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COMMUNION et PSAUMES de COMMUNION
par Henri Rossier
TABLE DES MATIÈRES
1.1 Communion avec la PERSONNE de Christ
1.2 Communion avec Christ dans les résultats de Son oeuvre
1.3 Communion avec Christ dans la louange
1.4 Communion avec Christ dans la prière
1.5 Communion avec Christ dans la marche
1.6 Communion avec Christ dans le service et dans le témoignage
1.7 Communion des souffrances de Christ
2 LA COMMUNION DANS LES PSAUMES
3.1 PSAUME 2 : Notre association avec Christ dans son Règne
3.2 PSAUME 8 : Notre association avec le Fils de l’homme dans sa domination universelle
3.3 PSAUME 16 : Notre association avec Christ dans le service
3.4 PSAUME 22: 21-22 : Notre association avec Christ ressuscité
3.5 PSAUME 23 : Le Berger et la brebis
3.6 PSAUME 32 : Comment retrouver la Communion perdue?
3.7 PSAUME 40 : Communion entre le Fils et le Père. Communion des rachetés avec le Fils
3.8 PSAUME 41: 1-3 : Communion avec un Christ souffrant
3.9 PSAUME 45 : Association avec le Christ triomphateur et Roi. Union avec l’Époux
3.10 PSAUME 63 : La joie de la Communion
3.12 PSAUME 87 : Communion de pensées entre Christ et les siens au sujet de la Cité de Dieu
3.13 PSAUME 91 : Communion avec Christ, second Adam
3.14 PSAUMES 102 et 103 : Communion avec Christ dans les résultats de son oeuvre
3.15 PSAUME 110 : Communion avec Christ glorifié
3.16 PSAUMES 132 à 134 : Communion avec Christ, vrai David, vrai Aaron, vrai Melchisédec.
3.17 PSAUME 145 : Communion de Christ et des siens dans la louange.
Qu’est-ce, pour le chrétien, que la Communion ? C’est, tout d’abord, une part commune «avec le Père et avec son Fils Jésus Christ», fruit de notre association avec eux (1 Jean 1: 3).
Ainsi Christ nous a révélé le Père, afin que nous ayons part avec lui, le Fils, à l’amour du Père, comme ses enfants bien-aimés ; le Père nous a révélé son Fils, et, par son sacrifice, nous a donné part avec lui, le Père, dans l’Objet de ses délices, et nous associe avec Christ dans tous les résultats de son oeuvre.
Mais, avoir part et association avec Christ n’est qu’un côté de la Communion. Cette part, tous les croyants, qu’ils la connaissent ou non, la possèdent. Ils sont associés à Christ, dans toutes ses relations avec Dieu : comme Fils de Dieu, né dans ce monde (selon le Psaume 2: 7), comme Héritier, comme Roi, comme Sacrificateur, comme Homme ressuscité et assis à la droite de Dieu — ils sont tous élus en Lui, pour être saints et irréprochables devant Dieu, en amour; tous sont morts, crucifiés, ensevelis, vivifiés, ressuscités avec Lui; tous, en Lui, sont justifiés, adoptés, agréables à Dieu, assis dans les lieux célestes, unis en Un Seul Corps avec Lui; tous sont nommés ses frères, son Épouse.
Quoiqu’il soit profondément triste de ne pas connaître ces choses, et que les chrétiens soient infiniment coupables de les ignorer, elles sont la part de tous les rachetés, qu’ils le sachent ou non.
Mais la Communion va beaucoup plus loin que cette part et cette association. Elle est une communauté de pensées, d’affections, elle est un même coeur, un même sentiment pour les mêmes objets. Elle est, en un mot, la jouissance en commun de la personne ou de l’oeuvre à laquelle on a part.
Cette communion est pour nous la source d’une joie accomplie (1 Jean 1: 4), d’une joie à laquelle il ne manque rien et qui est à la portée de tous les croyants. Nous nous réjouissons avec le Père et le Fils de leurs pensées à l’égard l’un de l’autre, de toutes les perfections qu’ils trouvent l’un dans l’autre, et de leurs pensées à notre égard. On trouve l’expression de la Communion entre le Père et le Fils dans le 17° chapitre de Jean. Là nous apprenons que tout ce qui est au Père est au Fils, que tout ce qui est au Fils est au Père, que le Père et le Fils sont un, le Père en lui, et lui dans le Père — mais, en même temps, chose merveilleuse, que Jésus associe ses disciples avec lui dans cette Communion, afin, dit-il, «qu’eux aussi soient un en nous, moi en eux, toi en moi, afin qu’ils soient consommés en un» — sanctifiés comme Lui, envoyés comme Lui dans le monde, séparés du monde comme Lui, aimés comme Lui, partageant sa propre gloire — en un mot, objets des délices du Père et du Fils, objets de toute l’activité de leur amour.
L’amour est, en effet, l’expression la plus élevée de la Communion: il y a réciprocité d’amour, d’un amour commun à Dieu et à nous qui, nés de Lui, possédons Sa nature. Sans doute, cet amour est infiniment et incommensurablement plus élevé du côté du Père et du Fils que du nôtre, car Dieu EST amour, ce que nous ne sommes pas; et de plus, nous sommes ici-bas des êtres limités, faibles, faillibles, imparfaits. Seulement, dans le ciel, notre amour s’exprimera d’une manière digne de Dieu (ce qui n’est pas le cas dans notre condition actuelle) tout en n’étant, même alors, que le produit de l’amour souverain qui nous a communiqué la nature divine et nous a donné le droit d’être enfants de Dieu.
La Communion d’amour entre Christ et ses rachetés a son expression la plus douce dans les rapports entre l’Église et Lui, entre l’Épouse et l’Époux. Trois passages du Cantique des cantiques nous montrent l’amour de l’Épouse d’une manière très touchante et qui dénote une certaine gradation dans ses sentiments. — Elle dit, au chap. 2: v. 16: «Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui». Elle pense, en premier lieu, à ce qu’elle possède: «Il est à moi». Rien de plus légitime, mais l’amour de l’Époux pour elle n’occupe pas le premier rang. — Au chap. 6: 3, elle dit : «Je suis à mon bien-aimé, et mon bien-aimé est à moi». Ce qu’elle est pour son bien-aimé a maintenant la première place dans son coeur. Elle connaît son propre état, et combien peu elle mérite un tel amour, elle qui n’a point gardé sa propre vigne (Cant. 1: 6); cependant elle lui appartient! Objet indigne d’une telle affection, elle en est profondément touchée. — Au chap. 7: 10, ne pensant plus qu’à ce qu’elle est pour Lui, elle dit: «Je suis à mon bien-aimé et son désir se porte vers moi». «Son désir se porte vers moi !» Y a-t-il rien d’étonnant à ce que son désir, à elle, se porte vers Celui qui est parfait en grâce et en beauté? Mais que Lui la désire et considère sa possession comme le comble de Ses voeux serait capable de la déconcerter, si elle ne savait pas que rien ne pourra jamais changer Son amour. — Il l’a découverte comme une perle de grand prix, quand il n’y avait rien en elle qui la rendît désirable, quand elle était noire et brûlée du soleil (1: 6). Combien de fois dans le Cantique il lui dit: Tu es belle! (1: 15; 4: 1, 7; 6: 4, 10; 7: 1, 6), et en parle même à d’autres (5: 9; 6: 1); alors qu’elle ne lui dit qu’une seule fois: «Tu es beau, mon bien-aimé» (1: 16). Cela marque bien, n’est-ce pas, la différence entre son amour et le nôtre!
Mais s’il y a Communion d’amour entre l’Épouse et l’Époux, quelle peut donc être la Communion entre le Père et le Fils unique dans son sein, entre le Fils, devenu homme, et le Père? «Je demeure», dit-il «dans Son amour». Aucune intelligence ne pourra jamais sonder de telles profondeurs de Communion. Or cette Communion d’amour n’existe pas seulement pour le Père et le Fils, mais aussi pour nous; toutefois en ce qui nous concerne, elle est conditionnelle et nous pouvons la troubler ou l’interrompre. C’est pourquoi le Seigneur dit: «Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés; demeurez dans mon amour» (Jean 15: 9), et: «Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera; et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui» (Jean 14: 23). Notre Communion d’amour avec eux est donc conditionnelle.
En ce qui nous concerne, la jouissance de la Communion est individuelle ou collective. La Communion collective est son caractère le plus élevé, car c’est d’elle que découlent la louange, l’adoration, le culte en commun des enfants de Dieu. Les apôtres, auxquels la part commune qu’ils avaient avec Christ avait été directement révélée, la faisaient connaître aux croyants, afin que ces derniers pussent avoir Communion avec eux, les apôtres (1 Jean 1: 3), et jouir avec eux des relations intimes qui existent entre le Père, le Fils et les rachetés.
Or si cette joie de la Communion avec le Père et le Fils existait entre les apôtres et les fidèles, elle existait aussi nécessairement pour les fidèles entre eux : Ils avaient «Communion les uns avec les autres». (1 Jean 1: 7) Tous pouvaient jouir ensemble, en vertu de la position bénie dans laquelle l’oeuvre de Christ les avait placés, de leurs relations communes avec le Père et le Fils.
Il est de toute importance de ne pas oublier que le Saint Esprit, comme personne divine, a toujours part à la Communion et en est inséparable. Aussi est-elle appelée la «Communion du Saint Esprit» (2 Cor. 13: 13). C’est lui qui nous révèle Christ, qui nous fait connaître que nous sommes en Lui, et Lui en nous, qui nous introduit dans la Communion du Père et du Fils, qui nous enseigne, qui prend les choses de Christ et nous les apporte, qui nous conduit dans toute la vérité.
Cette action du Saint Esprit en nous est liée elle-même à la Parole de Dieu qui est employée par l’Esprit pour produire et entretenir la Communion, comme elle avait été employée par lui, pour produire la nouvelle naissance (Jean 3: 5). La Parole nous parle de Christ; nous révèle, dans le ciel, Celui même qui nous a révélé le Père; nous le fait connaître sur la terre, et nous associe à Lui, dans notre marche et notre témoignage. Appliquée par l’Esprit à l’âme du croyant, celui-ci reçoit la Parole et elle devient son plus cher trésor. Elle lui fait connaître l’oeuvre de Christ et ses merveilleuses conséquences. Le chrétien y trouve ses délices, comme le Père et le Fils trouvent leurs délices à la lui donner. Notre âme s’en nourrit, en vit, car c’est une Parole vivante. Elle nous met, par l’Esprit, en communication directe avec Dieu et avec Christ. Elle nous révèle les choses profondes de Dieu, et, écrite dans le coeur, elle s’applique à l’humble marche de chaque jour, comme on le voit tout le long du Psaume 119.
Le monde est absolument étranger à la Communion. Il n’a aucune part, ni au Père (sauf en tant que Dieu Créateur: Éph. 4: 6), ni au Fils, ni à son oeuvre, ni à la foi qui s’approprie cette oeuvre, ni au Saint Esprit qui nous en fait jouir.
La Communion doit être dans ce monde le but principal de tout chrétien, car l’activité de ce dernier, son service, les fruits qu’il porte (Jean 15: 4), en un mot, sa vie tout entière, tirent d’elle leur force.
C’est la Communion, qui nous préserve des chutes, des erreurs quant à la marche et à la doctrine; c’est elle qui nous maintient dans une vraie séparation du monde et de ses principes, et nous garde dans la paix et la joie ici-bas. La Communion est la source la plus profonde du Christianisme pratique. Combien il est à désirer que nous la cultivions sans cesse comme notre trésor le plus précieux !
La Communion est, avant toutes choses, la Communion avec une personne et cette personne est le Fils de Dieu. Aussi est-il dit: «Dieu, par qui vous avez été appelés à la Communion de son Fils Jésus Christ, notre Seigneur, est fidèle» (1 Cor. 1: 9). Sans Lui, nous ne pourrions avoir aucune Communion avec le Père; aussi nous dit-il : «Qui m’a vu, a vu le Père» ; «Nul ne vient au Père que par moi» ; et encore : «Mon Père et votre Père, mon Dieu et votre Dieu». Mais cette relation est établie par sa mort et sa résurrection, sans lesquelles nous ne pourrions avoir aucune part avec le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, ni avec Jésus Christ lui-même. Il est donc l’objet que le Saint Esprit place, avant tout autre, devant nos yeux, et quel objet n’est-il pas, lui, le Sauveur, l’Agneau, l’Époux de son Église, la Tête de son corps, le Premier-né entre plusieurs frères, le Chef de la famille sacerdotale, le Pasteur des brebis, le Seigneur, le Roi! L’avoir, le posséder, le connaître, c’est être placé au centre même des bénédictions éternelles. En Lui Dieu s’est révélé à nous; par Lui nous sommes amenés à Dieu; Lui maintient la Communion entre nos âmes et Dieu, et la restaure quand nous l’avons perdue.
