faite de ce qui a été fait ». Toutes choses, grandes et petites, animées et inanimées, spirituelles et matérielles — tout ce qui existe, « a reçu existence » par la Parole. La tournure même de la phrase exclut nécessairement les personnes divines, dont on peut dire qu’elles ont l’existence, mais non pas qu’elles « ont reçu existence ». Si la création existe, c’est non seulement pour prouver qu’il y a un Créateur, mais pour exprimer, dans sa mesure, le Créateur. « Les cieux racontent la gloire de Dieu, et l’étendue annonce l’ouvrage de ses mains. Un jour en proclame la parole à l’autre jour, et une nuit la fait connaître à l’autre nuit » (Ps. 19:1, 2 ; Rom. 1:20).

 

Ch. 1:4

Si le verset 3 parle de ce qui a reçu existence par la Parole, le verset 4 nous dit ce qui est dans la Parole. « En elle était la vie ». Avec cette affirmation, nous passons de la relation de la Parole avec l’univers créé tout entier, à sa relation avec l’humanité. Ainsi, la « vie » dont il est parlé peut difficilement être la vie naturelle de la création. Assurément, comme Créateur, la Parole est la source de la vie naturelle qui, lorsqu’elle est donnée, soit aux plantes soit aux animaux, peut se propager. Mais cette vie est plutôt la vie spirituelle qui devient la lumière des hommes ayant déjà la vie naturelle. La vie peut être communiquée à autrui, mais elle ne l’a jamais été à la Parole — « En elle était la vie ».

Cette vie était la lumière des hommes. Le Seigneur peut dire : « Celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie » (Jean 8:12). La vie dans la Parole était la révélation parfaite du Dieu invisible à l’homme. La lumière de la nature ne révélera pas le cœur de Dieu. La lumière de la raison ne peut pas trouver Dieu par ses recherches. Seule la lumière de la vie dans la Parole devenue chair peut révéler Dieu.

 

Ch. 1:5

L’homme est déchu ; si donc la lumière brille devant les hommes, c’est dans une scène de ténèbres ou d’ignorance de Dieu. En outre, nous apprenons que « les ténèbres ne l’ont pas comprise ». Cela signifie que les ténèbres spirituelles ne sont pas seulement ignorance ou absence de lumière : elles sont opposition à la lumière. La lumière naturelle devrait bannir les ténèbres environnantes ; mais, si l’homme est laissé à lui-même, la lumière spirituelle ne dissipera pas ses ténèbres spirituelles. La lumière de la vie de la Parole met en évidence l’incapacité morale de l’homme, comme plus tard l’amour de Sa vie manifeste la haine de l’homme.

 

Ch. 1:6-9

Dans les premiers versets, nous avons considéré la gloire de la Parole en relation avec Dieu, puis avec la création et enfin avec l’humanité. Les versets qui suivent montrent comment Dieu a présenté la lumière à l’homme dans ce monde. Non seulement Dieu donne la lumière, mais il envoie un précurseur afin d’attirer l’attention de l’homme sur la lumière. Nous ne trouvons aucun détail concernant le lien de Jean le Baptiseur avec les Juifs ou les choses terrestres. Il est vu ici comme « envoyé de Dieu », et comme témoin de ce qui est entièrement nouveau — la lumière. Dans d’autres évangiles, Jean rend témoignage du Roi et de son royaume pour Israël repentant ; ici, il parle de la lumière pour « tous les hommes ».

Toutefois, si Dieu envoie le précurseur, il veille soigneusement sur la gloire de Christ. Malgré la grandeur de Jean, il n’y en a qu’un seul qui est la lumière. Jean était certes « la lampe ardente et brillante » (Jean 5:35), mais la Parole était la lumière qui, venant dans le monde, éclaire tout homme. La lumière avait un double effet : elle démasquait l’homme, mais révélait Dieu. Assurément le Seigneur « a passé de lieu en lieu, faisant du bien », mais le motif de tout ce qu’il accomplissait était de faire connaître Dieu. Il n’ouvrait pas simplement les yeux aveugles pour guérir la cécité, mais pour faire connaître l’amour de Dieu en relation avec les besoins de l’homme. La lumière est la révélation de Dieu en amour selon la pleine vérité de la condition de l’homme et de la sainteté de Dieu.

 

Ch. 1:10, 11

Nous trouvons ensuite l’effet produit par la lumière sur l’homme quand il est laissé à lui-même. Le monde ne l’a pas connu, et les siens, les Juifs, ne l’ont pas reçu. La lumière révèle que l’homme est non seulement totalement insensible à ce qui est bon et parfait, mais absolument opposé à Celui en qui toute cette bonté est manifestée. La condition de l’homme, abandonné à lui-même, est désespérée.

 

Ch. 1:12, 13

Dans sa grâce souveraine, Dieu ne laisse pas l’homme entièrement à lui-même. Il opère en grâce dans l’homme, avec pour conséquence que certains reçoivent Christ — ils croient en son nom — et à de tels, il donne le droit de devenir les enfants de Dieu. Ils constituent une nouvelle race, non par descendance naturelle — de sang ; ni par leurs propres efforts — la volonté de la chair ; ni par la volonté d’autrui — la volonté de l’homme ; mais comme tirant une vie nouvelle de Dieu.

 

2.2   L’incarnation — 1:14-18

Les treize premiers versets exposent les gloires de la personne de Christ. Il est la Parole, une personne éternelle, distincte et divine dans la Déité ; il est le Créateur de toutes choses, Celui en qui est la vie, et la lumière à tout homme.

 

Ch. 1:14

Maintenant, nous apprenons comment cette Personne glorieuse est venue dans ce monde pour apporter la lumière de la vie aux hommes. Celui qui, au commencement, était la Parole devient chair. Nous avons vu qui il est personnellement, qui il était dans l’éternité, maintenant, nous lisons ce qu’il est devenu dans le temps. Il n’est pas dit qu’il est devenu la Parole par l’incarnation, mais que la Parole devint chair.

Cet événement extraordinaire — l’incarnation de la Parole éternelle — nous incite à attendre des résultats immenses et bénis. Trois des effets les plus remarquables de l’incarnation sont placés devant nous dans ces versets. Premièrement, la révélation des relations éternelles entre les personnes divines ; deuxièmement, l’attitude de Dieu envers l’homme ; troisièmement, la révélation de Dieu dans sa plénitude.

Les relations éternelles entre les personnes divines. La Parole étant devenue chair, l’apôtre peut dire : « Nous vîmes sa gloire, une gloire comme d’un Fils unique de la part du Père ». La gloire qu’ils ont contemplée ne provenait pas de l’humanité qu’il avait prise, mais de sa relation dans la Déité. Sa gloire était une gloire unique, celle d’un Fils unique, une relation goûtée dans la communion avec Dieu comme Père. Ainsi, en même temps que la réalité de son humanité est établie, la gloire de sa Personne est soigneusement sauvegardée.

L’attitude de Dieu envers l’homme. La Parole étant devenue chair, nous apprenons aussitôt ce que le cœur de Dieu recèle à l’égard de l’homme. Celui qui est devenu chair a demeuré au milieu de nous, « plein de grâce et de vérité ». Il est venu dans un caractère parfaitement adapté à l’homme. Il est venu non pas pour demander quelque chose de l’homme, comme dans la loi, mais en tant que donateur, pour apporter en grâce la bénédiction à des êtres indignes. De plus, la pleine vérité est venue avec Christ.

Tout ce que Moïse et les prophètes avaient affirmé était vrai, mais ce n’était pas la pleine vérité. La loi me déclare ce que je devrais être ; elle ne me dit pas ce que je suis. « Christ a montré non pas ce que les choses devraient être, mais ce qu’elles sont… Christ me dit la vérité sur toute chose, mauvaise ou bonne » (J.N.D.).

 

Ch. 1:15

Le témoignage de Jean le Baptiseur à cette glorieuse personne venue en chair est répété. Celui qui est plein de grâce et de vérité prend une place beaucoup plus grande dans le temps, de même qu’il existait avant Jean dans l’éternité.

 

Ch. 1:16, 17

En outre, la Parole devenue chair et demeurant au milieu de nous ne manifeste pas seulement la plénitude de grâce qui était en Christ mais, dit l’apôtre, « de sa plénitude, nous tous nous avons reçu, et grâce sur grâce ». Il était ici-bas non seulement pour manifester la grâce en lui-même, mais pour communiquer la grâce à d’autres, et cela en abondance — grâce sur grâce. La loi donnée par Moïse était un exacteur, demandant de l’homme ce qu’il devait être en relation avec Dieu et son prochain. La grâce, venue par Jésus Christ, apporte la bénédiction à l’homme selon ce qu’il est avec tous ses besoins, en même temps qu’elle maintient pleinement la vérité de tout ce que Dieu est dans sa sainteté infinie.

 

2.3   Ch. 1:18 — La révélation de Dieu.

La Parole étant devenue chair, Dieu est tout de suite pleinement révélé. Dans les jours de l’Ancien Testament, il y a eu des révélations partielles de Dieu dans ses attributs — comme le Tout-Puissant et l’Éternel — mais nous n’avons pas de révélation du cœur de Dieu avant la venue de son Fils. Nul homme n’était assez grand pour faire connaître Dieu. Seule une Personne divine pouvait révéler une Personne divine. « Personne ne vit jamais Dieu ». Le Fils unique, qui est dans le sein du Père, a révélé le Père tel qu’il le connaissait. Comme quelqu’un l’a exprimé, ce titre ne décrit pas seulement « le caractère de sa gloire ici-bas, mais exprime ce qu’il était (ce qu’il avait été, ce qu’il est toujours) dans le sein du Père lui-même dans la divinité : et c’est ainsi qu’il l’a fait connaître ».

 

3                    Le triple témoignage de Jean le Baptiseur — Jean 1:19-37

Après les versets d’introduction, nous trouvons dans cet évangile un témoignage remarquable de Jean le Baptiseur à Christ, en trois jours successifs. Ce témoignage est suivi par une autre présentation de Christ, faite par lui-même, en trois jours successifs également.

Le témoignage du premier jour, rendu par Jean, est rapporté dans les versets 19 à 28. Celui du deuxième jour est donné dans les versets 29 à 34 ; il commence par les mots : « Le lendemain ». Le témoignage du dernier jour, introduit par les mots : « Le lendemain encore », se trouve dans les versets 35 à 37.

Tel qu’il est présenté dans l’évangile selon Jean, le témoignage de Jean le Baptiseur offre un contraste frappant avec le rapport qu’en donnent Matthieu et Luc. Dans les premiers évangiles, Jean témoigne en face de pécheurs ; ici, il rend témoignage dans la présence du Fils de Dieu. Quand il se trouve devant les foules, il s’exprime comme un prophète qui sonde la conscience, cherchant à convaincre les hommes de leurs péchés. En présence d’une personne divine, il parle comme un adorateur de Celui duquel il n’est pas digne de délier la courroie de la sandale, en des termes pleins de tendresse et d’humilité. Dans le premier cas, la culpabilité de la nation accable son âme, dans le second, la gloire de Christ absorbe son esprit. Christ est devenu tout en tous pour Jean ; lui-même n’est qu’une voix qui allait bientôt se taire.

Le premier jour de son ministère, le grand but de Jean est de se cacher lui-même afin de magnifier Christ. Le second jour, son sujet est la gloire de la personne de Christ et la grandeur de son œuvre en réponse aux besoins du monde. Le dernier jour, il présente la personne de Christ pour la satisfaction du cœur du croyant.

 

3.1   Le témoignage de Jean le Baptiseur au premier jour — 1:19-28

Si Jean se cache ce jour-là, c’est d’abord afin de présenter Christ comme le nouveau centre de rassemblement pour son peuple. Puis, dans le but de rassembler autour de Christ, il baptise afin de séparer les croyants du système religieux corrompu de l’époque. Enfin, il montre clairement que le Christ autour duquel les croyants se rassemblent est en opprobre dans le monde religieux.

 

Ch. 1:19-21

Ces vérités sont présentées dans l’entretien entre Jean et les représentants des Juifs. Les sacrificateurs et les lévites, envoyés de Jérusalem, demandent à Jean : « Toi, qui es-tu ? » Le cœur rempli de Christ, Jean répond d’une manière très belle : « Je ne suis pas le Christ ». La réponse paraît d’autant plus remarquable que rien n’avait été dit ou demandé concernant Christ. C’est comme si Jean disait : « Vous êtes venus à moi, mais je ne suis pas celui dont vous avez besoin, je ne suis pas le Christ ». En vrai témoin, il présente Christ et se cache lui-même. Plus il est pressé de parler de lui, plus ses réponses se font brèves. Ils disent : « Es-tu Élie ? » Il répond : « Je ne le suis pas ». Ils demandent : « Es-tu le prophète ? » Il répond par un seul mot : « Non ». Jean diminue afin que Christ croisse.

 

Ch. 1:22, 23

« Ils lui dirent donc : Qui es-tu ? » Jean répond qu’il est seulement une « voix ». Il n’est pas Élie, annoncé par Malachie ; il n’est pas le prophète promis par Moïse ; il est simplement la voix dont avait parlé Ésaïe. Il refuse de prendre une place qui ferait de lui un centre de rassemblement pour le peuple de Dieu ; il refuse de prendre un nom qui l’exalterait parmi le peuple de Dieu. Il n’est qu’une voix pour parler de Jésus dans l’obéissance à la parole de Dieu. De plus, il parle de Jésus dans un monde qui est un désert où il n’y a rien pour Dieu et au milieu d’un peuple qui ne connaît pas la crainte de Dieu.

 

Ch. 1:24, 25

Si toutefois Jean refuse de devenir un nouveau centre de rassemblement, pourquoi baptise-t-il ? Les pharisiens savaient bien que le baptême signifie la mort et, par conséquent la séparation, car la mort est le grand séparateur. Si Jean baptisait, cela impliquait la séparation d’avec l’ancien état de choses afin d’avoir part à quelque chose de complètement nouveau. Quel est alors le nouveau centre de rassemblement, demandent les pharisiens, vu que Jean refusait de devenir un conducteur ou un centre ?

 

Ch. 1:26-28

Dans sa réponse, Jean admet qu’il baptise d’eau, reconnaissant que pour se rassembler autour de Christ, il faut se séparer du système religieux corrompu de ce jour-là. En outre, il indique clairement la nécessité de cette séparation. Les Juifs religieux ne connaissaient pas Christ. Il était présent au milieu d’eux, mais comme un inconnu. Il était méconnu non seulement par le monde, mais aussi par les sacrificateurs et les lévites de Jérusalem. Pourtant, la grandeur de cet homme inconnu est telle que Jean pouvait dire qu’il n’était « pas digne de délier la courroie de sa sandale ».

De plus, il est non seulement inconnu, mais il se trouve aussi à l’extérieur, « au-delà du Jourdain ». Ainsi, dès le début de cet évangile, Christ est présenté comme étant rejeté par la nation et occupant la place d’opprobre, à l’extérieur.

Il en est de même aujourd’hui. Aux derniers jours du christianisme, Christ est traité par la profession chrétienne de la même manière qu’il l’a été par la masse religieuse dans les derniers jours du judaïsme. Même s’il est très précieux pour le cœur de personnes prises individuellement, il demeure inconnu pour la profession religieuse superficielle. Il est encore aujourd’hui en dehors des systèmes religieux corrompus ; il occupe toujours la place d’opprobre. Cela est certes très attristant ; il n’y a toutefois pas lieu de s’en étonner : nous sommes en effet prévenus que la dernière phase de la chrétienté trouvera Christ derrière la porte de la profession chrétienne qui s’accommode de tout (Apoc. 3:20).

 

3.2   Le témoignage de Jean le Baptiseur au deuxième jour — 1:29-34

Le premier jour, Jean prépare le chemin du Seigneur en se cachant lui-même, afin que Christ remplisse tout le champ de vision des hommes. Le deuxième jour, il présente un témoignage plus positif à la gloire de la personne et de l’œuvre de Christ. Il est l’Agneau de Dieu et le Fils de Dieu. Comme Agneau de Dieu, il ôte le péché du monde ; comme Fils de Dieu, il baptise du Saint Esprit.

 

Ch. 1:29

Jean commence son témoignage de ce jour en déclarant : « Voilà l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde ! » Deux parties de l’œuvre de Christ sont placées ici devant nous : premièrement, le règlement de la question du péché par son sacrifice comme l’Agneau de Dieu, en étant fait péché à la croix ; secondement, l’abolition du principe du péché dans le monde en un jour à venir.

Le titre Agneau est en vue du sacrifice de la croix. « L’agneau de Dieu » parle d’un sacrifice auquel Dieu a pourvu, en contraste avec les offrandes apportées par les hommes autrefois. Étant de Dieu, le sacrifice est entièrement agréé par Dieu. Le résultat ultime de ce grand sacrifice sera la suppression absolue de toute trace du péché dans le monde. Les mots « qui ôte le péché du monde » indiquent ce que le Seigneur Jésus fera dans le futur, comme résultat de l’œuvre qu’il a accomplie comme l’Agneau de Dieu dans le passé.

Le péché est l’iniquité ; c’est-à-dire l’homme faisant sa propre volonté, sans aucune pensée ou crainte à l’égard de Dieu. Toute la misère du monde résulte de l’accomplissement par l’homme de sa propre volonté dans un monde de péché. Le Seigneur ôtera toute trace de péché en assujettissant tout à Dieu. C’est ainsi que le croyant est délivré aujourd’hui de la puissance du péché en étant amené à se soumettre à Dieu. Du fait que notre vieil homme a été crucifié avec Christ, nous nous tenons pour morts au péché, mais vivants à Dieu dans le Christ Jésus. L’homme dominé par le péché ne pense pas à Dieu. Le croyant a Dieu devant lui ; il cherche à vivre selon la volonté et pour le bon plaisir de Dieu, et ainsi il est délivré de la puissance du péché. Ce qui est vrai du croyant qui, maintenant, se tient pour mort au péché et vivant à Dieu, sera aussi, dans une mesure, vrai du monde lors du Millénium, quand les hommes devront se soumettre à Dieu sous le règne de justice. La réalisation en perfection aura lieu dans les nouveaux cieux et sur la nouvelle terre où la justice demeurera. Dieu habitera alors avec les hommes dans une scène où sa volonté sera accomplie par tous et en tout. Nulle trace de péché ne souillera cette sphère ; Dieu sera tout en tous. Enfin sera exaucée la prière : « Que ta volonté soit faite, comme dans le ciel, aussi sur la terre ».

 

Ch. 1:30

Puis Jean rend témoignage de la grandeur de Celui qui, comme l’Agneau de Dieu, accomplira une telle œuvre. Il déclare : « C’est de celui-ci que moi, je disais : Après moi vient un homme qui prend place avant moi, car il était avant moi ». Dans le temps, Christ est venu après Jean ; quant à la position, il prend une place de prééminence bien au-dessus de Jean, car il existait dans l’éternité avant lui.

 

Ch. 1:31

Jean prend soin de montrer que la connaissance qu’il avait de la gloire de la personne du Christ était entièrement en dehors de la chair. Elle n’était pas acquise par une connaissance naturelle du Seigneur, du fait de sa relation avec lui par les liens de parenté. À deux reprises Jean dit : « Je ne le connaissais pas ». En outre, il répond à la question des pharisiens : « Pourquoi baptises-tu ? » Il explique que, par le baptême, il mettait fin à l’ancien ordre, afin de manifester Christ à Israël comme le grand centre du nouvel ordre de bénédiction. Ce n’était pas pour se mettre lui en avant ; il se cachait pour que Christ « fût manifesté ».

 

Ch. 1:32

De plus, Jean exalte Christ en montrant qu’il a été distingué de tous les autres par le grand fait que l’Esprit descendit du ciel comme une colombe et demeura sur lui. La chose nouvelle n’était pas que l’Esprit descende sur un homme pour un but déterminé, mais qu’il « demeure sur lui ». Jésus reçoit le Saint Esprit comme homme en vertu de sa propre perfection et comme étant en relation avec le Père en tant que Fils. « Nous sommes scellés, étant fils par la foi en lui, en vertu de la rédemption qu’il a accomplie ».

 

Ch. 1:33, 34

L’Esprit vient sur Christ « comme une colombe », non pas sous forme de langues de feu comme à la Pentecôte. Le feu parle de mise à l’épreuve et implique le jugement de soi. Si l’Esprit vient sur nous, il éprouve tout ce qui est de la chair et demande que nous le jugions. Cela conduit Jean à parler de la seconde partie de l’œuvre de Christ : il « baptise de l’Esprit Saint ». Ce n’est pas seulement que, comme Agneau de Dieu, il accomplit la rédemption, mais, comme Fils de Dieu, il communique le Saint Esprit afin que les rachetés soient introduits dans la bénédiction de leur place de fils. Jean rend témoignage que Celui qui donne le Saint Esprit est le Fils de Dieu. Qui sinon une personne divine pourrait donner une personne divine ? Ces titres conférés par Jean au Seigneur vont bien au-delà de ce que Christ est en relation avec Israël. Comme Agneau de Dieu, il fait une œuvre valable pour le monde entier, ayant un effet universel. Comme l’Agneau, dans l’Apocalypse, il est le centre de tous les rachetés. Le baptême de l’Esprit ne peut dès lors pas être confiné à Israël. La Parole dit : « Je répandrai de mon Esprit sur toute chair » (Actes 2:17). Comme Fils de Dieu également, Christ a autorité sur les nations (Ps. 2).

 

3.3   Le témoignage de Jean le Baptiseur au troisième jour — 1:35-37

Ch. 1:35-37

Au premier jour de son ministère, Jean, le plus grand parmi ceux qui sont nés de femme, se met en retrait dans la présence de Jésus. Le deuxième jour, il rend témoignage de la gloire de la personne de Christ et de la grandeur de son œuvre. Enfin, ce troisième jour, le dernier de son ministère, il ne mentionne ni l’œuvre ni le don de Christ, mais parle uniquement de sa personne. « Il dit : Voilà l’agneau de Dieu ! » Plutôt peut-être qu’un témoignage rendu, nous trouvons ici l’adoration d’un cœur rempli de la beauté de Christ. Car ce que Jean dit de Jésus ce jour-là résulte de la contemplation de Jésus. Cela ne provenait pas de ce qu’il avait lu dans les prophètes à son sujet, ni de ce qu’il avait entendu dire de lui par d’autres, mais de ce qu’il l’avait regardé ; nous lisons : « Jean se tint là… et regardant Jésus qui marchait, il dit : Voilà l’agneau de Dieu ! »

Quel bienfait n’éprouverions-nous pas si, au milieu de l’agitation et du tourbillon de la vie, nous nous arrêtions nous aussi un moment pour prendre en quelque sorte le temps de regarder « Jésus qui marchait » ; d’imprégner nos âmes des grâces et des perfections, de la douceur et de la bonté, de la beauté et de l’humilité, de la sainteté et de l’amour qui ont caractérisé Jésus à chaque pas de sa vie dans ce monde ténébreux de péché et de malédiction ; et alors, les cœurs remplis, nous pourrions attirer l’attention de nos semblables sur la beauté de Celui dont « toute la personne est désirable » — et dire, comme Jean autrefois, « Voilà l’agneau de Dieu ».

L’effet d’un tel ministère est manifesté dans les deux disciples qui entendirent parler Jean. Ils entendirent Jean, mais ils suivirent Jésus. Apparemment, ils avaient écouté les paroles de Jean les jours précédents sans être touchés, mais le ministère du troisième jour qui jaillissait d’un cœur rempli de Christ atteignit des cœurs qui avaient besoin de lui.

Regarder Jésus qui marchait doit avoir pour effet de nous amener à réaliser qu’il nous aime ; et son amour, suscitant le nôtre, nous attire à lui d’une telle manière que nous le suivons et devenons des disciples de Christ. Ne nous contentons-nous pas souvent de savoir que nous sommes abrités par l’œuvre de Christ et scellés de l’Esprit, sans suivre Christ avec détermination ? Suivre Christ signifie davantage que croire en Christ. La foi est certainement comprise, car un disciple doit être un croyant, et néanmoins, un croyant n’est pas toujours un disciple. Suivre Christ implique qu’il est devenu le grand Objet de notre âme — Celui qui dirige et contrôle la vie. L’absence d’une marche décidée à sa suite n’est-elle pas le secret du peu de progrès que nous faisons dans notre histoire spirituelle ; et ce défaut ne fait-il pas la différence entre la consécration et la tiédeur ?

 

4                    Le triple ministère de Christ — Jean 1:38 à 2:11

Christ est le thème de tout véritable ministère ; le but de celui-ci est atteint quand il attache fermement au Seigneur ceux qui l’entendent. Ainsi, le propos du ministère de Jean est accompli, lorsque les deux disciples sont attirés vers Christ par une affection si réelle qu’ils se trouvent contraints de le suivre.

La fin du témoignage de Jean marque le début du ministère de Christ. Ce qui était vrai historiquement à ce moment le demeure dans l’histoire spirituelle du croyant. Si, par le ministère d’un serviteur du Seigneur, nous sommes attirés à Christ, c’est afin que nous soyons mis au bénéfice de son propre service d’amour, plein de grâce.

Comme pour Jean, le ministère du Seigneur est présenté en trois jours successifs. Le ministère du premier jour est placé devant nous dans les versets 38 à 43. Celui du deuxième jour commence par les mots : « Le lendemain », au verset 44 et va jusqu’à la fin du chapitre. Le ministère du troisième jour est rapporté dans les onze premiers versets du chapitre 2, et est introduit par les mots : « Et le troisième jour ».

 

4.1   Le premier jour du ministère de Christ — 1:38-43

D’une manière très bénie, le ministère du premier jour présente, en image, le service de Christ pour rassembler les siens autour de lui pendant la période chrétienne. Qu’une personne vivante soit le centre de rassemblement pour le peuple de Dieu était quelque chose de complètement nouveau sur la terre. Pour apprécier un tel service d’amour, nous devons nous souvenir que la personne glorieuse qui a captivé les affections des deux disciples — le Christ qu’ils suivent — est quelqu’un d’inconnu pour le monde, de rejeté par la chair religieuse, et qui a sa place à l’extérieur (1:10, 11, 26, 28). Jusque-là, Jérusalem avec son temple avait été le centre de l’activité religieuse pour le peuple professant de Dieu. Dans le judaïsme, le centre de ralliement était un lieu ; dans le christianisme, le centre de rassemblement est une personne, et cette personne est un homme rejeté dans la place d’opprobre. Si nous voulons être avec lui, nous devons, comme les deux disciples, être prêts à sortir vers lui hors du camp, portant son opprobre (Héb. 13:13).

Hélas, la chrétienté professante est largement retournée au système judaïque et a érigé à nouveau de magnifiques édifices comme centre de sa vie religieuse. De plus, ignorant le rejet de Christ, la chrétienté a cherché pour ainsi dire à ramener Christ dans le monde, plutôt que de laisser le monde venir à Christ. Les hommes ont cherché à se couvrir d’honneur en attachant le nom béni du Seigneur à leurs systèmes, leurs arrangements et leurs pays. Pourtant, Christ est en dehors de tout le système de ce monde et de sa religion, et ceux qui sont personnellement attachés à lui par l’affection de leur cœur doivent accepter la place d’opprobre à l’extérieur s’ils veulent posséder Christ comme leur ressource toute suffisante.

Ainsi, cette belle scène « au-delà du Jourdain » présente une magnifique image de ce qu’est le christianisme selon Dieu — une compagnie de croyants tirés du judaïsme, et du monde, qu’il soit social, politique ou religieux, pour se rassembler autour d’une personne qui devient tout pour eux. Ce n’est pas seulement que les siens sont réunis parce qu’ils ont un intérêt commun dans son œuvre ; ils sont rassemblés autour d’une personne vivante qui exerce une puissance d’attraction sur leurs cœurs. Ayant été placés sous l’efficacité de l’œuvre de Christ et ayant reçu le don de l’Esprit, leur avenir étant assuré, ils peuvent bien se demander : « Comment allons-nous être gardés au milieu des épreuves et des tentations de ce monde tandis que nous cheminons vers le ciel ? » Il n’y a qu’une seule réponse : nous ne pouvons être gardés qu’en nous attachant à une personne divine qui est tout amour dans son cœur, toute-puissance dans sa main et toute sagesse envers les siens. Le Christ vivant est la solution à toutes nos difficultés. Nous ne trouverons notre chemin au travers de ce monde ténébreux qu’en le suivant et en demeurant avec lui. Sans lui nous ne pouvons rien faire. Aussi lisons-nous au sujet de ces deux disciples : « Ils suivirent Jésus » et « ils demeurèrent auprès de lui » (1:37, 40). Plus tard, le Seigneur donnera un sens spirituel à ces paroles, quand il dira à ses disciples : « Demeurez en moi », et dans les mots que nous trouvons à la fin de l’évangile : « Toi, suis-moi » (15:4 ; 21:22).

 

Ch. 1:38-40

Ils avaient entendu parler de Christ, ils avaient regardé Christ marcher, ils avaient été attirés à Christ et ils suivaient Christ. Maintenant nous découvrons le profond intérêt que le Seigneur porte à ces disciples qui le suivent. Nous lisons : « Jésus se retournant, et voyant qu’ils le suivaient ». Aujourd’hui comme alors, il prend note de ceux qui le suivent.

Puis le Seigneur met ces deux disciples à l’épreuve en leur demandant : « Que cherchez-vous ? » Si, comme les disciples, nous avons pris une place en dehors des systèmes religieux du monde d’aujourd’hui, nous serons défiés et mis à l’épreuve quant à nos motifs de la même manière qu’eux. Les difficultés qui surgissent parmi les saints ne sont-elles pas souvent permises pour nous éprouver et susciter la question : « Pourquoi nous trouvons-nous là où nous sommes ? » Avons-nous pris cette place uniquement pour échapper aux maux du monde religieux, ou pour acquérir de la lumière et un meilleur enseignement, ou parce que nos parents ont marché dans ce chemin avant nous ? Si tel est le cas, nous serons certainement mis à l’épreuve quant à nos motifs, de peur qu’ayant agi selon quelque mobile faux ou mélangé, nous ne nous lassions sur le chemin et n’abandonnions la place de l’opprobre.

Dans le cas des deux disciples, la question du Seigneur manifeste le vrai motif, comme le montre leur demande : « Rabbi… où demeures-tu ? » Il apparaît clairement qu’ils prenaient la place en dehors non pas simplement pour échapper aux corruptions du judaïsme ni pour en retirer quelque profit pour eux-mêmes, mais parce qu’ils désiraient être avec Celui à qui ils s’étaient attachés, conduits par leurs affections. Il était lui le motif, non pas eux. Ils voulaient connaître Celui auquel ils avaient été attirés ; aussi disent-ils : « Où demeures-tu ? » Une rencontre fortuite ou un entretien occasionnel ne nous permettent pas de connaître véritablement nos semblables ; pour cela, nous devons séjourner avec eux dans leur maison. Si nous voulons connaître mieux Christ, nous devons chercher à le connaître dans sa maison — la maison du Père. Aussi lisons-nous : « Cherchez les choses qui sont en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu ». Et où aurons-nous un sentiment plus profond des choses qui sont en haut que lorsque nous sommes réunis avec les deux ou trois en son nom, lui-même étant au milieu de nous ?

Le Seigneur se plaît à répondre à de tels désirs. Comme il a été dit, nous pouvons avoir autant de Christ que nous le souhaitons. Le Seigneur répond aussitôt à ses disciples : « Venez et voyez », et nous lisons : « Ils allèrent donc, et virent où il demeurait ». Dans ce monde, nous ne trouvons rien qui parle de Christ ; et nous pouvons être assurés que, quel que soit l’état de nos maisons, dans la sienne, il ne se trouvait rien qui distraie de lui. Après avoir vu où il demeurait, ils vinrent pour le connaître dans sa propre maison et, le connaissant, ils éprouvèrent de la joie à demeurer auprès de lui ce jour-là. Celui qui les avait attirés dans la place en dehors était Celui qui les gardait là.

 

Ch. 1:41-43

Ces versets nous montrent ce que produit normalement le fait de demeurer avec Christ : le désir d’amener d’autres personnes à Christ. Ainsi, nous lisons qu’un homme quitte cette place sanctifiée et trouve son propre frère Simon ; l’ayant trouvé, « il le mena à Jésus ». Il ne l’amène pas seulement à une place à l’extérieur, ni à une compagnie dans la place à l’extérieur, mais il le conduit à une personne, à Jésus. Et combien l’accueil reçu par Simon est beau ! Il se trouve dans la présence de quelqu’un qui connaît son nom et celui de son père et qui lui donne un nouveau nom. En déclarant à Simon son nom et le nom de son père, le Seigneur lui fait comprendre qu’il se trouve devant Celui qui sait toute son histoire dès le moment de sa naissance. En changeant le nom de Simon, Christ le revendique pour lui-même, car le droit de changer un nom implique la propriété et l’autorité. Ainsi, au début de son histoire spirituelle, Pierre apprend que le Seigneur connaît son histoire entière de pécheur et que, néanmoins, il le réclame comme lui appartenant pour toujours.

Le chemin de ces disciples en relation avec Christ le premier jour de son ministère est ainsi de toute beauté et riche en instructions pour nous ! Nous voyons ces hommes :

Regarder Jésus qui marchait ;

entendre parler de Jésus par quelqu’un ;

suivre Jésus dans la place en dehors ;

voir où Jésus demeurait ;

demeurer avec Jésus ;

en trouver d’autres pour Jésus et

les amener à Jésus.

 

4.2   Le deuxième jour du ministère de Christ — 1:44-52

Le tableau change ici, et Christ est vu comme le centre de rassemblement de ses saints terrestres, le Résidu juif. Avant, il avait été présenté comme le centre de rassemblement de ses saints célestes : l’Église.

 

Ch. 1:44-46

Ce jour-là, il n’est pas question de savoir où demeure Christ ; c’est la portion des saints célestes. La veille, deux disciples ont quitté le monde pour s’attacher à Christ et demeurer auprès de lui dans sa maison. Ce deuxième jour, Christ sort dans le monde et attire deux saints à lui afin qu’ils règnent avec lui dans son royaume. Cela s’accorde avec tout ce qui est écrit dans Moïse et les prophètes, qui ne disent rien des gloires célestes du Seigneur mais mentionnent souvent son règne terrestre. Parlant du futur Roi, Philippe rend témoignage qu’il est bien, sur le plan légal, le fils de Joseph et, par conséquent héritier du trône.

 

Ch. 1:47-49

Nathanaël manifeste d’abord l’incrédulité caractéristique juive ; en effet, il dit : « Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth ? » En outre, il représente le résidu pieux juif qui sera tiré de la nation incrédule, après l’enlèvement de l’Église, et en qui sera opérée la repentance pour avoir, comme nation, rejeté Christ. Le Seigneur reconnaît Nathanaël comme quelqu’un en qui il n’y avait pas de fraude ; n’avait-il pas vu cet Israélite avec tous ses exercices sous le figuier ? Sans doute y avait-il été pour confesser ses péchés, parce qu’une âme ne peut être délivrée de la fraude que par la confession à Dieu.

 

Ch. 1:50

La fraude étant enlevée de son âme, Nathanaël voit toutes choses clairement et confesse Christ comme le Fils de Dieu et le Roi d’Israël. Il s’agit là des deux titres sous lesquels, selon le psaume 2, la nation juive a rejeté Christ. Dans le palais du souverain sacrificateur, la nation a nié que Christ était le Fils de Dieu ; devant Pilate, elle a rejeté son droit à être le Roi d’Israël.

 

Ch. 1:51, 52

Le Seigneur reconnaît la foi de Nathanaël, produite par Ses propres paroles. Nathanaël a confessé Christ selon le psaume 2, et maintenant le Seigneur lui annonce son autre gloire comme Fils de l’homme, selon le psaume 8. Comme Fils de l’homme, il sera établi sur toutes les œuvres des mains de Dieu, toutes choses étant mises sous ses pieds. Si la terre en bas lui sera assujettie, les cieux en haut seront ouverts sur lui, et les anges, trouvant en Christ sur la terre le glorieux objet de leur service, établiront des relations entre le ciel et la terre.

 

4.3   Le troisième jour du ministère de Christ — 2:1-11

Les premiers mots de ce chapitre relient clairement la noce à Cana avec le chapitre précédent. La noce a lieu le « troisième jour ». Si le premier jour présente en image le rassemblement des croyants autour du Seigneur pendant la période de l’Église, et le deuxième jour, le rassemblement du résidu pieux des Juifs autour de lui après l’enlèvement de l’Église au ciel, ne pouvons-nous pas conclure à juste titre que le troisième jour parle de la restauration d’Israël pendant le Millénium ? Toute la scène est caractérisée comme étant un « signe » (2:11, note) ; or un signe est un fait naturel ou matériel doté d’une signification spirituelle. Dans son sens typique, la scène de la noce peut bien illustrer la reprise des relations entre l’Éternel et Israël. Osée présente l’Éternel disant d’Israël dans l’avenir : « Je te fiancerai à moi pour toujours ; et je te fiancerai à moi en justice, et en jugement, et en bonté, et en miséricorde ; et je te fiancerai à moi en vérité » (Osée 2:19, 20).

D’une manière très significative, Osée ajoute : « Dans deux jours, il nous fera vivre ; au troisième jour, il nous mettra debout » (Osée 6:2). On peut y voir la repentance de la nation, conduisant à sa restauration en justice. Celle-ci sera le résultat d’une purification morale amenée par la repentance, présentée en image par le remplissage des vases de pierre vides qui se trouvaient là pour la purification. Puis, lorsque la sainteté sera satisfaite, le vin de la joie coulera pour Israël.

 

5                    La ruine de l’homme et la gloire de Christ — Jean 2

En lisant l’évangile selon Jean, souvenons-nous qu’il présente la mise de côté de l’ordre de bénédiction judaïque et terrestre, pour introduire ce qui est entièrement nouveau, céleste et éternel dans son caractère.

