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Un CHEMIN TRACÉ dans un TEMPS de RUINE

 

Hamilton SMITH

 

Table des matières :

1     Roboam (2 Chroniques 10 et 11:1-17)

2     Jérémie (Chr. 42 et 43:1-7)

3     Daniel (Ch. 9)

 

Nous pouvons être assurés qu’il n’y aura jamais un jour dans l’histoire de l’Église sur la terre, aussi sombre et difficile qu’il soit, où le croyant ne pourra trouver quelque lumière dans la parole de Dieu pour le diriger, s’il désire marcher dans le chemin de l’obéissance. Par ignorance ou propre volonté, nous pouvons manquer le chemin, par manque de dévouement, il se peut que nous soyons indifférents, par manque de foi, nous pouvons nous dérober, mais néanmoins la lumière est là pour ceux qui la cherchent et qui désirent marcher en obéissance à la Parole.

1                    Roboam (2 Chroniques 10 et 11:1-17)

Jusqu’aux jours de Salomon, le peuple d’Israël constituait un seul royaume. Au commencement du règne de Roboam intervient un schisme dont l’histoire et les causes sont bien instructifs pour le peuple de Dieu de nos jours.

Tout d’abord nous pouvons nous demander quelle a été la racine de cette division. Elle-même n’eut lieu qu’aux jours de Roboam, mais son origine se trouve dans l’histoire de Salomon, telle qu’elle est rapportée en 1 Rois 17. Ainsi, lors d’une division dans le peuple de Dieu, la vraie cause remonte souvent bien loin dans le passé. Dans celle qui nous occupe, tout découle d’une perte de la consécration à Dieu et d’un abandon de la parole de Dieu. Pour saisir le vrai caractère des défaillances de Salomon, nous devons nous souvenir que la loi de Moïse donnait des instructions très précises pour le roi. En Deutéronome 17:14-20, celui-ci est mis en garde contre la mondanité d’une part, et la désobéissance à la Parole d’autre part. Le roi ne devait pas multiplier le nombre de ses chevaux ; il ne devait pas inciter le peuple à retourner en Égypte, car l’Éternel avait dit : «Vous ne retournerez plus jamais par ce chemin-là». Il ne devait pas avoir beaucoup de femmes, ni accumuler pour lui-même beaucoup d’argent et d’or. D’un autre côté, il devait écrire une copie de la loi et y lire «tous les jours de sa vie», pour apprendre la crainte de l’Éternel, et pour garder toutes les paroles de la loi.

Dans les chapitres 10 et 11 du premier livre des Rois, nous trouvons que tous les pièges signalés dans le Deutéronome sont à l’origine des chutes du roi Salomon. Il multiplie le nombre de ses chevaux, ce qui provoque le retour du peuple en Égypte pour les y chercher (10:28). Il multiplie le nombre de ses femmes, de même que ses richesses en argent et en or. Plus encore, alors qu’il est beaucoup question des richesses de Salomon, de sa sagesse et de sa magnificence, il ne nous est jamais rapporté qu’il lisait la loi de l’Éternel. Et finalement l’Éternel doit lui dire : «Tu n’as pas gardé mon alliance et mes statuts que je t’ai commandés» (11:11).

C’est là que nous découvrons la racine de la division en Israël et — ne pouvons-nous pas le dire ? — celle de toutes les divisions qui ont eu lieu au milieu du peuple de Dieu. D’abord la mondanité non jugée qui détourne les coeurs de la vraie piété, et deuxièmement, la désobéissance à la parole de Dieu.

À cause de ces choses, Dieu avait averti Salomon que le royaume serait divisé en deux. Remarquons cependant que cette division ne devait pas seulement se produire à cause de l’infidélité du roi, mais aussi en raison de celle du peuple. Quand le prophète annonce à Jéroboam que le royaume va être divisé, il ne dit rien à propos de l’infidélité de Salomon, mais parle seulement de celle du peuple. La division arrivera, dit l’Éternel, «parce qu’ils m’ont abandonné, et ont adoré Ashtoreth,... et n’ont pas marché dans mes voies pour pratiquer ce qui est droit à mes yeux, et mes statuts et mes ordonnances» (1 Rois 11:31-33).

 

La racine de la division est bien la mondanité qui détourne vers d’autres dieux, et la désobéissance à la parole de Dieu, mais cela concerne le peuple entier. La folie et les défaillances des conducteurs, quoique graves, n’auraient pas nécessairement conduit à la division, s’il n’y avait pas eu le bas état du peuple de Dieu en général.

