[ page principale | nouveautés | La Bible | la foi | sujets | études AT | études NT | index ouvrages | index auteurs | index sujets | centres d'intérêt ]
EXPOSÉ et STRUCTURE DÉTAILLÉE du
LIVRE D’ÉSAÏE
par Henri Rossier
Tables des matières:
3 PREMIÈRE PARTIE — Chapitres 1 à 35
3.1 PREMIÈRE DIVISION — Chapitres 1 à 12.
3.1.1 Première série: chapitres 1 à 4
3.1.2 Deuxième série : chapitres 5 et 6
3.1.3 Troisième série: chapitres 7 à 9:7
3.1.4 Quatrième série: chapitres 9:8 à 12.
3.2 DEUXIÈME DIVISION — Chapitres 13 à 27
3.2.1 Première série : chapitres 13 à 14:27.
3.2.2 Deuxième série: chapitres 14:28 à ch. 17
3.2.3 Troisième série: chapitre 18
3.2.4 Quatrième série: chapitres 19 à 23
3.2.5 Cinquième série: chapitres 24 à 27
3.3 TROISIÈME DIVISION — Chapitres 28 à 35
4 INTERMÈDE HISTORIQUE — Chapitres 36 à 39
5 SECONDE PARTIE — Chapitres 40 à 66
5.1 PREMIÈRE DIVISION — Chapitres 40 à 48
5.2 Résume des chapitres 40 à 48, par J. N. D.
5.3 DEUXIÈME DIVISION — Chapitres 49 à 57
5.4 TROISIÈME DIVISION — Chapitres 58 à 66
5.4.1 Première série : chapitres 58 à 60
5.4.2 Deuxième série: chapitres 61 à 64
5.4.3 Troisième série : chapitres 65 et 66
[Nul n’était plus qualifié que H. Rossier, dont, entre beaucoup d’autres écrits dus à sa plume, les travaux sur les livres prophétiques ont été en bénédiction à tant de croyants, pour donner une exposition méthodique du plus important des prophètes. Il en avait préparé les matériaux dans les dernières années de sa longue carrière (1835-1928), mais n’avait pu procéder à la rédaction définitive. Les notes retrouvées dans ses carnets offrent un tel intérêt qu’il a paru bon de les publier, en ne se permettant que les retouches indispensables, sans tenter une mise au point que l’auteur seul aurait été à même d’effectuer. Tel quel, ce travail sera, nous en avons la confiance, d’une précieuse utilité au lecteur désireux d’entrer plus avant, avec le secours du Seigneur, dans l’intelligence de la prophétie (2 Pierre 1:19).] (Editeur)
Il ne s’agit pas d’autre chose, dans cet ouvrage, que de donner une vue aussi claire que possible de la prophétie d’Ésaïe et d’en faire comprendre la division de façon un peu détaillée, mais non pas d’en tirer les trésors infinis d’ordre spirituel et moral qui y sont contenus. Néanmoins cet exposé, en apparence sec et froid, a dans le fond une importance véritable, car aucune partie de la Parole de Dieu n’a été attaquée par les rationalistes plus que ce prophète, dans sa structure et dans sa forme. Ils l’ont disséqué jusqu’à ne pas lui laisser une portion intacte, ne voyant dans la première partie que transpositions dans l’ordre des chapitres, attribuant la deuxième partie à un autre auteur, qu’ils appellent le grand inconnu, ou au contraire la rapportant à au moins deux auteurs différents, etc (*).
(*) Il n’est pas sans intérêt de noter ici que le rouleau complet d’Ésaïe en hébreu, une des pièces les plus remarquables des «manuscrits de la mer Morte» découverts en 1947 dans la grotte d’Aïn-Feshka, près de Qumran, et qui date au moins du 1er siècle avant J. C., donne de ce prophète un texte identique, à d’insignifiantes variantes près, au texte massorétique du 10° siècle après J. C., sur lequel ont été faites nos traductions modernes. Il ne présente aucun indice qui autorise à le répartir entre deux ou plusieurs livres d’auteurs différents. (Editeur)
Nous sommes convaincu que l’exposé pur et simple du sujet doit suffire pour prouver au chrétien qui désire étudier la prophétie sous l’enseignement de l’Esprit de Dieu combien ces assertions et ces attaques sont mal fondées, pour montrer l’ordre divin qui règne dans ce Livre comme dans toutes les parties de la Parole, enfin pour faire ressortir la puissance de l’inspiration de notre prophète. Cette inspiration rompt toutes les barrières que la raison humaine voudrait lui opposer et ne se laisse pas endiguer dans les misérables canaux qu’elle prétend lui creuser, mais comme un vaste fleuve elle se répand librement, fertilisant le sol partout où atteignent ses eaux.
Ajoutons qu’il n’y aura aucun profit à lire cet ouvrage sans lire et méditer au fur et à mesure chaque paragraphe du texte biblique. Comme nous n’avons jamais cessé de le faire, nous recommandons la traduction de J. N. Darby comme la meilleure, et cela d’autant plus que les divisions qu’elle indique pour Ésaïe, soit en chapitres soit en paragraphes, nous apparaissent comme les seules valables.
1°
Quelques remarques préliminaires sur l’objet de la prophétie ne seront pas inutiles.
Cet objet est multiple.
1.1° En premier lieu la prophétie prononce le jugement du mal sur ceux qui le produisent, et qu’elle condamne.
1.2° Elle est un encouragement pour les fidèles, ceux qui, au milieu de la ruine du peuple, constituent le Résidu. Elle montre à ce Résidu qu’à la suite de ces jugements il y aura restauration pour lui.
1.3° La prophétie est un appel à la repentance, car, si elle met en évidence le mal existant et si elle en annonce le jugement, celui-ci n’est pas encore exécuté.
1.4° La prophétie est la révélation du moyen que Dieu emploiera pour délivrer. Ce moyen se résume dans le seul nom de Christ. Toutes les voies de Dieu aboutissent à Lui.
1.5° La prophétie nourrit la foi en montrant dans la gloire du Messie le remède à tout mal.
2°
Les prophètes prennent pour point de départ le fait qu’Israël est le peuple terrestre de Dieu, engagé envers Lui par l’alliance contractée en Sinaï, mais choisi et acquis avant cette alliance. Aussi rappellent-ils avant toute chose les exigences de la loi (cf. Ésaïe 1:16, 17), dans son esprit et dans sa lettre. Ils mettent en relief les manquements du peuple, dont l’infidélité rend plus éclatante encore la fidélité de l’Éternel à ses promesses, de sorte que la restauration est le fait de la grâce, de même que les jugements purificateurs qui amènent cette restauration.
3°
Rappelons que les livres prophétiques se rangent en deux catégories. L’une comprend les prophètes qui ont parlé quand Israël était encore reconnu de Dieu, l’autre ceux qui ont été suscités quand il n’est plus reconnu comme son peuple. Dans la première catégorie, le grand ennemi est l’Assyrien, dans la seconde c’est Babylone, «tête d’or» de la domination des nations asservissant le peuple dont Dieu dit : «Lo-Ammi» (pas mon peuple).
A la première catégorie appartiennent Ésaïe, Jérémie, et parmi les petits prophètes Osée, Joël, Amos, Jonas, Michée, Nahum, Habakuk, Sophonie. À la seconde, Daniel, Abdias, Aggée, Zacharie, Malachie. Ézéchiel pourrait être considéré comme prenant place entre les deux.
4°
Ésaïe, donc, a parlé quand l’Éternel reconnaissait encore son peuple. Mais son long ministère (60 ans environ, entre 760 et 700 ans avant J. C.) se déroule à l’époque où Dieu met fin au royaume d’Israël, alors que Juda subsistera encore plus d’un siècle.
Il est le plus ample des prophètes. Tous les grands sujets de la prophétie s’y trouvent : les jugements sur Israël et sur les nations, verges de Dieu mais orgueilleux oppresseurs du peuple qu’Il châtie par elles ; — le Résidu selon l’élection de la grâce (Rom. 11:5 ; 9:29) ; — la Rédemption ; — les délivrances; le Messie; — le règne millénaire, fruit de la grâce et du salut.
5°
Comme nous le verrons, maints événements annoncés par le prophète ont eu lieu, tandis que d’autres sont encore à venir, mais les faits déjà arrivés ne sont après tout qu’un accomplissement partiel ; ils parlent à l’avance de l’aboutissement final des voies de Dieu, vers lequel il faut toujours regarder. Nous chercherons à indiquer cette relation entre la prophétie annoncée par Ésaïe et déjà accomplie, soit pour le prophète soit pour nous, — et la prophétie non encore accomplie. C’est là une des grandes difficultés de l’interprétation, mais elle disparaît entièrement quand on maintient qu’«aucune prophétie de l’Écriture ne s’interprète d’elle-même» (ou: n’est d’une interprétation particulière), selon 2 Pierre 1:20.
Ésaïe est pour nous l’illustration la plus éclatante de cette vérité. Tous les événements actuels sont pour ainsi dire entremêlés en apparence dans les événements futurs.
6°
Le livre d’Ésaïe est formé de deux parties (chapitres 1 à 35 et chapitres 40 à 66) séparées par ce qu’on peut appeler un intermède historique (chapitres 36 à 39).
La première partie embrasse toute la prophétie des derniers jours quant à Israël et aux nations qui entrent en contact avec lui. Israël n’étant pas encore déclaré Lo-Ammi, c’est l’Assyrien qui est son ennemi en vue. Suscité le premier, l’Assyrien sera jugé en dernier, toutes les autres nations le seront avant lui. Cette première partie nous conduit à la bénédiction millénaire sous le règne du Messie.
C’est de ce dernier, de sa venue, de son sacrifice, de son règne en gloire, que traite la deuxième partie. L’Éternel entre en discussion avec Israël au sujet de ses péchés, l’idolâtrie d’abord, puis le rejet de ce Messie auquel Dieu donnera gloire et puissance. Par lui le peuple sera restauré et aura part à sa gloire, la bonté de l’Éternel le recevant finalement.
L’intermède des ch. 36 à 39 illustre, par les événements arrivés aux jours du prophète, la prophétie future dont ils fournissent pour ainsi dire le canevas en présentant l’attaque de l’Assyrien, sujet capital de la prophétie d’Ésaïe, point culminant du tumulte des rois de la terre contre l’Éternel et son Oint, suivi de la délivrance du Résidu.
Cette première partie comprend elle-même 3 divisions :
1. chapitres 1 à 12 ;
2. chapitres 13 à 27
3. chapitres 28 à 35,
Nous trouvons là une histoire prophétique d’ensemble d’Israël, où la place prépondérante est donnée à l’attaque finale par l’Assyrien, terme des jugements nécessités par le péché du peuple, mais qui montre en même temps la formation d’un Résidu, sa délivrance par le Messie promis, et l’introduction du Règne de ce Messie.