Ce nouvel ordre de bénédiction — le christianisme, qui implique la révélation des personnes divines — ne pouvait intervenir avant l’incarnation de la Parole. Seule une personne divine est assez grande pour révéler des personnes divines et faire connaître le propos du cœur de Dieu.

Dans le christianisme, tout est fondé sur la personne du Fils ; nous pouvons donc comprendre que l’évangile commence par la présentation de la gloire de Sa personne, posant ainsi le fondement de toute bénédiction durable pour l’homme et de toute gloire pour Dieu. Cependant, pour que nous soyons en état de profiter de la révélation des choses célestes, nous devons d’abord être convaincus de la condition désespérée et de la ruine totale de l’homme déchu.

Cette manifestation nécessaire de l’homme est placée devant nous dans le chapitre 2. Nous y apprenons, premièrement, que l’homme ne peut assurer son propre bonheur dans les choses naturelles et justes : le vin vient à manquer (2:1-11) ; deuxièmement, l’homme ne peut pas se prévaloir de la religion que Dieu lui a donnée pour assurer la bénédiction sur la terre : le temple est corrompu (2:13-17) ; troisièmement, l’homme ne peut pas apprécier la bonté de Dieu lorsqu’Il condescend à demeurer au milieu des siens, plein de grâce et de vérité : Christ est rejeté (2:18-22) ; enfin, par sa raison naturelle, l’homme ne peut pas connaître Christ, car même s’il parvenait à une conclusion juste quant à Christ, celle-ci laisserait l’homme loin de Dieu. Il n’y a rien en l’homme déchu à quoi Dieu peut se fier (2:23-25).

De plus, si ce chapitre nous parle de la ruine de l’homme, il découvre aussi la gloire de Christ, apportant le vrai bonheur, agissant à l’égard de tout le mal, vainquant la puissance de la mort et attirant à lui.

 

5.1   La noce — 2:1-11

À côté de l’enseignement dispensationnel de la noce de Cana, qui nous présente la restauration des relations de Dieu avec Israël dans un jour futur, nous avons la grande leçon morale que toutes les choses terrestres sont incapables de procurer une joie durable. Le mariage est la circonstance la plus marquante de la vie de l’homme naturel, et, à juste titre, celui-ci cherche à en faire une occasion de fête et de joie. Hélas, le vin de la joie humaine vient à manquer ! L’homme est incapable d’assurer son propre bonheur. S’il lui était possible de le réaliser par des moyens humains, il se pourrait que, dans des circonstances exceptionnellement favorables, tous les éléments pour garantir son bonheur se trouvent réunis. L’homme peut disposer de la jeunesse, des richesses et de la santé et en tirer le meilleur parti d’une manière légale, comme dans le mariage. Il n’en demeure pas moins que le bonheur ne durera pas : le vin vient à manquer. Au moment le plus beau de la vie, quelque chose viendra troubler le bonheur complet, et la joie du jour qui passe sera assombrie par la crainte de ce qu’apportera le lendemain. Les circonstances peuvent changer, la santé chanceler, la mort briser le foyer le plus heureux et mettre fin aux relations les plus étroites.

Mais, si la scène de la noce met au jour la faillite de l’homme dans ce qu’il a de mieux, elle manifeste aussi la gloire de Christ s’élevant au-dessus de tout homme et de toute chose, et assurant à l’homme un bonheur qu’il ne peut se garantir par lui-même. Nous apprenons ici que, sans Christ, il n’y a pas de joie durable.

En outre, si Christ assure le vrai bonheur, il le fait comme étant totalement séparé d’Israël et du monde. Au verset 1, nous voyons un événement social dans lequel la mère de Jésus est impliquée. Le verset 2 montre Jésus et ses disciples formant un cercle distinct, séparé du monde. Ils sont conviés à la noce ; et, en réponse, le Seigneur honore la circonstance de sa présence, mettant ainsi son approbation sur une relation instituée par Dieu.

Toutefois, lorsque le vin vient à manquer, il n’intervient pas à l’instigation de sa mère. Il dit : « Qu’y a-t-il entre moi et toi, femme ? Mon heure n’est pas encore venue ». Par sa mère, le Seigneur avait des liens avec Israël et la loi. En refusant d’agir en liaison avec sa mère, il montre que tout ce qu’il faisait, comme cela est présenté dans cet évangile, découlait de sa relation comme Fils du Père, et non pas de liens naturels avec sa mère, ou légaux avec Israël. Dans cet évangile, le Seigneur est toujours vu en dehors de toutes relations terrestres, comme un homme céleste introduisant des « choses célestes » (Jean 3:12). Il manifestait ainsi sa gloire comme étant en relation avec le Père, comme accomplissant sa volonté et assurant finalement la joie de l’homme.

La manière selon laquelle le Seigneur   procure le bon vin est certainement significative. Il fait remplir les vases de la purification qui étaient vides et le vin est puisé dans ces vases. Cela ne nous enseigne-t-il pas, dans un langage symbolique, que le bonheur de l’homme ne sera garanti que si la sainteté est maintenue ?

 

5.2   La purification du temple — 2:13-17

La noce de Cana nous a enseigné que l’homme ne peut pas assurer son propre bonheur par les moyens naturels que Dieu a institués ; la deuxième scène, à Jérusalem, montre que l’homme ne peut pas se prévaloir de la religion que Dieu a donnée. Si Dieu pourvoit à une religion adaptée à l’homme dans la chair, afin de régler sa conduite et d’assurer sa bénédiction terrestre, l’homme la corrompt aussitôt et en fait un moyen de s’enrichir. La maison de prière pour tous les peuples devient le repaire des changeurs, qui transforment la maison du Père en une maison de trafic. Le Seigneur agit à l’égard de ce grand mal et justifie son acte judiciaire en revendiquant sa relation avec Dieu comme son Père, et en affirmant que le temple est la maison de son Père. Ainsi, une fois encore, il manifeste sa gloire devant ses disciples, comme le Fils agissant dans son zèle pour la gloire de la maison de son Père, selon l’Écriture : « Le zèle de ta maison m’a dévoré » (Ps. 69:9). Maintenant que le Fils est venu, ce psaume reçoit une signification plus complète et plus profonde, nous montrant que l’homme rejeté dont parle le psalmiste n’est nul autre que le Fils.

 

5.3   « Le temple de son corps » — 2:18-22

Les Juifs demandent un signe, donnant une nouvelle occasion de manifester ce qui est dans le cœur de l’homme. Dans sa réponse, le Seigneur indique que, par l’incarnation, son corps était maintenant le vrai temple ou habitation de Dieu. Le temple à Jérusalem était vide, et il allait très prochainement être appelé leur maison et livré à la destruction (Matt. 23:38 ; 24:2). Le temple à Jérusalem pouvait être corrompu ; aucune corruption n’était possible pour le temple du corps du Seigneur, malgré la violence dont les hommes useraient pour chercher à le détruire. À maintes reprises ils essayèrent de lapider le Seigneur et, enfin, quand l’heure fut venue, il leur fut accordé de « détruire » le temple de son corps. La méchanceté de l’homme devient une nouvelle occasion de manifester sa gloire comme Fils, de même que sa supériorité sur tous les autres. L’homme peut détruire, mais il ne peut pas ressusciter les morts. Christ dit en quelque sorte : « Lorsque vous serez parvenus à vos fins, lorsque vous aurez détruit le temple de mon corps, je le relèverai ». Sa résurrection sera la déclaration en puissance qu’il est le Fils de Dieu.

 

5.4   L’esprit naturel de l’homme — 2:23-25

Les derniers versets présentent une autre vérité importante : bien que l’homme, placé devant l’évidence, puisse être conduit par sa raison naturelle à tirer certaines conclusions correctes, celles-ci le laisseront toutefois éloigné de Dieu. Ainsi, nous lisons qu’à Jérusalem « plusieurs crurent en son nom, contemplant les miracles qu’il faisait ». Par l’évidence de la vue, leur raison naturelle les amenait à la conclusion que Christ était tout ce qu’il disait être, mais cela n’allait pas plus loin. Ils n’avaient aucun sentiment d’avoir besoin de Christ, aucun exercice de conscience qui les conduise à Christ. C’était une conviction à l’égard de Christ fondée sur la vue, non pas la foi en Christ qui les attirait à lui.

Christ ne se fiait pas à eux. Cela manifeste encore sa gloire. Il est Celui qui « connaissait tous les hommes » ; « il connaissait ce qui était dans l’homme », et n’avait pas besoin, comme d’autres, que quelqu’un rende témoignage au sujet de l’homme. Il est le Dieu omniscient.

Quelle image exacte de l’homme et du monde nous donne ce chapitre : les choses naturelles incapables d’amener un bonheur durable ; les choses de Dieu corrompues ; Celui qui apporte la grâce de Dieu rejeté ; et la raison naturelle de l’homme, même lorsqu’elle est juste, le laissant dans l’éloignement de Dieu ! Mais la mise à nu de l’état de l’homme ouvre la voie à la révélation de la gloire de Christ ; aussi, d’une façon très bénie, le chapitre présente Christ comme la ressource du croyant. Si nous expérimentons la faillite de toutes les choses de la terre, si nous sommes accablés par le sentiment de tout le mal qui s’est introduit dans les choses de Dieu, si nous voyons la mort sur tous, et nos esprits naturels incapables de parvenir à Dieu, au milieu de tous les manquements et de la ruine de l’homme, nous trouvons Christ, Celui qui peut remplir le cœur de joie, agir à l’égard de tout le mal, briser le pouvoir de la mort et attirer à lui.

 

6                    La souveraineté de Dieu et la responsabilité de l’homme — Jean 3

Si le chapitre 2 de Jean prouve la ruine de l’homme, le chapitre 3 présente la mise de côté totale de l’homme ruiné, afin d’introduire une nouvelle race par l’opération souveraine de Dieu dans la nouvelle naissance, et l’œuvre de Christ à la croix. Il faut que l’homme soit né de nouveau, et il faut que le Fils de l’homme soit élevé (3:1-16).

Toutefois, la souveraineté de Dieu n’exclut pas la responsabilité humaine. Aussi la responsabilité de l’homme de venir à la lumière et de croire au Fils est-elle pleinement développée (3:17-21).

Le chapitre se termine avec le dernier témoignage de Jean le Baptiseur à la gloire de Christ (3:22-36). Il faut que Jean diminue et que Christ croisse. Ainsi la voie est frayée pour la manifestation complète de la splendeur de Dieu en Christ — le Fils, dans tous les chapitres qui suivent jusqu’à la fin de l’évangile.

 

6.1   La souveraineté de Dieu — 3:1-16

Les vérités de toute importance se rapportant à l’œuvre souveraine de Dieu en l’homme sont développées dans l’histoire de Nicodème, un échantillon de l’homme dans ce qu’il a de meilleur. Nicodème est profondément religieux, éminemment respectable et résolument intellectuel. Il est d’entre les pharisiens, un chef des Juifs et docteur en Israel. Pourtant, nous apprenons que toutes ces qualités humaines ne permettent pas à un homme d’entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair. Qu’il s’agisse de la chair hautement cultivée et raffinée, comme dans le cas de Nicodème, ou de la chair complètement dégradée comme pour la femme du chapitre 4, dans les deux cas, la connaissance de Dieu révélé en grâce fait défaut. Sans l’opération de la grâce souveraine de Dieu en nous, nul ne viendrait à Christ.

 

Ch. 3:1-3

Comme ceux dont il est parlé à la fin du chapitre précédent, Nicodème était parvenu à une conclusion juste concernant Christ, fondée sur l’évidence extérieure des miracles. Il dit au Seigneur : « Nous savons que tu es un docteur venu de Dieu ; car personne ne peut faire ces miracles que toi tu fais, si Dieu n’est avec lui ». C’était, dans cette mesure, une conclusion correcte que l’esprit humain est capable de tirer, mais si ce n’est rien de plus que le résultat de la raison humaine, l’âme est laissée loin de Dieu et sans le moindre sentiment de son besoin de Christ.

Toutefois, à la différence de ceux qui croyaient simplement ce qu’ils voyaient, Nicodème éprouvait un sentiment de son besoin. Ce contraste est souligné par le premier mot du chapitre 3 : « Mais il y avait un homme… dont le nom était Nicodème… Celui-ci vint à lui ». D’autres ont raisonné et en sont restés là ; Nicodème aussi a raisonné, mais il est venu, prouvant que derrière son raisonnement, et à son insu, un travail de Dieu s’opérait dans son âme, produisant un sentiment de besoin et l’attirant à Jésus.

Au moment où l’âme éprouve un sentiment de besoin, elle réalise que la religion de la chair, la position officielle de chef et la réputation de docteur ne suffisent pas. Quand ce sentiment de besoin est produit par l’Esprit, il va immédiatement de pair avec la conscience que seul Christ peut y répondre. Aussi l’âme est-elle attirée à Christ.

D’autre part, Nicodème vient de nuit. L’éveil d’un sentiment de besoin à l’égard de Christ s’accompagne de la conscience que le monde — et en particulier le monde religieux — sera opposé. Ainsi la première rencontre avec Christ est souvent secrète.

Nicodème appelle le Seigneur : Rabbi (Maître) ; il lui dit ce qu’il sait et donne au Seigneur la place de Maître, prenant lui celle d’élève. Ne se connaissant pas véritablement lui-même, il s’imagine être tout à fait capable d’apprendre, pour autant qu’il trouve quelqu’un qui l’instruise. Par sa réponse : « Si quelqu’un n’est né de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu », le Seigneur écarte immédiatement l’attitude respectueuse de Nicodème exprimée dans le titre qu’il lui donne : Rabbi, son savoir acquis par la raison humaine et son aptitude naturelle à apprendre. Tout cela appartient à la vieille nature et est sans valeur lorsqu’il s’agit d’être instruit dans les choses de Dieu. La raison humaine et les capacités naturelles nous permettent de voir beaucoup de choses dans la nature ; mais à moins qu’un homme ne soit « né de nouveau », il ne peut voir le royaume de Dieu.

Le Seigneur lie donc ici la nouvelle naissance et le royaume ; plus tard, il parlera des choses célestes, de sa propre œuvre et de la vie éternelle. En ce temps, le royaume n’était pas présenté dans sa forme matérielle et extérieure, une forme que la nature pourrait reconnaître ; il était montré en Christ, dans ses caractéristiques morales. Le Roi était présent, mais rejeté ; et les traits moraux du royaume se voyaient en lui : « justice, et paix, et joie ». Telles sont les bénédictions qui caractériseront en effet le royaume au jour de son règne, et qui sont connues maintenant dans la puissance de l’Esprit par ceux qui croient en Christ au jour de sa réjection. Il était impossible à la nature de voir le royaume de cette manière morale, dans le Roi. Pour cela, il doit y avoir une œuvre de Dieu dans l’âme, appelée ici nouvelle naissance.

 

Ch. 3:4

Raisonnant en homme naturel, Nicodème manifeste que les pensées de l’esprit humain ne vont pas au-delà de l’expérience humaine. Laissé à lui-même, l’homme ne peut pas comprendre les choses spirituelles et célestes.

 

Ch. 3:5, 6

Dans sa réponse, le Seigneur nous transporte au-delà des limites de l’expérience humaine et nous dit ce que Dieu fait. Nous apprenons que cette œuvre de Dieu est nécessaire, non seulement afin de voir le royaume, mais aussi afin d’y entrer. Pour avoir part au royaume sous quelque forme que ce soit : moralement ou dans sa gloire extérieure, il faut avoir une nature adaptée au royaume.

Le Seigneur parle d’une naissance d’eau et de l’Esprit ; puis il ajoute : « Ce qui est né de la chair est chair ; et ce qui est né de l’Esprit est esprit ». « Ce qui » — c’est-à-dire la nature — est né de l’Esprit est esprit ; il participe de la nature de Celui par lequel il est né ; il s’agit donc d’une nature entièrement nouvelle. L’eau est une image de la Parole appliquée par l’Esprit, purifiant pratiquement nos pensées et nos cœurs de la vieille nature et ses désirs.

« Ce qui est né de la chair est chair » est une affirmation d’une vaste portée. Elle montre que rien de ce qui est selon la chair ne convient pour le royaume de Dieu. Israël selon la chair ne peut pas hériter du royaume de Dieu ; mais quiconque possède cette nouvelle nature — d’entre les Juifs ou d’entre les nations — est propre pour le royaume de Dieu. Le Seigneur nous sort de la nation juive et ouvre le royaume de Dieu à tous ceux qui sont nés de nouveau.

 

Ch. 3:7, 8

La nécessité de la nouvelle naissance est donc établie ; mais nous apprenons, en outre, que cette nouvelle naissance est entièrement de Dieu. Elle est l’action souveraine de l’Esprit de Dieu, comparée au vent qui ne souffle pas selon l’instruction de l’homme. Nous ne pouvons pas dire d’où le vent doit venir ni il doit souffler. De même, l’action souveraine de l’Esprit ne peut pas être limitée au Juif ou à un individu particulier. Nous ne pouvons pas contrôler l’action de l’Esprit ; il ne nous appartient pas de dire où et en qui il peut agir.

 

Ch. 3:9, 10

Nicodème s’étonne encore de ces vérités tellement contraires à sa raison naturelle. Il demande : « Comment ces choses peuvent-elles se faire ? » Le Seigneur répond que, comme docteur, il aurait dû connaître ces choses. Le prophète Ezéchiel n’avait-il pas parlé de « l’eau » et de « l’Esprit » opérant dans les hommes, afin qu’ils puissent être purifiés de leurs impuretés et avoir un cœur nouveau (Ezéch. 36:25-27) ?

 

Ch. 3:11

En contraste avec Nicodème, et avec les conducteurs d’Israël qui prenaient la place de docteurs et ignoraient pourtant leurs propres Écritures, le Seigneur parle de vérités dont il avait une connaissance parfaite et rendait témoignage des choses qu’il avait vues. Il connaît non pas seulement ce qui est dans l’homme (2:25), mais aussi tout ce qui est dans le cœur de Dieu. Il sait l’étendue de nos besoins et il connaît la grandeur de la grâce de Dieu pour y répondre.

Toutefois, le Seigneur doit ajouter : « Vous ne recevez pas notre témoignage ». Nous pouvons assurément douter du témoignage des hommes, sachant très bien qu’il ne va pas au-delà de leur connaissance limitée. Mais quand Celui qui a une connaissance parfaite rend témoignage, et que ce témoignage est rejeté, l’état totalement désespéré de l’homme, laissé à lui-même, est prouvé.

Nous avons ainsi une mise à nu et un rejet complets de l’homme naturel dans ce qu’il a de meilleur. Premièrement, il peut parvenir à certaines conclusions concernant Dieu et les Écritures, justes en elles-mêmes, mais qui le laisseront dans l’éloignement de Dieu ; secondement, quand Celui qui a une connaissance parfaite rend témoignage à la vérité, l’homme rejette le témoignage.

Tout prouve la nécessité de la grande vérité : l’homme doit être « né de nouveau » (ou, comme nous le trouvons en note : entièrement à nouveau). « De nouveau » n’implique pas une modification ou un changement de la vieille nature, mais exprime la communication d’une nature entièrement nouvelle dès son origine. L’expression est traduite par « depuis le commencement » en Luc 1:3 et en Actes 26:5. Naître « de nouveau » signifie non pas que le Saint Esprit agit sur l’homme naturel, comme pour transformer un mauvais état en un bon état, mais que quelque chose d’entièrement nouveau est produit dans l’homme.

 

Ch. 3:12, 13

Dans la première partie du chapitre, le Seigneur a parlé de choses terrestres : le royaume de Dieu et la nécessité de la nouvelle naissance pour voir le royaume et y entrer. Maintenant, le Seigneur va passer aux choses célestes et à la vie éternelle, ainsi qu’à la nécessité de la croix. Si l’homme ne croyait pas quand Christ parlait des choses terrestres, il serait d’autant moins capable de croire les choses célestes. Si donc la nouvelle naissance est nécessaire pour voir les choses terrestres, elle le sera encore plus pour saisir les choses célestes. Jean le Baptiseur avait parlé des choses terrestres, et les prophètes aussi, mais nul homme n’avait été au ciel pour rendre compte des choses qui s’y trouvent. Toutefois si personne n’était capable de monter pour faire rapport des choses célestes, quelqu’un est descendu en grâce du ciel — le Fils de l’homme qui est dans le ciel. Cette dernière expression est très profonde. Elle montre que, tout en étant véritablement homme, le Seigneur appartient au ciel et est céleste quant à son caractère. Nous relions la pensée de l’homme à la terre ; mais, dans le Fils de l’homme, nous voyons un homme rattaché au ciel. Il est l’objet des délices du ciel, le centre de la louange céleste. Il peut visiter la terre, mais sa maison est le ciel. Bien qu’il marche sur la terre, il vit dans le ciel tous les jours de son séjournement ici-bas. Les mots « choses célestes » ne se retrouvent que dans deux autres passages : Hébreux 8:5 et 9:23. Ils se réfèrent au christianisme.

 

Ch. 3:14

Toutefois, la pensée de Dieu n’était pas que Christ soit le seul homme dans cette scène merveilleuse. Mais pour que puisse être accompli le propos de Dieu, que d’autres y soient selon son ordre, il fallait que le Fils de l’homme soit élevé. Cela nous conduit aussitôt à la croix comme répondant non pas simplement à nos péchés, si important que ce soit, mais à notre état.

 

Ch. 3:15

Le Fils de l’homme étant élevé, la bonne nouvelle peut maintenant être proclamée : « Afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle ». Comme hommes déchus, nous étions dans un état de péché, et notre sort était de périr. L’effet de l’œuvre de Christ — de son élévation — pour tous ceux qui croient est la vie éternelle. Le croyant entre dans les relations nouvelles et célestes du Fils de l’homme.

Dans ce passage, l’Évangile est présenté du côté de Dieu. C’est la bonne nouvelle de l’amour et du propos du cœur de Dieu, plutôt que l’annonce de ce qui répond à nos besoins. Dans le récit de Luc 24, les disciples reçoivent pour mandat de prêcher la repentance et la rémission des péchés dans le nom de Christ à toutes les nations. C’est la proclamation de ce qui répond au premier besoin d’une âme qui se repent, à savoir la rémission des péchés. Tel est le point fort de toutes les prédications rapportées dans le livre des Actes (voir Actes 2:38 ; 3:19 ; 5:31 ; 10:42, 43 ; 13:38 ; 17:30 ; 26:18). La nouvelle naissance n’était apparemment pas annoncée, ni la vie éternelle ; pourtant, là où le message était reçu, la nouvelle naissance était certainement impliquée et la vie éternelle était le résultat (voir Actes 13:47, 48).

Dans cette portion du chapitre, la souveraineté de Dieu domine et l’Évangile est présenté dans toute sa grandeur, du côté de Dieu. Le premier souci de l’homme est le fait qu’il a péché, et Dieu répond en grâce à ce besoin en proclamant le pardon des péchés par la mort et la résurrection de Christ. Mais derrière les péchés commis se trouve l’homme qui a commis les péchés. Il n’y a absolument aucun bien en lui, aussi la sainteté de Dieu demande-t-elle qu’il soit mis entièrement fin à cet homme dans le jugement. Mais le jugement de mort qui repose sur cet homme a été exécuté à la croix. L’aspect de la croix présenté ici est donc celui que préfigure le serpent d’airain. Les Israélites qui regardaient le serpent d’airain voyaient la ressemblance de ce qui, en eux, causait tout le trouble. Ainsi, nous avons le privilège de regarder en arrière à la croix et de voir Christ envoyé en ressemblance de chair de péché, et comme sacrifice pour le péché (Rom. 8:3). Il a été fait là ce que nous sommes, afin de porter le jugement qui reposait sur nous. Ce qui est né de la chair est chair, et est sous le jugement ; et le jugement de tout ce que nous sommes selon la chair a été exécuté pour le croyant à la croix. De même que cet aspect de la croix va plus loin que le fait de porter les péchés, la bénédiction pour le croyant va beaucoup plus loin que le pardon des péchés. Il s’agit non seulement de la fin de la vie placée sous le jugement, mais de l’introduction d’une vie nouvelle — la vie éternelle — une vie qui consiste en la jouissance de relations avec les personnes divines. La manière selon laquelle nous entrons dans la jouissance pratique de cette vie est présentée en Jean 4. C’est par l’Esprit en nous, comme fontaine d’eau jaillissant en vie éternelle. De plus, cette grande bénédiction ne peut être limitée aux Juifs ; elle est également pour les nations. D’où les mots : « quiconque croit en lui ».

 

Ch. 3:16, 17

En outre, l’amour de Dieu est présent derrière toute sa manière d’agir envers l’homme sous le jugement. C’est d’une immense importance pour nos âmes. Sans cette grande vérité, le verset 14 pourrait nous laisser sous l’impression que Dieu est uniquement un juge — un juge qui peut-être a été pleinement satisfait, mais néanmoins un juge. Ici, nous apprenons que le Dieu qui a agi en jugement est un Dieu d’amour. La même croix qui révèle Dieu comme un juste juge démontre la grandeur de son amour. Il a tant aimé qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle. Si d’une part le jugement a été exécuté et la vie éternelle donnée à ceux qui croient, en parfaite justice, selon les versets 14 et 15, d’autre part, la bénédiction a sa source dans l’amour divin selon le verset 16.

De plus, s’il est question de satisfaire à la justice, Christ est présenté comme le Fils de l’homme ; quand il s’agit de faire connaître l’amour de Dieu, Christ est placé devant nous comme le Fils unique de Dieu. Celui qui prend la place de l’homme et porte son jugement doit nécessairement être un homme — le Fils de l’homme. Celui qui révèle le cœur de Dieu doit être une personne divine — le Fils unique.

Dans ces versets, tout est ramené à sa source, que ce soit en Dieu ou en l’homme, et tout tend au but final, que ce soit du côté de Dieu ou du côté de l’homme. En Dieu, la source de toutes ses actions se trouve dans son amour ; en l’homme, la source de toute sa misère réside dans ce qu’il est, et non pas simplement dans ce qu’il a fait. Selon le propos de Dieu, le but est la vie éternelle dans une sphère céleste pour ceux qui croient. Quant à ceux qui ne croient pas, la colère de Dieu demeure sur eux pour toujours.

 

6.2   La responsabilité de l’homme — 3:18-21

Ch. 3:18

Alors que la première partie du chapitre présente la souveraineté de Dieu, les versets qui suivent placent devant nous la responsabilité de l’homme. Dans son amour, Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour condamner, mais afin que, par lui, le monde soit sauvé. Si le verset 17 déclare que nous ne pouvons être sauvés que « par lui », le verset suivant établit que ceux qui le rejettent sont « déjà jugés ». Les hommes n’ont pas à attendre un jour futur pour entendre leur jugement en raison de leurs mauvaises actions. S’ils rejettent Christ, ils sont déjà jugés quoi qu’ils aient pu faire par ailleurs.

Le passage montre clairement qu’il ne peut pas y avoir de jugement pour celui qui croit en Christ ; sinon ce serait nier l’efficacité de l’œuvre de Christ lorsqu’il a été élevé sur la croix. Il établit tout aussi clairement que celui qui rejette Christ est déjà jugé. La bénédiction ou le jugement des hommes dépend de leur attitude à l’égard de Christ et non pas simplement du mal qu’ils ont fait.

 

Ch. 3:19-21

La responsabilité de l’homme est fondée sur le fait que « la lumière est venue dans le monde » et a brillé dans toute sa splendeur dans la personne du Fils, révélant le cœur de Dieu. L’homme est responsable de se servir de la lumière. Qu’il se soit rendu incapable de le faire n’affecte pas sa responsabilité. Les hommes aiment mieux les ténèbres que la lumière. Mais pourquoi en est-il ainsi ? Parce que leurs œuvres sont mauvaises. Ainsi, par ses mauvaises œuvres, l’homme s’est rendu incapable de profiter de la lumière. Un ivrogne peut s’enivrer au point d’être inconscient et incapable d’accomplir ses devoirs. Il n’en demeure pas moins responsable. L’incapacité ne libère pas de la responsabilité.

Les mauvaises œuvres que font les hommes les conduisent à haïr la lumière qui manifeste leurs actions et trouble leur conscience. Une conscience troublée ne supporte pas la lumière. Celui qui pratique la vérité ne craindra pas la lumière.

 

6.3   Le dernier témoignage de Jean le Baptiseur à la gloire de Christ — 3:22-34

Dans ces derniers versets, Jean met en contraste son propre ministère et celui de Christ et, par là, rend témoignage à la gloire de Christ et au caractère céleste de son service ; devant Lui, il faut que Jean diminue afin que Christ puisse croître.

 

Ch. 3:22-27

Une question avait surgi touchant la purification ; les Juifs profitent de faire remarquer à Jean que tous les hommes allaient à Christ. Jean admet volontiers que les foules qui autrefois venaient à lui se rassemblent maintenant autour de Christ. Il reconnaît qu’il s’agit d’une œuvre venant du ciel pour attirer à Christ, et est satisfait qu’il en soit ainsi.

 

Ch. 3:28-30

Jean établit alors clairement la position qui était la sienne par rapport à Christ. Il est le précurseur et, selon l’illustration dont il se sert, il est l’ami de l’Époux. Christ est le véritable Époux qui recevra son épouse et Jean se réjouit parce qu’il a vu l’Époux et entendu sa voix. Jean ne fait pas partie de l’épouse ; il ne voit pas non plus l’épouse ; mais, comme ami, il entend la voix de l’Époux, et sa joie est accomplie et sa mission remplie. Aussi ajoute-t-il : « Il faut que lui croisse, et que moi je diminue ». L’amour se réjouit de voir Christ exalté, même si celui qui se réjouit en Christ disparaît des pensées et de la vision des hommes. Si seulement tous les croyants pouvaient être animés de cet heureux esprit de Jean qui recule devant la publicité et la prééminence parmi les hommes, qui ne fait aucun cas de lui, afin que Christ soit tout en tous !

 

Ch. 3:31-33

Enfin, Jean rend témoignage à la gloire de Christ comme venant d’en haut — du ciel, et prenant donc nécessairement une place au-dessus de tous ceux qui sont de la terre. L’origine de Jean était de la terre ; il était terrestre de caractère et parlait uniquement des choses terrestres : le Messie et son royaume terrestre. Celui qui vient du ciel parle des choses célestes, de ce qu’il a vu et entendu. Un prophète comme Jean n’est pas seulement limité aux choses terrestres ; mais même ainsi, il s’agit de choses à venir qui n’existent pas encore sur la terre. Au contraire, Christ parle de choses réelles qui existent dans le ciel.

Jean doit ajouter la constatation solennelle que « personne ne reçoit son témoignage ». Ce témoignage des choses célestes — de choses qui existent dans la présence de Dieu — ne présente aucun intérêt pour des hommes qui ne comprennent ni ne désirent les choses du ciel. Laissé à lui-même, nul homme ne reçoit le témoignage de Christ, qui ne peut être reçu que par la foi. Celui qui reçoit le témoignage le fait en vertu de l’autorité de Dieu ; il scelle que Dieu est vrai.

 

Ch. 3:34

Le croyant a une bonne raison de recevoir ce témoignage sur l’autorité de Dieu, car une personne divinement envoyée apporte un message divin dans la puissance d’une personne divine. Christ a été envoyé par Dieu pour parler les paroles de Dieu dans la puissance de l’Esprit de Dieu. En outre, l’Esprit ne lui a pas été donné par mesure. Il ne s’agit plus, comme aux jours des prophètes, d’un message renfermant une vérité particulière ; mais, le Fils étant Celui qui parle, c’est la présentation de la pleine vérité.

 

Ch. 3:35, 36

On pense généralement que les deux derniers versets expriment le témoignage de Jean l’Évangéliste à Christ, vu qu’ils parlent de la vie éternelle comme une possession présente et connue, plutôt qu’ils ne présentent un témoignage prophétique à ce que Dieu donne, comme dans le ministère de Jean le Baptiseur. Il semblerait ainsi que l’Évangéliste ajoute son témoignage à la gloire du Fils. Il dit en quelque sorte : « Ce que dit le Baptiseur — que « Dieu ne donne pas l’Esprit par mesure » à Christ — doit être vrai, car « le Père aime le Fils, et a mis toutes choses entre ses mains ». La plénitude de vérité présentée par une personne aussi glorieuse conduit, si elle est reçue, dans la plénitude de bénédiction — la vie éternelle ; mais si elle est rejetée, elle laissera finalement celui qui n’en veut pas sous la colère de Dieu.

 

7                    Les voies de la grâce dans la bénédiction des pécheurs — Jean 4

Les événements rapportés au chapitre 2 ont prouvé la ruine totale de l’homme ; la voie est alors ouverte, au chapitre 3, pour présenter la souveraineté de Dieu opérant en faveur de l’homme. Ce dernier s’étant ruiné irrémédiablement, toute bénédiction à son égard doit procéder de Dieu seul. Aussi, au chapitre 3, la vérité est-elle présentée du côté de Dieu. L’entrée dans la bénédiction dépend de l’opération souveraine de l’Esprit dans l’homme ; le fondement de notre bénédiction repose sur l’œuvre de Christ à la croix ; et la source de notre bénédiction a son origine dans l’amour de Dieu pour l’homme.

Au chapitre 4, la vérité est présentée de notre côté, montrant comment un pécheur est introduit dans la bénédiction. Cet aspect est illustré dans l’histoire de la femme, à la fontaine, tirée des profondeurs de la misère et de la dégradation pour être élevée au faîte de la bénédiction. Une femme corrompue de naissance et avilie par sa vie se voit offrir la bénédiction céleste suprême — l’eau vive, jaillissant en vie éternelle — afin qu’elle devienne une adoratrice satisfaite.

La vérité contenue dans ce chapitre présente un contraste frappant avec celle du chapitre 2. Dans ce dernier, en rapport avec l’homme respectable et religieux, la joie terrestre s’épuise, et le culte dans le temple est corrompu. Au chapitre 4, en relation avec l’histoire d’une femme dégradée, nous avons des joies célestes qui ne tarissent jamais et l’adoration du Père en esprit et en vérité. La joie terrestre est surpassée par la joie céleste, et le culte dans le temple est remplacé par l’adoration du Père.

Le chapitre place devant nous la splendeur de Dieu révélé dans le Christ Jésus ; il montre que l’amour de Dieu, l’efficacité de l’œuvre de Christ et l’action souveraine de l’Esprit, comme nous les révèle le chapitre 3, sont tels que les pires pécheurs de la terre peuvent être introduits dans les bénédictions les plus élevées du ciel. Le cœur de l’homme peut être satisfait par l’eau vive, et le cœur du Père trouver son plaisir dans l’adoration en esprit et en vérité.

 

7.1   L’histoire de la femme à la fontaine — 4:1-30

Nous apprenons ici comment Dieu agit pour gagner notre confiance, afin que le pécheur soit amené à croire en l’amour de Dieu qui accorde les bénédictions les plus riches aux pires des pécheurs.

 

Ch. 4:1-3

Dès les premiers versets, nous voyons que le Seigneur se place en dehors de la sphère juive, indiquant que les bénédictions célestes que Dieu a en réserve pour l’homme ne peuvent être limitées aux Juifs. Ayant rejeté Christ, les pharisiens étaient apparemment mécontents que le Seigneur attire à lui plus de disciples que Jean.

En effet, nous lisons que « Jésus lui-même ne baptisait pas, mais ses disciples ». Christ avait devant lui le conseil de Dieu d’introduire des pécheurs dans les bénédictions célestes ; il ne pouvait dès lors pas accomplir un rite qui, tout en séparant des âmes de la nation coupable, les liait à lui seulement pour la terre. Pour les disciples, il était juste de baptiser en ce temps-là ; car dans la foi de leur âme, ils ne connaissaient Christ que sur la terre. Christ savait que, pour le moment, son royaume terrestre était mis de côté. Aussi quitte-t-il la Judée pour aller dans la Galilée des nations (Matt. 4:15), afin de nous enseigner des vérités valables pour le monde entier.

 

Ch. 4:4

Pour se rendre en Galilée, « il fallait qu’il traverse la Samarie ». Pourquoi devait-il absolument passer par la Samarie ? Il est vrai que la route directe pour la Galilée conduisait à travers la Samarie, mais il existait d’autres chemins que prenaient les Juifs stricts, afin d’éviter un peuple qu’ils méprisaient. La nécessité ne relevait donc pas d’une question de routes et de pays. Ne pouvons-nous pas plutôt dire que le besoin était dans le cœur de Dieu ? Avant la fondation du monde, Dieu avait destiné une pauvre pécheresse de Samarie à la bénédiction et, afin de gagner cette âme et de satisfaire le cœur de Dieu, il fallait que Jésus traverse la Samarie.

Les Samaritains de l’époque du Seigneur étaient justement considérés comme une race corrompue. Le début de leur histoire est rapporté en 2 Rois 17:24 à 41. Après la captivité des dix tribus, le roi assyrien fit venir des gens de Babylone et d’autres villes païennes pour repeupler le pays. Comme ces populations habitaient le pays de Dieu, mais ne craignaient pas l’Éternel, il les troubla en envoyant contre elles des lions. Pour essayer de remédier à ce mal, le roi d’Assyrie leur envoya un sacrificateur de l’Éternel, afin qu’il leur enseigne le chemin de Dieu. Il s’ensuivit qu’ils devinrent un peuple corrompu : « ils craignaient l’Éternel, et ils servaient leurs dieux ». Ils avaient donc une vague connaissance de l’Éternel et du fait que le Messie devait venir.

 

Ch. 4:5-8

Le Seigneur traverse ce pays corrompu afin de bénir une âme dans le besoin. Arrivé à la fontaine de Jacob et « étant lassé du chemin », il s’assit sur le puits. Il est non seulement fatigué, mais il a soif ; en effet, il demande à la femme qui vient à ce moment pour puiser de lui donner de l’eau à boire. De plus, les disciples étant allés à la ville voisine pour acheter des vivres, le Seigneur se trouve seul.

