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Remarques sur la Seconde Épître de Pierre

 

 

par H. Rossier

 

Table des matières

1     CHAPITRE 1

2     CHAPITRE 2

3     CHAPITRE 3

 

1                    CHAPITRE 1

Siméon Pierre, esclave et apôtre de Jésus Christ, à ceux qui ont reçu en partage une foi de pareil prix avec nous, par la justice de notre Dieu et Sauveur Jésus Christ : Que la grâce et la paix vous soient multipliées dans la connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur (v. 1, 2).

Ce qui caractérise en premier lieu l’apôtre Pierre dans cette épître, c’est son titre d’esclave de Jésus Christ. Jésus Christ l’a acquis et il lui appartient en propre ; il n’a d’obligation que vis-à-vis de Celui qui est son Maître ; c’est en sa qualité d’esclave qu’il exerce ses fonctions d’apôtre. Tel est du reste le titre que prennent si souvent avec joie les serviteurs que le Seigneur emploie à son oeuvre (Rom. 1:1 ; Phil. 1:1 ; Tite 1:1 ; Jacq. 1:1 ; Jude 1 ; Apoc. 1:1). Un esclave n’appartient à nul autre qu’à son Maître, qui seul a le droit de se servir de lui et de lui commander. Cette heureuse conviction donne à toute notre vie un cachet de simplicité qui nous rend étrangers aux mille objets par lesquels le monde cherche à s’emparer de nous.

L’on peut constater que les deux épîtres de Pierre qui se font pendant, pour ainsi dire, sont adressées aux mêmes personnes (3:1, 2). — La première décrit le gouvernement de Dieu envers les siens, la seconde le gouvernement de Dieu envers le monde, deux sujets d’un intérêt capital pour les chrétiens.

Une troisième constatation s’impose à nous à la lecture des deux épîtres de Pierre et, en général, de toutes les épîtres adressées à des saints sortis du judaïsme, comme par exemple l’épître aux Hébreux (Chap. 13) et en partie, du moins, l’épître de Jacques. Il semble que l’Esprit veut faire ressortir que les principes moraux de notre conduite envers les hommes, peu importe que ce soit avec ou sans la loi, restent invariables et ne sont pas modifiés par le milieu dans lequel ils sont énoncés. Il y a des relations de famille, des obligations envers des pouvoirs constitués, des devoirs à l’égard de tous les hommes, humbles ou haut placés, qui ne sont nullement influencés par les diverses économies sous lesquelles ils sont mentionnés, et qui restent invariables en tout temps, le caractère du Dieu auquel nous avons affaire étant lui-même invariable. Nous aurons plus d’une fois l’occasion, dans le courant de cette étude, de faire ressortir ce fait.

Les chrétiens auxquels Pierre s’adresse avaient, dit-il, «reçu en partage une foi de pareil prix avec nous» (Pierre et les apôtres) alors qu’ils ne la demandaient pas. Cette foi est l’ensemble des bénédictions chrétiennes données à la foi. À ce sujet, il est utile de faire une remarque ; nous en avons deux exemples ici et nous en trouvons maint autre au cours de ces deux épîtres. Les expressions employées par Pierre ne correspondent pas nécessairement, sans toutefois les contredire, aux mêmes expressions que l’on rencontre dans les écrits de Paul. Notre plus grande familiarité avec les épîtres de ce dernier nous porterait plutôt à voir «les choses difficiles à comprendre» (2 Pierre 3:16) dans les épîtres de Pierre, que dans celles, si souvent méditées, de l’apôtre Paul.

Comment avaient-ils obtenu cette foi ? «Par la justice de notre Dieu et Sauveur Jésus Christ». Sa justice est ici sa fidélité immuable à ses promesses. Voilà qui était bien fait pour toucher le coeur de ces chrétiens qui, sortis du judaïsme, pouvaient penser avoir fait une perte à l’égard des promesses de Dieu adressées à Israël. Ils apprenaient maintenant que, sur le terrain nouveau qu’ils occupaient, les promesses de leur Dieu et Sauveur ne pourraient jamais subir l’ombre d’un changement.

Nous trouvons ici comme dans la première épître : «Grâce et paix vous soient multipliées», mais ce n’est qu’ici que nous apprenons ce qui les multiplie : La pleine connaissance des trésors infinis que ces deux noms renferment : Dieu et Jésus devenu «notre Seigneur» (cf. Jude 2).

Comme sa divine puissance nous a donné tout ce qui regarde la vie et la piété, par la connaissance de Celui qui nous a appelés par la gloire et par la vertu, par lesquelles il nous a donné les très grandes et précieuses promesses, afin que par elles vous participiez de la nature divine, ayant échappé à la corruption qui est dans le monde par la convoitise... (v. 3-4).

Un premier fait, c’est que nous, chrétiens, nous sommes devenus les dépositaires et les possesseurs de tout ce qui constitue la vie chrétienne et la piété, c’est-à-dire les rapports de l’âme avec Dieu. Nous voilà donc transportés par la grâce, de notre existence d’autrefois en la chair, dans un domaine spirituel auquel notre état précédent n’avait aucune part. Ce qui règne dans ce domaine c’est la personne du Sauveur et celle de Dieu comme notre père. Par quel moyen sommes-nous devenus possesseurs de ces choses dont aucune ne nous manque ? Par la pleine et réelle connaissance de Christ. Dieu nous a appelés, par gloire et par vertu, à atteindre le but qu’il a placé devant nous. Comme nous l’avons déjà vu dans la première épître de Pierre, il s’agit ici d’un but céleste, la gloire, à atteindre et non pas d’être transportés, par notre union avec un Christ ressuscité, dans la jouissance actuelle de cette gloire. La vie d’Abraham fut un exemple de ces choses. Le Dieu de gloire lui apparut lorsqu’il était en Mésopotamie et lui dit : Sors de ton pays et de ta parenté et viens au pays que je te montrerai (Actes 7:2-4). Abraham écouta cet appel et, s’il n’y répondit pas immédiatement selon ce que Dieu attendait de lui, Dieu tint compte de la foi dont son serviteur avait fait preuve. De la part de Dieu la gloire tout entière était offerte à Abraham comme une possession future, de la part d’Abraham la vertu, c’est-à-dire le courage moral qui ne tient compte d’aucun obstacle pour atteindre le but proposé, ne fut pas à la hauteur de ce qu’il aurait dû être. Ce n’est que par de longues et douloureuses expériences qu’Abraham arriva dans la suite à ne tenir compte de rien pourvu qu’il atteignît le but proposé ; c’est ce qui caractérise le Seigneur, avant tout, comme homme ici-bas, et à sa suite son fidèle serviteur Paul (Phil. 3:11-14). Cette vertu, le monde se fait souvent l’illusion de la posséder. Il ne tiendra peut-être pas compte des obstacles placés sur son chemin, pourvu qu’il arrive aux fins de son ambition, à la satisfaction de son orgueil, et quand enfin il sera arrivé au but qu’il s’est proposé, et qui ne saurait jamais être la gloire céleste, il se trouvera qu’il n’aura récolté que la malédiction et le jugement. La vertu dont il est question ici est un fruit de l’appel de Dieu ; elle est déposée dans le coeur à la suite de la foi, mais, comme nous l’avons dit, même un homme de foi peut lui opposer des obstacles et retarder ainsi (comme le fit Abraham), la pleine prise de possession des bénédictions célestes.

