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Le  PREMIER  AMOUR,

 

 

l’AMOUR  FRATERNEL  et  la  VÉRITÉ

 

par Henri Rossier

 

Note Bibliquest : les sous-titres sont de Bibliquest

Table des matières :

1     Libre action du Saint Esprit dans l’évangélisation

2     Pas seulement l’évangélisation

3     À quel groupement de chrétiens se joindre ?

4     Ruine de l’Église et unité du corps de Christ

5     Amour fraternel et premier amour

6     Caractères de l’amour fraternel

6.1      Amour fraternel et amour de Christ

6.2      Amour fraternel et obéissance aux commandements de Dieu

6.3      Amour fraternel inséparable de la vérité

7     Conclusion

 

1                    Libre action du Saint Esprit dans l’évangélisation

Ceux qui ont à coeur le témoignage de notre Seigneur Jésus Christ constatent avec joie et actions de grâces le mouvement considérable qui s’est produit dans ces dernières années (*), pour la propagation de l’Évangile. Le trait caractéristique de ce mouvement ne date que de cent ans environ. Actuellement un très grand nombre d’évangélistes reconnaissent la libre action de l’Esprit de Dieu, en dehors de toutes les prétentions cléricales qui jusqu’alors avaient entravé cette oeuvre.

(*) Traité écrit en 1914.

Depuis les premiers jours où cette liberté de l’Esprit n’était reconnue, proclamée et pratiquée que par quelques-uns, elle a fait du chemin ; elle n’est plus combattue, ni désapprouvée, surtout en pays protestant. Cependant le système clérical prévaut encore en une large mesure dans les missions protestantes en pays païen.

2                    Pas seulement l’évangélisation

Bientôt pourtant, tout esprit sérieux engagé dans l’oeuvre bénie de l’évangélisation se rend compte que sauver des âmes n’est pas le seul but des ouvriers du Seigneur. Les nouveaux convertis sont sans armes et sans défense contre l’Ennemi, comme des enfants qui viennent de naître. Quand le Seigneur, par la conversion, les a sortis du monde, ce dernier fera tous ses efforts pour mettre de nouveau la main sur eux ; et d’autre part, les systèmes religieux dans lesquels beaucoup d’entre eux sont nés ou ont été convertis, et qui de fait ne sont autre chose que le monde déguisé sous le vêtement respectable de la profession chrétienne, — ces systèmes les retiennent par mille liens d’habitude, de parenté, de société, et souvent par l’édification qu’ils y ont trouvée. Devant les dangers que courent ces âmes jeunes encore dans la foi, ceux qui ont réellement à coeur les brebis du Seigneur sentent le besoin de les mettre à l’abri au sein de la famille de Dieu, et de leur faire comprendre la vraie place que tout chrétien doit occuper dans l’Assemblée, corps de Christ ici-bas.

3                    À quel groupement de chrétiens se joindre ?

Lorsque ces jeunes âmes ont conscience des dangers qu’elles courent, nous les entendons souvent, après la première joie du salut, se poser ces questions angoissantes: «Que dois-je faire ? vers qui me tourner ? Dois-je, comme on me le conseille, demeurer dans le milieu où j’ai été converti, catholique ou protestant ? sinon, à qui me joindrai-je ?» Il est facile de leur répondre comme Abraham à Éliézer: «Tu iras dans mon pays et vers ma parenté». Garde-toi de faire retourner mon fils dans le pays d’où je suis sorti (Gen. 24). C’est-à-dire: ne retourne pas au monde dont Dieu t’a tiré, recherche la famille de Dieu. Mais, avec cette parole, la difficulté est loin d’être aplanie. Comme l’Esprit de Dieu ne s’est pas borné de nos jours à élargir les barrières cléricales qui entravaient l’évangélisation, mais, en beaucoup d’endroits, les a renversées, de même il lui a plu de réveiller, un peu partout, les coeurs des enfants de Dieu, pour les engager à se réunir uniquement comme croyants et non sur le pied d’une vaine profession. L’âme sérieuse éclairée sur ce point sent qu’elle ne peut pas rester associée avec une profession sans vie, et cherche des associations d’enfants de Dieu réunis par une commune foi. Elle en trouve de tous côtés, mais constate avec tristesse que ces associations chrétiennes sont séparées les unes des autres. À laquelle se joindre ? L’âme constate alors que la qualité d’enfant de Dieu ne suffit pas à ces associations, mais que chacune d’entre elles est établie à côté de cela sur d’autres principes qui en font des corps ou des corporations différenciés des autres, ainsi des baptistes, des méthodistes, etc., etc. Elle soupire après un guide sûr pour la conduire à travers ce dédale. La parole de Dieu devient pour elle ce guide incontestable. Cette parole met en lumière tout ce qui, dans ces diverses associations, répond ou ne répond pas à la pensée de Dieu, et le croyant guidé par le Saint Esprit ne tarde pas à le discerner.

Le désir sincère d’obéir à la pensée de Dieu, révélée dans sa parole, empêche donc le croyant de se joindre à ces diverses dénominations. Il a trouvé dans les Écritures un guide infaillible qu’il est tenu de suivre. Il ne lui suffit plus désormais de chercher la communion des enfants de Dieu sur la base d’une commune foi, mais il a besoin de la trouver sur la base de toute la parole de Dieu, celle-ci ne formant qu’une unité divine. En consultant cette Parole, il apprend que les chrétiens ne sont pas seulement réunis par une foi et une origine communes, comme nés de Dieu, mais qu’en vertu de la mort et de la résurrection de Christ, ils sont formés tous ensemble en un seul corps par le Saint Esprit qui les unit à Christ, Tête céleste de son corps sur la terre. Il se rend compte de l’immense importance de cette unité du corps de Christ, puisque Dieu l’a établie dans ce monde pour la gloire de son Fils — «Il y a un seul corps et un seul Esprit» (Éph. 4:4) — et qu’elle subsistera éternellement comme «la plénitude de celui qui remplit tout en tous» (Éph. 1:23). Il comprend aussi qu’il est de toute nécessité de réaliser pratiquement cette unité selon la recommandation qui nous est faite de «nous appliquer à garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix». Il comprend alors que consentir à faire partie ici-bas d’un autre corps que celui de Christ serait renier une vérité capitale du christianisme.

