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Les gloires de la Montagne, les afflictions de la Plaine

Luc 9:28-62

Hamilton  Smith

 

Traduit pour Bibliquest à partir du texte de Stempublishing. Sous-titres rajoutés par Bibliquest

 

Table des matières :

1       Les gloires de la Montagne — Luc 9:28-36

1.1         Les gloires de la Montagne avant de faire face aux douleurs de la Plaine

1.2         Un avant-goût de la venue du Seigneur — 2 Pierre 1:16-18

1.3         Les gloires à venir révélées à un Homme en prière — Luc 9:29

1.4         Une gloire partagée — Luc 9:31a

1.5         À l’aise dans la gloire : une libre et heureuse communion — Luc 9:30

1.6         Le sujet des entretiens : la mort qu’Il allait accomplir — Luc 9:31b

1.7         La voix du Père, dans Sa maison, parlant de ce qu’Il trouve dans Son Fils — Luc 9:35

1.8         Quand ils furent réveillés, ils virent sa gloire — Luc 9:32b

2       Les afflictions de la Plaine

2.1         Dans la Plaine avec Jésus et avec le secret de la Montagne dans le cœur

2.2         Ce qu’on rencontre dans la Plaine

2.2.1      La foule : un monde dans le besoin — Luc 9:37

2.2.2      La puissance du diable. Ressources — Luc 9:38-39, 42

2.2.3      Notre insuffisance — Luc 9:40

2.3         Le vrai caractère de la chair — Luc 9:41-45

2.3.1      Incrédulité de la chair — Luc 9:40-41

2.3.2      Orgueil de la chair — Luc 9:43-44

2.3.3      Ignorance de la chair, ignorance du rejet de Christ et de la croix — Luc 9:45

2.3.4      Méfiance de la chair — Luc 9:45

2.4         Différentes formes d’égoïsme de la chair — Luc 9:46-56

2.4.1      Égoïsme personnel — Luc 9:46-48

2.4.2      Égoïsme de parti — Luc 9:49, 50

2.4.3      Exaltation du moi sous couvert de zèle pour le Seigneur — Luc 9:51-56

2.5         Différentes façons dont ce qui est de la nature entrave — Luc 9:57-62

2.5.1      Énergie de la nature — Luc 9:57

2.5.2      Relations de la nature — Luc 9:59-60

2.5.3      Affections naturelles —Luc 9:61-62

 

 

1         Les gloires de la Montagne — Luc 9:28-36

1.1        Les gloires de la Montagne avant de faire face aux douleurs de la Plaine

En suivant le Seigneur dans Son chemin de perfection, nous sommes amenés, en Luc 9, à deux scènes du plus grand intérêt. L’une se déroule sur la Montagne de la Transfiguration, l’autre a lieu dans les Plaines de Galilée. Sur la Montagne, nous nous trouvons en compagnie de Christ au milieu des choses célestes, apprenant les secrets du cœur du Père. Dans la Plaine, nous avons Christ avec nous au milieu des afflictions de la terre, pour y apprendre les secrets de nos cœurs en présence de la grâce de Son cœur.

Pour le bien et la prospérité de nos âmes, nous ferons bien de nous arrêter un moment sur ces deux scènes. Cependant la Montagne doit précéder la Plaine. Nos cœurs doivent être bien assurés quant à notre part aux gloires de la Montagne avant de pouvoir faire face aux douleurs de la Plaine.

Détournons-nous donc pour un moment de l’homme, et de son petit monde, et montons, pour ainsi dire, sur la Montagne, cherchant en esprit à respirer sa sainte atmosphère et à réjouir nos âmes de ses gloires variées. 

 

1.2        Un avant-goût de la venue du Seigneur — 2 Pierre 1:16-18

L’interprétation de la scène sur la Montagne n’est pas laissée à notre discernement spirituel personnel, car nous possédons le récit inspiré d’un des participants. Se référant au moment où lui et d’autres étaient avec Christ sur « la sainte montagne », Pierre peut dire : « Ce n’est pas en suivant des fables ingénieusement imaginées, que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, mais comme ayant été témoins oculaires de sa majesté. Car il reçut de Dieu le Père honneur et gloire, lorsqu’une telle voix lui fut adressée par la gloire magnifique : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir» » (2 Pierre 1:16-18). Pierre nous dit ainsi clairement que la sainte Montagne nous donne un avant-goût des gloires et des joies que nous partagerons lors de la venue, ou « présence », du Seigneur. Pendant longtemps, Il a été absent, mais lorsqu’enfin Il sera présent et que nous serons dans Sa présence, nous verrons Sa majesté. Nous qui avons vu la honte et le déshonneur accumulés sur Lui par l’homme, nous verrons avec un grand bonheur « l’honneur et la gloire » qu’Il recevra du Père. En compagnie de Christ, nous allons être introduits dans la présence du Père et entendrons la voix du Père nous parler du plaisir qu’Il trouve dans Son Fils bien-aimé.

La sainte Montagne nous donne un avant-goût de ces gloires à venir. Là, en effet, nous sommes rassasiés de la graisse de la maison de Dieu, et nous buvons au fleuve de Ses délices (Ps. 36:8).

