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ENTRETIENS sur la PREMIÈRE ÉPITRE aux CORINTHIENS

 

par H.Rossier

 

Tables des matières:

 

1     Chapitres 1-2:5

2     Chapitre 2:6-16

3     Chapitre 3

4     Chapitre 4

5     Chapitre 5

6     Chapitre 6

7     Chapitre 7

8     Chapitres 8-9:23

9     Chapitre 9:24 — 10:13

10     Chapitres 10:14 à 11:16

11     Chapitre 11:17-34

12     Chapitre 12

13     Chapitres 12:31 ; 13 ; 14:1

14     Chapitre 14

15     Chapitre 15:1-17

16     Chapitre 15:20-34

17     Chapitres 15:35-58 ; 16

 

1                    Chapitres 1-2:5

 

Chers amis,

 

Mon intention n’est pas de faire une exposition méthodique de cette épître, ni d’entrer dans tous ses détails. J’ai plutôt à coeur de vous présenter certains principes contenus dans ces chapitres, principes d’une grande actualité, qui font appel à nos coeurs et à nos consciences, pour que nous y conformions notre marche collective.

À qui cette épître est-elle adressée ? telle est notre première question. Si elle ne l’avait été qu’à l’assemblée locale de Corinthe, on pourrait invoquer ce fait pour éluder les règles et les commandements qu’elle nous donne, ou pour ne pas s’y conformer strictement. Or nous voyons que cette épître est envoyée non seulement aux chrétiens de Corinthe, mais à «tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, et leur Seigneur et le nôtre». Il n’y a là aucune limitation de lieu, de personne, ni de temps. Tous les chrétiens qui reconnaissent l’autorité de Jésus Christ y sont compris. Nous pouvons donc dire que cette épître est, d’une manière très spéciale, adressée à chacun de nous et à nous tous. Vous n’en trouverez aucune autre dont l’adresse soit aussi générale. Eh bien ! n’y a-t-il pas lieu de s’étonner que les prescriptions de cette épître soient plus violées que toutes les autres dans la chrétienté professante ; et, notons-le bien, c’est ici que les commandements les plus positifs de tout le Nouveau Testament sont donnés à l’Église. Mais n’oublions pas non plus que, si ces commandements ne sont pas écoutés par ceux qui méconnaissent leur valeur obligatoire, tous les chrétiens, qui désirent servir fidèlement le Seigneur, doivent les imprimer sur leurs coeurs et les mettre en pratique.

Signalons tout d’abord les pièges dans lesquels étaient tombés les saints de Corinthe. Sous une forme ou sous une autre, on ne les rencontre que trop souvent parmi nous. Et cependant, plus instruits que les Corinthiens, qui ne possédaient pas encore toute la pensée de Dieu dans la Parole écrite, nous sommes plus coupables qu’eux de nous y laisser prendre. En faisant le tableau de ce qui manquait à l’assemblée de Corinthe, nous nous peignons donc nous-mêmes sous beaucoup de rapports. Cependant, une chose les distinguait favorablement de nous, et leur donnait un caractère qui fait défaut aux chrétiens d’aujourd’hui : les Corinthiens «ne manquaient d’aucun don», non seulement de dons miraculeux, aujourd’hui perdus, mais ils avaient été enrichis «en toute parole et toute connaissance». Cela ne pourrait guère se dire de nous. Si l’on rencontre aujourd’hui, ici et là, des chrétiens à qui Dieu a confié, pour le temps actuel, des vérités importantes, le nombre de ceux qui ignorent ces vérités, et même les vérités élémentaires du salut, dépasse le leur de beaucoup.

Mais si nous considérons l’usage que les Corinthiens faisaient de dons si multiples, nous découvrons, hélas ! qu’ils s’en servaient pour satisfaire leur orgueil spirituel, en s’exaltant eux-mêmes. Combien de fois l’apôtre leur répète : «Vous êtes enflés d’orgueil !» Leur jetterons-nous la pierre ? Non, certes. Nous, chrétiens d’aujourd’hui, nous sommes plus inexcusables qu’eux ; dès que nous avons reçu du Seigneur quelque don de grâce, nous n’avons rien de plus pressé que de nous en faire valoir, quand notre extrême pauvreté, comparée à la «richesse» des Corinthiens, devrait nous maintenir dans une humiliation profonde.

Les Corinthiens étaient coupables d’une deuxième faute très grave. Il y avait parmi eux des dissensions et des divisions. Réunis autour du nom de Christ, c’est-à-dire comme représentant l’unité de son corps, ils étaient séparés par des opinions divergentes (v. 10-12). Nous y reviendrons ; mais, je le demande, ne les voyons-nous pas parmi les chrétiens d’aujourd’hui ? Chacun se vante d’une opinion à laquelle il se rattache : or, les opinions, mêmes justes et orthodoxes, comme dans le cas des Corinthiens, ne peuvent produire que la division, quand on les met en avant au détriment d’autres vérités. Le Christ est-il divisé ? De fait, un chrétien éclairé ne doit pas avoir d’opinion propre. Je n’exagère pas en parlant ainsi ; car quelle valeur peuvent avoir nos opinions personnelles, si «nous avons la pensée de Christ» ? (2:16). Jamais «la pensée de Christ» ne me rattachera à une secte, tandis que le maintien de mes opinions y mène invariablement. Jamais non plus la parole de Dieu, comme toute cette épître nous le prouve, ne m’y conduira, tandis que mes opinions sur la Parole me mettent, si Dieu ne me garde, continuellement en danger de les faire prévaloir. Dieu n’autorise pas ses enfants à avoir des opinions différentes. Qu’elles existent parmi les chrétiens, cela est incontestable, car cela correspond à la nature humaine pécheresse, mais non pas à la nouvelle nature et à l’Esprit de Dieu. L’épître aux Philippiens (3:15, 16) admet leur existence, mais ne les attribue pas à ceux qui, par l’Esprit, ont saisi la perfection de leur position en Christ. Sans doute, l’apôtre s’adresse aussi à ceux qui, «en quelque chose», ont «un autre sentiment» ; seulement, il n’approuve ni n’excuse ces pensées divergentes, et ne les contredit pas non plus, mais s’attend à Dieu pour qu’Il révèle à ceux qui diffèrent, les choses auxquelles ils ne sont pas encore parvenus. Il n’entre pas en discussion avec eux sur leurs divergences de pensées ; il compte sur le Seigneur pour les faire disparaître, mais, dans les choses auxquelles ils sont parvenus, il exhorte les chrétiens à marcher ensemble dans le même sentier.

Il n’en était pas ainsi des Corinthiens qui maintenaient leurs opinions les uns vis-à-vis des autres. Remarquez qu’elles étaient fondées sur des vérités présentées, soit par des apôtres, soit par des hommes de Dieu dignes de toute confiance, comme Apollos ; mais dans leur esprit sectaire, les Corinthiens ne voyaient pas qu’ils épousaient une manière de voir, au détriment d’une autre, et qu’ainsi, tout en insistant sur des vérités, ils altéraient la vérité. La vérité est une : Christ qui est la vérité ne peut être divisé. Les dons sont divers, mais proviennent d’un seul Esprit ; les opérations sont diverses, mais proviennent du même Dieu qui opère tout en tous. Il ne peut y avoir de division dans le corps. Si leurs opinions divisaient les Corinthiens, cela provenait, d’une part, du manque de support envers leurs frères qui accompagne toujours un esprit charnel ; d’autre part, de la valeur qu’ils s’attribuaient à eux-mêmes, n’ayant pas réalisé que la croix de Christ était la fin du moi et de son importance.

Les divisions étaient donc un des graves manquements des Corinthiens ; mais on trouvait encore d’autres choses chez eux. Toute sorte de maux s’étaient introduits dans leur sein. Il y avait au milieu d’eux un cas d’impureté tel, que son pareil n’existait pas même parmi les païens ; il y avait encore des gens qui s’enivraient, des frères qui se disputaient, se citaient devant les tribunaux, se faisaient des procès, toutes choses des plus blâmables. On trouvait aussi parmi eux de fausses doctrines, des gens enseignant qu’il n’y avait «pas de résurrection de morts» — et tout cela se produisait au milieu d’une activité spirituelle tout à fait extraordinaire.

N’est-il pas remarquable qu’en présence de tant de choses humiliantes, les Corinthiens fussent très empressés à s’instruire sur certains points de détail ? Ils oubliaient l’humilité, l’union entre les frères, la pureté, la tempérance, et posaient à l’apôtre des questions, comme, par exemple, s’il était préférable de se marier, ou de ne pas se marier, si l’on pouvait répudier sa femme incrédule, manger des choses sacrifiées aux idoles, etc. L’apôtre répond à toutes leurs questions, mais sans manquer jamais d’en appeler à leur conscience, et en aucune manière pour satisfaire leur curiosité ou leur intelligence.

Ayant exposé en quelques mots l’état des Corinthiens, nous pourrons maintenant nous rendre mieux compte du but de cette épître. L’Esprit se sert du désordre qui les avait envahis, pour nous instruire sur l’ordre qui convient à la maison de Dieu, aussi pourrions-nous donner pour titre à l’écrit qui nous occupe : L’ordre dans l’Assemblée. S’il y a donc, parmi les chrétiens réunis au nom du Seigneur, des traces de désordre — et il y en a toujours — étudions ces chapitres avec soin, sous le regard de Dieu ; comprenons-en l’enseignement, afin de voir l’ordre se rétablir. C’est ce que désirait l’apôtre.

Le but de cette épître nous conduit à un court exposé de sa division.

Dans les deux premiers chapitres, l’apôtre montre ce qui est à la base de tout témoignage, de tout ordre chrétien dans la maison de Dieu. Il commence par nous parler de ce qu’est un chrétien. Les Corinthiens ne le savaient qu’imparfaitement. Lorsque nous posons cette question à nos frères en Christ, nous recevons souvent pour réponse : Un chrétien est un homme qui, ayant reçu le pardon de ses péchés par la foi au sang de Christ, est un enfant de Dieu. Or cette définition restreinte, vous ne la trouvez pas dans ces deux premiers chapitres. L’apôtre montre, sans doute, qu’un chrétien a obtenu le salut par la foi (v. 18, 21), mais, en contraste avec l’état charnel qui régnait à Corinthe, il établit qu’un chrétien est un homme complètement condamné quant à toute sa vie précédente, ayant trouvé la fin de son existence comme homme dans la chair, le jugement de lui-même, dans la personne de Christ à la croix, jugement complet, puisque Jésus a été fait péché à notre place. Un chrétien, dans toute l’acception de ce terme, est un homme qui a réalisé cette vérité. C’est aussi pourquoi l’apôtre leur dit — car, tout en les considérant comme sauvés, il les appelle de petits enfants en Christ : — «Je n’ai pas jugé bon de savoir quoi que ce soit parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié», c’est-à-dire : en vous présentant sa personne, je vous ai déclaré que vous-mêmes êtes placés par sa croix sous le jugement définitif de Dieu.

Quelle sera donc notre marche, si nous réalisons ce caractère essentiel du chrétien, de nous considérer comme absolument condamnés en notre qualité d’hommes dans la chair, toute notre conduite antérieure, toutes nos pensées, ayant trouvé leur jugement à la croix de Christ ? Condamnés et jugés, nous ne chercherons pas à nous donner de l’importance à nos propres yeux, ni aux yeux des autres. Soyons attentifs à ce premier pas qui devrait toujours accompagner la conversion et le pardon des péchés. La croix de Christ est l’endroit où j’ai trouvé la fin de l’homme pécheur, et aussi la fin de l’homme naturel et la fin du monde, comme nous l’enseigne l’épître aux Galates. C’est pourquoi l’apôtre n’avait voulu savoir autre chose parmi eux que Jésus Christ crucifié.

À la fin du premier chapitre (v. 30, 31), nous trouvons un second caractère du chrétien, et je connais peu de passages qui le définissent d’une manière plus frappante : Vous êtes de Dieu «dans le Christ Jésus, qui nous a été fait sagesse de la part de Dieu, et justice, et sainteté, et rédemption, afin que, comme il est écrit, celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur». Comme pécheur, j’étais en Adam ; du moment que j’ai cru au Seigneur Jésus, j’ai trouvé ma condamnation, celle du premier homme, à la croix. Mais maintenant, je suis une nouvelle création dans le Christ Jésus. C’est ma position, et l’épître aux Romains la développe merveilleusement ; je suis de Dieu dans le Christ Jésus. Tout ce que je possède comme chrétien, je le possède de la part de Dieu, en Christ et par Christ. C’est Lui qui m’a fait tout ce que je suis. Je suis de Dieu ; je tire mon origine de Lui. Si j’ai quelque sagesse, quelque justice, quelque sainteté, c’est en Christ ; si j’arrive à la rédemption, comme terme de la course, c’est en Lui. Il n’y a là aucune place quelconque pour le vieil homme ; tout est du nouvel homme ; je ne puis attribuer ce que je suis qu’à Christ.

Au chap. 2, nous trouvons un troisième caractère du chrétien. Il possède l’Esprit de Dieu, la puissance de la vie nouvelle, qui le rend capable de comprendre les choses divines. Elles nous sont révélées dans la parole de Dieu, de sorte que l’homme nouveau est caractérisé par une puissance spirituelle qui le soumet à cette Parole.

Reprenons maintenant la division de cette épître. Nous venons de voir que les deux premiers chapitres nous parlent de la croix de Christ, comme base de toute notre position chrétienne. Les chap. 3 à 9 traitent de l’ordre qui convient à la maison de Dieu ; les chap. 11 à 14, de l’ordre qui convient au corps de Christ. Entre ces deux séries de chapitres se place le chap. 10, sorte de parenthèse, introduite entre la maison de Dieu et le corps de Christ. C’est la chrétienté, ou la profession chrétienne sans la vie. Ce chap. 10 est très important ; car ce qui était une exception du temps de l’apôtre ne l’est plus aujourd’hui. La chrétienté actuelle possède la cène, le baptême, marche extérieurement dans le chemin chrétien, sans avoir la vie divine. Or cette profession sans vie aboutit au jugement. Le chap. 15 traite la question vitale de la résurrection. L’épître est donc encadrée entre ces deux grandes vérités : la croix, au chap. 1, et la résurrection, au chap. 15.