Cependant ce n’est pas seulement avec la personne de Christ qu’est notre Communion: elle est aussi la part et la jouissance que nous avons avec Lui dans les Résultats de son oeuvre. Il a, déjà maintenant, achevé l’oeuvre que le Père lui a donnée à faire. Quant aux relations qu’il a établies entre nous et le Père, il est arrivé au bout de son travail; son but est pleinement atteint, en sorte qu’il peut avoir Sa joie accomplie en nous. Il ne lui reste plus qu’à nous introduire dans sa propre gloire; alors il jouira du fruit du travail de son âme; il en sera pleinement satisfait, et nous partagerons sa joie. Réjouissez-vous avec moi, dit, en Luc 15, Christ, le Berger; réjouissez-vous avec moi, dit la femme (le Saint Esprit); il fallait se réjouir, dit le Père, en y invitant toute sa maison, quand le fils prodigue est retrouvé. Il nous a non seulement rachetés, mais amenés à Dieu selon sa propre perfection et celle de l’oeuvre qu’Il a accomplie pour nous sauver. Comme il est Lui-même justifié du péché et sanctifié, nous le sommes par lui et avec lui; comme il est ressuscité et assis à la droite de Dieu, nous sommes ressuscités avec Lui et assis en Lui; comme il est glorifié, nous le sommes en Lui : «Ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés». Il nous a introduits avec Lui dans la lumière immaculée de la présence de Dieu !
La Communion avec sa personne, implique donc la Communion avec Lui dans les résultats de son oeuvre, parce que nous y avons part, étant amenés devant Dieu dans la perfection qui appartient à Christ et qu’il nous a acquise au prix de sa mort sur la croix. C’est pourquoi il est dit: «La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la Communion du sang du Christ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas la Communion du corps du Christ? (1 Cor. 10: 16).
La Communion avec Christ dans la participation aux résultats de son oeuvre a pour conséquence la Communion avec Lui dans la louange. Il dit: «Je te louerai au milieu de l’Assemblée». Ici, la louange, commune à lui et aux siens, s’adresse à Dieu. Le Père veut de tels adorateurs. Cette louange a pour sujet la délivrance que Dieu a opérée pour Christ et que Christ a opérée pour nous. Le Père est l’objet de cette louange. De même, l’Agneau, en Apoc. 5, est présenté aux saints célestes, comme l’objet de leur louange commune et de leur joie. Lui-même trouvera sa joie à avoir, devant lui, le fruit de son travail d’amour: «Il se réjouira avec joie à ton sujet; il se reposera dans son amour; il s’égayera en toi avec chant de triomphe». (Soph. 3: 17).
La réponse à nos prières est aussi le résultat de la Communion, selon ce que dit le Seigneur: «Si vous demeurez en moi (demeurer signifie toujours: Être en communion) et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez ce que vous voudrez et il vous sera fait». Il est lui-même le modèle de la Communion dans la prière, car il pouvait dire: «Je te rends grâces de ce que tu m’as entendu; or, moi je savais que tu m’entends toujours» (Jean 11: 41-42). La volonté d’un coeur entièrement d’accord avec la pensée de Dieu présente la demande, et la réponse suit immédiatement: le Saint Esprit est à la fois l’agent pour formuler la prière et apporter la réponse directe, souvent sans intermédiaire. Mais cette réponse peut aussi nous être apportée par l’intermédiaire de la parole de Dieu, appliquée à notre âme par l’Esprit, et venant répondre au besoin que nous avons exprimé. Ces choses appartiennent à nos expériences journalières.
Mais il arrive fréquemment, et cela est d’une rencontre habituelle dans les Psaumes, qu’une prière, tout en étant un acte de foi, n’est pas une prière de Communion. Il en est ainsi de tous les cris de détresse que l’on entend dans les Psaumes et les Prophètes. Ils ne sont pas plus les expressions de la Communion que le cri suprême de notre Sauveur bien-aimé sur la croix, alors que, pour nous racheter, il était abandonné de Dieu, toute communion étant interrompue. Aussi disait-il: «Mon Dieu, je crie de jour, mais tu ne réponds point, et de nuit, et il n’y a point de repos pour moi!»
Les formes de la Communion dont nous avons parlé jusqu’ici, bien que se manifestant sur la terre, développent leur activité dans les lieux célestes, mais il est certains côtés de la Communion qui ont leur activité ici-bas :
Il y a une Communion dans la marche: Christ en a été ici-bas le modèle parfait et nous sommes appelés à y participer avec lui. «Celui qui dit demeurer en Lui (c’est la Communion) doit lui-même aussi marcher comme Lui a marché» (1 Jean 2: 6). Énoch, Abraham, ont marché avec Dieu; maintenant c’est Christ homme, dans Sa marche ici-bas, qui se présente comme notre modèle. Nous sommes appelés ses compagnons, et aucun terme ne peut, mieux que celui-là, présenter la Communion dans la marche (*). Nous sommes aussi appelés ses Amis, et combien aussi ce terme s’applique à la Communion ! L’ami est celui pour lequel on se dévoue, qui nous dit tous ses secrets (Jean 15: 15), auquel nous disons tous les nôtres; celui dans lequel nous avons une confiance implicite et qui a la même confiance en nous, celui qui non seulement s’enquiert de nos affaires, mais nous entretient des siennes.
(*) Les termes : marcher avec Lui, et : le suivre, offrent le même degré de Communion, seulement dans le premier cas, il y a plus d’intimité, dans le second, plus de dépendance.
Quant au service, nous sommes ses collaborateurs. Pareils à Lui, nous sommes appelés à être, au milieu de nos frères, comme celui qui sert. Comme il nous lave les pieds, nous devons nous les laver les uns aux autres, pouvant être ainsi des instruments pour rétablir nos frères dans la Communion perdue. Cette sphère du service est aussi vaste que possible: elle n’est pas confinée à la famille de Dieu, mais s’étend au monde entier: «Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde» (Jean 17: 18). Nous attendons, comme Lui, la joie proposée au serviteur. En nous abaissant comme Lui, nous lèverons haut la tête comme Lui.
Quant au témoignage, au milieu d’un monde où notre Sauveur est méconnu, rejeté, étranger et pèlerin, il est (hélas! ne devons-nous pas plutôt dire: «devrait être») le même que le sien, le même que celui du Saint Esprit. N’a-t-il pas dit: «Celui-là rendra témoignage de moi; et vous aussi vous rendrez témoignage» ?
Le témoignage implique nécessairement la souffrance. C’est pourquoi l’apôtre Paul désirait connaître la Communion de ses souffrances (Phil. 3: 10). C’est aussi pourquoi l’apôtre Jean pouvait dire qu’il avait part, avec ses frères, à la tribulation et à la patience de Jésus Christ (Apoc. 1: 9). Et Lui peut dire à son Église: «Tu as gardé la parole de ma patience (Apoc. 3: 10). Souffrir avec Lui est inséparable de notre Communion et de notre joie (Actes 5: 41).
Toutes les formes de la Communion (en tant du moins qu’elles ne comprennent ni la révélation du Père, ni la participation aux choses célestes, qui appartiennent exclusivement au Nouveau Testament), nous les rencontrons, dans l’Ancien Testament, comme étant la part des fidèles. Les Psaumes nous les présentent d’une manière très complète, sauf qu’elles ne dépassent jamais le sens restreint des relations de Christ avec Israël sur la terre. C’est ainsi que, même dans ces relations juives, nous le rencontrons comme Époux (Ps. 45) ; comme la Tête, le Souverain Sacrificateur et le Chef de famille (Ps. 135); comme le Cep, le vrai Israël (Ps. 80); comme le Fils de l’homme (Ps. 8); comme le Fils de Dieu (Ps. 2 ; 102), et l’homme ressuscité (Ps. 22 ; 110), comme le Berger (Ps. 23); sans parler de sa Royauté qui est l’un des sujets habituels des Psaumes. Il remplit tout l’Ancien Testament de sa personne. — La loi ne l’avait-elle pas déjà présenté en type comme étant, Lui seul, le vrai tabernacle, l’arche, le propitiatoire, le voile, l’autel, l’agneau, ainsi que tous les sacrifices ?
Partout où la personne du Seigneur est présentée dans les Psaumes, elle leur communique immédiatement un caractère remarquable de Communion. On y trouve, comme nulle autre part dans la Parole de Dieu, l’expression d’une communauté d’affection, de pensées, de joie, de jouissance, de louanges, entre Dieu et Christ, Communion à laquelle, toujours, le Résidu prend part.
Telle est, dans un grand nombre de Psaumes, l’origine de ces délicieux entretiens entre le croyant et Dieu, entre le croyant et Christ, de ces dialogues d’amour entre Dieu et Christ, et dont les croyants sont le sujet. Les Psaumes dialogués sont d’habitude les plus élevés dans la série des Psaumes et nous donnent l’avant-goût des entretiens célestes; c’est pourquoi nous avons souvent donné à ceux-ci le titre restreint de «Psaumes de Communion» sans les séparer cependant de ceux où la Communion s’exprime plutôt d’une manière individuelle.
Quelques passages des Prophètes, tels que le chap. 53 d’Ésaïe, ont le même caractère. Si nous nous étendons surtout dans ces pages, sur les Psaumes dialogués, la Communion individuelle avec Christ, quant à la marche, au témoignage, aux souffrances, occupe dans ce livre une place beaucoup trop considérable pour qu’il nous soit possible de la passer sous silence.
Le Saint Esprit, comme nous l’avons déjà remarqué, est toujours indispensable à la Communion. Nous l’entendons continuellement parler dans les Psaumes par l’intermédiaire d’hommes inspirés. C’est par Lui que nous sont transmises les paroles de l’Éternel ou les paroles de Christ. C’est Lui qui présente à Dieu les pensées, les désirs, les louanges du Psalmiste qui sont prophétiquement celles du Résidu.
Dans les Psaumes dialogués on ne trouve souvent que deux interlocuteurs, mais jamais plus de quatre: l’Éternel, le Messie, le Saint Esprit (soit seul, soit qu’il emploie prophétiquement les expériences du Psalmiste) et le Résidu (ou le fidèle individuel) parlant par l’Esprit (*). Le monde n’a jamais aucune part à ces entretiens. Les rachetés eux-mêmes, êtres faibles et imparfaits, ne peuvent entrer dans la jouissance de leurs relations avec Christ que par l’Esprit, et non par leurs sentiments, ou leur intelligence, aussi voyons-nous partout dans les Psaumes, l’Esprit de Christ dans le Résidu, ayant à la fois l’intelligence et la jouissance de la pensée divine. Cela revient à dire qu’il y a, dans les Psaumes dont nous parlons, Communion parfaite entre l’Éternel, le Messie et l’Esprit qui exprime cette Communion dans les fidèles.
(*) De même nous rencontrons, sous l’économie de la grâce, Dieu le Père, Dieu le Fils, et le Saint Esprit parlant de la part du Père et du Fils, ou s’exprimant, soit par l’Assemblée, soit par chaque racheté.
Les Psaumes de Communion sont donc nécessairement les plus élevés parmi les Psaumes: ils nous présentent les perfections de Christ. Cela ne signifie nullement que, dans les autres Psaumes, nous n’entendions pas l’Esprit parler par la bouche des fidèles du Résidu. Christ partage leurs souffrances et les porte devant Dieu par son Esprit qui crie, se confie, espère et dit: «Jusques à quand», exprimant tout cela d’une manière parfaite. Dieu répond à cette expression du coeur de Christ. Le Résidu y prend part d’une manière intelligente et loue Dieu de tout ce qu’Il accomplira en sa faveur. La plupart des Psaumes sont ainsi les demandes de l’âme affligée à Dieu, avec la certitude de recevoir une fois la réponse, Dieu ayant pour agréables les prières de l’Esprit de Christ. D’autres sont des méditations de l’âme solitaire, d’autres des instructions, d’autres encore des récapitulations des voies de Dieu envers son peuple, etc. On trouve aussi continuellement dans les Psaumes des avertissements solennels aux méchants et les jugements de Dieu sur eux, mais tout cela n’est pas la Communion.
D’autre part, comme nous l’avons déjà dit, la louange actuelle et éternelle ne peut être séparée de la Communion et rentre nécessairement dans notre sujet, mais, comme il serait impossible de le présenter dans toute son étendue, nous ne nous arrêterons pas longuement sur les Psaumes d’Alléluia.
