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NOTES sur L’ÉPÎTRE aux COLOSSIENS

 

 

par Henri Rossier

 

1° édition : 1928

 

Table des matières :

1     Chapitre 1

2     Chapitre 2

3     Chapitre 3

4     Chapitre 4

 

 

Colosses ou Colasses était une ville de la province de Phrygie, dans l’Asie Mineure, située non loin de Laodicée et de Hiérapolis qui sont nommées dans l’épître (chap. 2:1 ; 4:13-16). Ces deux villes, de même que Colosses, avaient reçu l’Évangile, et les assemblées qui s’y trouvaient semblent avoir été, surtout celle de Laodicée, en rapport intime avec l’assemblée de Colosses (4:15, 16).

Par qui l’Évangile avait-il été apporté à Colosses ? Sans que cela nous soit dit d’une manière positive, nous pouvons conclure du verset 7 du chap. 1, que ce fut par Épaphras, ce fidèle serviteur du Christ et bien-aimé compagnon de service de Paul. L’apôtre, bien qu’il eût été en Phrygie à deux reprises (Actes 16:6 ; 18:23), ne s’était pas arrêté à Colosses. Les saints à Colosses n’avaient point vu son «visage en la chair» (Col. 2:1). Mais nous savons qu’il avait à coeur toutes les assemblées, témoin aussi celle de Rome, où il n’avait pas été avant d’écrire aux saints qui la composaient. «Outre les choses de dehors», écrivait ce dévoué serviteur de Christ, «il y a ce qui me tient assiégé tous les jours, la «sollicitude pour toutes les assemblées» (2 Cor. 11:28). Oh ! qu’il nous fût donné d’avoir ce même souci pour les assemblées de Christ !

Quelque chose avait éveillé la sollicitude de Paul à l’égard de l’assemblée de Colosses. Épaphras qui avait prêché l’Évangile à Colosses, se trouvait alors à Rome auprès de l’apôtre prisonnier pour Christ (chap. 4:3, 10, 12). Il lui avait apporté de bonnes nouvelles touchant la foi, l’amour et les progrès des Colossiens, mais en même temps il lui avait sans doute fait connaître les dangers qui les menaçaient de la part de certains faux docteurs.

Quels étaient ces derniers ? Les enseignements et les exhortations mêmes de l’épître, nous font connaître les erreurs qu’ils propageaient et par lesquelles ils cherchaient à séduire les saints et à corrompre leur foi. Ce n’étaient pas, comme chez les Galates, des judaïsants qui voulaient établir pour les chrétiens la nécessité d’être circoncis et d’observer la loi (voyez Actes 15:1-5 ; Gal. 2:12 ; 5:2, 11, 12) , et annulaient ainsi la grâce de l’Évangile. Les faux docteurs contre les enseignements desquels Paul met en garde les Colossiens, étaient, dans un sens, encore plus dangereux, car ils s’attaquaient à la Personne même de Christ. D’un côté, ils étaient bien des judaïsants voulant assujettir les chrétiens à la circoncision, à l’observance des cérémonies et des préceptes légaux, ainsi qu’aux traditions humaines. Mais d’une autre part, imbus des idées gnostiques (*), qu’ils décoraient du nom de philosophie, ils avaient l’esprit rempli de spéculations sur le monde invisible, sur les anges auxquels ils attribuaient une grande puissance et même la création, en rabaissant la Personne de Christ qu’ils réduisaient au rang des créatures. Ainsi ils ne tenaient pas «ferme le Chef» (la Tête). En prêtant l’oreille à leurs enseignements, les Colossiens perdaient la conscience et la jouissance de leur union avec Christ, la Tête du corps. De plus, ces hérétiques voyant dans le corps la source du mal, cherchaient par des privations et des macérations à atteindre une fausse spiritualité, qu’ils décoraient du nom de sainteté. On comprend que, par là aussi, le vrai sens de la rédemption était perdu, et qu’elle était placée, non plus en Christ, mais dans les efforts de l’homme et dans le culte qu’il rendait à des créatures, erreurs qui germèrent plus tard et produisirent leurs tristes fruits dans l’Église.

(*) Cette expression vient du mot grec «gnôsis», connaissance ou science. C’est le mot dont se sert l’apôtre, en parlant de la «connaissance faussement ainsi nommée» (1 Tim. 6:20).

C’est contre ces erreurs que l’apôtre s’élève en exaltant la Personne de Christ, en la plaçant devant les yeux des saints, et en rattachant ainsi leurs coeurs au Chef auquel, comme chrétiens, ils étaient unis dans le ciel, afin qu’ils jouissent du sentiment précieux de cette union, en comprenant tous les trésors qui se trouvent dans cette Personne adorable. En même temps il montre l’oeuvre parfaite accomplie par Christ.

Il est impossible, en lisant l’épître aux Colossiens, de ne pas y voir des rapports frappants avec celle adressée aux Éphésiens. Mais en même temps, il y a des différences intéressantes à noter. Il ne sera pas inutile d’en dire quelques mots.

Une première différence essentielle est la position dans laquelle les chrétiens sont envisagés dans les deux épîtres. Dans celle aux Colossiens, ils sont vus comme étant ressuscités avec Christ, mais encore sur la terre. Dans celle aux Éphésiens, au contraire, ils sont assis en Christ dans les lieux célestes.

Cela vient de ce que, dans l’épître aux Éphésiens, l’Esprit Saint développe les conseils de Dieu par rapport à l’Église et les privilèges de celle-ci. Pour cela, Dieu choisit une église fidèle, à laquelle dans ce moment il n’y avait rien à reprocher. Il peut ainsi placer devant nous toutes les grâces qui appartiennent à l’Église en général, en vertu de son union avec Christ, la Tête glorifiée, et aussi celles qui appartiennent individuellement aux enfants de Dieu. Le danger qui menaçait les Colossiens de la part des faux docteurs, danger qui, en amoindrissant la gloire de Christ, pouvait leur faire perdre la conscience et la jouissance de leur union avec lui, la Tête du corps, obligeait l’apôtre à placer devant eux les gloires de Christ, plutôt que les privilèges de l’Église, et ainsi à ranimer leurs affections spirituelles pour ce Chef béni, ou au moins, à les empêcher de s’affaiblir.

Aussi voyons-nous que, tandis que dans l’épître aux Éphésiens, l’Église est «la plénitude de Celui qui remplit tout en tous» (Éph. 1:23) , dans celle aux Colossiens, «toute la plénitude de la déité habite corporellement en Christ» et nous sommes «accomplis en lui» (Col. 2:9, 10).

Une autre différence importante est que, dans les Colossiens, il n’est fait aucune mention de l’Esprit Saint, sauf dans l’expression «votre amour dans l’Esprit» (1:8). Nous voyons, au contraire, qu’il en est amplement parlé dans l’épître aux Éphésiens, comme scellant le chrétien, comme les arrhes de notre héritage, comme Celui par lequel Juifs et gentils ont ensemble accès auprès du Père, comme habitant dans l’Église et dans le chrétien, comme révélant le mystère aux apôtres, comme la puissance dans le fidèle pour jouir de Christ et de son amour, comme lien d’union entre les chrétiens et formant le seul corps, comme devant remplir le chrétien et écarter ainsi de lui toutes choses mauvaises, pour produire les louanges et les actions de grâces, comme le conduisant dans ses prières, excitant sa vigilance et lui apprenant à manier l’arme de la Parole contre l’ennemi (Éph. 1:13, 14 ; 4:30 ; 2:18, 22 ; 3:5, 16 ; 4:3 , 4 ; 5:18 ; 6:17, 18).

D’un autre côté, Christ est plus complètement présenté comme notre vie dans l’épître aux Colossiens. La formation de l’âme en vivante ressemblance avec Christ s’y trouve davantage mise en relief. C’est Christ en nous plutôt que nous en Christ, comme dans les Éphésiens.

Ces différences établies, et nous pourrons en voir d’autres chemin faisant, entrons dans l’étude de notre épître.

1                    Chapitre 1

(v. 1 et 2) —  L’épître commence à peu près comme celle aux Éphésiens. De même que celle-ci, elle fut écrite de Rome où Paul était prisonnier, et envoyée par Tychique accompagné d’Onésime qui fut aussi porteur de la lettre à Philémon (Éph. 6:21 ; Col. 4:7-9).

«Paul, apôtre (ou envoyé) du Christ Jésus, par la volonté de Dieu». Paul ne manque jamais, surtout dans les épîtres qui exposent d’une manière spéciale soit les doctrines du salut, soit les vérités qui se rapportent à Christ et l’Église, de revendiquer son titre d’envoyé par Jésus Christ. Son autorité, soit pour prêcher, soit pour enseigner, exhorter ou reprendre, lui vient directement du Chef glorieux de l’Église, et c’est par «la volonté de Dieu»qui a conféré à Christ cette place de gloire comme Homme (Éph. 1:20-23) , et dont le conseil avait destiné Paul à sa mission (Gal. 1:15).C’est donc comme tel qu’il écrit et que l’Église a à recevoir son enseignement et ses exhortations. Ce n’est pas le message d’un homme, mais celui de Jésus Christ, par la volonté de Dieu.

Mais ici Paul s’adjoint «Timothée, le frère», ce qu’il ne fait pas en écrivant aux Éphésiens. Est-ce pour ajouter de la force au témoignage qu’il rend aux grandes vérités qu’il va développer, suivant une parole plus d’une fois rappelée dans l’Écriture ? (Matt. 18:16 ; 2 Cor. 13:1). Quoi qu’il en soit, nous voyons souvent l’apôtre s’adjoindre soit tous les frères qui sont avec lui (Gal. 1:2), et ici c’est évidemment pour montrer leur unanimité avec lui dans les reproches qu’il va adresser — soit un ou deux qu’il désigne (1 Cor. 1:1 ; Phil. 1:1 ; 1 Thess. 1:1 ; Philém. 1) , et qui ont été ses compagnons d’oeuvre auprès des saints à qui il écrit.

Le titre donné aux chrétiens de Colosses est «saints et fidèles», comme dans l’épître aux Éphésiens ; mais ici, il ajoute «frères». Le caractère de «saints et fidèles» se rapporte à la relation des chrétiens avec Dieu et le Seigneur, et convient plus exclusivement à ceux d’Éphèse, qui sont envisagés dans une position céleste, tandis que «frères» exprime la communion des saints les uns avec les autres sur la terre, mais toutefois comme ressuscités avec le Christ.

Puis vient la salutation ordinaire : «Grâce et paix à vous, de la part de Dieu, notre Père, et du Seigneur Jésus Christ».

(v. 3-8) —  Ces versets et la prière qui les suit correspondent aux versets 15 et suivants du premier chapitre aux Éphésiens. Mais nous ne trouvons pas dans les Colossiens les conseils de Dieu, l’appel et les privilèges de l’héritage, bénédictions merveilleuses dont la pensée fait jaillir du cœur de l’apôtre ces paroles : «Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ» (Éph. 1:3-14).

Ici, comme dans les Éphésiens, au v. 15, l’apôtre rend grâces pour les chrétiens auxquels il écrit, et il motive ses actions de grâces dans les deux cas, parce qu’il a entendu parler de «leur foi dans le Christ Jésus et de l’amour qu’ils ont pour tous les saints». Comme toujours, l’apôtre se plaît à reconnaître le bien qui est en eux. C’est pour lui une source incessante de reconnaissance envers Dieu et de joie pour son coeur, en même temps que cela le conduit à les présenter toujours à Dieu dans ses prières, pour que ce bien s’affermisse et que leurs âmes progressent. Dans notre mesure, ne devrions-nous pas avoir quelque chose de cette sollicitude de l’apôtre ?

«Ayant ouï parler de votre foi dans le Christ Jésus et de l’amour que vous avez pour tous les saints», voilà pourquoi il rend grâces. C’était un beau témoignage. Le Christ Jésus — et cela comprend sa Personne et son oeuvre — était l’objet de leur foi, de leur confiance ; leur regard spirituel s’arrêtait sur lui. De là découle nécessairement l’amour, car la foi est opérante par l’amour. Sans amour, elle est comme un arbre sans fruits. Et cet amour n’avait rien d’exclusif ; il embrassait «tons les saints», tous ceux qui, de même qu’eux, avaient été mis à part pour Dieu et participaient aux privilèges de ses enfants. C’est le caractère de l’amour chrétien, d’être large.

Si l’apôtre rend grâces et prie constamment pour les Colossiens, c’est aussi «à cause de l’espérance qui leur est réservée dans les cieux».

L’apôtre savait ce qui leur était réservé dans les cieux, en dehors de la terre, il s’en réjouissait pour eux et dirigeait leurs regards vers ce but céleste. Ressuscités avec le Christ, un Christ maintenant dans les cieux, ils ne pouvaient avoir d’autre espérance qu’une espérance céleste ; c’était ce qui les caractérisait et ce qui devait caractériser leur marche. Ni le judaïsme avec ses ordonnances, ni la philosophie avec ses vaines spéculations, ne pouvaient leur donner cette espérance qui détache de la terre et attache au ciel où se trouve l’objet de la foi et de l’amour. L’Évangile seul nous éclaire d’une lumière céleste, car il vient d’en haut et y appelle nos coeurs. Les Colossiens en danger d’être entraînés dans les pratiques d’une religion terrestre, sont ramenés à leur vraie destination par ce seul mot de l’apôtre : «l’espérance qui vous est réservée dans les cieux». Puissions-nous, exposés que nous sommes à céder aux préoccupations de la terre, nous souvenir sans cesse de «l’espérance qui nous est réservée dans les cieux» et qui doit faire de nous des hommes célestes, réalisant que nous sommes ressuscités avec le Christ, non pour la terre mais pour le ciel, où se trouve la source de notre vie.

Les Colossiens n’ignoraient pas qu’il y avait pour eux une espérance céleste. L’Évangile la bonne nouvelle, était «parvenu» jusqu’à eux. Cet Évangile, parole de la vérité, parce qu’il vient de Dieu, nous place en rapport avec Dieu dans le ciel. Le judaïsme ne le pouvait pas, car Dieu demeurait caché derrière le voile, et aussi longtemps que le judaïsme subsistait, le chemin des lieux saints — du ciel — n’était pas manifesté. Mais maintenant, par la mort de Christ, le voile a été déchiré, nous avons par le sang de Jésus une pleine liberté pour entrer dans les lieux saints, et Jésus y est entré comme précurseur pour nous (Héb. 9:8-12 ; 10:19, 20 ; 6:19, 20). L’Évangile nous donne donc en Christ une espérance céleste (voyez 1 Pierre 1:3, 4), et les Colossiens, à qui il était parvenu, avaient par lui connaissance de cette espérance. Il en est ainsi pour nous. Quelle grâce d’avoir ainsi pour nos coeurs une espérance qui nous délivre de ce monde et des choses visibles qui nous cachent Dieu.

Mais cet Évangile, parole de vérité qui apportait une religion céleste, en contraste avec ce que prétendaient donner le judaïsme et la philosophie, n’était pas seulement pour un peuple particulier, ni pour les seuls adeptes d’une prétendue science. Il était pour tous, et s’était répandu dans «tout le monde où il portait du fruit et où il croissait». C’est ici, comme au verset 23, plus caractéristique qu’historique. L’Évangile du salut est pour le monde entier. C’est là sa sphère ; il est destiné à pénétrer partout pour y porter du fruit et y croître, ainsi que cela avait eu lieu pour les Colossiens : «Comme aussi parmi vous», dit l’apôtre. Nous ne pouvons d’ailleurs point douter que l’Évangile du temps même des apôtres, n’ait été porté plus loin que peut-être on ne serait disposé à le penser.

Il n’était donc pas resté stérile chez les Colossiens. Il y avait porté du fruit par la conversion des âmes à Dieu et à Christ, par les résultats en marche chrétienne, sainte et divine au Seigneur, et en amour pour les saints. Et il y croissait. Combien cela est important ! Les Colossiens progressaient ; ils ne restaient pas stationnaires, satisfaits de ce qu’ils connaissaient déjà, ou du point où ils étaient arrivés dans la vie chrétienne. Ils réalisaient l’exhortation de l’apôtre Pierre : «Croissez dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur Jésus Christ» (2 Pierre 3:18). Et cette marche en avant avait commencé et s’était continuée «depuis le jour où ils avaient entendu et connu la grâce de Dieu», que l’Évangile leur annonçait. C’est qu’ils l’avaient entendue et connue «en vérité», c’est-à-dire vraiment, d’une manière réelle, dans leur coeur. Combien il serait à désirer qu’il en fût ainsi de nous ! Appliquant mal ce qui est adressé par le Seigneur à l’Église d’Éphèse comme un reproche : «Tu as abandonné ton premier amour», on parle comme si ce relâchement devait arriver nécessairement dans la vie du chrétien. Malheureusement, il en est trop souvent ainsi. Après la première joie du salut, on se laisse envahir, sinon par les plaisirs, au moins par les occupations de la terre, et on ne fait point de progrès. Non seulement cela, mais, suivant une loi nécessaire, on recule, car on ne peut rester stationnaire dans la vie chrétienne. Mais est-ce nécessaire ? Assurément non. Paul ne se ralentissait pas dans sa course, et ne se laissait pas arrêter par les difficultés et les choses terrestres. «Je fais une chose», dit-il : «oubliant les choses qui sont derrière, et tendant avec effort vers celles qui sont devant, je cours droit au but pour le prix de l’appel céleste de Dieu dans le Christ Jésus» (Phil. 3:14). Soyons ses imitateurs, comme nous y sommes exhortés, ayant nos coeurs dégagés de tout sauf de Christ, et puisse l’Évangile dans ses résultats bénis, croître parmi nous et en nous !

Paul mentionne ensuite, au verset 7, l’instrument dont le Seigneur s’est servi pour leur faire entendre la parole de la vérité. C’est Épaphras, sur lequel nous n’avons d’autres détails que ceux donnés ici, au chapitre 4, et dans l’épître à Philémon (v. 23) ; mais le peu que l’Esprit Saint nous dit de lui suffit pour nous peindre son caractère et nous faire apprécier ce serviteur de Dieu. C’est le propre de la parole de Dieu de décrire ainsi en peu de mots les qualités de ceux qui plaisent au Seigneur, et à qui il donne une place dans son livre où leur nom est conservé. Inconnus du monde qui exalte ses héros, précieux aux yeux de Dieu, qui leur a réservé une place dans sa gloire.

Deux choses caractérisent ici Épaphras. À la fin de l’épître, nous trouvons d’autres traits. Il était le «bien-aimé compagnon de service» de l’apôtre. On sait combien celui-ci avait un coeur chaud et dégagé de toute jalousie. Il aimait, pour l’amour de Christ, à voir des ouvriers être engagés dans l’oeuvre et le service du Seigneur. Il ne s’arrogeait sur eux aucune autorité, ils étaient ses compagnons. Pour eux, il éprouvait une vive affection, et savait reconnaître leur caractère et leur travail. Ainsi, il rend témoignage à Épaphras qu’il «est un fidèle serviteur du Christ», exerçant pour le bien des Colossiens le ministère qu’il avait reçu. Puissent aujourd’hui les ouvriers du Seigneur être animés du même esprit que Paul ! L’oeuvre ne pourra que se ressentir en bien de leur amour dévoué et sincère les uns pour les autres. Épaphras apportant à Paul des nouvelles de Colosses, lui parle de ce qui réjouit le coeur de l’apôtre : «l’amour dans l’Esprit» qui animait les Colossiens.

Nous avons déjà fait remarquer que le v. 8 est le seul passage de l’épître où l’Esprit Saint soit mentionné. Ajoutons que, tandis que dans l’épître aux Éphésiens l’Esprit Saint est présenté comme une Personne divine agissant dans les saints et dans l’Église, dans celle aux Colossiens, et cela dans ce seul passage, nous ne le voyons pas tant comme une Personne divine ici-bas que simplement comme caractérisant leur amour. Ce n’était pas une affection ou des affections naturelles, mais l’amour dans l’Esprit, fruit de la vie qui est en Christ. Or, c’est là ce qui est mis en évidence partout dans l’épître. Tout y ramène à Christ.

(v. 9 à 11) —  Ici, au v. 9, commence la prière de l’apôtre pour les saints. Ainsi qu’au v. 15 du premier chapitre aux Éphésiens, Paul commence par «c’est pourquoi», se rapportant dans l’une et l’autre épître, à ce qu’il a exposé, et motivant ainsi sa prière. Mais dans la première épître, il a développé les privilèges merveilleux et les bénédictions spirituelles que les saints ont en Christ, et qui résultent des conseils de Dieu à leur égard. Aussi, dans sa prière, Paul demande pour eux qu’ils aient «l’esprit de sagesse et de révélation» pour comprendre ces conseils, et connaître la puissance par laquelle ils y avaient part. Dans les Colossiens, le «c’est pourquoi» se rattache sans doute à leur foi et à leur amour, au bien qu’il a reconnu en eux, et auquel il désire qu’ils ajoutent «la connaissance» de la volonté de Dieu ; mais c’est surtout en vue de «l’espérance réservée dans les cieux» qu’il prie, afin que leur marche pratique réponde au but placé devant eux.

Il demande donc dans ses prières incessantes (*) pour les Colossiens, qu’ils soient remplis de «la connaissance de la volonté de Dieu en toute sagesse et intelligence spirituelle». C’est le premier principe nécessaire pour diriger notre marche, comme ressuscités avec Christ et tendant vers un but céleste. Les ordonnances humaines, les commandements d’hommes, qui ont une apparence de sagesse (2:23), ne peuvent y conduire. Il faut plus et autre chose. Il faut «la connaissance de la volonté de Dieu» qui résulte de notre relation avec lui comme hommes ressuscités et ainsi sortis des liens d’une religion terrestre, et possédant une vie capable de le connaître réellement. Cette connaissance de sa volonté ne peut découler que d’une communion intime avec lui, communion qui est le propre de cette vie. Là, en effet, nous connaissons vraiment son caractère et sa nature.

(*) Remarquons ce caractère de persévérance dans les prières, si en harmonie avec l’exhortation du Seigneur (Luc 18:1), et que nous devrions aussi posséder. Il existera là où se trouveront des besoins réellement sentis.

C’est pour cela que l’apôtre ajoute «en toute sagesse et intelligence spirituelle». La sagesse consiste surtout dans le discernement ou l’appréciation exacte des choses, et l’intelligence en fait l’application dans les circonstances diverses par lesquelles on a à passer. Mais remarquez que ce n’est pas l’intelligence et la sagesse naturelles. Ce sont celles qui sont le produit de la vie spirituelle, de la vie de Dieu dans l’âme, de l’action de l’Esprit. Elles dépendent donc de notre état spirituel, de la proximité où nous sommes de Dieu, et s’appliquent à notre marche comme chrétiens dans ce monde. C’est selon cette sagesse et cette intelligence spirituelle, que nous avons la connaissance de la volonté de Dieu, et non par des ordonnances. Plus vous vivrez près de Dieu, dans sa communion, dans ses pensées, plus vous aurez cette sagesse et cette intelligence, et mieux vous connaîtrez ce que Dieu veut de vous et par vous et pour vous.

Mais l’apôtre ne borne pas sa prière à demander que les saints connaissent quelque chose de cette volonté. Il demande qu’ils soient remplis, ou qu’ils soient accomplis «dans la connaissance de la volonté de Dieu». Cela suppose, non pas une connaissance intellectuelle de quelque chose qui est en dehors de nous, et que nous cherchons ; mais une connaissance intime, intérieure, et telle qu’elle ne nous laisse point dans l’incertitude ou l’indécision quant à ce qu’elle est. De là résulte, ainsi que quelqu’un l’a dit, «que Dieu a attaché la découverte du sentier de sa volonté — son chemin — à l’état intérieur de l’âme, et il nous fait passer par les circonstances diverses de la vie ici-bas, afin d’éprouver et de nous faire découvrir à nous-mêmes ce qu’est cet état. C’est selon son état spirituel que le chrétien connaît les voies de Dieu, et la parole de Dieu en est le moyen (voyez Jean 17:17, 19). Dieu a un chemin à lui, chemin que l’oeil du vautour n’a pas aperçu, qui n’est connu que de l’homme spirituel, qui se rattache à la connaissance de Dieu et qui en provient (voyez Exode 33:13).

Le verset 10 nous montre que c’est bien dans un but pratique, en vue de la marche chrétienne des Colossiens, d’une marche qui, dans ce monde, répondît à leur espérance céleste, que Paul a demandé pour eux qu’ils soient remplis de la connaissance de la volonté de Dieu. C’est «pour marcher d’une manière digne du Seigneur pour lui plaire à tous égards, portant du fruit en toute bonne oeuvre, et croissant par la connaissance de Dieu». «Marcher d’une manière digne du Seigneur». Cette expression exprime la mesure de la marche ou de la conduite du chrétien. Nous la retrouvons dans d’autres épîtres, mais sous des formes différentes quant au mobile de la marche. Ainsi, dans l’épître aux Éphésiens, nous lisons : «Je vous exhorte à marcher d’une manière digne de l’appel dont vous avez été appelés» (4:1). Cet appel était que Juifs et gentils (et nous aussi) fussent ensemble un seul corps et une habitation de Dieu par l’Esprit, par l’Esprit Saint demeurant dans l’Assemblée. Cette mesure de la marche est en rapport avec la teneur de l’épître. L’appel saint et élevé dont ils ont été appelés, résulte des conseils de Dieu relativement au mystère de l’Église.

Dans l’épître aux Philippiens, une autre mesure de la marche chrétienne nous est présentée : «Seulement conduisez-vous (*) d’une manière digne de l’évangile du Christ» (1:27), digne de cette bonne nouvelle qui, en apportant le salut, délivre l’homme de la puissance du péché et lui présente Christ comme vie, comme modèle, comme but et comme force. Les Philippiens qui avaient éprouvé la puissance de cet Évangile que leur avait apporté Paul et qui en goûtaient les bénédictions, prenaient part de coeur à la prédication de l’Évangile (1:5) et, demeurant dans la foi à ce qu’il leur avait fait connaître, ils pouvaient résister aux adversaires, et se conduire, gouverner leur vie, d’une manière qui glorifiât l’Évangile

(*) L’expression «conduisez-vous» n’est pas la même que «marchez», dans l’original. La première comporte l’idée de «se gouverner», comme en Actes 23:1. La seconde renferme l’idée de se mouvoir au milieu des circonstances.

Aux Thessaloniciens, Paul écrivait : Pour que vous marchiez d’une manière digne de Dieu, qui vous appelle à son propre royaume et à sa propre gloire (1° épître 2:12). C’est vers Dieu qu’ils avaient été tournés en abandonnant les idoles ; c’est ce Dieu vivant et vrai qu’ils avaient maintenant à servir ; comme assemblée ils étaient en Dieu le Père ; ils avaient pour espérance le royaume et la gloire de ce Dieu, et ils sont exhortés à marcher d’une manière digne de Dieu, dans la sainteté qui répond à son caractère (voyez 3:13 ; 4:1-8 ; 5:23).