C’est par la gloire et par la vertu que Dieu nous a donné «les très grandes et précieuses promesses», non pas des promesses d’héritage et de bénédictions juives et terrestres. Ces promesses-là, quelque valeur qu’elles aient, ne sont ni très grandes, ni sans prix ; tandis que les promesses actuelles se lient aux choses célestes et divines. Et, en effet, en les saisissant nous «participons de la nature divine». Nous voilà donc, n’ayant la gloire qu’en espérance, mais possédant une nature divine capable de saisir ces choses et d’en jouir à l’avance ; ayant la gloire devant nous et, dans nos coeurs, la puissance pour l’atteindre. Mais afin de l’atteindre sûrement, une chose encore est nécessaire : «ayant échappé à la corruption qui est dans le monde par la convoitise» (v. 4).

La convoitise est ce qui caractérise proprement le monde en même temps que «l’orgueil de la vie». La convoitise s’adresse aux sens et à la vue ; C’est pourquoi Jean l’appelle «la convoitise de la chair et la convoitise des yeux» (1 Jean 2:16). Dès qu’elle a trouvé le chemin du coeur et s’en est emparée, la corruption l’accompagne ; l’esprit du monde domine, l’homme est devenu un pauvre esclave de ses passions ; ces deux choses excellentes, la gloire et la vertu, ont perdu toute leur puissance, et la pauvre âme captive est retombée sous le joug du prince de ce monde. Au lieu de la vertu elle a pour part ici-bas la souillure du monde ; au lieu de l’espérance de la gloire elle n’a en haut qu’un ciel vide, un ciel sans Christ, avec une incapacité absolue d’atteindre les choses célestes !

Pour cette même raison aussi, y apportant tout empressement, joignez à votre foi, la vertu ; et à la vertu, la connaissance ; et à la connaissance, la tempérance ; et à la tempérance, la patience ; et à la patience, la piété ; et à la piété, l’affection fraternelle ; et à l’affection fraternelle, l’amour ; car, si ces choses sont en vous et y abondent, elles font que vous ne serez pas oisifs ni stériles pour ce qui regarde la connaissance de notre Seigneur Jésus Christ (v. 5-8).

Ce n’est pas tout : les chrétiens avaient besoin d’être exhortés à se conduire d’une manière digne du Seigneur pendant le temps de leur pèlerinage vers la gloire. Ce n’était pas tout de posséder les bénédictions chrétiennes données à la foi ; il fallait, comme les perles d’un collier, les ajouter l’une à l’autre, sinon elles restaient sans fruit. C’est à cela que répond le v. 5. Notre foi, c’est une part avec Christ, sans le voir, sans être personnellement avec Lui, là où Il est ; c’est la maison du Père en perspective, c’est la perfection personnelle future, c’est la gloire future et la louange ininterrompue, c’est la jouissance sans nuage de l’amour parfait !

Toutes ces choses sont à nous ; nous les possédons, non pas ici comme une part actuelle, mais en espérance. Nous ne les avons pas atteintes, et cependant elles sont à nous. C’est comme l’a dit le v. 4, par la gloire promise, par la vertu qui va l’atteindre, que nous sont données les très grandes et précieuses promesses. Par elles nous avons la nature divine et avons échappé à la convoitise et à la corruption du monde. La question qui se pose maintenant est celle-ci : En jouissons-nous ? Or, pour en jouir, il nous faut les ajouter les unes aux autres, dans un ordre précieux et immuable.

Nous avons, en effet, bien d’autres choses à développer que la gloire qui nous attire au ciel et la vertu qui nous y pousse. Entre ces deux choses, nous avons à reproduire tout le caractère de Christ homme ici-bas, caractère qui a sa suprême expression dans l’amour. Toutes ces choses dépendent pour nous l’une de l’autre ; Christ les possédait toutes à la fois.

À notre foi qui discerne ces choses nous devons ajouter la vertu (v. 5) qui les saisit, qui s’en empare, qui ne les lâche pas, qui en réalise la valeur comme de choses présentes, en sorte que, lorsque nous les aurons atteintes, elles nous soient aussi familières dans leur réalité, qu’elles nous étaient familières lorsque nous courions vers elles. Nous sommes exhortés à mettre tout empressement à joindre ces choses l’une à l’autre.

Le courage moral, pour atteindre le but proposé, serait inefficace si nous n’avions pas la connaissance des objets qui constituent ce but : «Dieu et Jésus notre Seigneur» (v. 2). Il nous faut être familiers avec ces personnes divines ; sentir et comprendre leur prix et leur caractère, pour développer l’énergie par laquelle nous désirons les atteindre. Si ces objets sont de médiocre valeur pour nos âmes, l’effort pour les saisir sera mou et languissant.

«Et à la connaissance la tempérance». La connaissance est entravée et amoindrie lorsque les choses enivrantes du monde ont un accès dans nos coeurs et y prennent une place. Il y a une sobriété (1 Thess. 5:6, 8) qui nous fait passer à côté de ces choses sans qu’elles nous tentent, ou excitent chez nous le désir de les posséder. Bien plus, nous savons que, si nous ne résistons pas à la tentation d’y goûter, elles nous enivrent et que nous perdons ainsi la force pour la marche ou pour le combat. Nous désirons, avant toutes choses, garder nos forces en entier pour saisir le but et en prendre une entière possession.

«Et à la tempérance la patience». La tempérance n’est pas une affaire d’un jour, mais de toute une vie. Abandonnez-la un jour et tout est à recommencer le lendemain. C’est pourquoi la patience se prive jour après jour, sans se lasser, des choses qui enivrent. Les difficultés surgissent. Relâche-toi, me dit-on, dans cette surveillance de toi-même. Donne-toi, ne fût-ce qu’un jour de répit. Si j’écoute cette voix, tout mon effort est aussitôt perdu. Sans doute la foi (Dieu et Christ) demeure immuable, mais la vertu a fait naufrage.

«Et à la patience la piété». La piété est cet état de l’âme qui n’a que Dieu en vue et ce qui peut Lui plaire. Ce qui peut nous plaire, est non avenu. Dieu a la première et la seule place. Toutes les facultés de l’âme sont occupées à le servir et à lui être agréables.