 

1.3        Les gloires à venir révélées à un Homme en prière — Luc 9:29

Entrant dans cette scène de bénédiction, nous nous trouvons aussitôt devant un saint mystère. Car tout ce poids éternel de gloire (2 Cor. 4:17) est introduit en rapport avec un Homme en prière. « Il arriva [...] qu’Il prit avec lui Pierre et Jean et Jacques, et qu’il monta sur une montagne pour prier. Et comme il priait, l’apparence de Son visage devint tout autre ». Les douleurs de la terre remontent à la désobéissance et à l’indépendance d’un seul homme. Les gloires du monde à venir commencent avec l’obéissance et la dépendance d’un seul Homme. Les gloires célestes à venir sont centrées sur un Homme en prière sur la terre.

Puis, alors qu’avec une profonde joie nous contemplons le Seigneur en prière, il nous est permis de voir l’Homme en prière changé en un Homme glorifié. « L’apparence de Son visage devint tout autre, et Son vêtement devint blanc et resplendissant comme un éclair » (Luc 9:29). Quand l’homme s’est rendu indépendant de Dieu, il a cessé de glorifier Dieu et il est devenu un homme déshonoré (Rom. 1:21-32). Ici, nous avons Celui qui est devenu l’Homme dépendant, qui a glorifié Dieu et qui est Lui-même glorifié. Sur la terre, nous voyons la gloire de l’homme qui est, comme Pierre le rappelle, comme la fleur des champs qui « tombe » (1 Pierre 1:24) ; mais, sur la Montagne, nous avons avec Pierre une vision passagère d’une gloire qui ne passera jamais. Nous voyons « Sa majesté » et Sa gloire.

 

1.4        Une gloire partagée — Luc 9:31a

Or la Montagne recèle d’autres révélations bénies, car elle ne nous dit pas seulement que nous verrons Sa gloire, mais que nous partagerons Sa gloire. Nous ne serons pas seulement des spectateurs admiratifs, mais des participants privilégiés. Nous lisons ainsi : « voici, deux hommes [...] parlaient avec Lui ». Être les spectateurs d’une scène de gloire incomparable ne comblerait pas les aspirations profondes du cœur. De même, avoir part à une gloire dont Christ serait absent, ne suffirait pas. Mais la grâce qui conduit à la gloire est telle que nous allons contempler la gloire, et partager la gloire, et la partager avec Lui.

De plus, la Montagne nous parle d’un autre fait béni : nous ne serons pas seulement avec Lui, mais nous serons aussi semblables à Lui ; c’est ainsi que nous lisons que non seulement Moïse et Élie apparurent, mais qu’ils « apparurent en gloire ». Nous allons non seulement voir la gloire et partager la gloire, mais nous allons être rendu propres pour la gloire. Moïse en a fini avec sa verge du temps du désert ; Élie a mis de côté son manteau de prophète. Les jours de leur humiliation sont passés pour toujours, et ils apparaissent en gloire. Non seulement ils sont avec Christ, mais ils sont semblables à Christ, et ils sont rendus propres à être avec Christ, parce qu’ils Lui sont semblables. Sur la terre, on ne voit pas encore ce que nous serons, mais sur la Montagne, nous avons un aperçu de ce que nous serons lors de Son apparition. Nous Lui serons semblables, car nous Le verrons comme Il est (1 Jean 3:2).

 

1.5        À l’aise dans la gloire : une libre et heureuse communion — Luc 9:30

Ce n’est pas tout, car la Montagne dévoile un autre secret. Non seulement nous allons partager la gloire et être rendus propres pour la gloire, mais nous serons à l’aise dans la gloire, comme « chez nous ». Car nous lisons de Moïse et d’Élie qu’ils « parlaient avec Lui ». Cela évoque les rapports saints et bénis qui seront la part des saints dans la gloire. S’il avait été simplement écrit que Lui parlait avec eux, on aurait pu en déduire qu’ils étaient des auditeurs admiratifs, mais silencieux. Mais s’ils peuvent parler avec Lui, c’est que toute distance et toute réserve ont disparu. Les disciples avaient en effet de douces relations avec Christ sur la terre, bien que parfois de façon limitée, mais dans la gloire il y aura avec le Seigneur des rapports saints et bénis sans aucune restriction.

 

1.6        Le sujet des entretiens : la mort qu’Il allait accomplir — Luc 9:31b

En outre, non seulement nous voyons que dans la gloire il y aura une libre et heureuse communion, mais nous apprenons le grand sujet des entretiens du ciel. Ils « parlaient de Sa mort qu’Il allait accomplir » (Luc 9:31). Juste avant, comme aussi juste après la scène sur la Montagne, le Seigneur évoque Sa mort (Luc 9:22, 24), mais nous lisons : « ils ne comprirent pas cette parole » (Luc 9:45). Dans la Plaine, ils sont engourdis pour comprendre ; sur la Montagne il y a une intelligence divine des pensées du ciel et du cœur de Jésus. Là, Moïse et Élie communient avec Christ au sujet de ce qui remplit Son cœur. Ils perdent de vue l’inimitié des hommes ; ils ne pensent plus à la mort de Christ opérée par des mains iniques, mais plutôt à la mort qu’Il allait accomplir. La part de l’homme dans cette vaste affaire appelle à grands cris le jugement sur le monde. Ce que Lui a fait, l’évangile le répand jusqu’aux bouts de la terre. De plus, ils voient que Sa mort serait accomplie « à Jérusalem ». Combien cela pouvait paraître étrange pour un Juif ! Dans le lieu même où le Messie va régner, et où Il va recevoir un trône et une couronne, là Il doit accomplir Sa mort et recevoir une croix et un tombeau. Mais sur la Montagne, on parle de telles merveilles sans étonnement. Là, tout est clair. La gloire du royaume doit être établie en justice. Pour répondre aux justes exigences de Dieu, Il doit accomplir Sa mort. Les souffrances doivent précéder la gloire. La justice doit être satisfaite par la mort de Christ à Jérusalem, s’il faut que la grâce de Dieu se déverse sur le monde entier « en commençant par Jérusalem » (Luc 24:47).