Mais ici, dans cette épître qui ramène tout à Christ, qui le place sans cesse sous les yeux des chrétiens, la mesure de la marche est «d’une manière digne du Seigneur». Tout ce que Christ est, va être placé devant leurs yeux, mais il est le Seigneur ; c’est l’autorité dont il est revêtu que ce mot exprime ; nous lui appartenons ; que notre marche réponde et soit à la gloire de notre «Seigneur». Il y a en même temps dans cette expression quelque chose qui s’adresse à notre responsabilité vis-à-vis de lui.

Ayant donc appris dans la communion avec Dieu ce qu’est sa volonté, étant rempli de la connaissance de cette volonté par la sagesse et l’intelligence spirituelle qui résultent de cette communion, le chrétien peut marcher «d’une manière digne du Seigneur pour lui plaire à tous égards». Remarquons cette expression «plaire au Seigneur», lui être agréable, jouir ainsi de son approbation, quoi de plus précieux et en même temps de plus propre à nous encourager ! Et c’est «à tous égards». La vie chrétienne n’est pas une vie morcelée, pour ainsi dire, une vie dont une partie sera pour Christ et l’autre pour nous-mêmes ou le monde. Non, elle est un tout, s’imprime sur tout. Rien dans le chrétien ne doit échapper à son action ; c’est «à tous égards» qu’il est appelé à plaire au Seigneur. Remarquons aussi comme cela se lie à être «remplis de la connaissance de la volonté de Dieu». Cette volonté de Dieu dans laquelle Christ prenait ses délices ici-bas (voyez Jean 4:34 ; Héb. 10:7), de sorte qu’il pouvait dire : «Je fais toujours les choses qui lui plaisent» (Jean 8:29), est aussi ce dont la connaissance, quand nous en sommes remplis, nous fera «marcher d’une manière digne du Seigneur pour lui plaire à tous égards». Quel motif d’activité pour le chrétien de «plaire à son Seigneur !» (voyez Luc 19:17 ; Matt. 25:21). Nous comprenons ainsi l’importance de la prière de Paul. Puissions-nous nous y associer de coeur !

L’apôtre précise maintenant sa pensée par ces paroles : «Portant du fruit en toute bonne œuvre». C’est ainsi qu’on plaît au Seigneur à tous égards. La vie dans le chrétien se montre dans la pratique : il porte du fruit en toute bonne oeuvre. Le fruit, c’est-à-dire le résultat manifeste de la vie, ainsi qu’il arrive pour un arbre, c’est «toute bonne oeuvre». Cela n’est point limité à telle ou telle oeuvre, selon que nous le trouverons bon, ou que nous y serons conduits par nos goûts ou nos préférences. Non, c’est «toute bonne oeuvre». Or, qu’est-ce qui caractérise une bonne oeuvre ? Qu’est-ce qui fait qu’elle est telle devant Dieu ? Puisqu’elle est le fruit de la vie de Dieu, qu’elle résulte de la connaissance de sa volonté, c’est toute oeuvre faite selon lui, répondant à sa nature, accomplie au nom du Seigneur Jésus, et montrant ce qui est énuméré dans ces paroles : miséricorde, bonté, humilité, douceur, longanimité, support mutuel, esprit de pardon et de paix, amour (Col. 3:12-17). De toutes ces choses se composera la vie pratique du chrétien, sainte et agréable au Seigneur. C’est ce que l’apôtre désirait pour les Colossiens, et ce que nous avons à désirer pour nous.

Mais un autre trait vient s’ajouter à ceux qui précèdent, c’est le progrès dans cette vie pratique : «croissant par la connaissance de Dieu». Comme nous l’avons remarqué, on ne peut rester stationnaire, si l’on n’avance pas, on recule. De là les exhortations à croître, à abonder de plus en plus en amour, en sainteté, en connaissance, que nous trouvons dans la Parole (Éph. 4:15 ; 1 Pierre 2:2 ; 2 Pierre 3:18 ; 1 Thess. 3:12).

Mais ici, nous avons le moyen intérieur qui produira cette croissance, cette marche en avant de l’âme ; c’est «par la connaissance de Dieu». Il ne s’agit point ici de la connaissance de sa volonté pour diriger notre marche, mais de la connaissance même de Dieu, connaissance pleine et entière, dans le coeur et non dans l’intelligence seulement ; connaissance de son caractère, de son amour, de sa sagesse, de sa bonté, de notre relation avec lui ; connaissance qui, exerçant son action sur les affections, les attire et les attache toujours plus à lui, et fait que l’âme s’élève et grandit en amour, en sainteté, en ressemblance avec Dieu (voyez 2 Pierre 1:2) , étant ainsi dégagée de tout ce qui pourrait arrêter son développement. En effet, si notre coeur est occupé de Dieu, de ce qu’il est, de ce qu’il a fait et fait pour nous, les choses de la terre cessent d’avoir leur influence sur nous, et nous croissons spirituellement dans la mesure où cela a lieu. Heureux état que celui où Dieu remplit de plus en plus l’âme de sa lumière et de son amour !

(v. 11) —  Or, pour marcher ainsi d’une manière digne du Seigneur, en portant du fruit et en progressant par la connaissance de Dieu, il y a une chose nécessaire, c’est la force. Nous trouvons donc maintenant cette vérité précieuse : la connaissance de Dieu nous fait voir où est le secret de la force. C’est en lui qu’elle se trouve ; c’est de lui que nous la tirons : «Étant fortifiés en toute force, selon la puissance de sa gloire». Le chrétien est fortifié par une force qui vient d’en haut, de la gloire où la puissance de Dieu a placé Christ après l’avoir ressuscité d’entre les morts (Éph. 1:19, 20). C’est cette puissance infinie vue en Christ dans la gloire, qui donne au chrétien «toute force», non pas seulement une force pour une circonstance particulière, mais cette force dont il a besoin à chaque instant pour réaliser la vie de Christ ici-bas ; la vie céleste dans des circonstances terrestres ; une vie en harmonie avec le caractère de Dieu qu’il connaît. Telle est la mesure de la force du chrétien : «Fortifiés en toute force, selon la puissance de sa gloire» : nulle borne n’y est posée, car c’est la puissance même de Dieu. N’y a-t-il pas là de quoi encourager et soutenir dans le chemin ?

Ce n’est cependant pas pour accomplir des actes de puissance aux yeux des hommes que cette force d’en haut nous est donnée. C’est pour réaliser le vrai caractère de la vie chrétienne ici-bas, tel qu’il l’a été d’une manière parfaite par le Seigneur sur la terre. On est fortifié «pour toute patience et constance, avec joie». Les peines, les afflictions, les oppositions et les difficultés de toutes sortes abondent dans le chemin de la foi. Le Seigneur ne l’a pas caché aux siens et les apôtres le rappellent (Jean 16:33 ; Actes 14:22). Lui-même a rencontré toutes ces épreuves et a montré en elles sa patience et son endurance constantes. Il est évident que, pour suivre une telle voie, il est nécessaire que la volonté propre soit subjuguée. Mais le Seigneur n’avait d’autre volonté que celle de son Père (Jean 4:34 ; 5:30 ; 6:38). De là découlait sa vie de patience et de support constant, qui ne se lassait jamais quelle que fût la contradiction des pécheurs et les efforts de l’ennemi. Pour nous, afin que notre volonté soit soumise et que nous puissions manifester la vie de Dieu en «toute patience et constance», nous avons besoin d’être «fortifiés en toute force» par la puissance d’en haut. Rien ne manifeste plus la force que la patience ; non cette patience passive qui se soumet et supporte parce qu’il le faut, mais une patience active qui endure, parce que c’est la volonté connue de Dieu. Avons-nous cette patience dans les circonstances contrariantes et pénibles de la vie ? Avons-nous ce support constant dans nos relations avec les autres ? Cela ne provient pas d’un caractère naturel, apathique ou indifférent, mais d’une force venant de Dieu : «Fortifiés selon la puissance de sa gloire». La patience attend. Elle sait que le moment vient où les peines et les difficultés auront passé, et où l’on sera arrivé à la gloire d’où vient maintenant la force. Cette perspective encourage le coeur à la patience, et est placée plus d’une fois devant nous par la Parole (Jacq. 5:8 ; 2 Thess. 3:5).

Dans le chemin de l’obéissance et de la patience se trouve aussi la joie, en dépit de tout ce que nous avons à supporter, une joie qui vient d’en haut, la joie que Jésus goûtait dans sa communion constante avec son Père, la joie dont il dit : «Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit accomplie» (Jean 15:11 ; 17:13). C’est une joie qui découle de la certitude que Jésus vit dans la gloire, que nous avons le glorieux privilège de demander au Père en son nom tout ce qui concerne les besoins de nos âmes ; c’est une joie qui, résidant dans la connaissance de ce glorieux Sauveur, ne peut nous être ôtée (Jean 16:22-24). Nous pouvons ainsi comprendre ces exhortations réitérées de l’apôtre à nous réjouir dans le Seigneur, à être toujours joyeux (Phil. 3:1 ; 4:4 ; 1 Thess. 5:16), l’affirmation de Pierre : «Croyant en lui, vous vous réjouissez d’une joie ineffable et glorieuse» (1 Pierre 1:8), et la déclaration de Jean, que dans la communion du Père et du Fils, notre joie est accomplie (1 Jean 1:4).

Merveilleuse chose que la vie de Dieu dans le chrétien, vie bienheureuse lorsqu’elle est réalisée, témoignage puissant à sa force glorieuse opérant dans les âmes.

(v. 12) —  Une vraie connaissance de Dieu et du sentiment de sa force glorieuse agissant en nous, pour nous faire poursuivre avec patience et constance notre course chrétienne selon la connaissance de la volonté de Dieu, produit la joie, et cette joie trouve son expression dans les actions de grâces. Elles sont l’effusion nécessaire d’un coeur qui goûte ce que Dieu a fait pour lui. Nous rendons «grâces au Père, qui nous a rendus capables de participer au lot des saints dans la lumière». Remarquons d’abord qu’il n’est pas dit «nous rendra capables». Il ne s’agit pas d’une chose à atteindre, et où l’on ferait des progrès, mais d’une position qui nous a été donnée, d’une grâce qui nous a été accordée et que nous possédons : «Il nous a rendus capables» : c’est un fait. Aussi Dieu est-il introduit ici, sous son nom de Père. S’agit-il de notre marche et de notre responsabilité, nous avons affaire avec Dieu, nous croissons par la connaissance de Dieu. Mais s’il est question de notre relation avec lui, c’est la grâce, et Dieu est présenté comme Père. C’est ainsi qu’il est écrit : «Voyez de quel amour le Père nous a fait don, que nous soyons appelés enfants de Dieu» (1 Jean 3:1).

La grâce dont il est parlé ici, c’est «de participer au lot des saints dans la lumière». «Dieu est lumière» (1 Jean 1:5) ; c’est le domaine où il habite ; excluant toutes ténèbres. Cette lumière, c’est la sainteté et la pureté parfaites, en dehors de toute souillure, manifestant en même temps tout ce qui est ou non conforme à sa nature. Or, on ne peut être en relation avec Dieu que dans cette lumière (1 Jean 1:6, 7) ; et pour cela, il faut être «saint», à part comme lui de la souillure. Le «lot», la part des saints est dans la lumière, en Dieu lui-même. Qui pourrait se vanter d’y atteindre ? Dieu seul, par sa toute-puissance, pourrait nous en rendre capables ou dignes, et il l’a fait dans sa grâce. Notre part, à chacun de nous, est là ; nous sommes avec les saints là où Dieu se trouve, dans la lumière. C’est la région céleste et bienheureuse, où nous avons le privilège de demeurer et de nous mouvoir. Qu’il nous soit donné de le réaliser.

(v. 13) —  Ce n’est pas là que nous étions dans notre état naturel. Nous nous trouvions sous le «pouvoir des ténèbres», sous l’empire et la domination de Satan (voyez Actes 26:18, et Éph. 6:12) , qui est le prince de ces ténèbres (2 Cor. 4:4). Les ténèbres où Satan agit et exerce son pouvoir sur l’homme devenu son esclave par le péché, sont en contraste frappant avec la lumière où Dieu habite, qui est sa nature même, et où il donne par grâce une part aux saints. Il a agi envers eux dans sa grâce infinie et, intervenant dans sa toute-puissance, il les a «délivrés» de la puissance sous laquelle ils étaient. Du domaine où Satan règne, brisant leurs liens et ouvrant la porte de leur obscur cachot, il les a introduits dans le domaine de la lumière. Apprécions-nous comme nous le devons cette grâce immense ?

Mais il y a plus encore. «Dieu est amour» aussi bien que «lumière», et le domaine de la lumière est aussi celui de l’amour. Nous ayant «délivrés du pouvoir des ténèbres, il nous a transportés dans le royaume du Fils de son amour». C’est encore un fait, c’est une position dans laquelle nous ont placés sa souveraine grâce et sa puissance. C’est une chose sur laquelle nous ne saurions trop insister pour la joie et la paix de nos âmes : une part dans la lumière, une place dans le royaume du Fils de son amour. Tout vient du Père, nous a été conféré par lui.

«Transportés» indique comme un effort de la puissance qui nous délivre, qui nous arrache au pouvoir de l’ennemi, et qui, lui ayant ravi sa proie, l’emporte bien loin de son atteinte, dans un lieu où son pouvoir vient se briser. Nous y sommes sous la garde d’un amour tout puissant. Ainsi que quelqu’un l’a dit : «Ce n’est pas là une règle judaïque pour l’homme ; c’est une opération de la puissance de Dieu, qui nous traite comme étant complètement et par nature esclaves de Satan et des ténèbres, et nous place par un acte de cette puissance dans une position et une relation toutes nouvelles à l’égard de lui-même».

Remarquons que nous retrouvons bien ici en principe ce qui est exprimé en Éph. 1:4, 5, et 2:1-6. Mais là c’est la chose elle-même telle qu’elle est dans la pensée de Dieu, selon ses conseils ; dans les Colossiens, c’est le fait que nous y avons part.

«Le royaume du Fils de son amour» ; c’est la seule fois que cette expression se trouve dans le Nouveau Testament. Le royaume est présenté sous différents aspects dans l’Écriture. C’est le royaume des cieux, le royaume de Dieu, le royaume du Père, le royaume du Fils de l’homme. Dans ce dernier cas, il s’agit de la manifestation glorieuse du Seigneur Jésus pour juger et gouverner la terre (Apoc. 11:15 ; Matt. 25:31, etc). Ici, dans notre verset, nous voyons la relation éternelle du Seigneur avec le Père, comme son Fils unique, de même essence que lui, et l’Objet de son amour ineffable. Le royaume est la sphère actuelle, invisible et céleste, où cette relation est manifestée et où elle est connue de ceux qui y sont introduits, qui y ont été transportés. C’est la Personne adorable du Fils qui nous y est présentée comme les délices éternelles du Père ; c’est plus que la gloire, ou bien c’en est la partie la plus élevée, la plus excellente, c’est l’amour du sein du Père, se déversant sur son Fils. Et c’est là où nous sommes amenés, pour que nous le contemplions et l’adorions. Combien cela rattache le coeur à Jésus, et affranchit du monde et des ordonnances ! C’est à ce Fils de l’amour du Père que les Colossiens étaient unis, et que nous le sommes ! Nous sommes dans le royaume de l’amour ; où cet amour règne, où il domine tout, où il est la règle et la loi ; nous appartenons à ce royaume bienheureux. Puissions-nous en goûter les délices, apprécier toujours plus la position que la grâce nous a donnée en nous y plaçant.

(v. 14) —  «En qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés». Voilà la base sur laquelle, en justice, nous avons pu être rendus capables d’avoir notre part dans la lumière et une entrée et une place dans le royaume du Fils de l’amour du Père. La rédemption est en même temps la manifestation de l’amour divin envers nous. Cette rédemption, ce rachat, a été accomplie par lui, le Fils, par l’oeuvre de la croix, et quant à son efficacité et à ses fruits permanents, elle est et demeure en lui. Le résultat personnel en est «la rémission des péchés». Pardonnés en vertu de la rédemption accomplie, nous avons part au lot des saints dans la lumière, nous sommes délivrés de la puissance de Satan et placés dans le royaume du Fils, où l’amour a sa pleine et souveraine manifestation. Quelle grâce !

(v. 15, etc) —  Le Fils ayant été ainsi introduit comme l’objet suprême de l’amour du Père, l’Esprit Saint, par la plume de l’apôtre, déroule devant nous toutes les gloires qui lui appartiennent, toutes les dignités dont il est revêtu. Jusqu’au v. 20, il n’est plus question que de lui, et non pas du tout de nous. Si même il est parlé de l’Assemblée (v. 18) , ce n’est pas de ses privilèges, de sa gloire propre, mais c’est en rapport avec Christ, et pour rehausser d’autant sa gloire à lui. Et il est placé ainsi devant les Colossiens, afin de les délivrer du danger où ils étaient d’être asservis au joug des ordonnances. En tout, c’est le Fils qui affranchit (voyez Jean 8:36).

Avant d’entrer dans l’examen de ces gloires du Fils, remarquons que, dans tout ce passage, 13-20, nous le voyons, soit dans son caractère d’homme sur la terre, accomplissant la rédemption (v. 14) , soit comme Homme glorifié (v. 18), ou enfin dans son existence éternelle (v. 17), mais partout c’est Lui, la personne adorable du Fils ; Il est toujours, ce qu’il est en lui-même, dans son essence divine.

D’abord, il «est l’image du Dieu invisible». C’est le premier caractère de sa gloire personnelle. Partout dans l’Écriture, nous trouvons cette déclaration : Dieu est invisible. Cela ne veut pas dire invisible physiquement, mais bien qu’il ne saurait être connu, contemplé en lui-même, dans son essence et ses perfections, par aucune créature. C’est ce que l’Éternel dit à Moïse (Exode 33:20).

L’Esprit Saint en Jean déclare : «Personne ne vit jamais Dieu» (Jean 1:18). L’apôtre Paul écrit à Timothée, en parlant de Dieu : «Lui qui seul possède l’immortalité, qui habite la lumière inaccessible, lequel aucun des hommes n’a vu, ni ne peut voir» (1 Tim. 6:16).

Mais Christ est l’image du Dieu invisible : il présente, dans sa nature, dans son être, ce qu’est Dieu, sa gloire, ses attributs, ses perfections morales, son caractère. C’est ce qu’il est, non ce qu’il était, ni ce qu’il est devenu. Mais étant tel, et étant devenu un homme, il a manifesté dans la création ce que Dieu est. Il a été sur la terre «Dieu manifesté en chair» (1 Tim. 3:16). Si personne ne vit jamais Dieu, «le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître» (Jean 1:18). Il a révélé pleinement dans sa personne l’être et les caractères dé Dieu aux yeux des hommes, car qui l’avait vu, avait vu le Père (Jean 14:9) , et aux yeux des anges, car c’est comme Dieu manifesté en chair qu’il est dit : «Vu des anges». En lui donc, le Fils de son amour, l’image de Dieu, Dieu a été parfaitement révélé. Je ne puis voir Dieu, connaître Dieu que par Christ et en Christ. Quand je connais Christ, je connais Dieu en gloire, en puissance, en sainteté, en justice, en amour. Il a montré ces caractères sur la terre, il les manifeste dans le ciel (2 Cor. 4:6). Mais il l’a montré et le manifeste, parce qu’il est en lui-même l’image de Dieu, «le resplendissement de sa gloire, et l’empreinte de sa substance».

Adam avait été créé à l’image de Dieu. Cela se rapporte à sa position comme centre et chef dans la création qui lui était assujettie. En ce sens, il était la figure de Christ. Mais Christ, le Fils unique, est l’image de Dieu, avant même qu’une création existât où il pût manifester Dieu. Et c’est pourquoi, étant tel, lorsqu’il entre dans la création, c’est pour y être comme centre et chef de toutes choses. Il ne peut y occuper une autre place. Aussi est-il dit de lui qu’il est «le premier-né de toute la création». C’est ici un nom de relation exprimant sa suprématie sur tout ce qui a été créé. Il n’est point question de temps, comme si l’apôtre eût voulu dire qu’il était en date la première des créatures. C’est une expression analogue à celle dont Dieu se sert pour montrer l’excellence de Salomon (*) au-dessus des autres rois : «Je ferai de lui le premier-né, le plus élevé des rois de la terre» (Ps. 89:27).

(*) Et de Celui dont Salomon est le type.

(v. 16) —  Ce verset se rattachant au précédent par le mot «car», nous dit la raison qui élève ainsi Christ au-dessus de la création. C’est qu’il l’a faite : Il est le Créateur. C’est une autre de ses gloires qui est placée devant nous. Ainsi Christ, le Fils unique, est nettement séparé de la création. Il est le Créateur et non une créature. Rien n’établit plus fortement sa divinité, d’autant plus que l’expression dont se sert l’apôtre et qu’il faudrait rendre par «en lui ont été créées toutes choses», indique que la puissance créatrice réside en lui (*).

(*) L’édition de 1872 du Nouveau Testament a la note suivante : «en, dans la puissance de la personne duquel. Il était celui dont la puissance intrinsèque caractérisait la création. Elle existe comme sa créature».

Après avoir renfermé la création d’une manière générale, dans ces mots «toutes choses», l’apôtre insiste en détaillant ces choses, afin de répondre aux erreurs que certains docteurs cherchaient à répandre. Ils prétendaient que des anges auraient été choisis de Dieu pour créer le monde. Non, dit Paul. «Toutes choses», soit «dans les cieux», soit «sur la terre», l’univers tout entier a été fait par la puissance créatrice du Fils. Et pour ne laisser aucun doute, il ajoute «les visibles et les invisibles», entendant par ces dernières ces êtres intelligents, ces esprits qui peuplent le monde qui ne tombe pas sous nos sens et qui, bien loin d’avoir été des agents de la création, ne sont que des créatures. Et parmi eux il mentionne les plus élevées, les trônes, les seigneuries, les principautés, les autorités. Il coupe ainsi court à la vénération dont on aurait voulu entourer des créatures, au culte idolâtre que l’on aurait été conduit à leur rendre (chap. 2:18). Il montre ainsi le Fils, élevé au-dessus de tout, dans sa dignité divine de Créateur, par le moyen duquel toutes choses existent, et en vue de qui, pour qui elles ont été faites. En lui réside la puissance créatrice ; il l’a exercée en créant toutes choses — elles ont été créées par Lui, et c’est pour Lui, de sorte qu’il les possède comme y ayant droit. Comparez avec cette déclaration de l’apôtre et avec celle qui suit, au v. 17, les paroles des saints glorifiés se prosternant devant Celui qui est assis sur le trône et qui vit aux siècles des siècles : «Tu es digne, notre Seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire, et l’honneur, et la puissance ; car c’est toi qui as créé toutes choses : et c’est à cause de ta volonté qu’elles étaient et qu’elles furent créées» (Apoc. 4:11).

 (v. 17) —  Pour être le Créateur de toutes choses, il fallait qu’il fût avant elles. Sa préexistence est donc ici affirmée : «il est avant toutes choses». Remarquons que Paul ne dit pas comme Jean : «Au commencement était la Parole». L’évangéliste présente l’histoire de la Parole éternelle. Voilà pourquoi il dit : «Elle était». Paul exprime la permanence de l’être en Christ : «Avant toutes choses il est», il subsiste. Preuve nouvelle de sa divinité éternelle, comme lorsque le Seigneur lui-même dit : «Avant qu’Abraham fût, Je suis» (Jean 8:58), et non j’étais. Nous ne saurions trop remarquer le soin que met la Parole à faire ressortir l’excellente grandeur de Christ.

Mais ces choses qu’il a créées, comment subsistent-elles ? Qui est-ce qui soutient leur être ? Continuent-elles leur existence par elles-mêmes ? Non ; elles tomberaient bientôt dans la confusion et le néant. La même puissance créatrice qui les tira du néant, les empêche d’y retomber ; elle est essentielle à leur conservation. Ainsi qu’il est dit aux Hébreux : «Soutenant toutes choses par la parole de sa puissance» (Héb. 1:3). Dans quelle grandeur majestueuse nous apparaît la Personne du Fils ! Revêtu de tous les attributs qui n’appartiennent qu’à une Personne divine, c’est lui qui s’est abaissé jusqu’à devenir semblable à nous pour nous racheter ! Que nos âmes se prosternent devant lui et l’adorent ! Il en est digne.

(v. 18, etc) —  Nous arrivons maintenant à une nouvelle gloire de Christ, à un autre genre de suprématie. Nous l’avons vu dans la gloire inhérente à sa Personne comme Fils unique, et dans sa gloire comme Créateur de toutes choses, comme Celui qui les soutient et pour qui elles furent faites. Maintenant nous le voyons essentiellement comme homme, comme Homme ressuscité, qui a vaincu la mort, et comme tel, il occupe encore le premier rang dans une sphère toute nouvelle — la sphère de la nouvelle création. Et là il se trouve en relation avec d’autres qui appartiennent à cette nouvelle création et participent à sa gloire, en vertu de la rédemption qu’il a accomplie et de la puissance de vie qui est en lui.

«Il est le chef (la Tête) du corps, de l’Assemblée». Ceux qu’il a rachetés, qui par lui ont la rémission de leurs péchés (v. 14), forment cette Assemblée, le corps dont lui est la Tête. L’expression Chef indique l’autorité, et il faut retenir cette pensée en contemplant Christ ressuscité. Il est le Chef. Mais l’expression Tête implique plus que cela. Elle indique l’union intime dans laquelle se trouvent les rachetés avec Christ. De même que les membres du corps sont indissolublement unis à la tête, ainsi chaque chrétien est uni indissolublement à Christ, la Tête, dans le ciel. Et leur ensemble forme un corps mystique. Les Colossiens avaient grand besoin que cette union avec Christ leur fût rappelée. Combien de chrétiens de nos jours oublient cette vérité capitale, si riche en précieuses conséquences pratiques !

«Lui qui est le commencement». Plus haut (v. 16, 17), nous avons vu Christ dans sa divinité éternelle, être le commencement de l’ancienne création, de la création naturelle, si l’on peut dire ainsi. Par sa puissance divine il a créé les mondes. Ici, nous le voyons comme Homme (mais en vertu de sa gloire divine), être le commencement de la nouvelle création (voyez Apoc. 3:14). C’est la puissance divine s’exerçant, non en tirant les êtres du néant, mais dans le domaine de la mort pour amener à la vie ceux qui étaient retenus sous cette puissance de la mort. Or Christ est le commencement de cette nouvelle vie, en dehors de la puissance de la mort, lui qui, comme Homme, a bien voulu s’y assujettir, mais qui l’a annulée par sa résurrection d’entre les morts.

