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ÉTUDE sur les Chapitres 11-13 de l’épître aux Hébreux
par Henri Rossier
ME 1907 p.208 et suiv. et ME 1908 p. 7 et suiv. — 2ème édition, 1937
Table des matières abrégée :
1 Remarques préliminaires (choses invisibles et foi, responsabilité et grâce)
2 Hébreux 11:1-7 : ce qu’est la foi
3 Hébreux 11:8-23: la marche de la foi
4 Hébreux 11:23-27 : l’énergie de la foi, spécialement en temps de ruine
5 Hébreux 11:28-29 : la soumission de la foi
6 Hébreux 11:30-38 : Encore des obstacles dressés par Satan, mais Christ est là
7 Hébreux 11:39-12:3. Le lien entre les ch. 11 et 12
9 Hébreux 12:18-24. Les choses auxquelles nous sommes parvenus
10 Hébreux 12:25-29. Danger de la simple profession chrétienne, recevoir le royaume inébranlable
Table des matières détaillée :
1 Remarques préliminaires (choses invisibles et foi, responsabilité et grâce)
2 Hébreux 11:1-7 : ce qu’est la foi
2.1 Caractère de la foi reçue dans le cœur : conviction de ce qu’on espère
2.2 Les grands principes à la base de l’activité de la foi
2.2.1 1er principe : confiance en la Parole de Dieu (malgré les impossibilités)
2.2.2 2ème principe : la foi s’approche de Dieu par Christ
2.2.3 3ème principe : l’attente de la venue du Seigneur
2.2.4 4ème principe : connaissance du jugement à venir et témoignage qui lui est rendu
3 Hébreux 11:8-23: la marche de la foi
3.1 Abraham : obéissance à l’appel de Dieu, séparation du monde pour saisir l’espérance, patience
3.2 Sara : La foi qui s’attache à une impossibilité
3.3 La foi s’affirme en présence de la mort
3.4 Héb. 11:17-20. La foi répond à l’épreuve. La foi aux prises avec la mort
3.4.3 La foi tient la mort pour rien
4 Hébreux 11:23-27 : l’énergie de la foi, spécialement en temps de ruine
4.1 Les épîtres de la ruine, 2 Timothée et 2 Pierre
4.3 L’énergie de la foi de Moïse : elle refuse, choisit, estime, quitte
5 Hébreux 11:28-29 : la soumission de la foi
5.1 La Pâque et l’aspersion du sang
5.2 Le passage de la mer Rouge
5.3 Le Jourdain par rapport à la mer Rouge
6 Hébreux 11:30-38 : Encore des obstacles dressés par Satan, mais Christ est là
6.3 Héb. 11:32-38: le combat de la foi (en temps de ruine – Juges - lutte contre l’oppression)
7 Hébreux 11:39-12:3. Le lien entre les ch. 11 et 12
7.1 Héb. 11:39, 40. Le lien entre les témoins de l’Ancien Testament et du Nouveau Testament
8.1 Ch. 12:4-10 : la discipline
8.1.1 De nouveau le combat de la foi
8.1.2 La discipline est nécessaire. Discipline et châtiment
8.1.3 Ne pas mépriser la discipline ni perdre courage
8.1.5 Ch. 12:11. Autre fruit de la discipline : justice et paix
8.2 Ch. 12:12 : obligations envers la famille chrétienne
8.2.1 Responsabilité vis-à-vis des autres
8.2.2 Ch. 12:13. Marche droite
8.2.3 Ch. 12:14. Poursuivre la paix
8.2.4 Ch. 12:15. 1er danger : manquer de la grâce
8.2.5 Ch. 12:16-17. 2ème danger : les racines d’amertume
8.2.6 3ème danger : abandon des privilèges et droit de premier-nés
9 Hébreux 12:18-24. Les choses auxquelles nous sommes parvenus
9.1 Ch. 12:18-21. La montagne de Sinaï
9.2.2 La cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste
9.2.3 Des myriades d’anges, l’assemblée universelle
9.3.1 L’assemblée des premiers-nés écrits dans les cieux
9.3.3 Les esprits des justes consommés [= rendus parfaits]
9.4.1 Jésus médiateur d’une nouvelle alliance
9.4.2 Le sang d’aspersion qui parle mieux qu’Abel
10 Hébreux 12:25-29. Danger de la simple profession chrétienne, recevoir le royaume inébranlable
10.1 Ch. 12:25. Écouter Christ parlant des cieux
10.2 Ch. 12:26. La terre secouée / purifiée
10.3 Ch. 12:27. Promesses des choses immuables
10.4 Ch. 12:28. Recevoir un royaume inébranlable
10.6 Ch. 12:29. Notre Dieu est un feu consumant
11.1 Ch. 13:1-2. Que l’amour fraternel demeure
11.2 Ch. 13:3. Les prisonniers
11.4 Ch. 13:5-6. Contents de ce qu’on a présentement
12.2 Gouvernement de Dieu en grâce
12.3 Ch. 13:7. Imiter la foi des conducteurs
12.4 Ch. 13:8-9. Jésus Christ le Même
12.5 Ch. 13:10-12. Laisser le culte juif
12.5.2 La fin du judaïsme. Le grand jour des propitiations
12.6 Ch. 13:13-14. Sortons vers lui hors du camp
12.7 Ch. 13:15. Sacrifices de louanges
13.1 Ch. 13:17. Obéissance aux conducteurs vivants
13.2 Ch. 13:18-19. Intercéder pour les autres
13.3.1 Le grand Pasteur des brebis
13.3.2 Accomplis en toute bonne œuvre
13.4 Ch. 13:22. Supporter l’exhortation
13.5 Ch. 13:23-25. Salutations
Au chap. 10:19-22, l’apôtre avait fait en quelques mots le résumé de tout le contenu de son épître ; il montre, au chap. 11, que la foi seule peut réaliser les choses dont l’Esprit nous a entretenus. Toute cette épître avait présenté aux chrétiens sortis du judaïsme le contraste entre les choses auxquelles ils étaient arrivés et celles qu’ils avaient abandonnées. Au lieu d’un Messie visible sur la terre, ils avaient un Christ céleste, assis à la droite de Dieu, invisible aux yeux de la chair. Il en était de même de tout le système de la loi avec sa sacrificature et ses sacrifices, qui ne pouvaient ni ôter les péchés, ni frayer l’accès jusqu’à Dieu. Toutes ces choses étaient remplacées par un seul sacrifice, par un seul souverain sacrificateur céleste et invisible, et par l’accès, à travers le voile déchiré, jusqu’au trône de grâce, c’est-à-dire au propitiatoire établi dans le ciel. Au lieu du Sinaï, ils avaient la montagne de Sion ; au lieu de la Jérusalem terrestre, une Jérusalem céleste ; au lieu de la congrégation d’Israël, celle des premiers-nés écrits dans les cieux. Nous ne faisons cette remarque, sur laquelle nous reviendrons plus tard en détail, que pour montrer le contraste absolu établi dans cette épître, par voie d’analogie, entre le judaïsme et le christianisme. En place donc des choses visibles du premier, celles qui appartenaient au christianisme étaient invisibles, spirituelles, et ne pouvaient être saisies que par la foi.
Mais, de plus, au chap. 11, l’apôtre nous montre que, dès les temps les plus anciens, l’activité de la foi s’était développée en rapport avec les choses invisibles. Cela était de toute importance pour les chrétiens hébreux. Rien ne pouvait faire écrouler tout le système religieux auquel leur cœur naturel aurait eu quelque velléité de retourner, comme le fait que, pour les croyants juifs eux-mêmes, les choses visibles n’avaient jamais constitué ni leur assurance, ni leur espérance. Ainsi, les principes même du christianisme se rattachaient à ce que tous les hommes, de foi de tous les temps avaient contemplé, espéré et recherché.
Le chap. 11 ne nous présente pas seulement cette vérité d’une manière générale, mais en détail, et par des exemples qu’il importait avant tout de placer sous les yeux de ces chrétiens hébreux. Le principe posé dès le commencement — et nous aurons une ample occasion d’y revenir — était donc non pas la vue, comme pour les Juifs, mais la foi. Les choses divines ne peuvent être saisies autrement.
En pensant aux vues générales de ce chapitre, j’ajouterai quelques mots sur un second point. La parole de Dieu contient deux grands sujets qui peuvent se résumer ainsi : 1) La responsabilité de l’homme et les voies de Dieu en jugement ; 2) les conseils de Dieu en Christ et ses voies de grâce envers l’homme. Ces deux sujets sont souvent entremêlés dans les divers récits des Écritures, car nous y voyons la grâce soutenant le fidèle au milieu de ses manquements, ou la discipline s’exerçant envers lui pour le restaurer ; mais, d’autres fois, ils sont beaucoup plus nettement séparés. Je ne citerai pour preuve à l’appui, que les livres de Samuel et des Rois, où nous est développée l’histoire des conducteurs responsables du peuple avec ses conséquences (bien que la grâce n’y fasse pas défaut), et, d’autre part, les livres des Chroniques, qui passent sous silence les chutes de David et de Salomon, pour faire ressortir ce qui caractérise la grâce de Dieu dans leurs voies.
