[ Page principale | Nouveautés | La Bible | la Foi - l'Évangile | Plan des sujets | Études AT | Études NT | Index ouvrages | Index auteurs | Index sujets | Centres d'intérêt ]
JOSEPH
Révélateur des secrets — Sauveur du monde
Genèse 37 à 50
Hamilton Smith
Éditions Bibles et Traités chrétiens, Vevey 1988
Table des matières abrégée :
1 Chapitre 1 — Aimé et haï (Gen. 37:1-11)
2 Chapitre 2 — Rejeté et vendu (Gen. 37:12-36)
3 Chapitre 3 — Souffrant et soutenu (Gen. 39 et 40)
4 Chapitre 4 — Exaltation et gloire (Gen. 41)
5 Chapitre 5 — Les années de famine (Gen. 41:53-57 ; 42)
6 Chapitre 6 — Les frères mis à l’épreuve (Gen. 43 et 44)
7 Chapitre 7 — Réconciliation (Gen. 45:1-15)
8 Chapitre 8 — Service (Gen. 45:9-24)
9 Chapitre 9 — Gloire et bénédiction (Gen. 45:25 à 47:31)
10 Chapitre 10 — La vision de la foi (Gen. 50:15-26)
Table des matières détaillée :
1 Chapitre 1 — Aimé et haï (Gen. 37:1-11)
1.1.2 Son occupation comme berger
1.2.1 Haï parce qu’ils étaient méchants
1.2.2 Haï parce qu’ils étaient envieux
1.2.3 Haï à cause de ses songes
1.2.4 Haï à cause de ses paroles
2 Chapitre 2 — Rejeté et vendu (Gen. 37:12-36)
3 Chapitre 3 — Souffrant et soutenu (Gen. 39 et 40)
3.2 Des souffrances prolongées
3.4 Des souffrances nécessaires
3.6 Des souffrances préparatoires
3.7 Des souffrances endurées dans la soumission
3.8 Des souffrances profitables
3.9 Des souffrances endurées avec patience
3.10 Des souffrances récompensées
3.11 Des souffrances endurées avec humilité
3.12 Des souffrances triomphantes
3.13 Des souffrances prolongées
3.14 Des souffrances non soulagées
3.15 Soulagement dans les souffrances
4 Chapitre 4 — Exaltation et gloire (Gen. 41)
5 Chapitre 5 — Les années de famine (Gen. 41:53-57 ; 42)
5.3 Les greniers de la bénédiction
6 Chapitre 6 — Les frères mis à l’épreuve (Gen. 43 et 44)
6.10 Une explication sans fondement
6.11 Une expérience douloureuse
6.12 Une mise à l’épreuve pénible
7 Chapitre 7 — Réconciliation (Gen. 45:1-15)
7.1 La manifestation de Joseph
7.2 La réception de ses frères
7.4 La réaffirmation de l’amour
8 Chapitre 8 — Service (Gen. 45:9-24)
8.1 La préparation pour le service
8.6 La persuasion dans le service
8.7 L’assurance dans le service
8.8 Le message proclamé dans le service
8.10 L’avertissement dans le service
8.12 La puissance pour le service
8.13 Les ressources dans le service
8.14 Les ressources pour le service
8.15 L’interdiction dans le service
8.17 Le danger dans le service
9 Chapitre 9 — Gloire et bénédiction (Gen. 45:25 à 47:31)
9.5 Les instruments de la grâce
9.10 La satisfaction du peuple
9.14 La bénédiction des saints
10 Chapitre 10 — La vision de la foi (Gen. 50:15-26)
10.4 La connaissance des Écritures
10.5 La connaissance de Christ
L’histoire des saints de l’Ancien Testament exerce un attrait constant sur tous ceux qui aiment notre Seigneur Jésus Christ, car ils y trouvent de magnifiques développements des gloires et des perfections de Christ. Ces préfigurations des choses à venir sont évidemment cachées à l’homme naturel, mais ceux qui, par l’Esprit, recherchent « dans toutes les Écritures, les choses qui le regardent », les discernent clairement.
De tous les récits de l’Ancien Testament, aucun ne présente une image plus riche ou plus nette de Christ que l’histoire touchante de Joseph. D’autres vies donnent peut-être avec plus de détails les expériences personnelles et les manquements de l’homme, nous enseignant bien des leçons salutaires ; mais tout au long de l’histoire de Joseph, nous sentons que l’Esprit de Dieu a devant lui la manifestation de la gloire de Christ ; et tout ce qui se rattache à la faiblesse et au manquement d’un homme ayant les mêmes passions que nous n’y a que peu ou pas de place. Et pourtant, aussi riche que soit l’image, nous sommes vite amenés à y reconnaître que la vie d’aucun saint pris isolément n’est à même de présenter d’une façon adéquate la plénitude de Christ. D’autres saints de Dieu, tels Isaac en son temps et, plus tard, David et Salomon, ont, en commun avec Joseph, de proclamer les gloires de Christ. De plus, ce n’est pas une simple répétition ; chacun révèle une gloire particulière. Isaac parle des souffrances et des affections de Christ, par lesquelles il a acquis Son épouse ; David, de ses souffrances et de ses victoires qui lui ont valu son royaume ; Joseph, de ses souffrances et de la suprématie avec laquelle il administre son royaume. Salomon nous conduit un pas plus en avant et révèle les gloires de son royaume lorsqu’il aura la prééminence.
Au début du récit, Joseph, jeune garçon de dix-sept ans, paît le menu bétail avec ses frères ; il « servait » avec les fils de Bilha et les fils de Zilpa. Celui qui aura la première place doit d’abord être serviteur. La place de suprématie n’est atteinte que par le chemin du service, selon la parole du Seigneur : « Quiconque voudra devenir grand parmi vous sera votre serviteur ; et quiconque voudra être le premier parmi vous, qu’il soit votre esclave » (Matt. 20:26, 27). En cela, le Seigneur est la réalisation parfaite de son propre enseignement, car il peut dire : « Moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert » (Luc 22:27). Et parce qu’il a pris « la forme d’esclave... étant devenu obéissant jusqu’à... la croix... Dieu l’a haut élevé et lui a donné un nom au-dessus de tout nom ». Ainsi, dès le début de cette histoire, nous voyons cette préfiguration de Celui qui est plus grand que Joseph.
Mais il y a d’autres choses qui vont nous parler de Christ dans le début de l’histoire de Joseph. Tels Moïse et David plus tard, Joseph est un conducteur de brebis avant de devenir un conducteur d’hommes. Pendant quarante ans Moïse doit se contenter de conduire un troupeau de brebis derrière le désert avant de devenir le conducteur du peuple de Dieu à travers le désert. Et de David, n’est-il pas écrit que l’Éternel « choisit... son serviteur, et le prit des parcs des brebis ; il le fit venir... pour paître Jacob, son peuple, et Israël, son héritage » (Ps 78:70, 71) ? Ces saints d’autrefois préfigurent ainsi le grand Berger des brebis tant dans le fait que dans la manière de servir.