Moïse avait donné la Loi, mais personne ne savait mieux que Moïse à quel point la nation avait entièrement failli sous la Loi. Le fait qu’Élie ait été suscité pour ramener Israël infidèle à l’Éternel, ne faisait que prouver leur état désespéré. Christ Lui-même était venu plein de grâce et de vérité (Jean 1:14), mais seulement pour être entièrement rejeté. Moïse, Élie, et par-dessus tout Christ Lui-même, sont les témoins de la culpabilité de la nation et de la profonde nécessité des souffrances de Christ pour pouvoir arriver aux gloires du Royaume. Moïse n’appelle plus le peuple « rebelles » (Nomb. 20:10) ; Élie n’accuse plus les fils d’Israël d’avoir abandonné l’alliance, renversé les autels et tué les prophètes (1 Rois 19:14). Ils regardent au-delà de la nation et de la méchanceté des hommes ; ils voient Christ, la mort qu’Il allait accomplir, et les gloires au-delà. Ils regardaient en effet à la gloire à travers la mort de Christ ; depuis la gloire nous regarderons rétrospectivement à la mort qu’Il a accomplie. C’était leur sujet de conversation sur la Montagne, ce sera notre chant dans la gloire dont la Montagne n’était que les précieuses prémices. 

 

1.7        La voix du Père, dans Sa maison, parlant de ce qu’Il trouve dans Son Fils — Luc 9:35

Enfin, dans cette grande scène nous sommes transportés dans une gloire qui dépasse la gloire du Royaume, car nous sommes introduits dans la Maison du Père. « Une nuée vint et les couvrit » (Luc 9:34). Ils étaient entourés et couverts par la nuée. Ces disciples juifs pouvaient bien comprendre la signification de la nuée qui leur parlait de la gloire de la « Shékina » [‘demeure’ ou ‘présence’ de Dieu] qui autrefois remplissait le lieu d’habitation de Dieu et qui parlait de la présence de Dieu. Dans les jours de leur traversée du désert, la nuée était au-dessus d’Israël, mais ils ne sont jamais entrés dans la nuée. Ici, sur la Montagne, sur la base de la mort de Christ qu’Il allait accomplir, et en compagnie d’un Christ glorifié, ces disciples entrent dans la Maison du Père. Et dans la Maison du Père, ils entendent la voix du Père, et la voix du Père déclare ce qu’il y a dans le cœur du Père. Ils entendent le Père dire : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ». Comme quelqu’un a dit : « Le Père ne dit pas : Celui-ci est le Fils que vous devez adorer et admirer, mais Il nous révèle Ses propres pensées à Son sujet ». « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ». Ce n’est pas simplement un rappel de ce que Christ est notre Bien-aimé, comme l’épouse du Cantique des cantiques peut dire : « Mon Bien-aimé est à moi, et je suis à Lui », mais nous entendons le Père dire : « Celui-ci est Mon Bien-aimé ». Bien-aimé, en effet, à cause de Son excellence intrinsèque, mais « Bien-aimé » aussi à cause de la mort qu’Il allait accomplir. « À cause de ceci le Père M’aime, c’est que Moi Je laisse Ma vie, afin que Je la reprenne » (Jean 10:17). Nous venons juste d’apprendre que le cœur du Fils est occupé de l’obéissance d’amour au Père en entrant dans la mort, et maintenant nous apprenons que le cœur du Père trouve ses délices dans le Fils. Ici donc, nous avons le privilège d’avoir communion avec les Personnes divines : communion avec le Fils dans Ses pensées de parfaite obéissance à la volonté du Père, et communion avec le Père dans les délices qu’Il trouve dans le Fils. 

Quelle part et quelle perspective sont ainsi ouvertes au croyant par la mort de Christ qu’Il allait accomplir à Jérusalem, et par la gloire de Christ qui suivrait — une perspective qui nous permet d’entrer dans la Maison du Père, d’entendre la voix du Père et qui nous révèle le cœur du Père !

 

1.8        Quand ils furent réveillés, ils virent sa gloire — Luc 9:32b

Encore une fois nous redisons : Quelle scène que celle-là, qui nous met en contact avec ce que « l’œil n’a pas vu, et que l’oreille n’a pas entendu, et qui n’est pas monté au cœur de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (1 Cor. 2:9) ! Véritablement, un avant-goût de l’univers de bonheur où l’homme sera amené dans la dépendance de Dieu, dans une scène de gloire, avec Christ et semblable à Christ. Là on est à l’aise (« chez soi ») avec Christ, on parle de tout ce qui est dans Son cœur, et on apprend les secrets du cœur du Père.

