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ENTRETIENS sur la PREMIÈRE ÉPITRE aux CORINTHIENS

 

par H.Rossier

 

Tables des matières:

 

1     Chapitres 1-2:5

2     Chapitre 2:6-16

3     Chapitre 3

4     Chapitre 4

5     Chapitre 5

6     Chapitre 6

7     Chapitre 7

8     Chapitres 8-9:23

9     Chapitre 9:24 — 10:13

10     Chapitres 10:14 à 11:16

11     Chapitre 11:17-34

12     Chapitre 12

13     Chapitres 12:31 ; 13 ; 14:1

14     Chapitre 14

15     Chapitre 15:1-17

16     Chapitre 15:20-34

17     Chapitres 15:35-58 ; 16

 

1                    Chapitres 1-2:5

 

Chers amis,

 

Mon intention n’est pas de faire une exposition méthodique de cette épître, ni d’entrer dans tous ses détails. J’ai plutôt à coeur de vous présenter certains principes contenus dans ces chapitres, principes d’une grande actualité, qui font appel à nos coeurs et à nos consciences, pour que nous y conformions notre marche collective.

À qui cette épître est-elle adressée ? telle est notre première question. Si elle ne l’avait été qu’à l’assemblée locale de Corinthe, on pourrait invoquer ce fait pour éluder les règles et les commandements qu’elle nous donne, ou pour ne pas s’y conformer strictement. Or nous voyons que cette épître est envoyée non seulement aux chrétiens de Corinthe, mais à «tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, et leur Seigneur et le nôtre». Il n’y a là aucune limitation de lieu, de personne, ni de temps. Tous les chrétiens qui reconnaissent l’autorité de Jésus Christ y sont compris. Nous pouvons donc dire que cette épître est, d’une manière très spéciale, adressée à chacun de nous et à nous tous. Vous n’en trouverez aucune autre dont l’adresse soit aussi générale. Eh bien ! n’y a-t-il pas lieu de s’étonner que les prescriptions de cette épître soient plus violées que toutes les autres dans la chrétienté professante ; et, notons-le bien, c’est ici que les commandements les plus positifs de tout le Nouveau Testament sont donnés à l’Église. Mais n’oublions pas non plus que, si ces commandements ne sont pas écoutés par ceux qui méconnaissent leur valeur obligatoire, tous les chrétiens, qui désirent servir fidèlement le Seigneur, doivent les imprimer sur leurs coeurs et les mettre en pratique.

Signalons tout d’abord les pièges dans lesquels étaient tombés les saints de Corinthe. Sous une forme ou sous une autre, on ne les rencontre que trop souvent parmi nous. Et cependant, plus instruits que les Corinthiens, qui ne possédaient pas encore toute la pensée de Dieu dans la Parole écrite, nous sommes plus coupables qu’eux de nous y laisser prendre. En faisant le tableau de ce qui manquait à l’assemblée de Corinthe, nous nous peignons donc nous-mêmes sous beaucoup de rapports. Cependant, une chose les distinguait favorablement de nous, et leur donnait un caractère qui fait défaut aux chrétiens d’aujourd’hui : les Corinthiens «ne manquaient d’aucun don», non seulement de dons miraculeux, aujourd’hui perdus, mais ils avaient été enrichis «en toute parole et toute connaissance». Cela ne pourrait guère se dire de nous. Si l’on rencontre aujourd’hui, ici et là, des chrétiens à qui Dieu a confié, pour le temps actuel, des vérités importantes, le nombre de ceux qui ignorent ces vérités, et même les vérités élémentaires du salut, dépasse le leur de beaucoup.

Mais si nous considérons l’usage que les Corinthiens faisaient de dons si multiples, nous découvrons, hélas ! qu’ils s’en servaient pour satisfaire leur orgueil spirituel, en s’exaltant eux-mêmes. Combien de fois l’apôtre leur répète : «Vous êtes enflés d’orgueil !» Leur jetterons-nous la pierre ? Non, certes. Nous, chrétiens d’aujourd’hui, nous sommes plus inexcusables qu’eux ; dès que nous avons reçu du Seigneur quelque don de grâce, nous n’avons rien de plus pressé que de nous en faire valoir, quand notre extrême pauvreté, comparée à la «richesse» des Corinthiens, devrait nous maintenir dans une humiliation profonde.

Les Corinthiens étaient coupables d’une deuxième faute très grave. Il y avait parmi eux des dissensions et des divisions. Réunis autour du nom de Christ, c’est-à-dire comme représentant l’unité de son corps, ils étaient séparés par des opinions divergentes (v. 10-12). Nous y reviendrons ; mais, je le demande, ne les voyons-nous pas parmi les chrétiens d’aujourd’hui ? Chacun se vante d’une opinion à laquelle il se rattache : or, les opinions, mêmes justes et orthodoxes, comme dans le cas des Corinthiens, ne peuvent produire que la division, quand on les met en avant au détriment d’autres vérités. Le Christ est-il divisé ? De fait, un chrétien éclairé ne doit pas avoir d’opinion propre. Je n’exagère pas en parlant ainsi ; car quelle valeur peuvent avoir nos opinions personnelles, si «nous avons la pensée de Christ» ? (2:16). Jamais «la pensée de Christ» ne me rattachera à une secte, tandis que le maintien de mes opinions y mène invariablement. Jamais non plus la parole de Dieu, comme toute cette épître nous le prouve, ne m’y conduira, tandis que mes opinions sur la Parole me mettent, si Dieu ne me garde, continuellement en danger de les faire prévaloir. Dieu n’autorise pas ses enfants à avoir des opinions différentes. Qu’elles existent parmi les chrétiens, cela est incontestable, car cela correspond à la nature humaine pécheresse, mais non pas à la nouvelle nature et à l’Esprit de Dieu. L’épître aux Philippiens (3:15, 16) admet leur existence, mais ne les attribue pas à ceux qui, par l’Esprit, ont saisi la perfection de leur position en Christ. Sans doute, l’apôtre s’adresse aussi à ceux qui, «en quelque chose», ont «un autre sentiment» ; seulement, il n’approuve ni n’excuse ces pensées divergentes, et ne les contredit pas non plus, mais s’attend à Dieu pour qu’Il révèle à ceux qui diffèrent, les choses auxquelles ils ne sont pas encore parvenus. Il n’entre pas en discussion avec eux sur leurs divergences de pensées ; il compte sur le Seigneur pour les faire disparaître, mais, dans les choses auxquelles ils sont parvenus, il exhorte les chrétiens à marcher ensemble dans le même sentier.

Il n’en était pas ainsi des Corinthiens qui maintenaient leurs opinions les uns vis-à-vis des autres. Remarquez qu’elles étaient fondées sur des vérités présentées, soit par des apôtres, soit par des hommes de Dieu dignes de toute confiance, comme Apollos ; mais dans leur esprit sectaire, les Corinthiens ne voyaient pas qu’ils épousaient une manière de voir, au détriment d’une autre, et qu’ainsi, tout en insistant sur des vérités, ils altéraient la vérité. La vérité est une : Christ qui est la vérité ne peut être divisé. Les dons sont divers, mais proviennent d’un seul Esprit ; les opérations sont diverses, mais proviennent du même Dieu qui opère tout en tous. Il ne peut y avoir de division dans le corps. Si leurs opinions divisaient les Corinthiens, cela provenait, d’une part, du manque de support envers leurs frères qui accompagne toujours un esprit charnel ; d’autre part, de la valeur qu’ils s’attribuaient à eux-mêmes, n’ayant pas réalisé que la croix de Christ était la fin du moi et de son importance.

Les divisions étaient donc un des graves manquements des Corinthiens ; mais on trouvait encore d’autres choses chez eux. Toute sorte de maux s’étaient introduits dans leur sein. Il y avait au milieu d’eux un cas d’impureté tel, que son pareil n’existait pas même parmi les païens ; il y avait encore des gens qui s’enivraient, des frères qui se disputaient, se citaient devant les tribunaux, se faisaient des procès, toutes choses des plus blâmables. On trouvait aussi parmi eux de fausses doctrines, des gens enseignant qu’il n’y avait «pas de résurrection de morts» — et tout cela se produisait au milieu d’une activité spirituelle tout à fait extraordinaire.

N’est-il pas remarquable qu’en présence de tant de choses humiliantes, les Corinthiens fussent très empressés à s’instruire sur certains points de détail ? Ils oubliaient l’humilité, l’union entre les frères, la pureté, la tempérance, et posaient à l’apôtre des questions, comme, par exemple, s’il était préférable de se marier, ou de ne pas se marier, si l’on pouvait répudier sa femme incrédule, manger des choses sacrifiées aux idoles, etc. L’apôtre répond à toutes leurs questions, mais sans manquer jamais d’en appeler à leur conscience, et en aucune manière pour satisfaire leur curiosité ou leur intelligence.

Ayant exposé en quelques mots l’état des Corinthiens, nous pourrons maintenant nous rendre mieux compte du but de cette épître. L’Esprit se sert du désordre qui les avait envahis, pour nous instruire sur l’ordre qui convient à la maison de Dieu, aussi pourrions-nous donner pour titre à l’écrit qui nous occupe : L’ordre dans l’Assemblée. S’il y a donc, parmi les chrétiens réunis au nom du Seigneur, des traces de désordre — et il y en a toujours — étudions ces chapitres avec soin, sous le regard de Dieu ; comprenons-en l’enseignement, afin de voir l’ordre se rétablir. C’est ce que désirait l’apôtre.

Le but de cette épître nous conduit à un court exposé de sa division.

Dans les deux premiers chapitres, l’apôtre montre ce qui est à la base de tout témoignage, de tout ordre chrétien dans la maison de Dieu. Il commence par nous parler de ce qu’est un chrétien. Les Corinthiens ne le savaient qu’imparfaitement. Lorsque nous posons cette question à nos frères en Christ, nous recevons souvent pour réponse : Un chrétien est un homme qui, ayant reçu le pardon de ses péchés par la foi au sang de Christ, est un enfant de Dieu. Or cette définition restreinte, vous ne la trouvez pas dans ces deux premiers chapitres. L’apôtre montre, sans doute, qu’un chrétien a obtenu le salut par la foi (v. 18, 21), mais, en contraste avec l’état charnel qui régnait à Corinthe, il établit qu’un chrétien est un homme complètement condamné quant à toute sa vie précédente, ayant trouvé la fin de son existence comme homme dans la chair, le jugement de lui-même, dans la personne de Christ à la croix, jugement complet, puisque Jésus a été fait péché à notre place. Un chrétien, dans toute l’acception de ce terme, est un homme qui a réalisé cette vérité. C’est aussi pourquoi l’apôtre leur dit — car, tout en les considérant comme sauvés, il les appelle de petits enfants en Christ : — «Je n’ai pas jugé bon de savoir quoi que ce soit parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié», c’est-à-dire : en vous présentant sa personne, je vous ai déclaré que vous-mêmes êtes placés par sa croix sous le jugement définitif de Dieu.

Quelle sera donc notre marche, si nous réalisons ce caractère essentiel du chrétien, de nous considérer comme absolument condamnés en notre qualité d’hommes dans la chair, toute notre conduite antérieure, toutes nos pensées, ayant trouvé leur jugement à la croix de Christ ? Condamnés et jugés, nous ne chercherons pas à nous donner de l’importance à nos propres yeux, ni aux yeux des autres. Soyons attentifs à ce premier pas qui devrait toujours accompagner la conversion et le pardon des péchés. La croix de Christ est l’endroit où j’ai trouvé la fin de l’homme pécheur, et aussi la fin de l’homme naturel et la fin du monde, comme nous l’enseigne l’épître aux Galates. C’est pourquoi l’apôtre n’avait voulu savoir autre chose parmi eux que Jésus Christ crucifié.

À la fin du premier chapitre (v. 30, 31), nous trouvons un second caractère du chrétien, et je connais peu de passages qui le définissent d’une manière plus frappante : Vous êtes de Dieu «dans le Christ Jésus, qui nous a été fait sagesse de la part de Dieu, et justice, et sainteté, et rédemption, afin que, comme il est écrit, celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur». Comme pécheur, j’étais en Adam ; du moment que j’ai cru au Seigneur Jésus, j’ai trouvé ma condamnation, celle du premier homme, à la croix. Mais maintenant, je suis une nouvelle création dans le Christ Jésus. C’est ma position, et l’épître aux Romains la développe merveilleusement ; je suis de Dieu dans le Christ Jésus. Tout ce que je possède comme chrétien, je le possède de la part de Dieu, en Christ et par Christ. C’est Lui qui m’a fait tout ce que je suis. Je suis de Dieu ; je tire mon origine de Lui. Si j’ai quelque sagesse, quelque justice, quelque sainteté, c’est en Christ ; si j’arrive à la rédemption, comme terme de la course, c’est en Lui. Il n’y a là aucune place quelconque pour le vieil homme ; tout est du nouvel homme ; je ne puis attribuer ce que je suis qu’à Christ.

Au chap. 2, nous trouvons un troisième caractère du chrétien. Il possède l’Esprit de Dieu, la puissance de la vie nouvelle, qui le rend capable de comprendre les choses divines. Elles nous sont révélées dans la parole de Dieu, de sorte que l’homme nouveau est caractérisé par une puissance spirituelle qui le soumet à cette Parole.

Reprenons maintenant la division de cette épître. Nous venons de voir que les deux premiers chapitres nous parlent de la croix de Christ, comme base de toute notre position chrétienne. Les chap. 3 à 9 traitent de l’ordre qui convient à la maison de Dieu ; les chap. 11 à 14, de l’ordre qui convient au corps de Christ. Entre ces deux séries de chapitres se place le chap. 10, sorte de parenthèse, introduite entre la maison de Dieu et le corps de Christ. C’est la chrétienté, ou la profession chrétienne sans la vie. Ce chap. 10 est très important ; car ce qui était une exception du temps de l’apôtre ne l’est plus aujourd’hui. La chrétienté actuelle possède la cène, le baptême, marche extérieurement dans le chemin chrétien, sans avoir la vie divine. Or cette profession sans vie aboutit au jugement. Le chap. 15 traite la question vitale de la résurrection. L’épître est donc encadrée entre ces deux grandes vérités : la croix, au chap. 1, et la résurrection, au chap. 15.

 

*      *      *

 

Nous avons vu que l’état moral des Corinthiens n’était absolument pas proportionné aux dons multiples qu’ils possédaient. Il est important de nous en souvenir, car nous sommes souvent disposés à penser, en voyant Dieu agir par son Esprit au milieu des siens, que leur état d’âme est nécessairement à la hauteur de ses dons. L’exemple des Corinthiens nous fournit la preuve du contraire. Le monde même pouvait s’étonner de leurs dons, et cependant rien dans leur conduite morale ne correspondait à ces bénédictions. Leurs tendances, héritées du paganisme grec, les poussaient vers l’admiration de l’homme dans la chair et vers la sagesse humaine. Dans ce monde-là, la sagesse des philosophes attirait des disciples et faisait école ; les orateurs, les littérateurs avaient une immense influence ; on les suivait, on les écoutait ; les Corinthiens avaient gardé ces habitudes humaines et charnelles, et les avaient transportées dans leur christianisme. Ces écoles de doctrine produisaient des dissensions parmi eux ; l’un s’attachait à tel homme instruit, l’autre à tel homme éloquent ; un autre encore à tel homme plus puissant et plus énergique. Ils disaient : Moi, je suis de Paul ; moi, d’Apollos ; moi, de Céphas ; d’après leurs préférences naturelles. Selon la chair, Paul était un homme versé dans la science de son temps, élevé aux pieds de Gamaliel, connu par son éducation littéraire, familier avec les poètes d’alors ; très habile comme docteur. Aussi tel d’entre eux se prévalait de ce que Paul était par nature, pour dire : Moi, je suis de Paul. — Apollos était un Juif d’Alexandrie, ville renommée pour les lettres ; les paroles éloquentes coulaient de ses lèvres et captivaient son auditoire ; aussi tel d’entre eux estimait l’éloquence d’Apollos plus savoureuse que la culture de Paul. — Pierre était un homme du commun, mais doué d’une énergie remarquable ; il avait fait beaucoup de miracles notoires ; ayant reçu directement du Seigneur des révélations capitales, il était placé à la tête des douze... — Moi, je suis de Céphas, disait un troisième. — Moi, je suis de Christ, disait un dernier : Je m’en tiens aux enseignements sortis de sa bouche quand il était ici-bas ; je me conforme à la simplicité et à la pureté de sa morale divine, par exemple, dans son sermon sur la montagne ; c’est lui que je choisis pour docteur. — Mais Paul demande : «Le Christ est-il divisé ?» Y a-t-il différents esprits, ou un seul Esprit, qui animent ces diverses personnes ?

Cette parole de Paul aux Corinthiens s’adresse aussi à nous qui invoquons le nom du Seigneur. Reconnaît-on certains de ces traits au milieu de nous ? De tels sentiments n’ont-ils pas quelque place dans nos coeurs ? Nous devons, hélas ! répondre par l’affirmative. L’apôtre dévoile, comme nous l’avons dit, la cause de ce mal qui, au lieu d’unir les enfants de Dieu, les désunit. Il dit : Frères, vous n’avez pas réalisé ce qu’est, au fond, la croix de Christ. Il fait bon marché de toutes leurs prétentions. Je suis venu, dit-il, évangéliser, non point avec sagesse de parole, afin que la croix du Christ ne soit pas rendue vaine.

«Avec sagesse de parole !» Plus je réfléchis sur l’état actuel de la chrétienté dont nous faisons partie, plus je suis frappé de voir une tendance générale à s’adresser à l’intelligence de l’homme. On pense réussir à convaincre le monde, en lui présentant l’évidence des vérités chrétiennes (je ne parle pas ici de fausses doctrines), souvent avec beaucoup d’éloquence, et en fournissant des preuves de ces vérités qui s’imposent à l’intelligence des grands auditoires attirés par les qualités éminentes des orateurs. D’habitude, ceux qui les ont écoutés sont convaincus par eux et reconnaissent combien ce qu’ils ont entendu est remarquable. L’orateur a expliqué l’origine du péché dans le monde, a prouvé l’existence de Dieu, développé la doctrine de la vie éternelle, etc. ; mais l’effet produit par ces vérités sur le coeur et la conscience de l’auditoire est nul. En s’adressant aux hommes avec sagesse de parole — non pas, avons-nous dit, avec de fausses doctrines, si fréquentes, hélas ! de nos jours — en se servant de la sagesse de l’homme pour prouver aux âmes la vérité des choses révélées, la croix de Christ est rendue vaine. L’apôtre ajoute : «La parole de la croix est folie pour ceux qui périssent», mais pour nous, comme moyen de salut, «elle est la puissance de Dieu» (v. 18). Ainsi, laissant de côté toute sagesse de parole, Paul prêche simplement la parole de la croix. Une telle prédication a pour effet que les hommes intelligents s’en détournent, car elle est folie pour eux ; mais, pour nous, elle est la puissance de Dieu. Elle n’est comprise que de ceux qu’elle atteint dans leur conscience. Arrivé à ce point, l’apôtre s’écrie : «Où est le sage ? où est le scribe ? où est le disputeur de ce siècle ?» Dieu lui-même, en présentant la croix de Christ, n’a-t-il pas fait, de la sagesse du monde, une folie ? Ce passage est une allusion à Ésaie 33:17, 18. «Tes yeux verront le roi dans sa beauté ; ils contempleront le pays lointain. Ton coeur méditera la crainte : Où est l’enregistreur [scribe] ? où est le peseur ? où est celui qui compte les tours ?» Du moment, dit le prophète, que tu verras le roi dans sa beauté, tous les moyens que tu avais employés pour détourner l’ennemi de Jérusalem, n’auront plus aucune valeur pour toi. Le roi étant manifesté dans sa gloire, l’ennemi est vaincu, et tu n’as plus à chercher des armes pour lui résister. Ce passage qu’Ésaie applique dans son sens immédiat à Israël, Paul l’adresse à nous, chrétiens. Sans doute, ce passage d’Ésaïe nous parle de la gloire future du royaume. Israël la verra, quand le Seigneur de gloire sera manifesté ; nous aussi, car nous verrons sa face, et son nom sera sur nos fronts (Apoc. 22:4). Bien plus encore ; il est dit de nous, au chap. 2 de l’épître aux Hébreux, que nous voyons actuellement Jésus couronné de gloire et d’honneur, après la passion de sa mort (v. 9) ; mais notre passage suppose que déjà nous l’avons contemplé, «élevé de la terre», dans une place où il a enduré le mépris du monde, où ce dernier n’a vu en lui que la folie de Dieu et la faiblesse de Dieu, mais où nous avons vu sa sagesse et sa puissance. Oui, c’est sur la croix que le Fils de l’homme est glorifié, et que Dieu est glorifié en lui, comme le Seigneur le dit lui-même en Jean 13:31. C’est là, qu’avant le déploiement de sa gloire future, nous avons contemplé le roi dans sa beauté. Dans cet endroit même, la croix, j’ai connu la gloire de Christ, une puissance salutaire, victorieuse de Satan, du péché, de moi-même et du monde ; et, quand je l’ai contemplé là, je dis : Est-ce qu’un homme quelconque ose venir, devant la croix, faire montre de sa sagesse ou de sa connaissance ? La philosophie la plus sublime de l’homme, peut-elle, un seul instant, se faire valoir en présence de la beauté de la croix du Christ ? Toute cette sagesse a pour toujours disparu ; je ne la verrai plus, comme dit notre prophète (Ésaïe 33:19).

Retenons bien que l’apôtre nous présente ici particulièrement un côté de la croix, quoiqu’elle ait un premier côté qui, même dans ce passage, ne peut être séparé de l’autre. C’est ainsi qu’il est dit ici : «Il a plu à Dieu, par la folie de la prédication, de sauver ceux qui croient» (v. 21). Tout pécheur commence par trouver à la croix le fondement de son salut, le pardon de ses péchés, et le chap. 15:3, marque ce côté-là d’une manière très puissante : «Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures». Rom. 5:8 dit : «Lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous». Tite 2:14, dit encore : «Notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ... s’est donné lui-même pour nous, afin qu’il nous rachetât de toute iniquité». Sans le pardon de nos péchés, nous ne pouvons avoir part au salut, et nous ne devons pas oublier que, dans les épîtres comme dans les évangiles, cette simple vérité est toujours la première que la Parole nous présente comme fondement du christianisme. Citer les innombrables passages qui nous parlent de la rédemption, serait citer la Parole tout entière. Mais, comme nous l’avons dit et le trouvons ici, ce n’est pas le seul côté qui nous soit donné de la croix. Elle est la condamnation la plus absolue de l’homme, et je dirai : non pas de l’homme pécheur seulement, mais de l’homme naturel en général. Elle est le point final de son histoire, qu’il n’est pas possible de recommencer. La première partie de l’épître aux Romains traite du pardon des péchés, la seconde montre la condamnation du vieil homme. Christ a mis fin, dans la mort, à son histoire, et nous avons le droit de le tenir pour mort. L’épître aux Galates va, pour ainsi dire, plus loin. Elle condamne l’homme sans lui donner aucune place, aucun droit, aucune autorité quelconque. Elle dit : «Je suis crucifié avec Christ». Elle ajoute : «Le monde m’est crucifié, et moi au monde».

Cette vérité capitale, les Corinthiens ne l’avaient pas saisie. Ils étaient des chrétiens rachetés, sauvés, mais des chrétiens charnels. Ils n’avaient pas réalisé ce côté de la croix de Christ ; ils n’avaient pas compris que toute la sagesse du monde, tous les dons de l’homme naturel n’avaient aucune valeur quelconque dans les choses de Dieu. Celui qui a réalisé cela est affranchi, ne s’enfle pas, n’a plus confiance en lui-même. C’en est fait du moi ; on ne se fie plus à sa puissance et à son intelligence ; car la puissance du monde, la sagesse de l’homme, ne sont que faiblesse et folie. On a mis sa confiance dans la faiblesse et la folie de Dieu : là est la vraie puissance et la vraie sagesse. J’ai vu ces deux choses à la croix ; j’y ai appris que cette faiblesse de Dieu — Dieu lui-même, crucifié dans la personne d’un homme, Christ — était la puissance de Dieu pour le salut. C’est là que j’ai trouvé le début de mon existence devant Dieu, que j’ai appris à connaître les pensées de Dieu, qui ne sont que sagesse, justice, sainteté et rédemption en Christ — pour moi.

Remarquez ici trois sujets : L’apôtre a présenté en premier lieu la croix, la faiblesse et la folie de Dieu, qui se trouve être Sa sagesse et Sa puissance à salut.

Il présente, en second lieu, les objets que Dieu avait en vue dans cette oeuvre. A-t-il pris des sages, des intelligents, des nobles ? Ah, comme cela rabaissait les prétentions des Corinthiens ! Il dit : «Considérez votre appel, frères — qu’il n’y a pas beaucoup de sages selon la chair, pas beaucoup de puissants, pas beaucoup de nobles... Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour couvrir de honte les hommes sages ; et Dieu a choisi les choses faibles du monde pour couvrir de honte les choses fortes ; et Dieu a choisi les choses viles du monde, et celles qui sont méprisées, et celles qui ne sont pas, pour annuler celles qui sont ; en sorte que nulle chair ne se glorifie devant Dieu». Toutes les choses auxquelles prétendaient les Corinthiens n’avaient pas de valeur pour Dieu ; et ils n’auraient pas été ses enfants, s’ils avaient été à ses yeux ce qu’ils ambitionnaient d’être dans ce monde. Ils tendaient à occuper une place honorable parmi les intelligents de ce siècle, et ainsi à se glorifier d’eux-mêmes, tandis que, dans l’oeuvre accomplie pour eux, Dieu ne leur donnait aucun rôle et revendiquait toute la gloire pour «le Seigneur». De degré en degré, il les fait descendre, dans leur estime, jusqu’au rang des «choses qui ne sont pas» !