Le chap. 11 de l’épître aux Hébreux fait ressortir d’une manière bien plus évidente la vérité dont nous parlons, parce qu’il s’agit de montrer que la foi se lie indissolublement à la grâce. Cela est d’autant plus frappant que l’épître aux Hébreux nous montre à chaque instant la responsabilité, soit des individus sous le régime de la grâce (2:1-4 ; 3:6 ; 4:1 ; 6:4-8 ; 10:26-31), soit du peuple sous le régime de la loi (3 ; 4:6 ; 10:28). Mais, dans le chap. 11, il n’est pas fait une seule mention des manquements des fidèles dans leur témoignage, ni de la discipline de Dieu à leur égard (*). Noé, perdant son témoignage parce qu’il s’enivre ; Abraham s’arrêtant sur le chemin de la terre promise, descendant en Égypte et auprès d’Abimélec et y reniant son épouse, ou bien cherchant un héritier par la servante égyptienne ; le rire de Sara ; Isaac affaibli et sans intelligence des pensées de Dieu à l’égard de Jacob et d’Ésaü ; Jacob cherchant à s’approprier les promesses par des calculs humains ; Moïse tuant l’Égyptien et lent à obéir à l’appel de Dieu, Barac se soumettant à une femme, Samson asservi à la femme et perdant son nazaréat ; David adultère et criminel ; et tant d’autres exemples des voies de l’homme responsable, qui viennent contrecarrer la volonté divine — rien de tout cela ne paraît dans notre chapitre. La traversée du désert même, y est omise toute entière, car c’est là qu’Israël avait été humilié et éprouvé, pour connaître ce qui était dans son cœur. C’est qu’il s’agit ici, non des voies de l’homme, mais de celles de Dieu, et d’une activité de foi qui mettait en relief le dévouement du cœur de cette grande nuée de témoins pour plaire à Dieu et réaliser les choses invisibles.
(*) La question de la discipline ne vient qu’au chapitre 12.
Après ces deux remarques préliminaires, nous pouvons aborder en détail les nombreuses et précieuses vérités contenues dans ce chap. 11.
La foi nous est présentée dans ce chapitre comme la réalisation des choses qu’on espère et la conviction de celles qu’on ne voit point. Par la foi seule, l’âme peut saisir et mettre en pratique les vérités contenues dans cet écrit inspiré. Aussi l’apôtre ne nous donne-t-il pas ici une définition de la foi. Vue en elle-même, la foi est la réception, en toute simplicité et humilité, de la parole de Dieu. Elle est un don de la grâce qui nous remplit d’une confiance sans réserve en cette Parole, parce que c’est Dieu qui l’a prononcée, et qui scelle, en la recevant, que Dieu est vrai. Elle est, dans un sens moins général, l’acceptation du témoignage que Dieu rend, dans les Écritures, à son Fils bien-aimé. Ces définitions se justifient amplement par mille passages de ces mêmes Écritures, mais, dans notre épître, la foi qui a reçu la parole de Dieu, nous est montrée dans son activité, dans son fonctionnement, pour ainsi dire, soit au sujet des choses primordiales qu’elle saisit, soit par ses qualités, comme nous pourrons le constater dans le cours de ce chapitre.
Si, comme nous l’avons montré, ce dernier se relie d’une manière générale à tout le contenu de l’épître, il se rattache en particulier aux derniers versets du chap. 10.
Dès le début de leur carrière chrétienne, ces Hébreux avaient beaucoup souffert pour l’Évangile. Depuis qu’ils eurent été « illuminés », c’est-à-dire dès le commencement de leur témoignage, quatre choses les avaient caractérisés et sont mentionnées par l’apôtre. Ils avaient été dans le combat, « un grand combat de souffrances » (10:32) ; ils avaient montré une grande confiance, une joyeuse énergie, quand il était question pour eux de perdre tout pour gagner Christ, sachant qu’il y avait devant eux « une grande récompense », et que Dieu était leur rémunérateur (10:35 ; 11:6, 26). Ils avaient été soumis à la volonté de Dieu (10:36) ; mais ils avaient encore besoin de patience, pour recevoir les choses promises, après avoir fait cette volonté (10:36). Ils n’étaient donc pas « de ceux qui se retirent pour la perdition, mais de ceux qui croient pour la conservation de l’âme » (10:39).
L’apôtre développera ces quatre sujets, la patience, l’énergie, la soumission et le combat de la foi, dans le cours du chap. 11. On peut les résumer en deux mots : l’activité de la foi dans la marche.
Mais, avant de considérer ces quatre sujets en détail, avant de faire l’histoire de la marche de la foi, l’apôtre définit, du v. 1 au v. 7, les grands principes qui sont à la base de son activité.
Afin de les introduire, nous trouvons d’abord, au v. 1, le caractère de la foi reçue dans le cœur. Elle apporte à l’âme une assurance, une ferme conviction des choses qu’on espère. Le commencement de cette assurance (voir 3:14), c’est que Christ a été accepté de Dieu et reçu dans le sanctuaire, en un mot, c’est un Christ céleste. Quand l’épître aux Hébreux mentionne l’espérance, elle entend par là, « atteindre Christ dans le ciel ». Cette pensée est un peu différente de celle que d’autres épîtres nous présentent. L’espérance, dans les épîtres aux Thessaloniciens, c’est attendre le Seigneur venant du ciel pour enlever les siens (1 Thes.) ou revenant du ciel avec eux (2 Thes.). Dans l’épître aux Colossiens, l’espérance est un Christ manifesté avec les siens en gloire : « L’espérance nous est réservée dans les cieux », « Christ en vous, l’espérance de la gloire » (Col. 1:5, 27). Dans l’épître aux Hébreux, l’espérance est un Christ caché dans le sanctuaire, au dedans du voile, assis dans la gloire à la droite de Dieu, un Christ vers lequel nous nous rendons et qui est là notre précurseur (Héb. 6:18-20). « Les choses qu’on espère » sont toutes les choses célestes qui se rapportent à ce Christ glorieux, et non pas les choses terrestres qui constituaient l’espérance d’Israël.
De plus, « la foi est la conviction des choses qu’on ne voit pas ». Ces choses invisibles sont, pour ainsi dire, démontrées mathématiquement à l’âme par la foi. Celle-ci donne une telle conviction intérieure de ces choses, que l’œil de la foi les considère comme de puissantes réalités, quand celui de la chair ne peut, ni les distinguer, ni même les soupçonner.
« C’est par elle que les anciens ont reçu témoignage » (v. 2). Dès le commencement du monde, ceux qui ont cru ont reçu témoignage de la part de Dieu. Cela leur a suffi, et cela nous suffit aussi. Le monde ne voit qu’incertitude dans une espérance qui reste à l’état d’espérance. S’il ne tient pas dans sa main ce qu’il désire, il estime que son espérance est un leurre, tandis que le chrétien y trouve son trésor. Ce que le monde ne voit pas, n’existe pas pour lui, et il ne peut comprendre le croyant qui, selon lui, se nourrit de chimères. Mais ce dernier voit ces choses et se contente de la preuve intérieure absolue qu’il en a reçue par la foi. Pour le monde, l’édifice du chrétien est bâti en l’air, sans aucune substruction ; pour le chrétien, cet édifice a pour fondement inébranlable la foi dans la parole de Dieu.
L’assurance des choses qu’on espère et la conviction des choses qu’on ne voit point, servent de base à ce chapitre ; nous les retrouvons dans tous les exemples qui nous y sont donnés. En elles, nous avons le ressort et l’explication de toute l’activité des témoins de Dieu dans ce monde.
Revenons maintenant aux grands principes qui sont à la base de l’activité de la foi.
Le premier principe d’où cette activité découle toujours, c’est la Parole. La foi s’attache à la parole de Dieu.
On trouve dans les Écritures deux grands faits dominants : la Création et la Rédemption. Le premier de ces faits, nous est-il dit ici, la Création, a pris naissance par la parole de Dieu. « Par la foi, nous comprenons que les mondes ont été formés par la parole de Dieu ; de sorte que ce qui se voit n’a pas été fait de choses qui paraissent » (v. 3). Sans la foi, nous ne connaîtrions rien des origines de la création ; la foi est donc indispensable, alors même qu’il ne s’agirait que de comprendre les œuvres de Dieu qui remplissent l’univers visible. Quand les hommes, avec toute leur science, essayent de sonder le mystère de la création, ils s’égarent, et leur esprit, toujours incapable de s’élever au-dessus de son niveau et d’entrer dans une sphère qui n’est pas la sienne, se livre à des spéculations sans fondement, pour éviter le miracle primordial, c’est-à-dire le fait que de rien Dieu a créé les choses qui se voient. Le croyant sait qu’il a suffi pour cela d’une parole de Dieu ; c’est à elle que la foi remonte pour expliquer les choses visibles. Or, vis-à-vis de l’inintelligence des hommes les plus qualifiés pour expliquer le mystère de la création, la foi seule est intelligente : « Par la foi, nous comprenons… » chose impossible à l’homme naturel.
Pourquoi donc ? C’est que la foi se nourrit d’impossibilités. Les hommes ne s’occupent que de choses possibles ; elles sont de leur domaine. Dieu seul accomplit des choses impossibles et la foi les saisit et les accepte comme autant de réalités. « Les choses », est-il dit, « qui sont impossibles aux hommes, sont possibles à Dieu » (Luc 18:27), mais elles sont, en même temps, possibles à la foi, car un autre passage ajoute : « Toutes choses sont possibles à celui qui croit » (Marc 9:23).
Remarquons, en passant, que, dans l’Écriture, Dieu qui peut tout, a considéré deux choses comme impossibles : la première, d’épargner à Jésus la coupe de sa colère contre le péché. Le Seigneur ne disait-il pas avec de grands cris et avec larmes en Gethsémané : « Abba, Père, toutes choses te sont possibles ; fais passer cette coupe loin de moi » (Marc 14:36) ; et encore : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi… » et encore : « Mon Père, s’il n’est pas possible que ceci passe loin de moi, sans que je le boive, que ta volonté soit faite » (Matt. 26:39, 42). Mais il était impossible au Père de ne pas livrer son Fils bien-aimé à la mort pour nous ; c’est là le mystère insondable de son amour envers des pécheurs. Sa volonté était notre salut ; sa volonté sacrifiait son Fils pour que son amour en le donnant pût être manifesté et devenir notre part. — Mais ensuite, il était impossible que Dieu ne ressuscitât pas Celui qui l’avait pleinement glorifié, comme cela nous est dit en Act. 2:24 : « Lequel Dieu a ressuscité, ayant délié les douleurs de la mort, puisqu’il n’était pas possible qu’il fût retenu par elle ». Il était impossible à la justice de Dieu de ne pas ressusciter d’entre les morts son Fils qui l’avait pleinement glorifié, sur la croix, comme il était impossible à son amour de ne pas le donner. Pour Dieu, les seules impossibilités étaient donc que Jésus ne mourût pas et ne fût pas ressuscité, choses auxquelles notre salut et notre place dans la gloire sont attachés.