Telles étaient les causes profondes de la division, mais comment celle-ci se produisit-elle ? L’histoire est rapportée en 1 Rois 12 et en 2 Chroniques 10. Le roi Salomon meurt et son fils Roboam monte sur le trône. Immédiatement une crise se déclare. Israël avait connu un esclavage pénible pendant les années précédentes, et maintenant, une partie du peuple se lève pour protester. Comment le conducteur de cette époque réagit-il à cela ? Tout d’abord, Roboam est conseillé par les vieillards, qui sont riches en expérience. Tout ira bien, disent-ils, si tu es bon envers ce peuple, si tu deviens leur serviteur, et si tu leur dis de bonnes paroles» (1 Rois 12:7 ; 2 Chr. 10:7). Ceci ne conduit-il pas nos pensées à Romains 15:1-4 ? Au premier verset de ce passage, nous avons «la bonté» qui porte «les infirmités des faibles», plutôt que de mettre sur eux des jougs pénibles. Dans les versets 2 et 3, nous sommes invités à plaire à notre prochain «en vue du bien, pour l’édification», et non pas à nous plaire à nous-mêmes ; et au verset 4 il nous est rappelé que c’est par la patience et par la consolation des Écritures que nous pouvons avoir espérance.

Tel est l’avis spirituel des vieillards, en contraste avec le conseil du coeur naturel, donné par les «jeunes gens». Ceux-ci conseillent à Roboam d’adopter une attitude dure qui, selon leur logique, maintiendra l’autorité et la majesté du royaume. Hélas, Roboam suit ce conseil de l’homme naturel. Il prend une attitude autoritaire et déraisonnable, et menace ceux qui protestent d’un châtiment exemplaire (1 Rois 12:12-15).

À la violence du roi répond la violence du peuple, qui lapide l’officier du roi, en conséquence de quoi la division est consommée (v. 16-19).

En considérant simplement les faits, on pourrait conclure que la division était entièrement due à la folie de Roboam. Il est vrai que celle-ci fut la cause immédiate de la division, mais la parole de Dieu annonçant le jugement avait été prononcée bien avant les paroles violentes du roi. La puissante main de Dieu en discipline était derrière le comportement brutal du roi. Le saint gouvernement de Dieu divisait le royaume, et derrière la discipline de Dieu, il y avait le bas état du peuple.

La suite de l’histoire de Roboam est extrêmement instructive. Elle nous avertit des pièges à éviter lors de divisions, et nous guide quant à l’attitude à prendre.

Roboam se met immédiatement au travail pour rassembler le peuple, et lève une armée dans ce but. Sans aucun doute, c’était selon les pensées de Dieu que le peuple soit uni. Il l’avait été au commencement, et dans les jours à venir, il le sera de nouveau, selon la parole du prophète : «Je les ferai être une seule nation dans le pays, sur les montagnes d’Israël : un seul roi sera leur roi à tous ; et ils ne seront plus deux nations, et ils ne seront plus divisés en deux royaumes» (Ézéch. 37:22). On pourrait en déduire que Roboam était approuvé dans ses efforts pour mettre fin à la division et reconstituer l’unité du peuple de Dieu.

Cependant il doit apprendre, et tout Israël avec lui, que, malgré la division, les dix tribus sont toujours leurs «frères», et qu’ils n’ont pas à «monter ni à faire la guerre» contre eux. Par la bouche du prophète Shemahia, l’Éternel explique à Roboam pourquoi ils doivent se désister. «C’est de par moi, dit-il, que cette chose a eu lieu» (2 Chr. 11:4). Dieu avait reproché à Salomon sa mondanité et sa désobéissance à la Parole et lui avait annoncé : «Parce que tu as fait cela... je t’arracherai certainement le royaume» (1 Rois 11:11). Maintenant que le coup est tombé, Dieu peut expliquer à Roboam : «C’est de par moi que cette chose a eu lieu». Chercher à réparer le mal fait par Salomon peut sembler juste ; en réalité, ignorer les actions gouvernementales de Dieu est certainement mauvais. Roboam et ceux qui sont avec lui ont à apprendre, et nous avec eux, que le gouvernement de Dieu ne peut être méconnu avec légèreté.

Très sagement, Roboam et les deux tribus cessent leurs efforts : «ils écoutèrent les paroles de l’Éternel» (2 Chr. 11:4). Ils acceptent l’humiliation et la tristesse de la division et se courbent sous la main de l’Éternel qui les châtie. Désormais Roboam reste dans la sphère restreinte que la division a produite, «il demeura à Jérusalem» (v. 5). Est-ce que cela signifie qu’il s’installe dans une vie de facilité tranquille et d’inaction ? Et qu’il ne se sent plus concerné par les intérêts du peuple de Dieu ? Au contraire, puisque nous lisons qu’il devient un bâtisseur ; il «bâtit des villes en Juda» (v. 5-10), affermissant ce qui reste (Apoc. 3:2). Plus encore, il fait «des approvisionnements de vivres, et d’huile et de vin» (v. 11). II amasse des provisions pour le peuple de Dieu.