En troisième lieu (2:1-5), l’apôtre se donne lui-même à eux comme exemple. Il avait réalisé son propre néant dès le début de sa carrière, car il dit dans sa seconde épître aux Corinthiens : «C’est le Dieu qui a dit que du sein des ténèbres la lumière resplendît, qui a relui dans nos coeurs pour faire luire la connaissance de la gloire de Dieu dans la face de Christ» (2 Cor. 4:6). Son âme de Juif zélé, orthodoxe et intelligent, était plongée, comme le monde entier lors de la création, dans les ténèbres les plus complètes ; Dieu avait dit : Que la lumière soit — et la lumière fut ; en sorte que de choses qui ne sont pas, il avait fait des choses qui paraissent. J’appartenais, semble dire l’apôtre, aux choses qui n’étaient pas ; Dieu les a prises pour en faire sortir une création nouvelle. Et, dans notre passage, il ajoute : «Quand je suis allé auprès de vous... je ne suis pas allé avec excellence de parole ou de sagesse». Ces choses n’étaient pas en lui, quand il leur avait apporté l’Évangile, il n’avait pas jugé bon de savoir quoi que ce soit parmi eux, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié. La croix était avant tout le caractère du Christ qu’il prêchait, et ce caractère mettait fin à toutes leurs prétentions. Quand ils avaient porté les yeux sur l’apôtre, avaient-ils dit : Comme ce Paul est intelligent ? Parmi vous, j’étais «dans la faiblesse, et dans la crainte, et dans un grand tremblement». Vous n’avez certes rien trouvé dans ma personne, ni dans mes paroles, qui puisse vous faire penser que j’avais une confiance quelconque en la chair et dans la puissance de l’homme.

Après leur avoir présenté la croix, comme la condamnation de tout ce qui est dans l’homme, Paul leur montre (1:30, 31), qu’il y a pour le croyant une autre place que celle de l’homme naturel : Vous êtes de Dieu «dans le Christ Jésus». Quelle vérité !

Ces pauvres Corinthiens (et combien souvent nous aussi) mettaient plus d’importance à la glorification de l’homme, qu’au fait que nous sommes de Dieu, que notre origine, comme chrétiens, que notre naissance, sont de Dieu, et qu’en nous sauvant Dieu a pris des choses qui n’étaient pas, pour en faire des choses qui demeurent éternellement. Il n’y a donc plus, dans le plan du salut, une place quelconque pour l’homme. C’est ce qui faisait dire à l’apôtre : «Je connais un homme en Christ». Il n’y avait plus pour lui d’autre place que celle-là. Celui qui a compris sa position en Christ n’a plus aucun sujet de se glorifier, et Paul ne désirait pas autre chose que d’être trouvé en Lui (Phil. 3:9).

Vous rencontrerez, tout au long de cette épître, la condamnation de l’orgueil de la chair, qui a toujours une bonne opinion d’elle-même (3:21 ; 4:6, 7, 18 ; 5:2-6 ; 8:l, 2 ; 13:4). Au milieu de tant de traits qui caractérisaient chez les Corinthiens l’homme charnel, il y en avait un de spécial : la haute estime qu’ils avaient d’eux-mêmes et de leurs dons, parce qu’ils n’avaient pas réalisé que l’homme, comme tel, n’a aucune place devant Dieu.

 

*      *      *

 

2                    Chapitre 2:6-16

 

Nous arrivons ici à un troisième caractère du chrétien. Le premier était d’en avoir fini avec tout ce que l’homme le plus favorisé pouvait être dans la chair ; le second, d’avoir en Christ, de la part de Dieu, une vie, une nature nouvelle, avec toutes les perfections que cette nature implique. Le troisième est de posséder la puissance de cette vie, le Saint Esprit, qui peut sonder toutes choses, même les choses profondes de Dieu.

Mais avant de traiter ce sujet, l’apôtre mentionne une chose qu’il n’avait pas jugé utile d’annoncer aux Corinthiens quand il avait été parmi eux, car il n’avait désiré savoir alors que Christ, et encore Christ crucifié. En effet, il y a pour le chrétien autre chose que la croix de Christ : un secret, un mystère, caché dès les siècles en Dieu, une sagesse que seuls peuvent comprendre ceux qui en ont fini avec leur ancien état, et qu’il appelle des «parfaits», ou des hommes faits. Et cette sagesse, il aimait à en parler à ceux qui étaient arrivés, par le jugement d’eux-mêmes, à un état spirituel capable de la comprendre. Ce secret avait été de tout temps caché en Dieu ; car, chose merveilleuse, depuis l’éternité, Dieu avait décrété d’introduire l’homme dans la gloire. Comment a-t-il réalisé cette pensée, préordonnée dans son coeur ? L’apôtre n’avait pas voulu en parler aux Corinthiens, parce que, comme nous l’avons vu, ils étaient enflés d’orgueil, et si Paul leur avait dit qu’ils étaient destinés à la gloire éternelle, ils auraient eu une opinion d’autant plus excellente d’eux-mêmes ; mais il y avait des hommes faits, auxquels il pouvait en parler, des hommes qui, en ayant fini avec eux-mêmes, avaient trouvé toute leur perfection en Christ seul.

Pour arriver à accomplir ses desseins quant à l’homme, pour pouvoir l’introduire dans la gloire, qu’est-ce que Dieu a fait ? L’homme tombé était entièrement séparé, par le péché, de la gloire de Dieu. Il fallait donc qu’il soit délivré du joug du péché ; non seulement de ses péchés, mais de sa nature pécheresse. La sagesse de Dieu avait trouvé le moyen de réaliser ses pensées secrètes, d’en finir d’un côté avec le vieil homme, avec sa vieille nature et, de l’autre, d’introduire devant Lui un homme nouveau, ayant Sa propre nature et capable de le comprendre. Pour en finir avec le vieil homme, il fallait que Jésus meure. C’est là que s’est montrée la première partie de la sagesse de Dieu. Maintenant que la chose est accomplie, nous comprenons pourquoi il a fallu que Dieu sacrifie son propre Fils. Mais nous avons trouvé, à la fin du premier chapitre, cette deuxième partie de la sagesse : Dieu nous a donné une nature nouvelle, sa propre nature. S’il nous a délivrés en Christ de notre ancien état, il nous a communiqué, en Lui, une nature qu’il peut reconnaître comme répondant parfaitement à ses pensées, car nous avons été élus en Christ pour être «saints et irréprochables» devant Dieu, en amour. Son amour repose sur nous, dans la même mesure illimitée qu’il repose sur Christ. Il y a, certes, de quoi nous prosterner devant Lui, quand nous pensons qu’il nous aime, sans aucune différence, du même amour dont il aime son propre Fils ! Une telle perfection nous donne droit à la gloire de Dieu ! Telle était la sagesse que l’apôtre annonçait.

Remarquez que ce mot «parfait» est souvent fort mal interprété. Beaucoup d’âmes pensent qu’un homme parfait est un homme si affranchi du péché, qu’il ne pèche plus ici-bas ; mais jamais Dieu ne nous dit cela. Selon lui, un homme parfait est un «homme fait», qui a compris davantage que le pardon de ses péchés, vérité saisie par tout petit enfant dans la foi, et que les Corinthiens avaient reçue dès leur conversion. L’homme fait sait que Dieu, après avoir exécuté sur lui, pécheur, un jugement définitif à la croix, l’a introduit en Sa présence comme un nouvel homme en Christ, uni avec Christ, de manière à ne plus être vu qu’en Lui. Ce n’est pas que, moi, je ne doive pas voir ce qu’il y a dans mon coeur : je dois, au contraire, être profondément humilié en pensant à la manière dont je réalise ici-bas ma position céleste ; mais il s’agit ici de ce que Dieu voit, et la pensée, qu’en vertu de la mort et de la résurrection de Christ, il ne voit en moi que des perfections absolues, me prosterne devant Lui. Or c’est dans cette connaissance que je trouve le motif pour marcher ici-bas saintement et d’une manière digne de Dieu.

Si les chefs de ce siècle avaient su que le but de Dieu, en donnant son Fils, était d’acquérir à l’homme cette place glorieuse, ils n’auraient certes pas crucifié le Seigneur de gloire, mais ils étaient absolument ignorants de ce que nous connaissons maintenant comme chrétiens. Ces choses, entièrement nouvelles, n’étaient pas même révélées dans l’Ancien Testament ; car ce dernier nous fait connaître des gloires concernant la terre, et ne nous dévoile rien des conseils de Dieu quant au ciel. Ces derniers sont la sagesse de Dieu en mystère. Il est très intéressant de comparer le passage du prophète Ésaïe avec la citation qui en est faite ici. Ésaie dit : «Jamais on n’a entendu, jamais on n’a ouï de l’oreille, jamais l’oeil n’a vu, hors toi, ô Dieu, ce que Dieu a préparé pour celui qui s’attend à lui» (És. 64:4) ; l’apôtre ajoute à ce passage : «Mais Dieu nous l’a révélé par son Esprit ; car l’Esprit sonde toutes choses, même les choses profondes de Dieu». Ainsi personne n’avait vu, dans l’Ancien Testament, les choses que Dieu avait préparées pour les siens ; Dieu seul les connaissait ; mais il lui a plu, dans le temps actuel, de nous faire connaître, entendre, voir et sonder par son Esprit les desseins secrets de son coeur.

Cela nous ramène au troisième des caractères du chrétien, contenus dans cette introduction de l’épître aux Corinthiens. Si Dieu nous a communiqué sa nature et la vie de Christ, il nous a communiqué en même temps la puissance de cette vie, le Saint Esprit, par lequel nous connaissons maintenant les desseins cachés, les mystères profonds de Dieu.

Si vous éprouvez le besoin de répondre à ceux qui attaquent la parole de Dieu, et cherchent à la rabaisser au niveau d’une oeuvre entachée de faiblesse humaine, il vous suffira de prendre ce passage pour les confondre ; car il répond victorieusement à toutes les objections des hommes, inspirées par Satan, contre la parole de Dieu. Vous trouvez ici que l’Esprit de Dieu révélait ces choses, et les faisait connaître au coeur et à l’intelligence de l’apôtre, et que les paroles exprimées ou écrites par lui, étaient elles-mêmes enseignées par l’Esprit. Elles ne contenaient rien qui procédât de l’enseignement humain ou de la sagesse humaine. Il y avait une différence considérable entre l’apôtre inspiré et les prophètes de l’Ancien Testament. Ces derniers pouvaient parler par l’Esprit sans connaître la valeur de ce qu’ils annonçaient, mais les choses que disaient les hommes inspirés du Nouveau Testament, faisaient partie, par l’Esprit, de leur propre intelligence spirituelle. L’apôtre connaissait ces choses ; l’Esprit seul pouvait les révéler, les faire connaître, les enseigner, et enfin les faire recevoir. Telle est aujourd’hui notre part, bien-aimés. Quelle position que la nôtre ! Quelles bénédictions nous possédons ! Elles n’ont pas de limite ; elles sont éternelles ! Quand nous serons dans la gloire, nous en sonderons toute l’étendue, tandis que, comme êtres finis, nous ne les connaissons ici-bas qu’en partie ; mais Dieu ne nous en a rien caché. Il nous invite à prendre la mesure de son amour, la mesure de Christ, à sonder les profondeurs de ce qu’il y a dans son coeur. Ce coeur tout entier nous est ouvert, mais, pour pouvoir en jouir librement, il faut que notre marche n’y mette pas obstacle, et qu’elle glorifie Celui qui nous a appelés à son propre royaume et à sa propre gloire.

En rapport avec le fait que nous avons reçu le Saint Esprit, nous trouvons encore ici un quatrième caractère du chrétien : «Mais nous, nous avons la pensée de Christ», c’est-à-dire, comme vous le trouverez en note, «la faculté intelligente de Christ, avec ses pensées». Possédant sa vie et son Esprit, nous pouvons comprendre comme lui, penser comme lui, jouir comme lui, et nous sommes rendus capables d’avoir les mêmes affections, les mêmes désirs, la même joie que Lui ! Ah ! de telles bénédictions me font dire : Peut-il y avoir dans ce monde un caractère plus élevé que celui d’un chrétien ? J’entendais un jour chanter un cantique allemand, dont chaque verset se terminait par ce refrain : «Oh ! quel bonheur d’être un homme !» C’était une pensée pieuse : «Quel bonheur d’être un homme, afin de pouvoir être sauvé !» Mais combien cela est infiniment au-dessous de ce que nous possédons ! Disons plutôt : «Quel bonheur d’être un chrétien !», de posséder une nature capable d’aimer ce que Dieu aime, une vie qui puisse participer à toutes les perfections de Christ, une puissance capable d’entrer dans la jouissance de toutes les pensées de Dieu ! Qu’il nous soit donné de goûter, non par l’intelligence, mais par le coeur, ces choses profondes de Dieu qui appartiennent à ceux qu’il a amenés à Lui par l’oeuvre adorable de son Fils !

 

*      *      *

 

3                    Chapitre 3

 

En contraste avec la description merveilleuse qu’il a faite d’un chrétien, l’apôtre apprécie maintenant en détail l’état de ceux auxquels il écrit. Deux choses caractérisaient les Corinthiens : Premièrement, ils étaient charnels. Cela ne veut pas dire qu’ils ne fussent pas des enfants de Dieu. L’homme étranger aux pensées de Dieu n’est pas appelé un homme charnel, mais un homme animal (2:14), un homme actionné seulement par son âme créée et dirigé par sa volonté naturelle, mais auquel manque la vie divine et l’Esprit de Dieu. Un homme charnel peut être un croyant, mais avec les traits de la chair (Rom. 7:14) qui caractérise le vieil homme. On ne pourrait pas dire d’un enfant de Dieu qu’il est un homme dans la chair ; mais, quoique né de nouveau, il peut porter les caractères du vieil homme, au lieu d’être un homme spirituel. Ses pensées sont aux choses de la terre ; il juge, estime, comprend, pratique les choses, comme le font les hommes. C’est pour cela que Paul dit : «Ne marchez-vous pas à la manière des hommes ?» Et encore : «N’êtes-vous pas des hommes N’avez-vous pas les mêmes principes que les hommes ? Jamais les chrétiens, sinon comme blâme, ne sont appelés de ce nom, tandis qu’il caractérise le monde : Ce qui est réservé aux hommes, c’est de mourir une fois (Héb. 9:27). Ce monde est composé de deux familles : la famille du diable, les hommes ; et la famille de Dieu, les saints. Un saint a été séparé, par la grâce, du milieu des hommes pour appartenir à Dieu, et ainsi toute la famille de Dieu est composée de saints. C’est le nom dont les croyants sont constamment appelés dans le Nouveau Testament. Mais ces saints peuvent marcher d’une manière charnelle, et les Corinthiens auraient dû être profondément humiliés, en pensant que, comme rachetés, ils avaient reçu toutes les bénédictions spirituelles sans réserve, et qu’ils se conduisaient, non pas comme des saints, mais comme des hommes. Dans leur marche, ils étaient «de petits enfants en Christ».

Un pécheur, au moment où il arrive à la connaissance de Dieu le Père, par la conversion, est un petit enfant : c’est son état normal. Il connaît le Père, il est désormais en rapport avec Lui ; mais ce petit enfant est appelé à grandir et à se développer ; les Corinthiens, par contre, étaient restés à une connaissance élémentaire de Christ. Ils pensaient, agissaient, parlaient comme des enfants. Était-ce un état désirable ? Nous pouvons apprécier cela dans l’ordre de la nature. Une personne, arrivée à un âge respectable, dont les goûts, les occupations, le langage et la manière d’agir, seraient ceux d’un petit enfant, et qui ferait à cinquante ans ce qu’elle faisait à trois ans, serait justement considérée comme atteinte d’idiotie. Il en est de même pour les enfants de Dieu qui ne font pas de progrès spirituels et se contentent toute leur vie d’un christianisme élémentaire, caractérisé par le pardon de leurs péchés.

Vous trouvez un état différent dans l’épître aux Hébreux. Ceux-ci, après avoir progressé dans la connaissance de Christ, étaient revenus en arrière à l’état de petits enfants, et avaient ainsi perdu la faculté d’entrer dans des vérités plus hautes (Héb. 5:12), semblables à des vieillards, arrivés jadis au plein épanouissement de leur intelligence et qui tomberaient dans l’enfance. Lequel de ces deux écueils est plus grave que l’autre ? Je les crois, pour ma part, également blâmables.

Il avait donc fallu que l’apôtre donnât une nourriture très simple à ces Corinthiens, qu’il ne leur parlât que de Jésus Christ crucifié. Il ne pouvait leur parler de tout ce qui a suivi la croix, de la gloire céleste dans laquelle le Seigneur se trouvait, et eux en Lui. Il était obligé de leur présenter des notions élémentaires, sans lesquelles leur condition enfantine ne pouvait prendre fin.

Leur état charnel se montrait dans leurs divisions, leurs sectes, leurs partis et leurs querelles. L’un disait : Moi, je suis de Paul ; l’autre, d’Apollos, choses qui se rencontrent bien plus souvent encore parmi nous, chrétiens d’aujourd’hui. Que signifient les préférences pour tel prédicateur plus instruit, plus éloquent, plus littéraire, si ce n’est qu’on est «des hommes» ? On juge dans ces matières comme les hommes, comme le monde étranger à l’Esprit de Dieu. On oublie que Dieu choisit ses instruments, et que nous avons à les recevoir comme venant de Lui. L’apôtre cite comme exemple le caractère qu’Apollos et lui avaient au milieu des Corinthiens (v. 5-8). Ils étaient des serviteurs. Dans son champ, Dieu avait confié à l’un le travail de planter, à l’autre celui d’arroser ; la fonction de tous deux concourait au même but. Un seul pouvait faire prospérer leur travail ; ni Apollos, ni Paul, n’étaient rien ; c’était Dieu qui donnait l’accroissement. Si les serviteurs du Seigneur pensent être quelque chose, ils perdent toute la valeur de ce que Dieu leur a donné à accomplir. L’apôtre montre ensuite que chacun recevra sa récompense selon son propre travail. Tel chrétien peut avoir reçu un don éminent ; il est récompensé, non pas pour ce don, mais pour la manière dont il s’est acquitté de sa tâche ; non pour ses qualités, mais pour son propre travail. Dieu seul en juge et personne n’en peut juger.

Après avoir présenté les caractères des serviteurs de Dieu, Paul dit : «Car nous sommes collaborateurs de Dieu ; vous êtes le labourage de Dieu, l’édifice de Dieu» (v. 9). Il met l’accent sur le mot Dieu, car tout dépend de Lui. L’apôtre passe immédiatement de l’image d’un champ à celle d’un édifice, à la maison de Dieu. Ici, nous entrons dans ce qui fait le grand sujet de ces chapitres : l’ordre et l’organisation de la maison de Dieu. Elle ne nous est pas présentée ici comme un édifice qui s’accroît jusqu’à ce que la dernière pierre y soit ajoutée et qu’il soit achevé dans la gloire — mais comme la maison de Dieu, dont la construction a été confiée à notre responsabilité. En effet, nous avons une responsabilité quant à la manière dont nous travaillons à cet édifice, et en particulier ceux auxquels Dieu a confié une fonction spéciale dans ce travail. Il n’y a qu’un fondement ; c’est Christ. Paul l’avait posé comme un sage architecte ; mais ensuite, Dieu appelle ses ouvriers à continuer sur ce fondement l’édification de sa maison. Vous trouvez ici deux classes d’ouvriers. La première édifie sur le fondement de l’or, de l’argent, des pierres précieuses. Ce sont autant de doctrines apportées à l’édification de la maison de Dieu, mais, en même temps, autant de personnes formées par ces doctrines et ajoutées par le ministère des ouvriers du Seigneur.

Les uns apportent de l’or. Dans la Parole, l’or est toujours l’emblème de la justice divine. C’est un sujet d’une immense importance à présenter aux âmes, qu’il n’y a point de justice dans l’homme pécheur, et que Dieu seul justifie de sa propre justice. — D’autres apportent de l’argent. L’argent représente toujours, d’une part la Parole, de l’autre la sagesse de Dieu, deux choses inséparables. Si vous édifiez les hommes sur la parole de Dieu, quel bon ouvrage vous accomplirez ! N’ayant plus la pensée de s’appuyer sur la sagesse humaine, ils s’adresseront à la Parole, et recevront d’elle seule les vérités dont ils ont besoin. — Les pierres précieuses sont l’image des gloires à venir. Occupées des gloires qui leur sont réservées, sorties de la poussière terrestre pour penser aux choses d’en haut, où Christ est assis à la droite de Dieu, les âmes seront fondées par les ouvriers du Seigneur, de manière à être placées hors de l’atteinte du mal.

Hélas ! il y a d’autres matériaux, du bois, du foin, du chaume. Tous peuvent être détruits par le feu, les uns un peu plus, les autres un peu moins rapidement, mais, en fin de compte, tout devient la proie de l’incendie. Quand un serviteur de Dieu, au lieu de mettre les âmes en rapport avec Dieu, les asservit à son autorité, ou les place sous le joug de la loi, comme moyen de se concilier la faveur divine ; quand il leur promet la perfection dans la chair, ou fait appel à leur volonté pour acquérir le salut et la sainteté — doctrines largement répandues aujourd’hui — c’est autant de bois, de foin, de chaume, qu’il ajoute à l’édifice. Combien d’âmes introduites par ces doctrines dans la maison de Dieu, n’ont pas même une étincelle de vie divine ! Au jour où le jugement tombera sur cette maison, tout ce qui est précieux résistera au feu, et toute autre chose sera consumée sans qu’il en reste rien.

On trouve ici de bons ouvriers qui font du bon ouvrage ; de vrais ouvriers — et l’on en rencontre partout un grand nombre — qui font du mauvais ouvrage, pensant obtenir de bons résultats avec de mauvais matériaux. Ils ne seront pas perdus, pour ce travail-là ; mais du moment que leur maison brûlera, il ne leur restera d’autre alternative que la fuite. Semblables au juste Lot, ils seront sauvés comme à travers le feu.

Chers amis, nous tous qui sommes appelés à travailler pour le Seigneur, gardons-nous d’introduire dans la maison de Dieu autre chose que des âmes, établies sur des principes divins, non sur les principes des hommes. Imitons les chefs des tribus d’Israël qui, pour bâtir le temple, offrirent volontairement cinq mille talents d’or, dix mille talents d’argent, et autant de pierres précieuses qu’ils en purent rassembler (1 Chron. 29:6-9).

À la fin de ce passage, nous trouvons une troisième catégorie d’ouvriers qui courent au-devant d’un sort terrible. Il y a dans l’édifice, devenu la chrétienté, des hommes qui introduisent des doctrines délétères, attaquent l’inspiration des Saintes Écritures, la sainteté et la divinité de la personne de Christ, nient l’existence de Satan, prêchent l’universalisme qui renverse la croix du Sauveur. Je ne chercherai pas à dresser le catalogue de ces abominables erreurs, mais je demande quel sera le sort des hommes qui les propagent dans l’Église. «Ne savez-vous pas, dit l’apôtre, que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu’un corrompt le temple de Dieu, Dieu le détruira, car le temple de Dieu est saint, et tels vous êtes». Ces doctrines, largement répandues de nos jours, sont des signes de la fin, la preuve que nous avançons rapidement vers l’apostasie finale. Quand le jour du jugement se lèvera, il détruira tout ce mal et, du même coup, ceux qui ont travaillé, par leur enseignement, à corrompre le temple de Dieu.

L’apôtre revient ensuite (v. 18-22) au danger que couraient les Corinthiens d’estimer la sagesse des hommes. Il cite Job 5:13, pour montrer que toute cette sagesse ne peut arriver à un résultat. Dieu «prend les sages dans leurs ruses». Leur sagesse est un piège dans lequel ils se prennent et où Dieu les confond. Ils ont la prétention d’avoir la lumière, et cette lumière n’est que ténèbres ; d’êtres sages, et leur sagesse n’est que folie, tandis que les pauvres, les chétifs, les humbles sont sauvés, élevés et assis à toujours (Job 36:7). L’apôtre cite encore le Ps. 94:11, pour montrer que Dieu «connaît les raisonnements des sages, qu’ils sont vains». Contredirons-nous ce que Dieu sait et nous déclare ? Plaçons-nous donc du côté de Dieu et ne nous glorifions pas dans les hommes, pas même en un Paul, ou un Apollos, ou un Céphas. Dieu nous les a donnés pour maintenir conjointement la sagesse et la vérité de Dieu. Ils ne sont qu’un moyen de nous faire dépendre de Christ seul, et Christ nous conduit à Dieu. Toute autre chose, monde, vie, mort, choses présentes, ou choses à venir, nous appartient, parce que nous sommes à Christ, auquel toutes choses sont assujetties.

 

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4                    Chapitre 4

 

Comme nous l’avons vu, l’apôtre vient de décrire l’assemblée de Dieu sous l’aspect d’une bâtisse confiée à la responsabilité de l’homme. Or c’est de cet aspect de la maison de Dieu qu’il est spécialement question dans la première épître aux Corinthiens. Celle aux Éphésiens nous présente la construction de la maison de Dieu comme confiée à Christ, tandis qu’ici, elle s’édifie par le travail de l’homme. Au chap. 3, l’apôtre avait établi une sorte de contraste entre lui et les autres ouvriers ; il était ouvrier aussi, mais avec une vocation spéciale, celle d’architecte. Lui avait posé le fondement, Christ, sur lequel d’autres après lui étaient appelés à élever leur oeuvre. Plusieurs y apportaient des matériaux excellents, d’autres de mauvais matériaux. À la suite de cela, le quatrième chapitre nous entretient des ministères ; car, dans la maison de Dieu, certains services sont confiés à certaines personnes. Ici, nous trouvons, non plus la différence, mais la similitude entre le ministère des apôtres et celui de leurs vrais compagnons. À Corinthe, lieu de tant de troubles, on trouvait certains personnages assumant le titre de docteurs et cherchant à supplanter l’apôtre, pleins de prétentions, voulant gagner des sectateurs et se faire écouter. Il est remarquable de voir avec quelle délicatesse l’apôtre, qui ne doit pas les épargner, s’occupe d’eux sans les nommer. Il aurait pu signaler nominalement ceux qui venaient troubler l’assemblée et qui avaient fait de la maison de Dieu leur monde, où ils tenaient à être des hommes importants, à occuper la première place, et se servaient de l’état charnel des Corinthiens pour les entraîner à leur suite. On voit dans tout ce chapitre que c’était le grand danger auquel les Corinthiens étaient exposés. L’apôtre leur dit au v. 6 : «Or, frères, j’ai tourné ceci sur moi et sur Apollos, à cause de vous». Cela signifie que, sans nommer qui que ce fût, il avait pris, pour se faire comprendre, l’exemple de lui, Paul, et celui d’Apollos. Vous trouverez dans votre Nouveau Testament annoté, que ce mot tourner signifie qu’en présence de ceux qui venaient au milieu des Corinthiens avec de grandes prétentions, Paul transportait tout sur lui et sur Apollos, afin d’établir le principe d’une manière universelle sans nommer ces personnes. Sommes-nous, dit-il, venus fonder des écoles de doctrines et faire des sectes et des divisions parmi vous ? Avons-nous une haute opinion de nous-mêmes ? Faisons-nous valoir notre autorité ? Il s’associe Apollos, le déclare un serviteur, établi comme lui, l’apôtre Paul, l’avait été ; un serviteur auquel, bien qu’il ne fût pas apôtre, une fonction officielle avait été confiée par le Seigneur, tout aussi bien qu’à Paul. Il leur demande : Voyez-vous chez nous la même chose que chez ceux qui vous incitent à vous enfler pour l’un contre un autre ? Et que faisaient ces gens-là ? Une oeuvre d’édification, ou une oeuvre de destruction ?