Quelle scène magnifique ! La Parole éternelle, le Créateur des mondes, le Fils éternel, qui est dans le sein du Père, devint chair et, étant devenu chair, il demeure parmi nous plein de grâce et de vérité. Il met de côté sa condition et sa majesté royales pour marcher dans un chemin d’humiliation comme un étranger sur la terre. Il ne traverse pas le pays en tant que roi dans sa majesté, accompagné d’une suite royale, mais il devient un homme pauvre afin que par sa pauvreté nous soyons enrichis. Ainsi, avec étonnement et adoration, nous le trouvons assis sur la fontaine, fatigué, assoiffé et solitaire.

Le Dieu d’éternité, l’Éternel, le Créateur des bouts de la terre, Celui qui « ne se lasse pas et ne se fatigue pas » vient comme un étranger dans le pays, et est fatigué de son voyage. Le créateur de chacune des gouttes d’eau de l’univers est lui-même un homme assoiffé dans le monde que ses mains ont fait. Celui qui, dans la gloire céleste, avait toujours été entouré par les armées angéliques est vu, sur la terre, comme un homme solitaire.

Pourquoi était-il devenu un homme fatigué, assoiffé et solitaire ? Parce qu’il n’y avait pas d’autre moyen qui lui aurait permis de s’approcher d’une pauvre femme dégradée, et de gagner ainsi la confiance de cette pécheresse au point de faire disparaître toutes ses craintes coupables, et de l’amener à croire que, malgré ses nombreux péchés, Dieu l’aimait. Pour faire connaître le cœur de Dieu, il affrontera la fatigue, la soif et la solitude. Tout autour de lui était propre à le fatiguer. Il rencontrait de tous côtés le péché et les peines, l’ignorance et l’ingratitude, la haine et l’opposition, mais jamais il ne se lassait dans son témoignage à l’amour de Dieu, dans son service d’amour envers de pauvres pécheurs ou dans ses tendres soins à l’égard de ses disciples défaillants.

Qu’en était-il de la femme qu’il était venu rencontrer ? Non seulement elle appartenait à une race corrompue et méprisée, mais elle avait elle-même bu la coupe du péché jusqu’à la lie. Dans la poursuite du plaisir et la satisfaction de la convoitise, elle s’était totalement émancipée, et avait fait fi de sa réputation et de tout ce qu’une femme tient pour précieux. Elle avait transgressé les lois de Dieu et des hommes, et était tombée dans les profondeurs du péché et de la honte. Finalement, et il en est toujours ainsi, elle n’avait trouvé qu’amertume et insatisfaction, lassitude et honte. Évitant le contact avec ses compatriotes, elle vient puiser de l’eau à une heure où les autres femmes ne paraissaient pas. Comme toujours, son péché faisait d’elle une femme solitaire.

Dans les voies de Dieu, cette pécheresse fatiguée, assoiffée et solitaire se trouve en présence du Sauveur fatigué, assoiffé et solitaire. Elle s’était fatiguée au service du péché ; il était fatigué de son voyage au service de l’amour. Ses péchés faisaient d’elle une femme solitaire ; son amour faisait de lui un homme solitaire. L’amour avait amené le Seigneur là où le péché avait mis la femme. De même, un peu plus tard, son amour le conduit à la place où le péché nous mène — la solitude insupportable de la croix, quand intimes et amis l’ont abandonné, quand il a regardé s’il y avait quelqu’un qui ait compassion, mais il n’y a eu personne, qu’il a attendu des consolateurs, et il n’en a pas trouvé. Trahi par un faux disciple, renié par un vrai disciple, abandonné par tous les disciples, élevé entre le ciel et la terre, rejeté par les hommes et abandonné de Dieu, il dut affronter la terrible solitude de la croix. Qu’est-ce qui l’a conduit dans cette solitude ? C’était l’amour — un amour que les eaux ne pouvaient pas éteindre et que les fleuves ne pouvaient pas submerger. L’amour qui a fait de lui un homme solitaire au puits de Sichar l’a conduit dans la solitude encore plus grande de la croix du Calvaire. Si les hommes rejettent un tel amour, il n’est guère étonnant qu’ils se retrouvent finalement dans la solitude d’une perdition éternelle.

Puissions-nous, comme la femme, nous trouver seuls avec Jésus au jour de la grâce ! Si quelqu’un craint d’être seul avec lui, qu’il se laisse imprégner par la grâce de cette scène merveilleuse et considère comment le Seigneur agit à l’égard de cette pécheresse. Aucune parole dure ou peu aimable ne sort de ses lèvres ; pas un mot d’amertume ou de reproche n’est prononcé. Il dit simplement : « Donne-moi à boire ». Pourquoi demande-t-il une gorgée d’eau ? Effectivement, le puits était profond, et il n’avait rien pour puiser ; mais n’aurait-il pas pu accomplir un miracle pour étancher sa soif ? Pour d’autres personnes, certes, il opère des miracles de grâce ; mais nous ne lisons jamais qu’il ait fait un miracle pour répondre à ses propres besoins. Il n’y a qu’une seule réponse : le Fils éternel, envoyé par le Père pour être le Sauveur du monde, dans la grandeur de ses voies, condescend à être redevable d’un verre d’eau froide à une femme déchue, afin de gagner la confiance de son cœur désespéré.

 

Ch. 4:9

La femme est intriguée de ce qu’un homme, qu’elle reconnaît être un Juif, lui fasse une demande, à elle, une Samaritaine.

 

Ch. 4:10

La réponse du Seigneur montre que la femme ne connaissait pas ses propres besoins, ni l’amour de Dieu, ni la gloire de Celui devant qui elle se trouvait. Si elle avait connu, elle aurait demandé et il aurait donné. Elle doit apprendre maintenant que Dieu est Celui qui donne en amour, et qu’elle-même ne peut que recevoir en grâce, tant ses besoins sont grands.

 

Ch. 4:11, 12

Le Seigneur parle du don de Dieu et de son bonheur de donner l’eau vive, mais la femme, totalement accaparée par ses soucis et les choses matérielles, poursuit dans sa ligne de pensées et en reste au puits, à l’eau naturelle et à Jacob qui leur avait donné le puits.

 

Ch. 4:13, 14

Dans sa réponse, le Seigneur met en contraste l’eau qui occupait les pensées de la femme avec l’eau vive dont il a parlé. L’eau du puits, comme toutes les joies terrestres qu’elle symbolise, ne peut jamais satisfaire. Il n’y a aucune source de satisfaction durable dans les choses de la terre. L’argent, les plaisirs, l’ambition, les devoirs et les relations terrestres que l’homme poursuit peuvent procurer une distraction momentanée ou un contentement passager, mais pas de satisfaction durable. « Quiconque ne connaît pas Christ a soit un cœur déçu soit un cœur à la recherche de ce qui le désappointera » (J.N.D.).

En contraste, le Seigneur propose de donner à une pauvre pécheresse l’eau vive — ou la vie dans la puissance de l’Esprit, qui jaillira en vie éternelle. Non seulement Christ peut répondre à nos besoins comme pécheurs, mais il peut le faire au-delà de tous nos besoins. Il donne une vie qui apporte une satisfaction éternelle et conduit l’âme hors de ce monde de besoins dans un autre monde — celui du désir satisfait.

 

Heureux bientôt, dans un monde nouveau,

Nous chanterons les gloires de l’Agneau ;

Là plus de deuil, plus de cris, plus de larmes,

Plus de péché, dans ce lieu plein de charmes.

 

Ch. 4:15

Hélas ! les choses célestes n’entrent pas dans l’ordre de pensées de cette femme. N’entrevoyant que ses besoins journaliers, elle attribue aux paroles du Seigneur un sens matériel. Comme toute l’humanité, elle verrait d’un bon œil que ses besoins journaliers soient satisfaits, sans la peine quotidienne entraînée par la chute. Les hommes se contenteraient parfaitement de bénédictions terrestres, si seulement la malédiction pouvait être enlevée. « L’homme animal ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu, car elles lui sont folie ; et il ne peut les connaître, parce qu’elles se discernent spirituellement » (1 Cor. 2:14). Sans l’Esprit, l’intelligence humaine ne peut comprendre les choses divines.

 

Ch. 4:16

Il s’ensuit que, dans sa réponse, le Seigneur ignore tout à fait les paroles de la femme. Il est inutile de parler davantage de choses qui sont trop grandes à un esprit trop petit pour les comprendre. Aussi le Seigneur recourt-il à un autre moyen, le seul moyen par lequel les ténèbres de nos esprits peuvent être dissipées. Il s’adresse à la conscience, et gagne le cœur. Le discernement dans les choses divines est donné par la conscience et non par l’intelligence.

Et quelle beauté dans la manière d’agir pleine de tendresse du Seigneur ! Il est assis sur le bord de la fontaine, seul en compagnie d’une femme de mauvaise vie, afin de lui montrer ce qu’elle est, et de lui révéler qui il est. Il va dénoncer sa vie pour gagner son cœur, mais il le fait seul avec elle. Il met ainsi le doigt sur la tache noire de son existence, et s’adresse à sa conscience en disant : « Va, appelle ton mari, et viens ici ».

Quelles richesses renferment le « va » et le « viens » de cette courte phrase ! « Va, appelle ton mari » découvre le péché de sa vie ; « viens ici » parle de la grâce de Son cœur. Le « va » semble dire : « Tes péchés t’ont mis à une distance infinie de moi » ; le « viens » veut exprimer : « Mon amour t’attire à moi ». Oh ! précieux Sauveur qui connais le pire de ce qui nous concerne et qui pourtant nous appelles à venir à toi ! Où donc trouverons-nous un ami comme Jésus ? Dans l’univers entier, où y en a-t-il un autre qui sache tout ce que nous avons fait et qui pourtant nous aime et, parce qu’il nous aime, nous appelle à venir à lui ? Quelle révélation de l’amour divin !

 

Ch. 4:17, 18

La femme sent la puissance des paroles du Seigneur sur sa conscience et, reculant devant la lumière, cherche à éluder la vérité. Elle la dit pour la cacher ; en effet, elle déclare : « Je n’ai pas de mari ». Mais l’amour cherche plus distinctement à obtenir la vérité. Le mensonge est découvert. C’est vrai qu’elle n’avait pas de mari, car elle en avait eu cinq, et à ce moment, elle vivait dans le péché.

 

Ch. 4:19

La femme réalise aussitôt qu’elle se trouve en présence de Celui qui connaît tous les secrets. Elle sait que personne, sinon Dieu, ne connaît tous les secrets de son cœur ; aussi sans aucune excuse ou autre tentative de cacher la vérité, elle s’exclame : « Seigneur, je vois que tu es un prophète ». Elle n’a eu besoin de personne pour lui dire que Jésus était un prophète. Sa conscience étant atteinte, elle commence à comprendre et peut dire : « Je vois ». Elle a beaucoup à apprendre, mais la lumière pénètre dans son âme enténébrée. Comment se fait-il que les hommes ne « voient » pas que la Bible est la parole de Dieu ? Il y a une raison, et une seule : la conscience n’a jamais été touchée. J.N. Darby a dit : « Si je trouve un livre qui me dit toutes les choses que j’ai faites, je sais ce qu’il est. Il ne demande pas à être prouvé par l’homme. La seule chose qui ait l’autorité en elle-même est la parole de Dieu touchant la conscience ».

 

Ch. 4:20

La femme est encore préoccupée par ses propres pensées ; mais sa confiance est gagnée au point qu’elle peut apporter au Seigneur ses difficultés religieuses.

 

Ch. 4:21-24

Dans sa réponse, le Seigneur profite de la remarque de la femme pour parler du changement que l’introduction du christianisme allait apporter dans l’adoration. Sur l’autorité du Seigneur, elle est invitée à croire que l’heure venait où l’adoration ne serait plus liée à une place, telle que la montagne de Samarie ou le temple à Jérusalem, mais qu’elle s’adresserait à une Personne. En outre, ce serait l’adoration non plus d’une personne non révélée, mais de Dieu révélé et connu en grâce comme le Père. Puis, ce ne serait plus une adoration extérieure par des formes et des cérémonies : les adorateurs adoreraient en esprit et en vérité. Encore, Dieu ne demandera plus des adorateurs, mais, comme Père, il cherchera des adorateurs. Enfin, l’adoration chrétienne est selon la vraie nature de Dieu. « Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité ».

 

Ch. 4:25, 26

Le sens profond des paroles du Seigneur dépasse peut-être complètement la compréhension de la femme, mais au moins elles la convainquent qu’elle ne peut se passer de Christ ; car telle est sans doute la signification de sa réponse : « Je sais que le Messie qui est appelé le Christ, vient ; quand celui-là sera venu, il nous fera connaître toutes choses ». Christ, comme prophète, a parlé à sa conscience et l’a placée en face de ses péchés. En présence de ses péchés, elle sent que la religion terrestre, que ce soit à cet endroit ou à un autre, ne servira à rien. Ses péchés découverts et sa religion flétrie, elle sait que nul sinon le Christ qui doit venir ne peut régler son cas. Christ comme prophète l’a convaincue de son besoin de Christ comme Sauveur. Son langage exprime véritablement le désir : « Oh ! si Christ était là ! »

Le chemin est ainsi préparé pour que Celui qui a touché sa conscience se révèle à son cœur. « Je le suis, moi qui te parle ». Elle se trouve découverte comme pécheresse en présence du Sauveur qui a toute grâce pour s’occuper de ses péchés et tout amour pour gagner son cœur.

 

Ch. 4:27

Revenant de la ville, les disciples « s’étonnaient de ce qu’il parlait avec une femme ». Lents à apprécier la grandeur de la grâce de Dieu, ils s’étonnaient, de même que nous le faisons encore, d’une telle scène : Hélas ! comme si souvent, l’ignorance de la grâce s’accompagne d’un éloignement moral du Seigneur ; ainsi ils craignent de dire au Seigneur les pensées qui leur montaient à l’esprit. « Nul ne dit : Que lui demandes-tu ? ou, de quoi parles-tu avec elle ? » Ils ne discernaient pas que, dans la grandeur de sa grâce, Dieu était descendu ici-bas dans la personne de son Fils, afin de chercher des adorateurs. Combien le chemin qu’il suit pour trouver un adorateur est beau et digne de Lui ! C’est comme si Dieu disait : Dans ce monde ruiné, je désire trouver des cœurs qui s’enflamment en me contemplant à un point tel que, transportés d’admiration, ils se sentent contraints d’adorer. Pour trouver cette âme, la Parole éternelle est devenue chair et, comme homme humble, délaissant la grande ville de Jérusalem, le temple splendide, les pharisiens religieux, les scribes érudits et les sacrificateurs cérémonieux, il se rend dans un pays corrompu et méprisé ; là, fatigué et assoiffé, il s’assied près d’une fontaine à côté d’une pauvre femme pécheresse, triste et avilie par le péché. Afin de gagner sa confiance, il se rend dépendant d’elle pour boire ; puis faisant pénétrer doucement la lumière dans son âme enténébrée, il lui fait découvrir le péché de son cœur afin de pouvoir lui révéler l’amour du sien, jusqu’à ce qu’enfin, étant à bout de ressources, il ne reste plus à cette Samaritaine qu’à adorer et à louer dans la présence de la splendeur de Dieu révélé en Jésus.

 

Ch. 4:28-30

Si la bénédiction de la grâce du Seigneur ne parvient que lentement à toucher les disciples, elle a un effet immédiat et pratique sur la femme. Jusque-là, elle a été absorbée par ses tâches journalières, symbolisées par la cruche. Elle a trouvé maintenant un nouvel objet dans la vie : Christ remplit son âme ; aussi laisse-t-elle sa cruche, et elle s’en va à la ville pour devenir un témoin, dans le lieu même de son péché, de Celui qui l’a délivrée.

Quel merveilleux témoignage ne rend-elle pas ! Le Seigneur lui avait dit : « Viens ici », et maintenant, reprenant les paroles du Seigneur, elle peut dire aux hommes de la ville « Venez, voyez un homme ». Elle ne les engage pas à se rendre dans un lieu ou même auprès d’une compagnie, mais les invite à venir à une Personne. Jean dirigeait ses disciples vers Jésus —l’Agneau de Dieu ; André mena Pierre à Jésus ; Philippe dit : Nous avons trouvé Jésus… Viens et vois ; et la femme déclare : « Venez, voyez un homme ».

Et qui est cet homme béni ? Quelqu’un, déclare-t-elle, « qui m’a dit tout ce que j’ai fait ». Il m’a dit, à moi, mais il ne l’a dit à personne d’autre. Puis elle ajoute : « Celui-ci n’est-il point le Christ ? » Effectivement, elle avait raison ; il devait être le Christ ; car qui d’autre que Christ pourrait me dire tout ce que j’ai fait, et malgré cela m’aimer et m’attirer à lui ?

La parole qui vient du cœur atteint le cœur ; aussi lisons-nous : « Ils sortirent de la ville, et ils venaient vers lui ».

 

7.2   La volonté du Père au service des pécheurs — 4:31-38

Ch. 4:31-34

Les disciples étaient occupés des choses matérielles plutôt que des besoins spirituels ; toutefois, leurs paroles prouvent leur amour réel pour le Seigneur ; en effet, nous lisons qu’ils « le priaient, disant : Rabbi, mange ». Dans sa réponse, sans nier les besoins du corps, le Seigneur indique qu’il avait une source de subsistance et de joie dont ils ne savaient que peu de chose ou rien. « J’ai de la viande à manger que vous, vous ne connaissez pas ».

Pensant toujours aux besoins matériels, ils « dirent donc entre eux : Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? »

En réponse à leurs exercices, le Seigneur nous révèle la bénédiction du chemin qu’il suivait. Il dit : « Ma viande est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé, et d’accomplir son œuvre ». Au milieu de toutes les peines de la terre et des épreuves du chemin, nous avons ici un homme qui était soutenu par un seul objet : faire la volonté du Père. Placés devant la perfection de son chemin, nous pouvons bien interroger nos cœurs quant aux motifs qui nous soutiennent dans notre marche journalière. Si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, ne devrions-nous pas admettre, pour le moins, que nos motifs sont très mélangés ? Et pourtant, combien nous nous faciliterions la vie si, dans notre petite mesure, réalisant que le Père a une volonté à notre égard et un plan pour nous, notre seul désir était de faire sa volonté et d’accomplir l’œuvre qu’il nous a donnée à faire (2 Tim. 2:4 ; Actes 20:24 ; 2 Tim. 4:7).

 

Ch. 4:35-38

Pour l’instruction des disciples, et la nôtre, le Seigneur place devant nous la bénédiction du chemin de la volonté du Père dans le service d’amour envers autrui, et il nous encourage à prendre le même chemin, à cet égard, que lui-même avait suivi.

Premièrement, le Seigneur veut nous occuper de la moisson céleste, non pas de la moisson naturelle. S’il avait été question de cette dernière, les disciples auraient dû attendre quatre mois ; les besoins spirituels sont toujours présents. Les campagnes spirituelles « sont déjà blanches pour la moisson ».

Deuxièmement, le Seigneur rappelle que celui qui est engagé dans ce service d’amour « reçoit un salaire ». Il ne le « gagne » pas nécessairement, comme s’il s’assurait simplement le juste équivalent de ses travaux, mais il « reçoit » un salaire ; cela peut effectivement être plus que ce qu’il a « mérité ». Le Seigneur ne veut être le débiteur de personne, mais il garde sa souveraineté en récompensant ses serviteurs.

Troisièmement, le fruit de ce service demeure. Pour son travail naturel, l’homme s’assure seulement des choses qui périssent à l’usage. Dans ce service spirituel, le moissonneur « assemble du fruit en vie éternelle » (4:36 — voir 1 Thess. 2:19).

Quatrièmement, c’est un service qui procure de la joie, et une joie qui est partagée avec d’autres. « Et celui qui sème et celui qui moissonne se réjouissent ensemble ». Les prophètes et les hommes pieux d’autrefois avaient travaillé, et les disciples récoltaient le fruit de leurs travaux. N’était-ce pas vrai, dans un sens, du Seigneur lui-même ? Le Père avait travaillé jusqu’alors (5:17) par les prophètes et d’autres depuis le commencement du monde, et le Seigneur pouvait dire qu’il était envoyé pour achever son œuvre (4:34). Dans un autre sens, le Seigneur, comme le semeur, avait commencé une œuvre entièrement nouvelle (Matt. 13) ; en conséquence, d’un point de vue dispensationnel, les serviteurs du Seigneur « moissonnent » plutôt qu’ils ne « sèment », et ainsi ils sont chargés de moissonner plutôt que de semer. Néanmoins, comme principe général, il reste certainement vrai que « l’un sème, et un autre moissonne ».

 

7.3   Le Sauveur du monde — 4:39-42

Dans la ville des Samaritains corrompus, le Seigneur est reconnu comme le Sauveur du monde. À la femme, le Seigneur avait dit que le salut vient des Juifs ; maintenant, il se plaît à montrer que ce salut est pour les Samaritains. Comme l’a dit un autre, « Sans signe, ni prodige ou miracle, dans ce village de Samarie, Jésus a été entendu, connu et confessé comme étant véritablement le Sauveur du monde » (W.K.). Le témoignage de la femme à la grâce de Christ avait attiré à lui les cœurs de ces Samaritains, et ils le prièrent de demeurer avec eux. Nul Juif, s’accrochant à sa propre justice et à son importance religieuse, n’aurait jamais confessé Christ comme étant le Sauveur du monde. Mais l’homme qui s’est reconnu pécheur dans la présence de Celui qui connaît tous ses péchés et qui, toutefois, est plein de grâce pour le pécheur, voit tout de suite qu’une porte de bénédiction est ouverte pour tout pécheur.

 

7.4   L’histoire du seigneur de la cour — 4:43-54

L’histoire de la femme nous a montré qu’il y a grâce pour le pire des pécheurs. Par l’instruction donnée aux disciples, nous apprenons que, de tous côtés, les pécheurs dans le besoin sont innombrables. Dans la ville de Samarie, nous entendons que Christ est « le Sauveur du monde ». Et maintenant, nous allons voir que la bénédiction ne peut être reçue que par la foi.

Après être resté deux jours dans la ville de Samarie, le Seigneur s’en va en Galilée. Les habitants de Sichar avaient reçu le Seigneur en raison de son témoignage ; ils disent : « Nous-mêmes nous l’avons entendu ». En contraste, les Galiléens le reçurent « ayant vu toutes les choses qu’il avait faites à Jérusalem ». Le Seigneur profite de la venue à lui de ce père dans le besoin pour reprocher à la nation juive de chercher « des signes et des prodiges » comme fondement de la foi.

Le père prie le Seigneur de descendre et de guérir son fils qui allait mourir. Les paroles du Seigneur pourraient peut-être nous laisser supposer que ce père mettait le Seigneur à l’épreuve : s’il pouvait voir Christ ressusciter miraculeusement son fils, il croirait. Le Seigneur censure cette pensée. La foi ne repose pas sur des signes extérieurs faisant appel à la vue, mais sur la parole de Dieu. Aussi le Seigneur fait-il dépendre la bénédiction de la foi en sa parole : « Va, ton fils vit ». Le seigneur de la cour est ainsi mis à l’épreuve : se contentera-t-il de croire la parole de Jésus sans voir de signes et de prodiges ? Il répond d’une manière très belle à la mise à l’épreuve ; en effet, nous lisons : « L’homme crut la parole que Jésus lui avait dite ».

Puis, ayant cru, il reçoit le signe comme confirmation de sa foi. Aucun signe ne peut donner la foi ; mais les miracles confirmeront la foi qui existe.

Nous avons ici le second miracle que Jésus fit —un signe montrant que le Seigneur avait la puissance d’arrêter la mort dans le cas d’une personne qui allait mourir. Comme le fils du seigneur de la cour, Israël en tant que nation allait mourir, et Christ était présent avec la puissance d’arrêter la mort et de guérir le peuple ; mais la réception de la bénédiction impliquait la foi en sa Parole. Hélas ! la nation a manifesté son manque de foi en recherchant des signes.

 

8                    Les voies de la grâce pour délivrer de la loi — Jean 5

Le chapitre 3 présente la mise de côté de la chair par l’opération de l’Esprit en nous, et la condamnation du péché par l’œuvre de Christ pour nous (3:6, 7, 14).

Au chapitre 4, dans l’histoire de la femme auprès de la fontaine, nous apprenons le moyen d’être délivrés pratiquement du pouvoir du péché par une vie nouvelle vécue dans la puissance de l’Esprit ; le croyant n’est ainsi plus tenu de servir le péché. Comme l’apôtre peut le dire : « La loi de l’Esprit de vie dans le Christ Jésus, m’a affranchi de la loi du péché et de la mort » (Rom. 8:2).

Le chapitre 5 place devant nous la voie de la délivrance pratique du principe de la loi, et la faiblesse de la chair. Par la puissance du Fils de Dieu, l’homme est relevé de la faiblesse amenée sur lui par le péché, et délivré de la loi qui ne peut l’aider. Le chapitre comporte quatre divisions principales : d’abord, au réservoir (5:1-9) ; deuxièmement, le repos de Dieu obtenu par la délivrance de l’homme (5:9-16) ; troisièmement, la gloire de la personne qui assure la délivrance de l’homme et le repos de Dieu (5:17-29) ; enfin, les différents témoignages à la gloire de Christ (5:30-47).

 

8.1   L’histoire de l’homme au réservoir, ou la délivrance de la loi — 5:1-9

La scène du puits de Sichar avait servi à montrer comment Dieu délivre de la puissance du péché. Maintenant, le réservoir de Béthesda va nous présenter la manière dont Dieu délivre de la loi. La Samarie et sa population corrompue placent devant nous le besoin d’être délivrés du péché ; Jérusalem et les Juifs religieux sont employés pour nous parler du besoin d’être libérés de la loi.

Dans les cinq portiques du réservoir, une grande multitude de malades étaient couchés. Il y avait des aveugles, des boiteux, ou encore des gens qui avaient des membres secs et faibles ; mais tous avaient besoin de guérison. Ces malades attendaient autour d’un réservoir où pouvait être obtenue la bénédiction qui leur était si désespérément nécessaire. À une certaine saison, dans la providence de Dieu, un ange agitait l’eau, et le malade qui, le premier, entrait dans le réservoir après que l’eau avait été agitée, recevait la bénédiction.

Deux points sont donc mis en évidence : d’abord, il était possible d’obtenir une bénédiction au réservoir ; secondement, celle-ci ne pouvait être acquise que par les efforts fournis par le malade.

Le réservoir devient ainsi une image frappante de l’homme sous la loi. Dans le système légal juif, comme dans la providence de Dieu, l’homme peut être béni. Mais la bénédiction sous la loi ou dans la providence de Dieu ne peut être obtenue que par les propres efforts de l’homme, ce qui suppose de la puissance en lui. De ce fait, sous la loi, l’homme qui se trouve dans l’état le plus misérable et qui, par conséquent, a le plus besoin de la bénédiction, est le moins capable de l’obtenir. La maladie dont il doit être guéri le prive de la puissance nécessaire pour profiter du moyen de guérison. Telle était la triste condition de l’homme infirme depuis trente-huit ans.

Quant à nos besoins spirituels, nous nous trouvons dans la même situation que cet homme avec ses besoins physiques. La puissance du péché dont il nous faut être délivrés nous a enlevé le pouvoir d’obtenir la délivrance par nos propres efforts. Pendant de longues années épuisantes, l’infirme avait lutté pour obtenir la bénédiction, mais en vain. Enfin, il est amené au point où il confesse qu’il a besoin d’un sauveur. Il lui fallait être délivré de ses luttes légales pour acquérir la bénédiction, et il lui fallait de la force contre ce qui l’avait porté jusque-là. En réponse à la question de Jésus, il dit : « Seigneur, je n’ai personne qui… me jette dans le réservoir ». Il reconnaît sa faiblesse complète ainsi que la futilité de tous ses efforts et, par conséquent, la nécessité de l’intervention de quelqu’un d’autre pour le tirer de son triste état. Aussitôt qu’il cesse de lutter et cherche un libérateur, il découvre qu’un Sauveur est là. Le Seigneur dit : « Lève-toi, prends ton petit lit, et marche ». L’homme est délivré de ses propres efforts pour acquérir la bénédiction souhaitée, et ainsi, par la puissance d’un autre, il est guéri et rendu capable de porter ce qui l’avait porté.

L’infirme est ainsi une image frappante de l’homme décrit en Romains 7, qui avait le vouloir de faire le bien, mais n’en avait pas le pouvoir. Toutefois, quand il découvre que tous les efforts légaux pour se libérer des convoitises sont vains, et qu’il s’écrie : « Misérable homme que je suis, qui me délivrera… ? », il réalise aussitôt qu’un Sauveur est là, et il peut dire : « Je rends grâces à Dieu par Jésus Christ notre Seigneur ». Nous trouvons ainsi en Christ Celui qui nous délivre de nos efforts légaux et nous rend capables de vaincre la chose même dont nous étions esclaves.

Il faut toutefois remarquer soigneusement ce qu’il convient d’entendre par délivrance de la loi. Le principe de la loi veut que nous soyons victorieux par ce que nous faisons. L’homme du chapitre 7 des Romains cherchait à agir selon ce principe ; il luttait pour vaincre ses convoitises par ses propres efforts. D’une manière pratique, être délivrés de la loi signifie que nous sommes délivrés de nos propres efforts. Nous sommes affranchis de la lutte épuisante pour vaincre la chair et la puissance du péché. La délivrance dont nous avons besoin est non pas simplement celle de nos mauvaises dispositions et convoitises, mais la délivrance de nos propres efforts pour les vaincre ; alors au lieu de lutter contre nos penchants et convoitises et de subir de continuelles défaites, nous regardons au Seigneur et trouvons en lui un Sauveur.

Le principe du réservoir est : « Aide-toi et Dieu t’aidera ». Mais Christ montre qu’il aide celui qui reconnaît son impuissance totale. La puissance est en Christ ; la délivrance dépend du Sauveur.

 

8.2   Le repos de Dieu atteint par la délivrance de l’homme — 5:9-15

Après la guérison de l’homme, nous lisons : « C’était sabbat ce jour-là ». La signification du sabbat est « repos du travail » ; ainsi, lors de la création, Dieu « se reposa au septième jour de toute son œuvre qu’il fit » (Gen. 2:2 ; Ex. 20:11). Le repos de la création a été interrompu par le péché, et maintenant il ne peut pas y avoir de repos pour Dieu ou pour l’homme, tant que celui-ci est sous la puissance du péché et de la mort. Quand, par l’œuvre et la puissance de Christ, l’homme sera délivré du péché et guéri, « ce jour-là » sera le vrai sabbat.

Ce repos ne peut pas être atteint par les efforts de l’homme sous la loi. Celle-ci disait : « Fais ceci et tu vivras » ; mais l’homme n’a pas gardé la loi et il ne le pouvait pas. Sa tentative de le faire n’a fait que manifester l’horreur du péché, de même que son entière faiblesse et, par conséquent, son incapacité d’obtenir le repos de Dieu par ses propres œuvres.

Néanmoins, ignorant la vraie signification du sabbat, l’homme insiste sur l’observation extérieure de ce jour, afin d’acquérir une réputation religieuse. Mais tout en mettant l’accent sur son observation extérieure, l’homme est complètement indifférent au péché qui a troublé le repos. La bénédiction du repos sabbatique est pour un peuple qui garde la loi, non pas pour celui qui la transgresse. L’homme peut se satisfaire de se reposer en présence du péché et de la misère qu’il entraîne. Dieu ne peut pas se reposer là où le péché et la misère existent. Sa sainteté exige qu’il s’occupe du péché ; son amour le pousse à travailler pour soulager le pécheur.

La réponse de l’homme à ces opposants juifs est convaincante pour quiconque n’est pas rempli d’inimitié à l’égard de Christ : « Celui qui m’a guéri, celui-là m’a dit : Prends ton petit lit, et marche ». Celui qui avait eu la puissance infinie de soulager sa misère lui avait donné l’autorisation de porter son lit le jour du sabbat. Il fallait bien être animé par la méchanceté pour mettre en question l’autorité de Celui qui avait une telle puissance.

Immédiatement, ces contradicteurs demandent avec un mépris apparent : « Qui est l’homme qui t’a dit : Prends ton petit lit, et marche ? » Quelles que soient leurs pensées, il est vrai que tout gravite autour de la question : « Qui est cet homme ? » Elle se pose aujourd’hui encore : Qui est cette personne glorieuse, pleine de grâce et de vérité, qui est venue pour demeurer au milieu des hommes ? Toute bénédiction pour l’homme dépend de la gloire de sa personne, placée devant nous d’une manière si bénie dans les versets qui suivent.

L’homme lui-même « ne savait pas qui c’était ». Car, traversant le pays comme un étranger, « Jésus s’était retiré de là, une foule se trouvant dans ce lieu ». Il n’était pas ici pour bénir la nation comme telle, parce qu’elle l’avait déjà rejeté et s’était opposée à lui. Il cherchait ses brebis pour les sauver et les appeler hors de la nation. Ainsi, le Seigneur suit l’infirme guéri et le trouve dans le temple. Il semble que le cœur de cet homme avait été touché par la bénédiction reçue, car immédiatement il se rend dans le temple pour louer Dieu. Le Seigneur lui fait savoir qu’au-delà de la maladie du corps, il y avait eu un péché commis, et que le péché entraîne des conséquences gouvernementales.

Aussitôt l’homme s’en va et annonce aux Juifs que c’était Jésus qui l’avait guéri. Il agissait probablement en toute simplicité, ignorant la méchanceté de ces gens et pensant qu’eux aussi désiraient connaître cette personne merveilleuse. Manifestement, l’infirme guéri était rempli de l’œuvre puissante qui avait été opérée, puisqu’il la mentionne à deux reprises (5:11, 15). Mais eux sont occupés du mépris qui avait été jeté sur leur orgueilleuse observation du sabbat. « À cause de cela les Juifs persécutaient Jésus et cherchaient à le faire mourir, parce qu’il avait fait ces choses en un jour de sabbat ».

 

8.3   La gloire de la personne qui délivre l’homme et assure le repos de Dieu — 5:17-31

Les Juifs avaient demandé : « Qui est l’homme qui t’a dit : Prends ton petit lit, et marche ? » Nous allons voir maintenant la gloire de Celui qui peut délivrer de la puissance du péché et de l’esclavage de la loi, et introduire le repos de Dieu. Si sa gloire est manifestée, c’est afin que tous honorent le Fils.

 

Ch. 5:17-19

Le Seigneur commence ce discours en disant : « Mon Père travaille jusqu’à maintenant, et moi je travaille », des paroles d’une signification très profonde, sur lesquelles il vaut la peine de s’arrêter, car elles révèlent la gloire de Christ comme Fils, et répondent ainsi à l’objection des Juifs « qu’il avait fait ces choses en un jour de sabbat ». Quel est le caractère des œuvres du Père et du Fils ? pouvons-nous nous demander. Au cours de l’histoire du monde, les œuvres des hommes ont été caractérisées par la violence et la corruption. La plus grande puissance de l’homme se manifeste dans l’invention de moyens pour détruire la vie. Cette scène à Jérusalem prouve le caractère des œuvres humaines ; en effet, à ce moment, les Juifs cherchaient à faire mourir Celui qui venait de relever un homme d’un lit de mort. En contraste avec les œuvres des hommes, celles du Père et du Fils ressuscitent les hommes d’entre les morts et les introduisent dans la vie et la bénédiction.

De plus, le Père avait travaillé « jusqu’à maintenant ». Certes, le Père n’est révélé comme tel que lors de la venue du Fils dans le monde ; mais derrière tout ce que Dieu a fait dans le monde depuis le commencement du temps, nous pouvons discerner maintenant la main du Père travaillant en accord avec le propos et la grâce de son cœur, afin de soulager l’homme de la présence du péché et de la mort. Nous pouvons ainsi suivre le travail du Père lors de la promesse dans le jardin d’Eden, dans ses voies envers Abel et Énoch, au déluge, dans les promesses aux patriarches comme aussi dans les déclarations des prophètes.

Puis le Seigneur ajoute : « Et moi je travaille ». Cela manifeste la gloire de sa personne. Les Juifs interprètent très justement ces paroles du Seigneur comme signifiant qu’il était « égal à Dieu ». Elles étaient l’affirmation de sa divinité et, par conséquent, la révélation de la gloire de sa personne. Elles montraient l’égalité du Fils et du Père, dans la mesure où tout ce que le Père fait, le Fils aussi de même le fait. De plus, le Fils ne travaille pas indépendamment du Père. Tout est fait dans un parfait accord, comme mû par la même pensée, la même affection, car « le Père aime le Fils, et lui montre toutes les choses qu’il fait lui-même ».

Étant devenu homme, le Seigneur prend néanmoins soin de maintenir tout ce qui est juste et parfait dans une telle condition. Ainsi, tout en affirmant sa gloire comme étant égal au Père, il dit : « Le Fils ne peut rien faire de lui-même ». Bien qu’égal au Père, il reçoit tout du Père. L’égalité des personnes divines ne signifie pas l’indépendance entre les personnes divines, comme s’il y avait deux Dieux. La cœxistence de deux êtres suprêmes et tout-puissants serait une impossibilité. Aussi le Seigneur peut-il déclarer : « Quelque chose que celui-ci (le Père) fasse, cela, le Fils aussi de même le fait ».

Toutefois, le fait que le Fils ne fait rien de lui-même, sinon les choses que le Père lui montre, manifeste clairement que tout ce que le Fils fait est la révélation du Père. Si les Juifs voyaient le Fils, ils voyaient le Père ; s’ils rejetaient le Fils, ils rejetaient le Père. Ce passage ne présente pas seulement la gloire du Fils, mais nous dit que dans tout ce qu’il faisait, il présentait le Père. Au chapitre 4, nous sommes amenés au Père par la fontaine d’eau vive jaillissant en vie éternelle, et nous adorons. Ici le Père est placé devant nous dans la personne du Fils.