4                    Ruine de l’Église et unité du corps de Christ

Remarquons en passant que la ruine de l’Église, prédite par les apôtres et qui commença déjà de leur temps (Actes 20 ; 2 Tim. 2 ; 3 ; 1 Jean ; 2 Pierre 2 ; 3 ; Jude), n’empêche en aucune manière la proclamation et la manifestation de l’unité du corps. Si l’immense majorité des chrétiens refuse de se joindre à ce témoignage, il peut incomber à deux ou trois de manifester cette unité pour tous leurs frères, dispersés dans les systèmes religieux du monde. Plus même la ruine est grande et irrémédiable, plus il importe de manifester cette unité, et de l’établir comme un drapeau planté sur une colline élevée et servant de ralliement à tout le peuple de Dieu. Cette unité existe malgré la ruine, et continue d’exister aux yeux de Dieu, mais nous sommes tenus de la réaliser aux yeux des hommes. L’Église, l’Assemblée du Dieu vivant, a entièrement manqué à cette tâche. Est-ce une raison pour la déclarer impossible ou pour ne pas revenir, ne fût-ce que deux ou trois, dans l’humiliation et la contrition, à ce qui fut établi au commencement ? «Tenez-vous sur les chemins», dit le prophète en un temps de déclin, «et regardez, et enquérez-vous touchant les sentiers anciens, quelle est la bonne voie ; et marchez-y, et vous trouverez du repos pour vos âmes» (Jér. 6:16). La table du Seigneur, où se trouve un seul pain auquel tous participent, est le lieu où cette unité du corps de Christ est manifestée, peu importe le nombre des enfants de Dieu qui s’y rassemblent (1 Cor. 10:17). La proclamation de l’unité du corps de Christ est donc d’autant plus nécessaire que, de nos jours, cette unité semble irréalisable en pratique. L’histoire de l’unité des tribus d’Israël, sans être identique avec l’unité du corps de Christ, composé de membres et non pas d’assemblées, nous en est un exemple frappant. Elle avait été proclamée dès l’entrée en Canaan par les douze pierres posées au milieu du Jourdain et par les douze pierres à Guilgal. Elle fut représentée dans le tabernacle du désert, puis dans le temple de l’Eternel, par les douze pains sur la table de proposition et par les douze pierres du pectoral. Bien plus, les sacrifices et le nombre des victimes dans le culte d’Israël la publiaient constamment. Mais lorsque, à part un résidu caché, tout Israël apostat se fut livré au culte de Baal, le prophète Élie seul revint à l’autel de douze pierres, soit devant l’Eternel, soit comme signe de ralliement aux yeux de tous. Après la ruine totale du peuple, Ezéchias célébra la pâque pour tout Israël comme symbole de son unité et y convia les restes des dix tribus d’alors (2 Chron. 30:114). De même, Josias, après les iniquités de Manassé et d’Amon, célébra la pâque pour tout Juda et les dix tribus, alors que ces dernières n’existaient plus comme nation (2 Chron. 35:18). Au temps de Zorobabel, lors de la dédicace de la maison, quand il ne restait plus qu’un faible résidu de Juda et de Benjamin, le sacrifice pour le péché fut offert «pour tout Israël, douze boucs, selon le nombre des tribus d’Israël» (Esdras 6:17). — Aujourd’hui, l’unité de tous les membres du corps est proclamée autour de Christ, la vraie pâque, dans le lieu où Dieu fait habiter son nom, c’est-à-dire dans l’Assemblée, et par tous ceux qui, séparés du monde, ont appliqué leurs coeurs à la connaissance et à l’intelligence des pensées de Dieu.

Nous avons suivi jusqu’ici le croyant dans le développement de ses convictions au sujet du témoignage collectif qui convient aux enfants de Dieu dans ce monde: il semblerait qu’il a atteint le but en se réunissant avec les enfants de Dieu qui proclament le rassemblement autour de Christ seul, et ne font partie d’aucun autre corps que du corps de Christ. Mais alors, un nouvel obstacle se dresse devant les yeux du fidèle. Il fait une constatation bien propre à déconcerter les simples et à leur faire abandonner pour toujours la recherche du chemin de Dieu quant à l’Assemblée. Il s’aperçoit que si les divisions ont été et sont encore incessantes dans toutes les sectes de la chrétienté, elles ont eu, chez ceux dont le témoignage avait pour but de proclamer l’unité du corps de Christ, un caractère pire, par le fait qu’ils connaissaient cette précieuse vérité et l’ont couverte d’opprobre, eux qui en devaient être les témoins !

Si donc ceux-là même qui se réunissaient sur le terrain de l’unité n’ont pas échappé à la défection générale, mais se divisent, faudra-t-il abandonner comme irréalisable la vérité qu’ils ont négligée ou perdue de vue ? Faudra-t-il considérer comme impraticables les ordonnances de Dieu ? Mais y a-t-il une autre base que la parole de Dieu, pour nous diriger ? Ne serait-ce pas une révolte contre Dieu que de ne pas lui obéir ? Y a-t-il donc une lumière nouvelle pour nous éclairer sur le chemin de Dieu, au milieu de ces divisions incessantes ? Des voix, encore irritées d’un récent conflit, disent au croyant perplexe: viens à nous, sur le terrain d’un principe scripturaire: l’autorité de l’Assemblée. Ce principe est la vérité. C’est la vérité qui nous a séparés de nos frères. D’autres voix, plus insinuantes et plus nombreuses, se font entendre: Viens à nous. Abandonne des principes qui ont conduit nos frères à une ruine humiliante. Nous nous réunissons, non sur le principe abstrait et irréalisable de l’autorité de l’Assemblée, et encore moins sur celui de l’unité du corps de Christ, mais sur un terrain pratique. Viens, car tandis que d’autres ont abandonné le premier amour, tu trouveras parmi nous l’amour fraternel, nous unissant malgré d’inévitables divergences, qui rendent sans doute les assemblées indépendantes, de fait, les unes des autres, mais unies en pratique.

