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ABRAHAM, Ami de Dieu

 

Hamilton Smith

 

Table des matières abrégée :

1      Préface de l’édition anglaise

2      De l’autre côté du fleuve (Gen. 11:27-30)

3      L’appel de Dieu (Gen. 11:31 à 12:3)

4      Foi et incrédulité (Gen. 12:4-20)

5      Refuser et choisir (Gen. 13)

6      Victoire et défaite (Gen. 14)

7      Un fils et un héritage (Chap. 15)

8      La chair et la loi (Gen. 16)

9      Le Dieu Tout-puissant et l’alliance éternelle (Gen. 17)

10    Bénédictions et privilèges (Gen. 18)

11    Amitié avec le monde (Gen. 19)

12    Les œuvres de la chair (Gen. 20)

13    La naissance de l’héritier (Chap. 21)

14    Le sacrifice d’Isaac (Gen. 22)

15    La mort de Sara (Gen. 23)

16    L’appel de Rebecca (Gen. 24)

 

Table des matières détaillée :

1      Préface de l’édition anglaise

2      De l’autre côté du fleuve (Gen. 11:27-30)

2.1     L’arrière-plan de sa vie

2.2     Le tournant de sa vie

2.3     L’intérêt de sa vie pour nous

3      L’appel de Dieu (Gen. 11:31 à 12:3)

3.1     Le caractère de l’appel

3.1.1       Un appel divin

3.1.2       Un appel qui met à part

3.1.3       Un appel réconfortant

3.1.4       Un appel bénéfique

3.1.5       Un appel enrichissant

3.1.6       Un appel protecteur

3.1.7       Un appel efficace

3.2     Ce qui empêche de répondre à l’appel de Dieu

4      Foi et incrédulité (Gen. 12:4-20)

4.1     Un contraste

4.2     Une comparaison

4.3     L’obéissance de la foi

4.4     Le sentier de la foi

4.5     La portion de la foi

4.6     La réponse de la foi

4.7     La ressource de la foi

4.8     L’infidélité d’Abraham

4.9     La fidélité du Dieu d’Abraham

5      Refuser et choisir (Gen. 13)

5.1     Restauration

5.2     Conséquence du manquement

5.3     Le piège des richesses

5.4     La position de la foi

5.5     Le choix de la chair

5.6     La confession de la foi

6      Victoire et défaite (Gen. 14)

6.1     Conflit (v. 1-11)

6.2     Capture (v. 12)

6.3     Contraste (v. 13-16)

6.4     Récompense (v. 17-24)

7      Un fils et un héritage (Chap. 15)

7.1     Révélation de Dieu (v. 1)

7.2     La réponse de la foi (v. 2, 3)

7.3     La récompense de la grâce (v. 4)

7.4     Être compté à justice (v. 5-7)

7.5     Rémission des péchés (v. 8-10)

8      La chair et la loi (Gen. 16)

8.1     L’épreuve

8.2     La tentation

8.3     L’enseignement

8.4     La tendance

8.5     La tragédie

8.6     Le type

8.7     L’interprétation

9      Le Dieu Tout-puissant et l’alliance éternelle (Gen. 17)

9.1     Abraham écoutant la révélation de Dieu (v. 1, 2)

9.2     Abraham tombant sur sa face devant Dieu (v. 3)

9.3     Abraham recevant des communications de Dieu (v. 4)

9.4     Responsabilité envers Dieu (v. 9-13)

9.5     Abraham plaidant avec Dieu (v. 18-21)

9.6     Abraham gardant l’alliance avec Dieu (v. 22-27)

10    Bénédictions et privilèges (Gen. 18)

10.1      Visite divine (v. 1-7)

10.2      Ministère divin (v. 6-8)

10.3      Communication divine (v. 9-15)

10.4      Prophétie divine (v. 16-20)

10.5      Intercession (v. 22-33)

11    Amitié avec le monde (Gen. 19)

11.1      Un contraste frappant

11.2      L’aboutissement d’un chemin qui descend

11.3      La faillite du témoignage

11.4      Le message d’avertissement

11.5      Le ministère des anges

11.6      L’inconséquence de Lot

11.7      La chute de Lot

11.8      L’hésitation de Lot

11.9      La femme de Lot

11.10    La crainte de Lot

12    Les œuvres de la chair (Gen. 20)

12.1      Une rechute

12.2      Un Dieu toujours fidèle

12.3      Un reproche justifié

12.4      Une mauvaise excuse

12.5      Une racine d’incrédulité non jugée

12.6      Une conduite répréhensible

13    La naissance de l’héritier (Chap. 21)

13.1      La naissance d’Isaac (v. 1-5)

13.2      L’effet produit par cette naissance (v. 6-9)

13.3      La leçon pour nous (v. 10)

13.4      Le vrai caractère de la chair (v. 11, 12)

13.5      L’image d’Israël

13.6      Le témoignage du monde (v. 22-24)

13.7      Le vrai caractère du monde (v. 25-34)

14    Le sacrifice d’Isaac (Gen. 22)

14.1      La dernière étape de la vie d’Abraham

14.2      L’épreuve suprême

14.3      L’acte d’obéissance

14.4      Père et fils

14.5      Un autre Père — un autre Fils

14.6      Obéissance parfaite

14.7      Communion parfaite

14.8      Soumission parfaite

14.9      Comparaison et contraste

15    La mort de Sara (Gen. 23)

15.1      Une allégorie

15.2      L’épouse terrestre de Christ

15.3      Une déclaration claire

15.4      L’espérance de la foi

15.5      Le Dieu de résurrection

15.6      Une affliction selon Dieu

15.7      Une promesse accomplie

15.8      Un esprit humble

15.9      Un caractère droit

16    L’appel de Rebecca (Gen. 24)

16.1      Trois grandes vérités

16.2      Une vue d’ensemble

16.3      Le propos du Père

16.4      La mission du serviteur

16.5      L’épouse trouvée

16.6      L’épouse parée

16.7      L’accueil

16.8      L’épouse gagnée

16.9      La réponse

16.10    Une ferme décision

16.11    Un chemin suivi

16.12    Le but atteint

16.13    L’arrivée

16.14    Le mariage

16.15    Encouragement pour nous

 

 

1         Préface de l’édition anglaise

On ne saurait trop souligner l’importance d’une connaissance véritable des voies de Dieu envers Abraham et sa semence pour être capable de comprendre avec justesse le message de la Bible. C’est à Abraham que l’Éternel a dit : «Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront ; et en toi seront bénies toutes les familles de la terre» (Gen. 12:3). Galates 3:16 nous apprend que Christ est cette semence et qu’en lui seul toutes les bénédictions de l’alliance sont réalisées.

Abraham est un des personnages les plus intéressants de l’histoire biblique. Peu d’hommes sont mentionnés aussi souvent dans les Écritures. Les pages de la concordance le montrent : en plus des très nombreux versets de l’Ancien Testament dans lesquels apparaît le nom du patriarche, Abraham est cité encore plus de soixante-dix fois dans onze livres du Nouveau Testament. Il a l’honneur d’être appelé «ami de Dieu» (Jacq. 2:23).

Pour qu’Abraham soit à même d’occuper la place qui lui était destinée, le Dieu de gloire lui apparut (Actes 7:2) et lui donna des visions merveilleuses concernant le Seigneur Jésus (Jean 8:56) et la cité céleste « qui a les fondements, de laquelle Dieu est l’architecte et le créateur » (Héb. 11:10).

Les leçons pratiques que nous pouvons retirer de la vie de cet homme sont présentées dans le livre de M. Hamilton Smith : «Abraham, l’ami de Dieu». Nous avons confiance que le Seigneur mettra sa bénédiction sur cet ouvrage, comme il l’a fait sur les autres livres du même auteur, parmi lesquels nous signalerons «Joseph» et «Élie et Élisée».

 

2         De l’autre côté du fleuve (Gen. 11:27-30)

Pour comprendre l’histoire d’Abraham et en tirer profit, il faut connaître le caractère du monde dans lequel vivait le patriarche et duquel il fut appelé à sortir.

 

2.1       L’arrière-plan de sa vie

En décrivant l’époque qui a précédé le déluge, l’apôtre Pierre parle du «monde d’alors». L’apôtre Paul évoque le «présent siècle mauvais» (Gal. 1:4) ; puis le «monde habité à venir» : le «monde millénaire» (Héb. 2:5). Il y a donc le monde qui était alors, le monde qui est maintenant et le monde à venir.

Le monde d’avant le déluge fut ruiné à la chute et sombra dans l’iniquité. Dieu supporta la méchanceté croissante des hommes pendant mille six cent cinquante ans, jusqu’au moment où, le monde entier s’étant corrompu devant lui et se trouvant rempli de violence, le jugement tomba et «le monde d’alors fut détruit, étant submergé par de l’eau» (2 Pierre 3:6).

Le monde de maintenant a commencé après le déluge. Il est caractérisé par des éléments tout à fait nouveaux. Le gouvernement a été introduit afin que, par la grâce de Dieu, la méchanceté ne demeure pas impunie. L’homme a reçu la responsabilité de réprimer le mal en exerçant le jugement sur le méchant. Dieu dit à Noé : «Qui aura versé le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé». Mais de même que l’homme encore dans l’innocence était tombé et avait ruiné le monde d’avant le déluge, il faillit dans le gouvernement et ruina le monde présent. Chaque fois que l’homme est placé sur le terrain de la responsabilité, il manque, et cela dès le commencement de son histoire. Noé qui avait été établi dans une position d’autorité ne sut pas se gouverner lui-même. Il s’enivra et devint un objet de moquerie pour son fils. D’une manière générale ces choses ont, hélas, toujours caractérisé le gouvernement de ce monde. Ceux qui reçoivent l’autorité ne savent pas en user, et ceux qui sont dans l’opposition se moquent des manquements des gouvernants. Nous voyons en outre qu’avec le temps, les hommes se servent du gouvernement pour s’élever à leurs propres yeux et agir indépendamment de Dieu. Ils disent : «Bâtissons-nous une ville.., et faisons-nous un nom». Après peu de temps, le monde devint apostat et tomba dans l’idolâtrie ; nous lisons : «Ainsi dit l’Éternel, le Dieu d’Israël : Vos pères, Térakh, père d’Abraham et père de Nakhor, ont habité anciennement au-delà du fleuve, et ils ont servi d’autres dieux» (Josué 24:2).

Pour contenir la méchanceté de l’homme, le monde a été divisé en différentes familles, avec des nationalités distinctes et des langues diverses.

Tel a été le commencement et tel est le caractère de ce présent siècle mauvais qui mûrit rapidement pour le jugement ; un monde dans lequel le gouvernement est institué par Dieu, mais un monde ruiné par les mains des hommes qui agissent indépendamment de Dieu, s’élèvent à leurs propres yeux, finissent par abandonner Dieu et par tomber dans l’idolâtrie.

 

2.2       Le tournant de sa vie

Pendant plus de quatre cents ans, Dieu a supporté ce monde ; mais alors, le Dieu de gloire apparaît à un homme sur la terre et commence à agir selon un principe tout à fait nouveau : l’appel souverain de Dieu. Ce principe nouveau ne met pas de côté le gouvernement de ce monde ; il ne s’agit pas d’améliorer ou de réformer celui-ci, ni de reprendre sa méchanceté. Le monde est laissé dans l’état où il est, mais ce principe affirme le droit suprême de Dieu sur un individu, élu par la grâce souveraine et appelé à sortir du monde.

Nous ne pouvons sous-estimer l’importance de cette grande vérité, quand nous voyons, dans le Nouveau Testament, qu’elle demeure la base selon laquelle Dieu agit aujourd’hui. L’Église est composée uniquement d’individus appelés par grâce. L’apôtre Paul dit expressément que Dieu non seulement «nous a sauvés», mais aussi qu’il «nous a appelés» ; et que cet appel est «un saint appel... selon son propre dessein» (2 Tim. 1:9). Dans son épître aux Romains, il nous rappelle que les croyants sont «ceux qui sont appelés selon son propos» (Rom. 8:28). Aussi, lorsqu’il écrit aux croyants hébreux, l’apôtre s’adresse à eux comme «participants à l’appel céleste» (Héb. 3:1). L’apôtre Pierre nous dit que nous avons été «appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière», et il ajoute que le Dieu de toute grâce nous «a appelés à sa gloire éternelle» (1 Pierre 2:9 ; 5:10).

Il est donc évident que les croyants sont non seulement «sauvés», mais aussi «appelés». Le premier souci d’une âme anxieuse est naturellement le même que celui du geôlier de Philippes autrefois : «Que faut-il que je fasse pour être sauvé ?» Après avoir trouvé le salut par la foi en Christ et en son œuvre accomplie, nous nous contentons trop souvent de la certitude que nos péchés sont pardonnés, et que nous sommes à l’abri du jugement, sauvés de l’enfer. Nous sommes lents à discerner que le même évangile qui nous apporte la bonne nouvelle du salut proclame l’appel de Dieu à la gloire de Christ. L’apôtre ne dit pas seulement aux croyants de Thessalonique : «Dieu vous a choisis dès le commencement pour le salut» ; mais il ajoute immédiatement : «Il vous a appelés par notre évangile, pour que vous obteniez la gloire de notre Seigneur Jésus Christ» (2 Thess. 2:13, 14).

Ces différents passages montrent clairement que si Dieu nous appelle, c’est qu’il désire satisfaire le propos de son cœur. Cet «appel» inclut que nous sommes retirés d’un monde plongé dans les ténèbres, ou qui vit dans l’ignorance de Dieu, pour être introduits dans la merveilleuse lumière de tout ce que Dieu s’est proposé pour Christ dans un autre monde. De plus, si nous sommes appelés, c’est afin d’obtenir la gloire de notre Seigneur Jésus Christ. Le prix de l’appel céleste, c’est être avec Christ et semblable à lui.

 

2.3       L’intérêt de sa vie pour nous

Voilà donc quelques-unes des précieuses vérités qui se rattachent à l’appel de Dieu et qui sont illustrées dans la vie d’Abraham. L’importance pratique de ce récit réside en ceci : la grande vérité de l’appel de Dieu nous y est présentée non pas dans un exposé doctrinal, mais telle qu’elle a été vécue par un homme ayant les mêmes passions que nous, dont l’histoire par conséquent est accessible à chacun.

 

3         L’appel de Dieu (Gen. 11:31 à 12:3)

La première partie de la vie d’Abraham illustre le chemin de la foi qui répond à l’appel de Dieu, les obstacles qui se dressent sur ce chemin, la foi qui s’y engage, et les bénédictions, de même que les manquements, les tentations et les conflits que le croyant y rencontre.

 

3.1       Le caractère de l’appel

3.1.1        Un appel divin

Le caractère béni de l’appel de Dieu est la première grande vérité placée devant nous au début de l’histoire d’Abraham. Par le discours d’Étienne rapporté en Actes 7, nous apprenons que «le Dieu de gloire apparut à notre père Abraham, lorsqu’il était en Mésopotamie». Nous voyons ici ce qui distingue cet appel de tous les autres : il vient de Dieu, du Dieu de gloire. Dans ce monde avec ses villes et ses tours s’élevant jusqu’aux cieux, il n’y a rien qui parle de Dieu ; on n’y trouve que ce qui exalte et déploie la gloire de l’homme. L’expression «le Dieu de gloire» nous parle d’une autre scène dans laquelle il n’y a rien de l’homme, mais où tout révèle Dieu. Et ce Dieu, dans sa grâce magnifique, apparaît à un homme qui vivait dans un monde éloigné de Lui et plongé dans l’idolâtrie. C’est donc la gloire de Celui qui apparaît à Abraham qui confère toute son importance à l’appel, et qui donne à la foi l’autorité et la puissance pour y répondre.

 

3.1.2        Un appel qui met à part

Deuxièmement, nous apprenons que l’appel conduit à la séparation. La parole adressée à Abraham est celle-ci : «Va-t’en de ton pays, et de ta parenté, et de la maison de ton père». Il ne lui est pas dit de rester dans la ville d’Ur et de s’occuper de la méchanceté de l’homme, ni de chercher à améliorer la condition sociale de celui-ci ou à réformer sa vie domestique ; il ne lui est pas non plus demandé d’essayer d’organiser un monde meilleur, plus beau. Il est appelé à en sortir, sous toutes ses formes. Abraham doit quitter le monde politique : «ton pays», le monde social : «ta parenté», et le monde familial : «la maison de ton père».

Aujourd’hui, l’appel n’est pas moins précis. Le monde qui nous entoure a la forme de la piété, mais il en a renié la puissance ; c’est le monde de la chrétienté corrompue. Et l’épître qui nous dit que nous sommes participants à l’appel céleste nous exhorte à nous séparer de la corruption de ce monde. Nous sommes appelés à sortir «vers lui [Jésus] hors du camp, portant son opprobre» (Héb. 13:13). Cela ne signifie pas que nous ayons à mépriser le gouvernement qui a été établi par Dieu. Nous ne pouvons pas négliger les liens de famille : ils ont été établis par Dieu. Nous ne devons pas cesser d’être courtois et aimables et d’accomplir le bien envers tous selon que nous en avons l’occasion. Mais, comme croyants, nous devons nous abstenir de participer aux activités politiques du monde, à sa vie sociale et à tout ce en quoi les membres inconvertis de nos familles trouvent leur plaisir sans Dieu. Il ne nous est pas demandé de réformer le monde ni de chercher à améliorer son état, mais d’en sortir. L’exhortation de 2 Corinthiens 6:17, 18 garde toute son actualité : «Sortez du milieu d’eux, et soyez séparés, dit le Seigneur, et ne touchez pas à ce qui est impur, et moi, je vous recevrai» ; «et je vous serai pour père, et vous, vous me serez pour fils et pour filles, dit le Seigneur, le Tout-Puissant».

 

3.1.3        Un appel réconfortant

Troisièmement, si l’appel de Dieu sépare Abraham de ce monde, c’est pour l’introduire dans un autre monde, «le pays», dit Dieu, «que je te montrerai». Si le Dieu de gloire apparaît à Abraham, c’est afin de l’introduire dans Sa propre gloire. Ainsi le merveilleux discours d’Étienne qui commence par l’apparition du Dieu de gloire à un homme sur la terre, se termine par celle d’un Homme au ciel, dans la gloire de Dieu. À la fin de son discours, Étienne, les yeux fixés sur le ciel, voit la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu ; et il dit : «Voici, je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu».

Considérant Christ dans la gloire, nous voyons le magnifique propos du cœur de Dieu lorsqu’il nous appelle à sortir de ce monde. Il nous a appelés à la gloire, pour être semblables à Christ et avec lui dans une sphère où tout parle de Dieu et de l’amour infini de son cœur.

Dieu ne dit pas à Abraham : «Si tu réponds à mon appel, je te mettrai immédiatement en possession du pays», mais : «Je te montrerai» le pays. Pareillement, si nous répondons à son appel, Dieu nous accorde, comme à Étienne, de voir le Roi dans sa beauté et de contempler le pays lointain. Nous levons les yeux et nous voyons Christ dans la gloire.

 

3.1.4        Un appel bénéfique

Quatrièmement, il y a présentement une grande bénédiction pour celui qui répond à l’appel. Dieu dit à Abraham, séparé de ce monde mauvais : «Je te ferai devenir une grande nation, et je te bénirai, et je rendrai ton nom grand». Les hommes de ce monde cherchent à se faire un grand nom ; ils disent : «Faisons-nous un nom». Mais à l’homme séparé, Dieu dit : «Je te bénirai, et je rendrai ton nom grand».

Les penchants de notre cœur naturel nous poussent toujours à essayer de nous faire un nom, et la chair se saisira de n’importe quoi, même des choses de Dieu, pour nous élever à nos propres yeux. Cette tendance s’est aussi manifestée parmi les disciples du Seigneur qui disputaient entre eux pour savoir lequel serait le plus grand.

La dispersion des hommes à Babel et les divisions survenues dans la chrétienté, comme aussi les disputes entre enfants de Dieu ont toutes la même origine : la vanité de la chair qui veut s’exalter.

La pensée qui a été dans le Seigneur Jésus a été de s’anéantir lui-même : «C’est pourquoi aussi Dieu l’a haut élevé et lui a donné un nom au-dessus de tout nom». Dieu a exalté son Nom : et à celui qui a cette pensée d’humilité et qui le suit hors du camp en réponse à son appel, Dieu dit : «Je rendrai ton nom grand». Dans la gloire du ciel, Dieu peut faire au croyant un nom infiniment plus grand que nous ne pourrions le faire pour nous-mêmes dans ce présent siècle mauvais.

Confessons honnêtement que le motif véritable qui retient plusieurs dans une fausse position est le désir secret d’être grands ; de ce fait, ils se détournent de l’humble sentier qui mène à l’écart du monde religieux actuel. Ne voyons-nous pas dans l’Écriture, et dans l’expérience de la vie quotidienne aussi, que ceux qui ont été spirituellement grands parmi le peuple de Dieu ont toujours été des hommes séparés, des hommes qui ont répondu à l’appel de Dieu ; tandis que tout écart de ce chemin de séparation conduit à une perte de poids moral et de toute vraie grandeur spirituelle au milieu du peuple de Dieu ?