Ces quatre chapitres servent de préface à tout le livre. On y voit le péché d’Israël, son jugement annoncé, son relèvement et sa gloire sous Christ, «le germe de l’Éternel» (4:2). Israël a oublié l’Éternel, s’est rebellé contre lui, de là le jugement. Cependant l’Éternel y garde un faible Résidu, futur noyau du peuple de Dieu sous le sceptre du Messie. La grâce triomphe : on remarquera en effet que, si la bénédiction est proposée à condition qu’il y ait repentance, de fait cette bénédiction est introduite par le jugement parce que la repentance du peuple, comme tel, n’a pas eu lieu.
v. 1. Il s’agit dans cette prophétie de Juda et Jérusalem. Elle est prononcée sous quatre rois, dont trois (Ozias, Ézéchias, Jotham) ont «fait ce qui est droit aux yeux de l’Éternel» (2 Chron. 26:4; 27:2; 29:2) et un seul non (28:1); mais, bons ou mauvais, l’état de Juda et de Jérusalem sous leurs règnes n’a pas changé, comme le montre tout ce premier chapitre, et même la suite du prophète. Ce qui est dit ici s’adresse non aux rois seuls mais au peuple.
v. 2-9. Le prophète proclame l’amour de Dieu pour son peuple, et prend à témoins les cieux et la terre qu’Il a placé ce peuple dans la relation de fils avec Lui, dès sa naissance, jusqu’à sa pleine croissance. La seule réponse de leur part à cet amour a été la rébellion contre leur père et leur bienfaiteur (v. 2). Cependant ils sont encore appelés son peuple (v. 3), le lien n’est pas encore rompu comme dans d’autres prophètes, Lo-Ammi n’est pas encore prononcé. Cela donne un caractère particulier à cette grande prophétie : le peuple est censé pouvoir revenir encore.
Suivent les caractères du peuple infidèle (v. 3-5) : 1° la méconnaissance ou l’ignorance de leur relation avec l’Éternel ; des animaux sans intelligence reconnaissent leur maître, ne serait-ce que par la crèche, la nourriture qu’il leur dispense, mais Israël ? il ne connaît pas Dieu et ses bienfaits ; 2° la corruption qui les marque, quoique fils, portant Son nom (v. 4, cf. Deut. 21:18-21 ; 8:5); 3° l’abandon de l’Éternel et le mépris du Dieu saint, ils ont quitté la position dans laquelle Dieu les avait placés ; 4° la révolte toujours plus accentuée à mesure que Dieu les frappe.
Leur déplorable état se trouve résumé en quelques traits au v. 6 : le mal moral est complet, il n’y a plus rien à attendre d’eux, plus d’amélioration possible, tout est pourriture et il n’y a plus de remède pour panser les plaies.
En conséquence, le pays est dévasté (v. 7), Dieu les a livrés entre les mains des étrangers. La fille de Sion, Jérusalem, reste seule à tenir tête aux ennemis (v. 8), et il ne subsiste qu’un «bien petit résidu». C’est à quoi se réduit le témoignage que Dieu avait confié à son peuple. Cela ne nous amène-t-il pas à nous demander : Et nous, sommes-nous encore un «bien petit résidu» ? Les croyants parmi eux sont de fait le peuple reconnu ; tout en s’identifiant avec la nation coupable et châtiée, ils confessent que Dieu a eu pitié de son peuple en laissant au milieu de lui ce faible reste dont ils font partie (v. 9 ; cf. Rom. 9:29).
On peut se demander à quel règne correspond cette description. Il semble que ce soit celui d’Ézéchias. En effet ce ne peut être celui d’Ozias, qui est toujours victorieux (2 Chron. 26). On pourrait penser à Jotham, car il est dit que «le peuple se corrompait encore» (27:2) mais on ne voit pas Juda dévasté sous ce règne. Il l’est sous Achaz (28), mais les v. 10-17 de notre chapitre peignent l’état du peuple sous le règne de quelque roi fidèle, en tout cas pas sous celui d’Achaz qui ferma le temple (28:24), alors qu’ici le peuple allie l’iniquité et la fête solennelle.
v. 10-17. Il y avait les formes religieuses, mais sans vie ni sainteté, aussi l’Éternel déclare haïr les choses mêmes qu’il avait ordonnées, parce que le coeur du peuple s’est éloigné de Lui. Leurs offrandes sont rendues plus haïssables en ce qu’elles prétendent honorer l’Éternel tout en leur associant l’iniquité. Ce que la loi exigeait d’eux c’était de cesser de mal faire et d’apprendre à bien faire, et avant toute chose à marcher dans l’amour du prochain (10:16, 17). Israël est appelé à se laver, se purifier en cessant de mal faire pour apprendre à bien faire. Il ne le peut ; alors l’Éternel le purifiera lui-même par le jugement (v. 25).
v. 18-20. Dieu attend que son peuple coupable plaide contre lui-même : il trouvera alors Dieu, son juge, plaidant pour lui, prenant sa cause en main, le lavant de toute iniquité ; mais c’est une chose terrible quand Dieu plaide contre les coupables (3:13). En attendant la loi leur offre l’alternative ou d’écouter ou de refuser Celui qui leur parle, avec ses conséquences (19:20).
v. 21-23. Ces versets considèrent l’état de Jérusalem qui s’est corrompue comme une prostituée, s’est tournée vers l’idolâtrie et vers l’injustice. La responsabilité des princes est mise en évidence, les rois ne sont pas exclus de ces accusations, quoique de fait un seul d’entre eux, Achaz, soit ici en cause. Ils font à l’égard de la veuve et de l’orphelin le contraire de ce que demande la loi.
v. 24-31. Aussi Jérusalem infidèle ne peut être rachetée que par le jugement. Le jugement sur la maison de Dieu est la première chose quand Dieu visite le mal. L’Éternel dit : «Je me vengerai de mes ennemis» en parlant d’Israël : quoi de plus terrible que le peuple de Dieu soit placé comme ennemi ! Cf. Héb. 10:27 ; 12.
Résumé du chapitre 1. — Annonce le jugement de Dieu sur ses adversaires, et ses adversaires et ses ennemis sont son peuple et la ville de Jérusalem. Sion sera rétablie, mais par le jugement. Mais au milieu des châtiments, l’Éternel laissera subsister un petit Résidu, noyau du peuple futur restauré, selon la fidélité de Dieu «Les siens qui reviennent» (27) seront épargnés, quand, à la fin, le jugement tombera sur le peuple, ils seront rachetés par la justice, Sion par le jugement.
Le peuple futur restauré est le centre de la bénédiction pour les nations. Les v. 1 à 5 donnent, après le jugement prononcé à la fin du ch. 1, une merveilleuse description de la Jérusalem milléniale et de la paix universelle. Au v. 5 on a un appel au Résidu de 1:9, auquel appartient cette bénédiction. «La loi sortira de Sion, et de Jérusalem la parole de l’Éternel. Et il jugera au milieu des nations». Ce n’est pas là la conversion du monde et l’établissement du royaume par l’Evangile, cela n’a jamais eu et n’aura jamais lieu. Le jugement de Dieu accomplira cette oeuvre, permettra la gloire future de Jérusalem, devenue centre de bénédiction pour les nations, la paix sera enfin établie, on n’apprendra plus la guerre.
v. 6-11. Jusque là, le peuple sera abandonné de Dieu à cause de son luxe, de son idolâtrie et de son orgueil. Il s’est allié avec les nations en vue de la prospérité matérielle, et le résultat a été l’idolâtrie. Seul l’Éternel sera haut élevé quand, aux derniers jours, l’orgueil du peuple sera abaissé.
v. 12-21. Mais si Dieu juge son peuple, ne jugera-t-il pas le monde idolâtre ? Quand Il apparaîtra, l’Éternel anéantira non seulement l’orgueil de son peuple et son idolâtrie (6-11), mais tout l’orgueil de l’homme et des nations idolâtres quelles qu’elles soient. D’où la répétition de cette phrase : «l’Éternel seul sera élevé en ce jour-là» (v. 11, v. 17).
v. 22. Nous sommes amenés à la sentence finale : «Finissez-en avec l’homme». Si Dieu en finit ainsi avec l’homme, nous devons en finir aussi.
Résumé du chapitre 2. — Dieu exaltera la maison de Jacob et Jérusalem, centre de la bénédiction aux derniers jours, mais en comparant Jérusalem avec ce qu’elle était et avec ce qu’elle sera, cette promesse ne peut s’accomplir que par le jugement. Et si le jugement de Dieu commence par son peuple, c’est la preuve qu’il s’exécutera sur les nations. Rien d’eux tous ne pourra subsister.
Continue la description, en détail, des jugements qui tomberont sur Juda et Jérusalem coupables (v. 1; cf. 2:1).
v. 1-9. Avant toute autre chose, le soutien et l’appui leur manqueront : d’un côté, la disette dans ce qui soutient extérieurement la vie, d’autre part défaillance complète de tout appui moral. Ni force matérielle, ni sagesse, ni secours spirituels. Ceux qui domineront sur eux ne seront pas en âge de les conduire et de plus seront pleins d’outrecuidance envers ceux que leur âge qualifierait comme conseillers. L’état moral sera tel que même les moins considérés auxquels la dignité sera offerte la refuseront tant elle sera avilie. Ils ne sont pas les jouets d’événements dont ils ne seraient pas responsables, «ils ont fait venir le mal sur eux-mêmes».
v. 10-12. Dieu sait faire néanmoins la distinction entre le juste et le méchant. Le premier verra le bien, le mal qu’a fait le second lui sera rétribué. On voit ici que les liens de l’Éternel avec son peuple ne sont pas entièrement rompus ; l’Éternel le reconnaît encore et l’avertit à l’égard de ses conducteurs qui le fourvoient (tel Achaz). Aussi :
v. 13-15. les princes qui les conduisent seront jugés et
v. 16-24. les femmes qui les gouvernent (cf. 12) auront un sort commun avec les filles de Sion. Leur futilité, leur amour de la parure et du luxe dans le vêtement feront place à l’abjection, à la flétrissure et au deuil.
v. 25, 26. Les hommes forts tombés par l’épée, Sion, représentée par ses portes, sera dans le deuil et la désolation.
4:1. L’abjection des femmes est telle qu’elles sont prêtes à payer quelque prix que ce soit pour que soit ôté leur opprobre (non mariées ou stériles).
Résumé de 3- 4:1. — Détail des jugements annoncés au ch. 2 sur le royaume de Juda, ses hommes et ses princes. Le juste (v. 10) — et combien les justes semblent peu nombreux dans la masse du peuple — seul verra du bien.