Or c’est précisément au terme de son angoissante recherche, au point où la décision définitive devient la plus difficile de toute la carrière qu’il a parcourue, que nous conjurons le croyant de s’arrêter et de considérer, à la lumière de la Parole, le chemin dans lequel on l’invite à s’engager. Nous lui crions: l’Ennemi cherche à te tromper. Tu ne dois pas te joindre aux enfants de Dieu simplement sur la base de certains principes isolés ou simplement sur la base de l’amour fraternel. Dans le premier cas tu ne trouverais que de la sécheresse sectaire, basée sur une vérité mal connue et mal interprétée, et n’excluant ni l’orgueil spirituel, ni l’animosité contre ses frères, ni le retranchement de ceux qui jugent autrement que vous ; en un mot, des principes qui sont la négation de l’amour, soit en principe, soit en pratique. Dans le second cas tu trouveras un amour dévié et isolé de sa source, un amour séparé de la vérité ; et, quand, trop tard peut-être, tes yeux seront ouverts, tu auras perdu confiance dans sa sincérité.

Examinons donc ensemble l’alternative qui se présente ; voyons s’il est encore possible de la résoudre, et de trouver un chemin divin au milieu du honteux désordre des pensées de l’homme. Pour le trouver, il n’y a pas de lumière nouvelle, comme l’âme se le demandait dans son angoisse ; il n’y a qu’un seul fil conducteur infaillible. Tenons-le invariablement dans notre main. C’est la parole de Dieu, saisie par la foi et appliquée à nos âmes par le Saint Esprit. Nous n’avons pas besoin d’autre chose. Donc, ne l’abandonnons pas un seul instant. Le chemin à parcourir sera long, peut-être, mais tôt ou tard il nous amènera à la lumière.

5                    Amour fraternel et premier amour

Commençons notre examen par l’amour fraternel, que l’on propose comme point de ralliement des enfants de Dieu. Il est dès l’abord de toute importance de retenir, quelque précieux que soit l’amour fraternel, qu’il n’est pas le «premier amour». Ce dernier, si délicieux à rencontrer, dans la Parole, au sein de l’église naissante de Thessalonique, n’est pas l’amour des chrétiens entre eux, mais l’amour pour Christ, ou, plus exactement, l’amour de Christ, connu, goûté, réalisé dans le coeur des croyants. En effet, le premier amour, comme l’aimant, n’est pas mesuré par la faible aimantation donnée à l’aiguille de la boussole, mais par le pôle magnétique qui la lui communique. Cet amour est versé par le Saint Esprit dans le coeur de ceux qui ont cru. Alors la grâce les rassemble autour de Christ en dehors du monde. En 1 Thessaloniciens 1, à la suite de la conversion de ces premiers chrétiens, l’amour de Christ les avait réunis, et s’était tellement emparé de leurs coeurs que toute leur activité en découlait, comme un cours d’eau découle de sa source. Ainsi leur oeuvre de foi, leur travail d’amour et leur patience d’espérance, avaient pour unique point de départ «notre Seigneur Jésus Christ», et chacune de ces trois branches de leur activité sortait pour ainsi dire de ce tronc unique. Leur foi s’attachait à Christ ; leur travail pour leurs frères et pour tous les hommes était accompli pour Christ ; leurs regards se portaient en haut, attirés par l’amour de Christ, et ils attendaient patiemment leur Sauveur.

Tel est le premier amour. L’épître de Paul aux Éphésiens nous en offre un second exemple. Si, plus tard, dans l’Apocalypse, on voit qu’ils l’avaient abandonné, c’est qu’il avait d’abord existé parmi eux. Paul nous le montre dans sa fleur et son épanouissement chez les chrétiens d’Éphèse. Cette épître est remplie de la personne adorable du Seigneur et de la place privilégiée que nous avons en lui devant Dieu. Quand elle nous exhorte à l’amour fraternel, et même à l’amour dans les relations naturelles établies de Dieu, elle dit: «Marchez dans l’amour, comme aussi le Christ nous a aimés» et «Maris, aimez vos propres femmes, comme aussi le Christ a aimé l’Assemblée». Quand, dans l’Apocalypse, Éphèse avait abandonné le premier amour, les fruits persistaient encore ; par exemple, la peine que l’on se donne pour les frères n’avait pas disparu, mais l’activité chrétienne avait remplacé dans les coeurs l’amour de Christ. C’est pourquoi le jugement de l’assemblée était à la porte. Notons qu’il s’agit, dans l’Apocalypse, non pas tant d’une église locale, que de l’Église, maison de Dieu, en général, de l’Assemblée dont tous les chrétiens font partie. Ce premier amour est perdu, et ne se retrouvera jamais comme caractérisant l’ensemble de l’Église responsable. Celle-ci n’a plus à attendre que le jugement, et sera vomie, à la fin, de la bouche du Seigneur.