C’est pourquoi il est appelé «le premier-né d’entre les morts». Lui, le premier, est sorti du tombeau en puissance de vie — d’une vie impérissable, sur laquelle la mort n’a plus de pouvoir. Et c’est dans cette vie qu’il introduit ceux qu’il a rachetés, les membres de son corps, l’Assemblée, contre laquelle les portes du Hadès ne peuvent prévaloir. «Premier-né de toute la création», à sa tête comme Créateur de toutes choses, il est aussi «premier-né d’entre les morts», à la tête de la nouvelle création comme vainqueur de la puissance de l’ennemi, «afin qu’en toutes choses, il tienne, lui, la première place». Il a donc une double suprématie, comme Créateur, et comme Chef ou Tête de l’Église, C’est dans ces deux sphères que se déploie la gloire de Dieu ; c’est dans ces deux sphères qu’il occupe la première place. Combien grande est la gloire de sa Personne !

(v. 19) —  «Car, en lui, toute la plénitude s’est plue à habiter». Nous avons ici la raison de ce qui précède, comme de ce qui suit. «Toute la plénitude habite en lui». Et si nous demandons quelle est cette plénitude, le v. 9 du chapitre suivant nous le dit : «En lui habite toute la plénitude de la Déité corporellement». En Christ homme, habite toute la plénitude de la Déité. Et c’est ainsi que Dieu a été pleinement révélé en lui. Tout ce que Dieu est en puissance créatrice et de vie, en sagesse, en amour, a été manifesté en Christ homme, parce que toute la plénitude de la Déité habite en lui. Tel est le Sauveur glorieux que nous connaissons et dont nous jouissons. Par l’Esprit Saint, dont la plénitude était en lui et qu’il nous communique, nous connaissons le Père, révélé dans le Fils, nous connaissons le Fils de l’amour du Père. Précieuse grâce pour nous ! Puissions-nous arrêter nos regards sur lui en qui toute la plénitude s’est plue à habiter, et puissent nos coeurs jouir toujours plus entièrement de tout ce qu’il est et révèle !

(v. 20) —  «Et, par lui, à réconcilier toutes choses avec elle-même, ayant fait la paix par le sang de sa croix». Nous avons ici une nouvelle gloire de Christ, l’oeuvre de réconciliation qu’il a accomplie, et qu’il ne pouvait accomplir que parce que «toute la plénitude de la Déité habite en lui corporellement». Pour une telle œuvre, il devait être Homme, mais il devait aussi être Dieu, toutefois une seule Personne, Christ.

À cause du péché, la création était souillée, éloignée de Dieu, en dehors de toute relation avec lui, avec la plénitude. Mais il a plu à la plénitude de la Déité, cela a été son bon plaisir, de réconcilier toutes choses avec elle-même, de rapprocher d’elle toutes choses, de remettre toutes choses en relation immédiate avec Dieu, étant rendues propres pour cela. Cette réconciliation a lieu sur le fondement de l’oeuvre accomplie par Christ sur la croix : «ayant fait la paix par le sang de sa croix».

Il faut bien remarquer que le fondement est posé, que la paix est faite, en vertu du sacrifice offert sur la croix ; ainsi qu’il est dit autre part : «En la consommation des siècles, il a été manifesté une fois pour l’abolition du péché par le sacrifice de lui-même» (Héb. 9:26). Et encore : «Voilà l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde» (Jean 1:29). Mais la puissance divine n’est pas encore intervenue pour établir l’effet de cette réconciliation de toutes choses dans les cieux et sur la terre pour introduire ce nouveau régime où tout rentrera dans l’ordre, où les cieux et la terre, délivrés de la présence et de la puissance du mal, jouiront de leur relation avec Dieu et des bénédictions qui en résultent, où toutes choses seront rendues propres pour Dieu selon toute la valeur du sacrifice de Christ. Une première manifestation de cette réconciliation aura lieu dans le millénium, alors que s’accomplira cette parole : «La bonté et la vérité se sont rencontrées ; la justice et la paix se sont entrebaisées. La vérité germera de la terre, et la justice regardera des cieux» (Ps. 85:10-13). Toute manifestation du mal sera réprimée, mais quand les nouveaux cieux et la nouvelle terre dans lesquels habitera la justice (2 Pierre 3:13 ; Apoc. 21:1-5), seront établis, le mal en sera absolument banni ; la réconciliation aura son plein effet. C’est ce que «nous attendons selon sa promesse».

(v. 21) —  Mais l’oeuvre de la réconciliation est double. Il y a la réconciliation des choses ; elle est encore à venir ; il y a la réconciliation des personnes, c’est-à-dire des croyants, fait déjà accompli. «Et vous, qui étiez autrefois étrangers et ennemis quant à votre entendement, dans les mauvaises oeuvres, il vous a toutefois maintenant réconciliés dans le corps de sa chair, par la mort». Tel était le triste état naturel où se trouvaient ceux qui maintenant sont réconciliés. Ils n’étaient pas seulement souillés par le péché, comme l’est la création, mais «étrangers et ennemis de Dieu quant à leur entendement dans les mauvaises ouvres». Nous avons là des hommes, créatures intelligentes, ayant un entendement, une faculté morale qui les met au-dessus de l’animal, et les rend capables d’être dans une relation consciente avec Dieu. Mais le péché les a séparés et éloignés de Dieu, quant à leur entendement. Ils ne le connaissent pas, ne sont plus en relation avec lui : ils sont totalement étrangers, aliénés de Dieu, et leur entendement obscurci s’est tourné vers le mal, au point qu’ils sont, non seulement étrangers aux choses divines, mais ennemis de Dieu. Et cet état moral se montre «dans les mauvaises oeuvres». Ce sont de tels êtres qui, par la grâce divine, sont maintenant réconciliés, rapprochés de Dieu, le connaissant, rendus propres à être en relation avec lui et à jouir de sa présence et de son amour.

C’est Christ qui a amené ce résultat ; c’est en vertu de l’oeuvre parfaite qu’il a accomplie dans le corps de sa chair, en souffrant et mourant, que la réconciliation a été effectuée. Et c’est maintenant déjà que les croyants jouissent des bénéfices de cette réconciliation, dont cependant les fruits glorieux et bénis ne seront pleinement vus que dans la gloire, comme nous le voyons au verset suivant. Remarquons en passant que l’apôtre fait une application personnelle aux Colossiens de cette grande et précieuse vérité : «Et vous», leur dit-il ; insistant sur cette position excellente qu’ils ont en Christ, et que lui seul, dans sa mort, pouvait leur donner.

Remarquons que ces deux réconciliations des choses et des personnes sont présentées en type au chap. 16 du Lévitique, versets 15, 16 et 33. Le sang était mis sur le propitiatoire, et la propitiation, la paix était faite. Puis on faisait aspersion du sang sur le tabernacle et ses ustensiles pour les purifier. Ainsi il était fait propitiation pour le saint sanctuaire, pour la tente d’assignation et pour l’autel ; mais, en outre, aussi, pour les sacrificateurs et pour le peuple.

(v. 22) —  Voilà le résultat final et glorieux de la réconciliation des personnes : «Pour vous présenter saints et irréprochables et irrépréhensibles devant lui». Sans doute qu’en Christ, selon les desseins éternels de Dieu, nous sommes déjà devant Dieu, «saints et irréprochables en amour» (Éph. 1:4) ; d’un autre côté nous avons à être, dans notre marche au milieu du monde, «sans reproche et purs, des enfants de Dieu irréprochables» (Phil. 2:15) ; mais ici, c’est le but final, dans la gloire, être présentés «saints et irréprochables et irrépréhensibles» devant Dieu, ainsi que nous le lisons en Jude : «À celui qui a le pouvoir de vous garder sans que vous bronchiez, et de vous placer irréprochables devant sa gloire avec abondance de joie», etc (v. 24).

Ainsi, tandis que toutes choses, dans les cieux et sur la terre, seront réconciliées un jour, et seront la scène de bénédictions glorieuses, les chrétiens sont déjà maintenant réconciliés, et, jouissant des avantages de cette réconciliation, attendent de se trouver dans le ciel tels que Dieu les veut et que Christ les aura faits. Les coupables, demeurés dans leurs péchés, ayant refusé Christ et son oeuvre, seront en dehors de cette scène glorieuse de félicité (Apoc. 22:15 ; 21:8).

(v. 23) —  Mais participer à cette fin glorieuse, suppose nécessairement que l’on demeure dans la foi jusqu’au bout : «Si du moins vous demeurez dans la foi, fondés et fermes, ne vous laissant pas détourner de l’espérance de l’évangile que vous avez oui». Ce «si du moins» est introduit ici, à cause du danger que couraient les Colossiens de se laisser détourner de l’espérance glorieuse de l’Évangile, cette espérance «réservée dans les cieux» pour ceux qui persévèrent. «Se laisser détourner», dans l’original, est une expression très forte qui signifie proprement : «être emporté loin de», comme un navire emporté par la tempête loin du port. Tel était le danger que faisaient courir aux Colossiens les faux docteurs avec leurs ordonnances judaïques et leurs spéculations philosophiques. Les «si», dans la Parole, se rapportent à notre responsabilité ici-bas, et non à notre position en Christ. Ils s’adressent à la conscience, et sont destinés à empêcher le chrétien de s’endormir dans une fausse sécurité et de se relâcher dans sa marche. En même temps que nous trouvons dans la Parole ces avertissements si sérieux, nous y lisons aussi de consolantes promesses pour encourager ceux qui désirent marcher fidèlement et qui sentent leur faiblesse. Dieu a promis de les garder dans le chemin, et dans ces promesses il n’y a point de «si» (voyez Jude 24 ; 1 Cor. 1:2 ; 10, 13, etc).

L’apôtre, au commencement de ce verset, comme nous l’avons vu, avait adressé une parole sérieuse aux Colossiens, en leur disant : «Si du moins vous demeurez dans la foi, fondés et fermes, et ne vous laissant pas détourner (ou emporter loin) de l’espérance de l’évangile que vous avez ouï [= entendu]». Pour demeurer, et être fermes, il est nécessaire d’être fondés, enracinés. Un arbre sans racines serait bientôt renversé par le vent ; une maison sans fondement ne résisterait pas longtemps. Il fallait donc que les Colossiens fussent fondés, établis quant aux vérités présentées à leur foi, et spécialement la grande vérité relative à la Personne et à l’oeuvre de Christ, sur lequel repose l’espérance présentée par l’Évangile et qui est l’objet de cet Évangile. Les Colossiens l’avaient entendu, il fallait le retenir. Et tout cela s’applique à nous comme à eux, dans nos temps difficiles où tant de doctrines perverses circulent.

Mais en parlant de l’Évangile que les Colossiens avaient ouï, la pensée de l’apôtre se porte sur la vaste sphère où s’exerce la puissance de l’Évangile et sur le ministère glorieux dont lui, Paul, avait été chargé à cet égard. Comme nous l’avons déjà vu (v. 6), la sphère de l’Évangile de la grâce apportée par Christ, dépassait le judaïsme. Volontiers les Juifs l’auraient renfermé dans ces étroites limites, et c’était une des causes de leur opposition à Paul, et même déjà au Seigneur (Luc 4). Mais la grâce et la vérité apportées par le Fils de Dieu étaient pour tous, et la prédication en retentissait partout sous le ciel — «dans toute la création». C’est de cet Évangile universel — pour tous — que Paul, l’apôtre des nations (voyez 1 Tim. 2:4-7), était devenu serviteur. Il était l’instrument béni dont Dieu se servait, «un vase d’élection pour porter le nom du Seigneur devant les nations et les rois, et les fils d’Israël» (Actes 9:15).

(v. 24, 25) —  Un second ministère avait été confié à l’apôtre ; il était devenu, ou avait été fait «serviteur de l’assemblée», le corps de Christ. Il rappelle encore ici cette grande vérité : l’assemblée est le corps de Christ, composé, comme nous le voyons dans l’épître aux Éphésiens, de Juifs et de gentils réunis sur le même pied, jouissant des mêmes privilèges. C’est là le mystère, dont il est question plus loin. Dans les Éphésiens, l’apôtre s’étend sur cette réunion des Juifs et des gentils (chap. 2:11, 22). Ici, dans les Colossiens, il parle surtout des gentils et des privilèges dont ils jouissent comme introduits dans l’assemblée.

Mais comme «serviteur de l’assemblée», comme révélateur envers les gentils du mystère de l’Église, comme l’instrument dont Dieu s’était servi pour les y introduire, l’apôtre avait eu à souffrir, et il souffrait encore dans les liens. Les Juifs, peuple dans la chair, religieux selon la chair, ne pouvaient supporter la grâce qui s’étendait à tous, et les mettait sur le même rang que les gentils, comme pécheurs et ayant besoin de la même grâce. De là, leur inimitié contre Paul, de là, ses souffrances de leur part.

Mais il pouvait dire avec un coeur que remplissait la joie d’annoncer la grâce illimitée de Dieu : «Maintenant», dans le moment présent où il était dans les chaînes, «maintenant, je me réjouis dans les souffrances pour vous». C’était à cause d’eux, pour leur avoir annoncé l’Évangile qu’il souffrait, mais l’amour de Christ qui étreignait toujours son coeur, lui faisait trouver de la joie dans les souffrances mêmes qu’il endurait pour ceux qui étaient les objets de l’amour du Christ et du sien. Telle est la nature, et tels sont les effets du véritable amour. Et cela nous donne l’intelligence des paroles qui suivent : «J’accomplis (ou j’achève) dans ma chair ce qui reste [encore à souffrir] des afflictions du Christ pour son corps qui est l’assemblée». C’est par amour pour l’Église, que Christ a souffert afin de la racheter, ainsi qu’il est dit : «Le Christ a aimé l’assemblée et s’est livré lui-même pour elle» (Éph. 5:25) ; c’est par amour pour Christ et pour son assemblée que Paul endurait des souffrances, afin de la rassembler d’entre les Juifs et les gentils ; c’est ainsi qu’il accomplissait dans sa chair ce qui restait à souffrir des afflictions du Christ pour son corps qui est l’assemblée. C’est ainsi qu’il avait part aux souffrances du Christ pour son corps qui est l’assemblée ; c’est ainsi que, dans notre faible mesure, nous pouvons aussi y avoir part, et que nous y aurons part, si nous aimons vraiment ce qui est cher au coeur de Christ, «son assemblée», «la perle de grand prix», pour laquelle, afin de l’acquérir, il a fait abandon de tout ce qu’il avait (Matt. 13:45, 46). Au milieu d’un monde ennemi de Christ, entourés d’une foule à qui convient mieux une religion de formes et qui s’associe avec le monde, si notre coeur est attaché à un Christ céleste, et à l’assemblée, corps de Christ et céleste aussi, nous aurons à souffrir.

Paul était donc «serviteur» de l’assemblée, et comme tel il souffrait. Mais à ce ministère qui lui avait été confié, «selon l’administration de Dieu qu’il avait reçue» envers les gentils, se rattachait une chose remarquable : «Serviteur de l’assemblée», «pour compléter la parole de Dieu». Cela ne veut pas dire qu’après les écrits inspirés de Paul, il n’y en eut pas d’autres. Nous savons en particulier que Jean écrivit les siens longtemps plus tard. Mais le mystère de l’Église, dont la révélation était confiée à Paul, était le dernier sujet qui, après avoir été caché dès les siècles en Dieu, était maintenant donné à connaître par le moyen de Paul. C’est ainsi qu’il complétait la parole de Dieu, c’est ainsi que cette Parole était complète, que rien ne pouvait y être ajouté, quant aux sujets que Dieu nous y présente. «La totalité de cette Parole est devant nous, totalité démontrée par les sujets qu’elle renferme. Tous les sujets que Dieu a voulu traiter dans sa Parole, sont entièrement complétés, et ce fait exclut tout autre sujet qu’on pouvait prétendre introduire. La loi, le royaume, la personne du Christ, la vie en lui, les voies de Dieu, avaient déjà été mis en avant ; la doctrine de l’Église, restait à révéler» (Études sur la parole de Dieu).

(v. 26, 27) —  Or ce «mystère» avait été «caché dès les siècles et dès les générations». Les âges précédents, les générations du passé, n’en avaient rien su. À l’égard du mystère, «le silence a été gardé dès les temps éternels» (Rom. 16:25). Les prophètes et Israël ne l’ont point connu ; les anges eux-mêmes l’ont ignoré, jusqu’à sa révélation, par la formation de l’assemblée (Éph. 3:9, 10). Mais «maintenant Dieu l’a manifesté à ses saints». Dans l’épître aux Éphésiens, nous lisons que «le mystère... en d’autres générations, n’a pas été donné à connaître aux fils des hommes, comme il a été maintenant révélé à ses saints apôtres et prophètes par l’Esprit» (Éph. 3:5). L’épître aux Romains dit : «Le mystère a été manifesté maintenant, et, par des écrits prophétiques, a été donné à connaître à toutes les nations» (Rom. 16:26). Nous apprenons donc, de ces passages réunis, que le mystère, révélé aux apôtres et prophètes, a été manifesté par des écrits prophétiques aux nations, parmi lesquelles se trouvaient les Colossiens. Il ne faudrait pas conclure de là, que ce n’était que par des écrits que le mystère était manifesté. Les apôtres et prophètes en parlaient aussi, sans doute, dans leurs enseignements. Mais pour nous, ce sont bien leurs écrits prophétiques qui nous le font connaître.

Dieu donc avait manifesté le mystère à «ses saints, auxquels il a voulu donner à connaître quelles sont les richesses de la gloire de ce mystère parmi les nations, c’est-à-dire Christ en (ou parmi) vous l’espérance de la gloire». Ainsi que nous l’avons remarqué, dans l’épître aux Colossiens, l’apôtre ne s’occupe pas, comme dans celle aux Éphésiens, de l’union des Juifs et des gentils en un seul corps, composant l’assemblée. Ici, tout est rapporté uniquement aux gentils. Le mystère, dont la révélation leur donnait à connaître, à eux, autrefois étrangers, sans Dieu et sans espérance, leur introduction dans les bénédictions divines en Christ, était en effet une chose glorieuse. La gloire de ce mystère était grande. Dieu y magnifiait sa sagesse, son amour et sa grâce sans limites. L’apôtre renforce encore l’expression de sa pensée, lui dont le coeur était rempli de l’excellence de ce mystère qui glorifiait tellement Christ et son oeuvre. Il dit que Dieu a donné à connaître aux saints «les richesses de la gloire de ce mystère». Non seulement on y voit briller la gloire de Dieu et de Christ, mais les richesses de bénédictions répandues sur les nations, non de bénédictions temporelles, comme celles que pouvaient attendre les Juifs, mais de bénédictions célestes, spirituelles et éternelles en Christ  — «les richesses insondables du Christ» (Éph. 3:8-10).

Et l’apôtre résume en un seul mot ce que sont ces richesses accordées aux nations, montrant aussi de cette manière leur différence d’avec ce que les Juifs ont à attendre ; il dit : «C’est-à-dire Christ en (ou parmi) vous l’espérance de la gloire». Les Juifs attendaient un Messie qui serait manifesté parmi eux en gloire, sur la terre, les gentils n’ayant qu’une part subordonnée à la bénédiction qu’il apporterait. Tandis que «le mystère» consistait en ceci relativement aux nations, Christ demeurant en eux et au milieu d’eux, d’une manière invisible, et étant ainsi, non la gloire même, mais «l’espérance de la gloire». C’était une chose toute nouvelle, dont les écrits de l’Ancien Testament ne parlent point du tout. C’était le mystère maintenant révélé. Christ en nous, y demeurant, quelle grâce immense ! Puissions-nous la réaliser ! Et à mesure que nous la saisirons et la goûterons, l’espérance assurée de la gloire deviendra aussi plus vivante. Remarquons encore combien tout, dans cette épître, est destiné à nous rapprocher de la personne du Seigneur. Sa grandeur comme Fils de l’amour de Dieu, sa divinité manifestée dans la création, sa place de Chef de la nouvelle création, la plénitude de la Déité demeurant en lui, le Réconciliateur de toutes choses et des pécheurs avec Dieu, et Celui-là, c’est Celui qui est en nous, et au milieu de nous, «l’espérance de la gloire». Que nous faut-il de plus ? Cela fermait la porte à toutes les rêveries subtiles des philosophes, au légalisme des docteurs judaïsants, qui ne pouvaient donner rien qui équivalût à «Christ en nous, l’espérance de la gloire». Tout ce qui toucherait à la gloire de Christ, diminue pour nous l’espérance. Que ce Christ habite donc dans nos coeurs par la foi (Éph. 3:17), c’est-à-dire qu’il nous soit donné de réaliser, par la foi, cette grande vérité, afin que nos coeurs soient remplis de joie, sachant et goûtant notre union avec lui.

(v. 28) —  Paul annonçait ce Christ, tel qu’il l’a présenté dans tout ce qui précède. Ce Christ, soit qu’il prêchât aux inconvertis, ou qu’il instruisît les saints, était l’objet divin et céleste de ses discours. Ses appels, ses exhortations et ses enseignements, étaient selon la sagesse de Dieu que l’Esprit Saint lui avait fait connaître (1 Cor. 2:6-10). Il s’adressait à tout homme, Juif ou gentil, où qu’il fût, selon le ministère de l’Évangile qui lui avait été confié et qui s’étendait à toute création sous le ciel. Mais ce n’était pas seulement pour que tout homme fût sauvé. De nos jours, on s’arrête trop souvent à ce premier pas. Quelque important et indispensable qu’il soit, il y a un second pas à faire, et l’apôtre l’indique : «Afin que nous présentions tout homme parfait en Christ».

L’effet de la prédication de l’apôtre, selon la sagesse et la puissance de l’Esprit de Dieu, devait être finalement de «présenter» (*) tout homme parfait en Christ, c’est-à-dire arrivé à l’état d’homme fait, dans cet état spirituel où Christ est connu selon la révélation qui est donnée de lui, et où, étant ainsi connu par le croyant, celui-ci est transformé à son image et le reflète dans sa vie par la puissance de la parole de Dieu et de l’Esprit Saint (voyez 2 Cor. 3:18 ; Phil. 3:8-16).

(*) «Présenter» non pas «rendre», comme dans quelques versions. Paul voulait présenter la chose comme accomplie en tout homme. Présenter à qui ? Devant les hommes, mais aussi à Dieu, comme ayant reçu tout ce que le ministère de l’apôtre pouvait lui communiquer quant à Christ.

(v. 29) —  C’était le but des efforts de Paul ; il y travaillait, il combattait pour cela, car des obstacles intérieurs dans les âmes, extérieurs de la part des adversaires, devaient être vaincus. Mais Paul n’agissait pas avec son énergie propre, pas plus qu’il n’était apôtre selon sa volonté ou celle des hommes. Tout lui venait de Dieu, et il ne voulait rien tenir que de Lui. Christ opérait en lui et par lui avec puissance ; c’était avec cette force qu’il combattait et travaillait. Aussi les résultats bénis de son ministère étaient-ils manifestes. Puissent les serviteurs de Dieu marcher sur les traces du saint apôtre ! Par quels moyens s’effectuait ce combat ? Il se passait dans l’âme, eu égard aux grands sujets confiés à l’apôtre, aux besoins des saints et au salut des pécheurs, et devant Dieu, en prières.

En résumé, dans ce chapitre, nous avons deux gloires et primautés de Christ, dans l’ancienne création, et dans la nouvelle ; deux réconciliations correspondant à ces deux gloires, celle de toutes choses dans les cieux et sur la terre, et celle des personnes ; deux ministères de l’apôtre, celui de l’Évangile et celui dans l’Église.

2                    Chapitre 2

(v. 1) —  L’apôtre, dans ce qui précède, avait parlé d’une manière générale de son travail et des combats qu’il soutenait par l’efficacité de la puissance de Christ agissant en lui, afin de présenter tout homme parfait en Christ. Mais il voulait que les saints qui ne le connaissaient pas personnellement, qui n’avaient pas vu son visage, sussent aussi particulièrement le vif intérêt qu’il leur portait, et comme son coeur les embrassait ainsi que tous les autres. Il nomme spécialement, et l’assemblée de Colosses et celle de Laodicée, comme ayant une grande part dans ses exercices d’âme, dans sa sollicitude et ses prières, dans ce combat qu’il soutenait pour elles. Les saints, dans ces deux localités, étaient exposés à de grands dangers ; ils couraient risque de cesser d’apprécier la personne de Christ ; nous pouvons bien voir, par la lettre du Seigneur à l’ange de Laodicée, que ces exhortations à tenir «ferme le Chef», étaient bien nécessaires. Hélas ! les Laodicéens n’avaient pas tenu compte de ce qui leur avait été dit, et en étaient venus à se croire riches sans Christ (Apoc. 3:14-22). L’apôtre, dont l’oeil spirituel discernait l’état des âmes et voyait ce qui les menaçait, combattait avec énergie pour les Colossiens et les Laodicéens.

(v. 2, 3) —  Le but du combat spirituel à l’égard de ceux pour lesquels Paul avait une si vive sollicitude, est indiqué dans ces versets. C’est «afin», dit-il, «que vos coeurs soient consolés, étant unis ensemble dans l’amour et pour toutes les richesses de la pleine certitude d’intelligence, pour la connaissance du mystère de Dieu, dans lequel sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance». Il y a ici trois choses qui sont l’objet du combat et des prières de Paul pour les Colossiens. Premièrement, c’est qu’ils soient «consolés», encouragés et affermis, selon toute la signification de ce mot (voyez 1 Thess. 3:2 ; et 2 Thess. 2:17). En second lieu, l’apôtre désirait qu’ils fussent unis ensemble dans l’amour. Non pas simplement dans l’affection fraternelle, dans l’amour les uns pour les autres, mais dans ce qui est la source de tout vrai amour et ce qui seul unit réellement, savoir l’amour de Christ, cet amour connu dans une union réelle et consciente avec Christ, le Chef du corps, amour qui est le lien de la perfection (chap. 3:14). L’amour de Christ réalisé dans une vivante union avec lui, par tous les membres du corps, est ce qui les unit par la grâce et la puissance de l’Esprit Saint. Enfin, troisièmement, l’apôtre luttait dans ses prières, pour que les Colossiens possédassent toutes les richesses de la pleine certitude d’intelligence, pour connaître «le mystère de Dieu». Le chrétien a besoin d’intelligence pour connaître la plénitude de la vérité divine dont le centre est Christ. Mais ce n’est pas l’intelligence naturelle qui se livre à toute espèce de raisonnements et de spéculations sur les choses de Dieu, et qui ainsi s’égare. C’est l’intelligence éclairée par l’Esprit Saint et qui est toujours jointe à l’amour. «La connaissance enfle, mais l’amour édifie», dit Paul (1 Cor. 8:1). «Les yeux de votre coeur étant éclairés, pour que vous sachiez», dit-il ailleurs (Éph. 1:18). De plus l’apôtre désire pour les fidèles de Colosses «une pleine certitude d’intelligence» ; il ne s’agit pas seulement de connaître, mais d’avoir la certitude entière que ce que l’on a saisi par l’intelligence et le coeur est bien la vérité divine, et ici c’est Christ, de sorte que l’on ne vacille pas, que l’on ne soit pas à se demander si l’on est bien dans le vrai, si l’on n’a pas à chercher autre chose. On est pleinement assuré que Christ et ce que l’on possède en lui, sont bien la pleine et entière vérité de Dieu. Et l’apôtre, pour exprimer la valeur d’une telle certitude, la présente par ces mots : «toutes les richesses». Quel trésor, en effet, pour l’âme d’avoir saisi «le mystère de Dieu», et d’en être pleinement assurée !