Nous voyons ainsi, tout au long de ce chapitre, la similitude entre les apôtres, malgré leur position privilégiée, et d’autres vrais serviteurs, leurs compagnons d’oeuvre, ainsi que le contraste entre eux et ceux qui cherchaient à occuper dans l’assemblée une place que Dieu ne leur avait pas confiée. Ces choses se sont vues de tous temps, et bien plus encore de nos jours, où l’église professante offre si souvent ce spectacle. Des hommes, n’ayant reçu aucun don du Seigneur, s’en arrogent indûment ; d’autres, en ayant reçu, s’en servent pour se faire valoir au détriment d’ouvriers humbles et fidèles, ou cherchent à imposer aux autres la haute opinion qu’ils ont d’eux-mêmes. On ne trouvait rien de semblable, ni chez l’apôtre, ni chez le fidèle Apollos : «Ici, au reste, ce qui est requis dans des administrateurs, c’est qu’un homme soit trouvé fidèle» (v. 2), et non qu’il acquière de la réputation. À la fin du chap. 3, Paul leur avait donné la preuve de l’oubli d’eux-mêmes qui caractérise les vrais serviteurs : «Toutes choses sont à vous, soit Paul, soit Apollos...». Lui, un apôtre, abandonnait toute idée d’avoir une prérogative, quoiqu’il en ait le droit : Vous ne m’appartenez pas, leur dit-il ; c’est moi qui vous appartiens. Il leur donne l’exemple de l’humilité la plus complète, mais aussi de la fidélité dans le service : «Que tout homme pense ainsi à notre égard — qu’il nous tienne pour des serviteurs de Christ et pour des administrateurs des mystères de Dieu» (v. 1). C’était, en effet, par son ministère que les mystères de Dieu étaient révélés aux croyants. Avait-il été un administrateur fidèle ?

En lisant le Nouveau Testament, vous verrez combien de mystères il contient. Vous y trouverez le mystère du corps de Christ (Éph. 3:4 ; Col. 4:3) ; le mystère de Dieu (son conseil pour la gloire de Christ) (Col. 2:2) ; le mystère de Sa volonté (Éph. 1:9) ; le mystère de l’Épouse (Éph. 5:32) ; le mystère de la venue du Seigneur (1 Cor. 15:51) ; le mystère de l’Évangile (Éph. 6:19) le mystère de Christ parmi les gentils (Col. 1:27) le mystère de la foi, celui de la piété (1 Tim. 3:9, 16) ; le mystère d’iniquité (2 Thess. 2:7). Je n’entre pas dans le détail de ces divers sujets. Ces mystères, c’est-à-dire ces secrets de Dieu, n’étaient pas connus dans l’Ancien Testament, car il est dit dans le Deutéronome : «Les choses cachées» sont pour Dieu ; mais dans le Nouveau Testament, les choses cachées sont pour nous. Dieu ne garde pas pour lui un seul de ses secrets éternels ; il nous les a tous révélés ; il fait pour nous bien plus que pour Abraham, quand il disait : «Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire ?» (Gen. 18:17), car il dit maintenant : Cacherai-je à mes enfants ce que j’ai de plus secret dans mon coeur ? Un mystère est toujours un secret révélé, et Dieu a employé l’apôtre Paul pour nous les faire connaître tous, comme administrateur de ces merveilles. Pouvait-on dire que Paul n’avait pas été fidèle dans cette administration ? Ceux qui lui faisaient opposition parmi les Corinthiens essayaient d’asseoir leur autorité aux dépens de la sienne. Il dit : «Il m’importe fort peu, à moi, que je sois jugé par vous, ou de jugement d’homme» (v. 3). Ce mot ne signifie pas proprement «prononcer un jugement», mais «faire subir un interrogatoire à un accusé pour qu’il rende compte de lui-même ou de ses actes (*)», afin de décider si son ministère était acceptable ou non. Cela importait fort peu à Paul. Personne, dit-il, n’a le droit de me dire : «Nous allons te faire passer devant notre tribunal». Ce n’était pas aux Corinthiens, mais au Seigneur, qu’il était responsable de son service. Non pas que l’enseignement d’un serviteur de Dieu ne puisse pas être contrôlé par l’Assemblée, au moyen de la Parole — c’est ce que firent les gens de Bérée à l’égard de Paul lui-même — ou que, si ce serviteur fait du mauvais ouvrage, l’Assemblée n’ait le devoir de le reprendre — mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit ici. Paul avait reçu un ministère de la part de Dieu : Il arrivera un moment, dit-il, où j’aurai à répondre de la manière dont je m’en suis acquitté ; «Celui qui me juge, c’est le Seigneur» (vers. 4, 5).

(*) voyez le Nouveau Testament annoté (Éd. 1872).

Cette vérité est d’une grande importance pour nous, si nous désirons être utiles dans la maison de Dieu. Nous devons comprendre, même sans qu’il s’agisse proprement du ministère de la Parole, que Dieu a confié un service à chacun d’entre nous, et nous avons à nous en acquitter, non pas en vue de ce qu’on en pourra dire ou penser, mais en vue du Seigneur, Lui remettant le soin de l’apprécier. Combien cela nous donne de force et de zèle, quand nous regardons au Seigneur et non pas aux hommes. Si Lui est en vue, le jugement des hommes nous importe fort peu, car c’est pour Lui que nous agissons. Un moment arrivera, où chacun aura sa louange de la part de Dieu, où les récompenses seront distribuées selon la fidélité du service. Alors les choses cachées des ténèbres seront mises en lumière et les conseils des coeurs seront manifestés ; alors chacun recevra sa louange de la part de Dieu.

Ensuite, l’apôtre engage les Corinthiens à ne pas élever leurs «pensées au-dessus de ce qui est écrit» (v. 6). «Ce qui est écrit», est ce qu’ils avaient sous les yeux dans cet écrit inspiré de l’apôtre Paul, où ils apprenaient que la sagesse de l’homme, ce qui l’exalte et l’enorgueillit, sa force, son influence, son énergie, ne sont bons qu’à être cloués à la croix, afin que Dieu seul demeure. Une seule chose reste pour nous, c’est d’estimer les serviteurs d’un tel Dieu. Et s’il y avait des différences parmi ces serviteurs, c’était Dieu lui-même qui les avait établies. Si Saul de Tarse avait été choisi comme apôtre plutôt qu’un autre, pouvait-il s’en glorifier ? Non, car c’était une chose reçue (v. 7). Déjà, c’est-à-dire avant le temps où ils seraient appelés à régner avec Christ, les Corinthiens régnaient dans ce monde. Toute l’activité de ceux qui cherchaient à s’emparer d’eux pour les assujettir, les amenait à se glorifier et à exalter la chair.

 

Le moment n’était pas venu pour eux d’obtenir une place privilégiée que le monde reconnût et dont il pût dire : Voyez comme ces chrétiens sont sages, instruits, intelligents ! L’apôtre n’avait jamais reçu ces louanges de la part du monde ou des assemblées. «Car je pense, dit-il, que Dieu nous a produits les derniers sur la scène... comme des gens voués à la mort». Je pense que ce mot «les derniers», signifie que Dieu avait envoyé d’abord les prophètes sur la scène, ensuite le Seigneur, et enfin, ses apôtres. Ils étaient les derniers, et ont été voués à l’opprobre et à la mort, comme pas un ne le sera après eux. Quel reproche pour les Corinthiens et les hommes qui se donnaient de l’importance parmi eux ! Ceux que le Seigneur employait étaient la folie, les balayures du monde et le rebut de tous ; ils étaient considérés comme des ordures. L’apôtre ajoute : «Je vous supplie... d’être mes imitateurs» (v. 16), et au chap. 11 : «Soyez mes imitateurs, comme moi... je le suis de Christ». Le Christ avait-il trouvé dans ce monde autre chose que l’opprobre et le mépris ? Et il conclut en disant : «Je vous avertis comme mes enfants bien-aimés». Parole touchante ! Il aurait pu, comme il le dit à la fin de ce chapitre, prendre la verge ; mais non, il les reprend avec une tendresse paternelle. «Quand vous auriez, dit-il, dix mille maîtres (ou plutôt pédagogues) dans le Christ, vous n’avez cependant pas beaucoup de pères» (v. 15). Ceux qui agissaient au milieu d’eux assumaient des fonctions et une autorité de pédagogues, mais une telle chose ne venait pas à la pensée de l’apôtre. Il était leur père, qui les avait enfantés en Christ. Il les supplie, comme ses enfants bien-aimés, de suivre le même chemin que lui, car c’est celui de Christ : chemin d’humiliation et de mépris, de petitesse et de labeurs, mais où Christ est glorifié par ceux qui suivent ses traces.

Ce qui sépare du monde l’enfant de Dieu qui a compris sa vocation, c’est qu’il ne vient pas s’y faire une place, qu’il ne recherche ni son honneur, ni son approbation en quoi que ce soit. Il a devant lui la personne du Seigneur Jésus, et ne désire pas autre chose que de marcher dans le chemin où Jésus a marché pour plaire à Dieu, chemin sur lequel les yeux de Dieu reposent et qui nous conduit à la gloire.

L’apôtre dit en terminant : «J’irai bientôt vers vous, si le Seigneur le veut, et je connaîtrai, non la parole de ceux qui se sont enflés, mais la puissance. Car le royaume de Dieu n’est pas en parole, mais en puissance» (v. 19, 20). On peut prononcer de belles paroles, faire de beaux discours ; la question du ministère chrétien n’est pas là du tout ; il faut qu’il soit accompagné de puissance. Le royaume de Dieu est un royaume spirituel, dans lequel nous sommes introduits maintenant ; là les paroles ne signifient rien. L’apôtre n’était pas un homme éloquent selon le monde, mais la puissance de Dieu agissait par le moyen de ce fidèle serviteur, et quand il était en danger de s’élever à cause de l’extraordinaire des révélations, il était souffleté par un ange de Satan. La seule chose sur laquelle il pouvait compter était la grâce qui lui suffisait, et l’Esprit de Dieu qui était la source de sa puissance. Tous ceux qui agissaient dans un autre esprit, pouvaient avoir des paroles séduisantes (surtout en Grèce, où l’on tenait beaucoup à l’élégance du langage), mais la puissance n’était pas avec eux. Elle appartenait à ceux qui étaient le rebut du monde, mais qui avaient, au milieu de toute leur faiblesse extérieure, l’approbation de Dieu et les secours de son Esprit pour édifier les âmes.

 

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5                    Chapitre 5

 

Je rappelle que cette épître nous parle dans ces premiers chapitres de l’Église ou de l’Assemblée, comme maison de Dieu, non pas des églises, comme les hommes les ont faites, dans leur désobéissance à la parole de Dieu. Or quoique, dans cette maison, confiée à la responsabilité de l’homme, toute sorte de mauvais éléments aient été introduits, nous avons cependant à nous conduire dans cette Église responsable, dont nous faisons partie, d’une manière qui soit à l’honneur de Christ et du Dieu dont elle est la maison. Il y a là un certain ordre à observer. C’est pourquoi, nous trouvons ces mots dans la première épître à Timothée, où la maison responsable est encore en bon état : «Afin que tu saches comment il faut se conduire dans la maison de Dieu, qui est l’assemblée du Dieu vivant, la colonne et le soutien de la vérité» (3:15). Beaucoup de désordre s’était, par contre, glissé, comme nous l’avons vu, au milieu des Corinthiens. Au lieu de considérer les dons divers comme étant au service de la maison de Dieu, ils en usaient pour se glorifier eux-mêmes : s’enflant «pour l’un contre un autre», exaltant l’homme, formant des sectes. C’est qu’ils étaient charnels et qu’au lieu de se bien conduire, ils ne rendaient témoignage qu’au désordre. Mais Dieu s’est servi de ce désordre même, pour nous enseigner tous quant à l’ordre qui convient à sa maison.

Notre chapitre signale un scandale supporté par l’assemblée de Corinthe, un cas de fornication tel qu’il n’en existait pas de semblable parmi les nations. L’apôtre n’en dit que deux mots, tellement il lui répugne d’entrer dans les détails. Les Corinthiens, tout en sachant beaucoup de choses — car si vous parcourez les chap. 5 et 6, vous trouverez continuellement ces mots : «Ne savez-vous pas ?» qui indiquent toujours la certitude chrétienne — en ignoraient d’autres, et avaient à apprendre la manière de se conduire à leur égard. Il en était ainsi pour le cas scandaleux qui s’était passé parmi eux. Si vous ouvrez l’Ancien Testament aux chap. 17 à 21 du Deutéronome, vous y trouvez une parole, répétée continuellement : «Otez le mal du milieu de vous» ; mais pour ôter le mal, il fallait que l’assemblée d’Israël lapide de telles gens ; elle devait donc les retrancher par la mort corporelle. S’il s’agissait de l’assemblée chrétienne, les Corinthiens savaient bien qu’ils ne pouvaient le faire ; mais quoi donc ? — Une chose, avant tout, qu’ils savaient et ne faisaient pas, parce qu’ils étaient remplis d’orgueil : Ils préféraient passer le mal sous silence, plutôt que de s’humilier ; aussi l’apôtre leur dit : «Vous êtes enflés d’orgueil, et vous n’avez pas plutôt mené deuil, afin que celui qui a commis cette action fût ôté du milieu de vous» (v. 2). Ce qu’ils avaient à faire, c’était de se diriger, non d’après une connaissance qu’ils n’avaient pas encore, mais d’après celle qu’ils avaient. Ils ne savaient pas encore comment ôter le méchant, mais ils devaient s’humilier, afin qu’il soit ôté.

C’est une leçon importante pour nous, bien-aimés. Quand nous avons reçu de la part de Dieu, ne fût-ce que la connaissance d’une de ses pensées, nous devons nous y conformer sans restriction, et Dieu nous enseignera ce qui nous manque encore. L’humiliation était-elle de saison ? Les Corinthiens ne le savaient-ils pas ? Cette vérité s’applique à tous les cas. Si nous, chrétiens, nous obéissions tous à l’égard des choses auxquelles nous sommes parvenus, nous marcherions dans le même chemin, et le Seigneur nous révélerait ce qui nous manque encore. Sans doute, nous n’aurions pas tous la même connaissance, mais jamais la connaissance d’une vérité, toute incomplète qu’elle soit, ne nous conduira, si nous y obéissons, dans un autre chemin que dans celui de Dieu. Avec une connaissance très limitée, je pourrai marcher dans le même sentier que mon frère qui en a beaucoup plus que moi.

Si les Corinthiens avaient agi de cette manière, ils auraient mené deuil, en attendant que Dieu leur révéle ce qu’ils avaient à faire pour se purifier du mal. Mais leur orgueil les faisait penser à eux-mêmes et à leur réputation, et ainsi, en présence du mal le plus affreux, ils ne pouvaient être purifiés. Dieu ne leur demandait pas d’exercer une discipline qu’ils ne connaissaient pas encore, mais de mener deuil, et cela, ils devaient le savoir.

Quand il s’agissait de l’exercice de cette discipline, l’apôtre pouvait user au milieu d’eux de l’autorité spéciale qui lui avait été confiée (v. 3-5). Il aurait pu — et il l’avait déjà décidé, si l’obéissance à Dieu ne se manifestait pas chez les Corinthiens — livrer un tel homme à Satan. L’apôtre Pierre, avec cette même puissance, avait retranché Ananias et Sapphira qui avaient menti au Saint Esprit. Ici, il s’agissait de livrer le fornicateur à Satan, c’est-à-dire de laisser l’Ennemi faire de lui sa proie, jusqu’à la destruction du corps, afin que l’esprit soit sauvé dans la journée du Seigneur Jésus. Malgré son affreux péché, cet homme était considéré comme appartenant à la maison de Dieu, mais l’apôtre pouvait disposer de lui. Cet acte n’était confié à personne d’autre qu’à un apôtre ; et nous ne pouvons dire, quand nous exerçons la discipline envers celui qui a péché, que nous le livrons à Satan. Dans la première épître à Timothée, l’apôtre dit l’avoir fait lui-même, et sans qu’on le voie uni à l’assemblée pour cela (1:20). Quand il s’agissait de blasphèmes contre la personne de Christ, il n’avait pas hésité un instant, afin que cet homme apprenne à ne pas blasphémer ; mais s’il avait résolu de le faire à l’égard du fornicateur, il ne semble pas ici avoir exécuté la chose, et voici pourquoi : s’il l’avait fait, la conscience des Corinthiens n’aurait pas été en jeu, et il fallait avant tout la réveiller au sujet du mal (v. 6). Ce manque de conscience est toujours le caractère des chrétiens qui marchent selon la chair. Leur «vanterie» n’était pas bonne. Combien d’humiliations ceux auxquels le Seigneur a confié un témoignage pourraient éviter, s’ils ne pensaient pas à eux-mêmes et ne nourrissaient par leur orgueil ; et que de fois, nous étant estimés quelque chose, nous avons été jetés dans la poussière, comme l’étaient les Corinthiens à ce moment-là.

«Ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever la pâte tout entière ?» Ce passage qui se retrouve en Gal. 5:9, à propos des ordonnances de la loi, est employé ici au sujet de la chair. Un péché, toléré dans l’assemblée, exerce son influence corruptrice sur tout l’ensemble, et le légalisme agit de même. Aussi l’apôtre dit : «Otez le vieux levain, afin que vous soyez une nouvelle pâte, comme vous êtes sans levain» ; c’est ainsi que Dieu nous voit, en vertu de l’oeuvre de Christ. Tout cela est une allusion à la Pâque et à la fête des pains sans levain, en Exode 12. Le sang de l’agneau pascal avait été mis sur les poteaux et le linteau des portes, et quand l’ange destructeur avait passé, il avait épargné les fils d’Israël, parce que Dieu voyait le sang. Mais ce n’était pas la pâque qui était la fête ; elle en était le point de départ. Vous le voyez au chap. 28:16, des Nombres : «Au premier mois, le quatorzième jour du mois, est la Pâque à l’Eternel. Et le quinzième jour de ce mois, est la fête», la fête des pains sans levain. De même ici, v. 7, 8 : «Car aussi notre pâque, Christ, a été sacrifiée : c’est pourquoi célébrons la fête».

Il ne s’agit pas dans ce passage de la Cène, mémorial de la mort de Christ ; nous la trouvons au chap. 11 de cette épître. Ceux qui ont compris la valeur du sang de Christ, savent qu’en vertu de ce sang, ils sont sans levain devant Dieu, et peuvent se présenter à Lui, revêtus, comme Christ, d’une sainteté parfaite, mais ils doivent chercher soigneusement à correspondre, dans leur marche ici-bas, au caractère qu’ils possèdent en sa présence, et ils sont capables de le faire. Ils ont à célébrer les sept jours des pains sans levain en traversant ce monde. Le nombre sept est toujours, dans la Parole, le nombre de la plénitude, et correspond ici au temps complet de notre marche ici-bas. Si nous avons compris le but de Dieu, en nous rachetant par le sang de Christ, quelle pensée pour nous, que notre vie soit une fête perpétuelle, une fête de sainteté pratique selon Dieu, et pour Dieu !

L’apôtre ajoute au v. 9 : «Je vous ai écrit dans la lettre, de ne pas avoir de commerce avec des fornicateurs». On a pensé, d’après ces paroles, que l’apôtre avait écrit une première lettre, maintenant perdue. Cette pensée est fausse, et nous en avons la preuve au chap. 4:6, où l’apôtre leur dit ne pas élever leurs pensées au-dessus de ce qui est écrit ; mais en outre, ce mot : «Je vous ai écrit», se retrouve constamment dans 1 Jean, pour désigner l’épître même que l’apôtre leur adressait. Il en est de même ici ; c’est dans notre épître que l’apôtre montre aux Corinthiens qu’ils ne pouvaient pas avoir de commerce avec les fornicateurs. Cela ne signifiait pas, ajoute-t-il, qu’ils ne devaient avoir aucun commerce avec les fornicateurs de ce monde. Nous y sommes continuellement en contact avec le mal, sinon il nous faudrait être «ôtés du monde» — mais «si quelqu’un appelé frère est fornicateur», etc., nous ne devons pas avoir de commerce avec lui. C’était un des caractères de la discipline que les Corinthiens ne connaissaient pas, et l’apôtre les renseigne maintenant sur ce qu’ils avaient à faire.

Nous devons obéir à cette parole, comprendre que si quelqu’un a été retranché de l’assemblée, nous ne pouvons pas même manger «avec un tel homme», afin que, réalisant l’exclusion dans laquelle il est placé, il soit forcé de retrouver la communion avec l’assemblée. Il a été mis dehors comme méchant et garde ce caractère jusqu’à son retour.

Il ne s’agissait pas, pour l’assemblée, d’exercer un jugement judiciaire sur cet homme, mais d’ôter le levain du milieu d’elle, en vue de la pureté de la maison de Dieu dans ce monde. Si les Corinthiens ne l’avaient pas fait, ils auraient perdu tout droit à être l’assemblée de Dieu à Corinthe. Nous sommes, hélas ! souvent appelés à exercer cette discipline : ne l’exerçons pas comme l’acte d’un tribunal, mais dans un but d’amour, pour que le chrétien en chute retrouve la communion qu’il a perdue et que, l’Esprit de Dieu agissant par l’humiliation dans son âme, il soit ramené à la place dont il a fallu le priver. D’autre part, n’agissons jamais, envers le retranché, avec ce faux amour que l’on constate si souvent, en maintenant des relations fraternelles avec lui, qui trahissent notre indifférence quant au mal, et empêchent, de fait, la discipline de produire son effet sur sa conscience. Cela ne signifie pas que nous n’ayons à nous enquérir des effets produits par l’exclusion, que nous ne devions pas surveiller avec sollicitude les premiers symptômes d’un retour au bien, et encourager dans ce chemin celui qui est tombé, afin que l’oeuvre de restauration soit complète. Nous voyons dans la seconde épître que l’exhortation, écoutée par les Corinthiens, avait produit un grand zèle dans leur coeur, qu’ils s’étaient enfin humiliés de leur orgueil, et qu’un travail béni de restauration s’était accompli dans l’âme du retranché. Alors l’apôtre change de langage, et exhorte l’assemblée à le recevoir de nouveau, afin qu’il ne fût pas consumé par une trop grande tristesse.

 

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6                    Chapitre 6

 

Le chap. 5 nous avait entretenus de la discipline nécessaire pour que la sainteté de la maison de Dieu puisse être maintenue. Les Corinthiens devaient ôter «le méchant du milieu» d’eux-mêmes. Au chap. 6, l’apôtre aborde un autre mal, habituel parmi les Corinthiens et qui, hélas ! ne se rencontre que trop souvent aujourd’hui. Un frère faisait tort à un autre et, pour régler leur différend, ils allaient devant un tribunal humain. L’apôtre les reprend avec tout le sérieux possible. Il leur parle de choses qu’ils savaient, mais qu’ils avaient oubliées, non pas de celles qu’ils ignoraient encore ; mais ils possédaient assez de vérités pour pouvoir se diriger, d’une manière qui honore le Seigneur Jésus, dans le monde. «Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde ?» Comment vous feriez-vous juger par ce dernier que vous jugerez vous-mêmes ? Et s’il est jugé par vous d’un si grand jugement, êtes-vous indignes de juger des affaires de cette vie ? Il ne s’agit pas là de la vengeance exercée par le Seigneur, quand il sortira du ciel avec ses armées, mais d’un tribunal, d’un jugement judiciaire. Le Seigneur, comme cela nous est montré en beaucoup de passages, viendra s’asseoir sur le trône de sa gloire pour juger les nations, et nous serons associés avec lui dans ce jugement.

Et de plus, «ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ?» On entend souvent appliquer cette parole aux anges «qui n’ont pas gardé leur origine», et qui sont réservés dans des chaînes éternelles, «sous l’obscurité, pour le jugement du grand jour» ; — ou encore à Satan et à ses anges qui seront jetés dans le feu éternel préparé pour eux (Matt. 25:41). Mais il s’agit ici du fait que le trône judiciaire et gouvernemental est confié aux saints, et que ce trône est au-dessus des anges. S’il y a quelque acte de gouvernement envers les anges, Dieu nous y emploiera. Ils sont envoyés comme serviteurs en faveur de ceux qui vont hériter du salut. Il n’est pas question de leur donner une position de suprématie, mais, au contraire, ils sont soumis à la suprématie de ceux que le Seigneur a associés à son gouvernement.

«Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ? et nous ne jugerions pas les affaires de cette vie ? Si donc vous avez des procès pour les affaires de cette vie, établissez ceux-là pour juges qui sont peu estimés dans l’assemblée». Le mot peu estimés ne signifie pas qu’il nous faille choisir pour cela des frères qui soient dans un faible état spirituel. Ceux qui sont peu estimés sont ceux qui n’ont pas dans l’assemblée la place spéciale qu’occupaient, par exemple, «Jacques, et Céphas, et Jean, qui étaient considérés comme étant des colonnes» (Gal. 2:9). Ces chrétiens peu estimés, n’ayant pas un don spécial, étaient néanmoins des hommes sages, car l’apôtre dit : «Ainsi il n’y a pas d’homme sage parmi vous, pas même un seul, qui soit capable de décider entre ses frères ?» Il fallait que de tels hommes aient beaucoup de prudence, d’honnêteté, de bon sens, mais ils n’étaient pas des hommes en vue. Remarquez combien cela atteignait la conscience des Corinthiens. Leur grande prétention était la sagesse selon l’homme ; ils ne pouvaient assez exalter ceux qu’ils estimaient avoir, sous ce rapport, une position supérieure à d’autres, et quand arrivaient les difficultés les plus ordinaires de la vie, il n’y avait pas même un seul de tous leurs sages pour juger entre deux frères qui se disputaient ! Oh ! si nous avions davantage le sentiment de ces choses, quand nous voyons — comme cela peut arriver, car la chair est partout la même dans les assemblées des saints — surgir une difficulté entre les frères ! Si nous comprenions que ces fonctions n’incombent pas aux frères estimés pour leurs dons, et que ce n’est pas à eux à régler ces différends !