Mais servir avec ses frères n’implique pas nécessairement avoir communion avec leurs mauvaises actions. En tant que serviteur obéissant, il est très proche d’eux ; comme homme intègre, il est absolument séparé d’eux. Son service le conduisait dans la compagnie des autres, son caractère faisait de lui un homme séparé des autres, sa présence même mettant à nu leur méchanceté, de sorte qu’il ne peut que rapporter à son père « leur mauvaise renommée ». Et il en fut ainsi de Christ, le parfait Serviteur ; sa grâce l’a conduit très près de nous dans tous nos besoins ; sa sainteté l’a maintenu entièrement séparé de tout notre péché. Nos immenses besoins et sa grâce infinie ont fait de lui un Serviteur se déplaçant au milieu des foules dans le besoin et cependant, notre péché et sa sainteté ont fait de Lui un Étranger solitaire dans le pays. Comme le Serviteur parfait, il était accessible à tous. Son service d’amour l’a conduit dans plus d’une maison connaissant le besoin ; sa sainteté a fait qu’il n’avait pas de demeure.
Toutefois, si le caractère de Joseph l’a mis à part de ses frères, l’amour de son père lui a donné une place distinguée au-dessus de ses frères, car nous lisons : « Israël aimait Joseph plus que tous ses fils ». En outre, Israël rend témoignage à cette place de distinction en revêtant Joseph d’une tunique bigarrée — témoignage public du bon plaisir du père dans son fils. Tout de suite nos pensées se portent de Joseph à Christ, à la place unique qu’il occupait dans les affections du Père, et à la satisfaction que le Père avait à rendre témoignage de son bon plaisir dans son Fils. Le même chapitre qui nous dit que « Dieu a tant aimé le monde », nous dit aussi que « le Père aime le Fils ». Une mesure est donnée à l’amour de Dieu pour le monde, aussi infini soit-il, mais aucune mesure n’est donnée, ni ne peut être donnée, pour l’amour du Père pour le Fils. La déclaration est là dans toute sa majestueuse dignité. « Le Père aime le Fils », et la foi se plaît à l’accepter. Mais si le Père ne peut donner aucune mesure pour cet amour, il peut rendre témoignage de son amour pour le Fils. La tunique bigarrée de Joseph, témoignage public de l’amour de son père, a sa brillante contrepartie dans les cieux ouverts du Nouveau Testament. Jamais les cieux ne sont ouverts sinon sur Christ, et lorsqu’ils sont ouverts, ils apportent chaque fois un témoignage nouveau du bon plaisir du Père dans les grâces si variées du Fils. À peine Christ a-t-il pris sa place sur la terre comme Serviteur de l’Éternel que « les cieux lui furent ouverts » afin que les armées célestes puissent considérer un Homme sur la terre dont le Père peut dire : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir » (Matt. 3:16, 17). Un peu plus tard, de nouveau, les cieux sont ouverts pour qu’un homme sur la terre puisse regarder en haut et rendre témoignage au « Fils de l’homme » dans le ciel (Actes 7:55, 56). Et puis, le jour est proche où les cieux s’ouvriront pour laisser sortir le Fils de l’homme en gloire comme « Roi des rois, et Seigneur des seigneurs » victorieux (Apoc. 19:11-16). Après sa sortie comme Roi des rois, les cieux seront de nouveau ouverts pour que les anges montant et descendant puissent rendre témoignage au Fils de l’homme régnant en gloire sur la terre (Jean 1:52). Dans ces grandes occasions, nous voyons notre Seigneur Jésus revêtu de la tunique bigarrée. En d’autres termes, les cieux ouverts nous parlent du bon plaisir du Père en Christ, comme son Fils bien-aimé dans l’humiliation, comme Fils de l’homme dans la gloire céleste et comme Roi des rois et Seigneur des seigneurs, sortant pour régner sur la terre comme Fils de l’homme en puissance et en gloire suprêmes.
En outre, Celui qui est aimé du Père et distingué comme l’objet spécial de son bon plaisir est Celui qui est destiné à la domination universelle. Cette grande vérité est placée devant nous dans les songes de Joseph qui nous parlent tous les deux de la domination de Joseph. Un songe aurait pu suffire pour prédire les gloires de Joseph, mais aurait été tout à fait insuffisant pour préfigurer les gloires de Christ. Car sa domination aura un double caractère. Il sera souverain sur la terre et de nombreux passages parlent de sa gloire terrestre. Le songe des gerbes se prosternant devant la gerbe de Joseph peut bien parler de cette domination excellente sur toute la terre que Christ est destiné à exercer. Mais ce premier songe ne présente pas la suprématie de Christ dans toute sa vaste étendue, car Il est destiné non seulement à être souverain sur la terre, mais à exercer la domination universelle sur le ciel et la terre. Selon son bon plaisir, le Père s’est proposé en lui-même pour l’administration de la plénitude des temps « de réunir en un toutes choses dans le Christ, les choses qui sont dans les cieux et les choses qui sont sur la terre » (Éph. 1:9, 10). Et ce second songe parle de cette domination céleste en présentant des corps célestes, le soleil, la lune et les étoiles se prosternant devant Joseph. Ainsi les deux songes présentent la domination de Christ sur les choses qui sont sur la terre et sur les choses qui sont dans les cieux jusqu’aux limites les plus reculées de l’univers créé.
L’Esprit de Dieu se plaît ainsi à exalter Christ en présentant sa domination universelle comme étant la pensée première de l’histoire de Joseph, quoi-que ce soit par le moyen des souffrances que cette place de prééminence est atteinte. Il y a les grâces et les perfections de caractère que les souffrances manifestent, autant que la dureté des siens et la méchanceté et l’indifférence du monde.
Si Joseph a une place unique dans les affections de son père et si, dans les conseils de Dieu, il est destiné à la domination universelle, il aura entre-temps à rencontrer la haine de ses frères. Il le faut si en quelque mesure son histoire est appelée à préfigurer cette haine combien plus grande que Christ a dû endurer de la part des hommes. Celui que Dieu a destiné à la domination universelle est le seul qui est haï par tout cœur naturel. Pourquoi le cœur naturel porte-t-il une telle haine à Christ ? Y avait-il en lui quelque cause de haine ? Certainement pas, car en Christ il y avait une absence totale de la cruauté et de la violence, de l’envie et de la convoitise, de l’orgueil et de l’arrogance, de la mesquinerie et de l’égoïsme qui, dans les autres hommes, sont à l’origine d’une telle haine. En lui, il y avait tout pour susciter l’amour. Tandis que les autres allaient faisant le mal, lui passait « de lieu en lieu, faisant du bien» (Actes 10:38). La bouche de l’homme peut être remplie de malédiction et d’amertume, mais l’homme a dû au moins rendre témoignage « des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche» (Luc 4:22). Et les huissiers qui avaient été envoyés pour se saisir de lui dirent: « Jamais homme ne parla comme cet homme» (Jean 7:46).