 

3.1.5        Un appel enrichissant

Cinquièmement, Dieu ajoute : «Tu seras une bénédiction». Dans le sentier de la séparation, non seulement Abraham lui-même serait béni, mais il deviendrait une bénédiction pour d’autres. Pesons bien ces mots. Que de fois un croyant conserve une association qu’il sait ne pas être selon la parole de Dieu, prétextant être plus utile aux autres ainsi qu’en se séparant. Pourtant, Dieu ne dit pas à Abraham : «Si tu t’arrêtes à Ur des Chaldéens, ou à mi-chemin à Charan, tu seras une bénédiction» ; mais c’est quand il répond à l’appel de Dieu, qu’il lui est dit : «Tu seras une bénédiction».

 

3.1.6        Un appel protecteur

Sixièmement, Dieu dit encore à Abraham que, séparé, il jouirait des soins et de la protection de Dieu. Il aurait certes à rencontrer l’opposition et les épreuves, car il demeure toujours vrai que «celui qui se retire du mal devient une proie» (És. 59:15) ; mais Dieu dit à l’homme séparé : «Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront». Celui qui marche dans la séparation est préservé de bien des épreuves qui frappent le croyant resté associé au monde. La bonté de l’Éternel a sauvé Lot du destin de Sodome, mais cet homme a tout perdu dans sa fâcheuse association : femme, enfants, richesse et nom.

 

3.1.7        Un appel efficace

Septièmement, Abraham apprend que, s’il agissait avec foi en la parole de Dieu, toutes les familles de la terre seraient bénies en lui. Nous connaissons l’usage que l’Esprit de Dieu fait de cette promesse. Il dit : «Or l’Écriture, prévoyant que Dieu justifierait les nations sur le principe de la foi, a d’abord annoncé la bonne nouvelle à Abraham : «En toi toutes les nations seront bénies» (Gal. 3:8). Abraham n’a pas réalisé — il ne pouvait pas réaliser — la portée du principe de la foi par lequel il agissait en répondant à l’appel de Dieu, mais Dieu savait que c’était le seul chemin de la bénédiction pour toutes les familles de la terre. Aujourd’hui, dans notre faible mesure, Dieu seul peut connaître à l’avance l’étendue et la portée des bénédictions produites par la foi simple et entière d’une âme qui répond à l’appel de Dieu.

 

3.2       Ce qui empêche de répondre à l’appel de Dieu

Nous avons souligné les précieuses promesses liées à l’appel de Dieu, et nous verrons comment la foi répond à cet appel. Mais l’histoire si instructive d’Abraham nous montre toutefois combien souvent l’homme de foi peut être empêché pour un temps d’y répondre.

Le discours d’Étienne (Actes 7) nous apprend que l’appel fut adressé à Abraham «lorsqu’il était en Mésopotamie, avant qu’il habitât en Charan». Cependant, les liens de la nature l’empêchèrent de répondre. Abraham avait entendu l’appel, mais apparemment, la nature déploie parfois un grand zèle et joue même un rôle prépondérant. Nous lisons en effet que «Térakh prit Abram... et ils sortirent ensemble d’Ur des Chaldéens pour aller au pays de Canaan» (Gen. 11:31). La nature peut essayer de marcher dans le sentier de la foi et, au début, agir convenablement avec les meilleures intentions ; mais pleine de confiance en elle-même, elle va toujours au-delà de ce qu’elle a la puissance d’accomplir. Et c’est ainsi que, même si Térakh quitte Ur «pour aller au pays de Canaan», il n’y parvient jamais. La nature s’arrête en chemin, à Charan ; et Térakh demeure là jusqu’au jour de sa mort.

Mais qu’en est-il d’Abraham, l’homme de Dieu ? Pour un temps, il se laisse détourner d’une obéissance entière à l’appel de Dieu. Il ne s’agit pas simplement du fait que son père était avec lui, mais il se laisse diriger par son père ; nous lisons : «Térakh prit Abram». Et alors, il n’entre pas dans le pays vers lequel Dieu l’appelait. Dans le discours d’Étienne, nous voyons que «sortant du pays des Chaldéens, il habita en Charan ; et de là, après que son père fut mort, Dieu le fit passer dans ce pays».

Combien d’entre nous ne se sont-ils pas trouvés empêchés pour un temps de s’engager dans le chemin de la séparation, en réponse à l’appel de Dieu, à cause d’un être aimé. Le croyant reçoit l’appel ; il en reconnaît la vérité, mais il tarde à y répondre parce qu’un de ses proches n’est pas prêt à prendre la même position. L’âme s’accroche à l’espoir qu’en usant d’un peu de patience le parent sera amené à recevoir l’appel, et qu’ainsi les deux pourront y répondre ensemble. Mais la foi ne peut pas élever à son propre niveau la nature, alors que, hélas, celle-ci peut rabaisser la foi au sien et retarder le croyant. On peut avancer de nombreuses excuses pour expliquer une halte à mi-chemin, mais en réalité, c’est mettre les revendications de la nature au-dessus de l’appel de Dieu. Alors, comme dans l’histoire d’Abraham, Dieu doit faire intervenir la mort dans le cercle de la famille pour enlever celui qui nous retient et nous empêche d’obéir à Son appel. Ainsi Abraham ne répondit pleinement à l’appel de Dieu qu’après la mort de son père.

 

4         Foi et incrédulité (Gen. 12:4-20)

Abraham a été libéré des liens de la nature au prix douloureux de l’entrée de la mort dans le cercle familial. Après la disparition de son père, Abraham obéit à l’appel ; nous lisons : «Et Abram s’en alla, comme l’Éternel lui avait dit».

Il emmène avec lui son neveu Lot qui, attiré par le monde, s’avère être une charge. Dans le cas de son père, Abram seul avait reçu l’appel, mais il laissa la nature se manifester : «Térakh prit Abram», et ce lien familial lui fut un obstacle fatal. Dans le cas de son neveu, Abram prend les devants ; nous lisons : «Abram prit... Lot» ; aussi, même si cette compagnie devient un poids pour lui, elle ne peut empêcher la foi de répondre à l’appel.

Lorsque la nature a le dessus, il est dit qu’«ils sortirent ensemble d’Ur des Chaldéens pour aller au pays de Canaan». Mais sous la conduite de Térakh, ils ne parvinrent jamais dans le pays. Tandis que lorsque la foi est libre d’agir, nous lisons de nouveau qu’«ils sortirent pour aller au pays de Canaan» ; et cette fois, «ils entrèrent au pays de Canaan» (v. 5).

 

4.1       Un contraste

Arrivés en Canaan, ils constatent que «le Cananéen était alors dans le pays». C’est un fait très significatif. Dieu avait dit d’Abraham : «Je te bénirai». De Canaan, il avait déclaré : «Maudit soit Canaan !» Si Dieu introduit Abraham, l’homme de la bénédiction, dans le pays de la promesse, celui-ci découvre immédiatement que le diable a déjà établi dans ce même pays l’homme de la malédiction. Le diable cherche par ce moyen à s’opposer au propos de Dieu et à empêcher l’homme de foi de prendre possession du pays.

 

4.2       Une comparaison

Le chrétien aussi est appelé à sortir de ce monde, il participe à l’appel céleste, il est béni de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes. Mais répondant à l’appel et quittant le monde, il découvre qu’il a contre lui «la puissance spirituelle de méchanceté qui est dans les lieux célestes» (Éph. 6:12). Le croyant qui désire jouir de ses bénédictions spirituelles ne tardera pas à constater que la puissance spirituelle de méchanceté se dresse contre lui pour l’empêcher de s’établir sur le terrain céleste, où se trouve la seule vraie part de l’Église.

Pour Abraham, Ur des Chaldéens appartenait au passé ; la possession du pays était encore à venir. Dans l’immédiat, il n’avait ni le monde qu’il venait de quitter, ni le bon pays vers lequel il se dirigeait. Le chrétien qui répond à l’appel de Dieu se trouve dans cette même position. Il est sorti de ce monde mauvais et il n’a pas encore atteint le monde à venir.

Nous pouvons alors bien nous demander quelle est la part de celui qui répond à l’appel et ce qui le soutiendra dans cette position de séparation. L’histoire d’Abraham est riche en instructions et en encouragements à cet égard.

 

4.3       L’obéissance de la foi

Remarquons premièrement que le grand principe qui conduisit Abraham est celui de la foi. S’il est sorti d’un pays et qu’il n’a pas encore atteint l’autre, il est évident qu’il n’a rien pour la vue naturelle. Non pas qu’il ne vît rien, mais ce qu’il voyait, il le voyait par la foi. C’est ainsi que nous lisons : «Par la foi, Abraham, étant appelé, obéit pour s’en aller au lieu qu’il devait recevoir pour héritage» ; et encore : «Par la foi, il demeura dans la terre de la promesse». Lui et les siens vécurent par la foi, et à la fin il est dit : «Tous ceux-ci sont morts dans la foi» (Héb. 11:8, 9, 13).

 

4.4       Le sentier de la foi

Deuxièmement, en répondant à l’appel de Dieu sur le principe de la foi, Abraham et les siens devinrent des «étrangers et forains». Dans le Nouveau Testament, l’Esprit Saint peut dire d’eux qu’ils ont «confessé qu’ils étaient étrangers et forains sur la terre» (Héb. 11:13). L’histoire d’Abraham illustre ce fait d’une manière très remarquable. Nous lisons qu’il demeura à Charan, où il s’était laissé arrêter pendant quelque temps ; tandis qu’une fois entré dans le pays, il «tendit sa tente» comme quelqu’un qui n’a pas de demeure fixe. Nous voyons en outre qu’il «passa au travers du pays». Étranger, il n’avait qu’une tente dans ce monde ; forain, il était en route vers un autre monde.

 

4.5       La portion de la foi

Troisièmement, nous apprenons comment Abraham fut soutenu dans ce sentier de pèlerin. Nous lisons : «L’Éternel apparut à Abram, et dit : Je donnerai ce pays à ta semence». Remarquons tout d’abord qu’il est mentionné deux fois : «l’Éternel lui apparut» ; ensuite que le pays est placé devant lui comme une possession future. Il voit le Roi dans sa beauté et le pays lointain. Il poursuivit son voyage comme étranger et forain dans la lumière de la gloire du Dieu qui l’avait appelé et avec la jouissance par la foi du pays vers lequel il se dirigeait. Le Nouveau Testament nous dit qu’il «attendait la cité qui a les fondements» et qu’il désirait «une meilleure [patrie], c’est-à-dire une céleste» (Héb. 11:10, 16).

N’en va-t-il pas de même pour nous ? Nous ne porterons le caractère d’étranger et de pèlerin qu’en ayant devant nous Christ dans sa gloire et la félicité qui sera notre part dans la demeure céleste vers laquelle nous marchons. Il ne suffit pas de connaître la doctrine du Christ et de savoir que le ciel est offert à la fin du voyage. Le désir du cœur de chacun d’entre nous devrait être celui de l’apôtre : «Pour le connaître, Lui» et «cherchant à le saisir, vu aussi que j’ai été saisi par le Christ» (Phil. 3:10, 12).

Si, en réponse à l’appel, nous nous séparons de ce monde, nous pourrons croître dans notre connaissance personnelle du Seigneur lui-même. N’a-t-il pas dit : «Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime, sera aimé de mon Père ; et moi je l’aimerai, et je me manifesterai à lui» (Jean 14:21) ?

 

4.6       La réponse de la foi

Quatrièmement, nous lisons qu’«Abram bâtit là un autel à l’Éternel» aussitôt après que l’Éternel lui fut apparu. Cela parle clairement de l’adoration. Dans l’épître aux Hébreux, ceux qui sortent vers Christ hors du camp ne revêtent pas uniquement le caractère de pèlerins n’ayant pas de cité permanente, mais ils deviennent des adorateurs qui offrent «sans cesse à Dieu un sacrifice de louanges» (Héb. 13:13-15).

Abraham n’avait pas seulement entrevu quelque chose de la gloire du pays dans un avenir lointain, mais il avait saisi par la foi la gloire de Celui qui lui était apparu. Le don du pays était bien propre à susciter sa reconnaissance ; mais la gloire du Donateur fit de lui un adorateur. Il en est toujours ainsi, car l’adoration est l’expression d’un cœur rempli de la gloire de la Personne à laquelle nous rendons culte.

 

4.7       La ressource de la foi

Cinquièmement, Abraham «invoqua le nom de l’Éternel». Cette attitude montre sa dépendance vis-à-vis de l’Éternel. Quels que fussent ses besoins, malgré les privations qu’il rencontrerait au cours de son pèlerinage, l’opposition qu’il pourrait avoir à affronter, les tentations qui surviendraient sur son chemin, il avait une ressource infaillible : il pouvait invoquer le nom de l’Éternel.

Dans les jours difficiles, l’homme pieux trouve sa ressource en l’Éternel. Dans le temps de ruine qui précéda le déluge, il y avait des hommes qui, comme Caïn, sortirent de devant l’Éternel ; mais il y en avait aussi qui commencèrent à invoquer le nom de l’Éternel (Gen. 4:16, 26). Ainsi, dans les jours sombres de Malachie, le résidu pieux trouva sa ressource en l’Éternel ; il est en effet parlé de «ceux qui pensent à son nom» (Mal. 3:16). Dans les premiers jours de l’Église, les croyants étaient connus comme «ceux qui invoquent ce nom» (Actes 9:21). Au milieu des persécutions dont ils étaient les victimes, ils se tournaient vers le Seigneur. Et au sein de la ruine des derniers jours, nous avons l’assurance que d’autres encore invoqueront le Seigneur d’un cœur pur (2 Tim. 2:22).

La foi d’Abraham était remarquable, et pourtant il était un homme ayant les mêmes passions que nous. Nul ne s’engage dans le sentier de la foi sans être mis à l’épreuve. Celle-ci est permise pour manifester, d’une part notre faiblesse et, d’autre part, la grâce et la fidélité de Dieu.

 

4.8       L’infidélité d’Abraham

Dans l’histoire d’Abraham, l’épreuve a surgi sous la forme d’une famine. La situation était critique, car «la famine pesait sur le pays». Mais si l’Éternel permet l’affliction, il peut assurément répondre aux besoins des siens dans la peine. Sous le poids de l’épreuve, Abraham laisse pourtant les circonstances venir se placer entre son âme et Dieu. Au lieu d’invoquer l’Éternel, il prêta l’oreille aux suggestions de la simple raison, ou du bon sens, et s’écarta pour un temps du sentier de la foi : il «descendit en Égypte». Au lieu de compter sur le secours de Dieu, il s’éloigne vers le monde pour y chercher de l’aide.

À la suite de ce faux pas, Abraham découvre que, si ses besoins immédiats sont satisfaits, il est placé devant de nouvelles difficultés, découlant de sa fausse position. Il craint d’être mis à mort à cause des convoitises des Égyptiens.

Ayant adopté une attitude qui ne lui permet plus de compter sur la protection de Dieu, Abraham tente de résoudre seul le problème qui le concerne. Abandonné à ses propres stratagèmes, il tombe plus bas que le monde et recourt au mensonge. Par une demi-vérité, il cherche à se mettre à l’abri, aux dépens de sa femme.

L’incrédulité porte les germes de son propre jugement. En outre, elle conduit immanquablement dans le mal qu’on cherche à éviter. Comme quelqu’un d’autre l’a exprimé : «Craignant d’être dispersés sur la terre, les fils des hommes entreprirent de bâtir une tour, et l’Éternel les dispersa parce qu’ils la bâtirent. Craignant que le Pharaon ne prenne sa femme, Abram affirme qu’elle est sa sœur (comme si Dieu ne pouvait pas la protéger), et à cause de cela le Pharaon la prend dans sa maison» (J.N.D.). Plus tard, dans des circonstances analogues, Élimélec quittera le pays de Dieu pour échapper à la mort par la famine, mais il devra constater que la mort l’attend précisément dans le pays de Moab (Ruth 1:1-3).

Certes, l’écart d’Abraham lui permet d’assouvir ses besoins immédiats ; il s’enrichit même, mais à quel prix ! Car en Égypte, il ne peut pas tendre de tente, ni bâtir d’autel, ni invoquer le nom de l’Éternel.

 

4.9       La fidélité du Dieu d’Abraham

Toutefois, en dépit de tous les manquements, Dieu est fidèle envers les siens. Les dons et l’appel de Dieu sont sans repentir. Dieu n’abandonne pas ses enfants lorsqu’ils faillissent. Il agit en notre faveur même si, dans ses voies gouvernementales, nous avons à souffrir de notre folie. C’est ainsi que Dieu intervint en faveur de son serviteur défaillant. Nous lisons : «L’Éternel frappa de grandes plaies le Pharaon et sa maison, à cause de Saraï, femme d’Abram».

Lorsque la tromperie est découverte, les Égyptiens renvoient Abraham ; le Pharaon dit : «Voici ta femme : prends-la, et va-t’en.» Et le Pharaon s’assure de ce départ, car il «donna ordre à ses gens à son sujet, et ils le renvoyèrent, lui, et sa femme, et tout ce qui était à lui». Quel sujet d’humiliation lorsque le monde renvoie des enfants de Dieu, non pas à cause de la fidélité de leur témoignage envers Dieu, mais en raison de leur conduite honteuse !

Par la bonté de Dieu, son pauvre serviteur est ainsi retiré d’une mauvaise position, mais non pas sans reproche et sans honte.

 

5         Refuser et choisir (Gen. 13)

Abraham est bientôt mis à l’épreuve et peut démontrer la réalité de son retour dans le sentier de la foi. Les circonstances vont lui permettre de manifester qu’il vit de nouveau dans la lumière de la patrie céleste et qu’il peut par conséquent se permettre de refuser la plaine bien arrosée que choisit son neveu, attiré par le monde.

 

5.1       Restauration

Abraham a été chassé d’Égypte. Le monde se soucie fort peu du lieu où il va se rendre. Mais Abraham était un vrai croyant, même si parfois, comme nous, il connaît des défaillances dans le sentier de la foi. Il avait joui d’être là, séparé pour Dieu, aussi rien ne satisfera plus son âme que le retour dans le lieu de la bénédiction d’où ses pieds s’étaient écartés. C’est ainsi que nous lisons : «Abram monta d’Égypte vers le midi... Et il s’en alla, en ses traites, du midi jusqu’à Béthel, jusqu’au lieu où était sa tente au commencement... au lieu où était l’autel».

Comme toute âme vraiment restaurée, il revient sur ses pas, étape après étape, jusqu’au moment où nous le retrouvons, dans son caractère d’étranger et de pèlerin avec sa tente, comme adorateur avec son autel et comme homme dépendant, invoquant le nom de l’Éternel.

 

5.2       Conséquence du manquement

La restauration d’Abraham est complète ; mais son faux pas a des conséquences sur le comportement des membres de sa parenté. Jamais un saint ne fait une chute sans entraîner d’autres hommes, même si lui-même est peut-être restauré. Le résultat de la défaillance d’Abraham se manifeste immédiatement sur Lot. En Térakh, nous avons vu l’homme selon la nature, capable de faire une belle profession, mais incapable de s’engager dans le sentier de la foi qui conduit à sortir du monde. En Abraham, nous avons l’homme de foi qui, agissant sur la parole de l’Éternel, prend une place de séparation, même s’il connaît parfois des défaillances dans ce chemin. En Lot, nous voyons un vrai croyant prendre une place de séparation, non pas dans la foi en Dieu, mais sous l’influence d’un homme. Nous avons lu plus haut que lorsque Abraham quitta Charan, «Lot s’en alla avec lui» (chap. 12:4). Et lorsque Abraham monta d’Égypte, il est dit : «et Lot avec lui» (chap. 13:1). Ici, pour la troisième fois, il est parlé de Lot comme celui «qui allait avec Abram».

Lot représente cette vaste classe de personnes qui prennent une position juste dans la séparation du monde, mais qui le font sous l’influence d’un ami ou d’un parent plutôt qu’à la suite d’un exercice personnel et dans la foi en Dieu. Dès le début de son chemin, Lot est caractérisé par une marche dans la lumière d’un autre. Hélas, dans d’autres circonstances et de manière différente, combien souvent, comme Lot, nous avons suivi ceux qui avaient la foi dont nous manquions, pour constater à la fin que nous ne pouvions pas résister à la tentation.

Quand l’épreuve survient, les croyants qui marchent à la lumière des autres tomberont et abandonneront un sentier qui n’a aucun attrait pour la chair, au sujet duquel ils n’ont jamais été exercés et dans lequel ils se sont engagés sans foi personnelle.

 

5.3       Le piège des richesses

Que de fois, aujourd’hui aussi, l’épreuve revêt la forme qu’elle a prise dans l’histoire d’Abraham et de Lot. Nous lisons : «Il y eut querelle». Et nous apprenons que le motif premier de celle-ci était leurs possessions. Remarquons bien que deux fois il est répété qu’ils ne pouvaient pas habiter ensemble, et notons aussi la cause profondément significative de leur division : «car leur bien était grand». Combien souvent depuis lors les croyants ont été divisés par la jalousie suscitée par les dons spirituels ou les richesses temporelles des uns ou des autres. Le mauvais usage des dons spirituels a été une source de division dans l’assemblée à Corinthe. L’apôtre peut dire à cette assemblée : «En toutes choses vous avez été enrichis en lui en toute parole et toute connaissance». Mais ces richesses mêmes étaient devenues une cause de dispute et de division ; en effet, l’apôtre constate : «Il y a parmi vous de l’envie et des querelles» ; et il ajoute qu’ils étaient enflés «pour l’un contre un autre» (1 Cor. 1:5 ; 3:3 ; 4:6). La pauvreté les aurait conduits à se rapprocher les uns des autres ; leurs richesses furent à l’origine de leurs divisions.