«Et à la piété l’affection fraternelle». Lorsque le coeur est dirigé vers Dieu et n’a de pensée que de lui plaire, il est impossible qu’il ne se sente pas intimement lié aux frères, à tous ceux que Dieu porte sur son coeur comme Il nous y porte lui-même.

«Et à l’affection fraternelle l’amour». Tel est le mot dans lequel tout se résume : L’amour de Dieu manifesté en Christ, en qui tout ce que Dieu est aboutit pour toujours ! Quand l’âme a atteint la connaissance et la jouissance de l’amour ici-bas, il ne reste rien à ajouter, sinon d’avoir enfin atteint le but ; car, comme dans la première épître, le croyant marche dans ce monde n’ayant encore nulle possession des choses célestes, mais en jouissant par l’espérance ; et traversant le monde en n’y cherchant rien, en n’y voulant et n’y trouvant rien, sinon atteindre Christ et le connaître davantage à mesure que la route s’allonge.

(v. 8). — Le résultat de tout ce déploiement de vertu, c’est que nous ne serons pas oisifs (sans activité), ni stériles (sans porter de fruit) pour ce qui regarde la connaissance de notre Seigneur Jésus Christ. Nous aurons appris pratiquement à le connaître comme le Dieu des promesses immuables ; nous aurons renoncé à tout ce qui pourrait nous retenir ou nous enivrer sur le chemin qui nous conduit à Lui ; nous marcherons sans nous lasser, jusqu’au moment, marqué par Dieu, où nous aurons atteint le but ; et, en attendant ce moment, c’est à Lui que tendront toutes nos pensées, aux frères que tendra l’amour de nos âmes, et en Christ qui est l’amour même, que nous aurons atteint l’amour !

Car celui en qui ces choses ne se trouvent pas est aveugle, et ne voit pas loin, ayant oublié la purification de ses péchés d’autrefois. C’est pourquoi, frères, étudiez-vous d’autant plus à affermir votre appel et votre élection, car en faisant ces choses vous ne faillirez jamais ; car ainsi l’entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ vous sera richement donnée (vers. 9-11).

Si ces choses ne se trouvent pas dans notre âme, combien notre état moral sera misérable ! Aveugles, incapables de discerner les choses célestes, traversant un désert moral, ayant oublié la purification de nos péchés, obtenue jadis par la grâce ! Ces choses étant ainsi, nous devons d’autant plus nous étudier à affermir ce qui est à la base de toute notre félicité : notre appel et notre élection (cf 1 Pierre 1:2). Ne nous viennent-ils pas de la libre grâce de Dieu qui n’a cherché que dans son amour un motif de nous acquérir pour Lui-même ? Du moment que nous avons ajouté les unes aux autres les choses mentionnées dans les versets 5 à 8, notre vocation et notre élection acquièrent une tout autre valeur ; elles deviennent une base solide et inébranlable pour nos âmes. En faisant ces choses, c’est-à-dire en les ajoutant l’une à l’autre, nous ne faillirons jamais, c’est-à-dire nous serons pour toujours exempts de chute.

C’est ainsi que cette seconde épître nous enseigne, ce que la première épître ne faisait pas, la manière dont nous pouvons atteindre sûrement les choses invisibles ; car ainsi «l’entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ nous sera richement donnée».

Ce royaume éternel appartient à tous les appelés et à tous les élus. Jamais il ne leur sera fermé, mais combien de différences pour ceux qui y ont part ! Les uns quittent ce monde dans le doute que jamais le «royaume éternel» leur soit ouvert. Ils ont vécu pour jouir du monde et des choses de la terre. Il faut quitter toutes ces choses pour entrer où ? Leur espérance n’a jamais saisi l’au-delà. Est-ce que leur incrédulité, leurs doutes et leurs angoisses changeront rien au plan de Dieu à leur égard ? Certes non ; mais la porte ne leur est pas largement ouverte ; tout au contraire ! J’ai dit souvent en citant ce passage : Il y a une riche entrée dans le «royaume éternel» et une chiche entrée. Cette dernière est celle où souvent, jusqu’au dernier moment, les âmes de chrétiens doutent d’être reçues ou se lamentent de ne l’être pas ; où on les entendra dire : «Le ciel est de plomb pour moi, sans un rayon de lumière !» Cet état d’âme est beaucoup plus fréquent qu’on ne le croit. Ils sont relativement rares, les chrétiens qui quittent ce monde, n’y ayant rien cherché, ni voulu, pour aborder le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ, où ils auront une riche entrée quand ils en franchiront les portes !

C’est pourquoi je m’appliquerai à vous faire souvenir toujours de ces choses, quoique vous les connaissiez et que vous soyez affermis dans la vérité présente. Mais j’estime qu’il est juste, tant que je suis dans cette tente, de vous réveiller en rappelant ces choses à votre mémoire, sachant que le moment de déposer ma tente s’approche rapidement, comme aussi notre Seigneur Jésus Christ me l’a montré ; mais je m’étudierai à ce qu’après mon départ vous puissiez aussi en tout temps vous rappeler ces choses (v. 12-15).

L’apôtre avait à coeur de rappeler ces choses aux chrétiens auxquels s’adressaient ses épîtres. Il n’avait plus que peu de temps à rester parmi eux, et il allait leur laisser dans ses épîtres un témoignage permanent des vérités que le Seigneur lui avait confiées à leur égard.

Nous profitons de ce passage pour faire ressortir un détail particulièrement intéressant des écrits de l’apôtre Pierre. Toutes les scènes concernant les gloires futures de Christ, auxquelles il a personnellement assisté, toutes les souffrances actuelles de son Sauveur bien-aimé, dont il a été, pour sa profonde humiliation, le témoin oculaire ; toutes les exhortations, les répréhensions, les encouragements qui lui ont été personnellement adressés, ont laissé des traces ineffaçables dans son coeur et ont porté des fruits bénis dans sa vie. C’est ainsi que dans notre passage il peut dire : «Sachant que le moment de déposer ma tente s’approche rapidement, comme aussi notre Seigneur Jésus Christ me l’a montré» (v. 14). L’apôtre pouvait calculer la date de cet événement d’après son âge, car il était «devenu vieux». Même la forme de son martyre, le Seigneur ne la lui avait pas cachée, mais ce qui lui importait avant tout c’est que les disciples du Seigneur fussent réveillés et pussent en tout temps se rappeler ces choses. Elles n’avaient pas seulement un effet momentané, leur importance était permanente, comme celle de toute la parole de Dieu.

Il n’est pas jusqu’aux mots : «Toi, suis-moi» en Jean 21:22, qui n’aient trouvé leur place dans ces épîtres. La première n’est-elle pas contenue tout entière, comme nous l’avons vu, dans cette parole : «L’obéissance de Jésus Christ».