Et pourtant, malgré ses actes d’amour et ses paroles de grâce, ils lui ont rendu le mal pour le bien, et la haine pour son amour (Ps. 109 :5). Il a pu dire en vérité: « Ils m’ont haï sans cause». Hélas! d’innombrables causes de haine, mais pas de cause en Lui. Aucune cause en l’homme pour susciter l’amour de Christ, et aucune cause en Christ pour susciter la haine de l’homme. Mais pourquoi le cœur mauvais de l’homme devait-il haïr Celui dont toute la vie se passa à manifester de l’amour à l’homme ? Laissons l’histoire de Joseph donner la réponse. Pourquoi Joseph était-il haï de ses frères ? N’était-il pas avec eux comme quelqu’un qui servait ? Certes, mais ils étaient méchants et par conséquent, même si son service ne pouvait être qu’appréciable, sa présence découvrait leur méchanceté et suscitait leur haine. Pour la même raison et dans une mesure beaucoup plus grande, le monde a haï Christ qui a pu dire : « Il me hait, parce que moi je rends témoignage de lui, que ses œuvres sont mauvaises » (Jean 7:7).
Il y avait d’autres causes à la haine des frères de Joseph. Ils « virent que leur père l’aimait plus que tous ses frères ; et ils le haïssaient, et ne pouvaient lui parler paisiblement ». De même Christ, confessant sa place unique auprès du Père, peut dire : « Mon Père travaille jusqu’à maintenant, et moi je travaille » (Jean 5:17). Immédiatement la haine des Juifs est allumée et ils « cherchaient d’autant plus à le faire mourir », et le Seigneur déclare aussitôt que « le Père aime le Fils, et lui montre toutes les choses qu’il fait ». Le Bien-aimé du Père est haï par l’homme.
En outre, les songes qui parlent de la domination future de Joseph sont un nouveau motif d’envie et de haine pour ses frères. Il avait été un témoin contre eux de leur méchanceté ; il est maintenant un témoin pour eux de sa gloire à venir. Ils ne veulent ni de l’un ni de l’autre. Pareillement, lorsque le Seigneur a témoigné contre la méchanceté du monde et a rendu témoignage de Ses gloires à venir, comme Joseph, il s’est attiré la haine du monde. Le Seigneur parle de ses gloires à venir devant les chefs de Jérusalem assemblés. Il peut dire : « Dorénavant vous verrez le Fils de l’homme assis à la droite de la puissance », confession qui est suivie par une explosion furieuse de haine, les sacrificateurs et les anciens s’unissant pour cracher au visage du Fils de Dieu.
Enfin, les frères de Joseph le haïssaient à cause de ses paroles. Nous lisons : « Ils le haïrent encore davantage, à cause de ses songes et de ses paroles ». Il n’en a pas été autrement pour le Seigneur. Les hommes entendaient les paroles de Celui qui parlait comme jamais aucun homme ne parla et certains crurent ; mais « plusieurs d’entre eux disaient : Il a un démon, et il est fou ; pourquoi l’écoutez-vous ? » La haine ne pouvait pas être dissimulée. Ainsi Christ aussi demeure l’objet d’une haine que les hommes ne peuvent pas cacher, malgré leurs efforts. Un fleuve ininterrompu d’insultes à son nom, de reniement de sa Personne et de refus de son œuvre, sort des chaires apostates et d’une presse infidèle, souvent sous le manteau de la religion. Ce sont toujours ceux qui se disent être ses frères qui ne peuvent pas parler paisiblement de lui. Mais n’oublions jamais que derrière « toutes les paroles dures que les pécheurs impies ont proférées contre lui », il y a toutes les « œuvres d’impiété qu’ils ont impiement commises ». La mauvaise vie des frères de Joseph était derrière la haine de leurs cœurs et les méchantes paroles de leurs lèvres. Aujourd’hui aussi, les œuvres d’impiété dans la vie des hommes conduisent aux « paroles dures que les pécheurs impies ont proférées contre lui » (Jude 15).
Jacob a bien un amour particulier pour son fils Joseph, néanmoins ses autres fils ont une place réelle dans ses affections et Joseph doit devenir le témoin de l’amour du père pour ses frères. Aussi Jacob exprime le désir que Joseph quitte la maison paternelle dans la vallée de Hébron et aille vers le lointain Sichem pour s’enquérir là, comme envoyé du père, du bien-être de ses frères et en rapporter des nouvelles à Jacob. De son côté, Joseph est prêt à obéir, bien qu’il ait expérimenté la haine de ses frères. Le souhait de Jacob reçoit la réponse immédiate de Joseph : « Me voici ». Ainsi nous lisons qu’Israël « l’envoya de la vallée de Hébron » et Joseph « vint à Sichem ».
Nous avons, dans ce voyage, une préfiguration du trajet combien plus grand entrepris par le Fils de Dieu lorsque, quittant la demeure de lumière et d’amour du Père, il vint dans ce monde de mort et de ténèbres, dans la pleine connaissance de la méchanceté qu’il allait y trouver. Et pourtant, il n’a pas reculé. Même à la croix, nous lisons : « Jésus donc, sachant toutes les choses qui devaient lui arriver, s’avança » (Jean 18:4). Si l’amour du Père l’envoyait, l’amour du Fils est prêt à accomplir le commandement du Père. « Voici, je viens... pour faire, ô Dieu, ta volonté ». Il vient comme l’Envoyé du Père pour déclarer l’amour du Père.
L’histoire touchante de Joseph préfigure aussi le genre de réception que le monde a donné à l’Envoyé du Père. N’ayant pas de cœur pour leur père, ces hommes aux voies mauvaises n’ont pas d’yeux pour discerner celui que son amour envoie. Pour eux, Joseph n’est qu’un songeur dont ils sont prêts à déjouer les songes en conspirant pour le mettre à mort. Pareillement pour Christ, les siens ont dit : « Celui-ci est l’héritier ; venez, tuons-le ». Et quel empressement de l’homme à exprimer sa haine : « Ils le virent de loin ; et... ils complotèrent contre lui pour le faire mourir ». Mais les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées, ni ses voies, nos voies. Lorsqu’il s’agit du Fils de l’amour du Père s’approchant des hommes, il sera effectivement rejeté alors qu’il est encore loin. Mais s’agissant d’un pécheur attiré au Père, alors nous lisons : « Et comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, et, courant à lui, se jeta à son cou et le couvrit de baisers ».