Quel fut le résultat ? Juda devint un refuge pour tout Israël. «Les sacrificateurs et les Lévites... se joignirent à lui de toutes leurs contrées», et «ceux de toutes les tribus d’Israël qui avaient mis leur coeur à chercher l’Éternel, le Dieu d’Israël, vinrent à Jérusalem». Ainsi «ils fortifièrent le royaume de Juda» (v. 13, 16, 17).

 

Pendant trois années cette prospérité continua ; après quoi, hélas, Roboam abandonna la loi de l’Éternel (2 Chr. 12:1) et le désastre s’ensuivit rapidement. Si seulement il avait poursuivi son chemin dans l’obéissance, qui peut dire quelle prospérité aurait encore régné ?

Ce récit n’éveille-t-il aucune résonance en nous ? En présence de tout ce qui tend à diviser les croyants, sachons reconnaître la main de Dieu en gouvernement sur nous, à cause de notre mondanité et de notre abandon de la Parole. Courbons-nous sous cette puissante main de Dieu qui nous châtie. Demeurons dans une obéissance paisible à la Parole, sur le solide fondement que Dieu a défini, cherchant à consolider ce qui reste, et à nourrir le peuple de Dieu, prêts en même temps à accueillir tous ceux qui désirent eux aussi se soumettre à la Parole.

2                    Jérémie (Ch. 42 et 43:1-7)

Quatre cents ans avaient passé depuis Roboam et la grande division en Israël, quand intervinrent les événements rapportés dans ce chapitre. À cette date nous trouvons le peuple de Dieu non seulement divisé mais dispersé. Cent trente ans auparavant, les dix tribus avaient été emmenées en captivité et se trouvaient maintenant parmi les nations. Des déportations successives avaient amoindri les rangs de Juda, jusqu’à ce que, finalement, le royaume ait cessé d’exister.

Cependant un reste du peuple se trouvait encore dans le pays. Dans les premiers versets de Jérémie 42, ces hommes, «depuis le petit jusqu’au grand», viennent vers le prophète, déclarant chercher auprès de lui de la lumière de la part de l’Éternel. Ils constatent : «de beaucoup que nous étions, nous sommes restés peu» (v. 2), et demandent : «que l’Éternel... nous montre le chemin par lequel nous devons marcher, et ce que nous devons faire» (v. 3).

Ils reconnaissent la ruine du peuple ; ils reconnaissent qu’ils sont en petit nombre. Au milieu de la ruine, et en confessant leur faiblesse, ils se rencontrent pour demander à l’Éternel le chemin qu’il désire les voir prendre et comment il veut les voir agir. Quoi de plus convenable, dans de telles circonstances, que de se tourner vers l’Éternel pour qu’il les guide ?

Jérémie les assure qu’il va prier l’Éternel en leur nom et leur faire connaître la pensée de Dieu, en ne leur cachant rien (v. 4). Cela les conduit à faire une très solennelle déclaration, disant que, quelle que soit la réponse de l’Éternel, ils écouteront sa voix ; ils reconnaissent comme il convient que, en faisant ainsi, il leur arrivera du bien. Quelque sombre que soit l’époque, quelque grande que soit la ruine, tout ira bien pour ceux qui écoutent la voix de l’Éternel (v. 5, 6).

Une chose, cependant, gâte ces belles paroles. La suite révélera que, derrière elles, la propre volonté était à l’oeuvre. Ils avaient déjà pris leur décision. La volonté de la chair se trahit par leur prétention très assurée d’être prêts à obéir à la voix de l’Éternel. Combien de fois, depuis ce jour, la chair ne s’est-elle pas montrée par cette parole de confiance en soi, trahissant la propre volonté ! Quand nous entendons des personnes dire, comme ces Juifs : «Donnez-nous un verset de la Parole et nous nous inclinerons devant elle», nous pouvons nous demander si la propre volonté n’est pas à l’oeuvre.

Jérémie se tourne vers l’Éternel, mais ce n’est qu’au bout de dix jours qu’il reçoit une réponse. Pendant ce temps, apparemment, il n’a pas de communications avec le peuple. Il ne se risquera pas à donner un avis personnel quant à la manière dont ils devraient agir, mais va attendre des directives claires de la part de l’Éternel (v. 7).