Ce qui caractérise donc la perte du premier amour chez les chrétiens, c’est que, malgré leur activité apparente, le Seigneur n’occupe plus la première place dans leur coeur. Ils ont laissé d’autres intérêts s’en emparer, et Jésus est relégué au second rang. La mondanité sous tous ses aspects, les formes ecclésiastiques, l’orgueil spirituel qui se pare des dons spirituels comme s’ils étaient des qualités personnelles — que sais-je encore, car la liste en serait longue — y ont usurpé la place de Christ. Bien plus, au moment où nous avons laissé un intérêt quelconque, ou les considérations de la vie pratique même la plus correcte — et nous ne parlons pas ici de choses mauvaises en elles-mêmes — remplacer Christ dans nos coeurs, la faillite du premier amour est déjà prononcée. Il peut même arriver, car le coeur est désespérément malin, que l’amour fraternel serve de prétexte pour usurper la place du premier amour, c’est-à-dire de Christ lui-même. On a vu des chrétiens souffrir que le nom de Christ soit blasphémé, plutôt que de rompre avec des blasphémateurs et d’abandonner à leur égard ce qu’on appelait «l’amour fraternel». Dans le moment même où cela avait lieu, le premier amour était abandonné, et l’amour fraternel, qu’on avait pensé pouvoir séparer de l’amour de Christ, n’avait plus de réalité quand il était pesé dans la balance du sanctuaire. L’exemple que nous venons de citer a plutôt trait à l’assemblée locale qu’à l’Église comme corps. Il est arrivé, en effet, dans le cours de l’histoire de l’Église, que le premier amour, ayant été perdu par l’Assemblée comme un tout, pour n’être jamais retrouvé par elle, s’est manifesté d’une manière touchante dans un cadre restreint, où l’unité du corps de Christ était proclamée par le rassemblement des saints autour de lui. Il est inutile de mentionner à ce sujet les chrétiens qui se rassemblaient en France de cette manière, aux premiers débuts de la Réformation, puis les frères moraves à leur origine, puis d’autres qui vinrent ensuite avec plus de lumières. Parmi tous ceux-là, le premier amour s’est reproduit localement, comme cela avait eu lieu une fois pour l’ensemble de la chrétienté. Mais, comme ensemble ou en détail, le monde (et c’est la tendance habituelle) s’introduisit dans l’Assemblée et le premier amour fut abandonné. Il en est toujours ainsi dans l’histoire du peuple de Dieu, qu’il s’agisse d’Israël ou de l’Église.

Nous venons de mentionner Israël. Rien n’est plus touchant que de voir la description de son premier amour dans le prophète Jérémie (2:1-3): «Je me souviens de toi, de la grâce de ta jeunesse, de l’amour de tes fiançailles, quand tu marchais après moi dans le désert, dans un pays non semé. Israël était saint à l’Eternel, les prémices de ses fruits.» Le Berger d’Israël, son Sauveur, son vrai mari, était devant les yeux de l’Epouse juive. Elle marchait après lui dans le désert, où il n’y avait aucun attrait pour son coeur ; elle n’avait que Lui seul ; elle était aveugle à tout autre objet, sainte, séparée, pour lui plaire, de toute autre affection que la sienne. Que lui importait le «pays non semé» ? Elle était tirée après son Seigneur par des cordeaux d’amour (Jér. 31:3). Mais que se passa-t-il ensuite ? Dix tribus sont infidèles et établissent leurs faux dieux à côté de l’Eternel. Le premier amour n’est plus. Dieu ôte leur lampe de son lieu, et elles disparaissent de la scène. Juda reste encore, déjà corrompu dans son ensemble, mais Dieu qui trouve ses délices à considérer le bien, y voit encore «de bonnes choses» (2 Chron. 12:12). Pour ranimer ces restes défaillants, il produit des réveils. Ces réveils, comme nous l’avons vu précédemment, ont toujours lieu en même temps que la réalisation de l’unité du peuple de Dieu. Un réveil est le premier amour retrouvé localement, et aussitôt l’unité du peuple est reconnue.

Mais bientôt les ténèbres s’étendent, de plus en plus, sur Israël ; et, comme nous le savons, elles atteignent à la croix leur point culminant. Mais Jésus ressuscite, et l’Esprit Saint est envoyé du ciel. Par lui l’unité du corps de Christ est réalisée pour la première fois sur la terre, et le premier amour l’accompagne. Avec l’Église, cette grande parenthèse dans les voies de Dieu, toute l’histoire recommence ; mais dès le début, Satan est à l’oeuvre pour faire perdre de vue à l’Assemblée, Christ, son seul objet. Quand il y a réussi pour l’ensemble, on voit encore le premier amour retrouvé dans ce que nous appellerions des églises de résidus. Telle Philadelphie, tel même le noyau de Philadelphie, ces «autres» (Apoc. 2:24), cachés encore à Thyatire. Quand partout ailleurs le premier amour est perdu, il se retrouve là. Et, remarquons-le tout de suite, trois choses inséparables se rencontrent à Philadelphie. D’abord la personne de Christ — le Saint et le Véritable, celui qui a la clé de David (en qui se concentre toute autorité) — est seule devant les yeux de cette église ; elle l’attend, lui. C’est le premier amour. Ensuite, la vérité, le caractère de Christ, révélé dans sa parole, est gardée. Enfin, l’amour fraternel est exprimé pour ainsi dire dans le nom même de Philadelphie (*). Puis à cet état succède celui de Laodicée, dont je n’ai pas à faire le triste tableau.

(*) Philadelphie signifie amour fraternel.

Que reste-t-il donc ? Sans doute Dieu peut provoquer de nouveaux réveils, et combien de fois ne l’a-t-il pas fait ? — car, notons-le bien, les trois dernières églises de l’Apocalypse sont non seulement successives, mais aussi contemporaines, et les réveils peuvent s’y présenter plusieurs fois. Cependant, même quand ces réveils n’auraient plus lieu, le premier amour peut subsister individuellement, être maintenu et retrouvé. L’apôtre Paul, dans toute sa carrière, nous en offre l’exemple. Ce premier amour, il ne l’a jamais perdu. Il pouvait dire: «pour moi, vivre c’est Christ», et encore: «L’amour du Christ nous étreint». Et tout à la fin de sa carrière, il dit: «J’ai achevé la course». Il avait marché sur les traces de Christ, qui était son seul objet, et il pouvait dire: «Soyez tous ensemble mes imitateurs, frères, et portez vos regards sur ceux qui marchent ainsi suivant le modèle que vous avez en nous». De ce premier amour découlait son amour pour ses frères et ses soins constants pour eux. Aussi pouvait-il dire: «Vous vous souvenez, frères, de notre peine et de notre labeur» (1 Thess. 2:9 ; cf. 1: 3) et: «Comme une nourrice chérit ses propres enfants» (2:7).