Avant de terminer ces pages préliminaires, nous désirons placer sur les consciences une vérité éminemment pratique: Cet écrit n’aurait aucune utilité s’il ne nous faisait pas faire un retour sur nous-mêmes et ne nous portait pas à nous demander à quel degré nos âmes sont en Communion avec le Seigneur.
N’oublions pas que, si rien n’est plus élevé que la Communion, rien aussi n’est plus fragile. Un souffle l’ébranle, une mauvaise pensée, un mouvement de propre volonté, dont nous avons à peine conscience, la détruit. Sans parler de nos actes répréhensibles, comment Dieu aurait-il Communion avec un seul désir coupable? Combien donc il importe que nous veillions continuellement sur nous-mêmes afin de défendre l’accès de nos coeurs à quoi que ce soit qui pourrait détruire ici-bas cette Communion, laquelle sera, dans le ciel, notre éternelle jouissance et la puissance de notre louange éternelle.
Jacob ne trouva la Communion avec Dieu à Béthel qu’après avoir enterré ses idoles sous le térébinthe de Sichem. Jusque-là, sa longue vie s’était passée sans Communion véritable avec l’Éternel, quoiqu’il eût la précieuse certitude de Lui appartenir. Nous aussi, faisons comme Jacob !
Cette fragilité de la Communion doit-elle nous faire perdre courage et nous amener à renoncer au désir de la réaliser d’une manière ininterrompue? Céder à une telle pensée serait des plus coupable; ce serait céder à Satan, car il sait que nous devenons sa proie lorsque nous consentons à l’affaiblissement de nos liens spirituels avec le Seigneur. Or Jésus ne veut-il pas que notre joie soit accomplie dès ici-bas? (Jean 15: 11; 16: 24; 17: 13; 1 Jean 1: 4).
Si nous avons eu le malheur de perdre cette précieuse Communion, n’oublions pas que notre ressource parfaite est dans l’office d’Avocat de notre Sauveur bien-aimé. Il n’attend pas que nous ayons recours à cet office, pour l’exercer en notre faveur. S’il attendait que nous lui en eussions exprimé le désir, toute notre vie pourrait s’écouler sans la jouissance de rapports intimes avec le Père et avec Lui. Ses fonctions d’Avocat s’exercent à notre insu, même avant que nous ayons commis la faute, comme ce fut le cas de Simon Pierre. C’est un office constant. «Nous avons (non pas: nous aurons après avoir péché) un Avocat auprès du Père, Jésus Christ, le Juste». Nous réalisons son intervention, lorsque nous le voyons s’abaisser pour nous laver les pieds par la Parole. Sans ce lavage des pieds, quelque humiliant qu’il fût pour l’apôtre Pierre de voir le Seigneur de gloire obligé de s’abaisser ainsi, ce pauvre disciple n’aurait pu avoir «de part (c’est-à-dire de Communion) avec Lui», dans la place glorieuse qu’il occupait alors en figure, et qu’il occupe actuellement dans le ciel. Il en est de même pour nous. Sans notre Avocat, la Communion interrompue ne pourrait jamais être retrouvée. Mais souvenons-nous que le chemin pour la retrouver promptement est la confession journalière ou immédiate de nos péchés devant notre Père. Celui-ci, fidèle aux promesses qu’il nous a faites, et juste envers Jésus Christ, notre Avocat, qui se tient toujours devant Lui, nous pardonnera nos péchés et nous purifiera de toute iniquité, par lesquels notre Communion avec Lui avait été interrompue (1 Jean, 1: 9).
Astreindre le Seigneur à nous laver les pieds devrait toujours nous humilier profondément, et combien cela nous est profitable! Mais soyons attentifs à ne pas obliger notre Avocat de prendre cette attitude. Nous avons cette Communion: ne la perdons pas; et si, pour notre malheur et par notre faute, nous l’avions perdue, hâtons-nous de confesser nos péchés: nous avons un Avocat !
Que ces pages, cher lecteur, contribuent à vous faire chérir la Communion avec lui, et vous rendent attentif à toute menace de la perdre. Puissiez-vous vous écrier, avec la brebis, dont nous suivrons les traces au Ps. 23 : Tu restaures mon âme ; tu me conduis dans des sentiers de justice, à cause de ton nom !
Celui qui écrit ces lignes sent vivement qu’il vaut mieux jouir de la communion que d’en parler. La conserver doit être notre but principal.
Résumons en quelques mots ce que nous venons de présenter: La Communion est la jouissance intime de la part que nous avons avec le Père et le Fils. Son expression parfaite et absolue se trouve dans la Communion entre le Père et le Fils. La Communion est encore la jouissance de toute la faveur de Dieu qui repose sur nous, la jouissance de son amour infini qui nous est révélé en Christ, celle de l’amour de Christ qui surpasse toute intelligence. La Communion est aussi la source de toute notre activité chrétienne, de notre force dans la marche et le témoignage, de notre puissance dans le ministère.
Sur le point d’aborder la manière dont la Communion s’exprime dans les Psaumes, une chose nous frappe: Nous ne trouvons la pleine expression de la Communion que dans les Psaumes qui nous révèlent sa Personne, ce que Christ était comme homme ici-bas, ce qu’il est comme homme à la droite de Dieu, ce qu’il sera quand il apparaîtra dans sa gloire. Tous les Psaumes qui expriment simplement les besoins, les aspirations, les désirs, les espérances de l’âme, quelque imprégnés qu’ils soient d’une foi touchante et d’une parfaite confiance en Dieu, tous les Psaumes qui sont le cri de l’âme vers Dieu, dans les angoisses, les tribulations et la détresse — et un grand nombre de Psaumes a ce caractère — sont exclus de ces considérations. Cependant, même en formulant cette restriction, nous ne devons pas oublier que la Communion ne trouve généralement toute son expression que dans le Nouveau Testament. Dans les Psaumes nous voyons ce que Christ est pour Dieu, dans le Nouveau Testament, ce à quoi il nous associe, nous, ses rachetés. Quand les Psaumes parlent d’association avec Lui, c’est toujours au point de vue juif, mais il nous arrivera souvent, dans la suite de cet écrit, de parler des associations juives en les appliquant aux associations chrétiennes.
Si la Personne de Christ doit être présentée à nos âmes pour qu’elles jouissent de la Communion, n’oublions pas que cette personne nous est présentée en premier lieu sur la croix; car c’est là que fut accomplie l’oeuvre qui est le point de départ de toute Communion.
Les Psaumes dont nous allons nous occuper appartiennent, avons-nous dit, à la catégorie la plus élevée des Psaumes. Ils sont semblables aux sommets, couverts d’une neige immaculée, que nous voyons émerger au-dessus de la chaîne de nos Alpes; ils dépassent tous ceux qui contiennent les confessions, les cris, les soupirs, les désirs et les espérances exhalées par les fidèles devant l’Éternel.
Ajoutons en terminant que l’exposition que nous allons faire des Psaumes de cette catégorie n’a nullement l’intention de les comprendre tous, ni de donner un enseignement suivi quant à leur contenu (d’autres l’ont fait beaucoup mieux que nous ne saurions jamais le faire), mais a pour but de montrer en quoi la Communion consiste, et quels en sont les résultats. Le Nouveau Testament seul nous révèle l’association des croyants avec Christ dans le ciel, aussi nous faudra-t-il plus d’une fois y recourir pour déduire de tel Psaume qui ne nous parle que de Christ seul, la Communion des saints avec Lui. Il nous arrivera souvent aussi d’appliquer au Père et au Fils ce que les Psaumes nous disent de l’Éternel et de son Oint, et au Résidu chrétien ce qu’ils disent du Résidu juif.
Dans ce Psaume, la Communion s’exprime d’une manière merveilleuse. Dieu le Père et son Esprit sont d’accord pour célébrer les mérites de Christ, rejeté de tous, ainsi que la part excellente qui doit lui échoir. Le croyant entre si complètement dans leur pensée, qu’il voudrait voir les hommes se soumettre de coeur à Celui qui va être établi Seigneur, Roi et Juge, et les y exhorte (v. 10-12).
Les deux premiers versets sont les paroles prophétiques de l’Esprit de Dieu. Elles se sont réalisées une première fois à la croix, quand «Hérode, et Ponce Pilate, avec les nations, et les peuples d’Israël» se sont assemblés pour se débarrasser de l’Oint de l’Éternel, de son saint Serviteur Jésus (Actes 4: 27). Le Calvaire a présenté un tableau restreint de cette ligue des rois et des nations contre Christ, mais, comme toutes les prophéties, cette révolte universelle ne sera pleinement réalisée qu’au temps de la fin. Alors, à la face des nations irritées, liguées contre Lui, le Seigneur, au lieu, comme jadis, de subir leurs outrages, sera oint Roi sur Sion, et sa colère, annoncée dans ce Psaume, s’embrasera contre ses adversaires. Ce rassemblement des nations à la fin des jours aura pour but de rompre le joug du Seigneur, prêt à peser sur elles et dont la menace leur sera insupportable, alors qu’elles ont toléré, sans révolte, le joug affreux de la Bête romaine et de l’Antichrist. Cette révolte ne devant trouver son expression complète qu’aux derniers temps, les mots du verset 3: «Rompons leurs liens, et jetons loin de nous leurs cordes», ne sont pas mentionnés dans la citation que les Actes font de ce passage.
Dans les versets 4 à 6, le Saint Esprit rapporte les paroles mêmes du Père quand il s’agit de Celui qui fait ses délices: «Et moi, j’ai oint mon Roi sur Sion, la montagne de ma sainteté» (v. 6). Il ne laisse à personne le soin d’exprimer ses propres pensées au sujet de son Fils. Il proclame son triomphe et en frappe au visage ses ennemis dont il tourne en dérision la folie. Quelle satisfaction pour son coeur de voir le Fils entrer dans son règne, exerçant enfin, sur un monde qui l’avait rejeté, sa suprématie et son autorité, après avoir attendu si longtemps le jour où l’Éternel le sacrerait Roi sur Sion et ferait de Lui le chef du gouvernement de la terre. Nous verrons plus tard (Ps. 110) qu’avant ce moment-là Dieu l’a placé à sa droite comme Chef du gouvernement céleste.
Aux versets 7 à 9, le Seigneur prend la parole : Il raconte «le décret», ce conseil de Dieu que toute la haine des hommes n’a fait qu’accomplir, comme il est dit : «Pour faire toutes les choses que ta main et ton conseil avaient à l’avance déterminé devoir être faites» (Actes 4: 28). Quelle valeur a, pour le coeur de Christ, ce que son Père a fait pour lui! Comme il apprécie la parole sortie de sa bouche, et dont lui-même, le fils de l’homme, a vécu! Avec quel amour il en parle! «Je raconterai le décret. L’Éternel m’a dit: Tu es mon Fils; aujourd’hui je t’ai engendré» (v. 7). Cet homme, né de femme, rejeté dès sa naissance, petit enfant relégué dans une étable, Dieu déclare qu’il est son Fils; les anges le célèbrent. Rien de plus grand que cet être pauvre, faible et sans défense, que Satan pense anéantir! «Demande-moi, et je te donnerai les nations pour héritage, et, pour ta possession, les bouts de la terre ; tu les briseras avec un sceptre de fer; comme un vase de potier tu les mettras en pièces» (v. 8-9). Le Fils, avec une soumission parfaite, accepte la place d’humiliation qui lui est assignée par la volonté de Dieu, garde les commandements de son Père et demeure dans son amour, se nourrit de cet aliment, glorifie le Père sur la terre, et s’attend à Lui pour être souverainement élevé. Dans une parfaite dépendance il attend le moment où Dieu lui dira: «Demande-moi» et où il sera établi Roi sur toute la terre.
Mais le Nouveau Testament nous apprend qu’il associera son Église à son Règne, quand il lui donnera autorité sur les nations et qu’elle les paîtra avec une verge de fer, comme sont brisés les vases de poterie, selon que Lui aussi a reçu de son Père (Apoc. 2: 27). Or, remarquez-le, ce qui, dans ce passage, marque notre Communion avec Lui dans son Règne est complètement omis dans notre Psaume. Nous verrons d’autres exemples de ce fait, car dès qu’il s’agit de l’Église, l’Ancien Testament ne peut en aborder les privilèges. Israël n’aura pas une part égale à la nôtre. Il ne régnera pas avec Christ, mais sera le peuple de bonne volonté sur lequel le Seigneur régnera avec son Église, en même temps qu’Il dominera avec elle sur les nations. C’est ainsi que nous aurons Communion avec Lui dans son Royaume.