Bien plus, son propre reniement du Sauveur, qu’il aimait de toute son âme, mais sans jamais s’être jugé lui-même, l’a rempli d’une telle horreur de ce péché, qu’il peut dire, en s’adressant au peuple : «Vous avez renié le Saint et le Juste» (Actes 3:14).

«Pais mes agneaux. Pais mes brebis», lui dit Jésus lors de sa restauration. Telle est la base de l’exhortation de Pierre aux anciens dans sa première épître (5:1-4).

Mais il est des scènes tout entières qui ont imprimé leur cachet indélébile sur l’âme de l’apôtre. À la révélation qui lui fut faite que Jésus était «le Christ, le Fils du Dieu vivant», le Seigneur lui révéla que sur ce Roc il bâtirait son Assemblée et que lui-même serait une pierre vivante dans cet édifice. C’est entièrement sur cette révélation qu’est bâtie, comme nous l’avons vu, l’exhortation contenue dans la première épître (2:4-10).

Nous allons aborder la seconde scène, celle de la transfiguration, mais avant toutes choses, signalons ce point capital que les souffrances de Christ sous tous leurs aspects divers, et telles qu’un témoin oculaire pouvait seul les avoir traversées en les faisant siennes de la manière la plus intime, remplissent toute la seconde partie de la première épître.

Car ce n’est pas en suivant des fables ingénieusement imaginées, que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, mais comme ayant été témoins oculaires de sa majesté. Car il reçut de Dieu le Père honneur et gloire, lorsqu’une telle voix lui fut adressée par la gloire magnifique : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir». Et nous, nous entendîmes cette voix venue du ciel, étant avec lui sur la sainte montagne (v. 16-18).

L’apôtre avait à faire connaître à ces chrétiens la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ et il en avait, par une grâce spéciale, été le témoin oculaire. Il ne s’agit pas ici de Sa venue pour enlever les saints, sujet auquel il ne fait qu’une allusion passagère au v. 19 et qui ne fait pas partie du ministère spécial de l’apôtre Pierre, mais il est question de sa venue en puissance pour établir son «royaume éternel», un royaume inébranlable. Les trois disciples avaient été choisis pour le voir et connaître de quoi il se composait. Ce n’était pas non plus le royaume terrestre millénaire juif, d’autant plus que leur foi les en séparait, le règne de justice institué par le jugement de tous les ennemis du Messie, un royaume à la fois de paix et de justice sur la terre ; c’était un règne de gloire et de communion dans le ciel, un règne où seront manifestées dans le secret de la maison du Père, dans la nuée, les plus secrètes pensées du Père à l’égard du Fils, la place unique que Celui-ci occupe dans son coeur. Pierre avait été témoin oculaire de ces choses. À ses yeux s’était déployée la majesté de Celui qu’il avait suivi dans son humilité ici-bas. Il l’avait vu recevoir de Dieu le Père, honneur (à l’encontre du déshonneur que les hommes avaient accumulé sur lui) et gloire (à l’encontre de son humiliation ici-bas) quand, du sein de la gloire magnifique, avait été proclamé le bon plaisir du Père en lui et la place unique, future et céleste qui serait la sienne. Pierre et ses compagnons avaient entendu cette voix venue du ciel étant avec Lui sur la sainte montagne. Rien n’avait manqué à ce témoignage.

Et nous avons la parole prophétique rendue plus ferme, à laquelle vous faites bien d’être attentifs, comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu’à ce que le jour ait commencé à luire et que l’étoile du matin se soit levée dans vos coeurs (v. 19).

De cette manière la «parole prophétique» était rendue plus ferme pour les saints auxquels Pierre s’adressait. Cette vision des disciples avait confirmé tout ce que les prophètes avaient annoncé, le condensant, pour ainsi dire, dans un tableau unique où chaque chose était située à sa place. L’apôtre ne dit pas que la prophétie fût le point capital de ce que la Parole leur annonçait, car il y avait des choses plus élevées et plus précieuses encore que le royaume ou «la puissance et la venue». Seulement la prophétie qui les annonçait était rendue plus ferme par cette vision. Elle était une lampe, comme toute prophétie (et non pas une étoile) qui illuminait le lieu obscur, qui faisait comprendre et ressortir les ténèbres et éclairait le sentier du chrétien afin qu’il pût se mettre en garde contre leurs pièges. Cette lampe prophétique n’était certes pas indifférente et la transfiguration la rendait plus distincte, mais il y avait une autre lumière que la lampe prophétique, une lumière émanant d’un astre, de Christ lui-même comme étoile du matin. Ce n’était pas la lampe, ce n’était pas même le soleil de justice du royaume futur, c’était l’étoile du matin, une lumière de grâce pure émanant de Lui seul, la lumière de l’amour, la lumière d’un Christ qui vient recueillir les siens ! Cette lumière, en contraste avec la lampe, était celle qui annonce le jour prêt à luire, l’avant-coureur de ce jour, l’étoile du matin levée dans leurs coeurs. Ces chrétiens ne l’avaient pas plus que tout le reste, mais leurs coeurs l’avaient, car ils possédaient toutes leurs bénédictions sans les toucher de la main.

L’étoile du matin, dans leurs coeurs, était la révélation donnée à Paul pour les croyants, donnée aussi à Jean dans l’Apocalypse, donnée ici à Pierre, la grande vérité qui fait palpiter d’espérance les âmes de tous les saints. Elle appartenait aussi à ces chrétiens qui n’avaient rien d’autre que l’espérance qui s’attache à Christ pour être fermement soutenus et encouragés dans leur précieuse foi.

Sachant ceci premièrement, qu’aucune prophétie de l’Écriture ne s’interprète elle-même. Car la prophétie n’est jamais venue par la volonté de l’homme, mais de saints hommes de Dieu ont parlé, étant poussés par l’Esprit Saint (v. 20-21).

Ce sujet prophétique capital pour le ministère de Pierre : la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, sujet en même temps si important pour les chrétiens auxquels il écrit, amène l’apôtre à dire : «Sachant ceci, premièrement, qu’aucune prophétie de l’Écriture ne s’interprète elle-même». Il est à noter que l’apôtre n’exclut aucune prophétie contenue dans la Parole écrite. À ce sujet nous transcrirons la note suivante qui nous semble donner l’interprétation claire et complète de ce passage : «Aucune prophétie de l’Écriture n’est d’une interprétation particulière, c’est-à-dire ne s’explique par sa propre signification, comme une sentence humaine ; elle doit être comprise par et selon l’Esprit qui l’a dictée. La «prophétie» est, ainsi que je l’entends, le sens de la prophétie, la chose que la prophétie avait en vue. Or, ce sens de la prophétie (la prophétie), on ne le trouve pas par une interprétation humaine d’un passage isolé qui a sa propre signification, sa propre solution et son propre sens, comme si un homme l’exprimait ; car la prophétie est une partie de la pensée de Dieu exprimée en parole, selon que de saints hommes, poussés par l’Esprit Saint ont parlé. L’apôtre, par la «prophétie de l’Écriture», entend la chose prophétisée, sans perdre l’idée du passage qui l’exprime».