 

*      *      *

 

Nous avons vu que l’état moral des Corinthiens n’était absolument pas proportionné aux dons multiples qu’ils possédaient. Il est important de nous en souvenir, car nous sommes souvent disposés à penser, en voyant Dieu agir par son Esprit au milieu des siens, que leur état d’âme est nécessairement à la hauteur de ses dons. L’exemple des Corinthiens nous fournit la preuve du contraire. Le monde même pouvait s’étonner de leurs dons, et cependant rien dans leur conduite morale ne correspondait à ces bénédictions. Leurs tendances, héritées du paganisme grec, les poussaient vers l’admiration de l’homme dans la chair et vers la sagesse humaine. Dans ce monde-là, la sagesse des philosophes attirait des disciples et faisait école ; les orateurs, les littérateurs avaient une immense influence ; on les suivait, on les écoutait ; les Corinthiens avaient gardé ces habitudes humaines et charnelles, et les avaient transportées dans leur christianisme. Ces écoles de doctrine produisaient des dissensions parmi eux ; l’un s’attachait à tel homme instruit, l’autre à tel homme éloquent ; un autre encore à tel homme plus puissant et plus énergique. Ils disaient : Moi, je suis de Paul ; moi, d’Apollos ; moi, de Céphas ; d’après leurs préférences naturelles. Selon la chair, Paul était un homme versé dans la science de son temps, élevé aux pieds de Gamaliel, connu par son éducation littéraire, familier avec les poètes d’alors ; très habile comme docteur. Aussi tel d’entre eux se prévalait de ce que Paul était par nature, pour dire : Moi, je suis de Paul. — Apollos était un Juif d’Alexandrie, ville renommée pour les lettres ; les paroles éloquentes coulaient de ses lèvres et captivaient son auditoire ; aussi tel d’entre eux estimait l’éloquence d’Apollos plus savoureuse que la culture de Paul. — Pierre était un homme du commun, mais doué d’une énergie remarquable ; il avait fait beaucoup de miracles notoires ; ayant reçu directement du Seigneur des révélations capitales, il était placé à la tête des douze... — Moi, je suis de Céphas, disait un troisième. — Moi, je suis de Christ, disait un dernier : Je m’en tiens aux enseignements sortis de sa bouche quand il était ici-bas ; je me conforme à la simplicité et à la pureté de sa morale divine, par exemple, dans son sermon sur la montagne ; c’est lui que je choisis pour docteur. — Mais Paul demande : «Le Christ est-il divisé ?» Y a-t-il différents esprits, ou un seul Esprit, qui animent ces diverses personnes ?

Cette parole de Paul aux Corinthiens s’adresse aussi à nous qui invoquons le nom du Seigneur. Reconnaît-on certains de ces traits au milieu de nous ? De tels sentiments n’ont-ils pas quelque place dans nos coeurs ? Nous devons, hélas ! répondre par l’affirmative. L’apôtre dévoile, comme nous l’avons dit, la cause de ce mal qui, au lieu d’unir les enfants de Dieu, les désunit. Il dit : Frères, vous n’avez pas réalisé ce qu’est, au fond, la croix de Christ. Il fait bon marché de toutes leurs prétentions. Je suis venu, dit-il, évangéliser, non point avec sagesse de parole, afin que la croix du Christ ne soit pas rendue vaine.

«Avec sagesse de parole !» Plus je réfléchis sur l’état actuel de la chrétienté dont nous faisons partie, plus je suis frappé de voir une tendance générale à s’adresser à l’intelligence de l’homme. On pense réussir à convaincre le monde, en lui présentant l’évidence des vérités chrétiennes (je ne parle pas ici de fausses doctrines), souvent avec beaucoup d’éloquence, et en fournissant des preuves de ces vérités qui s’imposent à l’intelligence des grands auditoires attirés par les qualités éminentes des orateurs. D’habitude, ceux qui les ont écoutés sont convaincus par eux et reconnaissent combien ce qu’ils ont entendu est remarquable. L’orateur a expliqué l’origine du péché dans le monde, a prouvé l’existence de Dieu, développé la doctrine de la vie éternelle, etc. ; mais l’effet produit par ces vérités sur le coeur et la conscience de l’auditoire est nul. En s’adressant aux hommes avec sagesse de parole — non pas, avons-nous dit, avec de fausses doctrines, si fréquentes, hélas ! de nos jours — en se servant de la sagesse de l’homme pour prouver aux âmes la vérité des choses révélées, la croix de Christ est rendue vaine. L’apôtre ajoute : «La parole de la croix est folie pour ceux qui périssent», mais pour nous, comme moyen de salut, «elle est la puissance de Dieu» (v. 18). Ainsi, laissant de côté toute sagesse de parole, Paul prêche simplement la parole de la croix. Une telle prédication a pour effet que les hommes intelligents s’en détournent, car elle est folie pour eux ; mais, pour nous, elle est la puissance de Dieu. Elle n’est comprise que de ceux qu’elle atteint dans leur conscience. Arrivé à ce point, l’apôtre s’écrie : «Où est le sage ? où est le scribe ? où est le disputeur de ce siècle ?» Dieu lui-même, en présentant la croix de Christ, n’a-t-il pas fait, de la sagesse du monde, une folie ? Ce passage est une allusion à Ésaie 33:17, 18. «Tes yeux verront le roi dans sa beauté ; ils contempleront le pays lointain. Ton coeur méditera la crainte : Où est l’enregistreur [scribe] ? où est le peseur ? où est celui qui compte les tours ?» Du moment, dit le prophète, que tu verras le roi dans sa beauté, tous les moyens que tu avais employés pour détourner l’ennemi de Jérusalem, n’auront plus aucune valeur pour toi. Le roi étant manifesté dans sa gloire, l’ennemi est vaincu, et tu n’as plus à chercher des armes pour lui résister. Ce passage qu’Ésaie applique dans son sens immédiat à Israël, Paul l’adresse à nous, chrétiens. Sans doute, ce passage d’Ésaïe nous parle de la gloire future du royaume. Israël la verra, quand le Seigneur de gloire sera manifesté ; nous aussi, car nous verrons sa face, et son nom sera sur nos fronts (Apoc. 22:4). Bien plus encore ; il est dit de nous, au chap. 2 de l’épître aux Hébreux, que nous voyons actuellement Jésus couronné de gloire et d’honneur, après la passion de sa mort (v. 9) ; mais notre passage suppose que déjà nous l’avons contemplé, «élevé de la terre», dans une place où il a enduré le mépris du monde, où ce dernier n’a vu en lui que la folie de Dieu et la faiblesse de Dieu, mais où nous avons vu sa sagesse et sa puissance. Oui, c’est sur la croix que le Fils de l’homme est glorifié, et que Dieu est glorifié en lui, comme le Seigneur le dit lui-même en Jean 13:31. C’est là, qu’avant le déploiement de sa gloire future, nous avons contemplé le roi dans sa beauté. Dans cet endroit même, la croix, j’ai connu la gloire de Christ, une puissance salutaire, victorieuse de Satan, du péché, de moi-même et du monde ; et, quand je l’ai contemplé là, je dis : Est-ce qu’un homme quelconque ose venir, devant la croix, faire montre de sa sagesse ou de sa connaissance ? La philosophie la plus sublime de l’homme, peut-elle, un seul instant, se faire valoir en présence de la beauté de la croix du Christ ? Toute cette sagesse a pour toujours disparu ; je ne la verrai plus, comme dit notre prophète (Ésaïe 33:19).

Retenons bien que l’apôtre nous présente ici particulièrement un côté de la croix, quoiqu’elle ait un premier côté qui, même dans ce passage, ne peut être séparé de l’autre. C’est ainsi qu’il est dit ici : «Il a plu à Dieu, par la folie de la prédication, de sauver ceux qui croient» (v. 21). Tout pécheur commence par trouver à la croix le fondement de son salut, le pardon de ses péchés, et le chap. 15:3, marque ce côté-là d’une manière très puissante : «Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures». Rom. 5:8 dit : «Lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous». Tite 2:14, dit encore : «Notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ... s’est donné lui-même pour nous, afin qu’il nous rachetât de toute iniquité». Sans le pardon de nos péchés, nous ne pouvons avoir part au salut, et nous ne devons pas oublier que, dans les épîtres comme dans les évangiles, cette simple vérité est toujours la première que la Parole nous présente comme fondement du christianisme. Citer les innombrables passages qui nous parlent de la rédemption, serait citer la Parole tout entière. Mais, comme nous l’avons dit et le trouvons ici, ce n’est pas le seul côté qui nous soit donné de la croix. Elle est la condamnation la plus absolue de l’homme, et je dirai : non pas de l’homme pécheur seulement, mais de l’homme naturel en général. Elle est le point final de son histoire, qu’il n’est pas possible de recommencer. La première partie de l’épître aux Romains traite du pardon des péchés, la seconde montre la condamnation du vieil homme. Christ a mis fin, dans la mort, à son histoire, et nous avons le droit de le tenir pour mort. L’épître aux Galates va, pour ainsi dire, plus loin. Elle condamne l’homme sans lui donner aucune place, aucun droit, aucune autorité quelconque. Elle dit : «Je suis crucifié avec Christ». Elle ajoute : «Le monde m’est crucifié, et moi au monde».

Cette vérité capitale, les Corinthiens ne l’avaient pas saisie. Ils étaient des chrétiens rachetés, sauvés, mais des chrétiens charnels. Ils n’avaient pas réalisé ce côté de la croix de Christ ; ils n’avaient pas compris que toute la sagesse du monde, tous les dons de l’homme naturel n’avaient aucune valeur quelconque dans les choses de Dieu. Celui qui a réalisé cela est affranchi, ne s’enfle pas, n’a plus confiance en lui-même. C’en est fait du moi ; on ne se fie plus à sa puissance et à son intelligence ; car la puissance du monde, la sagesse de l’homme, ne sont que faiblesse et folie. On a mis sa confiance dans la faiblesse et la folie de Dieu : là est la vraie puissance et la vraie sagesse. J’ai vu ces deux choses à la croix ; j’y ai appris que cette faiblesse de Dieu — Dieu lui-même, crucifié dans la personne d’un homme, Christ — était la puissance de Dieu pour le salut. C’est là que j’ai trouvé le début de mon existence devant Dieu, que j’ai appris à connaître les pensées de Dieu, qui ne sont que sagesse, justice, sainteté et rédemption en Christ — pour moi.

Remarquez ici trois sujets : L’apôtre a présenté en premier lieu la croix, la faiblesse et la folie de Dieu, qui se trouve être Sa sagesse et Sa puissance à salut.

Il présente, en second lieu, les objets que Dieu avait en vue dans cette oeuvre. A-t-il pris des sages, des intelligents, des nobles ? Ah, comme cela rabaissait les prétentions des Corinthiens ! Il dit : «Considérez votre appel, frères — qu’il n’y a pas beaucoup de sages selon la chair, pas beaucoup de puissants, pas beaucoup de nobles... Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour couvrir de honte les hommes sages ; et Dieu a choisi les choses faibles du monde pour couvrir de honte les choses fortes ; et Dieu a choisi les choses viles du monde, et celles qui sont méprisées, et celles qui ne sont pas, pour annuler celles qui sont ; en sorte que nulle chair ne se glorifie devant Dieu». Toutes les choses auxquelles prétendaient les Corinthiens n’avaient pas de valeur pour Dieu ; et ils n’auraient pas été ses enfants, s’ils avaient été à ses yeux ce qu’ils ambitionnaient d’être dans ce monde. Ils tendaient à occuper une place honorable parmi les intelligents de ce siècle, et ainsi à se glorifier d’eux-mêmes, tandis que, dans l’oeuvre accomplie pour eux, Dieu ne leur donnait aucun rôle et revendiquait toute la gloire pour «le Seigneur». De degré en degré, il les fait descendre, dans leur estime, jusqu’au rang des «choses qui ne sont pas» !

En troisième lieu (2:1-5), l’apôtre se donne lui-même à eux comme exemple. Il avait réalisé son propre néant dès le début de sa carrière, car il dit dans sa seconde épître aux Corinthiens : «C’est le Dieu qui a dit que du sein des ténèbres la lumière resplendît, qui a relui dans nos coeurs pour faire luire la connaissance de la gloire de Dieu dans la face de Christ» (2 Cor. 4:6). Son âme de Juif zélé, orthodoxe et intelligent, était plongée, comme le monde entier lors de la création, dans les ténèbres les plus complètes ; Dieu avait dit : Que la lumière soit — et la lumière fut ; en sorte que de choses qui ne sont pas, il avait fait des choses qui paraissent. J’appartenais, semble dire l’apôtre, aux choses qui n’étaient pas ; Dieu les a prises pour en faire sortir une création nouvelle. Et, dans notre passage, il ajoute : «Quand je suis allé auprès de vous... je ne suis pas allé avec excellence de parole ou de sagesse». Ces choses n’étaient pas en lui, quand il leur avait apporté l’Évangile, il n’avait pas jugé bon de savoir quoi que ce soit parmi eux, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié. La croix était avant tout le caractère du Christ qu’il prêchait, et ce caractère mettait fin à toutes leurs prétentions. Quand ils avaient porté les yeux sur l’apôtre, avaient-ils dit : Comme ce Paul est intelligent ? Parmi vous, j’étais «dans la faiblesse, et dans la crainte, et dans un grand tremblement». Vous n’avez certes rien trouvé dans ma personne, ni dans mes paroles, qui puisse vous faire penser que j’avais une confiance quelconque en la chair et dans la puissance de l’homme.

Après leur avoir présenté la croix, comme la condamnation de tout ce qui est dans l’homme, Paul leur montre (1:30, 31), qu’il y a pour le croyant une autre place que celle de l’homme naturel : Vous êtes de Dieu «dans le Christ Jésus». Quelle vérité !