La réponse de Dieu est très claire, de même que les principes qu’elle met en évidence. Si ce petit résidu désire être restauré, et établi — s’ils veulent jouir de la présence de l’Éternel avec eux, et des bontés de l’Éternel, une condition doit être respectée. Ils doivent continuer «à habiter dans ce pays». Si grande que soit la faute, si complète la ruine, il y aurait encore de la bénédiction pour un petit résidu — quelques-uns au milieu du grand nombre — aussi longtemps qu’ils resteraient sur le terrain de Dieu pour le peuple de Dieu. Leur roi et leurs conducteurs peuvent avoir fui, la maison de l’Éternel peut avoir été complètement brûlée, rasée, et les murs de Jérusalem détruits, néanmoins il y aura encore de la bénédiction pour ceux qui resteront dans le pays. Le pays était le lieu pour tout Israël ; hélas, le grand nombre avait été emmené en captivité et était disséminé parmi les nations. Or toute la bénédiction, pour les quelques-uns qui restaient, dépendait du fait de continuer à habiter dans le pays (v. 9-12).

Nous pouvons bien nous arrêter en considérant ces événements d’un lointain passé, et nous demander : Cette histoire ne contient-elle pas une leçon pour ceux qui, au temps actuel, dans une très grande faiblesse, cherchent à savoir dans quel chemin ils ont à marcher et ce qu’ils ont à faire, au milieu de la dispersion du peuple de Dieu ? La grande leçon qui se dégage de ce récit est celle-ci : Quelle que soit la ruine, quelque divisé et dispersé que soit le peuple de Dieu, la bénédiction sera trouvée par ceux qui continuent à rester sur ce qui est terrain de Dieu pour tout le peuple de Dieu. En d’autres termes, le chemin de la bénédiction, malgré tous les manquements, consiste à rester dans la lumière de ce qui est vrai pour toute l’Église de Dieu, et de refuser tout autre fondement. Aucun manquement de notre part ne peut nous enlever la responsabilité de marcher et d’agir selon la vérité de l’assemblée de Dieu, vue soit localement soit collectivement.

Les principes qui doivent guider l’assemblée conservent aujourd’hui toute leur force. Ils sont déployés devant nous dans la première épître aux Corinthiens. «Nous n’avons pas non plus à prétendre être la seule lampe là où nous demeurons, comme l’était alors l’Église à Corinthe, tout en sachant que la dispersion ou même la mise de côté du témoignage collectif ne veut pas dire le retrait de l’Esprit... Nous devons au contraire nous cramponner aux enseignements de la Parole là où nous sommes placés... Mais n’attendons pas la manifestation d’une puissance semblable à ce qu’elle était avant que le jugement de Dieu n’intervienne... De même que nous n’avons pas à adapter les principes à la corruption environnante, nous n’avons pas non plus à les abandonner sous prétexte qu’il n’est plus possible de les faire valoir comme autrefois. «Que Dieu soit vrai et tout homme menteur !» (Rom. 3:4). Gardons-nous d’abandonner un principe parce qu’il est violemment attaqué, ou parce qu’il a été bien misérablement appliqué. Le principe survit à mille essais décevants de le mettre en pratique. La lumière ne doit pas être jugée d’après la lampe sale au-travers de laquelle elle tente de briller... Je peux être désolé et déçu de ce que la lampe a été pour ainsi dire placée sous un boisseau, mais je dois me rappeler que c’est tout de même une lampe capable de donner de la lumière à tous ceux qui sont dans la maison» (J.G. Bellett).

Revenons à l’histoire du reste de Juda aux jours de Jérémie. Nous y trouvons autant de mises en garde que d’instructions pour nous. Après leur avoir fait connaître la parole de l’Éternel quant au chemin de la bénédiction, Jérémie les avertit solennellement de la part de Dieu. S’ils disent : nous n’habiterons pas dans ce pays ; nous craignons les conflits, peut-être même le manque de pain ; nous voulons quitter le pays pour échapper à tout cela — eh bien voilà quelles seront les conséquences ! Le prophète les avertit que précisément ces choses auxquelles ils cherchent à échapper les rattraperont. Qui plus est, au lieu d’avoir l’Éternel avec eux en bénédiction, il auront sa main contre eux en gouvernement. Ils n’échapperont pas, dit l’Éternel, «de devant le mal que je fais venir sur eux» (v. 13-17).