Le second trait qui caractérise la foi à son origine, c’est que cette dernière s’approche de Dieu. « Par la foi, Abel offrit à Dieu un plus excellent sacrifice que Caïn, et par ce sacrifice il a reçu le témoignage d’être juste, Dieu rendant témoignage à ses dons ; et par lui, étant mort, il parle encore » (v. 4).
Depuis la chute, il faut un sacrifice pour entrer en rapport avec Dieu. Avant la chute, Adam innocent dans le jardin d’Éden, n’aurait eu besoin de foi, si l’on peut parler ainsi, que pour connaître les origines de la création au milieu de laquelle Dieu l’avait établi comme chef ; mais, après la chute, il ne pouvait savoir que par la foi comment les relations rompues entre un pécheur et Dieu pouvaient être rétablies. Dieu lui enseigne cette vérité, en le revêtant, avec Ève, des peaux de bêtes tuées. Mais la foi d’Abel est la première qui s’approche activement de Dieu en offrant le sacrifice. L’histoire de Caïn nous prouve le néant, aux yeux de Dieu, de tout le travail de l’homme pécheur sur une terre maudite en vue d’obtenir ce résultat. Abel, par contre, reçoit dans son âme le témoignage d’être juste, seulement ce n’est pas à Abel, mais « à ses dons », que Dieu rend témoignage, c’est-à-dire au sacrifice qui préfigure celui de Christ, seul capable de justifier un pécheur et de le présenter sans péché devant Dieu. On ne peut se mettre en règle avec Dieu par aucun autre moyen. Le seul témoignage que Dieu puisse rendre à l’homme, c’est qu’il est perdu ; mais, quand le sacrifice intervient, Dieu rend témoignage à sa valeur, et Abel reçoit le témoignage d’être juste, d’être amené devant Dieu par le sacrifice, sans qu’aucun péché puisse lui être imputé. Sa justice a ainsi toute la valeur et toute la perfection de son offrande.
Le troisième trait de la foi nous est présenté dans l’histoire d’Énoch. « Par la foi, Énoch fut enlevé pour qu’il ne vît pas la mort ; et il ne fut pas trouvé, parce que Dieu l’avait enlevé ; car, avant son enlèvement, il a reçu le témoignage d’avoir plu à Dieu » (v. 5). La foi d’Énoch était caractérisée par le fait qu’il attendait le Seigneur, comme nous le montre l’épître de Jude. Le couronnement de sa foi fut son enlèvement « pour qu’il ne vît pas la mort ». Il devint ainsi le type et les prémices des croyants qui attendent aujourd’hui la venue du Seigneur et seront transmués pour être enlevés à sa rencontre sans mourir. Cette espérance était aussi celle des Thessaloniciens dès le début de leur conversion. Elle était à la base de toute leur vie chrétienne. Ce qui nous est dit en second lieu d’Énoch, c’est qu’il plut à Dieu. Il n’est pas dit, comme dans le texte hébreu du chap. 4 de la Genèse, qu’il marcha avec Dieu. Le sujet de la marche sera développé tout au long, du v. 8 au v. 31 de notre chapitre. Il s’agit ici d’établir que l’attente de la venue du Seigneur est un fait d’une importance capitale, d’où découle la marche de la foi. Abel, s’approchant de Dieu avec le sacrifice, avait reçu le témoignage d’être juste ; Énoch, attendant le Seigneur, « reçoit le témoignage d’avoir plu à Dieu », et Dieu lui-même rendit témoignage de son bon plaisir en l’enlevant auprès de Lui sans qu’il eût goûté la mort (*).
(*) Pour de plus amples détails sur ce sujet, voyez : Énoch, par H. R.
Au v. 6, le Saint Esprit joint ensemble, sous un même chef, l’activité de la foi de ces deux hommes de Dieu. « Or, sans la foi, il est impossible de lui plaire » ; tel fut Énoch ; « car il faut que celui qui s’approche de Dieu... » tel fut Abel. Il y a deux moyens de plaire à Dieu, d’abord en s’approchant de Lui comme Abel, puis en attendant le Seigneur comme Énoch. Mais il faut avant tout que « celui qui s’approche de Dieu croie que Dieu est ». Croire cela n’est pas seulement croire à l’existence de Dieu (les démons même y croient et tremblent), mais à son essence et à son caractère. « Je suis Celui qui suis », dit l’Éternel à Moïse. « Je suis » dit constamment Jésus dans l’évangile de Jean ; « Tu es le même » dit l’Éternel à Christ offert comme victime. Dieu est Dieu : son essence doit être lumière et amour ; son caractère d’être juste et saint. Celui qui s’approche de Lui par la foi reconnaît tout cela ; c’est ce qui donne à Abel une pleine liberté pour s’approcher de Lui avec un sacrifice, une pleine confiance à Énoch pour vivre dans une sainte séparation du monde d’alors, en attendant Sa venue. Aussi est-il ajouté : « Et qu’il est le rémunérateur de ceux qui le recherchent ». Abel et Énoch étaient pour ces Hébreux des témoins de la rémunération de la foi. L’apôtre leur avait dit, au chapitre 10:35 : « Ne rejetez pas loin votre confiance qui a une grande récompense ». S’il n’y avait pour eux ici-bas qu’une espérance de biens invisibles, ils pouvaient voir dans ces témoins du passé, (comme aussi en Moïse, au v. 26), que Dieu comme tel, récompense ceux que la foi a mis en rapport avec Lui.
Noé nous présente le quatrième trait de la foi à son origine. « Par la foi, Noé, étant averti divinement des choses qui ne se voyaient pas encore, craignit et bâtit une arche pour la conservation de sa maison ; et par cette arche il condamna le monde et devint héritier de la justice qui est selon la foi » (v. 7).
Noé reçut de Dieu l’avertissement du jugement à venir qui allait être exécuté sur le monde par le déluge. Il craignit, dans la conviction de ce jugement, car il connaissait « combien le Seigneur doit être craint » (2 Cor. 5:11). En bâtissant une arche, il saisit le moyen ordonné de Dieu pour échapper au jugement. Il fut « prédicateur de justice » (2 Pierre 2:5), c’est-à-dire que par cette arche il prêcha la justice de Dieu en condamnation pour le monde, de manière à le rendre inexcusable. Enfin, « il devint héritier de la justice qui est selon la foi », ce qui signifie qu’il acquit l’héritage appartenant à ceux qui sont justes selon la foi. Noé, comme tous les hommes de foi, croyait à la rémunération, mais avant tout, il connaissait l’avenir par une révélation divine, et c’est un des grands traits primordiaux de la foi. Ici, Noé ne reçoit pas témoignage, quoique, dans la Genèse, il le reçoive de la même manière qu’Énoch (Gen. 5:22, 24 ; 6:9) ; mais notre passage nous le présente comme rendant témoignage. Énoch, type de l’Église, est enlevé avant le jugement ; Noé, type d’Israël, traverse le jugement, mais dans un navire assez solide pour être hors de son atteinte, aussi est-il parfaitement à l’abri, tandis que le monde d’alors périt. (*)
(*) Remarquons en passant que ces types si riches nous présentent plusieurs points de vue. Pour n’en citer qu’un, nous avons en Abel, le sacrifice de Christ, fondement de la foi ; en Énoch, le côté intérieur de la vie chrétienne, une vie passée avec Dieu ; en Noé, son côté extérieur, le témoignage rendu devant un monde déjà condamné.
Les quatre traits dont nous venons de parler : la confiance en la parole de Dieu, la foi s’approchant de lui par Christ, l’espérance de la venue du Seigneur, la connaissance du jugement à venir avec le témoignage qui lui est rendu, doivent caractériser encore aujourd’hui la foi de tous les chrétiens et former la base de toute leur activité publique.
Après avoir développé les principes primordiaux de l’activité de la foi, l’apôtre nous montre en détail en quoi consiste la marche de la foi. Nous allons retrouver dans la suite de ce chapitre, les quatre choses mentionnées au chapitre 10, et signalées au début de ces pages : la patience (ou persévérance), l’énergie, la soumission et la puissance dans le combat.
Les v. 8 à 23 nous parlent de patience. Elle est au fond, ce qu’indique le terme primitif dont ce mot est tiré (παθειυ, pati) : souffrir, endurer et persévérer en vue d’atteindre un but placé devant nous. Or, la foi seule est capable de souffrir, afin d’atteindre un but invisible et des promesses divines pour la réalisation desquelles elle n’a d’autre garant que Lui.
Les hommes cherchent souvent à atteindre un but qu’ils se sont posé ; ils endurent pour y parvenir bien des privations et des traverses, cherchent à profiter des occasions, à faire tourner les événements en leur faveur, à s’assurer le concours d’hommes dévoués ou intéressés eux-mêmes à leur réussite. Le chrétien, lui, n’a aucun appui semblable. La parole du Dieu, auteur des promesses, lui suffit ; mais, bien plus, il sait qu’il ne verra pas ici-bas, la réalisation de ces dernières.