Ces pauvres Corinthiens (et combien souvent nous aussi) mettaient plus d’importance à la glorification de l’homme, qu’au fait que nous sommes de Dieu, que notre origine, comme chrétiens, que notre naissance, sont de Dieu, et qu’en nous sauvant Dieu a pris des choses qui n’étaient pas, pour en faire des choses qui demeurent éternellement. Il n’y a donc plus, dans le plan du salut, une place quelconque pour l’homme. C’est ce qui faisait dire à l’apôtre : «Je connais un homme en Christ». Il n’y avait plus pour lui d’autre place que celle-là. Celui qui a compris sa position en Christ n’a plus aucun sujet de se glorifier, et Paul ne désirait pas autre chose que d’être trouvé en Lui (Phil. 3:9).

Vous rencontrerez, tout au long de cette épître, la condamnation de l’orgueil de la chair, qui a toujours une bonne opinion d’elle-même (3:21 ; 4:6, 7, 18 ; 5:2-6 ; 8:l, 2 ; 13:4). Au milieu de tant de traits qui caractérisaient chez les Corinthiens l’homme charnel, il y en avait un de spécial : la haute estime qu’ils avaient d’eux-mêmes et de leurs dons, parce qu’ils n’avaient pas réalisé que l’homme, comme tel, n’a aucune place devant Dieu.

 

*      *      *

 

2                    Chapitre 2:6-16

 

Nous arrivons ici à un troisième caractère du chrétien. Le premier était d’en avoir fini avec tout ce que l’homme le plus favorisé pouvait être dans la chair ; le second, d’avoir en Christ, de la part de Dieu, une vie, une nature nouvelle, avec toutes les perfections que cette nature implique. Le troisième est de posséder la puissance de cette vie, le Saint Esprit, qui peut sonder toutes choses, même les choses profondes de Dieu.

Mais avant de traiter ce sujet, l’apôtre mentionne une chose qu’il n’avait pas jugé utile d’annoncer aux Corinthiens quand il avait été parmi eux, car il n’avait désiré savoir alors que Christ, et encore Christ crucifié. En effet, il y a pour le chrétien autre chose que la croix de Christ : un secret, un mystère, caché dès les siècles en Dieu, une sagesse que seuls peuvent comprendre ceux qui en ont fini avec leur ancien état, et qu’il appelle des «parfaits», ou des hommes faits. Et cette sagesse, il aimait à en parler à ceux qui étaient arrivés, par le jugement d’eux-mêmes, à un état spirituel capable de la comprendre. Ce secret avait été de tout temps caché en Dieu ; car, chose merveilleuse, depuis l’éternité, Dieu avait décrété d’introduire l’homme dans la gloire. Comment a-t-il réalisé cette pensée, préordonnée dans son coeur ? L’apôtre n’avait pas voulu en parler aux Corinthiens, parce que, comme nous l’avons vu, ils étaient enflés d’orgueil, et si Paul leur avait dit qu’ils étaient destinés à la gloire éternelle, ils auraient eu une opinion d’autant plus excellente d’eux-mêmes ; mais il y avait des hommes faits, auxquels il pouvait en parler, des hommes qui, en ayant fini avec eux-mêmes, avaient trouvé toute leur perfection en Christ seul.

Pour arriver à accomplir ses desseins quant à l’homme, pour pouvoir l’introduire dans la gloire, qu’est-ce que Dieu a fait ? L’homme tombé était entièrement séparé, par le péché, de la gloire de Dieu. Il fallait donc qu’il soit délivré du joug du péché ; non seulement de ses péchés, mais de sa nature pécheresse. La sagesse de Dieu avait trouvé le moyen de réaliser ses pensées secrètes, d’en finir d’un côté avec le vieil homme, avec sa vieille nature et, de l’autre, d’introduire devant Lui un homme nouveau, ayant Sa propre nature et capable de le comprendre. Pour en finir avec le vieil homme, il fallait que Jésus meure. C’est là que s’est montrée la première partie de la sagesse de Dieu. Maintenant que la chose est accomplie, nous comprenons pourquoi il a fallu que Dieu sacrifie son propre Fils. Mais nous avons trouvé, à la fin du premier chapitre, cette deuxième partie de la sagesse : Dieu nous a donné une nature nouvelle, sa propre nature. S’il nous a délivrés en Christ de notre ancien état, il nous a communiqué, en Lui, une nature qu’il peut reconnaître comme répondant parfaitement à ses pensées, car nous avons été élus en Christ pour être «saints et irréprochables» devant Dieu, en amour. Son amour repose sur nous, dans la même mesure illimitée qu’il repose sur Christ. Il y a, certes, de quoi nous prosterner devant Lui, quand nous pensons qu’il nous aime, sans aucune différence, du même amour dont il aime son propre Fils ! Une telle perfection nous donne droit à la gloire de Dieu ! Telle était la sagesse que l’apôtre annonçait.

Remarquez que ce mot «parfait» est souvent fort mal interprété. Beaucoup d’âmes pensent qu’un homme parfait est un homme si affranchi du péché, qu’il ne pèche plus ici-bas ; mais jamais Dieu ne nous dit cela. Selon lui, un homme parfait est un «homme fait», qui a compris davantage que le pardon de ses péchés, vérité saisie par tout petit enfant dans la foi, et que les Corinthiens avaient reçue dès leur conversion. L’homme fait sait que Dieu, après avoir exécuté sur lui, pécheur, un jugement définitif à la croix, l’a introduit en Sa présence comme un nouvel homme en Christ, uni avec Christ, de manière à ne plus être vu qu’en Lui. Ce n’est pas que, moi, je ne doive pas voir ce qu’il y a dans mon coeur : je dois, au contraire, être profondément humilié en pensant à la manière dont je réalise ici-bas ma position céleste ; mais il s’agit ici de ce que Dieu voit, et la pensée, qu’en vertu de la mort et de la résurrection de Christ, il ne voit en moi que des perfections absolues, me prosterne devant Lui. Or c’est dans cette connaissance que je trouve le motif pour marcher ici-bas saintement et d’une manière digne de Dieu.

Si les chefs de ce siècle avaient su que le but de Dieu, en donnant son Fils, était d’acquérir à l’homme cette place glorieuse, ils n’auraient certes pas crucifié le Seigneur de gloire, mais ils étaient absolument ignorants de ce que nous connaissons maintenant comme chrétiens. Ces choses, entièrement nouvelles, n’étaient pas même révélées dans l’Ancien Testament ; car ce dernier nous fait connaître des gloires concernant la terre, et ne nous dévoile rien des conseils de Dieu quant au ciel. Ces derniers sont la sagesse de Dieu en mystère. Il est très intéressant de comparer le passage du prophète Ésaïe avec la citation qui en est faite ici. Ésaie dit : «Jamais on n’a entendu, jamais on n’a ouï de l’oreille, jamais l’oeil n’a vu, hors toi, ô Dieu, ce que Dieu a préparé pour celui qui s’attend à lui» (És. 64:4) ; l’apôtre ajoute à ce passage : «Mais Dieu nous l’a révélé par son Esprit ; car l’Esprit sonde toutes choses, même les choses profondes de Dieu». Ainsi personne n’avait vu, dans l’Ancien Testament, les choses que Dieu avait préparées pour les siens ; Dieu seul les connaissait ; mais il lui a plu, dans le temps actuel, de nous faire connaître, entendre, voir et sonder par son Esprit les desseins secrets de son coeur.

Cela nous ramène au troisième des caractères du chrétien, contenus dans cette introduction de l’épître aux Corinthiens. Si Dieu nous a communiqué sa nature et la vie de Christ, il nous a communiqué en même temps la puissance de cette vie, le Saint Esprit, par lequel nous connaissons maintenant les desseins cachés, les mystères profonds de Dieu.

Si vous éprouvez le besoin de répondre à ceux qui attaquent la parole de Dieu, et cherchent à la rabaisser au niveau d’une oeuvre entachée de faiblesse humaine, il vous suffira de prendre ce passage pour les confondre ; car il répond victorieusement à toutes les objections des hommes, inspirées par Satan, contre la parole de Dieu. Vous trouvez ici que l’Esprit de Dieu révélait ces choses, et les faisait connaître au coeur et à l’intelligence de l’apôtre, et que les paroles exprimées ou écrites par lui, étaient elles-mêmes enseignées par l’Esprit. Elles ne contenaient rien qui procédât de l’enseignement humain ou de la sagesse humaine. Il y avait une différence considérable entre l’apôtre inspiré et les prophètes de l’Ancien Testament. Ces derniers pouvaient parler par l’Esprit sans connaître la valeur de ce qu’ils annonçaient, mais les choses que disaient les hommes inspirés du Nouveau Testament, faisaient partie, par l’Esprit, de leur propre intelligence spirituelle. L’apôtre connaissait ces choses ; l’Esprit seul pouvait les révéler, les faire connaître, les enseigner, et enfin les faire recevoir. Telle est aujourd’hui notre part, bien-aimés. Quelle position que la nôtre ! Quelles bénédictions nous possédons ! Elles n’ont pas de limite ; elles sont éternelles ! Quand nous serons dans la gloire, nous en sonderons toute l’étendue, tandis que, comme êtres finis, nous ne les connaissons ici-bas qu’en partie ; mais Dieu ne nous en a rien caché. Il nous invite à prendre la mesure de son amour, la mesure de Christ, à sonder les profondeurs de ce qu’il y a dans son coeur. Ce coeur tout entier nous est ouvert, mais, pour pouvoir en jouir librement, il faut que notre marche n’y mette pas obstacle, et qu’elle glorifie Celui qui nous a appelés à son propre royaume et à sa propre gloire.

En rapport avec le fait que nous avons reçu le Saint Esprit, nous trouvons encore ici un quatrième caractère du chrétien : «Mais nous, nous avons la pensée de Christ», c’est-à-dire, comme vous le trouverez en note, «la faculté intelligente de Christ, avec ses pensées». Possédant sa vie et son Esprit, nous pouvons comprendre comme lui, penser comme lui, jouir comme lui, et nous sommes rendus capables d’avoir les mêmes affections, les mêmes désirs, la même joie que Lui ! Ah ! de telles bénédictions me font dire : Peut-il y avoir dans ce monde un caractère plus élevé que celui d’un chrétien ? J’entendais un jour chanter un cantique allemand, dont chaque verset se terminait par ce refrain : «Oh ! quel bonheur d’être un homme !» C’était une pensée pieuse : «Quel bonheur d’être un homme, afin de pouvoir être sauvé !» Mais combien cela est infiniment au-dessous de ce que nous possédons ! Disons plutôt : «Quel bonheur d’être un chrétien !», de posséder une nature capable d’aimer ce que Dieu aime, une vie qui puisse participer à toutes les perfections de Christ, une puissance capable d’entrer dans la jouissance de toutes les pensées de Dieu ! Qu’il nous soit donné de goûter, non par l’intelligence, mais par le coeur, ces choses profondes de Dieu qui appartiennent à ceux qu’il a amenés à Lui par l’oeuvre adorable de son Fils !

 

*      *      *

 

3                    Chapitre 3

 

En contraste avec la description merveilleuse qu’il a faite d’un chrétien, l’apôtre apprécie maintenant en détail l’état de ceux auxquels il écrit. Deux choses caractérisaient les Corinthiens : Premièrement, ils étaient charnels. Cela ne veut pas dire qu’ils ne fussent pas des enfants de Dieu. L’homme étranger aux pensées de Dieu n’est pas appelé un homme charnel, mais un homme animal (2:14), un homme actionné seulement par son âme créée et dirigé par sa volonté naturelle, mais auquel manque la vie divine et l’Esprit de Dieu. Un homme charnel peut être un croyant, mais avec les traits de la chair (Rom. 7:14) qui caractérise le vieil homme. On ne pourrait pas dire d’un enfant de Dieu qu’il est un homme dans la chair ; mais, quoique né de nouveau, il peut porter les caractères du vieil homme, au lieu d’être un homme spirituel. Ses pensées sont aux choses de la terre ; il juge, estime, comprend, pratique les choses, comme le font les hommes. C’est pour cela que Paul dit : «Ne marchez-vous pas à la manière des hommes ?» Et encore : «N’êtes-vous pas des hommes N’avez-vous pas les mêmes principes que les hommes ? Jamais les chrétiens, sinon comme blâme, ne sont appelés de ce nom, tandis qu’il caractérise le monde : Ce qui est réservé aux hommes, c’est de mourir une fois (Héb. 9:27). Ce monde est composé de deux familles : la famille du diable, les hommes ; et la famille de Dieu, les saints. Un saint a été séparé, par la grâce, du milieu des hommes pour appartenir à Dieu, et ainsi toute la famille de Dieu est composée de saints. C’est le nom dont les croyants sont constamment appelés dans le Nouveau Testament. Mais ces saints peuvent marcher d’une manière charnelle, et les Corinthiens auraient dû être profondément humiliés, en pensant que, comme rachetés, ils avaient reçu toutes les bénédictions spirituelles sans réserve, et qu’ils se conduisaient, non pas comme des saints, mais comme des hommes. Dans leur marche, ils étaient «de petits enfants en Christ».

Un pécheur, au moment où il arrive à la connaissance de Dieu le Père, par la conversion, est un petit enfant : c’est son état normal. Il connaît le Père, il est désormais en rapport avec Lui ; mais ce petit enfant est appelé à grandir et à se développer ; les Corinthiens, par contre, étaient restés à une connaissance élémentaire de Christ. Ils pensaient, agissaient, parlaient comme des enfants. Était-ce un état désirable ? Nous pouvons apprécier cela dans l’ordre de la nature. Une personne, arrivée à un âge respectable, dont les goûts, les occupations, le langage et la manière d’agir, seraient ceux d’un petit enfant, et qui ferait à cinquante ans ce qu’elle faisait à trois ans, serait justement considérée comme atteinte d’idiotie. Il en est de même pour les enfants de Dieu qui ne font pas de progrès spirituels et se contentent toute leur vie d’un christianisme élémentaire, caractérisé par le pardon de leurs péchés.