Est-ce que cela n’est pas un avertissement pour nous aujourd’hui ? Fatigués de marcher dans le chemin de Dieu, ne sommes-nous pas quelquefois tentés de chercher un chemin plus facile dans un système humain, un système dans lequel, par l’introduction de principes et de méthodes du monde, nous échapperons au continuel exercice de foi auquel nous sommes appelés ? Ne sommes-nous pas quelquefois fatigués du conflit incessant qu’implique le maintien de la vérité, et tentés alors de nous dérober, craignant d’être dérangés par des appels de trompette qui nous avertiraient des dangers qui nous assaillent ? Ne sommes-nous pas tentés de dire : «Si nous avons à faire face continuellement au combat, nous allons souffrir de famine spirituelle» ? Ne sommes-nous pas ainsi parfois violemment assaillis par le Tentateur, qui prétend nous faire abandonner la vérité de Dieu sous prétexte du bien de l’assemblée ?

En présence de tels arguments — qu’ils surgissent dans nos propres coeurs, ou qu’ils nous soient suggérés par d’autres — rappelons-nous les avertissements de l’Éternel aux Juifs du temps de Jérémie. Tout d’abord, faire un faux-pas pour éviter des difficultés est le plus sûr moyen de tomber justement dans ces difficultés. Oui, laisser le terrain de Dieu pour fuir les exercices du chemin de la foi, nous submergera de problèmes dans le chemin de la propre volonté et nous liera avec le monde.

Ensuite, les Juifs sont avertis que ceux qui prennent un tel chemin tomberont sous la colère de Dieu et «ne verront plus ce lieu» (v. 18). On peut observer que ceux qui ont marché un temps dans la lumière de la vérité quant à l’assemblée de Dieu et qui l’ont ensuite abandonnée pour un chemin plus facile dans un système humain, ont rarement été restaurés. Ils «ne verront plus ce lieu».

Hélas, ceux à qui Jérémie a parlé refusent l’instruction et ne prennent pas garde aux avertissements de l’Éternel. Jérémie n’en ignore pas la raison. Il dit : «vous vous êtes séduits vous-mêmes dans vos âmes (v. 20). Leur propre volonté les a trompés : en fait ils avaient déjà décidé de descendre en Égypte. Rien ne fausse autant le jugement et n’empêche autant la compréhension de la vérité que la propre volonté. Elle ne voit pas ce qu’elle ne veut pas voir. Et, comme toujours, derrière la propre volonté se cache l’orgueil. Ils ne veulent pas admettre qu’ils ont tort : «tous les hommes orgueilleux parlèrent à Jérémie, disant : C’est un mensonge que tu dis ; l’Éternel, notre Dieu, ne t’a pas envoyé pour nous dire : N’allez point en Égypte pour y séjourner (43:2).

Ils prétendent que Jérémie n’est pas dirigé par la parole de l’Éternel, et qu’il ne fait que répéter une parole d’homme. Ils disent pratiquement : nous t’avons demandé une parole de l’Éternel et tu répètes simplement ce que dit Baruc. Si nous t’écoutons, cela ne fera que nous mener tous en esclavage (v. 3).

Les coeurs trompés par la propre volonté et l’orgueil, ils se détournent des instructions de l’Éternel et s’écartent de son «chemin». Ils abandonnent le terrain de l’Éternel prévu pour son peuple et prennent le chemin de leur propre choix ; le résultat, c’est qu’«ils ne verront plus ce lieu».

Si nous voulons connaître «le chemin où nous avons à marcher, et ce que nous devons faire», demandons avec droiture à Dieu de nous le faire connaître, obéissons à sa parole et «demeurons dans ce pays».

3                    Daniel (Ch. 9)

L’abandon du pays par le reste de Juda, au temps de Jérémie, acheva la dispersion du peuple. Cinquante ans passèrent, puis l’Éternel intervint dans sa grâce et produisit un réveil. Répondant à l’invitation de Cyrus, une petite partie du peuple quitta le pays de la captivité et retourna sur sa terre. Les expériences propres de ceux qui vécurent cette restauration, et les principes qui les ont guidés, sont énoncés dans la prière et la confession de Daniel. Et nous y trouverons beaucoup d’instructions pour ceux qui, de nos jours, ont été libérés des systèmes humains pour se réunir selon les enseignements de la Parole concernant l’Assemblée. L’époque dans laquelle nous vivons est bien différente de celle de Daniel, et cependant, moralement, il y a beaucoup d’analogies entre ces deux périodes.

Premièrement, Daniel, en son temps, peut regarder plus de mille ans en arrière, mille ans de manquements parmi le peuple de Dieu. Dans sa confession, il remonte au moment où l’Éternel emmena Israël hors d’Égypte, et, en pensant à cette époque déjà, il peut déclarer : «nous avons péché, nous avons agi méchamment» (9:15).