La chose est d’autant plus frappante, dans le cas d’Abraham, qu’il avait reçu de Dieu toutes les promesses en vue d’un héritage terrestre. Ses yeux pouvaient s’y arrêter en détail, quand il traversait comme étranger le pays de Canaan, ou bien il le contemplait dans son ensemble et comme à vol d’oiseau du haut de la montagne, mais il ne l’a jamais possédé durant sa longue carrière de foi.
« Par la foi, Abraham, étant appelé, obéit pour s’en aller au lieu qu’il devait recevoir pour héritage ; et il s’en alla, ne sachant où il allait » (v. 8). L’obéissance à l’appel de Dieu est le premier pas de la marche de la foi. Cette marche n’est, en aucune façon, laissée à la libre décision de l’homme. Abraham est appelé hors d’une nation, vouée à l’idolâtrie introduite par Satan dans le monde depuis le déluge. Il est appelé à quitter toutes ses relations d’homme naturel, pour se rendre au pays que l’Éternel devait lui montrer, que Dieu ne lui nomme pas et se réserve de lui faire voir plus tard. Le premier pas de la foi qui entend l’appel de Dieu n’est pas la connaissance, mais, comme nous venons de le dire, l’obéissance. Abraham aurait pu dire à Dieu : « Je suis prêt à partir, disposé même à m’en aller sans savoir le nom du pays que je dois habiter, mais indique-moi du moins ma direction. Par quelle porte de la ville devrai-je sortir ? Celle du nord ou du midi, de l’orient ou de l’occident ? » La foi d’Abraham n’aurait pas été la foi, si elle avait fait un tel raisonnement. « Sors » dit Dieu ; le reste viendra ensuite. Dieu ayant parlé, Abraham obéit et sort. En apparence, tout est incertain pour lui : « Il s’en alla, ne sachant où il allait » mais sa foi s’embarque sur une parole divine qui le conduira. Dieu, comme l’a dit un frère, lui donne assez de lumière pour obéir, mais pas assez pour calculer les conséquences.
« Par la foi, il demeura dans la terre de la promesse, comme dans une terre étrangère » (v. 9). Entré dans son héritage, il y demeure comme étranger et voyageur. S’il en eût été autrement, sa marche de foi eût été terminée quand il mit le pied sur le sol de Canaan. Lorsqu’on entre en possession d’un héritage, il n’est plus question de foi, car elle est changée en vue, puisque le but est atteint. En Canaan, Abraham persévère à marcher par la foi. Il considère l’héritage que Dieu veut lui donner comme une « terre étrangère » dans laquelle il ne possède rien, non, pas même où poser son pied, parce que, cet héritage, il ne l’a pas encore reçu des mains de Dieu ; et ce n’est qu’alors, qu’il pourra le considérer comme lui appartenant. Cette circonstance l’amène à « confesser qu’il est étranger et forain ». Il le proclame en « demeurant sous des tentes avec Isaac et Jacob, cohéritiers de la même promesse » (v. 9).
Une marche de foi nous sépare toujours du monde. Abraham commence par le quitter au moment où il part d’Ur des Chaldéens, sa ville natale ; ensuite, obligé de marcher au milieu des Cananéens, toute son attitude montre clairement qu’il appartient à un autre monde. Celui qu’il traverse peut tout au plus lui offrir la possession d’un sépulcre. Cette marche exerce en outre son influence sur d’autres. Les membres de la famille d’Abraham, Isaac et Jacob, suivent les traces de leur père et, quoique héritiers de la même promesse, font la même profession que lui.
« Car il attendait la cité qui a les fondements, de laquelle Dieu est l’architecte et le créateur » (v. 10). La conséquence immédiate de la foi d’Abraham est que, ne pouvant rien chercher sur la terre, ses regards se portent sur les choses invisibles : sa foi devient « la conviction des choses qu’on ne voit pas ». Il « attend la cité » : sa foi est « l’assurance des choses qu’il espère ». Il apprend à contempler l’accomplissement final des pensées de Dieu, seul capable de satisfaire l’attente de sa foi.
L’épître aux Hébreux, nous parle souvent de « la cité ». Elle est appelée « la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste » (12:22) ; « la cité permanente à venir » (13:14) ; « la cité que Dieu a préparée pour les croyants » (11:16), et ici, « la cité qui a les fondements ». Cette cité est le lieu futur de la gloire, dans lequel tous les croyants de l’Ancien et du Nouveau Testament habiteront ensemble. Elle est bien la Jérusalem céleste dans l’épître aux Hébreux, mais non pas dans son caractère d’Épouse, de femme de l’Agneau, comme dans l’Apocalypse. En ce sens, l’Église seule est la cité, mais elle est ici le lieu d’habitation glorieux de tous les saints. Tous, eux et nous, sans distinction de relation, nous arriverons à la perfection ; tous nous posséderons une gloire dans laquelle nous serons parfaitement semblables à Christ, bien qu’il y ait « quelque chose de meilleur pour nous » comme nous le verrons à la fin de ce chapitre. Être les amis de l’Époux, les compagnons du grand Roi, être même la reine à la droite du Roi, parée d’or d’Ophir, est une chose ; être l’Épouse et posséder l’Étoile du matin, en est une autre. Mais les saints de toutes les économies ont place dans le palais du Roi pour y habiter.
Abraham attendait cette cité et ne voulait pas d’une cité bâtie par l’homme. Il n’avait aucune idée de retourner à Ur des Chaldéens. Il levait les yeux vers « la cité qui a les fondements, de laquelle Dieu est l’architecte et le créateur », vers une gloire préparée, ordonnée, établie par Dieu lui-même, fondée par lui, et sur quels fondements ! — créée par lui, création nouvelle n’ayant aucun rapport avec l’ancienne qu’il avait sous les yeux. Ainsi, quoique les promesses faites à Abraham, se rapportassent à la Canaan terrestre, sa foi, qui sans cela n’aurait pas été la foi, espérait des choses célestes et invisibles.
Tout cela exige de la patience. Traverser un monde hostile, où rien ne répond aux aspirations de nos cœurs, où l’on ne trouve que peine et souffrance, sans se laisser décourager, bien au contraire, étant soutenu par une foi qui fait voir le Christ invisible et les choses célestes, et veut à tout prix atteindre le but, — c’est la patience, mais c’est aussi le bonheur et la joie !
« Par la foi, Sara elle-même aussi, reçut la force de fonder une postérité, et cela étant hors d’âge, puisqu’elle estima fidèle celui qui avait promis » (v. 11).
L’obéissance à l’appel de Dieu, la séparation du monde pour saisir l’espérance qui est devant nous, sont suivies d’un troisième caractère de la foi. L’exemple de Sara nous le fournit. Par la foi, elle reçut la force de fonder une postérité, parce qu’elle compta sur la puissance de Dieu. Elle estima fidèle Celui qui avait promis. La foi de Sara (l’Esprit passe sous silence son rire et ses manquements) s’attache à une impossibilité. Elle et son mari étant hors d’âge, ne pouvaient avoir d’enfants, mais Dieu avait promis un héritier à Abraham, et la foi de Sara compta sur la fidélité immanquable de Dieu à sa promesse. Aussi reçurent-ils la rémunération : « D’un seul, et d’un homme déjà amorti, sont nés des gens qui sont comme les étoiles du ciel en nombre, et comme le sable qui est sur le rivage de la mer, lequel ne peut se compter » (v. 12). Par la simple foi, sans aucun travail, ni effort de sa part, Sara acquit une multitude céleste d’un côté, terrestre de l’autre.
Il est vrai que Sara chercha à acquérir cette postérité, quand elle donna Agar à Abraham, mais alors ce n’était pas la foi, c’était la chair, et celle-ci ne peut trouver aucune place dans notre récit. En effet, combien est beau et consolant, ce fait de l’activité de la foi présenté tout à fait à part de l’immixtion de la chair. Dieu nous parle de ce qui vient de Lui et passe sous silence ce qui vient de la chair (*). Ici donc, Sara n’invente aucun moyen pour s’emparer de la promesse. Elle accepte son incapacité et compte sur la fidélité et la puissance de son Dieu. Toujours le travail de l’homme, et, hélas ! avouons-le, si souvent le travail du chrétien n’aboutit à rien, ou bien n’a pour résultat que de nous créer, comme à Abraham et à Sara, d’inextricables difficultés ! En tout cas, lorsque ce n’est pas la foi qui travaille, l’œuvre est stérile, tandis que les résultats de l’activité de la foi, sont selon la puissance de Dieu — une multitude !
(*) Ce n’est pas ainsi que nous agissons d’habitude, quand nous jugeons nos frères. Notre premier soin n’est pas de constater ce que l’Esprit de Dieu a produit en eux et ce qui est le fruit de la foi. Bien au contraire, nous mettons en avant leurs faiblesses, sans songer qu’en agissant ainsi, c’est l’œuvre de Dieu elle-même que nous amoindrissons, en lui opposant ce que la chair produit dans les cœurs des croyants.
Nous abordons maintenant un nouveau caractère de la foi : Elle s’affirme en présence de la mort. Elle nous fait, non seulement vivre en étrangers dans le monde, mais elle brille de tout son éclat quand nous avons à faire à la mort qui devrait l’ébranler au premier chef.
Ce sujet commence proprement au v. 11 et se continue jusqu’au v. 22.
Aux v. 11 et 12, Abraham était amorti, le sein de Sara dans un état de mort (Rom. 4:19).
Dieu avait fait une promesse à ces époux, mais leur état opposait un obstacle absolu à sa réalisation. Dans ces circonstances la foi, s’attachant toujours à des impossibilités, s’affirme. Abraham « ne forma point de doute sur la promesse de Dieu par incrédulité » (Rom. 4:20). Aux yeux de sa foi, la promesse ne pouvait pas trouver un obstacle dans la mort.