La mesure dans laquelle nous goûtons la bénédiction d’une telle scène est peut être bien faible ! Comme les disciples, la lourdeur des choses de la terre s’accroche à nous et les infirmités du corps nous entravent de telle sorte que nous n’entrons que peu au cœur de ces mystères célestes. Cependant pour notre consolation, nous lisons : « Quand ils furent réveillés, ils virent sa gloire ». Il n’en sera pas autrement pour nous-mêmes car, dit l’apôtre : « Réveille-toi, toi qui dors… et le Christ luira sur toi » (Éph. 5:14). Et en Sa lumière nous verrons la lumière (Ps. 36:9) ; nous verrons les gloires futures, nous regarderons au-delà des ombres de la vallée et nous verrons la lumière du soleil sur les collines, mais par-dessus tout nous verrons « le Roi dans Sa beauté » (És. 33:17), Celui qui est « un porte-bannière entre dix mille » et dont « toute [la] personne est désirable » (Cant. des cantiques 5:10, 16).

 

2         Les afflictions de la Plaine

2.1        Dans la Plaine avec Jésus et avec le secret de la Montagne dans le cœur

La Montagne, avec son avant-goût des gloires à venir, est un lieu que l’âme a du bonheur à visiter ; néanmoins la Plaine, avec ses afflictions, est notre lot journalier tandis que nous traversons ce monde. Mais bien qu’il nous faille quitter la Montagne pour affronter la Plaine, nous ne sommes pas appelés à quitter la compagnie de Jésus ; car nous lisons : « Et la voix s’étant fait entendre, Jésus se trouva seul ». La vision de la gloire s’efface, la nuée se dissipe, la voix se tait, mais Jésus reste, et reste seul avec Ses disciples.

Jésus avait pris les disciples avec Lui sur la montagne ; maintenant les disciples auront Jésus avec eux dans la Plaine. Ils affrontent la Plaine avec le secret de la Montagne dans leurs cœurs : un secret qu’en ces jours-là ils garderont caché, car ils ne dirent rien à personne des choses qu’ils avaient vues (Luc 9:36). Les gloires qu’ils avaient contemplées, le lieu où ils étaient entrés, la voix qu’ils avaient entendue, tout cela dépasse les capacités et les désirs de l’esprit naturel. Cependant, le jour est venu où Pierre n’a plus gardé le secret, mais s’est mis à parler à ceux qui ont reçu en partage une foi de pareil prix (2 Pierre 1:1) ; il a parlé de la Majesté du Seigneur, de la gloire excellente, et de la voix du Père (2 Pierre 1:16-18). Ce que Pierre rappelle nous dit l’impression durable produite sur les âmes des disciples par leur séjour sur la Montagne. Désormais cet humble Jésus qu’ils suivent est Celui qu’ils ont vu en puissance et en gloire et, si leur chemin de pèlerinage peut parfois être sombre, il est illuminé par la lumière de la gloire à laquelle il conduit. Pour nous aussi, quelle différence cela fait si nous avons vu le Roi dans Sa beauté (És. 33:17) et que nous reprenons notre voyage à travers les douleurs de la Plaine à la lumière du Christ de la Montagne.

 

2.2        Ce qu’on rencontre dans la Plaine

2.2.1        La foule : un monde dans le besoin — Luc 9:37

C’est ainsi que les disciples, et nous avec eux, sommes préparés à affronter la Plaine et ses afflictions. En descendant de la montagne, ils rencontrent « une grande foule », un fils unique qui se trouvait sous la puissance du diable, et des disciples incrédules (Luc 9:37-41). Ils sont confrontés au monde dans le besoin, à la puissance du diable, et à l’incrédulité de la chair.

 

2.2.2        La puissance du diable. Ressources — Luc 9:38-39, 42

Ces douleurs de la Plaine se trouvent matérialisées dans le cas pitoyable de l’homme qui supplie le Seigneur de jeter les yeux sur son fils unique. Le cœur du père en proie à la détresse, le corps de son fils déchiré par le diable, la foule indifférente, et les disciples du Seigneur impuissants ! Quelle image du monde dans lequel nous sommes ! Autour de nous un monde dans le besoin, mais endurci, contre nous le diable, et en nous la chair. Cependant comme les disciples, nous avons avec nous le Seigneur dans toute Sa grâce, et devant nous le Seigneur avec Sa gloire à venir. C’est comme s’Il disait : « Je vous ai montré sur la Montagne la gloire où Je vous mène ; Je vais maintenant vous montrer dans la Plaine la grâce qui peut vous garder à chaque pas du voyage sur le chemin vers la gloire ».

 

2.2.3        Notre insuffisance — Luc 9:40

Si, cependant, nous avons à apprendre la surabondante grâce de Son cœur, il nous faut découvrir notre insuffisance à nous appuyer sur Sa force, et le besoin que nous avons de faire appel à Sa grâce. C’est pourquoi le Seigneur révèle aux disciples et à nous-mêmes

● le vrai caractère de la chair (Luc 9:41-45),

● les différentes formes d’égoïsme qu’elle revêt (Luc 9:46-56), et enfin

● les différentes façons dont nous pouvons être entravés par ce qui est de la nature (Luc 9:57-62).