Dans le cas d’Abraham et de Lot, les biens terrestres suscitèrent des disputes entre les deux hommes. Nous pouvons nous demander : «Où ces richesses avaient-elles été acquises ?» Lorsque Abraham s’engagea dans le chemin de la foi, et que Lot alla avec lui, ils prirent «tout leur bien qu’ils avaient amassé». Mais ce ne fut pas une source de querelle (chap. 12:5). En Égypte, cependant, Abraham acquit de grandes richesses, et après sa restauration, nous lisons qu’il «était très riche en troupeaux, en argent et en or».

Les biens acquis en dehors du chemin de la foi deviennent une cause de trouble et de division entre frères. Et ces frères qui se disputent ne sont plus en témoignage à Dieu devant le Cananéen et le Phérézien qui habitaient alors dans le pays.

 

5.4       La position de la foi

Toutefois, Abraham est un homme restauré, dans une vraie position, avec un motif juste ; tandis que Lot, s’il occupe la même place, ne fait que suivre les autres. Alors que cette querelle est la triste occasion de révéler la mondanité de Lot, les pensées célestes d’Abraham sont mises en lumière. Il peut renoncer aux choses qui se voient. Abraham dit : «Qu’il n’y ait point, je te prie, de contestation entre moi et toi… car nous sommes frères». Celui qui n’a pas la foi suffisante pour occuper la position dans laquelle il se trouve finit par devenir une source de querelle entre frères. Il fait mieux de se séparer de l’homme dont il ne peut imiter la foi.

Parce qu’il a devant lui la patrie céleste, Abraham peut renoncer au monde présent, à ses aises, à son abondance. Le choix est laissé à Lot ; et si Lot préfère ce qu’il y a de meilleur au regard naturel, Abraham se satisfera du chemin que Dieu a choisi pour lui. Le sentier peut être ardu ou facile, l’homme de foi l’emprunte sans hésiter, sachant qu’il aboutira au pays de la promesse et à toutes ses bénédictions.

 

5.5       Le choix de la chair

Sous l’influence d’autrui, Lot a accepté de marcher sur le chemin de la séparation ; laissé devant son propre choix, il manifeste que le monde est dans son cœur (v. 10-13). Sans rechercher la pensée de Dieu, il choisit son chemin par la vue. «Lot leva ses yeux et vit toute la plaine du Jourdain». C’était un spectacle attrayant, qui laissait entrevoir un travail facile et l’abondance matérielle. Partout il trouverait de l’eau pour ses troupeaux, sans avoir la peine de creuser des puits. La plaine, si fertile, était «comme le jardin de l’Éternel». Mais il est plus significatif encore de constater qu’elle était «comme le pays d’Égypte». Hélas ! ayant suivi Abraham en Égypte, Lot avait pris goût aux plaisirs rencontrés dans ce pays, et l’attrait du bien-être facile et des richesses mondaines s’en était trouvé accru.

Ainsi Lot choisit pour lui toute la plaine du Jourdain ; il abandonne le chemin de la séparation qu’il avait suivi sans foi personnelle et quitte pour toujours le pays de Canaan. Il n’y avait rien de mauvais ou de faux à porter son choix sur une plaine arrosée ; mais cela prouve que le cœur n’est pas attaché au pays invisible de la promesse de Dieu. En outre, il y a un danger réel dans les plaines arrosées : Satan y a bâti Sodome.

Abraham demeure dans le pays de Canaan et Lot s’établit dans les villes de la plaine. Quittant le sentier de la foi pour celui de la vue, du monde et de ses aises, Lot va continuer à s’enfoncer ; nous lisons en effet qu’il «dressa ses tentes jusqu’à Sodome». Or «les hommes de Sodome étaient méchants, et grands pécheurs devant l’Éternel». Nous apprendrons cependant qu’il n’y a pas de restauration pour Lot. Il s’enfonce toujours plus profondément, jusqu’au moment où il disparaît de la scène, couvert de honte et de déshonneur.

 

5.6       La confession de la foi

Libéré de la compagnie de son neveu mondain, Abraham reçoit de nouvelles communications de l’Éternel. Lot s’était laissé guider par la vue humaine sans rechercher la direction de l’Éternel. Or, ce que ses yeux virent éveilla sa convoitise, et ses pieds suivirent le choix de son cœur.

Abraham se sert aussi de ses yeux, mais il le fait sur le commandement de l’Éternel ; car après que Lot s’en fut allé d’avec lui, l’Éternel lui dit : «Lève tes yeux, et regarde, du lieu où tu es». Dieu invite Abraham à regarder, dans toutes les directions, le pays qu’il lui a donné. Et pour nous, une fois que nous avons été libérés du poids de ceux qui n’ont pas la foi pour marcher dans le sentier de la séparation, n’y a-t-il pas un grand profit à penser aux choses qui sont en haut, «nos regards n’étant pas fixés sur les choses qui se voient, mais sur celles qui ne se voient pas» ? Ne devons-nous pas chercher à jouir de chaque portion de la révélation que Dieu nous a donnée du monde à venir, la patrie céleste avec la cité qui a les fondements ?

Dans ce sens, nous pouvons encore répondre à l’invitation que l’Éternel adressait à Abraham : «Lève-toi, et promène-toi dans le pays en long et en large, car je te le donnerai». Libéré de personnes qui ne le suivaient que par imitation, Abraham peut s’élever au-dessus de toutes les querelles mesquines. Abandonnant à l’Éternel le choix de son chemin, il jouit d’une pleine révélation du monde à venir et l’attend avec patience, parcourant le pays avec sa tente et son autel.

 

6         Victoire et défaite (Gen. 14)

Dans le chapitre 12, nous avons considéré la bénédiction rencontrée dans le sentier de la foi suivi en réponse à l’appel de Dieu. Et nous avons vu comment nos pieds peuvent glisser s’ils ne sont pas soutenus par la puissance du Seigneur.

Le chapitre 13 nous a montré le croyant qui connaît le chemin de la foi renoncer au monde ; et en contraste, le croyant qui se laisse guider par la vue faire le choix douloureux du monde.

Le chapitre 14 présente les conflits du monde — nations s’élevant contre nations — conflits desquels le croyant qui a renoncé au monde sort victorieux ; tandis que l’homme qui marche par la vue, en devient la proie. De plus, nous apprenons que, par les jugements de Dieu, de tels conflits aboutiront à la délivrance de son peuple et à l’établissement du règne de Christ comme Roi et Sacrificateur. Cela nous est montré en type dans Melchisédec, roi de Salem.

 

6.1       Conflit (v. 1-11)

Ce chapitre s’ouvre sur un tableau solennel de ce monde mauvais. C’est une scène où nous voyons les nations se grouper et conclure des alliances afin de réaliser leurs projets de grandeur et se défendre contre les attaques ennemies.

C’est, du reste, un monde sans loi, où les hommes sont obligés de se soumettre à des gouvernements contre leur volonté, ou alors, de se rebeller pour obtenir leur liberté (v. 4).

Ainsi le monde entier, qu’il s’agisse de postes élevés ou de domaines moins en vue — la montagne ou le désert (v. 6) — devient la scène d’intérêts guerriers et de conflits égoïstes.

 

6.2       Capture (v. 12)

Le récit des conflits de ce monde permet de comparer, à notre profit, la marche du croyant qui se dirige selon la vue avec le cheminement de celui qui avance par la foi. Au cours de ces conflits, Lot, l’homme de la vue, devient le captif du monde ; Abraham, l’homme de foi, est victorieux du monde.

Ainsi, nous lisons que les rois victorieux «prirent... Lot, fils du frère d’Abram, et son bien, et ils s’en allèrent ; car Lot habitait dans Sodome». Dans le chapitre précédent, nous avons vu que Lot, qui avait choisi toute la plaine du Jourdain, avait dressé ses tentes «jusqu’à Sodome». Ici nous pouvons remarquer qu’il a fait un pas de plus sur le chemin de l’éloignement ; nous lisons en effet qu’il «habitait dans Sodome». Nous pouvons être certains que lorsqu’il se mit à dresser ses tentes jusque vers Sodome, Lot n’avait pas la moindre intention d’y habiter. Mais un faux pas en entraîne un autre. Se rapprochant du monde, il s’y trouve bientôt, et y habitant, il est impliqué dans ses conflits et devient captif de sa puissance.

Il demeure vrai aujourd’hui encore que le croyant qui s’installe dans le monde ne peut lui résister. Sans la foi qui s’attache à la gloire à venir, il n’y a pas non plus la foi pour vaincre ce présent siècle mauvais. Tel fut le cas de Lot. Jamais il n’obtint la victoire ; les mauvaises influences, se présentant les unes après les autres, précipitèrent sa chute. Il s’était engagé dans le sentier de la séparation à la suite d’Abraham plutôt que par la foi en Dieu. Au moment de la tentation, il succombe aux belles perspectives qui s’offrent à ses regards. S’étant rapproché du monde, Lot tombe encore plus étroitement sous son influence, lorsqu’il s’installe dans Sodome. Enfin, demeurant dans Sodome, au moment du conflit, il constate qu’il est devenu un homme seul, sans force, sans amis pour l’aider, et incapable de compter sur le soutien de Dieu. Impuissant au jour de la bataille, il est captif de ses ennemis.

 

6.3       Contraste (v. 13-16)

En contraste avec Lot qui choisit le monde et en devient la proie, nous voyons l’homme qui a renoncé au monde et qui en est victorieux. Le jour de la bataille prend Lot au dépourvu ; Abraham, demeurant à l’écart, est prêt pour le combat. Il a avec lui ses hommes exercés pour la guerre, et il est prêt à combattre le bon combat, non pas comme le monde pour accroître ses possessions ou pour obtenir les richesses de ce monde, mais pour délivrer un frère qui est tombé sous son empire.

Les armes de notre guerre ne sont pas charnelles, et nous ne combattons pas contre la chair et le sang. Le combat chrétien n’en est pas moins très réel. Nous luttons pour la vérité et cherchons à délivrer ceux qui sont en danger de tomber dans un monde religieux, ou qui ont déjà été pris dans ses filets.

Paul vivait dans la lumière d’un autre monde et se glorifiait dans la croix de notre Seigneur Jésus Christ, par laquelle le monde était crucifié à Paul, et Paul au monde. Il combattait le bon combat et échappait au piège de ceux qui ambitionnaient les richesses et se transperçaient ainsi eux-mêmes de beaucoup de douleurs. Il avait un grand combat pour ceux qui étaient en danger de devenir la proie du monde religieux (Col. 2:1).

Et Jude, dans le même esprit qu’Abraham, haïssant même le vêtement souillé par la chair, était prêt à combattre pour la foi ; il pouvait avoir compassion de ces croyants qui avaient été emmenés captifs par le monde, et chercher à les arracher hors du feu (Jude 3:22, 23).

 

6.4       Récompense (v. 17-24)

De plus, Abraham n’est pas seulement victorieux de l’hostilité du monde, mais il est insensible à ses honneurs et à ses dons. Nous pourrions nous élever au-dessus de l’inimitié du monde, et succomber pourtant à ses bienveillances. Nous ne sommes jamais plus exposés à une chute qu’a la suite d’une victoire. L’ennemi le sait bien et il se présente avec ses tentations au moment même où nous cessons d’être sur nos gardes. Ainsi dans le cas d’Abraham, comme il revenait après avoir frappé les rois ennemis, «le roi de Sodome sortit à sa rencontre».

Mais si le roi de Sodome vient pour tenter Abraham, le roi de Salem est là pour le soutenir.

Dans l’épître aux Hébreux, le Saint Esprit nous donne la signification de cette belle scène. Melchisédec y est introduit comme un type pour présenter les gloires de Christ. Son nom et celui de son pays indiquent qu’il était roi de justice et roi de paix. Il était en outre «sacrificateur du Dieu Très-haut» (Héb. 7:1-3). Comme roi, il apporte la justice et la paix à ses sujets ; comme sacrificateur, il fait monter les louanges de son peuple vers Dieu. En tant que représentant de Dieu devant les hommes, Melchisédec bénit Abraham de la part de Dieu ; en tant que représentant des hommes devant Dieu, il bénit le Dieu Très-haut de la part d’Abraham.

Aux jours du Millénium, Dieu sera connu comme le Très-Haut, Celui qui délivrera son peuple terrestre de ses ennemis et qui agira en jugement contre toutes les puissances hostiles. Christ apparaîtra alors véritablement dans ses caractères de Roi et de Sacrificateur. Une prophétie nous le déclare expressément : «Il portera la gloire, et il s’assiéra, et dominera sur son trône, et il sera sacrificateur sur son trône ; et le conseil de paix sera entre eux deux» (Zach. 6:13). Il sera le vrai Roi de justice, le Roi de paix et le Sacrificateur du Dieu Très-haut.

Melchisédec ayant apporté du pain et du vin, les besoins d’Abraham sont satisfaits et sa joie assurée ; aussi peut-il se passer des dons de ce monde. Abraham a levé sa main vers l’Éternel, le Dieu Très-haut, possesseur des cieux et de la terre. Il a été béni par Dieu et il n’acceptera rien de la part du monde, de peur qu’on ne dise : «Moi, j’ai enrichi Abram !»

Béni de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes, et comblé des richesses insondables de Christ, le croyant peut s’élever au-dessus des séductions de ce monde, refuser ses dons et ses honneurs, et poursuivre en paix sa vie de foi dans le chemin de la séparation. Et la foi avance sur ce sentier, dans la lumière du monde à venir. Elle sait que tous les conflits de ce monde prendront fin dans le règne glorieux de Christ, lorsque son pauvre peuple défaillant sera délivré de tous ses ennemis, et que la justice et la paix seront établies, comme nous le lisons dans le psaume 72 : «Il jugera ton peuple en justice, et tes affligés avec droiture. Les montagnes porteront la paix au peuple» (v. 2, 3).

 

7         Un fils et un héritage (Chap. 15)

Les chapitres 11 à 14 nous ont donné le témoignage public d’Abraham devant les hommes. Dans la seconde partie de son histoire, contenue dans les chapitres 15 à 21, nous avons les exercices personnels de son âme devant Dieu. Il est clair que le départ d’Abraham de Charan, sa tente, son autel, son renoncement au monde et sa victoire sur les rois étaient autant de faits, connus de tous, allant de pair avec une vie de foi et le but glorieux auquel elle conduit. Nous allons découvrir maintenant les exercices secrets qui se cachent derrière ce témoignage public.

Il est important de bien comprendre que nous ne sommes pas simplement appelés à être les témoins de faits réels, mais que nous avons aussi à rendre témoignage des vérités dont nos âmes ont été pénétrées.

Ces scènes merveilleuses renferment les entretiens personnels entre Dieu et un homme aux mêmes passions que nous. Dieu apparaît à Abraham dans des visions et par des visites au cours desquelles Il parle avec lui et accepte même son hospitalité. Dans ces communications Dieu révèle le propos de son cœur envers Abraham et sa descendance et, le considérant comme un ami, il dévoile sa pensée à l’égard du monde.

 

7.1       Révélation de Dieu (v. 1)

De son côté Abraham peut placer ses besoins devant Dieu avec une entière confiance, lui faire part de ses difficultés et intercéder pour les autres. La manifestation d’une telle grâce, d’une telle condescendance de la part de Dieu, et d’une confiance si ferme de la part d’Abraham est riche en enseignements pour nous. À la lumière de Dieu qui se révèle pleinement comme leur Père, les croyants peuvent jouir d’une intimité plus grande encore avec Lui, bien que d’une manière moins familière. Sondons nos cœurs et demandons-nous si nous connaissons quelque chose de cette intimité bénie : pouvons-nous avec l’entière confiance d’un enfant apporter nos difficultés à Dieu, placer nos besoins devant lui et, avec la hardiesse de l’amour, intercéder pour d’autres ? Ces belles scènes nous sont données en particulier pour nous encourager à cultiver cette intimité avec Dieu.

Le moment de ces nouvelles communications est très instructif. Abraham vient de refuser les dons et les honneurs du monde. Et nous lisons : «Après ces choses, la parole de l’Éternel fut adressée à Abram dans une vision, disant : Abram, ne crains point ; moi, je suis ton bouclier et ta très grande récompense». Ayant suscité l’hostilité du monde en remportant une victoire sur lui, Abraham va avoir besoin d’un bouclier. Ayant refusé les dons de ce monde, il recevra la récompense de Dieu qui surpasse de beaucoup tout ce que ce monde peut offrir. Avec Dieu comme bouclier, nous n’avons pas à craindre les représailles d’ennemis vaincus ; avec Dieu pour récompense, nous ne serons pas tentés par les dons de ce monde.

 

7.2       La réponse de la foi (v. 2, 3)

La confiance toute simple, exprimée dans la réponse à cette communication, est très belle. Dieu avait dit : «Moi, je suis... ta très grande récompense». Avec une pleine assurance dans la parole de Dieu, Abraham demande : «S’il en est ainsi, que me donneras-tu ?» Puis, il lui expose son besoin : «Tu as parlé de ma postérité ; tu as promis de me donner le pays, mais je m’en vais sans enfants et tous mes biens passeront à mon serviteur, Éliézer. Tu m’as donné le pays et tu as parlé de ma postérité, mais vois, tu ne m’as pas accordé d’enfants et un serviteur est mon héritier».

 

7.3       La récompense de la grâce (v. 4)

La parole de l’Éternel vient alors à Abraham et, comme toujours quand il s’agit de Dieu, ses dons dépassent nos requêtes. Abraham avait demandé un fils. Dieu répond en lui promettant non seulement un fils mais aussi un héritage pour sa semence. Le fils et l’héritage sont les deux grands thèmes de la réponse divine. Dieu dit à Abraham : «Celui qui sortira de tes entrailles, lui, sera ton héritier», et : «Moi, je suis l’Éternel, qui t’ai fait sortir d’Ur... afin de te donner ce pays-ci pour le posséder».

Toute la scène illustre cette vérité exposée dans l’épître aux Romains (8:17) : «Si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers». La position de fils et l’héritage sont indissolublement liés, qu’il s’agisse du peuple terrestre ou du peuple céleste de Dieu. Nos espérances futures sont liées à notre caractère de fils. Si nous sommes fils, nous sommes aussi héritiers. Dieu a des fils, et il a pour eux un héritage.

 

7.4       Être compté à justice (v. 5-7)

Mais cette belle image illustre encore une autre vérité, à savoir que les croyants sont «tous fils de Dieu par la foi dans le Christ Jésus» (Gal. 3:26). Auparavant, il y avait déjà eu des hommes de foi, mais pour la première fois il est dit de l’un d’eux : «il crut l’Éternel». Cette foi est montrée dans toute sa simplicité. Dieu détache Abraham de ses circonstances et l’invite à regarder, à écouter, à croire. Il doit détourner ses regards de Sara, de lui-même, de la terre, de tout ce qui touche à la nature. «Regarde vers les cieux», lui dit l’Éternel. Et tandis qu’il lève les yeux sur les étoiles, il entend Dieu lui dire : «Ainsi sera ta semence». Ensuite nous lisons : «Il crut l’Éternel ; et il lui compta cela à justice».

L’Esprit de Dieu se sert de cette image, en Romains 4, pour montrer comment le croyant est justifié devant Dieu. Christ est présenté aux pécheurs, et Dieu dit en quelque sorte : «Regardez» et «écoutez». Regardez vers les cieux, fixez vos yeux sur Christ dans la gloire, et écoutez ce que Dieu dit à son égard : Il est mort pour tous, Dieu est satisfait de Jésus et de son œuvre. En regardant à Jésus et en prêtant l’oreille à ce que Dieu dit, l’âme exercée croit que Jésus est mort pour elle. Dieu dit de celui qui croit qu’il est purifié de tous ses péchés, qu’il est justifié devant Dieu, et plus encore, qu’il est un enfant de Dieu, et que, s’il est un enfant, il est aussi un héritier.

 

7.5       Rémission des péchés (v. 8-10)

Abraham apprend en outre qu’un sacrifice est le fondement de toute bénédiction. Nous aussi, nous devons toujours nous souvenir que le sacrifice inestimable de Christ est la base éternelle de notre bénédiction. «Sans effusion de sang il n’y a pas de rémission». Il peut y avoir différents degrés d’appréciation du sacrifice de Christ, illustrés sans doute dans les divers animaux qu’Abraham fut invité à offrir, mais seul un sacrifice peut assurer la bénédiction.

Réalisant que toute bénédiction pour nous dépend du sacrifice de Christ, l’ennemi s’efforcera toujours d’attaquer et d’amoindrir Son œuvre puissante. Notre part est de combattre pour la vérité et d’éloigner tout oiseau impur qui voudrait nier le sacrifice de Christ ou fouler aux pieds Son sang.