Le cœur méchant de l’homme est caractérisé par la corruption et la violence. Les frères sont non seulement prêts à se débarrasser de Joseph par des actes de violence, mais encore à couvrir leur violence par des paroles de corruption et de mensonge. Ils disent : « Venez, tuons-le... et nous dirons : Une mauvaise bête l’a dévoré ». La violence et la corruption sont les caractères dominants de l’homme déchu qui ne ressent aucune honte de sa violence et de sa corruption. Il n’est pas simplement vaincu par quelque tentation subite ; mais comme les frères de Joseph, il prépare volontairement et dans tous les détails son acte de violence et ses mensonges de corruption. L’homme n’avait pas longtemps avancé dans sa course descendante que « la terre était pleine de violence » et « toute chair avait corrompu sa voie sur la terre ». Malgré les lois et les traités, l’instruction morale et les codes d’honneur et en dépit des prisons et des maisons de correction, la violence et la corruption dominent partout sur la terre.
Rien ne met davantage en évidence la méchanceté de l’homme que la présence de la bonté. C’est la présence de Joseph qui a manifesté la violence et la corruption de ses frères ; comme aussi la présence de la bonté parfaite dans la personne du Fils de Dieu a été l’occasion de l’explosion la plus furieuse de la méchanceté de l’homme. L’inimitié de l’homme est prête à tuer l’enfant Jésus à sa naissance et à dissimuler son intention meurtrière par des paroles mensongères (Matt. 2:8, 16). Mais à la croix, la bonté est déployée comme nulle part ailleurs avec pour seul résultat de produire l’expression la plus grande de la méchanceté de l’homme que le monde a jamais vue. C’est là que la bonté s’élève à son point culminant et la méchanceté atteint des profondeurs insoupçonnées. La croix est la manifestation de « la haine contre Dieu et le bien... l’ami le plus vrai renie, le plus intime trahit, les faibles qui sont honnêtes s’enfuient ; les sacrificateurs, établis pour avoir compassion pour les fautes commises par ignorance, plaident avec fureur contre l’innocence ; le juge se lave les mains de l’innocence condamnée ; la bonté seule, et le monde — tous les hommes — en inimitié, en inimitié universelle, contre elle. La lumière parfaite a manifesté les ténèbres ; l’amour parfait, la haine jalouse ».
L’homme s’imagine à tort que la corruption et la violence vont prospérer ; ainsi les frères de Joseph, après avoir comploté pour faire mourir leur frère, et décidé de couvrir leur acte par un mensonge, peuvent dire avec la plus grande assurance : « Nous verrons ce que deviendront ses songes ». Oui, ils verront. Et hélas pour ceux qui ont rejeté Christ, ils verront eux aussi, car n’est-il pas écrit : « Voici, il vient avec les nuées, et tout œil le verra, et ceux qui l’ont percé ; et toutes les tribus de la terre se lamenteront à cause de lui ».
La bonté parfaite fait ressortir la culpabilité universelle des hommes ; mais quoique tous soient coupables, il y a différentes mesures de culpabilité et le Juge de toute la terre en tiendra compte en temps voulu, rendant à l’un peu de coups et à un autre beaucoup de coups. Nous avons des indications quant à ces différents degrés de culpabilité dans l’histoire de Joseph. Tous les frères étaient coupables, mais pas au même degré. Ruben, bien qu’instable et moralement corrompu comme nous l’apprenons par son histoire (Gen. 35:22 ; 49:3, 4), n’était pas nécessairement cruel. En commun avec ses frères il a fait du tort à son père, mais toute trace d’affection humaine n’a pas disparu dans son cœur. Il aurait sauvé la vie de Joseph et épargné les sentiments de son père. Juda était sans doute avide, mais il a également quelques remords à porter les mains sur son frère. Et ces différences apparaissent aussi dans la manière selon laquelle les hommes traitent le Christ de Dieu. Tous certes sont coupables, mais il y a des degrés de culpabilité. Hérode, un homme vil et léger, se moquait du Seigneur et le méprisait, mais il ne trouve rien en lui qui soit digne de mort. Pilate ira plus loin qu’Hérode et livrera Christ à la haine meurtrière des Juifs, mais il n’éprouvera pas d’inimitié personnelle et fera au moins quelques faibles efforts pour sauver de la mort Celui qu’il sait être innocent. Mais des Juifs, Pierre doit dire : « Jésus, que vous, vous avez livré, et que vous avez renié devant Pilate, lorsqu’il avait décidé de le relâcher... vous avez mis à mort le prince de la vie » (Actes 3:13-15).
Il y a aussi ceux qui aiment les plaisirs, étrangers à toutes convictions religieuses, qui n’ont aucune bonne parole pour Christ et qui pourtant ne s’opposeront pas. Mais il y en a d’autres encore plus coupables à l’égard de Christ. Ils professent avoir de l’admiration pour ses perfections morales. Comme Pilate, ils ne trouvent pas de faute en Lui ; toutefois pour sauvegarder leur popularité dans le monde, ils étouffent leurs convictions, prennent parti contre Christ et se placent au rang de cette classe triplement coupable dont l’inimitié active ne cesse jamais d’attaquer sa Personne glorieuse et de fouler aux pieds son sang précieux. Il y a les insouciants et les indifférents ; il y a les craintifs et les timides et il y a les ennemis acharnés — les ennemis déclarés et jurés de Christ. Mais tous sont unis dans le rejet de Christ.
Cela fut le cas dans l’histoire de Joseph. Ses frères le dépouillèrent de sa tunique bigarrée et le jetèrent dans la citerne. Le père l’avait distingué par une tunique bigarrée, ses frères le dégradent en l’en dépouillant. Ainsi en de nombreuses occasions, lorsque Christ est distingué au-dessus de tous les autres par quelque manifestation spéciale de puissance, de sagesse et de grâce divines, l’homme cherchera immédiatement à le dépouiller de sa tunique bigarrée et essaiera de le rabaisser au niveau d’un homme du commun en demandant : « Celui-ci n’est-il pas le fils du charpentier ? » ou « Celui-ci n’est-il pas le charpentier ? » Comme le dépouillement, dans le cas de Joseph, n’a été que le prélude à la citerne, pour Christ, le rejet de tout témoignage à sa gloire a finalement conduit l’homme à le faire périr par des mains iniques.