Aux v. 13-16, l’apôtre, résumant les versets précédents, nous montre la foi aux prises avec la mort, comme ce qui met fin à toute espérance d’ici-bas.
« Tous ceux-ci sont morts dans la foi, n’ayant pas reçu les choses promises, mais les ayant vues de loin et saluées, ayant confessé qu’ils étaient étrangers et forains sur la terre » (v. 13). Ils avaient reçu la promesse, mais arrivaient au bout de leur carrière, à la mort, sans avoir reçu la récompense de leur foi, les choses promises qu’ils espéraient. Étaient-ils découragés en présence de ce qui, pour le monde, est l’effondrement de toute espérance ? Humainement parlant, cela leur aurait été d’autant plus permis que les promesses leur avaient été faites en rapport avec la terre, et qu’ils étaient appelés à quitter le théâtre même des promesses de Dieu. Mais non ! il suffisait à ces croyants de les avoir « vues de loin et saluées ». Leur foi était l’assurance des choses qu’on espère et la conviction des choses qu’on ne voit point. Ils les avaient saluées comme des choses familières avec lesquelles leur foi était en contact depuis longtemps. Ils comprenaient fort bien qu’ils ne pouvaient les atteindre maintenant, car, les posséder aurait mis fin à leur foi et à la confession qu’ils étaient étrangers et forains sur la terre. Or, ils ne voulaient en aucune manière laisser tomber ou renier cette confession.
« Car ceux qui disent de telles choses, montrent clairement qu’ils recherchent une patrie » (v. 14). Leur confession était une profession ouverte, publique et pratique. Ils ne se bornaient pas à parler ; leurs tentes prouvaient la réalité de leurs paroles. Combien, hélas ! notre confession est souvent différente de celle-là ; nous prêchons des choses auxquelles notre vie pratique ne correspond pas. Nous ne « montrons pas clairement que nous recherchons une patrie ». Ces témoins anciens étaient plus fidèles que nous. Leur héritage de la part de Dieu était terrestre, et cependant ils vivaient de manière à montrer que la terre n’était pas leur but, que leur patrie était autre part. La mort, fin de toute espérance temporelle, ne faisait que fixer d’autant plus les yeux de leur foi sur la cité de Dieu. Ils avaient quitté leur première patrie, « en étaient sortis », laissant derrière eux tous les avantages de leur bourgeoisie d’autrefois ; ils ne s’en souvenaient plus. Dieu leur en avait promis une autre, et loin de retourner vers l’ancienne en voyant qu’ils n’atteignaient pas le but désiré, ils marchaient en avant, à travers la mort, pour l’atteindre.
Il en était de même pour ces Hébreux. Maintenant, dit l’apôtre, ceux qui parlent ainsi, c’est-à-dire comme ces témoins d’autrefois, en vrais fils de leurs pères, désirent une patrie céleste (v. 16). L’intelligence des pères n’allait pas jusque-là ; elle comptait sur la promesse de l’héritage de Canaan et savait qu’elle l’atteindrait à travers la mort. La patrie des Hébreux avait un caractère exclusivement céleste, quoiqu’ils sussent fort bien qu’ils seraient associés au Seigneur dans le gouvernement de la terre. Leur part était une meilleure patrie que celle promise aux pères.
C’est pourquoi, ajoute l’apôtre, « Dieu n’a pas honte d’eux » pas plus que de nous, si nous sommes fidèles. Il s’appelle le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ; il leur a préparé, et à nous aussi, une cité qui est la gloire (v. 16). « Tu les introduiras et tu les planteras sur la montagne de ton héritage, le lieu que tu as préparé pour ton habitation, ô Éternel ! le sanctuaire, ô Seigneur ! que tes mains ont établi » (Ex. 15:17).
Quelle pensée solennelle, que Dieu pourrait avoir honte de nous ! Dira-t-il qu’il trouve son plaisir à être en relation avec un chrétien mondain, qui recherche les plaisirs, les vanités, les misérables convoitises, l’importance, l’orgueil et les richesses du monde ?
Ce chapitre nous présente deux grandes périodes dans la vie de foi d’Abraham.
Dans la première, il fut appelé (v. 8) ; dans la seconde, il fut éprouvé (v. 17) , et sa foi répondit à l’épreuve comme elle avait répondu à l’appel. En outre, faisant suite à ce que nous avons dit plus haut, nous trouvons dans le sacrifice d’Isaac un autre caractère de la foi aux prises avec la mort. Isaac était le fils de la promesse. Toutes les promesses de Dieu se concentraient sur sa tête ; elles n’avaient plus d’objet, elles étaient, en apparence, détruites sans retour, anéanties, si Isaac venait à mourir. Par la foi, Abraham offrit son fils unique, consentit à sacrifier l’objet des promesses, ayant estimé que Dieu pouvait ressusciter même d’entre les morts, celui sur lequel elles reposaient. Cette pensée de la résurrection était la conséquence naturelle de la foi d’Abraham. Dès le commencement, il avait éprouvé dans sa propre personne et dans celle de Sara, que Dieu peut donner la vie à un mort. Il suivit, avec une foi grandissante, le même chemin quand Dieu lui ordonna de sacrifier son fils ; il abandonna celui en qui la promesse devait s’accomplir, pour le recevoir en résurrection. Toutes les fibres de son cœur, de ses affections naturelles, pouvaient être brisées ; les promesses de Dieu avaient mille fois plus de valeur pour lui que les biens les plus précieux selon la nature. Aussi le reçut-il « en figure », comme ressuscité d’entre les morts (v. 19). Ces Hébreux (et nous-mêmes) recevaient, en réalité, Christ de la même manière. En effet, toutes les promesses de Dieu sont oui et amen, se vérifient et s’accomplissent pour nous, en un Christ ressuscité. Mais il fallait que ces chrétiens abandonnassent tout espoir de bénédictions terrestres (et combien cela est important pour nous aussi), afin d’entrer dans la jouissance des bénédictions spirituelles qui nous sont données dans les lieux célestes en un Christ ressuscité.
Remarquez, en passant, ce mot si souvent répété : « il reçut ».Le chrétien reçoit témoignage comme Abel, Énoch et les anciens ; il reçoit la force comme Sara ; il reçoit, comme Abraham, la promesse en un Christ ressuscité. Les seules choses qu’il ne reçoive pas, ce sont les choses promises pour la terre (v. 13, 39), mais celles-là, les anciens témoins les recevront aussi, quand, comme Daniel, ils se reposeront et se tiendront « dans leur lot » à la fin des jours.
Aux v. 20 à 22, nous trouvons un dernier caractère de la foi aux prises avec la mort. La foi tient la mort pour rien, parce qu’elle s’attache non aux choses présentes, mais aux choses à venir, et nous la retrouvons ici comme l’assurance des choses qu’on espère et la conviction de celles qu’on ne voit point. Cette grande vérité initiale forme, comme nous l’avons vu au commencement, la base de tout le chapitre.
« Par la foi, Isaac bénit Jacob et Ésaü à l’égard des choses à venir » tellement elles avaient de réalité pour lui. Il en fut de même pour Jacob mourant, et d’une manière plus éclatante encore. Jacob parla de l’avenir, comme s’il était le passé. « Je te donne, dit-il à Joseph, une portion que j’ai prise de la main de l’Amoréen avec mon épée et mon arc » (Gen. 48:22). Puis, loin d’être découragé au moment de mourir, il ne se borne pas à bénir chacun des fils de Joseph, mais il adore. L’avenir a une telle réalité pour lui, qu’en face de la mort il adore le Dieu qui lui donne la possession définitive des choses qu’il espère toujours. Il adore, conservant jusqu’au bout, comme tous ceux qui sont morts dans la foi (v. 13), son caractère d’étranger et de pèlerin, et n’abandonne son bâton que lorsque n’étant plus d’usage, il tombe de ses mains glacées. Il en fut de même de Joseph mourant. « Il fit mention de la sortie des fils d’Israël et donna un ordre touchant ses os » (v. 22). Il saluait sans l’avoir vue, la délivrance de son peuple et comptait tellement sur l’héritage, qu’il y fit transporter ses restes, afin de le posséder plus tard, car il croyait à sa résurrection personnelle. C’est ainsi que la bénédiction répandue sur d’autres et l’adoration représentées par Jacob, et l’espérance représentée par Joseph, sont ici le fruit de l’activité de la foi.
En terminant cette division, nous remarquerons, ce que d’autres, croyons-nous, ont déjà fait ressortir, que le nombre 7, celui de la perfection, le nombre indivisible, joue un grand rôle dans ce chapitre. Du v. 8 au v. 22, nous avons sept exemples de la patience et de la persévérance de la foi. Il faut que la patience ait son œuvre parfaite. Du v. 23 au v. 31, sept exemples de l’énergie de la foi ; au v. 32, sept exemples du combat et des victoires de la foi. Dans les v. 8 à 31, chaque exemple est marqué de ces mots : « Par la foi ».
La patience ou persévérance de la foi, dont le point de départ est l’obéissance, comme l’histoire d’Abraham nous l’enseigne, n’est pas tout ce qui doit caractériser le fidèle. Une autre chose, d’une importance particulière, c’est l’énergie de la foi. Il faut commencer par l’obéissance, mais il faut continuer par l’énergie et, notons-le bien, elle est requise d’une manière toute spéciale dans les jours de ruine et d’abaissement moral où nous vivons. Il faut beaucoup de résolution pour traverser aujourd’hui ce monde, sans se laisser envelopper par ses principes corrupteurs, et en maintenant de tous côtés une stricte séparation du mal, afin d’être les vrais témoins de Dieu.