Cela n’avait donc rien à faire avec la volonté de l’homme, indiquant les conséquences d’un événement présent, dans un avenir plus ou moins éloigné, ou, comme on le voit tous les jours dans les journaux, les faits futurs que les faits actuels permettent à la raison de l’homme qui réfléchit de diagnostiquer. Mais c’était l’Esprit Saint qui parlait par la bouche des saints hommes de Dieu.

2                    CHAPITRE 2

Or il y a eu aussi de faux prophètes parmi le peuple, comme aussi il y aura parmi vous de faux docteurs qui introduiront furtivement des sectes de perdition, reniant aussi le Maître qui les a achetés, faisant venir sur eux-mêmes une prompte destruction ; et plusieurs suivront leurs excès : et à cause d’eux la voie de la vérité sera blasphémée ; et, par cupidité, ils feront trafic de vous avec des paroles artificieuses ; mais leur jugement, dès longtemps, ne demeure pas oisif, et leur destruction ne sommeille pas (v. 1-3).

La seconde partie de l’épître que nous abordons avec ce chapitre, traite, comme nous l’avons déjà remarqué, du gouvernement du monde chrétien en opposition avec le gouvernement de la maison de Dieu, présenté dans la première épître.

En contraste avec les «saints hommes de Dieu» dont il vient de parler, l’apôtre annonce qu’il y aura parmi les chrétiens de faux docteurs, comme il y eut jadis de faux prophètes parmi le peuple juif. Pour en donner un exemple, il suffit de mentionner l’histoire de 1 Rois 22. Nous ne citons pas Balaam qui, d’une part ne faisait pas partie du peuple, et d’autre part n’est pas appelé un faux prophète, mais un prophète.

À ces faux prophètes, l’apôtre oppose les faux docteurs des débuts du christianisme se présentant au milieu des fidèles et introduisant furtivement des «sectes de perdition». Ces sectes de perdition pullulent aujourd’hui dans la chrétienté professante, comme elles firent autrefois leurs ravages parmi les chrétiens sortis du judaïsme. Leur caractère était de s’attaquer à la personne même du Sauveur. Ils reniaient Christ, le Maître qui les avait achetés (non pas rachetés) et avait étendu sa puissance sur eux pour prendre possession d’eux comme faisant partie de son peuple. Ces gens-là seraient voués à une «prompte destruction». Je ne doute pas qu’après le départ des apôtres les choses ne se soient passées ainsi au milieu de ces juifs professant le christianisme. Il se trouvait parmi eux des docteurs, portant le nom de chrétiens, qui reniaient Christ comme étant Fils de Dieu ; leur nombre a-t-il diminué aujourd’hui ? Le grand point, c’est que leur jugement comme corrompant la vérité ne se fera pas attendre.

Car, si Dieu n’a pas épargné les anges qui ont péché, mais, les ayant précipités dans l’abîme, les a livrés pour être gardés dans des chaînes d’obscurité pour le jugement ; — et s’il n’a pas épargné l’ancien monde, mais a préservé Noé, lui huitième, prédicateur de justice, faisant venir le déluge sur un monde d’impies ; — et si, réduisant en cendres les villes de Sodome et de Gomorrhe, il les a condamnées par une totale subversion, les établissant pour être un exemple à ceux qui vivraient dans l’impiété... (v. 4-6).

Tout ce passage fait ressortir la justice du gouvernement de Dieu envers les méchants. Il commence par les anges qui n’ont pas gardé leur origine (comp. Gen. 6:2 et Jude v. 6) ; il la montre ensuite lors du déluge, dont il a déjà parlé dans sa première épître (3:20). Noé était un «prédicateur de justice», en contraste avec le monde impie ; il annonçait la justice de Dieu en jugement. Le troisième exemple nous le voyons en Sodome et Gomorrhe, dont Dieu fait un exemple pour ceux qui vivent dans l’impiété. De ces trois exemples, deux, les anges et les hommes, n’ont pas «gardé leur origine», le troisième, lors du déluge, comprend la méchanceté incurable de l’homme et l’impiété qui ne tient aucun compte des relations de l’homme avec Dieu.

Et s’il a délivré le juste Lot, accablé par la conduite débauchée de ces hommes pervers, (car ce juste qui habitait parmi eux, les voyant et les entendant, tourmentait de jour en jour son âme juste à cause de leurs actions iniques), — (v. 7-8).

L’Esprit cite ici le cas de Lot, l’appelant le juste Lot qui tourmentait son âme juste. Dieu tient compte de la justice que sa grâce avait donnée à Lot et qui prime toute autre chose, alors même que ce juste ait dû porter ici-bas, jusqu’au bout, le jugement terrible de son entraînement vers le monde, — et de la convoitise des yeux qui lui fit préférer les choses visibles à la communion secrète avec le Seigneur.

Le Seigneur sait délivrer de la tentation les hommes pieux, et réserver les injustes pour le jour du jugement, pour être punis (v. 9).

L’apôtre insiste sur le cas de Lot, parce que, à travers tous ses tristes manquements, il tenait compte de la sainteté de Dieu qu’il connaissait, tandis que les injustes sont réservés pour le jugement. N’oublions pas que si Abraham et Lot ont été amenés, par la grâce de Dieu, par la foi, au même résultat, celui d’attendre avec certitude une meilleure patrie qui ne fera jamais défaut à ceux qui ont cru, il n’y a cependant aucune comparaison possible entre ces deux hommes quant à la jouissance des choses célestes. Abraham se tenait sur la montagne avec l’Éternel, jouissant d’une communion ininterrompue avec lui, capable d’intercéder pour les pécheurs et de venir en aide à ses frères. Abraham avait l’oreille de Dieu, si j’ose m’exprimer ainsi. Lot, sans communion avec le Seigneur, «tourmentait de jour en jour son âme juste» à cause des actions iniques des hommes qui l’entouraient.

De pareils exemples n’appartiennent pas seulement aux temps d’autrefois ; nous les voyons se répéter continuellement dans les jours que nous traversons. Une vie occupée des intérêts de la terre, alors même que l’on a la conscience d’appartenir au Seigneur, imprime à la piété un cachet de souffrance. L’âme est plus occupée du tort fait au Seigneur par l’incrédulité ambiante que des privilèges merveilleux dont elle pourrait jouir en vivant dans un milieu qu’elle sait lui appartenir en propre et qui va devenir pour elle «le royaume éternel de notre Seigneur Jésus Christ». D’un côté l’âme tourmentée chaque jour par la vue du mal, de l’autre côté l’âme élevée par la foi au-dessus de cette atmosphère empoisonnée, et jouissant de l’avant-goût des choses éternelles, tels sont les traits qui caractérisent aussi bien les chrétiens d’aujourd’hui que ceux du temps de l’apôtre Pierre.