Il y a cependant une différence significative entre le type et l’antitype. Isaac, en son jour, place devant nous d’une manière très belle la mort de Christ. Il est certes lié sur l’autel, Abraham étend bien la main et prend le couteau pour égorger son fils, mais tout de suite l’ange est présent pour l’arrêter. Joseph peut aussi évoquer l’histoire de la croix, lorsque ses frères le jettent dans la citerne, mais pour lui, « la citerne était vide : il n’y avait point d’eau dedans ». Quelle différence avec la croix de Christ. Le même Dieu au commandement duquel « Abraham étendit sa main et prit le couteau pour égorger son fils », peut dire maintenant : « Épée, réveille-toi... contre l’homme qui est mon compagnon », et malgré les douze légions d’anges attendant son commandement, pas un seul n’est envoyé pour retenir l’épée du jugement. Ce n’est pas dans une citerne vide qu’il doit descendre. Il peut dire : « Tu m’as mis dans une fosse profonde, dans des lieux ténébreux, dans des abîmes. Ta fureur s’est appesantie sur moi, et tu m’as accablé de toutes tes vagues » (Ps. 88:6, 7).
Si les souffrances d’Isaac et de Joseph parlent toutes les deux de la croix, elles donnent chacune un aspect différent de ce grand mystère. Isaac monte sur la montagne pour être offert. Joseph descend dans la fosse. Et la montagne parle de la gloire de la Personne offerte. La fosse évoque la misère et la dégradation de ceux pour qui cette Personne est offerte. Il est le fils et, davantage, le fils unique ; plus encore, il est l’héritier promis, Isaac, et le bien-aimé de son père. Mais lorsque Joseph descend dans la fosse, s’il est vrai que sa perfection morale ne peut pas être cachée, ce n’est pourtant pas sa gloire personnelle qui est mise en avant, mais plutôt la méchanceté et la corruption de ceux qui l’entourent. Si les frères de Joseph doivent finalement être introduits dans la bénédiction et partager sa gloire, lui doit prendre leur place d’éloignement et de dégradation telle qu’elle est présentée par la fosse. « Sans effusion de sang il n’y a pas de rémission », et « à moins que le grain de blé, tombant en terre, ne meure, il demeure seul ».
Après avoir jeté Joseph dans la citerne, ses frères « s’assirent pour manger le pain ». Cela ne s’est pas passé différemment à la croix. La présence de Joseph ne sert qu’à révéler la méchanceté de ses frères, exactement comme la croix devient l’occasion d’exposer la profondeur de la corruption dans le cœur de l’homme. Les chefs d’Israël livrent le vrai Agneau pascal à la mort, et s’asseyent calmement pour manger le repas de la pâque — une génération méchante et adultère, semblable à la femme adultère des Proverbes de laquelle il est écrit : « Elle mange et s’essuie la bouche, et dit : Je n’ai point commis d’iniquité ».
La caravane de marchands en route pour l’Égypte suggère immédiatement à Juda l’idée de tirer un profit de leur frère. Pourquoi ne pas vendre Joseph et se faire un peu d’argent ? S’ils ne satisfont pas leur haine en tuant Joseph, pourquoi ne pas satisfaire leur convoitise en vendant Joseph ? Ainsi ils livrèrent leur frère aux Gentils et s’adonnèrent au gain. Et ce que Juda a fait quelque mille ans avant la venue de Christ, ses descendants le font depuis presque deux mille ans dès son rejet. À la croix, les Juifs ont abandonné leur Messie aux Gentils et dès lors ils se sont adonnés au culte de Mammon. « Profit » est le mot qui a gouverné les actions des frères de Joseph. Juda pose au cœur avide la question — non pas : « est-ce bien ? » ou « est-ce mal ? » mais « quel profit aurons-nous ? » Et le « profit » a gouverné la politique des Juifs tout au long des siècles à partir de ce triste jour où leur Messie a été vendu pour trente pièces d’argent.
Ainsi Joseph passe dans le pays des Gentils et est « emmené » en Égypte. L’Égypte a été un piège pour Abraham et son séjour en Égypte ne lui a valu que des peines et de la honte. Mais pour Joseph, l’Égypte a apporté la bénédiction et la gloire. Pourquoi cette différence ? N’est-ce pas que dans le cas d’Abraham, il « descendit en Égypte pour y séjourner » (12:10) ; tandis que Joseph fut « emmené » en Égypte. L’un y est descendu dans l’incrédulité et la volonté propre. L’autre y fut emmené selon le conseil déterminé et la préconnaissance de Dieu.
Après avoir trompé d’une manière odieuse leur père et avoir ainsi plongé le vieillard dans l’affliction la plus profonde, ces hypocrites se rassemblent autour de lui pour le consoler. Bien que personne ne puisse excuser la méchanceté de ses fils, nous ne pouvons toutefois pas ne pas voir dans cette scène Jacob récolter ce qu’il avait déjà semé. Trente ans auparavant, Jacob avait trompé son père avec « les peaux des chevreaux », et maintenant, bien des années plus tard, il est lui-même trompé par ses fils avec « un bouc ». De longues années peuvent s’écouler entre les semailles et la moisson, mais le temps de la moisson finit par arriver. Les moulins de Dieu broient lentement, mais ils broient extrêmement fin.
Il n’est guère étonnant que Jacob refuse d’être consolé par de tels consolateurs ; mais face à ce qui pour lui était la mort réelle de son fils, sa foi semble être devenue bien faible. Quelle différence avec la conduite de David en présence de la mort de son fils. Jacob dit : « Je descendrai, menant deuil, vers mon fils, au shéol » ; mais de David, nous lisons qu’il « se leva de terre... et il entra dans la maison de l’Éternel et se prosterna ». Les deux hommes sont en présence de la mort d’un enfant, mais l’un dit : « Je descendrai, menant deuil... au shéol » ; l’autre : Je monterai à la maison de l’Éternel et je me prosternerai. Ils étaient pourtant tous les deux de vrais saints, mais l’un ne regardait pas au-delà de la mort et du shéol, l’autre regardait au-delà de la mort à la résurrection, une scène où « la mort ne sera plus ; et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni peine ».
L’histoire de Joseph telle que nous l’avons considérée jusqu’ici présente en type le rejet de Christ par les Juifs. Le récit qui suit donne l’expérience de Joseph entre les mains des Égyptiens, et nous parle du rejet de Christ par les Gentils. Livré entre les mains de ses frères, Joseph est jeté dans la citerne. Chez les Gentils, il est lié dans la prison. Les deux images nous sont nécessaires pour présenter la vérité d’une manière adéquate, car la venue du Fils de Dieu dans le monde ne peut pas être limitée aux Juifs. Certes, il a été envoyé par le Père vers les siens, mais il est également vrai qu’il est venu pour que par lui le monde soit sauvé. Hélas ! Il a été rejeté tant par les Juifs que par les Gentils. « Il était dans le monde... et le monde ne l’a pas connu. Il vint chez soi ; et les siens ne l’ont pas reçu » (Jean 1:10, 11).