Ainsi ces trois choses sont : l’encouragement qui affermit l’âme, l’amour dans l’union avec Christ qui la réchauffe, et l’intelligence de la vérité qui l’éclaire. La possession de ces trois grâces rend capable de résister à l’erreur qui ébranle, tend à séparer de Christ, et jette le doute, l’incertitude et le trouble dans le coeur.

Ces trois choses devaient concourir à établir les Colossiens dans la connaissance du «mystère de Dieu» . Qu’est-ce que ce mystère ? Ce n’est pas simplement ce qui avait été caché dès les siècles et les générations concernant l’Église, composée des croyants juifs et gentils placés sur un même pied, et unie à Christ, son chef dans le ciel. C’est cela, et c’est plus. Ce mystère de Dieu, ce sont toutes les gloires de la Personne de Christ révélées dans le premier chapitre, et toute l’oeuvre de la rédemption avec ses conséquences infinies. Et c’est pourquoi l’apôtre ajoute : «Dans lequel sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance» (ou science). Il ne s’agit point ici de la sagesse humaine qui règle notre conduite dans les choses d’ici-bas, bien que nous ayons à être sages et prudents à leur égard ; la connaissance, non plus, n’est pas celle des choses que l’esprit naturel de l’homme acquiert par ses facultés ; la sagesse et la connaissance se rapportent ici aux choses divines, et ont pour objet les pensées de Dieu, l’une étant la perception de leur vérité et de leurs relations entre elles, et l’autre l’intelligence que l’on en a, mais une intelligence spirituelle qui les fait comprendre et apprécier. Ces deux choses, «sagesse» et «connaissance», sont souvent réunies par l’apôtre (voyez chap. 1:9 ; 1 Cor. 12:8 ; Éph. 1:17). Toutes les choses auxquelles s’appliquent la vraie sagesse et la vraie science, sont nommées ici «les trésors», à cause de leur prix infini : Christ en étant le centre. Tout ce qui tendrait à une autre fin que lui, ou qui l’amoindrirait, serait l’objet d’une fausse sagesse et d’une fausse science.

Remarquons encore le mot «cachés», ce qui ne veut pas dire que l’homme ne puisse les connaître et les posséder. L’Esprit Saint les révèle dans la Parole. Mais l’homme naturel, avec sa sagesse hautaine et sa vaine science, ne peut les découvrir (lisez 1 Cor. 2:6-8). Pour lui, ces trésors sont cachés, car il ne veut pas de Christ. «Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre», dit le Seigneur Jésus, «parce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et que tu les as révélées aux petits enfants» (Matt. 11:25). Mais celui qui, dans l’humilité, a appris à connaître Dieu en Christ, pénètre par la foi toujours plus dans ces trésors de sagesse, de science divine, de vérité, de lumière, qui rayonnent de ce centre divin — Christ — et à mesure qu’il y entre, son coeur s’y réchauffe, et il est mis à l’abri des vaines recherches de la sagesse et de la science humaines. C’était le but de l’apôtre, dont on peut ainsi traduire la pensée : «Qu’allez-vous chercher auprès de tous ces docteurs qui prétendent vous mener à des hauteurs plus grandes que celles où le christianisme vous a conduits ? Dans le mystère de Dieu, qu’il a bien voulu vous révéler en Christ, sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance. En lui, dans sa glorieuse Personne, à laquelle sa grâce vous a unis, vous avez tout».

(v. 4) —  De là l’exhortation de ce verset : «Or je dis ceci, afin que personne ne vous séduise par des discours spécieux», de faux raisonnements qui sembleraient fondés sur des vérités chrétiennes. Les discours persuasifs qui auraient une apparence de sagesse, mais qui, n’étant pas puisés dans la sagesse et la science divines, tendraient à introduire quelque chose qui séparerait l’âme de Christ.

(v. 5) —  Nous voyons encore ici la tendre sollicitude de Paul pour les chrétiens de Colosses. «Absent de corps», et même ne les ayant jamais vus, il prenait cependant une vive part à ce qui concernait leur bien-être spirituel. Il était avec eux «en esprit», sa pensée, toujours occupée de Christ, l’était aussi par conséquent des membres de son corps, soit pour s’affliger s’il y avait quelque chose qui allât mal, soit pour avertir si quelque danger menaçait, soit pour se réjouir s’il trouvait quelque fruit dans la marche des saints du Seigneur. Fidèle serviteur de son Maître dans son service envers l’Assemblée entière, et non pour une localité spéciale, il est un modèle pour ceux qui sont appelés à travailler dans la même œuvre. Étant donc en esprit au milieu des Colossiens, il trouvait un motif de joie dans l’ordre selon lequel ils marchaient, et dans la fermeté de leur foi. Il les voyait marcher, pour ainsi dire, en bon ordre de bataille, comme des soldats qui, serrés les uns contre les autres, s’appuient et se soutiennent mutuellement. Leur foi étant dans le Christ, lui en était l’objet, ensemble ils s’appuyaient sur lui ; ils n’auraient pas voulu se détourner de Celui qui les avait sauvés et amenés à Dieu ; ils étaient restés fermes jusque-là. Mais l’ennemi cherchait à les séduire ; il dirigeait ses batteries justement contre la Personne de ce Chef adorable. Des doctrines pernicieuses, judaïques et philosophiques, avec de hautes prétentions, tendaient à s’insinuer parmi eux et à les séparer peu à peu, sans qu’ils s’en doutassent, de la Personne de Christ, et s’ils les écoutaient, bientôt l’ordre serait rompu, leur foi chancellerait, et ils seraient la proie de l’adversaire. Voilà pourquoi l’apôtre en appelle à l’ordre qui existait encore et à la foi encore ferme chez eux, pour les mettre en garde contre le danger terrible qui les menaçait. Combien de nos jours, où tant de spéculations ont cours sur la Personne du Seigneur et tendent à la rabaisser, les chrétiens sincères qui veulent être fidèles à leur Seigneur, n’ont-ils pas à se garder de ces idées étrangères, de ces fatales erreurs qui se présentent sous des apparences spécieuses, et une fois reçues ne vont à rien moins qu’à ébranler et renverser la foi !

(v. 6 et 7) —  L’apôtre s’appuie donc sur ce qui le réjouissait et qu’il approuvait chez les Colossiens, pour les exhorter à y persévérer. C’était ce qu’ils avaient reçu «dès le commencement» de leur foi, et il est bien remarquable que ce soit là une exhortation si souvent répétée dans la Parole. L’homme veut ajouter, de son propre fonds, ses idées à lui, à ce que Dieu nous révèle ; il veut un développement en dehors de ce que l’Écriture nous présente, mais constamment la Parole nous ramène à ce qui était «dès le commencement» c’est-à-dire à Christ, le centre des pensées de Dieu. Ainsi Paul dit aux Colossiens : «Comme donc vous avez reçu le Christ Jésus, le Seigneur, marchez en lui». L’apôtre fait appel à ce qui était en eux une expérience personnelle, à ce qu’ils avaient reçu. Et qu’était-ce ? Non pas un système de doctrines, un ensemble de vérités, mais c’était Christ lui-même, sa Personne, devenue l’objet de leur foi et par là aussi de leurs affections. Et c’est Christ tout entier, comme l’expriment tous les noms qui lui sont attribués : le Christ, Celui qui s’est donné pour nous ; Jésus, ou Jéhova le Sauveur, c’est son nom personnel, le Seigneur, Celui qui a l’autorité. Autour de lui tout se groupe, à lui tout se rattache, et la doctrine chrétienne n’est tout entière que le développement de ce qu’il est, de ce qu’il a fait, et de l’accomplissement des desseins de Dieu relativement à la gloire de sa Personne. Connaître Christ, c’est connaître Dieu, l’amour, la vie, le salut et la gloire. L’avoir reçu par la foi dans son coeur, sous l’action et la puissance de l’Esprit Saint, c’est posséder toutes ces choses ; que faut-il de plus ? Il faut ce que l’apôtre ajoute : «Marchez en lui» ; non pas seulement pour lui, par lui, ou avec lui, mais en lui, ce qui implique une communion intime avec lui, qui résulte de la conscience que nous avons de lui être unis, communion dans laquelle nous goûtons tout ce qu’il est en amour, en grâce, en vie, en puissance et qui a son reflet dans notre marche, dans notre conduite journalière, communion qui écarte d’instinct tout ce qui porterait atteinte à sa glorieuse Personne.

L’apôtre nous montre le ressort caché de cette marche en Christ dans ces paroles : «enracinés et édifiés en lui». Les racines d’un arbre, tout en ne paraissant point au-dehors, le maintiennent debout. Plus elles s’enfoncent dans la terre, plus l’arbre est ferme et peut résister aux efforts de la tempête. Par les racines aussi, l’arbre tire les sucs nécessaires à son existence et à sa croissance. Ainsi en est-il de Christ pour le fidèle. C’est de lui, c’est de la connaissance toujours plus profonde, plus réelle et plus intime de sa Personne et de son amour — l’amour de Christ qui surpasse toute connaissance (Éph. 3:19) ,que le chrétien tire sa force et puise sa vie, c’est ainsi qu’il peut croître et se développer et braver les assauts de l’adversaire. L’apôtre ajoute : «édifiés en lui», établis sur lui, comme sur une base inébranlable, ainsi qu’un édifice sur un solide fondement.

La conséquence de ce qui précède est l’affermissement dans la foi. C’est la connaissance de Christ, c’est la communion avec lui, c’est la jouissance de ce qu’il est, c’est la réalisation dans le coeur de tout ce qui est renfermé dans sa Personne bénie, qui nous affermit dans la foi, c’est-à-dire dans la doctrine chrétienne. Elle n’est plus pour nous simplement une affaire d’intelligence, mais elle s’empare du coeur et des affections, en même temps que de la vie. Puis remontant toujours au commencement de leur vie chrétienne, l’apôtre dit : «selon que vous avez été enseignés», et non selon ce que vous enseignent les faux docteurs. Épaphras, un fidèle serviteur du Christ, leur avait fait entendre «la grâce de Dieu en vérité», c’est en cela qu’ils avaient à persévérer : la grâce de Dieu connue selon la vérité qui est en Christ. L’apôtre Jean exhorte aussi les chrétiens, afin que ce qu’ils ont entendu dès le commencement demeure en eux, et il ajoute, parlant de l’onction reçue de Christ, c’est-à-dire l’Esprit Saint : «Et selon qu’elle vous a enseignés, vous demeurerez en lui», c’est-à-dire en Christ (1 Jean 2:24-27). Partout nous trouvons les mêmes exhortations à ne pas chercher des nouveautés, et à ne pas prêter l’oreille à ceux qui les enseignent, parce que partout et de tout temps, c’est la pente naturelle du coeur et le piège de l’ennemi.

Affermis ainsi dans la foi, selon l’enseignement qu’ils avaient reçu, les Colossiens devaient aussi y abonder, c’est-à-dire que leur foi devait s’emparer de plus en plus de ce qui leur était donné en Christ. L’âme heureuse dans la jouissance toujours plus grande des trésors d’amour et de grâce qui se trouvent en lui, exprime sa reconnaissance par des actions de grâces.

(v. 8) —  Maintenant vient l’avertissement relatif aux dangers qui les menaçaient. «Prenez garde», dit l’apôtre, «que personne ne fasse de vous sa proie (ou ne vous emmène comme une dépouille) par la philosophie et par de vaines déceptions, selon l’enseignement des hommes, selon les éléments du monde, et non selon Christ». Ceux dont l’apôtre parle ici, sont ces docteurs philosophes, raisonneurs et judaïsants, qui mêlaient artificieusement leurs spéculations intellectuelles avec les cérémonies légales données autrefois de Dieu au peuple juif, mais ayant fini leur temps. Ils s’appuyaient du fait que Dieu les avait données, afin de s’accréditer eux-mêmes, et de faire passer leurs propres idées qui toutes tendaient à rabaisser Christ. Ils sont comparés à des loups qui voulaient faire des chrétiens leur proie, comme Paul l’avait exprimé aux anciens de l’assemblée d’Éphèse : «Il entrera parmi vous des loups redoutables qui n’épargneront pas le troupeau» (Actes 20:29). Les anciens devaient veiller sur le troupeau, mais les simples fidèles, même une simple femme (2 Jean 8-10), ont à prendre garde à ceux qui voudraient les enseigner d’un enseignement d’homme et non selon Christ.

Par philosophie, l’apôtre veut dire cette connaissance faussement ainsi nommée (1 Tim. 6:20), par laquelle l’homme prétend, par ses propres facultés et ses raisonnements, arriver à la connaissance des choses de Dieu. L’esprit naturel ne peut connaître que les choses qui sont de son domaine ; l’Esprit de Dieu seul révèle les choses de Dieu (voyez 1 Cor. 2:11). Le propre de cette philosophie est de conduire l’homme à nier ce qu’elle ne peut comprendre et soumettre à ses raisonnements. C’est ainsi que, de nos jours, elle s’attaque, comme autrefois, au mystère de la Personne de Christ et de la rédemption, et que l’on voit même des docteurs portant le nom de chrétiens, suivre ces raisonnements, ces vaines déceptions qui conduisent à dépouiller le chrétien de ce qu’il a de plus précieux, la Personne de son Sauveur. Combien vaines sont-elles, ces déceptions ! L’esprit est trompé par cette philosophie qui ne donne rien pour satisfaire les réels besoins de l’âme. Quel danger d’écouter la voix de ces docteurs ! Combien nous avons à veiller !

En même temps, à leurs spéculations intellectuelles, ils joignaient l’enseignement ou la tradition des hommes. Les Juifs avaient une quantité de ces traditions auxquelles ils attachaient une grande autorité, autorité aussi et plus grande souvent pour eux, que celle des Écritures. Le Seigneur le leur reproche en termes énergiques (Matt. 15:1-11). Tout cela constituait une religion qui s’adaptait bien à l’homme dans la chair. Elle était selon «les éléments du monde», c’est-à-dire selon des principes appropriés à l’homme, tel qu’il est comme descendant d’Adam et vivant dans ce monde. C’était un contraste de tous points avec le vrai christianisme qui est céleste. L’enseignement contre lequel les Colossiens étaient mis en garde, et nous avec eux, n’était pas «selon Christ», le Christ céleste dont les gloires ont été présentées dans le chapitre précédent et dans lequel se trouvent toute sagesse, toute plénitude, et tout ce qui répond à nos besoins. Cet enseignement rabaissait Christ pour exalter l’homme, et privait le chrétien de ce qui seul peut remplir le coeur.

(v. 9) —  L’apôtre revient donc avec bonheur à ce grand sujet, Christ, pour montrer que là, en lui, nous trouvons toutes les bénédictions, en dehors des spéculations de l’esprit humain, en dehors des superstitions auxquelles l’homme est disposé à s’adonner, en dehors des formes par lesquelles il cherche à satisfaire Dieu.

Il vient de nommer Christ, et son âme le contemple dans sa grandeur divine et sa pleine suffisance pour nous. «Car en lui habite toute la plénitude de la Déité corporellement». L’apôtre met devant nous, en contraste avec les spéculations des hommes, Christ vrai Dieu et vrai homme, ainsi qu’il l’a déjà fait au chapitre 1. La plénitude de la Déité exprime ce que Dieu est comme Dieu, son essence, ses attributs et ses perfections, sa gloire. Et elle «habite», non a habité, corporellement, substantiellement et réellement en Christ homme. Cette union ineffable de Dieu avec l’homme — un homme parfait, forme avec lui un seul Être, mystère devant lequel nous ne pouvons qu’adorer. C’est la Parole qui est devenue chair, ainsi que le dit Jean (Jean 1:14). La plénitude de la Déité s’est plue à habiter au milieu des hommes dans cet homme, le Christ Jésus, non en le revêtant de dons excellents et en en faisant par sa sainteté et ses perfections morales un homme à part et au-dessus des autres, mais par une union personnelle, de sorte que l’on peut dire de Christ : Il est Dieu et il est homme, mais c’est Christ qui est cela. Et remarquons qu’il est dit «habite», c’est une chose permanente qui existe maintenant qu’il est glorifié, comme lorsqu’il était sur la terre. Qu’on le prenne dans la crèche, à Bethléem, ou dans les bras de Siméon, ou à douze ans dans le temple interrogeant les docteurs, ou ensuite à Nazareth, soumis à ses parents ; ou bien que ce soit dans le cours de son ministère, ou sur la croix, et enfin dans la gloire ; où que ce soit, autrefois, aujourd’hui et dans l’éternité, il est Celui en qui habite corporellement toute la plénitude de la Déité.

(v. 10) —  Voilà ce qu’il est dans sa Personne, et, dans ce v. 10, nous voyons ce que nous sommes en lui — «accomplis», pleins ou remplis, c’est-à-dire qu’en lui nous avons tout devant Dieu, rien ne nous manque ; notre position est parfaite. En cherchant à ravir à Christ quelque chose de sa gloire, on nous ôterait quelque chose de notre position devant Dieu. Mais du moment que toute la plénitude de la Déité habite en lui, nous avons en lui tout ce qu’il nous faut devant Dieu, là en lui nous sommes dans toute la perfection de sa Personne. Quelle place pour le chrétien ! Il est accompli devant Dieu en Christ, étant uni à ce Chef glorieux.

L’apôtre ajoute qu’il est «le chef de toute principauté et autorité». L’homme, dans sa folie, serait disposé à fléchir les genoux devant les anges (v. 18) ; c’est à quoi Satan voulait entraîner les Colossiens par le moyen des faux docteurs et de leurs raisonnements. Mais Christ est Chef de ces autorités et de ces puissances célestes, quel que soit leur rang. Il est au-dessus d’elles, non seulement comme Dieu qui les a créées (chap. 1:16) , mais aussi comme homme glorifié, il a été établi au-dessus de toutes (Éph. 1:21). En lui, bien loin d’avoir à les adorer, nous sommes au-dessus d’elles. Il nous suffit pleinement, soit que nous le considérions comme nous donnant, en lui-même, une position parfaite devant Dieu, soit comme l’Objet divin qui seul peut remplir nos coeurs. En lui, nous avons tout, car nous sommes au centre des délices divines.

(v. 11-15) —  L’apôtre, dans ces versets, montre en détail que le croyant a, en effet, tout en Christ, et n’a rien à chercher en dehors de lui dans les enseignements humains, les traditions et les observances d’un culte terrestre.

En premier lieu (v. 11), le chrétien est «circoncis d’une circoncision qui n’a pas été faite de main, dans le dépouillement du corps de la chair par la circoncision du Christ». La circoncision faite de main dans la chair, était le signe établi de Dieu de son alliance avec Israël, son peuple terrestre ; pour faire partie de ce peuple, il fallait être circoncis. En même temps, cette cérémonie avait une signification spirituelle, elle était le symbole du dépouillement de la chair. Les docteurs judaïsants, sans reconnaître cette signification, attachaient une grande importance à la circoncision (voyez Actes 15:1 ; Gal. 6:12, 13) , et voulaient y astreindre les croyants d’entre les gentils. L’apôtre renverse ici leurs prétentions, en montrant que les chrétiens ont en Christ la réalité de ce dont la circoncision n’était que le signe. Par la foi, ils ont part à l’efficacité de la mort de Christ ; ils sont morts avec lui, et dans cette mort, ils ont trouvé le vrai dépouillement du corps de la chair — non du corps mortel — mais de l’ensemble du péché considéré ici comme un organisme complet — un corps. Possédant en même temps la puissance de vie qui est en Christ, ils se tiennent pour morts au péché. C’est là ce que l’apôtre appelle la circoncision du Christ. Nous trouvons cette doctrine en Rom. 6:6 et 7. «Notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché soit annulé pour que nous ne servions plus le péché. Car celui qui est mort est justifié (quitte) du péché». Puis il ajoute : «Tenez-vous vous-mêmes pour morts au péché, mais pour vivants à Dieu dans le Christ Jésus». Tel est le grand privilège du chrétien ; voilà ce qu’il trouve dans la mort du Christ auquel il est uni ; non pas seulement que Christ est mort pour ôter ses péchés et annuler la condamnation qui était sur lui, mais qu’il est mort avec Christ, uni à lui dans cette mort — pour que le corps du péché en lui soit annulé ; il l’a ainsi dépouillé complètement. Remarquons bien que ce n’est pas une chose à accomplir par des efforts graduels ; c’est une chose accomplie : «vous avez été circoncis», «notre vieil homme a été crucifié», c’est un fait ; et c’est en vertu de cette relation avec Christ, et de cette position en Christ où il est de fait, que le chrétien est armé contre le péché, auquel il est mort, et est délivré de sa servitude. La mort avec Christ et la vie en lui, est le point de départ. Se tenant pour mort au péché, et ayant la vie en Christ, il peut servir Dieu. Quelle grâce merveilleuse !

(v. 12) —  Ici, nous trouvons le baptême, cérémonie chrétienne, qui est aussi un signe d’une chose spirituelle, et qui explique bien ce qui précède. Le baptême est le signe de notre entrée dans cette mort avec Christ : «ensevelis avec lui dans le baptême», c’en est la déclaration publique. Être enseveli, c’est la disparition finale de l’homme de la scène présente, de même être enseveli avec Christ indique moralement la fin de l’homme en Adam, aussi bien que notre fin. Nous en avons fini avec notre état dans la chair. Mais on n’en reste pas là. Nous passons, ou plutôt nous avons passé dans un état nouveau. Christ n’est pas seulement mort, et n’a pas été seulement enseveli. Il est aussi ressuscité, passant ainsi dans cette nouvelle vie sur laquelle la mort n’a plus de puissance (Rom. 6:9). Nous sommes aussi ressuscités ensemble avec lui, nous sommes avec lui dans cet état nouveau, et le baptême est le signe à la fois de notre mort et de notre résurrection avec Christ. Quel heureux renouvellement ! Être morts à ce que nous étions dans la chair et qui n’amenait pour nous rien que misère, et être ressuscités et participants de cette nouvelle vie de lumière, d’amour et de bonheur où Christ se trouve, sur un terrain où le péché et le jugement n’ont plus de place !

L’apôtre nous fait ensuite connaître le moyen par lequel ces choses deviennent en nous une vivante réalité, et ne restent pas une affaire d’intelligence. Ce moyen, c’est la foi. Elle s’approprie ce qui nous est présenté et le rend nôtre. Mais ce qui produit et la foi et cette nouvelle vie en Christ, c’est l’opération puissante de Dieu qui a été manifestée dans la résurrection de Christ. C’est ainsi que nous lisons dans les Éphésiens : «Pour que vous sachiez... quelle est l’excellente grandeur de sa puissance envers nous qui croyons, selon l’opération de la puissance de sa force, qu’il a opérée dans le Christ, en le ressuscitant d’entre les morts... Et nous, alors même que nous étions morts dans nos fautes, il nous a vivifiés ensemble avec le Christ (vous êtes sauvés par la grâce), et nous a ressuscités ensemble...» (Éph. 1:19, 20 ; 2:5, 6).

(v. 13) —  Ce verset contient en même temps la doctrine de l’épître aux Éphésiens et celle de l’épître aux Romains : nous y voyons la mort morale dans laquelle nous étions dans nos péchés, et le poids de la condamnation qui pesait sur nous à cause de ces péchés. En Christ, nous avons la réponse à ces deux choses. Il a pris sur lui la condamnation due au péché, il est mort pour nous, et nous avons ainsi par lui le pardon de toutes nos fautes, il n’y a plus de condamnation pour nous. De plus, il est ressuscité, et nous, ressuscités avec lui, nous participons à cette vie dans laquelle il est entré ; nous sommes sortis de la mort où nous étions et nous sommes vivifiés ensemble avec lui.

Remarquons que l’apôtre dit aux Colossiens : «Vous étiez morts dans vos fautes et dans l’incirconcision de votre chair». Les Juifs étaient bien aussi par nature morts dans leurs fautes (Éph. 2:5) , mais ils étaient circoncis comme gage que l’alliance et les promesses leur appartenaient ; ils avaient un Dieu et une espérance (Éph. 2:11 12). Les pauvres gentils n’avaient rien de tout cela. Morts dans leurs fautes, ils l’étaient aussi dans l’incirconcision de leur chair : ils n’avaient aucun droit devant Dieu ; ils ne pouvaient être que les objets de sa pure et souveraine grâce, et elle s’était exercée envers eux. L’apôtre le rappelle aux Éphésiens (2:5, 8). Quel sujet de reconnaissance pour nous ! Mais l’apôtre dit ensuite : «Nous ayant pardonné toutes nos fautes». Les Juifs avaient tout aussi besoin du pardon et de la grâce qui vivifie que les gentils eux-mêmes. Tout en reconnaissant leurs privilèges spéciaux, la Parole les place toujours, comme pécheurs, sur le même pied que les gentils. Le péché nous a placés tous dans la mort et sous la condamnation ; en Christ mort et ressuscité, tous peuvent trouver le pardon et la vie. Quel bonheur de les posséder, et non pas seulement de savoir qu’ils sont en lui, ces trésors précieux ! Ce qui nous manque trop souvent, c’est de réaliser ces grâces dans notre âme par une foi qui s’en empare et nous en fait jouir. Remarquons encore que le pardon est à la base de tout dans la vie chrétienne, c’est le commencement. L’apôtre dit : «nous ayant pardonné toutes nos fautes». C’est après ce pardon que vient la vivification avec Christ. Il a laissé derrière lui, dans sa mort, la condamnation qu’il avait prise sur lui, et nous l’avons aussi derrière nous, et dans sa résurrection, nous avons la vie. Enfin, faisons attention à ces mots : «Toutes nos fautes». Le pardon est complet, rien ne reste à notre charge. Quelle sécurité pour l’âme croyante ! Dans cette vie nouvelle en Christ, il n’y a plus de condamnation, car il n’y a plus de fautes (Rom. 8:1).