Si le sacrifice est la base de toute bénédiction, nous devons, de notre côté, nous approprier individuellement par la foi la mort de Christ. «Le soleil [qui] se couchait», le «profond sommeil» et «une frayeur, une grande obscurité», tout nous parle des exercices de l’âme qui entre dans la signification profonde de la croix. Paul n’a-t-il pas connu quelque chose de ces expériences lorsque, après avoir vu Christ dans la gloire, «il fut trois jours sans voir, et il ne mangea ni ne but» (Actes 9:9) ?

Enfin, Abraham doit apprendre que le chemin vers la gloire est un chemin de souffrances. Sa semence entrerait certainement dans le pays de la promesse, mais elle passerait d’abord par l’affliction. Abraham découvre qu’au-delà de la fournaise de l’affliction, il y a la lumière de la gloire. Ainsi les quatre vérités contenues dans le chapitre 8 de l’épître aux Romains (v.17) se trouvent illustrées dans son histoire : nous sommes enfants de Dieu, héritiers de Dieu, nous avons à souffrir avec Christ, et nous serons glorifiés avec lui.

 

8         La chair et la loi (Gen. 16)

Le chapitre 15 nous a montré que la bénédiction a été promise définitivement à Abraham, par la grâce souveraine de Dieu, sur le fondement d’un sacrifice. Il nous a présenté la grande vérité que, pour le peuple terrestre de Dieu aussi bien que pour son peuple céleste, toute bénédiction est accordée par pure grâce, et néanmoins en parfaite justice, par la mort de Christ.

Dans ce chapitre, nous voyons comment Abraham essaie d’obtenir la promesse d’un héritier d’une manière charnelle, sur le fondement des œuvres ou de ses propres efforts.

 

8.1       L’épreuve

Dieu avait promis un fils à Abraham, et Abraham avait cru Dieu (chap. 15:4-6). Mais sa patience est mise à l’épreuve, car nous lisons : «Et Saraï, femme d’Abram, ne lui donnait pas d’enfant». Comment alors aura-t-il un héritier ? Dans l’épreuve, sa patience fait défaut : au lieu d’attendre le moment choisi par Dieu, Abraham cherche, par ses propres moyens, à obtenir la bénédiction promise. Dans l’épître aux Hébreux, Abraham est présenté comme le grand exemple de ceux qui, «par la foi et par la patience, héritent ce qui avait été promis» (Héb. 6:12-15). L’histoire du patriarche nous montre (et nous devons le constater si souvent pour nous-mêmes) que dans bien des occasions Abraham faillit précisément dans les circonstances où, d’une manière générale, il nous est présenté comme un exemple remarquable. Au chapitre 12, sa foi a chancelé dans la tribulation. Ici, au chapitre 16, sa patience est vaincue par une nouvelle épreuve.

 

8.2       La tentation

Précédemment, l’attrait de l’Égypte avait détourné Abraham du chemin de la foi, en lui ôtant tous les exercices qu’entraîne la marche dans un tel chemin. Au chapitre 16, nous voyons la servante égyptienne mettre un terme à son attente. Bien que restauré, les conséquences de son séjour en Égypte demeurent. Un élément du monde avait été introduit dans sa maison, et il est tout prêt à être utilisé, si Abraham agit selon la chair. Combien il est vrai que «ce qu’un homme sème, cela aussi il le moissonnera» ! Par une marche insouciante, nous pouvons facilement introduire dans nos maisons un élément du monde qui, le moment venu, fournira à la chair une occasion de se manifester.

L’apôtre Paul fait allusion à cet incident en Galates 4:21-26, et nous en donne la signification spirituelle. Il rappelle aux assemblées de Galatie qu’Abraham avait eu deux fils, l’un de la servante et l’autre de la femme libre ; le fils de la servante fut engendré selon la chair, mais celui de la femme libre naquit par la promesse.

 

8.3       L’enseignement

Paul nous dit ensuite que ces choses doivent être prises dans un sens allégorique. Elles parlent des deux alliances : celle de la loi liée au Sinaï, qui conduit à la servitude, représentée par Agar et son fils ; et celle de la grâce, rattachée à la Jérusalem d’en haut, qui mène à la liberté, représentée par Saraï et son fils.

 

8.4       La tendance

Les croyants de Galatie, bien que réellement convertis et possédant l’Esprit, étaient en danger de retourner à la loi comme règle de vie et de faire dépendre en pratique leur bénédiction de leurs propres efforts. Pour reprendre le langage de l’allégorie, ils se faisaient les enfants de Sinaï et prenaient un caractère dominé par les traits de la chair. S’ils avaient été attachés à la liberté de la Jérusalem d’en haut, qui représente la grâce souveraine, ils auraient reproduit le caractère de Christ. Au lieu de cela, se plaçant sous la loi, ils manifestaient un esprit hautain et vaniteux, qui les conduisait à se porter envie les uns aux autres, de sorte qu’ils se mordaient et se dévoraient l’un l’autre et étaient entraînés dans le monde (Gal. 4:21 ; 5:15, 26). L’apôtre désirait que Christ soit formé en eux pour que la beauté de Son caractère puisse briller à travers eux (Gal. 4:19).

Si nous revenons à l’histoire d’Abraham, nous voyons que le seul résultat qu’il obtint en cherchant à s’assurer un héritier par ses propres efforts charnels a été l’introduction dans sa maison de ce qui a le caractère de la chair. «Ce qui est né de la chair est chair». La nature ne peut produire que la nature. Ainsi les efforts naturels d’Abraham ne peuvent qu’engendrer l’homme naturel qui, plus tard, persécutera la semence spirituelle.

 

8.5       La tragédie

En attendant, un élément de discorde est introduit dans la famille. Celle qui représente les efforts de la chair méprise celle par qui la bénédiction viendra (v. 4). Sara et Agar, illustrant l’une ce qui est de la chair et l’autre ce qui est de l’Esprit, ne peuvent s’entendre, «car la chair convoite contre l’Esprit, et l’Esprit contre la chair ; et ces choses sont opposées l’une à l’autre» (Gal. 5:17). De plus, l’homme qui est introduit ainsi dans la famille d’Abraham est attiré par le monde : on trouve en effet le fils d’Agar dans le désert de Shur, à la frontière de l’Égypte (v. 7). Et ce fils a un caractère difficile qui se dresse contre tous et excite tout le monde contre lui (v. 12).

 

8.6       Le type

Il est simple d’appliquer ces vérités à nous-mêmes. Nous pouvons être de vrais croyants comme Abraham, nous pouvons avoir reçu l’Esprit de Dieu comme les Galates, et cependant, dans notre vie de tous les jours, faire de la loi notre règle de vie. Nous courons alors le risque de penser que notre position dans la faveur et la grâce de Dieu notre Père dépend de la fidélité de notre propre marche et de nos efforts légaux. Le résultat sera double. D’abord, nous serons caractérisés par la dureté et la propre justice : nous serons fiers de nous et jaloux des autres. Ensuite, nous ne jouirons pas de la liberté que Christ nous a acquise, nous manquerons ainsi de grâce et d’amour, et nous ne pourrons en aucune manière produire le fruit de l’Esprit qui est la manifestation du caractère de Christ (Gal. 5:1 à 6:22).

 

8.7       L’interprétation

L’interprétation donnée par l’épître aux Galates montre que cette allégorie ne s’applique pas au pécheur qui cherche la justification par les œuvres, mais plutôt au croyant déjà justifié, qui recherche une vie de sainteté par ses propres efforts légaux et par ses propres forces.

Il est évident que la chrétienté est tombée dans ce légalisme des Galates. Non pas que les vérités chrétiennes aient été tout à fait abandonnées, mais le système légal représenté par Agar a été introduit dans la profession chrétienne ; et ainsi de très nombreux vrais chrétiens sont maintenus dans l’esclavage quant à leur âme, parce que pour marcher droit et obtenir la faveur de Dieu ils cherchent à régler leur vie par la loi ; ils n’ont pas compris qu’une marche droite découle du fait béni que la mort de Christ les a déjà introduits dans la faveur éternelle de Dieu, et qu’ils ne peuvent bien marcher que par la puissance de Christ.

En type, nous pouvons voir dans ce récit l’histoire d’Israël sous la loi, le peuple cherchant à obtenir les promesses par ses propres œuvres. Les fils d’Israël se retrouvent alors, comme Agar, chassés de leur pays et vagabonds dans le désert de ce monde où ils sont opposés à tous les hommes et où ils ont tous les hommes contre eux. Toutefois, la nation est bien-aimée à cause des pères, aussi les soins providentiels de Dieu ne leur sont-ils jamais retirés : Agar découvrit que dans le désert il y avait une fontaine et l’Ange de l’Éternel, et que Dieu voyait toute sa détresse.

 

9         Le Dieu Tout-puissant et l’alliance éternelle (Gen. 17)

9.1       Abraham écoutant la révélation de Dieu (v. 1, 2)

Dans l’épître aux Hébreux, nous lisons qu’Abraham, «ayant eu patience, obtint ce qui avait été promis» (Héb. 6:12-15). L’histoire d’Agar et d’Ismaël nous a montré qu’Abraham a manqué de patience. Cet épisode se termine par la mention qu’«Abram était âgé de quatre-vingt-six ans lorsque Agar enfanta Ismaël à Abram». Maintenant il est dit : «Et Abram était âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans ; et l’Éternel apparut à Abram». Il eut patience pendant treize ans. Pendant ces années, nous ne voyons pas qu’il y ait eu de communications faites à Abraham. Dieu attend que tout espoir d’obtenir la bénédiction par les efforts de la chair ait disparu.

Abraham a fait l’expérience de la futilité de ses propres efforts pour obtenir l’héritier promis ; il lui a été donné de patienter jusqu’à sa quatre-vingt-dix-neuvième année et de réaliser ainsi sa faiblesse totale ; alors l’Éternel lui apparaît et se révèle à lui comme le «Dieu tout-puissant». C’était là, nous l’avons mentionné, un grand progrès par rapport aux communications précédentes. Au chapitre 15, Dieu s’était révélé à Abraham comme son bouclier et sa très grande récompense. Là, c’était la révélation de ce que Dieu était pour Abraham ; dans le chapitre 17, c’est la révélation de ce que Dieu est en lui-même.

En rapport avec cette révélation, l’Éternel dit à Abraham : «Marche devant ma face, et sois parfait». Nous avons vu que la marche d’Abraham n’avait pas été vraiment parfaite. Bien qu’il ait véritablement été un homme de foi et de patience, il a manqué de foi en descendant en Égypte, et il n’a pas montré de patience dans l’affaire d’Agar. Maintenant, après avoir pris conscience de sa faiblesse, il apprend que Dieu est le Tout-Puissant. Or si Dieu est tout-puissant, ses propos et ses promesses se réaliseront certainement, même si leur accomplissement peut paraître impossible à la nature, à la vue et à la chair. Qu’Abraham se souvienne seulement que Dieu est tout-puissant, et alors immédiatement les difficultés disparaîtront, les obstacles seront surmontés, et il lui sera accordé d’attendre calmement, dans la foi et la patience, l’intervention de Dieu au moment convenable. Abraham ne peut plus rien attendre de la nature. Tout dépend de Dieu, du début à la fin. Aussi Dieu peut-il dire : «Je mettrai mon alliance entre moi et toi, et je te multiplierai extrêmement». Nous pouvons dire : «Si Dieu le veut» ; mais qui d’autre que le Dieu tout-puissant peut affirmer : «Je ferai» ?

 

9.2       Abraham tombant sur sa face devant Dieu (v. 3)

L’effet produit sur Abraham par cette nouvelle révélation est frappant. Lorsque la parole de l’Éternel était venue à Abraham dans une vision, pour lui révéler ce que Dieu était pour lui, Abraham avait pensé immédiatement à lui-même et, dans une heureuse confiance il s’était adressé à Dieu, exposant ses besoins et mentionnant ses difficultés devant Lui. Ici, lorsque Dieu vient personnellement visiter Abraham, se révélant dans ce qu’Il est en Lui-même, Abraham tombe sur sa face pour écouter, dans l’attitude qui convient, et Dieu lui parle. Il réalise son propre néant en présence de la grandeur de Dieu, et il prend tout de suite la place d’humilité, sur sa face. La communication précédente avait conduit Abraham à penser à lui-même et à ses besoins. Cette révélation dirige ses pensées sur Dieu et forme en lui un caractère en accord avec Celui qui répond à ses besoins : il marche devant Dieu et est parfait.

Ces exemples pratiques de l’intimité bénie entre Dieu et le croyant sont de toute beauté ! Abraham, plein de confiance, si pénétré par l’assurance que Dieu est pour lui, peut parler avec Dieu ; puis il est amené dans la place d’humilité qui convient devant Dieu, et alors Dieu peut parler avec lui.

Aujourd’hui nous réclamons ces différentes révélations de Dieu, et nous les possédons. Nous avons besoin de savoir tout ce que Dieu est pour nous dans sa grâce et son amour ; et une telle connaissance conduit à une douce intimité, à la communion avec Dieu par laquelle nous pouvons lui présenter nos besoins, toutes nos difficultés et nos épreuves. Mais nous avons aussi la révélation de tout ce que Dieu est en lui-même comme Père. Cette révélation donne une vraie mesure de notre néant devant lui, mais en même temps, le cœur, se réjouissant en Lui, est formé à la ressemblance de Celui que nous contemplons. «Nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire». Ainsi, aux jours d’Abraham comme maintenant, la juste appréciation de tout ce que le Seigneur est nous rend conformes à Lui-même. Dans ce sens, nous devrions marcher devant le Seigneur et être parfaits.

 

9.3       Abraham recevant des communications de Dieu (v. 4)

Il nous est accordé ensuite d’entendre ces précieuses communications que Dieu fait à Abraham. Il apprend d’abord que la grâce de Dieu se déversera sur les nations. Si Dieu est tout-puissant, il peut renverser toutes les barrières et bénir les Gentils.

Deuxièmement, en relation avec la révélation de Dieu comme le Tout-Puissant, le nom d’Abram est changé en Abraham, c’est-à-dire, «père d’une multitude». Dieu honore ainsi son serviteur.

Troisièmement, Abraham apprend que Dieu le fera fructifier extrêmement. Non seulement les nations seront bénies en Abraham, mais en lui il y aura du fruit pour Dieu sur la terre.

Quatrièmement, les nations seront bénies, mais Abraham et sa semence seront dans la plus intime des relations avec Dieu. «J’établirai mon alliance, dit Dieu, entre moi et toi et ta semence après toi». Et cette alliance sera une alliance éternelle par laquelle Dieu s’engage à être le Dieu d’Abraham et de sa semence après lui.

Cinquièmement, non seulement Dieu conclut une alliance éternelle, mais il garantit à Abraham et à sa semence une «possession perpétuelle».

 

9.4       Responsabilité envers Dieu (v. 9-13)

Nous avons donc là quelques-unes des bénédictions de l’alliance éternelle que Dieu fait avec Abraham. L’alliance présente le propos de Dieu, son propos de bénir ; en effet, sept fois au cours de cette communication, Dieu parle de ce qu’il fera. Et Abraham apprend que Dieu attend, en contrepartie de sa propre grâce, une réponse de la part du croyant dans sa vie. Abraham doit marcher devant Dieu et être parfait.

De même qu’Abraham, nous sommes appelés comme chrétiens à marcher d’une manière qui plaise à Dieu, non afin d’obtenir la bénédiction, mais parce que nous sommes bénis. Pour marcher ainsi et être parfaits devant Dieu, il faut être dépendants de lui et de sa toute-puissance. Mais cela implique la complète mise de côté de la chair. À cet effet, la circoncision a été introduite, comme signe que la chair doit être tenue pour morte afin que la marche puisse être parfaite devant Dieu. Au chapitre 15, la mort a été introduite, comme fondement de la justification ; ici, le jugement de la chair, par un acte qui préfigure la mort de celle-ci, a pour but la sainteté de la marche.

Si Dieu s’engage à bénir par sa toute-puissance, il ne doit y avoir en nous ni confiance en la chair, ni acceptation de son activité. Aujourd’hui pour le croyant, la circoncision est «du cœur, en esprit, non pas dans la lettre ; et la louange… ne vient pas des hommes, mais de Dieu» (Rom. 2:29). Le jugement de la chair, ce n’est pas simplement la négligence extérieure du corps, visible par le monde ; mais c’est la condamnation de l’activité cachée de la chair dans le cœur : la confiance en soi, la propre justice, la vanité et les convoitises ; elle a été condamnée à la croix (Col. 2:11).

Il y a ici un avertissement solennel. Si le croyant laisse agir la chair en lui, il s’expose au jugement gouvernemental de Dieu et même à être retranché de son peuple.

Bénie avec Abraham, Saraï est ennoblie par le changement de son nom. Ces communications de l’Éternel comblent Abraham de joie ; car dans ce passage, sans aucun doute, le rire parle de joie et non pas d’incrédulité.

 

9.5       Abraham plaidant avec Dieu (v. 18-21)

Abraham plaide pour Ismaël et Dieu exauce sa prière. Toutefois, à deux reprises, il est rappelé à Abraham que l’alliance est établie avec le fils selon la promesse, avec Isaac.

D’après les versets 6 à 9 de Romains 9, il semblerait qu’Ismaël représente la masse incrédule d’Israël. Nous lisons dans ce passage : «Tous ceux qui sont issus d’Israël ne sont pas Israël ; aussi, pour être la semence d’Abraham, ils ne sont pas tous enfants ; mais «en Isaac te sera appelée une semence». La masse incrédule de la nation est constituée des enfants d’Abraham selon la chair ; mais seul le résidu croyant est la vraie semence selon la promesse. Néanmoins, même les enfants selon la chair deviendraient une grande nation sur la terre.

 

9.6       Abraham gardant l’alliance avec Dieu (v. 22-27)

Après cette importante communication, Dieu met fin à son entretien avec Abraham. En ce même jour, Abraham prend soin de garder l’alliance en accomplissant l’acte de la circoncision. Il met en pratique la parole qu’il a entendue et agit conformément à la révélation que Dieu a donnée de Lui-même.

 

10    Bénédictions et privilèges (Gen. 18)

Au chapitre 17, nous avons vu Dieu se révéler à Abraham comme le Tout-Puissant, Celui qui peut accomplir et qui accomplira ses promesses de bénédiction malgré toutes les difficultés. À la lumière de cette révélation, Abraham est appelé à marcher devant Dieu et à être parfait, ne mettant aucune confiance en la chair.

Le chapitre 18 place devant nous les bénédictions et les privilèges d’un homme dont la marche est en accord avec la révélation de Dieu comme le Tout-Puissant. Ce passage expose quatre grands privilèges qui sont la part d’un tel homme. D’abord, l’Éternel se manifeste personnellement à lui (v. 1-8). Deuxièmement, avec la promesse de l’héritier, il est assuré de la bénédiction à venir (v. 9-15). Troisièmement, Dieu s’adresse à lui comme à un ami auquel il confie ce qu’il va faire (v. 16-21). Quatrièmement, dans la confiance et la proximité de Dieu, il peut intercéder en faveur d’autrui (v. 22-33).

 

10.1  Visite divine (v. 1-7)

La manifestation personnelle du Seigneur est le premier grand privilège dont jouit le croyant qui marche devant Dieu dans la lumière de la révélation qu’Il a donnée de lui-même. Ce privilège est offert à l’homme qui n’a pas confiance en la chair.

Au début du chapitre, nous voyons Abraham assis à l’entrée de sa tente. Étranger, demeurant sous sa tente, il vit paisible à l’écart des luttes de ce monde. Certains croyants ne courent-ils pas aujourd’hui le danger d’être distraits et troublés parce qu’ils sont trop occupés des événements qui se déroulent dans le monde ? Puissions-nous connaître davantage le repos d’esprit qui est la part de celui qui a répondu à l’appel de Dieu, est séparé pour lui, se confie en lui et non en la chair ! À une telle âme, Dieu se révélera ; il s’entretiendra avec elle dans la plus grande intimité, comme avec Abraham. La manière dont il le fait est remarquable. Abraham lève les yeux et voici «trois hommes se tenaient près de lui». Au cours du récit, nous apprenons que deux d’entre eux étaient des anges qui, au moment convenable, iront se présenter à la porte de Sodome (chap. 19:1). Le troisième, nous le savons, n’était personne d’autre que l’Éternel lui-même, apparaissant sous une forme humaine, figure du jour où le Fils de Dieu devint Homme et habita parmi les fils des hommes.

 

10.2  Ministère divin (v. 6-8)

Il n’y avait apparemment aucun signe extérieur qui aurait permis à Abraham, ou à d’autres, de discerner la présence de l’Éternel. Tout ce que le monde aurait pu voir, c’étaient trois hommes se présentant à l’entrée de sa tente. Avec le discernement spirituel d’un homme de foi marchant dans la proximité de Dieu, Abraham distingue l’Éternel des deux anges ; en témoignage de respect, il se prosterne en terre et s’adresse à lui personnellement. «Seigneur, dit-il, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe point outre, je te prie, d’auprès de ton serviteur». Il demande la faveur de leur laver les pieds et les invite à se reposer à l’ombre de l’arbre pendant qu’il leur prépare de quoi se restaurer.