Tous ces chapitres aboutissent à Christ. Enfin le Germe paraît. Jusqu’ici nous ne pouvions voir Christ que comme l’Éternel Juge. Maintenant il paraît comme homme, comme fruit de la terre, mais c’est en faveur non du peuple comme ensemble, mais des réchappés, du Résidu dont il est parlé en 1:9, et après le jugement exercé sur les infidèles, hommes et femmes, à Jérusalem. Chaque demeure en Sion sera alors un petit tabernacle, de même chaque assemblée du peuple, et comme au désert la nuée sera là pour les protéger, les éclairer et les conduire. Il y aura la protection de l’Éternel, une «couverture», sur toute la gloire qu’Il donnera à Jérusalem (v. 5). Les conséquences du mal ne seront pas encore ôtées (v. 6) mais là où Dieu habite on sera mis à l’abri d’elles. Tel sera l’effet de l’habitation du Messie avec son peuple.
Résumé de 4:2-6. — Enfin le Germe de l’Éternel paraît dans la personne de Christ. Il met tout en ordre et introduit la bénédiction finale.
Ici commence le sujet propre du prophète, dont la préface n’est qu’un aperçu. Ces deux chapitres décrivent l’iniquité de l’ensemble du peuple comme vigne de l’Éternel, et les jugements qui fondront sur lui; la vigne sera dévastée, mais un petit Résidu, dont Ésaïe est le type, sera sauvé, à travers la repentance et le jugement de soi.
v. 1-7. L’Éternel juge sa vigne, c’est-à-dire Israël, sur le principe de ce qu’il a fait pour elle et du fruit qu’elle devrait rapporter après tant de soins. Rien n’avait manqué à ces soins, ils avaient été parfaits et complets, aussi sera-t-elle complètement détruite.
Six malheurs sont prononcés contre les différents caractères de l’iniquité :
Premier malheur : v. 8-10. Sur la convoitise et l’ardeur à acquérir et tout garder pour soi. Ce malheur est la diminution de la population et la disette.
Deuxième malheur : v. 11-17. Sur l’ivresse et les plaisirs du monde. Le malheur consiste en la captivité, la famine et la soif, enfin le sépulcre et le juste jugement.
Troisième malheur : v. 18, 19. Sur ceux qui font le mal sciemment au mépris de Dieu et de son jugement.
Quatrième malheur : v. 20. Sur ceux qui confondent le mal et le bien, la lumière et les ténèbres, la douceur et l’amertume,
Cinquième malheur: v. 21. Sur ceux qui ont une haute opinion d’eux-mêmes et de leur intelligence.
Sixième malheur : v. 22, 23. Sur ceux qui emploient leur énergie pour s’enivrer des choses du monde, qui se font les défenseurs du mal qui leur profite et qui noircissent ceux qui font le bien.
La colère de l’Éternel s’est embrasée contre eux et le jugement de Dieu les consumera ainsi que toute leur gloire (24).
Les «Malheurs» des versets 18 à 23 (troisième à sixième) consistent dans la colère de Dieu, le feu consumant du jugement tombant sur ces hommes et sur toute leur gloire (v. 24, 25). «La colère de l’Éternel s’est embrasée contre eux», et «pour tout cela» cette colère «ne s’est pas détournée et sa main est encore étendue» (voyez 9:12, 17, 21).
v. 26-30. Cette colère se donne cours dans l’invasion de l’Assyrien (cf. 10:5), «verge de ma colère».
Ce chapitre se relie au précédent par la mention d’un septième Malheur. Mais il s’agit d’un autre principe de jugement. Les Malheurs précédents sont prononcés sur ce qu’Israël a fait, étant déchu de la bénédiction première; ici, le dernier Malheur est prononcé sur ce que l’homme, et le meilleur, est devant le Dieu saint. C’est le Malheur sur le moi (*). Au chapitre 5 ce sont les suites de la rébellion contre l’Éternel; ici, qu’allait devenir l’homme, fût-il le moins coupable, fût-il un prophète, quand il rencontrerait Dieu? Pourrait-il dire autre chose que: «Malheur à moi, car je suis perdu»? De fait, c’est là la première en date des prophéties d’Ésaïe (**), et cela aussi a son importance capitale. Dès le début, l’homme est absolument condamné. Le Résidu même, dont Ésaïe est un type, ne mérite pas autre chose que la condamnation.
(*) Disons en passant que nous trouverons aux ch. 28 à 33 six autres «Malheurs» précédés, mais non suivis comme ici, d’un même septième, Malheur à moi (24:16). En Matthieu 23 le Seigneur profère sept Malheurs sur les conducteurs du peuple, mais suivis du «Béni soit...» du v. 39 prononcé par ce même peuple acclamant la grâce dans la personne du Sauveur, alors que ces conducteurs maudits le conduisaient à sa perte. Ces sept Malheurs remplaçaient les neuf bénédictions de Matt. 5 (neuf, trois fois la plénitude divine), dont les chefs n’avaient pas voulu.
(**) Dates des prophéties dans Ésaïe : 6:1 ; 7:8 ; 14:28 ; 20:1 ; 36:1.
Ce chapitre est en même temps le début d’une parenthèse qui se termine au chapitre 9:7. Au verset 12 de ce ch. 9, le prophète reprendra, comme nous le soulignons plus haut, la parole de 5:25 («Pour tout cela... sa main est encore étendue» et la répète aux v. 17, 21 et 10:4). Outre sa transposition dans le but que nous avons indiqué, cette parenthèse nous présente le Messie, sa réjection par les Juifs, et la bénédiction sous son règne futur.
Après ces remarques générales, reprenons en détail cet intéressant chapitre.
v. 1-7. La vision est de la gloire du royaume de Christ sur la terre. Le trône n’est pas dans le ciel mais au-dessus de la terre. Seule la manifestation de cette gloire est dans le temple (le lieu saint, non le lieu très saint), sur la terre. Les séraphins sont dans le ciel au-dessus de lui. C’est Christ homme, exalté comme roi, chef de l’armée des cieux, adoré par les séraphins. Les créatures les plus élevées proclament la sainteté de Christ roi, le Dieu d’éternité, le Créateur. Les séraphins (litt. les brûlants qui volent) se couvrent la face. Et un homme serait appelé à voir Sa gloire, à face découverte? Oui, mais il faut auparavant le «Malheur à moi» et le «je suis perdu». Aussitôt toute impureté disparaît, même des lèvres du croyant, par le jugement dont le feu a consumé l’holocauste et ne peut plus avoir qu’à consumer toute iniquité chez le croyant. Il fallait qu’il eût conscience du feu du jugement sans en être atteint, car tout ce qu’il était avait été déjà consumé dans la victime sur l’autel.
v. 8-13. Maintenant le prophète est capable de dire, comme son Maître : «Me voici, envoie-moi», quand le Seigneur demande : «Qui enverrai-je ?». Le message au peuple est que son endurcissement est un jugement de Dieu (Jean 12:37-41). Mais la foi peut dire : «Jusques à quand ?» (c’est le mot du Résidu dans les Psaumes), certaine que le Seigneur ne peut demeurer sur le jugement.
Alors trois choses sont révélées au prophète: 1° la désolation et la solitude actuelles, comme jugement de Dieu ; — 2° un «dixième» rentrant après la captivité, mais pour être brouté de nouveau ; — 3° enfin un tronc qui reste, une «semence sainte», le Résidu croyant, formant le noyau d’un peuple nouveau.
Ainsi la foi compte sur la fidélité de Dieu, et Dieu répond : Il y aura un Résidu. (J. N. D.)
Le chapitre 6 venait à point pour compléter le chapitre 5, mais il appartient tout autant à une Troisième partie qu’il introduit, et dont la date n’est plus la mort d’Ozias, mais saute par-dessus le règne de Jotham pour arriver aux jours du méchant Achaz.
Le ch. 7 donne, en Achaz, un exemple de l’endurcissement qui doit atteindre le peuple comme jugement de Dieu (6:9, 10).
v. 1-9. La prophétie précédente se terminait sur la promesse d’une semence sainte, le vrai Résidu (basé sur le tronc d’Isaï), qui sera «le tronc» du peuple du Messie ; un événement prêt à se produire devient le motif d’une nouvelle prophétie. «Un résidu reviendra» (Shear Jashub), ce grand fait est comme enfanté par le prophète et l’accompagne partout. Il est à la base de tout ce qui va arriver. La Syrie et Israël veulent détruire la semence de David. Achaz ne mérite que cela, mais Dieu a en vue le Messie, Emmanuel, et annonce la destruction de ces deux ennemis de Juda au bout de 65 ans (v. 8).
v. 10-17. Dieu veut en donner confirmation à Achaz par le signe que celui-ci demandera. Mais Achaz a mis sa confiance en l’Assyrie, et il refuse sous prétexte de ne pas tenter l’Éternel, comme si l’Éternel, quand il fait une promesse, pouvait en revenir ou la voir annuler. Cette incrédulité lasse enfin la patience de Dieu, mais ne l’empêche nullement, Lui, de donner un signe dans la personne d’Emmanuel, le fils de la Vierge, donné comme un petit enfant dont Lui suit la croissance parmi les autres, nourri comme eux, jusqu’à l’âge de «savoir rejeter le mal et choisir le bien». À lui se rattache le retour du Résidu (Shear Jashub) dans un temps futur (*). Mais Ésaïe va avoir un nouveau fils dont le nom signifie hâte du butin, promptitude du pillage. Avant que celui-là sache rejeter le mal et choisir le bien, Israël et la Syrie, Samarie et Damas, seront détruits. Mais celui auquel Achaz s’est confié pour amener ce résultat, et qui l’amènera en effet, selon les voies de Dieu, l’Assyrien, sera contre Juda la verge de la colère de Dieu.
(*) Il sera alors délivré non plus de Damas et Samarie, mais de l’Assyrien des derniers jours. Emmanuel est de tout temps l’espérance de ce Résidu, la base de l’accomplissement des promesses en sa faveur. C’est en vue de cet accomplissement que se déroulent tous les événements prophétiques, à commencer, peu après cette prophétie d’Ésaïe, par la défaite de Syrie et d’Israël, avant qu’un enfant en bas âge fût élevé. Cf. Lettre de JND, Messager Evangélique, 1891, p 69, 70, qui rapporte le v. 16 à Shear Jashub lui-même, le premier fils prophétique, alors que l’auteur y voit le second, celui de 8 :1-4. Il est clair que le sens général reste le même (Editeur).