Ici, l’apôtre exhorte les deux parties. Il dit à celui à qui l’on fait tort : «Pourquoi ne vous laissez-vous pas plutôt faire tort ?» À celui qui fait tort : «Vous faites des injustices et vous faites tort, et cela à vos frères !» Les deux sont jugés, l’un parce qu’il n’a pas supporté l’injustice, l’autre parce qu’il l’a faite ; cependant, au sujet du dernier, il ajoute : «Ne savez-vous pas que les injustes n’hériteront point du royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas : ni fornicateurs ... ni voleurs, ni avares, ni ivrognes, ni outrageux ... n’hériteront du royaume de Dieu». Comme cela est sérieux, bien-aimés ! Ces cas d’injustice, d’outrages, d’ivrognerie, sont-ils donc inconnus dans les assemblées des chrétiens ? L’apôtre les assimile au fornicateur, dont il avait parlé au chapitre précédent. Ils n’hériteront pas plus du royaume de Dieu que lui. Tous tombent sous le jugement de l’assemblée et sont considérés comme des méchants.

De telles paroles ont de quoi nous effrayer, et cela est juste. Ne pas hériter du royaume de Dieu, c’est être exclu de sa présence ; c’est ne pas entrer dans le ciel, c’est être laissé sur la terre pour le jugement. Il ne faut pas oublier, et nous en avons ici un exemple, que jamais la parole de Dieu n’atténue la responsabilité chrétienne. Mais il y a une ressource, la grâce, et nous le savons tous, sans quoi nous ne pourrions subsister. Les chrétiens non affranchis se servent de ces paroles pour se prouver à eux-mêmes qu’une fois sauvés ils peuvent être perdus de nouveau. Ce n’est en aucune manière ce que la Parole nous dit ; mais, quand elle nous place en présence de notre responsabilité, nous apprenons que, si nos actes ne nous laissent aucun espoir d’échapper au jugement, nous avons dans le coeur de Dieu les ressources de la grâce. Notre conscience est atteinte, l’humiliation est produite ; comme Pierre, nous pleurons amèrement, et nous disons à Dieu : Ton jugement est juste ! Alors Dieu nous répond comme à David : «J’ai fait passer l’iniquité de ton péché». Il se plaît alors à nous montrer que là où l’injustice de l’homme a tout perdu, où le péché a abondé, la grâce de Dieu a surabondé.

Après avoir terminé ce sujet, l’apôtre aborde au v. 12 la seconde partie de ce chapitre. Il traite en deux versets de la liberté chrétienne. «Toutes choses me sont permises, mais toutes choses ne sont pas avantageuses». C’est de là que découle notre devoir comme chrétiens. S’il n’est pas avantageux pour mes frères que j’use de ma liberté, je ne dois pas en user. Jamais le Seigneur n’a fait une chose qui n’ait pas été avantageuse pour d’autres. «Les viandes pour l’estomac, et l’estomac pour les viandes ; mais Dieu mettra à néant et celui-ci et celles-là». Je n’aurai dans le ciel, ni viandes, ni organe qui les digère. Il y a, dans ce monde, des choses dont j’ai pleine liberté d’user, mais qui ne durent pas. Partant de là, l’apôtre montre qu’il y a d’autres choses qui durent : «Or le corps n’est pas pour la fornication, mais pour le Seigneur, et le Seigneur pour le corps». Le corps dure. La conscience de toutes les nations païennes ne leur disait rien au sujet de la fornication, mais, lors de leur conversion, un immense changement avait eu lieu : leur corps avait été racheté, aussi bien que leur âme et leur esprit. Aussi leur dit-il : «Ne savez-vous pas que vos corps sont des membres de Christ ?» (v. 15). Quel honneur donné au corps du chrétien ! Il fait désormais partie de Christ. Et l’apôtre ajoute : «Mais Dieu a ressuscité le Seigneur, et il nous ressuscitera par sa puissance». Il ne restera rien de nos corps mortels et corruptibles dans ce monde. Par une puissance de vie qui les fera sortir incorruptibles du sépulcre, nous aurons des corps glorieux, mais ce seront nos corps. Du moment que, par la foi et le don du Saint Esprit, je fais partie de Christ, mon corps est un de ses membres. Nous ne pouvons assez penser à cela. Nous faisons tout entiers partie de Lui, comme nouvelles créatures, les choses vieilles étant passées, et il met un honneur sur notre corps, parce qu’il l’a racheté, comme tout le reste, au prix de son sang sur la croix. Au commencement du christianisme, de faux docteurs enseignaient aux chrétiens à ne pas épargner le corps et à ne pas lui rendre un certain honneur (Col. 2:23), tandis que le Seigneur lui donne, au contraire, une grande valeur, puisqu’il le ressuscitera incorruptible.

L’apôtre ajoute (v. 18) : «Fuyez la fornication : quelque péché que l’homme commette, il est hors du corps, mais le fornicateur pèche contre son propre corps». Contre son propre corps ! Introduirai-je la souillure dans le corps de Christ, dont le mien est un membre ? Comme cela devrait frapper nos esprits, nos coeurs, nos consciences ! Est-il possible que, uni si intimement à Christ, je puisse traiter légèrement la souillure ? Cette exhortation est d’une importance capitale pour les jeunes gens qui commencent dans le chemin de la foi, et sont exposés plus que d’autres aux convoitises de la jeunesse. Qu’ils méditent ce chapitre, afin de se mettre en garde de compromettre la pureté du corps de Christ, sans parler de la manière dont ils s’exposent, par leur conduite, au jugement de Dieu et à la discipline de l’assemblée.

L’apôtre ajoute : «Ne savez-vous pas» — mentionnant toujours les choses qu’ils devaient connaître — «que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous, et que vous avez de Dieu ?» Ainsi, non seulement notre corps est un membre de Christ, mais il est un temple du Saint Esprit. L’Esprit, don que nous avons reçu directement de Dieu, peut, en vertu de la rédemption, habiter dans ce temple. Le Seigneur Jésus, lui-même, a appelé son corps un temple, et, ayant été affranchis du péché par Lui, nous avons le droit de considérer nos corps de la même manière que Lui considérait le sien. Naturellement, en lui-même, il était l’Etre saint, ce que nous ne sommes nullement, mais il nous a si complètement purifiés par son oeuvre, que le Saint Esprit peut venir habiter dans nos corps. Contristerai-je donc cet hôte divin par ma conduite, en marchant comme le monde, moi qui en ai été retiré par le sang de Christ, et vivrai-je comme ceux dont le corps est le domicile de Satan ? Puis-je tolérer quelque impureté que ce soit, là où l’Esprit de Dieu habite ? De plus : «Vous n’êtes pas à vous-mêmes ; car vous avez été achetés à prix». Je ne m’appartiens plus je ne puis plus faire ma volonté dans ce monde ; le Seigneur m’a acheté (et à quel prix !) afin que je lui appartienne à Lui seul, et que je le serve. Et l’apôtre conclut : «Glorifiez donc Dieu dans votre corps».

Ainsi se termine ce chapitre si important, comme du reste tous ces chapitres qui contiennent une telle quantité d’exhortations pratiques pour notre vie journalière. Dieu veut que nous marchions dans une vraie séparation pratique du mal, jusqu’au moment béni où nous n’aurons plus à veiller sur nous-mêmes, ou a serrer nos vêtements autour de nos reins, avec la ceinture de la sainteté et de la justice, mais où nous pourrons, comme on l’a dit, les laisser flotter librement dans un milieu d’une pureté absolue, autour de Celui qui nous a acquis pour Lui, à toujours !

 

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7                    Chapitre 7

 

Nous avons vu que, si les Corinthiens ignoraient certaines choses et avaient à les apprendre, ils en savaient fort bien une quantité d’autres, mais en négligeaient la portée dans leur conduite journalière, ou dans leur vie d’assemblée. C’était, de fait, plus grave encore que de les ignorer complètement aussi l’apôtre leur répète avec une juste sévérité «Ne savez-vous pas ?» Ils ne tenaient pas compte de leur état de mort dans la chair, à laquelle ils attribuaient de l’importance ; ils n’estimaient pas avoir été «crucifiés au monde», car, s’ils avaient des difficultés entre eux, ils recouraient à son jugement ; ils avaient affaire à un mal moral dans l’Église, et s’enorgueillissaient au lieu de s’humilier, pour que la discipline pût être exercée. En un mot, les premiers chapitres nous ont montré que ce qui manquait aux Corinthiens c’était, chose capitale, de réaliser que la croix de Christ avait mis fin au vieil homme par le jugement. Or voici qu’omettant cette question principale, ils avaient toute sorte de détails de casuistique à soumettre à l’apôtre. Néanmoins, Dieu s’en sert pour les éclairer au sujet de l’ordre qui convient à la maison de Dieu.

Ils demandaient s’il fallait, oui ou non, avoir des rapports conjugaux ; si des chrétiens, ayant des païens pour conjoints, devaient vivre avec eux et ce qu’ils devaient faire de leurs enfants ; si, étant esclave, on devait demeurer dans cette condition, ou s’en affranchir ; si l’on devait rester vierge, ou non ; si l’on pouvait manger des choses sacrifiées aux idoles ou s’en abstenir. Dieu répond à ces questions, intéressantes à leur place, car elles touchent la liberté chrétienne, mais qui, comme questions de détail, s’étaient emparées de l’esprit des Corinthiens, au détriment des vérités essentielles et d’ensemble. Un pareil état d’âme se rencontre fréquemment. En proportion de l’affaiblissement spirituel, on est volontiers occupé de questions qui ne mettent pas en rapport direct avec la personne de Christ. On donne une importance exagérée au baptême, à la manière extérieure dont la cène doit être administrée, à la nourriture, aux vêtements, etc., questions auxquelles Dieu répond à l’occasion, car il a réponse à tout, mais dont Satan aime à se servir pour détourner les âmes du Seigneur.

Or je suis frappé de la manière dont l’apôtre traite ces sujets dans le chap. 7. Du v. 1 au v. 17, il ne parle pas comme apôtre inspiré, mais simplement comme apôtre, c’est-à-dire comme ayant reçu de la part de Dieu une autorité qui n’était pas l’inspiration, mais que, vu son origine, il avait le droit d’exercer ; car il avait mission divine de régler une quantité de questions dans les assemblées (v. 17), comme nous le voyons aussi dans les épîtres à Timothée et à Tite. L’apôtre donne donc des ordonnances, en vertu de son autorité apostolique qu’il met ici en contraste avec ce qu’il dit de la part du Seigneur (v. 10), c’est-à-dire avec l’inspiration.

Dans la seconde partie de ce chapitre (v. 25-40), Paul parle aux Corinthiens comme un homme ayant une autorité spirituelle au milieu des saints. «Je n’ai pas», dit-il, «d’ordre du Seigneur ; mais je donne mon opinion comme ayant reçu miséricorde du Seigneur pour être fidèle». Vous direz peut-être : Dans ce cas-là, je ne suis pas tenu d’obéir. Comment ! nous ne serions pas tenus d’écouter un homme qui est manifestement dirigé par l’Esprit de Dieu ? Si nous ne suivions pas ce qu’il nous dit, nous ne serions que des orgueilleux, nous estimant capables de décider une chose beaucoup mieux que l’apôtre, et nous oublierions ce que Dieu pense de l’orgueil.

Quant à l’inspiration, nous serions bien embarrassés de la définir et, n’étant pas inspirés, nous n’arriverions probablement jamais à le faire, mais nous savons que, dans l’inspiration, Dieu révèle à des hommes choisis de Lui, ses pensées et nous les communique, par leur moyen, d’une manière aussi complète qu’ils les ont reçues, les gardant de tout mélange de la chair, car il veut que ses pensées, qui nous sont destinées, arrivent à nous dans toute leur perfection divine.

Les quelques passages contenus dans ce chapitre illustrent ces trois choses : l’autorité apostolique, l’inspiration, et le droit du chrétien spirituel à se faire écouter. Au v. 6 : «Or je dis ceci par indulgence, non comme commandement». Ainsi, c’était simplement par égard pour leur faiblesse qu’il n’exprimait pas un ordre, ayant, pour le faire, l’autorité de la part de Dieu. Au v. 17 : «C’est ainsi que j’en ordonne dans toutes les assemblées». Nous trouvons ici cette autorité s’exerçant partout dans l’Église. Au v. 25 : «Je n’ai pas d’ordre du Seigneur ; mais je donne mon opinion comme ayant reçu miséricorde du Seigneur pour être fidèle». Il parle comme homme spirituel qui devait être écouté. Au v. 40 : «Or j’estime que moi aussi j’ai l’Esprit de Dieu». Il estime que, comme tel, il doit être entendu. Quand il arrive à l’inspiration, il dit au v. 10 «Je leur enjoins, non pas moi, mais le Seigneur» mais «quant aux autres, je dis, moi, non pas le Seigneur» (v. 12), distinguant entre sa parole comme apôtre et sa parole inspirée. Cette dernière est la parole du Seigneur, sortie du reste de la propre bouche de Christ : «Ce donc que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas» (Matt. 19:5, 6 ; Marc 10:6-9). Quand il s’agit du mariage, le Seigneur mentionne ce qui a été déclaré par inspiration dès le commencement : «Les deux seront une seule chair», puis il le confirme par sa propre parole, et l’établit ici par la parole inspirée de l’apôtre.

Ce chapitre 7, qui traite des liens et des relations appartenant à notre vie ici-bas, pourrait être intitulé : La liberté chrétienne, réglée par une entière dépendance du Seigneur et de sa Parole. L’apôtre admet que les circonstances diffèrent, qu’il est légitime d’en tenir compte, et que chacun est libre d’en juger pour lui-même. Quand il s’agit du service du Seigneur, il voudrait toutefois que «tous les hommes» fussent comme lui (v. 7). C’est ce qui lui faisait dire à Agrippa : «Plût à Dieu que non seulement toi, mais aussi tous ceux qui m’entendent aujourd’hui, vous devinssiez de toutes manières tels que je suis, hormis ces liens» (Actes 26:29). Cependant, en ce qui concernait le mariage ou la vocation, il n’y avait aucun mal à ce qu’on agisse autrement que l’apôtre, pourvu que ce soit «dans le Seigneur», chacun ayant «son propre don de grâce de la part de Dieu, l’un d’une manière, et l’autre d’une autre» (v. 7, 39). Le célibat offre de grands dangers, le mariage de grandes difficultés ; que chacun pèse cela devant le Seigneur et se décide ; il n’y a pas de mal dans cette décision. L’apôtre met au large le coeur des Corinthiens que cette pensée préoccupait ; seulement, la femme ne devait pas être séparée de son mari, ni le mari de sa femme.

Il y avait cependant des relations moins simples, celle par exemple d’une femme chrétienne avec un mari païen, ou d’un mari chrétien avec une femme païenne (v. 12-17). Devaient-ils se séparer ? Selon la loi juive, il aurait dû en être ainsi, comme on le voit au dernier chapitre d’Esdras : il fallait que l’Israélite se séparât de la femme étrangère, afin de pouvoir faire partie de la congrégation sainte qui était le peuple de l’Eternel. L’apôtre part de cette pensée pour montrer que, sous le régime de la grâce, les choses étaient exactement le contraire du régime légal. Un mari chrétien ne devait pas se séparer de sa femme païenne, parce que la femme était sanctifiée par le mari, et vice versa. Il va sans dire, qu’en parlant de l’union d’un chrétien avec une personne du monde, l’apôtre ne pense pas un instant qu’il ait pu contracter une union pareille depuis sa conversion, mais suppose que la conversion de l’un ou de l’autre a eu lieu depuis le mariage et qu’il ne donne aucune liberté de s’allier à des personnes mondaines. L’incrédule étant donc sanctifié par le conjoint chrétien, les enfants, issus de cette union, sont saints et ont droit, par leur position, de faire partie de la maison de Dieu. Il faut se rappeler que c’est de la maison qu’il est question dans tous ces chapitres, et non pas du corps de Christ. Les enfants sont placés dans une position de sainteté, de mise à part, condition extérieure qui a rapport à la terre. Il ne s’agit pas ici de leur salut éternel, mais ils sont considérés comme faisant partie de la maison de Dieu sur la terre, afin d’avoir part à toutes les bénédictions qui s’y trouvent.

L’apôtre aborde ensuite une autre question : Comment les chrétiens doivent-ils se comporter à l’égard des diverses conditions qu’ils occupaient lors de leur conversion ? D’abord, quand on est appelé dans la circoncision ou dans l’incirconcision, il ne s’agit ni de l’une ni de l’autre, mais de «l’observation des commandements de Dieu» (v. 18, 19). Ensuite, il passe à l’état d’esclavage. Cette sentence qui semble ne pas nous toucher est, au contraire, d’une haute importance pour nous. Nous sommes très souvent appelés, étant dans une condition dépendante ; nous voudrions secouer le joug, et ce désir devient le point de départ de beaucoup de misères dans notre vie chrétienne. S’agit-il d’esclavage ? il semblerait qu’un chrétien devrait immédiatement se délivrer de tels liens. L’apôtre ne donne point le conseil de se sauver de chez son maître, lui qui renvoyait à Philémon l’esclave fugitif, Onésime. L’esclave avait à rester dans la vocation dans laquelle Dieu l’avait appelé. Si Dieu lui donnait les moyens de se libérer, il devait plutôt en user (v. 21, 22), mais «que chacun demeure auprès de Dieu dans l’état dans lequel il a été appelé» (v. 24).

Enfin, les Corinthiens avaient interrogé l’apôtre au sujet de ceux qui n’étaient jamais entrés dans les liens du mariage. Il leur donne les indications qu’un homme spirituel comme lui pouvait donner, car il estimait que lui aussi avait l’Esprit de Dieu (v. 40). Il leur dit : que celui ou celle qui sont vierges, ne se marient pas. Sans ces liens, vous pouvez faire beaucoup de bonnes oeuvres, car alors vous n’avez à plaire qu’au Seigneur, ce qui est beaucoup meilleur. Je vous donne ce conseil, mais vous êtes libres, absolument libres d’agir selon votre degré de foi, pourvu que vous ayez affaire au Seigneur ; et il ajoute : «Le temps est difficile». Ce mot ne rend pas complètement la pensée du texte ; il signifie : «Le temps est raccourci». Nous nous trouvons, depuis la croix, dans un temps où tout avance rapidement vers la fin. Tout passe ; qu’est-ce qui subsistera ? Ne vous embarrassez donc pas de ce qui pourrait entraver votre marche en avant. Et nous pouvons le dire encore bien plus que l’apôtre, car nous nous trouvons tout près de la venue du Seigneur. Voulons-nous nous charger de tant de fardeaux, de tant de liens qui jouent nécessairement un très grand rôle dans nos vies ? Ils passeront avec la courte existence à laquelle ils s’attachent. Eh bien ! soyons comme ceux qui ne sont pas mariés ; ne nous laissons pas imposer, dans notre marche chrétienne, même les choses les plus légitimes. Si nous avions cette pensée devant les yeux, comme nous serions préservés d’intérêts terrestres ! Et si nos coeurs sont remplis de Christ, nous aurons davantage affaire à Dieu ; nous serons attachés au Seigneur et à ses intérêts ; nous serons plus simples, plus heureux, plus tranquilles ; au lieu de subir toutes les agitations du monde qui nous entoure, nous pourrons le traverser dans un vrai repos moral.

Soyons attentifs à ces exhortations d’un homme qui, sujet aux mêmes passions que nous, était par excellence «l’homme spirituel», lors même qu’il ne nous donne pas ces conseils comme des commandements, et ne les établit pas de par son autorité apostolique. Ayons l’oreille ouverte pour les entendre, et des coeurs soumis aux pensées exprimées par celui qui pouvait dire : «J’estime que moi aussi j’ai l’Esprit de Dieu».

 

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8                    Chapitres 8-9:23

 

Dans les chapitres 8 et 9, l’apôtre répond encore à deux questions ; celle du chapitre 8 était si l’on osait manger des choses sacrifiées aux idoles, question bien sèche en elle-même, mais au sujet de laquelle l’Esprit de Dieu va atteindre directement la conscience des Corinthiens. Il nous semble peut-être que ce sujet, ne nous concernant pas, peut être laissé de côté, mais nous allons voir que nous ne pouvons aucunement l’omettre. L’apôtre commence par dire : «Nous savons», terme de la connaissance chrétienne, «car nous avons tous de la connaissance», puis il introduit une petite parenthèse : «La connaissance enfle, mais l’amour édifie. Si quelqu’un pense savoir quelque chose, il ne connaît rien encore comme il faut connaître ; mais si quelqu’un aime Dieu, celui-là est connu de Lui» (v. 1, 2). Voilà donc qui nous touche tous ! La question des idoles est laissée un instant de côté. On peut connaître très bien la Parole, en exposer clairement les détails et l’ensemble, trouver la solution des difficultés qu’elle présente, et cette connaissance qui paraît si désirable, peut être une source d’orgueil spirituel, le pire orgueil de tous. C’était précisément le piège des Corinthiens. Leur connaissance, à laquelle ils désiraient encore ajouter des éléments nouveaux, les avait enflés. L’apôtre revient, je ne sais combien de fois dans cette épître, sur ce péché. Prenons garde de ne nous occuper des choses de Dieu — je ne dis pas : avec la connaissance humaine, parfaitement incompétente, et ce n’est pas d’elle qu’il s’agit ici — mais en recherchant la connaissance sans que notre conscience soit en jeu, car «la connaissance enfle». Si nous n’avons qu’elle, nous marchons vers la ruine. Une seule chose édifie : ce n’est pas la connaissance, mais l’amour, et si l’on n’est pas conduit par l’amour, aucune édification n’est possible. Nous verrons au chap. 14, que l’édification est le but de toute action dans l’assemblée ; une prédication qui ne la produit pas, n’a rien qui vaille : «L’amour édifie». «Si quelqu’un pense savoir quelque chose, il ne connaît rien encore comme il faut connaître» ; et l’apôtre ajoute : «mais si quelqu’un aime Dieu, celui-là est connu de Lui». Il est connu de Lui ! Voilà ce dont j’ai besoin comme chrétien ! Il me faut la connaissance que Dieu a de moi : cela me sort de moi-même. Ce sont les regards de Dieu, et non les miens, qui me sondent et jugent, s’il y a dans mon coeur quelque affection pour Lui. Dans l’évangile de Jean, lors de la restauration de l’apôtre Pierre, le Seigneur lui demande trois fois : «M’aimes-tu ?» Pierre en est profondément humilié ; il y avait, sans doute, chez lui de l’amour pour le Sauveur, mais il répond ce qu’un coeur humilié devait répondre : «Seigneur, tu connais toutes choses, tu sais que je t’aime». Il s’en remettait à la connaissance de Dieu, et non à la sienne. Désirant que les yeux de Dieu se portent dans son coeur, il disait : «Sonde-moi» et connais-moi. La triste expérience qu’il avait faite lui avait montré que lui n’y voyait pas clair, mais que Christ le voyait, et cela lui suffisait. Ne nous laissons pas entraîner à chercher la connaissance pour elle-même ; sans l’amour qui édifie, elle n’est qu’une occasion de chute.

L’apôtre ajoute : «Nous savons qu’une idole n’est rien dans le monde, et qu’il n’y a point d’autre Dieu qu’un seul». Pour les hommes, il y a beaucoup de dieux et beaucoup de seigneurs, beaucoup qui sont appelés dieux, soit dans le ciel, soit sur la terre, mais «pour nous, il y a un seul Dieu, le Père, duquel sont toutes choses, et nous pour lui, et un seul Seigneur, Jésus Christ, par lequel sont toutes choses, et nous par lui». Telle est la connaissance chrétienne. Il ajoute : «Toutefois la connaissance n’est pas en tous», c’est-à-dire qu’il y avait parmi eux des gens qui, sortis du paganisme, n’avaient pas encore réalisé que l’idole n’était rien en elle-même, et, quand ils mangeaient des choses qui lui étaient sacrifiées, comme ils ne pouvaient faire abstraction de l’idole, leur conscience, étant faible, en était souillée. Comment les Corinthiens avaient-ils à se comporter vis-à-vis de ces faibles ? L’apôtre donne des prescriptions à cet égard. Tu as toute liberté de manger des choses sacrifiées aux idoles, mais si un frère pour lequel l’idole est quelque chose, t’en voit manger, tu l’engages dans le même chemin que toi ; sa conscience est souillée, et si tu as souillé sa conscience, ce frère périra. Cela ne veut pas dire que ce frère soit perdu, mais que je suis responsable d’avoir conduit un frère faible à la mort. Dieu est puissant pour l’en sortir par sa grâce, mais moi, par ma connaissance, j’aurai accompli un acte qui fait périr mon frère. Par cet acte, je pèche «contre Christ».

Telle est la fin de ce chapitre qui revient à ceci : Que toutes choses soient faites pour Christ, en amour, et s’il en est ainsi, je puis être certain que ce sera pour l’édification de mon frère, au lieu d’être pour sa destruction.