Vous trouvez un état différent dans l’épître aux Hébreux. Ceux-ci, après avoir progressé dans la connaissance de Christ, étaient revenus en arrière à l’état de petits enfants, et avaient ainsi perdu la faculté d’entrer dans des vérités plus hautes (Héb. 5:12), semblables à des vieillards, arrivés jadis au plein épanouissement de leur intelligence et qui tomberaient dans l’enfance. Lequel de ces deux écueils est plus grave que l’autre ? Je les crois, pour ma part, également blâmables.

Il avait donc fallu que l’apôtre donnât une nourriture très simple à ces Corinthiens, qu’il ne leur parlât que de Jésus Christ crucifié. Il ne pouvait leur parler de tout ce qui a suivi la croix, de la gloire céleste dans laquelle le Seigneur se trouvait, et eux en Lui. Il était obligé de leur présenter des notions élémentaires, sans lesquelles leur condition enfantine ne pouvait prendre fin.

Leur état charnel se montrait dans leurs divisions, leurs sectes, leurs partis et leurs querelles. L’un disait : Moi, je suis de Paul ; l’autre, d’Apollos, choses qui se rencontrent bien plus souvent encore parmi nous, chrétiens d’aujourd’hui. Que signifient les préférences pour tel prédicateur plus instruit, plus éloquent, plus littéraire, si ce n’est qu’on est «des hommes» ? On juge dans ces matières comme les hommes, comme le monde étranger à l’Esprit de Dieu. On oublie que Dieu choisit ses instruments, et que nous avons à les recevoir comme venant de Lui. L’apôtre cite comme exemple le caractère qu’Apollos et lui avaient au milieu des Corinthiens (v. 5-8). Ils étaient des serviteurs. Dans son champ, Dieu avait confié à l’un le travail de planter, à l’autre celui d’arroser ; la fonction de tous deux concourait au même but. Un seul pouvait faire prospérer leur travail ; ni Apollos, ni Paul, n’étaient rien ; c’était Dieu qui donnait l’accroissement. Si les serviteurs du Seigneur pensent être quelque chose, ils perdent toute la valeur de ce que Dieu leur a donné à accomplir. L’apôtre montre ensuite que chacun recevra sa récompense selon son propre travail. Tel chrétien peut avoir reçu un don éminent ; il est récompensé, non pas pour ce don, mais pour la manière dont il s’est acquitté de sa tâche ; non pour ses qualités, mais pour son propre travail. Dieu seul en juge et personne n’en peut juger.

Après avoir présenté les caractères des serviteurs de Dieu, Paul dit : «Car nous sommes collaborateurs de Dieu ; vous êtes le labourage de Dieu, l’édifice de Dieu» (v. 9). Il met l’accent sur le mot Dieu, car tout dépend de Lui. L’apôtre passe immédiatement de l’image d’un champ à celle d’un édifice, à la maison de Dieu. Ici, nous entrons dans ce qui fait le grand sujet de ces chapitres : l’ordre et l’organisation de la maison de Dieu. Elle ne nous est pas présentée ici comme un édifice qui s’accroît jusqu’à ce que la dernière pierre y soit ajoutée et qu’il soit achevé dans la gloire — mais comme la maison de Dieu, dont la construction a été confiée à notre responsabilité. En effet, nous avons une responsabilité quant à la manière dont nous travaillons à cet édifice, et en particulier ceux auxquels Dieu a confié une fonction spéciale dans ce travail. Il n’y a qu’un fondement ; c’est Christ. Paul l’avait posé comme un sage architecte ; mais ensuite, Dieu appelle ses ouvriers à continuer sur ce fondement l’édification de sa maison. Vous trouvez ici deux classes d’ouvriers. La première édifie sur le fondement de l’or, de l’argent, des pierres précieuses. Ce sont autant de doctrines apportées à l’édification de la maison de Dieu, mais, en même temps, autant de personnes formées par ces doctrines et ajoutées par le ministère des ouvriers du Seigneur.

Les uns apportent de l’or. Dans la Parole, l’or est toujours l’emblème de la justice divine. C’est un sujet d’une immense importance à présenter aux âmes, qu’il n’y a point de justice dans l’homme pécheur, et que Dieu seul justifie de sa propre justice. — D’autres apportent de l’argent. L’argent représente toujours, d’une part la Parole, de l’autre la sagesse de Dieu, deux choses inséparables. Si vous édifiez les hommes sur la parole de Dieu, quel bon ouvrage vous accomplirez ! N’ayant plus la pensée de s’appuyer sur la sagesse humaine, ils s’adresseront à la Parole, et recevront d’elle seule les vérités dont ils ont besoin. — Les pierres précieuses sont l’image des gloires à venir. Occupées des gloires qui leur sont réservées, sorties de la poussière terrestre pour penser aux choses d’en haut, où Christ est assis à la droite de Dieu, les âmes seront fondées par les ouvriers du Seigneur, de manière à être placées hors de l’atteinte du mal.

Hélas ! il y a d’autres matériaux, du bois, du foin, du chaume. Tous peuvent être détruits par le feu, les uns un peu plus, les autres un peu moins rapidement, mais, en fin de compte, tout devient la proie de l’incendie. Quand un serviteur de Dieu, au lieu de mettre les âmes en rapport avec Dieu, les asservit à son autorité, ou les place sous le joug de la loi, comme moyen de se concilier la faveur divine ; quand il leur promet la perfection dans la chair, ou fait appel à leur volonté pour acquérir le salut et la sainteté — doctrines largement répandues aujourd’hui — c’est autant de bois, de foin, de chaume, qu’il ajoute à l’édifice. Combien d’âmes introduites par ces doctrines dans la maison de Dieu, n’ont pas même une étincelle de vie divine ! Au jour où le jugement tombera sur cette maison, tout ce qui est précieux résistera au feu, et toute autre chose sera consumée sans qu’il en reste rien.

On trouve ici de bons ouvriers qui font du bon ouvrage ; de vrais ouvriers — et l’on en rencontre partout un grand nombre — qui font du mauvais ouvrage, pensant obtenir de bons résultats avec de mauvais matériaux. Ils ne seront pas perdus, pour ce travail-là ; mais du moment que leur maison brûlera, il ne leur restera d’autre alternative que la fuite. Semblables au juste Lot, ils seront sauvés comme à travers le feu.

Chers amis, nous tous qui sommes appelés à travailler pour le Seigneur, gardons-nous d’introduire dans la maison de Dieu autre chose que des âmes, établies sur des principes divins, non sur les principes des hommes. Imitons les chefs des tribus d’Israël qui, pour bâtir le temple, offrirent volontairement cinq mille talents d’or, dix mille talents d’argent, et autant de pierres précieuses qu’ils en purent rassembler (1 Chron. 29:6-9).

À la fin de ce passage, nous trouvons une troisième catégorie d’ouvriers qui courent au-devant d’un sort terrible. Il y a dans l’édifice, devenu la chrétienté, des hommes qui introduisent des doctrines délétères, attaquent l’inspiration des Saintes Écritures, la sainteté et la divinité de la personne de Christ, nient l’existence de Satan, prêchent l’universalisme qui renverse la croix du Sauveur. Je ne chercherai pas à dresser le catalogue de ces abominables erreurs, mais je demande quel sera le sort des hommes qui les propagent dans l’Église. «Ne savez-vous pas, dit l’apôtre, que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu’un corrompt le temple de Dieu, Dieu le détruira, car le temple de Dieu est saint, et tels vous êtes». Ces doctrines, largement répandues de nos jours, sont des signes de la fin, la preuve que nous avançons rapidement vers l’apostasie finale. Quand le jour du jugement se lèvera, il détruira tout ce mal et, du même coup, ceux qui ont travaillé, par leur enseignement, à corrompre le temple de Dieu.

L’apôtre revient ensuite (v. 18-22) au danger que couraient les Corinthiens d’estimer la sagesse des hommes. Il cite Job 5:13, pour montrer que toute cette sagesse ne peut arriver à un résultat. Dieu «prend les sages dans leurs ruses». Leur sagesse est un piège dans lequel ils se prennent et où Dieu les confond. Ils ont la prétention d’avoir la lumière, et cette lumière n’est que ténèbres ; d’êtres sages, et leur sagesse n’est que folie, tandis que les pauvres, les chétifs, les humbles sont sauvés, élevés et assis à toujours (Job 36:7). L’apôtre cite encore le Ps. 94:11, pour montrer que Dieu «connaît les raisonnements des sages, qu’ils sont vains». Contredirons-nous ce que Dieu sait et nous déclare ? Plaçons-nous donc du côté de Dieu et ne nous glorifions pas dans les hommes, pas même en un Paul, ou un Apollos, ou un Céphas. Dieu nous les a donnés pour maintenir conjointement la sagesse et la vérité de Dieu. Ils ne sont qu’un moyen de nous faire dépendre de Christ seul, et Christ nous conduit à Dieu. Toute autre chose, monde, vie, mort, choses présentes, ou choses à venir, nous appartient, parce que nous sommes à Christ, auquel toutes choses sont assujetties.

 

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4                    Chapitre 4

 

Comme nous l’avons vu, l’apôtre vient de décrire l’assemblée de Dieu sous l’aspect d’une bâtisse confiée à la responsabilité de l’homme. Or c’est de cet aspect de la maison de Dieu qu’il est spécialement question dans la première épître aux Corinthiens. Celle aux Éphésiens nous présente la construction de la maison de Dieu comme confiée à Christ, tandis qu’ici, elle s’édifie par le travail de l’homme. Au chap. 3, l’apôtre avait établi une sorte de contraste entre lui et les autres ouvriers ; il était ouvrier aussi, mais avec une vocation spéciale, celle d’architecte. Lui avait posé le fondement, Christ, sur lequel d’autres après lui étaient appelés à élever leur oeuvre. Plusieurs y apportaient des matériaux excellents, d’autres de mauvais matériaux. À la suite de cela, le quatrième chapitre nous entretient des ministères ; car, dans la maison de Dieu, certains services sont confiés à certaines personnes. Ici, nous trouvons, non plus la différence, mais la similitude entre le ministère des apôtres et celui de leurs vrais compagnons. À Corinthe, lieu de tant de troubles, on trouvait certains personnages assumant le titre de docteurs et cherchant à supplanter l’apôtre, pleins de prétentions, voulant gagner des sectateurs et se faire écouter. Il est remarquable de voir avec quelle délicatesse l’apôtre, qui ne doit pas les épargner, s’occupe d’eux sans les nommer. Il aurait pu signaler nominalement ceux qui venaient troubler l’assemblée et qui avaient fait de la maison de Dieu leur monde, où ils tenaient à être des hommes importants, à occuper la première place, et se servaient de l’état charnel des Corinthiens pour les entraîner à leur suite. On voit dans tout ce chapitre que c’était le grand danger auquel les Corinthiens étaient exposés. L’apôtre leur dit au v. 6 : «Or, frères, j’ai tourné ceci sur moi et sur Apollos, à cause de vous». Cela signifie que, sans nommer qui que ce fût, il avait pris, pour se faire comprendre, l’exemple de lui, Paul, et celui d’Apollos. Vous trouverez dans votre Nouveau Testament annoté, que ce mot tourner signifie qu’en présence de ceux qui venaient au milieu des Corinthiens avec de grandes prétentions, Paul transportait tout sur lui et sur Apollos, afin d’établir le principe d’une manière universelle sans nommer ces personnes. Sommes-nous, dit-il, venus fonder des écoles de doctrines et faire des sectes et des divisions parmi vous ? Avons-nous une haute opinion de nous-mêmes ? Faisons-nous valoir notre autorité ? Il s’associe Apollos, le déclare un serviteur, établi comme lui, l’apôtre Paul, l’avait été ; un serviteur auquel, bien qu’il ne fût pas apôtre, une fonction officielle avait été confiée par le Seigneur, tout aussi bien qu’à Paul. Il leur demande : Voyez-vous chez nous la même chose que chez ceux qui vous incitent à vous enfler pour l’un contre un autre ? Et que faisaient ces gens-là ? Une oeuvre d’édification, ou une oeuvre de destruction ?

Nous voyons ainsi, tout au long de ce chapitre, la similitude entre les apôtres, malgré leur position privilégiée, et d’autres vrais serviteurs, leurs compagnons d’oeuvre, ainsi que le contraste entre eux et ceux qui cherchaient à occuper dans l’assemblée une place que Dieu ne leur avait pas confiée. Ces choses se sont vues de tous temps, et bien plus encore de nos jours, où l’église professante offre si souvent ce spectacle. Des hommes, n’ayant reçu aucun don du Seigneur, s’en arrogent indûment ; d’autres, en ayant reçu, s’en servent pour se faire valoir au détriment d’ouvriers humbles et fidèles, ou cherchent à imposer aux autres la haute opinion qu’ils ont d’eux-mêmes. On ne trouvait rien de semblable, ni chez l’apôtre, ni chez le fidèle Apollos : «Ici, au reste, ce qui est requis dans des administrateurs, c’est qu’un homme soit trouvé fidèle» (v. 2), et non qu’il acquière de la réputation. À la fin du chap. 3, Paul leur avait donné la preuve de l’oubli d’eux-mêmes qui caractérise les vrais serviteurs : «Toutes choses sont à vous, soit Paul, soit Apollos...». Lui, un apôtre, abandonnait toute idée d’avoir une prérogative, quoiqu’il en ait le droit : Vous ne m’appartenez pas, leur dit-il ; c’est moi qui vous appartiens. Il leur donne l’exemple de l’humilité la plus complète, mais aussi de la fidélité dans le service : «Que tout homme pense ainsi à notre égard — qu’il nous tienne pour des serviteurs de Christ et pour des administrateurs des mystères de Dieu» (v. 1). C’était, en effet, par son ministère que les mystères de Dieu étaient révélés aux croyants. Avait-il été un administrateur fidèle ?