Deuxièmement, dans les chapitres 7 et 8, il est accordé au prophète de voir l’avenir ; et là encore il apprend que des manquements et des souffrances attendent le peuple de Dieu. Il voit que les puissances des Gentils feront la guerre contre les saints et prévaudront contre eux ; le sacrifice continuel sera ôté ; la vérité sera jetée par terre ; l’ennemi prospérera et détruira les hommes forts et le peuple des saints (7:21 ; 8:11-13, 24).

Troisièmement, il constate que cette longue histoire des manquements du peuple suivra son cours jusqu’à ce que le Fils de l’homme vienne et établisse son royaume (7:13, 14).

Ainsi Daniel voit le passé marqué par l’échec, le futur assombri par l’annonce de souffrances plus profondes et de manquements plus graves, et aucun espoir de délivrance pour le peuple dans son ensemble jusqu’à ce que le Roi vienne. En présence de tout cela, Daniel est très affecté. Ses pensées le troublent, et il est malade quelques jours (7:28 ; 8:27).

Nous ne pouvons guère ne pas voir l’analogie entre ces expériences du prophète et ce qui se passe de nos jours. Non seulement nous constatons presque deux mille ans de manquements derrière nous, au milieu de ce qui professe être le peuple de Dieu, mais la Parole nous apprend que le court laps de temps qui peut-être nous reste encore sera marqué par une faillite croissante de cette profession chrétienne. «Dans les derniers jours», dit l’apôtre Paul, «il surviendra des temps fâcheux, ... les hommes méchants et les imposteurs iront de mal en pis», et «il y aura un temps où ils ne supporteront pas le sain enseignement ; mais... ils détourneront leurs oreilles de la vérité» (2 Tim. 3 et 4). Pierre aussi nous avertit qu’il y aura de faux docteurs au milieu du peuple de Dieu, lesquels introduiront furtivement des sectes de perdition, reniant même le maître qui les a achetés (2 Pierre 2). De plus, la troisième chose que Daniel voit est vraie aussi pour nous, puisque nous apprenons par les Écritures qu’il n’y aura pas de restauration pour l’Église dans son ensemble, jusqu’à la venue de Christ.

Mais ce ne sont pas les seules analogies entre notre époque et celle de Daniel. Le prophète fit une autre découverte. Il apprit par les Écritures que, malgré toutes les défaillances passées et toutes les défaillances futures, Dieu avait prédit qu’il y aurait un petit réveil au milieu de ces années-là. Il avait montré à Jérémie qu’après soixante-dix ans, il y aurait une guérison partielle des misères de Jérusalem. De la même manière, nous avons appris par les Écritures que, au milieu de la corruption et de l’état de mort de la chrétienté, manifestés en Thyatire et Sardes, il y aurait de nouveau un réveil, à savoir celui de Philadelphie.

Ce réveil a quatre caractéristiques marquantes. À Philadelphie, le Seigneur déclare premièrement : «Tu as peu de force», deuxièmement : «Tu as gardé ma parole» , troisièmement : «Tu n’as pas renié mon nom» ; quatrièmement : «Tu as gardé la parole de ma patience» (Apoc. 3:7-13). En un jour où la profession religieuse s’étale avec puissance sous le caractère de la grande Babylone, ceux qui vivent ce réveil sont marqués par une position de faiblesse extérieure. Quand de toute part la Parole est dépréciée, ils gardent celle-ci dans sa pureté et son intégrité. Quand la Personne de Christ est attaquée, ils ne renient pas son nom. Enfin, quand les hommes font des efforts désespérés pour unifier la chrétienté, eux gardent la parole de sa patience. Ils attendent la venue de Christ pour guérir les divisions et rassembler enfin son peuple dans sa présence.

Or l’obéissance à la Parole et le refus de renier le nom de Christ sous-entend beaucoup de choses, en particulier le rétablissement de la vérité concernant Christ et son Église, l’appel céleste, la venue de Christ, et les autres vérités qui en découlent.

Mais, ceux qui désirent se soumettre à la Parole et donner à Christ sa place sont exposés au danger constant d’abandonner les vérités qui ont été retrouvées. D’où l’avertissement qui leur est adressé : «Tiens ferme ce que tu as, afin que personne ne prenne ta couronne», ou encore de tenir ferme après avoir tout surmonté (Éph. 6:13).