La requête d’Abraham lui est accordée. Il place un repas apprêté devant eux ; et il «se tint auprès d’eux sous l’arbre, et ils mangèrent». Aujourd’hui les croyants qui marchent selon la connaissance plus profonde encore de Dieu révélé comme Père, n’ont-ils pas le privilège de jouir de cette communion douce et intime avec les Personnes divines ? Non pas certes de la même manière que l’Éternel apparaissant à Abraham, mais par l’Esprit qui est venu du Père, nous sommes introduits dans la communion la plus bénie. La jouissance que nous en avons peut être très limitée, elle n’en est pas moins réelle. La dernière nuit que le Seigneur passa avec ses disciples, dans la chambre haute, il leur annonça que lorsqu’il les aurait quittés, ils pourraient, par la puissance de l’Esprit, jouir d’une intimité infiniment plus profonde avec lui que celle qu’ils avaient connue pendant qu’il était présent au milieu d’eux. Après leur avoir parlé de l’Esprit que le Père enverrait, il dit : «En ce jour-là», le jour dans lequel nous vivons, «... celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime, sera aimé de mon Père ; et moi je l’aimerai, et je me manifesterai à lui» ; et le Seigneur ajoute encore : «Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera ; et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui» (Jean 14:16-25).

Nous trouvons aussi dans ces versets la première mention dans l’Écriture du lavage des pieds. Et, ici comme partout ailleurs, nous avons la pensée du rafraîchissement de celui dont les pieds sont lavés. Abraham a l’immense privilège de laver les pieds de Celui qui, plus tard, deviendra chair et qui, dans la grandeur de l’amour qui se plaît à servir les autres, dans sa grâce merveilleuse, lavera les pieds de ses pauvres disciples.

 

10.3  Communication divine (v. 9-15)

L’Éternel saisit l’occasion de ce moment de sainte intimité, pour raffermir la foi d’Abraham en lui confirmant la naissance prochaine de son fils. Sara est concernée, aussi l’Éternel demande-t-il : «Où est Sara, ta femme ?» Et il ajoute : «Je reviendrai certainement vers toi quand son terme sera là, et voici, Sara, ta femme, aura un fils». Ces paroles auraient été de la pure présomption si elles n’avaient été prononcées par une Personne divine. Pour nous, aujourd’hui ne nous appartient pas. Mais Dieu peut dire : «Je reviendrai certainement». La foi d’Abraham est ainsi raffermie par les propres paroles de l’Éternel. Et maintenant encore le Seigneur se plaît à rassurer nos cœurs tremblants par la parole certaine de Celui qui peut dire : «Je ferai». «Je reviendrai, et je vous prendrai auprès de moi... Je ne vous laisserai pas orphelins ; je viens à vous» (Jean 14:3-18).

Abraham, pleinement conscient de la gloire de Celui qui parle, reçoit cette précieuse promesse sans exprimer des doutes, manifester de l’étonnement ou soulever une quelconque objection. En revanche, la foi et le discernement de Sara n’atteignent pas le niveau qu’on peut constater chez Abraham. Elle entend les mêmes paroles, mais discerne peu la gloire de Celui qui les prononce. Elle doute de ce qui est annoncé à cause de sa situation personnelle. Âgée, son corps usé, elle pense que les paroles de l’Éternel sont irréalisables. Dans son cœur, elle rit, incrédule, à la pensée d’avoir un fils. Sara est reprise pour son incrédulité, et l’Éternel rappelle à Abraham que si l’accomplissement de la promesse est impossible sur le terrain de la nature, il n’y a rien qui soit trop difficile pour lui.

Accusée d’incrédulité, Sara a honte de confesser la vérité. Comme si souvent, la crainte des conséquences conduit au mensonge et à la tromperie. Elle «nia, disant : Je n’ai pas ri». Peut-être n’avait-elle pas ri bruyamment ; mais elle avait ri dans son cœur et elle doit apprendre qu’elle est dans la présence de Celui qui peut lire dans le cœur et voir à l’intérieur des tentes.

 

10.4  Prophétie divine (v. 16-20)

Des années plus tard, par le prophète Ésaïe, Dieu parle d’Abraham d’une manière particulièrement touchante, l’appelant «mon ami» (És. 41:8). Dans cette scène, nous voyons Dieu s’adresser à Abraham comme à un ami. Il est vrai que, généralement, on ne parle au serviteur que pour l’entretenir de son service, tandis qu’à un ami, on confie ses intentions, même si elles ne le concernent pas directement. Ici, Abraham est traité comme un ami, car Dieu dit : «Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire ?» La raison est très belle ; l’Éternel dit : «Car je le connais, et je sais qu’il commandera à ses fils et à sa maison après lui de garder la voie de l’Éternel, pour pratiquer ce qui est juste et droit». Celui que l’Éternel considère comme son ami n’est pas seulement quelqu’un qui croit en Lui, mais encore qui conduit bien sa maison, dans la crainte de l’Éternel.

Le Seigneur dit aux siens : «Vous êtes mes amis, si vous faites tout ce que moi je vous commande». Et il ajoute : «Je ne vous appelle plus esclaves, car l’esclave ne sait pas ce que son maître fait ; mais vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai ouï de mon Père» (Jean 15:14, 15).

Considérant Abraham comme un ami, l’Éternel lui révèle le jugement qu’il va exécuter sur les villes de la plaine. Mais souvenons-nous que ces communications sont faites à un homme qui vit dans la séparation du monde, a renoncé au monde et a remporté la victoire sur le monde. À moins de fuir ce monde corrompu, nous pourrions dire avec les simples professants : «Où est la promesse de sa venue ?» L’apôtre Pierre nous exhorte à ne pas ignorer cette vérité solennelle : le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit, amenant le jugement sur un monde impie.

Nous avons lu plus haut que «les hommes de Sodome étaient méchants, et grands pécheurs devant l’Éternel» (chap. 13:13). Nous apprenons maintenant que le cri de leur péché était parvenu jusqu’à l’Éternel pour le jugement, car ce péché était «très aggravé». Dieu attend et patiente à l’égard de la méchanceté de l’homme, mais il n’est pas indifférent au péché. Le cri en monte à lui jusqu’à ce qu’enfin il soit mûr pour le jugement. Néanmoins, l’Éternel est lent à condamner. Nous voyons d’abord comment les deux anges «se levèrent de là, et regardèrent du côté de Sodome» (v. 16) ; puis ils allèrent «vers Sodome» (v. 22) ; et enfin, «les deux anges vinrent à Sodome sur le soir» (chap. 19:1).

 

10.5  Intercession (v. 22-33)

Deux anges sont partis afin d’exécuter le jugement de l’Éternel sur les villes condamnées. Abraham reste seul devant l’Éternel. Tout de suite il prend la place de l’intercesseur. Il fonde son intercession sur l’impossibilité pour Dieu de détruire le juste avec le méchant. Aussi Abraham supplie-t-il Dieu d’épargner la ville s’il s’y trouve cinquante justes. Puis il demande qu’elle soit épargnée s’il y a quarante-cinq justes ; ensuite il descend à quarante, trente, vingt, et il intercède enfin pour dix hommes justes seulement. Dans sa grâce, Dieu accède chaque fois à sa requête, jusqu’au moment où la foi d’Abraham faiblit et cesse de faire appel à cette grâce de Dieu qui surabonde là où le péché abonde.

Beaucoup plus tard, Dieu a pu dire à Jérémie en parlant de Jérusalem, la ville condamnée : «Si vous trouvez un homme, s’il y a quelqu’un qui fasse ce qui est droit, qui cherche la fidélité… je pardonnerai à la ville» (Jér. 5:1). Cet Homme a été trouvé : «Le médiateur entre Dieu et les hommes est un, l’homme Christ Jésus, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous». Par Lui, nous sommes exhortés à intercéder pour tous les hommes (1 Tim. 2:1-6).

 

11    Amitié avec le monde (Gen. 19)

Au chapitre 18, nous avons vu les bénédictions qui s’attachent au croyant dont la marche est en harmonie avec la révélation de Dieu comme le Tout-Puissant.

Le chapitre 19 place devant nous les afflictions d’un croyant qui a délaissé le chemin de la séparation et qui s’associe dans sa marche avec un monde condamné. Nous verrons qu’un tel croyant est en fait sauvé, toutefois comme à travers le feu ; il disparaît de l’histoire, comme pris sous un nuage, laissant le souvenir d’une vie honteuse.

 

11.1  Un contraste frappant

Les premiers versets de ces deux chapitres établissent bien le contraste évident entre Abraham et Lot. Au chapitre 18:1, Abraham nous est présenté assis à l’entrée de sa tente. Au chapitre 19:1, nous voyons Lot assis «à la porte de Sodome». L’un est hors du monde, dans son vrai caractère de pèlerin, avec sa tente ; l’autre est non seulement dans le monde, mais il a un rôle actif dans son administration ; il est assis à la porte, le lieu où s’exerce le jugement.

 

11.2  L’aboutissement d’un chemin qui descend

Lot s’était trouvé autrefois séparé, en réponse à l’appel de Dieu, mais il ne l’était qu’à la suite d’un autre. Dès la première petite difficulté rencontrée sur son chemin, il abandonne le sentier de la foi et de la séparation ; il choisit la plaine bien arrosée et dresse ses tentes «jusqu’à Sodome» (chap. 13:12). Puis nous apprenons qu’il «habitait dans Sodome» (chap. 14:12) ; enfin, nous lisons que «Lot était assis à la porte de Sodome».

Mais la ville dans laquelle Lot occupe une place d’honneur, celle de magistrat, est une ville condamnée, mûre pour le jugement. Par les paroles mêmes du Seigneur en Luc 17, nous savons que cette scène solennelle est une image du jugement qui va tomber sur ce monde mauvais. Nous lisons : «Comme il arriva aux jours de Lot... il en sera de même au jour où le Fils de l’homme sera manifesté» (Luc 17:28-32).

Nous vivons dans les jours qui précèdent immédiatement la manifestation du Fils de l’homme, et nous sommes avertis par le Seigneur lui-même que nous connaîtrons une condition tout aussi terrible que celle qui existait aux jours de Lot. D’où l’importance très pratique de ce chapitre qui présente le vrai caractère du monde actuel et, surtout, révèle un état si odieux aux yeux de Dieu qu’Il doit finalement intervenir par le jugement.

 

11.3  La faillite du témoignage

Dans quelles conditions se trouvait donc Sodome pour attirer sur elle le jugement de Dieu ?

La ville était caractérisée par deux choses. D’abord, les hommes de Sodome «étaient méchants, et grands pécheurs devant l’Éternel» (chap. 13:13). Ensuite, un vrai croyant occupait une place d’honneur dans la ville et était associé avec des pécheurs pour essayer de juger le monde et d’y maintenir l’ordre. Sodome était donc une ville caractérisée par l’association de pécheurs devant l’Éternel avec des croyants. Et cette condition, si odieuse pour Dieu, est celle qui caractérise le monde aujourd’hui et qui, dans un avenir tout proche, mettra un terme à la période de la grâce actuelle. Ce n’est pas seulement la méchanceté du monde qui mettra fin au jour de la grâce. Celle-ci peut se manifester sous différentes formes à des époques distinctes, mais aujourd’hui, elle ne saurait être pire que lorsque fut commis le plus grand péché de tous les temps : la crucifixion du Seigneur de gloire. C’est plus la faillite de la profession chrétienne par laquelle même de vrais croyants sont vus mêlés au monde, non pas comme des témoins de la grâce de Dieu, mais comme étant liés intimement avec le monde — ce que Dieu ne peut pas tolérer — qui rend le jugement imminent. Lorsque ceux que Dieu laisse sur la terre pour y être des témoins de sa grâce s’établissent dans le monde et abandonnent tout témoignage pour Lui, la fin est proche.

 

11.4  Le message d’avertissement

L’apôtre nous a laissé un avertissement clair et sans équivoque : «Ne vous mettez pas sous un joug mal assorti avec les incrédules ; car quelle participation y a-t-il entre la justice et l’iniquité ? ou quelle communion entre la lumière et les ténèbres ? et quel accord de Christ avec Béliar ? ou quelle part a le croyant avec l’incrédule ?» (2 Cor. 6:14, 15).

Malgré ces paroles sérieuses, qu’observons-nous partout aujourd’hui ? Non seulement un monde envahi par la violence et la corruption (il en a toujours été ainsi), mais de tous côtés de vrais croyants associés à des incrédules et à ceux qui se moquent des choses divines, méprisant totalement la parole de Dieu....

Lorsque ceux qui professent être les ministres de la chrétienté cessent d’être des témoins pour Christ ; lorsque, s’abaissant au niveau du monde, ils deviennent eux-mêmes des conducteurs profanes, le sel a alors effectivement perdu sa saveur ; la chrétienté professante, devenue odieuse à Christ, sera vomie de sa bouche et le jugement s’abattra sur le monde.

La destruction de Sodome devrait donc parler sérieusement à nos consciences et nous amener à être attentifs à ces paroles : «Sortez du milieu d’elle, mon peuple, afin que vous ne participiez pas à ses péchés et que vous ne receviez pas de ses plaies» (Apoc. 18:4).

 

11.5  Le ministère des anges

Nous pouvons retirer d’autres leçons encore de cette scène solennelle. Dans le chapitre précédent, l’Éternel est apparu à Abraham, accompagné de deux anges. Ceux-ci viennent seuls à Sodome. Abraham, séparé pour Dieu, près de sa tente jouit d’une douce communion avec l’Éternel. Lot, assis à la porte de Sodome, n’aura pas la visite de l’Éternel. Son âme est sans doute tourmentée par la conduite débauchée et les actions iniques des méchants, mais il ne jouira pas de la communion avec l’Éternel.

De plus, alors que l’Éternel apparut à Abraham en plein jour, les deux anges viennent à Sodome «sur le soir». Ils viennent, non pas pour apporter un témoignage public à Sodome, mais, pour ainsi dire, à la faveur de l’obscurité du soir, pour retirer un saint en chute du feu du jugement (chap. 18:1 ; 19:1).

Les Écritures nous enseignent que le service des anges revêt un double caractère. D’une part, ils sont les exécuteurs du jugement et, d’autre part, «des esprits administrateurs, envoyés pour servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut» (Ps. 104:4 ; Héb. 1:14). Nous les voyons à Sodome dans l’exercice de cette double fonction. En jugement, ils étaient venus pour détruire la ville ; providentiellement, ils étaient là pour sauver un vrai croyant d’une fausse position. Qu’il est précieux aujourd’hui de savoir que si le jugement est prêt à s’abattre sur la chrétienté, tout vrai croyant sera sauvé du jugement, même si pour plusieurs il en sera comme pour Lot : leurs œuvres seront détruites, mais eux-mêmes seront sauvés, «toutefois comme à travers le feu» (1 Cor. 3:15).

 

11.6  L’inconséquence de Lot

Nous voyons en outre que Lot, un vrai croyant, reconnaît les visiteurs célestes, les traite avec respect, cherche à les honorer et à les protéger des insultes des hommes du monde. Hélas ! il doit finir par admettre qu’il n’a aucun pouvoir pour refréner la méchanceté de ces derniers. À la fin, il est même prêt à recourir à l’infâme moyen d’abandonner ses deux filles à leurs convoitises pour mettre un terme à l’émeute. Ses efforts ne font qu’exciter la colère des hommes de Sodome. Ils lui disent : «Retire-toi !» Ils accusent cet étranger venu séjourner chez eux de vouloir agir comme leur juge. Sur ces paroles menaçantes, ils pressent beaucoup Lot qui n’échappe à la violence de la foule que par la providentielle intervention des anges.

 

11.7  La chute de Lot

Les anges donnent à Lot des instructions, afin qu’il avertisse ses proches de la destruction imminente de la ville par l’Éternel. Ce fait solennel met en lumière l’impuissance personnelle du croyant à rendre témoignage, lorsqu’il se trouve dans une position fausse. «Lot sortit, et parla à ses gendres», pour les avertir du jugement. Mais «il sembla aux yeux de ses gendres qu’il se moquait». C’était un témoignage à la vérité, mais il le condamnait lui-même. Lot n’avait-il pas professé être un homme juste ? Cependant Sodome avait exercé un tel attrait sur lui qu’il avait choisi d’y demeurer et même de prendre une part active dans ses affaires. Croyait-il alors vraiment que l’Éternel allait détruire la ville ? Toute sa vie contredisait son témoignage. Il n’est donc pas étonnant que les hommes de Sodome aient eu l’impression que Lot se moquait.

Il en est de même aujourd’hui. Est-il surprenant que le monde ne prête guère attention aux avertissements de ceux qui se disent ministres et qui, eux-mêmes, vivent d’une manière mondaine ?

 

11.8  L’hésitation de Lot

Malgré l’avertissement qu’il communique à son entourage, Lot quitte Sodome à contrecœur ; en effet, alors que les anges le pressent de sortir de la ville condamnée, nous lisons : «Et il tardait». Néanmoins, l’Éternel a pitié de lui, et les anges «le firent sortir, et le laissèrent hors de la ville». Sa femme et ses deux filles sont emmenées avec lui, mais tous ses biens restent en arrière. Il est sauvé comme à travers le feu.

Délivré par la miséricorde de Dieu, il reçoit l’instruction de se sauver «sur la montagne». Il reconnaît la grâce qui l’a sauvé, mais il a peu de foi dans les soins et la protection de Celui qui l’envoie sur la montagne. Poussé par la crainte et l’incrédulité, il demande que la petite ville de Tsoar soit épargnée pour lui être un lieu de refuge. Sa prière est exaucée ; et au lever du soleil, Lot entre dans Tsoar.

«Le soleil se levait.» Quelle expression solennelle ! Elle évoque un jour sans nuage, sans aucun signe du jugement imminent. Parlant des hommes de Sodome, le Seigneur dit qu’ils mangeaient, qu’ils buvaient, qu’ils bâtissaient, comme d’habitude ; «mais, au jour où Lot sortit de Sodome, il plut du feu et du soufre du ciel, qui les fit tous périr». Le Seigneur ajoute ces paroles sérieuses : «Il en sera de même au jour où le Fils de l’homme sera manifesté» (Luc 17:28-30). Plus tard aussi, l’apôtre peut écrire : «Le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit. Quand ils diront : «Paix et sûreté», alors une subite destruction viendra sur eux, comme les douleurs sur celle qui est enceinte, et ils n’échapperont point» (1 Thess. 5:2, 3).

 

11.9  La femme de Lot

La femme de Lot regarda en arrière. Lot était un juste, même s’il avait été pris par les affaires du monde. Sa femme n’était qu’une simple professante ; bien qu’elle sorte de la ville, son cœur y demeure. Elle regarde en arrière vers le lieu de ses affections et devient un avertissement éternel pour les chrétiens professants qui, dans un moment de crainte se séparent peut-être du monde, mais n’ont jamais connu l’appel de Dieu. Le Seigneur lui-même a prononcé ces paroles si solennelles : «Souvenez-vous de la femme de Lot» (Luc 17:32).

En contraste avec Lot, sauvé à travers le feu, et sa femme qui regarda en arrière, nous avons une brève vision de l’homme séparé qui attendait la cité ayant les fondements. Abraham se trouvait «au lieu où il s’était tenu devant l’Éternel». Il assiste de loin à la destruction des villes de la plaine. Nous apprenons alors que si Lot est sauvé de la destruction des villes, c’est parce que «Dieu se souvint d’Abraham». Lorsqu’il était assis à la porte de Sodome, Lot aurait pu dire : «En quoi Abraham, retiré dans sa tente, est-il utile au monde ?» Pourtant, c’est d’Abraham, dans son chemin de séparation, que Dieu avait dit : «Tu seras une bénédiction». Et ce fut le cas ; car si Lot est sauvé, c’est parce que Dieu se souvint d’Abraham.

 

11.10 La crainte de Lot

Bien que délivré du sort de Sodome, le pauvre Lot reste craintif. Il a peur d’habiter dans la ville même de son choix, aussi se retire-t-il sur la montagne où il lui avait été dit de s’enfuir. Mais ici encore, il va dans la montagne conduit par la crainte des hommes, plutôt que par la foi en Dieu. Là il est victime de l’infamie de ses filles et quitte la scène sans qu’il soit fait mention de sa fin. Il laisse derrière lui une postérité qui deviendra l’ennemi continuel du peuple de Dieu.

Que de motifs nos cœurs n’ont-ils pas d’être exercés par l’histoire solennelle d’un tel croyant qui, après avoir marché un temps dans le chemin de la séparation, l’a abandonné pour s’associer au monde ; Lot fait alors l’expérience qu’ainsi il ne peut pas avoir de communion avec Dieu, il n’obtient aucune force pour refréner la méchanceté du monde, aucune puissance pour rendre témoignage à la vérité, et ne peut compter sur les soins et la protection de Dieu ; et finalement il quitte cette scène dans les ténèbres profondes d’une terrible honte. Puisse cette histoire nous amener à réaliser notre propre faiblesse. Nous pourrons alors nous rejeter sur Celui qui a le pouvoir de nous garder sans que nous bronchions et qui veut nous placer irréprochables devant sa gloire avec abondance de joie.

 

12    Les œuvres de la chair (Gen. 20)

Le chapitre 19 nous a montré Abraham sur les lieux élevés, «où il s’était tenu devant l’Éternel», en dehors du monde et à l’abri de l’heure de l’épreuve venue sur ceux qui demeuraient sur la terre.