Si le premier de ces deux chapitres traite de la liberté quant aux idoles, le deuxième nous entretient de la liberté quant au ministère. Je ferai remarquer en passant que les mots droit dans ce chapitre et liberté dans le chapitre précédent, sont un seul et même mot (8:9 ; 9:4). Nous avons ici la réponse à la dernière question adressée à l’apôtre par les Corinthiens. Il se trouvait au milieu d’eux des personnes qui prétendaient avoir des droits égaux à ceux de Paul (cf. chap. 4), et mettaient en question jusqu’à la valeur de son apostolat. Les Corinthiens qui avaient été convertis par son moyen s’étaient senti la liberté de le questionner à ce sujet. L’apôtre demande d’abord : «Ne suis-je pas apôtre ?» Un apôtre était caractérisé par le fait qu’il avait vu le Seigneur ; or Paul l’avait vu (v. 1). Quant au résultat de son oeuvre, ils en étaient eux-mêmes la preuve (v. 1-3). Il y avait, comme toujours, des personnes parmi les chrétiens, qui faisaient de l’assemblée de Dieu leur monde, cherchant à y jouer un rôle, à s’y faire une position, à y accaparer une autorité. Pour y réussir, ils cherchaient à détruire l’influence de ceux que Dieu lui-même avait établis dans sa maison. Lorsqu’un frère cherche à acquérir une autorité personnelle dans l’assemblée, il se met nécessairement en conflit avec ceux auxquels le Seigneur l’a confiée. L’apôtre aborde ce sujet et montre qu’il avait les mêmes droits, la même liberté que tous les autres apôtres, le droit de manger et de boire, le droit de se marier et de conduire sa femme avec lui. Est-ce que lui et Barnabas étaient les seuls qui n’aient pas le droit de ne pas travailler ? Les autres apôtres ne travaillaient pas, tandis que Paul faisait des tentes, choisissant une vocation des plus humbles, et travaillant de ses mains pour subvenir à ses besoins et à ceux des autres. N’avait-il pas le droit d’attendre quelque profit de son ministère ? La parole de Dieu elle-même enseignait les frères sur ce point : «Tu n’emmuselleras pas le boeuf qui foule le grain». Dieu avait-il les boeufs en vue ? Il y avait donc, dans ce passage du Deutéronome, une allusion directe à l’oeuvre de ceux qui travaillaient pour le Seigneur. Mais l’apôtre avait renoncé à tous ces avantages. Il avait toute liberté, quant à son ministère, d’user des droits que Dieu conférait à ceux qui s’occupaient de l’Évangile, mais il s’en était privé et ne voulait pas voir anéantir sa gloire. Malheur à lui, s’il ne remplissait pas ses obligations ; mais sa gloire était liée à l’Évangile, parce que son coeur y était tout entier ; sa gloire était de rendre l’Évangile exempt de frais, de ne pas lui coûter quoi que ce soit. Il le voulait aussi libre que lui-même, et toute sa vie avait eu cette direction.

Depuis le v. 19, il ajoute encore un autre point. Il était libre, entièrement libre, mais lui qui était libre à l’égard de tous, s’était asservi à tous. C’est un des beaux traits du caractère de ce cher serviteur de Dieu : il n’avait jamais pensé à lui-même, tandis que d’autres, attaquant son apostolat, cherchaient à s’élever sur ses décombres. Il ne cherchait pas à se défendre et n’avait qu’une pensée : gagner le plus de gens possible à l’Évangile. Quand il avait affaire à des Juifs, il était comme un Juif ; il était devenu toutes choses pour tous, afin d’en sauver quelques-uns (v. 21, 22).

Combien de fois n’entendons-nous pas citer ces paroles pour justifier le mélange des chrétiens avec le monde ! Il ne faut pas, dit-on, s’en retirer ; l’apôtre lui-même se faisait tout à tous, et nous sommes appelés à faire comme lui pour gagner le monde à Christ. La parole de Dieu ne contient aucune pensée semblable. L’apôtre était entièrement séparé du monde, de tous les avantages qu’il pouvait lui offrir ; il les considérait tous comme des ordures, afin d’atteindre Christ. S’il s’agissait de gagner les âmes, il se faisait tout à tous, complètement libre à l’égard des Juifs, des Grecs et des barbares, mais s’assujettissant à tous pour les amener au Seigneur ; ne se plaçant pas lui-même sous la loi pour gagner les Juifs, mais les prenant sur leur terrain, afin de les convaincre de péché. C’est ainsi qu’il allait de synagogue en synagogue, les appelant «hommes frères», invoquant l’autorité des saintes Écritures de l’Ancien Testament qu’ils reconnaissaient comme la parole de Dieu, pour leur annoncer le Messie qu’ils attendaient, et leur montrer, d’après leur loi et leurs prophètes, que ce Messie était le Christ. Il était sans loi à Athènes, et y prêchait le Dieu créateur, afin de les amener à Christ, au «dieu inconnu» ; il prêchait aux Romains la justice, la tempérance et le jugement à venir, afin d’atteindre leur conscience et de les faire recourir à un Sauveur ; parmi les chrétiens de Corinthe, il était faible, afin de gagner les faibles à la croix de Christ.

Certes, nous ne pouvons en aucune manière nous associer avec le monde pour sauver le monde, puisque nous lui sommes crucifiés ; mais nous pouvons le traverser dans l’esprit de l’apôtre, afin que de toute manière nous en sauvions quelques-uns ; faisant toutes choses à cause de l’Évangile, afin que nous soyons co-participants avec lui (v. 23). Paul voyait, pour ainsi dire, dans l’Évangile, une personne pour laquelle il travaillait et souffrait ; il s’identifiait avec tout ce qui lui arrivait.

Que Dieu nous donne de réaliser cela comme l’apôtre ! Que l’Évangile de Christ, Christ lui-même, prenne une telle place dans nos coeurs, qu’il soit le mobile de toute notre vie ici-bas ! Nous sommes tous appelés à être co-participants avec lui, comme l’apôtre le dit au commencement de l’épître aux Philippiens, en les louant beaucoup à cet égard. Si l’Évangile souffre dans ce monde, nos coeurs lui sont-ils liés, de manière à ressentir l’opprobre dont il est couvert ? Si nous assistons à ses progrès, nous en réjouissons-nous ? Dieu nous y appelle. Chacun de nous peut avoir part à cette Bonne Nouvelle par ses paroles, ses prières, sa sympathie, ses services, et en apprécier l’importance dans ces «temps difficiles». Que Dieu nous donne d’estimer l’Évangile beaucoup plus que nos coeurs, si facilement légers et mondains, ne nous le font, hélas, estimer d’habitude !

 

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9                    Chapitre 9:24 — 10:13

 

Nous avons terminé le premier grand sujet de cette épître, l’ordre qui convient à la maison de Dieu. Nous trouverons depuis le chap. 10:14, l’ordre qui appartient à l’Assemblée comme corps de Christ, mais auparavant, le court passage que nous venons de lire introduit une chose intermédiaire, très importante, qui n’est proprement ni la maison, ni le corps, mais la profession chrétienne qui se formait jadis, et remplit aujourd’hui le monde civilisé.

Remarquez que la division en sujets, que nous venons de mentionner, si simple, si logique, pour ainsi dire, se retrouve fréquemment dans les Écritures. Citons l’Apocalypse, livre si peu compris dans son ensemble, quoiqu’il soit le plus régulièrement distribué de tous les récits bibliques ; citons aussi le prophète Ésaïe, dont l’Esprit a soin de marquer les différentes parties d’une manière si frappante ; citons enfin les Psaumes, groupés et subdivisés de manière à nous éviter d’en fausser l’interprétation. Il en est de même pour d’autres livres, seulement il faut parfois plus d’attention pour en pénétrer la structure ; mais en l’étudiant, le plan général de la Parole nous devient plus familier. Il ne suffit pas, en effet, de lire la Bible sans l’étudier, car ce serait la traiter irrespectueusement et s’exposer à ne pas comprendre la pensée de Dieu. Il faut apprendre à la «découper justement», comme dit l’apôtre à Timothée. Nous ne pouvons assez recommander cette étude de la Parole à ceux qui commencent dans le chemin de la foi, mais elle doit être faite sous le regard de Dieu, dans la dépendance du Saint Esprit, et avec prière. Ces trois choses nous rendent capables de nous en approprier les trésors. S’en occuper superficiellement est un moyen certain de ne pas la connaître. Sans doute, notre connaissance ne peut être que partielle, mais, en y faisant des progrès, nous marchons vers la perfection, vers le moment où ce qui est en partie aura disparu et où nous connaîtrons le Seigneur, comme nous avons été connus de lui. On a comparé ce progrès à une lampe, placée au bout d’un long corridor sombre. À mesure que nous avançons vers ce foyer de lumière, nous en recevons plus de clarté, et, quand enfin nous l’avons atteint, nous pouvons le tenir dans nos mains et le posséder tout entier. C’est ainsi que le chrétien marche vers Christ.

Tout homme qui professe lui appartenir est responsable de l’atteindre. L’apôtre, dans le passage que nous avons lu, parle d’abord de cette responsabilité (9:24-27), en se donnant lui-même comme exemple. Il ne la traitait pas à la légère. Les Corinthiens auraient dû savoir cela, mais ils ne marchaient pas selon cette connaissance. L’apôtre place devant eux la nécessité que la vie chrétienne soit un témoignage réel et public devant le monde. Il y a, en effet, pour le chrétien, une vie intérieure et un témoignage public ; c’est de ce dernier qu’il parle ici. Il prend l’exemple des jeux olympiques, qui consistaient à remporter le prix à la course ou dans la lutte corps à corps — et cela en public, aux yeux de tous. Notre témoignage public devant le monde consiste, de même, en ces deux choses. Au chap. 3 des Philippiens, l’apôtre dit qu’il court pour le prix de l’appel céleste de Dieu, dans le Christ Jésus. Cet appel est d’être, devant Dieu, saints et irréprochables en amour, comme Christ. «L’espérance de l’appel» est d’atteindre cet état, au moment où nous aurons ce caractère, non seulement en Christ, comme nous l’avons maintenant, mais avec Christ, quand nous serons dans la même gloire que Lui. Nous avons à courir dans la lice, afin de remporter le prix ; pour l’atteindre et ne pas nous laisser distancer, il nous faut courir comme étant seuls à l’obtenir. L’apôtre rejetait comme des ordures tout ce qui pouvait l’entraver dans cette course. Des ordures ! Considérons-nous les choses du monde, ses avantages, ses trésors, et aussi ses vanités, comme autant de filets tendus pour nous enlacer, comme autant de fardeaux à rejeter ? Quand le soldat reçoit l’ordre d’enlever une position, il laisse son sac au bas de la pente, peu soucieux de ne pas le retrouver. Souvenons-nous que nous devons courir en présence de milliers de témoins. Pour ne pas être couverts de confusion, il nous faut non seulement cet effort que la Parole appelle «la vertu», mais la patience, un coeur libre, des yeux fixés invariablement sur le but à atteindre qui est Christ. Sans doute, un grand nombre l’atteindront de fait, grâce à Dieu, mais chacun de nous doit se dire qu’il n’y a qu’un prix, et courir comme si une seule personne devait le gagner. Quel zèle une telle pensée doit produire !

Outre la course, il y a la lutte : notre combat est avec les puissances spirituelles. Ne nous laissons pas arrêter dans notre course par la fatigue, le découragement, ou par le monde ; ne nous laissons pas affaiblir, dans le combat, par les pièges que l’Ennemi nous tend sans cesse. Une des conditions préliminaires de la victoire, c’est de vivre «de régime en toutes choses» ; il faut être préparé pour le combat avant d’entrer en lice. Le régime est une chose pénible qui exige une attention soutenue, un renoncement continuel à nous-mêmes. À ce prix-là nous recevrons, comme récompense du combat, une couronne incorruptible. L’apôtre avait rempli ces conditions d’une manière fidèle et pouvait dire à la fin de sa carrière : «J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course... désormais m’est réservée la couronne de justice, que le Seigneur juste juge me donnera dans ce jour-là, et non seulement à moi, mais aussi à tous ceux qui aiment son apparition». Il se donne ici (v. 26) comme modèle. Son combat était réel, et non pas un simulacre de combat, comme toute sa carrière apostolique nous le prouve. Il luttait, soit qu’il ait affaire à l’hostilité des hommes, soit qu’il ait affaire aux tentatives de Satan pour détourner les âmes de Christ. Quand la vérité de l’Évangile était en question, et que l’Ennemi cherchait à la détruire en ramenant les âmes sous la loi ; ou quand il cherchait à annuler la croix de Christ en asservissant les Corinthiens aux principes du monde, il trouvait l’apôtre sur son chemin. Mais, bien plus, pour livrer ce combat, il vivait de régime : il mortifiait et asservissait son corps, ne cédant en rien à la chair et la dominant par l’énergie du Saint Esprit, car il sentait toute la responsabilité de la profession chrétienne. Il ne dit pas : de peur qu’après avoir cru, mais : «de peur qu’après avoir prêché à d’autres, je ne sois moi-même réprouvé», car il s’agit ici de la profession, et non pas de la foi, de la responsabilité, et non pas de la grâce. Il est possible qu’une personne ait reçu des dons remarquables et qu’elle s’en serve ; disons même que, par son moyen, Dieu convertisse des âmes, et après tout cette personne sera elle-même réprouvée. Comme toujours, l’apôtre, quand il parle de la responsabilité, use de termes aussi absolus que possible. Posséder des dons, avoir un ministère public, prêcher à d’autres, sans réalité pour soi-même, sans jugement ni renoncement de soi devant Dieu, en un mot, sans la vie intérieure qui corresponde à la profession — n’a aucune valeur. Ne cherchez pas, comme cela se fait si souvent, à éluder la valeur de ce terme : réprouvé. Un réprouvé est un homme rejeté de Dieu, condamné aux peines éternelles. Cela ne veut pas dire que l’apôtre ait douté en rien de la perfection de la grâce, mais il prenait au sérieux sa course, son combat et son témoignage, et en considérait toute la solennité.

Après s’être donné en exemple par sa profession, il aborde la question de la chrétienté professante. Ici, l’on ne peut assez répéter, contrairement à ce que l’on dit souvent, qu’il n’existe pas deux genres de professions, l’une vraie, l’autre fausse : il n’y en a qu’une, mais, comme dans la parabole des dix vierges, elle peut être ou n’être pas accompagnée de la vie de Dieu. Nous allons parler de la non-valeur de la profession chrétienne sans vie, mais mon désir est que nous commencions par faire comme l’apôtre, que nous appliquions la réalité de la profession chrétienne à nous-mêmes, avant de l’appliquer à d’autres.

Au chap. 10:1-4, il aborde cette question : Qu’est-ce que la profession chrétienne, et quel droit donne-t-elle au salut éternel ? En réponse, il prononce le jugement le plus complet sur la chrétienté professante. Prenant l’exemple du peuple d’Israël, il l’applique à ce qui est issu du christianisme. Israël s’était mis en marche pour atteindre le pays de Canaan, conduit par la nuée qui, dès les premiers pas, le protégeait de jour et l’éclairait de nuit. Le Dieu de gloire s’y trouvait. Tous ils avaient passé à travers la mer Rouge, symbole de la mort de Christ sous le jugement de Dieu. Ces deux choses, la nuée et la mer, appartiennent aussi bien à la chrétienté professante qu’au peuple d’Israël selon la chair : la présence de Dieu, et la connaissance du salut qu’on obtient par le sang du Sauveur. «Et que tous ils ont été baptisés pour Moïse dans la nuée et dans la mer» (v. 2). Israël avait une sorte de baptême que la Parole assimile au baptême chrétien. Ils avaient tous été baptisés pour Moïse, leur chef, c’est-à-dire qu’ils avaient porté sur eux, pour ainsi dire, la livrée de Moïse, comme le professant porte la livrée de Christ. Israël l’avait prise dans la nuée et dans la mer ; la profession chrétienne reconnaît comme Seigneur un Christ vivant qui la protège et qui l’éclaire, un Christ mort, pour lequel elle est baptisée, car, remarquez-le bien, le baptême n’est pas autre chose que le signe de la profession chrétienne. — Israël avait eu la manne et l’eau du rocher : spirituellement, ces choses représentent le Fils de Dieu, descendu du ciel pour nourrir le peuple, et le Saint Esprit pour le désaltérer. Ces bénédictions appartiennent aussi à la chrétienté, dont il est dit qu’elle a «goûté du don céleste» et est devenue participante de l’Esprit Saint (Héb. 6). Notez bien qu’il ne parle pas ici des sacrifices juifs, types de la rédemption, ni de manger la chair et de boire le sang de Christ, ce qui impliquerait la vie éternelle. Or ces privilèges extérieurs ont-ils réussi à sauver Israël, ou sauveront-ils la chrétienté professante ? De tous les hommes adultes sortis d’Égypte, deux hommes de foi seuls ont traversé le Jourdain pour entrer dans la terre promise. Et qu’est-ce qui avait excité la colère et le jugement de Dieu contre ce peuple ? 1° Ils avaient convoité des choses mauvaises. 2° Ils avaient été idolâtres ; et notez qu’il ne cite pas ici le veau d’or, mais le festin qui l’avait accompagné, et qui peut tout aussi bien caractériser les chrétiens professants : «Le peuple s’assit pour manger et pour boire, et ils se levèrent pour jouer». 3° Ils avaient commis fornication avec les filles de Moab, avec les ennemis de Dieu. 4° Ils avaient tenté Christ. 5° Ils avaient murmuré. Tout cela ne s’applique-t-il pas aussi bien à la chrétienté professante, qui sera jugée du même jugement qu’Israël ?

Remarquez cette parole de l’apôtre : Ces choses sont arrivées «comme types de ce qui nous concerne». Il parle maintenant à ceux qui ne sont pas de simples professants, mais qui ont la vie de Dieu. Chacun d’eux est appelé à se demander : Est-ce mon cas ? Mon coeur convoite-t-il des choses mauvaises ? Est-ce que je trouve ma joie dans les jouissances matérielles ? Est-ce que je doute de l’amour de Christ ? Suis-je mécontent de rencontrer l’épreuve dans ma carrière ? Prenons-y garde. Le jugement de Dieu atteint ceux qui suivent ce chemin. Toute la question de notre responsabilité revient se placer ainsi devant nous, et si l’apôtre nous a parlé au chap. 9 de la sienne, la nôtre est-elle moins grande ? Si la profession chrétienne, si la chrétienté, malgré les bénédictions sans nombre dont Dieu l’a comblée, doit tomber sous le jugement, son sort ne nous servira-t-il pas «d’avertissement, à nous que les fins des siècles ont atteints ?» Remarquez qu’il en est toujours ainsi. Nous ne sommes pas appelés à prononcer le jugement sur la chrétienté ; c’est l’affaire de Dieu seul ; mais il veut que nous appliquions ces vérités à notre propre état, que nous nous demandions : Est-ce que toi, possédant la vie divine et l’Esprit de Dieu qui est venu faire sa demeure chez toi, tu te contentes d’apparences, te mettant au même niveau qu’une profession sans vie ? Si nous avons compris la grâce de Dieu, nous en finirons résolument avec toutes ces choses, comme l’apôtre Paul. Depuis la mort de Christ, «les fins des siècles» nous ont atteints ; c’en est fait pour nous de la responsabilité de l’homme pécheur, Christ l’ayant portée à la croix pour quiconque a cru en lui, et nous sommes entrés comme chrétiens dans une sphère nouvelle, sphère de bénédictions célestes, mais nous avons à réaliser cette position, et notre responsabilité comme chrétiens demeure tout entière. Combien il est important pour nous d’être remplis du sérieux que comporte notre vie chrétienne (et Dieu veuille le produire dans chacune de nos âmes), de comprendre que nous ne pouvons pas nous borner à une conduite extérieure, plus ou moins correcte, comme les professants sans vie, mais que notre état intérieur doit y correspondre. Si nous sentons combien nous avons manqué à notre responsabilité, disons en nous humiliant devant Dieu : J’ai péché contre toi ! Cependant il reste une seule chose sur laquelle nous puissions compter, c’est que Dieu est fidèle. Dans sa grâce, il m’a amené à Lui. Je devrai faire toute sorte d’expériences, si, pareil aux Corinthiens, je n’ai pas commencé par le jugement complet de moi-même à la croix, mais Sa grâce ne peut changer ; il est puissant pour me restaurer ; je ne puis m’appuyer que sur Lui. Me fera-t-il défaut ? Jamais ! Si j’abandonne un instant seulement sa main, je tomberai ; et combien de chutes honteuses et souvent retentissantes dans la vie du chrétien sont venues de ce que, se confiant en lui-même, il a abandonné le bras puissant et fidèle qui seul pouvait le soutenir !

 

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10               Chapitres 10:14 à 11:16

 

La fin du chap. 10 et ceux qui suivent, nous entretiennent d’un nouveau sujet : l’ordre et l’organisme de l’Assemblée comme corps de Christ. Pour le «corps», comme pour la «maison», l’épître aux Corinthiens diffère beaucoup de celle aux Éphésiens. Cette dernière nous montre l’Assemblée croissant pour être un temple saint dans le Seigneur ; elle en parle comme d’une habitation de Dieu par l’Esprit ; elle nous la montre aussi comme un Corps uni avec sa Tête glorifiée dans le ciel. L’Assemblée est le corps de Christ selon les conseils éternels de Dieu. Enfin, cette même épître aux Éphésiens parle de l’Assemblée comme de l’Épouse de Christ, ne faisant qu’un avec Lui, les deux n’étant qu’une seule chair, quoique cette Épouse lui soit soumise. C’est l’Épouse, telle que Christ la voit, mais il la purifie ici-bas, afin qu’il se la présente sainte et sans défaut dans la gloire.

Par contre, comme nous l’avons vu, l’épître aux Corinthiens considère l’Assemblée comme une maison édifiée par l’homme, responsable des matériaux qu’il y introduit et de l’ordre qui doit y régner. Si nous la considérons au point de vue du corps de Christ, cette épître nous présente aussi tout autre chose que celle aux Éphésiens. Nous y voyons le corps (de même que la maison) au point de vue de sa responsabilité, de la manière dont il doit fonctionner pour manifester Christ ici-bas. Cette pensée est développée dans tous les chapitres que nous allons considérer, jusqu’à la fin du chap. 14. Il faut que l’Assemblée manifeste le fonctionnement et l’unité qui appartiennent au corps de Christ. Vous comprendrez aisément l’immense importance pratique de ce point de vue, car, ne fussions-nous que trois ou quatre, nous sommes tenus de représenter l’unité du corps de Christ dans ce monde, et l’ordre qui appartient à cette unité.

C’est pourquoi le rôle assigné à la Table du Seigneur est très remarquable dans les vers. 14 à 22 du chap. 10. Il s’agit, en tout premier lieu, d’établir qu’il y a, dans ce monde, une manifestation de l’unité du corps. Cette unité existe ; ce n’est pas à nous à la faire ; il y a, est-il dit dans l’épître aux Éphésiens, un seul corps et un seul Esprit : c’est ce que Dieu a fait. Mais nous sommes ici-bas, et nous avons à manifester cette unité devant le monde. De fait, il n’y a qu’une seule place où elle puisse l’être : c’est la table du Seigneur. Le «seul pain» que nous avons sur cette table et auquel nous participons tous, est le signe visible que nous sommes tous un seul corps. Que le monde veuille ou ne veuille pas le voir, cela n’y change rien. Il y a ici-bas un témoignage, le seul qui puisse être rendu à cette unité, un témoignage établi de Dieu. Voilà ce qui fait (en partie, car nous ne parlons pas encore ici de la Cène comme mémorial) la valeur de la Cène du Seigneur pour nous.

Nous ne devons jamais l’oublier. Si nous ne nous réunissons pas autour de la table du Seigneur pour participer à ce seul pain, nous montrons une indifférence coupable au sujet de la manifestation de l’unité, confiée à notre responsabilité.

Mais, en lisant ces versets, nous pouvons nous rendre compte d’un autre fait, c’est qu’on pourrait être réunis comme chrétiens autour de cette table, sans manifester l’unité du corps. Je crois que ce fait est important et parle à nos consciences. Une assemblée comme celle des Corinthiens, moralement divisée, en mauvais état spirituel, pleine de compétitions, de querelles, sans union pratique, peut-elle prétendre à manifester l’unité à la table du Seigneur ? Absolument pas. «Je parle», dit l’apôtre, «comme à des personnes intelligentes : jugez vous-mêmes de ce que je dis» (v. 15). Si la table du Seigneur est l’expression de l’unité du corps de Christ, nous n’avons pas le droit de dire que nous avons cette table et manifestons l’unité du corps, quand pratiquement nous sommes désunis. Car, notez-le bien, toute cette épître traite, non pas comme celle aux Éphésiens, de ce qui est dans les conseils de Dieu, mais de notre responsabilité et de la manifestation pratique de ce que Dieu a établi. Nous pouvons donc perdre, par notre faute, l’immense privilège d’annoncer la vérité capitale qu’il y a dans ce monde un corps de Christ, dont tous les chrétiens, unis ensemble, font partie. Grâce à Dieu, ce corps reste un à ses yeux, mais si nous sommes infidèles, il ne pourra plus l’être aux yeux du monde, et quelle perte en résultera pour le Seigneur et pour son témoignage !

Il est dit au v. 16 : «La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion du sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion du corps du Christ ?» À ce propos, je voudrais faire remarquer que la communion a deux caractères. Dans la première épître de Jean, au chap. 1, vous trouvez que, en vertu de ce que nous possédons la vie éternelle, notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ. La communion nous y est présentée comme une jouissance et une part commune avec le Père et le Fils. Nous jouissons du Fils comme le Père en jouit, et du Père comme le Fils en jouit, et nous pouvons participer à tout ce qui est leur part. Dans notre chapitre, la communion est la participation des croyants, en commun, à toutes les bénédictions qui nous ont été apportées par le sang de Christ. C’est une notion d’une étendue moindre que celle de Jean, et cependant une bénédiction immense. Vous trouvez la coupe d’abord et le pain ensuite, car c’est le sang de Christ qui nous introduit dans toutes ces bénédictions. C’est par son sang que nous sommes rachetés, justifiés, sanctifiés, que nous avons obtenu la paix, que nous entrons dans le sanctuaire, que nous sommes amenés à Dieu, que nous sommes capables de nous tenir devant Lui, sans conscience de péché. En un mot, le sang de Christ est toujours la source et le point de départ de tous nos privilèges. La coupe est une coupe de bénédiction. Nous avons communion à ce sang, c’est-à-dire que nous avons la jouissance, et cela en commun, de tout ce que ce sang nous apporte, et alors, comment ne pas bénir cette coupe ? «Le pain que nous rompons» est la communion du corps du Christ. Nous avons une participation en commun à ce corps, et nous nous identifions avec lui. Quand le seul pain est posé sur la table et que nous le rompons, nous manifestons en commun que nous faisons, tous ensemble, partie de ce seul corps ; nous manifestons l’unité. Au chap. 11, le sang et le corps signifient ensemble la mort (le sang séparé du corps). Quand nous prenons part à la Cène, nous annonçons sa mort, et nous faisons le mémorial de Lui-même et de ses souffrances.