 

Ch. 5:20

« Le Père aime le Fils ». Cette déclaration montre qu’il y avait sur la terre un homme digne de la manifestation de l’amour du Père. Dire que le Père aimait un saint — même le plus grand d’entre eux —bien que parfaitement vrai, ne présenterait pas d’une manière adéquate la grandeur de l’amour du Père. Les hommes prouvent la pauvreté de leur amour par la petitesse des objets sur lesquels ils placent souvent leurs affections. Plus l’objet de l’amour est grand, plus grand aussi est le caractère de l’amour. Dans le Fils, toutes les qualités morales se trouvent en perfection. L’amour du Père est si grand qu’il ne peut pas être satisfait par un objet moindre que le Fils.

La gloire du Fils est montrée ensuite sous une autre forme. Ses œuvres font connaître sa gloire. Il avait déjà changé l’eau en vin, guéri le fils du seigneur de la cour et relevé l’infirme au réservoir. Il s’agissait d’œuvres liées à la bénédiction de l’homme sur la terre. Il existe cependant des œuvres plus grandes que le Père réserve pour le Fils, des œuvres qui dépassent les frontières de la mort et sont en relation avec la vie éternelle.

 

Ch. 5:21-23

Le Seigneur va montrer que les œuvres plus grandes sont celles de la résurrection, de la vivification et du jugement. Ces œuvres plus grandes affecteront tous les hommes, croyants et incrédules. Les croyants seront ressuscités et vivifiés ; les incrédules et les opposants, tels les Juifs auxquels le Seigneur parlait, tomberont sous le coup de son travail inaccoutumé de jugement.

Vivifier signifie donner la vie — une vie qui vit à Dieu. Dans un sens spirituel, le croyant est vivifié maintenant ; il est rendu consciemment vivant à Dieu, hors d’un état dans lequel il était spirituellement mort à Dieu (Col. 2:13). En outre, la vivification se rapporte non seulement à l’âme du croyant, mais aussi à son corps mortel qui, à la venue de Christ, sera entièrement délivré de la mort, afin de revêtir l’immortalité (Rom. 8:11 ; 1 Cor. 15:53). Les incrédules seront ressuscités d’entre les morts ; il n’est pas dit qu’ils seront vivifiés.

Si, comme les Juifs, les hommes refusent d’honorer le Fils comme étant égal au Père, ils devront l’honorer en le rencontrant comme Juge. Le refuser en tant que Fils, c’est passer à côté de la bénédiction ; le rencontrer comme Juge scellera leur destin. Mais le Père veut que son Fils soit honoré ou comme Fils, ou comme Juge. Il est décrété que « tous » honoreront le Fils. Les âmes vivifiées, dans la puissance d’une vie nouvelle, trouvent leur joie à le reconnaître comme le Fils. Les méchants seront contraints de le reconnaître comme tel dans le jugement. De plus, ils seront jugés non seulement pour avoir rejeté le Fils, mais parce qu’en agissant ainsi, ils ont aussi refusé le Père. « Celui qui n’honore pas le Fils, n’honore pas le Père qui l’a envoyé ».

 

Ch. 5:24

Dans les versets qui suivent, le Seigneur distingue entre la mort morale et la mort physique. Le grand fait lié à la mort est la séparation ; il peut s’agir de la séparation de l’âme et du corps comme dans la mort physique, ou de la séparation entre Dieu et l’âme en ce qui concerne la mort morale. Dans les versets 24 à 27, le Seigneur aborde cette dernière d’abord. Il montre comment des êtres morts à Dieu dans leurs fautes et dans leurs péchés peuvent être vivifiés, et indique que ceux-ci entendent sa parole et croient le Père qui l’a envoyé. Non seulement ils échappent au jugement, mais ils ont la vie et, vivant de cette vie, ils passent de la condition dans laquelle ils étaient morts à Dieu à un état dans lequel ils vivent à Dieu. Ils sont passés « de la mort à la vie ».

 

Ch. 5:25-27

La responsabilité d’écouter et de croire incombe au pécheur, mais ces versets présentent plutôt l’acte souverain du Fils dans la vivification de ceux qui sont morts moralement : ils entendent la voix du Fils de Dieu et vivent.

Entendre la voix du Fils de Dieu ne signifie pas simplement écouter certaines paroles qui ont été prononcées par le Seigneur. En Actes 13:27, nous apprenons que les habitants de Jérusalem entendaient les paroles mêmes des prophètes chaque sabbat, et pourtant ils ne connaissaient pas « les voix des prophètes ». Il est donc évident que nous pouvons entendre les paroles et ne pas discerner la voix. Encore, en 1 Corinthiens 14:10, nous lisons : « Il y a je ne sais combien de genres de voix dans le monde, et aucune d’elles n’est sans son distinct ». La voix est, par conséquent, la force réelle (le son distinct) des paroles — le message contenu dans les paroles. La signification de la voix du Fils de Dieu est la révélation de Dieu en amour, agissant en grâce souveraine à l’égard de l’homme.

Ainsi, la voix représente ce qui est spécial et propre au témoignage rendu par une personne. Les prophètes avaient une voix — ce qui était particulier à leur témoignage. Jean le Baptiseur parle de lui-même comme d’une voix ; c’était ce qui avait une importance particulière dans son témoignage. Il y a ce qui est absolument unique et propre à la voix du Fils de Dieu — et ses brebis écoutent sa voix (10:3).

Lorsque le sens propre de la voix du Fils de Dieu est entendu, l’âme vit. « Ceux qui l’auront entendue vivront ». Ceux-ci passent du domaine de la mort à celui de la vie où Dieu est connu.

En outre, le Fils de l’homme a l’autorité d’exercer le jugement. Les hommes rejettent Christ comme Fils de Dieu et cherchent à le faire mourir comme Fils de l’homme. Dieu veut qu’il soit honoré à la fois comme Fils de Dieu et comme Fils de l’homme par ceux qui l’ont rejeté. Cela ne peut se réaliser qu’en jugement, vu qu’ils l’ont refusé. Aussi exerce-t-il le jugement tant comme Fils de Dieu que comme Fils de l’homme (5:22, 27).

 

Ch. 5:28, 29

Aux versets 24 à 27, nous trouvons l’effet présent produit quand la voix du Fils de Dieu est entendue. Elle conduit à la vie. Aux versets 28 et 29, le caractère de la voix et l’effet sont différents. Elle aura un effet physique effectif en ce qu’elle fera sortir les morts de leurs sépulcres. On a dit qu’avec Dieu, l’aspect moral vient toujours en premier, et ce qui est physique suit. Au verset 25, lorsqu’il est parlé des croyants, nous lisons : « Ceux qui l’auront entendue [la voix du Fils de Dieu] vivront ». Ici, au verset 29, qui inclut croyants et incrédules, la vie n’est pas mentionnée, mais il est simplement dit que « ceux qui entendront sa voix… sortiront ».

Il y a deux résurrections, la résurrection de vie et celle de jugement. La question de savoir à laquelle des deux nous avons part est présentée ici comme dépendant de motifs moraux — faire le bien ou faire le mal. Elle n’est pas placée sur la base de la foi ou de l’incrédulité. Il est vrai que nul homme ne peut pratiquer le bien indépendamment de la foi en Dieu ; et aussi ce que Dieu appelle « faire le bien » peut être très différent de ce que l’homme considère comme tel. Là où la vie se trouve, elle se manifeste pratiquement en faisant le bien.

Tant « la vie » que le « jugement » demandent la résurrection. Pour que la vie puisse être vue et goûtée dans sa sphère propre, il faut que le corps soit ressuscité des morts. Pour que l’homme puisse être jugé, il doit lui aussi être ressuscité des morts. La résurrection est une nécessité pour faire connaître la gloire de Christ.

 

8.4   Les différents témoignages à la gloire de Christ — 5:30-47

Ch. 5:30, 31

À partir de ces versets, nous trouvons la présentation par le Seigneur des témoignages variés à la gloire de sa personne — des témoignages qui laissent ceux qui rejettent Christ sans excuse. Certes, il y avait le témoignage du Seigneur à lui-même. Il ne s’agissait pas simplement du témoignage d’un homme qui parlait et agissait selon les pensées de son propre esprit, ou de quelqu’un qui cherchait à imposer sa propre volonté. C’était le témoignage de Celui qui avait pris la place de l’homme parfaitement dépendant. En accord avec cette place, il ne pouvait rien faire de lui-même. Derrière son témoignage, il y avait la vie cachée de communion avec le Père et de dépendance du Père. Aussi peut-il dire : « Je juge selon ce que j’entends, et mon jugement est juste ; car je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé ». Son jugement n’était pas formé par ce qu’il entendait des hommes, ni faussé par la recherche de sa volonté propre. Trop souvent, nos jugements sont défectueux parce que nos esprits sont influencés par les hommes et affectés par l’opération de nos volontés.

Toutefois, malgré sa perfection, son propre témoignage, en lui-même, ne serait pas valide selon la loi qui dit : « Le témoignage de deux hommes est vrai ». Quelqu’un a dit : « Le témoignage d’un homme pourrait être vrai — absolument ; tout aussi vrai en soi que celui de deux. Mais il ne serait pas vrai de la même manière pour d’autres ; il demanderait à être confirmé ». Pour cette raison, malgré la justesse de son jugement et la pureté de ses motifs, il ne demande pas aux hommes de croire simplement en lui sur son propre témoignage. Le Seigneur va nous donner quatre autres témoignages :

Premièrement, le témoignage de Jean le Baptiseur (5: 32-35).

Deuxièmement, le témoignage de ses œuvres (5:36).

Troisièmement, le témoignage du Père lui-même (5:37, 38).

Quatrièmement, le témoignage des Écritures (5:39-47).

 

Ch. 5:32-35

Jean le Baptiseur a rendu témoignage à Christ et à la vérité, et son témoignage était vrai. Le Seigneur n’avait pas besoin du témoignage des hommes, mais, dans sa grâce, pour venir à la rencontre des Juifs, en vue de leur salut, il mentionne le témoignage de Jean. De son vivant, Jean était une « lampe ardente et brillante » au milieu des ténèbres qui ont précédé la venue de Christ ; et les hommes ont voulu se réjouir pour un temps à sa lumière, car ils le tenaient pour un prophète (Luc 20:6).

 

Ch. 5:36

Toutefois, il existait un témoignage plus grand que celui de Jean. Les œuvres que le Père lui avait données à faire — les grands signes de l’évangile selon Jean —, qui étaient l’accomplissement des œuvres du Père (5:17), rendaient témoignage à la gloire de sa personne comme l’Envoyé du Père.

 

Ch. 5:37, 38

De plus, le Père lui-même avait rendu directement témoignage à la gloire de sa personne. Au baptême, la voix venant des cieux avait dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir ». En ce qui concernait les opposants, ce témoignage avait été absolument vain. Bien que le Père ait parlé, ils n’avaient jamais entendu sa voix ; pour eux, lorsqu’il parlait, ce n’était que du tonnerre. Il était évident que sa parole ne demeurait pas dans leurs cœurs, car ils ne croyaient pas Celui qu’il avait envoyé.

 

Ch. 5:39, 40

Enfin, il y a le témoignage des Écritures dont les Juifs se vantaient, estimant avoir en elles la vie et la bénédiction. Ils feraient certes bien de sonder les Écritures, car elles rendent témoignage de Christ. Hélas ! tout en se glorifiant des Écritures, ils ne voulaient pas venir à Celui dont elles parlaient et en qui seul ils auraient trouvé la vie et la bénédiction. Le Seigneur dit non pas : « Vous ne pouvez pas venir », mais « Vous ne voulez pas venir ». Il est vrai que l’homme est mort dans ses fautes et ses péchés et ne peut pas venir ; il est également vrai qu’il vit dans ses péchés et ne veut pas venir.

 

Ch. 5:41, 42

En invitant les hommes à venir à lui, le Seigneur avait pour motif non pas de recevoir de la gloire des hommes, mais que ceux-ci obtiennent la bénédiction de Dieu. Le fait qu’ils ne voulaient pas venir à Christ montrait leur condition et prouvait que l’amour de Dieu ne signifiait rien pour eux ; il n’avait pas place dans leurs cœurs.

 

Ch. 5:43

Le Seigneur était venu au nom de son Père présenter l’amour du cœur du Père. En refusant de recevoir Christ, ils rejetaient un témoignage qui, tout en révélant l’amour du cœur du Père, condamnait totalement la méchanceté et l’égoïsme de leurs propres cœurs. Ce rejet de Christ les exposerait à l’influence terrible de l’Antichrist qui viendra en son propre nom. Il flattera le désir de grandeur, de puissance et de gloire des hommes. Il ne soulèvera aucune question quant à leur état de pécheurs. Il n’exigera aucun changement moral en eux, mais leur demandera seulement de lui donner la puissance et la gloire. Ils recevront cet homme répondant si complètement à leurs propres cœurs.

 

Ch. 5:44

Du fait de leur condition morale si basse, il leur était impossible de croire en Christ et de recevoir la vérité. La recherche de l’honneur et de l’estime des hommes les empêchait de prendre la place d’humilité et de recevoir la bénédiction et l’honneur de Dieu, en reconnaissant leur condition réelle de pécheurs.

 

Ch. 5:45-47

Moïse, en qui ils professaient espérer, était leur accusateur. S’ils avaient vraiment cru Moïse, ils auraient cru Christ, car Moïse a écrit de Christ.

Le Seigneur termine ce discours en rendant un témoignage remarquable à l’importance et à la valeur des écrits de Moïse. Il attache une valeur plus grande à la forme sous laquelle les communications de Moïse sont données qu’à celle de ses propres communications. Les communications de Moïse étaient écrites ; les siennes, orales. Les écrits de Moïse et les paroles du Seigneur avaient une même autorité divine, mais la valeur permanente de ce qui est écrit par inspiration est supérieure aux communications inspirées faites de vive voix.

 

9                    Les voies de la grâce pour répondre aux besoins — Jean 6

Le chapitre 5 présente Christ comme le Fils de Dieu donnant la vie à qui il veut. Le chapitre 6 place devant nous Christ comme le Fils de l’homme donnant la vie à ceux qui le reçoivent, et comme le Soutien de la vie qu’il donne.

La première partie du chapitre (6:1-21) donne le récit de deux incidents qui servent d’illustration au grand thème du discours du Seigneur rapporté dans la seconde partie. Dans la première scène, Christ agit comme Roi, fournissant, dans sa libéralité royale, du pain pour le maintien de la vie naturelle. La seconde scène montre Christ en image comme Sacrificateur en haut, soutenant les siens et nourrissant leur vie spirituelle, tandis qu’ils traversent un monde où tout est contre eux. Dans le discours qui suit, le Seigneur développe de grandes vérités qui comprennent son incarnation (6:32-50), son œuvre (6:51-56), sa résurrection (6:57) et son ascension (6:62). Il est présenté ainsi afin que tous ceux qui croient en lui vivent, et que cette vie nouvelle qu’ils ont soit nourrie, pour la satisfaction de tout besoin spirituel.

 

9.1   Les cinq mille hommes nourris — 6:1-14

Ce nouveau signe est un témoignage à l’intervention de Dieu en faveur de l’homme selon le psaume 132:15 : « Je bénirai abondamment ses vivres, je rassasierai de pain ses pauvres ». Il présente ainsi le grand thème du chapitre : Christ pour la satisfaction du cœur des siens. Au chapitre 4, Christ délivre de la puissance du péché ; au chapitre 5, il délivre de l’esclavage de la loi ; et au chapitre 6, il délivre des besoins.

 

Ch. 6:1-9

Une grande foule se trouve rassemblée sur une montagne déserte et a besoin de nourriture. En ce qui concernait la puissance humaine, il était impossible de répondre à ce besoin. Mais le Seigneur est présent et il y pourvoira ; toutefois, avant de le faire, il se sert de la difficulté afin d’éprouver la foi de ses propres disciples. Ont-ils la foi pour utiliser les ressources du Seigneur lorsque, de leur côté, tout espoir a disparu ? Ainsi le Seigneur dit à Philippe : « D’où achèterons-nous des pains, afin que ceux-ci mangent ? » Puis, il est ajouté : « Il disait cela pour l’éprouver, car lui savait ce qu’il allait faire ».

Pouvons-nous douter qu’il en est aujourd’hui comme il en était alors ? Il est permis que des difficultés, humainement tout à fait insurmontables, surgissent parmi les enfants de Dieu, afin de nous éprouver. Nous professons suivre le Seigneur, confessant que sans lui nous ne pouvons rien faire, mais que sa grâce est suffisante. Notre profession est alors mise à l’épreuve par une difficulté que nous ne pouvons pas surmonter. Toutefois, il nous est dit que « lui savait ce qu’il allait faire » : ces paroles nous garantissent qu’aucune difficulté qu’il ne puisse résoudre ne surgira jamais sur notre chemin individuel ou parmi les enfants de Dieu. Dans les derniers jours, difficiles, les docteurs et les conducteurs peuvent nous faire défaut, mais au jour le plus sombre et en présence de la plus grande difficulté, il y a quelqu’un vers qui nous pouvons nous tourner avec l’assurance qu’il sait ce qu’il va faire.

Trop souvent, le trouble a sa source dans notre lenteur à reconnaître le fait humiliant que nous ne savons pas que faire. Chacun de nous estime savoir et est persuadé que tout irait bien si seulement les autres agissaient selon nos suggestions. Et ainsi, nous ne pensons pas à nous adresser à Celui qui sait. Comme dans le cas des disciples, les difficultés mettent en évidence la pauvreté de notre foi, tout en révélant en même temps la grandeur des ressources dans le Seigneur. Pour répondre à la situation, Philippe ne voit rien d’autre que le pouvoir de l’argent ; il doit toutefois admettre que son plan assurerait seulement « quelque peu » de nourriture à la foule. Quelle différence avec le Seigneur qui, lorsqu’il agit, donne « autant qu’ils en voulaient ».

Tandis que Philippe mentionne la grande quantité qu’il faudrait, André se lamente sur le très peu dont ils disposent. Ni l’un ni l’autre de ces disciples ne pense au Seigneur et aux vastes ressources en lui qui sont à la disposition de la foi.

 

Ch. 6:10-14

Après la manifestation du manque de foi des disciples, le Seigneur lui-même révèle la grâce de son cœur et la puissance de sa main pour répondre à la difficulté. Quelle bénédiction pour eux, comme pour nous, que la défaillance des siens ne retienne pas la main du Seigneur d’agir en leur faveur !

La scène qui suit est certainement un avant-goût de la bénédiction millénaire, présentant l’administration parfaite du Seigneur et sa puissance pour calmer l’agitation du monde et satisfaire sa faim terrible. À sa parole, cinq mille hommes connaissent en un moment un repos parfait. Il parle et aussitôt nous lisons : « Les hommes… s’assirent ». Il en sera ainsi au jour de l’Éternel : « J’ôterai du pays en les brisant, l’arc et l’épée et la guerre ; et je les ferai reposer en sécurité » (Osée 2:18).

De plus, la scène ne manifeste pas seulement la gloire de sa personne, mais révèle la perfection de sa manière d’agir. Nous lisons : « Jésus prit les pains » —les cinq pains d’orge — et « ayant rendu grâces », il nourrit la foule. Il se sert des ressources naturelles de la terre en relation avec le Dieu qui les avait données, reconnaissant que les cieux sont la source réelle de toute bénédiction pour l’homme.

Quand la puissance de Christ met les ressources terrestres, si petites soient-elles, en relation avec les ressources inépuisables des cieux, le très peu de chose va loin. Au jour du prophète, Dieu a pu se servir d’une « veuve » n’ayant rien qu’une « poignée de farine » et « un peu d’huile dans une cruche », pour faire vivre une famille pendant une année entière (1 Rois 17:15, 16). De même, Christ peut employer un petit garçon en possession de cinq pains d’orge et de deux poissons pour nourrir cinq mille hommes.

En outre, le Seigneur « distribue » les ressources vitales avec une telle perfection que tous les besoins sont comblés. Le luxe insolent et l’extrême pauvreté, le gaspillage extravagant et le besoin désespéré n’existeront plus quand le Seigneur aura sa place légitime comme Juge de toute la terre. Les hommes essaient de répartir les richesses du monde en attaquant les riches : ils montrent seulement par là que la puissance humaine est destruction et non pas administration. L’homme peut appauvrir le riche, mais il ne peut pas enrichir le pauvre. Il peut détruire l’ordre présent ; il ne peut pas introduire la bénédiction millénaire.

Lorsque Christ dispense la bénédiction, les hommes reçoivent autant qu’ils en veulent et, même ainsi, quand tous sont rassasiés, il reste un surplus. Maintenant, la demande dépasse les ressources ; alors, la grâce de Dieu répondra pleinement aux besoins de l’homme ; mais ceux-ci n’épuiseront jamais la grâce de Dieu.

 

9.2   Christ sur la montagne et les disciples sur la mer — 6:15-21

Frappés par le miracle de la multiplication des pains pour nourrir les cinq mille, les hommes confessent Christ comme le prophète annoncé par Moïse, qui, tel ce dernier, viendrait de Dieu vers le peuple, pour répondre à leurs besoins et les introduire dans la bénédiction promise (Deut. 18:15-19). Ils sont tout prêts à faire roi Celui qui exerçait une telle puissance ; ainsi il serait leur libérateur des Romains haïs. Le temps de régner n’était pas encore venu ; aussi, refusant d’être fait roi, Christ « se retira… sur la montagne, lui tout seul », pour exercer là son office actuel de Sacrificateur.

Restés seuls, les disciples montent sur un bateau pour traverser la mer agitée par « un grand vent qui soufflait » au milieu de l’obscurité grandissante —une image vraie de ceux qui appartiennent à Christ, laissés dans un monde de ténèbres pendant son absence, en butte à l’opposition du méchant qui, comme la mer, ne peut se reposer. Néanmoins, les disciples sont soutenus par Christ qui vient à eux dans leur terrible détresse.

Cet office sacerdotal de Christ s’exerce maintenant en faveur de l’Église, et il continuera à être exercé à l’égard du résidu pieux des Juifs quand il traversera la grande tribulation. C’est probablement à ces croyants juifs que cette scène se réfère plus particulièrement ; elle complète ainsi l’enseignement donné par le premier incident, en montrant que la bénédiction du royaume ne sera obtenue qu’au travers de la grande tribulation.

Quand le résidu juif sera exposé aux activités terribles de Satan, au temps de l’épreuve, il expérimentera la grâce secourable du Seigneur comme Souverain Sacrificateur selon l’ordre de Melchisédec. Enfin, lorsque la tempête de la persécution atteindra son point culminant, et que la condition des fidèles sera pratiquement désespérée, le Seigneur apparaîtra en leur faveur et manifestera une puissance supérieure à celle de l’ennemi, montrée en image par Jésus marchant sur la mer.

En présence d’une telle manifestation de puissance, les disciples sont « tout disposés à le recevoir dans la nacelle ». Ainsi, nous lisons concernant le jour encore futur : « Ton peuple sera un peuple de franche volonté, au jour de ta puissance » (Ps. 110:3, 4). Lorsque leurs épreuves auront produit l’humiliation, les Juifs recevront avec foi Celui qu’ils ont rejeté par incrédulité au temps de leur orgueil. Quand Christ est reçu dans le bateau, les disciples parviennent « au lieu où ils allaient » : de même Israël parviendra à la bénédiction sous le règne de Christ.

 

9.3   Le discours du Seigneur à Capernaüm — Ch. 6:22-71

Ch. 6:22-25

Les versets d’introduction au discours du Seigneur nous apprennent que le lendemain de la multiplication des pains, la foule qui avait été nourrie traversa la mer et vint à Capernaüm pour chercher Jésus.

 

Ch. 6:26, 27

Le Seigneur commence son discours en dénonçant les motifs qui poussaient la foule à le chercher. Ce n’était pas en raison d’un sentiment de besoin spirituel, ou parce qu’ils avaient vu la gloire de sa personne telle qu’elle avait été manifestée par le miracle, mais parce qu’ils avaient mangé des pains et qu’ils avaient été rassasiés. Si Christ avait répondu aux besoins temporels des hommes sans soulever aucune question morale quant à leur état devant Dieu, ils l’auraient suivi avec bonheur. Hélas ! au milieu des corruptions de la chrétienté, les mêmes motifs gouvernent les hommes qu’au temps du judaïsme corrompu. Il demeure vrai que les hommes cherchent Christ, non pas en raison des signes, mais à cause « des pains et des poissons ». Les hommes veulent bien écouter des sermons et entendre parler de Christ, tant qu’il est présenté uniquement comme Celui qui peut améliorer l’état du monde et répondre à ses besoins temporels. Toutefois, si Christ est placé devant eux comme le signe de l’intervention de Dieu pour la bénédiction éternelle de l’homme, la masse n’éprouve alors aucun intérêt pour lui.

De même aussi, les hommes travailleront pour obtenir ce qui périt par l’usage, mais resteront indifférents à cette nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle. Le Fils de l’homme est venu pour donner la vie éternelle, et remplir l’âme de satisfaction en nous délivrant de notre misère spirituelle (6:35).

En outre, il nous est accordé de voir dans ce discours la gloire du Fils de l’homme, de même qu’au chapitre précédent, sa gloire comme Fils de Dieu a été placée devant nous. Ici, sa gloire caractéristique apparaît dans le grand fait que, comme Fils de l’homme, il est scellé du Saint Esprit par Dieu le Père. Il est ainsi distingué de la race humaine entière comme étant la possession de Dieu, et Celui qui, en tant qu’homme, est l’objet de la pleine approbation du Père et de son plaisir infini.

 

Ch. 6:28

La déclaration du Seigneur avait clairement montré que ces hommes n’avaient aucun sentiment de la gloire de sa personne, ni des besoins de leurs âmes. Maintenant, leurs propres paroles nous indiquent qu’ils n’avaient pas la moindre idée de leur faiblesse totale. Ils demandent avec une grande légèreté : « Que ferons-nous pour faire les œuvres de Dieu ? » Ils partent du principe qu’ils sont tout à fait capables de faire tout ce que Dieu exige, pour autant qu’ils soient instruits quant à ses désirs.

 

Ch. 6:29

Dans quelles profondes ténèbres ne se trouvaient-ils pas ! Ne connaissant ni leur propre impuissance ni la grâce de Dieu, ils considéraient Dieu comme quelqu’un qui exige de l’homme. Ils devaient encore apprendre que la grâce de Dieu ne réclame pas des œuvres pour l’obtention de la bénédiction, mais qu’elle demande seulement que l’homme croie en Celui que Dieu a envoyé. Les œuvres suivraient la foi.

 

Ch. 6:30, 31

Les hommes manifestent aussitôt leur incrédulité en demandant un miracle. Ils comprenaient parfaitement bien qu’un signe était la preuve de l’intervention de Dieu dans les affaires des hommes. Certes, ils avaient vu le Seigneur nourrir les cinq mille hommes, mais ils raisonnent : Qu’est-ce en comparaison de Moïse qui a nourri l’immense multitude d’Israël pendant quarante ans dans le désert ?

Christ lui-même était le signe de l’intervention de Dieu en grâce, et les miracles qu’il faisait attestaient tout à fait clairement qu’une personne divine était présente en grâce dans cet Homme humble. N’ayant aucune connaissance de leurs besoins, ignorant les Écritures et plein de leur propre suffisance, ils ne pouvaient pas voir le signe. Ils attendaient un Christ qui viendrait accompagné de manifestations extérieures en puissance contre leurs ennemis, et d’une manière qui couvrirait Israël d’honneur. Au lieu de cela, Christ était venu dans l’humilité et son humiliation était pour eux une pierre d’achoppement. S’ils avaient été conscients de leurs besoins, ils auraient attendu la rédemption, et ils auraient vu le signe. Il est évident que Celui qui venait pour accomplir la rédemption par son sacrifice ne pouvait avoir aucune part à la gloire et aux honneurs de ce monde. Siméon et Anne attendaient la rédemption en Israël, et ils virent le signe (Luc 2:34, 38).

 

Ch. 6:32, 33

Le Seigneur répond que ce n’était pas Moïse qui leur avait donné le pain qui vient du ciel ; en commun avec le peuple, il n’avait fait que le recevoir. Puis le Seigneur présente trois grandes vérités qui le distinguent, comme homme, de Moïse et de tous les autres humains.

·       Premièrement, la présence du Fils de l’homme était le signe de l’intervention du Père en amour au profit de l’homme. Dieu n’exigeait plus de l’homme en justice sous la loi ; mais le Père donnait à l’homme en amour sous la grâce souveraine.

·       Deuxièmement, le Seigneur présente la grande vérité de son incarnation. Il n’est pas simplement un homme suscité sur la terre, comme dans le cas de Moïse et des autres ; il est Celui « qui descend du ciel ». Il est véritablement une personne divine, pourtant présent comme homme sur la terre, un homme selon un ordre entièrement nouveau : un homme céleste.

·       Troisièmement, il est le pain de Dieu, qui « donne la vie au monde ». Il ne s’agit plus de donner la vie à Israël pendant la traversée du désert ; Christ, le pain de Dieu, est pour tous ceux qui ont besoin de lui.

 

Ch. 6:34

Ne pensant qu’à la vie naturelle, ces hommes disent : « Seigneur, donne-nous toujours ce pain-là ». Sans aucune conscience de leurs besoins spirituels, ils ne discernaient pas sa gloire ni la signification de ses paroles.

 

Ch. 6:35

En réponse à leur demande, le Seigneur se présente comme le véritable pain, et parle de la bénédiction de ceux qui venaient à lui. S’ils voulaient avoir du pain qui satisfasse leurs besoins pour « toujours », qu’ils viennent à lui, le pain de vie. Comme pain de Dieu, il donne la « vie » et la « satisfaction », et cette vie est à la disposition du monde. Ceux qui profitent du don de la vie en venant à lui, découvriront qu’il s’agit d’une vie qui répond aux besoins de l’âme : ils n’auront « jamais faim » et « jamais soif ».

 

Ch. 6:36

Hélas ! l’homme laissé à lui-même rejette Christ quand il est présenté en incarnation, de même que plus tard, il le rejette dans sa mort (6:52) et comme étant élevé (6:66). Le Seigneur doit dire : « Vous m’avez vu, et vous ne croyez pas ».

 

Ch. 6:37

Si donc la bénédiction dépend de la responsabilité de l’homme, tout est perdu ; nul ne sera béni. Mais, comme toujours, quand l’homme est totalement manifesté, Dieu revient aux conseils de son propre cœur. Il ne permettra pas que tous périssent ; il ne permettra pas non plus que la venue du Fils de l’homme ne serve à rien. Il y a ceux que le Père s’est proposé de donner au Fils ; et comme le Seigneur peut le dire : « Tout ce que le Père me donne viendra à moi ». Parce que le Père les donne, le Fils les recevra : « Je ne mettrai point dehors celui qui vient à moi ». Quels que soient leur nationalité ou leur caractère, qu’ils soient Juifs ou Gentils, des femmes déchues ou des brigands endurcis, des pharisiens ou des publicains, si seulement ils viennent à Christ, ils seront reçus, car leur venue est la preuve qu’ils sont le don du Père au Fils.

 

Ch. 6:38-40

En outre, le fait que le Seigneur recevait tout ce que le Père envoyait, prouvait qu’il était là pour faire la volonté du Père. D’une façon très bénie, le Seigneur se présente comme Celui qui est descendu du ciel, non pour faire sa volonté, mais afin d’être le serviteur venu pour accomplir la volonté de Celui qui l’a envoyé. La volonté du Père est confiée à Celui qui est capable de l’accomplir. La volonté d’une personne divine ne peut être exécutée pleinement que par une personne divine ; aussi, dans ces versets, avons-nous le Père et le Fils. Le Père conçoit ses conseils de grâce ; le Fils les met à exécution.

La volonté du Père est présentée sous un double aspect. Premièrement, elle est vue en ce qui concerne le Fils. La volonté du Père est que ceux qui sont donnés au Fils soient gardés sûrement par le Fils, et qu’il les ressuscite tous au dernier jour. Quelle garantie bénie l’accomplissement de la volonté du Père par le Fils ne donne-t-elle pas à tous ceux qui viennent à Christ de leur entière délivrance de toute la puissance du mal et de leur entrée finale dans la pleine bénédiction au dernier jour ! Je ne perds « rien de tout ce qu’il m’a donné ». Ce jour-là, tout ce qui a été connu par la foi sera manifesté. Parce que les enfants de Dieu meurent et tombent dans l’oubli, génération après génération, il pourrait sembler qu’ils sont oubliés de Dieu. Les paroles du Seigneur nous assurent que tel n’est pas le cas. Pas un d’entre eux n’est perdu ni oublié. Ils réapparaîtront au dernier jour. La puissance en résurrection exercée par le Seigneur sera la preuve finale qu’il n’a rien perdu. Le « dernier jour » se rapporte à la fin du temps présent, lorsque Christ viendra pour régner et qu’il ressuscitera ceux que le Père lui a donnés, afin qu’ils aient part avec lui à la joie et la satisfaction célestes du royaume. Alors seront réalisées dans toute leur plénitude les paroles du Seigneur selon lesquelles celui qui vient à lui « n’aura jamais faim » et « jamais soif ».

Deuxièmement, la volonté du Père est présentée en relation avec la responsabilité de l’homme. C’est la volonté du Père que le Fils soit présenté à tous, que quiconque discerne le Fils et croit en lui, ait la vie éternelle — une vie dans la plénitude de laquelle on entrera par la résurrection au dernier jour.

 

Ch. 6:41, 42

Jugeant d’après les apparences et raisonnant selon la nature, les Juifs ne peuvent pas accepter le fait que quelqu’un soit descendu du ciel. Cela demeure la difficulté : l’homme naturel peut comprendre la généalogie de Christ selon la chair, mais il rejette la grande vérité qu’il est une personne divine, venue en chair et, par conséquent, beaucoup plus que le fils de Joseph, sur le plan légal, ou le vrai fils de Marie.

 

Ch. 6:43-45

L’aveuglement et l’incrédulité de l’homme ne font que prouver la nécessité d’une œuvre de grâce pour pouvoir venir à Christ. Tous sont libres de venir, mais, laissé à lui-même, l’homme ne viendra pas. Il n’y a personne qui comprenne, personne qui cherche Dieu. Aussi le Seigneur montre-t-il clairement que les hommes ne peuvent pas être bénis autrement que par la grâce souveraine. « Nul ne peut venir à moi, à moins que le Père qui m’a envoyé ne le tire ».

En outre, c’est par l’enseignement divin que le Père tire quelqu’un, selon les paroles : « Ils seront tous enseignés de Dieu ». Il éclaire l’âme, convainquant du besoin de Christ d’une part, et révélant la gloire de Christ d’autre part. Ainsi l’âme est poussée par le besoin à Christ et tirée à lui par la grâce.

 

Ch. 6:46

Le Seigneur protège la vérité contre toute pensée matérielle. Être enseigné de Dieu n’implique pas que quelqu’un ait vu le Père. L’enseignement est d’un caractère spirituel.

 

Ch. 6:47-50

Le Seigneur se met à résumer la vérité en relation avec son incarnation. Celui qui est tiré par le Père croit en Christ comme descendu du ciel, et a la vie éternelle. La manne dans le désert entretenait la vie naturelle. La vie que Christ donne ne peut pas être atteinte par la mort.

 

Ch. 6:51-55

À partir de ce point de son discours, le Seigneur introduit sa mort. Aussi dit-il : « Le pain… que moi je donnerai, c’est ma chair ». Le Seigneur parle non seulement de manger sa chair, mais aussi de boire son sang. Il doit mourir afin d’assurer sa semence.

Les Juifs avaient déjà murmuré contre lui au sujet de son incarnation ; maintenant ils disputent entre eux concernant sa mort. Chaque nouvelle vérité montre plus évidemment l’incapacité totale de l’esprit naturel de comprendre les choses divines. Ils disent : « Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger ? » Ils rejettent les paroles du Seigneur parce qu’elles ne font pas appel à la raison humaine.

Les vérités divines ne peuvent être reçues que par la grâce opérant par la foi. Aussi le Seigneur ne donne-t-il pas de réponse à leur « Comment ? » mais il affirme la vérité en des termes encore plus forts : « Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’avez pas la vie en vous-mêmes ». Tant l’incarnation que la mort de Christ sont présentées comme les objets et les tests de la foi. Quelqu’un a dit : « Ceux qui reçoivent l’incarnation par la foi reçoivent aussi sa mort avec la même foi ; et ceux-là seuls ont la vie éternelle ». Les hommes peuvent certes professer admirer et imiter la vie parfaite du Seigneur, à la manière humaine, mais ces personnes ne croient pas à son incarnation — qu’il est descendu du ciel ; et elles rejetteront également sa mort expiatoire.

Il n’y a pas de vie pour Dieu en l’homme déchu. Il est vivant dans le péché, mais mort à Dieu. Sa nature mauvaise le sépare de Dieu. Pour le croyant, la mort de Christ met fin au règne du péché. Il s’approprie la mort de Christ comme étant la sienne, et ainsi il est délivré de la puissance du péché et vit à Dieu.

Deux vérités distinctes sont présentées dans les versets 53 et 54. Premièrement, le fait de manger pour la réception de la vie, au verset 53, avec la pensée d’un acte accompli ; secondement, le fait de manger pour le maintien de la vie au verset 54, où l’acte de manger est présenté comme étant continu.

 

Ch. 6:56-58

Dans ces versets, le Seigneur développe la bénédiction de cette vie nouvelle. Premièrement, il s’agit d’une vie dans laquelle le croyant est identifié avec Christ. De celui qui se nourrit de sa mort, le Seigneur peut dire qu’il « demeure en moi et moi en lui ». Le croyant est identifié avec Christ devant Dieu, et la vie de Christ est représentée dans le croyant devant les hommes.