Il est évident que nous ne pouvons ni «tenir ferme» ni «surmonter» par notre propre force. L’une et l’autre chose n’est possible que si nous nous fortifions dans la grâce qui est dans le Christ Jésus. Nous devons donc regarder au Seigneur et à sa grâce, ce qui sous-entend la prière en même temps qu’une condition morale convenable devant Lui. Or celle-ci demande la confession. Et en rapport avec ces deux exigences, la prière et la confession, nous pouvons beaucoup apprendre de l’exemple de Daniel. Il avait regardé d’abord en arrière, ensuite autour de lui, et ayant constaté l’état désolant du peuple de Dieu, il fut dans une grande détresse. Dans cette détresse, il détourna son regard de l’homme pour le tourner vers Dieu, comme il le dit au chapitre 9 : «Je tournai ma face vers le Seigneur Dieu, pour le rechercher par la prière» (v. 3). Mais il ne se contenta pas de prier ; il ajoute : «et je fis ma confession» (v. 4).

Maintenant remarquons les résultats de cette prière et de cette confession. Tout d’abord, elles le placent devant la grandeur, la sainteté et la fidélité de Dieu. L’homme devient très petit à ses yeux. Daniel peut être défaillant, mais l’Éternel est «grand». Dieu est fidèle à sa parole, et si seulement son peuple s’attache à son nom, s’il l’aime, et garde sa parole, malgré tous ses manquements, il trouvera grâce auprès de lui.

Le second résultat, c’est que l’homme de Dieu acquiert un sentiment profond de la ruine totale du peuple. Il reconnaît que le bas état de celui-ci est la cause de tout ce qui leur est arrivé. Il ne cherche pas à en mettre la faute sur certains seulement, mais s’attribue la défaillance du peuple dans son ensemble ; il déclare : «Nous avons péché, nous, nos rois, nos princes, nos pères, et tout le peuple du pays (Dan. 9:5, 6). Personnellement, Daniel n’avait eu aucune part directe dans ce qui avait provoqué la dispersion soixante-dix ans auparavant. Mais l’absence de responsabilité personnelle et le laps de temps écoulé ne le conduisent pas à méconnaître la division et la dispersion, ni à en mettre la responsabilité sur des personnes qui ont depuis longtemps disparu de la scène. Au contraire, il s’identifie au peuple de Dieu et confesse : «Nous avons péché».

Dans l’histoire d’Israël, on voit le peuple s’éloigner de Dieu, et, dans son bas état, demander un roi. Mais les rois les ont égarés. Il en fut aussi ainsi dans l’histoire de l’Église. Dans 1 Corinthiens 3 et 4, Paul ramène toute division à l’état charnel du peuple, état qui les conduisait à se ranger sous les ordres de certains conducteurs. Ailleurs, l’apôtre annonce qu’après son départ, des meneurs se lèveraient et provoqueraient des divisions : «Je sais qu’après mon départ... il se lèvera d’entre vous-mêmes des hommes qui annonceront des doctrines perverses pour attirer les disciples après eux» (Act. 20:29, 30).

Il ressort de cela que la racine de toute division, que ce soit en Israël ou dans l’Église, remonte au bas état moral du peuple de Dieu dans son ensemble, et non pas simplement à l’action néfaste de quelques individus. Il en découle qu’une vraie confession doit avoir en vue tout le peuple. Daniel ne pense pas à une ville seulement (quelle que soit sa responsabilité), mais, avec Jérusalem, il englobe «tout Israël» ; et il ne limite pas ses pensées à tous ceux d’Israël «qui sont près» ; il inclut tous «ceux qui sont loin» (9:7).

Ayant cet exemple devant nous, nous pouvons bien nous demander quel devrait être notre premier but lorsque nous confessons nos péchés et que nous nous humilions. Serait-ce seulement que les brèches soient réparées ? Cela, c’est une chose qui doit être laissée entre les mains de Celui devant qui nous avons gravement manqué. Notre but devrait être une pleine restauration, une restauration qui soit à la hauteur de notre appel, dont nous nous sommes tant éloignés.

Un troisième résultat de la prière de Daniel et de sa confession, c’est qu’il reconnaît la main de Dieu en gouvernement sur son peuple. Il saisit un principe de la plus grande importance : c’est que quand la division et la dispersion surviennent, ces tristes événements doivent être acceptés comme venant de Dieu, agissant en sainte discipline, et pas simplement considérés comme étant provoqués par l’action malheureuse ou malfaisante de quelques individus. Cela est particulièrement évident dans la grande division qui eut lieu en Israël, après Salomon. Le moyen qui la provoqua fut la conduite insensée de Roboam, mais Dieu dit : «C’est de par moi que cette chose a eu lieu» (2 Chr. 11:4).