Ainsi, nous avons jusqu’ici : l’assurance prophétique du retour d’un Résidu, la promesse de la venue du Messie, Dieu avec nous, mais une tribulation sans précédent tombant sur Juda. Cette tribulation trouve son expression dans l’Assyrien de la fin.
v. 18-25. Ici nous est dépeint ce temps de désolation amené par le conflit entre l’Égypte et l’Assyrie, le roi du Midi et le roi du Nord. Ce conflit ne laissera rien subsister de Juda, tout le pays ne sera que ronces et épines. Par l’Assyrien Juda sera réduit à l’état du petit enfant qui vient de naître (22), mais c’est dans cette condition qu’il pourra rencontrer Emmanuel.
v. 1-4. Ces versets mettent en scène l’enfant prophétique annoncé en 7:16, dont le nom, Maher-Shalal-Hash-Baz, butin et pillage, signifie la dévastation des deux ennemis de Juda — Israël et la Syrie — par l’Égypte appelée par Achaz. Celui-ci semble avoir réussi dans son dessein incrédule, mais l’avenir, comme nous l’avons vu au chapitre 7, montrera la vanité des plans du roi. (Ne semble-t-il pas que tout ce qui se passe sous nos yeux annonce les mêmes jugements?)
v. 5-8. En réalité c’est l’Éternel, et non Achaz, qui suscite immédiatement l’Assyrien contre les dix tribus jointes à la Syrie. Mais l’Assyrien, verge de l’Éternel contre Israël, le sera aussi contre Juda. Pour l’instant il passera outre, mais il remplira plus tard le pays d’Emmanuel annoncé en 8:14 comme le libérateur futur d’Israël. Cela reporte la prophétie jusqu’au temps de la fin.
v. 9-17. Maintenant Emmanuel annoncé devient la confiance du Résidu. Toutes les associations des peuples, et d’Israël incrédule avec eux, se termineront par le brisement des nations (9) et celui des maisons d’Israël et de Juda (14). C’est Emmanuel, le Dieu du Résidu, Dieu avec lui, qui mettra fin à tous les conseils de l’homme (10). Le Résidu (11), dans la personne du prophète, est préservé par la présence d’Emmanuel de marcher dans le chemin d’Achaz, de craindre les conjurations de Samarie et de Damas (12) et d’en former de nouvelles en faisant appel à l’Assyrie pour aider Juda contre celles-là. Ce qui produit ces vaines alliances, c’est le manque complet de confiance en l’Éternel. Lui seul doit être la crainte d’Israël et le salut du Résidu. Mais Lui, Emmanuel, sera auparavant «pour sanctuaire» au Résidu croyant, et «pour pierre d’achoppement et rocher de trébuchement aux deux maisons d’Israël» (Juda et Israël), «pour piège et pour lacet aux habitants de Jérusalem» (14). C’est ce qui est arrivé à la première venue de Christ ; beaucoup ont été enlacés. Les disciples ont été et seront gardés par la parole de Christ et ceux qui s’attendent à Lui pendant les jours de la colère de Dieu contre son peuple seront sauvés (Romains 9:33). C’est le Résidu de Juda.
v. 18-20. Ésaïe, type de Christ, parle. Les enfants du prophète sont là comme témoins, annonçant la préservation d’un Résidu de Juda, et le jugement de la masse du peuple. Les événements qu’ils préfigurent auront lieu. Mais en même temps le prophète touche aux événements actuels. Déjà cette prophétie a eu entièrement lieu pour l’Eglise; le Seigneur se présente devant Dieu avec les enfants que Dieu lui a donnés, comme Il les place dans la même position de confiance que Lui-même (Hébreux 2:13, citant à la fois le verset 17 et le verset 18 de notre chapitre). Israël aussi, mais d’une tout autre manière, est un prodige devant Dieu pendant ce temps de son rejet. Il se montrera adonné, comme Saül réprouvé, aux évocateurs d’esprits, il ira aux morts pour les vivants. Le Résidu, lui, s’enquerra du Messie, il tiendra ferme la parole: la loi et le témoignage, auxquels ce Résidu de la fin reviendra, seront sa seule sauvegarde ; il ne peut y avoir d’aurore milléniale que par ce moyen.
Ainsi les deux enfants prophétiques sont le témoignage d’un côté du jugement, de l’autre de la restauration.
Ces versets, qui constituent un appendice à cette Troisième série, nous montrent d’abord (21, 22) l’état de ceux qui n’appartiennent pas au Résidu croyant de la fin: l’affliction, la tribulation, les malédictions, sont la part de l’incrédulité contre Christ. Rien sur la terre que détresse, ténèbres, angoisse (voyez 5:30). Ils maudiront leur roi, sans doute l’Antichrist. Mais aux versets 1 à 7 du chapitre 9, un autre état est décrit. Il est question d’une obscurité qui ne sera pas, d’abord, équivalente à la détresse future qui sera sur la terre. Au commencement le Seigneur pesa légèrement sur Zabulon et Nephthali, et ce n’est que plus tard qu’il s’appesantit sur tout le pays. Vers la mer, au-delà du Jourdain, en Galilée, il y a eu un chemin, et au lieu d’obscurité une grande lumière a resplendi sur le peuple qui habitait dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort, au lieu d’être laissé, comme cela arrivera plus tard, sans espoir dans leurs ténèbres, ce que dépeint 8:21, 22. La Galilée des nations a été le théâtre sur lequel se déploya cette grande lumière, lors de la première venue de Christ.
Emmanuel a maintenant paru, cette nation est arrivée à la lumière, c’est la joie de la moisson, c’est la victoire sur l’ennemi, c’est le jugement des nations qui asservissaient les fidèles. La victoire est remportée, ou plutôt elle le sera puisqu’«un enfant nous est né», le Fils est donné à ce Résidu, la nation n’en ayant pas voulu. «On appellera son nom: Merveilleux», etc. L’accroissement de son royaume sera sans fin, ce sera le règne de justice, le triomphe de l’Éternel.
Résumé de la Troisième série. — Le jugement de l’Assyrien est annoncé quand Juda aura cru trouver en lui une aide contre l’alliance d’Israël avec la Syrie. Mais l’Assyrien lui-même sera détruit, et l’apparition d’Emmanuel en est le gage certain. C’est lui qui délivrera le Résidu, qui le présentera devant Dieu comme les enfants que Dieu lui a donnés. Toutes les confédérations humaines et des nations seront brisées par Lui. L’ombre de la mort dans laquelle se trouve le peuple a été dissipée par Sa venue, mais la pleine délivrance du peuple ne sera opérée que lorsqu’Il aura acquis tous ses titres et institué un royaume de justice et de paix.
Le prophète annonce que l’Assyrien viendra et détruira Israël et la Syrie, puis Juda; mais il annonce la présence de Christ, Emmanuel, preuve positive de la restauration du peuple, quand l’Assyrien futur envahira le pays. On a sa première venue en 8:11-17, et 9:1, 2. Il dit: Me voici, moi, etc., tandis que l’Éternel cache sa face à la maison de Jacob. Le Résidu l’aura à la fin dans sa gloire, rétablissant le peuple dans toute la jouissance des promesses.
Après la parenthèse de 6-9:7, le prophète reprend le cours des événements qui, de jugements en jugements dans lesquels «la colère de l’Éternel n’est pas encore détournée» et «sa main est encore étendue» (5:25, se reliant à 9:12, 17, 21; 10:4), aboutissent au jugement final introduisant le règne.
Il s’agit d’Israël châtié.
9 : v. 8-12. Les dix tribus (Éphraïm, ou Samarie) sont jugées par la main de l’Assyrien, après l’avoir été par le moyen de la Syrie et des Philistins.
v. 13-17. Cela ne suffit pas. Il y aura jugement de leurs conducteurs, leurs princes et leurs faux prophètes, ceux sous lesquels on s’abrite et ceux sur lesquels on s’appuie. Le même jugement sera prononcé en 19:15 sur l’Égypte (cf. Apoc. 9:19).
v. 18-21. Mais encore cela ne suffit pas. Éphraïm, les tribus au-delà du Jourdain, et Juda, seront en proie aux dissensions intestines et se consumeront les uns les autres, «ils mangent chacun la chair de son bras». (Comment ne pas songer ici aux avertissements donnés aux «frères» en Galates 5:13-15?)
10 : v. 1-4. Cela même ne suffit pas encore. Les juges ont opprimé les pauvres, il n’y a aucun recours pour ces oppresseurs coupables, au jour de la visitation. Et cependant la colère et les jugements de l’Éternel ne sont pas encore arrêtés.
Il arrivera pourtant un moment où «le Seigneur aura achevé son oeuvre contre la montagne de Sion et contre JérusaIem.» (v. 12) et où il visitera l’instrument même de ce jugement.
v. 5-11. En effet à son tour l’Assyrien, verge de la colère de l’Éternel contre son peuple, éprouvera cette colère. Son orgueil hautain en est la cause: il assimile les idoles des nations avec celles de Samarie et de Jérusalem, comme si ce n’était pas précisément à cause de leurs idoles que l’une et l’autre se trouvent sous la main de l’Éternel étendue en jugement.
v. 12-23. Cette oeuvre envers Israël achevée, l’Éternel remet en mémoire cet orgueil de l’Assyrien qui se vante de sa puissance et de sa sagesse et de son intelligence parce qu’il a subjugué les autres peuples. C’est la cognée se glorifiant contre celui qui s’en sert. C’est pourquoi l’Assyrien sera consumé quand l’Éternel, lumière d’Israël, paraîtra. En ce jour-là le Résidu d’Israël et les réchappés de Juda ne s’appuieront plus, comme l’a fait la masse infidèle, «sur celui qui les a frappés» (l’Assyrien), mais «sur l’Éternel, le Saint d’Israël, en vérité». «Le Résidu reviendra» (allusion à Shear Jashub), lors de la «consomption décrétée» c’est-à-dire lors des derniers jugements, funestes au peuple apostat, qui précéderont le règne du Messie.
v. 24-34. C’est à ce Résidu en Sion que l’Éternel s’adresse pour le rassurer. «L’indignation et la colère» vont enfin être «accomplies», dans le jugement de l’Assyrien. Il est décrit ici tel qu’il a eu lieu sous Sankhérib, alors qu’il paraissait triompher, mais c’est en même temps l’image anticipée du jugement futur de l’Assyrien, à la fin des temps.
Cette dernière subdivision nous présente le bonheur d’Israël sous le règne de Christ, après l’exécution de tous les jugements prédits au ch. 10.