Deuxièmement, c’est une vie qui a Christ pour objet. Le Seigneur peut dire : « Comme le Père qui est vivant m’a envoyé, et que moi, je vis à cause du Père, de même celui qui me mangera, celui-là aussi vivra à cause de moi ». Cela nous transporte au-delà de la mort et implique un Christ vivant en résurrection, objet de la vie du croyant. Le Seigneur a vécu ici-bas une vie dans laquelle il cherchait non pas sa propre volonté ni sa propre gloire, mais la volonté et la gloire de Celui qui l’avait envoyé ; une vie dans laquelle il faisait toujours les choses qui plaisaient au Père (Jean 5:30 ; 7:18 ; 8:29). Il a vécu chaque moment de cette vie de perfection entièrement à cause du Père. De même, le chrétien vivant dans la puissance de cette vie nouvelle vivra pour la gloire et la volonté et le plaisir de Christ.

Troisièmement, cette vie n’est pas touchée par l’ombre de la mort. La vie naturelle, entretenue par des aliments naturels, prend fin par la mort. La mort ne peut pas mettre fin à la vie nourrie par Christ et qui a Christ pour objet.

 

Ch. 6:59-62

Le discours du Seigneur avait manifesté l’incrédulité de la foule (6:36), l’incrédulité des Juifs (6:41, 42, 52), et enfin, l’incrédulité des disciples. Toutefois, s’ils trouvaient difficile de croire en l’incarnation et en la mort de Christ, ils seraient encore bien plus scandalisés de voir Celui qui allait mourir monter dans la gloire ! L’homme naturel, et même la chair dans les disciples, ne peuvent pas s’élever au-dessus de la terre et des bénédictions matérielles. L’homme ne peut pas accepter un Christ descendant du ciel et devenant chair ; un Christ entrant dans la mort blesse son orgueil ; un Christ montant au ciel dépasse totalement sa compréhension. Toutes ces grandes vérités sont liées ensemble ; refusez-en une et toutes sont perdues ; la foi en l’une prépare l’âme à les recevoir toutes.

 

Ch. 6:63

L’incrédulité de la chair prouve seulement que celle-ci ne profite de rien. Il se peut qu’elle soit hautement cultivée, comme dans le cas de Nicodème ou d’un Saul de Tarse, mais même ainsi elle est tout à fait incapable de recevoir les choses de Dieu. C’est l’Esprit qui vivifie, par Christ et ses paroles, lesquelles participent du caractère de l’Esprit. Elles sont spirituelles et là où l’Esprit opère, elles sont vie.

 

Ch. 6:64, 65

Quelques-uns professaient être les disciples de Jésus, mais ils ne croyaient pas. Les hommes pouvaient certes le suivre en foule, à cause des avantages matériels, mais nul ne venait réellement à Christ à moins qu’il ne lui soit donné du Père. Le Père tire (6:44) ; le Fils parle (6:63) ; et l’Esprit vivifie en appliquant ses paroles en puissance à l’âme.

 

Ch. 6:66-71

La chair ayant été exposée dans son incrédulité, plusieurs de ses disciples se retirèrent et ne marchèrent plus avec lui. La foule, les Juifs et les disciples ont tous montré la vérité des paroles du Seigneur : « La chair ne profite de rien ». Il reste un cercle : les douze ; et le Seigneur demande : « Voulez-vous aussi vous en aller ? »

Pierre répond d’une manière très belle : « Seigneur, auprès de qui nous en irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ; et nous, nous croyons et nous savons que toi, tu es le Saint de Dieu ». Le discours du Seigneur a mis en évidence l’incrédulité de la chair, mais il a aussi confirmé la foi de vrais croyants. Si ceux-ci le quittaient, ils pourraient encore trouver une profession religieuse, les aises et l’honneur dans le monde, mais ils abandonnaient pour toujours la vie — la vie éternelle — et toutes les bénédictions célestes et éternelles auxquelles elle doit mener.

Pourtant, malgré tout, l’appartenance aux douze ne constituerait pas un sûr fondement sur lequel bâtir, car dans ce cercle — le plus proche du Seigneur et, par conséquent, le plus privilégié — la méchanceté de la chair atteindrait son point culminant ; l’un d’entre eux était tellement sous la puissance du diable que le Seigneur peut dire de lui qu’il « est un diable ». Le moment venu, sa trahison du Seigneur le manifesterait comme tel.

 

10               Christ glorifié et l’Esprit donné — Jean 7

Le chapitre 5 a présenté le Fils de Dieu donnant la vie à qui il veut. Le chapitre 6 a montré le Fils de l’homme, descendu du ciel, donnant sa vie pour le monde, afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle.

Le chapitre 7 place devant nous le Seigneur Jésus comme rejeté sur la terre et près de prendre sa place en haut, afin de pouvoir, de la gloire, donner le Saint Esprit, pour être son témoin dans les croyants sur la terre, jusqu’au jour de sa manifestation. Ainsi, tandis que les vérités du chapitre 6 sont fondées sur l’incarnation et la mort de Christ, au chapitre 7, elles découlent de son ascension. L’ascension implique nécessairement une rupture complète avec le monde. Aussi, le chapitre s’ouvre-t-il par le refus du Seigneur de prendre part publiquement aux affaires du monde.

 

Ch. 7:1, 2

L’enseignement du chapitre est introduit par la déclaration que la fête des Juifs, celle des Tabernacles, était proche. Il y avait trois grandes fêtes en Israël : la Pâque, la Pentecôte et la fête des Tabernacles. La Pâque, type de la croix, a été accomplie. La fête de la Pentecôte, qui présente en image la descente du Saint Esprit, a également eu son accomplissement. La fête des Tabernacles était la dernière fête de l’année juive : à cette occasion, les fils d’Israël devaient habiter pendant sept jours sous des tentes, se souvenant qu’ils avaient été des pèlerins dans le désert ; mais elle témoignait aussi du fait que les promesses étaient accomplies et que le peuple était établi dans le pays et en sécurité (Lév. 23:33-43). La fête était célébrée après la moisson et la vendange qui, toutes les deux, sont employées dans les Écritures comme images du jugement (Apoc. 14:14-20). Ainsi, la bénédiction terrestre, dont parle la fête des Tabernacles, ne sera atteinte qu’à la suite du jugement d’Israël et des nations. Il est donc évident que la signification typique de cette fête n’a pas encore trouvé son accomplissement.

 

Ch. 7:3-5

L’occasion de la fête des Tabernacles fournit une introduction appropriée aux grandes vérités de ce chapitre. En effet, la mention de la fête soulève la question : « Pourquoi cette fête n’a-t-elle pas encore eu son accomplissement ? » La réponse est claire : Celui qui seul peut apporter la bénédiction présentée en figure par la fête a été rejeté par Israël et par le monde. Dans le cours du chapitre, cette réjection de Christ par toutes les classes devient de plus en plus évidente et déterminée. Ses frères ne croient pas en lui (7:5) ; la foule l’accuse d’avoir un démon (7:20) ; les Juifs s’étonnent à son sujet, et cherchent à mettre la main sur lui (7:15, 25, 30) ; et les chefs de la nation envoient des huissiers pour le prendre (7:32). Au chapitre 6 déjà, nous avons vu que chaque nouveau développement de la vérité avait entraîné une nouvelle diminution de ses disciples. La foule n’avait pas voulu de lui (6:36) ; puis, dans le cercle plus restreint des Juifs, il est rejeté (6:41, 42) ; dans le groupe encore plus petit des disciples, plusieurs d’entre eux ne marchent plus avec lui (6:61-66) ; et même parmi les douze, l’un est démasqué comme étant un diable (6:70, 71). Au chapitre 7, comme nous l’avons vu, ses propres frères selon la chair ne croyaient pas en lui. Logiquement, nous pourrions penser que le fait d’être lié au Seigneur par les liens de la nature devait représenter un grand avantage. Hélas ! ce passage montre que sa propre parenté était aussi incrédule que les autres. S’ils ne croyaient pas, nous savons que la cause de cette incrédulité n’était pas en lui ; les paroles prononcées par le Seigneur lui-même se trouvaient vérifiées : « C’est l’Esprit qui vivifie ; la chair ne profite de rien ».

Ainsi, plus les vérités que le Seigneur révèle sont élevées, plus sa réjection par le monde est grande, moins le nombre de ses disciples est élevé et plus son sentier sera solitaire, jusqu’au moment où, finalement, nous lisons : « Chacun s’en alla dans sa maison », et Jésus s’en va seul à la montagne des Oliviers (7:53 ; 8:1).

Tel fut le cas alors, et il en a toujours été ainsi : plus la vérité est profonde, plus il faut de spiritualité pour l’apprécier ; ceux qui marcheront à sa lumière seront de moins en moins nombreux et le chemin de ceux qui apprécient la vérité deviendra de plus en plus solitaire. L’enseignement de l’Esprit ne laisse pas de place pour la chair ; le chemin de Christ est un sentier étroit.

Pour les frères, selon la chair, de Jésus, si quelqu’un a reçu des pouvoirs extraordinaires, il est tout à fait légitime qu’il s’en serve pour acquérir dans le monde une place qui soit à son propre avantage et pour le profit d’autrui. Derrière leur raisonnement naturel se cachait l’incrédulité de leur cœur. Ils ne croyaient pas en lui.

 

Ch. 7:6-9

La réponse du Seigneur montre que, puisqu’il a été rejeté, le temps de sa manifestation publique au monde ou de sa participation à ses affaires n’était pas venu. Lorsque le Seigneur interviendra publiquement, ce sera en jugement. Si, à ce moment, il avait pris une part publique dans la nation, selon le désir de ses frères, cela aurait signifié le jugement pour le peuple.

Pendant le temps du rejet de Christ, nous devons nous aussi veiller à ne pas utiliser nos facultés naturelles ou nos dons spirituels pour nous glorifier devant les hommes ou dans le monde religieux. Les croyants à Corinthe étaient tombés dans ce piège. Ils se servaient de leurs dons spirituels pour s’élever devant le monde. Paul doit leur dire : « Vous êtes rassasiés… vous êtes riches ; vous avez régné » (1 Cor. 4:8), et il les condamne à cet égard. Le temps n’était pas encore venu pour Christ d’intervenir dans les affaires publiques de ce monde ; soyons donc assurés que ce n’est pas le moment pour ses disciples de le faire. Si nous sommes conscients d’avoir l’approbation du Seigneur, nous ne rechercherons ni ne désirerons celle du monde, religieux, social ou politique.

Mais pour ceux qui sont du monde, leur « temps est toujours prêt ». Si nous aimons le monde et les choses qui sont en lui, le monde nous aimera. Si nous parlons comme étant du monde, et de ce qui le concerne, le monde sera toujours disposé à nous écouter. Un témoignage à sa méchanceté, rendu par quelqu’un qui se tient séparé de lui, attirera sa haine. Tel fut le cas pour le Seigneur, de la manière la plus prononcée et la plus absolue. En outre, c’est Christ que le monde hait ; plus le croyant manifestera Christ, plus la haine du monde sera excitée (Jean 15:18, 19).

 

Ch. 7:10-13

Ayant rendu témoignage à sa rupture avec le monde, le Seigneur monte à la fête, « non pas publiquement, mais comme en secret ». Il ne se rend pas à Jérusalem pour prendre une place publique dans le monde, mais il y monte afin d’attirer des individus hors du monde. Une telle attitude du Seigneur, comme étant dans le monde mais non pas du monde, suscite « une grande rumeur… parmi les foules ». Certains reconnaissent qu’il est pour le moins « homme de bien » ; d’autres le qualifient avec mépris de séducteur.

 

Ch. 7:14-16

Bien que le Seigneur ait refusé de faire usage de sa grande puissance pour gagner l’approbation du monde, et n’ait pas voulu intervenir dans les affaires du monde parce que son temps n’était pas encore venu, il continuait toutefois d’enseigner ; nous lisons : « Jésus monta au temple, et il enseignait ». Dans les versets qui suivent, nous trouvons d’importantes instructions concernant son enseignement, et, en fait, tout enseignement.

Qu’un homme qui n’avait jamais été instruit dans leurs écoles possède une telle connaissance des lettres constituait une cause d’étonnement pour les Juifs. Cela amène le Seigneur à donner un test pour tout vrai enseignement. Quelle est sa source ? Est-elle humaine ou divine ? L’enseignement du Seigneur venait du Père qui l’avait envoyé. Rien ne fait sortir le Seigneur de la position qu’il avait prise comme « l’Envoyé ». S’il monte à la fête, ce n’est pas pour créer l’étonnement par un étalage de savoir, mais afin de rendre témoignage à Celui par qui il avait été envoyé.

 

Ch. 7:17, 18

De plus, le vrai enseignement impose un test à l’auditeur. Si donc la doctrine du Seigneur vient du ciel, une bonne condition d’âme sera requise pour la recevoir. La promptitude à faire la volonté du Père préparera l’âme à reconnaître ce qui est de Dieu. Si nous désirons connaître, nous devons être disposés à faire. Rien ne rend aussi efficacement aveugle à la vérité que l’opération de notre volonté. Combien la vérité nous paraîtrait simple, et notre chemin serait clair, si nous n’avions pas d’autre désir que de faire Sa volonté.

Et puis, le vrai enseignement impose un test à celui qui parle. Cherche-t-il à se glorifier lui-même ou à glorifier Celui qui l’a envoyé ? Chez quelqu’un qui cherche sa propre gloire, même s’il annonce la vérité, le motif n’est pas pur. Celui qui, dans son enseignement, cherche uniquement la gloire de Dieu « est vrai, et il n’y a point d’injustice en lui ».

Ainsi, nous avons un test pour la doctrine (7:16), pour l’auditeur (7:17) et pour celui qui parle (7:18). Dans le cas du Seigneur, la doctrine était parfaite, Celui qui enseignait était parfait ; le défaut se trouvait chez les auditeurs.

 

Ch. 7:19, 20

Les versets qui suivent montrent la terrible condition de la nation, rendue par là incapable de recevoir la vérité. Les Juifs se vantaient de la loi qu’aucun d’entre eux ne gardait. Rien ne démontre mieux leur mépris flagrant de la loi que le fait qu’ils cherchaient à faire mourir Celui au sujet duquel Moïse avait écrit. Ils sont ainsi convaincus qu’ils n’ont pas le moindre désir de faire la volonté de Dieu, d’où leur ignorance de la doctrine du Seigneur. Les Juifs qui étaient montés à Jérusalem pour la fête ne savaient apparemment pas que les chefs cherchaient à faire mourir le Seigneur. Néanmoins, ils accusent d’avoir un démon Celui qui refusait de prendre une position publique et cherchait uniquement la gloire de Dieu.

Tel est le monde. Refuser de participer à ses affaires, ne pas vouloir s’élever soi-même, mais chercher seulement la gloire de Dieu, est aux yeux du monde non seulement contre nature et inhumain, mais diabolique.

 

Ch. 7:21-24

Le Seigneur garde le silence face à cette accusation violente et méchante. Cependant, il reprend ces Juifs pour leur folie et leur hypocrisie. Ils condamnaient le Seigneur pour avoir fait une bonne œuvre en guérissant un homme tout entier un jour de sabbat ; par là, ils se condamnaient eux-mêmes : en effet, ils pratiquaient la circoncision le sabbat. Puis le Seigneur dénonce le fondement de leur faux jugement. Ils avaient jugé sur les apparences et sans direction divine. Un jugement juste ne peut être obtenu qu’en cherchant la volonté de Dieu.

 

Ch. 7:25-27

Les paroles claires du Seigneur suscitent la surprise des hommes de Jérusalem qui savaient que les conducteurs cherchaient à le faire mourir. Serait-ce peut-être que les chefs commençaient à croire qu’il était véritablement « le Christ » ? Quelle que soit la conclusion des chefs, les Juifs disent simplement : « Nous connaissons celui-ci, et nous savons d’où il est ». Ils le considéraient seulement comme un Galiléen de la ville méprisée de Nazareth, tandis que, selon leurs pensées traditionnelles, « lorsque le Christ viendra, personne ne sait d’où il est ».

 

Ch. 7:28, 29

Dans sa réponse, le Seigneur ne s’arrête pas pour dénoncer l’erreur de leurs vues traditionnelles, ni pour leur rappeler qu’il était né de la vierge à Bethlehem, selon les Écritures. De telles vérités, aussi convaincantes soient-elles, n’auraient pas changé leur volonté ni ôté leur incrédulité. Suffisamment de signes avaient été donnés pour prouver qu’il était une personne divine, et qu’il était envoyé par Celui qui est le Véritable. « Et vous ne le connaissez pas », ajoute le Seigneur d’une manière significative. En ceci résidait le secret de toute leur opposition à Christ ; ils ne connaissaient pas Dieu. La poursuite de leur volonté et de leur gloire propres les avait plongés dans les ténèbres, et celles-ci les laissaient dans l’ignorance de Dieu. Tel a toujours été le cas depuis la chute. Même le chrétien passe invariablement à côté de la pensée de Dieu, s’il est occupé à s’élever et à faire sa propre volonté. Le Seigneur, qui a cherché, non pas sa propre volonté, mais uniquement la gloire et la volonté de Celui qui l’a envoyé, peut dire de la manière la plus absolue : « Moi, je le connais, car je viens de lui, et c’est lui qui m’a envoyé ».

 

Ch. 7:30, 31

Les paroles du Seigneur ont un double effet sur les auditeurs. Chez certains, elles manifestent la haine de leur cœur, de sorte qu’ils « cherchaient à le prendre ». D’autres sont amenés à se demander : « Le Christ, quand il sera venu, fera-t-il plus de miracles que celui-ci n’en a fait ? »

 

Ch. 7:32

Entendant ce que la foule disait de Christ, les pharisiens sont convaincus qu’il est nécessaire d’intervenir publiquement contre lui. Aussi envoient-ils des huissiers pour le prendre.

 

Ch. 7:33, 34

Leur activité pour chercher à se débarrasser de Christ était inutile ; en effet, le Seigneur dit : « Je suis encore pour un peu de temps avec vous, et je m’en vais à celui qui m’a envoyé ». Le résultat serait terrible pour la nation ; car, parlant de sa nouvelle place auprès du Père, le Seigneur déclare : « Là où moi je serai, vous, vous ne pouvez venir ». Ceux qui n’ont pas voulu de Christ quand il est venu vers eux sur la terre ne seront jamais avec Christ dans sa nouvelle place auprès du Père au ciel.

 

Ch. 7:35, 36

Ayant rejeté Christ comme descendu du ciel, les Juifs ne veulent naturellement pas croire qu’il retourne au ciel. Par conséquent, ils prétendent qu’il va probablement « aller à la dispersion au milieu des Grecs, et enseigner les Grecs ». Toutefois, la chose est si étrangère à leurs pensées qu’ils admettent ne pas comprendre ses paroles.

 

Ch. 7:37-39

Le Seigneur ne continue pas à s’entretenir davantage avec ces Juifs qui le rejetaient et avaient pleinement manifesté leur ignorance de Dieu. Toutefois, il profite de ce qu’ils ne reconnaissaient pas ses droits pour parler du nouvel ordre de bénédiction qui allait être introduit par son ascension.

La dernière journée de la fête indique des choses nouvelles et célestes. Comme nous le savons par le Lévitique, il s’agissait du huitième jour. Les sept jours de la fête parlent en figure de la bénédiction terrestre complète sous le règne de Christ. Le huitième jour semble faire allusion en image à un ordre de bénédiction placé en dehors de la terre et au-delà du temps. Cette bénédiction nouvelle et céleste serait introduite par la glorification de Jésus et la venue sur la terre du Saint Esprit. Cette nouvelle bénédiction ne peut pas être limitée aux Juifs : elle est ouverte à « quiconque » éprouve le besoin de venir à Christ. Celui qui vient ainsi ne serait pas introduit immédiatement dans les bénédictions millénaires de la terre, mais serait amené dans des bénédictions plus élevées et célestes par le don du Saint Esprit. En outre, il deviendrait une source de bénédiction pour autrui, car le Seigneur dit au sujet du croyant que non seulement ses propres besoins individuels seraient satisfaits, mais que « des fleuves d’eau vive couleront de son ventre » pour en rafraîchir d’autres dans ce monde stérile.

Nous avons là l’enseignement central du chapitre : la glorification de Jésus comme homme dans le ciel ; et le Saint Esprit donné aux croyants sur la terre. Cela signifie que, le Messie étant rejeté, son règne universel et l’accomplissement des promesses terrestres sont remis à un jour encore futur ; dans l’intervalle, le christianisme est introduit.

Ici toutefois, la bénédiction en vue est celle du chrétien individuel. Les paroles du Seigneur donnent une illustration remarquable de ce que peut faire un croyant dans la puissance de l’Esprit. Notre connaissance expérimentale de la bénédiction dépend beaucoup de notre soumission à l’Esprit. Cependant, il est possible au croyant rempli de l’Esprit d’être un canal de bénédiction dans un monde plein de besoins, comme des ruisseaux d’eau sur la terre sèche (És. 44:3).

 

Ch. 7:40-44

Hélas ! ces paroles merveilleuses n’ont apparemment pas touché la conscience des auditeurs, quand bien même elles ont produit une impression qui conduit à des spéculations parmi la foule. Plusieurs disaient : « Celui-ci est véritablement le prophète ». D’autres affirmaient : « Celui-ci est le Christ ». Certains demandaient : « Le Christ vient-il donc de Galilée ? » La spéculation humaine dans les choses divines est toujours en défaut : ainsi, ils en viennent à séparer des vérités que Dieu a unies, et imaginent que le prophète et Christ sont des personnes différentes. De plus, les spéculations vaines sont souvent trompées par les apparences : ainsi, parce que le Seigneur était venu de Galilée, ils en déduisent qu’il n’était pas de la semence de David, et qu’il n’était pas né à Bethléhem.

Une conscience exercée aurait éveillé un sentiment de besoin et amené l’âme à Christ en réponse à son invitation pleine de grâce : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive ». À cette époque, comme si souvent depuis ce jour, même parmi les vrais croyants, les spéculations au sujet de Christ conduisirent à « de la division… à cause de lui ».

De plus, non seulement des spéculations sont suscitées, mais l’hostilité se manifeste : « quelques-uns d’entre eux voulaient le prendre ». Son temps n’était pas encore venu, et « personne ne mit les mains sur lui ». Au début du chapitre, son temps n’était pas encore venu pour une part publique dans le monde ; ici son temps n’était pas encore venu pour être livré entre les mains des hommes et crucifié.

 

Ch. 7:45-53

Dans les derniers versets, nous apprenons qu’un certain travail de conscience s’est produit tant chez les huissiers que chez Nicodème. Pour les huissiers, c’était peut-être seulement la conscience naturelle qui sentait le poids des paroles du Seigneur, si différentes de celles de leurs propres docteurs. Leur témoignage à la puissance des paroles du Seigneur leur vaut une riposte méprisante. Quant à Nicodème, bien qu’il ne confesse pas Christ à ce moment-là, il se risque à prononcer une parole en faveur de la loi et de l’ordre. La loi interdisait de condamner un homme avant que des preuves soient produites concernant ce qu’il avait dit et fait. Tout de suite Nicodème s’attire la réponse sarcastique qu’il est lui aussi un de ceux qui ont suivi Jésus depuis la Galilée. Cela sous-entend qu’il n’y a nul besoin de l’entendre ou de s’enquérir de ce qu’il a fait. Il venait de Galilée, et c’est considéré comme suffisant pour écarter toute prétention à être le prophète, car, disent-ils, « un prophète n’est pas suscité de Galilée ». Les faibles protestations des hommes ne servent à rien contre la marée montante de l’inimitié, bien que l’homme ne puisse rien faire avant que Son temps soit venu. Aussi lisons-nous : « Chacun s’en alla dans sa maison », laissant le Seigneur poursuivre son chemin solitaire — « Jésus s’en alla à la montagne des Oliviers ».

 

11               Le rejet des paroles de Christ — Jean 8

Les chapitres 6 et 7 ont présenté les grandes vérités de l’incarnation et de la mort du Seigneur, de son ascension et de sa gloire. En relation avec ces vérités, nous apprenons que le temps de sa manifestation publique comme Messie n’était pas encore venu. Dans l’intervalle, pendant que Christ est absent dans la gloire, le Saint Esprit est donné et vient habiter dans les croyants, afin qu’ils soient une source de bénédiction dans un monde stérile, privé de la présence de Christ.

Dans les chapitres qui suivent, Christ est présenté comme la lumière du monde (8:12 ; 9:5). La lumière était exprimée dans ses paroles et dans ses œuvres. Hélas ! la lumière est refusée en ce que la nation rejette entièrement tant les paroles que les œuvres de Christ. Dans ses dernières instructions de la chambre haute, le Seigneur déclare clairement à ses disciples que ses paroles et ses œuvres sont les deux témoignages à la gloire de sa personne qui, s’ils sont rejetés, laissent le monde sans excuse. Il dit : « Si je n’étais pas venu, et que je ne leur eusse pas parlé, ils n’auraient pas eu de péché » ; et il ajoute, « Si je n’avais pas fait parmi eux les œuvres qu’aucun autre n’a faites, ils n’auraient pas eu de péché » (Jean 15:22, 24). Rejeter ses paroles et ses œuvres ne signifie pas seulement refuser les vérités qu’il enseignait, mais c’est le rejeter lui-même, car les paroles et les œuvres proclament sa gloire comme personne divine et son origine en tant qu’envoyé du Père. Au chapitre 8, ses paroles sont rejetées ; au chapitre 9, ses œuvres.

Le caractère divin de Jésus comme la lumière du monde, démontré par ses paroles, constitue le grand thème du chapitre 8 ; et le caractère diabolique des Juifs est manifesté par la manière dont ils reculent devant la lumière, rejettent les paroles du Seigneur et prennent des pierres pour le lapider.

 

Ch. 8:1, 2

Après le magnifique témoignage du chapitre 7, chacun — quelle que soit son attitude envers Christ — s’en alla dans sa maison. Laissé seul, Jésus se retire à la montagne des Oliviers. De là, au point du jour, il revient au temple. Le peuple se rassemble autour de lui et il s’assied au milieu de ces gens pour les enseigner. Le temps n’était pas encore venu pour Christ de s’asseoir sur son trône comme juge.

 

Ch. 8:3-6

L’histoire de la femme surprise en adultère suit immédiatement. Dans l’évangile selon Jean, chapitre après chapitre, l’Esprit de Dieu utilise un incident pour introduire une nouvelle vérité. Ainsi, dans ce passage, l’histoire de la femme et ses accusateurs, qui illustre l’effet de la lumière sur tous les hommes, sert d’introduction à la grande vérité que Christ est la lumière du monde. Les scribes et les pharisiens amènent une pauvre pécheresse au Seigneur et la placent « devant lui ». Ils exposent au Seigneur ce que Moïse a commandé à l’égard de telles femmes, mais demandent : « Toi… que dis-tu ? » Nous apprenons ensuite le vrai motif de leur action et de leurs paroles : « Ils disaient cela pour l’éprouver, afin qu’ils eussent de quoi l’accuser ».

Ils se déclarent choqués par un péché aussi flagrant, et se montrent très désireux de faire ce qui est juste selon Moïse. En même temps, ils prétendent accorder un grand poids aux paroles du Seigneur, puisqu’ils demandent : « Que dis-tu ? »

En réalité, ils n’agissaient ni par haine du péché, ni par amour pour le pécheur. Ils éprouvaient très peu de respect pour Moïse et encore moins de considération pour les paroles du Seigneur. Leur motif réel était de trouver un sujet d’accusation contre le Seigneur. Dans ce mauvais état d’esprit, ils lui amènent cette femme coupable, la dénoncent d’une manière honteuse devant « tout le peuple » (8:2), et invitent le Seigneur à juger la coupable.

Rien ne saurait surpasser la méchanceté de ces hommes qui espéraient impliquer le Seigneur dans un dilemme sans issue. Ils s’imaginaient qu’il devrait porter atteinte soit à l’autorité de la loi qui condamne le pécheur, soit à son propre caractère comme le Sauveur venu pour manifester la grâce au pécheur. S’il refusait de condamner la femme, ne rejetait-il pas l’autorité de Moïse et ne se mettait-il pas en opposition avec la loi ? S’il la condamnait, ne reniait-il pas sa grâce comme Sauveur et ne mettait-il pas la loi en opposition avec lui ? Dans les deux cas, ils espéraient trouver un motif pour condamner le Seigneur.

Ces hommes religieux se tiennent devant le Seigneur comme les instruments de l’inimitié de Satan contre Christ. N’éprouvant aucune horreur du péché et aucun amour pour la sainte loi de Dieu, ils sont tout prêts à se servir du péché de la femme, et de la loi de Dieu, dans leur effort pour condamner Christ.

Le Seigneur ne répond pas directement à la question de ces hommes méchants. Il se baisse et écrit sur la terre comme si elle le laissait indifférent. Il leur accorde ainsi du temps afin qu’ils pèsent leur question et leurs motifs. Insensibles à ce délai qui aurait dû leur servir d’avertissement (si telle est bien la signification de l’action du Seigneur), ils continuent à l’interroger ; alors, refusant d’être le juge et gardant la place de Celui qui enseigne (8:2), le Seigneur agit comme la lumière du monde, par laquelle l’homme est mis à nu et Dieu révélé.

 

Ch. 8:7-9

Premièrement, le Seigneur maintient l’autorité de la loi, à laquelle ces hommes avaient fait appel. Que la loi soit appliquée ; seulement que ceux qui l’exécutent veillent à ne pas être eux-mêmes condamnés par elle. « Que celui de vous qui est sans péché, jette le premier la pierre contre elle ». De nouveau le Seigneur se baisse et écrit sur la terre. Une telle action indique peut-être qu’il voulait consigner par écrit ses paroles, afin que ceux qui l’entendent aient le témoignage aussi bien de la parole écrite que de la parole orale.

Deuxièmement, nous voyons l’effet de la parole de Dieu sur ces opposants à Christ. Ils sont totalement démasqués et condamnés comme pécheurs. Ils auraient certes pu faire valoir la loi à l’égard du péché particulier de la femme ; mais, en présence de Christ — la lumière — ils découvrent que la loi est une épée qui coupe ceux qui s’en servent. La loi même par laquelle ils cherchaient à condamner la femme les condamne. Elle prouve que tous sont pécheurs, et par elle toute bouche est fermée. Ainsi les paroles du Seigneur atteignent chaque conscience, convainquent chacun de péché, et ferment toutes les bouches.

Hélas ! dans ce cas, bien que la conscience soit atteinte, la volonté reste inchangée ; en conséquence, ils « sortirent un à un, en commençant depuis les plus anciens jusqu’aux derniers ». Celui qui avait le plus de péchés à son compte sort le premier ; les autres suivent. Ils ne peuvent pas supporter la lumière qui découvre leur péché ; ils ne veulent pas de la grâce qui pouvait y répondre. Ils quittent la lumière de sa présence pour marcher dans les ténèbres du monde.

 

Ch. 8:10, 11

Troisièmement, pécheresse réduite au silence et convaincue, la femme est laissée seule en présence du Sauveur, qui refuse de la condamner. L’histoire ne dit pas si elle s’est emparée, par la foi, de la grâce qui était en Christ. Nous savons seulement qu’elle se trouve dans la présence de Celui qui est venu, non pas pour condamner le monde, mais afin que le monde soit sauvé par lui.

 

Ch. 8:12

Ceux qui s’opposaient activement à Christ ayant quitté le temple, le Seigneur continue à enseigner le peuple. L’incident en relation avec la femme devient l’occasion de manifester le Seigneur comme la lumière qui découvre tous ceux qui viennent dans sa présence. Le Seigneur déclare maintenant formellement qu’il est la lumière du monde. La présence de Christ au milieu des ténèbres du monde signifiait que l’homme était complètement mis à nu, et Dieu pleinement révélé.

Comme ceux qui viennent de quitter la présence du Seigneur, la plupart des hommes trouvent la lumière intolérable et préfèrent se cacher à l’abri des ténèbres, parce que leurs œuvres sont mauvaises. Toutefois, le Seigneur peut dire : « Celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie ». La vie parfaite du Seigneur était en elle-même la lumière qui faisait connaître le Père (Jean 1:14, 18). Mais ses paroles indiquaient encore que celui qui suivait en pratique le Seigneur, posséderait en lui-même la vie, avec la lumière dans son âme, celle-ci étant le résultat de la vie. Rejeter Christ signifiait rester dans les ténèbres ; suivre Christ, c’était avoir la lumière de la vie.

 

Ch. 8:13, 14

Le Seigneur a présenté la grande doctrine qui a été illustrée par le cas de la femme. Dans la gloire de sa personne, il est la lumière du monde. Immédiatement, les pharisiens contestent son titre. Plongés dans les ténèbres quant à la gloire de sa personne en tant que Fils, et le considérant seulement comme un homme, ils concluent, selon les critères humains, que son témoignage n’est pas vrai, parce qu’il rend témoignage de lui-même. Comme l’a dit quelqu’un : « Ils se trouvent dans la lumière du jour et demandent une preuve formelle que le soleil est levé ». Parlant dans la conscience de sa propre gloire comme personne divine, le Seigneur répond : « Quoique moi je rende témoignage de moi-même, mon témoignage est vrai, car je sais d’où je suis venu et où je vais ; mais vous, vous ne savez pas d’où je viens et où je vais ». Il parle en connaissance de la gloire de sa personne ; ils parlent selon leur ignorance de Dieu et de Celui qu’il a envoyé.

 

Ch. 8:15, 16

Dans l’ignorance et la confiance en soi de la chair, ils prétendent juger, comme dans le cas de la femme ; le Seigneur, dans la gloire de sa personne, révélant le Père en grâce, refuse de juger. Pourtant, il en avait certes la compétence, car il n’agissait pas seul, mais comme Celui qui avait toujours la pensée du Père par qui il avait été envoyé.

 

Ch. 8:17, 18

Ils admettaient, selon leur loi, que le témoignage de deux hommes est vrai. Par conséquent, son témoignage était valable, car il était appuyé par le Père, qui l’avait envoyé et qui rendait aussi témoignage de lui dans les paroles et les œuvres du Seigneur.

 

Ch. 8:19, 20

Les pharisiens révèlent les ténèbres de leur âme en demandant : « Où est ton père ? » S’ils avaient connu le Seigneur, ils auraient connu le Père. Hélas ! ils n’ont connu ni le Fils ni le Père. La lumière a manifesté les ténèbres totales de l’homme ; une manifestation qui produisit une telle hostilité qu’ils auraient voulu mettre les mains sur lui ; mais son heure n’était pas encore venue.

 

Ch. 8:21, 22

Dans ce second discours, le Seigneur prononce le jugement de ses adversaires. Ils avaient refusé la lumière et choisi les ténèbres ; maintenant la lumière serait retirée. Lui s’en allait et eux resteraient pour mourir dans leur péché, d’où l’impossibilité pour ces hommes de venir où il allait. Ne croyant pas à son ascension, les Juifs peuvent seulement conclure que le Seigneur allait se tuer ; selon leur raisonnement, en effet, il semble que seul quelqu’un qui est sur le point de s’ôter la vie peut mettre d’une manière déterminée une limite à celle-ci et déclarer qu’il s’en va.

 

Ch. 8:23, 24

Le Seigneur répond en établissant un contraste solennel entre lui-même, la lumière du monde, et ceux qui ont refusé la lumière. En rejetant Christ, ils ont prouvé qu’ils étaient moralement d’en bas, sous la puissance de Satan. Jésus était moralement du ciel ; ils étaient du monde dans son éloignement de Dieu et les ténèbres. Il était dans le monde, comme la lumière, mais non pas du monde moralement. Être sous la puissance de Satan et du monde signifie vivre dans les péchés. Refuser, comme ils le faisaient, de croire en Christ, c’était mourir dans leurs péchés.

 

Ch. 8:25, 26

Le Seigneur a revendiqué être la lumière du monde, envoyé par le Père, Celui qui est d’en haut et non pas du monde. Qui donc est cette personne remarquable ? « Qui es-tu ? » demandent les Juifs. Dans sa réponse, le Seigneur présente ses paroles comme rendant témoignage de lui, car elles sont l’expression parfaite de lui-même. Il peut déclarer : « Absolument ce qu’aussi je vous dis ». Les hommes utilisent souvent des paroles pour cacher la vérité les concernant. Qui d’autre que Christ pourrait dire que ses paroles étaient absolument l’expression de lui-même ? Non seulement il fait ce qu’il dit, mais il est ce qu’il dit.

En outre, ses paroles n’expriment pas seulement la vérité à son sujet : elles découvrent également le caractère véritable des hommes. Aussi le Seigneur peut-il ajouter : « J’ai beaucoup de choses à dire de vous et à juger ». Ses paroles étaient encore l’expression de la pensée du Père, car il disait au monde les choses qu’il avait entendues de son Père. Ses paroles sont l’expression de lui-même, elles dénoncent le monde et révèlent le Père.

 

Ch. 8:27-29

Aveuglés par les ténèbres de leurs esprits, ces hommes ne comprirent pas qu’il leur parlait du Père. Plus tard, quand ils auraient crucifié le Fils de l’homme, quand tous les résultats solennels de son rejet, annoncés à l’avance par les paroles du Seigneur, se réaliseraient, ils « connaîtraient » qu’il est le Fils, tout en refusant de croire en lui, et qu’il avait parlé selon que le Père l’avait enseigné, et que ses actes étaient en parfait accord avec ses paroles. Il exprimait les paroles du Père et faisait toujours les choses qui plaisaient au Père.

 

Ch. 8:30-32

Bien que la masse des Juifs rejette complètement la lumière, certains furent convaincus par les paroles du Seigneur. Ainsi nous lisons : « Comme il disait ces choses, plusieurs crurent en lui ». Aussitôt, le Seigneur explique à ces Juifs qui ont cru, que le fait de persévérer dans sa parole est le test révélant ceux qui sont vraiment ses disciples. En demeurant soumis à sa parole, nous manifesterons la réalité de notre position de disciples et nous connaîtrons la vérité, et la vérité affranchit de l’esclavage du péché.

 

Ch. 8:33

Si les versets précédents montrent l’effet des paroles de Christ sur ceux qui croient, le passage qui suit expose la condition de ceux en qui ses paroles ne trouvent pas de place. Rejetant ses paroles, les Juifs sont indignés par ce qu’elles laissent entendre : ils sont dans la servitude. Ils prétendent à une position privilégiée en tant que postérité d’Abraham et déclarent qu’ils n’ont jamais été dans la servitude de personne, oubliant qu’ils étaient à ce moment asservis aux Romains.