Mais notre Communion avec Lui se montre encore d’une autre manière dans ce Psaume. Jouissant des paroles adressées au Fils par le Père, les croyants sont pressés d’aller annoncer aux hommes, comme certaines, les choses qui vont arriver. Ce sera «l’Évangile du Royaume» quand les messagers du Résidu juif l’iront proclamer parmi les chefs des nations: «Servez l’Éternel avec crainte et réjouissez-vous avec tremblement» (v. 11). Pour nous, chrétiens, cet Évangile est aujourd’hui l’Évangile de la grâce, que nous annonçons avant que Jésus nous associe, dans son Royaume, à son «sceptre de fer». Notre appel est: Tenez-vous devant le Fils pour lui obéir, avec la crainte qui lui est due, avec le tremblement qui vous convient devant Dieu, mais avec joie, si vous réalisez que l’oeuvre de la croix vous donne accès devant Lui en grâce.
Notre appel est encore, comme le sera celui du Résidu juif: «Baisez le Fils, de peur qu’il ne s’irrite et que vous ne périssiez dans le chemin, quand sa colère s’embrasera tant soit peu» (v. 12). Il mérite toute affection; soumettez-vous à Lui, dans une crainte affectueuse, car aujourd’hui il est un Sauveur pour vous. Le sera-t-il demain? Si sa colère s’embrase tant soit peu, il sera trop tard. Le bonheur est «pour ceux qui se confient en Lui».
Ces derniers versets de notre Psaume nous apprennent donc que la Communion avec Jésus est la source et le point de départ de l’activité évangélique.
Au verset 1 de ce Psaume, le Résidu contemple la puissance majestueuse de l’Éternel, car c’est bien le Résidu, et non pas, comme ailleurs, l’Esprit seul, qui parle ici, disant : «Éternel, notre Seigneur, que ton nom est magnifique par toute la terre; tu as mis ta Majesté au-dessus des cieux». L’Éternel, ce Seigneur du Résidu, est le Christ. Les yeux des fidèles parcourent la terre et y lisent le nom du Fils de l’homme écrit en tout lieu, un nom magnifique que les hommes se répètent à l’envi les uns aux autres; ces mêmes yeux contemplent le ciel de la création, et voient le Fils de l’homme trônant dans le Paradis de Dieu au-dessus des cieux, ouvrage de sa main. Il est présenté dans sa Majesté, comme l’ayant mise lui-même au-dessus des cieux. Cela rappelle la parole que nous trouvons en Héb. 1: «Ayant fait, par lui-même, la purification des péchés, Il s’est assis à la droite de la Majesté dans les hauts lieux».
Mais qui le louera dans le jour de sa gloire? A sa naissance, l’ange du Seigneur, avec la multitude de l’armée céleste, avait proclamé d’avance l’arrivée du jour annoncé dans notre Psaume: «Gloire à Dieu dans les lieux très-hauts, et sur la terre paix, et bon plaisir dans les hommes» (Luc 2: 14). Quand il entra comme Roi de paix à Jérusalem, les foules, anticipant, par l’Esprit prophétique, le moment dont il est parlé ici, s’écrièrent: «Paix au ciel et gloire dans les lieux très-hauts» (Luc 19: 38), car le temps n’était pas encore venu pour proclamer la paix et la gloire sur la terre, mais le temps était tout proche pour les proclamer dans les lieux très-hauts, où il allait monter en vertu de sa résurrection. Si la foule s’était tue, les pierres même auraient crié, car Dieu voulait montrer d’avance à tous, prophétiquement, quelle serait la part de Jésus dans le monde à venir, comme il l’avait révélée aux disciples sur la montagne de la transfiguration.
Mais qui le louera, au jour de sa domination universelle comme fils de l’homme? Ce ne seront pas les anges, mais de petits enfants: «Par la bouche des petits enfants et de ceux qui tètent, tu as fondé ta force, à cause de tes adversaires, afin de réduire au silence l’ennemi et le vengeur» (v. 2). Dieu veut réduire à néant toute prétention humaine devant une telle gloire. La louange du fils de l’homme doit retourner aux nourrissons et aux petits enfants; sa force ne sera fondée que sur eux, car il faut être né de nouveau pour entrer dans son royaume.
Dans les versets 4 à 8, ce n’est plus le Résidu comme ensemble, mais chaque saint individuellement, qui célèbre la gloire du Fils de l’homme. Devant les merveilles de la création, l’esprit ne peut comprendre que les cieux avec leurs myriades d’astres aient été faits pour l’homme mortel (Énosh), placé sous la sentence de mort à cause de la chute, ni même pour le fils de l’homme (Adam) non tombé et encore innocent. Mais, par l’Esprit, nous recevons la solution de cette énigme. Toute la création n’est, dans la pensée de Dieu, que le piédestal sur lequel il placera le second Adam, parce que, par la passion de la mort, lui, le Fils de Dieu devenu homme, a été fait un peu moindre que les anges, et qu’il est devenu homme pour pouvoir mourir et accomplir les conseils de Dieu dans la Rédemption.
Ici, les yeux du croyant voient Christ dans le passé, dans le présent, et dans l’avenir: dans le passé, «les cieux sont l’ouvrage de ses doigts»; c’est par lui que toutes choses ont été créées — dans le présent, après avoir été fait un peu moindre que les anges, il est couronné de gloire et d’honneur à la droite de Dieu — dans l’avenir, toutes choses sont mises sous ses pieds.
C’est ici que le Nouveau Testament intervient pour nous révéler ce que ni l’Ancien Testament ni les Psaumes ne pouvaient connaître, notre association avec Lui, le Fils de l’homme, comme son Assemblée. Nous savons que nous avons part et jouissance avec Lui dans tout ce que Dieu lui a donné en vertu de son oeuvre. Nous partagerons sa gloire, comme il a partagé notre humiliation en se chargeant de nos péchés. Si Dieu a mis toutes choses sous ses pieds, il l’a aussi «donné comme Chef sur toutes choses à l’Assemblée qui est son corps, la plénitude de Celui qui remplit tout en tous» (Éph. 1: 22). Comme nous l’avons déjà vu au Psaume 2, cette union et la Communion de l’Église avec Lui sont entièrement omises au Psaume 8, qui met en avant sa gloire personnelle seule.
Si Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, Lui, les prémices, nous serons certainement ressuscités à sa venue, et, comme Dieu mettra toutes choses sous ses pieds (jusqu’au dernier ennemi, la mort, qui sera abolie), nous serons établis avec Lui, revêtus d’immortalité, au-dessus de toutes choses ; la mort sera, pour nous, engloutie en victoire (1 Cor. 15: 27, 54), et le Dieu de paix lui-même brisera Satan sous nos pieds.
En Phil. 3: 21, Christ, qui a «le pouvoir de s’assujettir toutes choses», usera de ce pouvoir, à Sa venue, pour nous rendre conformes au corps de Sa gloire.
En Héb. 2: 8-10, s’il a souffert, c’est afin «d’amener plusieurs fils à la gloire», en attendant que toutes choses lui soient assujetties.
De toute manière, nous avons donc part avec Lui, dans les résultats glorieux de son oeuvre et nous pouvons célébrer avec une joie parfaite Celui qui, après avoir été fait un peu moindre que les anges, a daigné nous associer avec Lui-même, bien au-dessus de ces «esprits administrateurs», afin que nous jouissions avec lui de sa gloire comme Fils de l’homme!
À la lumière du Nouveau Testament, le Psaume 2 nous a présenté notre association avec Christ dans son règne et le Psaume 8 notre association intime avec le fils de l’homme quand toutes choses lui seront assujetties. Au Psaume 16 nous voyons Christ, le parfait serviteur, venant lui-même s’associer à ceux qui, sous l’action de l’Esprit de Dieu, se repentent et confessent leurs péchés devant Dieu. Ce sont ceux qu’il appelle «les saints qui sont sur la terre et les excellents». Il ne peut s’associer à rien de ce qui est de la chair, car là n’habite aucun bien et jamais la sainteté ne peut s’associer au mal; mais toute oeuvre de Dieu dans le coeur est bonne, digne de Celui qui l’a produite, quels que soient les développements qu’Il lui donnera dans la suite; et le Seigneur peut s’associer pleinement à une telle oeuvre. Les pauvres pécheurs qui se repentent sont pour lui les excellents de la terre, et quand il les voit descendre dans l’humiliation, par la confession de leurs péchés, jusqu’au baptême de la repentance, il y descend avec eux (*).
(*) Le Psaume 2 présente Christ, fils de Dieu, fils de David, Messie et Roi, comme l’Évangile de Matthieu — le Psaume 8, Christ, fils de l’homme, comme l’Évangile de Luc — le Psaume 16 Christ, serviteur, comme l’Évangile de Marc.
D’un autre côté, ce Psaume exprime la Communion parfaite avec Dieu qui remplit le coeur de Christ quand il se présente dans ce monde comme Serviteur : «Il n’est pas venu pour être servi, mais pour servir» (Marc 10: 45). La seconde partie de ce passage: «et pour donner sa vie en rançon pour plusieurs» n’est pas mentionnée au Psaume 16 (elle est réalisée au Ps. 22) tandis que chaque détail concourt ici au portrait achevé qui nous est fait du parfait serviteur. Dans l’oeuvre de la Rédemption, Christ est resté parfaitement isolé; c’est la seule place où toute association avec Lui nous soit impossible, quoique nous ayons, comme nous le verrons plus tard, Communion avec Lui dans tous les résultats de son oeuvre.
Au Ps. 16, notre Communion avec lui, dans le service, peut être complète. Si, d’une part, en présence du chemin inimitable du parfait Serviteur, chemin dont rien ne réussit à le détourner, nous ne pouvons que nous prosterner en adoration; d’autre part, il nous a laissé le modèle de notre service. Sans doute, la copie n’atteindra jamais le modèle, mais nous pouvons en étudier les traits pour servir Dieu d’une manière qui lui soit agréable, et reproduire le caractère de Jésus devant le monde. Le Seigneur lui-même veut que notre association avec lui dans le service soit complète: «Si, dit-il, quelqu’un me sert, qu’il me suive; et là où je serai, moi, là aussi sera mon serviteur: si quelqu’un me sert, le Père l’honorera» (Jean 12: 26).
Reprenons, avec plus de détail, le précieux enseignement de ce Psaume.
«Garde-moi, ô Dieu, car je me confie en toi» (v. 1). Ce mot: «Je me confie en toi», est l’expression de toute la vie personnelle de Christ serviteur, ici-bas. Le chap. 2 de l’épître aux Hébreux (v. 12-13) fait ressortir ce caractère d’une manière admirable. Après nous avoir associés à lui, en vertu de sa résurrection, d’abord dans ses propres relations avec Dieu, le Père; puis, comme son Assemblée dans la louange (selon le Ps. 22), il nous associe encore avec lui dans le témoignage selon la parole d’Ésaïe 8: 18: «Me voici, moi, et les enfants que Dieu m’a donnés». Mais, entre la louange et le témoignage, il dit: «Je me confierai en Lui», selon Ésaïe 8: 17 et le verset 1 de notre Psaume (Voyez Héb. 2: 11-13). Ici, ce n’est ni du Culte, ni du témoignage, mais de son service individuel qu’il est question. Est-il besoin d’ajouter que sa vie individuelle tout entière, et non pas son service seulement, se résumait dans cette parole?
L’expression «Je me confierai en Lui», revient continuellement dans les Psaumes, au sujet de toutes les circonstances de la vie du Résidu qui a pris Christ pour modèle (*).
(*) Le mot se confier est une des expressions tout à fait caractéristiques des Psaumes. Il est désigné en Hébreu par trois mots : Chasah (le mot de notre verset 1), chercher refuge et protection en vue des dangers, des ennemis dont on est entouré, de l’avenir menaçant. Ce terme caractéristique (quand il s’agit de chercher protection et refuge auprès de l’Éternel) revient 24 fois dans les Psaumes et 5 fois dans tout le reste de l’Ancien Testament. — Le second mot : Chakah, beaucoup moins usité, ne se trouve que 2 fois dans les Psaumes et est cité d’après les 70 en Hébr. 2: 13, comme traduction d’Ésaïe 8: 17. Il a un sens très général : S’attendre à l’Éternel, mettre sa confiance en Lui. — Le troisième mot : Batach, très usité, revient fréquemment dans les Psaumes. Il signifie : mettre sa confiance, s’appuyer sur l’Éternel ou sur ce qui est de Lui, en contraste constant avec tout ce en quoi l’homme se confie.