En lisant le Nouveau Testament, vous verrez combien de mystères il contient. Vous y trouverez le mystère du corps de Christ (Éph. 3:4 ; Col. 4:3) ; le mystère de Dieu (son conseil pour la gloire de Christ) (Col. 2:2) ; le mystère de Sa volonté (Éph. 1:9) ; le mystère de l’Épouse (Éph. 5:32) ; le mystère de la venue du Seigneur (1 Cor. 15:51) ; le mystère de l’Évangile (Éph. 6:19) le mystère de Christ parmi les gentils (Col. 1:27) le mystère de la foi, celui de la piété (1 Tim. 3:9, 16) ; le mystère d’iniquité (2 Thess. 2:7). Je n’entre pas dans le détail de ces divers sujets. Ces mystères, c’est-à-dire ces secrets de Dieu, n’étaient pas connus dans l’Ancien Testament, car il est dit dans le Deutéronome : «Les choses cachées» sont pour Dieu ; mais dans le Nouveau Testament, les choses cachées sont pour nous. Dieu ne garde pas pour lui un seul de ses secrets éternels ; il nous les a tous révélés ; il fait pour nous bien plus que pour Abraham, quand il disait : «Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire ?» (Gen. 18:17), car il dit maintenant : Cacherai-je à mes enfants ce que j’ai de plus secret dans mon coeur ? Un mystère est toujours un secret révélé, et Dieu a employé l’apôtre Paul pour nous les faire connaître tous, comme administrateur de ces merveilles. Pouvait-on dire que Paul n’avait pas été fidèle dans cette administration ? Ceux qui lui faisaient opposition parmi les Corinthiens essayaient d’asseoir leur autorité aux dépens de la sienne. Il dit : «Il m’importe fort peu, à moi, que je sois jugé par vous, ou de jugement d’homme» (v. 3). Ce mot ne signifie pas proprement «prononcer un jugement», mais «faire subir un interrogatoire à un accusé pour qu’il rende compte de lui-même ou de ses actes (*)», afin de décider si son ministère était acceptable ou non. Cela importait fort peu à Paul. Personne, dit-il, n’a le droit de me dire : «Nous allons te faire passer devant notre tribunal». Ce n’était pas aux Corinthiens, mais au Seigneur, qu’il était responsable de son service. Non pas que l’enseignement d’un serviteur de Dieu ne puisse pas être contrôlé par l’Assemblée, au moyen de la Parole — c’est ce que firent les gens de Bérée à l’égard de Paul lui-même — ou que, si ce serviteur fait du mauvais ouvrage, l’Assemblée n’ait le devoir de le reprendre — mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit ici. Paul avait reçu un ministère de la part de Dieu : Il arrivera un moment, dit-il, où j’aurai à répondre de la manière dont je m’en suis acquitté ; «Celui qui me juge, c’est le Seigneur» (vers. 4, 5).

(*) voyez le Nouveau Testament annoté (Éd. 1872).

Cette vérité est d’une grande importance pour nous, si nous désirons être utiles dans la maison de Dieu. Nous devons comprendre, même sans qu’il s’agisse proprement du ministère de la Parole, que Dieu a confié un service à chacun d’entre nous, et nous avons à nous en acquitter, non pas en vue de ce qu’on en pourra dire ou penser, mais en vue du Seigneur, Lui remettant le soin de l’apprécier. Combien cela nous donne de force et de zèle, quand nous regardons au Seigneur et non pas aux hommes. Si Lui est en vue, le jugement des hommes nous importe fort peu, car c’est pour Lui que nous agissons. Un moment arrivera, où chacun aura sa louange de la part de Dieu, où les récompenses seront distribuées selon la fidélité du service. Alors les choses cachées des ténèbres seront mises en lumière et les conseils des coeurs seront manifestés ; alors chacun recevra sa louange de la part de Dieu.

Ensuite, l’apôtre engage les Corinthiens à ne pas élever leurs «pensées au-dessus de ce qui est écrit» (v. 6). «Ce qui est écrit», est ce qu’ils avaient sous les yeux dans cet écrit inspiré de l’apôtre Paul, où ils apprenaient que la sagesse de l’homme, ce qui l’exalte et l’enorgueillit, sa force, son influence, son énergie, ne sont bons qu’à être cloués à la croix, afin que Dieu seul demeure. Une seule chose reste pour nous, c’est d’estimer les serviteurs d’un tel Dieu. Et s’il y avait des différences parmi ces serviteurs, c’était Dieu lui-même qui les avait établies. Si Saul de Tarse avait été choisi comme apôtre plutôt qu’un autre, pouvait-il s’en glorifier ? Non, car c’était une chose reçue (v. 7). Déjà, c’est-à-dire avant le temps où ils seraient appelés à régner avec Christ, les Corinthiens régnaient dans ce monde. Toute l’activité de ceux qui cherchaient à s’emparer d’eux pour les assujettir, les amenait à se glorifier et à exalter la chair.

 

Le moment n’était pas venu pour eux d’obtenir une place privilégiée que le monde reconnût et dont il pût dire : Voyez comme ces chrétiens sont sages, instruits, intelligents ! L’apôtre n’avait jamais reçu ces louanges de la part du monde ou des assemblées. «Car je pense, dit-il, que Dieu nous a produits les derniers sur la scène... comme des gens voués à la mort». Je pense que ce mot «les derniers», signifie que Dieu avait envoyé d’abord les prophètes sur la scène, ensuite le Seigneur, et enfin, ses apôtres. Ils étaient les derniers, et ont été voués à l’opprobre et à la mort, comme pas un ne le sera après eux. Quel reproche pour les Corinthiens et les hommes qui se donnaient de l’importance parmi eux ! Ceux que le Seigneur employait étaient la folie, les balayures du monde et le rebut de tous ; ils étaient considérés comme des ordures. L’apôtre ajoute : «Je vous supplie... d’être mes imitateurs» (v. 16), et au chap. 11 : «Soyez mes imitateurs, comme moi... je le suis de Christ». Le Christ avait-il trouvé dans ce monde autre chose que l’opprobre et le mépris ? Et il conclut en disant : «Je vous avertis comme mes enfants bien-aimés». Parole touchante ! Il aurait pu, comme il le dit à la fin de ce chapitre, prendre la verge ; mais non, il les reprend avec une tendresse paternelle. «Quand vous auriez, dit-il, dix mille maîtres (ou plutôt pédagogues) dans le Christ, vous n’avez cependant pas beaucoup de pères» (v. 15). Ceux qui agissaient au milieu d’eux assumaient des fonctions et une autorité de pédagogues, mais une telle chose ne venait pas à la pensée de l’apôtre. Il était leur père, qui les avait enfantés en Christ. Il les supplie, comme ses enfants bien-aimés, de suivre le même chemin que lui, car c’est celui de Christ : chemin d’humiliation et de mépris, de petitesse et de labeurs, mais où Christ est glorifié par ceux qui suivent ses traces.

Ce qui sépare du monde l’enfant de Dieu qui a compris sa vocation, c’est qu’il ne vient pas s’y faire une place, qu’il ne recherche ni son honneur, ni son approbation en quoi que ce soit. Il a devant lui la personne du Seigneur Jésus, et ne désire pas autre chose que de marcher dans le chemin où Jésus a marché pour plaire à Dieu, chemin sur lequel les yeux de Dieu reposent et qui nous conduit à la gloire.

L’apôtre dit en terminant : «J’irai bientôt vers vous, si le Seigneur le veut, et je connaîtrai, non la parole de ceux qui se sont enflés, mais la puissance. Car le royaume de Dieu n’est pas en parole, mais en puissance» (v. 19, 20). On peut prononcer de belles paroles, faire de beaux discours ; la question du ministère chrétien n’est pas là du tout ; il faut qu’il soit accompagné de puissance. Le royaume de Dieu est un royaume spirituel, dans lequel nous sommes introduits maintenant ; là les paroles ne signifient rien. L’apôtre n’était pas un homme éloquent selon le monde, mais la puissance de Dieu agissait par le moyen de ce fidèle serviteur, et quand il était en danger de s’élever à cause de l’extraordinaire des révélations, il était souffleté par un ange de Satan. La seule chose sur laquelle il pouvait compter était la grâce qui lui suffisait, et l’Esprit de Dieu qui était la source de sa puissance. Tous ceux qui agissaient dans un autre esprit, pouvaient avoir des paroles séduisantes (surtout en Grèce, où l’on tenait beaucoup à l’élégance du langage), mais la puissance n’était pas avec eux. Elle appartenait à ceux qui étaient le rebut du monde, mais qui avaient, au milieu de toute leur faiblesse extérieure, l’approbation de Dieu et les secours de son Esprit pour édifier les âmes.

 

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5                    Chapitre 5

 

Je rappelle que cette épître nous parle dans ces premiers chapitres de l’Église ou de l’Assemblée, comme maison de Dieu, non pas des églises, comme les hommes les ont faites, dans leur désobéissance à la parole de Dieu. Or quoique, dans cette maison, confiée à la responsabilité de l’homme, toute sorte de mauvais éléments aient été introduits, nous avons cependant à nous conduire dans cette Église responsable, dont nous faisons partie, d’une manière qui soit à l’honneur de Christ et du Dieu dont elle est la maison. Il y a là un certain ordre à observer. C’est pourquoi, nous trouvons ces mots dans la première épître à Timothée, où la maison responsable est encore en bon état : «Afin que tu saches comment il faut se conduire dans la maison de Dieu, qui est l’assemblée du Dieu vivant, la colonne et le soutien de la vérité» (3:15). Beaucoup de désordre s’était, par contre, glissé, comme nous l’avons vu, au milieu des Corinthiens. Au lieu de considérer les dons divers comme étant au service de la maison de Dieu, ils en usaient pour se glorifier eux-mêmes : s’enflant «pour l’un contre un autre», exaltant l’homme, formant des sectes. C’est qu’ils étaient charnels et qu’au lieu de se bien conduire, ils ne rendaient témoignage qu’au désordre. Mais Dieu s’est servi de ce désordre même, pour nous enseigner tous quant à l’ordre qui convient à sa maison.

Notre chapitre signale un scandale supporté par l’assemblée de Corinthe, un cas de fornication tel qu’il n’en existait pas de semblable parmi les nations. L’apôtre n’en dit que deux mots, tellement il lui répugne d’entrer dans les détails. Les Corinthiens, tout en sachant beaucoup de choses — car si vous parcourez les chap. 5 et 6, vous trouverez continuellement ces mots : «Ne savez-vous pas ?» qui indiquent toujours la certitude chrétienne — en ignoraient d’autres, et avaient à apprendre la manière de se conduire à leur égard. Il en était ainsi pour le cas scandaleux qui s’était passé parmi eux. Si vous ouvrez l’Ancien Testament aux chap. 17 à 21 du Deutéronome, vous y trouvez une parole, répétée continuellement : «Otez le mal du milieu de vous» ; mais pour ôter le mal, il fallait que l’assemblée d’Israël lapide de telles gens ; elle devait donc les retrancher par la mort corporelle. S’il s’agissait de l’assemblée chrétienne, les Corinthiens savaient bien qu’ils ne pouvaient le faire ; mais quoi donc ? — Une chose, avant tout, qu’ils savaient et ne faisaient pas, parce qu’ils étaient remplis d’orgueil : Ils préféraient passer le mal sous silence, plutôt que de s’humilier ; aussi l’apôtre leur dit : «Vous êtes enflés d’orgueil, et vous n’avez pas plutôt mené deuil, afin que celui qui a commis cette action fût ôté du milieu de vous» (v. 2). Ce qu’ils avaient à faire, c’était de se diriger, non d’après une connaissance qu’ils n’avaient pas encore, mais d’après celle qu’ils avaient. Ils ne savaient pas encore comment ôter le méchant, mais ils devaient s’humilier, afin qu’il soit ôté.

C’est une leçon importante pour nous, bien-aimés. Quand nous avons reçu de la part de Dieu, ne fût-ce que la connaissance d’une de ses pensées, nous devons nous y conformer sans restriction, et Dieu nous enseignera ce qui nous manque encore. L’humiliation était-elle de saison ? Les Corinthiens ne le savaient-ils pas ? Cette vérité s’applique à tous les cas. Si nous, chrétiens, nous obéissions tous à l’égard des choses auxquelles nous sommes parvenus, nous marcherions dans le même chemin, et le Seigneur nous révélerait ce qui nous manque encore. Sans doute, nous n’aurions pas tous la même connaissance, mais jamais la connaissance d’une vérité, toute incomplète qu’elle soit, ne nous conduira, si nous y obéissons, dans un autre chemin que dans celui de Dieu. Avec une connaissance très limitée, je pourrai marcher dans le même sentier que mon frère qui en a beaucoup plus que moi.

Si les Corinthiens avaient agi de cette manière, ils auraient mené deuil, en attendant que Dieu leur révéle ce qu’ils avaient à faire pour se purifier du mal. Mais leur orgueil les faisait penser à eux-mêmes et à leur réputation, et ainsi, en présence du mal le plus affreux, ils ne pouvaient être purifiés. Dieu ne leur demandait pas d’exercer une discipline qu’ils ne connaissaient pas encore, mais de mener deuil, et cela, ils devaient le savoir.