 

Ch. 8:34-36

Dans sa réponse, le Seigneur passe par-dessus l’histoire de leurs relations avec l’homme et révèle leur état devant Dieu. Par leurs péchés, ils prouvaient qu’ils étaient les esclaves du principe mauvais du péché. Comme esclaves, ils ne pouvaient pas demeurer pour toujours dans la maison de Dieu, figure ici de la place privilégiée qu’ils venaient de s’attribuer. L’esclave peut être renvoyé ; le fils y demeure pour toujours. Le Fils, qu’ils rejetaient, pouvait réellement les affranchir.

 

Ch. 8:37

Extérieurement, ils étaient les enfants d’Abraham ; en réalité, ils manifestaient une hostilité jusqu’à la mort contre le Fils parce que sa parole n’avait pas d’entrée dans leurs cœurs, elle n’y pénétrait pas.

 

Ch. 8:38-41

Le Seigneur établit alors un contraste formel entre lui-même et ceux qui rejettent sa parole. Il était le Fils qui révélait le Père, parce qu’il parlait de ce qu’il avait vu dans son existence éternelle auprès du Père. Malgré leur protestation qu’ils n’avaient pas d’autre père qu’Abraham, ils prouvaient leur vraie origine par leurs œuvres, comme tous les hommes en fait. D’un côté, ils cherchaient à faire mourir le Seigneur ; de l’autre, ils s’opposaient à la vérité. Telles sont les deux grandes caractéristiques de Satan : le meurtre et l’absence de vérité, et la preuve que les Juifs, tout en étant enfants d’Abraham selon la chair, étaient moralement les enfants du diable.

 

Ch. 8:41

Leur seule réponse consiste en une prétention encore plus élevée. Non seulement ils sont les enfants d’Abraham, mais un seul est leur père, Dieu.

 

Ch. 8:42-44

Le Seigneur réfute une telle déclaration en leur montrant qu’ils n’avaient aucun des traits des enfants de Dieu, mais qu’ils manifestaient les deux grands caractères des enfants du diable. S’ils avaient été les enfants de Dieu, ils auraient été caractérisés par l’amour pour Christ et la réception de la vérité qu’il était venu annoncer. Totalement étrangers à la pensée du Seigneur, ils ne pouvaient pas comprendre le langage dans lequel elle était transmise. Non seulement ils ignoraient la pensée du Seigneur, mais ils manifestaient les deux caractères dominants des enfants du diable : le meurtre et le mensonge.

 

Ch. 8:45-47

Ils refusent de croire le Seigneur qui leur avait dit la vérité. Si lui ne mentait pas, mais disait la vérité, et si eux ne pouvaient pas le convaincre d’erreur, pourquoi ne croyaient-ils pas en lui ? Il ne peut y avoir qu’une seule réponse : celui qui refuse de croire en Jésus n’est pas de Dieu, car celui qui est de Dieu entend Ses paroles.

 

Ch. 8:48

En réponse à l’affirmation du Seigneur qu’ils n’étaient pas les vrais enfants d’Abraham (8:39), ils répliquent que lui n’est pas un véritable Juif, mais qu’il est un Samaritain. En réponse à la déclaration qu’ils étaient les enfants du diable (8:44), ils disent à Jésus qu’il a un démon.

 

Ch. 8:49, 50

Le Seigneur rejette l’accusation et les avertit qu’ils jetaient du déshonneur sur Celui qui honorait le Père et ne cherchait pas sa propre gloire. En outre, qu’ils prennent garde, car il y en a un — le Père — qui défendra l’honneur du Fils et qui jugera tout ce qui le déshonore.

 

Ch. 8:51

Puis, se tournant apparemment vers ceux qui avaient cru, le Seigneur les encourage en disant : « Si quelqu’un garde ma parole, il ne verra point la mort, à jamais ». Un tel serait délivré non seulement de l’esclavage du péché, mais aussi de la mort, les gages du péché.

 

Ch. 8:52, 53

Dans leur incrédulité, les Juifs s’emparent immédiatement des paroles du Seigneur comme étant une preuve concluante qu’il avait un démon. Ils raisonnent : Si l’homme qui garde les paroles de Christ ne voit pas la mort à jamais, comment se fait-il qu’Abraham et les prophètes soient morts ? Est-ce que le Seigneur prétend être plus grand qu’Abraham ? Qui se fait-il lui-même ?

 

Ch. 8:54-56

Le Seigneur rejette l’insinuation qu’il cherche à se glorifier lui-même ; c’est le Père qui glorifie le Fils. Ils prétendent que le Père est leur Dieu, mais donnent un démenti à leur profession en refusant d’écouter ou de garder « sa parole ».

Puis, contraint par leur incrédulité de faire connaître sa gloire, le Seigneur affirme qu’il est effectivement infiniment plus grand qu’Abraham. Abraham a tressailli de joie de ce qu’il verrait Son jour, et il s’est réjoui.

 

Ch. 8:57

Avec mépris, les Juifs font valoir que Christ n’a pas encore cinquante ans, et qu’il prétend pourtant avoir vu Abraham.

 

Ch. 8:58

La réponse du Seigneur manifeste pleinement sa gloire comme personne divine. Avant qu’Abraham fût, il a toujours existé comme Dieu —le JE SUIS.

 

Ch. 8:59

Comprenant parfaitement et justement que les paroles du Seigneur étaient une affirmation de sa divinité, les Juifs rejettent ses paroles et prennent des pierres pour le lapider. Avec calme et dignité, Jésus « sortit du temple », passant au travers d’eux ; et ainsi il s’en alla. Assurément, une preuve de la vérité de ce qu’il avait déclaré, car qui d’autre qu’une personne divine pouvait agir de la sorte ?

 

12               Le rejet des œuvres de Christ — Jean 9

Le chapitre 8 a placé devant nous le témoignage des paroles du Seigneur. Il disait au monde les choses qu’il avait entendues du Père (8:25-28). Le chapitre 9 présente le témoignage de ses œuvres : de même qu’auparavant il avait dit les paroles du Père, il déclare maintenant : « Il me faut faire les œuvres de celui qui m’a envoyé » (9:4). Non seulement le Seigneur apporte la lumière dans le monde, révélant le cœur de Dieu, mais il agit aussi en grâce afin d’ouvrir les yeux aveugles et leur permettre de discerner la vérité. Ainsi l’aveugle ne recouvre pas seulement la vue naturelle, mais il reçoit une vision spirituelle afin de voir la gloire du Fils en tant qu’envoyé par le Père.

De plus, le chapitre montre la manière selon laquelle le Seigneur délivrait ses brebis de la bergerie juive afin de les introduire dans le salut et la liberté du christianisme. Enfin, nous voyons dans ce passage que le système judaïque est mis de côté comme étant plongé dans la cécité spirituelle.

Le grand thème du chapitre 9 est donc l’œuvre du Seigneur par laquelle il ouvre les yeux aveugles afin qu’ils voient la gloire de sa personne. Il fait ainsi sortir les âmes des ténèbres du judaïsme, afin de les préparer pour la position chrétienne, qui est présentée, au chapitre suivant, dans le seul Berger et le seul troupeau.

Dans le chapitre précédent, les Juifs religieux avaient entièrement rejeté les paroles de Christ. Ils l’avaient accusé d’avoir un démon et avaient pris des pierres pour les jeter contre lui. En conséquence, il sort de leur temple, passant au travers d’eux, et s’en va. Au chapitre 9, nous voyons que lorsqu’il se sépare de la nation en jugement, il appelle en grâce ses propres brebis.

 

Ch. 9:1

Ainsi, au moment où Jésus quitte la nation, il bénit un pauvre homme, le conduisant de la cécité à la foi et de la mendicité à l’adoration. Comme toujours dans cet évangile, la souveraineté de la grâce est mise en évidence. Dans l’évangile selon Luc, la femme vient à Christ dans la maison de Simon ; dans celui qui nous occupe, le Seigneur s’approche de la femme auprès de la fontaine. En Luc, le paralytique est amené à Christ ; en Jean, le Seigneur se rend auprès de l’infirme au réservoir. De même, l’aveugle de Luc crie au Seigneur ; ici, le Seigneur vient au-devant de l’homme aveugle. Par l’évangile selon Luc, nous apprenons que tous les pécheurs dans le besoin sont invités à venir à Christ. Jean nous présente une vérité encore plus élevée, à savoir que Dieu s’est approché des pécheurs dans la personne de son Fils, pour nous dire qu’il nous aime.

 

Ch. 9:2, 3

Avec leurs préjugés de Juifs, les disciples pensaient que la cécité devait avoir été infligée par anticipation pour un péché prévu par Dieu ou comme résultat du péché des parents de cet homme. Dans sa réponse, le Seigneur montre que Dieu peut se servir de l’affliction pour manifester ses œuvres. Une maladie à vie ne résulte pas nécessairement d’un péché spécifique ; elle peut être permise pour révéler la grâce de Dieu.

 

Ch. 9:4, 5

Si l’état de l’homme fournissait une occasion de manifester les œuvres de Dieu, le Seigneur était là pour les « faire ». C’était le jour de sa présence dans le monde en grâce active ; la nuit de son absence venait en laquelle personne ne peut travailler. Tant que Christ se trouvait dans le monde, il était la lumière du monde, et pendant sa vie ici-bas, il fallait qu’il travaille, car l’amour ne pouvait pas se reposer là où il trouvait la peine ; la lumière ne pouvait pas se reposer en présence du péché. Quand Christ sera parti, et jusqu’à son retour, tout sera terminé pour le monde. Certes, en conséquence de sa mort et de son ascension, un témoignage est rendu au monde, et la grâce de Dieu est proclamée. Toutefois, ce témoignage appelle un peuple hors du monde pour une bénédiction céleste ; en aucun cas, il ne soulage le monde de ses peines. Cet aspect-là de son travail caractérisera le Millénium ; « personne ne peut travailler » pendant la nuit du rejet de Christ.

 

Ch. 9:6, 7

Après avoir expliqué le vrai caractère du moment, ainsi que sa position et son œuvre dans le monde, le Seigneur va ouvrir les yeux de l’aveugle. Il le fait d’une manière qui met en évidence la gloire de sa personne. Le crachat parle de l’efficacité venant de lui-même ; la terre présente en image l’humanité qu’il a prise. Recouvrir les yeux de l’aveugle avec la boue (la terre et le crachat) devait naturellement empêcher la vue. Ainsi, l’homme déchu s’est servi de l’humanité que le Seigneur avait revêtue pour nier sa divinité comme Fils de Dieu. L’humble grâce de son humanité était une pierre d’achoppement pour ces Juifs. La foi qui discernait en cet homme abaissé l’envoyé du Père surmontait une telle difficulté. Dès le moment où cette vérité est rattachée à sa personne, tout est clair. Aussi le Seigneur dit-il à l’homme : « Va, et lave-toi au réservoir de Siloé (ce qui est interprété Envoyé) ». Croyant les paroles du Seigneur, celui-ci s’en alla, se lava, « et revint voyant ». L’homme recouvra en effet la vue naturelle, mais d’une manière qui révèle l’œuvre du Seigneur comme le Fils envoyé par le Père afin de donner la vue spirituelle. Pécheurs misérables, quand nous discernons par la foi que cet homme humble et béni est une personne divine envoyée par le Père pour sauver et bénir un être perdu, tout se clarifie. Les yeux s’ouvrent et nous voyons la grâce qui est venue à nous pour répondre à nos besoins (Gal. 4:4).

Les versets qui suivent présentent le résultat de la confession de Christ comme l’envoyé de Dieu d’une part et, d’autre part, la conséquence solennelle du rejet de ses œuvres. L’homme dont les yeux ont été ouverts confesse hardiment Christ, avec un double résultat : plus il confesse la vérité qu’il connaît, plus il croît dans la connaissance de Christ ; et plus il vit selon la lumière qu’il a acquise, moins il est toléré dans le monde religieux. Tandis que l’homme progresse toujours plus dans la lumière, ceux qui rejettent Christ s’enfoncent dans des ténèbres de plus en plus profondes.

Il y a ainsi conflit entre la lumière et les ténèbres. Plus le témoignage de l’homme à Christ est clair, plus forte est l’opposition qu’il doit rencontrer de la part de ceux à qui la lumière est insupportable. Si l’homme dont les yeux ont été ouverts parle de Celui par qui il a reçu la bénédiction, il est contré par le monde sous toutes ses formes — que ce soit le cercle social, religieux ou de sa maison.

 

Ch. 9:8-12

Il a d’abord affaire au monde social — les voisins. Ils voient le changement en l’homme et demandent comment il s’est produit. La réponse est simple et très belle : « Un homme, appelé Jésus » lui a ouvert les yeux. Cette confession lui vaut de ne plus être désiré dans le cercle social. Les voisins l’amènent aux pharisiens, comme une personne mieux adaptée au cercle religieux.

 

Ch. 9:13-17

Ne pouvant pas nier le fait que les yeux de l’homme ont été ouverts par Jésus, les pharisiens religieux soulèvent des objections parce que le miracle a été opéré un jour de sabbat. La guérison de l’aveugle constituait une preuve évidente que Jésus était de Dieu ; sans aucun sentiment de leur propre misère et jugeant de Christ d’après leurs préjugés religieux, les pharisiens raisonnent, estimant que Jésus ne peut pas être de Dieu, parce qu’il « ne garde pas le sabbat ». Certains se risquent pourtant à élever une faible protestation ; ils demandent à juste titre : « Comment un homme pécheur peut-il faire de tels miracles ? » Ayant déjà confessé que Christ est « un homme, appelé Jésus », l’aveugle guéri, au bénéfice d’une plus grande lumière et avec plus de hardiesse, affirme maintenant qu’il est un prophète, Celui qui vient de Dieu avec la pensée de Dieu et la puissance de Dieu.

 

Ch. 9:18-23

Non convaincus et incrédules, les Juifs se tournent alors vers les parents, espérant apprendre d’eux quelque chose qui leur permette d’éluder la vérité. Tout le monde est déterminé à rejeter Christ, mais personne ne peut nier le fait que les yeux de l’homme ont été ouverts. Ainsi, chacun des cercles pose la question : Comment l’homme a-t-il recouvré la vue ? (9:10, 15, 19, 26). Ils cherchent tous à expliquer la guérison de l’homme par quelque intervention autre que l’opération de Christ.

Les parents doivent témoigner que l’homme est leur fils, qu’il est né aveugle et que maintenant il voit. Ils refusent de donner leur opinion sur la manière dont il a recouvré la vue. Ils déclinent toute responsabilité quant à leur fils ; il a de l’âge. Ils n’ont pas l’intention de compromettre leur réputation religieuse dans la synagogue en étant identifiés avec un homme qui confesse Jésus, même s’il s’agit de leur fils.

 

Ch. 9:24-29

N’ayant obtenu aucune aide des parents, les Juifs se tournent pour la seconde fois vers l’homme. Ils ne peuvent pas nier le miracle ; ils ne veulent pas reconnaître Jésus. Par conséquent, ils se replient sur leur autorité religieuse et demandent à l’homme de « donner gloire à Dieu » ; ils ne tiennent absolument aucun compte de Christ ; en effet, ils osent déclarer : « Nous savons que cet homme est un pécheur ».

L’homme refuse de se laisser entraîner dans une discussion portant sur le caractère du Seigneur, mais il réaffirme ce qu’il sait, et qu’eux ne pouvaient nier, à savoir qu’il était aveugle et que maintenant il voyait. Ne pouvant pas démentir cette simple constatation d’un fait, ils recourent aux injures. Ils insultent l’homme, lui reprochant d’être le disciple de Christ, et déclarent être eux-mêmes disciples de Moïse. Quant à Jésus, ils disent avec mépris de lui qu’ils ne savent d’où il est.

 

Ch. 9:30-34

Ayant eu les yeux ouverts, le mendiant peut entrer plus loin dans la vérité quant à la personne de Christ que ces hommes professant être les disciples de Moïse. Il exprime sa surprise face à l’ignorance et la stupidité de leur incrédulité. Jamais depuis le commencement du monde un tel miracle n’avait été accompli, et pourtant ils affirmaient que Celui qui avait opéré cette grande œuvre était un pécheur. « Dieu n’écoute pas les pécheurs… Si celui-ci n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire ». Ainsi, l’homme est conduit par une foi simple à confesser que Jésus est « de Dieu ».

À chaque confession, la haine de la classe religieuse officielle a augmenté. Maintenant enfin, incapables de contrer le franc témoignage de l’homme, ils l’insultent en prétendant qu’il avait porté dès sa naissance la marque du péché sur son visage, ce que le Seigneur avait condamné comme faux au verset 9:3.

Les Juifs ne peuvent pas nier l’évidence du miracle, quand bien même leur haine de Christ les amène à faire tous leurs efforts pour déprécier son œuvre. Les arguments de l’homme sont incontestables, mais leur orgueil religieux les conduit à refuser de se laisser enseigner la vérité par une personne simple et illettrée. Ils recourent aux injures et finalement, ils le chassent dehors.

 

Ch. 9:35-38

Être chassé du judaïsme religieux corrompu pour avoir confessé Christ, c’était être jeté dans la compagnie du Fils de Dieu. Le Seigneur avait trouvé l’homme dans son état de cécité pour lui donner la vue ; il le trouve maintenant dans sa solitude afin de lui offrir la compagnie glorieuse du Fils de Dieu. Le Seigneur gagne la confiance de l’homme, et ensuite il se révèle, non seulement comme un prophète, mais comme le Fils de Dieu. S’il avait été seulement un homme ou un prophète, il ne serait pas un Objet d’adoration. Comme Fils de Dieu, il est une personne divine, le juste Objet de la foi et de l’adoration. Aussi lisons-nous que l’homme dont les yeux avaient été ouverts « lui rendit hommage ».

De quelle manière bénie et douce cet homme a été amené à la lumière par sa confession de Christ ! D’abord, il reconnaît que Christ est « un homme, appelé Jésus » (9:11) ; puis, ayant plus de lumière, il affirme qu’il est « un prophète » (9:17) ; plus tard, lorsque les Juifs condamnent Christ, il confesse hardiment que le Christ est « de Dieu » (9:33) ; enfin, en présence de Jésus, il entre dans la pleine lumière et reconnaît Christ comme le Seigneur, et il lui rend hommage comme le Fils de Dieu (9:36-38). Ainsi, de la cécité et de la mendicité l’homme est amené à la foi et à l’adoration. Il passe des ténèbres d’une religion corrompue à la lumière et à la bénédiction de la compagnie du Fils de Dieu. L’homme est délivré des faux bergers d’Israël, et le bon Berger trouve sa brebis.

 

Ch. 9:39-41

Dans les derniers versets, la condition solennelle de ceux qui rejettent la lumière est mise en contraste avec la bénédiction de l’homme dont l’âme enténébrée avait reçu la lumière. À cause de la perversité de l’homme, la venue de Christ dans le monde a pour effet d’amener le jugement sur ceux qui le rejettent. Toutefois, il vient en grâce afin que ceux qui ne voient pas — qui reconnaissent qu’ils sont aveugles — voient ; mais, quant à ceux qui professent avoir la lumière, et qui le rejettent, sa venue les rendrait aveugles. Satisfaits de leur propre religion, et sans conscience de leurs besoins en tant que pécheurs, ils ont trébuché et sont tombés devant l’humble grâce de son humanité ; ils n’ont pas vu sa déité : qu’il était le Fils de Dieu envoyé par le Père.

Piqués par les paroles du Seigneur, les pharisiens demandent : « Et nous, sommes-nous aussi aveugles ? » Dans sa réponse, le Seigneur les avertit qu’ils se condamnaient en professant voir ; car, tout en affirmant qu’ils voyaient, ils rejetaient de propos délibéré l’Envoyé du Père. Ils ne voulaient ni entendre ses paroles ni être enseignés par ses œuvres. Rejeter délibérément Christ, tout en professant voir constitue un péché qui demeure sur eux, et qui a plongé la nation dans les ténèbres ; ils n’en sortiront que lorsque, par la grande tribulation, un résidu sera amené à la lumière. De même, la chrétienté corrompue est en train de s’enfoncer dans les ténèbres, car, tout en se vantant de sa lumière et de ses richesses, elle laisse Christ derrière la porte.

 

13               Le Berger et les brebis — Jean 10

Le ministère du Seigneur au milieu d’Israël avait un double effet. Premièrement, il mettait le peuple à l’épreuve, prouvant que sa condition morale était caractérisée par l’inimitié contre Dieu et l’aveuglement spirituel. Secondement, le ministère du Seigneur manifestait un résidu pieux au sein des Juifs — « ses propres brebis » — qu’il attachait à lui-même et séparait publiquement de la nation coupable.

Le premier effet du ministère du Seigneur est développé dans les chapitres précédents. Au chapitre 5, la gloire de sa personne en tant que Fils est donnée à connaître aux Juifs ; au chapitre 6, son incarnation et sa mort sont présentées comme étant ce qui seul peut répondre aux besoins du monde ; au chapitre 7, le ministère anticipe la nouvelle position du Seigneur comme homme dans la gloire, et la venue de l’Esprit qui s’ensuivrait. Dans les chapitres 8 et 9, nous apprenons comment la nation scelle sa perte par le rejet complet de ces communications. Les Juifs refusent tant le témoignage de ses paroles (chap. 8) que celui de ses œuvres (chap. 9). Ayant entièrement failli quant à sa responsabilité, la nation demeure dans son aveuglement et va au-devant du jugement.

La faillite de l’homme responsable donne à Dieu l’occasion de révéler sa souveraineté qui, malgré tout le péché et les manquements humains, opère pour la bénédiction de sa créature et l’accomplissement de ses propres desseins d’amour. Ainsi, dans ce chapitre si important de notre évangile, il nous est accordé de voir la position et l’œuvre véritables du Seigneur parmi la nation juive en vue des nouvelles bénédictions que Dieu s’est proposées pour ses brebis. Il n’était pas ici-bas pour restaurer le royaume ; le temps de la bénédiction millénaire n’était pas encore là. Il était venu pour attirer à lui ses propres brebis et les conduire hors de la bergerie juive, afin de les introduire dans les bénédictions nouvelles du troupeau chrétien.

 

Ch. 10:1

Dans les cinq premiers versets, les grandes vérités du chapitre sont exposées sous la forme d’une allégorie ; les changements historiques qui étaient en train de se produire y sont présentés à l’aide de l’image d’un berger et de ses brebis. Avant la venue de Christ, des hommes avaient surgi, qui prétendaient conduire le peuple de Dieu, mais seulement pour s’élever eux-mêmes, comme Theudas, qui se disait être quelque chose, ou Judas le Galiléen, qui « entraîna à la révolte un grand peuple après lui » (Actes 5:36, 37). De tels hommes n’avaient aucune autorité de la part de Dieu, et n’étaient pas entrés par la porte prescrite par Dieu. Semblables à des voleurs, ils pénétraient furtivement, et, comme des larrons, s’enrichissaient aux dépens du troupeau.

 

Ch. 10:2

En contraste, Christ, « le berger des brebis », est venu au milieu d’Israël par le chemin que Dieu avait tracé. Les promesses et la prophétie avaient annoncé que le Christ serait la semence de la femme, le fils de la vierge, qu’il naîtrait à Bethléhem et serait Celui « duquel les origines ont été d’ancienneté, dès les jours d’éternité », le Dieu puissant. Ces prophéties et beaucoup d’autres qui se réfèrent à la première venue du Seigneur ont trouvé leur plein accomplissement en Christ, montrant qu’il était le berger divinement approuvé d’Israël, Celui qui entrait par la porte établie par Dieu.

 

Ch. 10:3

« À celui-ci le portier ouvre ». La providence de Dieu dominait toute circonstance et l’Esprit opérait dans les cœurs, de sorte que, malgré l’opposition et les préjugés, le berger avait accès aux brebis.

Puis nous trouvons quatre aspects de l’œuvre du berger au milieu d’Israël ; premièrement, il rend un témoignage qui atteint les oreilles et touche les cœurs de ses brebis ; deuxièmement, il s’attache les brebis, en les appelant par leur nom ; troisièmement, il les mène hors de la bergerie juive ; et enfin, après avoir mis dehors « ses propres brebis », il va devant elles, comme le berger suivi de son troupeau.

De quelle manière bénie ne voyons-nous pas le Seigneur accomplir cette mission, quand nous considérons sa marche dans cet évangile ! Scène après scène, à Béthanie, en Galilée, en Samarie, en Judée, au puits de Sichar et au réservoir de Béthesda, nous entendons le Seigneur rendre un témoignage qui parvenait aux oreilles des brebis. Et puis nous trouvons des hommes appelés, les uns après les autres, par leur nom : André et Simon, Philippe, Nathanaél et Nicodème défilent devant nous. De simples pêcheurs, des pharisiens érudits, des femmes dégradées, des seigneurs de la cour et des mendiants sont attirés au Berger afin de recevoir une réponse à leurs besoins et d’être menés hors du système corrompu du judaïsme.

 

Ch. 10:4, 5

Après avoir mis dehors ses propres brebis, « il va devant elles ; et les brebis le suivent », pour trouver désormais leur tout dans le Berger. Dans une bergerie, les brebis sont gardées ensemble par des murs ; dans un troupeau, elles sont rassemblées par les soins du berger. La bénédiction, la conduite et la protection du troupeau dépendent entièrement du berger. Les brebis ont-elles besoin de nourriture ? le berger est là pour les mener dans de verts pâturages. L’ennemi menace-t-il ? le berger est en tête du troupeau pour le protéger. Leur arrive-t-il de devoir passer par un chemin raboteux et dangereux ? le berger marche devant elles afin de les guider.

De plus, dans un troupeau, les brebis suivent le berger parce qu’elles connaissent sa voix. Si un étranger essaie de détourner les brebis du berger, elles échappent, non pas en luttant contre l’intrus, mais en le fuyant. Elles s’enfuient loin de l’étranger, non parce qu’elles connaissent sa voix, mais parce qu’elles ne connaissent pas la voix des étrangers.

Avec quelle perfection cette allégorie ne présente-t-elle pas la vraie position chrétienne selon la pensée de Dieu ! Elle place devant nous une compagnie de croyants — les propres brebis de Christ — qui lui appartiennent entièrement, et lui, le Berger, occupé exclusivement de ses brebis, les conduisant en dehors d’un système religieux mondain. Dans cette place en dehors, elles sont vues comme étant totalement sous sa direction, afin qu’il les conduise au travers du désert de ce monde, qu’il subvienne à tous leurs besoins et les protège de tout mal. De leur côté, les brebis connaissent la voix de Christ et réalisent qu’elles dépendent de lui. Conscientes de leur faiblesse, elles s’enfuient loin de l’étranger : le fait qu’elles ne connaissent pas sa voix leur suffit.

Hélas ! où pouvons-nous voir dans la chrétienté une réponse vraie à l’image parfaite ? Être entièrement dépendant d’un Chef invisible requiert un exercice de foi constant et la confiance de l’amour. Dès lors, comment la grande masse des simples professants, qui constituent le gros de la chrétienté et qui n’ont ni foi ni amour, pourraient-ils accepter la place d’opprobre en dehors, dans la compagnie d’un Christ rejeté et invisible ? Ne connaissant pas la voix du Berger, ils sont devenus la proie facile de la voix des étrangers. C’est ainsi que la chrétienté a une fois de plus construit toutes sortes de bergeries selon le modèle juif, dans lesquelles les hommes sont gardés ensemble par des professions de foi et des conducteurs nommés humainement qui, à différents degrés, mettent de côté Christ, le seul Berger des brebis.

Néanmoins, l’image conserve toute sa beauté, et place devant nous le modèle de Dieu pour les siens. Malgré la corruption de la chrétienté, le privilège du chrétien qui aime Christ et garde sa Parole demeure de sortir vers lui hors du camp, portant son opprobre (Héb. 13:13).

 

Ch. 10:6

Ceux à qui cette similitude s’adressait ne comprirent rien à ce que Jésus leur disait. S’il en était ainsi pour la masse dans le judaïsme corrompu, tel est encore le cas en ce qui concerne la plupart des hommes dans la chrétienté corrompue. Suivre Christ dans la place d’opprobre en dehors demeure incompréhensible et impossible pour l’homme naturel, et représente un coût trop élevé pour beaucoup de vrais chrétiens.

 

Ch. 10:7

Les hommes n’ont peut-être pas compris les paroles de Jésus ; mais ils sont laissés sans excuse, car le Seigneur poursuit en donnant l’application de la similitude et en s’étendant sur les bénédictions de ceux qui le suivent. Christ lui-même devient maintenant la porte des brebis. Bien que corrompue par l’homme, la bergerie juive avait été établie et approuvée par Dieu. Quel droit avaient donc les brebis de quitter la nation vouée au jugement, si Dieu lui-même ne leur ouvrait pas un chemin de sortie ? Christ était la porte de Dieu et, en suivant le Berger, les brebis pouvaient, sans crainte, prendre une place en dehors de la nation. De même aujourd’hui, les croyants peuvent en toute sécurité suivre le Berger hors de toute imitation du camp juif, inventée par l’homme.

 

Ch. 10:8

D’autres personnes s’étaient présentées comme conducteurs et guérisseurs d’Israël, de même qu’aujourd’hui beaucoup d’imposteurs et de faux prophètes surgissent avec la prétention de diriger le peuple de Dieu au travers des confusions de la chrétienté. De tels hommes n’ont aucune autorité de la part de Dieu ; ils ne font que servir leurs propres intérêts aux dépens de leurs dupes. Le simple professant et le croyant indifférent se laisseront peut-être prendre par eux, mais ceux qui écoutent la voix du Berger ne prêteront pas attention à celle de ces trompeurs.

 

Ch. 10:9, 10

De plus, Christ n’est pas seulement une porte de sortie pour échapper à ce qui est corrompu ; il est aussi la porte qui introduit dans les bénédictions que Dieu tient en réserve pour les brebis. Ici le Seigneur va au-delà de l’enseignement de la similitude pour s’étendre sur les bénédictions positives dans lesquelles il conduit ses brebis. Ces bénédictions ne peuvent pas être limitées à ses propres brebis de la bergerie juive ; aussi lisons-nous : « Si quelqu’un entre », chacun est bienvenu.

La première grande bénédiction que Christ assure pour ses brebis est le salut. Le fait qu’il est ouvert à quiconque (« si quelqu’un ») semble impliquer qu’il s’agit principalement du salut de l’âme, et de la délivrance des péchés et du jugement, nécessaire à tout pécheur. Mais, dans un sens plus large, le troupeau conduit par Christ devait être délivré de toute puissance adverse pendant la traversée du désert.

Une deuxième bénédiction consiste en ce que, sous la conduite du Berger, les brebis sont placées dans la liberté. « Et il entrera et il sortira ». La bergerie juive empêchait les brebis d’avoir un accès direct à Dieu, et leur défendait de sortir vers les Gentils. Sous la conduite de Christ, le troupeau chrétien a la liberté et le privilège d’entrer devant Dieu dans l’adoration, et il peut sortir vers le monde avec la bonne nouvelle de la grâce de Dieu.

Une troisième bénédiction, en relation avec le troupeau sous la conduite de Christ, est la pâture. Au mieux, la bergerie juive n’offrait pas beaucoup plus qu’un lieu de protection contre les dangers ; le troupeau chrétien est effectivement à l’abri de l’opposition et du danger, mais, plus que cela, il est placé dans un lieu de nourriture spirituelle.

Enfin, toutes ces bénédictions introduisent les brebis dans la jouissance de la vie, cette vie de communion avec les personnes divines qui mène à la plénitude de joie (1 Jean 1:4). C’est là véritablement la vie en abondance en contraste avec la vie naturelle qui, même dans ce qu’elle a de meilleur, est la vie imparfaite, la vie où la joie fait défaut (Jean 2:3).

Toutes ces bénédictions sont garanties par le Berger qui est venu, non pas comme le voleur pour faire des brebis sa proie, mais afin de leur communiquer des bénédictions. Toutefois, les brebis ne pourront jouir vraiment des bénédictions dispensées par le Berger que si elles se soumettent à ses soins et le suivent. Toute bénédiction que Christ donne est présentée d’une manière vivante en lui et ne peut être goûtée qu’avec lui.

Au cours de l’évangile, nous voyons comment le Berger apporte le salut aux brebis (3:17 et 4:42), les conduit dans la liberté (8:33-36) et leur fournit une riche nourriture spirituelle (ch. 13 à 17). Plus tard, dans les épîtres de Jean, nous trouverons un magnifique développement de la vie en abondance.

Ainsi, dans la première partie de notre chapitre, nous avons une présentation claire du Berger des brebis, conduisant ses brebis à se séparer complètement d’un système religieux mondain, pour venir se placer sous les soins et la direction exclusifs du Berger, et être de ce fait introduites dans toutes les bénédictions qu’il assure à ses brebis.

 

Ch. 10:11-13

Dans les versets qui suivent, nous apprenons que Christ est non seulement « le Berger », mais aussi « le bon Berger » qui, dans la perfection infinie de son amour et de sa consécration, donne sa vie pour les brebis. L’homme à gages peut dans une certaine mesure servir les brebis, mais même alors, il le fait pour des gages ; dès lors son mobile ultime est sa propre personne et non pas les brebis. Il s’ensuit qu’en présence du loup, au lieu de donner sa vie afin de sauver les brebis, l’homme à gages ne pense qu’à sa propre sécurité et s’enfuit, et les brebis sont dispersées. L’homme qui reçoit des gages « ne se met pas en souci des brebis ». Hélas ! la chrétienté a grandement délaissé le bon Berger et établi des conducteurs selon l’ordre des hommes à gages, qui marchandent le service divin. Il n’est pas surprenant que le loup ait fait de tels ravages en dispersant les brebis.

Prenons soin de remarquer les trois images dont le Seigneur se sert pour présenter les trois différents caractères de mal que le troupeau aura à affronter : le voleur, l’homme à gages et le loup.

Le voleur représente toute personne ou tout faux système qui prive le troupeau de la vérité en introduisant ce qui est fatal au christianisme et, par conséquent, destructeur pour l’âme. L’unitarisme, la science chrétienne, le spiritualisme, les Témoins de Jéhovah et les mouvements de même nature portent ainsi le caractère du voleur.

L’homme à gages ne représente pas forcément ce qui ruine le christianisme, mais indique plutôt le faux principe consistant à servir pour des gages et à faire des brebis une marchandise. La porte se trouve ainsi ouverte à une vaste classe de personnes dont le mobile premier est le « moi » et non pas les brebis. Dès lors, quand une difficulté surgit, elles ne pensent qu’à leur propre sécurité et à leurs aises et fuient, abandonnant les brebis au moment même où celles-ci ont le plus besoin de soins. Lorsque des difficultés surgissent parmi les enfants de Dieu, prenons garde à ne pas agir selon le principe des hommes à gages, n’ayant en vue que notre sûreté et notre confort propres dans un chemin qui est le nôtre et abandonnant les brebis au moment du danger et de la détresse.

Le loup évoque ceux qui, sous de faux prétextes, entrent dans le troupeau et dispersent les brebis.

 

Ch. 10:14, 15

En contraste avec l’homme à gages, le bon Berger prend soin de ses brebis. Il les connaît selon une connaissance parfaite. Leur faiblesse, leur ignorance, leur tendance à s’égarer et leurs nombreux besoins lui sont tous connus et, de ce fait, il les aime d’un amour qui l’a conduit à mettre sa vie pour les brebis. Dans leur mesure, les brebis connaissent le Berger — sa perfection, sa sagesse, sa puissance et son amour.

Quelqu’un a dit : « Jésus avait été l’objet du cœur du Père ; de la même manière ses brebis étaient les objets de son cœur. Enseignées de Dieu, ses brebis le connaissaient et se confiaient en lui, comme lui se confiait dans le Père » (J.N.D.).

 

Ch. 10:16

Le Berger des brebis a conduit ses brebis hors de la bergerie juive et ouvert à tout homme (« si quelqu’un ») la porte pour entrer dans les bénédictions nouvelles du troupeau. Manifestement, ce dernier ne peut donc pas être limité aux brebis d’entre les Juifs. Il y a d’autres brebis que le Berger doit amener d’entre les Gentils. Elles aussi entendront sa voix (cf. Jean 17:20 ; Actes 13:46-48 ; 15:7). Séparées de la bergerie juive et des nations païennes,ses brebis formeraient ainsi un seul troupeau sous un seul Berger.

 

Ch. 10:17, 18

Tel est le propos du cœur du Père. Afin d’en assurer la réalisation et de rassembler en un les enfants de Dieu dispersés, le seul Berger devait mourir. Il s’est offert lui-même volontairement en sacrifice et, en laissant sa vie, non seulement il assure la bénédiction de ses brebis, mais il donne au Père un nouveau motif pour l’amour dont il a aimé son Fils unique. Seule une personne divine pouvait donner au Père un motif de l’aimer ; pour tous les autres, la source de l’amour réside dans le cœur du Père.

En mourant, il a assuré la bénédiction des brebis et accompli la volonté du Père et, en même temps, il s’agissait de son propre acte volontaire de consécration. Voilà enfin quelqu’un qui était venu dans le domaine de la mort avec le pouvoir de laisser sa vie et de la reprendre ; et par dévouement, il exerce ce pouvoir dans son service envers Dieu et l’homme. S’il laisse sa vie, c’est afin de la reprendre dans une autre condition pour pouvoir servir encore ses brebis. Un autre a dit : « Sa mort n’est ni l’épuisement de son amour ni la limite de son œuvre envers les hommes. Il a servi dans les souffrances les plus profondes sur la terre ; il sert encore sur le trône de gloire » (F.W.G.).

Dans cette portion de notre chapitre, nous avons vu « le Berger des brebis » séparant ses brebis d’un système religieux terrestre (10:1-10), « le bon Berger » donnant dans son amour et son dévouement sa vie pour les brebis afin de les préserver de l’ennemi (10:11-15), et enfin le « seul Berger » laissant sa vie pour rassembler en un troupeau les brebis (10:16-18).