 

Ah ! chers frères, si, comme l’apôtre, nous réalisons individuellement le premier amour, si Christ est notre tout, si nous ne Lui préférons rien, pas même les liens les plus chers dans nos familles ou dans nos relations avec les enfants de Dieu, nous nous retrouverons bien vite ensemble sur le vrai terrain, ne fût-ce que quelques-uns, réunis dans l’unité du corps de Christ, pour le servir et le glorifier dans l’amour fraternel. «Qui ai-je dans les cieux ? Et je n’ai eu de plaisir sur la terre qu’en toi» (Ps. 73:25).

6                    Caractères de l’amour fraternel

Après avoir évité la confusion entre le premier amour et l’amour fraternel, voyons maintenant ce qui caractérise ce dernier.

En premier lieu, l’amour fraternel, quand il est vrai, découle toujours, comme nous l’avons dit plus haut, du premier amour. Là où celui-ci est abandonné, que ce soit dans l’Église universelle, ou dans une assemblée locale, ou dans un pauvre résidu au milieu de la ruine générale, l’amour fraternel a perdu son vrai caractère. Mais à quoi peut-on reconnaître que l’amour fraternel est vrai ? À trois signes faciles à saisir:

 

1. Sa source est en Christ.

2. Il est inséparable de l’obéissance.

3. Il est inséparable de la vérité.

6.1   Amour fraternel et amour de Christ

Le premier de ces signes, nous venons de le dire, c’est qu’il ne soit pas séparé de l’amour de Christ. Cet amour est un commandement. Remarquez ce mot. Dans la première épitre de Jean, il diffère de ce qui est appelé les commandements. Ces derniers sont l’expression de la volonté de Dieu et de Christ contenue dans les Écritures, volonté à laquelle nous sommes tenus d’obéir. Le commandement est le principe de la vie de Christ en nous, ce qui la dirige, ce à quoi cette vie obéit, parce qu’elle a autorité sur nous. — Ainsi, le commandement de Dieu, son premier principe (l Jean 3:23), c’est la foi au nom de son Fils Jésus Christ. La vie éternelle est inséparable de la foi en Christ-, la première nécessité de cette vie est de croire en lui (5:13). Sans la foi, point de vie ; sans la vie, point de foi. — Et le second principe de cette vie, c’est l’amour fraternel: «c’est ici son commandement, que nous croyions au nom de son Fils Jésus Christ et que nous nous aimions l’un l’autre, selon qu’il nous en a donné le commandement» (3:23). L’amour fraternel est un commandement parce qu’il découle nécessairement de la vie, quand nous la possédons, et de l’amour qui appartient à cette vie. «Voyez», dit l’apôtre, «de quel amour le Père nous a fait don,» — quelle nature il nous a communiquée — «que nous soyons appelés enfants de Dieu» (3:1). D’une part, nous sommes les objets de l’amour divin, mais d’autre part, cet amour est aussi un don il est versé dans nos coeurs par le Saint Esprit ; il nous appartient, pour ainsi dire ; et s’il nous appartient, il doit se répandre sur tous ceux que Dieu aime. Donc l’amour fraternel est l’expression de la vie divine, de la nouvelle nature en nous, au même titre que la foi (voyez aussi 4:21). Au chapitre 5, verset 1 nous voyons la manière dont toutes ces choses se lient: «Quiconque croit que Jésus est le Christ, est né de Dieu ; et quiconque aime celui qui a engendré, aime aussi celui qui est engendré de Lui.» Ainsi, être né de Dieu, croire, aimer Dieu, aimer ceux qui sont engendrés de lui, forme un tout inséparable ; c’est le vrai caractère chrétien.

Quant à l’amour fraternel, c’est à la fois un commandement ancien et un commandement nouveau: ancien parce que nous avons vu en Christ, et possédé dès le commencement, l’amour de Christ pour nous, le motif dirigeant de toute sa vie ; nouveau, ce qui est vrai, non seulement en lui, mais en nous, depuis que nous possédons la vie de Christ, une nature nouvelle et le Saint Esprit qui en est la puissance. «Je vous donne», dit le Seigneur, la nuit même où il fut livré, «un commandement nouveau, que vous vous aimiez l’un l’autre ; comme je vous ai aimés, que vous aussi vous vous aimiez l’un l’autre» (Jean 13:34 ; 15:13 ; 1 Jean 2:7, 8). La nature que nous possédons en Christ est capable d’amour et nous sommes exhortés à nous conduire d’après cette nature. Cette conduite ne peut être réalisée que lorsqu’elle découle de sa source qui est l’amour du Père et du Fils (Jean 15:9 ; 1 Jean 5:1 ; Éph. 5:2, 25).

En 1 Thessaloniciens 4:9, les saints n’avaient pas besoin que l’apôtre leur écrivît au sujet de l’amour fraternel, car ils étaient enseignés de Dieu à s’aimer les uns les autres. Ils buvaient à la source du premier amour. On ne peut pratiquer l’amour fraternel qu’en le connaissant en Christ — «Par ceci nous avons connu l’amour, c’est que lui a laissé sa vie pour nous ; et nous, nous devons laisser nos vies pour les frères» (1 Jean 3:16) — ou en le connaissant en Dieu (1 Jean 4:7,8). En outre, l’amour fraternel trouve toujours sa source et son aliment dans l’union des membres du corps avec la Tête, et ne peut en être séparé. C’est ce que nous trouvons exprimé d’une manière si merveilleuse, au point de vue de la famille d’Israël, dans le Psaume 133: «Voici, qu’il est bon et qu’il est agréable que des frères habitent unis ensemble ! C’est comme l’huile précieuse, répandue sur la tête, qui descendait sur la barbe, la barbe d’Aaron, qui descendait sur le bord de ses vêtements.» Les chrétiens ont, selon l’apôtre Pierre, à ajouter «à l’affection fraternelle, l’amour», ultime chaînon de cette chaîne d’or qui commence à la foi et aboutit en Dieu.