Les fidèles traversent les angoisses et la détresse, des dangers de toute sorte; ils sont entourés d’ennemis; la haine, les outrages, les calomnies, pleuvent sur eux, la mort les menace continuellement. Christ a partagé toutes ces angoisses; il s’est confié en Dieu et a été gardé; il a pu dire: «Même ma chair reposera en assurance; tu n’abandonneras pas mon âme au shéol; tu me feras connaître le chemin de la vie». C’est par cette confiance parfaite qu’il est devenu le Serviteur modèle pour tous ceux qui le suivent et qui trouvent, comme Lui, dans ce chemin, la source d’une joie accomplie: «C’est pourquoi mon coeur se réjouit et mon âme s’égaie» (v. 9).
Le verset 1 nous montre que la confiance en Dieu exclut absolument toute confiance en nous-mêmes. Christ ne serait pas le parfait serviteur, s’il n’avait pas dit: «Garde-moi, ô Dieu». C’est là un des traits de sa perfection, comme homme; mais, pour nous, le sentiment de notre imperfection nous fait nous exprimer ainsi. Notre infirmité produit chez nous le besoin d’être gardés, tandis que la perfection même de la position que Christ venait prendre en grâce, le faisait parler ainsi.
Aux versets 2 et 3 le Résidu, ou plutôt l’Esprit de Dieu dans le Résidu, s’adresse maintenant à Lui: «Tu as dit à l’Éternel: Tu es le Seigneur, ma bonté ne s’élève pas jusqu’à toi. Tu as dit aux saints qui sont sur la terre, et aux excellents: En eux sont toutes mes délices». Comme homme, la bonté du serviteur ne s’élève pas jusqu’à son Maître qu’il reconnaît comme Seigneur. Merveilleuse parole, dans la bouche de Christ! «Pourquoi, dit-il, m’appelles-tu bon ? Nul n’est bon, sinon un seul, Dieu» (Marc 10: 18). Il prend la place d’un homme dépendant de la bonté divine pour être gardé. Il ne veut pas se garder par sa propre bonté, en laquelle, certes, il aurait plein droit de se confier, mais alors, où serait sa position d’homme dépendant ou de serviteur? Il ne fait pas comme a fait le premier Adam qui a «regardé comme un objet à ravir d’être égal à Dieu», mais «il s’anéantit lui-même, prenant la forme d’esclave, étant fait à la ressemblance des hommes; et étant trouvé en figure comme un homme, il s’est abaissé lui-même, étant devenu obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix». Cet abaissement volontaire du Fils faisait les délices du Père, comme ceux qui étaient abaissés sous la repentance, au baptême de Jean, faisaient les délices du Fils. Aussi les cieux s’ouvrent, à ce moment même, sur Lui, et l’Esprit vient sceller cette perfection et lui donner le droit de baptiser de l’Esprit Saint (Jean 1: 33).
Ces deux caractères de sa perfection comme serviteur: se confier en Lui, et s’associer, coûte que coûte, à ceux qui, faisant le premier pas dans le chemin de la foi, sont pour lui «les saints et les excellents de la terre» — attirent à Jésus cette déclaration du Père : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir».
«En eux sont toutes mes délices». Si, pour Christ, se rendre au baptême de Jean était un degré d’abaissement que la croix seule pouvait dépasser, c’était aussi l’expression la plus exquise d’un amour que la croix seule a fait éclater dans sa plénitude, d’un amour descendu ici-bas pour servir Dieu et les hommes, et ne trouvant à se reposer que là où la grâce avait jeté sa première semence dans le coeur de misérables pécheurs.
Le Résidu s’étant, par l’Esprit, adressé à Christ aux v. 2 et 3, c’est lui maintenant qui reprend la parole au v. 4. Tournant les yeux, non plus vers Dieu, non plus vers les saints, mais vers le monde, il n’y trouve que ténèbres et éloignement de Dieu, un spectacle rebutant pour le serviteur de l’Éternel. Ils «courent après un autre Maître» (en effet, l’Antichrist les asservira); leurs sacrifices sont en horreur au serviteur de l’Éternel; leurs noms ne passeront pas sur ses lèvres. Le monde lui est ainsi complètement étranger; il vit, à son égard, dans un Nazaréat absolu, dans une entière séparation pour Dieu.
Quel contraste, quand il parle de l’Éternel! (v. 5-6) Il est le vrai serviteur, le vrai lévite, n’ayant pour lui-même aucune portion ici-bas. Sa part, son héritage, son lot, c’est l’Éternel lui-même (Jos. 13: 33). Avec Lui, il est au-dessus des dangers, des difficultés, des ennemis; aucun orage ne peut l’ébranler. Qui dirait, à voir ce chemin si uni, si paisible, si plein de joie, qu’il passe au-dessus des abîmes, qu’il traverse les flots de la mer en fureur, qu’il descend vers la croix, toujours plus bas, jusqu’au jugement, jusqu’à l’abandon de Dieu et à la mort?
Son coeur se réjouit. Comment donc? Se réjouir en présence du sépulcre ? Oui : «Ma chair reposera en assurance». Se réjouir en présence du shéol, séjour des âmes après la mort? Oui: «Tu n’abandonneras pas mon âme au Shéol». Se réjouir en présence de la mort du corps et de la décomposition qui attend nécessairement l’homme mortel? Oui: «Tu ne permettras pas que ton Saint voie la corruption!» — En face de toutes ces épouvantes, il ne connaît qu’un chemin. Celui de la mort, direz-vous? Non: celui de la vie, celui qui, à travers la mort, le conduit devant la face de Dieu, le conduit à sa droite, dans la pleine jouissance d’une Communion sans limite avec son Père. C’est ce qui est appelé «la joie qui était devant lui» (Héb. 12: 2). C’est aussi la nôtre, car sa joie est notre joie. Nous pouvons la goûter dès maintenant, comme il la goûtait lui, dans son service ici-bas. Il ne dit pas: «Ta face sera», mais «Ta face est un rassasiement de joie». Elle l’était pour lui dans ce monde, comme elle l’est maintenant pour lui dans le ciel. Il nous a laissé ce précieux héritage actuel et éternel, la Communion avec lui dans le service et la joie accomplie d’une Communion parfaite avec Dieu!
Parmi les Psaumes de Communion en est-il beaucoup de semblables à celui-ci? Dieu, nous appelant à la Communion de son Fils Jésus Christ, et lui nous introduisant dans la Communion de son Père! Mais, ne l’oublions pas, il nous faut la lumière du Nouveau Testament, pour comprendre, dans ce Psaume, notre association avec Christ dans le service, dans la séparation du monde, dans le dévouement pour Dieu, dans la supériorité sur les circonstances, dans la pleine assurance d’un avenir glorieux au delà de la mort, dans la joie parfaite que donne actuellement la contemplation de la face du Père, dans les plaisirs célestes, en attendant que ces choses soient pleinement réalisées dans la gloire. Oui, le Nouveau Testament seul nous révèle ce que c’est que d’être associés à sa joie : «Je vous ai dit ces choses afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit accomplie». «Je dis ces choses dans le monde, afin qu’ils aient ma joie accomplie en eux-mêmes» (Jean 15: 11; 17: 13). Il en est de même quant à la séparation du monde. Si nous le voyons, seul Nazaréen, seul Lévite, au Ps. 16, nous l’entendons dire dans le Nouveau Testament: «Le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi, je ne suis pas du monde» (Jean 17: 14, 16). Et comme son Dieu lui a fait connaître le chemin de la vie, nous connaissons ce chemin en Lui qui est le chemin, la vérité et la vie, et qui nous a amenés au Père, afin que là où il est, nous y soyons aussi avec Lui (Jean 17:24).
Ce Psaume offre le contraste absolu entre la nuit et le jour, entre la mort et la résurrection de Christ. Nous y trouvons d’abord la scène de la croix, dont aucune partie de l’Ancien Testament ne donne une description aussi émouvante. Jésus est seul; personne ne pense à lui; le monde, conduit par Satan, le rejette et lui inflige le plus ignominieux supplice. Il est abandonné de tous, même de ses disciples; les heures de ténèbres l’enveloppent et envahissent son âme. Il est fait péché, maudit, abandonné de Dieu. — Il subit toutes ces profondeurs de souffrances, parce que, dans son amour, Dieu avait décidé de nous sauver.
À cette oeuvre unique, nous n’avons aucune part, sinon par nos péchés. Nous pouvons y croire, mais nous ne pouvons la comprendre, l’amour de Dieu qui choisit des êtres souillés, perdus, ses ennemis, pour les introduire dans Sa gloire, étant en effet incompréhensible.
Dès que la résurrection de Christ a lieu (v. 21), tout change. Son Dieu qui ne lui a pas répondu quand il criait de jour et de nuit, lui «répond d’entre les cornes des buffles». Il va le chercher dans la mort, après que son sang précieux a été répandu; seulement alors il exauce ses grands cris, ses larmes, ses prières et ses supplications, en le sauvant hors de la mort par la résurrection.
Cette délivrance donne à Jésus, de la part de Dieu, une famille, des frères, alors qu’auparavant il était absolument seul. Maintenant il leur annonce le nom du Père et ils deviennent les enfants de Dieu (Jean 20: 17). Nous avons ainsi la Communion la plus complète avec le Père et le Fils qui se puisse concevoir, la jouissance merveilleuse de l’amour du Fils, que nous entourons désormais comme ses frères, et celle de l’amour du Père, relation dans laquelle Jésus nous place, comme étant celle dont Il jouit lui-même.
Nous trouvons une seconde bénédiction comme fruit de sa résurrection: «Je te louerai au milieu de l’Assemblée». La perspective que ces deux versets nous ouvrent est certainement la plus étendue et la plus élevée que l’Ancien Testament nous présente.
Les chrétiens intelligents sont familiers avec la forme du Culte qui a pour objet l’Agneau immolé au chap. 5 de l’Apocalypse. Là, tous les saints glorifiés sont réunis autour du trône dont le centre est occupé par l’Agneau. Il y a communion parfaite des saints, les uns avec les autres, dans la louange qui s’élève autour de Lui, et se répercute à l’infini parmi les myriades d’anges et dans la création tout entière. Mais cette scène merveilleuse diffère de celle que nous trouvons au Ps. 22. Le Père y est l’objet de l’adoration et c’est Christ lui-même, l’homme ressuscité, qui entonne la louange, lui qui a pu mesurer, dans toute sa profondeur, l’abandon de Dieu, et dans toute sa hauteur, un salut qui, le tirant des ténèbres du sépulcre, l’a élevé à la pleine lumière de la présence de son Père.
Il loue, mais au milieu de l’Assemblée, associant tous ses frères avec Lui dans la jouissance de la présence du Père. L’heure des vrais adorateurs en Esprit et en vérité est venue à la suite de la résurrection de Christ. Cette heure est annoncée ici prophétiquement; elle l’est de la même manière en Jean 4: 23, quoiqu’elle fût alors toute proche. Cependant «elle est maintenant», ajoute le Seigneur au même verset, car tout ce qui la constituait était déjà mis en pleine lumière: Le Père était connu, l’Esprit était révélé, la vérité était venue, dans la personne de Christ. Ainsi, en Jean 4, les vrais adorateurs étaient encore à venir, mais l’objet, la substance, la puissance de l’adoration étaient là dans la personne du Seigneur. Au Ps. 22, Jésus n’est donc pas plus qu’en Jean 4 l’objet de l’adoration, parce qu’il loue lui-même et nous associe à lui dans un Cantique dont sa délivrance, qui est notre délivrance, est l’objet. Ce Cantique, c’est Lui qui en est l’auteur, car un homme ressuscité d’entre les morts pouvait seul le concevoir dans toute sa réalité.
Telle est notre part actuelle quand nous louons le Père dans l’Assemblée. Lorsque cette louange est véritable, c’est Christ, se tenant au milieu de nous, qui, par son Esprit, la fait éclore sur nos lèvres. C’est disons-nous, notre part actuelle; toutefois ce Psaume, malgré son élévation, ne dépasse pas les limites de la Communion que l’Ancien Testament peut nous révéler. La notion de l’Assemblée ne comprend ici, nous n’en doutons pas, que les éléments juifs réunis lors de la Pentecôte, avant que Juifs et Gentils, mystère entièrement caché aux saints de l’ancienne alliance, formassent l’Église par leur union en un seul corps. Cependant ce premier commencement juif de l’Assemblée occupe ici une place unique dans l’Ancien Testament, place qui n’est mentionnée nulle autre part, mais dont la mention était nécessaire pour présenter les résultats de l’oeuvre de la croix dans une étendue qui fût digne d’un pareil sacrifice.