 

12.1  Une rechute

Au chapitre 20, Abraham s’en va une nouvelle fois vers le pays du midi et séjourne à la frontière de l’Égypte. Dans cette position ambiguë, son attitude suscite à nouveau les reproches de l’homme du monde.

Abraham tombe dans le même péché qu’il avait commis quelque vingt années auparavant, bien que les circonstances soient un peu différentes. Alors, pressé par la famine, il avait quitté le pays et était entré en Égypte. Dans notre chapitre, sans même un motif semblable, mais simplement par crainte des hommes, il renie Sara, celle par qui, selon la claire assurance donnée par Dieu, devait venir l’héritier promis (chap. 18:10). Dans le premier cas, Abraham abandonne le témoignage de l’héritage ; dans le second, il ternit celui de l’héritier. Maintenant comme alors, derrière chaque manquement du peuple de Dieu, l’ennemi attaque quelque grande vérité liée à l’appel divin. Aujourd’hui, l’adversaire combat particulièrement la vérité concernant la vraie relation de l’Église avec sa Tête glorifiée dans les cieux.

Qu’après tant d’années Abraham soit retombé de la même manière aggrave encore sa faute. Car il n’est plus maintenant un simple novice faillissant dans le sentier de la foi, mais quelqu’un qui a marché longtemps dans le chemin de la séparation.

Ce triste épisode peut aussi nous enseigner une autre leçon importante, à savoir que la chair dans les enfants de Dieu ne change jamais. C’est une vérité solennelle que nous sommes lents à saisir, mais que nous devons tous apprendre, par d’amères expériences parfois. La grâce est certes là pour nous délivrer de la puissance de la chair et pour nous garder de sa méchanceté ; mais cette chair mauvaise dont nous sommes préservés ne change jamais. La chair peut se manifester de différentes manières selon les personnes, mais quelle que soit la forme de mal qu’elle revête, c’est celle-ci qu’elle gardera, depuis le commencement de notre histoire jusqu’à la fin.

Ce manquement répété deux fois chez un homme de Dieu nous est certainement rapporté non pas pour nous décourager ou nous rappeler notre faiblesse, mais plutôt pour nous attacher à la vraie source de toute confiance et de toute force. Quelqu’un a dit très justement : «Lorsque nous sommes devenus conscients de notre incapacité d’agir sans le secours de Dieu, alors nous découvrons qu’Il est constamment pour nous». Mais il est facile de dire que nous ne pouvons rien faire sans lui ; il est plus difficile d’apprendre par l’expérience, à la suite de manquements répétés peut-être, que nous sommes dépendants de Dieu en tout temps.

Craignant l’homme, Abraham perd sa confiance en Dieu. Manquant de foi, il s’appuie sur ses propres ressources et agit dans la duplicité de la chair. Il déclare à propos de Sara, sa femme : «Elle est ma sœur». Il énonce une vérité dans le but de cacher la vérité. Et de nouveau, il expose sa femme à la honte pour préserver sa propre vie.

 

12.2  Un Dieu toujours fidèle

Pourtant, Dieu n’abandonne pas les siens, quelle que soit la grandeur de leur faute. Jamais il ne rejettera ses perles, même si un peu de sable s’y est attaché. Il s’occupera de tout ce qui, en nous, Lui est contraire — cela nous coûtera peut-être — pour nous rendre participants de sa sainteté. Et Dieu ne s’occupe pas seulement de ses pauvres enfants défaillants, mais il agit pour eux. Ainsi, dans la scène qui nous occupe, Dieu intervient d’une manière évidente pour préserver Sara de la honte à laquelle Abraham l’avait exposée par sa dissimulation. Abimélec est retenu de pécher contre Abraham. Il est même averti que celui-ci est un prophète, et que si Sara ne lui est pas immédiatement rendue, la mort frappera sa maison. Abimélec apprend encore que celui qui lui a causé ce grand tort est un homme qui jouit d’une telle proximité avec Dieu qu’il peut prier pour lui. Malgré son manquement, Abraham est un prophète et un intercesseur auprès de Dieu ; et Dieu ne renie pas ces privilèges élevés à cause de ses fautes.

 

12.3  Un reproche justifié

Mais le privilège d’être un prophète et un intercesseur ne fait qu’augmenter la gravité de la duplicité d’Abraham. C’est une chose que le monde a vite fait de juger. En effet, Abimélec appelle tout de suite Abraham et le reprend pour sa conduite. Il lui dit en d’autres termes : «Tu as agi envers moi d’une manière inadmissible». Non seulement Abraham avait manqué de foi envers Dieu, non seulement il avait fait du tort à sa femme, mais il avait aussi lésé cet homme du monde. Sa manière d’agir était non pas simplement au-dessous du niveau de son appel, mais au-dessous de ce qui convient à un homme du monde honnête.

Abimélec veut aussi savoir pourquoi Abraham a agi ainsi. Abraham répond : «C’est parce que je disais : Assurément il n’y a point de crainte de Dieu en ce lieu, et ils me tueront à cause de ma femme». Quelle chute chez cet homme de Dieu ! Emporté par ses propres pensées, ne regardant qu’à lui et à sa sécurité, il agit avec fausseté, montrant clairement, à ce moment-là, que c’était lui qui n’avait pas la crainte de Dieu, et non pas eux.

 

12.4  Une mauvaise excuse

Aussi, comme c’est bien souvent le cas lorsqu’un croyant est en faute, Abraham est tenté de se justifier, au lieu de confesser honnêtement : «J’ai péché». Il n’existe pas dans le langage humain de mots plus difficiles à prononcer, soit pour un pécheur, soit pour un saint, que ceux-ci : «J’ai péché». Ainsi, Abraham cherche à excuser son mensonge en expliquant que Sara est bien sa sœur, même s’il avait caché la vérité qu’elle est également sa femme.

 

12.5  Une racine d’incrédulité non jugée

Il apparaît en outre que ce manquement a une racine d’incrédulité non jugée dans son histoire passée. Occupant une fausse position, Abraham rabaisse le témoignage de Dieu aux yeux du monde en déclarant : «Lorsque Dieu m’a fait errer loin de la maison de mon père». Il ne dit pas : «Lorsque Dieu m’a appelé vers une patrie céleste et une cité qui a les fondements», mais il veut donner l’impression que, comme tout enfant prodigue, Dieu l’a fait errer loin de la maison de son père. Dans ces circonstances, sa femme et lui-même avaient convenu, par incrédulité, de mentir.

 

12.6  Une conduite répréhensible

Malgré la faute d’Abraham, Abimélec, bien qu’il soit un homme du monde, agit avec une justice et une libéralité qui sont en contraste frappant avec la conduite d’Abraham. Au jour de sa puissance et de sa victoire sur l’ennemi, Abraham avait refusé de prendre «depuis un fil jusqu’à une courroie de sandale» de la main du roi de Sodome. Au jour de sa faiblesse et de son incrédulité, il accepte du menu et du gros bétail, des serviteurs et des servantes, et mille pièces d’argent du roi de Guérar.

Pourtant, bien qu’il fasse des dons à Abraham, Abimélec n’hésite pas à reprendre Sara en termes méprisants. Il dit en effet : «Voici, j’ai donné mille pièces d’argent à ton frère ; voici, cela te sera une couverture des yeux». Si elle avait été convenablement voilée, en tant que femme d’Abraham, jamais Abimélec ne l’aurait vue ni prise dans sa maison. Le voile sert de signe, pour montrer que la femme appartient exclusivement à son mari.

Si le monde voyait, dans notre attitude, que nous appartenons entièrement à Christ, il ne désirerait pas nous avoir dans sa compagnie. Paul pouvait dire : «Pour moi, vivre c’est Christ» ; il en résultait que le monde lui était crucifié et que lui était crucifié au monde. Si nous ne maintenons pas cette consécration de cœur à Christ, nous perdrons, comme Sara, le respect du monde et nous nous attirerons ses reproches mérités.

Maintenant que la racine de sa faute a été mise à jour, Abraham reprend une nouvelle fois sa vraie place dans le monde, celle d’intercesseur (v. 17, 18).

 

13    La naissance de l’héritier (Chap. 21)

Dans les chapitres 17 et 18, Dieu s’est révélé comme le Tout-Puissant, celui qui accomplit ses promesses en dépit de la faiblesse des siens et de la méchanceté du monde.

Le chapitre 19 donne la pleine démonstration de la méchanceté du monde ; tandis qu’au chapitre 20, la méchanceté de la chair et la faiblesse des enfants de Dieu sont manifestées.

Le monde et la chair ayant été mis à découvert, nous apprenons au chapitre 21 que le temps fixé par Dieu est là et que l’héritier promis depuis longtemps est né (v. 1-7) ; la servante et son fils sont chassés (v. 8-21) ; et le monde doit reconnaître que Dieu est avec l’homme de foi (v. 22-34).

 

13.1  La naissance d’Isaac (v. 1-5)

Du côté de l’homme, tout était perdu ; mais nous apprenons alors que «le temps fixé dont Dieu... avait parlé» est venu, et l’héritier promis naît. Abraham appelle le nom de son fils Isaac («rire») et au temps convenable, il le circoncit selon les instructions et les commandements de l’Éternel. Tout se passe «au temps fixé» par Dieu et selon la parole de Dieu.

La naissance d’Isaac présente un type remarquable de Christ, à l’égard duquel nous lisons : «Quand l’accomplissement du temps est venu, Dieu a envoyé son Fils» (Gal. 4:4). Christ est celui par qui toutes les bénédictions promises à Abraham sont assurées, que ce soit pour Israël, la semence directe, ou pour les nations gentiles.

 

13.2  L’effet produit par cette naissance (v. 6-9)

Les deux attitudes qui suivent montrent l’effet produit par la naissance de l’héritier. Dans la première scène nous trouvons ceux qui se réjouissent ; dans la seconde, ceux qui se moquent. Ne voyons-nous pas de nouveau d’une manière frappante dans ces deux cas le double effet produit par la naissance de Christ ? Sara dit : «Dieu m’a donné lieu de rire ; quiconque l’entendra rira avec moi». Précédemment son rire avait été l’expression de son incrédulité ; maintenant, c’était le débordement de la joie de son cœur. De plus, sa foi reconnaît et confesse que la naissance de ce fils est si entièrement de Dieu, tellement étrangère aux pensées des hommes, qu’elle peut demander : «Qui eût dit à Abraham : Sara allaitera des fils ?» Pour la nature, c’était une telle impossibilité que personne ne l’aurait dit. Seul Dieu l’avait déclaré ; et seul celui qui est tout-puissant pouvait accomplir sa parole.

Ainsi, lorsque finalement le Christ de Dieu devint homme, il y en eut qui, en harmonie avec les cieux, reconnurent l’intervention de Dieu et purent se réjouir de la naissance de l’héritier promis depuis longtemps. Marie peut proclamer avec joie : «Le Puissant m’a fait de grandes choses». Zacharie discerne que Dieu a visité son peuple «pour accomplir la miséricorde envers nos pères et pour se souvenir de sa sainte alliance, du serment qu’il a juré à Abraham notre père». Et avec eux, «tous ceux qui, à Jérusalem, attendaient la délivrance» (Luc 1:49, 68-73).

Mais, s’il y en eut qui se réjouirent de la naissance d’Isaac, d’autres se moquèrent, et nous voyons ce qui suscite leur animosité. Un jour, «un grand festin» est donné en l’honneur de l’héritier. Cela excite la jalousie et la méchanceté de ceux qui, pendant longtemps, avaient eu une place spéciale dans la maison d’Abraham.

Dans l’histoire de notre Seigneur également, la reconnaissance de sa place suprême et unique excita la jalousie et l’animosité de la chair religieuse. Les mages d’Orient lui rendent hommage comme Roi des Juifs, et aussitôt tout Jérusalem est troublé, et Hérode, le faux roi, cherche à tuer le saint enfant.

 

13.3  La leçon pour nous (v. 10)

Nous trouvons cependant d’autres leçons dans cette scène profondément instructive. Dans l’épître aux Galates, l’apôtre cite ces paroles de Sara à Abraham : «Chasse cette servante et son fils ; car le fils de cette servante n’héritera pas avec mon fils, avec Isaac». Dans ce passage, l’apôtre mentionne Isaac, non pas comme type de Christ, mais en tant que représentant des croyants : ceux qui sont les objets de la grâce souveraine. Or nous, frères, dit-il, comme Isaac, nous sommes enfants de la promesse. De plus, il cite Isaac pour indiquer tout ce que nous sommes en tant que nés de l’Esprit, et prend l’exemple d’Ismaël pour présenter notre vieil homme — tout ce que nous sommes en tant que nés selon la chair. Il montre aussi que l’homme dans la chair est totalement opposé à l’homme selon l’Esprit. «Comme alors celui qui était né selon la chair persécutait celui qui était né selon l’Esprit, il en est de même aussi maintenant» (Gal. 4:28-31).

 

13.4  Le vrai caractère de la chair (v. 11, 12)

La venue de Christ dans le monde révéla tout ce que l’homme est selon la chair, et suscita l’animosité de celle-ci. De même, en sondant notre âme, dans la mesure où Christ aura la place qui lui revient dans nos affections, nous découvrirons le caractère véritable de la chair qui est encore en nous. Si nous faisons «un festin» à Christ, si nous lui donnons sa vraie place dans notre cœur, nous constatons qu’il y a en nous ce vieil homme qui cherche toujours à se manifester et à s’élever. D’où la grande question : vais-je épargner la chair en satisfaisant le moi, en le tolérant et en le flattant, ou vais-je la tenir dans la mort afin que Christ ait la première place dans ma vie ?

Les Corinthiens étaient indulgents à l’égard de la chair dans son caractère mondain, les Colossiens étaient en danger de la servir par des rites religieux, tandis que les Galates lui donnaient une place par le légalisme. Ils se plaçaient sous la loi comme règle de vie. Mais bien loin de réaliser une vie conforme à celle de Christ, ils ne faisaient que mener une vie charnelle, avec sa vaine gloire, ses envies et ses luttes. Aussi l’apôtre dit-il : «Chasse la servante et son fils». Nous devons refuser la loi comme règle de vie et la chair qu’elle excite. Non pas que le croyant méprise la loi ni qu’il soit indifférent à l’égard de ses exigences morales. Loin de là ! mais il doit refuser de se mettre sous un principe de loi. Christ nous a libérés de la loi comme moyen d’obtenir la bénédiction ; et nous devons tenir ferme dans la liberté qu’il nous a acquise, en regardant à lui pour être gardés à chaque instant. L’apôtre Paul en a fait la précieuse expérience. Christ occupait la première place dans ses affections. Il pouvait dire : «Pour moi, vivre c’est Christ». Par conséquent, il rejetait sa propre justice qui était de la loi et n’avait pas confiance en la chair (Phil. 1:21 ; 3:3). Il chassait la servante et son fils.

La mise de côté de la chair implique le renoncement à soi-même, et cela entraîne de la souffrance. Ainsi, chasser la servante «fut très mauvais aux yeux d’Abraham». Mais Dieu lui rappelle que toutes les bénédictions sont liées à Isaac. Se renoncer soi-même et suivre Christ, c’est prendre sa croix, sa part des souffrances, mais c’est le chemin d’une grande bénédiction en communion avec Christ.

 

13.5  L’image d’Israël

Agar et Ismaël errent dans le désert, l’eau de l’outre est épuisée : ce tableau présente en figure la position actuelle d’Israël qui a cherché à acquérir la bénédiction sous la loi et qui ainsi a rejeté Christ, la semence promise. Chassé de son pays, le peuple terrestre de Dieu erre, dispersé dans le monde. Pourtant, bien qu’Israël soit chassé du pays, il demeure l’objet des soins providentiels de Dieu, comme l’ont été Agar et son fils.

 

13.6  Le témoignage du monde (v. 22-24)

Dans la scène qui termine ce chapitre, l’homme du monde reconnaît que Dieu est avec l’homme de foi qui marche séparé du monde. Précédemment l’homme de foi avait connu une défaillance et, agissant par incrédulité, s’était attiré les reproches d’Abimélec. Maintenant, l’héritier promis est né et reçoit d’Abraham la place qui lui revient ; la servante et son fils ont été renvoyés. Ce qui est de Dieu a la première place ; tout ce qui est de la chair a été mis de côté, et Abimélec est amené à déclarer : «Dieu est avec toi en tout ce que tu fais». Ce n’est plus lui qui reprend Abraham comme dans le passé, mais c’est lui qui est repris par Abraham. N’est-ce pas ce qui se produit aujourd’hui ?

Si nous donnons à Christ la place qui lui revient dans nos vies, si nous sommes affranchis et que nous marchions par la foi dans une vraie séparation du monde, celui-ci sera conduit à considérer et à admettre que Dieu est avec nous.

 

13.7  Le vrai caractère du monde (v. 25-34)

Toutefois, si le monde doit reconnaître que Dieu est avec ceux des siens qui marchent dans la séparation, il n’en cherchera pas moins à priver le peuple de Dieu de ses sources de rafraîchissement spirituel. Il tentera de boucher nos puits. Comme Abraham, nous pouvons bien résister aux efforts du monde et le reprendre ; mais comme lui, cherchons à ce que nos reproches soient empreints de cet esprit de grâce qui s’efforce de communiquer au monde quelque chose de nos bénédictions — ce dont nous parlent les sept jeunes brebis.

Les derniers versets semblent présenter le sommet de l’histoire spirituelle d’Abraham. Nous avons vu le monde obligé de reconnaître que Dieu est avec lui ; maintenant nous voyons Abraham avec Dieu. Il invoque le nom de l’Éternel, le Dieu d’éternité, et il séjourne dans le pays comme un pèlerin.

 

14    Le sacrifice d’Isaac (Gen. 22)

La première partie de la vie d’Abraham nous a présenté son témoignage public d’homme de foi, marchant dans la séparation du monde, en réponse à l’appel de Dieu (chap. 12 à 14). Dans la seconde partie de l’histoire du patriarche, qui commence par les mots : «Après ces choses», nous trouvons les exercices intimes de son âme dans ses relations personnelles avec Dieu (chap. 15 à21).

 

14.1  La dernière étape de la vie d’Abraham

Le chapitre 22 de la Genèse introduit la dernière étape de la vie d’Abraham. Ce passage commence également par les mots : «Après ces choses». Ce chapitre et ceux qui suivent placent devant nous certaines circonstances qui, d’une manière très nette, présentent en type les voies de Dieu dans l’accomplissement de ses desseins pour la gloire de Christ et la bénédiction de l’homme.

Au chapitre 21, la naissance d’Isaac «au temps fixé» représente ce moment extraordinaire dont il est dit : «Quand l’accomplissement du temps est venu, Dieu a envoyé son Fils, né de femme» (Gal. 4:4). Le chapitre 22 place devant nous un type de la mort et de la résurrection de Christ, l’Agneau auquel Dieu a pourvu. Au chapitre 23, la mort et l’ensevelissement de Sara parlent en figure de la mise de côté d’Israël, l’épouse terrestre, à cause de la réjection de Christ. Au chapitre 24, alors qu’Israël est mis de côté, nous avons l’appel de l’Église, l’épouse céleste, représentée par Rebecca.

Tout en cherchant à tirer profit de l’aspect typique de ces récits remarquables, veillons à ne pas ignorer leur portée morale. Si ce chapitre 22 est une magnifique présentation de l’amour de Dieu dans le don de son Fils, moralement il place devant nous, d’une manière frappante, la foi d’Abraham.

 

14.2  L’épreuve suprême

L’enseignement moral est introduit par les premiers mots : «Et il arriva, après ces choses, que Dieu éprouva Abraham». Dans le très beau chapitre de l’épître aux Hébreux qui fait passer devant nous ceux qui ont marché dans le chemin de la foi, Abraham occupe une place éminente. Il n’est pas seulement présenté comme quelqu’un ayant, par la foi, répondu à l’appel de Dieu, mais il a eu le grand privilège d’être éprouvé dans sa foi plus qu’aucun homme avant lui ou depuis lors. Dieu lui dit : «Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, et va-t’en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste». Le commentaire inspiré de l’épître aux Hébreux rapporte : «Par la foi, Abraham, étant éprouvé, a offert Isaac», celui même en qui toutes les promesses étaient concentrées et à l’égard duquel il avait été dit : «En Isaac te sera appelée une semence». Il lui était demandé d’accomplir un acte qui, à vue humaine et en se référant au bon sens, semblait rendre impossible l’accomplissement des promesses de Dieu. Mais nous apprenons qu’il agit non selon la raison, mais «par la foi… ayant estimé que Dieu pouvait le ressusciter même d’entre les morts, d’où aussi, en figure, il le reçut».

 

14.3  L’acte d’obéissance

Lorsque ses enfants lui sont repris, Job se soumet d’une manière tout à fait remarquable à ce que Dieu permettait ; il dit en effet : «L’Éternel a donné, et l’Éternel a pris». Mais la foi d’Abraham, devant une épreuve beaucoup plus douloureuse, s’élève à un niveau infiniment plus élevé. Il ne lui est pas simplement demandé de se soumettre passivement à la volonté de Dieu, mais il est appelé à perpétrer un acte contraire à la nature, déchirant pour le cœur d’un père et qui, s’il n’était pas demandé par Dieu, était un outrage aux lois de Dieu et des hommes. Mais Abraham, avec une foi donnée par Dieu, a été à la hauteur de l’épreuve. Avec une calme détermination, il se leva de bon matin, bâta son âne, prit avec lui deux de ses jeunes hommes, et Isaac, son fils, et il «s’en alla vers le lieu que Dieu lui avait dit».