 

 

Après ce que nous venons de dire, nous ne pouvons que citer quelques-uns des passages innombrables où l’amour fraternel nous est recommandé: Rom. 13:8 ; Jean 15:12 ; 1 Jean 3:16 ; 4:7, 11, 12 ; 2 Jean 5 ; 1 Pierre 4:8 ; Héb. 13:1, etc.

Disons encore, au sujet du premier signe auquel on peut reconnaître l’amour fraternel, qu’on se fait souvent de grandes illusions sur la vraie nature de cet amour. Des chrétiens peuvent nourrir de bons sentiments les uns envers les autres, montrer de la disposition à se secourir mutuellement, fruit, soit d’une générosité naturelle, soit d’un sentiment de solidarité nationale ou de famille. Ils peuvent faire preuve d’un esprit aimable, de courtoisie, de douceur et de support envers les autres, choses agréables et reconnues du Seigneur lui-même. Or tout cela n’a rien à faire avec l’amour fraternel, mais avec l’amour du prochain. De tels sentiments diffèrent peu de ce qui se passe habituellement dans le monde, où l’on rencontre une foule d’associations utiles, basées sur des liens de fraternité humaine, de générosité, de philanthropie, mais qui n’ont aucun rapport avec la vie de Dieu dans le coeur. De telles associations sont même capables de réaliser de grandes choses au point de vue de l’utilité générale et aux yeux du monde, mais restent stériles aux yeux de Dieu. Ne donnons pas à ces sentiments le nom d’amour fraternel. Ils en sont l’apparence, souvent décevante pour nous-mêmes, toujours trompeuse pour les hommes, quand ils ont affaire à un Dieu qui ne se contente pas d’apparences, mais veut des réalités.

6.2   Amour fraternel et obéissance aux commandements de Dieu

Passons au second signe de l’amour fraternel. Il est inséparable de l’obéissance aux commandements de Dieu. «Par ceci nous savons que nous aimons les enfants de Dieu, c’est quand nous aimons Dieu et que nous gardons ses commandements ; car c’est ici l’amour de Dieu, que nous gardions ses commandements, et ses commandements ne sont pas pénibles» (1 Jean 5:2, 3). L’amour pour Dieu est donc inséparable de l’obéissance, et par celle-ci nous acquérons la certitude de l’amour fraternel. Les commandements sont simplement ici, comme nous l’avons dit plus haut, l’expression de la volonté de Dieu contenue dans les Saintes Écritures. L’amour pour Christ (et l’amour de Christ aussi, Jean 14:31) se manifeste naturellement de la même manière, c’est-à-dire par l’obéissance (Jean 14:15, 21 ; 15:9, 10). Direz-vous d’un enfant qui désobéit aux commandements de son père, qu’il aime son père ? Direz-vous d’un enfant qui induit ses frères à désobéir à leur père ou qui leur donne l’exemple de cette désobéissance, qu’il aime ses frères ? Et n’en est-il pas de même pour nous, chrétiens ? Si un frère veut m’engager dans un chemin d’indépendance de Dieu et de Christ — or jamais l’indépendance ne peut prendre le nom d’obéissance —, comment aurai-je à me comporter à son égard ? Lui dirai-je que pour maintenir nos liens fraternels et ne pas les briser, je préfère désobéir de concert avec lui ? ou bien lui dirai-je que l’obéissance à mon père a plus de poids pour moi que l’amour fraternel ? ou lui dirai-je plutôt encore que l’amour fraternel est un vain mot quand on l’invoque pour désobéir ? Dans ce dilemme, aucune hésitation n’est possible pour le chrétien fidèle. Il restera avec Christ, tout seul s’il le faut, plutôt que de désobéir avec ses frères. Et qu’il soit sans crainte, il en sera largement récompensé. Jésus dit: «Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera ; et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui. Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles» (Jean 14:23, 24). Cette récompense est la communion de l’âme avec le Père et avec le Fils ! Est-il jamais dit: Si quelqu’un aime les frères, il obéira ? Non ! L’amour de Christ pour nous prime tout autre amour ; notre amour pour Christ en est la conséquence ; notre amour pour nos frères découle de l’amour pour Christ ; l’obéissance est la preuve de l’amour pour Christ et de l’amour fraternel.

6.3   Amour fraternel inséparable de la vérité

Ouvrons ici un paragraphe spécial pour parler du troisième signe de l’amour fraternel: La vérité est aussi inséparable de l’amour fraternel que l’obéissance. Mais pour nous faire comprendre, il est nécessaire de définir d’après la parole de Dieu ce que c’est que la vérité.

La vérité est la pensée de Dieu à l’égard de toutes choses: Dieu est vrai, il est le Dieu de vérité (Esaïe 65:16). C’est comme tel qu’il se fait connaître à nous et qu’il nous révèle ce que nous sommes, ce qu’est le monde, le péché, Satan ; ce qu’est Dieu lui-même. Le Dieu qui dit «Je suis», expression parfaite de la déité, s’est révélé à nous dans la personne de Christ homme ; celui-ci est l’image du Dieu invisible, et en lui habite toute la plénitude de la déité corporellement. Christ est ce que Dieu est. Il est la vérité (Jean 14:6). Mais Dieu dans son essence a deux noms: Lumière, Amour. Christ homme, lui qui est la vérité, nous révèle dans sa personne ces deux choses, dont toute sa carrière ici-bas a été la preuve absolue: 1° Dieu est lumière et il n’y a en lui aucunes ténèbres. Christ est la lumière du monde (Jean 8:12 ; 9:5). 2° Dieu est amour, amour qui se manifeste envers des pécheurs sous forme de bonté, de miséricorde ou de grâce en Jésus Christ. La vérité est donc inséparable de l’amour, aussi bien que de la lumière (1 Jean 1:14, 17 ; Ps. 86:15). Et dans le jour actuel, Dieu en soit béni, la vérité et la grace, nom de l’amour actif envers des pécheurs, ne peuvent être séparées. Hélas ! un jour viendra où, le temps de la grâce ayant pris fin pour le monde, la vérité seule apparaîtra et ce sera pour les hommes le jugement éternel.