Nous possédons pleinement aujourd’hui cette Communion de Christ et de l’Assemblée dans la louange. Le Ps. 145 nous présentera quelques détails nouveaux qui s’y rapportent. Mais quel privilège de connaître la délivrance, telle que Christ l’a connue et réalisée; de louer avec lui le Père qui nous a procuré cette délivrance en ressuscitant son Bien-aimé après l’avoir livré pour nous; quel privilège d’être les objets de ses desseins d’amour, qui sont d’amener plusieurs enfants dans la gloire, en les associant avec son Fils !
Le Résidu juif jouira plus tard de bénédictions semblables, quoique beaucoup moins élevées, lorsque le Christ dira: «De toi vient ma louange dans la grande congrégation. Je paierai mes voeux devant ceux qui le craignent» (v. 25). La grande congrégation était pour Israël la fête des Tabernacles; elle aura sa réalité dans le Millénium, tandis que, succédant à la Pâque (v. 1-20), la fête de la Pentecôte (v. 22) a déjà eu lieu pour nous par la descente du Saint Esprit qui fait de nous des adorateurs en Esprit et en vérité. Quelque chose peut-il être comparé à la Communion avec Christ, dans la louange du Père?
Cette association avec Lui dans le Culte est un des traits les plus élevés de la Communion. Jésus se place au milieu des saints, réunis en son nom pour adorer, et, quelque honteuse que soit la ruine de l’Église dans le jour actuel, ce privilège inappréciable n’est pas perdu, et appartient à ceux, ne fussent-ils que deux ou trois, qui se rassemblent autour de Lui.
Comme nous l’avons vu au Psaume 22, l’oeuvre accomplie à la croix est le point de départ de nos relations avec le Père et avec le Fils, ainsi que de la louange, dont Christ est le Chef au milieu des siens; mais la croix est aussi le point de départ de toutes les heureuses expériences du Psaume 23.
Nul homme ne peut faire ces expériences s’il n’est pas sauvé, et le monde les ignore complètement; elles n’appartiennent qu’à celui qui, par la foi, s’est approprié l’oeuvre de Christ. Il faut avoir été une brebis perdue et retrouvée par le bon Berger, pour pouvoir lui appartenir et le suivre.
La brebis connaît dès lors le chemin qui aboutit à la maison du Père, mais il faut qu’elle y soit conduite, soutenue et encouragée par un guide auquel la route soit familière, qui en connaisse les difficultés, les dangers et les ressources. C’est en cela que consistent les multiples fonctions du Berger. Dirigée par lui, la brebis ne craint aucun mal. Elle sait que son guide, ayant fait lui-même toutes les expériences de ce chemin qu’il connaît personnellement, est absolument qualifié pour l’y conduire. C’est dans le fait qu’il l’a parcouru pour nous que consiste notre association avec lui dans la marche. Nous y avons Communion avec lui, parce que notre chemin n’est pas autre que celui qu’il a suivi lui-même; cependant nous ne pouvons arriver au bout du voyage et atteindre le but, qu’en dépendant habituellement du Berger qui nous conduit. Notre unique ressource consiste à suivre Celui qui est «capable de nous sauver jusqu’au bout».
Le mot «Suis-moi» est le premier que Jésus adresse à ses disciples (Matt. 4: 19). Par cette parole vivante il produit la volonté et communique la force de marcher après lui, avec lui et comme lui. Telle est la vocation des brebis dans ce monde. Mais de quelle sollicitude il les entoure! Il se place à leur tête pour leur montrer le chemin; il marche derrière elles pour les défendre, et à côté d’elles pour les rassembler et les encourager. La brebis peut dire: Il me mène; tu es avec moi; la bonté et la gratuité me suivront.
Le Berger sait quelle doit être leur nourriture et ce qui les désaltère. Lui-même a trouvé, au milieu du désert, un aliment que personne ne connaissait: la volonté de son Père (Jean 4: 34). S’agit-il du «chemin de justice», du «chemin de la sombre vallée», du «chemin de la vie», il les a tous parcourus.
Le Psaume 16 offre une analogie remarquable avec celui-ci; seulement le premier nous présente Christ, dans la perfection de son service; le second, dans la perfection de sa marche, et conduisant ses brebis dans le chemin qu’il a suivi lui-même. La Communion avec Lui, dans les lieux célestes, est plus élevée, sans doute, car nous y avons part à toutes ses relations et à toutes ses gloires, mais, n’oublions pas que notre marche ici-bas, comme brebis du bon Berger, est la seule chose que le monde voie, car il ne peut connaître «notre vie cachée avec Christ en Dieu»; cette marche est donc notre témoignage public devant les hommes, témoignage qui a leur salut pour but.
Le Psaume 23 est l’heureuse méditation de la brebis sur les ressources dont son Berger dispose. Elle s’émerveille de ses tendres soins; elle ne manque de rien. Comme il connaît bien le lieu de l’abondante nourriture qui réparera ses forces, le chemin des sources rafraîchissantes, auxquelles lui-même a puisé dans son voyage à travers le désert! (Ps. 110: 7). La brebis se presse contre lui, à mesure que la course devient plus fatigante; il la restaure; son amour trouve pour elle des sentiers qu’il connaît et qui lui sont familiers, où le péché n’est jamais entré. C’est ce que signifie le mot: «des sentiers de justice». Partout, même dans l’obscurité la plus profonde, il est avec elle et la brebis a le bonheur de sentir Sa présence, quoiqu’elle ne se manifeste pas à la vue, mais seulement par le bâton et la houlette du bon Berger.
Il y a deux étapes dans ce long et pénible voyage: à chacune d’elles, la brebis reprend sa course, fortifiée et rafraîchie. Toutes deux sont caractérisées par le repos et la nourriture. La première étape est le repos dans de verts pâturages où la brebis se nourrit et se désaltère. C’est le repos du ciel et la nourriture du ciel dans le désert. Après cette étape la course est longue, comme le fut celle du prophète Élie, jusqu’à Horeb, la montagne de Dieu, mais elle est nécessaire. Que de renoncements elle comporte! Que d’expériences de notre faiblesse devant le mal! Que de dangers manifestes, ou qui nous guettent dans l’ombre!
Aussi le Berger a soin de pourvoir à une seconde étape. C’est encore le repos, mais d’autant plus précieux que la brebis est plus expérimentée et a beaucoup plus conscience de la force et du nombre des ennemis qui en veulent à sa vie. Mais combien aussi le repas est plus varié! C’est une table dressée où l’on peut s’asseoir sans hâte, jouissant de mets exquis et divers : (*) «Mes taureaux et mes bêtes grasses sont tués, et tout est prêt» (Matt. 22: 4). Les mets de cette table sont une communion plus intime avec le Seigneur, une jouissance plus grande de la valeur de son sacrifice, à mesure qu’approche le terme du voyage. La boisson est encore la Communion, une coupe de bénédiction que nous bénissons. L’onction d’huile sur la tête, le don du Saint Esprit, rend la brebis capable d’entrer dans ces choses et d’en jouir. Elle peut dire: Ma coupe est comble! De toute manière, il y a, lors de la seconde étape, un progrès dans la jouissance. Il ne s’agit plus seulement de la jouissance individuelle des choses célestes, mais d’une jouissance collective, telle qu’une table dressée peut l’offrir. La Communion des saints est bien plus appréciée vers la fin du voyage qu’au commencement. Voyez encore l’intimité des rapports de la brebis avec le Berger, qui va en augmentant, à mesure que le chemin s’allonge. La brebis commence par dire: «Il», et finit par dire: «Tu». Cette intimité personnelle avec Lui vaut mieux que même la connaissance si précieuse des ressources qui sont en Lui.
(*) La tentative d’assimiler la table, la coupe et l’huile à la pratique des bergers syriens est un véritable contresens. C’est perdre, en vue de satisfaire une logique mesquine, le sens vrai et profond de ce Psaume.
L’attitude du Berger à l’égard de ses brebis varie selon les circonstances et leur fournit l’occasion d’éprouver davantage sa tendre sollicitude et son inlassable vigilance. Ne vaut-il pas la peine d’avoir fait un voyage prolongé en sa compagnie, pour apprendre à le mieux connaître? Devant tous les aspects du monde que la brebis doit traverser, le Berger se montre constamment à la hauteur des difficultés et des circonstances. S’agit-il du désert, il ouvre à la brebis les greniers célestes; s’agit-il d’un monde souillé par le péché, rempli de tentations pour un pauvre être ignorant et inexpérimenté, le Berger conduit la brebis dans des sentiers qu’il connaît bien pour les avoir parcourus, et où le péché ne peut trouver d’occasion pour la séduire et lui faire déshonorer le nom de son guide. S’agit-il du monde, couvert des sombres voiles de la mort et du deuil, la brebis est en compagnie de Celui qui l’a traversé «en pleurant et l’âme dans le jeûne», qui a été plongé dans ces ténèbres, mais en est sorti victorieux, et triomphateur de la mort. «Je suis avec toi pour te sauver et pour te délivrer, dit l’Éternel» (Jér. 15: 20). S’agit-il enfin du monde ennemi, c’est Lui qui combat pour nous et nous engage à nous tenir tranquilles (Ex. 14: 14).
N’est-il pas vrai que la brebis a raison de s’écrier «L’Éternel est mon Berger, je ne manquerai de rien»?
Ce Psaume dépeint le travail de conscience qui a lieu chez un saint, en vue de lui faire retrouver la Communion avec Dieu. Ce travail amène le croyant à confesser son péché et la réponse à cette confession lui est donnée par la croix: «Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité», et «Le sang de Jésus Christ, son Fils, nous purifie de tout péché» (1 Jean 1: 9, 7). En effet, la Communion, de même que le salut, est basée sur l’oeuvre de Christ. Pour être sauvé, il faut le sang de Christ versé pour nous, et si, étant sauvé, l’on a péché, il faut remonter à la source de purification première, non pour retrouver le salut, mais pour retrouver la Communion perdue, la liberté et la joie des relations avec Dieu, qu’on avait négligées par une légèreté coupable et par manque de vigilance. Tel était, dans ce Psaume, le cas de David, lors de son péché à l’égard d’Urie. (*)
(*) Nous ne citons pas le Ps. 51 qui a beaucoup moins affaire à la Communion que celui-ci.
Tant que la conscience n’a pas été purifiée et que l’âme n’est pas restaurée, elle est profondément malheureuse: elle rugit tout le jour et n’a aucune force ; «sa vigueur s’est changée en une sécheresse d’été». La discipline de Dieu ne quitte pas un instant le coupable. Quelle grâce qu’il en soit ainsi! Alors l’âme se décide à faire connaître à Dieu son péché; et, venant à Lui par la repentance, elle trouve le pardon. Ce dernier est basé sur l’oeuvre de Christ qui a fait une fois la propitiation pour nos péchés et nous représente continuellement devant Dieu, en sorte que Dieu lui doit à Lui, le Juste, le pardon de nos péchés et peut nous ramener à la Communion que nous avions perdue. Alors l’âme humiliée comprend que Dieu est fidèle à ses promesses envers ceux qu’Il a justifiés et juste envers Christ qui a accompli l’oeuvre de la purification pour nous (1 Jean 1: 9). La Communion est ainsi rétablie, mais, sans la confession de nos péchés il serait impossible de la retrouver jamais.
C’est en vertu du fait que Christ s’est identifié avec nous sous le péché et le jugement (comp. les versets 3, 4, 7 de notre Psaume avec les versets 1, 2, 25 du Ps. 22) que l’âme paraît devant Dieu pardonnée; son péché est couvert; Dieu ne le lui impute pas; il ne s’en souvient plus, et tient pour juste celui qui s’approche de Lui, mais qui s’approche sans fraude, ne cherchant pas à rien cacher à son Père, lui confessant, comme le fils prodigue, toute sa faute, et trouvant auprès de Lui mille fois plus qu’il n’osait espérer: la joie sans mélange de celui pour qui la question du péché a été réglée à jamais entre Christ et Dieu (v. 7).
Ce que nous disons ici fait comprendre les traits de ressemblance entre un pécheur pardonné et un saint pardonné, lors même que la différence entre eux soit immense. Dans le premier cas, le pécheur était entièrement séparé de Dieu, sans aucun point de contact avec Lui; dans le second les relations avec Dieu existent, mais la jouissance de ces relations manque entièrement et assimile moralement le croyant à un pécheur.
Maintenant l’âme a profité, par grâce, du temps où l’on peut trouver Dieu comme un Dieu propice (v. 6) au lieu d’aller au-devant de jugements nouveaux, d’un «déluge de grandes eaux».