11 : v. 1-10. L’apparition de Christ est annoncée, rejeton du tronc d’Isaï pour Israël, branche de ses racines pour les nations. Nouveau Salomon en sagesse et en intelligence, il ne faillira pas comme le premier: l’Esprit, dans sa plénitude, reposera sur lui. Il gouvernera son peuple en justice et en droiture, et ne laissera pas subsister le méchant sous son règne. Ce sera le règne de la justice et de la paix universelle, pendant le millénium. Il en sera ainsi non seulement pour Israël mais pour les nations, sur lesquelles sa domination s’étendra. Il les rassemblera et elles le rechercheront (v. 10; Rom. 15:12). Ce sera le repos de la gloire, comme Sophonie 3:17 est le repos de l’amour.
v. 11-16. C’est «en ce jour-là» et en vue de lui, que le Seigneur rassemblera Juda et les dix tribus d’entre toutes les nations. Il «mettra sa main encore une seconde fois pour acquérir le résidu de son peuple»: la première fois était l’Exode. Les deux maisons seront réconciliées et s’uniront pour dominer sur ceux qui les avaient asservies. Aux v. 15 et 16 nous trouvons les circonstances extérieures du retour des dix tribus. C’est ainsi qu’il sera mis fin au joug de l’Assyrien.
12. Nous avons ici le cantique de la dernière journée des tabernacles, préfiguré en Jean 7:37. Ce sont aussi les accents du cantique d’Apocalypse 15:3, 4. Ce n’est pas seulement le cantique de Sion, mais celui de «toute la terre».
Résumé de la Quatrième série. — La colère continue sur Israël. L’instrument de cette colère est l’Assyrien, mais l’Assyrien lui-même sera jugé, à cause de son orgueil. Un résidu d’Israël reviendra, mais après les jugements. La destruction future de l’Assyrien, préfigurée par sa défaite sous Sankhérib, entraîne la libération du peuple. Christ, issu du tronc d’Isaï, est annoncé comme exécutant le jugement, mais afin d’établir la bénédiction millénaire, après le retour des dix tribus. Enfin est entonné l’Alléluia. C’est sur cette louange que se termine toute la première division de la Première partie d’Ésaïe.
N. B. — Remarquer quel immense rôle joue le Résidu dans tous ces chapitres. Il est directement question de lui en 1:9 (cf. Romains 9:29); 4:3; 6:13; 7:3; 10:20-23 (cf. Romains 9:27, 28).
Tout cela en rapport avec le Messie: 4:2; 5:1; 7:14 (cf. Matt. 1:23); 8:8, 14 (cf. 28:16; Rom. 9:33; 1 Pierre 2:8), 17 et 18 (Hébreux 2:13); 9:2 (cf. Matt. 4:15, 16); 6:7; 11:1; 10 (cf. Rom. 15:12).
Ces chapitres annoncent le jugement des nations qui ont asservi Israël.
L’oracle touchant Babylone.
v. 1. Le sujet est Babylone, mais de fait la prophétie va beaucoup plus loin.
v. 2-8. Nous trouvons là la confusion des peuples, amenés à la fin, le «tumulte des royaumes des nations rassemblées ... pour détruire tout le pays». Tous entrent dans les portes des nobles. Les saints et les hommes forts de l’Éternel sont aussi rassemblés là pour assister au jour de sa colère. Devant ces nations qui viennent pour détruire le pays, le peuple apostat, si je comprends bien, est livré à la terreur (v. 7, 8). Ce premier paragraphe a pu avoir son accomplissement partiel (encore futur quand Ésaïe prophétisait), lorsque les Chaldéens ont envahi la Judée, mais l’accomplissement effectif et total est pour l’avenir, au «jour de l’Éternel». Ésaïe prédit un événement prochain qui lui-même préfigure un événement futur bien autrement étendu; c’est ce qui rend souvent obscure la prophétie. De fait la Babylone historique n’aura pas de part propre à ce conflit de la fin, mais la première Bête de l’Apocalypse (l’Empire romain), montée un temps par la chrétienté apostate (la Babylone prophétique), et qui sera la résurrection de la puissance latine, en sera un des grands acteurs sur la terre d’Israël. Le Résidu (les saints et les hommes forts) sera témoin de ces choses, appelé à se réjouir en la grandeur de l’Éternel.
v. 9-16. Le tableau se continue par la description du jour de l’Éternel qui vient. La terre est désolée, les autorités sont détruites, perdent leur lumière. La colère de l’Éternel s’étendra sur le monde, ce sera un carnage universel, auquel le peuple apostat n’échappera point, tandis que les saints et les hommes forts y assisteront: le peuple apostat assiste à l’écrasement de ses petits enfants, la foi du Résidu assiste à l’écrasement de ceux de Babylone (Ps. 137:9).
v. 17-22. La vision prophétique revient au jugement, historique et passé pour nous, prophétique et prochain pour Ésaïe, de Babylone par les Mèdes, mais qui nous a conduits (paragraphe précédent) au jugement de la fin qui aura pour théâtre de la terre d’Israël.
v. 1, 2. De même, ici, le retour de Juda de la captivité de Babylone est le type historique (encore prophétique sous Ésaïe) du retour futur du peuple tout entier, Jacob, ou Israël, de la dispersion. Ces deux versets placent devant nous la plénitude des délivrances et des bénédictions du peuple de Dieu (sept).
v. 3-11. Israël est appelé à prononcer un «cantique sentencieux» sur la chute du roi de Babylone, quand, à la suite de la victoire de Christ, «toute la terre» délivrée sera «en repos et tranquille». Le retour de la captivité d’autrefois n’a été qu’une très incomplète image de cela. Nous avons ici le pouvoir impérial de la fin, la quatrième bête de Daniel, mais qui, comme nous l’avons vu plus haut, peut, de par son alliance avec le pouvoir religieux (c’est sur elle qu’est assise la grande prostituée d’Apoc. 17), être appelée Babylone; il ne faut pas oublier que le pouvoir impérial confié aux Gentils est aussi comparé à une statue dont Babylone est la tête d’or, mais qui forme un tout, debout dans son ensemble et brisé dans son ensemble.
v. 12-20. La confusion intentionnelle continue ici. L’on peut dire que toutes les puissances de la fin qui entrent en conflit avec le Messie, le vrai Roi, sont ici mêlées et confondues, sous le titre «l’oracle touchant Babylone» (13:1). Nous en avons déjà signalé le motif. Ce temps futur est comme considéré de loin, les détails qui le différencient sont vus comme ensemble. Un de ses éléments est l’Antichrist, qui appartient à cette scène. Son alliance avec la Bête romaine lui donne une place dans cet ensemble. Il est «l’astre brillant, fils de l’aurore», comme le roi de Tyr en Ézéchiel 28. Il est confondu en partie avec la Bête, confondu de même avec Babylone, car c’est d’elle qu’il est dit: «Est-ce ici l’homme qui faisait trembler la terre ?... Ses prisonniers, il ne les renvoyait pas chez eux» (v. 16, 17). Ce roi s’arroge ici tous les caractères et les prérogatives de Christ (v. 13, 14). C’est bien le faux Messie.
v. 21-23. On revient à la Babylone historique et à sa destruction finale et définitive.
v. 24-27. Exemple nouveau de la confusion voulue que nous trouvons dans ces deux chapitres. Il s’agit ici de l’Assyrien, du grand ennemi d’Israël dans le prophète Ésaïe. Le tableau de la confusion (Babel, Babylone) de la fin ne serait pas complet sans lui. C’est la destruction de l’Assyrien prophétique, non pas dans son pays comme le roi d’Assyrie au temps d’Ézéchias, mais sur les montagnes d’Israël, lorsque le peuple de l’Éternel aura été complètement délivré. Maintenant la main de l’Éternel n’est plus étendue contre Israël (voyez 10:4, etc.), mais contre toutes les nations (14:26, 27). De là ce tableau, où toutes les puissances de la fin sont pour ainsi dire réunies sous un même nom: Babylone, et confondues dans une subversion commune.
Il s’agit des nations immédiatement voisines d’Israël.
Annonce du jugement sur la Philistie, prophétie qui devait être réalisée prochainement, sous Ézéchias, fils d’Achaz (2 Rois 18:8), après que sous Achaz les Philistins avaient pillé Juda (2 Chroniques 28:18-20). Mais c’est aussi une prophétie future, qui sera accomplie quand l’Éternel aura fondé Sion et que les pauvres de son peuple y trouveront refuge.
L’oracle sur Moab.
Au chapitre 15 est annoncé le jugement sur Moab. Par qui est-il exécuté? Daniel 11:41 montre que Moab, de même qu’Édom et en partie Ammon, échappent au roi du Nord. J’incline à penser que Moab tombera entre les mains d’Israël victorieux sous le Messie. Jérémie 48 s’étend sur les châtiments de Moab. Voir aussi Amos 2:1-3, Sophonie 2:8, 9 et Ésaïe 25:10-12. Selon Ps. 60:8 et 108:9, Moab est anéanti par le Messie, mais Jérémie 48:47 nous apprend que les captifs de Moab seront rétablis à la fin des jours. C’est ce que nous allons voir au chapitre suivant.
v. 1-5. Après avoir été atteint par un jugement terrible, Moab devient en un temps futur le refuge du Résidu de Juda lors de sa fuite sous l’Antichrist. Il cache les exilés, et ne découvre pas le fugitif. Aussi aura-t-il part aux bénédictions du trône de David (Jérémie 48:47). Ce refuge accordé au résidu de Juda a eu lieu historiquement sous Nébucadnetsar (Jérémie 40:11, 12), comme il aura lieu aux derniers jours lors de la grande tribulation.
v. 6-12. La désolation actuelle est le résultat de l’inexcusable orgueil de Moab. Mais, en raison de ce qui est rapporté dans les cinq premiers versets, il y a dans le coeur du prophète une pitié profonde à son sujet.
v. 13, 14. Il y a eu sous Ézéchias, à la suite de la prise de Samarie au bout de trois ans par l’Assyrien, un accomplissement de la prophétie d’Ésaïe contre Moab (2 Rois 18:9; Jérémie 48:16). Moab fut dévasté, sans qu’on voie par qui; mais il lui est resté un petit Résidu prophétique, selon Jérémie 48:47.
L’oracle touchant Damas.
v. 1-3. Nous sommes reportés là à la sentence que nous avons entendu prononcer au chapitre 7, sous Achaz, contre la Syrie, et en même temps contre Éphraïm. Son exécution est rapportée vis-à-vis de Damas en 2 Rois 16:9, d’Éphraïm en 2 Rois 17:5, 6. L’un subira le même sort que l’autre.