La vérité n’est pas seulement ce que Dieu est, manifesté et révélé dans un homme, le Christ Jésus ; elle est aussi ce que Dieu dit. Ce que Dieu est et ce qu’il dit, l’expression de son Etre et de sa pensée, ne peuvent être séparés dans la personne de Christ. C’est pourquoi il est appelé «la Parole» ; c’est pourquoi aussi, à la demande: «Qui es-tu ?» il pouvait répondre: «Absolument ce qu’aussi je vous dis» Jean 8:25). Dieu nous a donc parlé en Christ, homme, la parole vivante devenue chair (Jean 1:1, 4). Mais Dieu le fait absolument de la même manière dans les Écritures, qui sont appelées «la Parole vivante et opérante». C’est pourquoi le Seigneur dit: «Sanctifie-les par la vérité ; ta parole est la vérité» (Jean 17:17). La parole écrite est donc la pleine expression de la pensée de Dieu, comme Christ l’est lui-même dans sa personne.

Cette vérité, révélée dans une personne, exprimée dans sa Parole, nous ne pouvons la comprendre que par le Saint Esprit. Il nous fait connaître et saisir les conseils les plus secrets, les pensées les plus profondes de Dieu. C’est pourquoi il est dit: «L’Esprit est la vérité» (1 Jean 5:6). «L’Esprit de vérité... vous conduira dans toute la vérité» (Jean 16:13). Il rend témoignage à Christ et à son oeuvre. La vérité est donc, en trois mots, ce que Dieu est, ce que Dieu dit et ce que Dieu pense ; et, en un seul mot, la vérité, de quelque côté qu’on l’envisage, c’est Christ.

C’est là ce qui rend la vérité si absolument importante et nécessaire. Sans la vérité, nous sommes sans Christ ici-bas. On a dit très inconsidérément que «l’amour est le sentier qui conduit à la vérité et la corde qui nous lie à elle». Cela n’est vrai en aucune manière: CHRIST est la vérité qui manifeste l’amour, et le chemin qui y conduit. «Je suis», dit Jésus, «le chemin, et la vérité, et la vie ; nul ne vient au Père que par moi.» Il est le chemin qui conduit au Père, à Dieu manifesté en amour-, la vérité qui fait connaître cet amour ; la vie par laquelle nous pouvons en jouir et qui nous lie au Père (Jean 14:6). L’Assemblée du Dieu vivant n’est pas, comme l’a fort bien dit un frère, la colonne et l’appui de l’amour, mais de la vérité. C’est la vérité qu’il s’agit pour elle de maintenir, de défendre, pour laquelle il s’agit de combattre. il nous faut un Christ complet. Celui qui, par la foi, a reçu la vérité, connaît aussi l’amour. On voit donc que, pour le croyant, ces deux choses sont inséparables. Si je marche dans les ténèbres, je n’ai pas plus le Dieu d’amour que le Dieu de lumière ; je n’ai pas la vérité ; je n’ai pas Christ et j’en parle sans le connaître.

Après cette définition indispensable, revenons à la vérité comme troisième signe de l’amour fraternel et comme ne pouvant en être séparée. L’amour fraternel selon les pensées de Dieu est toujours l’amour dans la vérité. Quand l’apôtre Jean aime les frères, une dame élue, un Gaïus, c’est toujours «dans la vérité» (2 Jean 1 ; 3 Jean 1). C’est avec la vérité que l’amour se réjouit (l Cor. 13:6).

Du moment que l’on donne à l’amour fraternel le pas sur la vérité, on a de fait, involontairement sans doute, abandonné Christ, et avec lui le premier amour. L’amour fraternel a perdu son vrai caractère, l’amour n’est plus vrai. Souvenons-nous de ce passage: «Ayant purifié vos âmes par -l’obéissance à la vérité, pour que vous ayez une affection fraternelle sans hypocrisie, aimez-vous l’un l’autre ardemment, d’un coeur pur» (l Pierre 1:22). C’est donc l’obéissance à la vérité qui conduit à un amour fraternel vrai et cet amour n’est pas hypocrite, ne se couvre pas d’un vêtement d’emprunt pour se donner l’apparence de ce qu’il n’est pas.