Cependant le fait que le péché est aboli pour «l’homme pieux» ne signifie pas qu’il n’ait pas à prier, à s’approcher continuellement du trône de la grâce afin de recevoir grâce et secours pour le moment opportun. C’est précisément sa négligence à cultiver ces rapports habituels avec Dieu qui avait été la cause de sa chute. Il sait maintenant par expérience combien la Communion est facilement perdue et revient à la prière pour ne pas la laisser s’interrompre (v. 6).
Dans les deux premiers versets, comme cela se rencontre si fréquemment dans les Psaumes, c’est le Saint Esprit qui célèbre le résultat de l’oeuvre de Christ, en l’appliquant au croyant. Au verset 5 le croyant lui-même peut dire à Dieu: Voilà ce que tu es pour moi; tu as pardonné! Heureuse condition de l’âme qui peut exprimer de nouveau sa Communion avec le Dieu Sauveur, avec le Fils par lequel le pardon lui est acquis. Alors elle ajoute: «Tu es mon asile, tu me gardes de détresse; tu m’entoures des chants de triomphe de la délivrance» (v. 7). Quelle joie ! quelle restauration, maintenant que le poids de la misère passée est ôté ! Combien ces tristes expériences ont été salutaires, alors que, sans doute, il eût mieux valu ne les jamais faire; mais par elles la réalité de la délivrance est désormais mieux connue. L’affranchissement peut être appris dans le secret entre l’âme et Dieu, et les pieds sont ainsi gardés de chute: heureuse condition, dans laquelle l’âme, avec peut-être moins d’expérience, garde plus de virginité d’impressions et de fraîcheur; mais il a fallu des chutes pour qu’un Abraham, un Moïse, un David, un Élie, un Simon Pierre, apprissent à se connaître et à jouir de l’étendue de leur délivrance.
Ce n’est pas tout. Dieu lui-même (v. 8) prend maintenant la parole pour affirmer à son enfant qu’il est l’objet de tout son intérêt. Il a non seulement pourvu à son entier relèvement, mais il dit: «Je t’instruirai, et je t’enseignerai le chemin où tu dois marcher; je te conseillerai, ayant mon oeil sur toi». Je m’occuperai de ta marche, comme je me suis occupé de ton relèvement. Précieuse assurance ! Je t’enseignerai, et maintenant que tu jouis de ma Communion, tu n’as besoin que d’un signe de mon oeil pour que ta marche corresponde à la relation parfaite dont tu jouis. Je réponds: Hélas! cette Communion est si facilement interrompue! Un acte de propre volonté de ma part la détruit! Dans ce cas, dit le Père, je serai obligé de te corriger, de te discipliner: «Ne soyez pas comme le cheval, comme le mulet, qui n’ont pas d’intelligence, dont l’ornement est la bride et le mors, pour les refréner, quand ils ne veulent pas s’approcher de toi» (v. 9). Être conduit avec la bride et le mors, c’est l’être par des circonstances extérieures, suscitées par la Providence divine, quand notre volonté s’oppose à celle de Dieu. Il faut, dans ce cas, qu’elle soit bridée et matée pour que nous retrouvions la proximité de Dieu, sinon nous restons éloignés de Lui. La Communion est le fruit de cette proximité; pour qu’elle ait lieu il faut qu’aucun acte de propre volonté ne vienne s’interposer entre notre âme et Lui.
Nous trouvons dans ce Psaume, comme dans beaucoup d’autres qui ont la Communion pour base: l° Le Saint Esprit parlant à l’âme. Il lui expose comment elle peut retrouver la Communion perdue (v. 1-2). 2° L’âme disant à Dieu de quelle manière (par le besoin, la repentance et la confession) elle a trouvé le chemin de la restauration. 3° Dieu lui répondant pour lui donner des assurances nouvelles, non seulement quant à sa position devant Lui, mais quant à sa marche ; et aussi pour l’avertir de ses voies en discipline afin qu’elle puisse retrouver la Communion, dès que, par l’exercice de sa propre volonté, elle a eu le malheur de la perdre. 4° Le croyant, exprimant le contraste entre le sort du méchant et la grâce dont est environné celui qui se confie en l’Éternel (v. 10). 5° Enfin un appel général de l’Esprit à se réjouir en l’Éternel, — pour nous, en Christ — : «Réjouissez-vous en l’Éternel, et égayez-vous, justes! et jetez des cris de joie, vous tous qui êtes droits de coeur!» (v. 11). C’est «la joie accomplie» des justes dans la Communion avec Christ, joie qui sera pleinement réalisée dans la louange éternelle !
Ce Psaume est caractérisé par l’expression, absolue et parfaite, de la Communion entre le Fils et le Père : «Au sacrifice et à l’offrande du gâteau tu n’as pas pris plaisir: tu m’as creusé des oreilles (ou: tu m’as formé un corps); tu n’as pas demandé d’holocauste, ni de sacrifice pour le péché. Alors j’ai dit : Voici, je viens: il est écrit de moi dans le rouleau du livre. C’est mes délices, ô mon Dieu, de faire ce qui est ton bon plaisir, et ta loi est au dedans de mes entrailles» (v. 6-8).
«Voici, je viens pour faire ta volonté» ; telle est la pensée de Christ, pensée qui était éternellement dans son coeur, comme Fils unique dans le sein du Père, et qui a été réalisée par sa venue, comme Fils de l’homme, dans ce monde. Il s’y présente et dit: «Je viens». Tout le système des offrandes de la loi, mis à l’épreuve, avait été démontré incapable de répondre aux exigences de la justice, de la sainteté et de l’amour de Dieu. Il n’y avait, dans ces offrandes, qu’un acte remémoratif de péchés (Héb. 10: 3). Or Dieu ne pouvait prendre plaisir à ce qui plaçait continuellement le péché sous ses yeux. Alors Christ dit: «Je viens»; il accomplit ce qui était de toute éternité la pensée de Dieu: La pensée du Fils est fondue, pour ainsi dire, dans celle du Père, de manière à ne former qu’une pensée unique. Tel a été Christ, venant dans ce monde: «Mon aliment, dit-il, est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé» (Jean 4: 34). «Je ne cherche point ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé» (Jean 5: 30). «Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé» (Jean 6: 38). Il y a identification complète de pensée et d’activité entre le Fils et le Père. «Le Père est en moi», et moi en Lui. «Qui m’a vu, a vu le Père» (Jean 14: 9, 10). «Quelque chose que le Père fasse, le Fils le fait aussi» (Jean 5: 19).
Pas de Communion plus absolue que de n’avoir point d’autre volonté que celle du Père. C’est la confiance du Fils dans un amour parfait, la confiance d’un coeur qui trouve ses délices à être offert en sacrifice pour accomplir les voies d’amour de Dieu envers de pauvres pécheurs perdus. La Communion s’exprime par le renoncement à toute volonté quelconque pour faire la volonté d’un autre.
Le Seigneur se présente ici comme Celui dont il est écrit au rouleau du livre des conseils de Dieu, au rouleau d’éternité où Dieu avait consigné ses desseins. Qu’est-ce donc qui y est écrit? Lui-même, le Fils dont le nom remplit ce livre, et sans lequel aucune des pensées de Dieu ne peut avoir son accomplissement. Cette volonté est la manifestation complète, à notre égard, de l’amour d’un Dieu qui veut voir ses créatures partageant sa joie, jouissant de son amour, associées à sa gloire. «Faire Sa volonté», c’est la Communion la plus complète de dessein et d’amour entre le Père et le Fils, à laquelle répond, du côté du Fils, la plus complète obéissance. Mais il fallait, pour cela, le sacrifice du Fils de l’amour du Père, du Fils unique dans son sein, mot qui exprime, à lui tout seul, ce que c’est que la Communion de l’amour. Alors il dit: «Je viens». Il s’offre lui-même et Dieu le rend propre à ce sacrifice en lui formant un corps.
La loi de Dieu, la pensée dont elle est l’expression, était «au dedans de ses entrailles». Il était au milieu des hommes comme l’arche, à l’intérieur de laquelle toute la pensée d’amour qui est «la somme de la loi» était cachée, de telle manière que l’arche la contenait toute seule (2 Chr. 5: 10). Les chérubins prosternés sur le propitiatoire considéraient cet ineffable mystère. Un seul désir, un seul but, un seul objet, l’accomplissement de la volonté d’amour de son Dieu, remplissait le coeur de Christ. Cette obéissance parfaite à la volonté de Dieu ne peut, en effet, se séparer de l’amour. On a dit: «Aimer c’est agir» et, dans un sens, l’on n’a pas tort, mais, combien plutôt devrait-on dire: «Aimer c’est obéir, et obéir c’est aimer!»
Le voici donc, un homme n’ayant qu’une seule volonté, celle du Père; le voici, se donnant lui-même, parce que Dieu veut le donner — et cette volonté d’amour où le conduit-elle? Au puits fangeux! Comment donc! Une chose pareille a-t-elle jamais pu se produire! Oui, elle était possible, parce que l’amour sans limite du Père pour le Fils, du Fils pour le Père, voulait se communiquer, sauver, amener dans sa Communion, des misérables comme nous! Le Fils éternel a consenti à s’anéantir, à être un ver et non pas un homme, à être fait péché, pour nous donner part, avec Lui, à l’amour de Dieu! Le Père éternel a consenti à donner son Fils unique, afin que nous, des êtres qui périssions, nous eussions la vie éternelle, une vie, une nature, capables de jouir de Lui et de contenir à jamais les choses ineffables qui ne sont pas du domaine de l’homme.
Jésus trouvait cette volonté agréable. Il dit : «C’est mes délices de faire ce qui est ton bon plaisir»; comme il dit en un autre endroit: «Je te loue, ô Père... Oui, Père, car c’est ce que tu as trouvé bon devant toi» (Matt. 11: 26). Et il entre seul dans ce bourbier, jusqu’à dire: «Mes iniquités m’ont atteint, et je ne puis les regarder»; il s’identifie avec notre péché, en porte l’inexorable jugement, et seulement quand tout est terminé, quand le sacrifice est consommé, Dieu répond à sa confiance et à son attente patiente en le ressuscitant d’entre les morts.
C’est alors que commence notre histoire nouvelle : «S’il livre son âme en sacrifice pour le péché, il verra une semence» (Ésaïe 53: 10). Notre ancienne histoire est close: «Je suis crucifié avec Christ»; la nouvelle débute: «Nous avons été vivifiés, ressuscités ensemble avec Lui». Désormais nous lui appartenons, nous sommes de Lui, «sa semence». Nous lui sommes associés et le premier résultat de cette association, c’est que nous sommes capables de «faire la volonté de Dieu» (1 Jean 2: 17). Nous sommes transformés par le renouvellement de notre entendement pour discerner maintenant ce qu’Il connaissait de toute éternité, mais a réalisé, comme homme, en venant dans ce monde, que «la volonté de Dieu est bonne, agréable et parfaite» (Rom. 12: 2). Nous sommes appelés à être parfaits et accomplis dans toute la volonté de Dieu, comme lui (Col. 4: 12); et, comme lui, après avoir fait cette volonté, et attendu patiemment, nous recevrons les choses promises (Héb. 10: 36). Désormais nous avons Communion avec Lui dans l’obéissance.
Notre Psaume présente encore d’autres traits de la Communion avec Christ, ressuscité d’entre les morts : Il dit: Tu as mis «dans ma bouche un Cantique nouveau, la louange de notre Dieu» (v. 3). Dans l’Ancien Testament, le Cantique nouveau est toujours celui qui accompagne l’entrée triomphale de Christ dans son règne et l’établissement de ce règne sur la terre (Ps. 33: 3; 40: 3; 96: 1; 98: 1; 144: 9; 149: 1; Ésaïe 42: 10). On ne le rencontre dans le Nouveau Testament que deux fois, mais avec un sens plus étendu. En Apoc. 5: 9, le Cantique nouveau célèbre dans le ciel tous les résultats de la Rédemption par l’Agneau immolé, victoire qui donne aux saints le règne, soit dans le ciel, soit sur la terre, et fait d’eux une famille royale de sacrificateurs. — Le second passage, Apoc. 14: 3, introduit le Cantique nouveau en rapport avec le triomphe sur la puissance du mal, qui donnera au Résidu de Juda l’entrée dans les bénédictions du règne de Christ sur la terre.
Cette association avec Lui, dans la louange de son règne, est donc aussi la nôtre.