Les épîtres, auxquelles je donnerais le nom d’épîtres de la ruine, illustrent cette vérité. L’énergie est d’autant plus nécessaire que le mal est plus grand. Ainsi, dans la deuxième épître à Timothée, quand ce fidèle disciple était en danger de perdre courage et d’avoir honte d’un témoignage, aussi affaibli qu’il l’était alors, l’apôtre insiste sur le fait que « Dieu ne nous a pas donné un esprit de crainte, mais de puissance (elle vient en première ligne) et d’amour et de conseil ». Aussi exhorte-t-il son jeune compagnon d’œuvre à « prendre part aux souffrances de l’évangile selon la puissance de Dieu » ; il ajoute que, quant à lui il n’a pas de honte, mais qu’il compte sur la puissance de Dieu pour garder son dépôt jusqu’au jour de Christ. Et il ajoute plus loin (2:1) : « Toi donc, mon enfant, fortifie-toi dans la grâce qui est dans le Christ Jésus ».
De même, dans la deuxième épître de Pierre, quand les moqueurs de la fin marchent selon leurs propres convoitises, l’apôtre recommande aux chrétiens de « joindre à leur, foi, la vertu », première chose après la foi, le courage moral qui nous fait traverser les difficultés, dans une sainte séparation du mal, en nous dépouillant de plus en plus, afin d’atteindre le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ, et d’y avoir une riche entrée. Or, nous pouvons l’affirmer, cela manque beaucoup de nos jours. Il y a dans notre christianisme un laisser-aller, une mollesse, une lâcheté qui n’aiment pas à se séparer des choses qui nous plaisent et nous attirent, d’une vie facile ou agréable. Tout cela est le contraire de la puissance et de la vertu.
Cette énergie caractérise les parents de Moïse, dès la naissance de cet homme de Dieu. Mais il est important de noter, qu’elle ne se montre point par des actions d’éclat ou le développement de dons miraculeux. Elle est, au contraire, dans ses manifestations, aussi insignifiante, aussi humble que possible aux yeux du monde. « Par la foi, Moise, étant né, fut caché trois mois par ses parents, parce qu’ils virent que l’enfant était beau ; et ils ne craignirent pas l’ordonnance du roi ».
Qu’est-ce donc qui leur donnait cette hardiesse en présence de l’édit du plus puissant monarque de la terre ? Leurs cœurs avaient trouvé un objet dans ce petit enfant que Dieu leur avait donné. Il portait une marque divine qui le faisait apprécier de ses parents. Actes 7:20, rapporte qu’il était divinement beau. Ce fait ne nous parle-t-il pas de Christ ? La connaissance personnelle du Seigneur, l’appréciation de sa beauté et de sa perfection, le sentiment de la valeur de Celui que Dieu nous a donné, et qui est « l’image du Dieu invisible », se trouvent à l’origine de l’énergie de la foi, et produisent cette énergie chez le croyant. La connaissance de Christ poussait l’apôtre Paul à « tendre avec effort » vers les choses qui étaient devant lui. Ici, la foi des parents de Moïse les pousse — il en est de même pour nous — à ne pas craindre les dispositions par lesquelles le monde cherchait à les lier et à leur enlever le don de Dieu (Christ). Nous trouverons un peu plus loin que ce fut le secret de l’énergie de Moïse lui-même, lorsqu’il devint conducteur du peuple.
Mais voyons auparavant Moise à la cour du roi. « Par la foi, Moïse, étant devenu grand, refusa d’être appelé fils de la fille du Pharaon » (v. 24).
Il ne faut pas oublier que, s’il y a une énergie dans les hommes de foi, elle peut aussi être employée selon la chair. Au temps où Moise était encore à la cour du roi, il nous est dit qu’il « fut instruit dans toute la sagesse des Égyptiens, et qu’il était puissant dans ses paroles et dans ses actions » (Act. 7:22). Il pouvait faire de cette puissance un autre usage que celui pour lequel Dieu la lui avait donnée, et il le prouva en tuant l’Égyptien. Engagé dans la lutte avec l’oppresseur du peuple de Dieu, il le combattit avec ses propres armes. Sans doute, ses raisons pour agir ainsi étaient plausibles, car « il croyait que ses frères comprendraient que Dieu leur donnerait la délivrance par sa main », mais son acte fut inutile, et il fut obligé de faire l’apprentissage du désert de Madian, pour apprendre qu’il n’y avait aucune force en lui. Il en fut de même de Pierre, dont l’énergie aboutit à renier son Sauveur, dans la cour du souverain sacrificateur.
Cet épisode de la vie de Moïse n’est pas mentionné ici, comme au chap. 7 des Actes, pour la raison indiquée au début de cette étude. Il ne s’agit, dans notre chapitre, que de l’énergie de sa foi. Les circonstances dans lesquelles il se trouvait étaient particulièrement difficiles. La Providence de Dieu l’avait placé dans une position exceptionnelle. Considéré comme le fils de la fille du Pharaon, il pouvait prétendre à tous les honneurs, même au trône, quand déjà son éducation faisait de lui un homme remarquable, un grand homme. De cette manière, il aurait pu devenir le bienfaiteur de son peuple, employer ses dons et sa puissance pour alléger ses souffrances, en exerçant en sa faveur, auprès du monde, l’influence qu’il possédait. Erreur naturelle à beaucoup de chrétiens, mais qui n’en est pas moins fatale, car nous ne sommes pas appelés à réformer le monde, ni à le christianiser, mais à refuser ce qu’il nous offre. La Providence de Dieu avait fait entrer Moïse dans ces circonstances exceptionnelles, afin que la foi l’en fît sortir. Il refusa d’être appelé fils de la fille du Pharaon. Un refus ! petite chose aux yeux des hommes, mais grande aux yeux de Dieu ! Abraham, revenant de la défaite des rois, avait agi de même. Il y avait plus d’énergie à dire au roi de Sodome : « J’ai levé la main vers l’Éternel... si je prends quoi que ce soit de toi », qu’à vaincre quatre armées avec trois cent dix-huit hommes !
Mais cette énergie de Moïse ne se borne pas au rôle négatif d’un refus ; elle est positive ; elle choisit : « Choisissant plutôt d’être dans l’affliction avec le peuple de Dieu, que de jouir pour un temps des délices du péché » (v. 25). Ce choix s’adressait-il à un objet important qui pût contrebalancer tout ce que le monde pouvait offrir ? Nullement : Moïse ne pouvait faire un choix plus humiliant pour lui. Le peuple d’Israël était dans un abaissement complet, dans le plus abject esclavage. C’est là que cet homme considéré va prendre sa place. Pourquoi ? Parce que c’est le peuple de Dieu. Cela suffisait au cœur de Moïse, et sa foi ne pouvait choisir autre chose.
Un troisième trait caractérise encore l’énergie de cet homme de foi. Il avait refusé, il avait choisi, maintenant il estime : « Estimant l’opprobre du Christ un plus grand trésor que les richesses de l’Égypte ; car il regardait à la rémunération » (v. 26). Il pèse, d’un côté, toutes les richesses qui lui sont offertes ; de l’autre, l’opprobre. Le plateau des richesses monte, comme s’il n’y avait qu’une plume dans la balance ; celui de l’opprobre descend de tout son poids. Ah ! c’est que si l’Égypte était du côté des richesses, le Christ était du côté de l’opprobre. La foi de Moïse, comme celle de ses parents, avait trouvé un objet incomparable, une personne, Christ lui-même, et le posséder était tout pour elle.
Mais on dira : Pourquoi cette mention du Christ ? Moïse ne l’a pas connu. Sans doute, mais un croyant, Moïse en particulier, est un type de Christ dans ce monde. Moïse était identifié avec lui ; l’opprobre qu’il avait à porter était l’opprobre de Christ. Il le connaissait du reste prophétiquement, comme on le voit dans le cours de cette histoire ; et s’il ne le connaissait pas personnellement, il savait en pratique ce que c’était que de le représenter devant le monde. Il ne craignait point l’opprobre, Son opprobre, car « il regardait à la rémunération ». Il savait que Dieu avait encore en réserve pour lui, des trésors à venir où il pourrait puiser à pleines mains. Dieu ne veut pas rester notre débiteur, lorsque nous avons abandonné quelque chose pour lui. Il est le rémunérateur d’un Abel, d’un Énoch (v. 6), et d’un Moïse, de tous ceux qui renoncent aux avantages d’ici-bas, pour s’associer au Christ rejeté et au peuple de Dieu affligé.
Au v. 27, nous trouvons un quatrième caractère de l’énergie de la foi chez cet homme de Dieu : « Par la foi, il quitta l’Égypte, ne craignant pas la colère du roi, car il tint ferme, comme voyant celui qui est invisible ». Il pourrait sembler qu’un récit traitant de l’énergie de la foi ne devrait pas omettre les miracles que le grand législateur fit au pays d’Égypte. Il n’en est rien. Les caractères de la foi ne peuvent être soumis à l’estimation naturelle des hommes ; Dieu seul est capable d’en juger. C’est par la foi que Moïse quitte l’Égypte. Ce qui aurait été taxé de fuite précipitée, favorisée par des circonstances exceptionnelles, est attribué ici à l’énergie de la foi. Moïse quitta l’Égypte ; le chrétien quitte le monde ; sa puissance, ses délices, ses arts et ses richesses, sa science et sa religion, n’ont pas plus de valeur qu’un fétu de paille pour un croyant énergique. Mais si le courage moral de la foi abandonne tout quand Dieu l’appelle, il est aussi sans crainte. Comme ses parents qui n’avaient pas craint l’ordonnance du roi, Moïse ne craint pas la colère du roi. Pourquoi ? Non point par confiance en sa supériorité, ou en ses ressources ; mais « il tint ferme, comme voyant celui qui est invisible » (v. 27). Les parents avaient vu en Moïse une divine beauté. Ici, c’est lui-même qui voit ce que la foi seule, cette conviction des choses qu’on ne voit point, pouvait discerner. Il voit ce Christ invisible, dont il avait choisi l’opprobre. Cela l’encourage à tenir ferme, à rester inébranlable. Christ est sans doute le ressort de toute sa marche de foi, mais il y a chez lui gradation dans la connaissance de cet objet précieux. À mesure que nous en faisons usage, nos yeux spirituels, comme nos yeux corporels, acquièrent de l’acuité, et s’accoutument à discerner les objets devant lesquels autrefois nous passions sans y prendre garde. Il en fut de même de Moïse. Il connaissait Christ ; maintenant il le voit, et cette vue le remplit de courage pour tenir ferme, comme les forces du soldat sont décuplées pour résister à l’assaut furieux de l’ennemi, quand il peut combattre sous les yeux de son chef.