Mais spécialement ceux qui suivent la chair dans la convoitise de l’impureté et qui méprisent la domination. Gens audacieux, adonnés à leur sens, ils ne tremblent pas en injuriant les dignités, tandis que les anges, plus grands en force et en puissance, ne portent pas contre elles de jugement injurieux devant le Seigneur. Mais ceux-ci, comme des bêtes sans raison, purement animales, nées pour être prises et détruites, parlant injurieusement dans les choses qu’ils ignorent, périront aussi dans leur propre corruption, recevant la récompense de l’iniquité (v. 10-13).

L’apôtre résume sous deux chefs les causes du jugement de ces hommes : 1° Ils suivent la chair dans la convoitise de l’impureté. Or combien ce fait est fréquent et, dirai-je, journalier, dans les rapports religieux entre les hommes ; 2° ils méprisent la domination et ne tremblent pas en injuriant les dignités. C’est ce dernier point sur lequel (v. 11-12) l’apôtre insiste maintenant. Jude, parlant d’un temps postérieur, dit les mêmes choses et, en plusieurs cas, dans les mêmes termes. (*) Il est remarquable de voir avec quelle indignation la corruption de la fin est stigmatisée dans ces deux épîtres. Il semble même que ces deux choses : la corruption morale et le mépris de l’autorité sont haïes de Dieu au même degré. Ce dernier point n’est-il pas ce qu’on trouve aujourd’hui dans les états qui, comme la Russie, devancent pour ainsi dire la décomposition morale des derniers jours ?

(*) Ne pensant pas revenir sur ce sujet, nous renvoyons le lecteur au traité intitulé : «L’Épître de Jude ou les derniers jours de la Chrétienté» par H. R.

Ceux-ci, dit l’apôtre, «périront dans leur propre corruption». Quel sort ! Porter, jusque dans les tourments d’au-delà, la corruption dans laquelle on s’était vautré et qui s’attache, avec tous ses dégoûts et toute son horreur, à la chair ressuscitée, à travers les temps éternels, où seul subsistera l’amer et éternel dégoût de toutes les choses que l’on avait trouvées désirables sur la terre !

Estimant plaisir les voluptés d’un jour ; — des taches et des souillures, s’abandonnant aux délices de leurs propres tromperies tout en faisant des festins avec vous ; ayant les yeux pleins d’adultère, et ne cessant jamais de pécher ; amorçant les âmes mal affermies, ayant le coeur exercé à la cupidité, enfants de malédiction (v. 13,14).

Ils avaient estimé plaisir les voluptés d’un jour ; que sera leur réveil pour l’éternité quand il n’y aura plus de voluptés à goûter et que tout ce qu’on aura désiré et poursuivi, vous fera horreur ! Avec cela ces hommes font des festins avec les croyants et trouvent leurs délices à les tromper, apportant, dans le commerce avec eux, leurs yeux pleins d’adultère et amorçant les âmes mal affermies qu’ils réussissent à induire en tentation.

Ayant laissé le droit chemin, ils se sont égarés, ayant suivi le chemin de Balaam, fils de Bosor, qui aima le salaire d’iniquité ; mais il fut repris de sa propre désobéissance : une bête de somme muette, parlant d’une voix d’homme, réprima la folie du prophète (v. 15-16).

Leur chemin est l’abandon du droit chemin ; ils se sont égarés. Tel était Balaam, fils de Bosor. Il est dit de lui, non qu’il fût un faux prophète, mais un prophète atteint de folie. Ce qui le caractérisait, c’est 1° qu’il aima le salaire d’iniquité ; 2° qu’il marcha dans la désobéissance, 3° que sa folie fut réprimée avec une voix d’homme par une bête de somme muette.

Ce sont des fontaines sans eau et des nuages poussés par la tempête, des gens à qui l’obscurité des ténèbres est réservée pour toujours ; car, en prononçant d’orgueilleux discours de vanité, ils amorcent par les convoitises de la chair, par leurs impudicités, ceux qui avaient depuis peu échappé à ceux qui vivent dans l’erreur ; — leur promettant la liberté, eux qui sont esclaves de la corruption ; car on est esclave de celui par qui on est vaincu (v. 17-19).

Qu’y a-t-il de plus inutile que des fontaines sans eau ? de plus décevant que des nuages, poussés par la tempête qui les disperse et les anéantit ? Quel sort plus terrible que d’être plongé pour toujours dans l’obscurité des ténèbres ? Le verset 18 nous parle de l’action de ces hommes sur ceux qui avaient depuis peu échappé à ceux qui vivent dans l’erreur. Ce n’est pas à des croyants expérimentés que ces gens s’adressent, sachant qu’ils y perdraient leurs peines, mais aux novices, en sorte que, tentés par les convoitises, ils succombent. Les convoitises de la chair, les impudicités jouent un très grand rôle dans les séductions de ces hommes impies. Ils promettent la liberté à ceux qu’ils séduisent, tandis qu’eux-mêmes sont esclaves de la corruption qui les a vaincus et asservis !

Car, si, après avoir échappé aux souillures du monde par la connaissance du Seigneur et Sauveur Jésus Christ, étant de nouveau enlacés, ils sont vaincus par elles, leur dernière condition est pire que la première ; car il leur eût mieux valu n’avoir pas connu la voie de la justice, que de se détourner, après l’avoir connue, du saint commandement qui leur avait été donné ; mais ce que dit le proverbe véritable leur est arrivé : Le chien est retourné à ce qu’il avait vomi lui-même, et la truie lavée, à se vautrer au bourbier (v. 21-22).

Ces paroles s’adressent à ceux qui, parmi ces chrétiens juifs, avaient eu, comme en Héb. 6:4-6, la connaissance du Seigneur et Sauveur Jésus Christ et avaient, par ce fait, échappé aux souillures du monde. Rien, en effet, n’exerce une influence plus bénie sur l’âme attirée vers la vérité, que de se trouver en contact, même extérieur, avec Celui qui représente la pureté parfaite. Ils échappent de cette manière, ne fût-ce que momentanément, à l’influence de la corruption ambiante. Les choses excellentes, telles que la «participation à l’Esprit Saint» ne leur sont point étrangères, mais ensuite ils retombent sous un joug dont ils n’avaient été délivrés que d’intention, et leur dernière condition est pire que celle où, enlacés par ces souillures, ils étaient encore ignorants de la purification. Il leur eût mieux valu n’avoir pas connu un chemin dont le péché est absent (chemin que connaissent les rachetés de Jésus Christ) que de se détourner après avoir connu la voie du «saint commandement» : «Soyez saints, car moi je suis saint».