«Tu as multiplié, toi, Éternel, mon Dieu, tes oeuvres merveilleuses et tes pensées envers nous; on ne peut les arranger devant toi. Si je veux les déclarer et les dire, — elles sont trop nombreuses pour les raconter» (v. 5). Ici nous trouvons encore l’association des saints avec lui, dans les bénédictions sans nombre qui sont la part de ses rachetés. Pour le Résidu d’Israël, ce seront des bénédictions terrestres; pour nous, ce sont des bénédictions célestes. Dieu les a multipliées envers nous comme envers Lui. Elles ont et auront pour résultat une louange perpétuelle: «Que tous ceux qui te cherchent s’égayent et se réjouissent en toi; que ceux qui aiment ton salut disent continuellement: Magnifié soit l’Éternel !»
Ce Psaume nous présente un côté très précieux de la Communion. On y lit: «Bienheureux celui qui comprend le pauvre». Ce n’est pas, comme au Ps. 40: v. 4: «Bienheureux l’homme qui a mis en l’Éternel sa confiance» et qui connaît la résurrection de Christ, comme répondant à cette confiance. Il s’agit au contraire ici d’un homme qui contemple et apprécie, dans son humiliation, Celui qui disait au v. 17 du Psaume précédent : «Et moi, je suis affligé et pauvre». Jésus s’est dépouillé lui-même de toute sa gloire, quand il est venu ici-bas servir et souffrir; mais, de plus, il s’est laissé dépouiller de toutes ses prérogatives comme Messie: il a été «comme une brebis muette devant ceux qui la tondent» afin de pouvoir accomplir son oeuvre de salut.
«Comprendre le pauvre», c’est apprécier avec une intelligence donnée de Dieu, les perfections de Christ méprisé et humilié, objet de moquerie et d’outrages, puis atteint par nos iniquités qu’il a faites siennes (40: 12). Comprendre le pauvre, c’est nous occuper de cet amour qui lui a fait prendre une forme d’esclave, et l’a fait s’appauvrir, afin que par sa pauvreté nous fussions enrichis; qui l’a fait quitter la scène de ce monde «n’ayant rien», afin de glorifier le Dieu que nous avions déshonoré et de nous sauver. «Comprendre le pauvre» c’est avoir Communion avec lui, dans sa faiblesse et ses souffrances (*) (Rom. 8: 17).
(*) Le mot hébreu employé ici pour «pauvre» est dal, faible, souffrant, et non pas, comme au vers. 17 du Psaume précédent, ani, c’est-à-dire opprimé.
Comprendre le pauvre, ce n’est pas le considérer alors que, l’ayant fait remonter du bourbier fangeux, Dieu a établi ses pieds sur le roc, en résurrection, mais tel qu’il était quand l’amour l’a fait descendre de souffrance en souffrance pour trouver, au bout de sa course, le Calvaire où il fut crucifié en faiblesse. C’est aussi, sans doute, comprendre sa plainte: «Et moi, je suis affligé et pauvre», mais accompagnée de la certitude que, dans cet état, le Seigneur ne manque pas de penser à lui et viendra le délivrer.
La fin de ce Psaume depuis le verset 4, s’occupe des circonstances du Résidu qui ne sont pas notre sujet actuel, mais ce qui nous importe ici, c’est que «la Communion de ses souffrances» (Phil. 3: 10 ; 1 Pierre 4: 13) est un privilège spécial dont doivent se glorifier tous ceux qui connaissent notre adorable Sauveur.
«Bienheureux celui qui comprend le pauvre!» Combien de fois les Psaumes répètent le mot: «Bienheureux ! (*) Mais ce «Bienheureux» -ci, ne dépasse-t-il pas tous les autres? Comprendre Jésus, l’homme abaissé, l’homme de douleurs et sachant ce que c’est que la langueur; s’asseoir avec lui, fatigué du chemin, au puits de Sichar; traverser avec lui un monde où, pauvre étranger, il n’a pas où reposer sa tête; nous associer avec lui en prenant notre part des outrages de ceux qui le haïssent; passer ici-bas, inconnus des hommes comme lui, mais, comme lui, bien connus de Dieu, et pouvoir dire avec joie: Que me manque-t-il? N’ai-je pas le privilège, en toutes ces choses, d’être le disciple d’un tel Maître? Mais si nous sommes associés avec Lui dans ses souffrances, nous partagerons avec Lui les résultats de son abaissement: «Si nous souffrons avec Lui», nous serons aussi glorifiés avec Lui! (Rom. 8 :17).
(*) Il revient 25 fois dans les Psaumes et 17 fois dans tout le reste de l’Ancien Testament.
Le Christ avait dit au Psaume 40: 17: «Tu es mon secours, et Celui qui me délivre». Maintenant le Saint Esprit, qui prend si souvent la parole au début des Psaumes, dit à celui qui comprend le pauvre: «Au mauvais jour, l’Éternel le délivrera» (41: 1). Dieu, nous dit l’Esprit, a fait cela pour Christ; il fera de même pour ceux qui ont répondu à ses pensées en s’identifiant avec les souffrances de son Bien-aimé.
Les versets 2 et 3 nous parlent des bénédictions spéciales qui seront la part du Résidu, quand il aura reconnu la valeur de Celui que le peuple avait méprisé et rejeté: «L’Éternel le gardera et le conservera en vie: il sera rendu heureux sur la terre, et tu ne le livreras point à l’animosité de ses ennemis. L’Éternel le soutiendra sur un lit de langueur. Tu transformeras tout son lit, quand il sera malade». Ces promesses appartiennent aussi, dans une mesure, à ceux qui, aujourd’hui, lui ont été agréables en suivant le chemin du «pauvre». Elles font partie, comme nous le voyons dans la première épître de Pierre, de Son gouvernement en faveur de ceux qui se sont associés aux souffrances de Christ.
Remarquez enfin combien l’Esprit de Dieu s’intéresse aux croyants, intercède pour eux et exprime la pensée de Dieu à leur égard. Il dit de «celui qui comprend le pauvre»: «L’Éternel le délivrera», «l’Éternel le gardera», puis, s’adressant à Dieu lui-même, il ajoute: «Tu ne le livreras pas à l’animosité de ses ennemis». Il dit encore: «L’Éternel le soutiendra», puis de nouveau: «Tu transformeras tout son lit, quand il sera malade». L’Esprit se porte garant de ce que Dieu fera pour ceux qui se sont identifiés avec un Christ faible et souffrant.
Ce Psaume est en contraste avec le Ps. 41. Dans ce dernier, le croyant «comprend le pauvre» ; il célèbre ici le Roi dans sa beauté (És. 33: 17), comme Triomphateur, comme fils de l’homme, comme fils de Dieu, comme Époux. Il nous semble entendre les accents du nouveau Cantique dont il est si souvent fait mention dans le livre des Psaumes. Notre coeur bouillonne, l’Esprit nous enseigne à composer, à mettre nos pensées en ordre au sujet du Roi; notre bouche ne peut garder le silence; la louange coule majestueusement comme un fleuve dans son lit; elle court aussi comme la plume diligente d’un écrivain habile, qui ne s’arrête point et va droit au but, à l’exaltation du «Bien-aimé», car c’est de lui que ce Psaume est le Cantique.
La beauté (v. 2) de cet homme victorieux et triomphant consiste avant tout dans la grâce répandue sur ses lèvres — sa magnificence est le fruit de la débonnaireté et de la justice dont il a fait preuve pendant sa vie d’humiliation ici-bas (v. 2-4).
L’Esprit reconnaît comme Dieu le Fils de l’homme élevé à la royauté éternelle (v. 6-7) («Ton trône, ô Dieu EST pour toujours et à perpétuité») et proclame la droiture de son règne. Dieu lui-même, par ce même Esprit s’appelle son Dieu, et déclare que cet homme EST DIEU. Jamais la déité du Fils de l’homme, entrant dans son royaume, n’a été déclarée d’une manière plus absolue.
Mais, chose merveilleuse, ses rachetés ont part avec Lui et jouissent avec Lui de la gloire de son royaume. Son Dieu qui, au baptême de Jean, l’avait oint, comme homme, du Saint Esprit pour son ministère public, l’oint maintenant d’une huile de joie, la joie du Saint Esprit, en lui associant des compagnons, qu’il s’est acquis par son oeuvre et qui partagent sa joie. Sans doute la sienne restera toujours au-dessus de la nôtre, comme il reste Lui-même au-dessus de nous, tout en faisant de nous ses compagnons (association qui s’applique dans les Psaumes aux fidèles du Résidu juif futur, mais s’applique aujourd’hui à nous) et cependant notre joie sera, parfaite. Sa joie à Lui sera d’avoir sauvé des créatures, autrefois souillées et misérables, maintenant rendues dignes, par son sang, de partager avec Lui la gloire de son règne: «Il verra du fruit du travail de son âme et sera satisfait». Notre joie sera d’en avoir été rendus dignes, et d’être devenus les objets dans lesquels Lui sera admiré, mais non pas d’avoir été les agents de son triomphe, car c’est Lui tout seul qui en est l’auteur. Sa joie sera le triomphe de son amour à notre égard: Je me réjouirai, dit-il, avec joie à ton sujet; je me reposerai dans mon amour; je m’égayerai en toi avec chant de triomphe (Soph. 3: 17). Si, par le Saint Esprit, nous partageons sa joie, nous n’en avons jamais la source en nous: «Toutes nos sources sont en Lui».
Les versets 8 à 15 nous montrent une relation plus intime encore, celle de l’Épouse avec l’Époux. Il est enjoint à l’Épouse d’oublier toutes ses relations nationales et de famille, quelque précieuses qu’elles puissent être, pour appartenir à son Époux: «Oublie ton peuple et la maison de ton père». N’a-t-il pas lui-même abandonné les plus précieux liens selon la chair, sa parenté juive, pour être joint à l’Église? «C’est pour cela que l’homme laissera son père et sa mère, et sera joint à sa femme ; et les deux seront une seule chair. Ce mystère est grand ; mais moi je parle relativement à Christ et à l’Assemblée». (Éph. 5: 31-32). «Qui est ma mère, dit-il, et qui sont mes frères?» (Matt 12: 48). L’Église connaît ce qu’est la sainteté pratique, une séparation complète pour Dieu, ce qu’est la soumission et la dépendance, en apprenant à connaître l’homme qui en a été le modèle parfait. Il ne s’agit plus pour elle de ce patriotisme dont parlent tant, hélas! les chrétiens de nos jours, et qui n’exista jamais pour Lui; il ne s’agit plus de propre volonté et d’indépendance: lui-même n’en avait aucune. Cette position de dépendance de l’Épouse constitue sa beauté aux yeux de son Époux: «Le Roi désirera ta beauté», comme la grâce constitue la beauté de Christ aux yeux de Dieu et des hommes (v.2).
«Il est ton Seigneur, adore-le» (v. 11). Ici encore nous voyons la supériorité de l’Époux sur celle dont il fait sa femme, comme nous avons vit la supériorité du Roi sur ses compagnons. L’Époux qu’elle aime est son Seigneur et l’adoration est la seule attitude qui lui convienne, lorsque le cortège qui l’accompagne rencontre le cortège de l’Époux, venant au devant d’elle pour l’amener dans le palais du Roi.
Il y a donc Communion entre Christ et son Église dans la jouissance de leurs mutuelles perfections, mais ses perfections à Lui, lui appartiennent en propre, tandis que nous ne sommes et ne serons jamais que le reflet de sa propre gloire.
Combien la communion avec l’Époux est précieuse pour l’Église! Rien ne pourrait jamais la remplacer. Elle est notre part dès aujourd’hui. Cultivons-la chaque jour soigneusement: elle ne s’acquiert que par notre sanctification. Elle sera notre trésor ineffable pour l’éternité !
Ce Psaume est l’expression de la Communion individuelle de l’âme avec Dieu. Il ne s’agit pas ici d’un échange de pensées avec Lui, au sujet de Christ, mais uniquement de ce fait-ci: une âme, privée de tout ici-bas, même des bénédictions qu’elle avait trouvées autrefois dans la Communion des saints, une âme complètement isolée et sans ressources dans un monde qui n’est pour elle qu’un désert, peut-elle trouver une Communion sans nuage avec Dieu dans le ciel? La réponse ne se fait pas attendre.
La puissance de l’Esprit de Dieu, goûtée au milieu de l’Assemblée et qui avait été autrefois la joie du fidèle peut manquer. Le croyant l’avait jadis bien connue et appréciée, quand il allait avec la foule, et s’avançait en leur compagnie, «avec une voix de triomphe et de louange, jusqu’à la maison de Dieu — une multitude en fête» (Ps. 42: 4). Maintenant, quand tout lui manque, même cette ressource, la Communion des saints,