Cependant il y aura un résidu de la Syrie, comme il y aura, v. 4-6, un petit, insignifiant, Résidu d’Éphraïm.
v. 7-11. Du moment qu’il parle du Résidu d’Israël, le Prophète en montre la conversion. Cela eut lieu partiellement sous Joas, et, cent vingt-trois ans plus tard, sous Ézéchias (2 Chron. 24:5 et 30:11). Mais la chose va beaucoup plus loin ici : Israël rentrera dans sa terre, en reprendra possession, mais la plantera de «ceps étrangers», aussi retombera-t-il immédiatement sous le jugement.
v. 12-14. C’est ce qui donnera lieu au rassemblement des multitudes des peuples que nous avons vu, et verrons encore; mais pour leur anéantissement final. Ce sera l’épouvante du temps du soir (Zacharie 14:7), mais c’est alors que l’espoir d’Israël commencera à renaître. «Avant le matin elles ne sont plus», car au matin même se lève le soleil de justice avec la santé dans ses ailes.
Ce remarquable chapitre est à mettre à part. Il donne une vue d’ensemble des rapports du peuple juif avec toutes les nations que nous avons vues rassemblées autour de lui pour le jugement, aux derniers jours, dans les derniers versets du chapitre 17.
La nation sera d’abord ramenée dans son pays par une puissance maritime qui n’a rien à faire avec l’Assyrie et l’Égypte (les fleuves de Cush, savoir l’Euphrate et le Nil). Les conseils de l’Éternel envers cette nation s’accomplissent ainsi, mais, comme elle rentre dans l’incrédulité, l’Éternel n’intervient pas. il regarde de sa demeure, comme un spectateur. Mais il ne peut être indifférent, à cause du Résidu dont il est tant parlé en Ésaïe. Il y a une faveur sur ce retour de la nation en considération de lui. Elle semble prospérer, pousser des rejetons. C’est comme une nuée de rosée dans la chaleur de la moisson, comme une chaleur sereine sur la verdure. Mais aucune action de l’Éternel envers son peuple ne se manifeste encore. Voyez 42:14 ; 57:11 ; Ézéchiel 16:42 ; Zacharie 9:8.
Avant la moisson où le bon grain, le Résidu, sera recueilli dans les greniers de l’Éternel, le jugement sera exécuté sur le peuple apostat, en même temps que sur les nations qui l’auront du reste ravagé (v. 5, 6). Après ce jugement (Apoc. 19:17, 18) le Résidu, le vrai peuple, sera offert en présent à l’Éternel qui régnera sur la montagne de Sion (66:20).
Extension des jugements
Ch. 19, v. 1-10. Les jugements annoncés sont: 1° la guerre civile (v. 2); 2° la venue d’un roi dur et cruel (v. 4) ; 3° la famine par suite du dessèchement du Nil (v. 5-7) ainsi que la ruine des artisans et des commerçants (v. 8-10).
v. 11-15. La sagesse manque absolument chez les conseillers du Pharaon, cette sagesse si renommée de l’Égypte. Voyez v. 15 et 9:14.
v. 16-25. En ce jour-là (ce qui nous reporte aux jours de la fin), l’Égypte tremblera devant le jugement de Dieu. La terre de Juda sera pour l’Égypte une terreur (v. 17) ; il s’agit évidemment des événements qui accompagneront la restauration de Juda. En ce jour-là cinq villes parleront la langue de Canaan et reconnaîtront le Dieu d’Israël (l’une est Héliopolis) (v. 18). En ce jour-là le culte de l’Éternel sera établi au milieu de l’Égypte, et, à la frontière même, quelque chose de semblable à l’autel de Hed (Josué 22), en témoignage à l’Éternel. Car sous le joug de l’oppresseur ils crieront à l’Éternel qui leur enverra un Sauveur et un défenseur. Ils seront délivrés et connaîtront l’Eternel en ce jour-là, comme jadis le peuple d’Israël quand il fut délivré d’Égypte. Alors ils le serviront avec sacrifice, offrande, voeux. «Et l’Éternel frappera l’Égypte», pour la guérir (v. 22). Sera-ce par l’invasion et la domination assyriennes? L’Assyrien y restera-t-il longtemps depuis le premier siège de Jérusalem, avant d’être détruit sur les montagnes de Judée? On peut comprendre dans tout cela que l’Égypte sera à la fin des jours entre les mains d’un roi cruel (v. 4) et que toute sa sagesse sera anéantie avant l’attaque et l’oppression de l’Assyrien, mais que, sous l’effet de ses épreuves accumulées, le peuple égyptien se tournera enfin vers l’Éternel. Enfin, v. 22-25, l’Égypte délivrée, l’Assyrie délivrée de son maître l’Assyrien, et Israël délivré de son maître l’Antichrist, reconnaîtront la seigneurie de Christ et formeront une triade de nations bénies, comme le peuple, l’ouvrage et l’héritage de l’Éternel.
Ainsi, même si l’on peut voir dans ces versets quelque rapport avec un jugement historique, passé, de l’Égypte (voir chapitre suivant), ils nous montrent toute l’histoire de l’Égypte se terminant par la bénédiction milléniale.
Le ch. 20, lui, traite bien d’événements qui étaient encore prophétiques au temps d’Ésaïe mais qui sont maintenant accomplis; il illustre le chapitre précédent, quant aux rapports entre Assyrie, Égypte et Israël.
v. 1-4. Sargon, roi d’Assyrie, envoie son général en chef contre Asdod de Philistie (?), en vue, peut-on penser, d’une attaque contre l’Égypte (*). Ésaïe annonce que trois ans après cette attaque le roi d’Assyrie emmènera captifs les prisonniers d’Égypte et d’Ethiopie, à la honte de l’Égypte. On peut se demander si le passage de 19:1-15 ne fait pas mention de la même invasion.
(*) Il peut s’agir de l’entreprise victorieuse d’Esar-haddon contre l’Égypte, que l’histoire rapporte (vers 670, sous Manassé roi de Juda). Mais déjà Sankhérib avait défait des troupes égyptiennes et éthiopiennes appelées au secours de la Philistie envahie, vers 703, donc sous Ézéchias, et après une campagne contre Mérodac-Baladan, roi de Babylone. — (Editeur).
v. 5 et 6. Israël est terrifié d’avoir mis sa confiance dans l’Égypte et l’Ethiopie, contre l’Assyrien, et dit: Comment échapperons-nous?
Tout ce chapitre est donc de la prophétie accomplie historiquement et destinée à illustrer le chapitre 19.
v. 1-10. Oracle touchant Babylone.
v. 1-9. Babylone est appelée le désert de la mer parce que son pays a été réduit en désert, malgré l’Euphrate, comme jadis l’Égypte malgré le Nil (19:5; cf. Jér. 51:43) (*).
(*) Rappelons que la Babylonie est un pays bas aboutissant à la mer (golfe Persique), mais de climat très sec, un désert où la vie est apportée par les fleuves seuls. (Éditeur)
L’événement prophétique alors prochain, savoir la chute de Babylone, est annoncé en rapport avec la délivrance d’Israël. C’est là ce qui lui donne son importance. Le prophète est appelé à établir une sentinelle. Il surveille les événements. Au v. 5 c’est le festin de Belshatsar, auquel des préparatifs guerriers («fais le guet») donnent une pleine mais fausse sécurité. La sentinelle du prophète voit arriver de la cavalerie, des cavaliers marchant deux à deux, des troupes qui se suivent, en nombre indéfini, d’ânes et de chameaux pour les bagages. Elle n’a qu’une vue restreinte, mais ce qui passe sous ses yeux est interminable: de jour, de nuit, sans cesse un char d’hommes, un couple de cavaliers! Cela suffit. Babylone tombe sans combat.
v. 10. La sentinelle, l’esprit prophétique, met ces événements en rapport avec Israël, le blé battu, le fruit qui sortira du jugement qui l’a atteint.
Ces versets célèbrent donc la chute historique, alors encore future, de Babylone, en vue de l’accomplissement des desseins de Dieu à l’égard d’Israël.
v. 11, 12. Oracle touchant Duma (*).
(*) Ce nom s’applique à un peuple nomade voisin immédiat de l’Idumée; peut-être le prophète l’identifie-t-il à celle-ci, bien que Duma soit dans l’Écriture un descendant d’Ismaël et non d’Ésaü (Genèse 25:14). (Éditeur)
D’Édom (Séhir) on se moque de ce que l’Esprit place une sentinelle prophétique. Le moqueur lui dit: «À quoi en est la nuit?» Elle répond: «Le matin vient». Ce qu’attend la foi est près de paraître, mais «aussi la nuit», pour l’incrédule et le moqueur. La certitude de ces choses ne te manquera pas si tu veux t’en enquérir. Mais en attendant «Revenez, venez...» La porte de la repentance vous est encore ouverte.
v. 13-17. Oracle contre l’Arabie (*).
(*) Il s’agit non de toute la péninsule que nous appelons ainsi mais de tribus arabes dans le nord de celle-ci. Kédar et Dedan en étaient, de même que Théma. Ces tribus pastorales étaient à l’aise (És. 60:7; Jér. 49:20). Dedan et Kédar étaient «en relation de commerce» avec Tyr (Ézéch. 27:20, 21). Voir aussi És. 42:11 ; Jér. 2:10; 49:28, 29). On place ordinairement l’oasis de Théma à quelque 400 km au sud-est du pays d’Édom. Tous étaient des Ismaélites (Genèse 25:3, 13, 15). (Éditeur)
Comme le jugement de la Philistie est annoncé (ch. 20) en un temps rapproché, ainsi celui de l’Arabie l’est dans l’espace encore plus court d’une année. Les Dédanites s’enfuiront devant l’ennemi qui les poursuit et seront secourus par les habitants du pays de Théma. Mais toute la gloire de Kédar a pris fin. Ce jugement prochain ne semble pas devoir être révoqué.
En somme, dans tous ces chapitres c’est le jugement prochain qui domine et non les événements de la fin; il n’en est du reste que l’avant-coureur.
Oracle touchant la vallée de vision.