Je n’entrerai pas beaucoup dans les détails de ce qui suit. L’apôtre met la table du Seigneur en regard de l’autel juif et en opposition avec la table des démons. Il nous montre alors que, si l’idole n’est rien, en elle-même, derrière l’idole, chose grave, se cachent les démons, et il ne veut pas que les chrétiens soient assis à la table des démons. Le païen a communion avec les démons ; le Juif, qui a part aux sacrifices, a communion avec l’autel ; le chrétien, qui a part à la table du Seigneur, a communion avec Christ.

Avons-nous à coeur de manifester l’unité du corps de Christ, ou ferons-nous comme le monde, allant où bon nous semble ? Soyons donc intelligents et ne provoquons pas le Seigneur à jalousie !

Les versets 23 à 33 nous exhortent à ne pas rechercher chacun son propre intérêt, mais l’intérêt d’autrui. N’est-ce pas la conséquence naturelle du fait que nous sommes un seul pain, un seul corps ? l’apôtre termine en disant : «Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, ou quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu» (v. 31). Je m’arrête sur ce passage. Un chrétien qui a une conscience délicate et timorée se demande souvent : Est-ce bien ou mal de faire ceci ou cela ? Je ne pourrais le lui dire, mais il trouve, dans la parole de Dieu, une règle parfaite, s’adaptant à toutes les circonstances de sa vie, au manger et au boire, au repos ou à l’activité, à la maison ou au voyage, à une invitation ou à une fête, aux relations avec le monde, à tout enfin, et cette règle, c’est la gloire de Dieu. Comment puis-je faire ces choses à la gloire de Dieu ? En imitant le Seigneur dont c’était la mesure. «Soyez mes imitateurs», dit Paul, «comme moi aussi je le suis de Christ» (11:1). Dès lors tout est simple. Quand je prends la même règle en main, elle me dirige sans hésitation, sans inquiétude de conscience ; elle devient la source de toute la conduite du chrétien dans ce monde. Il est dit aussi : «Quoi que vous fassiez, faites-le de coeur, comme pour le Seigneur et non pour les hommes» (Col. 3:23). Ce que je fais, est-il bien ou mal ? Est-ce que je le fais pour Lui ? Si, par exemple, j’entre dans telle maison, si je fais telle visite, est-ce pour Christ ? Si, pour faire une visite, je suis obligé de supprimer le Seigneur, pourrai-je y consentir ? Ne ferai-je pas mieux d’y renoncer ? Oui, certes ! Je ne puis laisser mon Seigneur à la porte, comme on laisse son manteau dans le vestiaire. Christ mérite une autre place. S’il a cette place dans mon coeur, il faut que je le porte avec moi.

De cette manière, nos plus simples relations sont absolument réglées. Que Dieu nous donne de répondre à ses pensées à cet égard. S’il en est ainsi, tout ira bien dans notre vie, et Dieu sera glorifié.

Passant de là au chap. 11, vers. 2 à 16, l’apôtre aborde une question qui, à première vue, semble secondaire, et que, peut-être, je le pense, les Corinthiens avaient provoquée. Une femme doit-elle prier la tête couverte ou découverte ? C’est un petit détail, mais auquel Dieu attache une grande importance. Sans doute, il avait besoin d’être connu parmi les Corinthiens, car l’apôtre dit : «Je veux que vous sachiez». Je me suis souvent demandé pourquoi ce détail nous est donné à cette place ? La réponse est que, lorsqu’il s’agit de la gloire de Christ, rien n’est sans importance aux yeux de Dieu. Qu’une femme prie la tête couverte ou découverte, Dieu s’en enquiert. Cela touche, en type, aux rapports de Christ avec l’Assemblée, de l’Époux avec l’Épouse. Nous retrouvons ici, sous un autre caractère, la relation dont parle l’épître aux Éphésiens, chap. 3:10: «Afin que la sagesse si diverse de Dieu soit maintenant donnée à connaître aux principautés et aux autorités dans les lieux célestes, par l’assemblée» ; et ici : «La femme, à cause des anges, doit avoir sur la tête une marque de l’autorité à laquelle elle est soumise» (v. 10). Ainsi, quand les anges ont les yeux sur la femme soumise à son mari, ils voient et apprennent à connaître la sagesse si diverse de Dieu. Dieu a voulu leur donner, dans le spectacle de la femme qui a la tête couverte, un exemple de la soumission de l’Épouse à son Époux, de l’Église à Christ. Telle est la raison, je n’en doute pas, pour laquelle cette question nous est présentée ici, quoiqu’il s’agisse, dans l’espèce, d’un détail particulier de la conduite des femmes dans les assemblées.

L’apôtre donne trois raisons pour que la femme reste couverte. Il trouve la première dans la création : «L’homme ne procède pas de la femme, mais la femme de l’homme ; car aussi l’homme n’a pas été créé à cause de la femme, mais la femme à cause de l’homme» (v. 8, 9). La seconde dans la nature : «La nature même ne vous enseigne-t-elle pas que, si un homme a une longue chevelure, c’est un déshonneur pour lui ? etc» (v. 14). La nature est appelée comme témoin, que la femme doit avoir sur la tête le signe de la soumission à son mari. Comme cela s’accorde peu avec les idées féministes d’aujourd’hui ! On trouvera toujours des femmes prêtes à discuter, car il leur plaît toujours moins d’être mises dans une place de dépendance. L’apôtre leur donne, pour leur fermer la bouche, une troisième raison, la coutume : «Si quelqu’un paraît vouloir contester... nous n’avons pas une telle coutume, ni les assemblées de Dieu». Un certain ordre, une certaine décence, dépendant de l’habitude, doivent être observés dans les assemblées de Dieu. Il s’agit donc là, non seulement de la place donnée à la femme dans la création et selon la nature, mais il s’agit de l’ordre dans l’Église, de ce qui convient à l’Assemblée vis-à-vis de Christ.

L’apôtre ajoute au v. 11 : «Toutefois, ni la femme n’est sans l’homme, ni l’homme sans la femme, dans le Seigneur». Il ramène au niveau commun la position respective de l’homme et de la femme, car, dans le Seigneur, la femme est au niveau de l’homme, et ce dernier ne peut songer à tyranniser sa compagne. Elle est l’aide de l’homme et celui-ci est son soutien, mais ils sont unis dans le Seigneur.

Il y a donc un ordre à observer dans les rapports entre époux, afin que Celui qui est le Seigneur de tous soit glorifié dans l’Assemblée.

 

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11               Chapitre 11:17-34

 

En comparant l’épître aux Éphésiens et celle aux Colossiens avec l’épître qui nous occupe, je suis frappé de ce qui les distingue. Il va sans dire que, dans aucune de ces trois épîtres, l’Esprit de Dieu ne sépare l’Assemblée, comme corps, de sa Tête, mais l’épître aux Éphésiens nous présente la Tête et le corps, le seul homme nouveau, l’Assemblée, plénitude de Celui qui remplit tout en tous ; taudis que l’épître aux Colossiens nous parle de la Tête du corps, et que l’épître aux Corinthiens met en lumière le corps de la Tête. Nous avons déjà vu, dans le chap. 10, la manifestation de l’unité du corps de Christ ici-bas. Après avoir montré, au commencement du chap. 11, ce qui convient à la femme, vis-à-vis de l’homme, comme type des rapports de l’Épouse avec son Époux, car «le chef de tout homme, c’est le Christ» (v. 3), nous passons, au v. 17, au fonctionnement du corps, nouveau sujet qui se prolonge jusqu’à la fin du chap. 14.

Quand nous sommes réunis en assemblée (vous retrouvez ici le corps), comment celle-ci a-t-elle à se comporter ? Cette question est d’une importance capitale pour nous. Sans doute, nous ne sommes plus semblables à l’assemblée de Corinthe qui se réunissait ensemble en un même lieu, mais, alors que nous ne serions que deux ou trois réunis au nom du Seigneur, nous avons à manifester l’ordre qui convient au corps de Christ ici-bas. Entrant en plein dans ce sujet, nous trouvons en premier lieu ce qu’est la réunion d’assemblée : «Car d’abord, quand vous vous réunissez en assemblée...» (v. 18). Il y a donc, dans ce monde, une chose telle qu’une «réunion de l’assemblée», du corps de Christ. En consultant la Parole, nous trouvons que toute «réunion d’assemblée» a un trait commun : le Seigneur est personnellement et spirituellement au milieu d’elle (*), et cela donne à cette réunion un caractère de bénédiction que ne connaîtront jamais des chrétiens réunis pour une évangélisation ou une prédication de la Parole. Outre ce caractère général, la réunion d’assemblée en a de particuliers. Nous trouvons en premier lieu, la réunion d’assemblée pour le culte, dont la Cène, mémorial de la mort du Seigneur, est le centre. En second lieu, la réunion d’assemblée, pour la prière, dont il n’est pas fait mention ici, mais en Matt. 18 ; et, dans ce passage, nous apprenons que la réunion d’assemblée est possible même à deux ou trois réunis autour de Jésus comme leur centre. En troisième lieu, la réunion d’assemblée pour l’édification, telle que le chap. 14 de notre épître la dépeint.

(*) Voir : «Qu’est-ce qu’une réunion d’une assemblée ?», par H.R.

En abordant ici le sujet de la réunion d’assemblée, l’apôtre commence par un blâme «Or, en prescrivant ceci, je ne vous loue pas — c’est que vous vous réunissez, non pas pour votre profit, mais à votre détriment» (v. 17). Il leur avait dit, au v. 2 : «Je vous loue... de ce que vous gardez les enseignements, comme je vous les ai donnés» ; mais comment les réalisaient-ils dans la pratique ? Le premier point, déjà mentionné d’une manière générale au chap. 1, mais signalé ici en rapport avec les réunions d’assemblée, touchait les divisions qui régnaient parmi eux ; et ce blâme est formulé de la manière la plus sérieuse. Quand des chrétiens, réunis en assemblée, étaient mis en mesure de manifester ainsi leur union entre eux et avec Christ, osaient-ils être divisés et former des sectes ? Leurs divisions, comme cela eut lieu plus tard, ne les avaient pas encore matériellement séparés les uns des autres, mais, tout en restant unis extérieurement, les chrétiens rassemblés ne s’entendaient plus. Lorsque l’autorité apostolique ne fut plus là pour les contenir, et même, en une mesure, avant que la carrière de l’apôtre Jean fût terminée, ces divisions amenèrent des schismes ; et peu à peu l’Église se sépara en sectes innombrables. L’apôtre ne les loue pas de ce désordre, bien au contraire ; mais il se trouvait et il se trouve encore aujourd’hui, grâce à Dieu, dans l’Assemblée de Christ, des hommes qui, au lieu de les approuver, s’élèvent avec force contre les sectes, et Dieu dit de ces hommes : «Afin que ceux qui sont approuvés soient manifestes parmi vous» (v. 19).

De ce reproche, l’apôtre passe à un autre : Quand ils se réunissaient ensemble, ce n’était pas manger la Cène dominicale. Dans ce temps-là, ils prenaient la Cène avant ou après l’agape, et il arrivait que chacun apportait son propre repas, au lieu de le placer sur la table pour que tous en profitent. Ceux qui agissaient ainsi gardaient leurs vivres pour eux-mêmes, et les uns s’en allaient repus et mêmes ivres, chose considérée alors comme si peu déshonorante parmi les païens, tandis que d’autres avaient faim. Les désordres qui s’étaient introduits par la confusion de l’agape avec la Cène, donnent occasion à l’apôtre de les séparer, et de leur assigner à chacune sa place, comme il le dit aux vers. 33 et 34 , et d’enseigner ce qu’était la cène du Seigneur, sujet qui n’avait pas été complètement révélé auparavant par le récit des autres apôtres. C’est, en effet, par révélation que Paul fait connaître la vérité quant à cette institution et montre qu’il avait reçu directement du Seigneur ce qu’il leur avait communiqué (v. 23).

La Cène n’a pas le même aspect que la Table du Seigneur (chap. 10), où est manifestée l’unité du corps de Christ (*). Elle est un mémorial. Si nous ne trouvons la table que là où l’unité est mise en lumière, il n’en est pas de même de la Cène. Elle est chose connue et maintenue, très imparfaitement et partiellement, il est vrai, dans la chrétienté. Le pain et la coupe y sont proclamés comme un mémorial de la mort de Christ, et nous pouvons rendre grâces à Dieu qu’il en soit ainsi. On ne trouve, il est vrai, dans les systèmes ordinaires de la chrétienté aucune intention de célébrer la Cène en commun ; car, afin d’excuser si possible le mélange de chrétiens avec le monde qui a crucifié le Sauveur, on affirme que c’est un acte individuel. Cependant, nous ne doutons pas que des âmes pieuses y trouvent une bénédiction, en se souvenant de l’oeuvre accomplie pour elles.

(*) Voyez : «La Table du Seigneur et la Cène du Seigneur», par H.R.

Nous apprenons ici quatre choses au sujet de la Cène. Elle est, en premier lieu, un mémorial de la personne du Seigneur. Il a répété deux fois à ses disciples, en prenant le pain et la coupe : «Faites ceci en mémoire de moi». Si nous assistons à ce repas avec un coeur qui ne soit pas rempli de Lui-même, nous ne répondons qu’imparfaitement à son désir. En deuxième lieu, ce repas est un mémorial de son oeuvre : «Cette coupe, dit-il, est la nouvelle alliance en mon sang». Nous savons que, dans un temps futur, une alliance nouvelle sera conclue avec le peuple d’Israël et non pas avec nous, car jamais une alliance ancienne n’a été conclue avec l’Église. Mais les chrétiens jouissent déjà actuellement de tout le bénéfice que, dans un jour à venir, cette nouvelle alliance apportera à Israël. Le chap. 8 de l’épître aux Hébreux, citation du prophète Jérémie, nous apprend que cette alliance comprend quatre points. Le premier est : «C’est ici l’alliance que j’établirai pour la maison d’Israël après ces jours-là, dit le Seigneur : En mettant mes lois dans leur entendement, je les écrirai aussi sur leurs coeurs» (v. 10), chose entièrement opposée à l’alliance de la loi qui s’adressait au coeur naturel du peuple, et que celui-ci n’a jamais pu accomplir. Cette nouvelle alliance ne sera plus comme l’ancienne, une alliance conclue par deux parties, mais dépendra entièrement d’une seule, du Seigneur qui fera Lui-même l’oeuvre dans leurs coeurs. En ce qui nous concerne, cette oeuvre ne reste plus à faire, elle est déjà faite. — Voici le second point : «Je leur serai pour Dieu, et ils me seront pour peuple». La relation d’Israël avec l’Eternel sera rétablie (Osée 1:10) ; elle est déjà établie pour nous qui pouvons l’appeler notre Dieu et notre Père. — Quant au troisième point : «Ils n’enseigneront point chacun son concitoyen et chacun son frère, disant : Connais le Seigneur ; car ils me connaîtront tous, depuis le plus petit jusqu’au plus grand d’entre eux» (v. 11) ; cette connaissance de Dieu, nous l’avons par le fait que nous avons reçu de nouveaux coeurs et une nouvelle relation avec Lui, tandis qu’Israël attend encore l’alliance qui les lui apportera. — Le quatrième point est enfin : «Je serai clément à l’égard de leurs injustices, et je ne me souviendrai plus jamais de leurs péchés ni de leurs iniquités» (v. 12). Israël sera plus tard et pour toujours délivré de ses péchés qui seront bannis de la mémoire de Dieu ; mais nous pouvons déjà le dire aujourd’hui en vertu de l’oeuvre de Christ, reçue par la foi. — Nous possédons donc maintenant tout ce que la nouvelle alliance apportera à Israël, sans que pour cela cette alliance soit faite avec nous. Ces quatre points constituent les bénédictions chrétiennes ; c’est pourquoi la coupe, symbole du sang de Christ, est appelée la coupe de la nouvelle alliance.

Nous venons de voir que la Cène est, en premier lieu, le mémorial de la mort du Seigneur ; en second lieu, le mémorial de son oeuvre. En troisième lieu, nous trouvons ceci : «Toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez la coupe, vous annoncez la mort du Seigneur». La Cène est donc une proclamation au milieu du monde de la mort du Seigneur. Il y a actuellement une chose telle que l’Assemblée de Christ réunie pour annoncer ce grand fait et pour le faire connaître. Elle n’a pas besoin d’élever la voix ; le fait même que les chrétiens prennent la Cène tous ensemble annonce au monde, qu’il y prenne garde ou non, la valeur infinie de la croix de Christ.

Nous trouvons, en quatrième lieu, dans la Cène, une chose que nous ne pouvons en distraire : «Jusqu’à ce qu’il vienne». Nous attendons Sa venue. La proclamation de sa mort durera pendant toute la période de son absence, et cessera dès qu’Il sera venu. Alors le monde, laissé à lui-même, sera privé pour toujours de ce qu’il a méprisé ; mais alors aussi, ceux qui ont annoncé cette mort si faiblement, qui l’ont comprise si incomplètement, la célébreront ensemble dans la gloire céleste, avec des louanges infinies, autour de l’Agneau immolé !

Au sujet de la Cène, des choses graves se passaient parmi les Corinthiens. Plusieurs la prenaient indignement. Il est nécessaire de comprendre le sérieux d’un tel acte et, si l’on a part à un Christ mort pour nos péchés, de ne pas manger et boire sans distinguer le corps, sinon l’on boit et mange un jugement contre soi-même. Combien cela est sérieux ! Cette manière indigne de prendre la Cène du Seigneur, ne la distinguant pas d’un repas ordinaire, devait amener un jugement sur ces enfants de Dieu à Corinthe, jugement qui les atteignait dans ce monde, puisqu’ils n’étaient plus exposés au jugement éternel. On trouvait donc parmi eux beaucoup de faibles et de malades, et un assez grand nombre avaient été retranchés par la mort. Ce péché était pour plusieurs «un péché à la mort», pour lequel on ne pouvait pas prier. C’est, pour nous aussi, une chose solennelle à laquelle nous devons bien prendre garde. Il ne nous faut jamais oublier le jugement de nous-mêmes quand nous prenons la Cène, afin que le Seigneur ne soit pas obligé de nous juger pour notre manque de piété et de sérieux, quand nous accomplissons l’acte symbolique auquel il nous a conviés.

 

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12               Chapitre 12

 

Le chapitre que nous venons de lire est, si j’ose m’exprimer ainsi, un cours de physiologie spirituelle. Comme cette science nous expose la destination, le fonctionnement des organes du corps humain et ce qui les régit, le Saint Esprit nous expose ici la relation des organes du corps de Christ entre eux, le fonctionnement particulier de chacun, le but final auquel tous doivent tendre, et la source unique dont dépend toute l’activité de ce corps. Le chap. 14 nous le présente ensuite dans l’harmonie de son exercice. Si le spectacle de la vie du corps naturel est une chose merveilleuse, combien plus encore doit l’être celui du corps de Christ, mais combien aussi il est nécessaire que tous les membres soient d’accord, gardant chacun sa place, chacun sa fonction, puisant chacun et tous ensemble leur force à la source, responsables d’agir ainsi, afin que, comme il est dit, «il n’y ait point de division dans le corps» (v. 25). C’est ce que les Corinthiens (et nous tous avec eux) avaient à apprendre d’une manière particulière.

Voyons d’abord comment ce chapitre nous présente le corps. Ce n’est pas — nous l’avons déjà dit — comme dans l’épître aux Éphésiens, le corps de Christ vu dans son union avec sa Tête glorifiée dans le ciel, mais le corps, dans la place qu’il occupe ici-bas, aux yeux de Celui qui en est le Chef. Ce corps est appelé «le Christ» (v. 12). Il est identifié avec Lui, ou plutôt Christ l’identifie avec Lui-même. C’était la première vérité que Saul de Tarse avait apprise sur le chemin de Damas. «Pourquoi me persécutes-tu ?» avait dit le Seigneur à celui qui le persécutait dans ses membres sur la terre. Leur ensemble était Christ ici-bas : un tout, composé de membres divers, indissolublement lié avec Christ par le Saint Esprit ; un tout qui est appelé le corps de Christ : «Vous êtes le corps de Christ, et ses membres chacun en particulier» (v. 27). Notez, chose très importante, que c’est l’assemblée de Corinthe qui est appelée ici le corps de Christ. Ce n’est pas seulement l’ensemble des croyants, de tous ceux qui, en tout lieu, invoquent son nom, mais la manifestation de ce corps dans une assemblée locale, à Corinthe. Vous objecterez que cette Assemblée, composée comme autrefois de tous les chrétiens réunis en un dans une localité, n’existe plus. En effet, ce que le Seigneur avait institué à Corinthe et en tout lieu a été ruiné par la faute de ceux à la responsabilité desquels cette manifestation avait été confiée. Mais si nous avons perdu ce caractère de l’assemblée locale, et qu’il ne puisse être retrouvé, si tout est ruiné par notre faute, nous ne restons pas sans ressources. Nous apprenons, en Matt. 18, que l’Assemblée peut être représentée par deux ou trois réunis à son nom, sur le principe de l’unité du corps de Christ qui ne peut être détruite. Ainsi notre chapitre et ceux qui suivent sont aussi obligatoires pour nous, qu’ils l’étaient au temps prospère de l’assemblée de Corinthe. Appliquons-les donc avec confiance à nous-mêmes, et ne nous soustrayons point aux obligations qu’ils nous imposent.

Nous venons de voir la manière dont cette épître envisage le corps. Examinons maintenant l’origine et la source des fonctions de ses divers organes. Cette source est le Saint Esprit. Mais, dès le début, l’apôtre met les Corinthiens en garde contre le danger des manifestations spirituelles qui avaient lieu dans le paganisme dont ils étaient sortis (v. 1-3). Ils auraient pu confondre l’action des mauvais esprits avec celle de l’Esprit de Dieu. Un esprit satanique pouvait faire des miracles comme Jannès, et Jambrès, parler en langues et exprimer des choses extraordinaires pour attirer les âmes après lui. Ces dangers ont-ils disparu dès lors ? Le paganisme a été remplacé par la chrétienté ; mais, chose terrible à constater, cette dernière est devenue elle-même le repaire des esprits de ténèbres. Combien de ces manifestations ne voyons-nous pas se produire aujourd’hui ! Le spiritisme, sous toutes ses formes, gagne de plus en plus d’adhérents. Ne dirait-on pas que la maison chrétienne a déjà été envahie, comme le sera plus tard la maison juive, par sept esprits plus méchants que le premier ? — l’apôtre donne aux Corinthiens un moyen de discerner ces esprits ; il leur dit ce que l’Esprit de Dieu fera toujours et les mauvais esprits jamais. L’Esprit reconnaît l’autorité du Seigneur Jésus, les mauvais esprits la nient et même la maudissent. «Nul homme parlant par l’Esprit de Dieu, ne dit : «Anathème à Jésus» ; et... nul ne peut dire : «Seigneur Jésus», si ce n’est par l’Esprit Saint» (v. 3).

Le Saint Esprit n’est pas multiple, comme les esprits du paganisme que les Corinthiens avaient quitté ; il est un. Il n’est pas une influence, mais une personne : Il distribue à chacun en particulier, comme il lui plaît (v. 11). Bien plus, il est Dieu. Le même Esprit donne ; au même Seigneur reviennent les services ; le même Dieu opère tout en tous ; et, comme Lui, ce même Esprit opère toutes choses (v. 5, 6, 11). L’Esprit distribue les dons, comme, dans l’épître aux Éphésiens, le Christ les donne (Éph. 4:8).

Mais si nous sommes baptisés d’un seul Esprit pour être un seul corps, l’Esprit lui distribue divers dons de grâce. Il y a diversité dans l’unité. «Les membres sont plusieurs, mais le corps, un». «Car aussi le corps n’est pas un seul membre, mais plusieurs» (v. 14, 20). Chaque membre a sa place ordonnée dans l’ensemble du corps. Un organe ne peut suppléer un autre : «Si tous étaient un seul membre, où serait le corps ?» (v. 19). Un organe ne peut se séparer d’un autre, ni le jalouser. Ce serait de l’orgueil, et l’orgueil nous sépare toujours pratiquement de l’ensemble du corps : «Si le pied disait : Parce que je ne suis pas main, je ne suis pas du corps, est-ce qu’à cause de cela il n’est pas du corps ?» (v. 15). Un organe ne peut usurper la place d’un autre et ne suffit pas pour constituer le corps : «Si le corps tout entier était oeil, où serait l’ouïe ?» (v. 17). Un organe ne peut mépriser un autre ou s’en passer : «L’oeil ne peut pas dire à la main : Je n’ai pas besoin de toi ; ou bien encore la tête (ce qu’il y a de plus élevé), aux pieds (ce qu’il y a de plus bas) : Je n’ai pas besoin de vous» (v. 21).

Tout cela a une double conséquence. D’abord, nous ne réalisons pas l’unité du corps de Christ, quand chaque membre ou chaque organe n’y prend pas la place qui lui est assignée par l’Esprit de Dieu. Ensuite, on ne peut prétendre à une place séparée ; ce serait nous séparer du corps que Dieu a formé et où il nous a placés comme il l’a voulu (v. 18). La réalisation de l’unité exclut la propre volonté.

De plus, les membres du corps sont solidaires l’un de l’autre ; et pour éviter toute tendance d’un membre à se parer de ses avantages vis-à-vis des autres, Dieu a eu soin de revêtir ceux qui semblaient les moins honorables pour marquer l’importance qu’il leur attache. C’est ainsi que les organes les plus cachés, comme le coeur, les reins, l’estomac, etc., sont les plus revêtus et sans eux, en effet, toute vie serait interrompue dans le corps. Donc les membres sont faits pour s’entraider, et non pour se combattre ou pour se supplanter, «afin qu’il n’y ait point de division dans le corps, mais que les membres aient un égal soin les uns des autres» (v. 25).