Il y avait donc eu, chez ces disciples, la connaissance de la sainteté en quittant l’impureté, il y avait eu un commandement qui les mettait à l’abri, une obéissance momentanée et la jouissance qu’elle apporte à l’âme, puis ils avaient prêté l’oreille au mal et au péché, croyant obtenir ainsi la liberté, et étaient redevenus esclaves de l’impureté plus qu’auparavant. Leur sort était pire. Leur état naturel n’avait pas été changé par la connaissance et même la jouissance de choses meilleures. Il en est de même du chien retournant à son vomissement, ou de la truie trouvant plus de délices à se vautrer dans le bourbier, qu’à être lavée de ses souillures.

Tout cela soulève une sainte indignation chez l’apôtre, quand il compare toute cette souillure, à caractère essentiellement judaïque, avec le prix, l’éclat, la sainteté pratique que l’oeuvre du Seigneur et Sauveur Jésus Christ apportait aux croyants. Jude applique ces mêmes vérités aux nations ; mais, chez l’un comme chez l’autre, l’horreur du mal va croissant à mesure que se dessinent les temps de la fin.

3                    CHAPITRE 3

Je vous écris déjà, bien-aimés, cette seconde lettre ; et, dans l’une et dans l’autre, je réveille votre pure intelligence, en rappelant ces choses à votre mémoire, afin que vous vous souveniez des paroles qui ont été dites à l’avance par les saints prophètes, et du commandement du Seigneur et Sauveur par vos apôtres (v. 1, 2).

L’apôtre a pour but de réveiller la pure intelligence des saints, une intelligence qui vient de Dieu, en leur rappelant ces choses par ses deux épîtres. Ce n’est pas une révélation nouvelle qu’il leur donne, mais il leur rappelle les choses que les saints prophètes de l’Ancien Testament leur avaient dites d’avance au sujet des temps de la fin ainsi que le saint commandement que le Seigneur et Sauveur leur avait donné par ses apôtres, en vue des derniers temps, afin qu’ils fussent sur leurs gardes en présence des temps périlleux de la fin. Ainsi prophètes et apôtres étaient parfaitement d’accord sur le caractère des derniers jours que nous traversons, tandis que c’est précisément le contraire qui est annoncé dans la chrétienté d’aujourd’hui. Pauvre monde trompé par l’ennemi, et prêtant l’oreille à toutes les voix qui lui annoncent une amélioration graduelle de l’état actuel des choses, et de l’état des hommes au milieu de ces circonstances.

Sachant tout d’abord ceci, qu’aux derniers jours des moqueurs viendront, marchant dans la moquerie selon leurs propres convoitises et disant : Où est la promesse de sa venue ? Car, depuis que les pères se sont endormis, toutes choses demeurent au même état dès le commencement de la création (v. 3, 4).

Ce qui caractérisait avant tout le monde des derniers jours, c’était la moquerie. Ces gens marchaient, selon leurs propres convoitises, dans la moquerie, disant : Où est la promesse de Sa venue ? La moquerie n’est pas l’attaque, sous forme de plaisanterie, des vérités divines ; mais, du moment que la Parole était laissée de côté, ce que suppose ce terme de «moquerie» , où était la preuve de la promesse de sa venue ? Il n’y en avait aucune. La moquerie est tout simplement l’abandon de la Parole. Elle avait pour origine le fait que les hommes ne voulaient pas abandonner leurs convoitises. Comment pourraient-ils les maintenir, si le monde courait à sa perte ?

Si la venue du Seigneur était réelle, la fin devait, en effet, être proche. Mais cette venue était-elle réelle ? En faisant abstraction de la Bible, les choses avaient-elles changé dès le commencement de la création ? Que disait la science ? Ne prouvait-elle pas, affirmaient ces moqueurs, qu’aucun cataclysme général n’avait eu lieu depuis le commencement de la création ? Mais

ils ignorent volontairement ceci, que, par la parole de Dieu, des cieux subsistaient jadis, et une terre tirée des eaux et subsistant au milieu des eaux, par lesquelles le monde d’alors fut détruit, étant submergé par de l’eau. Mais les cieux et la terre de maintenant sont réservés par sa Parole pour le feu, gardés pour le jour du jugement et de la destruction des hommes impies (v. 5-7).

Leur ignorance volontaire était que, selon la parole de Dieu, le monde subsistait autrefois tiré des eaux et que le déluge arriva, submergeant toutes choses, dès que l’équilibre des éléments fut rompu. Mais un nouveau cataclysme est suspendu sur le monde. Les cieux et la terre actuels sont réservés pour le feu selon la Parole à laquelle ces gens ne croient pas. Tel sera le jugement sous lequel ces hommes impies, qui se sont moqués de Dieu, devront périr.

Mais n’ignorez pas cette chose, bien-aimés, c’est qu’un jour est devant le Seigneur comme mille ans, et mille ans comme un jour. Le Seigneur ne tarde pas pour ce qui concerne la promesse, comme quelques-uns estiment qu’il y a du retardement ; mais il est patient envers vous, ne voulant pas qu’aucun périsse, mais que tous viennent à la repentance (v. 8, 9).

Quant au temps où ces choses auront lieu, il ne faut pas oublier que, devant le Seigneur, le temps ne compte pas. Quant aux promesses faites aux siens, Dieu ne tarde pas, mais il est plein de patience envers le monde et nous, ses rachetés, nous pouvons partager sa patience, car il ne veut pas qu’aucun périsse, mais que tous arrivent à la repentance. Voilà pourquoi il attend.

Or le jour du Seigneur viendra comme un voleur ; et, dans ce jour-là, les cieux passeront avec un bruit sifflant, et les éléments embrasés seront dissous, et la terre et les oeuvres qui sont en elle seront brûlées entièrement (v. 10).

Les gens dont l’apôtre parle se moquaient de la promesse de sa venue autant, sans doute, pour ce qui concernait les saints, car ils parlaient des pères qui s’étaient endormis (v. 4) , que pour ce qui concernait le monde. Ils niaient la venue du Seigneur pour ses bien-aimés, et niaient aussi sa venue en jugement sur le monde. Or c’est ce second acte qui constitue le sujet spécial de la second épître de Pierre. Mais, dit l’apôtre, le jour du Seigneur, ce second acte de sa venue, quand il viendra, non plus pour enlever les saints à sa rencontre, mais quand il viendra avec eux pour exercer le jugement sur le monde, ce jour, dit-il, viendra comme un voleur. Cela est déclaré quant au protestantisme dégénéré en Apoc. 3:3. C’est le jugement des vivants décrit en Apoc. 19:11-18. Seulement, quand l’apôtre aborde le sujet du jugement, il étend cet événement jusqu’au moment où, après le millénium, dont il ne dit pas même un mot ici, les cieux passeront avec un bruit sifflant et les éléments embrasés seront dissous, et la terre et les oeuvres qui sont en elle seront brûlées entièrement. Rien ne restera de toutes les oeuvres que les hommes ont accumulées sur la terre, espérant sans doute qu’il en survivrait quelque témoignage durable. Rien ! car le jugement atteindra le tout. Comme explication de cette omission complète du millénium dans ce passage, il est bon de rappeler que ce sujet a été traité en détail comme une révélation spéciale faite à l’apôtre, dans le premier chapitre de cette épître où l’apôtre montre aux chrétiens, auxquels il s’adresse, avec quel soin il leur avait fait connaître, comme témoin oculaire, la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ. Il était ainsi d’autant plus autorisé à rejoindre dans notre passage la venue du Seigneur avec le jour du Seigneur.