(v. 14) —  Une autre grâce nous est présentée ici comme résultat de la mort de Christ sur la croix : «Ayant effacé l’obligation qui était contre nous, laquelle consistait en ordonnances, et qui nous était contraire, et il l’a ôtée en la clouant à la croix». Une obligation, comme nous le savons, est un écrit souscrit par quelqu’un et qui l’oblige à un paiement. N’y pas faire honneur entraîne une pénalité. Cette obligation qui était contre les Juifs (l’apôtre dit «nous»), consistait dans les ordonnances (*) de la loi, dont la non-observation entraînait la mort. Or les Israélites avaient mis, pour ainsi dire, leur signature à cette obligation, en disant : «Tout ce que l’Éternel a dit, nous le ferons» (Exode 19:8). Tant qu’ils étaient sous la loi, ils étaient tenus à l’obéissance à ces ordonnances. Or les docteurs judaïsants voulaient placer les autres sous le joug insupportable (Actes 15:1, 10), sous cette obligation que l’homme ne peut remplir, et qui ainsi laisse la conscience oppressée sous un poids que les efforts de l’homme ne peuvent enlever. Tel est le cas encore maintenant pour bien des âmes qui sont sincères, qui veulent, par des oeuvres, se faire une position devant Dieu et se tranquilliser, mais qui se voient toujours bien au-dessous de ce qui peut satisfaire la justice de Dieu. Eh bien, que ces âmes lisent avec attention la précieuse déclaration de l’apôtre, destinée à prémunir les Colossiens contre un enseignement qui tendait à les placer sous cette obligation des ordonnances de la loi, déclaration que nous pouvons saisir aussi pour nous : «Il (Christ) l’a ôtée en la clouant à la croix». Elle a été effacée, annulée, détruite, lorsque Christ a été cloué à la croix ; là elle a trouvé sa fin, et le croyant en est entièrement libéré. Vie, pardon et liberté, nous avons tout en Christ.

(*) Ordonnances ou «décrets», selon le mot de l’original.

(v. 15) —  Une autre chose était contre nous, c’étaient les «principautés et les autorités», la puissance spirituelle de méchanceté (Éph. 6:12) , dont le chef est le diable ou Satan. Christ a triomphé d’elles en la croix. Chose merveilleuse ! C’était la puissance des ténèbres qui semblait avoir prévalu, lorsque Christ avait été livré, saisi par des mains iniques, dépouillé, injurié, et enfin cloué sur la croix. Les hommes et les démons assistaient là au triomphe apparent de Satan, et à la défaite de Christ. Mais en réalité, aux yeux de Dieu, pour sa gloire et celle de son Christ, pour notre salut et notre bonheur éternels, dans cette ignominie et cette mort du Sauveur, éclatait sa victoire. Il vainquait en subissant tout ce que la haine de l’homme, conduit par Satan, avait pu imaginer contre lui ; il vainquait par la mort celui qui avait l’empire de la mort (Héb. 2:14). Comme un vainqueur, il dépouillait de leur puissance et de leur force ces autorités et ces principautés malfaisantes pour l’homme et ennemies de Dieu ; il les désarmait définitivement, comme il avait montré précédemment qu’il pouvait le faire (voyez Matt. 12:29). Il les exposait publiquement devant les hommes et les anges (1 Tim. 3:16), à la honte de leur défaite ; et ce triomphe glorieux, il le remportait sur la croix et par la croix : là brillait sa gloire, là s’accomplissait notre délivrance. Ô merveille de la sagesse et de l’amour de Dieu ! (1 Cor. 1:18, 24). Remarquons que, s’il s’agit des principautés et des autorités qui sont bonnes — les anges — Christ en est le Chef (v. 10) ; et que, quant aux puissances spirituelles de méchanceté, il les a vaincues.

C’est ainsi que les Colossiens avaient tout pleinement en Christ, et l’apôtre exalte ses gloires et déploie les trésors qui sont en lui, pour dégager les Colossiens des pièges qui les menaçaient, en les ramenant à Celui en qui réside la plénitude de la Déité, et pour leur rendre la conscience et la puissance de leur union avec lui. La fin de l’homme dans la chair, la délivrance de la puissance du péché et de la condamnation, le pardon, la vie, l’affranchissement de la loi et de ses ordonnances, et l’anéantissement de la puissance de l’ennemi, nous avons tout dans cette Personne adorable, Fils de l’amour du Père, Créateur tout puissant, Chef de l’Assemblée, Sauveur mort et ressuscité, vivant à jamais, et auquel nous sommes unis d’une manière indissoluble. À lui soit la gloire !

(v. 16 et 17) —  Du v. 9 au v. 15, l’apôtre a exposé de nouveau ce qui concerne la gloire de la Personne de Christ, en qui habite toute la plénitude de la déité corporellement, puis les résultats infiniment précieux de son oeuvre pour les chrétiens. Il revient maintenant à l’exhortation qu’il adressait aux Colossiens, au v. 8, en signalant les erreurs qui les menaçaient et qu’il détruit par l’application des vérités qu’il vient d’exposer. C’est comme s’il disait : Puisque l’obligation, qui consistait en ordonnances, a été clouée à la croix, que personne donc ne vous juge de ce que vous n’observez pas ces ordonnances. Et il entre dans le détail de ce à quoi elles se rapportaient. Il s’agit ici de prescriptions juives, comme le montre clairement le v. 17 ; les faux docteurs ne se bornaient pas à vouloir imposer celles que la loi de Moïse indiquait (comme la distinction des viandes pures et impures ; Lév. 11) ; ils y ajoutaient celles qu’avaient établies les traditions, comme ce qui concerne «le boire». Nous ne voyons pas qu’en effet, sauf le cas du voeu de nazaréat, il y eût rien de prescrit quant aux boissons dans la loi de Moïse. L’apôtre cite ensuite les différentes fêtes établies aussi par la loi mosaïque, et que les faux docteurs voulaient imposer aux chrétiens ; mais toutes ces choses préfiguraient ce dont la réalité — le corps — est en Christ. Et puisqu’ils avaient Christ, qu’avaient-ils besoin de ces ombres ? Remarquons que ce n’est pas le seul passage où se trouve combattue cette prétention des docteurs judaïsants. Les Galates s’y étaient laissé prendre. «Vous observez», dit l’apôtre, «des jours, et des mois, et des temps, et des années» (Gal. 4:10), et il appelle cela de faibles et misérables éléments. C’est une tendance naturelle du coeur humain, à laquelle l’Église chrétienne n’a pas échappé. Elle aussi a voulu avoir ses fêtes, sans que rien dans la parole de Dieu l’y autorisât. Au contraire, les passages que nous avons sous les yeux nous montrent clairement que c’est retourner aux éléments du monde. On vit dans le monde, on s’y mêle, on suit son train, mais viennent ces fêtes, on devient chrétien pour un jour, pour retourner ensuite à sa vie habituelle, ayant, comme on le croit, satisfait à ses devoirs envers Dieu. Le vrai chrétien a Christ en tout temps, cela lui suffit. Il vit avec Christ, sans qu’il soit besoin de fêtes spéciales pour lui rappeler que sa vie est celle de Christ, cachée avec lui en Dieu. Il a laissé les ombres ; il possède la réalité. Remarquons encore que le sabbat même, comme obligation légale, est mis de côté. C’est le jour de repos pour le premier homme ; mais c’est celui que Christ, mis à mort par l’homme, a passé dans le tombeau. Lui, le second homme, est ressuscité le premier jour de la semaine, et c’est notre privilège, non une obligation légale, de rappeler ses souffrances et sa mort, en ce premier jour, sur le terrain de la résurrection. Christ met de côté tout ce qui est du premier homme.

(v. 18) —  Nous revenons ici aux doctrines erronées et aux enseignements pernicieux, que les faux docteurs mêlaient aux prescriptions judaïques, et qui ne tendaient à rien moins qu’à séparer de Christ, le Chef, la Tête du corps. Les ordonnances juives ramenaient aux ombres ceux qui possédaient le corps, les doctrines gnostiques détruisaient la toute-suffisance de Christ comme Médiateur, et plaçaient entre lui et les âmes des créatures. Tout cela reposait, non sur la parole de Dieu, mais sur des imaginations de l’esprit orgueilleux de l’homme.

«Que personne ne vous frustre du prix du combat», ne vous enlève le prix vers lequel vous tendez — allusion à un juge qui, dans les jeux des anciens, aurait ôté injustement le prix à qui avait combattu ou couru pour cela. Le combat chrétien se livre sur une ligne tout autre que celle des ordonnances juives et des folies des gnostiques. Les faux docteurs voulaient entraîner les chrétiens de Colosses en dehors de leur vraie course (Phil. 3:14), les faire tendre vers ce qui les détournait de Christ, et les priver ainsi du prix. Paul pousse un cri d’alarme pour les ramener vers le Chef. Remarquons que, tandis que pour les ordonnances, l’apôtre dit simplement «que personne ne vous juge», de même que, dans l’épître aux Romains, chap. 14, il exhorte au support envers ceux qui, faibles en la foi, croiraient devoir faire encore des distinctions dans le manger et dans les jours, quand il s’agit des hérésies fatales, il dit : «Que personne ne vous frustre du prix». C’est qu’en effet il y avait là en jeu la volonté propre et le vain orgueil de l’homme s’ingérant dans les choses que Dieu a réservées à sa connaissance, et de plus une prétendue humilité et une fausse spiritualité conduisant à rendre à des créatures, si élevées fussent-elles, un hommage qui ne leur appartenait pas. Dieu avait-il montré les anges autrement que comme des serviteurs prompts à obéir à ses ordres ? (voyez Ps. 103:20 et Héb. 1:14). Les avait-il jamais présentés comme des objets d’adoration ? Loin de là. La loi même disait : «Tu rendras hommage au Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul» (Luc 4:8). C’était donc aller contre le clair enseignement de Dieu et montrer ainsi sa propre volonté opposée à celle de Dieu. Et cela dans une prétendue humilité, car c’était avoir l’air de s’abaisser devant des êtres supérieurs, et qui pouvaient servir de médiateurs entre l’homme et l’Être suprême. Nous savons hélas ! combien ces fatales erreurs ont pénétré et sont demeurées dans une grande portion de la chrétienté. N’est-il pas remarquable qu’en cela, comme pour d’autres doctrines erronées, ce qui se passait au temps de l’apôtre ait donné lieu à ces enseignements destinés à nous garantir et aussi à ramener les âmes engagées dans ces erreurs ?

De plus, c’était de l’orgueil et des pensées toutes charnelles que d’avoir la prétention d’entrer d’une manière quelconque, par des raisonnements ou des visions, dans un domaine que Dieu ne leur avait pas ouvert par sa révélation.

(v. 19) — De plus encore, et c’était la conséquence de leur fausse humilité qui cachait leur vain orgueil et les pensées de la chair, par ces doctrines ils reniaient effectivement leur union avec le Chef, Christ — «ne tenant pas ferme le Chef» (ou la Tête). Ce n’est pas qu’ils rejetassent Christ, mais, professant le christianisme, ils enseignaient ce qui rabaissait le Seigneur, en y ajoutant les ordonnances comme chose nécessaire, et ce qui séparait de lui, — c’est le propre de toute erreur, — en détournant la pensée des chrétiens vers d’autres objets que Christ. Si l’on tient ferme le Chef, si l’on a la conscience de son union avec lui, si l’on jouit de sa communion, on ne place rien entre lui et soi. Si l’on est un avec lui, on est bien au-dessus des créatures les plus élevées. Quelle grâce merveilleuse ! Quels privilèges précieux en découlent pour nous ! Ne laissons rien se placer entre la gloire du Chef et nos âmes ; ne souffrons rien qui le voile à nos coeurs ; tenons ferme le Chef. Nous sommes unis à lui, là où il est ; c’est un fait : que Dieu nous donne d’en garder la conscience et la jouissance !

Et voici ce qui résulte de cette union des membres — du corps — avec la Tête. En opposition avec les prétentions des faux docteurs qui voulaient mener les chrétiens par un développement tiré de leurs raisonnements et de leur imagination, nous avons ici un accroissement de Dieu, un accroissement divin dans sa source et sa nature, et non humain. Cet accroissement provient de ce que les membres du corps, unis à la Tête, Christ, reçoivent de lui les trésors de vie et de grâce qui sont en lui. Ce qui alimente ainsi le corps, tient les membres par toute la terre bien unis les uns aux autres, et ainsi le corps prend sa force et son accroissement. Les différentes parties du corps ne s’isolent pas ; elles subsistent ensemble et vivent d’une même vie : «bien unis ensemble, dit l’apôtre ; toutes ces parties sont nourries ensemble par la communication qu’elles ont entre elles : «alimenté», est-il dit. Cette réalité du corps de Christ, un, bien que composé de différents membres, qui sont les vrais chrétiens, possédant la vie de Christ, unis à lui dans le ciel, cette réalité bénie doit être soigneusement maintenue. C’est une chose qui subsiste, en dépit de toute la ruine. Le Chef, que nous avons à tenir ferme, a ses membres ici-bas, son corps qui croît d’un accroissement de Dieu. La réalisation et la conscience de ce fait sont une autre chose, mais il subsiste. Les Colossiens, et nous aussi, avaient à y être ramenés.

(v. 20-23) — L’apôtre juge maintenant le système des faux docteurs au point de vue de notre position comme chrétiens. Quelle est cette position ? «Vous êtes morts avec Christ», est-il dit. Ce n’est pas toute notre position, car nous sommes aussi ressuscités avec lui et unis à lui dans le ciel ; mais c’est le fait de notre mort avec Christ que l’apôtre emploie pour montrer l’inanité du système des ordonnances. Elles sont pour la terre, pour quelqu’un qui vit dans ce monde, et qui par elles voudrait, dans cette vie-là, entrer en relation avec Dieu. Or, le chrétien est mort avec Christ, ainsi que l’expose le chap. 6 aux Romains. Il n’est donc plus dans l’existence à laquelle s’adaptent les ordonnances. Il est mort aux éléments du monde. Qu’est-ce qu’un mort a à faire avec cela ? N’étant plus en vie dans le monde, c’est-à-dire ne vivant plus de la vie qui dirige les pensées et les principes du monde dans les choses religieuses (et même en tout), pourquoi le chrétien agirait-il comme s’il vivait encore de cette vie, en établissant des ordonnances ? Ces ordonnances, Paul les résume en ces quelques mots : «Ne prends pas, ne goûte pas, ne touche pas». Elles étaient établies selon des enseignements et des commandements d’hommes. C’était un joug que l’on voulait imposer aux chrétiens, sous prétexte que leur abstention des choses que Dieu a créées (1 Tim. 4:3), les conduirait à la sainteté. Prescriptions méticuleuses qui, au contraire, détournant les pensées des choses du ciel et les portant sur les choses qui périssent, sont destructives de la vraie sainteté. Que reste-t-il pour l’âme qui s’est astreinte à ces ordonnances ? Rien ; «elles sont destinées à périr par l’usage». Il y a eu des ordonnances pour un peuple terrestre, mais elles ont fait leur temps, elles ont trouvé leur fin à la croix ; pourquoi les ramener pour les imposer aux chrétiens, et même les aggraver par des interdictions minutieuses ? Ce sont des choses venant de l’homme qui veut se glorifier ainsi dans la chair.

En effet, l’apôtre dit : «Qui ont bien une apparence de sagesse en dévotion volontaire et en humilité, et en ce qu’elles n’épargnent pas le corps, ne lui rendant pas un certain honneur». L’apôtre accorde bien qu’il y a, dans ces abstinences et ces macérations que prescrivaient les faux docteurs, une apparence de sagesse. Ce culte ou dévotion volontaire, c’est-à-dire arbitraire, envers des êtres élevés au-dessus des hommes, je veux dire les anges, cette humilité prétendue qui se montrait en affectant de ne pas tenir compte du corps, ne lui rendant pas un certain honneur et ne l’épargnant pas, se livrant à des privations volontaires de toutes sortes, tout cela faisait beau voir aux yeux des hommes. Ces doctrines erronées ont pénétré plus tard dans l’Église, et on les a vus, ces ascètes, ces solitaires vêtus grossièrement, se laissant exténuer par la faim, et acquérant ainsi un renom de sainteté. Mais c’était une sagesse apparente ; bien qu’il pût y avoir chez quelques-uns de la sincérité, c’était ce qu’ils s’imposaient de leur propre volonté, c’était donc la chair qui profitait ; c’était pour la satisfaction de la chair, non pour la gloire de Christ. Heureuse liberté que celle où le chrétien a été mis par sa mort avec Christ. Elle le délivre du joug des ordonnances, non pas toutefois pour qu’il use de cette liberté comme d’une occasion pour la chair, car ceux qui sont du Christ ont crucifié la chair avec les passions et les convoitises. Morts avec Christ, ils vivent à Dieu. Morts avec Christ, ils sont aussi ressuscités avec lui, et c’est ce dont le chapitre suivant va nous entretenir.

3                    Chapitre 3

(v. 1 et 2) — Au v. 20 du chapitre précédent, nous avons, ainsi qu’il a été remarqué, la doctrine posée en Rom. 6, c’est-à-dire la vérité que le chrétien est mort avec Christ. Nous faisons maintenant un pas de plus ; nous voyons notre union avec Christ dans la résurrection : Nous avons «été ressuscités avec le Christ». La puissance de résurrection et de vie qui a relevé Christ d’entre les morts, passe de lui dans ses membres (comp. Éph. 1:19, 20 ; 2:6). Voilà un second caractère de notre position. Morts avec Christ, et ainsi en ayant fini avec les ordonnances se rapportant à une vie terrestre ; mais ressuscités avec Christ, et étant entrés ainsi dans une autre vie, qui n’est pas celle de la terre, et qui a ses objets dans une autre sphère que celle d’ici-bas. Et si l’on demande : Quand est-ce que nous avons été ressuscités avec le Christ ? la réponse est : C’est lorsque Christ a été ressuscité ; tout comme c’est à la croix, quand il y a été cloué et qu’il y est mort, que notre vieil homme y a été crucifié et que nous y sommes morts avec lui (Rom. 6:6, 11). Les faits ont eu lieu, et le résultat subsiste, bien que la chose elle-même ne soit appliquée à nos âmes que lorsque nous avons cru et que nous avons été vivifiés.

Or quelle conséquence résulte pour nous du fait que nous avons été ressuscités avec le Christ ? Elle est simple. On n’est pas ressuscité pour rentrer dans la vie à laquelle on était mort. C’est dans une vie nouvelle que l’on se trouve  — celle de Christ ressuscité. C’est donc une vie du ciel, d’en haut, et dans le ciel, où est Christ. La sphère de cette vie est donc le ciel, et c’est pourquoi il est dit : «Cherchez les choses qui sont en haut, où le Christ (ressuscité) est assis à la droite de Dieu ; pensez aux choses qui sont en haut, et non pas à celles qui sont sur la terre». Remarquons, en passant, que, dans l’épître aux Colossiens, le chrétien, bien que ressuscité avec Christ, est considéré comme étant encore sur la terre, tandis que dans l’épître aux Éphésiens, il est vu comme assis en Christ dans les lieux célestes. Mais bien qu’étant encore sur la terre, sa vie n’y appartient pas, et l’apôtre l’exhorte à agir comme entré dans une nouvelle vie, et à chercher les objets qui répondent à cette nouvelle vie et conviennent à un ressuscité : «Cherchez les choses qui sont en haut», qu’elles soient les objets de vos désirs. Ces choses qui sont en haut sont tous les biens et les privilèges célestes qui actuellement et en espérance sont à nous en Christ et par lui, ces biens, ces trésors spirituels de grâce et d’amour dont il est la source et le centre. Sa gloire nous est montrée : il est assis à la droite de Dieu. En le contemplant là, nous comprenons tout le prix, toute la valeur des choses qui sont en haut. Nous ne connaissons qu’en partie, mais nous sommes exhortés à croître dans la connaissance et la grâce du Seigneur. Nous avons à chercher, comme on creuse pour découvrir des trésors, à acquérir toujours plus la connaissance et la jouissance de ces biens célestes. Les doctrines que l’on apportait aux Colossiens les ramenaient, religieusement parlant, aux choses de la terre ; mais là-haut se trouvait Christ dont la Personne et les gloires sont présentées dans le chapitre premier : voilà ce qu’ils avaient à chercher. «Tous les trésors de la sagesse et de la connaissance» étaient là. Chercher les choses qui sont en haut, conduit le chrétien dans la vraie sphère de sa vie, en dehors des choses terrestres.

Mais il ne faut pas voir dans «les choses qui sont sur la terre» uniquement les ordonnances et pratiques religieuses auxquelles les faux docteurs voulaient assujettir les Colossiens, les détournant ainsi de Christ. «Les choses qui sont sur la terre» ont un domaine plus étendu. C’est tout ce qui se rapporte aux pensées, aux désirs, aux mobiles, aux affections du vieil homme. On ne peut unir la recherche de ces choses, à la recherche des choses d’en haut. Ce sont ces dernières qui seules doivent occuper le coeur du chrétien. Il a à passer dans le monde, il a à s’y occuper, il a à y combattre, mais avec le coeur en haut ; c’est ce qui garde, console, et fortifie.

En cherchant les choses qui sont en haut, on apprend à les connaître, à les apprécier, à les goûter. Que notre pensée y demeure. «Pensez (ou mettez votre affection) aux choses qui sont en haut» ; vous cherchez et trouvez ; mais pour garder, il y faut penser. «Occupe-toi de ces choses ; sois-y tout entier» disait Paul à Timothée par rapport à ce qui concernait son ministère. Il en est ainsi pour tous les chrétiens quant aux choses qui sont en haut. Oh ! combien cette exhortation est de saison pour nous, dans ces temps de relâchement et de poursuite des choses terrestres ! Avoir le coeur en haut, être occupé de Christ à la droite de Dieu, vivre dans cette atmosphère pure et paisible du ciel, au milieu de saintes pensées et d’affections célestes, quelle grâce, si nous comprenions que c’est notre privilège ! Où allons-nous, où espérons-nous nous trouver bientôt ? Dans le ciel, avec Christ, n’est-ce pas ? Et nous pouvons déjà vivre là ; et le ciel ne nous sera pas comme un lieu étranger, puisque nous y aurons déjà vécu et que nous aurons déjà eu quelques avant-goûts de ce qu’il est. «Cherchons les choses qui sont en haut, pensons aux choses qui sont en haut», et ces choses de la terre nous paraîtront ce qu’elles sont toujours, un néant, des ordures.

(v. 3) — Nous avons dans ce verset le grand motif pour renoncer aux choses qui sont sur la terre et nous attacher à celles qui sont en haut ; c’est que «nous sommes morts» à cette vie de la chair à laquelle se rattachait notre culpabilité et la condamnation, parce que c’était la vie où dominait le péché et la puissance de l’ennemi. Mais pour la foi, de même que devant Dieu, nous sommes morts, quant à cette vie-là, morts en vertu de ce que Christ est mort pour nous. Mais la seconde partie du motif dont nous parlons est que nous avons une autre vie, la vie de Christ lui-même. Or cette vie est là où il est : «cachée avec le Christ en Dieu». C’est donc une vie spirituelle, céleste, impérissable, la vie de Christ, caractères qui la séparent nettement et absolument des choses de la terre. Les objets de cette vie doivent nécessairement répondre à sa nature, et ne peuvent ainsi être que les choses qui sont en haut. Christ, ayant accompli son oeuvre, a disparu du monde : «Le monde ne me verra plus», dit-il (Jean 14:19). Il a été glorifié en Dieu ; il est entré dans cette gloire divine comme l’Homme qui a accompli les desseins de Dieu, et il y reste caché aux yeux du monde jusqu’au jour de sa manifestation glorieuse. Or la vie que nous possédons, et qui est Christ lui-même, est cachée dans le lieu même où il est. Elle est nôtre — Christ qui est votre vie — et nous l’avons sur cette terre, mais par elle, nous sommes rattachés au ciel, à Dieu lui-même. Combien misérables apparaissent les choses de la terre, en comparaison de cette vie cachée avec le Christ en Dieu ! Et nous en jouissons, nous jouissons des objets célestes et divins de cette vie — Dieu et Christ. De quelle joie, de quelle paix, de quel bonheur est remplie l’âme qui a conscience de la vie qu’elle a en Christ ! Elle est ravie par la contemplation des choses qui sont en haut. Mais de même que Christ, notre vie est cachée. Le monde ne peut la connaître. Il ne nous connaît pas, comme il n’a pas connu Christ (1 Jean 3:1). Il ne peut pas comprendre les motifs et le ressort qui nous font agir, lorsque nous marchons comme morts et ressuscités avec Christ. C’est pour lui une folie, ainsi que Festus disait à Paul : «Tu es hors de sens, Paul» (Actes 26:24). Mais pour nous, nous jouissons de cette vie cachée, en nous nourrissant de la «manne cachée», de Christ lui-même (Apoc. 2:17), et peu nous importe ce que pensera 1e monde.

(v. 4) — Mais cette vie n’est pas destinée à être toujours cachée. Christ, maintenant caché dans le ciel, doit un jour être manifesté au monde ; il apparaîtra dans l’éclat de sa gloire, de la gloire dont le Père l’a couronné, entouré de la gloire des armées célestes (Luc 9:26). Et alors nous qui maintenant sommes déjà ressuscités avec lui, nous qui l’avons pour notre vie, nous serons manifestés avec lui en gloire. Il a dit lui-même : «La gloire que tu m’as donnée, moi, je la leur ai donnée» (Jean 17:22). Et le monde, en nous voyant dans cette gloire de Dieu, comprendra pourquoi nous marchions n’étant pas de la terre ; il saura où était notre vie et quels étaient les motifs de notre séparation d’avec lui. La gloire qui est la sphère propre de cette vie éternelle que nous avons en Christ, sera celle dans laquelle nous paraîtrons avec lui.

(v. 5, 6) — Les versets précédents nous ont montré la position que nous avons comme morts et ressuscités avec Christ ; la vie qui répond à cette position et que nous avons en Christ, et enfin le résultat dans l’avenir quand nous paraîtrons avec Christ dans la gloire. Maintenant viennent les conséquences pratiques.