La réalisation de la présence du Seigneur Jésus est le secret de notre force. Tout le passage que nous venons de lire confirme cette vérité d’une manière éclatante.
Nous venons de voir que l’énergie de la foi s’emploie à réaliser des choses que le monde considère comme sans importance, auxquelles il n’attache aucune valeur et qu’il méprise, car il n’a d’intérêt que pour les choses visibles.
Ici, nous abordons un nouveau sujet. Il ne s’agit plus d’énergie, mais de soumission. La foi se soumet aux moyens ordonnés de Dieu pour accomplir de grandes choses. Ces moyens seront toujours un sujet de mépris pour le monde, qui les jugera ridicules ou inefficaces, parce qu’il ne peut comprendre que Dieu veuille manifester sa puissance par la faiblesse des instruments qu’il emploie. La foi accepte, au contraire, les moyens de Dieu, non parce que l’homme les comprend, mais parce que c’est Dieu qui en fait usage.
Il s’agit ici des choses qui concernent le salut. Le pécheur a, devant lui, trois ennemis puissants auxquels il lui est impossible d’échapper : le jugement de Dieu, la mort, et le pouvoir de Satan ; mais ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu, et les croyants échappent à ces ennemis par la soumission de foi à Sa Parole.
« Par la foi, il (Moïse) a fait la Pâque et l’aspersion du sang, afin que le destructeur des premiers-nés ne les touchât pas » (11:28)
Le temps du verbe des mots « il a fait », indique, comme d’autres l’ont remarqué, un acte dont la portée est définitive et permanente, car il s’agit, en type, de « Christ, notre Pâque » (1 Cor. 5:7), et de « l’aspersion du sang de Jésus Christ » (1 Pierre 1:2). Dans la nuit mémorable où le jugement de l’Éternel allait atteindre tous les premiers-nés d’Égypte, depuis l’homme jusqu’aux bêtes, les Israélites n’auraient pas été épargnés plus que les autres, si Dieu n’avait pourvu à la sécurité de son peuple, par le sang de l’agneau pascal, aspergé sur les poteaux et les linteaux des portes. Moise accomplit cet acte par la foi ; les Israélites aussi ne pouvaient se l’approprier que par la foi, car ce n’était pas eux qui voyaient le sang, mais bien l’ange exterminateur, dans le but de les épargner. À la Pâque, le jugement s’écartait, et le Juge s’éloignait du pécheur qui, préservé par le sang, était mis à même de ne pas rencontrer Dieu. Cet immense résultat était obtenu par quelques gouttes de sang d’un agneau immolé. La foi saisissait ce moyen, insignifiant en apparence, qui mettait le pécheur à l’abri.
« Par la foi, ils traversèrent la mer Rouge comme une terre sèche, ce que les Égyptiens ayant essayé, ils furent engloutis » (11:29)
Ce n’était pas tout pour le peuple d’échapper à Dieu, il lui fallait être délivré de l’Égypte et du Pharaon, types du monde et de son prince. Or il était nécessaire, pour cela, de traverser la mer Rouge qui s’étendait, infranchissable, devant ce pauvre peuple. S’il y entrait, il était englouti par la mort. Pharaon le poursuit jusqu’à cette limite et l’y accule, l’épée dans les reins, mais Dieu fournit à son peuple un moyen d’échapper à la mort. La verge de Moïse, cette verge du jugement qui avait frappé de plaies les Égyptiens, s’étend sur la mer, pour délivrer le peuple de Dieu.
La mort est vaincue, anéantie. C’est ainsi qu’un autre, Christ, a pris notre place dans la mort, sous le jugement de Dieu ; mais cette mort elle-même nous ouvre un chemin pour y passer à pied sec et parvenir à l’autre rive. Le croyant traverse la mort sans qu’il lui en coûte rien ; elle ne peut nous atteindre, puisque Christ est mort à notre place. Nous en sortons, par la résurrection de Christ, avec une vie qui l’a traversée. Christ est donc mort et ressuscité pour nous.
Un moyen, insignifiant en apparence, la verge de Moïse, opère cette délivrance. C’est ainsi que le jugement de Dieu à la croix paraît faible pour délivrer, car il n’atteint qu’un seul homme. La foi se soumet, sans le comprendre d’abord, mais, arrivée à l’autre rive, elle célèbre, pleine de joie, la grandeur de la délivrance et la puissance du Libérateur.
Les Égyptiens, cherchant à traverser la mer avec leurs forces et leurs ressources, sont engloutis. Jamais le monde ne pourra traverser la mort à pied sec, il y trouvera sa perte éternelle. Il faut, pour qu’elle ne nous atteigne pas, la franchir dans la mort d’un autre. Ainsi, la puissance de la mort a été arrachée des mains de notre ennemi. Par sa mort même, notre Sauveur l’a vaincue, et nous possédons en lui une vie de résurrection que jamais la mort ne peut atteindre. Mais, peut-être nos corps mortels pourraient-ils tomber sous son pouvoir ? Non, pour eux la mort est vaincue, et ce fait sera démontré à la venue du Seigneur. Pas un atome de la poussière de ces corps corruptibles, dispersés aux quatre vents, ne restera dans la mort. Le Christ vainqueur et ressuscité en tient la clef, comme il tient la clef du hadès. Il ouvrira la porte, et nos âmes rejoignant nos corps glorifiés, nous serons introduits tous entiers dans la gloire.
Le passage de la mer Rouge est non seulement notre délivrance du prince de ce monde et ce qui nous sépare du présent siècle mauvais ; il est encore un salut définitif. Christ est mort pour nos péchés, afin qu’il nous amenât à Dieu. Dieu dit à Moïse : « Vous avez vu ce que j’ai fait à l’Égypte, et comment je vous ai portés sur des ailes d’aigle et vous ai amenés à moi » (Exode 19:4). Comment imaginer un salut plus complet ? Quoiqu’il fût encore dans le désert, Israël était amené à Dieu. La rédemption du peuple était absolue, la puissance de Satan qui le retenait en Égypte, anéantie pour toujours. Tandis que la Pâque répondait aux péchés d’Israël, la mer Rouge représentait le salut dans toute sa grandeur et son étendue. Plus de péché, plus de jugement, plus de puissance de l’ennemi, plus d’esclavage, plus de mort ! Toutes ces choses ont trouvé leur fin à la croix de Christ, et nous avons maintenant une relation positive avec Dieu, inaugurée par la résurrection : « Il nous a donné le droit d’être enfants de Dieu ».
Le Jourdain n’ajoute rien à la rédemption. Seulement, comme la mer Rouge nous fait sortir d’Égypte, le Jourdain nous fait entrer en Canaan, dans les lieux célestes, place à laquelle les conseils de Dieu nous avaient destinés. Nous y entrons maintenant, nous y appartenons de fait, étant unis avec Christ qui y est entré, morts avec lui et ressuscités avec lui. Le Jourdain est la mort de Christ « au péché », et notre mort avec lui pour entrer dans les lieux célestes. C’est l’affranchissement, qui n’a pas lieu sans l’expérience acquise par la traversée du désert, aussi notre chapitre ne touche ni l’un ni l’autre de ces sujets. La mer Rouge franchie, il nous introduit en Canaan, sans intermédiaire, car l’Esprit de Dieu ne parle pas ici d’expériences, mais de l’activité de la foi.
« Par la foi, les murs de Jéricho tombèrent, après qu’on en eut fait le tour sept jours durant » (v. 30).
Voici donc le peuple amené directement de la mer Rouge au-delà du Jourdain. Là, il trouve devant lui, les murs de Jéricho. C’est qu’il s’agit du troisième grand pouvoir énuméré plus haut, de l’obstacle par lequel Satan cherche à ravir au peuple la possession de son héritage.
Les murailles de Jéricho peuvent prendre beaucoup de noms dans la vie des chrétiens. C’est l’affection des proches ; c’est leur opposition ouverte pour nous effrayer quand, par l’affection d’êtres chers, l’ennemi ne réussit pas à nous détourner de notre but. Ce sont les attraits du monde, ses liens et ses avantages ; c’est la persécution et l’effroi qu’elle inspire — mais quel obstacle peut résister à la foi ? Nous la voyons ici, se soumettant, comme toujours, aux moyens ordonnés de Dieu. Faire le tour des murailles pendant sept jours, et sonner de la trompette, paraît une folie aux habitants de la ville, mais non pas à la foi, qui remporte ainsi la victoire.
Ainsi, chose impossible en apparence, quelques gouttes de sang ont écarté le jugement de Dieu, mais ce sang était celui de l’agneau pascal — Christ est là ! La verge de Moïse anéantit toute la puissance du monde et en délivre le peuple, mais la mer Rouge est divisée et la mort vaincue — Christ est là ! Le son des trompettes détruit l’obstacle et fait tomber les murs de Jéricho, mais l’arche a fait le tour de la ville — Christ est là ! Le secret de ces moyens si insignifiants en apparence et de leur efficace, c’est Christ, la sagesse de Dieu et la puissance de Dieu. Heureuse la foi qui les accepte, car elle se soumet à Dieu, et reconnaît Jésus comme unique ressource.