Toutefois si tant les Juifs que les Gentils se sont unis pour rejeter Christ, il y a eu une différence dans la manière dont ils l’ont traité ; et cette différence est préfigurée dans l’histoire de Joseph. Quant aux frères, l’envie et la haine ont été le motif dominant de leur rejet de Joseph. Mais bien que la corruption et l’injustice aient été à l’œuvre dans la maison du Gentil, et l’indifférence et l’égoïsme dans la prison du Gentil, ni dans un cas ni dans l’autre il n’y avait de l’inimitié ouverte contre Joseph. Et ces différences entre Juifs et Gentils apparaissent d’une manière frappante à la croix. Une injustice criante et une indifférence endurcie caractérisent bien Hérode et Ponce Pilate, les représentants des Gentils, mais l’envie et une haine meurtrière marquent les Juifs — une envie telle que même les Gentils la discernent et une haine telle qu’elle les aveuglait quant à tout appel de la raison, à toute exigence de la justice et à tout sentiment de honte.
Revenant à l’histoire de Joseph en Égypte, nous avons d’autres leçons à apprendre. Retranché de son propre peuple, dans un pays étranger, il devient esclave dans la maison de l’Égyptien ; accusé faussement par une méchante femme et sous la flétrissure d’un grave péché, il est jeté en prison. Là, traité avec une basse ingratitude, il languit dans l’oubli. Un déshonneur s’ajoutant à l’autre, son chemin descend toujours plus bas. Les nuages s’amoncellent autour de lui et son chemin s’obscurcit toujours plus jusqu’à ce qu’apparemment son soleil se couche dans une obscurité sans espoir.
Mais derrière tout ce qui est apparent pour la nature, la foi peut discerner le propos de Dieu d’élever Joseph à une position de suprématie et de gloire. Si Dieu travaille à l’accomplissement de son propos, Satan mettra tout en œuvre pour contrecarrer le propos de Dieu. Satan se sert de la méchanceté des frères pour bannir Joseph de sa maison et de son pays ; il se sert de la méchanceté de la femme de Potiphar pour mettre Joseph en prison ; il se sert de l’ingratitude de l’échanson du Pharaon pour l’y maintenir. Chaque pas sur ce chemin qui descend est un triomphe apparent pour Satan et semblerait différer un peu plus l’accomplissement du propos de Dieu. Pour la vue naturelle, les plans de Satan paraissent prospérer, et les propos de Dieu subir une défaite.
Mais la foi peut discerner la main de Dieu derrière les artifices de Satan. Si Satan se sert de l’homme pour contrecarrer les propos de Dieu, Dieu se sert de Satan pour les mener à bien. Dieu utilise des agents de toute espèce. Les anges et les archanges, les saints et les pécheurs, le diable et ses démons, tous servent à l’exécution des plans de Dieu. Même les éléments — feu et grêle, neige et vapeur, vent de tempête — exécutent sa parole (Ps. 148:8). Et il n’en va pas différemment des circonstances de la vie, comme nous le voyons dans l’histoire de Joseph. Les épreuves qu’il traverse, le traitement qu’il subit entre les mains de ses frères, l’esclavage dans la maison de l’Égyptien, les fausses accusations de la femme de Potiphar, la prison du Pharaon et la négligence de l’échanson du Pharaon ne sont qu’autant d’étapes dans le chemin qui conduit à la gloire. Ses travaux en tant que berger, sa mission auprès de ses frères, son service dans la maison de Potiphar et dans la prison du Pharaon sont une préparation pour l’exercice du pouvoir au jour de sa gloire. Le service dans les épreuves prépare à faire bon usage de la gloire.
Dans tout cela Joseph n’est qu’un type de Celui dont les souffrances ont été beaucoup plus profondes et dont la gloire est beaucoup plus grande. Lui aussi, dans les jours de sa chair, a été parmi nous comme Celui qui sert, car il a pu dire : « L’homme m’a acquis comme esclave dès ma jeunesse » (Zach. 13:5). Lui aussi a souffert sous les fausses accusations des méchants, car de nouveau il peut dire : « Ils m’interrogent sur des choses que je n’ai pas connues » (Ps. 35:11). Lui aussi a été conduit à la prison et à la mort ; et il a dû connaître dans une pleine mesure la basse ingratitude de ceux qui n’avaient reçu que le bien de ses mains, de sorte que, le cœur brisé par l’amour méconnu, il crie : « Je suis oublié de leur cœur comme un mort » (Ps. 31:12).
Mais pour Joseph en type, comme pour Christ le glorieux antitype, chaque pas descendant dans le sentier des souffrances était une étape de plus sur le chemin de la gloire. Son service dans les jours de sa chair prépare son règne comme Roi des rois et Seigneur des seigneurs. Les faux témoins qui se sont levés contre lui se courberont devant lui lorsque tout genou se ploiera et que toute langue confessera qu’il est Seigneur à la gloire de Dieu le Père. Le jour est proche où la mémoire de l’« homme pauvre et sage » dont personne ne se souvenait « sera à toujours » (Eccl. 9:15 ; Ps. 112:6).
Cette portion de l’histoire de Joseph ne donne pas seulement un type magnifique de Christ, mais elle est pleine d’instructions pratiques pour le saint dans son sentier individuel. D’abord, nous ne pouvons pas lire ce récit sans être frappé par le fait que Joseph était un homme soumis. Ses circonstances étaient difficiles et sa position éprouvante. Retranché de sa parenté, étranger dans un pays lointain, il avait passé de l’amour de la maison de son père à l’esclavage dans la maison de l’Égyptien, et pourtant il n’y a pas de murmures. Il ne nourrit pas de pensées amères contre ses frères, ne profère pas de plaintes sur son sort pénible ni une seule parole de révolte contre les voies de Dieu. Son esprit demeurait dans une soumission admirable. Dieu ne lui avait-il pas révélé son destin élevé — et la foi, se reposant dans une confiance paisible sur la parole de Dieu, contemple d’un regard clair le but glorieux (voir 2 Cor. 4:17, 18). La foi maintenait Dieu et sa parole entre lui-même et ses circonstances. Dans le sentier du propos de Dieu, il se soumet aux voies de Dieu. De même, Paul, prisonnier du Seigneur lui aussi en un autre jour, écrit de sa prison dans le même esprit de soumission: « Les circonstances par lesquelles je passe sont plutôt arrivées pour l’avancement de l’évangile ».