Toutes ces choses devant donc se dissoudre, quelles gens devriez-vous être en sainte conduite et en piété, attendant et hâtant la venue du jour de Dieu, à cause duquel les cieux en feu seront dissous et les éléments embrasés se fondront (v. 11-12).

Après avoir fait mention de ces moqueurs incrédules, l’apôtre se tourne maintenant vers les saints auxquels cette épître est adressée. Quel effet, leur dit-il, doit produire sur vous le fait que toutes choses doivent se dissoudre ? Cette vérité n’aura-t-elle pas d’influence sur vous (comme aussi sur nous tous) en produisant chez vous une conduite sainte et la piété, deux choses sur lesquelles les deux épîtres de Pierre insistent en représentant le chrétien comme n’ayant rien dans ce monde, et marchant vers l’avenir éternel qu’il n’atteindra que lorsque Jésus sera manifesté. C’est ainsi, dit l’apôtre, que vous êtes appelés à attendre et à hâter la venue du jour de Dieu. Entre la venue du Seigneur et le jour de Dieu, il n’y a pour vous aucun intervalle. À Sa venue vous serez entrés enfin dans la pleine réalisation des choses invisibles. Ce qui pour vous jusqu’ici n’était qu’un salut d’âmes, sera devenu la jouissance et l’entrée en possession d’un présent éternel !

C’est pour amener ce jour de Dieu, ce temps éternellement présent, que les éléments embrasés se fondront ; le règne de mille ans n’étant qu’un intermède merveilleux destiné à établir le royaume de Christ et l’exécution absolue de toutes les promesses. C’est à ces temps éternels que vous êtes, que nous sommes tous destinés ; c’est pour les hâter que nous tous avons à marcher comme appartenant au jour de Dieu.

Mais, selon sa promesse, nous attendons de nouveaux cieux et une nouvelle terre, dans lesquels la justice habite (v. 13).

Dieu nous a fait une promesse qui ne peut nous tromper. À ces temps éternels appartiennent de nouveaux cieux et une nouvelle terre (non pas une terre millénaire nettoyée) que nous attendons et dans lesquels la justice habite. Cette justice régnera pendant le règne de mille ans ; pour nous elle habitera dans l’éternité ; pour Dieu dont l’existence est au-dessus de toutes ces choses, elle habite dans le temps éternel. En ce temps tout correspondra parfaitement à toutes les exigences de la sainteté de Dieu, à l’absence absolue de péché, au caractère du Dieu éternel !

C’est pourquoi, bien-aimés, en attendant ces choses, étudiez-vous à être trouvés sans tache et irréprochables devant lui, en paix (v. 14).

La conséquence pour nous, c’est que, attendant que toutes choses doivent se dissoudre et aspirant aux choses définitives, nous devons être trouvés en accord avec elles : sans tache : pureté parfaite ; irréprochables : communion parfaite ; en paix : sans qu’une question puisse être soulevée entre nous et Dieu. Combien nous sommes éloignés d’une telle perfection pratique, et cependant Dieu l’attend de nous, et nous y encourage. Aussi j’aime cette expression : «Étudiez-vous à être trouvés». Arrivés au but, supporterons-nous que Dieu admette en Sa présence ce qui ne serait pas parfait et ne correspondrait pas de tout point à son caractère ?

Et estimez que la patience de notre Seigneur est salut, comme notre bien-aimé frère Paul aussi vous a écrit selon la sagesse qui lui a été donnée, ainsi qu’il le fait aussi dans toutes ses lettres, où il parle de ces choses, parmi lesquelles il y en a de difficiles à comprendre, que les ignorants et les mal affermis tordent, comme aussi les autres écritures, à leur propre destruction (v. 15-16).

Telle est donc notre condition pratique devant une apparence de retardement. La parole de Dieu tout entière prononce à nos oreilles et dans nos coeurs ce mot : salut, et cela est d’autant plus remarquable que cette épître nous parle avec une sainte indignation du caractère des méchants de la fin. Nous nous réjouissons donc d’être en pleine communion avec la pensée du Seigneur. Ici l’apôtre exprime la même communion de pensées sur ce sujet avec le «bien-aimé frère Paul». Ce dernier avait écrit aux Hébreux, à ces mêmes croyants, selon la sagesse qui lui était donnée et ses écrits en général contenaient des choses difficiles à comprendre, tordues par les ignorants et les mal affermis, à leur propre destruction, comme ils le faisaient avec les autres Ecritures. Ainsi les écrits de Paul faisaient partie des Écritures, mais il y en avait aussi d’autres, telles que les Évangiles, les Actes, Jacques, Jude, Jean et l’Apocalypse. Ce passage a d’autant plus d’importance qu’il réduit à néant toutes les idées rationalistes sur le prétendu antagonisme entre les deux apôtres Pierre et Paul.

Vous donc, bien-aimés, sachant ces choses à l’avance, prenez garde, de peur qu’étant entraînés par l’erreur des pervers, vous ne veniez à déchoir de votre propre fermeté ; mais croissez dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ. À Lui la gloire, et maintenant et jusqu’au jour d’éternité ! Amen (v. 17, 18).

Les croyants, sachant ces choses, sont exhortés, à leur tour, à n’être pas entraînés par l’erreur des pervers et à ne pas perdre la fermeté qui les avait caractérisés jusqu’alors. Le moyen de résister et de ne pas rester stationnaires, car la station est déjà un recul, c’était de croître dans deux directions : l° dans la grâce, 2° dans la connaissance de cette chose merveilleuse : la personne de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ. C’était ce que David lui-même avait désiré : «J’ai demandé une chose à l’Éternel, je la rechercherai : c’est que j’habite dans la maison de l’Éternel, tous les jours de ma vie, pour voir la beauté de l’Éternel, et pour m’enquérir diligemment de lui dans son temple» (Ps. 27:4). L’apôtre termine par cette précieuse doxologie : «À Lui la gloire, et maintenant et jusqu’au jour d’éternité. Amen !» introduisant ainsi ses frères bien-aimés dans la jouissance des choses éternelles !