Il marche pendant trois jours. Il a ainsi eu le temps et la possibilité d’entrer pleinement dans ce qu’il était appelé à faire. Pendant trois jours il eut cette terrible épreuve devant son âme. Pendant trois jours il connut l’angoisse de devoir sacrifier son fils. Cet acte ne serait pas exécuté hâtivement, sous une impulsion passagère. Abraham agissait délibérément après avoir pesé tout ce qu’il lui en coûtait. Son amour pour son fils, les sentiments d’Isaac et l’amour de celui-ci pour son père, la promesse de Dieu : «en Isaac te sera appelée une semence», tout cela a été pleinement mesuré, mais la foi triompha.

S’il y avait eu de l’incrédulité, Abraham aurait eu le temps de rebrousser chemin. Mais il persévéra dans la foi ; le troisième jour, il vit le lieu de loin et il «dit à ses jeunes hommes : Restez ici, vous, avec l’âne ; et moi et l’enfant nous irons jusque-là, et nous adorerons ; et nous reviendrons vers vous». Par la foi, estimant que Dieu pouvait le ressusciter d’entre les morts, Abraham dit avec la confiance la plus totale : «nous reviendrons».

Nous ne sommes pas éprouvés de la même manière qu’Abraham l’a été. Mais qu’il est précieux de pouvoir dire, lorsque nos bien-aimés sont repris : «Si nous croyons que Jésus mourut et qu’il est ressuscité, de même aussi, avec lui, Dieu amènera ceux qui se sont endormis par Jésus». La foi sait que si pour un temps ils nous sont repris — et qu’ils sont allés jusque-là pour adorer — ils «reviendront».

 

14.4  Père et fils

«Où est l’agneau pour l’holocauste ?» s’enquiert Isaac. Par la foi Abraham répond : «Mon fils, Dieu se pourvoira de l’agneau» ; et sans ajouter un mot ils continuent «les deux ensemble». Sans résistance, sans une plainte, Isaac se laisse lier sur l’autel. «Et Abraham étendit sa main et prit le couteau pour égorger son fils».

C’est alors qu’intervient l’Ange de l’Éternel ; il arrête la main d’Abraham et le retient de toucher son fils. La foi d’Abraham a été à la hauteur de l’épreuve et Dieu peut dire : «Maintenant je sais que tu crains Dieu, et que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique». Agissant dans la crainte de Dieu, Abraham a triomphé de toutes les appréhensions humaines et a fait ce que les hommes auraient entièrement condamné.

 

14.5  Un autre Père — un autre Fils

Si nous considérons cette scène remarquable dans sa portée typique, nous sommes placés devant la grandeur de l’amour de Dieu livrant son Fils à la mort pour nous. La parole adressée à Abraham : «Prends ton fils», nous rappelle que Dieu «n’a pas épargné son propre Fils, mais… l’a livré pour nous tous» (Rom. 8:32). Abraham est appelé à prendre son fils, son «unique». Trois fois dans ce chapitre la Parole souligne qu’Isaac est son fils «unique» (v. 2, 12, 16). Cela nous parle à nouveau de l’amour de Dieu, cet amour qui l’a conduit à donner «son Fils unique» (Jean 3:16). De plus, Dieu parlant à Abraham du fils qu’il devrait offrir en holocauste dit : «celui que tu aimes» ; cela nous rappelle que Christ est celui dont il est dit : «Le Père aime le Fils» (Jean 3:35). Il est significatif que cette première mention de l’amour dans la parole de Dieu soit en relation avec une scène qui parle de l’amour de Dieu le Père pour le Fils.

 

14.6  Obéissance parfaite

Si cette scène place devant nous l’amour de Dieu dans le don de son Fils, elle présente aussi la soumission et l’obéissance parfaites de Christ à la volonté du Père. Nous avons en tout cela une très belle image de l’obéissance parfaite de Christ à son Père, une obéissance qui l’a conduit à dire en présence de la mort : «Que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui soit faite» (Luc 22:42).

Pendant ce voyage de trois jours, Isaac porte le bois de l’holocauste, alors qu’Abraham prend dans sa main le feu et le couteau. Durant les années de son ministère, le Seigneur a toujours eu devant lui la perspective de sa mort. Sur son chemin, à chaque pas, se profilait l’ombre de la croix. Les foules pouvaient s’étonner de tout ce que Jésus faisait, mais lui savait que le Fils de l’homme allait être livré entre les mains des hommes (Luc 9:43, 44). Les disciples pouvaient le suivre à Jérusalem, avec le désir d’être les témoins de l’établissement du royaume en puissance, ainsi que de Christ régnant sur un trône de gloire, mais lui seul savait qu’il allait au-devant de la mort ignominieuse de la croix.

Pourtant, si le Seigneur a été crucifié par les hommes, le feu et le couteau, qui parlent de jugement et de mort, étaient dans les mains de Dieu. Les hommes s’imaginent qu’il est en leur pouvoir de crucifier ou de relâcher le Seigneur, mais Il déclare à Pilate : «Tu n’aurais aucun pouvoir contre moi, s’il ne t’était donné d’en haut» (Jean 19:11). Nul regard ne put sonder les ténèbres de ce moment solennel où le feu et le couteau s’abattirent sur Christ. Mais tout ce qu’il connut alors, Christ l’a accepté de la main de Dieu ; il pouvait en effet dire : «Tu m’as mis dans une fosse profonde, dans des lieux ténébreux, dans des abîmes. Ta fureur s’est appesantie sur moi, et tu m’as accablé de toutes tes vagues» (Ps. 88:6, 7).

 

14.7  Communion parfaite

Le moment vient où les «jeunes hommes» sont laissés en arrière ; Abraham et son fils unique montent seuls sur la montagne. N’avons-nous pas là cette heure solennelle de laquelle le Seigneur a dit : «Là où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant» (Jean 13:36) ? Il peut affirmer toutefois : «Celui qui m’a envoyé est avec moi ; il ne m’a pas laissé seul» (Jean 8:29). Ainsi, nous lisons à deux reprises qu’Abraham et Isaac «allaient les deux ensemble» (v. 6, 8) ; cela nous parle de la communion parfaite du Père et du Fils, présentée d’une manière si belle dans l’évangile selon Jean, alors que le Seigneur Jésus s’avançait vers la croix pour être cet holocauste par lequel Dieu sera pleinement glorifié. Le Seigneur pouvait dire : «Mon Père travaille jusqu’à maintenant, et moi je travaille» ; et encore : «Je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé». Plus tard, il dira : «je fais toujours les choses qui lui plaisent» et : «Moi et le Père, nous sommes un» (Jean 5:17, 30 ; 8:29 ; 10:30).

 

14.8  Soumission parfaite

Arrivés au lieu désigné par Dieu, Isaac est parfaitement soumis à son père. C’est Abraham qui bâtit l’autel et arrange le bois ; c’est lui qui lie Isaac son fils et le met sur l’autel, c’est lui encore qui étend sa main et prend le couteau pour égorger son fils. Nous lisons à l’égard de Christ : «Il n’a pas ouvert sa bouche. Il a été amené comme un agneau à la boucherie, et a été comme une brebis muette devant ceux qui la tondent ; et il n’a pas ouvert sa bouche... Mais il plut à l’Éternel de le meurtrir ; il l’a soumis à la souffrance» (És. 53:7-10).

 

14.9  Comparaison et contraste

Rappelons que dans tous les sacrifices, la victime était d’abord mise à mort et ensuite présentée sur l’autel. Ici, l’offrande est un type de Christ d’autant plus frappant qu’elle est liée sur l’autel avant que le couteau ne soit pris pour l’égorger.

Mais aucun type ne saurait égaler la réalité. Ici, l’Ange de l’Éternel arrête la main qui tient le couteau, et Isaac est épargné. À la croix, il n’y eut pas de main pour retenir la puissance de la mort. L’amour du Père n’épargna pas le Fils et l’amour du Fils se soumit à la volonté du Père en entrant dans la mort. Il y eut bien un ange pour fortifier le Seigneur dans le jardin de Gethsémané, mais il n’y en eut point pour le préserver du jugement à la croix.

En figure, Abraham reçoit Isaac d’entre les morts (Héb. 11:19). Mais si Isaac peut s’en aller libre, la mort doit frapper le bélier retenu au buisson par les cornes — encore un type de l’Agneau auquel Dieu a pourvu. Au cours de cette scène remarquable, Abraham fait deux déclarations prophétiques : premièrement, «Dieu se pourvoira de l’agneau pour l’holocauste» et, secondement, «En la montagne de l’Éternel il y sera pourvu». Le Seigneur a pu dire : «Abraham, votre père, a tressailli de joie de ce qu’il verrait mon jour ; et il l’a vu, et s’est réjoui» (Jean 8:56).

Dieu renouvelle ses promesses à Abraham sur le fondement d’un sacrifice, et confirme sa promesse de bénédiction pour toutes les nations de la terre dans la semence ressuscitée. Or par l’épître aux Galates, nous savons que la semence, c’est Christ ; car, dit l’apôtre, «c’est à Abraham que les promesses ont été faites, et à sa semence. Il ne dit pas : «et aux semences», comme parlant de plusieurs ; mais comme parlant d’un seul : — «et à ta semence», qui est Christ» (Gal. 3:16).

La généalogie contenue dans les derniers versets semble être donnée ici à dessein pour introduire Rebecca, celle qui représente d’une manière si belle l’épouse céleste de Christ.

 

15    La mort de Sara (Gen. 23)

Dans le chapitre 23 nous avons le récit de la mort de Sara et de son ensevelissement. Comme si souvent dans ces récits de l’Ancien Testament, les faits rapportés ont une signification à la fois typique et morale. Il ne s’agit pas là d’une conclusion fantaisiste : la double interprétation que nous donne le Nouveau Testament de ces événements en est la preuve.

 

15.1  Une allégorie

Dans l’épître aux Galates, l’apôtre nous expose la signification allégorique d’Agar et de Sara. Agar et son fils représentent la loi et ceux qui cherchent la bénédiction sous la loi ; tandis que Sara et ses enfants parlent des promesses inconditionnelles de Dieu et de ceux qui sont bénis en vertu de la grâce souveraine (Gal. 4:21-26). Le peuple d’Israël, après s’être placé sous la loi, chercha à obtenir la bénédiction par ses propres efforts ; le seul résultat auquel il parvint fut la manifestation des œuvres mauvaises de la chair, et le rejet de Christ qui lui était présenté en grâce et par qui il aurait pu obtenir la bénédiction sur le terrain des promesses faites à Abraham. S’adressant à la nation après la mort et la résurrection de Christ, Pierre peut dire : «Vous, vous êtes les fils des prophètes et de l’alliance que Dieu a établie avec vos pères, disant à Abraham : «Et en ta semence seront bénies toutes les familles de la terre». À vous premièrement, Dieu, ayant suscité son serviteur, l’a envoyé pour vous bénir, en détournant chacun de vous de vos méchancetés» (Actes 3:25, 26). La nation a rejeté cette offre de grâce et, par conséquent, le peuple terrestre de Dieu est mis de côté pour le temps présent.

 

15.2  L’épouse terrestre de Christ

La mort de Sara à la suite du sacrifice d’Isaac paraît bien indiquer cette mise de côté d’Israël, conséquence du fait que la nation a rejeté la grâce qui lui était offerte sur le fondement de la mort et de la résurrection de Christ. Sara, type de l’épouse terrestre de Christ, disparaît de la scène, et Rebecca, type de l’épouse céleste, y fait son entrée.

 

15.3  Une déclaration claire

Telle semble bien être la signification typique de la mort et de l’ensevelissement de Sara. Mais l’épître aux Hébreux place devant nous d’une façon très explicite le sens moral de ces récits. Nous y apprenons que ces saints d’autrefois ont non seulement vécu par la foi, mais que «tous... sont morts dans la foi, n’ayant pas reçu les choses promises, mais les ayant vues de loin et saluées, ayant confessé qu’ils étaient étrangers et forains sur la terre. Car ceux qui disent de telles choses montrent clairement qu’ils recherchent une patrie» (Héb. 11:13, 14).

Là donc, nous voyons la foi d’Abraham en présence de la mort, confessant qu’il n’est qu’étranger et forain, manifestant clairement, par ses actes, son caractère de pèlerin devant le monde.

 

15.4  L’espérance de la foi

Par la foi en la parole de l’Éternel, Abraham avait reçu Isaac, quand bien même il était hors d’âge, concernant son propre corps. Par la foi, il avait offert Isaac, obéissant à la parole de l’Éternel, estimant que Dieu pouvait ressusciter son fils même d’entre les morts. Par la foi encore, il enterre maintenant Sara dans l’espérance sûre et certaine de la résurrection. Par la foi, il était monté sur la montagne de Morija pour offrir son fils. Par la même foi il acquiert la caverne de Macpéla pour ensevelir sa femme. Le moment est venu pour lui d’enterrer son mort de devant lui, mais par la foi, il sait que sa bien-aimée ressuscitera et aura sa part dans cette patrie meilleure et céleste que sa foi attendait.

 

15.5  Le Dieu de résurrection

Dieu s’était révélé à Abraham comme le Tout-Puissant et comme le Dieu de résurrection ; il lui avait donné le pays dans lequel il avait séjourné comme un étranger — tout le pays de Canaan — en possession perpétuelle (chap. 17:8). Tout lui appartenait par promesse, mais il n’en avait pas encore la jouissance. Par la foi dans la promesse de Dieu, il veilla à ce que le corps de Sara repose dans le Pays promis. Elle avait vécu dans le pays de Canaan avec Abraham comme étrangère et foraine ; elle est morte «dans le pays de Canaan» ; elle a été enterrée «dans le pays de Canaan» (v. 2, 19). Plus tard, dans la même foi, les fils d’Isaac enterreront leur père à Hébron, dans le pays de Canaan (Gen. 35:27-29). Par la foi encore, le moment venu, bien qu’il soit mort en Égypte, Jacob sera enterré par ses fils dans le pays de Canaan, dans la caverne de Macpéla (Gen. 50:13). Par la même précieuse foi, Joseph, à sa mort, fit jurer les fils d’Israël de faire monter ses os d’Égypte dans le pays de Canaan (Gen. 50:25, 26 ; Ex. 13:19).

 

15.6  Une affliction selon Dieu

Toutefois, si dans ces scènes nous avons des exemples lumineux de la foi d’un élu de Dieu en présence de la mort, nous apprenons aussi que la foi ne met pas de côté les affections naturelles. C’est ainsi que nous lisons : «Abraham vint pour mener deuil sur Sara, et pour la pleurer» (v. 2). Par la foi nous avons la pleine assurance que nos bien-aimés, morts dans le Seigneur, ressusciteront, et que pour eux la mort est un gain ; néanmoins il est légitime que nous menions deuil et que nous ressentions leur perte. L’espérance sûre et ferme de la résurrection est là pour nous rappeler, selon les termes de l’apôtre, que nous ne devons pas être affligés comme ceux qui n’ont pas d’espérance. Mais nulle part il n’est dit que nous ne devons pas mener deuil. Personne ne connaissait mieux la puissance de la résurrection que Celui qui est lui-même la résurrection et la vie, et pourtant, Jésus pleura au sépulcre de Lazare.

 

15.7  Une promesse accomplie

De plus, nous voyons que même en présence de la mort Abraham agit comme il convient à un étranger et à un pèlerin. Il confesse devant les fils de Heth : «Je suis étranger, habitant parmi vous». Comme tel, il gagne le respect du monde ; les fils de Heth lui répondent en effet : «Tu es un prince de Dieu au milieu de nous» (v. 6). Quel contraste frappant avec le pauvre Lot, le croyant qui a abandonné son caractère de pèlerin pour habiter à Sodome. Et le monde l’a traité avec un mépris bien mérité, puisqu’au jour où il s’est trouvé en difficulté, les hommes de la ville dirent : «Retire-toi ! ... Cet individu est venu pour séjourner ici, et il veut faire le juge !» (chap. 19:9). Soixante années auparavant, Dieu avait dit à Abraham que s’il répondait à l’appel de Dieu et se tenait séparé pour lui, entre autres choses, Il rendrait son nom grand (chap. 12:2). Nous avons ici l’accomplissement de cette parole. Le monde est amené à confesser que cet homme séparé est «un prince de Dieu». Le pauvre Lot qui avait cherché à s’élever dans le monde, comme juge à la porte, doit se retirer devant le mépris des hommes.

 

15.8  Un esprit humble

Mais Abraham ne se prévaut pas du grand respect que le monde lui voue pour s’élever. Il ne parle pas de ses dignités, ni de son appel céleste ou des gloires qui sont devant lui. Lorsque le Seigneur était ici-bas et que le monde indifférent voulut le faire roi, il s’effaça et se retira sur la montagne, tout seul (Jean 6:15). Dans le même esprit, Abraham refuse de se glorifier. Il n’attend pas du monde une vénération comme celle offerte à un grand prince ; il est plutôt caractérisé par l’humilité d’esprit ; à deux reprises en effet nous lisons qu’il «se prosterna devant le peuple du pays» (v. 7-12).

 

15.9  Un caractère droit

Le monde, dans sa bonté, veut donner gratuitement à Abraham un lieu de sépulture. Fidèle à son caractère de pèlerin, Abraham refuse d’être un prince qui reçoit des dons ; il se satisfait d’être l’étranger qui paie pour ses besoins. Il a refusé de tirer profit des hommages du monde pour s’élever à ses propres yeux, et il ne permettra pas à la bonté du monde de le détourner de sa marche comme étranger. De même que précédemment il n’avait pas accepté les dons du roi de Sodome, il décline maintenant ceux des fils de Heth. Il achète le champ pour y enterrer son mort et, comme il convient à un étranger dans toutes ses transactions avec le monde, il agit avec la plus grande droiture et paie «quatre cents sicles d’argent ayant cours entre les marchands».

En tout cela, nous voyons qu’Abraham, en son temps, était quelqu’un qui invoquait le Seigneur d’un cœur pur et qui poursuivait la justice, la foi, l’amour et la paix.

 

16    L’appel de Rebecca (Gen. 24)

Dans le sacrifice d’Isaac, rapporté au chapitre 22, nous ne pouvons manquer de discerner un type frappant de la mort et de la résurrection de Christ. Au chapitre 23, la mort et l’enterrement de Sara préfigurent la mise de côté d’Israël. Le peuple terrestre de Dieu est écarté, en conséquence du rejet de Christ. Dans notre chapitre, nous avons une très belle image de l’appel de l’Église, appel qui a lieu pendant la période de la mise de côté d’Israël.

 

16.1  Trois grandes vérités

Nous savons qu’après sa mort et sa résurrection, Christ a été élevé dans la gloire et a pris place à la droite de Dieu. Puis il y eut cet événement remarquable : la venue du Saint Esprit, une Personne divine, pour habiter avec les croyants et en eux, sur la terre. Ces trois grandes vérités caractérisent le jour dans lequel nous vivons : premièrement, il y a un Homme dans la gloire : Jésus Christ ; deuxièmement, il y a une Personne divine sur la terre : le Saint Esprit ; troisièmement, le Saint Esprit est venu pour constituer l’Église, pour la guider à travers ce monde et pour la présenter à Christ dans la gloire.

 

16.2  Une vue d’ensemble

Ce sont ces grandes vérités que le chapitre 24 de la Genèse place devant nous en figure. L’immense importance de ce chapitre réside dans le fait qu’il présente, dans un tableau, le rôle de chacune des personnes de la Déité pendant la période actuelle. En regardant autour de nous, nous constatons la méchanceté croissante du monde, de même que la faiblesse et les manquements toujours plus grands du peuple de Dieu. La vue de toute cette confusion a bien de quoi nous affliger et nous décourager. Mais lorsque nous considérons le tableau présenté dans ce chapitre, nous avons une vue d’ensemble de ce que Dieu fait pour la réalisation de ses propres desseins. D’autres passages mettent en évidence la foi et aussi les manquements des croyants pour nous encourager et nous avertir ; mais ici la Parole nous présente dans toute sa beauté ce que Dieu opère pour la gloire de Christ en dépit de toute influence adverse, qu’elle soit de nous-mêmes, du monde ou du diable. Au milieu de cette scène troublée, notre âme restera paisible, assurée que Dieu accomplira sûrement tout ce qu’il s’est proposé. Nous aurons de plus l’intelligence des pensées de Dieu et nous ne serons pas déçus par de faux espoirs. Et nous ne serons pas tentés de dépenser notre énergie pour toutes sortes d’activités qui, bien qu’elles aient en vue les intérêts du monde, sont entièrement étrangères aux pensées de Dieu.

Au cours du récit, trois sujets principaux sont placés devant nous : premièrement, les directives d’Abraham à son serviteur (v. 1-9) ; deuxièmement, la mission du serviteur en Mésopotamie (v10-61) ; troisièmement, la rencontre entre Isaac et Rebecca dans le pays de Canaan (v. 62-67).