C’est Jérusalem considérée, pensons-nous, comme l’objet des prophéties. Elle est assimilée aux Gentils sur lesquels tombe le jugement dans tous ces chapitres.
v. 1-4. Analogie avec la prise de Jérusalem par Babylone (Nébucadnetsar) sous Sédécias (2 Rois 25:1-7).
v. 5-11. (Voyez 2 Chron. 32:1-8; 2 Rois 20:20; És. 36-37). Analogie avec le siège de Jérusalem par l’Assyrien (Sankhérib) sous Ézéchias. En ce temps-là la ville fut gardée et délivrée à cause de la piété du roi. Allusion à l’invasion future de l’Assyrien, où les habitants de Jérusalem feront la même chose qu’Ézéchias, mais sans la foi de cet homme de Dieu.
v. 12-14. Au lieu de la délivrance de jadis, l’iniquité du peuple ne lui sera pas pardonnée.
v. 15-25. On voit ici la liaison entre les événements passés et les événements futurs. Même en supposant écrite cette prophétie aux jours d’Ézéchias, l’allusion à Babylone (v. 2-4), événement qui ne s’est passé que sous Sédécias, est en tout cas une prophétie, maintenant accomplie. De fait le cas d’Ézéchias auquel il est fait allusion est entièrement différent des v. 5-14, parce que Jérusalem subit ici le siège de l’Assyrien dans l’incrédulité et ne sera pas délivrée. L’allusion à Eliakim et à Shebna (voir 36:3, 11, 22) est symbolique, mais elle montre, avec les trois premiers paragraphes, comment la prophétie relie les événements futurs aux événements passés. Nous entrons ici en plein dans la prophétie de la fin. Shebna, l’intendant infidèle, ambitieux et orgueilleux, sera précipité de son élévation, condamné à mort, chassé, renversé, lui qui a cru s’élever contre son seigneur. C’est la destruction de l’Antichrist. À sa place, Eliakim, type de Christ, Celui qui a la clef de la maison de David. Christ devient le «clou fixé en un lieu sûr» (Esdras 9:8 ; Zach. 10:4). En ce temps-là, l’Antichrist qui paraissait, par la puissance de Satan, être ce clou, sera brisé, et tout avec lui.
Résumé du chapitre 22. — En rapport avec les sièges passés de Jérusalem, où dans l’un Jérusalem fut prise, dans l’autre délivrée, il y aura dans l’avenir deux événements analogues. Dans l’un la ville sera prise (Zach. 14:2) ; dans l’autre elle sera épargnée par l’apparition de l’Éternel pour son peuple et le jugement des nations qui entourent et assiègent Jérusalem.
Oracle sur Tyr.
v. 1-5. La flotte de Tarsis (Méditerranée, Espagne?) est dans la douleur du désespoir à cause de la destruction qui a atteint Tyr, et Sidon qui la fournissait. Tyr était le centre du commerce des nations, comme plus tard Carthage, colonie tyrienne (sans parler de Venise), puis Amsterdam, puis l’Angleterre. Tout le commerce maritime de Tyr n’a pas formé un peuple. L’Égypte fournissait sa prospérité à Tyr et la chute de cette ville ruine l’Égypte. Tout cela fait allusion à la destruction de Tyr par Nébucadnetsar (voyez Éz. 26-28). Cet oracle est historiquement accompli contre Tyr, mais ne sera pleinement accompli que dans la Babylone apocalyptique (Apoc. 18), quand tous les marchands et pilotes se lamenteront. Ne pas oublier que la Babylone apocalyptique a deux caractères, le caractère religieux et le caractère de prospérité mondaine et commerciale. Aussi le roi de Tyr devient la personnification de Satan et de l’Antichrist pour le temps de la fin. Tyr historique détruite par la Babylone historique devient à la fin un type de la Babylone apocalyptique, la chrétienté dans son aspect commerçant d’Apoc. 18.
En Ézéchiel 28 le roi de Tyr c’est en premier lieu l’homme, comme prince établi en Eden (v. 2, 13), devenant satanique par la tentation de Satan, qui le séduit par l’orgueil et l’intelligence (v. 9, 10). Il se fait Dieu et s’appuie sur sa sagesse et la grandeur de ses richesses et de sa puissance. Depuis le v. 11 le vrai roi de Tyr est bien encore l’homme représenté comme créature, image de Dieu en Eden, mais assimilé à Satan, le chérubin oint dans lequel l’iniquité a été trouvée. Satan était un chérubin dans la sainte montagne, Adam était la forme accomplie de la perfection et de la gloire humaine à l’image de Dieu en Eden. Le premier s’est emparé du second et l’a précipité dans le même jugement que lui. Le roi de Tyr est le type de l’Antichrist dans sa puissance commerciale. Il est le successeur direct de Satan. Le roi de Babylone et aussi l’Assyrie est de nouveau le type de l’Antichrist dans sa puissance morale (Lucifer), actionné par Satan. En somme tous ces caractères se rapportent au caractère initial de Satan.
v. 6-9. L’abaissement, et la destruction de Tyr se répète historiquement dans la destruction successive des puissances commerçantes, Venise, Amsterdam, Londres, etc., jusqu’à la destruction finale de Babylone commerçante.
v. 10-14. Nébucadnetsar est suscité contre Tyr, mais aussi contre Canaan, contre la puissance commerciale, et contre la puissance spirituelle. C’est ce qui aura lieu à la fin.
v. 15-17. Au bout de 70 ans Tyr est restaurée, comme Juda, mais, de même que lui, dans l’incrédulité et dans sa prostitution. Les motifs sont les mêmes que précédemment. Mais (v. 18) il arrivera un temps de restauration où, sous Christ, tout son commerce profitera aux saints et à leur gloire.
Vers l’aurore
Ce chapitre reprend le sujet du chapitre 22 ou plutôt le continue sous un autre aspect; il est placé ici parce qu’Israël est délivré par le jugement des nations.
v. 1-12. «Une ruine.» Ces versets donnent le tableau d’une dévastation complète du pays (1-11) et de la ville (12). Le peuple apostat dont parlait le ch. 22, qui a «transgressé les lois, changé le statut, violé l’alliance éternelle» (v. 5) est consumé, entièrement vidé et entièrement pillé (v. 3). Jérusalem, la cité de désolation (v. 10) est ruinée et déserte. Tout cela a lieu par le rassemblement des nations au dernier jour.
v. 13-16. Mais il restera «au milieu du pays», dans cette débâcle, un tout petit Résidu (sujet capital dans Ésaïe) qui sera sauvé (v. 13, cf. 17:6). Nous trouvons ici ce Résidu dans sa condition finale; partout, depuis l’Orient jusqu’à l’Occident, on dit: Gloire au juste! Les épargnés de la dispersion d’Israël se joindront au Résidu de Juda pour glorifier le Juste, Christ dont ils portent le caractère. Le pays voit enfin leur retour véritable, et non plus dans l’incrédulité.
v. 16-20. Le prophète, en contemplant le jugement du peuple infidèle, dit: Malheur à moi. Ce jugement, qui est celui de la fin des temps, tombant sur les perfides, le peuple de l’Antichrist, «habitant du pays», l’atteint dans son coeur et ses affections, mais non dans sa conscience comme au ch. 6 quand il se trouvait devant Christ, le juge. Il sait qu’il ne peut y échapper, mais il sait aussi à qui recourir quand les fondements de la terre sont ébranlés (Ps. 11:3).
v. 21-23. L’Éternel répond en annonçant que son jugement s’étendra plus loin, jusqu’à la destruction de Satan et de ses armées chassées du ciel, à la destruction des rois de la terre. Nous avons là la description du jugement définitif des puissances du mal, afin d’inaugurer le règne merveilleux de Christ. Satan et son armée seront précipités du ciel, les rois de la terre seront jugés sur la terre (v. 21). Toutes ces puissances terrestres seront jugées plus tard une seconde fois, au jugement des morts, mais ici c’est le jugement des vivants, précédant le règne de Christ. Ce jugement sera à la honte de toutes les puissances établies de Dieu et devenues infidèles. Mais le Seigneur aura ses anciens sur la terre pour contempler sa gloire: ainsi la scène terrestre avec ses participants correspondra à la scène céleste décrite en Apocalypse 5.
Ainsi ce chapitre montre le jugement du peuple, le Résidu formé, le prophète prononçant le Malheur sur lui-même, et la réponse de l’Éternel en destruction de toute la puissance satanique pour inaugurer le règne glorieux de Christ.
On remarquera que depuis le v. 21 de ce chapitre il est question de ce qui arrivera «en ce jour-là» (voyez 25:9; 26:1; 27:1, 2, 12, 13).
Un cantique commence à s’élever dans le pays de Juda.
v. 1-8. C’est le chant de louange du Résidu au sortir de la grande tribulation. Jérusalem va devenir le centre de bénédiction pour les peuples. Le Résidu célèbre l’accomplissement des conseils de son Dieu. Il a détruit toute ville puissante des nations, que ce soit Ninive ou Babylone, sans qu’elle soit jamais rebâtie. C’est pourquoi les nations (il semble qu’on doive interpréter ainsi «le peuple fort» du v. 3) glorifieront Dieu par les jugements qui fondront sur elles; la cité qui restera des nations terribles (Assyrie, Égypte, Babylone) craindra l’Éternel après l’exécution de ces jugements. Le faible et pauvre Résidu (v. 4, 5) a été merveilleusement mis à l’abri dans la tempête et a trouvé dans l’Éternel refuge, abri, protection puissante contre laquelle est venu échouer tout l’effort de l’ennemi. Alors (v. 6) les nations seront bénies dans la bénédiction d’Israël ; alors elles verront (v. 7) ; alors la mort sera engloutie en victoire sur la terre (v. 8) — car, sauf le méchant, les hommes ne mourront plus pendant le règne millénaire — comme elle l’aura été en résurrection pour les saints célestes (1 Cor. 15:54); alors comme pour le ciel (Apoc. 21:4) les douleurs et l’affliction auront passé pour les habitants de la terre (v. 8), car une larme essuyée par Dieu ne reparaît pas ; alors, enfin, l’opprobre du peuple de Dieu sera ôté de dessus toute la terre.
v. 9-12. Remarquez que depuis le v. 1 il n’est question que de cantiques, qui se prolongent au chapitre 26. De même ici au v. 9 c’est la joie de la délivrance chez ceux qui se sont attendus à l’Éternel. L’attente du Résidu est exaucée, la main de l’Éternel reposera sur Sion: c’est le repos définitif. La montagne de Sion est établie comme centre de la puissance de Dieu, comme au v. 6 elle l’est comme centre de la bénédiction des nations. Devant cette puissance Moab, type de l’orgueil sans frein de l’homme pécheur, est abaissé dans la poussière.