 

2.3        Le vrai caractère de la chair — Luc 9:41-45

2.3.1        Incrédulité de la chair — Luc 9:40-41

Tout d’abord nous avons la mise-à-nu de la chair dans son incrédulité (Luc 9:40-41). En présence de l’incapacité des disciples à chasser le démon, le Seigneur doit dire : « Ô génération incrédule et perverse, jusques à quand serai-Je avec vous et vous supporterai-Je ? » (Luc 9:41). Un besoin désespéré était là avec ce cas d’un enfant possédé par le démon ; la grâce était là dans la Personne de Jésus pour répondre au besoin ; et ceux qui se disaient disciples du Seigneur étaient là, mais hélas, c’est en vain que le monde regardait à eux. Ils étaient impuissants à cause de l’incrédulité de la chair qui les rendait incapables de faire usage de la puissance du Seigneur mise à leur disposition, et à cause de la perversité de la chair qui ne peut pas profiter de toutes les admirables manifestations de Sa puissance et de Sa grâce.

Dans une courte phrase, le Seigneur indique le grave résultat de l’incrédulité de Ses disciples (se disant tels). Il demande : « Jusques à quand serai-Je avec vous et vous supporterai-Je ? » Cette parole laisse entendre que la durée de la présence du Seigneur en grâce tirait à sa fin ; et que la fin serait provoquée, non pas par le mal qu’il y a dans le monde, ni par la puissance terrible de Satan, mais parce que ceux qui professaient Son Nom étaient incapables de faire usage de la grâce et de la puissance apportées par Christ dans le monde. Le Seigneur ne dit pas : « Ô monde qui es dans le besoin, jusques à quand serai-Je avec toi ? » car c’était justement les besoins du monde qui L’y avait fait venir, mais Il demande aux disciples incrédules : « Jusques à quand serai-Je avec vous et vous supporterai-Je ? ». Considération solennelle pour nous-mêmes, car il n’en est pas autrement dans ce jour de la grâce. C’est la carence de ceux qui professent le Nom de Christ sur la terre qui amènera la fin à la dispensation ; ainsi que nous lisons : « envers toi [la chrétienté professante] la bonté, si tu persévères dans cette bonté ; … sinon toi aussi, tu seras coupée » (Rom. 11:22). La dispensation a été ouverte par la puissance et la bonté de Dieu, et s’achèvera en raison de l’incapacité de ceux qui ont professé le Nom de Christ à faire usage de Sa puissance et de Sa grâce.  

Cependant pour notre consolation, notons que la défaillance de ceux qui professent le Nom de Christ ne conduit qu’à mettre en lumière les ressources indéfectibles de Christ pour ceux qui ont foi en Lui. Ceci est mis en évidence de manière très bénie dans cette belle scène de Luc 9. Ayant parlé de leur incrédulité et de leur perversité (9:41a), le Seigneur ajoute aussitôt : « Amène ici ton fils » (9:41b). Le début du verset dévoile nos cœurs, la seconde partie révèle Son cœur. C’est comme s’Il disait : « Même si vous êtes extrêmement défaillants, vous trouverez en Moi une ressource infaillible, de sorte que, quoi que vous découvriez dans votre cœur, et quels que soient vos besoins, venez à Moi, apportez-les-Moi tous ». La dispensation touchait à sa fin, mais tant que le Seigneur était présent, Sa grâce et Sa puissance étaient disponibles pour tous ceux qui Lui apportaient leurs besoins. De même aujourd’hui, la dispensation court rapidement à sa fin, les ombres s’allongent et les ténèbres s’épaississent, mais comme quelqu’un l’a justement dit : « Aussi longtemps que la grâce de Christ est à l’œuvre, et n’y aurait-il qu’un saint sur la terre, tout le reste alentours ayant défailli, ce saint-là trouvera la puissance de Christ prête à s’exercer en sa faveur ». Quel réconfort dans la vérité sous-jacente à ces paroles du Seigneur : « Amène ici ton fils » ! Que ce soit notre heureuse part de tirer profit de Ses paroles en apportant nos besoins, nos afflictions, nos difficultés et nos exercices à Christ ! Et pourtant, le fait d’amener notre exercice à Christ peut parfois faire que les difficultés paraissent accrues. Ainsi dans le cas qui est devant nous, lorsqu’en réponse à la parole du Seigneur, ils amènent l’enfant, nous lisons : « le démon le renversa et le tourmenta violemment ». Rien ne fait autant enrager le diable qu’un saint qui se tourne vers le Seigneur en prière. Cela peut donner lieu à une nouvelle explosion violente de l’opposition du diable, qui accentue la difficulté même que nous désirions voir enlevée, mais à la fin cela ne fait que magnifier la grâce et la puissance qui agissent pour nous soulager.

Mais hélas, la manifestation de la grâce et de la puissance du Seigneur devient une nouvelle occasion de mettre en évidence l’incrédulité du cœur humain, car nous lisons : « tous furent étonnés de la grandeur de Dieu » (Luc 9:43a), et encore : « tous s’étonnaient de tout ce que Jésus faisait » (Luc 9:43b). Combien cet étonnement est humiliant ! Combien l’homme s’est éloigné de Dieu quand on le voit ne pas s’étonner de la puissance du diable, mais s’étonner quand Dieu manifeste Sa puissance ! Vu que Dieu était présent dans la Personne de Jésus, la chose étonnante aurait été qu’Il n’agisse pas en puissance. Nous avons bien de quoi être étonnés de la puissance du diable et de l’impuissance des disciples, mais il n’y a que l’incrédulité pour s’étonner de la grande puissance de Dieu.