 

Ch. 10:19-21

Ces versets décrivent l’effet produit par le discours du Seigneur sur ceux qui, n’étant pas ses brebis, « ne comprirent pas ce que c’était qu’il leur disait » (10:6). D’une part, ses paroles ont suscité une haine violente chez ces hommes qui ne voyaient dans ses déclarations que les délires d’un démoniaque. D’autre part, certains étaient perplexes, le bon sens leur faisant comprendre que ni les paroles ni les œuvres de Jésus ne pouvaient être celles d’un démon. Plus loin dans les Écritures, un verset nous avertira que, si nous suivons les enseignements du Seigneur et sortons vers lui hors du camp, nous aurons sans doute à porter son opprobre. S’engager dans un tel chemin sera considéré comme de la folie ou pire par le monde religieux.

 

Ch. 10:22-24

Probablement deux mois plus tard, les Juifs qui environnèrent le Seigneur comme il se promenait dans le portique du temple sont à l’origine d’un second discours. Ils accusent Jésus de les tenir en suspens en ne disant pas franchement s’il était le Christ.

 

Ch. 10:25, 26

La réponse du Seigneur montre que leur propre incrédulité, qui avait refusé le témoignage de ses paroles et de ses œuvres, était la racine de leur perplexité. En outre, elle prouvait qu’ils n’étaient pas de ses brebis.

 

Ch. 10:27

Cela conduit le Seigneur à donner les traits distinctifs de ses brebis. Le premier grand caractère est que les brebis écoutent la voix du Berger (cf. 10:3, 4, 5, 16). Tous entendaient les paroles qu’il prononçait, mais écouter sa voix implique que les brebis recevaient par la foi le message contenu dans les paroles, un message qui montrait aux brebis leur état de péché et leur misère, mais révélait l’amour et la grâce qui répondent aux besoins. La femme du puits de Sichar est un exemple frappant de quelqu’un qui a écouté la voix du Berger. (Comparer Actes 13:27, pour la distinction entre les paroles de l’Écriture et les voix des prophètes).

Le deuxième caractère, c’est que les brebis sont connues du Berger. Comme nous l’avons vu, le Seigneur les appelle personnellement, par leur nom, une indication de sa parfaite connaissance des brebis et du fait que le Berger s’occupe d’elles individuellement (cf. 10:3, 14).

Le troisième caractère est que les brebis suivent le Berger. Non seulement elles sont appelées à lui individuellement, mais ensuite elles le suivent ; peut-être d’une manière hésitante parfois, et non sans maints faux pas, mais elles le suivent.

 

Ch. 10:28-30

Le Seigneur n’énumère pas seulement les caractères de ses brebis, mais il parle aussi de ses soins pleins d’amour pour elles. Il leur donne la vie éternelle, une sécurité éternelle, et les assure de soins divins. Déjà, le Seigneur avait dit qu’il était venu afin de donner la vie aux brebis, la vie en abondance ; maintenant nous apprenons que la vie qu’il donne est « la vie éternelle », la vie qui était auprès du Père et a été révélée dans la personne du Fils sur la terre ; une vie que les brebis possèdent en Christ, qui doit être manifestée en elles et goûtée maintenant, même si elle sera vécue dans sa plénitude seulement quand nous serons avec Christ dans la demeure éternelle de la vie (cf. 1 Jean 1:1, 2 ; 5:11, 12 ; Gal. 2:20 ; 2 Cor. 4:10-18 ; Rom. 6:22).

De plus, la vie éternelle implique la sécurité éternelle. Aussi le Seigneur ajoute-t-il, pour la consolation de ses brebis : « Elles ne périront jamais ».

Enfin, nous apprenons que les brebis sont les objets des soins communs du Père et du Fils. Elles sont tenues par le Fils, et personne ne peut les ravir de sa main ; tenues aussi par le Père, qui a donné les brebis à Christ et est manifestement plus grand que tous les autres. Si le Père et le Fils sont un dans leur amour pour les brebis, ils sont également un dans leur nature ou essence divine. Aussi le Seigneur peut-il dire : « Moi et le Père, nous sommes un ». La gloire de sa personne brille de nouveau ici, et nous découvrons que l’humble Berber des brebis, venu pour servir les brebis et accomplir la volonté du Père, n’est nul autre que le Fils éternel, une personne divine, un avec le Père.

 

Ch. 10:31

À juste titre, les Juifs interprètent les paroles du Seigneur comme étant l’affirmation de sa divinité ; mais furieux d’entendre quelqu’un qui était véritablement et manifestement un homme revendiquer être Dieu, ils « levèrent encore des pierres pour le lapider ».

 

Ch. 10:32

Avec un calme parfait, le Seigneur en appelle aux nombreuses bonnes œuvres qu’il leur avait fait voir de la part du Père. Il rattache ainsi ses œuvres au Père comme preuve qu’il était venu du Père. Trouvaient-ils donc quelque chose à redire aux œuvres qui manifestent la bonté du Père et la gloire de Christ comme Fils ?

 

Ch. 10:33

Par leur réponse, les Juifs montrent que, jusqu’ici, ils avaient interprété correctement les paroles du Seigneur, vu qu’elles exprimaient sa divinité. Néanmoins la déclaration des Juifs ne répondait pas à la vérité exacte, car ils disaient : « Toi, étant homme, tu te fais Dieu ». Or la vérité était celle-ci, qu’étant Dieu, il devint homme.

 

Ch. 10:34-36

Si leur interprétation avait été fausse, le Seigneur aurait certainement corrigé immédiatement une erreur aussi terrible et désavoué la prétention à la divinité. Il n’en fait rien ; au contraire, le Seigneur confirme sa revendication en faisant appel à leurs propres Écritures, les condamnant ainsi par les paroles de leur propre bouche de refuser sa divinité. Citant le psaume 82:6, le Seigneur demande : « N’est-il pas écrit dans votre loi : Moi j’ai dit : Vous êtes des dieux ? » Si donc des hommes, mis à part pour être des juges en Israël, comme représentants de Dieu, et à qui la parole de Dieu était venue, sont appelés dieux, peut-on accuser de blasphème le Fils, que le Père a sanctifié et qu’il a envoyé dans le monde, quand il revendique être une personne divine ?

 

Ch. 10:37, 38

Au chapitre 8, le Seigneur avait déclaré que s’ils étaient véritablement enfants d’Abraham, ils le prouveraient en faisant les œuvres d’Abraham (10:39). Il applique maintenant à lui-même cet argument convaincant. S’il ne faisait pas les œuvres de son Père, ils pourraient refuser à bon droit de croire qu’il était le Fils. S’il faisait les œuvres de son Père, ils avaient l’assurance que non seulement il était le Fils, mais que le Père était en lui et lui dans le Père. Les œuvres qu’il faisait étaient la preuve certaine qu’une personne divine était présente, agissant en puissance et en amour. Le Père était manifesté comme étant en lui, de même que lui était d’une manière évidente de la nature du Père et dans le secret des pensées et des conseils d’amour du Père.

 

Ch. 10:39-42

Les derniers versets résument l’effet de ce deuxième discours. Rejetant les paroles et les œuvres du Seigneur, les Juifs incrédules cherchaient à le prendre. Leur incrédulité était totale, mais son temps n’était pas encore venu. Ainsi, il s’en alla au-delà du Jourdain. Ils avaient déjà chassé l’homme qui avait confessé Christ ; maintenant, complètement rejeté par la nation, le Berger prend dehors la place d’opprobre. Là, à l’extérieur, « plusieurs vinrent à lui » et « plusieurs crurent là en lui ». Le Berger devient ainsi le conducteur de son troupeau en dehors de la bergerie juive.

 

14               Le témoignage au Fils de Dieu — Jean 11

Les trois chapitres qui précèdent montrent le rejet complet de Christ par la nation juive. Ce rejet devient l’occasion de manifester que l’œuvre présente de Christ au milieu d’Israël était d’accomplir le conseil du Père, en appelant ses propres brebis hors de la bergerie juive, afin de les introduire dans la nouvelle compagnie chrétienne qui allait être formée sur la terre.

Les chapitres 11 et 12 présentent la manière pleine de grâce dont ceux qui forment la nouvelle compagnie sont employés pour révéler les gloires de Christ comme Fils de Dieu, Fils de David et Fils de l’homme. Ce triple témoignage final aux gloires de Christ laisse sans excuse le monde qui le rejette.

Au chapitre 11, l’Esprit de Dieu a consigné l’histoire touchante de Lazare et des deux sœurs pour rendre témoignage à la gloire de Jésus comme Fils de Dieu. Dans les voies parfaites de Dieu, les peines des siens vont servir à rehausser la splendeur de la personne du Fils et à les couvrir eux-mêmes de bénédiction.

 

Ch. 11:1-5

La scène commence à Béthanie, dans le foyer d’un certain homme nommé Lazare qui est malade. L’endroit est mentionné comme étant « le village de Marie et de Marthe sa sœur ». Aux yeux de Dieu, une ville se signale par les saints qui y habitent. Puis, l’amour et l’intelligence de Marie sont certifiés ; en effet, il nous est rappelé qu’il s’agit de la Marie « qui oignit le Seigneur d’un parfum et qui lui essuya les pieds avec ses cheveux ». La maladie s’est introduite dans cette maison où Christ est apprécié : Lazare, le frère de Marie, en est frappé. La famille de Béthanie avait si souvent expérimenté l’amour de Jésus, qu’au jour de l’épreuve elle fait appel à cet amour, dans la confiance que celui-ci produit. Le message envoyé est très beau : « Seigneur, voici, celui que tu aimes est malade ». Les sœurs ne demandent pas au Seigneur de venir ; elles ne lui suggèrent pas non plus de guérir leur frère. Se confiant simplement dans l’amour du Seigneur, elles placent leur peine devant lui. Elles n’invoquent ni leur amour ni celui de Lazare pour le Seigneur, mais allèguent l’amour du Seigneur pour Lazare. Leur confiance dans le Seigneur et son amour est telle qu’ayant exposé leur épreuve et fait appel à son amour, elles savent qu’elles peuvent se remettre en toute sûreté entre ses mains.

Le Seigneur se plaît à honorer une telle confiance. Tout de suite, cela lui donne l’occasion de dire que cette maladie est pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle. Le diable cherche bien à se servir de nos épreuves pour produire des murmures et des pensées qui déshonorent Dieu ; le Seigneur les emploie pour nous amener à nous confier en lui, et comme une occasion de manifester son amour avec une telle tendresse qu’il est glorifié tandis que nous sommes bénis.

La confiance des sœurs était bien placée, car nous lisons aussitôt : « Or Jésus aimait Marthe, et sa sœur, et Lazare ». En outre, cette déclaration comporte un riche encouragement pour nos cœurs. Il y avait eu un moment où le Seigneur avait approuvé Marie dans son choix et repris Marthe pour ses soucis. Dans cette scène de nouveau, l’Esprit appelle particulièrement l’attention sur Marie et son amour plein d’abnégation. Devons-nous alors en conclure que le Seigneur aimait Marie plus que Marthe ? Une telle pensée est corrigée par ce passage qui, en relation avec l’amour du Seigneur, place Marthe en premier et la mentionne spécialement par son nom. Il nous est ainsi accordé de voir que s’il y a une différence dans l’approbation du Seigneur à l’égard des deux sœurs, il n’en existe aucune dans son amour envers elles. Son approbation découle de notre attitude ; son amour jaillit de lui-même. Nous savons parfaitement bien qu’il n’est pas indifférent à notre amour ; mais nul défaut dans notre amour ou dans notre manière d’agir n’affaiblira son amour.

 

14.1                   La voie parfaite de l’amour divin — 11:6-16

Ch. 11:6, 7

L’amour se plaît à être sollicité et ne décevra pas l’appel confiant de la foi. En même temps, l’amour divin agit selon la sagesse divine. Il opère parfois d’une manière qui paraît tout à fait étrange et contraire aux voies de l’amour et de la prudence des hommes. Ainsi, nous lisons : « Après donc qu’il eut entendu que Lazare était malade, il demeura encore deux jours au lieu où il était ». L’amour humain serait allé immédiatement ; la prudence humaine ne serait jamais allée. Que ce soit en tardant ou en allant, Jésus agit non selon les pensées de la nature, mais dans la dépendance de la volonté du Père et conformément à celle-ci. Son cœur tendre ne peut pas rester indifférent aux peines des siens ; mais tout en les bénissant et en répondant à leurs appels, il a toujours devant lui la gloire du Père et marche à la lumière de sa volonté. Nous voyons ainsi le Seigneur agir avec cette sagesse parfaite qui bénit les siens, et maintient néanmoins la gloire du Père.

Il n’en va pas différemment aujourd’hui ; car si le Seigneur a glorifié le Père dans sa marche et à la croix, maintenant, de sa place dans la gloire, il glorifie encore le Père en réponse à sa propre prière : « Glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie ». Il bénit encore les siens ; il répond encore quand ils font appel à son amour ; mais il le fait d’une manière telle qu’en même temps que nous sommes bénis, le Père est glorifié. Nous pouvons y voir la solution de plus d’un épisode étrange de nos vies. Ne pensant qu’à notre soulagement présent, nous nous étonnons peut-être de quelque curieux concours de circonstances, nous nous demandons pourquoi une maladie nous frappe ou pourquoi telle épreuve se prolonge. Si nous avions plus clairement en vue la gloire du Père, nous comprendrions mieux ces incidents apparemment étranges.

 

Ch. 11:8-10

Ne sachant pas apprécier les motifs qui guidaient le Seigneur, les disciples s’étonnent, non pas tant de ce qu’il tarde, mais de sa décision de retourner dans le pays où, si peu auparavant, les Juifs avaient cherché à le lapider. Ils regardaient aux circonstances et parlaient selon la lumière de la prudence naturelle. Le Seigneur marchait à la lumière de la volonté du Père ; aussi ne bronchait-il pas dans son chemin. Quant à nous, regardant seulement aux circonstances, il nous arrive de trébucher et de nous égarer ; notre chemin est incertain et sombre. Nous ne marcherons dans la lumière que si nous exposons toutes nos difficultés au Seigneur, ne regardant qu’à lui et cherchant à marcher selon sa volonté.

 

Ch. 11:11-15

Marchant dans la lumière de la volonté du Père, le Seigneur n’avait aucune crainte des Juifs et du mal qu’ils pourraient faire. Il pensait non pas à lui-même, mais avait devant lui uniquement de servir les autres en amour selon la volonté du Père. Ainsi, il peut dire aux disciples : « Je vais pour l’éveiller ».

Le Seigneur répond à la confusion des disciples dans leurs pensées en déclarant clairement : « Lazare est mort ». Puis nous apprenons que si le Seigneur avait attendu deux jours, c’était pour la bénédiction de ses disciples ; il dit en effet : « Je me réjouis, à cause de vous, de ce que je n’étais pas là, afin que vous croyiez ». La douleur écrasante qui avait frappé les deux sœurs ne deviendrait pas seulement une occasion de gloire pour le Père et de bénédiction pour les sœurs affligées, mais conduirait à la bénédiction d’autres.

 

Ch. 11:16

Comme nous-mêmes souvent, Thomas ne parvient pas à s’élever au-dessus des circonstances. Il dit : « Allons-y, nous aussi, afin que nous mourions avec lui ». Le Seigneur a la vie devant lui ; Thomas ne peut entrevoir que la mort. Marchant dans la lumière du Père, le Seigneur voit la vie au-delà de la mort ; marchant sous la puissance des circonstances, Thomas ne peut rien discerner d’autre que la mort comme l’aboutissement de la vie. Toutefois, même dans l’obscurité de son chemin, ses paroles montrent que son amour s’accroche à Christ, car il dit : « Allons-y, nous aussi, afin que nous mourions avec lui ». Dans son amour, Thomas préférerait mourir avec lui que vivre sans lui. On peut être plus intelligent que Thomas, mais avec une affection moindre.

Après avoir vu la voie de l’amour divin, nous allons découvrir maintenant :

 

14.2                   La voie parfaite des compassions divines — 11:17-37

 

Ch. 11:17-20

Quand enfin Jésus arriva à Béthanie, il trouva que la mort avait accompli son œuvre ; Lazare était depuis quatre jours dans le sépulcre. La maison de Marthe et de Marie était plongée dans le deuil ; et de nombreux Juifs étaient venus auprès des sœurs pour les consoler de leur perte. Débordante d’activité et préoccupée lors de la visite précédente du Seigneur, Marthe se montre agitée et distraite devant cette grande douleur. Marie, qui s’était assise aux pieds du Seigneur pour écouter sa parole, peut maintenant attendre sa venue, paisiblement assise dans la maison.

 

Ch. 11:21, 22

Partie à la rencontre du Seigneur, Marthe reconnaît devant lui que s’il avait été présent, son frère ne serait pas mort. Sa foi savait qu’il aurait pu rendre la santé à Lazare, mais n’allait pas jusqu’à croire que le Seigneur pourrait ramener son frère à la vie. Pourtant, consciente de la faveur dans laquelle le Seigneur se tenait devant Dieu, elle peut dire : « Mais même maintenant je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera ».

 

Ch. 11:23, 24

Le Seigneur lui fait une déclaration claire afin d’encourager sa foi à faire usage des ressources qui se trouvaient en lui ; il dit : « Ton frère ressuscitera ». La foi de Marthe sait qu’il y aura une résurrection finale, et que son frère ressuscitera au dernier jour. Comme nous, elle trouve plus facile d’avoir foi en ce que Dieu fera à une date lointaine que de croire à ce que Dieu peut faire dans le moment présent.

 

Ch. 11:25-27

Dans sa grâce, le Seigneur fait une nouvelle déclaration à Marthe, afin de diriger sa foi vers lui, comme une ressource actuelle. Il dit : « Je suis la résurrection et la vie ». Celui qui a la puissance de la résurrection et qui est « la vie » se tient devant elle. Non seulement il ressuscitera les morts, mais il communique la vie à celui qui croit — la vie éternelle. Tous ressusciteront, mais seul le croyant ressuscitera en résurrection de vie. Les incrédules sortiront des sépulcres en résurrection de jugement (Jean 5:29). La vie de résurrection est une vie au-delà de la puissance de la mort, du péché et du jugement. Ici, le Seigneur parle uniquement des croyants. La puissance de résurrection était présente dans la personne du Fils. Lorsqu’il exercera cette puissance, le croyant en Jésus, même s’il est mort, vivra ; et le croyant qui sera vivant à ce moment ne mourra pas. Le Seigneur allait donner une preuve de cette puissance en ressuscitant Lazare d’entre les morts. Le Seigneur interpelle Marthe en lui demandant : « Crois-tu cela ? »

Marthe répond par une confession de foi générale, juste en soi et certifiée par les Écritures (Ps. 2), mais elle reste bien loin de la révélation nouvelle du Seigneur, selon laquelle, dans sa personne comme Fils, la résurrection et la vie étaient là.

 

Ch. 11:28

À ce point de l’entretien, Marthe semble réaliser que le Seigneur parlait de choses qui dépassaient son intelligence spirituelle — des choses que comprendrait mieux Marie qui s’était tenue assise aux pieds du Seigneur et avait écouté sa parole. Aussi, elle s’en alla et appela secrètement Marie, lui disant que le Maître était venu et l’appelait.

 

Ch. 11:29-32

Quand elle entend que le Maître l’avait appelée, Marie sort promptement à sa rencontre. Elle savait rester assise et attendre le Seigneur, et elle savait comment agir à sa parole. Se méprenant sur son comportement, les Juifs disent : « Elle s’en va au sépulcre pour y pleurer ». Elle faisait ce qui valait infiniment mieux, ce que seule la foi peut faire : elle allait pleurer aux pieds de Jésus. Pleurer sur la tombe d’un bien-aimé, même le monde peut le faire, mais il n’en retire aucun soulagement ; les larmes ne ramèneront pas nos morts. Pleurer aux pieds de Jésus, c’est trouver le réconfort de son amour, car nous pleurons aux pieds de Celui qui, au temps propre, ressuscitera nos morts et qui, en attendant, console nos cœurs. Quand donc Marie « fut venue là où était Jésus, et qu’elle l’eut vu, [elle] se jeta à ses pieds ». Précédemment, elle s’était assise à ses pieds pour apprendre de lui, et ainsi, dans les jours d’affliction, elle peut être à ses pieds pour y pleurer, et il en résultera qu’un peu plus tard nous la trouverons à ses pieds comme une adoratrice (12:3). Assise à ses pieds pour écouter ses paroles, Marie avait appris à connaître son amour et sa grâce, et maintenant qu’elle est dans la peine, elle va puiser à cet amour et à cette grâce. Enhardie par ce qu’elle avait appris de lui, elle épanche sa douleur à ses pieds.

Marie, comme Marthe, ne savait pas grand-chose de la puissance de la vie en résurrection, mais elle connaît le cœur de Jésus. Elle a conscience de la douleur de son propre cœur, et elle épanche cette douleur devant le Seigneur. Marthe pouvait parler avec le Seigneur, mais Marie pleure avec le Seigneur.

 

Ch. 11:33-35

La conversation de Marthe avec le Seigneur suscite la révélation de la pensée du Seigneur à l’égard des siens, endormis ou vivants. Les larmes de Marie permettent de montrer le cœur du Seigneur ; nous voyons que « Jésus donc, quand il la vit pleurer, et les Juifs qui étaient venus avec elle, pleurer, frémit en son esprit, et se troubla ». Plus encore, il mêla ses larmes aux leurs ; en effet, nous lisons : « Jésus pleura ». Était-ce pour Lazare qu’il pleurait ? Certainement pas, car n’allait-il pas le ressusciter d’entre les morts ? C’était la peine des vivants qui faisait couler ses larmes, et non pas la perte du mort.

Le Créateur se trouve au milieu de ses pauvres créatures déchues, qui se sont ruinées elles-mêmes par le péché ; et la mort — les gages du péché — est entrée dans la maison, a rompu les liens les plus chers et brisé les cœurs. Le poids de la mort pèse lourdement sur leurs esprits et le Créateur s’approche des siens en amour et en parfaite sympathie pour pleurer avec eux.

 

Ch. 11:36, 37

Pourtant, combien peu ces personnes dans le deuil comprenaient la cause de ses larmes ! Les Juifs disent : « Voyez comme il l’affectionnait ». Certes, le Seigneur aimait Lazare ; toutefois, l’amour pour le mort n’était pas la cause de ses larmes : c’était l’amour pour les vivants qui le faisait pleurer. Le trouble profond de son esprit, ses larmes exprimaient sa peine pour la race humaine écrasée sous le poids de la mort, n’ayant aucune puissance pour soulager sa douleur, et sans foi pour faire usage de la puissance présente dans la personne du Fils de Dieu. Ils étaient tous sous le poids de la mort. Lazare gisait dans le sépulcre, la mort accomplissant déjà son œuvre corruptrice ; Marthe et Marie déclarent toutes les deux : « Si tu eusses été ici, mon frère ne serait pas mort » ; et les Juifs disent : « Celui-ci… n’aurait-il pas pu faire aussi que cet homme ne mourût pas ? » Aucun ne réalisait que Celui qui est la résurrection et la vie était au milieu d’eux.

Après avoir manifesté la compassion divine, le Seigneur agit maintenant selon la puissance divine (v. 38-44).

 

14.3                   Le Seigneur agissant maintenant selon la puissance divine — 11:38-44

Ch. 11:38-40

Le commandement du Seigneur d’ôter la pierre du sépulcre ne constitue qu’une nouvelle occasion de montrer l’incrédulité de Marthe. Elle réalise que la corruption a fait son œuvre, accentuant ainsi l’état désespéré du cas aux yeux de la nature et de la raison. Mais tout ce poids de la mort sur l’homme et l’incrédulité naturelle du cœur ne font qu’ajouter à la manifestation de la gloire de Dieu. Quand tout espoir est complètement perdu du côté de l’homme, Dieu agit pour sa propre gloire.

 

Ch. 11:41, 42

Avant de ressusciter Lazare, le Seigneur reconnaît publiquement le Père. Il ne veut pas exercer cette grande puissance en résurrection pour se glorifier lui-même. Il prend soin de montrer au monde que tout ce qu’il fait, il l’accomplit dans la soumission au Père et la dépendance de lui, comme l’Envoyé du Père, et pour la gloire du Père.

 

Ch. 11:43, 44

Puis, criant à haute voix, il commande à Lazare de sortir, et le mort sortit, les pieds et les mains liés de bandes. « Jésus leur dit : Déliez-le, et laissez-le aller ». Seul le Seigneur pouvait ressusciter quelqu’un d’entre les morts, bien que d’autres puissent être employés pour libérer des bandes dans lesquelles le judaïsme a enveloppé les hommes.

Trois vérités principales se dégagent clairement, pour notre encouragement, du deuil qui s’est abattu sur le foyer de Béthanie.

a) Premièrement, les épreuves qui frappent les enfants de Dieu deviennent une occasion de révéler la gloire de Dieu. Dans un sens spécial, grâce à la mort de Lazare, la splendeur de Dieu a pu briller dans la puissance d’une vie de résurrection. Au cours des âges, la puissance humaine s’est souvent exprimée dans l’invention d’instruments étonnants destinés à tuer des hommes ; jamais personne n’a été ramené de la mort. La gloire de Dieu se manifeste en ressuscitant d’entre les morts. Déjà, le Seigneur avait ressuscité la fille de Jaïrus, tout de suite après sa mort. Puis, il avait déployé une puissance plus remarquable en ressuscitant le fils de la veuve de Naïn qu’on portait sur sa bière afin de l’ensevelir. Mais la résurrection de Lazare, sortant du sépulcre alors que la corruption avait déjà fait son œuvre sur son corps, est la manifestation la plus élevée de la puissance divine.

b) Deuxièmement, la douleur est une occasion non seulement de glorifier Dieu, mais aussi de bénir les saints. Les deux sœurs acquièrent une connaissance plus intime du Seigneur. Elles auraient certainement pu dire : « Nous savions que le Seigneur nous aimait, mais avant ce deuil, nous ignorions que l’amour dont il nous aimait était si personnel et si profond qu’il l’a amené à venir chez nous, à parler, marcher et pleurer avec nous au jour de notre grande affliction ».

c) Troisièmement, la gloire de Dieu ayant été manifestée et la bénédiction des saints assurée, nous voyons la puissance et la miséricorde intervenir pour répondre au besoin et ôter la souffrance. Et même si aujourd’hui la douleur particulière du deuil n’est pas enlevée en ce que nos morts nous seraient rendus, la grâce est là pour soutenir les affligés jusqu’au jour de gloire.

Les derniers versets du chapitre (v. 45-57) présentent l’effet sur le monde de cette merveilleuse révélation de la gloire du Fils de Dieu.

 

14.4                   Effet sur le monde de cette merveilleuse révélation de la gloire du Fils de Dieu — 11:45-57

Ch. 11:45

D’abord, « plusieurs… d’entre les Juifs qui étaient venus auprès de Marie, et qui avaient vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui ». Ce n’est sans doute pas sans raison que seul le nom de Marie est mentionné en relation avec les Juifs qui crurent, tandis que, lorsqu’il est parlé des Juifs qui étaient accourus pour consoler les sœurs, nous lisons qu’ils « étaient venus auprès de Marthe et de Marie » (11:19). Nous pouvons sans doute en déduire que c’est le témoignage de la vie et de la conduite de Marie qui a impressionné ces Juifs et les a conduits à considérer « ce que Jésus avait fait », et ainsi à croire en lui.

 

Ch. 11:46

Si plusieurs crurent, la haine des autres prit une telle ampleur qu’ils s’en allèrent rapporter « ce que Jésus avait fait » à ceux qui cherchaient à le mettre à mort.

 

Ch. 11:47, 48

Ce rapport amène les principaux sacrificateurs et les pharisiens à assembler un sanhédrin, afin de chercher comment ils pourraient annuler le témoignage de ces miracles incontestables. La conscience non exercée par leurs péchés et le cœur insensible à l’amour de Christ, ils redoutent l’effet de ces grands miracles sur d’autres. Sans le vouloir, ils rendent témoignage à la puissance de Jésus en déclarant : « Si nous le laissons ainsi faire, tous croiront en lui ». Ne pensant qu’à leur propre position et à leur importance nationale, ils craignent que l’hostilité des Romains ne se manifeste si des âmes sont attirées à Christ et le suivent.

 

Ch. 11:49-52

Dans ce qui suit, il nous est accordé de voir qu’en dépit de toutes les délibérations d’hommes méchants, Dieu exécute ses desseins ; et pour l’accomplissement de ceux-ci, Jésus devait mourir. Dieu se sert de ce souverain sacrificateur méchant pour annoncer prophétiquement la mort de Christ. Mettant de côté toute prétention à la justice et agissant uniquement par opportunisme, Caïphe déclare qu’il valait mieux que Jésus meure et que la nation entière ne périsse pas, et cela malgré ce qu’il avait pu faire ou ce que le peuple pouvait penser de lui. Pour Caïphe, comme trop souvent pour les politiciens de ce monde, il ne s’agit pas de ce qui est juste, mais de ce qui est opportun (ou « avantageux »). Cet homme est prêt à crucifier un Juste afin de préserver si possible la position d’une nation coupable.

Tel est le conseil d’un méchant : Jésus doit mourir pour la nation. Mais, quoique pour des raisons très différentes de celles que l’égoïsme de l’homme avançait, Jésus devait aussi mourir selon le conseil défini et la préconnaissance de Dieu. Si Jésus doit mourir, ce n’est pas pour empêcher qu’une nation méchante soit dispersée, mais afin de « rassembler en un les enfants de Dieu dispersés ».

Il était donc vrai que Jésus allait mourir ; non pas toutefois pour la nation, mais pour tout enfant de la famille de Dieu. De même que les brebis de Christ n’étaient pas uniquement celles qui sortaient de la bergerie juive, les enfants de Dieu ne proviennent pas seulement de la famille d’Israël. Par la mort de Christ, une grande compagnie de pécheurs d’entre les Juifs et les Gentils seraient convertis et deviendraient des enfants de Dieu par la foi dans le Christ Jésus ; et ils ne seraient pas laissés comme des éléments isolés, mais rassemblés en un pour former la seule famille de Dieu. Selon son habitude, Jean voit les chrétiens comme un troupeau dépendant du Berger, et une famille sous un Père. Paul les considère comme composant un corps dont Christ est la Tête, et une compagnie dont le Seigneur est le lien.

 

Ch. 11:53

Le plan odieux de Caïphe reçoit l’approbation des chefs de la nation qui, « depuis ce jour-là », complotent pour faire mourir Jésus. Ils deviennent les instruments méchants employés pour exécuter le conseil de Dieu.

 

Ch. 11:54-57

En attendant que son heure soit venue, Jésus s’en alla dans une contrée près du désert, et y séjourna avec ses disciples. À maintes reprises au cours de cet évangile, nous voyons le Seigneur prendre la place en dehors. Il s’avance certes pour rendre témoignage, mais toujours comme l’homme séparé qui se tient à l’écart de la corruption du judaïsme (voir Jean 1:28 ; 6:15 ; 7:1 ; 10:39-42 ; 11:54). Bien que Christ soit dehors, le monde maintient avec suffisance ses fêtes religieuses, faisant des spéculations au sujet de Jésus, tandis que ses chefs, dans leur hostilité, donnent des ordres futiles à l’égard de Jésus. Le monde d’aujourd’hui n’a pas changé. Christ est toujours dehors dans la place d’opprobre ; la chrétienté corrompue ferme de plus en plus sa porte à Christ, tout en se raccrochant à ses fêtes et cérémonies religieuses, et en raisonnant sur la personne de Christ. Pendant ce temps, le monde politique reste soit totalement indifférent à Christ, soit ouvertement hostile, tout en cherchant à faire disparaître le nom de Jésus par de vains ordres.

 

15               Le témoignage au Fils de David et au Fils de l’homme — Jean 12

La résurrection de Lazare a révélé la gloire de Jésus comme Fils de Dieu ; maintenant, nous avons le privilège d’entendre un nouveau témoignage, rendu à sa gloire comme Fils de David (12:12-19) et comme Fils de l’homme (12:20-36). Le résultat de ce triple témoignage à la gloire de Christ, en ce qui concerne la nation, est présenté dans la dernière partie du chapitre (12:37-50).

Le témoignage à la gloire de Christ comme Fils de Dieu est clairement rejeté par le peuple ; mais, avant de placer devant nous les autres témoignages à sa gloire, l’Esprit de Dieu a introduit cette scène touchante de Béthanie pour que nous sachions qu’il y avait des personnes — ses propres brebis — qui aimaient et appréciaient le Seigneur.

 

15.1                   Le souper de Béthanie — 12:1-11

Ch. 12:1-3

Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie. Ne pouvons-nous pas dire de cet endroit qu’il était le seul sur la terre qui avait un prix particulier pour le cœur de Christ ? C’était « le village de Marie », une croyante qui jouissait de toute l’approbation du Seigneur. Béthanie avait été la scène de la révélation de sa gloire dans la résurrection de Lazare. C’est à Béthanie qu’on « lui fit… un souper », et comme nous l’apprenons par Luc, c’est là que, lors de son ascension, « levant ses mains en haut, il les bénit » (Luc 24:50).

Il n’est pas arrivé souvent que quelqu’un ait fait un souper pour Christ quand il était dans ce monde. Les hommes, à l’occasion, étaient tout disposés à recevoir de lui une bénédiction ; mais ils ont rarement pensé à offrir quelque chose à Celui qui la dispensait. Pourtant, au début du ministère du Seigneur, Lévi « lui fit un grand festin dans sa maison » et invita « une grande foule » de pécheurs à s’asseoir avec lui à table (Luc 5:29). Maintenant à la fin, dans les derniers jours de son chemin sur la terre, on prépare un souper pour lui et il s’assied au milieu de ses saints.

Quel immense festin Christ était venu offrir dans ce monde plein de besoins ! Il était venu révéler le Père (1:18) ; apporter la joie (2:10, 11) ; nous parler des choses célestes (3:12) ; conduire nos cœurs dans des scènes de satisfaction éternelle (4:14) ; nous faire passer de la mort à la vie (5:21, 24) ; nous délivrer de la misère (6:35) ; nous donner le Saint Esprit (7:39) ; et nous introduire dans les bénédictions du christianisme (10). Dans toutes ces actions bénies, il était le Donateur ; mais maintenant enfin, dans la maison de Béthanie, il va recevoir. Enfin le moment était venu où quelques cœurs dévoués préparent un festin pour Celui qui en a fait un pour le monde entier — « On lui fit… là un souper ».

Au milieu de la haine croissante du monde contre Christ, une petite compagnie se réunit pour « lui faire un souper ». Les chefs de ce monde peuvent bien tenir conseil pour mettre Christ à mort et donner des ordres pour qu’il soit livré entre leurs mains ; mais sans se laisser émouvoir par leurs complots odieux et leurs vains commandements, et face à toute l’opposition, cette petite compagnie « lui fait un souper ». Certainement, le Seigneur a estimé ce souper à sa juste valeur, et l’amour qui l’a préparé a été très précieux à ses yeux.

De même que dans les derniers jours du judaïsme corrompu, quelques-uns des siens, qui avaient entendu sa voix et avaient été touchés par son amour, ont eu la possibilité de lui faire un souper, aujourd’hui, dans les derniers jours du christianisme corrompu, au milieu de la marée montante de l’apostasie, alors que son nom est renié et son œuvre méprisée, des individus peuvent encore lui faire un souper ; en effet, le Seigneur a dit : « Si quelqu’un entend ma voix et qu’il ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je souperai avec lui, et lui avec moi » (Apoc. 3:20).

Dans cette heureuse compagnie de Béthanie, nous pouvons voir que le service, la communion et l’adoration ont chacun leurs représentants, mais tous s’unissent pour « lui faire un souper ». Marthe sert toujours, mais elle n’est plus distraite par son service. Autrefois, celui-ci occupait dans ses pensées une plus grande place que Christ ; maintenant Christ a une plus grande place que son service. Elle sert pour « lui faire un souper ».

Concernant Lazare, qui avait passé par la maladie et la mort, et qui avait été ressuscité d’entre les morts miraculeusement, nous lisons qu’il était « l’un de ceux qui étaient à table avec lui ». Il se repose dans la jouissance de la communion avec Christ.

Marie, qui s’était tenue précédemment à ses pieds pour apprendre (Luc 10:39), et qui avait pleuré peu auparavant à ses pieds dans son affliction (11:32), est maintenant à ses pieds pour adorer. Elle oint ses pieds avec le parfum de grand prix et lui essuie les pieds avec ses cheveux. Par son acte, elle proclame que, selon son estimation, rien de ce qu’elle possède n’est assez bon pour Christ. Elle répand sur lui le précieux parfum, et met à sa disposition ce qui constitue la gloire d’une femme : ses cheveux. À ce moment, elle ne pensait pas aux pauvres ou à la bénédiction d’autrui ; elle était tout entière occupée de Christ. En réalité, c’est cela l’adoration ; mais même ainsi, celui qui est absorbé par Christ apportera de la bénédiction à d’autres ; aussi lisons-nous : « La maison fut remplie de l’odeur du parfum ».

 

Ch. 12:4-6

Hélas ! au parfum de l’amour vient se mêler l’astuce du traître. Jésus est la lumière et, dans sa présence, tous sont manifestés sous leurs vraies couleurs. Ce qui a été l’expression de l’amour d’une sainte dévouée fournit l’occasion de découvrir la convoitise d’un pécheur sans cœur. Tandis que Marie se réjouit de consacrer le nard « de grand prix » à Celui dont la valeur est infinie, Judas calcule froidement le prix du parfum — trois cents deniers constituaient le salaire annuel d’un ouvrier, une somme qui aurait permis de pourvoir aux besoins d’une famille nécessiteuse pendant une année. Quand bien même il déclare que l’argent aurait pu être donné aux pauvres, le seul regret de Judas est de ne pas avoir pu ajouter ce montant à ses gains déshonnêtes. Ne se souciant ni de Jésus ni des pauvres, cet homme est gouverné par l’amour de l’argent ; pour en obtenir, il est prêt à voler dans la bourse et à trahir Christ.