Quel est le but de tout ce fonctionnement harmonique des organes ? L’utilité : «À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue de l’utilité» (v. 7). Si nous l’avons compris, nous ne souffrirons pas d’entrave à notre activité dans le corps, et, nous rendant bien compte de notre fonction, nous chercherons à nous en acquitter fidèlement, en vue du profit que l’ensemble doit en tirer. Hélas ! combien de membres du corps de Christ répondent par l’inertie à cette exhortation ! Notre paresse spirituelle trouve plus commode que d’autres agissent à notre place, et nous aimons à nous persuader que, dans le corps de Christ, un membre peut suppléer l’autre et prendre la charge de sa fonction. C’est contredire la pensée de l’Esprit Saint. Nous devrions lire et relire ce chapitre en nous demandant : Réponds-tu à ce qu’attend de toi Celui qui distribue à chacun en particulier comme il lui plaît ? Nous souffrons facilement qu’un ou deux dons s’exercent parmi les enfants de Dieu, tandis qu’une quantité d’autres restent comme paralysés ! Est-ce bien l’état normal du corps de Christ ?

Après le fonctionnement des dons, nous passons, au v. 27, à leur énumération, car aucun don ne manquait dans l’assemblée de Corinthe (1:7). Il est à remarquer qu’au commencement du chapitre, l’apôtre nous a parlé de dons qu’on pourrait appeler occasionnels : la parole de sagesse, la parole de connaissance, la foi, les faisant suivre des dons auxquels il assigne une place secondaire . guérisons, miracles, prophétie (je crois qu’il s’agit simplement ici de l’annonce de choses futures), discernement entre les mauvais esprits et l’Esprit de Dieu, langues. À la fin du chapitre (v. 28), il présente d’abord les dons permanents : apôtres, prophètes, docteurs, et les fait suivre, comme dans le premier cas, de dons auxquels il assigne cette même place secondaire : miracles, guérisons, aides, gouvernements, langues. Cela réduisait à néant la prétention des Corinthiens de mettre ces derniers à la première place, à cause du relief personnel qu’ils en retiraient. Dans les deux cas les langues occupent la dernière ; et de plus, ces dons miraculeux des premiers temps de l’Assemblée n’ont pas tardé à disparaître.

L’énumération des dons de grâce «plus grands», c’est-à-dire des apôtres, prophètes et docteurs, diffère de celle de l’épître aux Éphésiens, qui mentionne les évangélistes comme agissant en vue de la formation du corps. L’épître aux Corinthiens les omet, parce qu’elle nous parle du fonctionnement du corps, et non de la manière dont il est formé. Les apôtres représentent l’autorité, les prophètes la révélation, les docteurs l’enseignement. Ces trois dons demeurent, le premier comme ayant posé une fois pour toutes le fondement dans la Parole écrite ; nous verrons, au chap. 14, la signification et le rôle du second, et le troisième ne manque jamais, quand il s’agit de croître par la connaissance de la Parole. Ces trois dons sont appelés «plus grands», mais l’apôtre fait particulièrement allusion aux deux derniers, quand il recommande aux Corinthiens de les désirer «avec ardeur», car le fondement ne pouvait être posé de nouveau. Or cet appel à les désirer s’applique à nous, ainsi qu’à tous ceux qui invoquent le nom du Seigneur.

 

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13               Chapitres 12:31 ; 13 ; 14:1

 

Au dernier verset du chap. 12, et au premier du chap. 14, l’apôtre exhorte les saints de Corinthe à «désirer avec ardeur les dons spirituels». J’entends souvent ces paroles dans la bouche des chrétiens, mais je me demande si elles expriment un désir réel sortant du fond de nos coeurs et de nos consciences. Désirer avec ardeur, n’est pas un simple désir, mais un besoin brûlant. Nous pouvons ne pas manquer de dons, sous forme de services divers, mais il s’agit ici des dons de grâce plus grands. Que des chrétiens, habitués à suivre un homme, institué par les hommes, n’aient aucun désir ardent de dons spirituels pour eux-mêmes, cela n’a rien d’étonnant, car ils ont ce qu’ils souhaitent ; mais ceux qui possèdent mieux que cela, et que la grâce a sortis d’un milieu où les dons sont méconnus, les désirent-ils réellement ? Laissons cette pensée agir sur nos coeurs. Nous n’obtiendrons les dons plus grands que si, sortant de notre apathie spirituelle, nous les désirons avec ardeur. Quels motifs peuvent nous y engager ? Nous-mêmes, le relief donné à notre personnalité, ou notre propre gloire ? Mais alors, nous n’aurions rien compris à ce que le chap. 12 nous a présenté. Le bien de nos frères, l’utilité pour le corps de Christ, la gloire du Seigneur ? Dans ce cas, nous entrons dans un chemin plus excellent. Plût à Dieu, qu’il y ait ce zèle ardent pour Lui et pour l’édification des saints ! C’est ce que l’apôtre nous recommande.

Nous avons vu, au chap. 12, que les dons diffèrent, mais il y en a de plus grands, l’un d’entre eux surtout. Le chap. 14 nous dit à son sujet que celui qui prophétise est plus grand que celui qui parle en langues. Or c’était précisément ce dernier don que les Corinthiens estimaient le plus, car il les faisait valoir aux yeux des autres. Jamais les dons qui mettent l’homme en vue ne sont les plus grands. Même la connaissance enfle : un homme qui a beaucoup étudié la Parole et qui en a l’intelligence, est en danger de se croire quelque chose. Seule la connaissance de Christ nous humilie.

Mettant un peu à part les apôtres, comme revêtus d’une mission qui n’était pas confiée à d’autres, il dit : «En second lieu des prophètes». Ce n’est pas comme en Éphésiens 2:20, où il parle du don de prophétie comme appartenant aux apôtres ; ici, il sépare d’eux les prophètes, comme en Éph. 4:11, et ajoute en troisième lieu des docteurs. Ce sont donc deux classes d’hommes, dont les premiers, les prophètes, étaient appelés à révéler aux autres les pensées de Dieu, et les seconds à leur enseigner la vérité. Mais, quand il s’agit de prophétie, l’apôtre fait une différence entre la révélation des choses futures et la révélation des pensées actuelles de Dieu. En parlant de la première, il dit au chap. 12:10 : «À un autre la prophétie» ; et au chap. 13:2 : «Si j’ai la prophétie». En parlant de la seconde, il dit au chap. 14:1 : «Désirez avec ardeur les dons spirituels, mais surtout de prophétiser». N’avez-vous jamais rencontré ce don-là ? N’avez-vous pas dit, quand il s’est exercé dans l’assemblée : «Cet homme est un prophète ; il nous a révélé les choses de Dieu, et nous a placés en Sa présence d’une manière toute nouvelle et inattendue» ?

Au chap. 12, nous trouvons la doctrine des dons du Saint Esprit, et au chap. 14, ces dons en exercice, mais le chap. 13 introduit entre ces deux sujets une condition absolument indispensable pour l’exercice des dons : l’amour. Sans l’amour, retenons-le bien, ils sont absolument inutiles. On peut posséder les dons les plus éminents ; ils n’ont aucune valeur, si l’amour ne les met pas en activité. Cela nous juge. Si notre action dans l’assemblée provient du désir de plaire aux hommes, ou de nous faire valoir, elle est moins que nulle, est elle malfaisante et n’a aucun rapport avec le service du Seigneur. «Est-ce», dit l’apôtre, «que je cherche à complaire à des hommes ? Si je complaisais encore à des hommes, je ne serais pas esclave de Christ» (Gal. 1:10).

Le «chemin bien plus excellent» est donc l’amour. Vous verrez, au chap. 14, que tout en découle, quoique le mot «amour» n’y soit pas prononcé. Dans ce chapitre, l’apôtre revient toujours à l’édification, mais il est impossible d’édifier l’assemblée sans l’amour. «La connaissance enfle, mais l’amour édifie» (8:1). Je pourrais communiquer aux auditeurs des choses très intéressantes, mais si elles attirent les regards sur moi, elles n’auront servi qu’à m’exalter et à détourner les âmes de Christ.

Notre chapitre commence par montrer qu’on peut posséder tous les avantages spirituels sans aucun résultat : «Si je parle dans les langues» (choses que les Corinthiens recherchaient avant tout) «des hommes et des anges, mais que je n’aie pas l’amour, je suis comme un airain qui résonne ou comme une cymbale retentissante». Un bruit ! Si l’on frappe sur une cloche d’airain, cela produit un son qui se prolonge un peu, puis tout rentre dans le silence. Le son a pu être très harmonieux ou retentissant, comme celui de la cymbale, mais n’a pas produit d’autre effet que de s’envoler dans les airs. «Si j’ai la prophétie, et que je connaisse tous les mystères et toute connaissance...» Il parle ici de la révélation des choses futures et de la connaissance des mystères contenus dans la Parole. «... Et que j’aie toute la foi de manière à transporter des montagnes...» Il fait allusion à la puissance dont le Seigneur entretenait ses disciples : «Si vous avez de la foi et que... vous disiez à cette montagne : Ote-toi et jette-toi dans la mer, cela se ferait» (Matt. 21:21). Si je possède cette puissance sans l’amour je ne suis rien. On peut exercer une grande influence, être doué d’une manière spéciale pour accomplir des faits extraordinaires, et cependant être réduit à rien, car ces dons sont le néant pour Dieu. L’apôtre va plus loin encore, au v. 3 : Un homme distribue tout son bien en aliments, se réduit à l’extrême pauvreté, jusqu’à n’avoir plus que son corps... il le livre pour être brûlé ! Je ne pense pas qu’il s’agisse ici des martyrs ; car, lorsque Paul écrivait, les martyrs n’étaient pas encore livrés au bûcher, mais il dit cela d’une manière générale pour indiquer qu’un tel homme consent à ce qu’il ne reste rien de lui après lui. Un tel homme sera appelé un héros qui pousse l’abnégation jusqu’à se sacrifier lui-même personnellement, mais s’il n’a pas l’amour, cela ne lui profite de rien.

De telles paroles nous font mieux comprendre l’importance de l’amour dans l’exercice des dons. S’il est absent de nos coeurs, cela doit être un sujet d’humiliation profonde. Comment, sans l’amour, être utile à nos frères ? Comment sans lui, annoncer l’Évangile au monde ? À cet égard, l’apôtre disait de lui-même : «L’amour du Christ nous étreint». L’amour donnait de la puissance à sa prédication ; sans lui, les dons les plus éminents n’avaient pas de valeur. Il peut arriver d’autre part qu’un don sans apparence ni valeur à nos yeux, produise les résultats les plus bénis, parce qu’il a l’amour pour mobile.

Toutes ces choses amènent l’apôtre à la description de l’amour. Il n’en donne pas une définition proprement dite, car l’amour est l’essence même et la nature de Dieu, mais plutôt la description de l’amour en action, et c’est ce que nous avons besoin de savoir. Le chap. 11 de l’épître aux Hébreux nous donne, au sujet de la foi, une description analogue, en nous présentant l’activité de la foi, tandis que la foi est proprement la réception du témoignage que Dieu nous a donné au sujet de son Fils.

En considérant l’ensemble des versets 4 à 7 de notre chapitre, nous pouvons nous convaincre qu’un seul homme, Jésus, a réalisé l’amour d’une manière parfaite. Ces versets sont donc une description de l’activité de l’amour de Christ dans ce monde. Vous trouvez ici, et non sans raison, quatorze caractères de l’amour. Le nombre 7 est celui de la plénitude, le nombre 14 est, pour ainsi dire, la plénitude de la plénitude ; le nombre 7 est parfait, le nombre 14, plus que parfait.

Quand il s’agit de notre propre état, nous pouvons nous demander si, même imparfaitement, nous réalisons l’activité de l’amour, telle qu’elle nous est présentée dans ce passage. Arrivés au bout de cette liste, nous devrons avouer, avec une profonde humiliation, que telle n’a pas été notre conduite. Et, nous arrêtant sur chacun de ses caractères, nous dirons : J’ai manqué d’amour ! Mais par cet examen de nous-mêmes devant un modèle parfait, nous gagnons en expérience, et nous sommes encouragés à montrer plus d’amour dans notre activité chrétienne.

Remarquez, dans ces versets, les diverses qualités de l’amour : Le caractère général de toutes est le renoncement à soi-même. L’envie, la vantardise, l’orgueil, sont autant de traits de l’égoïsme humain. Je m’arrête souvent sur le mot : «Il n’agit pas avec inconvenance». Un chrétien qui manque de tact, pour parler le langage du monde, n’agit certainement pas dans l’amour. Vous trouverez souvent, en conséquence, beaucoup plus de tact chez des chrétiens sans éducation, que chez d’autres qui en ont reçu. Par la seule raison qu’ils agissent en amour, ils ne disent pas une parole, ni ne font un acte inconvenant. «Il ne s’irrite pas ; il n’impute pas le mal ; il ne se réjouit pas de l’injustice». Combien cela nous juge ! Ne sommes-nous pas plus prompts à faire ressortir les défauts de nos frères que leurs qualités et, quand nous parlons d’eux, le dénigrement n’est-il pas notre première pensée ? L’amour ne fait rien de semblable. — L’amour «se réjouit avec la vérité». On rencontre souvent la vérité sans l’amour ; alors, au lieu d’attirer les âmes, elle les blesse, les détourne et les repousse. L’apôtre pouvait ne blesser personne, parce qu’il avait de l’amour. — On rencontre souvent aussi l’amour sans la vérité. Dans ce cas, c’est un amour sans objet qui ne mérite pas le nom d’amour, car la vérité, c’est Christ, sa Parole, son Esprit.

Il termine sa nomenclature par ces mots : «Il supporte tout, croit tout, espère tout, endure tout». On trouve, dans l’amour, non seulement les caractères négatifs dont nous venons de parler, mais une énergie positive qui nous rend capables de tout supporter, travaux, fatigues, souffrances ; de tout croire. Tout croire n’est pas la crédulité qui croit des mensonges, mais la promptitude à accepter le bien chez d’autres, au lieu de le mettre en doute. «Tout espérer», c’est regarder avec confiance en avant, comptant voir pour d’autres la réalisation du bien, au lieu de nous défier d’eux, ce qui n’est pas autre chose que nous défier de la grâce. «Tout endurer», c’est traverser, sans se plaindre, la calomnie, les outrages, la mauvaise réputation. L’apôtre termine en disant : «L’amour ne périt jamais».

Il montre ensuite que tous les dons, langues, connaissances, prophétie, cesseront pour faire place à ce qui est parfait. Alors nous en aurons fini avec ce qui appartient à l’enfant. Ce dernier parle (langues), pense (prophétie), raisonne (connaissance), comme un enfant ; mais tout cela aura sa fin, quand nous verrons face à face et connaîtrons comme nous avons été connus.

Trois choses, ajoute l’apôtre, caractérisent le chrétien et demeurent maintenant, au milieu de tant de choses qui ne durent pas : la foi, l’espérance et l’amour. Mais la foi aussi prendra fin et sera remplacée par la vue ; l’espérance prendra fin pour être remplacée par la possession de Christ, son objet. Une seule ne finira pas, celle dont il est dit : «L’amour ne périt jamais». Elle est plus grande que les dons de grâce «plus grands» ; plus grande encore que la foi et l’espérance, choses qui demeurent maintenant. Si l’amour est l’Etre même de Dieu, il est aussi son activité suprême ; une mer de délices sur laquelle nous voguerons éternellement sans jamais en atteindre les rivages, car elle n’en a pas. Nous allons le voir, comme nous avons été vus, le connaître comme nous avons été connus, l’aimer, enfin, comme il nous aime, d’un amour inexprimable. Que cette pensée remplisse nos coeurs et en déborde !

 

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14               Chapitre 14

 

Après la doctrine des dons au chap. 12, et l’amour nécessaire à leur exercice au chap. 13, nous trouvons, au chap. 14, la manière dont ils doivent s’exercer dans l’assemblée.

Ce chapitre se divise en deux parties. La première (v. 1-25) parle d’une manière générale de l’exercice des dons dans l’assemblée, et de ce qui a lieu dans une réunion d’assemblée ayant pour but l’édification. La seconde partie (v. 26-40) insiste sur l’ordre qui convient à l’assemblée réunie.

Il est incontestable que, vu la ruine de l’Église, cette réunion, dont il est dit : Quand «l’Assemblée tout entière se réunit ensemble», n’existe plus maintenant, et cependant les chrétiens sont responsables aujourd’hui sur ce point, comme si toute l’Assemblée de Christ se réunissait avec eux. Lorsque, comme nous l’avons dit plus d’une fois, ils ne seraient que deux ou trois à représenter l’Assemblée, selon Matt. 18, ils ont à manifester les caractères de toute l’Assemblée réunie.

L’exercice des dons n’a pas d’autre but que l’édification, car l’édification est la pensée dominante de ce chapitre. Lorsqu’un don quelconque s’exerce sans ce résultat, il vaudrait beaucoup mieux, comme on le voit ici, qu’il ne s’exerce pas du tout. Cela nous ramène à la pensée, exprimée dans le chapitre précédent : Si le don produit l’édification de l’assemblée, c’est qu’il est accompagné de l’amour. Beaucoup de frères à Corinthe parlaient en langues étrangères. Si, par exemple, je parlais chinois dans l’assemblée, sans être interprété, ce serait sans doute un don de l’Esprit, mais je m’édifierais moi-même, au lieu d’édifier l’assemblée, et si personne, sauf moi, n’était édifié, ce ne serait pas de l’amour, mais de l’égoïsme, c’est-à-dire le contraire de l’amour. L’apôtre insiste sur ce fait, et montre quelles sont les bénédictions apportées dans l’assemblée par le don de prophétie, en contraste avec le don des langues, car ici, le sujet important est le contraste entre ces deux dons.

Qu’est-ce que la prophétie ? Comme nous l’avons vu au chapitre 12, l’apostolat mis à part, nous trouvons deux dons précieux, plus grands que les autres, le docteur et le prophète ; mais l’apôtre insiste ici sur les prophètes. Le docteur enseigne, communique la connaissance, le prophète révèle (v. 5). De tout temps, les prophètes ont révélé les choses cachées de Dieu. Ceux d’Israël faisaient connaître à leur peuple son avenir et les jugements qui fondraient sur lui, et lui révélaient comment Dieu établirait sur la terre le royaume futur du Messie. Les prophètes du Nouveau Testament présentent le jugement qui tombera sur le monde chrétien, l’avènement du Méchant, de l’Antichrist, et, après ces jugements, le royaume céleste et terrestre de Christ, et la bénédiction future des saints célestes. Toutes ces choses, mystérieuses et inconnues avant eux, nous sont révélées par les prophètes. Aujourd’hui ces révélations sont terminées ; il ne reste rien à y ajouter. L’état présent du chrétien et du monde et les choses futures, sont connus. — Cependant le don prophétique s’exerce encore actuellement, et nous voyons cela dans notre chapitre. Le prophète se sert de la parole de Dieu, des saintes Écritures, pour en développer, par la puissance de l’Esprit, les mystères en vue de l’édification de l’Assemblée. Ce côté du don prophétique persiste depuis que les Écritures sont complétées. Au commencement du siècle dernier pas un chrétien n’attendait la venue du Seigneur Jésus pour enlever les saints auprès de Lui, et cependant presque tous les livres du Nouveau Testament nous en parlent. L’Esprit prophétique a pris cette vérité, contenue dans la Parole, pour la remettre en lumière au temps convenable. Nous pourrions multiplier ces exemples. La parole de Dieu est complète et immuable ; mais, au cours des siècles, beaucoup de ses vérités essentielles étaient entièrement ignorées et demeuraient lettre morte. L’Esprit prophétique les a mises en lumière en plaçant les âmes en présence de la vérité divine. Une conséquence remarquable de l’action de cet esprit prophétique dans tous les temps, est d’obliger les âmes à dire : «Dieu est... parmi vous», dans l’assemblée. Les âmes incrédules ou complètement ignorantes sont mises par le prophète en rapport direct avec Dieu : «Si tous prophétisent, et qu’il entre quelque incrédule ou quelque homme simple, il est convaincu par tous, et il est jugé par tous : les secrets de son coeur sont rendus manifestes ; et ainsi, tombant sur sa face, il rendra hommage à Dieu, publiant que Dieu est véritablement parmi vous» (v. 24, 25). Tel est l’effet produit par le don prophétique dans une réunion d’assemblée en vue de l’édification. La conscience de l’incrédule ou de l’ignorant est atteinte, et reconnaît immédiatement la présence de Dieu dans l’assemblée.

Que Dieu nous donne, chers amis, de désirer avec ardeur ce don-là. Poursuivez l’amour et désirez le don de prophétie. Si Dieu nous fait une telle recommandation, est-ce pour ne pas répondre à notre demande ?

Nous trouvons dans ce chapitre un mot répété continuellement : le mot édification. Il n’y revient pas moins de sept fois. Pour décrire, non pas ce qu’est la prophétie, mais son action sur les âmes des chrétiens rassemblés, l’apôtre dit : «Celui qui prophétise parle aux hommes pour l’édification, et l’exhortation, et la consolation» (v. 3). De même qu’il décrit aux vers. 24 et 25, l’action de ce don sur la conscience des simples et des incrédules, il montre la bénédiction attachée à cette action, quand elle a pour objet l’Assemblée. Remarquez qu’il ne s’agit, dans ces deux cas, que de l’Assemblée, non pas de toute autre réunion, et certes, nous devrions tous avoir à coeur de réaliser davantage ce qu’est une réunion d’assemblée pour l’édification, l’assemblée se réunissant dans ce but autour de la personne du Seigneur. Ce chapitre ne nous le présente pas en personne au milieu des siens, comme lorsqu’il est parlé du culte ou de la prière, mais il dit : Dieu est véritablement parmi vous (*). Cela tient simplement à ce qu’il parle ici du Saint Esprit agissant dans le corps de Christ par les dons, et non pas, comme dans les Éphésiens, de Christ qui les donne. Le Saint Esprit est là, distribuant lui-même les dons, et présidant à leur action ; donc Dieu est là. Quelle grâce pour l’incrédule ! Il tombe sur sa face et dit : Pour la première fois de ma vie, je me suis trouvé en rapport direct avec Dieu.

(*) En umin, comme en Col. 1:27

Bien-aimés ! nous sommes dans un temps d’extrême faiblesse et d’humiliation au milieu de l’état de ruine que nous, chrétiens, avons provoqué ; mais, d’autre part, soyons bien certains que, si nous cherchons à réaliser la réunion d’assemblée pour l’édification, nous éprouverons que Dieu est parmi nous et nous retrouverons, en dépit de la ruine, des bénédictions que nous n’avions peut-être jamais connues auparavant. Si nous désirons avec ardeur les dons spirituels, je ne doute pas un instant que nous en voyions les résultats.

Il est encore un point sur lequel je désire attirer votre attention. Ce qui caractérise l’Assemblée, c’est l’ordre. Ce chapitre nous en entretient depuis le v. 26. Un grand désordre régnait dans l’assemblée de Corinthe. Deux ou trois personnes se levaient, parlaient en langues sans interprète, et par conséquent sans édification, cherchant avant tout, sans peut-être s’en rendre compte, ce qui les exaltait à leurs propres yeux et à ceux des autres. Des frères parlaient tous ensemble. L’apôtre leur dit que deux ou trois pouvaient parler en langues, «chacun à son tour», mais avec interprétation de leur langage. De même, deux ou trois prophètes (il ne dit pas ici «tous» les prophètes, comme au v. 24) pouvaient parler. Quand l’Esprit de Dieu avait donné quelque chose à un second, le premier devait se taire, car «les esprits des prophètes sont assujettis aux prophètes». La puissance spirituelle, dans le prophète, lui est soumise, en sorte qu’il peut s’arrêter et laisser la place à d’autres. De cette manière, l’ordre selon Dieu est maintenu dans le corps de Christ.

En dernier lieu, l’apôtre s’adresse aux femmes, et ce n’est pas, comme vous le savez, la première fois dans cette épître. On ne peut être assez humilié de ce qui se produit de nos jours parmi les chrétiens. Les femmes prennent la parole, font des discours, prêchent et prient dans l’assemblée, ou dans ce qui a la prétention de l’être. Ces choses ne conviennent pas au caractère et à la position de la femme, telle que la parole de Dieu nous la dépeint. Mais l’apôtre va plus loin et dit : «Il est honteux pour une femme de parler dans l’assemblée». Cela ne suffit-il pas pour régler définitivement la question ? Mais, en outre, c’est affaire d’obéissance à la parole de Dieu : «La parole de Dieu est-elle procédée de vous, ou est-elle parvenue à vous seuls ? Si quelqu’un pense être prophète ou spirituel, qu’il reconnaisse que les choses que je vous écris sont le commandement du Seigneur».

Bien des fois nous avons eu l’occasion de présenter ces choses à des soeurs en Christ, mais l’esprit qui souffle actuellement dans le monde chrétien est non pas l’Esprit de Dieu, mais celui du monde qui nous entoure. Il conduit les âmes qui n’y sont pas attentives dans un chemin d’indépendance, partant, de désobéissance à la Parole. Le commandement du Seigneur fera-t-il sortir la femme de la place que Dieu lui a assignée ? L’apôtre ne donne pas souvent ses recommandations comme des commandements ; nous en trouvons à peine deux ou trois dans les écrits de l’apôtre Paul ; et n’est-il pas remarquable qu’il en parle comme prévoyant la désobéissance de la chrétienté, et a soin de revêtir du caractère de commandement ce que les hommes sont tentés de considérer comme une question de détail, à laquelle il leur est loisible de ne pas se conformer. Devant cette indifférence coupable et ce parti pris, nous dirons avec l’apôtre : «Si quelqu’un est ignorant, qu’il soit ignorant !»

Soyons attentifs à toute la Parole ; elle est obligatoire pour tous les détails de notre vie chrétienne, mais, devant un commandement positif, la soumission immédiate est nécessaire. N’oublions pas que l’ordre dans l’Assemblée de Dieu est donné en exemple aux anges qui y voient la sagesse si diverse de Dieu.

 

*      *      *

 

15               Chapitre 15:1-17

 

Si le premier chapitre de cette épître insiste en premier lieu sur le fait que la croix de Christ est la fin de l’homme selon la chair, parce que la conduite des Corinthiens était le fruit d’une chair non jugée, le 15° chapitre nous présente une notion beaucoup plus simple de la croix. Certaines personnes attaquaient parmi les Corinthiens la doctrine de la résurrection, enseignant «qu’il n’y a pas de résurrection de morts», et ceux-ci les laissaient faire. Cet enseignement détruisait la foi, aussi l’apôtre répète deux ou trois fois que, s’ils l’acceptaient, leur foi était vaine. À cette occasion, il leur rappelle le simple Évangile qu’il leur avait prêché et il n’y a pas, à ma connaissance, de passage dans le Nouveau Testament qui nous le présente d’une manière plus élémentaire.