 

2.3.2        Orgueil de la chair — Luc 9:43-44

Le Seigneur nous a ainsi dévoilé l’incrédulité de la chair. Ensuite, après avoir agi puissamment en chassant le démon, le Seigneur saisit l’occasion pour nous mettre en garde contre une autre forme de la chair — l’orgueil de la chair — qui chercherait à tirer parti de la manifestation de la puissance pour s’exalter (Luc 9:43-44). Cette manifestation de puissance pourrait amener à penser que Christ est en honneur dans ce monde, oubliant qu’Il est rejeté par les hommes. Le Seigneur réprime cette pensée en disant aux disciples : « Vous, gardez bien ces paroles que vous avez entendues, car le fils de l’homme va être livré entre les mains des hommes » (Luc 9:44). Les disciples attendaient un royaume en puissance, tandis que le Seigneur avait devant Lui la crucifixion en infirmité [2 Cor. 13:4]. Leur pensée à eux était de s’exalter dans la gloire et la puissance du Royaume, tandis que la Sienne était la pensée humble de s’abaisser Lui-même jusqu’à la mort (Phil. 2:8). Ils attendaient une manifestation de puissance devant les hommes, tandis que Lui attendait Son rejet par les hommes. Le Royaume en puissance viendrait, comme la scène sur la Montagne nous l’assure, mais on y arriverait en passant par le rejet par les hommes et les souffrances de la croix. 

 

2.3.3        Ignorance de la chair, ignorance du rejet de Christ et de la croix — Luc 9:45

De plus, derrière l’orgueil de la chair se cache l’ignorance de la chair selon que nous lisons : « Ils ne comprirent pas cette parole » (Luc 9:45). Combien les paroles du Seigneur sont peu comprises, même par beaucoup de chrétiens dévoués ! Combien une grande partie de l’effort fourni par les chrétiens consiste à s’adresser aux hommes par quelque manifestation de puissance extérieure — la puissance d’édifices imposants, la puissance de la musique, la puissance de l’éloquence, la puissance de l’érudition. Combien peu nous sommes prêts à accepter la croix et le rejet de Christ, et à prendre une place dehors, d’opprobre et de faiblesse, en compagnie des pauvres, des faibles et des méprisés du monde.

 

2.3.4        Méfiance de la chair — Luc 9:45

En outre, derrière l’ignorance de la chair il y a la méfiance de la chair. Non seulement les disciples étaient ignorants, mais nous lisons : « ils craignaient de L’interroger » (Luc 9:45). Il leur manquait la confiance en Christ qui les aurait conduits à Lui exposer leurs difficultés. Hélas ! nous sommes souvent comme Pierre, dans la chambre haute : pas assez proches du Seigneur pour Lui dire toutes nos difficultés. Si, comme Jean, nous nous reposions dans Son amour, combien il serait facile de Lui présenter toutes nos questions difficiles !

Ainsi dans ce court passage nous avons la chair dévoilée dans son incrédulité, son orgueil, son ignorance et sa méfiance. Les disciples étaient incrédules quant à la puissance et à la grâce de Christ, ils étaient ignorants quant à la pensée de Christ, et ils manquaient de confiance dans le cœur de Christ. Néanmoins, pour notre consolation, nous voyons que si Christ utilise les afflictions de la Plaine pour dévoiler ce que sont nos cœurs, c’est uniquement en vue de révéler la grâce qui est dans Son cœur. S’Il manifeste le mal qui est en nous, c’est en présence d’une grâce qui y répond pleinement. 

 

2.4        Différentes formes d’égoïsme de la chair — Luc 9:46-56

Comment se fait-il que dans notre temps si privilégié, nous soyons encore si souvent marqués par l’incrédulité, l’orgueil, l’ignorance et le manque de confiance dans le Seigneur ? N’est-ce pas que nous avons le moi devant nous comme objet plutôt que Christ ? C’est ce qui est placé devant nous de manière frappante dans la partie suivante du chapitre (Luc 9:46-56). Dans ces versets, le Saint Esprit place devant nous différentes formes sous lesquelles l’égoïsme peut s’exprimer.

 

2.4.1        Égoïsme personnel — Luc 9:46-48

La première forme est l’égoïsme personnel (Luc 9:46-48). Les disciples raisonnaient entre eux sur qui d’entre eux serait le plus grand. Ils mesuraient la grandeur à la manière des hommes ; mais quelle différence entre la grandeur de l’homme et la grandeur de Dieu ! La grandeur de l’homme s’exprime en cherchant à s’élever au détriment d’autrui, jusqu’à la plus haute place et en compagnie des personnes les plus grandes. La grandeur de Dieu s’est exprimée par un Homme qui a pris la place la plus basse et qui s’est associé avec les gens insignifiants et méprisés. Voilà le chemin de la vraie grandeur, que Christ a parcouru en perfection, et qui a fait que Dieu L’a haut élevé, et Lui a donné un nom au-dessus de tout nom (Phil. 2:5-9).