 

Ch. 12:7, 8

Le Seigneur protège ses brebis contre le voleur qui vient pour voler, tuer et détruire. Si, par amour, le Berger met sa vie pour les brebis, il ne permettra pas qu’elles soient touchées. Jésus dit : « Permets-lui ». Marie n’avait probablement pas une perception claire de la mort et de la résurrection de Christ, mais ses instincts spirituels, mus par l’affection, la conduisent à faire le bon geste au bon moment ; et, comme cela a été dit, le Seigneur donne à son acte « une voix qui provenait de son intelligence ».

Elle aurait certes eu maintes occasions de vendre le parfum au profit des pauvres, ou de le répandre plus tôt sur Christ. Mais, dit le Seigneur, elle a « gardé ceci » pour ce moment suprême. Le Seigneur permet que tous sachent que le parfum a été gardé pour le jour de la préparation à son ensevelissement. C’était une expression d’amour pour Christ, qui devient un témoignage au fait que Celui qui venait de ressusciter un homme d’entre les morts allait lui-même entrer dans la mort. Le Seigneur n’est assurément pas indifférent aux pauvres, car il dit que nous avons toujours les pauvres avec nous ; mais, avec une tendresse touchante, il ajoute : « Moi, vous ne m’avez pas toujours ». Il est conscient de son départ imminent ; quant à Marie, ses instincts spirituels lui disent que l’ombre de la mort est en train de se refermer sur son Seigneur. Lazare était un témoin de la puissance de Christ en résurrection, mais l’acte de Marie déclarait que Celui qui avait la puissance de la vie en résurrection allait entrer dans la mort. Comme si souvent, l’amour dévoué donne l’intelligence divine. Marie semble ainsi être la seule qui soit entrée dans la pensée du Seigneur et ait réalisé que la mort était devant lui.

 

Ch. 12:9

Judas était caractérisé par un esprit de mensonge, de traîtrise et d’hypocrisie. Toutefois, d’autres personnes — une grande foule d’entre les Juifs — qui n’étaient pas poussées par des motifs aussi sordides, étaient présentes ; elles étaient venues, attirées non par la foi en Christ, mais plutôt par la curiosité : pour voir un homme qui avait été ressuscité d’entre les morts.

 

Ch. 12:10, 11

Si à Béthanie une maison était remplie du parfum de l’amour qui avait fait un souper pour le Seigneur, dehors nous trouvons ceux qui, animés par la haine et la méchanceté, tenaient conseil afin de faire mourir Lazare ainsi que Celui qui l’avait ressuscité d’entre les morts. Ils auraient bien aimé se débarrasser non seulement de Jésus, mais aussi de tout témoin vivant à sa grâce et à sa puissance. Au fond, le monde demeure le même ; il ne veut ni de Christ ni de ses fidèles témoins. Ceux qui vivent pieusement subiront la persécution. Et derrière l’hostilité des conducteurs juifs se cache toujours l’envie qui ne peut supporter de voir leurs disciples les quitter pour suivre Jésus.

 

15.2                   Témoignage rendu à la gloire du Seigneur comme Fils de David — 12:12-19

Ch. 12:12-19

Toutefois, Dieu décide qu’un témoignage adéquat sera rendu à la gloire de Celui que l’homme a rejeté. Sa gloire comme Fils de Dieu a déjà été démontrée ; maintenant sa gloire comme Fils de David va faire l’objet d’un nouveau témoignage. Entendant dire que Celui qui a ressuscité Lazare d’entre les morts venait à Jérusalem, une grande foule sort avec des rameaux de palmiers pour l’acclamer comme le Fils de David, le roi d’Israël promis, Celui qui vient au nom du Seigneur, comme l’annonce leur propre psaume (118:26), et monté sur l’ânon d’une ânesse, selon qu’il est écrit dans les Prophètes (Zach. 9:9).

Les disciples furent lents à réaliser la signification profonde de ces choses : ils ne les comprirent qu’après la glorification de Jésus. Toutefois, impressionnée par la résurrection de Lazare, la foule conclut à juste titre que cette personne glorieuse était le Fils de David promis depuis longtemps. En présence de ce témoignage à la gloire de Christ, les pharisiens doivent admettre « entre eux » que leur opposition ne sert à rien. Le croyant aussi est invité à ne jamais oublier que, malgré toutes les apparences du contraire, nulle opposition contre Christ ou la vérité ne peut finalement l’emporter.

 

15.3                   Témoignage rendu à la gloire du Seigneur comme Fils de David — 12:20-36

Ch. 12:20-23

La venue des Grecs (il s’agit non pas d’Hellénistes, c’est-à-dire de Juifs parlant grec, mais d’Hellènes : de gens des nations) — en réalité, des Gentils — et leur désir de voir Jésus sert d’introduction au troisième grand témoignage à la gloire de Christ comme Fils de l’homme. Les Gentils n’avaient aucun droit sur Christ comme le Messie, aussi ces Grecs s’approchent-ils du Seigneur de la bonne manière, par l’intermédiaire des disciples, de même qu’auparavant le centurion d’entre les nations avait envoyé les anciens des Juifs demander au Seigneur de venir. Le Seigneur parle aussitôt de lui-même comme le Fils de l’homme, un titre sous lequel il devient la voie de bénédiction pour « tous les hommes » (12:32). Ainsi, le désir des Gentils de voir Jésus amène le Seigneur à donner à ses disciples la vision d’un ordre de bénédiction entièrement nouveau, s’étendant loin au-delà des limites d’Israël. Il peut dire : « L’heure est venue pour que le Fils de l’homme soit glorifié ».

Nous savons qu’ayant été rejeté comme le Fils de Dieu et le roi d’Israël, selon le psaume 2, Christ recevra la domination sur toute la terre comme Fils de l’homme, selon le psaume 8. Par le prophète Daniel, nous apprenons encore que, comme Fils de l’homme, il lui sera donné « la domination, et l’honneur, et la royauté, pour que tous les peuples, les peuplades et les langues, le servent » (Dan. 7:13, 14). Ainsi l’Ancien Testament présente abondamment la domination universelle par laquelle Christ sera glorifié. Le moment de cette gloire n’est pas encore venu ; ainsi, lorsque le Seigneur dit : « L’heure est venue pour que le Fils de l’homme soit glorifié », il n’a certainement pas en vue le royaume, mais il pense à la croix, où le Fils de l’homme allait être glorifié en glorifiant le Père, selon l’enseignement qu’il donnera plus tard dans la chambre haute (13:31).

 

Ch. 12:24

Aussi le Seigneur parle-t-il immédiatement de sa mort qui ouvre la voie de la bénédiction à « tous les hommes ». Il faut que Christ meure, une vérité d’une importance si immense que le Seigneur l’introduit par un « En vérité, en vérité ». À moins que Christ, le précieux grain de blé, ne tombe en terre et ne meure, il doit demeurer seul pour l’éternité. S’il n’est pas semé, le grain de blé reste un grain solitaire ; s’il est semé, non seulement il porte beaucoup de fruit, mais du fruit de la même espèce. Ainsi le Seigneur entre dans la mort afin d’assurer une semence selon son ordre à lui. Des siècles auparavant, regardant à la croix, Ésaïe a pu dire : « S’il livre son âme en sacrifice pour le péché, il verra une semence » (És. 53:10).

 

Ch. 12:25

La voie de la bénédiction pour l’homme passe donc par la mort. Mais la bénédiction dans laquelle la mort de Christ introduit le croyant est d’un ordre entièrement nouveau, au-delà de la puissance de la mort. Le Seigneur met ainsi en contraste les deux sphères de vie, la « vie dans ce monde-ci », et la vie de joie et de bénédiction qui est appelée « la vie éternelle ». La vie dans ce monde est au mieux une existence passagère ; celle que donne le Seigneur est « éternelle ». Affectionner sa vie ici-bas, c’est se raccrocher à une vie qu’il nous faudra perdre, et perdre même en la poursuivant. Haïr sa vie dans ce monde, en vue de la vie éternelle, signifie entrer maintenant même dans la jouissance de la vie éternelle. Pesons bien la signification profonde des paroles du Seigneur. Se tourner vers le monde, cherchant notre plaisir dans tout ce en quoi le monde estime se trouver la vie, se révèlera n’être qu’amertume et chagrin pour le croyant, quand il découvrira qu’il poursuit ce qui, non seulement ne peut pas donner de satisfaction durable, mais même sous son meilleur aspect échappe toujours plus à son étreinte, car c’est une vie qui finit dans la mort.

 

Ch. 12:26

En outre, nous ne possédons pas seulement la vie nouvelle avec ses joies durables en contraste avec la vieille vie passagère, mais nous avons le privilège de vivre une vie de service pour le Seigneur. Pour marcher dans ce sentier de service, nous devons suivre le Seigneur. Ainsi, un peu plus loin, l’injonction donnée par le Seigneur à Pierre de paître ses brebis est suivie par l’exhortation : « Suis-moi » (Jean 21:17, 19). Nous trouvons là un motif supplémentaire pour accepter la mort à la vie présente ; car en principe, « suivre » Christ passe par la mort au péché et au monde. Un tel chemin aura sa récompense en gloire. Suivre Christ conduira là où Christ est allé, pour être avec lui dans la demeure éternelle de la vie. Cela peut entraîner l’opposition et la persécution des hommes ; cela vaudra certainement d’être honoré par le Père.

 

Ch. 12:27, 28

Le Seigneur nous a exhortés à prendre le chemin de la mort à ce monde, qui conduit à la vie et à l’honneur. Mais avant que le croyant puisse suivre ce chemin, il fallait que Christ passe par la mort, comme jugement de Dieu contre le péché. Réalisant la solennité de l’abandon de Dieu à la croix, le Seigneur doit dire : « Maintenant mon âme est troublée ». Même alors, va-t-il demander : « Père, délivre-moi de cette heure » ? N’était-ce pas précisément pour cette raison — être abandonné afin que les siens ne le soient jamais — qu’il était venu à cette heure ? Aussi, quel qu’en soit le prix pour lui, il ajoute : « Père, glorifie ton nom ».

Immédiatement, la réponse du Père vient du ciel, disant : « Et je l’ai glorifié, et je le glorifierai de nouveau ». Le Père avait déjà glorifié son nom en ressuscitant Lazare ; maintenant il allait le glorifier en ressuscitant Christ pour une meilleure résurrection au-delà du pouvoir de la mort. La réponse au trouble éprouvé par l’âme du Seigneur en vue de la mort sous le jugement est la vie dans toute sa plénitude au-delà de la mort pour lui-même et les siens.

 

Ch. 12:29, 30

Le Père avait rendu publiquement témoignage que le Fils était Celui par qui il glorifiait son nom. Non habituée aux voix venant du ciel, la foule raisonnait sur ce témoignage public. Pour certains, il s’agissait d’un coup de tonnerre ; pour d’autres, de la voix d’un ange. Le Seigneur leur déclare clairement que la voix était venue pour eux : marchant toujours dans la communion avec le Père, il n’avait lui-même pas besoin d’un tel témoignage public.

 

Ch. 12:31-33

En outre, la voix constituait un avertissement que la mort et la résurrection de Christ, par lesquelles le Père est glorifié, allaient apporter le jugement au monde comme tel. Si l’heure était venue pour que le Fils soit glorifié et que le nom du Père le soit, l’heure du jugement du monde, où le chef de ce monde sera jeté dehors, était aussi venue. Le monde qui a rejeté Christ est condamné par la croix, tandis que la puissance de son chef est brisée. D’un autre côté, la croix manifeste le Sauveur qui devient le centre d’attrait pour « tous les hommes ». Sur la terre, il était en relation avec Israël, comme le Messie ; il pouvait dire : « Je ne suis envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël ». Mais, une fois le Seigneur « élevé de la terre », l’efficacité de sa personne et de son œuvre s’étend aussi bien aux Juifs qu’aux Gentils. « Il s’est donné lui-même en rançon pour tous ». Nous ne sommes pas laissés à nous-mêmes pour conclure que la croix est en vue, car il est dit clairement que, par ces paroles, le Seigneur indiquait « de quelle mort il allait mourir ». Ainsi la croix signifiait la souffrance pour le Seigneur (12:27), la gloire pour le Père (12:28), le jugement pour le monde (12:31), la destruction du pouvoir du diable (12:31) et le salut pour tous (12:32).

 

Ch. 12:34

Dans les versets qui suivent, nous voyons les ténèbres de la foule en contraste avec la lumière dans la personne de Christ, mettant au jour le conflit entre l’incrédulité et la vérité. La foule interprète justement l’élévation comme une référence à la croix, mais, dans son incrédulité, elle se sert des Écritures qui parlent du royaume éternel de Christ pour contredire les paroles du Seigneur. Omettant d’autres passages au sujet des souffrances de Christ qui conduisent à la gloire, elle demande : « Comment, toi, dis-tu qu’il faut que le Fils de l’homme soit élevé ? Qui est ce Fils de l’homme ? »

 

Ch. 12:35, 36

Par leurs questions, ils trahissaient les ténèbres de leurs âmes. Sans donner de réponse formelle, le Seigneur répond à l’état d’âme qui les inspirait. Il était la lumière du monde ; encore un peu de temps, et la lumière serait retirée. La sagesse aurait consisté à profiter de la lumière, de peur que, quand il serait trop tard, les ténèbres ne s’emparent d’eux. La lumière était là dans la personne de Christ, mais seuls ceux qui croyaient en la lumière auraient l’intelligence que donne la lumière et seraient alors caractérisés par la lumière, comme des fils de lumière. Celui qui rejetait la lumière de Christ tomberait dans les ténèbres de son propre esprit et s’égarerait, ne sachant pas où il va. Tel a été le cas de la nation juive qui a rejeté Christ ; et il en sera ainsi de la chrétienté apostate qui de nouveau rejette la lumière et est en train de se perdre dans les ténèbres du modernisme et de l’incrédulité. Une fois encore, aujourd’hui, depuis sa place qui est dehors, le Seigneur appelle ceux qui, dans la profession chrétienne, sont spirituellement aveugles ; il leur conseille de prendre un collyre pour oindre leurs yeux, afin qu’ils voient (Apoc 3:18).

Après avoir donné ces avertissements solennels, le Seigneur s’en alla et se cacha de devant ceux qui rejetaient tout témoignage à sa personne et méprisaient tous ses avertissements.

 

15.4                   Résultat du triple témoignage à la gloire de Christ — 12:37-50

Ch. 12:37, 38

Les derniers versets du chapitre présentent la position solennelle de la nation qui refuse de croire en Christ malgré les nombreux signes qui avaient été faits devant elle.

Premièrement, selon le prophète Ésaïe, ils avaient rejeté aussi bien ce qu’ils avaient « entendu » du Seigneur que le « bras du Seigneur ». Les paroles merveilleuses du Seigneur constituaient ce qu’ils avaient entendu ; et les nombreux miracles montraient le bras du Seigneur. Ils avaient totalement refusé de reconnaître comme venant de Dieu ce qu’ils avaient entendu, imputant les paroles du Seigneur au diable (8:49, 52). Ils avaient rejeté le bras du Seigneur en attribuant ses œuvres à la puissance du diable (10:20, 21).

 

Ch. 12:39-41

Deuxièmement, du fait qu’ils ne voulaient pas croire, le temps arrivait où « ils ne pourraient croire ». Ils ont été endurcis judiciairement. Ésaïe, qui a prophétisé de leur refus délibéré, annonce aussi le jugement judiciaire qui résulte du rejet de Christ. Ils avaient endurci leurs cœurs contre ses paroles et fermé leurs yeux à ses œuvres de puissance. En conséquence, Dieu les a livrés à la cécité et à l’endurcissement qu’ils avaient eux-mêmes choisis.

Ces choses, Ésaïe les avait dites quand il avait vu la gloire du Seigneur. S’il n’avait pas eu cette vision, il aurait pu avoir quelque espoir pour le peuple. En présence de la gloire, il voyait leur état solennel et désespéré.

 

Ch. 12:42, 43

Toutefois, plusieurs furent convaincus que le Seigneur était véritablement le Christ par la preuve irréfutable des œuvres. Apparemment, seule la raison avait été convaincue ; leurs cœurs restaient non touchés et inchangés. Ayant les hommes plutôt que Dieu devant eux, et désirant être bien considérés dans le monde religieux, ils n’étaient pas prêts à rencontrer l’opprobre de Christ, aussi ne le confessaient-ils pas, de peur d’être rejetés par les hommes.

 

Ch. 12:44-50

Les versets qui suivent donnent le témoignage public final du Seigneur.

a) Premièrement, nous voyons la bénédiction positive résultant du fait de croire en lui. La foi en lui donne au croyant la pleine révélation du cœur de Dieu. Voir le Fils, c’est voir le Père révélé dans le Fils. Le Père et le Fils sont un.

b) Deuxièmement, nous apprenons que cette « lumière » — la vérité quant à Dieu — est pour tous. Il était venu dans le monde, la lumière, afin que quiconque, Juif ou Gentil, croit en lui, ne demeure pas dans les ténèbres ou l’ignorance de Dieu.

c) Troisièmement, nous sommes avertis du jugement qui frappera celui qui entend et ne croit pas. Il est vrai que le Seigneur est venu non pas afin de juger le monde, mais afin de le sauver. Néanmoins, si ses paroles sont rejetées, elles seraient un témoin au dernier jour contre celui qui rejette Christ, et cela d’autant plus qu’elles étaient les paroles que le Père lui avait données à dire — des paroles données certes pour la vie et la bénédiction, mais qui, si elles étaient rejetées, deviendraient des paroles de condamnation.

 

16               Le lavage des pieds — Jean 13

Le premier verset du chapitre 13 introduit les derniers entretiens du Seigneur avec ses disciples. Il indique l’occasion qui a donné lieu à ces paroles d’adieu, le besoin chez les siens qui les a rendues nécessaires et le motif qui a amené le Seigneur à les prononcer.

L’occasion est indiquée par la mention qu’enfin « son heure était venue pour passer de ce monde au Père ». Au cours de la vie du Seigneur sur cette terre, nous avons rencontré d’autres « heures ». À Cana de Galilée, il pouvait dire à sa mère : « Mon heure n’est pas encore venue » — l’heure de sa manifestation en gloire au monde. Au chapitre 5, nous lisons : « L’heure vient, et elle est maintenant, que les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront » — l’heure de sa grâce envers les pécheurs. En présence de l’inimitié de l’homme, à deux reprises il est dit que « personne ne mit la main sur lui, parce que son heure n’était pas encore venue » — l’heure de ses souffrances. L’heure dont il est question dans notre chapitre — celle qui introduit les paroles d’adieu — a un autre caractère. Il ne s’agit pas de l’heure de sa grâce envers les pécheurs, ni de l’heure de ses souffrances pour eux. Ce n’est pas non plus l’heure de sa manifestation en gloire au monde ; nous avons ici plutôt l’heure de son retour dans sa gloire auprès du Père, dans l’amour et la sainteté de la maison du Père.

Mais les disciples allaient être laissés dans un monde de corruption qui haïssait le Père et rejetait Christ. Afin d’être gardés du mal régnant dans le monde qu’ils traversent, et de jouir pourtant de la communion avec Christ dans la demeure d’amour et de sainteté du Père, ils vont avoir besoin de ce dernier ministère de grâce, avec ses consolations, ses instructions et ses avertissements.

Nous apprenons en outre le motif qui a conduit le Seigneur à ce dernier acte de grâce, à prononcer ces paroles d’adieu et à faire monter la prière qui les termine. Si l’occasion était fournie par son départ auprès du Père, le motif se trouvait dans son amour pour les siens. Le Seigneur va quitter ce monde, mais il y laisse ceux qu’il se plaît à appeler « les siens ». Ils constituent un groupe de croyants sur la terre appartenant à Christ dans le ciel. Ils sont « les siens » comme fruit de sa propre œuvre ; les siens comme ceux que le Père lui a donnés. Ils n’ont peut-être pas beaucoup de valeur aux yeux du monde, mais ils sont très précieux aux yeux du Seigneur. « Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’à la fin ». Il allait bien les quitter, mais il ne cesserait pas de les aimer. Souvent l’amour humain s’altère : nous nous séparons, nous oublions et cessons de nous intéresser les uns aux autres. Le prophète déclare que même une femme peut oublier son nourrisson, mais l’Éternel dit : « Moi, je ne t’oublierai pas » (És. 49:15). Si le Seigneur s’en va de ce monde, il n’oubliera pas les siens, ni ne cessera de les aimer. Hélas ! nos cœurs peuvent se refroidir à son égard, nos mains se lasser de faire le bien, nos pieds s’égarer. Mais nous possédons une assurance : jamais lui ne nous fera défaut. Son amour nous portera et prendra soin de nous « jusqu’à la fin » ; et alors, nous serons reçus par son amour dans la demeure éternelle de l’amour, où il n’y a ni cœurs froids, ni mains qui se lassent, ni pieds qui s’égarent.

Ainsi, alors que nous approchons des scènes finales du séjour du Seigneur avec ses disciples, pour considérer le dernier acte, écouter les dernières paroles et entendre la dernière prière, la Parole nous rappelle l’occasion qui a provoqué cet ultime ministère, le besoin qui le rendait nécessaire et l’amour qui y a répondu.

Avant d’entrer dans les détails de ces derniers discours, il peut être utile de suggérer quelques pensées quant au caractère général des vérités présentées et à l’ordre dans lequel elles sont développées. On remarquera qu’au chapitre 13 les disciples sont placés dans les relations qui conviennent les uns à l’égard des autres. Ils ont à se laver les pieds les uns aux autres et à s’aimer les uns les autres. Au chapitre 14, nous les voyons établis dans des relations justes avec les Personnes divines — le Fils, le Père, et le Saint Esprit. Au chapitre 15, ils sont mis dans des relations appropriées avec le cercle chrétien, en vue de porter du fruit pour le Père et de rendre témoignage à Christ dans un monde d’où il est absent. Au chapitre 16, ils sont instruits quant aux choses à venir, en vue de leur pèlerinage au travers d’un monde hostile, par lequel ils sont haïs, incompris, et persécutés.

On verra ainsi qu’au chapitre 13 les pieds des disciples sont lavés ; au chapitre 14, leur cœur est consolé, au chapitre 15, leurs lèvres sont ouvertes pour témoigner ; et au chapitre 16, leur esprit est instruit afin qu’ils ne soient pas découragés par les persécutions qu’ils peuvent être appelés à rencontrer.

On remarquera en outre qu’il y a une progression dans l’instruction. La vérité énoncée dans un chapitre prépare à la révélation nouvelle du chapitre suivant. Le service du chapitre 13 prépare les disciples à la communion avec les personnes divines, telle qu’elle est développée au chapitre 14. La communion avec les personnes divines dans leur sphère propre — à l’intérieur — les prépare à porter du fruit et à rendre témoignage dans le monde — la scène extérieure présentée dans le chapitre 15. Puis le fruit et le témoignage du chapitre 15 conduisent à la persécution à laquelle le Seigneur prépare les siens par la vérité du chapitre 16. Le développement de ces grandes vérités ne suffit néanmoins pas pour les maintenir dans ce monde comme les représentants de Christ ; la prière est nécessaire. Ainsi les entretiens avec les disciples se terminent par la prière au Père, rapportée au chapitre 17.

 

16.1                   Le lavage des pieds — 13:2-17

Le Seigneur ne pourrait plus être le compagnon de ses disciples au cours de leur pèlerinage sur la terre, mais il ne cessera pas d’être leur serviteur dans sa nouvelle position au ciel. Aussi trouvons-nous, dans la scène qui suit (13:2-17), un acte de grâce qui, tout en mettant fin au service d’amour du Seigneur envers les siens sur la terre, préfigure celui qu’il accomplira pour eux lorsqu’il aura pris sa nouvelle place dans la gloire. S’il ne peut plus avoir part avec nous personnellement dans le sentier de l’abaissement, il fera en sorte que nous puissions avoir part avec lui dans sa position de gloire. Voilà, pensons-nous, la portée de cet acte plein de grâce du lavage des pieds. Tout au long de sa vie parfaite, la pensée qui était dans le Christ Jésus a toujours été l’oubli de soi-même dans le service d’amour pour les autres ; et dans ce dernier acte, bien qu’ayant devant lui l’ombre sinistre de la croix, le Seigneur s’oublie encore lui-même afin de servir les siens.

Les versets 2 et 3 introduisent cet humble service en montrant, d’une part, sa profonde nécessité et, d’autre part, combien le Seigneur était parfaitement qualifié pour l’accomplir.

La nécessité du lavage des pieds est rendue évidente par le fait que les disciples vont être laissés dans un monde où le diable et la chair sont unis dans une hostilité acharnée contre Christ. La mention de la trahison de Judas au début de cette scène, comme celle du reniement de Pierre un peu plus loin, montre clairement que la chair, dans un pécheur aussi bien que dans un saint, n’est qu’un instrument à la disposition du diable. Les convoitises non jugées de la chair avaient ouvert le cœur de Judas aux suggestions du diable. Trahir son ami, et cela par le témoignage de l’amour, est quelque chose de repoussant même pour l’homme naturel. Mais le désir indomptable de satisfaire la convoitise prépare le cœur à recevoir une suggestion qui est contraire à la nature et ne pouvait venir que du diable.

En face de cet effroyable déploiement de la puissance de la chair et du diable, la perspective d’être laissés dans un monde mauvais, avec la chair à l’intérieur et le diable à l’extérieur, avait bien de quoi épouvanter le cœur des disciples. Mais immédiatement, le Seigneur relève nos cœurs en les détournant de la chair et du diable, et en les dirigeant vers lui et vers le Père, pour apprendre que « le Père… avait mis toutes choses » entre les mains de Christ. Un grand pouvoir est entre les mains du diable qui nous hait, mais « toute autorité » est dans les mains de Christ qui nous aime. Et non seulement « toute autorité » avait été donnée à Christ, mais il allait au siège de l’autorité — il était venu de Dieu et il s’en allait à Dieu.

Tout en ressentant, avec une sensibilité parfaite, la trahison d’un faux disciple et le reniement prochain d’un vrai disciple, le Seigneur poursuivait néanmoins son chemin dans la calme conscience que toute autorité était entre ses mains et qu’il allait au siège de l’autorité. De même, il voudrait que nous traversions ce monde mauvais sachant qu’il a toute autorité et qu’il se trouve dans le lieu où elle s’exerce. En outre, non seulement le Seigneur est au siège même de la puissance et détient toute autorité, mais, dans la scène qui suit, il nous révélera qu’il se plaît à l’exercer en notre faveur. Celui qui a toute l’autorité entre ses mains a aussi tout l’amour dans son cœur. C’est ainsi que, mû par l’amour de son cœur, Celui qui détient toute l’autorité entre ses mains va prendre entre ces mêmes mains les pieds souillés de ses disciples fatigués du chemin. Le Seigneur de tous devient le serviteur de tous.

 

Ch. 13:4, 5

Pour accomplir ce service de grâce, il « se lève du souper ». Il se lève du souper de la Pâque, qui parle de son association avec nous dans les gloires du royaume (Luc 22:15, 16), afin de faire ce qui conduit à notre communion avec lui dans les gloires célestes. Dans la perfection de sa grâce, il se ceint d’un linge pour cet ultime acte de service et, versant de l’eau dans un bassin, il se met à laver les pieds de ses disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint.

 

Ch. 13:6, 7

« Il vient donc à Simon Pierre ». Si, muets de surprise, les autres disciples acceptent le service du Seigneur, Pierre, avec son caractère impulsif, donne libre cours à ses pensées. Il parle à trois reprises, révélant chaque fois son ignorance de la pensée du Maître. La première fois, il désapprouve l’humble service du Seigneur ; la deuxième fois, il le refuse catégoriquement ; la dernière fois, il s’y soumet impulsivement, mais d’une façon qui aurait dépouillé un tel acte de toute sa signification profonde. Néanmoins, comme quelqu’un l’a dit : « Si nous sommes avertis par les erreurs des disciples, combien plus ne sommes-nous pas instruits par les réponses qui les corrigent ». Nous trouvons le sens spirituel profond de cet ultime service dans la réponse du Seigneur.

Pierre ne pouvait comprendre que le Seigneur de gloire s’abaisse à laver ces pieds souillés par la marche. Aussi ses premières paroles expriment-elles une protestation mêlée de surprise : « Seigneur, me laves-tu, toi, les pieds ? » Le Seigneur répond : « Ce que je fais, tu ne le sais pas maintenant, mais tu le sauras dans la suite ». Nous apprenons ainsi qu’à ce moment les disciples ne pouvaient pas discerner la signification spirituelle de l’acte du Seigneur. Plus tard, lorsque le Saint Esprit serait venu, tout serait rendu clair. Il est donc évident que ce service ne visait pas, comme on le dit souvent, à donner une leçon d’humilité par un acte d’humilité suprême de la part du Seigneur. Pierre n’aurait pas eu besoin d’attendre un jour futur pour discerner l’humilité de l’acte. Ses paroles mêmes montrent que l’humilité du Seigneur occupait toutes ses pensées à ce moment-là.

 

Ch. 13:8

Sans être arrêté par la réponse du Seigneur qui aurait dû l’amener à garder le silence jusqu’au « dans la suite » où tout serait éclairci, Pierre dit maintenant avec détermination : « Tu ne me laveras jamais les pieds ». Dans sa grâce patiente, passant par-dessus ce manque d’égards, le Seigneur corrige l’impulsivité de Pierre en déclarant : « Si je ne te lave, tu n’as pas de part avec moi ». Toute brève que soit cette réponse, nous pouvons voir, maintenant que nous avons reçu l’Esprit, qu’elle donne la signification spirituelle du lavage des pieds : celui-ci symbolise le service actuel du Seigneur, par lequel il débarrasse notre esprit de tout ce qui nous empêcherait d’avoir part avec lui.

Remarquons que le Seigneur ne dit pas : tu n’as pas de part en moi. Le service du lavage des pieds est certes précieux, mais jamais il n’assurerait de « part en Christ ». Il a fallu pour cela l’œuvre plus grande de la croix qui, une fois accomplie, ne peut jamais être répétée. Par cette œuvre plus grande, la part en Christ a été à jamais assurée à tout croyant. Le lavage des pieds est la présentation symbolique sur la terre d’un service continué dans le ciel — un service qui rend les croyants sur la terre capables d’avoir communion avec Christ dans le ciel. En effet, les paroles du Seigneur « part avec moi », ne signifient-elles pas communion avec lui dans la maison du Père, ce lieu de saintes affections ? Que le Seigneur s’approche de nous et s’entretienne avec nous dans nos demeures, comme il le fit quand il entra dans la maison à Emmaüs, est certes un fait béni. Mais une « part avec lui » renferme la pensée plus précieuse encore que nous pouvons avoir communion avec lui dans sa maison. Ce fut le cas pour les disciples d’Emmaüs quand, le même soir, ils trouvèrent le Seigneur au milieu de ses saints réunis à Jérusalem. Les paroles du Seigneur à Laodicée ne présentent-elles pas aussi cette double vérité, lorsqu’il peut dire : « Si quelqu’un entend ma voix et qu’il ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je souperai avec lui, et lui avec moi ».

Il semblerait en outre que le lavage des pieds n’est pas strictement une image du service de notre Seigneur comme avocat, ni de sa grâce sacerdotale, bien qu’il touche à la nature des deux. L’œuvre sacerdotale du Seigneur a en vue nos infirmités ; le service d’avocat du Seigneur s’occupe des péchés effectifs dans le chemin. Le lavage des pieds ranime l’âme assoupie et réchauffe les affections que les occupations quotidiennes tendent à refroidir, entravant ainsi la communion avec Christ là où il est.

La fatigue et la faiblesse physiques peuvent nous empêcher d’être des témoins pour Christ ici-bas ; sa grâce sacerdotale s’emploie alors à nous soutenir dans nos infirmités. Hélas ! nous pouvons aussi avoir des défaillances et pécher, de manière à ne plus être en état de témoigner pour Christ : l’avocat restaure alors l’âme. Mais, sans qu’il n’y ait peut-être rien qui trouble la conscience, si les affections se sont refroidies, la communion avec Christ ne peut plus être réalisée, et alors le service du lavage des pieds intervient pour enlever l’obstacle. Nous pouvons voir encore une autre différence entre l’office d’avocat et le lavage des pieds : tandis que le premier restaure notre âme là où nous sommes, le second restaure notre esprit dans la communion avec Christ là où il est, lui.

Aux jours de la marche d’Israël dans le désert, les sacrificateurs devaient se laver les pieds avant d’entrer dans le tabernacle. Ils auraient certes pu convenir pour le peuple, pour le camp et pour le désert, mais la présence de l’Éternel exigeait un état qui ne pouvait être assuré que par le lavage des pieds. Aussi la cuve se trouvait-elle à l’entrée de la tente d’assignation (Ex. 30:17-21 ; 40:30-32).

 

Ch. 13:9-11

Quelle est donc la nature du service symbolisé par le lavage des pieds ? La réponse à la première remarque de Pierre a montré qu’il a une signification spirituelle ; la réponse à sa deuxième déclaration nous révèle le but qu’il a en vue ; enfin la réponse à sa dernière remarque indiquera plus clairement la nature du service ou la façon de l’accomplir.

Ayant quelque peu saisi la valeur bénie du lavage des pieds, Pierre revient maintenant sur sa déclaration péremptoire que le Seigneur ne lui laverait jamais les pieds. Poussé par son affection réelle pour le Seigneur et avec son impulsivité coutumière, il dit : « Seigneur, non pas mes pieds seulement, mais aussi mes mains et ma tête ». Même si sa remarque trahit de l’ignorance, elle exprime certainement une affection qui apprécie cette part avec Christ.

Le Seigneur répond : « Celui qui a tout le corps lavé n’a besoin que de se laver les pieds ; mais il est tout net ». Dans l’Écriture, l’eau typifie souvent l’effet purificateur de la parole de Dieu. À la conversion, la Parole est appliquée par la puissance de l’Esprit, produisant un changement complet et communiquant une nature nouvelle qui transforme entièrement les pensées, les paroles et les actions du croyant ; cette transformation est exprimée par ces mots du Seigneur : « tout le corps lavé ». Ce grand changement ne peut pas être répété, pourtant il arrive souvent à ceux qui ont ainsi tout le corps lavé de se lasser dans leur esprit. De même que les pieds du voyageur sont souillés et fatigués par la poussière du chemin, le croyant en contact avec la routine journalière, les devoirs de famille et les charges de la vie professionnelle, en plus du conflit constant avec le mal, éprouve souvent dans son esprit de la fatigue qui entrave sa communion avec Christ et les choses qui le concernent. Non qu’il ait fait quelque chose que la conscience ait à reprendre et qui réclamerait la confession, et le service de l’Avocat. Mais son esprit est accablé et a besoin d’être récréé. Christ se plaît à donner un tel rafraîchissement pour autant que nous voulions bien confier nos pieds à ses mains. Si nous nous tournons vers lui, il rafraîchira notre âme en se présentant lui-même devant nous, dans toutes ses perfections, par sa Parole.

Ainsi, par les réponses pleines de grâce du Seigneur à Pierre, nous découvrons le caractère spirituel d’un tel service, le but qu’il a en vue et comment il s’accomplit.

Hélas ! pour l’un des disciples, il n’aurait aucune signification ; en effet, le Seigneur doit dire : « Vous, vous êtes nets, mais non pas tous. Car il savait qui le livrerait ; c’est pourquoi il dit : Vous n’êtes pas tous nets ». Le traître n’avait jamais eu « tout le corps lavé ». Il n’était pas né de nouveau et, de ce fait, il n’éprouverait jamais le besoin du service plein de grâce du Seigneur ni ne connaîtrait le rafraîchissement qu’il apporte.

 

Ch. 13:12-17

Après avoir accompli ce service et repris sa place à la table, le Seigneur continue à nous enseigner quant au service du lavage des pieds. Bien que ce soit essentiellement son propre service, il l’accomplit néanmoins souvent par l’intermédiaire des siens. Nous sommes ainsi placés sous l’obligation — et nous recevons le privilège — de nous laver les pieds les uns aux autres. Service béni, accompli non pas en cherchant à nous corriger l’un l’autre (si nécessaire cela soit-il parfois), encore moins en nous critiquant mutuellement, mais en nous présentant Christ, chacun l’un à l’autre, car seule la présentation de Christ apportera du rafraîchissement à une âme lassée. Des années après cette scène dans la chambre haute, l’apôtre Paul nous dira qu’un des caractères qui recommandent la veuve pieuse est qu’elle a lavé les pieds des saints (1 Tim. 5:10). Cela n’implique certes pas qu’elle s’occupait seulement de reprendre le mal ou de corriger les fautes, mais plutôt qu’elle rafraîchissait l’esprit abattu des saints en venant de la part de Christ et pour présenter Christ.

Onésiphore n’a-t-il pas lavé les pieds de l’apôtre Paul ? L’apôtre écrit à son sujet : « Il m’a souvent consolé (*) et n’a point eu honte de ma chaîne » (2 Tim. 1:16). Et Philémon ne s’est-il pas acquitté de cette obligation envers ses frères ? Paul peut lui dire : « Les entrailles des saints sont rafraîchies par toi, frère » (Philém. 7). Le Seigneur lui-même n’a-t-il pas accompli directement ce service béni, lorsqu’il dit de nuit à son serviteur Paul lassé : « Ne crains point… parce que je suis avec toi » (Actes 18:9, 10) ?

 

(*) Dans le sens de « rafraîchir », « faire du bien ». (N.d.t.).

 

Enfin le lavage des pieds ne se limite pas à rafraîchir l’âme lassée ; il réjouit aussi le cœur de celui qui accomplit un tel service ; en effet, le Seigneur peut dire : « Si vous savez ces choses vous êtes bienheureux si vous les faites ».

 

16.2