Quand il s’agissait de l’exercice de cette discipline, l’apôtre pouvait user au milieu d’eux de l’autorité spéciale qui lui avait été confiée (v. 3-5). Il aurait pu — et il l’avait déjà décidé, si l’obéissance à Dieu ne se manifestait pas chez les Corinthiens — livrer un tel homme à Satan. L’apôtre Pierre, avec cette même puissance, avait retranché Ananias et Sapphira qui avaient menti au Saint Esprit. Ici, il s’agissait de livrer le fornicateur à Satan, c’est-à-dire de laisser l’Ennemi faire de lui sa proie, jusqu’à la destruction du corps, afin que l’esprit soit sauvé dans la journée du Seigneur Jésus. Malgré son affreux péché, cet homme était considéré comme appartenant à la maison de Dieu, mais l’apôtre pouvait disposer de lui. Cet acte n’était confié à personne d’autre qu’à un apôtre ; et nous ne pouvons dire, quand nous exerçons la discipline envers celui qui a péché, que nous le livrons à Satan. Dans la première épître à Timothée, l’apôtre dit l’avoir fait lui-même, et sans qu’on le voie uni à l’assemblée pour cela (1:20). Quand il s’agissait de blasphèmes contre la personne de Christ, il n’avait pas hésité un instant, afin que cet homme apprenne à ne pas blasphémer ; mais s’il avait résolu de le faire à l’égard du fornicateur, il ne semble pas ici avoir exécuté la chose, et voici pourquoi : s’il l’avait fait, la conscience des Corinthiens n’aurait pas été en jeu, et il fallait avant tout la réveiller au sujet du mal (v. 6). Ce manque de conscience est toujours le caractère des chrétiens qui marchent selon la chair. Leur «vanterie» n’était pas bonne. Combien d’humiliations ceux auxquels le Seigneur a confié un témoignage pourraient éviter, s’ils ne pensaient pas à eux-mêmes et ne nourrissaient par leur orgueil ; et que de fois, nous étant estimés quelque chose, nous avons été jetés dans la poussière, comme l’étaient les Corinthiens à ce moment-là.

«Ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever la pâte tout entière ?» Ce passage qui se retrouve en Gal. 5:9, à propos des ordonnances de la loi, est employé ici au sujet de la chair. Un péché, toléré dans l’assemblée, exerce son influence corruptrice sur tout l’ensemble, et le légalisme agit de même. Aussi l’apôtre dit : «Otez le vieux levain, afin que vous soyez une nouvelle pâte, comme vous êtes sans levain» ; c’est ainsi que Dieu nous voit, en vertu de l’oeuvre de Christ. Tout cela est une allusion à la Pâque et à la fête des pains sans levain, en Exode 12. Le sang de l’agneau pascal avait été mis sur les poteaux et le linteau des portes, et quand l’ange destructeur avait passé, il avait épargné les fils d’Israël, parce que Dieu voyait le sang. Mais ce n’était pas la pâque qui était la fête ; elle en était le point de départ. Vous le voyez au chap. 28:16, des Nombres : «Au premier mois, le quatorzième jour du mois, est la Pâque à l’Eternel. Et le quinzième jour de ce mois, est la fête», la fête des pains sans levain. De même ici, v. 7, 8 : «Car aussi notre pâque, Christ, a été sacrifiée : c’est pourquoi célébrons la fête».

Il ne s’agit pas dans ce passage de la Cène, mémorial de la mort de Christ ; nous la trouvons au chap. 11 de cette épître. Ceux qui ont compris la valeur du sang de Christ, savent qu’en vertu de ce sang, ils sont sans levain devant Dieu, et peuvent se présenter à Lui, revêtus, comme Christ, d’une sainteté parfaite, mais ils doivent chercher soigneusement à correspondre, dans leur marche ici-bas, au caractère qu’ils possèdent en sa présence, et ils sont capables de le faire. Ils ont à célébrer les sept jours des pains sans levain en traversant ce monde. Le nombre sept est toujours, dans la Parole, le nombre de la plénitude, et correspond ici au temps complet de notre marche ici-bas. Si nous avons compris le but de Dieu, en nous rachetant par le sang de Christ, quelle pensée pour nous, que notre vie soit une fête perpétuelle, une fête de sainteté pratique selon Dieu, et pour Dieu !

L’apôtre ajoute au v. 9 : «Je vous ai écrit dans la lettre, de ne pas avoir de commerce avec des fornicateurs». On a pensé, d’après ces paroles, que l’apôtre avait écrit une première lettre, maintenant perdue. Cette pensée est fausse, et nous en avons la preuve au chap. 4:6, où l’apôtre leur dit ne pas élever leurs pensées au-dessus de ce qui est écrit ; mais en outre, ce mot : «Je vous ai écrit», se retrouve constamment dans 1 Jean, pour désigner l’épître même que l’apôtre leur adressait. Il en est de même ici ; c’est dans notre épître que l’apôtre montre aux Corinthiens qu’ils ne pouvaient pas avoir de commerce avec les fornicateurs. Cela ne signifiait pas, ajoute-t-il, qu’ils ne devaient avoir aucun commerce avec les fornicateurs de ce monde. Nous y sommes continuellement en contact avec le mal, sinon il nous faudrait être «ôtés du monde» — mais «si quelqu’un appelé frère est fornicateur», etc., nous ne devons pas avoir de commerce avec lui. C’était un des caractères de la discipline que les Corinthiens ne connaissaient pas, et l’apôtre les renseigne maintenant sur ce qu’ils avaient à faire.

Nous devons obéir à cette parole, comprendre que si quelqu’un a été retranché de l’assemblée, nous ne pouvons pas même manger «avec un tel homme», afin que, réalisant l’exclusion dans laquelle il est placé, il soit forcé de retrouver la communion avec l’assemblée. Il a été mis dehors comme méchant et garde ce caractère jusqu’à son retour.

Il ne s’agissait pas, pour l’assemblée, d’exercer un jugement judiciaire sur cet homme, mais d’ôter le levain du milieu d’elle, en vue de la pureté de la maison de Dieu dans ce monde. Si les Corinthiens ne l’avaient pas fait, ils auraient perdu tout droit à être l’assemblée de Dieu à Corinthe. Nous sommes, hélas ! souvent appelés à exercer cette discipline : ne l’exerçons pas comme l’acte d’un tribunal, mais dans un but d’amour, pour que le chrétien en chute retrouve la communion qu’il a perdue et que, l’Esprit de Dieu agissant par l’humiliation dans son âme, il soit ramené à la place dont il a fallu le priver. D’autre part, n’agissons jamais, envers le retranché, avec ce faux amour que l’on constate si souvent, en maintenant des relations fraternelles avec lui, qui trahissent notre indifférence quant au mal, et empêchent, de fait, la discipline de produire son effet sur sa conscience. Cela ne signifie pas que nous n’ayons à nous enquérir des effets produits par l’exclusion, que nous ne devions pas surveiller avec sollicitude les premiers symptômes d’un retour au bien, et encourager dans ce chemin celui qui est tombé, afin que l’oeuvre de restauration soit complète. Nous voyons dans la seconde épître que l’exhortation, écoutée par les Corinthiens, avait produit un grand zèle dans leur coeur, qu’ils s’étaient enfin humiliés de leur orgueil, et qu’un travail béni de restauration s’était accompli dans l’âme du retranché. Alors l’apôtre change de langage, et exhorte l’assemblée à le recevoir de nouveau, afin qu’il ne fût pas consumé par une trop grande tristesse.

 

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6                    Chapitre 6

 

Le chap. 5 nous avait entretenus de la discipline nécessaire pour que la sainteté de la maison de Dieu puisse être maintenue. Les Corinthiens devaient ôter «le méchant du milieu» d’eux-mêmes. Au chap. 6, l’apôtre aborde un autre mal, habituel parmi les Corinthiens et qui, hélas ! ne se rencontre que trop souvent aujourd’hui. Un frère faisait tort à un autre et, pour régler leur différend, ils allaient devant un tribunal humain. L’apôtre les reprend avec tout le sérieux possible. Il leur parle de choses qu’ils savaient, mais qu’ils avaient oubliées, non pas de celles qu’ils ignoraient encore ; mais ils possédaient assez de vérités pour pouvoir se diriger, d’une manière qui honore le Seigneur Jésus, dans le monde. «Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde ?» Comment vous feriez-vous juger par ce dernier que vous jugerez vous-mêmes ? Et s’il est jugé par vous d’un si grand jugement, êtes-vous indignes de juger des affaires de cette vie ? Il ne s’agit pas là de la vengeance exercée par le Seigneur, quand il sortira du ciel avec ses armées, mais d’un tribunal, d’un jugement judiciaire. Le Seigneur, comme cela nous est montré en beaucoup de passages, viendra s’asseoir sur le trône de sa gloire pour juger les nations, et nous serons associés avec lui dans ce jugement.

Et de plus, «ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ?» On entend souvent appliquer cette parole aux anges «qui n’ont pas gardé leur origine», et qui sont réservés dans des chaînes éternelles, «sous l’obscurité, pour le jugement du grand jour» ; — ou encore à Satan et à ses anges qui seront jetés dans le feu éternel préparé pour eux (Matt. 25:41). Mais il s’agit ici du fait que le trône judiciaire et gouvernemental est confié aux saints, et que ce trône est au-dessus des anges. S’il y a quelque acte de gouvernement envers les anges, Dieu nous y emploiera. Ils sont envoyés comme serviteurs en faveur de ceux qui vont hériter du salut. Il n’est pas question de leur donner une position de suprématie, mais, au contraire, ils sont soumis à la suprématie de ceux que le Seigneur a associés à son gouvernement.

«Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ? et nous ne jugerions pas les affaires de cette vie ? Si donc vous avez des procès pour les affaires de cette vie, établissez ceux-là pour juges qui sont peu estimés dans l’assemblée». Le mot peu estimés ne signifie pas qu’il nous faille choisir pour cela des frères qui soient dans un faible état spirituel. Ceux qui sont peu estimés sont ceux qui n’ont pas dans l’assemblée la place spéciale qu’occupaient, par exemple, «Jacques, et Céphas, et Jean, qui étaient considérés comme étant des colonnes» (Gal. 2:9). Ces chrétiens peu estimés, n’ayant pas un don spécial, étaient néanmoins des hommes sages, car l’apôtre dit : «Ainsi il n’y a pas d’homme sage parmi vous, pas même un seul, qui soit capable de décider entre ses frères ?» Il fallait que de tels hommes aient beaucoup de prudence, d’honnêteté, de bon sens, mais ils n’étaient pas des hommes en vue. Remarquez combien cela atteignait la conscience des Corinthiens. Leur grande prétention était la sagesse selon l’homme ; ils ne pouvaient assez exalter ceux qu’ils estimaient avoir, sous ce rapport, une position supérieure à d’autres, et quand arrivaient les difficultés les plus ordinaires de la vie, il n’y avait pas même un seul de tous leurs sages pour juger entre deux frères qui se disputaient ! Oh ! si nous avions davantage le sentiment de ces choses, quand nous voyons — comme cela peut arriver, car la chair est partout la même dans les assemblées des saints — surgir une difficulté entre les frères ! Si nous comprenions que ces fonctions n’incombent pas aux frères estimés pour leurs dons, et que ce n’est pas à eux à régler ces différends !

Ici, l’apôtre exhorte les deux parties. Il dit à celui à qui l’on fait tort : «Pourquoi ne vous laissez-vous pas plutôt faire tort ?» À celui qui fait tort : «Vous faites des injustices et vous faites tort, et cela à vos frères !» Les deux sont jugés, l’un parce qu’il n’a pas supporté l’injustice, l’autre parce qu’il l’a faite ; cependant, au sujet du dernier, il ajoute : «Ne savez-vous pas que les injustes n’hériteront point du royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas : ni fornicateurs ... ni voleurs, ni avares, ni ivrognes, ni outrageux ... n’hériteront du royaume de Dieu». Comme cela est sérieux, bien-aimés ! Ces cas d’injustice, d’outrages, d’ivrognerie, sont-ils donc inconnus dans les assemblées des chrétiens ? L’apôtre les assimile au fornicateur, dont il avait parlé au chapitre précédent. Ils n’hériteront pas plus du royaume de Dieu que lui. Tous tombent sous le jugement de l’assemblée et sont considérés comme des méchants.

De telles paroles ont de quoi nous effrayer, et cela est juste. Ne pas hériter du royaume de Dieu, c’est être exclu de sa présence ; c’est ne pas entrer dans le ciel, c’est être laissé sur la terre pour le jugement. Il ne faut pas oublier, et nous en avons ici un exemple, que jamais la parole de Dieu n’atténue la responsabilité chrétienne. Mais il y a une ressource, la grâce, et nous le savons tous, sans quoi nous ne pourrions subsister. Les chrétiens non affranchis se servent de ces paroles pour se prouver à eux-mêmes qu’une fois sauvés ils peuvent être perdus de nouveau. Ce n’est en aucune manière ce que la Parole nous dit ; mais, quand elle nous place en présence de notre responsabilité, nous apprenons que, si nos actes ne nous laissent aucun espoir d’échapper au jugement, nous avons dans le coeur de Dieu les ressources de la grâce. Notre conscience est atteinte, l’humiliation est produite ; comme Pierre, nous pleurons amèrement, et nous disons à Dieu : Ton jugement est juste ! Alors Dieu nous répond comme à David : «J’ai fait passer l’iniquité de ton péché». Il se plaît alors à nous montrer que là où l’injustice de l’homme a tout perdu, où le péché a abondé, la grâce de Dieu a surabondé.

Après avoir terminé ce sujet, l’apôtre aborde au v. 12 la seconde partie de ce chapitre. Il traite en deux versets de la liberté chrétienne. «Toutes choses me sont permises, mais toutes choses ne sont pas avantageuses». C’est de là que découle notre devoir comme chrétiens. S’il n’est pas avantageux pour mes frères que j’use de ma liberté, je ne dois pas en user. Jamais le Seigneur n’a fait une chose qui n’ait pas été avantageuse pour d’autres. «Les viandes pour l’estomac, et l’estomac pour les viandes ; mais Dieu mettra à néant et celui-ci et celles-là». Je n’aurai dans le ciel, ni viandes, ni organe qui les digère. Il y a, dans ce monde, des choses dont j’ai pleine liberté d’user, mais qui ne durent pas. Partant de là, l’apôtre montre qu’il y a d’autres choses qui durent : «Or le corps n’est pas pour la fornication, mais pour le Seigneur, et le Seigneur pour le corps». Le corps dure. La conscience de toutes les nations païennes ne leur disait rien au sujet de la fornication, mais, lors de leur conversion, un immense changement avait eu lieu : leur corps avait été racheté, aussi bien que leur âme et leur esprit. Aussi leur dit-il : «Ne savez-vous pas que vos corps sont des membres de Christ ?» (v. 15). Quel honneur donné au corps du chrétien ! Il fait désormais partie de Christ. Et l’apôtre ajoute : «Mais Dieu a ressuscité le Seigneur, et il nous ressuscitera par sa puissance». Il ne restera rien de nos corps mortels et corruptibles dans ce monde. Par une puissance de vie qui les fera sortir incorruptibles du sépulcre, nous aurons des corps glorieux, mais ce seront nos corps. Du moment que, par la foi et le don du Saint Esprit, je fais partie de Christ, mon corps est un de ses membres. Nous ne pouvons assez penser à cela. Nous faisons tout entiers partie de Lui, comme nouvelles créatures, les choses vieilles étant passées, et il met un honneur sur notre corps, parce qu’il l’a racheté, comme tout le reste, au prix de son sang sur la croix. Au commencement du christianisme, de faux docteurs enseignaient aux chrétiens à ne pas épargner le corps et à ne pas lui rendre un certain honneur (Col. 2:23), tandis que le Seigneur lui donne, au contraire, une grande valeur, puisqu’il le ressuscitera incorruptible.