«Mortifiez donc vos membres qui sont sur la terre», puis suit l’énumération de ces membres qu’il faut mettre à mort  — ces membres qui appartiennent au vieil homme. Le fait que l’on a la vie, une vie dont les choses d’en haut sont les objets, rend capable de mortifier les membres qui sont sur la terre, qui appartiennent à cette sphère d’en bas à laquelle nous sommes morts. On doit les renier en pratique ; nous n’avons rien à faire avec eux. Ces membres sont, comme nous le voyons, les diverses convoitises et leurs fruits extérieurs. Les deux premiers sont des actes ; les trois suivants sont des sentiments intérieurs : d’abord, les affections déréglées qui se portent sur des objets illicites, ou qui, peut-être légitimes en elles-mêmes, se dérèglent et dégénèrent en passions auxquelles l’esprit n’a point de frein à opposer ; secondement, la mauvaise convoitise, ou les mauvais désirs, les désirs du coeur charnel vers des choses coupables, et enfin la cupidité, mot qui, dans son acception générale, signifie le désir illicite de s’approprier ce qui est à autrui, désir qui conduit à employer de mauvais moyens pour y parvenir. Ce mot s’applique aussi bien au désir de s’emparer de quelque chose contrairement à l’intégrité des moeurs (voyez 1 Thess. 4:5-7), qu’au désir de posséder de l’argent, à l’avarice. En un mot, c’est ce que comprend le dixième commandement. Si le coeur s’en va après les objets qu’il convoite, n’est-ce pas une idolâtrie, puisque alors il se détourne de Dieu ? De là ce que l’apôtre dit : «la cupidité qui est de l’idolâtrie».

On peut se demander quelle est la différence entre nos membres, en Rom. 6:13, et nos membres, en Col. 3:5. Dans le premier passage, le mot exprime nos facultés intellectuelles et nos capacités physiques, pour qu’elles puissent maintenant servir d’instruments à notre nouvelle vie, après avoir servi à l’ancienne ; on le voit aisément en comparant les versets 12, 13, 19. Le v. 1 du chap. 12, nous exhorte à offrir nos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui est notre service intelligent.

Mais «nos membres qui sont sur la terre», en Colossiens, c’est le péché positif dans la chair et ses manifestations. C’est ce que quelqu’un a appelé «le for intérieur des convoitises», et leur accomplissement appelle la colère de Dieu sur ceux qui y sont assujettis et qui sont ainsi dans un état de rébellion ou de désobéissance envers Dieu. C’est cet état qui est exprimé par «fils de la désobéissance».

(v. 7) — Les mots «marché» et «viviez» ne sont pas un répétition ; par le premier, il faut entendre la conduite, les actes ; le second exprime la vie même qui produit ces actes. Les Colossiens, comme gentils, avaient autrefois marché dans cette corruption morale qui est un des traits saillants du paganisme, et que l’on retrouve, hélas ! dans la chrétienté professante (comp. Rom. 1:29-31 avec 2 Tim. 3:1-5) ; c’était la manifestation de la vie de la chair dont ils vivaient alors, et ces choses étaient, pour ainsi dire, la sphère de cette vie. Mais maintenant ils n’existaient plus dans la vie où ces choses se pratiquent. Ils étaient morts avec Christ et y avaient ainsi échappé, et ils étaient ressuscités avec Christ et introduits dans une nouvelle vie. Le chrétien a à réaliser cette nouvelle vie dans sa marche, et pour cela suivre l’exhortation contenue dans les versets suivants : «Renoncez, etc.».

(v. 8, 9) — Il faut donc renoncer à «toutes ces choses : colère, courroux, malice, etc.», les renier, les rejeter complètement de sa vie de tous les jours. Ce sont les mouvements de la propre volonté et d’un coeur sans frein. Elles sont incompatibles avec la vie de Christ qui est la nôtre ; faisons-y une sérieuse attention et veillons, pour que ces manifestations du vieil homme ne se produisent pas. Où avons-nous jamais vu une seule de ces choses dans la vie de notre adorable Sauveur, lui la douceur et la patience constantes mêmes ? «Je suis débonnaire et humble de coeur» disait-il, et le prophète dit de lui : «Il ne criera pas ; on n’entendra pas sa voix dans les rues». Lui, qui ne rendait pas l’outrage quand on l’outrageait, et qui était la vérité même. Nous avons à suivre ses traces et à marcher comme lui dans la vérité en toutes choses (1 Pierre 2:21-24 ; Matt. 11:29 ; 12:19).

Remarquons que, dans ces deux versets, nous avons : 1° la méchanceté extérieure, qui se montre dans des actes et paroles, qui caractérise l’homme naturel et à quoi le chrétien doit renoncer (v. 8) ; et 2° le mensonge, qui est un signe distinctif du vieil homme. Or le chrétien étant mort avec Christ, a, par ce fait, dépouillé le vieil homme avec ce qui le caractérise.

(v. 10) — Mais si le chrétien a dépouillé le vieil homme — c’est un fait — et doit marcher en reniant tout ce qui s’y rapporte et en y renonçant, il a, d’un autre côté, revêtu le nouvel homme, résultat de sa résurrection avec Christ. Nous ne trouvons pas l’expression «le nouvel homme» dans l’épître aux Romains, parce qu’il s’agit là de notre mort avec Christ. Ici, dans les Colossiens, où le chrétien est ressuscité avec Christ, lui dont la vie est Christ, le nouvel homme est introduit comme le caractérisant. Il a revêtu le nouvel homme, non pas il doit le revêtir. C’est un fait acquis.

Or le nouvel homme «est renouvelé en connaissance» ; il a ce qui n’avait pas été auparavant dans l’homme, l’intelligence de Dieu et des choses divines. Ce n’est pas qu’il se renouvelle constamment : il est renouvelé. Il est une chose toute nouvelle ; ce qu’il est comporte une intelligence de ce qu’est la nature de Dieu, moralement parlant. Il possède la lumière de Dieu, et Dieu dans sa nature est pour lui la mesure du bien et du mal. Merveilleuse condition que ce renouvellement en connaissance de Dieu, de sa nature, de Christ, et de notre participation morale à cette nature ! Cet état tout nouveau, cette connaissance toute nouvelle, les justes de l’Ancien Testament ne pouvaient l’avoir, bien qu’ils fussent nés de nouveau, et qu’ils eussent ainsi les dispositions du nouvel homme, et aussi la conscience de celles du vieil homme.

Le nouvel homme est créé ; c’est une oeuvre de Dieu dans l’âme. Ce n’est pas un état auquel on parvient ni de soi-même, ni en progressant. Il est créé à l’image de Dieu, image morale comprenant la sainteté, la justice, la vérité. Christ en est le modèle parfait, le type accompli. La nature du nouvel homme, c’est Christ.

(v. 11) — Au vieil homme, à l’homme naturel dans la chair, descendant d’Adam, se rattachaient toutes sortes de distinctions : Grec et Juif — c’est-à-dire païens et ceux qui avaient, comme peuple choisi de Dieu sur la terre, la connaissance de ce Dieu ; «circoncision et incirconcision», c’est-à-dire privilèges religieux ou non (Éph. 2:11, 12) ; «barbare, Scythe», ceux qui étaient en dehors des limites de la civilisation grecque et latine, et dont les Scythes étaient considérés comme les plus reculés ; «esclave et homme libre», inégalités de position amenées dans la condition sociale par la violence et l’arbitraire. Dans le nouvel homme, toutes ces distinctions ont disparu ; le vieil homme n’est plus reconnu par le chrétien que comme mort. Il reste donc le nouvel homme. Là tous sont égaux ; là Christ est tout dans tous les croyants. Toutes les barrières qui séparaient les hommes tombent ; le lien commun, celui qui unit tous les croyants, est Christ. Il est toutes choses pour eux, et en eux tous. Grâce précieuse ! Tous ensemble ayant Christ pour unique objet, et lui en tous, c’est lui seul que l’on peut voir et reconnaître. Voilà le nouvel homme. Les doctrines que l’on apportait aux Colossiens maintenaient des distinctions entre les hommes ; le vieil homme y avait sa place.

(v. 12) — «Revêtez-vous donc» ; ici commence l’application pratique d’avoir «revêtu le nouvel homme». On l’a revêtu ; c’est un fait. C’est un vêtement de perfection morale qui a maintenant à se manifester, de même que l’on peut voir une robe richement ornée sur celui qui la porte. Que servirait-il de la posséder, si on ne la portait pas ? Non pour se glorifier, sans doute, mais pour glorifier Christ, en manifestant dans notre conduite ce qu’il est, lui, notre vie : «Revêtez-vous donc», que chaque chrétien fasse attention à cette exhortation qui commence le résumé le plus complet et le plus beau de la vie chrétienne pratique.

Mais remarquons que, comme le fait d’avoir dépouillé le vieil homme est le point de départ pour mortifier les membres qui sont sur la terre et qui appartiennent à la vie du vieil homme, renonçant à la convoitise, à la méchanceté et au mensonge, de même le fait d’avoir revêtu le nouvel homme est un point de départ pour en manifester pratiquement le caractère, qui est celui de Christ. De cette manière, le nouvel homme n’est pas un état pratique de notre marche ici-bas. Le nouvel homme, sa vie, la vie de Christ, est la seule où nous soyons reconnus de Dieu, soit en haut, soit sur la terre.

«Comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés», tels sont les titres donnés aux chrétiens qui sont exhortés à revêtir le caractère de Christ. Premièrement, dans l’éternité passée, la pensée de grâce de Dieu à notre égard — «élus de Dieu» ; ensuite, notre mise à part avec le caractère qui convient à la nature de Dieu, et qu’il nous a aussi donné par grâce en vertu de notre élection — «saints» ; oui, des vases purifiés pour son service, et comme tels, les objets des délices de Dieu, ses «bien-aimés». Oh ! quels puissants motifs pour nous revêtir de tous ces traits qui vont être énumérés et qui constituent l’ensemble de la vie du nouvel homme sur la terre, y marchant à la gloire de Dieu et de Christ ! «Voyez», a dit quelqu’un, «à quelle hauteur l’apôtre se place, et avec quelle tendre affection il nous exhorte ! Au lieu de nous presser et de nous pousser par des commandements et des lois, il nous attire par le souvenir de la grâce de Dieu, afin d’obtenir les fruits de notre foi, et que nous portions ces fruits librement et joyeusement».

«Revêtez-vous donc, comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés, d’entrailles de miséricorde, de bonté, etc.». Les chrétiens ont à se revêtir «d’entrailles de miséricorde». La miséricorde est la compassion du coeur que l’on éprouve pour les faibles, les souffrants, les malheureux, et même les coupables. Les «entrailles de miséricorde» est un terme très fort qui indique que nous ne devons pas être miséricordieux seulement à l’occasion, mais que nous avons à posséder, à revêtir ce caractère dans le plus profond de notre coeur ; il doit émaner de ce qu’il y a de plus intime dans notre être intérieur. Nous avons eu besoin de la miséricorde divine envers nous, et nous en avons constamment besoin ; cette miséricorde, provenant des profondes affections de son coeur, a caractérisé notre adorable Sauveur, dans son passage sur la terre, alors qu’il s’inclinait avec amour vers tous ceux qui souffraient, soit dans leur corps, soit dans leur âme à cause du péché ; combien de fois nous le voyons «ému de compassion» ! Eh bien, nous avons comme caractère de la vie que nous tenons de lui, à avoir, comme lui, des entrailles de miséricorde. Remarquons le passage suivant des paroles de Zacharie, lorsque, rempli de l’Esprit Saint après la naissance de son fils Jean, il prophétisa et bénit Dieu qui allait envoyer le salut à son peuple, «dans la rémission de leurs péchés, par les entrailles de miséricorde de notre Dieu, selon lesquelles l’Orient d’en haut nous a visités» (Luc 1:77, 78). C’est la compassion infinie de Dieu envers des pécheurs coupables et perdus qui l’a porté à envoyer son Fils, l’Orient d’en haut, pour les éclairer et les sauver.

Du reste, les autres choses recommandées aux saints, c’est-à-dire la bonté, l’humilité, la douceur, la longanimité, doivent aussi sortir du fond même de nos coeurs : ce sont les entrailles de miséricorde, de bonté, etc.

(v. 13) — Ici, nous avons deux autres caractères de la vie de Christ dans le chrétien, le support et le pardon mutuels. Le support se rapporte aux infirmités qui résultent de notre condition actuelle, l’ignorance, l’erreur, par exemple ; aux difficultés de caractère, aux divergences de vue, à certaines différences d’habitude, etc. À tous ces égards, nous avons à supporter les autres, montrant un esprit de patience, comme Christ l’a montré si souvent envers ses disciples ; il ne s’agit pas ici du mal moral. Celui-là nous n’avons pas à le supporter, mais à le reprendre. Mais il se peut qu’on ait mal agi envers nous et qu’ainsi nous ayons un réel sujet de plainte ; alors il faut pardonner, ne garder aucun ressentiment dans son coeur : Christ ne nous a-t-il pas pardonné ?

(v. 14) — Il semble que la réalisation de toutes les qualités qui précèdent, constitue la perfection morale pour celui qui les posséderait. Mais l’apôtre, dans ce verset, met quelque chose au-dessus : «Et par-dessus tout cela, revêtez-vous de l’amour qui est le lien de la perfection». L’amour qui est la nature même de Dieu, et qui imprime un cachet divin à toutes les qualités énumérées, les réunissant et les tenant réunies comme en un faisceau, les animant de sa vie et de sa chaleur. N’est-ce pas là aussi ce qui domina en Christ et donna à sa vie cette parfaite unité, cet accord et cette harmonie parfaite dans la manifestation de tous ces traits ? L’amour n’est-il pas aussi au fond la source dont ils dérivent ? «Si j’ai l’amour», ils se montreront (voyez 1 Cor. 13).

Remarquons que l’on revêt ces qualités dans la conscience que l’on a de la place bénie devant Dieu qu’expriment ces paroles : «Élus de Dieu, saints et bien-aimés» . C’est comme tels, et il n’en saurait être autrement. C’est dans le sentiment de cette merveilleuse faveur, que la grâce se développe dans nos coeurs. Ainsi, en Éphésiens, il est dit : «Soyez imitateurs de Dieu comme de bien-aimés enfants».

Il se peut que l’on rencontre des qualités naturelles qui ressemblent à plusieurs de celles qui sont indiquées aux v. 12 et 13, et qui appartiennent à la vie divine. Mais il est rare de les trouver réunies, comme lorsque l’amour divin est le lien qui en fait un ensemble, et ensuite elles se présentent habituellement avec un manque d’énergie qui les fait dégénérer en défauts. La douceur s’unira au laisser-aller ; la bonté deviendra de la faiblesse ; le support et la longanimité subsisteront au détriment de la sainteté et de la vérité. Au contraire, dans la vie divine se trouve l’énergie d’amour qui provient de la communion avec Dieu et qui maintient les caractères de Dieu. Or c’est ce qui manque dans les dispositions naturelles. Lorsque l’amour est là, il y a un caractère, quelque chose de complet, une justesse d’application, une perfection, une propriété, et une énergie pour la manifestation de ces qualités que l’amour seul peut donner. Car c’est Dieu qui est là, agissant dans sa nature qu’il nous a communiquée, car «celui qui demeure dans l’amour, demeure en Dieu, et Dieu en lui».

Nous trouvons de même, en 2 Pierre 1 : «Ajoutez à l’affection fraternelle l’amour». Car même chez le fidèle, s’il n’y a pas la conscience de la présence de Dieu, s’il n’y a pas la communion avec Dieu dans l’amour, les affections chrétiennes peuvent dégénérer en sympathies humaines qui ne garantissent pas du mal, et conduiraient à l’excuser et à le supporter. Ainsi, l’amour est le lien de la perfection, car la perfection c’est bien l’ensemble harmonieux de toutes les qualités, mais cet ensemble n’existe que par l’amour. Dans quelle perfection nous voyons toute cette vie réalisée en Christ ! Mais il est notre vie, et notre privilège est de «marcher comme lui a marché».

(v. 15) — Nous avons ici, non plus une exhortation, mais un voeu que forme l’apôtre : «Que la paix du Christ... préside dans vos coeurs». La paix du Christ ! Tout est rapporté à Christ dans cette épître : le pardon de Christ, la paix du Christ et, plus loin, la parole du Christ (v. 16). La paix du Christ est cette paix douce et ineffable que rien ne pouvait troubler en lui, bien qu’il fût éprouvé de toutes manières, car il marchait avec Dieu. «Je vous donne ma paix», nous a dit Jésus (Jean 14:27). Le chrétien, en suivant le sentier où Jésus a marché, celui dont les traits sont indiqués plus haut, jouira de cette paix ; elle présidera ou dominera dans son coeur ; toute sa vie en portera l’empreinte. Quel doux repos dans ce monde agité, au milieu de tant de troubles ! Mais c’est à cela que Dieu — le Dieu de paix — nous a appelés. Le Sauveur ne veut pas que notre coeur soit troublé, mais que sa paix y règne !

L’unité du corps est introduite ici ; simplement quant au fait que les chrétiens sont appelés à réaliser ensemble cette unité dans la paix du Christ.

Régnant dans nos coeurs, elle présidera aussi à nos relations mutuelles et écartera toute aigreur, toute animosité. «Bienheureux ceux qui» — jouissant de cette paix  — «la procurent et la répandent autour d’eux, comme «fils» du Dieu de paix !

Ce v. 15 se termine par trois mots d’une grande signification et d’une haute importance : «Et soyez reconnaissants». L’âme qui jouit de la paix du Christ et de toutes les grâces qui découlent pour elle de l’amour de Dieu, et qui a conscience de l’activité constante de cet amour envers elle, est remplie de reconnaissance, déborde d’actions de grâces. Pourquoi donc l’exhortation ? Ah ! c’est que nous sommes enclins à oublier, à perdre de vue, c’est que la conscience de ce qu’est Dieu pour nous, n’est pas toujours assez nette, et l’apôtre, par ces paroles : «Soyez reconnaissants» nous rappelle que nous recevons tout de lui.

Mais nous ne devons pas oublier d’être aussi reconnaissants les uns envers les autres pour tout ce que nous recevons du Seigneur les uns par les autres. Et même, nous devons savoir être reconnaissants de la bonne intention de quelqu’un, quand même il se tromperait dans l’application de sa bonne volonté à notre égard. La reconnaissance est un caractère du chrétien, de même que l’ingratitude en est un de l’homme irrégénéré (2 Tim. 3:2). Être reconnaissant même pour les plus petites choses, pour un petit service, pour une bonne parole, est une chose agréable à Dieu. Lui-même estime la pite de la veuve, et un verre d’eau froide donné à un petit.

N’oublions donc pas d’être reconnaissants ; que ce sentiment ne s’éloigne pas de nos coeurs ; il est un des traits qui doivent caractériser notre vie chrétienne.

(v. 16) — L’activité de la vie de Dieu dans le chrétien comporte deux choses : la jouissance de Dieu lui-même, et l’exercice de cette activité envers les autres selon la nature de la vie divine, c’est-à-dire l’amour. Mais pour cela, l’âme a besoin, d’une part, de ce que lui révèle Dieu, et d’un autre côté, d’une règle de son activité envers les autres. C’est ce que nous avons dans «la parole du Christ».

Pourquoi cette expression : «la parole du Christ» ? C’est parce que, selon le dessein de l’Esprit dans cette épître, tout est rapporté à Christ. La parole du Christ est donc ce qui, dans la révélation, se rapporte spécialement à lui, c’est tout ce qui, dans les Écritures, exprime Christ d’une manière quelconque. Par exemple, le chrétien, le nouvel homme, possède l’intelligence qui lui fait trouver Christ partout dans l’Ancien Testament, en type ou prophétiquement, tandis que les justes de ce temps-là n’y voyaient que l’histoire de certains personnages, ou des ordonnances et des rites religieux. À plus forte raison le chrétien trouve-t-il Christ dans les évangiles et les autres écrits du Nouveau Testament. On ne pourrait dire que la parole du Christ, c’est la Bible, bien qu’il soit le centre de tout ce que les saintes lettres nous présentent. La parole du Christ est essentiellement ce qui nous le révèle, et en lui les pensées, les desseins et les voies de Dieu.

Nous sommes donc exhortés à ce que cette parole «demeure richement» en nous, afin que notre coeur possède tout ce qui dans les Écritures est l’expression de Christ. C’est la nourriture aussi bien que la joie de l’âme ; c’est ce qui nous fait croître et nous fortifie pour l’action selon la vie de Dieu. Garder sa parole attire l’approbation du Seigneur, comme il l’exprime à l’égard de Philadelphie : «Tu as gardé ma parole». Ici l’exhortation est non pas seulement de garder, d’observer, mais il est dit «que la parole du Christ habite», ou demeure «en vous». Il y a dans cette expression quelque chose de plus intime, de plus profond. C’est la parole cachée dans le coeur (Ps. 119:11), y demeurant comme un hôte saint et béni dont l’influence se fait sentir partout dans l’intérieur de l’âme et dans la vie. «Qu’elle demeure donc en vous, non pas comme un hôte qui y passe un jour ou deux, mais comme un habitant de la maison, qui y a toujours son domicile».

«Richement» exprime qu’elle doit être là dans toute l’abondance de ses divins enseignements, pénétrant et réglant toute la vie, consolant et réjouissant le coeur en toute circonstance, en nous faisant toujours mieux et plus connaître Christ et Dieu par lui, dans tout son amour, toute sa grâce, toutes ses compassions, sa pleine suffisance en tout et pour tout.

«En vous», dans le coeur tout d’abord. Elle répond aux besoins du nouvel homme, le forme et le dirige selon Dieu. Mais en même temps, cette expression a aussi le sens d’«entre vous», ainsi que le montre la suite du verset. Que dans vos relations comme chrétiens, cette parole occupe pleinement la place qui lui est due. Que dans les entretiens, dans les assemblées, ce soit elle qui domine et règle tout.

Lorsque cela est réalisé, que la parole du Christ habite effectivement en nous, nous sommes rendus capables de nous enseigner et de nous exhorter l’un l’autre en toute sagesse. Au verset 28 du chapitre premier, l’apôtre dit qu’il exhorte et enseigne tout homme en toute sagesse. Ici, les chrétiens les uns à l’égard des autres ont à accomplir cette même tâche bénie. C’est que la parole du Christ qui habite en eux, les conduit à la source même de la sagesse, à Christ qui est la Sagesse incréée. C’est cette sagesse, bien différente de celle du monde, car elle est «premièrement pure, ensuite paisible, modérée, traitable, pleine de miséricorde et de bons fruits, sans partialité, sans hypocrisie», c’est cette sagesse qui vient d’en haut, qui règle et dirige la vie du chrétien. C’est selon cette sagesse que l’on s’enseigne et que l’on s’exhorte l’un l’autre. Chacun, lorsqu’il y a l’activité de la vie divine en lui, peut enseigner son frère. L’enseignement ne tombe pas nécessairement du haut d’une chaire, ni de la bouche d’un docteur ; les chrétiens nourris dans la parole, en occupant leurs pensées et y trouvant leur plaisir, doivent être en état de communiquer aux autres ce qu’ils ont appris dans la communion du Seigneur ; mais cela suppose un coeur que les soucis de la vie et la préoccupation des choses de la terre n’absorbent point, car alors la parole est comme reléguée dans un coin obscur de l’âme. Et si elle ne m’a pas enseigné, comment aurai-je de quoi enseigner les autres ? Tels étaient les Hébreux, à qui l’apôtre le reproche (Héb. 5).

À l’enseignement mutuel se joint l’exhortation : «Vous exhortant l’un l’autre», trouvons-nous dans cette même épître. C’est un devoir d’amour, qui doit être accompli dans l’amour, que celui d’avertir nos frères. Combien il est alors besoin de la vraie sagesse. Elle fait discerner ce qui demande l’avertissement, elle montre aussi comment le faire d’une manière efficace. Il est nécessaire pour cela de vivre bien près du Seigneur. Il ne s’agit pas de reprendre rudement, il faut éviter de blesser : «Je supplie Évodie, et je supplie Syntiche», voilà le ton de l’exhortation dans la bouche de Paul. L’exhortation ne prévient pas seulement d’un danger à éviter, elle ne montre pas seulement une fausse route d’où il faut sortir, elle a aussi et surtout pour objet d’encourager l’âme, de peur que se laissant abattre, elle ne perde sa confiance et ne donne prise à l’ennemi ; elle l’encourage aussi à être ferme et à marcher avec joie dans les sentiers de Dieu, malgré les obstacles et l’opposition du monde. Nous trouvons bien des exemples de ces avertissements, de ces encouragements, de ces exhortations, dans les paroles du Seigneur et dans les écrits des apôtres. Nous avons à nous les rappeler les uns aux autres. Mais rappelons-nous que c’est l’expérience que nous aurons faite en la présence de Dieu, de son amour, de ses soins, de sa sollicitude constante pour nous, qui nous rendra capables d’exhorter. C’est «dans sa lumière que nous voyons la lumière».

Le moyen pour s’enseigner et s’exhorter mutuellement est ici bien frappant : «par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels, chantant de vos coeurs à Dieu dans un esprit de grâce». Sans rechercher ici ce que nous devons entendre par ces diverses sortes de chants, nous voyons que les sentiments du coeur produits par la connaissance et la jouissance de l’amour de Christ et de la communion avec Dieu, s’exprimaient par ces chants, qui devenaient ainsi un moyen d’enseignement et d’exhortation. Si nous éprouvons une certaine difficulté à comprendre cela, la cause n’en serait-elle pas en ce que la présence de Christ en nous est faiblement réalisée, et qu’ainsi il y a dans nos coeurs peu de joie et peu de louanges ? Lorsque l’excellence du Sauveur et son amour remplissent véritablement l’âme, comment la louange n’en jaillirait-elle pas ?

L’apôtre nous dit la source d’où coulent ces chants : c’est de «nos coeurs» ; il dit aussi vers qui ils montent : «à Dieu» ; et enfin, ils sont produits par «la grâce». C’est donc essentiellement ces heureuses et saintes dispositions d’un coeur en qui «la grâce» est connue, en qui elle réside et agit, que nous avons à rechercher et à cultiver. Le bonheur dont notre âme est alors remplie se communique à d’autres, et on est à l’unisson pour chanter à Dieu, pour le louer et le bénir. Qu’ils sont rares les chrétiens heureux, dans lesquels il y a constamment comme un cantique de joie ! C’est pourtant notre privilège d’être «toujours joyeux», et c’est une des choses qui glorifient le Seigneur. Mais tout découle de l’état du coeur.

On voit, en 1 Cor. 14:14-16, que la prière, le chant et l’action de grâces, produits par l’Esprit et exprimés avec intelligence — une intelligence spirituelle — sont destinés, dans l’assemblée, à édifier les autres.