Il en résulte que « l’Éternel fut avec Joseph; et il était un homme qui faisait tout prospérer» (39:2). L’homme soumis sera toujours un homme prospère. Pour la nature, l’esclavage et la prospérité ne peuvent pas aller ensemble, mais la présence du Seigneur peut transformer les jours d’adversité en jours de prospérité si nous nous soumettons à Ses voies. Tout le monde serait prêt à admettre que Joseph, au jour de son exaltation, était un homme qui avait réussi, mais la foi voit et Dieu déclare qu’il était un homme prospère dans le jour de son humiliation. Le moment venu, en tant que gouverneur de l’Égypte, il prospère dans son administration, mais d’abord, il doit vivre et prospérer comme esclave d’un Égyptien. La prospérité de la prison doit précéder la prospérité du palais. Les épreuves et les peines, les pertes et les revers, les chemins raboteux et les vallées ténébreuses, deviendront autant d’occasions de la plus grande prospérité de l’âme si nous nous souvenons que Dieu a un propos arrêté pour nous en gloire et que dans l’intervalle toutes ses voies envers nous sont en vue de son propos pour nous. À la lumière de son propos, nous serons capables de nous soumettre à ses voies et en nous soumettant, nous trouverons le Seigneur avec nous, et si le Seigneur est avec nous, nous prospérerons de cette prospérité qui surpasse tout — la prospérité de l’âme. « Bien-aimé, » dit le vieil apôtre, « je souhaite qu’à tous égards tu prospères et que tu sois en bonne santé, comme ton âme prospère » (3 Jean 2).
En outre, étant un homme prospère, Joseph devint un témoin pour l’Éternel dans la maison d’esclavage. Nous lisons : « Son seigneur vit que l’Éternel était avec lui » (v. 3). Il témoignait par sa vie plutôt que par ses lèvres. Potiphar fut frappé par ce qu’il « vit » davantage que par ce qu’il entendit. « Son seigneur vit que l’Éternel était avec lui, et que tout ce qu’il faisait, l’Éternel le faisait prospérer en sa main ». Si Joseph avait passé son temps à se lamenter sur son sort pénible ou à se vanter de sa haute destinée, il n’aurait pas été un témoin pour l’Éternel dans la maison de Potiphar. L’Égyptien ne se souciait aucunement de son passé et, même s’il lui avait été raconté, il n’aurait rien compris à son avenir ; mais Potiphar pouvait voir et apprécier dans sa vie journalière la fidèle exécution de ses obligations. Il n’en est pas autrement aujourd’hui. Pour un serviteur chrétien, il serait tout à fait déplacé de passer son temps à se plaindre de son sort devant son maître inconverti et d’annoncer que le jour approche où il jugera le monde et même les anges. Envers un maître inconverti, ce serait non seulement pure folie, mais aussi impertinence la plus grossière. Parler au monde des propos glorieux de Dieu, c’est seulement jeter des perles devant les pourceaux. Ce sont là des choses qui dépassent complètement la compréhension de l’homme naturel. Mais voir un serviteur chrétien mener une vie paisible, conséquente, et sans murmure, dans l’accomplissement fidèle des tâches journalières, est certainement un vrai témoignage pour le Seigneur et quelque chose que le maître inconverti peut apprécier.
Il en fut ainsi dans l’histoire de Joseph, avec le résultat que celui qui était un témoin pour le Seigneur fut respecté par l’homme qui lui faisait confiance. Ainsi nous lisons : « Joseph trouva grâce à ses yeux... et Potiphar l’établit sur sa maison, et il mit entre ses mains tout ce qui était à lui » (v. 4). Non seulement l’Éternel était avec Joseph, mais il était pour Joseph, disposant le cœur du maître en faveur de son serviteur.
Il s’ensuit que Joseph devint une source de bénédiction dans la maison du Gentil. « Et il arriva, depuis qu’il l’eut établi sur sa maison et sur tout ce qui était à lui, que l’Éternel bénit la maison de l’Égyptien à cause de Joseph ; et la bénédiction de l’Éternel fut sur tout ce qui était à lui, dans la maison et aux champs » (v. 5). Le chrétien n’est pas seulement appelé à la bénédiction, mais, en suivant son chemin, il est appelé à être en bénédiction.
En considérant Joseph comme un type de Christ, il importe de se souvenir que c’était le propos de Dieu d’établir Joseph dans une position de suprématie ; et par conséquent, tous ceux qui se soumettent à sa suprématie sont bénis. Ainsi Potiphar donne à Joseph une place de suprématie dans sa maison et immédiatement Potiphar est béni. Un peu plus tard, le geôlier élève Joseph dans la prison et la bénédiction suit. Et au jour de sa domination universelle, tous se soumettront à lui et seront bénis. Le monde sera contraint de se soumettre à la suprématie de Christ au jour de sa puissance manifestée, mais la foi se plaît à anticiper ce jour et reconnaît sa suprématie dans le jour de son rejet. Et dans la mesure où nous nous abandonnerons nous-mêmes, où nous abandonnerons nos vies, tout ce que nous avons, à la suprématie de Christ, nous serons nous aussi bénis, de même que le monde sera béni lorsqu’il se soumettra à sa domination universelle. La suprématie de Christ requiert la soumission de l’homme et la soumission de l’homme conduit à la bénédiction de l’homme bien que, dans le jour de Son rejet, cette bénédiction soit spirituelle plutôt que matérielle.
Nous avons vu ainsi que dans la maison du Gentil, Joseph était un homme soumis, un homme prospère, un témoin pour l’Éternel, un homme respecté auquel on pouvait se fier et un centre de bénédiction. De telles caractéristiques constituent une vie très complète et par conséquent nous ne sommes pas surpris de lire : « Joseph était beau de taille et beau de visage » (v. 6). Une vie belle devant Dieu et devant l’homme est typifiée dans ce saint de l’Ancien Testament.
Il ne faut cependant pas s’attendre à ce que le diable laisse en paix une vie qui est belle aux yeux de Dieu et de l’homme. Le dévouement à l’Éternel expose Joseph à la haine du diable. Ayant totalement échoué à vaincre Joseph par les menaces du monde et les épreuves des circonstances difficiles, le diable change de tactique et cherche à vaincre Joseph par les délices du péché. En la personne de la femme de Potiphar, il a un instrument tout préparé pour tenter Joseph, aidé en cela par les circonstances qui favorisent ses mauvais desseins. La tentation ne sert finalement qu’à faire ressortir l’excellence morale de Joseph. Il échappe au piège en restant ferme dans sa fidélité à son maître et dans sa crainte de Dieu. « Voici, dit Joseph, mon seigneur... a mis entre mes mains tout ce qui est à lui... comment ferais-je ce grand mal, et pécherais-je contre Dieu » (v. 8:9). Voilà le secret de la vie conséquente de Joseph devant son maître. Il servait fidèlement dans la présence de l’homme parce qu’il marchait continuellement dans la présence de Dieu ; et marchant dans la crainte de Dieu, il a été gardé dans l’heure de la tentation. Puisse le moment de l’ardente tentation trouver chacun de nous marchant si près de Dieu qu’immédiatement nous demandions : « Comment ferais-je ce grand mal, et pécherais-je contre Dieu ? ». Poser cette question, c’est échapper au piège. La seule chose que nous ayons vraiment à redouter, c’est de craindre quelque chose ou quelqu’un plus que Dieu.