L’apôtre ajoute (v. 18) : «Fuyez la fornication : quelque péché que l’homme commette, il est hors du corps, mais le fornicateur pèche contre son propre corps». Contre son propre corps ! Introduirai-je la souillure dans le corps de Christ, dont le mien est un membre ? Comme cela devrait frapper nos esprits, nos coeurs, nos consciences ! Est-il possible que, uni si intimement à Christ, je puisse traiter légèrement la souillure ? Cette exhortation est d’une importance capitale pour les jeunes gens qui commencent dans le chemin de la foi, et sont exposés plus que d’autres aux convoitises de la jeunesse. Qu’ils méditent ce chapitre, afin de se mettre en garde de compromettre la pureté du corps de Christ, sans parler de la manière dont ils s’exposent, par leur conduite, au jugement de Dieu et à la discipline de l’assemblée.

L’apôtre ajoute : «Ne savez-vous pas» — mentionnant toujours les choses qu’ils devaient connaître — «que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous, et que vous avez de Dieu ?» Ainsi, non seulement notre corps est un membre de Christ, mais il est un temple du Saint Esprit. L’Esprit, don que nous avons reçu directement de Dieu, peut, en vertu de la rédemption, habiter dans ce temple. Le Seigneur Jésus, lui-même, a appelé son corps un temple, et, ayant été affranchis du péché par Lui, nous avons le droit de considérer nos corps de la même manière que Lui considérait le sien. Naturellement, en lui-même, il était l’Etre saint, ce que nous ne sommes nullement, mais il nous a si complètement purifiés par son oeuvre, que le Saint Esprit peut venir habiter dans nos corps. Contristerai-je donc cet hôte divin par ma conduite, en marchant comme le monde, moi qui en ai été retiré par le sang de Christ, et vivrai-je comme ceux dont le corps est le domicile de Satan ? Puis-je tolérer quelque impureté que ce soit, là où l’Esprit de Dieu habite ? De plus : «Vous n’êtes pas à vous-mêmes ; car vous avez été achetés à prix». Je ne m’appartiens plus je ne puis plus faire ma volonté dans ce monde ; le Seigneur m’a acheté (et à quel prix !) afin que je lui appartienne à Lui seul, et que je le serve. Et l’apôtre conclut : «Glorifiez donc Dieu dans votre corps».

Ainsi se termine ce chapitre si important, comme du reste tous ces chapitres qui contiennent une telle quantité d’exhortations pratiques pour notre vie journalière. Dieu veut que nous marchions dans une vraie séparation pratique du mal, jusqu’au moment béni où nous n’aurons plus à veiller sur nous-mêmes, ou a serrer nos vêtements autour de nos reins, avec la ceinture de la sainteté et de la justice, mais où nous pourrons, comme on l’a dit, les laisser flotter librement dans un milieu d’une pureté absolue, autour de Celui qui nous a acquis pour Lui, à toujours !

 

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7                    Chapitre 7

 

Nous avons vu que, si les Corinthiens ignoraient certaines choses et avaient à les apprendre, ils en savaient fort bien une quantité d’autres, mais en négligeaient la portée dans leur conduite journalière, ou dans leur vie d’assemblée. C’était, de fait, plus grave encore que de les ignorer complètement aussi l’apôtre leur répète avec une juste sévérité «Ne savez-vous pas ?» Ils ne tenaient pas compte de leur état de mort dans la chair, à laquelle ils attribuaient de l’importance ; ils n’estimaient pas avoir été «crucifiés au monde», car, s’ils avaient des difficultés entre eux, ils recouraient à son jugement ; ils avaient affaire à un mal moral dans l’Église, et s’enorgueillissaient au lieu de s’humilier, pour que la discipline pût être exercée. En un mot, les premiers chapitres nous ont montré que ce qui manquait aux Corinthiens c’était, chose capitale, de réaliser que la croix de Christ avait mis fin au vieil homme par le jugement. Or voici qu’omettant cette question principale, ils avaient toute sorte de détails de casuistique à soumettre à l’apôtre. Néanmoins, Dieu s’en sert pour les éclairer au sujet de l’ordre qui convient à la maison de Dieu.

Ils demandaient s’il fallait, oui ou non, avoir des rapports conjugaux ; si des chrétiens, ayant des païens pour conjoints, devaient vivre avec eux et ce qu’ils devaient faire de leurs enfants ; si, étant esclave, on devait demeurer dans cette condition, ou s’en affranchir ; si l’on devait rester vierge, ou non ; si l’on pouvait manger des choses sacrifiées aux idoles ou s’en abstenir. Dieu répond à ces questions, intéressantes à leur place, car elles touchent la liberté chrétienne, mais qui, comme questions de détail, s’étaient emparées de l’esprit des Corinthiens, au détriment des vérités essentielles et d’ensemble. Un pareil état d’âme se rencontre fréquemment. En proportion de l’affaiblissement spirituel, on est volontiers occupé de questions qui ne mettent pas en rapport direct avec la personne de Christ. On donne une importance exagérée au baptême, à la manière extérieure dont la cène doit être administrée, à la nourriture, aux vêtements, etc., questions auxquelles Dieu répond à l’occasion, car il a réponse à tout, mais dont Satan aime à se servir pour détourner les âmes du Seigneur.

Or je suis frappé de la manière dont l’apôtre traite ces sujets dans le chap. 7. Du v. 1 au v. 17, il ne parle pas comme apôtre inspiré, mais simplement comme apôtre, c’est-à-dire comme ayant reçu de la part de Dieu une autorité qui n’était pas l’inspiration, mais que, vu son origine, il avait le droit d’exercer ; car il avait mission divine de régler une quantité de questions dans les assemblées (v. 17), comme nous le voyons aussi dans les épîtres à Timothée et à Tite. L’apôtre donne donc des ordonnances, en vertu de son autorité apostolique qu’il met ici en contraste avec ce qu’il dit de la part du Seigneur (v. 10), c’est-à-dire avec l’inspiration.

Dans la seconde partie de ce chapitre (v. 25-40), Paul parle aux Corinthiens comme un homme ayant une autorité spirituelle au milieu des saints. «Je n’ai pas», dit-il, «d’ordre du Seigneur ; mais je donne mon opinion comme ayant reçu miséricorde du Seigneur pour être fidèle». Vous direz peut-être : Dans ce cas-là, je ne suis pas tenu d’obéir. Comment ! nous ne serions pas tenus d’écouter un homme qui est manifestement dirigé par l’Esprit de Dieu ? Si nous ne suivions pas ce qu’il nous dit, nous ne serions que des orgueilleux, nous estimant capables de décider une chose beaucoup mieux que l’apôtre, et nous oublierions ce que Dieu pense de l’orgueil.

Quant à l’inspiration, nous serions bien embarrassés de la définir et, n’étant pas inspirés, nous n’arriverions probablement jamais à le faire, mais nous savons que, dans l’inspiration, Dieu révèle à des hommes choisis de Lui, ses pensées et nous les communique, par leur moyen, d’une manière aussi complète qu’ils les ont reçues, les gardant de tout mélange de la chair, car il veut que ses pensées, qui nous sont destinées, arrivent à nous dans toute leur perfection divine.

Les quelques passages contenus dans ce chapitre illustrent ces trois choses : l’autorité apostolique, l’inspiration, et le droit du chrétien spirituel à se faire écouter. Au v. 6 : «Or je dis ceci par indulgence, non comme commandement». Ainsi, c’était simplement par égard pour leur faiblesse qu’il n’exprimait pas un ordre, ayant, pour le faire, l’autorité de la part de Dieu. Au v. 17 : «C’est ainsi que j’en ordonne dans toutes les assemblées». Nous trouvons ici cette autorité s’exerçant partout dans l’Église. Au v. 25 : «Je n’ai pas d’ordre du Seigneur ; mais je donne mon opinion comme ayant reçu miséricorde du Seigneur pour être fidèle». Il parle comme homme spirituel qui devait être écouté. Au v. 40 : «Or j’estime que moi aussi j’ai l’Esprit de Dieu». Il estime que, comme tel, il doit être entendu. Quand il arrive à l’inspiration, il dit au v. 10 «Je leur enjoins, non pas moi, mais le Seigneur» mais «quant aux autres, je dis, moi, non pas le Seigneur» (v. 12), distinguant entre sa parole comme apôtre et sa parole inspirée. Cette dernière est la parole du Seigneur, sortie du reste de la propre bouche de Christ : «Ce donc que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas» (Matt. 19:5, 6 ; Marc 10:6-9). Quand il s’agit du mariage, le Seigneur mentionne ce qui a été déclaré par inspiration dès le commencement : «Les deux seront une seule chair», puis il le confirme par sa propre parole, et l’établit ici par la parole inspirée de l’apôtre.

Ce chapitre 7, qui traite des liens et des relations appartenant à notre vie ici-bas, pourrait être intitulé : La liberté chrétienne, réglée par une entière dépendance du Seigneur et de sa Parole. L’apôtre admet que les circonstances diffèrent, qu’il est légitime d’en tenir compte, et que chacun est libre d’en juger pour lui-même. Quand il s’agit du service du Seigneur, il voudrait toutefois que «tous les hommes» fussent comme lui (v. 7). C’est ce qui lui faisait dire à Agrippa : «Plût à Dieu que non seulement toi, mais aussi tous ceux qui m’entendent aujourd’hui, vous devinssiez de toutes manières tels que je suis, hormis ces liens» (Actes 26:29). Cependant, en ce qui concernait le mariage ou la vocation, il n’y avait aucun mal à ce qu’on agisse autrement que l’apôtre, pourvu que ce soit «dans le Seigneur», chacun ayant «son propre don de grâce de la part de Dieu, l’un d’une manière, et l’autre d’une autre» (v. 7, 39). Le célibat offre de grands dangers, le mariage de grandes difficultés ; que chacun pèse cela devant le Seigneur et se décide ; il n’y a pas de mal dans cette décision. L’apôtre met au large le coeur des Corinthiens que cette pensée préoccupait ; seulement, la femme ne devait pas être séparée de son mari, ni le mari de sa femme.

Il y avait cependant des relations moins simples, celle par exemple d’une femme chrétienne avec un mari païen, ou d’un mari chrétien avec une femme païenne (v. 12-17). Devaient-ils se séparer ? Selon la loi juive, il aurait dû en être ainsi, comme on le voit au dernier chapitre d’Esdras : il fallait que l’Israélite se séparât de la femme étrangère, afin de pouvoir faire partie de la congrégation sainte qui était le peuple de l’Eternel. L’apôtre part de cette pensée pour montrer que, sous le régime de la grâce, les choses étaient exactement le contraire du régime légal. Un mari chrétien ne devait pas se séparer de sa femme païenne, parce que la femme était sanctifiée par le mari, et vice versa. Il va sans dire, qu’en parlant de l’union d’un chrétien avec une personne du monde, l’apôtre ne pense pas un instant qu’il ait pu contracter une union pareille depuis sa conversion, mais suppose que la conversion de l’un ou de l’autre a eu lieu depuis le mariage et qu’il ne donne aucune liberté de s’allier à des personnes mondaines. L’incrédule étant donc sanctifié par le conjoint chrétien, les enfants, issus de cette union, sont saints et ont droit, par leur position, de faire partie de la maison de Dieu. Il faut se rappeler que c’est de la maison qu’il est question dans tous ces chapitres, et non pas du corps de Christ. Les enfants sont placés dans une position de sainteté, de mise à part, condition extérieure qui a rapport à la terre. Il ne s’agit pas ici de leur salut éternel, mais ils sont considérés comme faisant partie de la maison de Dieu sur la terre, afin d’avoir part à toutes les bénédictions qui s’y trouvent.

L’apôtre aborde ensuite une autre question : Comment les chrétiens doivent-ils se comporter à l’égard des diverses conditions qu’ils occupaient lors de leur conversion ? D’abord, quand on est appelé dans la circoncision ou dans l’incirconcision, il ne s’agit ni de l’une ni de l’autre, mais de «l’observation des commandements de Dieu» (v. 18, 19). Ensuite, il passe à l’état d’esclavage. Cette sentence qui semble ne pas nous toucher est, au contraire, d’une haute importance pour nous. Nous sommes très souvent appelés, étant dans une condition dépendante ; nous voudrions secouer le joug, et ce désir devient le point de départ de beaucoup de misères dans notre vie chrétienne. S’agit-il d’esclavage ? il semblerait qu’un chrétien devrait immédiatement se délivrer de tels liens. L’apôtre ne donne point le conseil de se sauver de chez son maître, lui qui renvoyait à Philémon l’esclave fugitif, Onésime. L’esclave avait à rester dans la vocation dans laquelle Dieu l’avait appelé. Si Dieu lui donnait les moyens de se libérer, il devait plutôt en user (v. 21, 22), mais «que chacun demeure auprès de Dieu dans l’état dans lequel il a été appelé» (v. 24).