Écoutons l’exhortation de l’apôtre, et pour cela que nos coeurs soient davantage et plus constamment et plus entièrement occupés de Celui dont au ciel, autour du trône, nous chanterons, dans un cantique nouveau, l’amour, les gloires et les perfections !

(v. 17) — «Et quelque chose que vous fassiez, en parole ou en oeuvre, faites tout an nom du Seigneur Jésus, rendant grâces par lui à Dieu le Père». Christ est tellement la vie du chrétien, le but et l’objet de son coeur, qu’aucune chose, petite ou grande, ne se fait sans lui. Tout se fait en sa présence et en son nom, et cela imprime à la vie chrétienne son vrai caractère. En accomplissant même ce qui peut sembler des choses indifférentes, même manger et boire, le coeur est préoccupé de lui. Tout se dit ou se fait en son nom. Oh ! quelle sauvegarde, si cela est réalisé, pour ne tomber dans aucun excès, pour que tout soit à sa gloire ! En est-il ainsi de nous ? Notre vie porte-t-elle ainsi le cachet de Christ ? Et c’est un immense privilège et une gloire de déployer ainsi en tout et partout la bannière de Christ. Si nous ne faisons pas ainsi, s’il n’est pas le but et le mobile de notre vie, comment et par quel motif agissons-nous ? N’est-ce pas selon la chair et pour la chair ? Il n’y a pas de milieu, c’est ou Christ ou la chair. Prenons-y garde.

«Faites tout au nom du Seigneur Jésus». Cela évidemment décide de tout ce que l’on peut faire ou ne pas faire. La règle n’est donc pas : Y a-t-il du bien ou du mal en telle et telle chose ? mais : Puis-je y associer le nom du Seigneur Jésus, c’est-à-dire Christ lui-même ? Il y a, en effet, des choses qui pourraient sembler indifférentes ou bonnes en elles-mêmes, mais dans lesquelles le chrétien ne pourrait entrer au nom du Seigneur Jésus. Mais quand la vie est ainsi réglée par le fait que Jésus en est l’objet et le but, lui, le Saint et le Véritable, quand on réalise que lui vit en nous, de sorte que tout se fait en vue de lui, alors aussi, dans la conscience de son approbation et la joie de sa présence, on rend «grâces par lui à Dieu le Père», parce que rien ne gêne notre relation avec ce Dieu, notre Père, à qui nous avons été amenés. Ces actions de grâces envers Dieu, le Père, par l’amour duquel nous avons été délivrés et reçus et introduits dans le royaume du Fils de son amour, ces actions de grâces pour la vie de Christ qui nous a été communiquée et dont nous vivons au milieu des circonstances de notre existence terrestre, ces actions de grâces montent à notre Dieu et Père, par Jésus qui les lui présente avec tout le parfum exquis de sa Personne adorable. Quelle vie que celle du chrétien ! De quelle grâce elle est comblée !

(v. 18-21) — Après ces principes généraux et d’une immense importance pour la vie chrétienne pratique, l’apôtre en vient aux devoirs des fidèles dans les diverses relations où ils se trouvent.

En premier lieu, nous avons les relations naturelles, établies de Dieu, comme nous le voyons dès le commencement, et auxquelles le Seigneur et l’Esprit Saint mettent leur sanction (voyez Matt. 15 et 19, et les exhortations en Éph. 5 et 6). Les chrétiens ont donc à manifester leur caractère comme tels dans ces relations, c’est-à-dire au foyer domestique. Remarquons la manière dont le Seigneur est partout introduit là, comme Celui qui a l’autorité, et qui est la source de toute autorité. Il est là, présidant au milieu de la famille chrétienne comme le Seigneur. Il convient que les devoirs s’accomplissent comme en sa présence, pour lui plaire en reconnaissant son autorité, car être chrétien c’est confesser que Christ est le Seigneur. Cette autorité du Seigneur est invoquée pour appuyer les préceptes adressés à ceux qui se trouvent dans une condition de subordination — les femmes et les enfants. Si les femmes doivent être soumises, cela «convient dans le Seigneur» ; si les enfants doivent obéir, «cela est agréable dans le Seigneur». C’est en harmonie avec la pensée du Seigneur, c’est en sa présence et sous son autorité que la soumission et l’obéissance doivent être rendues. Quel motif puissant pour agir selon ces préceptes : «le Seigneur», Celui qui nous a acquis pour que nous soyons à lui ! Comment ne pas s’empresser de faire ce qui convient à son nom, ce qui est agréable à son coeur ! Pensez-y, femmes chrétiennes, enfants élevés sous les enseignements du Seigneur. De plus, le Seigneur mis ainsi en évidence comme motif de soumission et d’obéissance, fera que rien dans la personne ou les manières de faire de ceux à qui la soumission et l’obéissance sont dues, ne sera un obstacle à être soumis et obéissants. Nos devoirs sont envers le Seigneur ; leur accomplissement est indépendant de ce que sont ou font les autres. Chacun est responsable pour soi-même envers le Seigneur.

La soumission envers son mari est donc réclamée de la femme. Le mari est le chef de la femme. Divers motifs en sont donnés dans l’Écriture (voyez Éph. 5:22, etc. ; 1 Tim. 2:11-15). C’est sa place, sans que cependant cela implique rien de servile. La dégradation de la femme, son rôle d’esclave chez tant de nations, est le fruit du péché. Elle ne cesse pas d’être la compagne et l’aide qui correspond à l’homme (Gen. 2:18-20). Mais sa place est celle de soumission, et tout ce qui tendrait à l’y soustraire, à lui donner, comme cela arrive toujours plus de nos jours, une position d’égalité avec l’homme, dans ce qui est du domaine de celui-ci, va à l’encontre des pensées de Dieu. Spirituellement, en Christ, il n’y a ni homme, ni femme ; mais là seulement. Et remarquons encore que cette position convient, est convenable. Le monde même juge quand une femme prend, en dehors de la soumission, la place qui ne lui appartient pas. Combien plus la femme chrétienne ne doit-elle pas être heureuse de garder la sienne ?

Quant au mari, c’est l’amour qui lui est recommandé : «Maris, aimez vos femmes». C’est cet amour, cette tendresse de coeur, cette amabilité, ce support, ces égards (1 Pierre 3:7) qui découlent de l’amour, qui rendront facile la soumission. Tout sera en harmonie entre deux époux animés de ces sentiments ; la paix régnera dans cet heureux ménage. Nul motif, nul exemple, comme en Éph. 5, n’est donné aux maris. L’amour, caractère de la vie de Dieu, est rappelé comme ayant à s’exercer dans cette relation particulière.

Remarquons la suite bien nécessaire de l’exhortation : «Ne vous aigrissez point contre elles». La femme a tout particulièrement besoin d’être entourée d’affection, et son coeur sait la rendre. Mais elle est dans sa nature faible, «un vase plus faible», plus délicat, non seulement quant au corps, mais quant aux sentiments, qui aisément sont douloureusement froissés. Dans son corps aussi, elle est exposée à bien des souffrances qui peuvent agir sur son humeur. Maris, ayez soin que rien ne vous aigrisse contre elles ; traitez, supportez et soutenez avec amour ce vase plus faible. Gardez-vous de tout ce qui pourrait le froisser ou le blesser. Que toute aigreur en paroles soit écartée, quand même vous croiriez avoir quelque motif de plainte.

Vient maintenant l’exhortation adressée aux enfants et aux pères (v. 20, 21). Les enfants doivent être obéissants. C’est dans le cercle de la famille chrétienne que nous nous trouvons ici. C’est là qu’ils sont élevés dans la discipline et sous les enseignements du Seigneur. Mais comme la relation existe, même là où le christianisme réel, du coeur, ne se trouve pas, l’obligation de l’obéissance subsiste dans toute sa force partout où il y a enfants et parents. Le monde même le reconnaît. La désobéissance aux parents est un des traits de la corruption dans le paganisme (Rom. 1:30) , qui se retrouve dans la corruption qui envahit le christianisme (2 Tim. 3:2). Nous voyons, en effet, de nos jours, cette forme particulière du mépris général de l’autorité, précurseur de la ruine sociale. Raison de plus, raison très forte pour que, dans la famille vraiment chrétienne, où le Seigneur a la place qui lui est due, le principe d’obéissance soit fermement maintenu, et cela dès l’âge tendre des enfants. La volonté propre et l’indépendance se montrent de très bonne heure ; de très bonne heure, aussi, il faut apprendre aux enfants l’obéissance. Là où, dans la famille, la vie chrétienne est en activité, où l’on prie, où la Parole est lue, où la marche, en séparation d’avec le monde, est vraiment selon Christ, là, l’enfant apprend que l’obéissance envers ses parents lui est imposée par le Seigneur. Il voit, chez ses parents, l’amour pour Christ et la soumission à sa parole, et il comprend et respecte l’autorité divine qui lui dit : «Enfants, obéissez en toutes choses». Il désire, lui aussi, faire ce qui est agréable dans le Seigneur, ce qui est le vrai ornement de l’enfant. N’a-t-il pas l’exemple suprême de Jésus qui, de retour à Nazareth, était, bien qu’il fût le Fils de Dieu, soumis à Joseph et à Marie ? (Luc 2:51). Heureux ces enfants qui marchent dans l’obéissance. C’est une préparation salutaire pour le reste de leur vie.

Remarquons que ce n’est pas seulement envers leurs pères que les enfants doivent montrer leur obéissance. Certains enfants redoutent l’autorité paternelle, mais n’auront pas, à l’égard de leur mère, la même obéissance. Or ici nous avons : «Obéissez à vos parents». L’obéissance doit être la même envers l’un qu’envers l’autre, et le père doit tenir à ce que le respect dû à la mère de famille lui soit rendu, et l’obéissance comme à lui-même. L’Ancien Testament insiste en plusieurs passages sur ce devoir des enfants envers leur mère (Lév. 19:3 ; Deut. 21:18-21 ; Prov. 6:20 ; 23:22 ; 30:17).

L’étendue de l’obéissance est aussi mise devant les yeux des enfants. C’est «en toutes choses». Non seulement celles qui plaisent, mais aussi celles qui sont pénibles, pour lesquelles on n’a point de goût. Il est nécessaire que, de bonne heure, la volonté soit brisée. L’enfant obéira peut-être volontiers en telle chose qui est en harmonie avec ses désirs, ou qui convient à ses dispositions naturelles. Il regimbera au contraire en d’autres. Il faut qu’il apprenne à obéir en toutes choses. Parfois il voudra raisonner, discuter le pourquoi, l’opportunité de ce qui lui est commandé ou défendu. Il doit obéir simplement en toutes choses. Dieu l’appelle à une obéissance implicite. C’est sa responsabilité comme enfant. Pères, vous avez à enseigner cette obéissance-là à vos enfants, sans faiblesse ; enfants, vous avez à obéir ainsi. La question si l’on commande quelque chose contre la conscience n’est pas soulevée. Il s’agit de l’ordre normal dans la famille chrétienne.

«Cela est agréable dans le Seigneur» non au Seigneur, bien que ce soit vrai. C’est ici le motif qui doit encourager les enfants à être obéissants. La place des enfants comme des parents dans la famille chrétienne n’est pas dans le monde, mais dans le Seigneur. Il est selon sa pensée que les enfants obéissent, c’est pourquoi ils doivent le faire. Désobéir à leurs parents, n’est pas seulement agir contre ceux-ci, mais c’est sortir de la relation bénie qui unit parents et enfants dans le Seigneur. Comment être heureux en dehors du Seigneur, privé de son approbation, loin de sa bénédiction ? Au contraire, en marchant dans la voie de l’obéissance, l’enfant éprouvera de la satisfaction, il aura une conscience sur laquelle ne pèse aucun fardeau, il sentira que c’est un sentier agréable et où le coeur est réjoui, comme tout ce qui est dans le Seigneur. «Il est bon à l’homme de porter le joug dans sa jeunesse» (Lam. 3:27).

(v. 21) — À ce qui concerne les enfants, correspond l’exhortation adressée aux pères. Ceux-ci doivent maintenir leur autorité comme chefs dans la famille. Ils ont à instruire leurs enfants, à les diriger, à les reprendre, à les châtier même, si cela est nécessaire (Éph. 6:4 ; Gen. 18:19 ; 1 Sam. 2:23, 24 ; Prov. 13:24 ; 19:18 ; 22:15 ; 23:13, 14). Ici, dans les Colossiens, nous ne trouvons pas ces préceptes, mais l’esprit dans lequel les pères ont, en les appliquant, à agir envers leurs enfants, un esprit de sagesse et d’amour, semblable à celui avec lequel Dieu, notre Père, nous traite aussi. «Pères, n’irritez pas vos enfants, afin qu’ils ne soient pas découragés» . Une sévérité excessive, non pondérée, qui ne distingue pas entre faute et faute selon la gravité de chacune, qui ne tient pas compte du caractère de l’enfant, de son tempérament plus ou moins sensible, ou bien des accès de sévérité mêlés d’excès d’indulgence, ou encore châtier avec colère, comme si l’on avait une injure personnelle à venger, et non une juste discipline à exercer pour le bien de l’enfant et de telle sorte que l’enfant ne puisse douter que, même en châtiant, nous l’aimons, sont toutes choses qui sont de nature à irriter l’enfant. Ses affections pour ses parents se refroidissent ainsi ; il se décourage dans les efforts que peut-être il a faits pour les satisfaire, et il est porté à chercher au-dehors, dans le monde, un bonheur qu’il ne trouve pas dans le cercle de famille. L’amour, l’amour vrai, sans faiblesse, mais tendre, tel qu’il convient à l’enfant chez lequel tout est à former, qui est une plante délicate qui a besoin de soins, et surtout de la chaleur du coeur chez ceux qui s’occupent de lui ; voilà ce qui doit présider dans l’éducation chrétienne. N’est-ce pas ainsi que Dieu agit, lui dont en tout nous avons à être les imitateurs ? S’il nous châtie, c’est pour notre profit, afin que nous participions à sa sainteté. C’est donc dans l’amour et selon sa sagesse, pour notre vrai bien. Pères chrétiens, vous avez à montrer à la fois la tendresse, la sollicitude, le discernement, la sagesse, la fermeté, pour élever vos enfants. Comment réaliser une tâche aussi grande, aussi belle mais aussi difficile ? C’est essentiellement en vivant près de Dieu, près de Christ, dans sa communion, pour garder toujours le calme qui convient à l’exercice de votre devoir paternel. «Si Christ est reconnu, la famille est un précieux foyer de douces affections, où le coeur est élevé dans les liens que Dieu lui-même a formés, et qui, en nourrissant les affections, préservent des passions et de la volonté propre».

Remarquons que, tandis que les enfants sont exhortés à obéir à leurs parents, ici l’exhortation s’adresse aux pères seulement. Pourquoi ? C’est qu’il y a naturellement, dans le coeur des mères, une tendresse pour leurs enfants qui rendrait cette exhortation superflue à leur égard. Mais que les mères chrétiennes se souviennent que cette tendresse ne doit jamais dégénérer en une indulgence qui les porterait à pallier les fautes, ou qui les conduirait à cacher au chef de la famille ce qui doit être repris ou châtié chez l’enfant. Qu’elles soient les premières à montrer leur respect pour l’autorité que Dieu a établie dans la famille.

Qu’elle est heureuse la famille chrétienne qui se meut dans cette atmosphère d’amour, de paix, de tendresse ; où le Seigneur domine dans sa grâce, où vraiment il demeure. Combien grand et puissant sera son témoignage au milieu du monde !

Nous arrivons maintenant aux devoirs des esclaves envers leurs «maîtres selon la chair». Cette position de subordination ne provenait pas d’une institution divine à la création, mais était une conséquence de l’entrée du péché dans le monde. Les pauvres esclaves étaient la propriété de leurs maîtres ; mais ceux d’entre eux qui étaient à Christ étaient les affranchis du Seigneur (1 Cor. 7:23). S’ils pouvaient recouvrer leur liberté, ils devaient en profiter, sinon, ne pas se mettre en peine de leur basse condition, puisqu’elle était pour eux une occasion de servir le Seigneur (le Maître) Christ.

Il est touchant de voir comment l’apôtre, par l’Esprit Saint, encourage les saints qui se trouvaient dans cette triste et malheureuse condition. Il élève leurs pensées de leurs «maîtres selon la chair», à leur Seigneur ou Maître selon l’Esprit. Toutes leurs responsabilités et leurs motifs d’action étaient ainsi transformés, et là aussi ils trouvaient leur encouragement et leur consolation.

(v. 22) —  Derrière leurs maîtres, ils pouvaient voir le Seigneur. C’est parce qu’ils avaient dans leurs coeurs sa crainte — crainte dans l’amour — qu’ils avaient à obéir en toutes choses à leurs maîtres. C’est parce qu’ils craignaient ce Maître invisible, qui sondait tous leurs actes et leurs pensées, qu’ils avaient à servir leurs maîtres, non seulement quand ils étaient présents — non seulement sous leurs yeux — mais toujours, en toutes circonstances avec un coeur simple, sans calcul, qui ne cherchait pas à plaire aux hommes pour en obtenir quelque avantage, mais s’efforçant de plaire au Seigneur. Quel mobile élevé et puissant pour régler la vie !

(v. 23) —  Ainsi, agissant pour le Seigneur et non en vue des hommes, ils pouvaient tout faire de bon coeur, même si leur service était pénible, dur, ou encore répugnant. Ils avaient à se soumettre sans murmures, sans raisonnements, en se disant : C’est pour le Seigneur qui m’a aimé, à qui j’appartiens, dont je suis l’affranchi. Remarquons ces points : obéir en toutes choses, sous les yeux du maître ou non, avec simplicité de coeur et de bon coeur. Ce sont les traits d’une vraie obéissance. Le mobile, c’est le Seigneur et sa crainte.

(v. 24, 25) — Et voici maintenant deux motifs que leur présente l’apôtre pour les encourager dans cette voie d’obéissance. En premier lieu, ces pauvres esclaves n’avaient droit, de la part du monde, à aucune récompense. Ce qu’ils faisaient, ils étaient obligés de le faire. Ensuite, leur humble condition ne comportait pas qu’ils eussent aucun héritage terrestre. Leurs corps, leur temps, leur gain, tout était à leur maître. Mais, de la part de leur Maître céleste, ils devaient recevoir une récompense et un héritage. L’héritage que tous les saints partageront avec Christ, leur est compté, à eux, comme une récompense relative à leur état présent de sujétion. Celui qu’ils servaient, en obéissant à leurs maîtres selon la chair, était Christ. Et lui n’oublierait pas de rémunérer leur foi, leur patience et leur fidélité.

Mais, en second lieu, le principe du gouvernement de Dieu, est aussi rappelé aux esclaves, comme motif à leur obéissance. Premièrement, c’était le Seigneur, le Sauveur qui les aimait : motif pour le coeur. Mais ici, c’est un motif pour la conscience : «Celui qui agit injustement, recevra ce qu’il aura fait injustement», c’est-à-dire recevra la peine de son injustice ; il en subira les conséquences. Devant Dieu, il n’y a point d’acception de personnes. S’il se montre plein de tendresse et de compassion pour ceux qui sont dans une condition malheureuse, abaissés et méprisés, cette condition ne peut le faire passer par-dessus l’injustice. Être pauvre, dénué, esclave même, n’excuse pas l’injustice. À cet égard, tous sont égaux devant le saint gouvernement de Dieu. Les esclaves devaient s’en souvenir.

Remarquons que les exhortations adressées aux esclaves, présentent aux serviteurs chrétiens d’aujourd’hui la ligne de conduite qu’ils ont à suivre (voyez 1 Pierre 2:18, etc).

4                    Chapitre 4

L’apôtre s’est étendu sur ce qui concerne les esclaves, dans le but surtout de les encourager à être fidèles dans leur position difficile. Il s’adresse maintenant brièvement aux maîtres. Ils doivent envers leurs esclaves être justes et équitables. La position d’autorité où l’on se trouve, et surtout d’une autorité presque sans limites, comme l’était celle des maîtres à l’égard de leurs esclaves, pouvait aisément conduire à exercer cette autorité d’une manière capricieuse et arbitraire. C’est ce que l’on voyait souvent d’une façon odieuse et parfois cruelle chez les païens qui n’avaient aucun frein. Les maîtres chrétiens en avaient un tout-puissant. Ils avaient eux-mêmes un Maître souverain dans les cieux, duquel ils dépendaient, auquel ils avaient à se soumettre, et qui, à l’égard de leurs esclaves, qui chrétiens eux-mêmes étaient ainsi leurs frères (Philémon 16), demandait d’eux l’exercice de la justice et de l’équité. Les esclaves, bien que dans cette condition d’infériorité, étaient des hommes ; ils avaient comme tels des besoins de corps, de coeur et de conscience. Les maîtres avaient à leur accorder à ces différents égards, ce qui était juste et équitable. Il y avait des limites à leurs forces et à leurs capacités ; les maîtres devaient veiller à ne point les dépasser. Ils avaient besoin de patience, de douceur et d’indulgence, comme aussi d’encouragement ; il était juste de ne pas les en laisser manquer. Il ne fallait pas que le service fût comme celui des Israélites en Égypte — «tout... avec dureté» (Ex. 1:14). Et si les exhortations de l’apôtre aux esclaves conviennent aux serviteurs de nos jours, n’en est-il pas de même de son injonction aux maîtres ?

(v. 2) — Après tous les préceptes donnés aux saints dans les diverses conditions où ils se trouvaient, l’apôtre leur adresse d’importantes exhortations générales. Et, en premier lieu, il les exhorte à la prière, à la vigilance et aux actions de grâces. La prière suppose la communion de pensées avec Dieu, en même temps qu’elle entretient aussi cette communion. Par elle, on est en rapport intime et heureux avec lui ; on s’approche avec joie de lui, pour lui exposer les besoins de son âme. Cela suppose encore un esprit de dépendance ; on sait que c’est de lui seul qu’on a à attendre et qu’on peut attendre toutes choses. L’âme vient avec confiance à ce Dieu plein d’amour qui a bien voulu entrer en relation avec nous. On lui parle comme l’enfant à son père ; il répond, et de là naissent les actions de grâces. Communion, proximité de Dieu, dépendance et confiance, voilà ce qui caractérise la vraie prière.

Mais l’apôtre veut que l’on persévère dans la prière. Nos besoins sont constants, notre faiblesse toujours la même, le mal nous entoure, l’ennemi est toujours là, quel motif pour persévérer dans la prière, pour ne point nous dessaisir de cette arme, puissante justement parce qu’étant le signe et la confession de notre faiblesse, elle fait appel à Dieu.

«Veillant en elle». Pierre exhorte à veiller pour prier (1 Pierre 4:7). Si la vigilance manque, on ne prie pas, on est indépendant. Ici, non seulement nous sommes exhortés à persévérer dans la prière, mais comme quelqu’un l’a dit : «À nous tenir éveillés en priant». La sentinelle veille pour ne pas se laisser surprendre ; le danger est-il là, elle s’écrie pour que le secours vienne. Tel est le chrétien. Si nous veillons en priant, si nous sommes éveillés de coeur et d’esprit en présentant nos requêtes, nous saurons ce que nous avons à dire, et ce que nous disons ; nos prières seront de vraies demandes et non des formules plus ou moins exactement récitées, ni non plus des expositions de doctrines ou des répétitions banales. Nous parlerons vraiment à Dieu.

Mais à la prière persévérante, ils joignent les actions de grâces. En effet, on sait que Dieu exauce et n’abandonne pas les siens qui prient ; on a éprouvé et l’on éprouve qu’il répond aux prières, et on a le coeur rempli d’actions de grâces pour tout ce qu’il a fait et fait encore pour nous. N’est-ce pas déjà un grand sujet de reconnaissance, que de pouvoir nous approcher de lui pour lui exposer nos requêtes ? (voyez Phil. 4). L’action de grâces est ce en quoi le chrétien, qui a conscience de sa relation avec Dieu, se meut avec délices. L’amour de Dieu répand sur lui ses grâces précieuses, et son coeur y répond en bénissant.

(v. 3, 4) — Mais la prière ne doit pas se borner à ce qui concerne nos besoins particuliers. Le coeur s’élargit en pensant aux besoins des autres et en les présentant à Dieu. Et ce qui doit attirer spécialement nos coeurs, ce sont les ouvriers du Seigneur dans l’accomplissement de leur tâche difficile, soit au milieu d’un monde ennemi, soit dans les assemblées. L’apôtre Paul sentait vivement combien lui était nécessaire cette collaboration et ce combat des saints pour lui par leurs prières. Maintes fois, il les demande et compte sur elles. Et n’en est-il pas de même maintenant des serviteurs de Dieu ? Oui, nous avons à nous souvenir d’eux et de l’oeuvre qu’ils accomplissent, soit en notre particulier, soit dans les réunions de prières.

Il y avait un sujet spécial pour lequel l’apôtre demandait aux Colossiens le secours de leurs prières pour lui et ses compagnons d’oeuvre. C’était le grand sujet qui lui tenait toujours tellement au coeur, et auquel sa vie entière était dévouée, en captivité, aussi bien qu’en liberté. «Afin», dit-il, «que Dieu nous ouvre une porte pour la parole, pour annoncer le mystère du Christ, pour lequel aussi je suis lié, afin que je le manifeste comme je dois parler». Remarquons que Paul, en prison, ne demande pas qu’une porte lui soit ouverte pour en sortir, mais que des occasions soient données pour prêcher l’Évangile qu’une porte soit ouverte dans les coeurs pour que la parole de Dieu y pénètre, et qu’il puisse annoncer ce merveilleux mystère de Christ dont il était le révélateur, et qui consistait en ce que les gentils étaient «coparticipants (avec les Juifs) de la promesse de Dieu dans le Christ Jésus, par l’évangile» (Éph. 3:6) ; «Christ en eux l’espérance de la gloire» (Col. 1:27). C’était pour cela qu’il était lié, mais dans sa captivité même il pouvait en parler, le manifester, comme nous le voyons en Actes 28:30, 31, car la parole de Dieu n’était pas liée (2 Tim. 2:9). Paul éprouvait le besoin de ce secours divin et tout-puissant qui ouvre les portes et les coeurs, et qui donne aux serviteurs de Dieu d’annoncer l’Évangile de la manière qu’il faut, l’adaptant aux divers besoins et circonstances des auditeurs, aux Juifs comme à des Juifs, aux gentils comme à des gentils, etc (voyez Rom. 1:14). C’est ce qu’il faisait, comme nous en voyons le témoignage dans les Actes, mais pour cela, il demande les prières des saints. Combien il est à désirer que les serviteurs de Christ aient ces sentiments d’humilité et de dépendance qui étaient dans le grand apôtre des gentils ! Quelque excellemment qu’un ouvrier du Seigneur soit doué, il ne sera béni qu’en raison de son entière dépendance de Dieu. «Notre capacité vient de Dieu» (2 Cor. 3:5) ; nous n’avons à nous glorifier de rien, et si Paul désirait ardemment les prières des saints, combien plus encore ceux qui maintenant, dans une grande faiblesse, sont appelés à travailler dans l’oeuvre du Seigneur !