Avant de terminer, je voudrais encore toucher un point capital de ce sujet. C’est la vérité qui doit caractériser les saints dans un temps de déclin, comme celui où nous vivons. On est souvent blâmé de nos jours de mettre tant d’importance à la doctrine, et c’est précisément sur elle que la parole de Dieu insiste devant l’apostasie grandissante. Lisez ce que nous pouvons appeler les épîtres de la fin, c’est-à-dire celles où l’apostasie est déjà pressentie, et mûrit pour le jugement: la seconde épître à Timothée, la seconde épître de Pierre, celle de Jude, la deuxième et la troisième épître de Jean. Qu’est-ce que ces écrivains inspirés recommandent constamment aux saints comme leur sauvegarde en ces temps fâcheux ? La doctrine, la foi (qui n’est autre, dans ces passages, que l’ensemble de la doctrine chrétienne saisie par la foi), la vérité, et tous ces termes sont identiques (2 Tim. 1:13 ; 2:2, 15, 24, 25 ; 3:10, 14-17 ; 4:2-4 ; 2 Pierre 1:19 ; 3:1, 16 ; 2 Jean 9, 10 ; Jude 3, 20, etc.). Toutes ces recommandations se résument dans ce grand mot: la vérité. S’il est vrai que nous avons à marcher dans l’amour, nous avons au même degré à marcher dans la vérité. C’était ce que faisaient les enfants de la dame élue (2 Jean 4). La grâce, la miséricorde et la paix étaient avec les saints dans la vérité et dans l’amour (v. 3). Ne pas demeurer dans la doctrine du Christ, c’est-à-dire dans la vérité, c’était ne pas avoir Dieu. Y demeurer, c’était avoir le Père et le Fils (v. 9). — Les frères avaient rendu témoignage à la vérité de Gaïus, c’est-à-dire à sa fidélité à la vérité (3 Jean 3), et en faisant ainsi, ils rendaient témoignage à son amour (v. 5). En recevant les frères, on coopérait avec la vérité (v. 8). Démétrius avait le témoignage de la vérité elle-même (v. 12). En 1 Jean, où l’amour fraternel et la justice pratique sont si particulièrement mis en lumière comme les attributs de la vie éternelle dans le croyant, l’apôtre écrit aux petits enfants parce qu’ils connaissent la vérité (2:2 1), et au chapitre 3, verset 18, il dit: «Enfants, n’aimons pas de parole ni de langue, mais en action et en vérité» ; or c’était ce que l’apôtre faisait lui-même (2 Jean 1 ; 3 Jean 1). — Nous ne pouvons assez faire ressortir que la connaissance de la doctrine ou de la vérité révélée dans la Parole est inséparable de la connaissance de Christ, et que si l’une est laissée de côté, l’autre, c’est-à-dire Christ, est ignoré. Négliger la vérité, c’est comme si l’on coupait la source principale d’une rivière. La rivière baisse et bientôt se dessèche. Peut-être des affluents secondaires pourront-ils y maintenir encore quelque humidité, mais le lit rempli de pierres et de cailloux est à sec ; les bords, jadis riants, quand ils étaient baignés par les eaux, sont nus ou envahis par les ronces, la végétation verdoyante a disparu. Il en est ainsi de l’âme individuellement, et de l’Église elle-même quand elle abandonne la vérité pour l’amour fraternel. Il en est du reste absolument de même quand elle prétend maintenir la vérité sans l’amour. Elle n’est plus cet arbre planté près des ruisseaux d’eau qui rend son fruit en sa saison et dont la feuille ne se flétrit point.

À bien plus forte raison cette influence néfaste se fera-t-elle sentir si, au lieu de couper la source, on y verse des matières empoisonnées. Tous les êtres vivants qui peuplent la rivière meurent à ce contact. Peut-être quelque voyageur robuste, en s’abreuvant de cette eau aussi loin que possible de son origine, sera-t-il pour un temps plus ou moins à l’abri de ses ravages, mais les faibles y succomberont et lui-même sera tôt ou tard infecté.

Plus qu’un mot pour montrer que, dans ses fruits, la vérité est inséparable de l’amour, et que, sans la vérité, l’amour ne peut en porter. En Éphésiens 4:32 et 5:2, 8, 9, notre marche chrétienne doit reproduire les voies et le caractère de Christ. Il nous faut pour cela posséder sa nature. Or dans le premier de ces deux passages, cette nature est amour, et dans le second, lumière. Nous pouvons, en vertu de cette nature, être imitateurs de Dieu et de Christ, marchant dans l’amour comme des enfants bien-aimés, et dans la lumière comme des enfants de lumière. Au chapitre 4, verset 32, l’apôtre énumère les fruits de l’amour: la bonté, la compassion, le pardon. Au chapitre 5, verset 9, il énumère les fruits de la lumière: la bonté, la justice, la vérité. Le premier fruit de l’amour est donc la bonté, et le premier fruit de la lumière est aussi la bonté. Mais allons plus loin. En Éphésiens 5:9, les autres fruits de la lumière sont la justice et la vérité. En 1 Corinthiens 13:6, ils sont les fruits de l’amour qui ne se réjouit pas avec l’injustice, mais se réjouit avec la vérité. On voit donc que, dans la vie pratique, séparer ces deux choses, l’amour et la vérité, c’est perdre le fruit de l’un aussi bien que de l’autre. Combien cela doit nous pousser à de sérieuses réflexions !

7                    Conclusion

Pour terminer, tirons en quelques lignes les conclusions de ces pages:

Le premier amour est l’amour de Christ, reçu dans le coeur, et base de toute l’activité chrétienne. Cet amour est la source même de l’amour fraternel. Mais il n’y a ni premier amour, ni amour fraternel sans l’obéissance, car c’est ainsi qu’ils se manifestent. Cette obéissance est l’obéissance à la vérité, c’est-à-dire à toute la pensée de Dieu, manifestée en Christ et en sa Parole, et communiquée par le Saint Esprit. Sans la vérité, l’amour fraternel serait de l’hypocrisie, ou bien des sentiments aimables appartenant à la nature déchue. Sans l’amour fraternel, la vérité ne serait qu’un vain mot, puisque la vérité, c’est Christ manifesté en amour.

Cher lecteur ! si tu traverses le conflit dépeint dans le premier paragraphe de ce petit écrit, ne poursuis, je t’en supplie, qu’une chose: marche dans l’amour, dans l’obéissance à la Parole, et dans la vérité, sans jamais subordonner l’une de ces choses à l’autre. Que ton amour pour Christ garde la fraîcheur du premier amour et te fasse cultiver avec soin l’amour fraternel ! Que ce dernier soit vrai, sans mélange d’hypocrisie, se plaisant avec la vérité et ne se séparant jamais de l’obéissance ! Si tu suis ce chemin, le Seigneur te fera peut-être rencontrer des saints fidèles qui cherchent à glorifier le Seigneur d’après les mêmes règles, et marchent humblement avec leur Dieu. Alors, au milieu de la dispersion croissante du peuple de Dieu, quand tous les signes extérieurs de son rassemblement font défaut, quand de plus en plus l’iniquité et l’apostasie lèvent la tête, le Seigneur sera pour les siens comme «un petit sanctuaire» (Ezéchiel 11:16), centre du rassemblement, ne fût-ce que de deux ou trois qui se seraient retirés de l’iniquité pour marcher dans l’amour et dans la vérité.