 

2.4.2        Égoïsme de parti — Luc 9:49, 50

La deuxième forme d’égoïsme est l’égoïsme de parti (Luc 9:49, 50). Nous lisons que Jean répondit et dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un qui chassait des démons en ton nom, et nous le lui avons défendu, parce qu’il ne [te] suit pas avec nous ». Ici Jean ne paraît pas penser à lui personnellement, mais au groupe, à « nous ». C’est une forme plus subtile d’égoïsme que la précédente, parce qu’elle a l’apparence de s’effacer, d’ignorer le ‘moi’ au profit du bien du groupe avec qui l’on est. En réalité, cela exprime en général le désir d’exalter le groupe afin de donner de l’importance au « moi ». C’est effectivement l’égoïsme de parti. Jean et ceux qui étaient avec lui défendirent à cet homme de chasser les démons, non pas parce que c’était une mauvaise chose, mais parce qu’il ne suivait pas Christ avec eux. Ce que faisait cet homme pouvait avoir été pour la gloire de Christ et la bénédiction de l’homme, mais ce n’était pas fait en association avec « nous », et donc cela n’ajoutait rien à « nous » et devait ainsi, aux yeux de Jean, être condamné. Mais en pensant et parlant ainsi, Jean avait devant lui les disciples et leur importance, plutôt que Christ et Son honneur. Dans Sa réponse, le Seigneur utilise avec une tendre grâce l’expression de Jean, tout en le reprenant sur sa pensée. « Ne le lui défendez pas, car celui qui n’est pas contre vous est pour vous » (Luc 9:50). Le Seigneur ne dit pas que l’homme est « avec » nous / vous, mais « pour » vous / nous. Les disciples étaient en effet à la fois « avec Christ » et « pour Christ ». L’homme était « pour » Christ, et dans ce sens il était « pour » les disciples, car eux aussi étaient « pour » Christ. Bénis soient-ils ceux qui, dans quelque sens vrai, sont « avec Christ » dans une position d’opprobre, comme les disciples, mais que ceux-là prennent garde de ne pas mésestimer ceux qui sont « pour » Christ, même si, en raison de leurs associations, ils  ne peuvent pas marcher avec eux.

 

2.4.3        Exaltation du moi sous couvert de zèle pour le Seigneur — Luc 9:51-56

La dernière forme d’égoïsme est l’exaltation du moi sous couvert d’un manteau de zèle pour le Seigneur (Luc 9:51-56). Nous avons vu l’égoïsme dans le zèle pour le « moi » ; puis l’égoïsme se cachant sous le zèle pour un groupe, un parti ; maintenant nous avons l’égoïsme sous couvert de zèle pour le Seigneur. De toutes les formes d’égoïsme, c’est la plus subtile et la plus difficile à déceler, car qui aurait à se plaindre du zèle pour le Seigneur, ou qui dirait que c’est mauvais ? Pourtant le zèle pour le Seigneur peut servir à camoufler du zèle pour le ‘moi’. C’était le cas ici. Le chemin terrestre du Seigneur tirait à sa fin. Son assomption allait s’accomplir, et Sa face était dressée pour aller à Jérusalem (9:51). Son chemin passait par les villages des Samaritains, et ils ne voulurent pas Le recevoir (9:52-53). Leurs pères avaient rejeté Élie autrefois, les enfants rejettent maintenant le Seigneur et Maître d’Élie. Les disciples indignés de l’insulte faite à leur Maître, auraient bien voulu faire appel au jugement du ciel sur ceux qui rejetaient ainsi Christ, comme Élie autrefois avait appelé le feu du ciel sur ses ennemis (2 Rois 1). Voilà donc du zèle pour Christ qui désirait le jugement sur Ses ennemis, et la justice qui semblait l’exiger, et un exemple antérieur de l’Écriture appuyant l’action proposée ! malgré tout, le Seigneur reprend Ses disciples, en disant : « Vous ne savez de quel esprit vous êtes animés ! » (Luc 9:55). Caché sous leur zèle, le Seigneur détecte et met en évidence un état d’esprit qui Lui est totalement étranger. Le Seigneur exerçait Sa puissance en grâce pour répondre aux besoins de l’homme. Les disciples voulaient utiliser la puissance en jugement pour satisfaire leur propre importance. Lui voulait témoigner la grâce pour la bénédiction des autres. Eux voulaient exercer le jugement pour leur propre exaltation.

Le rejet de leur Seigneur et Maître, avec toute Sa grâce et Sa puissance, par ces Samaritains corrompus, faisait jaillir la colère et la rancune des disciples, parce qu’ils avaient une certaine importance propre à maintenir, et cette propre importance avait été froissée par l’insulte faite à leur Maître. Les disciples voulaient profiter de la méchanceté de ces gens pour exercer un jugement qu’ils méritaient, mais ils voulaient le faire dans un esprit de rétorsion. Le « moi » était le secret de leur suggestion, mais il était caché sous couvert d’un manteau de zèle pour le Seigneur.

Quelle différence d’avec l’esprit qui animait le Seigneur, Lui dont la grâce avait été ainsi méprisée ! Bien qu’Il fût le Seigneur de tous, Il était là avec un cœur plein de tendresse et un esprit humble, n’ayant pas d’importance personnelle à maintenir. C’est pourquoi Son rejet qui faisait naître l’indignation des disciples, ne faisait que révéler Sa soumission patiente et silencieuse, de même qu’un peu plus tard Son rejet par Jérusalem a suscité Ses larmes. Jacques et Jean voulaient consumer par le feu ceux qui rejetaient leur Maître, comme plus tard Pierre voulut les combattre par l’épée. Mais Christ, sans ressentiment et sans esprit de vengeance, s’en va vers un autre village.