Enfin, les Corinthiens avaient interrogé l’apôtre au sujet de ceux qui n’étaient jamais entrés dans les liens du mariage. Il leur donne les indications qu’un homme spirituel comme lui pouvait donner, car il estimait que lui aussi avait l’Esprit de Dieu (v. 40). Il leur dit : que celui ou celle qui sont vierges, ne se marient pas. Sans ces liens, vous pouvez faire beaucoup de bonnes oeuvres, car alors vous n’avez à plaire qu’au Seigneur, ce qui est beaucoup meilleur. Je vous donne ce conseil, mais vous êtes libres, absolument libres d’agir selon votre degré de foi, pourvu que vous ayez affaire au Seigneur ; et il ajoute : «Le temps est difficile». Ce mot ne rend pas complètement la pensée du texte ; il signifie : «Le temps est raccourci». Nous nous trouvons, depuis la croix, dans un temps où tout avance rapidement vers la fin. Tout passe ; qu’est-ce qui subsistera ? Ne vous embarrassez donc pas de ce qui pourrait entraver votre marche en avant. Et nous pouvons le dire encore bien plus que l’apôtre, car nous nous trouvons tout près de la venue du Seigneur. Voulons-nous nous charger de tant de fardeaux, de tant de liens qui jouent nécessairement un très grand rôle dans nos vies ? Ils passeront avec la courte existence à laquelle ils s’attachent. Eh bien ! soyons comme ceux qui ne sont pas mariés ; ne nous laissons pas imposer, dans notre marche chrétienne, même les choses les plus légitimes. Si nous avions cette pensée devant les yeux, comme nous serions préservés d’intérêts terrestres ! Et si nos coeurs sont remplis de Christ, nous aurons davantage affaire à Dieu ; nous serons attachés au Seigneur et à ses intérêts ; nous serons plus simples, plus heureux, plus tranquilles ; au lieu de subir toutes les agitations du monde qui nous entoure, nous pourrons le traverser dans un vrai repos moral.

Soyons attentifs à ces exhortations d’un homme qui, sujet aux mêmes passions que nous, était par excellence «l’homme spirituel», lors même qu’il ne nous donne pas ces conseils comme des commandements, et ne les établit pas de par son autorité apostolique. Ayons l’oreille ouverte pour les entendre, et des coeurs soumis aux pensées exprimées par celui qui pouvait dire : «J’estime que moi aussi j’ai l’Esprit de Dieu».

 

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8                    Chapitres 8-9:23

 

Dans les chapitres 8 et 9, l’apôtre répond encore à deux questions ; celle du chapitre 8 était si l’on osait manger des choses sacrifiées aux idoles, question bien sèche en elle-même, mais au sujet de laquelle l’Esprit de Dieu va atteindre directement la conscience des Corinthiens. Il nous semble peut-être que ce sujet, ne nous concernant pas, peut être laissé de côté, mais nous allons voir que nous ne pouvons aucunement l’omettre. L’apôtre commence par dire : «Nous savons», terme de la connaissance chrétienne, «car nous avons tous de la connaissance», puis il introduit une petite parenthèse : «La connaissance enfle, mais l’amour édifie. Si quelqu’un pense savoir quelque chose, il ne connaît rien encore comme il faut connaître ; mais si quelqu’un aime Dieu, celui-là est connu de Lui» (v. 1, 2). Voilà donc qui nous touche tous ! La question des idoles est laissée un instant de côté. On peut connaître très bien la Parole, en exposer clairement les détails et l’ensemble, trouver la solution des difficultés qu’elle présente, et cette connaissance qui paraît si désirable, peut être une source d’orgueil spirituel, le pire orgueil de tous. C’était précisément le piège des Corinthiens. Leur connaissance, à laquelle ils désiraient encore ajouter des éléments nouveaux, les avait enflés. L’apôtre revient, je ne sais combien de fois dans cette épître, sur ce péché. Prenons garde de ne nous occuper des choses de Dieu — je ne dis pas : avec la connaissance humaine, parfaitement incompétente, et ce n’est pas d’elle qu’il s’agit ici — mais en recherchant la connaissance sans que notre conscience soit en jeu, car «la connaissance enfle». Si nous n’avons qu’elle, nous marchons vers la ruine. Une seule chose édifie : ce n’est pas la connaissance, mais l’amour, et si l’on n’est pas conduit par l’amour, aucune édification n’est possible. Nous verrons au chap. 14, que l’édification est le but de toute action dans l’assemblée ; une prédication qui ne la produit pas, n’a rien qui vaille : «L’amour édifie». «Si quelqu’un pense savoir quelque chose, il ne connaît rien encore comme il faut connaître» ; et l’apôtre ajoute : «mais si quelqu’un aime Dieu, celui-là est connu de Lui». Il est connu de Lui ! Voilà ce dont j’ai besoin comme chrétien ! Il me faut la connaissance que Dieu a de moi : cela me sort de moi-même. Ce sont les regards de Dieu, et non les miens, qui me sondent et jugent, s’il y a dans mon coeur quelque affection pour Lui. Dans l’évangile de Jean, lors de la restauration de l’apôtre Pierre, le Seigneur lui demande trois fois : «M’aimes-tu ?» Pierre en est profondément humilié ; il y avait, sans doute, chez lui de l’amour pour le Sauveur, mais il répond ce qu’un coeur humilié devait répondre : «Seigneur, tu connais toutes choses, tu sais que je t’aime». Il s’en remettait à la connaissance de Dieu, et non à la sienne. Désirant que les yeux de Dieu se portent dans son coeur, il disait : «Sonde-moi» et connais-moi. La triste expérience qu’il avait faite lui avait montré que lui n’y voyait pas clair, mais que Christ le voyait, et cela lui suffisait. Ne nous laissons pas entraîner à chercher la connaissance pour elle-même ; sans l’amour qui édifie, elle n’est qu’une occasion de chute.

L’apôtre ajoute : «Nous savons qu’une idole n’est rien dans le monde, et qu’il n’y a point d’autre Dieu qu’un seul». Pour les hommes, il y a beaucoup de dieux et beaucoup de seigneurs, beaucoup qui sont appelés dieux, soit dans le ciel, soit sur la terre, mais «pour nous, il y a un seul Dieu, le Père, duquel sont toutes choses, et nous pour lui, et un seul Seigneur, Jésus Christ, par lequel sont toutes choses, et nous par lui». Telle est la connaissance chrétienne. Il ajoute : «Toutefois la connaissance n’est pas en tous», c’est-à-dire qu’il y avait parmi eux des gens qui, sortis du paganisme, n’avaient pas encore réalisé que l’idole n’était rien en elle-même, et, quand ils mangeaient des choses qui lui étaient sacrifiées, comme ils ne pouvaient faire abstraction de l’idole, leur conscience, étant faible, en était souillée. Comment les Corinthiens avaient-ils à se comporter vis-à-vis de ces faibles ? L’apôtre donne des prescriptions à cet égard. Tu as toute liberté de manger des choses sacrifiées aux idoles, mais si un frère pour lequel l’idole est quelque chose, t’en voit manger, tu l’engages dans le même chemin que toi ; sa conscience est souillée, et si tu as souillé sa conscience, ce frère périra. Cela ne veut pas dire que ce frère soit perdu, mais que je suis responsable d’avoir conduit un frère faible à la mort. Dieu est puissant pour l’en sortir par sa grâce, mais moi, par ma connaissance, j’aurai accompli un acte qui fait périr mon frère. Par cet acte, je pèche «contre Christ».

Telle est la fin de ce chapitre qui revient à ceci : Que toutes choses soient faites pour Christ, en amour, et s’il en est ainsi, je puis être certain que ce sera pour l’édification de mon frère, au lieu d’être pour sa destruction.

Si le premier de ces deux chapitres traite de la liberté quant aux idoles, le deuxième nous entretient de la liberté quant au ministère. Je ferai remarquer en passant que les mots droit dans ce chapitre et liberté dans le chapitre précédent, sont un seul et même mot (8:9 ; 9:4). Nous avons ici la réponse à la dernière question adressée à l’apôtre par les Corinthiens. Il se trouvait au milieu d’eux des personnes qui prétendaient avoir des droits égaux à ceux de Paul (cf. chap. 4), et mettaient en question jusqu’à la valeur de son apostolat. Les Corinthiens qui avaient été convertis par son moyen s’étaient senti la liberté de le questionner à ce sujet. L’apôtre demande d’abord : «Ne suis-je pas apôtre ?» Un apôtre était caractérisé par le fait qu’il avait vu le Seigneur ; or Paul l’avait vu (v. 1). Quant au résultat de son oeuvre, ils en étaient eux-mêmes la preuve (v. 1-3). Il y avait, comme toujours, des personnes parmi les chrétiens, qui faisaient de l’assemblée de Dieu leur monde, cherchant à y jouer un rôle, à s’y faire une position, à y accaparer une autorité. Pour y réussir, ils cherchaient à détruire l’influence de ceux que Dieu lui-même avait établis dans sa maison. Lorsqu’un frère cherche à acquérir une autorité personnelle dans l’assemblée, il se met nécessairement en conflit avec ceux auxquels le Seigneur l’a confiée. L’apôtre aborde ce sujet et montre qu’il avait les mêmes droits, la même liberté que tous les autres apôtres, le droit de manger et de boire, le droit de se marier et de conduire sa femme avec lui. Est-ce que lui et Barnabas étaient les seuls qui n’aient pas le droit de ne pas travailler ? Les autres apôtres ne travaillaient pas, tandis que Paul faisait des tentes, choisissant une vocation des plus humbles, et travaillant de ses mains pour subvenir à ses besoins et à ceux des autres. N’avait-il pas le droit d’attendre quelque profit de son ministère ? La parole de Dieu elle-même enseignait les frères sur ce point : «Tu n’emmuselleras pas le boeuf qui foule le grain». Dieu avait-il les boeufs en vue ? Il y avait donc, dans ce passage du Deutéronome, une allusion directe à l’oeuvre de ceux qui travaillaient pour le Seigneur. Mais l’apôtre avait renoncé à tous ces avantages. Il avait toute liberté, quant à son ministère, d’user des droits que Dieu conférait à ceux qui s’occupaient de l’Évangile, mais il s’en était privé et ne voulait pas voir anéantir sa gloire. Malheur à lui, s’il ne remplissait pas ses obligations ; mais sa gloire était liée à l’Évangile, parce que son coeur y était tout entier ; sa gloire était de rendre l’Évangile exempt de frais, de ne pas lui coûter quoi que ce soit. Il le voulait aussi libre que lui-même, et toute sa vie avait eu cette direction.

Depuis le v. 19, il ajoute encore un autre point. Il était libre, entièrement libre, mais lui qui était libre à l’égard de tous, s’était asservi à tous. C’est un des beaux traits du caractère de ce cher serviteur de Dieu : il n’avait jamais pensé à lui-même, tandis que d’autres, attaquant son apostolat, cherchaient à s’élever sur ses décombres. Il ne cherchait pas à se défendre et n’avait qu’une pensée : gagner le plus de gens possible à l’Évangile. Quand il avait affaire à des Juifs, il était comme un Juif ; il était devenu toutes choses pour tous, afin d’en sauver quelques-uns (v. 21, 22).

Combien de fois n’entendons-nous pas citer ces paroles pour justifier le mélange des chrétiens avec le monde ! Il ne faut pas, dit-on, s’en retirer ; l’apôtre lui-même se faisait tout à tous, et nous sommes appelés à faire comme lui pour gagner le monde à Christ. La parole de Dieu ne contient aucune pensée semblable. L’apôtre était entièrement séparé du monde, de tous les avantages qu’il pouvait lui offrir ; il les considérait tous comme des ordures, afin d’atteindre Christ. S’il s’agissait de gagner les âmes, il se faisait tout à tous, complètement libre à l’égard des Juifs, des Grecs et des barbares, mais s’assujettissant à tous pour les amener au Seigneur ; ne se plaçant pas lui-même sous la loi pour gagner les Juifs, mais les prenant sur leur terrain, afin de les convaincre de péché. C’est ainsi qu’il allait de synagogue en synagogue, les appelant «hommes frères», invoquant l’autorité des saintes Écritures de l’Ancien Testament qu’ils reconnaissaient comme la parole de Dieu, pour leur annoncer le Messie qu’ils attendaient, et leur montrer, d’après leur loi et leurs prophètes, que ce Messie était le Christ. Il était sans loi à Athènes, et y prêchait le Dieu créateur, afin de les amener à Christ, au «dieu inconnu» ; il prêchait aux Romains la justice, la tempérance et le jugement à venir, afin d’atteindre leur conscience et de les faire recourir à un Sauveur ; parmi les chrétiens de Corinthe, il était faible, afin de gagner les faibles à la croix de Christ.

Certes, nous ne pouvons en aucune manière nous associer avec le monde pour sauver le monde, puisque nous lui sommes crucifiés ; mais nous pouvons le traverser dans l’esprit de l’apôtre, afin que de toute manière nous en sauvions quelques-uns ; faisant toutes choses à cause de l’Évangile, afin que nous soyons co-participants avec lui (v. 23). Paul voyait, pour ainsi dire, dans l’Évangile, une personne pour laquelle il travaillait et souffrait ; il s’identifiait avec tout ce qui lui arrivait.

Que Dieu nous donne de réaliser cela comme l’apôtre ! Que l’Évangile de Christ, Christ lui-même, prenne une telle place dans nos coeurs, qu’il soit le mobile de toute notre vie ici-bas ! Nous sommes tous appelés à être co-participants avec lui, comme l’apôtre le dit au commencement de l’épître aux Philippiens, en les louant beaucoup à cet égard. Si l’Évangile souffre dans ce monde, nos coeurs lui sont-ils liés, de manière à ressentir l’opprobre dont il est couvert ? Si nous assistons à ses progrès, nous en réjouissons-nous ? Dieu nous y appelle. Chacun de nous peut avoir part à cette Bonne Nouvelle par ses paroles, ses prières, sa sympathie, ses services, et en apprécier l’importance dans ces «temps difficiles». Que Dieu nous donne d’estimer l’Évangile beaucoup plus que nos coeurs, si facilement légers et mon