Avant d’en parler, je désire remarquer que, lorsque l’Ennemi s’attaque à la doctrine de Christ, il a toujours pour but de détourner nos âmes du ciel et de les établir sur la terre. J’en citerai trois exemples. Dans le premier (2 Tim. 2:18), Hyménée et Philète disaient que la résurrection avait déjà eu lieu, et renversaient la foi de quelques-uns. Parmi les Corinthiens, certaines gens disaient qu’il n’y avait pas de résurrection ; parmi d’autres, qu’elle avait déjà eu lieu. Or, s’il n’y avait pas de résurrection de morts, le ciel nous serait fermé, et nous ne pourrions jamais y entrer avec nos corps glorifiés, car c’est de la résurrection du corps qu’il s’agit dans tout ce chapitre. Si, d’autre part, la résurrection avait déjà eu lieu, nous serions condamnés à demeurer dans ce monde, avec des pensées terrestres et sans espérance céleste. Pour étayer leur fausse doctrine, ces hommes s’appuyaient, sans doute, sur la parole de l’apôtre qui dit que nous sommes ressuscités avec Christ. Dans un troisième cas, ces faux docteurs enseignaient (2 Thess. 2:2) que «le jour du Seigneur était là». Les Thessaloniciens, en proie à la persécution, pouvaient être tentés de penser que le jour du jugement était arrivé. Mais la venue de Christ précède le jour du Seigneur, et cette fausse doctrine, en la supprimant, déracinait du même coup la venue de Jésus en grâce, espérance des Thessaloniciens.

Nous sommes dans les temps fâcheux de la fin, et nous devons prendre garde de ne pas prêter l’oreille à ces doctrines antiscripturaires. Le but de Satan est de nous séparer de Christ, et de nous accommoder au monde, comme si nous devions toujours y rester. Vous comprenez combien il est important pour nous de retenir dans ces jours-ci la doctrine de l’Évangile. J’entends souvent des chrétiens me dire : «Pour moi, les doctrines n’ont pas beaucoup d’importance ; il me faut la pratique de la vie chrétienne». Ceux qui ont cette pensée s’exposent à être entraînés par l’Ennemi loin du Seigneur et de sa Parole. Toucher à la doctrine de la résurrection et de la venue du Seigneur, c’est ramener les âmes dans un milieu où Satan a toute puissance sur elles. Il est très important d’affirmer ces choses dans les jours dangereux que nous traversons. La deuxième épître aux Thessaloniciens, la deuxième épître à Timothée, la deuxième épître de Pierre et celle de Jude, nous montrent que Satan cherche moins souvent à précipiter les âmes dans la corruption et le mal moral, qu’à les détourner de la simplicité de l’Évangile, car il sait fort bien que, si nous abandonnons l’Évangile, nous sommes à sa merci. Les doctrines blasphématoires de l’incrédulité caractérisent le plus évidemment les temps de la fin. Beaucoup de chrétiens se laissent égarer dans leur appréciation, par le fait qu’on voit des incrédules avérés ayant une conduite morale, en apparence irréprochable. Ils oublient que Dieu tiendra compte, avant toute autre chose, de la manière dont les hommes ont traité son Fils bien-aimé et ont estimé son oeuvre.

Revenons aux premiers versets de notre chapitre : «Car je vous ai communiqué avant toutes choses ce que j’ai aussi reçu» (v. 3). Ils avaient reçu l’Évangile par le moyen de l’apôtre qui l’avait reçu lui-même. Il ne dit pas ici : «reçu du Seigneur», comme une révélation spéciale, mais simplement : «reçu». «Les Écritures» lui avaient enseigné ce qu’il leur avait communiqué. Ainsi, pour connaître l’Évangile, nous avons, comme l’apôtre, une source unique : les Écritures. Les Corinthiens avaient reçu ce simple Évangile et avaient été «sauvés» par lui. En quoi consistait-il ? «Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures, et... il a été enseveli, et... il a été ressuscité le troisième jour, selon les Écritures».

Nous trouvons dans la croix de Christ un trésor infini de vérités. Si nous la considérons en détail, les heures de la croix se composent de périodes diverses.

Certains faits précèdent la sixième heure, d’autres accompagnent les heures de ténèbres, d’autres enfin suivent la neuvième heure, jusqu’au moment où le Seigneur remet son esprit. La contemplation de chacune de ces périodes est infiniment précieuse ; mais l’apôtre nous présente ici la croix de Christ comme un tout : Il «est mort pour nos péchés, selon les Écritures». L’âme qui a reçu cet Évangile est sauvée. Il ne lui faut pas autre chose. Les Écritures en rendent témoignage : l’Ancien Testament en est rempli. Toute la loi nous présente une victime, morte pour les péchés du peuple. Abel s’approche de Dieu avec un sacrifice et reçoit le témoignage d’être juste. Les Psaumes nous montrent que les sacrifices n’ont de valeur que comme types de la mort de l’Agneau de Dieu (Ps. 40:6, 7). Le premier des prophètes, Ésaïe, la proclame ; un des derniers prophètes, Zacharie, l’affirme : «Épée, réveille-toi contre mon berger». Selon les Écritures, le fondement de toute bénédiction est que Christ est mort pour nos péchés. Quelle puissance dans le simple Évangile !

Ensuite, «il a été enseveli». Toute son oeuvre expiatoire a fini dans le sépulcre où les péchés qu’il avait portés ont été ensevelis avec lui.

Enfin, «il a été ressuscité le troisième jour, selon les Écritures». Sa résurrection au troisième jour se retrouve, comme sa mort, du commencement à la fin des Écritures. Isaac est, pendant trois jours, sous la sentence de mort ; Abraham lui trouve un substitut et reçoit le troisième jour son fils en résurrection. Jonas reste trois jours au sein de la mort dans le ventre du grand poisson ; au bout de trois jours, il est rejeté sur le sec et revoit la lumière. À différentes reprises, le Seigneur fait allusion à ce fait dans les Évangiles. Vivant ici-bas, il annonce constamment ce troisième jour au peuple et à ses disciples. Le prophète Osée dit : «Dans deux jours, il nous fera vivre ; au troisième jour, il nous mettra debout». Mais n’accumulons pas les passages ; du commencement à la fin, les Écritures témoignent de ces choses.

Cependant, il fallait encore des témoins oculaires de la résurrection. Nous les trouvons dans les versets qui suivent ; Dieu a eu soin de les multiplier. À part les douze, le Seigneur ressuscité a été vu de plus de 500 frères à la fois, probablement en Galilée. Il était donc impossible, malgré tous les efforts de l’Ennemi pour en étouffer la rumeur, qu’on nie cet événement. S’il n’avait pas eu lieu, que serait-il arrivé ? Nous serions encore dans nos péchés, perdus sans ressource. Ainsi ces deux faits, la mort et la résurrection de Christ, sont inséparables, comme il est dit aussi dans l’épître aux Romains : Il «a été livré pour nos fautes et a été ressuscité pour notre justification». Si Dieu avait laissé Jésus dans le sépulcre, il aurait été prouvé que l’oeuvre entreprise par lui pour notre salut avait misérablement échoué ; et les disciples auraient été de faux témoins.

Il y a quelque apparence que ceux qui prêchaient aux Corinthiens ces doctrines subversives, ne niaient pas la résurrection de Christ. Ils n’en tiraient aucune conclusion et se bornaient à nier, comme les sadducéens, la résurrection des morts. C’est l’apôtre qui conclut que, dans ce cas, l’homme Christ Jésus n’était pas ressuscité non plus. Si les hommes ne ressuscitent pas, Christ n’a pu ressusciter.

Entre tous ces témoins de la résurrection, l’apôtre Paul était son témoin spécial. Jésus avait été vu de lui, comme d’un avorton (d’un enfant né avant terme) n’ayant aucun droit de vivre, mais ayant le privilège de voir le premier, dans la gloire, le Seigneur Jésus ressuscité. Les apôtres l’avaient vu ressuscité au milieu d’eux, puis, les quittant, il avait disparu de devant leurs yeux, mais Paul avait vu autre chose : le ciel s’était ouvert pour lui ; il s’était trouvé devant cet homme Jésus, le Dieu qui était lumière, et en avait été terrassé ; mais la même personne, pleine de grâce, s’était adressée à lui. Celui qui était lumière était amour. Paul avait rencontré Dieu à salut dans cet homme. «Je ne suis pas digne d’être appelé apôtre, dit-il, mais, par la grâce de Dieu, je suis ce que je suis». Il ne s’attribue absolument aucun mérite à lui-même, et devient le plus grand des apôtres. «Et sa grâce envers moi n’a pas été vaine» (v. 10). Toujours la grâce ! Si Paul a été le moyen de présenter cet Évangile avec une puissance spéciale, c’est uniquement par la grâce de Dieu en Christ.

Si l’on n’accepte pas l’Évangile de la résurrection, tout s’effondre, l’oeuvre du salut, le pardon des péchés, la justification ; le Sauveur lui-même est perdu. Même la chrétienté professante orthodoxe qui affirme la résurrection, est loin de lui donner la valeur qu’elle doit avoir. La résurrection du corps a peu de place dans la prédication. Il semble souvent, à entendre ces chrétiens, du reste très estimables, que l’état de l’âme après la mort soit la seule chose qui occupe leurs pensées.

Que Dieu nous garde de nous laisser détourner de l’Évangile enseigné dans les Écritures ! Qu’il nous soit donné, dans ces temps périlleux, de retenir fermement ce simple Évangile : la mort de Christ pour nos péchés, et sa résurrection qui est à la fois le sceau de son oeuvre et les prémices de notre propre résurrection. Satan cherchera toujours à amoindrir ces vérités dans nos coeurs, afin de nous accommoder aux choses terrestres qui ne peuvent nous donner ni force, ni joie, ni assurance !

 

*      *      *

 

16               Chapitre 15:20-34

 

«Mais maintenant Christ a été ressuscité d’entre les morts, prémices de ceux qui sont endormis». Notez que tout ce chapitre traite de la résurrection du chrétien, et ne dit pas un mot de celle du non croyant. S’il y fait une allusion éloignée, elle serait contenue dans ces mots : «Ensuite la fin». Quant aux chrétiens, l’apôtre montre que leur sort est lié à celui de Christ d’une manière si intime que, si Christ est ressuscité d’entre les morts, nous devons tous aussi ressusciter de la même manière. Cette vérité est inséparable de toute la doctrine de l’Église, corps de Christ, que Paul a présentée aux Corinthiens. Seulement Christ est ressuscité d’abord, lui seul, d’entre les morts, car il doit avoir le premier rang en toutes choses. Il est, en résurrection, le premier fruit, les prémices de la moisson future. Quiconque est «en Adam» est voué à la mort ; le seul moyen d’y échapper, c’est d’être «en Christ», de faire corps avec Celui qui, après avoir été mort, comme le grain de blé tombé en terre, a porté beaucoup de fruit en résurrection. Si j’appartiens au premier homme, Adam, c’est pour mourir, comme il est dit : «Comme dans l’Adam tous meurent», et encore : Il est réservé aux hommes de mourir une fois» ; si j’appartiens au second Adam, c’est juste le contraire. Il n’y a plus pour moi aucune nécessité de mourir, et même la mort de mon corps n’est plus considérée comme la mort, mais est comparée à un sommeil dont je puis me réveiller d’un moment à l’autre.

Aux prémices, Christ, sont ajoutés : «ceux qui sont du Christ, à sa venue». Cette venue est donc le signal de la résurrection, le complément des deux vérités que l’Évangile nous présente : la mort et la résurrection de Christ. Il se peut qu’il vienne aujourd’hui, demain, dans une année, dans un siècle ; nos l’ignorons, et il ne veut pas nous l’apprendre, afin que nous l’attendions ; et c’est ainsi qu’il nous maintient continuellement dans l’espérance de sa venue. Si nous savions que des événements doivent avoir lieu avant sa venue, nous attendrions les événements et non pas Lui.

C’est donc à ce moment qu’aura lieu la résurrection d’entre les morts. Mais il y a plus que cela : la venue du Seigneur, cet événement unique, comprend deux actes : sa venue en grâce et sa venue pour établir son royaume. Lors de ces deux actes, deux compagnies de saints seront ressuscitées. La première compagnie, ressuscitée au premier acte, comprendra deux catégories de saints : d’abord, ceux qui ont précédé la formation de l’Église, c’est-à-dire tous les saints de l’Ancien Testament qui ont réalisé d’avance, par la foi, l’offrande de l’Agneau de Dieu — ensuite, l’Église, épouse de Christ ! (*) Tous ensemble seront enlevés en l’air, à la rencontre du Seigneur, pour être toujours avec Lui. — Mais la venue du Seigneur comprend, comme nous l’avons dit, un second acte. À ce dernier correspond une nouvelle compagnie de saints, composée elle-même de plusieurs catégories : 1° Au chap. 6:9, de l’Apocalypse, vous trouvez une première catégorie de personnes qui ont subi le martyre, après l’enlèvement de l’Église, pendant la période prophétique qui précède la dernière demi-semaine de Daniel. Ces croyants sont vus à l’état d’âmes sous l’autel et crient : «Jusques à quand !» Il leur est dit qu’ils doivent attendre encore un peu de temps. 2° Au chap. 11 de l’Apocalypse, nous trouvons une seconde catégorie de martyrs, mis à mort à Jérusalem pendant la dernière demi-semaine de Daniel. 3° Au chap. 13:15, une troisième catégorie de saints martyrs, d’entre les Juifs qui ont refusé de rendre hommage à la Bête. 4° Enfin, au chap. 15:2-4, une quatrième catégorie de martyrs d’entre les nations, ayant remporté la victoire sur la Bête, et sur son image, et sur le nombre de son nom. — Comme nous le voyons, ce ne sont que les martyrs qui forment la seconde compagnie des ressuscités au second acte de la venue du Seigneur.

(*) Cette dernière est composée de saints endormis, ressuscités, et de saints vivants, transmués, mais l’apôtre réserve la mention de ces derniers pour la fin du chapitre, car c’était un mystère inconnu aux Corinthiens jusqu’alors.

Au chap. 20:4, de l’Apocalypse, les deux compagnies sont réunies en résurrection. Elles sont assises sur des trônes et le jugement leur est donné.

Tout ce que nous venons d’exposer est résumé dans le chapitre qui nous occupe, par cette simple parole : «Puis ceux qui sont du Christ à sa venue» (v. 23).

L’apôtre ajoute : «Ensuite la fin». Ce seul mot comprend le jugement des morts ressuscités, devant le grand trône blanc, après les mille ans du royaume de Christ, et le moment où le Seigneur aura remis ce royaume à Dieu le Père, tout en gardant éternellement son caractère de Chef et d’Époux de l’Assemblée. Alors Dieu sera tout en tous. Telle est cette importante parenthèse.

Au v. 29, l’apôtre reprend le sujet interrompu au v. 19 : «Autrement, que feront ceux qui sont baptisés pour les morts, si les morts ne ressuscitent absolument pas ? Pourquoi aussi sont-ils baptisés pour eux ?» Ce verset n’offre pas de difficultés, si vous le rapprochez du v. 18. Quand des chrétiens se sont endormis, d’autres entrent par le baptême dans la jouissance des privilèges chrétiens ici-bas. Les rangs se sont éclaircis, mais Dieu a soin de combler les vides pour garder son armée complète dans ce monde. D’autres prennent la place de ceux qui se sont endormis, afin qu’un témoignage collectif pour le Seigneur se continue. Je suis porté à croire que «les morts», comme en Apoc. 14:13, indiquent les martyrs, mais ce point importe peu. Il y a un baptême pour les morts ; ce baptême introduit de nouveaux convertis, en lieu et place de ceux qui ont quitté la scène de ce monde, afin que l’armée du Seigneur continue le combat jusqu’à Sa venue.

L’apôtre ajoute : Pourquoi, si les morts ne ressuscitent pas, ai-je moi-même «combattu contre les bêtes à Éphèse ?» (expression allégorique, comme celle de la «gueule du lion», 2 Tim. 4:17). À quoi serviraient toutes mes tribulations ; à quoi, de mourir chaque jour ? Dans ce cas, «mangeons et buvons, car demain nous mourrons» ; jouissons du monde et de la vie, puisque tout finit avec elle. Nous pouvons dire aussi : Dans quel but toutes nos épreuves, s’il n’y a pas de résurrection des morts ? C’est par les épreuves, comme l’or éprouvé au creuset, que le Seigneur nous prépare pour la gloire. L’apôtre ne reculait pas devant les afflictions et se glorifiait en elles. Il ne voyait pas de sort plus élevé ici-bas que de souffrir pour Christ. C’était plus, pour lui, que toutes les gloires recherchées par les hommes. Aussi exhorte-t-il les Corinthiens à se réveiller pour vivre justement, et à ne pas rechercher, comme ils ne le faisaient que trop, la compagnie du monde qui corrompait leur christianisme et faisait perdre à plusieurs d’entre eux la connaissance du vrai caractère de Dieu.

 

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17               Chapitres 15:35-58 ; 16

 

Nous avons vu que la résurrection de nos corps est une vérité de toute importance, car sans elle, la résurrection de Christ n’existerait pas non plus, et nous serions encore dans nos péchés. Il est nécessaire de le signaler, pour ceux qui traitent cette vérité de secondaire. D’autres épîtres parlent de la résurrection de nos âmes : comme chrétiens, nous la possédons déjà maintenant. Nous sommes ressuscités avec Christ, nous possédons en Lui une vie de résurrection, mais nos corps ne sont pas ressuscités, et c’est d’eux seuls qu’il s’agit dans tout ce chapitre.

Quelques personnes, pour satisfaire leur intelligence, auraient voulu savoir «comment ressuscitent les morts, et avec quel corps viennent-ils ?» L’apôtre ne répond pas directement à cette question, la Parole n’ayant pas pour but de satisfaire la curiosité humaine, mais il dit : «Insensé !» Cette question, si conforme à l’atmosphère de sagesse humaine que respiraient les Corinthiens, n’était que folie. Il rappelle la parole du Seigneur, que le grain de blé, tombant en terre, doit mourir pour ressusciter et porter du fruit. Comme il en était de Christ, il en est de même des chrétiens quant à la résurrection. Nous pouvons donc compter que si notre corps est porté en terre, semblables au grain de blé, nous ressusciterons comme Lui. En résurrection, ce sera le même grain, et pourtant il ne sera pas le même. Mais en ce qui nous concerne, il faut que le grain se corrompe pour ressortir incorruptible de son tombeau. Il n’en est pas de même du Christ qui n’a pas senti la corruption. Vous dites : Ce n’est donc pas le même grain, mais l’apôtre dit : «Quant à ce que tu sèmes, tu ne sèmes pas le corps qui sera, mais le simple grain, de blé, comme il se rencontre, ou de quelqu’une des autres semences ; mais Dieu lui donne un corps comme il a voulu, et à chacune des semences son propre corps». Il en fournit des exemples et montre que, dans la création animale, il y a des chairs différentes. Pour le prouver, il prend les quatre classes de cette création, l’homme, les bêtes, les oiseaux , les poissons, telles que Dieu nous les donne au premier chapitre de la Genèse.

Mais de plus, s’il y a dans la création des corps terrestres, il y en a aussi des célestes, le soleil, la lune, les étoiles. Tous sont glorieux, mais avec des gloires différentes. Si donc l’ancienne création nous enseigne ces différences, il en sera de même, en résurrection, dans la nouvelle création. Ce qui est semé en corruption ressuscitera incorruptible, mais jamais «la corruption... n’hérite... de l’incorruptibilité». Le corps animal n’est pas le même que le corps spirituel. Nous avons, dans le Seigneur ressuscité, qui en toutes choses occupe le premier rang, l’exemple d’un corps spirituel qui peut traverser la pierre du sépulcre, entrer, la porte étant fermée, dans la chambre où les disciples sont réunis, se transporter, en un clin d’oeil, d’Emmaüs à Jérusalem, avec un corps très réel, puisqu’il peut manger, et porter sur lui, comme il les portera toujours, les marques de la lance et des clous. Tel qu’est le céleste, tels seront les célestes, avec le même corps que le Seigneur Jésus, quand ils seront semblables à lui — corps que Lui, les prémices, possède, afin de le porter éternellement dans la gloire.

Au v. 51, nous passons à une vérité de toute importance pour compléter le sujet traité dans ce chapitre. Cela reporte nos pensées au chap. 4 de la première épître aux Thessaloniciens, quoique les deux diffèrent. Les Thessaloniciens n’avaient pas besoin que l’apôtre leur dévoile un mystère, car dès leur conversion ils attendaient le Seigneur, et le secret de la transmutation n’en était pas un pour eux. Ils ne connaissaient, sans doute, qu’imparfaitement les détails de la venue du Seigneur, et l’apôtre a soin de les leur donner. Mais, s’ils attendaient Jésus qui devait les enlever vivants auprès de Lui, ils ignoraient que la résurrection des saints endormis aurait lieu à la venue du Seigneur et que, dans le même instant, les croyants sortiraient de leurs sépulcres pour être enlevés, en un clin d’oeil, au-devant de Lui, avec eux, les vivants, qui n’avaient pas passé par la mort. Les Corinthiens, s’ils avaient besoin d’être affermis quant à la résurrection des morts, ne connaissaient pas encore la transmutation des vivants, familière aux Thessaloniciens. L’apôtre leur apprend qu’elle se liait indissolublement à la résurrection. Ce changement des vivants à la venue de Christ avait une telle réalité pour l’apôtre qu’il disait, quand même il se savait destiné au martyre : «Nous ne nous endormirons pas tous, mais nous serons tous changés». Il n’est pas nécessaire, pour avoir un corps semblable au corps glorieux du Seigneur, d’être ressuscité d’entre les morts, mais on peut être changé. Nous trouvons ici deux expressions : «Il faut que ce corruptible revête l’incorruptibilité, et que ce mortel revête l’immortalité» (v. 53). La première s’applique aux morts, la seconde aux vivants. Les morts seuls ont vu la corruption, les vivants sont mortels. En vertu de la victoire de Christ, ce corps mortel sera changé en un corps immortel, et ce corps corruptible entrera dans l’incorruptibilité. «La mort a été engloutie en victoire». Le prophète Ésaïe, auquel cette citation est empruntée, nous dit : «Il engloutira la mort en victoire» ; maintenant, par la résurrection de Christ, «la mort a été engloutie en victoire», quoique cette parole ne soit pas encore accomplie pour nous. Aussi l’apôtre peut dire : «Où est, ô mort, ton aiguillon ? où est, ô mort, ta victoire ?» (v. 55). En représentant la mort, il fait allusion au scorpion — la mort — avec son aiguillon — le péché. La mort avait remporté la victoire sur nous et nous dominait, après nous avoir empoisonnés par le péché. Maintenant, nous participons déjà à la victoire de Christ ; c’est pourquoi il ajoute : «Mais grâces à Dieu, qui nous donne (non pas donnera) la victoire par notre Seigneur Jésus Christ». La victoire remportée par Lui a été pour nous ; nous la possédons, elle est nôtre. Depuis la croix, Satan est un ennemi vaincu ; la résurrection en est la preuve. La mort est annulée, le péché est expié et ôté de devant Dieu ! Est-ce que nous réalisons effectivement que la victoire est à nous, qu’elle a été remportée une fois pour toutes en résurrection, que la mort ne peut plus, par le péché, nous pousser à l’abîme ?

Mais, si la victoire a été remportée, nous avons encore, comme l’armée du Seigneur, à garder nos positions jusqu’à sa venue. C’est pourquoi il dit : «Soyez fermes, inébranlables». Les âmes, fondées sur la victoire de Christ, possédant la vie du dernier Adam qui est «un esprit vivifiant» (v. 45), sont capables de tenir ferme. Mais nous avons à y être stimulés réciproquement, à abonder «toujours dans l’oeuvre du Seigneur», avec la certitude qu’il tient compte de tout ce qui est fait pour Lui et que notre «travail n’est pas vain dans le Seigneur». Dieu a un livre de mémoire dans lequel il enregistre tout ce qui a été fait pour Christ, tandis qu’il ne restera rien de tout ce qui a été fait pour nous-mêmes !

Au commencement du chap. 16, nous voyons que ces choses peuvent être réalisées. Paul en donnait l’exemple, et d’autres avec lui. Il abondait dans l’oeuvre du Seigneur ; Timothée de la même manière (v. 10) ; Stéphanas aussi, et toute sa maison (v. 15, 16). Ces exemples ne sont-ils pas encourageants ? Chacun de nous est appelé à travailler à l’oeuvre du Seigneur, à y abonder, soutenu par l’assurance de la victoire remportée par Christ. Mais il est une chose qui frappe souvent notre travail de stérilité : c’est le manque d’amour. Vous trouvez cela aux v. 13, 14 de notre chapitre : «Veillez», est-il dit, «tenez ferme dans la foi ; soyez hommes, affermissez-vous. Que toutes choses parmi vous se fassent dans l’amour». C’est le ressort de notre activité extérieure — comme il est, au chap. 13, le ressort de notre activité dans l’assemblée — le ressort d’une vie chrétienne, productive pour Christ et pour Dieu. L’amour a Christ pour objet : «Si quelqu’un n’aime pas le seigneur Jésus Christ, qu’il soit anathème, Maranatha !» (v. 22). «Le Seigneur vient», et jugera toute oeuvre qui n’aura pas eu pour mobile l’amour pour Lui. Livrés à notre responsabilité, de quelle manière misérable nous réalisons cela ! Mais nous ne sommes pas sans ressource : Si la grâce est avec nous, tout ira bien.

Il nous faut la grâce de Dieu pour pouvoir accomplir l’oeuvre du Seigneur, pour tenir ferme, pour faire toutes choses dans l’amour. Nous ne pouvons compter que sur elle. Cette grâce ne nous fera jamais défaut, si nous en appelons à elle, et non à notre bonne volonté ou à notre énergie naturelle.

L’apôtre termine par ces mots : «Mon amour est avec vous tous dans le christ Jésus». L’amour, dans le coeur large de l’apôtre, était avec eux tous. En cela aussi, il leur servait d’exemple. Son amour était indistinctement avec tous les saints, car il connaissait la grandeur de l’amour de Christ pour lui-même.

«Amen !»