Quatre cent cinquante ans plus tard, quand le peuple de Dieu était non seulement divisé mais dispersé parmi les nations, Daniel reconnaît très clairement ce grand principe. Il déclare : «À toi, Seigneur, la justice, et à nous la confusion de face, comme elle est aujourd’hui, — aux hommes de Juda et aux habitants de Jérusalem et à tout Israël, à ceux qui sont près et à ceux qui sont loin, dans tous les pays où tu les as chassés» (v. 7). Plus loin, il parle de Dieu qui a fait «venir sur nous un mal si grand», et dit : «l’Éternel a veillé sur le mal, et l’a fait venir sur nous» (v. 12 et 14). Ainsi Daniel perd de vue la méchanceté et la folie d’hommes particuliers. Il ne cite aucun nom. Il ne parle pas de Jehoïakim et des abominations qu’il commit, ni de Sédécias et de sa folie. Il ne mentionne pas non plus la violence impitoyable de Nebucadnetsar, mais, regardant au-delà des personnes et des événements, il voit dans la dispersion la main d’un Dieu juste.

De même aussi, un peu plus tard, Zacharie entendra cette parole de l’Éternel aux sacrificateurs et à tout le peuple du pays : «Je les disperserai, comme par un tourbillon, parmi toutes les nations qu’ils ne connaissaient pas» (Zach. 7:5, 14). Plus tard encore, dans sa prière, Néhémie rappellera ces paroles de l’Éternel par Moïse : «Si vous êtes infidèles, je vous disperserai parmi les peuples» (Néh. 1:8).

Ces hommes de Dieu ne font aucune tentative pour minimiser la manière d’agir de Dieu en discipline. Ils ne disent même pas que Dieu a «permis» que son peuple soit dispersé, mais ils reconnaissent clairement que Dieu a chassé le peuple et a fait venir le mal sur eux.

Quatrièmement, un autre grand principe qui découle d’un retour à Dieu par la prière et la confession, c’est non seulement de reconnaître la main de Dieu qui nous discipline, mais de se tourner vers Celui qui seul peut rassembler et bénir son peuple. Ainsi, reconnaître le bien-fondé de la discipline est le seul espoir d’un réveil ou d’une guérison ; en nous tournant vers Dieu, nous regardons à Celui qui peut non seulement provoquer la division mais aussi rassembler, pas seulement disperser mais aussi ramener, pas seulement déchirer mais également guérir (Osée 6:1).

L’homme peut certes disperser, diviser et déchirer, mais il ne peut pas de nouveau rassembler, unir et guérir. Dieu peut faire les deux et le fait avec justice. On le voit clairement dans la confession de Daniel ; il dit : «À toi, Seigneur, la justice... Tu les as chassés...». Et il ajoute : «l’Éternel a veillé sur le mal, et l’a fait venir sur nous ; car l’Éternel, notre Dieu, est juste dans toutes les oeuvres qu’il a faites» (v. 7, 14). Alors, pour la troisième fois, il fait appel à la justice de Dieu ; mais cette fois c’est pour qu’il bénisse et use de grâce ; il déclare : «Seigneur, selon toutes tes justices, que ta colère et ta fureur se détournent, je te prie» (v. 16).

Daniel appuie son appel au secours sur le fait que, même si le peuple avait grandement failli et même si Dieu avait dû le discipliner, cependant, il est son peuple. C’est, dit Daniel, ta ville de Jérusalem, ta sainte montagne, ton peuple qui sont en opprobre, ton sanctuaire qui est désolé, et c’est ton serviteur qui prie (v. 16, 17). Puis il plaide pour que la bénédiction puisse être accordée «pour l’amour du Seigneur» (v. 17).

Il fait ensuite appel aux «grandes compassions» de l’Éternel. Finalement il invoque le nom du Seigneur et conclut : «car ta ville et ton peuple sont appelés de ton nom» (v. 19).

Voilà quelques-uns des grands principes qui devraient nous guider en un temps de confusion et de ruine. D’abord, nous tourner vers Dieu par la prière et la confession et, dans sa présence, prendre une nouvelle conscience de sa grandeur, de sa sainteté, et de sa grâce envers ceux qui sont prêts à garder sa parole (v. 3 et 4).

En second lieu, confesser nos manquements et notre ruine totale (v. 5-15).

Troisièmement, reconnaître pleinement la justice de Dieu dans sa manière d’agir envers nous en gouvernement (v. 7, 14, 15).

Quatrièmement, nous rejeter sur la puissance de Dieu, qui peut agir en grâce et nous relever.