« Par la foi, Rahab, la prostituée, ne périt pas avec ceux qui n’ont pas cru, ayant reçu les espions en paix » (v. 31)
N’en fut-il pas de même de Rahab ? Combien il était nécessaire d’insister sur ce fait auprès des Hébreux. Rahab était le premier exemple, et quel exemple ! de l’admission des gentils à la jouissance des promesses. Les gentils représentés par une prostituée, et cette femme entrant par Booz dans la lignée du Christ ! Un tel fait ne peut s’expliquer que par la libre grâce de Dieu. Dans ce cas encore, la foi se soumet aux moyens ordonnés de Dieu pour échapper à la destruction. Un cordon d’écarlate, l’insignifiant témoin de la mort d’un être infime, sauve cette femme et toute sa famille. Sa foi s’attache à ce faible fil qui se trouve assez fort pour transporter Rahab au milieu du peuple des promesses, et ce qui constitue la force de ce moyen de salut, c’est que Christ est là !
Il a entièrement lieu en Canaan. Aux six premiers personnages, l’apôtre, en septième lieu, ajoute en bloc les prophètes, comme appartenant tous à l’armée des soldats de la foi. Il complète par eux le nombre 7, si remarquable dans ce chapitre et même dans toute cette épître. Chacun d’eux a lutté pour la délivrance du peuple de Dieu. Il ne s’agit point ici du combat d’Israël pour s’emparer de son héritage, tel qu’il nous est montré dans le livre de Josué, mais de la lutte contre un pouvoir oppresseur, en des jours de ruine, où ceux qui confessaient l’Éternel traversaient l’épreuve et la tribulation. De là vient la mention des Juges et celle de David, cité avant Samuel, parce qu’il est question du temps où il souffrait de la part de Saül comme roi rejeté, et non de la période de son règne. Ils ne sont pas toutefois les seuls combattants, car le temps aurait manqué à l’apôtre pour les mentionner tous en détail.
Il y en eut qui, comme les Juges et David, subjuguèrent des royaumes, réduisant à néant par la puissance de la foi, ceux qui avaient asservi le peuple de Dieu. Il y en eut qui, comme David et les prophètes, accomplirent la justice, reconnaissant ce qui était de Dieu en Israël, et s’y associant ouvertement (voir Matt. 3:15), qui, comme David, obtinrent les choses promises, qui, comme Daniel, fermèrent la gueule des lions, qui éteignirent la force du feu, comme Shadrac et ses compagnons, qui, comme David, Élie, Élisée, Jérémie et tant d’autres, échappèrent au tranchant de l’épée, qui, comme le faible Gédéon, et Barac, et Jérémie encore, de faibles qu’ils étaient furent rendus vigoureux, qui, comme Jonathan ou Samson, devinrent forts dans la bataille sans aucune des ressources humaines. Associées au témoignage des prophètes, une veuve de Sarepta, une Sulamite, ont reçu leurs morts par la résurrection. La liste des martyrs qui ont combattu « contre le péché » s’étend jusqu’à la période des Macchabées à laquelle Daniel le prophète avait déjà fait allusion (Dan. 11:33-35). De tous ceux-là, « le monde n’était pas digne ». Ils étaient « le sel de la terre », le vrai résidu d’Israël au milieu d’un monde ennemi et d’un peuple apostat. Leur présence les préservait encore, mais eux disparus, que reste-t-il au monde, si ce n’est le jugement ?
En étudiant le chapitre 11, il est doublement important de le relier aux premiers versets du chapitre 12. D’abord, le chapitre 12 continue le sujet du témoignage de la foi, en y donnant une place à ceux auxquels l’apôtre écrivait et par conséquent à nous-mêmes. Si le chapitre 11 nous présente une grande nuée de témoins, dans le chapitre 12, c’est nous auxquels le témoignage est confié. En second lieu, le chap. 12 introduit le témoin par excellence, Christ, et arrête définitivement nos yeux sur lui.
Les v. 39 et 40 du chapitre 11 résument tout ce qui vient de nous être dit, en introduisant les chrétiens sur la scène ; ils relient donc le témoignage du Nouveau Testament à celui de l’Ancien. « Tous ceux-ci », les témoins depuis Abel jusqu’aux derniers martyrs de l’économie présente, « ayant reçu témoignage par la foi, n’ont pas reçu ce qui avait été promis » (v. 39). Le commencement du chapitre nous explique ce que cela veut dire. « Par la foi, Abel avait reçu le témoignage d’être juste ». « Par la foi, Énoch avait reçu le témoignage d’avoir plu à Dieu ».Or, tous les hommes de foi de l’Ancien Testament ont reçu ces deux témoignages : « Par la foi, les anciens ont reçu témoignage » (v. 2). Il s’agissait maintenant de savoir si les chrétiens eux-mêmes étaient satisfaits d’avoir reçu ce témoignage de la part de Dieu, ou s’ils ne pouvaient s’en contenter.
Cela suffisait parfaitement à ces hommes de foi du passé. Ils savaient qu’en marchant fidèlement après avoir été justifiés par Lui, ils lui étaient agréables. Dieu ne proclamait pas cela publiquement — la chose aura lieu quand Christ sera manifesté — mais ces croyants se contentaient d’en avoir reçu le témoignage dans leurs cœurs. « Plaire à Dieu » n’est pas synonyme d’être « rendus agréables dans le Bien-aimé » (Éph. 1:6), car tous les chrétiens sont en Christ dans cette position bénie devant Dieu. Il ne s’agit pas ici de position, mais de pratique, et l’apôtre va nous en tracer le chemin pour nous-mêmes.
La foi seule peut donner cette pleine et entière satisfaction du cœur. Les anciens témoins n’avaient pas reçu ce qui leur avait été promis, c’est-à-dire leur héritage, quoiqu’ils obtinssent en chemin bien des choses promises en détail (v. 33), mais la communion de leur âme avec Dieu leur suffisait. Ils n’avaient rien dans ce monde, pas même une place où poser leur pied, mais ils possédaient ce qui avait plus de valeur que l’héritage si espéré, si apprécié : la certitude, après avoir été amenés à Dieu par grâce, d’être dans sa faveur, parce qu’ils marchaient avec lui. Combien cela est important pour nous ! Il faut qu’en traversant ce monde, nous ayons conscience que nous plaisons à Dieu, parce que nous y vivons en étrangers, ayant tous nos intérêts dans le ciel.
Pourquoi ces témoins n’ont-ils pas « reçu ce qui avait été promis » ? Le verset 40 nous l’explique : « Dieu ayant eu en vue quelque chose de meilleur pour nous, afin qu’ils ne parvinssent pas à la perfection sans nous ».
La perfection, c’est être semblables à Christ dans la gloire. Nous ne pouvons l’atteindre que lorsque l’épreuve du désert sera terminée, mais nous l’atteindrons tous ensemble ; ils n’y arriveront pas sans nous. 1 Thess. 4:15-17, nous décrit comment nous y serons introduits avec eux. Apoc. 4:4, nous présente notre réunion avec eux, sous la forme des anciens dans le ciel, personnages symboliques qui renferment avec l’Église tous les saints glorifiés de l’Ancien Testament. Tous chantent d’une même voix le cantique nouveau. Ils ne se dédoublent, pour ainsi dire, et ne disparaissent comme anciens que lorsque les noces de l’Agneau sont venues (Apoc. 19:7). Ils habiteront avec nous la nouvelle Jérusalem, considérée comme la demeure commune de tous les rachetés ; ils seront conviés au banquet des noces de l’Agneau ; ils s’assiéront à table avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des cieux. Nous avons une part commune avec eux ; mais ils ne seront pas « l’assemblée des premiers-nés écrits dans les cieux », ni l’Épouse, ni la nouvelle Jérusalem, en tant que « femme de l’Agneau ». C’est pourquoi il est écrit : « Dieu ayant eu en vue quelque chose de meilleur pour nous ». Nous avons et aurons éternellement le privilège d’une relation spéciale avec Christ comme son Épouse, os de ses os et chair de sa chair, mais ne pensons pas que ces saints des temps passés le ressentent comme une perte dans la gloire. Jean-Baptiste qui se tenait sur la limite de deux économies, faisant encore partie de l’ancienne et annonçant la nouvelle, pouvait dire : « Celui qui a l’épouse est l’époux ; mais l’ami de l’époux, qui assiste et l’entend, est tout réjoui à cause de la voix de l’époux ; cette joie donc qui est la mienne, est accomplie » (Jean 3:29). Ce qui occupera éternellement tous les rachetés, ce sera non pas leurs privilèges, mais Christ et sa joie dans les relations qu’il a établies. Il aura non seulement son épouse, mais ses amis et ses compagnons, comme il est dit : « Tu l’as oint d’une huile de joie au-dessus de ses compagnons ».
Maintenant l’apôtre relie nos deux chapitres par un « c’est pourquoi », expression sous forme de conclusion, qui revient souvent dans le cours de cette épître : « C’est pourquoi, nous aussi, ayant une si grande nuée de témoins qui nous entoure, rejetant tout fardeau et le péché qui nous enveloppe si aisément, courons avec patience la course qui est devant nous » (v. 1).
Ces croyants de l’Ancien Testament sont les témoins des résultats d’une vie de foi qui saisit les promesses non encore accomplies. Ils sont les témoins de la course que nous avons à accomplir maintenant, la leur étant terminée, quoiqu’ils n’aient pas encore reçu ce qui était promis. Ils sont « une grande nuée », et c’est encourageant pour nos âmes. À chaque moment de l’histoire du monde, les témoins de Christ ne sont qu’un petit troupeau, mais pris dans leur ensemble depuis Abel, le premier témoin, ils forment une grande nuée, qui remplira l’infini du ciel, car il n’y aura pas de places vides dans