 

16.3  Le propos du Père

Les directives d’Abraham présentent d’une manière très belle les conseils de Dieu le Père à l’égard du Fils, et ce que Dieu fait aujourd’hui dans le monde par le Saint Esprit pour l’accomplissement de ses conseils.

Nous apprenons d’abord quel était le grand objet de la mission du serviteur. Abraham dit : «Tu prendras une femme pour mon fils». Le serviteur était envoyé en Mésopotamie dans ce seul but. Sa mission serait accomplie lorsqu’il aurait trouvé une épouse pour Isaac et la lui aurait amenée. La tâche du serviteur ne consistait en aucun cas à se mêler des intérêts politiques ou sociaux de la Mésopotamie. Le Saint Esprit n’est pas ici-bas pour améliorer ou réformer le monde, ni pour apporter la paix aux nations, et pas davantage pour convertir le monde. Il n’a pas été envoyé pour redresser les torts faits aux pauvres, ou pour faire cesser l’oppression. Il n’est pas chargé non plus de soulager les maladies, les besoins et la misère qui affectent l’homme.

Il y a bien un Homme qui, au temps convenable, apportera la paix et la bénédiction au monde ; celui qui a vécu ici-bas et a manifesté qu’il avait la puissance et la grâce de délivrer l’homme de toute détresse. Hélas ! nous l’avons cloué à une croix et il s’en est allé ; et la misère du monde demeure. Toutefois il reviendra pour apporter la bénédiction ; mais en attendant, Jésus est dans la gloire et le Saint Esprit est ici-bas pour former une épouse pour Christ — le peuple céleste — et la conduire à Christ dans la gloire.

La chrétienté, hélas ! a si peu compris la pensée de Dieu qu’elle considère le christianisme comme un simple système religieux destiné à rendre l’homme meilleur et à l’élever afin de faire du monde, selon ses propres termes, un lieu plus beau et plus heureux. Si c’est tout ce que les hommes discernent dans le christianisme, il n’est pas étonnant qu’ils s’en détournent, car il est évident qu’après plus de dix-neuf siècles l’état du monde ne s’est pas amélioré, mais a plutôt empiré ; il est rempli aujourd’hui d’une violence toujours plus grande et de corruption, et les cœurs des hommes sont saisis de crainte à cause des événements futurs qui viendront sur la terre.

Certes, dans sa providence, Dieu veille sur ses faibles créatures ; il peut refréner la méchanceté des hommes, et il le fait. Là où la vérité est reçue, il y aura sans aucun doute une certaine amélioration dans les circonstances terrestres. Mais, si nous nous laissons enseigner par la parole de Dieu, nous verrons que le Saint Esprit est ici-bas pour retirer du monde un peuple pour Christ dans la gloire.

Abraham dit ensuite à son serviteur : «Tu ne prendras pas de femme pour mon fils d’entre les filles des Cananéens.» Il précise qu’elle doit être de «ma parenté». Les Cananéens étaient sous la malédiction et destinés au jugement. Il ne peut y avoir aucun lien entre Christ dans la gloire et un monde sous le jugement. La femme d’Isaac ne devait pas être une étrangère ; elle devait appartenir à la famille d’Abraham. De même l’Église est formée non pas d’inconvertis, ni d’un mélange de croyants et d’incrédules, mais de la famille de la foi tout entière.

Le serviteur est encore prévenu qu’il ne doit en aucun cas faire retourner Isaac en Mésopotamie. Pendant que le serviteur était en Mésopotamie, Isaac était en Canaan, et il n’y avait aucun lien entre Isaac et les habitants de Mésopotamie. De même, aujourd’hui il n’y a aucun lien direct entre Christ dans la gloire et le monde comme tel. Pour ne pas avoir vu cela, les efforts de la chrétienté et de nombreux chrétiens sincères tendent à faire précisément ce que le serviteur est averti à deux reprises de ne pas faire. On cherche de toutes sortes de manières à ramener Christ vers le monde et à attacher son nom à des projets de bienfaisance qui visent à réformer et à améliorer celui-ci. De tels efforts n’ont rien à voir avec l’œuvre du Saint Esprit, qui est ici-bas non pas pour ramener Christ vers le monde, mais pour retirer du monde un peuple pour Christ. Il est vrai qu’un jour Christ reviendra dans le monde ; mais n’oublions pas que la dernière fois qu’il a été vu du monde, c’est quand les hommes l’ont cloué sur la croix. Ils le verront à nouveau, lorsqu’il apparaîtra «en flammes de feu, exerçant la vengeance contre ceux qui ne connaissent pas Dieu, et contre ceux qui n’obéissent pas à l’évangile de notre Seigneur Jésus Christ» (2 Thess. 1:7-9).

Le serviteur apprend enfin que l’ange de Dieu irait devant lui. Les anges sont «des esprits administrateurs envoyés pour servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut». Leur service, semble-t-il, a toujours un caractère providentiel et protecteur. Le Saint Esprit s’occupe des âmes, tandis que les anges paraissent agir en relation avec les circonstances. Un ange pouvait indiquer à Philippe le chemin à prendre ; mais c’est l’Esprit qui le dirigea à s’occuper d’une âme (Actes 8:26, 29).

 

16.4  La mission du serviteur

Cette partie du récit est riche en instruction pour notre âme ; en effet, elle présente en type, non seulement le but de la venue du Saint Esprit, mais aussi sa manière d’y parvenir.

Le serviteur se rend en Mésopotamie avec tout ce qui était nécessaire à l’accomplissement de sa mission. Nous lisons : «Or il avait tout le bien de son maître sous sa main». Cela nous rappelle que le Saint Esprit est venu pour nous enseigner «toutes choses», pour nous conduire dans «toute la vérité», et pour nous montrer «tout ce qu’a le Père» (Jean 14:26 ; 16:13-15).

L’œuvre du serviteur en Mésopotamie a un quadruple caractère. Premièrement, il trouve l’épouse destinée à Isaac (v. 10-21) ; deuxièmement, l’ayant trouvée, il la distingue de toute autre (v. 22) ; troisièmement, il détache le cœur de la jeune fille de la Mésopotamie et lie ses affections à Isaac (v. 23-53) ; enfin, il la conduit au travers du désert jusqu’à Isaac (v. 54-61).

 

16.5  L’épouse trouvée

Premièrement donc, nous apprenons par la prière du serviteur le grand but de sa mission. Il ne prie pas pour les hommes de la ville, ni pour leurs filles ; il n’a qu’un seul objet devant lui : trouver celle qui était destinée à Isaac. Le Saint Esprit est venu non pas pour convertir le monde, mais pour manifester l’élue de Dieu, l’épouse destinée à Christ.

De plus, nous voyons que le signe qui permettra d’identifier infailliblement l’épouse élue, c’est la grâce. Le serviteur demande : «Qu’il arrive donc que la jeune fille à laquelle je dirai : Abaisse ta cruche, je te prie, afin que je boive, et qui dira : Bois, et j’abreuverai aussi tes chameaux, soit celle que tu as destinée à ton serviteur, à Isaac». Ces paroles montrent clairement que le serviteur avait été envoyé non pas pour choisir une épouse pour Isaac parmi les filles des hommes, mais pour trouver celle qui lui était destinée (v. 14), et que la grâce caractériserait la jeune fille.

Sa prière est exaucée, car lorsque Rebecca paraît et répond aux questions du serviteur, elle accède à sa demande et dit : «Je puiserai aussi pour tes chameaux». Tout ceci nous rappelle l’Esprit agissant en grâce en ceux qui sont «élus selon la préconnaissance de Dieu le Père, en sainteté de l’Esprit» (1 Pierre 1:2).

 

16.6  L’épouse parée

Deuxièmement, lorsqu’il a trouvé l’épouse que Dieu destinait à Isaac, le serviteur ne se contente pas d’une œuvre de grâce qu’il peut admirer, mais il distingue publiquement la jeune fille de toutes les autres en la parant d’un anneau d’or et de bracelets d’or que chacun pouvait voir. Le Saint Esprit n’est pas ici-bas seulement pour produire une œuvre de grâce dans le croyant ; mais celui-ci ayant été scellé de l’Esprit, il faut encore que du fruit soit vu : l’amour, la joie, la paix, la longanimité, la bienveillance, la bonté, la fidélité, la douceur, la tempérance. Ces joyaux précieux seront en témoignage à d’autres et distingueront le croyant du monde qui l’environne.

 

16.7  L’accueil

Troisièmement, nous voyons le serviteur s’appliquer à lier les affections de Rebecca à Isaac. Nous avons là de nouveau en figure l’œuvre de l’Esprit par laquelle les croyants sont fortifiés quant à l’homme intérieur, afin que Christ habite par la foi dans leur cœur. Cette partie de l’œuvre du serviteur est introduite par la question : «Y a-t-il pour nous, dans la maison de ton père, un lieu pour y loger ?» D’une façon très belle, cette fois encore, la réponse de Rebecca va au-delà de la requête du serviteur. Il demande seulement «un lieu pour y loger» ; elle dit qu’il y a «du fourrage en abondance» comme aussi le logement (v. 25). Laban même peut dire au serviteur : «Entre, béni de l’Éternel». Et alors nous lisons que «l’homme entra dans la maison» (v. 31, 32). Le Saint Esprit est venu pour prendre ce qui est à Christ et nous l’annoncer (Jean 16:14). Mais nous pouvons bien nous poser cette question importante : «Y a-t-il... un lieu pour y loger ?» Sommes-nous prêts, nous-mêmes, à laisser le Saint Esprit habiter en nous ? La chair et l’Esprit sont opposés l’un à l’autre (Gal. 5:17). Nous ne pouvons recevoir les communications de l’Esprit si nous servons la chair. Donner la place à l’Esprit et être occupés des choses de la chair est impossible. Sommes-nous prêts à agir sans complaisance envers la chair, pour ce qui concerne la terre, afin de permettre à l’Esprit de demeurer en nous et de nous conduire dans les choses profondes et éternelles de Dieu ? Préparons-nous une place et des provisions pour l’Esprit ? Dans la maison de Bethuel, il y avait un logement et du fourrage pour le serviteur d’Abraham ; le serviteur peut alors parler d’Isaac, pour engager les affections de Rebecca envers Isaac et la conduire vers lui.

 

16.8  L’épouse gagnée

Ayant reçu un accueil chaleureux dans cette maison, le serviteur parle aussitôt d’Isaac. En dévoilant les pensées d’Abraham à l’égard de son fils, il prend de ce qui est à Isaac et le présente à Rebecca. Évoquant la richesse de son maître, il montre que tout appartient à Isaac : «Il lui a donné tout ce qu’il a». N’est-ce pas ce que le Seigneur lui-même nous dit ? «Tout ce qu’a le Père est à moi», et il ajoute que l’Esprit prendrait de ce qui est à lui pour nous l’annoncer (Jean 16:15).

 

16.9  La réponse

Le serviteur a parlé d’Isaac et du désir d’Abraham pour la bénédiction de son fils ; il s’arrête maintenant pour voir l’effet produit par son message. Est-ce que l’Esprit n’agit pas de la même manière envers nous ? N’attend-il pas de voir si nous sommes sensibles aux révélations qu’il nous fait de Christ avant de rendre ouvertement témoignage à sa Personne ? Dans la scène placée devant nous, la réponse est immédiate, aussi «le serviteur sortit des objets d’argent et des objets d’or, et des vêtements, et les donna à Rebecca». De même, si nous répondons aux révélations de l’Esprit concernant Christ, ne fera-t-il pas de nous les témoins de l’amour rédempteur — les bijoux d’argent, de la justice divine — les bijoux d’or, et de la sanctification pratique — les vêtements ?

 

16.10 Une ferme décision

Enfin, ayant lié les affections de Rebecca à Isaac, le serviteur a encore une grande tâche à accomplir : amener Rebecca à Isaac. Il dit : «Renvoyez-moi à mon seigneur». Il était venu pour chercher une épouse ; il l’a trouvée et veut repartir. Son but n’était pas de trouver une épouse pour la laisser dans son ancienne demeure, mais pour la conduire dans un nouveau foyer.

La famille de Rebecca voudrait retenir la jeune fille au moins dix jours. Le désir du serviteur est de s’en aller, et il forme en Rebecca la même pensée par le récit qu’il donne concernant Isaac. Si nous ne faisons pas obstacle à l’action du Saint Esprit en nous, si nous ne l’éteignons pas, il formera notre esprit selon le sien, nous amenant à avoir les mêmes pensées que lui à l’égard de Christ, détachant nos cœurs des choses où Christ ne se trouve pas et engageant nos affections envers Christ là où il est. Trop souvent nous empêchons l’Esprit d’agir parce que nous restons attachés au monde, à sa politique, à ses plaisirs et à sa religion ! Mais le monde ne peut pas nous retenir si nos cœurs sont tournés vers Christ dans la gloire. Le frère et la mère de Rebecca peuvent bien chercher à la retenir, mais c’est à elle qu’il appartient de décider. Ils disent : «Appelons la jeune fille, et entendons-la». Ainsi, la grande question qu’ils posent à Rebecca est celle-ci : «Iras-tu avec cet homme ?» C’est encore la question pour chacun de nous. Reconnaissons-nous la présence du Saint Esprit, et sommes-nous prêts à suivre sa direction quoi qu’il en coûte ?

La chrétienté a presque totalement méconnu la présence de l’Esprit, et alors une profession sans foi réelle s’est établie dans le monde qui a rejeté Christ, un monde dont Christ est absent. Puisse notre cœur être tellement attaché à Christ dans la gloire que nous puissions nous écrier comme Rebecca autrefois : «J’irai» !

 

16.11 Un chemin suivi

La décision de la jeune fille a un résultat immédiat : ils «firent partir Rebecca, leur sœur, et sa nourrice, et le serviteur d’Abraham et ses gens». Si nous manifestons notre volonté d’oublier les choses qui sont derrière et de tendre vers celles lui sont célestes, non seulement nous montrons que nous renonçons au monde, mais nous verrons celui-ci nous abandonner ; nous serons renvoyés.

Nous lisons ensuite que «Rebecca se leva, et ses filles ; et elles… s’en allèrent après l’homme. Et le serviteur prit Rebecca, et s’en alla». Que de fois les croyants qui ont accepté avec bonheur le plan de salut de Dieu, aimeraient bien suivre leur propre chemin pour aller au ciel. Nous devrions être désireux de connaître Son chemin et nous laisser conduire par Lui. Suivre l’Esprit, ce n’est pas suivre quelque lumière intérieure, comme on entend dire, mais c’est toujours marcher conformément à la parole de Dieu ; et l’Esprit, par elle, conduira toujours à Christ.

Ainsi Rebecca, s’en allant après l’homme, commence sa marche dans le désert. Pour le moment, elle n’a ni la maison de Laban ni celle d’Isaac. Pareillement, si nous nous laissons guider par l’Esprit, nous constaterons, comme un autre l’a exprimé, que «nous n’avons ni la terre sur laquelle nous vivons, ni le ciel vers lequel nous allons». Toutefois pendant ce long trajet de plus de 6000 km dans le désert, Rebecca a devant elle une heureuse perspective : au bout du voyage, Isaac, celui auquel son cœur s’est attaché, est prêt à l’accueillir. Dans le même esprit l’apôtre Paul, qui désirait être avec Christ dans la gloire au terme de son pèlerinage, pouvait dire : «Je fais une chose : oubliant les choses qui sont derrière et tendant avec effort vers celles qui sont devant, je cours droit au but pour le prix de l’appel céleste de Dieu dans le Christ Jésus» (Phil. 3:13, 14).

 

16.12 Le but atteint

Tout au long de sa mission en Mésopotamie, le serviteur avait devant les yeux ce grand jour où l’épouse, après avoir traversé le désert sous sa direction, serait présentée à Isaac. Dans toutes ces scènes, Isaac n’a eu aucune part active et il n’a pas quitté le pays de Canaan. Tout reposait entre les mains du serviteur. Pourtant Isaac était loin d’être indifférent à la mission de celui-ci et à l’arrivée de l’épouse. À l’approche du soir, il vient du puits de Lakhaï-roï à la rencontre de l’épouse. La signification que l’on prête au nom du puits est très belle : le «puits du Vivant qui se révèle». Si elle est exacte, elle suggérerait la vérité incontestable que pendant tout notre pèlerinage terrestre, nous sommes sous le regard de Celui qui est vivant et qui se révèle. Comme le dit l’apôtre : «Il peut sauver entièrement ceux qui s’approchent de Dieu par lui, étant toujours vivant pour intercéder pour eux» (Héb. 7:25).

 

16.13 L’arrivée

Nous voyons enfin Isaac, sortant pour venir à la rencontre de l’épouse, car Rebecca demande : «Qui est cet homme qui marche dans les champs à notre rencontre ?» L’image présente Isaac comme quelqu’un qui attend son épouse et la désire. Nos affections pour Christ sont souvent faibles, mais Lui attend et désire le moment où son épouse lui sera présentée. Avant de s’en aller, il a pu dire à ses disciples : «Si je m’en vais… je reviendrai, et je vous prendrai auprès de moi ; afin que là où moi je suis, vous, vous soyez aussi» (Jean 14:3).

 

16.14 Le mariage

Lorsque enfin Rebecca voit Isaac, «elle prit son voile et se couvrit». Le mariage suit immédiatement ; nous lisons qu’Isaac «prit Rebecca, et elle fut sa femme, et il l’aima». De même, à la fin de notre pèlerinage terrestre, lorsque le Saint Esprit aura achevé sa grande œuvre et que, pour la première fois, nous verrons le Seigneur Jésus face à face — lorsqu’il nous prendra auprès de lui — alors enfin, ces paroles merveilleuses auront leur accomplissement : «Les noces de l’Agneau sont venues ; et sa femme s’est préparée».

Quand la création fut achevée, Ève est présentée à Adam comme étant son épouse, le premier type du grand mystère caché en Dieu dès le commencement du monde ; ce mystère parle du propos éternel de Dieu d’acquérir une épouse pour son Fils. Au cours des siècles et des diverses dispensations, Dieu a toujours eu en vue le grand jour des noces de l’Agneau. Le peuple de Dieu est tombé et a failli, dans chaque dispensation ; le monde, toujours plus violent et corrompu, tente le peuple de Dieu et remporte souvent la victoire ; le diable présente et établit la fausse épouse qui s’enivre du sang des saints. Pourtant, malgré la ruine du peuple de Dieu, les efforts du diable et les tentations du monde, Dieu n’abandonne jamais son propos d’acquérir une épouse pour son Fils. Avant que ne se ferme le Livre de Dieu, il nous est accordé de voir en vision le grand jour des noces de l’Agneau ; et tout à la fin, nous avons une présentation magnifique de Jésus attendant son épouse, et de l’épouse, dans l’attitude qui lui convient, sous la conduite de l’Esprit, attendant la venue de Jésus. «L’Esprit et l’épouse disent : Viens». Il répond : «Oui, je viens bientôt», et l’épouse dit : «Amen ; viens, Seigneur Jésus !»

 

16.15 Encouragement pour nous

Que de déceptions ne nous épargnerions-nous pas si, dans tout service, nous gardions devant nous le grand but que l’Esprit de Dieu a toujours devant lui : la présentation de l’Église à Christ, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, au jour des noces de l’Agneau. Trop souvent notre vision et notre service se limitent à une petite localité et aux jours où nous vivons ; et lorsque tout semble échouer sur le plan local et général, nous sommes découragés et désappointés. Alors que si notre but premier était d’amener des âmes à Christ en vue des noces de l’Agneau, nous ne nous laisserions pas abattre, malgré les peines et les échecs rencontrés dans le chemin. Il n’y aura ni cœurs brisés ni regrets ni déceptions quand nous entendrons «comme une voix d’une foule nombreuse, et comme une voix de grandes eaux, et comme une voix de forts tonnerres, disant... Réjouissons-nous et tressaillons de joie, et donnons-lui gloire ; car les noces de l’Agneau sont venues». Continuons donc notre chemin malgré les peines, les épreuves, la faiblesse et l’opposition sous toutes ses formes, sachant que le but est le grand jour des noces de l’Agneau.

L’enseignement typique de ces chapitres se termine par la mention des enfants que Ketura donna à Abraham (chap. 25:1-6). Ces enfants, qui sont à l’origine de plusieurs nations orientales, reçoivent des «dons», et ainsi ont part à la bénédiction en raison de leur lien de parenté avec Abraham. Toutefois la place d’Isaac est en contraste absolu avec celle des autres fils d’Abraham. À eux, il fait des dons ; à Isaac, il donne tout ce qui lui appartient.

Cela ne nous présente-t-il pas l’importante vérité que Christ, ressuscité d’entre les morts, est l’héritier de toutes choses, et qu’après avoir reçu son épouse céleste, il prendra possession de son héritage terrestre en relation avec Israël restauré, les nations de la terre ayant, elles aussi, part à la bénédiction.

L’histoire si instructive d’Abraham se termine par le bref récit de sa mort paisible «dans une bonne vieillesse» et une évocation de son enterrement par ses fils Isaac et Ismaël dans la caverne de Macpéla. Ainsi, en contraste avec le pauvre Lot, Abraham finit son pèlerinage terrestre entouré du respect et des honneurs dus à celui qui était «l’ami de Dieu» et «le père de tous ceux qui croient».