 

2.5        Différentes façons dont ce qui est de la nature entrave — Luc 9:57-62

Il y a encore un autre grand obstacle à notre service et à notre témoignage pour le Seigneur. Ce n’est pas seulement la chair avec ses différentes formes d’égoïsme, mais la nature avec ses droits, qui peuvent être un obstacle très réel. C’est ce qui apparaît dans les derniers versets du chapitre (Luc 9:57-62).

 

2.5.1        Énergie de la nature — Luc 9:57

D’abord, nous apprenons que l’énergie de la nature ne peut pas s’engager dans le chemin du vrai disciple. Quelqu’un vient auprès du Seigneur en disant : « Je te suivrai où que Tu ailles » (Luc 9:57). C’est peut-être le fruit d’une impulsion généreuse qui attirait cet homme vers le Seigneur. Mais en même temps cela trahissait la légèreté de la nature qui ne saisissait ni qui était le Seigneur, ni où Il allait, ni le chemin qu’Il suivait. Il était en effet l’Homme rejeté ; Il allait « par le chemin » (Luc 9:57)  pour être élevé dans une sphère de gloire, et était encore en chemin dans ce monde ; Il n’avait pas de demeure, seulement une croix et un tombeau devant Lui. Il aurait été plus judicieux d’aller auprès des renards pour trouver une tanière, ou aux oiseaux pour trouver un nid, qu’auprès du Fils de l’homme pour avoir un chez-soi sur la terre. L’énergie de la nature, aussi sincère soit-elle, n’est pas prête pour un tel chemin. La nature peut faire beaucoup, mais pas se renoncer soi-même, ni renoncer à ses aises et à son confort pour suivre un Seigneur rejeté. Le chemin ayant été placé devant ce volontaire, nous n’entendons plus parler de lui.

 

2.5.2        Relations de la nature — Luc 9:59-60

En outre, nous apprenons que les relations de la nature peuvent être un véritable obstacle au service du Seigneur (Luc 9:59-60). Dans cet exemple, c’est le Seigneur Lui-même qui appelle quelqu’un à Le suivre. L’homme précédent agissait selon la légèreté de la nature, et ne voyait pas les difficultés ; inversement ce second homme, appelé par le Seigneur, est tout de suite conscient des difficultés. Moïse aussi autrefois, agissant selon l’énergie de la nature, avait pensé qu’il était facile de régler les problèmes parmi le peuple de Dieu ; mais lorsqu’il fut appelé par Dieu, il ne voyait plus que des difficultés. Il en est ainsi avec cet homme au temps de l’évangile ; sa difficulté semblait grande : un père âgé au bord de la tombe, et cette tâche reposait sur son fils. Face à cette difficulté, l’homme dit, en quelque sorte : « Je suis prêt à répondre à l’appel, mais permets-moi premièrement de m’occuper des préparatifs d’ensevelissement et que je m’acquitte des derniers devoirs qui m’incombent naturellement ». Ceci en effet semble légitime, car son père avait les premiers droits selon la nature. Christ, cependant, doit avoir la première place dans la vie nouvelle ; il s’agissait ainsi d’une question portant sur la vie ou la mort. Comme quelqu’un a dit : le Seigneur fait valoir Ses droits sur la vie qu’Il a donnée, une vie qui exige que Christ et Ses droits passent en premier. L’homme fait d’abord valoir les droits des morts, selon ce qu’il dit : « Laisse-moi premièrement ensevelir mon père ». Le Seigneur ne nie pas ou ne met pas de côté les droits de la nature, mais Il revendique Ses propres droits qui passent avant tout. L’homme ne réalise pas que si le Seigneur l’appelle, Ses droits doivent passer en premier et que Celui qui appelle peut en même temps s’occuper du père laissé en arrière.

 

2.5.3        Affections naturelles —Luc 9:61-62

Enfin, nous apprenons que les affections naturelles peuvent devenir un vrai obstacle au service du Seigneur (Luc 9:61-62). Cet homme se porte aussi volontaire pour suivre le Seigneur, mais il veut d’abord aller prendre congé de ceux de sa maison. Ce souhait, bien que légitime, indique au regard scrutateur du Seigneur que son cœur reste attaché à sa maison. Il voulait bien mettre la main à la charrue — s’engager dans le service — mais son cœur « regardait en arrière » à sa maison ; or nos pas suivent le chemin que nos yeux regardent. Le laboureur ne peut pas creuser son sillon dans une direction tout en regardant dans une autre direction ! Le service du Seigneur exige un cœur non partagé.

Nous sommes ainsi avertis que la nature peut devenir un réel obstacle dans le service du Seigneur. Ce n’est pas que le Seigneur mette de côté la miséricorde qui donne une demeure sur la terre (9:57-58), ni les droits et les devoirs liés aux relations naturelles (9:59-60), ni les affections qui appartiennent à ces relations (9:61) ; mais Il fait passer Ses droits en premier, et Il attend un dévouement qui renonce à tout pour Lui. C’est ainsi seulement que les disciples seront « propres pour le royaume de Dieu » (9:62). Cette dernière parole du Seigneur nous ramène à la Montagne où les disciples avaient vu le Royaume de Dieu dans sa gloire (Luc 9:27). C’est seulement à la lumière de la gloire de Christ dans le Royaume de Dieu, et dans la puissance de la grâce de Christ dans la Plaine, que nous serons en mesure de refuser la chair sous ses différentes formes, l’égoïsme de nos cœurs et les droits de la nature.