Le cantique chanté dans le pays de Juda. Il répond au cantique d’Apocalypse 5 et à celui d’Apocalypse 14. Tous ces chapitres offrent un parallèle constant entre les bénédictions terrestres du Résidu et les bénédictions célestes que nous possédons.
v. 1-6. «En ce jour-là» est chanté en Juda le cantique de la délivrance. Tandis que la cité des nations est en ruine et sera foulée aux pieds, la ville haut élevée, abaissée (v. 5), le Résidu a maintenant une «ville forte», fruit du salut. Il est appelé, la nation juste (il n’est plus question des impies en Sion) ; il entrera dans la ville forte à la suite du Roi de gloire (Psaume 24). La justice, la paix, la fidélité, la confiance, la caractérisent. Elle est fondée sur le Rocher des siècles.
v. 7-11. Remarquons que ce cantique n’est pas encore la pleine jouissance de la délivrance, mais l’inauguration de ce qu’elle va être. Les portes ne sont pas encore ouvertes, le pied du Résidu ne foule pas encore la cité des nations (v. 6). C’est encore la nuit (v. 9). Les jugements de Dieu sont encore sur la terre. Mais le Résidu a espéré en l’Éternel dans le chemin de ses jugements et son désir est après son nom et son mémorial: en sorte que pour lui le chemin des jugements sera fait pour le pousser d’autant plus vers l’espérance. Pour le monde il faut qu’il apprenne par les jugements ce qu’est la justice de Dieu. Le feu n’a pas encore dévoré les adversaires mais les habitants du monde vont enfin apprendre la justice, par les jugements dont ils n’ont pas tenu compte et qui comme un feu consumant vont les dévorer. La grâce ne peut faire connaître cette justice à ceux qui persévèrent dans le mal, méprisant la leçon qu’ils auraient dû apprendre, et vont au devant du feu dévorant.
v. 12-18. Tout cela est l’aube de la bénédiction, elle ne peut manquer: «Tu établiras la paix pour nous». Dieu l’établit en vertu des oeuvres qu’il a opérées, et qu’il donne aux siens le droit d’appeler «nos oeuvres». Par contre «les morts ne vivront pas» ; Dieu avait ramené la nation en Canaan quand elle était dans l’incrédulité ; alors sont venues les douleurs de l’enfantement (v. 17 et 18), la ruine subite (cf. 1 Thess. 5:3) ; mais le Résidu a invoqué Dieu au jour de la détresse, sous le châtiment, et Dieu répond à ces affligés. Si ce Résidu n’est plus composé que de quelques-uns, la nation est augmentée et se rassemble de tous les bouts de la terre. Il s’était épuisé en efforts inutiles pour assurer le salut du pays (v. 18), mais il fallait que la délivrance vînt uniquement de l’Éternel.
v. 19-21. Tandis que «les morts ne vivront pas» (v. 14), les morts de la nation apostate qui a été exterminée, et que les nations ennemies, les habitants du monde (v. 9) sont engloutis par les jugements, il est dit: «Tes morts vivront». C’est la résurrection nationale du peuple, qu’on trouve en Ézéchiel 37 et en Daniel 12:2. Sa rosée est la rosée de l’aurore (v. 19; cf. Psaume 110:3). Ces versets sont la réponse de l’Éternel au Cantique de Juda, en même temps qu’ils donnent la date où ce cantique sera chanté. Le peuple est engagé, dans la certitude absolue que sa résurrection est à la porte et que le royaume va s’établir, à se cacher «pour un petit moment jusqu’à ce que l’indignation soit passée» (v. 20).
Tout ce chapitre, comme le suivant, a trait à ce qui se passera «en ce jour-là» : ce jour est une courte période, qui précède immédiatement l’établissement du règne. La fin des jugements est là, et le premier printemps de la grâce va apparaître.
«En ce jour-là»
v. 1. «En ce jour-là» le serpent d’Égypte sera frappé (voir ch. 19:5, note) et définitivement anéanti. C’est le jugement de Satan qui avait exercé son action dans la confusion des peuples.
v. 2-6. Alors l’Éternel aura en Israël une vigne de vin pur (cf. ch. 5). Il la défendra contre tous les ennemis.
v. 6-11. Dès lors Israël tout entier prospérera. L’Éternel l’a châtié avec mesure. Son iniquité est ôtée par le jugement. Toute son idolâtrie est abolie. Le jugement sur la «ville forte» (Jérusalem coupable?) et sur le peuple apostat est, par contre, sans miséricorde. Jusqu’aux femmes en Israël le condamneront et le jugeront sans miséricorde, et Dieu n’usera pas de grâce envers lui, quoiqu’Il soit l’auteur d’Israël (v. 11).
v. 12, 13. «En ce jour-là» enfin, et c’est là-dessus que se clôt tout ce qui est dit dans cette série remarquable de chapitres, aura lieu le rassemblement du vrai peuple d’Israël hors d’Égypte et d’Assyrie. Il viendra se prosterner devant l’Éternel en la montagne sainte, à Jérusalem.
Cette division pourrait s’intituler: l’Assyrien, ou encore la consommation des voies de Dieu en salut pour son peuple terrestre. Ce salut glorieux et définitif est opéré dans la destruction du terrible ennemi, mais après que le jugement nécessité par l’état de Juda et d’Éphraïm (les dix tribus) aura été complètement exécuté.
Aussi avons-nous, du chapitre 28 au chapitre 33, des «Malheurs» annoncés. Il y en a six. Ils font suite au «Malheur à moi» du chapitre 24, verset 16. Comme cela a été déjà noté, c’est le pendant du chapitre 5, où six «Malheurs» sont suivis du «Malheur à moi» du chapitre 6.
v. 1-4. Premier Malheur. Ce premier Malheur annonce l’invasion d’Éphraïm, enivré d’orgueil, par l’Assyrien; dans l’immédiat, c’est la prise de Samarie par Shalmanéser (dans la 6° année d’Ézéchias, en 721 avant J. C.) mais comme toujours le regard du prophète va plus loin.
v. 5, 6. Les bénédictions sont la suite et pour ainsi dire le correctif du jugement. Ces bénédictions sont pour le Résidu, comme toujours en Ésaïe, et ce Résidu est ici Juda. C’est en lui qu’en ce jour-là (qui est celui de la suppression d’Éphraïm) se réfugie le témoignage. 1° L’Éternel reluit sur ce Résidu, sur Juda comme reconnu par Lui. 2° Le jugement est confié à Juda, car il est le législateur (Gen. 49:10). 3° L’Éternel est sa force, quand, au lieu d’attirer la guerre sur lui Il la «refoule jusqu’à la porte».
v. 7-13. Mais Juda aussi a suivi le chemin d’Éphraïm. Aussi la connaissance ne sera conférée ni au sacrificateur ni au prophète égarés, mais aux petits enfants, et «par des lèvres bégayantes et par une langue étrangère le Seigneur parlera à ce peuple» (cf. 1 Cor. 14:21), qui a refusé d’entendre quand le Seigneur annonçait le repos et le rafraîchissement. En refusant sa parole ils se sont rejetés sur les ordonnances qui les condamnent et qu’ils ne comprennent pas.
v. 14-22. Ce paragraphe passe de l’endurcissement de Juda lors de la venue de Christ au jugement prophétique du dernier jour et fait un tableau de l’invasion de Juda par l’Assyrien «en ce jour-là», jour futur où les hommes moqueurs gouverneront le peuple à Jérusalem. Ils se croiront en sécurité vis-à-vis de l’Assyrien (prophétique) parce qu’ils auront fait une alliance avec la mort et un pacte avec le shéol (sans doute avec la Bête romaine et l’Antichrist) contre cet Assyrien, «le fléau qui inonde» (voyez Habakuk 2:5).
v. 16. La seule ressource est Christ, la pierre de coin en Sion. Celui qui se fie à elle ne sera pas confus (Rom. 9:33; 10:11; 1 Pierre 2:6; Psaume 118:22; Ésaïe 8:14).
v. 17, 18. Le fléau qui inonde atteindra Jérusalem, malgré la fausse confiance de celle-ci. C’est la consomption décrétée (10:23), le dernier jugement de Dieu pour introduire le règne de justice de Christ.
v. 23-29. Enfin les voies de Dieu en jugement, quelque diverses qu’elles soient, aboutissent toujours à l’accomplissement de ses conseils de grâce. Il ne veut pas toujours battre le blé, «il le broie pour le pain».
v. 1-8. Deuxième Malheur. Ce deuxième Malheur est prononcé contre Jérusalem, la cité où David demeura, appelée ici Ariel, le lion de Dieu. Laissé à lui-même, cet Ariel est impuissant ; en dépit de ses alliances infidèles aussi bien que des bénédictions promises à David, il sera assiégé par l’Assyrien. Il s’agit bien ici de l’Assyrien de la fin, non de celui du temps d’Ézéchias, lequel n’éleva pas de terrasses contre Jérusalem (comparer le v. 3 avec 37:33). Le jugement contre Ariel l’amène à s’humilier dans la poussière. Mais pour Dieu Jérusalem demeure Ariel, c’est pourquoi Il la délivrera de toutes les nations qui se rassemblent autour d’elle et contre la montagne de Sion, y compris l’Assyrien. Au moment où elle semble devenir leur proie, où ils vont la dévorer et assouvir leur soif sur elle (v. 8), ils sont anéantis. Tout ceci a trait au deuxième siège de Jérusalem par l’Assyrien, tandis que 28:14-22 a trait au premier.
v. 9-14. Le prophète revient à l’état d’Israël qui a nécessité tous ces jugements. Ils ont rejeté le Messie, étant complètement ignorants des pensées de Dieu en grâce à leur égard, comme quelqu’un qui ne sait pas lire; aussi la Parole leur a-t-elle été comme un livre scellé bien qu’ils aient suivi un commandement d’homme enseigné; un voile est tombé sur leur coeur endurci (Romains 11:8). C’est le jugement de Dieu sur eux, mais quel jugement ! Dieu a substitué la croix à leur sagesse. Ainsi la colère de Dieu contre eux est devenue le moyen de leur salut (1 Cor. 1:18-21).
v. 15-17. Troisième Malheur. En peu de mots est défini l’état du peuple à la suite du rejet de Christ: c’est l’oubli de Dieu et l’incrédulité complète. Aussi le temps de la fin, où l’orgueil de l’homme sera abaissé, se hâte, afin de faire place à la bénédiction. En ce moment-là tout ce que l’homme a espéré sera anéanti, et ce qu’il a méprisé sera stable (cf. 32:15).
v. 18-24. En ce jour futur, le peuple aura des oreilles pour entendre les paroles du livre, et des yeux pour voir. La violence et la moquerie auront pris fin. L’intelligence et la soumission domineront chez les hommes. C’est ce qui est réalisé aujourd’hui chez tous ceux qui croient, et qui se réalisera dans l’avenir pour le peuple, après que l’endurcissement actuel aura pris fin.
Donc, du v. 9 au v. 24, nous avons le résultat moral ou de la réception ou du rejet de l’oeuvre de Christ.
v. 1-17. Quatrième Malheur. — Il s’agit là d’une prophétie qui fut peut-être accomplie partiellement lors du siège de Jérusalem par Sankhérib (Ch. 36:6), mais qui le fut complètement cent dix ans après, quand, après la prise de Jérusalem par Babylone et le meurtre de Guédalia, le peuple de Juda s’enfuit en Égypte (voyez Jérémie 42 et 43). Un jugement terrible l’y atteignit.
v. 18-22. Mais l’Éternel usera à la fin (car c’est toujours ainsi qu’il finit) de grâce et de compassion envers son peuple. Il habitera de nouveau Jérusalem