(v. 5) — Voici maintenant une exhortation d’une haute importance. Il s’agit de notre conduite vis-à-vis de ceux de dehors. Ce qui précède concerne la vie individuelle et celle de l’Église. Le dedans et le dehors sont comme deux camps nettement distingués dans la parole de Dieu (voyez 1 Cor. 5:12 ; 1 Thess. 4:12). Le dedans est le cercle de ceux qui appartiennent à Dieu, qui composent sa famille, son Église ; le dehors, c’est le monde, ce sont ceux qui n’ont point la vie de Dieu. Le monde est hostile ouvertement ou non à la vérité et à ceux qui la professent ; le dehors est opposé au dedans. Le monde a les yeux sur ceux de dedans, afin de les trouver en faute, si possible. Il s’agit donc pour les chrétiens de se conduire avec sagesse envers ceux de dehors, pour ne donner aucune prise à leur blâme et leur ôter toute occasion de mal parler d’eux, même dans des choses qui sembleraient indifférentes (voyez 1 Pierre 4:14-16). La sagesse est prudente et vigilante, elle discerne ce qui convient ou non, elle ne se précipite point ; le chrétien doit la posséder, cette vraie sagesse, puisqu’il a la vie de Dieu et qu’il est conduit par l’Esprit Saint. Ici, il s’agit de l’appliquer à sa marche au milieu du monde. Elle ne consiste pas à bien faire ses affaires, à réussir ici-bas, comme on dit : cela, c’est la sagesse du monde. Elle consiste à marcher constamment selon Dieu et avec Dieu, l’esprit éclairé de la lumière d’en haut.

Mais elle n’exclut pas l’amour envers ceux de dehors. Au contraire, en évitant de donner occasion de blâmer sa conduite, le chrétien est d’autant plus propre à manifester cet amour envers ceux qui ne connaissent pas Dieu. Une marche sans sagesse dans ses transactions avec le monde, une marche dans laquelle il y aurait à reprendre, lui fermerait la porte auprès de ceux à qui il voudrait faire connaître la grâce de Dieu, et il n’aurait pas la liberté de le faire. Mais s’il marche dans la sagesse, le coeur rempli de cet amour de Christ qui a pour objet le salut des âmes ainsi que la gloire de Dieu, il saisira l’occasion là où elle se présente, et toutes les fois qu’elle se présente, pour inviter les autres à venir au Seigneur afin de jouir de sa grâce. Qu’elle est belle et agréable au Seigneur, cette marche d’un chrétien sage, qui poursuit toujours «ce qui est bon», soit au milieu des fidèles, soit «à l’égard de tous les hommes» ! (1 Thess. 5:15).

(v. 6) — À cette exhortation de «saisir l’occasion», se rattache celle que renferme ce verset : «Que votre parole soit toujours dans un esprit de grâce, assaisonnée de sel, afin que vous sachiez comment vous devez répondre à chacun». Combien elle est importante ! Notre vie extérieure, celle que le monde voit, se compose d’actes et de paroles, qui devraient toujours être l’expression de notre vie intérieure et rendre témoignage qu’elle se passe dans la communion de Dieu. Ici, il s’agit de notre parole, de ce qui sort de notre bouche. Elle doit être «dans un esprit de grâce». La grâce dont le chrétien a été l’objet et qui remplit son coeur, ou du moins qui devrait toujours le remplir, se montrera dans ses paroles, empreintes de douceur et de bonté, communiquant la grâce divine, et propres à attirer les coeurs vers Celui qui en est la source. La grâce est patiente, la grâce console, la grâce relève le coeur abattu et l’encourage ; tels seront les effets bénis de la parole du chrétien, s’adressant aux autres «dans un esprit de grâce». Et cela, dit l’apôtre, «toujours». Elle exclura donc toute amertume, toute plainte, toute médisance, toute légèreté. Les paroles vaines et oiseuses seront bannies de la conversation de celui qui a pris l’exhortation de l’apôtre au sérieux (Éph. 4:29 ; 5:4). Nous serons ainsi les imitateurs de Celui duquel il est dit : «La grâce est répandue sur tes lèvres» (Ps. 45:2), de Celui aux paroles de grâce de qui ses auditeurs rendaient témoignage (Luc 4:22).

Mais la douceur de la grâce n’exclut pas la saveur de la sainteté et de la vérité divine ; elle doit être accompagnée de cette énergie qui juge le mal et s’en sépare absolument. La parole doit être «assaisonnée de sel». Si notre âme est en la présence de Dieu, elle goûte sa grâce et elle la communique dans ses paroles ; mais cette même présence nous éloigne du mal qu’elle nous fait discerner, et notre parole sérieuse peut être parfois sévère et indignée, ne transigeant pas avec le mal, ne l’atténuant pas, et faisant sentir aussi aux autres l’effet de la présence de Dieu et de la sainteté qui lui convient.

Muni ainsi de la grâce et du sel qui assaisonne la parole dictée par la grâce, on peut répondre à chacun selon les besoins qui lui sont propres. Combien n’en rencontrons-nous pas sur notre route ! Besoins du coeur et de la conscience, afflictions et détresse, égarement dans de mauvaises voies, abattement et découragement, incrédulité et doutes, les états d’âme sont extrêmement différents. La même parole ne peut pas convenir à chacun, bien qu’elle doive toujours sortir du même fond d’amour. La sagesse divine doit nous éclairer pour parler à propos, et cette sagesse ne manque pas à qui vit avec Dieu. Quel parfait modèle nous avons sous ce rapport dans notre précieux Sauveur ! Quelqu’un a dit à ce sujet : «Le chapitre 15 de Matthieu m’a frappé par la manière dont il fait ressortir cette perfection sous des aspects divers de beauté et d’excellence. Le Seigneur y est appelé à répondre tour à tour aux pharisiens, aux foules, à la pauvre Syrophénicienne affligée et à ses propres disciples, selon qu’ils manifestent leur ignorance ou leur égoïsme ; et nous pouvons remarquer la différence qu’il y a dans le caractère de sa réprimande ou de son raisonnement, dans la manière dont il enseigne avec patience, ou dont il cherche à nourrir une âme fidèlement avec sagesse et avec grâce. Nous ne pouvons que reconnaître combien tout chez lui vient à propos, et est adapté au lieu ou à l’occasion qui fait appel à son activité».

 

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L’enseignement doctrinal et les exhortations pratiques qui en découlent se terminent ici. Ce qui suit renferme quelques détails sur des compagnons d’oeuvre de Paul, et les salutations soit de quelques-uns d’entre eux, soit de Paul lui-même. Mais ces détails et ces salutations sont pleins d’intérêt, en ce qu’ils montrent le coeur brûlant d’amour de l’apôtre, comme aussi le zèle de plusieurs de ceux qui l’entouraient et la vie de Christ, qui circulait dans ces serviteurs du Seigneur et les unissait les uns aux autres. Entrons dans l’examen de ces derniers et précieux versets.

(v. 7-9) — Tychique, qui était de la province d’Asie, où étaient situées Éphèse, Laodicée et Colosses, est mentionné pour la première fois en Actes 20:4, comme l’un des compagnons de Paul dans son voyage à Jérusalem. Les titres qui lui sont donnés par l’apôtre, soit ici, soit dans l’épître aux Éphésiens, sont un beau témoignage rendu à son caractère comme engagé dans l’oeuvre du Seigneur, et montrent l’affection de Paul pour lui. Il était pour l’apôtre un frère bien-aimé, voilà pour le coeur ; son dévouement se manifestait en ce qu’il servait fidèlement Paul comme servant le Seigneur (voyez Éph. 6:21 ; en Actes 13:5, nous voyons aussi que Marc était serviteur de Paul et Barnabas (*)), et il était aussi compagnon de service de Paul dans l’oeuvre de l’Évangile. C’est ainsi que nous le voyons envoyé à Éphèse par Paul prisonnier pour la seconde fois à Rome (2 Tim. 4:12), et devant être envoyé à Tite, sans doute avec un message de l’apôtre (Tite 3:12). Dans nos versets, nous voyons ce bien-aimé serviteur, envoyé aux Colossiens pour leur porter la lettre de l’apôtre captif, en même temps qu’il devait aussi porter celle aux Éphésiens (Éph. 6:21, 22). En même temps, il devait faire connaître aux Colossiens ce qui concernait Paul. Celui-ci ne doutait pas de l’affection et de l’intérêt que les chrétiens de Colosses lui portaient, surtout vu qu’il était alors prisonnier pour avoir annoncé l’Évangile aux nations. Il devait leur être précieux de savoir ce qui se passait autour de l’apôtre, ce qu’il lui était donné d’accomplir, bien que captif, pour le Seigneur ; quelles étaient les perspectives, les dangers qu’il pouvait courir et les privations qu’il endurait, comme aussi les consolations que le Seigneur lui donnait. Nous pouvons comprendre cela. Ne sommes-nous pas intéressés à ce qui concerne les serviteurs de Christ, surtout dans les contrées lointaines ? Tout au moins devrions-nous l’être.

(*) L’expression de «serviteur» désigne ici celui qui remplit un service spécial. On comprend comment des jeunes chrétiens pouvaient rendre aux apôtres des services de diverses sortes.

Mais Paul avait dans l’envoi de Tychique un autre but : «Je l’ai envoyé vers vous tout exprès», dit-il. Il y avait là une raison sérieuse pour le coeur de Paul. Il portait un vif intérêt au bien-être spirituel des saints à Colosses, qui étaient en danger de la part des faux docteurs, et il leur envoyait tout exprès, dans ce but, un fidèle serviteur, un homme en qui il avait confiance dans le Seigneur, pour connaître «l’état de vos affaires», dit-il. On comprend que ces affaires qui préoccupaient Paul pour les Colossiens, n’étaient en rien celles de ce monde, de leur commerce ou de leur industrie, mais, comme nous le disions plus haut, ce qui concernait les saints quant à leur témoignage, l’état de leurs âmes et le service du Seigneur. Mais en même temps, Tychique devait consoler leurs coeurs par les bonnes nouvelles qu’il leur apporterait, et les encourager aussi (car c’est aussi ce que comporte le mot consoler ; voyez 2 Cor. 1:3, 4) à tenir ferme contre l’erreur. C’est ainsi qu’il y avait un courant d’amour entre Paul et les saints, se manifestant par l’intérêt mutuel qu’ils se portaient.

Tychique n’était pas seul. Onésime, dont nous connaissons la touchante histoire, est envoyé avec lui. Onésime, cet esclave qui s’était enfui de chez son maître Philémon, s’était rendu à Rome, le rendez-vous des gens de cette espèce. Là, il avait entendu l’évangile de la bouche de Paul, le prisonnier du Seigneur, et avait été converti (Philém. 10). L’apôtre avait conçu pour lui une tendre affection (v. 12) ; le pauvre esclave, autrefois inutile, était devenu un «frère fidèle et bien-aimé», utile à l’apôtre dans le service de l’Évangile (v. 11, 13) , et Paul le renvoyait à son maître pour qu’il fût aussi utile à celui-ci, non plus seulement comme un esclave, mais «au-dessus d’un esclave, comme un frère bien-aimé» (v. 16). Telle est la puissance de la grâce du Seigneur, telles sont ses voies merveilleuses envers un pauvre pécheur, et tel est aussi son amour pour son serviteur Paul dans les liens : il lui donne de voir ce fruit de son travail. «Onésime, qui est des vôtres», dit Paul, non seulement de leur ville, mais maintenant des «leurs» comme chrétien (Actes 4:23). Lui donc, porteur de la lettre à Philémon, et Tychique, porteur de celles aux Éphésiens et aux Colossiens, devaient informer ces derniers «de toutes les choses d’ici», c’est-à-dire de Rome ; non pas assurément des choses politiques et du monde, mais de celles qui regardaient Paul, les serviteurs du Seigneur et l’assemblée.

(v. 10 et 11) — Trois compagnons de Paul, mentionnés ici, envoient leurs salutations aux Colossiens. Le premier est Aristarque, de Thessalonique en Macédoine, qui partageait la captivité de Paul. Nous ne savons pas à quel moment il s’était joint à l’apôtre, mais nous le trouvons avec lui, à Éphèse, lors du tumulte qui eut lieu dans cette ville (Actes 19:29). Puis, lorsque Paul quitte la Grèce et la Macédoine pour se rendre à Jérusalem, Aristarque et d’autres vont en avant et attendent l’apôtre en Troade (Actes 20:4, 5). Et enfin, on le voit, toujours fidèle compagnon de Paul, le suivre quand celui-ci, prisonnier, s’embarque pour Rome (Actes 27:2). Combien cet attachement pour le grand serviteur de Christ est touchant !

Il ne l’est pas moins de voir mentionné ici Marc, neveu ou cousin de Barnabas, comme compagnon d’oeuvre de l’apôtre. Nous savons que Marc était fils de cette Marie chez qui les disciples étaient assemblés, afin de prier pour l’apôtre Pierre alors en prison et devant être mis à mort. Le vrai nom de Marc était Jean ; Marc était un surnom qui prévalut plus tard pour le désigner (Actes 12:12). Lors du départ de Barnabas et Paul pour l’oeuvre à laquelle l’Esprit Saint les appelait, Marc les avait accompagnés pour les servir. Mais les difficultés et les labeurs de l’oeuvre l’avaient bientôt découragé ; il avait abandonné les apôtres pour s’en retourner à Jérusalem (Actes 13:5, 13 ; comp. 15:38). Lorsque, pour un second voyage, Barnabas, son parent, veut le reprendre avec eux, Paul s’y oppose ; les deux apôtres se séparent, et Barnabas, accompagné de Marc, s’en va en Chypre, son pays natal (Actes 15:37, 39 ; 4:36). Nous voyons sans doute ici l’influence des liens naturels chez Barnabas, et ce n’est pas toujours une chose profitable dans le service du Seigneur. Sa patrie l’attire, et il veut prendre avec lui son proche parent, sans avoir peut-être pesé suffisamment si celui-ci était propre pour la tâche. Un mot dans les Actes semble nous dire que, dans cette occasion, l’assemblée donna raison à Paul, bien que peut-être il se fût aussi laissé aller à l’irritation. Quoi qu’il en soit, on est heureux de voir ici et en d’autres passages, comme la grâce du Seigneur avait agi à l’égard de Marc. Le voici à Rome, près de Paul, et celui-ci le recommande comme un compagnon de service, aux Colossiens, dans le cas où il se rendrait auprès d’eux : «Recevez-le», dit-il. On ignore d’ailleurs quels ordres les Colossiens avaient reçu touchant Marc, mais ils devaient le recevoir. Plus tard, l’apôtre, écrivant à Timothée, rend à Marc un témoignage encore meilleur : «Amène-le avec toi», dit-il, «car il m’est utile pour le service» (2 Tim. 4:11). On le voit, la grâce de Dieu n’abandonne pas un faible serviteur. Elle l’instruit et le forme peu à peu pour le service. C’est Marc probablement que nous retrouvons encore à Babylone auprès de l’apôtre Pierre (1 Pierre 5:13), et enfin, c’est lui qui écrivit l’évangile qui porte son nom. Nous pouvons voir aussi combien tout ressentiment était étranger au coeur de Paul. Si autrefois il avait refusé de s’associer Marc, c’était pour ne pas compromettre le service et la gloire du Seigneur par une nouvelle défaillance de sa part ; mais Marc, ayant été éprouvé, il l’accepte sans arrière-pensée. Bel exemple encore que l’apôtre donne à ceux que le Seigneur occupe dans son oeuvre. Ce qui en toutes choses régissait le coeur de Paul, c’était la gloire de son Maître, et non ses sentiments personnels.

Le troisième compagnon de Paul, Jésus, appelé Juste, qui, dans ces versets, salue les Colossiens, ne nous est connu que par cette mention. Il était Juif, ainsi que Marc, et reçoit avec celui-ci le beau témoignage d’avoir été seuls d’entre les Juifs, les compagnons d’oeuvre de Paul pour le royaume de Dieu qui lui fussent en consolation et encouragement. Nous voyons, en effet, d’après Phil. 1:15-17, qu’il y en avait à Rome qui s’éloignaient de lui.

(v. 12, 13) —  Épaphras, fidèle serviteur de Christ, cher au coeur de Paul, qui était de Colosses, «des vôtres», est-il dit, et par qui les Colossiens avaient entendu l’Évangile, la grâce de Dieu en vérité (Col. 1:7), était, comme nous l’avons vu, à Rome, près de l’apôtre. Il saluait aussi les Colossiens. Bien qu’éloigné d’eux, il ne les oubliait pas. Leur état spirituel préoccupait son coeur. Il les savait exposés aux plus grands dangers de la part des faux docteurs qui, par leurs raisonnements et leurs subtilités, cherchaient à les entraîner dans l’erreur, et à les séparer de Christ. Il combattait donc toujours pour eux par des prières instantes, ainsi que pour les saints des localités avoisinantes, Laodicée et Hiérapolis, où il avait probablement aussi travaillé. L’arme puissante du chrétien contre Satan et ses ruses, c’est la prière, soit qu’il l’emploie pour lui-même ou pour les autres. L’ennemi ne peut tenir contre cette arme, car la prière fait appel à la puissance même de Dieu. Mais c’est la prière de la foi, la prière instante, la prière persévérante, la prière qui nous engage tout entiers avec Dieu. Épaphras «combattait», voilà l’énergie, «toujours», voilà la persévérance (voyez Jacq. 1:6, 7 ; 5:17, 18). La prière a un objet déterminé. Si nous prions pour les autres, c’est en vue de leur état, de leurs besoins. Épaphras demandait pour les Colossiens qu’ils demeurassent «parfaits et accomplis dans toute la volonté de Dieu». L’apôtre avait demandé pour les Colossiens qu’ils fussent «remplis de la connaissance de la volonté de Dieu» (1:9) ; il les avait enseignés en toute sagesse, pour les présenter «parfaits en Christ» (1:28), arrivés à cet état d’hommes faits, état spirituel où Christ est connu selon toute la révélation donnée de lui et de la perfection de son oeuvre et de la position du croyant en lui ; où l’on est ainsi transformé à son image, et où l’on reflète cette image moralement dans sa vie ; Paul avait encore dit aux Colossiens qu’ils étaient accomplis devant Dieu en Christ (2:10). C’était là la volonté de Dieu. Et maintenant Épaphras, dans sa vive sollicitude pour eux, demande qu’ils demeurent, qu’ils restent fermes dans ces choses, pour échapper aux faux docteurs. Là, rien ne leur manquait, et ils pouvaient fermer l’oreille à ces enseignements qui prétendaient les «mener en avant», en dehors du Christ qui était pleinement suffisant. Oh ! que les serviteurs du Seigneur portent ainsi les âmes devant Dieu ! Enseigner et exhorter est bien, mais prier, combattre, être dans ce grand travail de coeur pour les saints (bel éloge donné à Épaphras), est la chose qui devrait venir toujours en première ligne.

(v. 14) —  Luc, le médecin bien-aimé, l’auteur du troisième évangile et du livre des Actes, était aussi avec l’apôtre et salue les Colossiens. Il était probablement païen de naissance, puisqu’il n’est pas nommé avec «ceux de la circoncision compagnons d’oeuvre de Paul» ; mais nous ne savons pas quand et comment il fut converti. Dans les Actes, nous voyons qu’il se joint à Paul dans la Troade, et devient son fidèle compagnon (Actes 16:10 ; le mot «nous» l’indique). Il resta sans doute à Philippes, après que Paul en fut parti, car on ne le retrouve qu’au chap. 20:6, où il part de Philippes avec l’apôtre et l’accompagne à Jérusalem (Actes 21, jusqu’au v. 18). Puis, quand il eut été décidé que Paul irait à Rome, Luc va avec lui dans ce voyage difficile et plein de dangers, exemple touchant de dévouement (Actes 27:1). Nous le retrouvons donc là auprès de l’apôtre. Et quand les derniers jours du bienheureux apôtre sont arrivés, qu’il n’attend plus que la couronne du martyr ici-bas, et celle de justice là-haut, «Luc seul est avec lui» (2 Tim. 4:11), quand tous l’ont abandonné. Quelle touchante histoire de fidélité nous est donnée dans ces quelques traits épars de la vie du médecin bien-aimé ! Dieu l’a honoré ainsi, ce compagnon d’oeuvre de Paul (Philém. 24).

Bien différente est l’histoire de Démas. La lettre à Philémon le mentionne au nombre des compagnons d’oeuvre de Paul (v. 24) , mais ici son nom seul est mentionné. Il salue les Colossiens. Il y a dans cette expression «et Démas», quelque chose de froid qui fait pressentir ce que l’apôtre dut écrire plus tard à son sujet : «Démas m’a abandonné, ayant aimé le présent siècle». Hélas ! combien n’y a-t-il pas de ces serviteurs du Seigneur qui, après une course plus ou moins longtemps fidèle, ont fait comme Démas, ont aimé le présent siècle et ont cherché ce qu’il donne. Qu’est devenu leur service ? C’est un avertissement bien sérieux que celui qui est donné par l’exemple de ce pauvre Démas.

(v. 15, 16) —  À ces salutations, Paul joint les siennes pour les frères qui étaient à Laodicée, ville située à environ trente-cinq kilomètres de Colosses, et sans doute en rapports fréquents avec cette dernière. Paul salue en particulier un certain Nymphas, chez lequel se réunissait une assemblée, de même qu’à Colosses, il y en avait une chez Philémon (Philém. 1:2) , et à Rome, chez Priscilla et Aquilas (Rom. 16:3-5), qui avaient déjà l’assemblée chez eux à Corinthe (1 Cor. 16:19). On ne connaissait pas, dans ce temps-là, les temples splendides et les vastes cathédrales avec leurs riches ornements. Quelque membre de l’assemblée était heureux d’avoir un local où l’assemblée pût se réunir.

Ensuite l’apôtre donne l’ordre que la lettre qu’il écrivait aux Colossiens fût, après qu’ils l’auraient lue, communiquée à l’assemblée des Laodicéens. De leur côté, les Colossiens devaient lire celle qui leur viendrait de Laodicée. Il ne semble pas que celle-ci fût une lettre spécialement adressée à l’assemblée des Laodicéens. En effet, si Paul leur avait écrit directement, pourquoi les faire saluer dans l’épître aux Colossiens ? L’expression aussi «qui viendra de Laodicée» n’implique pas que ce fût une lettre spécialement pour cette assemblée. Peut-être était-ce celle aux Éphésiens qui, comme nous l’avons remarqué autre part, a un caractère général. Quoi qu’il en soit, on voit que les lettres de l’apôtre, ces enseignements que l’Esprit de Dieu donnait par son moyen aux saints, circulaient dans les assemblées, même là où il n’était pas connu de visage (2:1). Nous pouvons encore remarquer en passant, que l’assemblée des Laodicéens ne sut pas profiter des exhortations de l’apôtre à trouver en Christ seul leur trésor, à s’attacher à lui comme morts avec lui, ressuscités avec lui, ayant en lui seul leur vie, et, par conséquent, à ne pas chercher les choses de la terre. Nous savons qu’elle en vint à se trouver riche par elle-même de ce qu’elle avait acquis, et à n’éprouver pour Christ que de la tiédeur qui la fit vomir de la bouche du Seigneur (Apoc. 3:14, etc). L’abondance de connaissance religieuse ne suffit pas, elle est même un grand danger, si l’intelligence seule est en jeu. Christ veut le coeur et le veut tout entier.

(v. 17) —  Paul n’oublie pas les personnes à qui un avertissement peut être salutaire, vu la place qu’elles occupent. Archippe est nommé, dans la lettre à Philémon, comme étant compagnon d’armes de l’apôtre. Il était donc aussi employé dans l’oeuvre du Seigneur. Comme tel, il avait reçu du Seigneur un service spécial (nous ignorons lequel) qui demandait ses soins. Il devait y prendre garde pour l’accomplir fidèlement. Les services sont variés.

Le Maître dispose comme il lui plaît de ses serviteurs. Quoiqu’il leur donne à faire, ils ont à «l’accomplir» avec sérieux et dévouement. Pourquoi cet avertissement solennel donné à Archippe ? Solennel, car c’est dans une lettre adressée à l’assemblée tout entière qu’il se trouve. Serait-ce qu’il laissait à désirer dans son service, ou qu’étant au début de ce ministère, il avait besoin de sentir toute sa responsabilité devant l’assemblée ? Dans l’un et l’autre cas, nous voyons ici une parole de Paul assaisonnée de sel, et bonne à méditer pour tous ceux qui, de même qu’Archippe, ont reçu un service dans le Seigneur. «Ce qui est requis dans des administrateurs, c’est qu’un homme soit trouvé fidèle» (1 Cor. 4:1, 2).

(v. 18) —  Enfin, l’apôtre met la salutation finale de sa propre main. C’était le signe de l’authenticité de ses épîtres (2 Thess. 3:17), et cela était devenu nécessaire, parce que des hommes mal intentionnés faisaient usage de lettres venant soi-disant de lui (2 Thess. 2:2). Nous voyons par l’épître aux Romains que Paul n’écrivait point toujours lui-même ses lettres, mais les dictait à quelque frère (Rom. 16:22). Il insiste auprès des Galates sur ce qu’il leur a tout écrit de sa propre main (Gal. 6:11), afin de leur mieux montrer toute sa sollicitude pour eux, et cela vient corroborer la pensée qu’en général il n’écrivait pas lui-même. En tout cas, il prenait des précautions, pour que l’on n’abusât point de l’autorité de son nom, triste nécessité qui montre combien de bonne heure la fausseté et la fraude furent employées, hélas ! dans des choses religieuses.

Ce n’est qu’en terminant que l’apôtre, dont on voit en cela l’absence complète d’égoïsme, réclame le souvenir des Colossiens dans la position douloureuse où il se trouvait. Il n’y a pas une plainte : il souffrait pour le Seigneur ; mais il éprouvait dans son coeur si aimant le besoin de la sympathie des saints. Quel appel touchant ! Il devait bien aller jusqu’au coeur des Colossiens. Oh ! pensons aux serviteurs de Dieu dans leurs difficultés et leurs peines. Pour lui, il leur souhaite que la grâce soit avec eux, cette grâce pour les accompagner, les soutenir, les garder et les encourager jusqu’au terme de la route, grâce dont nous avons tous et toujours un si grand besoin !