Mais le diable ne se contente pas d’attaques isolées contre les enfants de Dieu. Il livrera un combat continuel. Il en fut ainsi de Joseph. La tentation se renouvelait « jour après jour » (v. 10) et les attaques se faisaient plus pressantes ; mais Joseph « s’enfuit » de devant la tentation et les efforts du diable sont déjoués. Ayant subi un échec comme tentateur, il devient maintenant persécuteur (v. 13-18). La femme qui auparavant avait jeté un regard mauvais sur Joseph témoigne maintenant contre lui d’une langue menteuse ; un ecclésiastique âgé a dit : « Ceux qui ont rompu les liens de la modestie ne seront jamais retenus par les liens de la vérité. Ce n’est pas une chose nouvelle pour le meilleur des hommes d’être accusé faussement des pires crimes par ceux qui eux-mêmes sont les criminels les plus endurcis ». Quoi qu’il en soit, Joseph échappe à une femme méchante et garde une bonne conscience. Mais garder une bonne conscience peut coûter cher. Joseph doit échanger le confort de la maison de Potiphar contre les privations de la prison du Pharaon.
Là Joseph doit traverser une nouvelle épreuve. Dans la maison de Potiphar, il a rendu un brillant témoignage pour Dieu ; il a surmonté la tentation et enduré la persécution. Dans la prison du Pharaon, il doit apprendre non seulement à rendre témoignage pour Dieu, mais à s’attendre à Dieu. Et, nous le savons bien, c’est là une des leçons les plus difficiles à apprendre pour le croyant. C’est une chose de rendre témoignage pour Dieu dans le monde actif ; c’en est une très différente de s’attendre à Dieu dans la solitude de la prison ; en fait, c’est impossible à la nature. Saül, l’homme naturel, a perdu son royaume, parce qu’il n’a pas su s’attendre à Dieu (1 Sam. 10:8 ; 13:8-14). Mais si c’est impossible à la nature, pour l’homme de foi c’est une épreuve douloureuse. Abraham, en son jour, a dû apprendre à s’attendre à Dieu. Sous le poids de l’attente, il cède à la suggestion de la nature et de l’incrédulité et essaie d’obtenir la semence promise par des moyens charnels ; mais c’est seulement pour découvrir qu’il n’a pas d’autre ressource que Dieu et il doit attendre treize longues années pour atteindre le moment voulu de Dieu. De même, plus tard, personne n’aurait pu donner un témoignage plus hardi que Jean le Baptiseur au jour de Béthanie ; face à la foule assemblée, il s’écrie : « C’est de celui-ci que moi, je disais : Après moi vient un homme qui prend place avant moi, car il était avant moi ». Mais lorsque Jean se trouve emprisonné, que les foules s’en sont allées, que le temps de témoigner est passé et que le temps d’attente a commencé, alors sous le poids de cette nouvelle épreuve, il s’écrie : « Es-tu celui qui vient ? » (Jean 1:30 ; Matt. 11:3).
Ainsi pour Joseph, en son jour, le temps d’attente dans la prison est un temps d’épreuve pour la foi. Lui aussi cherche la délivrance par un bras de chair. S’étant lié d’amitié avec l’échanson du roi, il en conclut naturellement que l’échanson interviendra auprès du Pharaon pour obtenir sa libération. « Souviens-toi de moi, dit Joseph, quand tu seras dans la prospérité, et use, je te prie, de bonté envers moi, et fais mention de moi au Pharaon, et fais-moi sortir de cette maison ». Joseph doit non seulement apprendre que l’aide de l’homme est vaine, mais aussi que Dieu est sa seule ressource. « Dieu est notre refuge et notre force, un secours dans les détresses, toujours facile à trouver ». Mais pour recevoir ce « secours », nous devons apprendre à nous tenir « tranquilles » et savoir que Dieu est Dieu (Ps. 46:1, 10). Dieu a son temps comme il a ses voies pour accomplir ses propos.
Entre-temps, si l’homme oublie d’user de bonté envers Joseph, Dieu n’oubliera pas, lui, de manifester de la miséricorde. Nous lisons : « L’Éternel était avec Joseph ; et il étendit sa bonté sur lui ». Joseph peut manquer, comme nous le pouvons et le faisons, mais les compassions de l’Éternel « ne cessent pas ; elles sont nouvelles chaque matin ; grande est ta fidélité ! L’Éternel est ma portion, dit mon âme ; c’est pourquoi j’espérerai en lui » (Lament. 3:22-24). Le diable peut nous tenter jour après jour et Dieu peut nous éprouver en nous gardant dans l’attente jour après jour ; toutefois sa grâce sera nouvelle chaque matin. Ainsi bien que souvent nous ayons à attendre la délivrance de l’Éternel, pourtant « l’Éternel est bon pour ceux qui s’attendent à lui », et de notre côté, nous apprenons que « c’est une chose bonne qu’on attende, et dans le silence, le salut de l’Éternel » (Lament. 3:25, 26). Oublié par l’homme, Joseph ne l’est pas par l’Éternel jusqu’à ce que, au moment voulu de Dieu, il apprenne que « ceux qui s’attendent à l’Éternel, ceux-là posséderont le pays » (Ps. 37:9).
Avec cette portion de l’histoire de Joseph, nous arrivons à la période dans laquelle Dieu révèle son plan pour la gloire et l’exaltation de Joseph, comme pour le gouvernement de l’Égypte. Et, au cours de son déroulement, ce beau récit nous offre une image du propos de Dieu pour l’exaltation de Christ et du plan de Dieu pour le gouvernement du monde.
Mais les plans de Dieu doivent être exécutés au temps voulu de Dieu, par les instruments de Dieu, et à la manière de Dieu. Joseph s’était probablement attendu à être immédiatement relâché lorsque l’échanson fut rétabli dans sa position dans la maison du Pharaon. Mais deux années entières doivent s’écouler avant que le temps de Dieu soit là. Le moment venu, le dernier instrument dans la main de Dieu est prêt pour compléter l’œuvre qui aboutit à l’exaltation de Joseph. Dieu s’était déjà servi de l’officier du Pharaon, du chef de la tour du roi et de l’échanson du roi ; maintenant il va se servir du roi lui-même. En outre, cela doit se faire de la manière voulue de Dieu. Ce sera « un songe, une vision de la nuit », par lequel il troublera l’esprit du Pharaon et réveillera la mémoire engou